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14 août 2019 3 14 /08 /août /2019 06:50
LES CERTIFICATS D'ECONOMIE D'ENERGIE : UN EXEMPLE D'ESCROQUERIE DU CAPITALISME VERT
LES CERTIFICATS D'ECONOMIE D'ENERGIE : UN EXEMPLE D'ESCROQUERIE DU CAPITALISME VERT
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13 août 2019 2 13 /08 /août /2019 05:46

 

Jeux d’influence, pressions, implication des pouvoirs publics, omerta … Fruit de trois ans d’enquête sur le terrain, l’album Algues vertes, l’histoire interdite, d’Inès Léraud et Pierre Van Hove, paru en juin, jette une lumière crue sur « un demi-siècle de fabrique du silence » en Bretagne.

 

Peu de temps après la parution, l’actualité vous a rattrapée : début juillet, deux hommes sont morts en Bretagne, dans deux zones envahies par des algues vertes, dont la décomposition peut dégager un gaz toxique, potentiellement mortel. L’histoire n’est donc pas terminée ?

INÈS LÉRAUD Il y a encore beaucoup de choses à dévoiler. On a enquêté jusqu’à la veille de l’envoi du livre à l’impression. Même après, nous avons eu de nouveaux éléments en main.

Chaque signature donne lieu à des files d’attente interminables. À chaque rencontre publique, les gens nous apportent des témoignages, des documents. Des inspecteurs du travail sont venus nous trouver à ce sujet. On sent que cette histoire, étouffée pendant un demi-siècle, réactive la mémoire des habitants. Et leur conscience. Ils réalisent qu’il y a possibilité d’agir.

 

D’où, dans le titre, « histoire interdite » ?

INÈS LÉRAUD En Bretagne, ce sujet est encore tabou. À chaque fois qu’il y a eu des victimes, la justice et l’État semblent vouloir écarter la thèse des algues vertes. Aucune prise de sang ni autopsie n’est réalisée pour détecter l’hydrogène sulfuré (le gaz toxique produit par les algues en décomposition). Malgré les alertes répétées du médecin urgentiste de Lannion Pierre Philippe, malgré la mort de Thierry Morfoisse, en 2009, lorsque le corps d’un joggeur est découvert en 2016 à Hillion, dans une vasière connue pour sa dangerosité, où étaient morts trente-six sangliers, aucune analyse n’a été faite. Pire, certains lanceurs d’alerte ont reçu des pressions, des menaces.

Ceux qui essaient de mettre en lumière ce problème, comme le médecin urgentiste de Lannion ou les scientifiques de l’Ifremer, sont considérés comme des ennemis par les industriels et l’administration bretonne. On l’a encore vu avec la réaction des élus locaux, qui m’accusent de critiquer les agriculteurs. C’est faux. Je n’ai une démarche critique qu’à l’encontre des décideurs. Mes enquêtes aboutissent à des imbrications complexes entre les pouvoirs publics, les industriels et leurs représentants. L’économie principale de Bretagne repose sur l’agro-industrie. Quand on a une telle hégémonie, tout le monde est indirectement financé par ces entreprises.

 

Difficile pourtant de nier le lien entre algues vertes et agriculture intensive. Les preuves scientifiques sont-là…

INÈS LÉRAUD Il y a trois ans, le doute était généralisé. À l’époque, quand je suis venue m’installer en Centre Bretagne, la plupart des gens me disaient que les algues n’avaient jamais tué. Aujourd’hui, le ­travail au long cours s’impose. C’est une certaine victoire. Mais dans la profession agricole, et parmi les autorités, l’administration, on entend ­encore ce discours sur l’absence de lien…

 

Comment est-ce encore possible aujourd’hui ?

INÈS LÉRAUD Tout est invisibilisé : les algues sont ramassées au petit matin, les plages sont propres. Les corps ne sont pas autopsiés. Comme dans tous les grands scandales sanitaires, un travail de désinformation a été mené sur le sujet des algues vertes, des contre-discours ont été orchestrés par les groupes agroalimentaires, couverts par les politiques… Ils ont leurs propres experts, avec des versions alternatives. Pour certains syndicats agricoles, cela vient des stations d’épuration et du phosphate, pas des nitrates… Ce discours est tellement répété, repris par les médias qu’il finit par être intégré…

 

Comment passe-t-on de la radio à la bande dessinée ?

