Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
25 mars 2020 3 25 /03 /mars /2020 13:20
Avec l'épidémie de coronavirus, nous sommes face à une situation inédite. Vous       trouverez ci-joint pour information mon dernier communiqué de presse à ce sujet.
 
L'occasion également de vous envoyer deux récents courriers adressés au Ministre     de la santé sur les manques de moyens de protection des professionnels de santé, des aides à domicile et des pompiers, et sur la situation spécifique des aiddes à domicile.


Christine PRUNAUD
Sénatrice des Côtes d'Armor

 
 
 
COMMUNIQUE DE PRESSE
 
Le Sénat a débattu ces derniers jours de la loi d'urgence sanitaire portant diverses dispositions de lutte contre le coronavirus.
 
Les Sénatrices et Sénateurs du Groupe CRCE se sont fortement mobilisés dans ces circonstances exceptionnelles pour rappeler leur exigence d'une réponse sanitaire adaptée à cette épidémie.
 
Les besoins sont immenses. Nous avons rappelé notre demande de financements supplémentaires pour les hôpitaux publics, les ehpad, les services d'aide à domicile en première ligne de la mobilisation face au virus.
 
Voilà des années que les personnels médicaux, paramédicaux, administratifs et techniques de la santé tirent la sonnette d’alarme sur les conséquences des politiques d’austérités menées par les gouvernements successifs.
 
Où sont les moyens d'urgence pour les hôpitaux et les personnels de santé ? Le Gouvernement annonce le déblocage de 2 milliards d'euros pour les hôpitaux. Mais il ne s'agit que d'un dégel de crédits. Nous demandions plutôt la restitution des 5 milliards d'euros confisqués à l’hôpital public lors du dernier budget.
 
Au-delà de la situation dans nos hôpitaux, nos craintes sur cette loi sont multiples : atteinte à la démocratie, aux rôle de contrôle du parlement et aux droits des salariés.
En effet, la loi prévoit dès à présent et pour une durée d'un an, des dérogations profondes sur le temps de travail, les congés payés ou le repos du dimanche. Je m'inquiète que ces dispositions puissent devenir pérennes.
 
Pour toutes ces raisons, le groupe communiste du Sénat a voté contre ce texte.
Je suis bien sûr aux côtés des malades, des familles, des salariés au travail bien souvent sans protection et du personnel hospitalier toujours debout avec des moyens si faibles !
 
 
 
Courrier à M. le Ministre de la santé
Copie à M. le Préfet des Côtes d'Armor
Mesures barrières contre le COVID-19 : l’appel à l’aide des soignants et autres professionnels en contact direct avec la population.
 
Fait à Lamballe le 25 mars 2020
N/Réf : CP/LT/2020-12
 
Monsieur le Ministre,
 
Vous avez affirmé ce samedi, vouloir effectuer une montée en charge de la production et de la distribution des masques de protection pour répondre à la consommation qui va s’accroître les jours à venir. Permettez moi de vous relater les besoins urgents de mon territoire par des exemples concrets.
 
Ce manque de masques de protection créé des tensions sur mon territoire. Par exemple, sur ma commune de résidence, le directeur de l’hôpital de proximité déplore du manque crucial de masques de protection pour le personnel soignant. Il n’y a pas de masques ou très peu dans nos EHPAD. Les résidents testés positifs sont gardés en EHPAD, certains ne peuvent pas manger seuls : les soignants accompagnants sont alors mis en danger.
 
Les infirmières libérales, les aides à domicile, les médecins de ville, les ambulanciers et les pompiers sont également concernés. Livrés à eux mêmes pour la logistique, il comptent aujourd’hui sur la solidarité des uns et des autres pour se fournir des moyens de protection adaptés. Si cette solidarité se révèle forte sur nos territoires, vous le savez cela ne suffit pas en nombre, ni en qualité, les masques « artisanaux » ne sont pas conformes pour faire barrière au virus.
 
En cette période extrême de crise sanitaire, le Gouvernement doit prendre la mesure des réalités de nos territoires, de nos hôpitaux de proximité, de nos services d’aide à domicile et de nos soignants libéraux. Les soignants dont vous saluez l’engagement, travaillent aujourd’hui en première ligne, la peur au ventre et bien souvent tombent malades.
Pouvez-vous nous assurer que ces professionnels qui sont dans l’obligation d’exercer et qui sont en contact direct avec la population, vont pouvoir bénéficier de protections pérennes ?
 