INÈS LÉRAUD C’est un hasard. Un des fondateurs de la Revue dessinée, Kris, m’a proposé d’en faire un reportage dessiné et m’a mise en contact avec Pierre. La bande dessinée est un médium qui ouvre plus de portes. Il y a beaucoup de méfiance vis-à-vis des médias, qu’on peut voir trop proches des écolos ou en chiens de garde du pouvoir. J’ai pu rencontrer la famille du joggeur, qui ne souhaitait pas parler à des journalistes, parce que c’était une bande dessinée. Cela touche aussi un public plus large : j’ai vu des enfants l’offrir à leurs parents agriculteurs. Les gens me disent s’y plonger comme dans un film !

 

Comment avez-vous travaillé avec Pierre Van Hove ?

INÈS LÉRAUD Je pensais qu’il opterait pour des planches illustratives, avec un commentaire journalistique. Je lui ai envoyé énormément de textes, comme un synopsis : je détaillais l’action, le déroulé factuel de ce qui se passait, avec des flash-back. Pierre, de son côté, a réécouté tous les rushs non montés de mes émissions de radio. Il a intégré des dialogues, apporté de l’humour, de l’ironie. Pour les visages, les paysages, on s’est inspiré de photos. Quelquefois, on est retourné sur le terrain. André Ollivro (coprésident de Halte aux marées vertes) nous a emmenés sur les lieux de la mort du joggeur. Nous sommes allés aux urgences pour adopter le bon champ lexical et rendre crédibles les scènes se déroulant à l’hôpital. On a vu des personnes qui ne sont pas dans l’album, mais cela a permis à Pierre de ne pas avoir que mon point de vue, qu’il se rende compte par lui-même de cette omerta.

 

Algues vertes, l’histoire interdite, d’Inès Léraud et Pierre Van Hove, Éditions Delcourt, 144 pages, 19,99 euros.

Entretien réalisé par Alexandra Chaignon

 

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11 août 2019 7 11 /08 /août /2019 05:34

 

Le 1er août, en une seule journée, l’équivalent de 4,4 millions de piscines olympiques s’est écoulé dans l’océan. Depuis début mai, le niveau global de celui-ci se serait élevé d’un demi-millimètre.

Les rivières s’assèchent, les forêts brûlent et la glace fond. Celle qui recouvre le Groenland a connu, jeudi 1er août, le pire épisode d’une saison déjà hors norme. En une journée, 11 milliards de tonnes de glace ont fondu, relatent plusieurs scientifiques, dont l’analyse est rapportée par CNN. En d’autres termes, l’équivalent de 4,4 millions de piscines olympiques vient de s’écouler dans l’océan. En juillet – mois en passe de devenir celui le plus chaud jamais enregistré à l’échelle mondiale –, le Groenland a ainsi perdu 197 milliards de tonnes de glace, soit le contenu de 80 millions de piscines olympiques.

Pour comparaison, la fonte des glaces groenlandaises relâche en moyenne l’équivalent de 60 à 70 piscines olympiques lors d’un été classique, explique à la chaîne de télé états-unienne Ruth Mottram, climatologue à l’Institut météorologique danois. Seulement voilà : celui de 2019 n’a rien d’habituel. En temps normal, la glace du Groenland commence à fondre fin mai. Cette année, le dégel a démarré dès le début du mois, explique la chercheuse, et il s’est poursuivi sans discontinuer jusqu’à aujourd’hui. Non sans impact sur le niveau général des océans.

À ce jour, les scientifiques estiment que cette fonte historique – elle est la deuxième plus importante enregistrée depuis que les relevés existent, soit 1950 – a contribué à rehausser le niveau des mers d’un demi-millimètre sur toute la surface du globe. Et ce n’est sans doute pas terminé, au regard des conditions météorologiques.

Les temps chauds devraient se poursuivre encore plusieurs jours

Le 1er août toujours, le Copernicus Climate Change Service, ou C3S, qui analyse les données de températures tout autour de la planète, avançait que celles de juillet 2019 devraient dépasser celle de juillet 2016 et faire ainsi de lui le mois le plus chaud jamais observé. Leurs calculs s’arrêtaient au lundi 29 juillet, et leurs conclusions définitives, incluant les deux derniers jours du mois, sont attendues pour aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, estime Ruth Mottram, les temps chauds devraient se poursuivre encore plusieurs jours, tout particulièrement en Europe. Or, c’est cette zone, singulièrement, qui est en cause. Les vagues caniculaires qui se sont abattues sur le continent la semaine dernière sont à présent remontées sur le Grand Nord. Combinées aux effets des vastes feux de forêt qui frappent l’Arctique – plus de 100 incendies de grande envergure y ont été observés depuis juin –, elles contribuent à faire nettement grimper le thermomètre dans la région. Les chercheurs ont enregistré une température de 2,7 °C à 3000 mètres d’altitude au-dessus de la calotte, ce qui pourrait se conclure par un nouveau record.

Bien sûr, exception ne vaut pas pour exemple. Difficile, cependant, de ne pas faire le lien avec les bouleversements climatiques en cours. Selon le World Weather Attribution (WWA), un groupe de scientifiques s’attachant à produire des analyses rapides des événements climatologiques mondiaux, le réchauffement climatique a très probablement contribué aux vagues de chaleur qui ont traversé l’Europe.

Les quatre jours caniculaires survenus fin juillet ont été rendus huit fois plus probables en Allemagne et dix fois plus probables en France du fait du réchauffement, estime le WWA, dont c’est le New York Times, cette fois, qui rapporte les analyses. Autrement formulé, expliquent les chercheurs, la moyenne de ces vagues a été plus chaude de 2,5 à 5 degrés Fahrenheit (de 1 à 2,7 °C), du fait du changement climatique. Selon eux, cet épisode constitue un événement rare, même dans un monde réchauffé.

Marie-Noëlle Bertrand

 

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11 août 2019 7 11 /08 /août /2019 05:32
L'EAU ET LA PRODUCTION D'EAU POTABLE : UN ENJEU MAJEUR DU XXIème SIÈCLE
L'EAU ET LA PRODUCTION D'EAU POTABLE : UN ENJEU MAJEUR DU XXIème SIÈCLE
L'EAU ET LA PRODUCTION D'EAU POTABLE : UN ENJEU MAJEUR DU XXIème SIÈCLE
L'EAU ET LA PRODUCTION D'EAU POTABLE : UN ENJEU MAJEUR DU XXIème SIÈCLE
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10 août 2019 6 10 /08 /août /2019 05:18

À propos de « Progressistes »

 

La revue Progressistes est un trimestriel articulant les enjeux du monde du travail, de l’environnement, et les avancées scientifiques et techniques.

Chaque numéro est organisé autour d’un dossier spécifique et des rubriques régulières en lien, plus ou moins distendu, avec l’actualité immédiate.

Nombre de ses articles font appel à des spécialistes dont les préoccupations vont bien au delà des seuls aspects purs de la science, de la technologie ou de la technique qu’on peut habituellement retrouver ailleurs.

Au cours de ce mois d’août notre Blog vous propose quelques articles de « Progressistes » parus entre novembre 2018 et août 2019.

 

ALLONS BIENTÔT MANQUER D'EAU ? (Revue Progressiste)
ALLONS BIENTÔT MANQUER D'EAU ? (Revue Progressiste)
ALLONS BIENTÔT MANQUER D'EAU ? (Revue Progressiste)
ALLONS BIENTÔT MANQUER D'EAU ? (Revue Progressiste)
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9 août 2019 5 09 /08 /août /2019 05:32

À propos de « Progressistes »

 

La revue Progressistes est un trimestriel articulant les enjeux du monde du travail, de l’environnement, et les avancées scientifiques et techniques.

Chaque numéro est organisé autour d’un dossier spécifique et des rubriques régulières en lien, plus ou moins distendu, avec l’actualité immédiate.

Nombre de ses articles font appel à des spécialistes dont les préoccupations vont bien au delà des seuls aspects purs de la science, de la technologie ou de la technique qu’on peut habituellement retrouver ailleurs.

Au cours de ce mois d’août notre Blog vous propose quelques articles de « Progressistes » parus entre novembre 2018 et août 2019.

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RESSOURCES EN EAU ET UTILISATIONS DANS LE MONDE, IDÉES REÇUES ET RÉALITÉS - Revue Progressistes
RESSOURCES EN EAU ET UTILISATIONS DANS LE MONDE, IDÉES REÇUES ET RÉALITÉS - Revue Progressistes
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8 août 2019 4 08 /08 /août /2019 05:20

 

Depuis un an que la Chine a refusé de servir de poubelle aux pays occidentaux, rien ne va plus dans la mécanique bien huilée de gestion internationale des déchets.

La surproduction d’ordures en Occident est-elle en passe de virer en confrontation géopolitique ? La confirmation, lundi, par les autorités indonésiennes, du renvoi de sept conteneurs de déchets vers la France et Hong Kong offre une nouvelle illustration de la joute à laquelle se livrent actuellement pays du Nord et pays du Sud.