Espérant que vous saurez répondre avec bienveillance à leurs attentes fortes, je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en l’assurance de mes sincères salutations.
 
Christine PRUNAUD
Sénatrice des Côtes d’Armor
 
Copie à Monsieur Thierry MOSIMANN, Préfet des Côtes d’Armor
 
 
Courrier à M. le Ministre de la Santé
Situation alarmante des aides à domicile
 
Fait à Lamballe le 25 mars 2020
N/Réf: CP/LT/2020-11
Monsieur le Ministre,
 
A juste titre nous tentons de répondre aux besoin urgents des soignants pour traverser cette crise sanitaire sans précédent. Je suis alertée par un autre corps de métier, tout aussi en contact avec des personnes susceptibles d’être infectées ou fragilisées. Il s’agit des aides à domicile.
 
Actuellement de nombreux services d’aide à domicile ont été recentrés sur les interventions pour les actes essentiels (repas, aide à la toilette ...). Cela permet aux aides à domicile de se concentrer sur les personnes les plus fragiles, mais aussi de se protéger et de protéger les personnes accompagnées. Les familles ne comprennent pas toujours que l’aide au ménage et aux courses soit relayée au second plan, il leur est également reproché de ne pas porter de masques de protection, qui sont en nombre insuffisants. Aujourd’hui, notre Préfet des Côtes d’Armor et la Région Bretagne vont réserver un stock de masques aux SAAD, SSIAD et SPASAD du Département, cela va répondre à l’urgence mais ne suffira pas dans le temps. Aussi, la notion de «gestes barrières» comme le conseille l’ARS aux aides à domicile, est difficilement applicable lors des soins et de la toilette. Comment se tenir à un mètre de distance lorsque l’on lave une personne?
 
Par ailleurs, les hôpitaux renvoient à domicile un certain nombre de patients atteints de diverses pathologies pour libérer des lits, ce qui induit davantage de soins à domicile, alors que des aides à domicile sont atteint.e.s par le Covid-19 ou sont en arrêt de travail pour diverses raisons. La crise que traverse le secteur de l’aide à domicile ne s’arrête pas, au contraire elle s’amplifie en cette période difficile. Certains intervenant.e.s exercent leur droit de retrait, mais la situation des personnes accompagnées est catastrophique.
 
Pour finir, comme dans d’autres Départements les aides à domiciles ont des difficultés à faire assurer les cours de l’éducation Nationale à leurs enfants ou les modes de garde en crèche pour leurs enfants en bas âge, souvent réservés aux soignants. Le domicile est le dernier rempart pour aider les plus fragiles et l’intervention des professionnel.le.s de l’aide à domicile est indispensable voir vitale en cette période de crise sanitaire. Au même titre que les soignants ils et elles méritent d’être considérés, aujourd’hui plus que jamais.
Espérant que vous saurez répondre avec bienveillance à leurs attentes pour faciliter leur travail au quotidien, je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en l’assurance de mes sincères salutations.
 
Christine PRUNAUD
Sénatrice des Côtes d’Armor
 
 
 
Christine PRUNAUD
Sénatrice des Côtes d'Armor
COVID- 19: lettre de Christine Prunaud, sénatrice communiste des Côtes d'Armor, au ministre de la santé et au préfet pour la protection des aides à domicile, des professionnels de santé et des patients et usagers
Partager cet article
Repost0
23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 19:13
Le PCF demande le confinement général et la mise à l’arrêt les secteurs non indispensables (Fabien Roussel)
Publié le 23/03/2020 par PCF
Le PCF demande le confinement général et la mise à l’arrêt les secteurs non indispensables (Fabien Roussel)

16 018 cas recensés, 1 746 cas graves et 674 décès, soit 112 morts supplémentaires en seulement 24 heures... Le bilan en France de l'épidémie de Covid-19 est terrible. Son évolution rapide exige d'intensifier le confinement des populations, premier rempart à la propagation de l’épidémie.

Les ministres Le Maire, Véran et Pénicaud demandent aux entreprises et à leurs salarié-es de travailler. C'est inadmissible ! Airbus envisage de réouvrir ses lignes de productions tandis que des entreprises du BTP ne savent plus quoi faire ! Le gouvernement devrait concentrer ses efforts sur la mobilisation des cliniques privées pour la prise en charge des malades.