Les caissons expulsés renfermaient des déchets ménagers, des déchets plastiques et des matériaux dangereux, le tout en violation des règles d’importation, affirme Jakarta. Deux d’entre eux avaient été acheminés depuis la France. Celle-ci se disait, mardi, « en attente » d’informations plus précises quant à leur contenu et leur destination. Quoi qu’il en soit, l’épisode s’inscrit dans une série au long cours. Depuis le printemps, les pays d’Asie du Sud-Est se rebiffent, refusant de servir plus longtemps de poubelle aux pays riches. Une mutinerie inédite qui sème la panique dans la mécanique mondiale jusqu’alors bien huilée de gestion des déchets.

La Malaisie submergée de plastiques

Depuis le début de l’été, l’Indonésie a déjà retourné huit conteneurs de détritus en Australie, et cinq aux États-Unis, pays auquel elle envisage d’en renvoyer encore quarante-deux autres. La semaine dernière, c’est le Cambodge qui réexpédiait quatre-vingt-trois caissons remplis de plastiques usagés vers leurs émetteurs occidentaux, dont 11 destinés au Canada. À ce dernier, les Philippines viennent également de renvoyer soixante-neuf conteneurs. Le Sri Lanka s’apprête à en restituer cent onze à la Grande-Bretagne. La Malaisie a, elle, été une des premières à tirer : en mai, elle annonçait le renvoi de 3 000 tonnes d’ordures à leurs expéditeurs, entre autres l’Espagne, le Japon, les États-Unis et la France.

« L’année dernière, la Malaisie est devenue la principale destination pour les déchets plastiques », expliquait alors le Malay Mail, quotidien national. Avant cela, et depuis des années, c’est la Chine qui tenait cette position. Seulement voilà : il y a deux ans, le géant asiatique a fini par dire stop, bouleversant un ordre des choses que les pays occidentaux pensaient pourtant bien établi.

Ces derniers avaient pris l’habitude de lui sous-traiter le recyclage de leurs déchets, singulièrement plastiques, à raison de plus de 7 millions de tonnes par an. L’Europe comme les États-Unis lui expédiaient annuellement près de 50 % de leur production de détritus.

La Chine y trouvait en partie son compte, recyclant et valorisant ce qui pouvait l’être, s’accommodant bon an, mal an du reste... jusqu’à l’indigestion de ses sols et ses rivières. En 2017, le pays annonçait à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sa volonté de durcir drastiquement les règles d’importation de plastiques et plus généralement de déchets. Plus question, ou presque, de laisser passer les matériaux les plus polluants ou difficiles à recycler.

Dans un rapport dont se fait état le BIR (Bureau of International Recycling), association mondiale des industriels du recyclage, Veolia France s’en inquiétait alors, suggérant que les évolutions réglementaires chinoises risquaient de conduire à restructurer le marché à l’échelle européenne. Pour les États-Unis, la décision risquait potentiellement « d’affecter 6,5 milliards de dollars d’exportations annuelles et 150 000 emplois », plaidait encore le BIR, tentant de convaincre Xi Jinping de revenir sur sa décision. En vain : début 2018, la Chine adoptait les nouvelles normes.

Depuis, c’est la déroute. En mal de points de chute pour leurs ordures, les pays occidentaux cherchent tous azimuts, quitte à faire du forcing. En Malaisie, les importations de plastique ont triplé par rapport à 2016, entraînant une multiplication sauvage du nombre d’usines de retraitement, opérant pour beaucoup sans permis, rapporte encore le Malay Mail. En mai, le gouvernement exhortait les pays développés à renoncer à lui sous-traiter leurs déchets. Le même mois, le Canada répondait en refusant de signer un amendement à la convention de Bâle (1) susceptible d’interdire l’exportation des déchets dangereux vers les pays en développement.

(1) Traité international sur la gestion des déchets dangereux.

Marie-Noëlle Bertrand

 

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8 août 2019 4 08 /08 /août /2019 05:16

À propos de « Progressistes »

 

La revue Progressistes est un trimestriel articulant les enjeux du monde du travail, de l’environnement, et les avancées scientifiques et techniques.

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PLANÈTE BLEUE - Revue "Progressistes"
PLANÈTE BLEUE - Revue "Progressistes"
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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 05:32

 

Par Alain Pagano 


L’écologie est devenue une des préoccupations principales de nos concitoyens. Au sein de l’électorat de gauche, elle arrive en troisième position des priorités après les questions d’emploi-pouvoir d’achat et les services publics.

.La crise environnementale est planétaire. La pollution n’a pas de frontière ! L’Europe est un échelon pertinent pour agir. La crise écologique est multiforme : crise de la biodiversité, usage des phytosanitaires, du plastique, pollution de l’air aux microparticules, pollutions en tout genre…

 

Incompatibilité de la transition écologique et du capitalisme

 Le caractère capitaliste de l’Union européenne structure la définition des orientations environnementales. Dans ce domaine aussi, les traités constituent la colonne vertébrale du contenu des directives élaborées par la commission. Pas question de s’en écarter, même si cela aboutit à des échecs flagrants.
À cet égard, compte tenu de l’urgence, les enjeux liés à la « transition » écologique doivent mobiliser d’énormes moyens financiers inconciliables avec la politique de réduction des déficits publics prônée par Bruxelles. De plus, les projets de déréglementation, de mise en concurrence et/ou de privatisation de secteurs déterminants comme ceux du rail et de l’énergie pour une politique environnementale et sociale durable sont une catastrophe écologique. De même, la politique européenne du tout routier, dérégulant ce secteur, favorise les émissions de CO2.

« Modifier radicalement les modes de transport en réduisant fortement le tout routier (voitures et surtout camions), gros émetteur de CO2.  »

Par ailleurs, le marché carbone – attribuant aux entreprises des quotas d’émissions de CO2 échangeables – a été un échec et n’a pas permis d’atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre (GES) prévus. Cette réponse affairiste de l’Union européenne, la cotation en bourse de « droits à polluer », s’avère incapable de relever le défi d’une diminution des gaz à effet de serre. Pourtant, il s’agit là d’une urgence mondiale pour limiter le dérèglement climatique. Il est urgent de fixer par voie réglementaire des objectifs contraignants de réduction des GES.

Enfin, la nouvelle autorisation pour cinq ans de l’herbicide glyphosate au sein de l’UE a démontré le poids des groupes de pression et notamment leur influence sur les agences scientifiques de l’UE, qui s’appuient trop sur des données fournies par l’industrie.

Malgré les bonnes intentions souvent affichées par la commission européenne ou le parlement européen, la nécessaire transition écologique apparaît bien incompatible avec l’ultralibéralisme européen.

 

La lutte contre le réchauffement climatique : une priorité

Aborder les enjeux écologiques de manière efficace et responsable, c’est être capable de montrer à nos concitoyens où sont les priorités ! S’il y a une priorité qui fait consensus dans la communauté scientifique, c’est l’urgence d’une réaction vis-à-vis du réchauffement climatique. En 2017, les émissions de CO2 ont bondi de 1,8 % en moyenne dans les vingt-huit pays européens, et même de 3,2 % en France.
Quels sont les principaux émetteurs de gaz à effet de serre ?

Selon les derniers chiffres du ministère de l’écologie, dans l’UE, l’utilisation d’énergie est la principale source d’émission de GES (78 %), suivie de l’agriculture à environ 10 %, des procédés industriels et solvants à 8,7 % et des déchets à 3,2 %.

Au niveau de l’utilisation d’énergie fossile, le secteur le plus émetteur est celui de l’industrie de l’énergie (29 %) devant celui des transports (21 %), l’industrie manufacturière et construction (11,2 %), le résidentiel tertiaire (12,8 %), autres 4,1 %.

En France, comme dans l’ensemble de l’UE, l’utilisation d’énergie est la principale source d’émissions de GES avec près de 70 % des émissions. En revanche, à la différence de la moyenne européenne, le secteur le plus émetteur en France est celui des transports (29 %), tandis que celui de l’énergie est relativement peu émetteur (9 %), en raison de l’importance de la production électrique nucléaire.
À l’échelon européen persiste une utilisation massive de charbon et de lignite, notamment en Allemagne. Les hydrocarbures (pétrole et gaz) restent la source d’énergie largement majoritaire. Lutter contre le réchauffement implique de proposer des solutions de réduction des émissions dans les secteurs les plus polluants. Elles sont de deux ordres : d’une part le piégeage du CO2 pour lequel le besoin de recherche se fait sentir et qui nécessite des financements importants et d’autre part la diminution des émissions de CO2. Pour cela, nous pouvons proposer des solutions de court et de moyen terme.

 

Un plan d’urgence contre le réchauffement climatique global

Sortir du tout routier

Pour réduire les gaz à effet de serre, les augmentations de taxes (qui pèsent sur les populations les moins aisées) ne peuvent être une solution ; le premier angle d’attaque, c’est de modifier radicalement les modes de transport en réduisant fortement le tout routier (voitures et surtout camions), gros émetteur de CO2.

Pour cela, voici trois propositions complémentaires :


• Le développement du fret ferroviaire, beaucoup plus écologique que les camions dont l’usage devrait être limité à la desserte de proximité. Nous devrions proposer un new deal écologique européen, un paquet ferroviaire novateur tablant sur la relance du ferroviaire, un plan de grands travaux européens pour créer ou rénover les lignes de chemin de fer nécessaires à ce changement de braquet. Cela devrait être un des enjeux majeurs portés aux élections européennes, en haut des priorités pour donner une identité forte, une proposition écologique crédible à notre liste. Par ailleurs, c’est créateur d’emplois.
• L’Europe doit favoriser les circuits courts agricoles et industriels pour réduire les besoins de transport. C’est une relocalisation des productions qui est nécessaire, relocalisation favorable à l’emploi ! C’est d’un changement des modes de production qu’il s’agit : de la proximité comme une vertu écologique !
• La gratuité des transports en commun a trois mérites : la baisse des émissions de GES par la baisse du trafic voiture, la lutte contre la pollution de l’air, et in fine, des gains de pouvoir d’achat pour les usagers. Cette proposition est de la compétence des communautés de communes. Mais l’Europe pourrait participer de manière volontariste au financement en subventionnant l’investissement nécessaire à la construction de lignes de bus, de tram, et de métros nécessaires à la mise en œuvre de cette proposition.  

 

Favoriser les économies d’énergie

Le deuxième angle d’attaque, c’est de prendre des mesures aidant à l’économie d’énergie par un plan rapide et ample de rénovation thermique du logement (qui représente 16,5 % des émissions de GES), là encore favorable au pouvoir d’achat de nos concitoyens sur leurs factures d’électricité ou de gaz… à condition que les aides à la rénovation soient importantes. C’est sur ce point que l’Europe peut jouer un rôle complémentaire des États. C’est une mesure qui peut être prise très rapidement.
Le poids de la consommation d’énergie dans les émissions de GES est loin d’être négligeable à l’échelle européenne. Il faut une politique volontariste pour aller vers un abandon rapide des centrales à charbon et d’une manière générale des énergies carbonées. Pour cela, il faut une compensation crédible par la montée en puissance des énergies décarbonées (les énergies renouvelables en priorité). Là encore, cela implique des financements plus vigoureux pour la recherche, afin d’obtenir des avancées significatives sur le stockage de l’énergie par exemple.

Et pourtant, plusieurs listes de gauche aux élections européennes vont faire de la sortie du nucléaire une priorité. Outre le fait que ce n’est pas de la compétence de l’UE, l’abandon de cette énergie aurait un effet nul, en étant optimiste, ou, plus vraisemblablement, négatif sur le  climat ! C’est ce que montre l’expérience allemande. C’est aussi l’avis des experts clima­tologues du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui prennent le contre-pied en plaidant pour un essor du nucléaire dans leurs solutions pour contrer le réchauffement !

Ces quelques propositions sont de nature à permettre de tenir les objectifs de l’accord de Paris (2015), voire d’aller plus loin. Pour réenclencher une dynamique vertueuse en Europe mais aussi dans le monde. 
Sauvegarder la biodiversité.

C’est aussi un des moyens de contribuer à la bataille pour la sauvegarde de la biodiversité, fortement menacée par de multiples causes mais pour laquelle le changement climatique très rapide est un facteur fortement aggravant.

Avec Natura 2000, l’Europe a eu une action positive : recensement de la biodiversité, mesures de protection, nouvelles aires de réserves naturelles… Elle peut poursuivre dans ce sens :
• En soutenant plus fortement la recherche sur la biodiversité, sur la restauration écologique (la science qui « répare » les écosystèmes) ;

• En bonifiant les subventions aux projets d’aménagement du territoire respectueux de la biodiversité.
Elle doit montrer un autre visage, en étant étanche aux groupes de pression de l’agro­business, en soutenant vigoureusement une  alternative rapide aux pesticides, dont le glyphosate, et en promouvant l’agroécologie et le bio.

 

Alain Pagano est responsable de la commission Écologie du conseil national du PCF.

Cause commune n°9 • janvier/février 2019

 

 

 

 

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À propos de « Cause commune »

La revue « Cause Commune » est la revue d'action politique du PCF.

Aller au-delà des apparences pour mieux comprendre et agir plus efficacement ; suivre les élaborations et les décisions du Parti communiste ; préparer des initiatives militantes efficaces : Cause commune, c'est tout cela et plus encore.

La revue donne la parole aux communistes mais aussi aux chercheurs et artistes de tous horizons. Ils font le point des débats et nous emmènent au-delà des sentiers battus de l'idéologie dominante.

Cette revue paraît tous les deux mois.

Au cours de ce mois d’août notre Blog vous propose quelques articles de « Cause Commune » parus entre novembre 2018 et août 2019.

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4 août 2019 7 04 /08 /août /2019 05:44

 

La canicule, avec ses longues sécheresses et ses orages dévastateurs, rappelle que la souveraineté alimentaire n’est pas acquise. Il y a urgence à adapter nos pratiques agricoles et réduire la taille des exploitations pour améliorer la qualité des sols et nourrir les générations futures.

À Mâcon, lors de son 50 e congrès en juin 2016, le syndicat Jeunes Agriculteurs avait mis en exergue ce mot d’ordre : « Des fermes plutôt que des firmes. » Le syndicalisme paysan des moins de 35 ans soulignait, via ce slogan, les difficultés qu’il rencontrait pour favoriser l’installation de jeunes paysans quand leurs aînés partaient en retraite. Souvent, les terres appartenant à différents propriétaires vont désormais agrandir des fermes déjà grandes. Nous sommes dans une Europe où les dirigeants des États membres de l’Union comme le collège des Commissaires agissant depuis Bruxelles semblent totalement incapables de proposer une politique agricole qui donnerait enfin la priorité à la coopération et à l’écologie. Le réchauffement climatique nous en montre pourtant l’urgence. Mais l’accord de libre-échange que la Commission européenne vient de conclure avec les pays du Mercosur est de nature à mettre en cause notre souveraineté alimentaire, tout en favorisant la croissance des émissions de CO 2 de l’agriculture au niveau mondial.

Il devient urgent de promouvoir, au niveau communautaire, une politique qui favorise la souveraineté alimentaire tout en réduisant le bilan carbone de l’assiette de 500 millions d’Européens. Une nouvelle réforme de la politique agricole commune (PAC) viendra en débat au cours des prochains mois. Il faudrait la fonder sur la promotion de l’agroécologie dans tous les pays membres. Car il s’agit de la seule voie possible pour freiner le réchauffement climatique. Et pour y parvenir, il nous faut des fermes plutôt que des firmes, gérées par des exploitants ayant une vision à long terme de leur métier.

Réduire le bilan carbone de chaque litre de lait de vache et de chaque kilo de viande bovine passe par une exploitation rationnelle de l’herbe composée d’un mélange approprié de graminées et de légumineuses, tout en réduisant progressivement les importations de soja comme les apports d’engrais azotés sur nos prairies, qui sont aussi des puits de carbone. En France, cela suppose qu’on garde un fort réseau d’exploitations familiales et sociétaires à taille humaine. Dans ces fermes, les vaches continueront d’aller au pré de mars à novembre. Il ne faut surtout pas développer l’antimodèle de la ferme dite des 1 000 vaches, en plus grand encore. Car, cela se traduirait forcément par une alimentation avec un bilan carbone désastreux.

Promouvoir sans attendre l’agroforesterie

Compte tenu du retard et des incohérences qu’on perçoit au niveau planétaire face au réchauffement climatique, il apparaît que la plupart des régions françaises seront durement impactées par ce phénomène d’ici à 2050. Notre agriculture peut encore limiter les effets négatifs de ce réchauffement. Voilà pourquoi l’agroforesterie doit être mise en place sans attendre. Il s’agit ici de planter des arbres dans les prairies comme dans les champs cultivés en rangs bien alignés, à raison d’une cinquantaine de troncs par hectare. Avec une multitude d’objectifs aux effets positifs cumulés, offrant de l’ombre aux animaux, captant plus de carbone, favorisant l’évapotranspiration par les feuilles, produisant des fruits, du bois à pellets, mais aussi du bois d’œuvre dans un horizon de 50 ans et plus…

Oliviers, noyers et noisetiers

Plus immédiatement, disposer de davantage d’oliviers, de noyers et de noisetiers pour produire de l’huile permettrait un moindre recours aux oléagineux comme le colza et le tournesol, cultivés annuellement pour cet usage. De même, relancer les châtaigneraies sur les terres pauvres et acides de certaines régions nous permettrait de consommer moins de céréales annuellement par habitant.

Il est également impératif de favoriser la conversion progressive d’un plus grand nombre d’exploitations françaises à l’agriculture biologique, tant pour répondre à une demande croissante des consommateurs que pour réduire le recours aux intrants chimiques. Cela implique que les paysans redeviennent des observateurs vigilants de la nature, ce qui n’est possible que par la pratique de l’agroécologie sur des fermes à taille humaine. Car, la France, comme l’Europe, doit relever en même temps les trois défis que sont la souveraineté alimentaire, la lutte contre le réchauffement climatique et l’amélioration de la qualité des sols.

Il est impossible de relever de tels défis en soumettant notre agriculture à des distorsions de concurrence. L’agroécologie est incompatible avec les accords de libre-échange comme celui que la Commission européenne, en toute fin de mandat, a signé avec les pays du Mercosur, le 29 juin 2019. S’il entre en vigueur, il permettra à quatre pays d’Amérique du Sud d’exporter chaque année en Europe 99 000 tonnes de viande bovine à tarifs douaniers réduits, en plus des 60 000 tonnes résultant d’un accord précédent. À cela s’ajouteront 100 000 tonnes de blanc de poulet, 180 000 de sucre et 450 000 d’éthanol. La contrepartie se traduirait notamment par une baisse des tarifs douaniers sur les voitures et les produits pharmaceutiques exportés sur le continent sud-américain par les industriels européens.

Mais cela se ferait sur le dos de nos paysans, donc au détriment de notre souveraineté alimentaire avec, de surcroît, des risques pour notre santé. Qu’il s’agisse du soja, du maïs ou de différentes viandes, les produits exportés par ces pays d’Amérique du Sud proviennent surtout de fermes géantes. Certaines pratiquent deux récoltes par an sur les mêmes parcelles de soja OGM résistant au glyphosate. Mais comme les mauvaises herbes y résistent aussi de mieux en mieux, au fil des ans les épandages de pesticides par avion sont en progression constante, provoquant des maladies aux abords des zones de cultures, ainsi que de nombreuses malformations chez les nouveau-nés.

Au Brésil, dans le Mato Grosso, le groupe agricole Bom Futuro, situé à Campo Verde, à une centaine de kilomètres de la capitale régionale, est passé en quelques années de 2 500 à 420 000 hectares de soja cultivés par an. Mais, au Brésil, 242 nouveaux pesticides, dont 42 dans la seule journée du 24 juin 2019 (1), ont été autorisés depuis l’arrivée au pouvoir du président Jair Bolsonaro et son équipe.

Lourd impact européen sur la déforestation

Ces chiffres sont révélateurs. Ils montrent que, sil était ratifié par le Parlement européen et les pays membres de l’Union, cet accord relancerait la déforestation en Amazonie et conduirait l’Europe à importer des produits toxiques dont elle peut se passer via la mise en place d’une agriculture plus autonome, plus diversifiée et plus écologique – pour peu que la prochaine réforme de la PAC soit orientée en ce sens.

Consommateur trompé

Prenant connaissance de la conclusion de cet accord, le président Macron a déclaré, le 29 juin, depuis le G20 qui se tenait Osaka au Japon : « Je l’ai toujours dit, un bon accord commercial est bon pour nos entreprises et nos emplois, et cet accord permettra d’ouvrir les marchés agricoles et industriels, et de protéger nos indications géographiques. Cet accord à ce stade est bon. »

Tous les syndicats paysans sont d’un avis opposé et l’ont fait savoir. Fait inhabituel, les syndicats majoritaires que sont la FNSEA et Jeunes Agriculteurs ont, dès le 1 er juillet, adressé au chef de l’État une lettre ouverte dans laquelle ils expliquent que cet accord « est inacceptable pour les agriculteurs français et européens car non seulement il menace des filières sensibles et stratégiques, mais en plus il nous place en porte-à-faux vis-à-vis des consommateurs. (…) Au-delà des producteurs, c’est le consommateur qui est trompé par cet accord ».

Il reste à voir si une pression de plus en plus forte en direction de l’Élysée, de Matignon, des assemblées parlementaires peut déboucher sur la non-ratification de cet accord mortifère pour notre agriculture et la santé des consommateurs.

(1) Article de Claire Gatinois, correspondante à S ão Paulo, dans « le Monde » du 28 juin 2019.

Gérard Le Puill

 

 

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