La seule solution pour stopper l'épidémie, freiner sa propagation, c'est le confinement général. Pourtant 45 % des salarié-es sont aujourd'hui contraint-es de travailler dans des secteurs non indispensables à la gestion de l'urgence sanitaire.

Il est donc urgent que le gouvernement, en lien avec les organisations syndicales et patronales, décide de mettre à l’arrêt des secteurs non indispensables au fonctionnement du pays dans les conditions actuelles. Cette décision ne peut pas relever du bon vouloir des employeurs.

Nous demandons le confinement général et le maintien des rémunérations des salarié-es concerné-es par cette suspension et la prise en charge des indépendants tel que les livreurs.

Pour les salarié-es actuellement en 1ere ligne, personnels soignants, force de l'ordre et de sécurité, auxiliaires de santé, et autres professions nécessaires au fonctionnement du pays dans cette période, nous demandons toutes les mesures de protection et l'arrivée rapide de matériel de protection (masques, gants, gel, ou encore désinfection des locaux collectifs…).


Fabien Roussel, secrétaire national du PCFdéputé du Nord

Partager cet article
Repost0
23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 18:06
Lucien Sève disparu : la pensée communiste en deuil. Par Patrick Le Hyaric (Lundi 23 mars - L'Humanité)
Lundi, 23 Mars, 2020
Lucien Sève disparu : la pensée communiste en deuil. Par Patrick Le Hyaric
 
C’est un choc. Une douleur. Un monument vient de tirer sa révérence. La peine des militants communistes et progressistes est à hauteur du legs que nous laisse Lucien Sève : immense. Il était un authentique ami de L’Humanité, avec la volonté de toujours la porter plus haut pour qu’elle soit toujours plus utile. C’est lui qui inventa lors d’une rencontre alors qu’il en était le rédacteur en chef d’un jour le concept de « Cortex » devenu une rubrique chaque vendredi. 
 
 
Lucien aura consacrée sa longue et riche existence à faire vivre obstinément la pensée communiste. Le communisme originel. Récemment encore, du haut de ses 90 années, Lucien s’attaquait à une somme colossale, « Penser avec Marx aujourd’hui ». Une tétralogie laissée inachevée pour remettre la pensée de Marx sur ses pieds et penser le communisme au futur.
En révolutionnaire convaincu, il faisait preuve d’une abnégation exemplaire à remettre sur le métier l’ouvrage d’une vie pour faire vivre l’idée selon laquelle « le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous », comme l’écrivait Marx et Engels dans le Manifeste du parti communiste
L’âge ne lui faisait pas peur et nous avions l’impression déroutante que toute année de plus signifiait pour lui, plus d’audace, plus de courage, plus d’engagement. La quête du communisme était en somme son bain de jouvence. Il parlait ces derniers mois et années avec un appétit insatiable des sujets de recherche qui mobilisaient ses journées pour éclairer encore et toujours le mouvement transformateur. Il ne loupait rien de l’actualité et de ses ressorts pour nourrir, en rapprochant dans son dernier livre Jaurès de Marx, une « évolution révolutionnaire » à visée communiste.
Sa vie, Lucien la traça au cœur du phénomène communiste français, endossant très jeune, dès l’après-guerre, d’importantes responsabilités au sein des instances du Parti communiste. Très actif dans les différentes régions de France où il s’établissait par nécessité, le jeune professeur, normalien et agrégé de philosophie, fit face à l’opprobre et la censure des administrations qui voyaient d’un mauvais œil ce militant communiste, sagace et impertinent. Il a été en quelque sorte victime « d’interdit professionnel » et des avancements qui lui aurait ouvert les portes des plus grands centre de recherches universitaires. 
Mobilisé dans le comité Maurice Audin 1959, il s’engagea dans les luttes anticoloniales et contre les dérives bonapartistes du gaullisme. Parallèlement il intégra la rédaction en chef de la Nouvelle Critique où il se saisit des questions relatives à l’histoire de la philosophie. Entré au comité central du PCF lors du XVIe congrès en 1961, Lucien Sève fit valoir ses compétences et son intelligence dans les débats qui secouaient alors le mouvement communiste. Travaillant ardemment à sortir le parti communiste du stalinisme, il fut néanmoins très attentif à son ancrage théorique et à la fidélité aux concepts issus du marxisme. Il tint alors, contre vents et marées, une position originale et solidement argumentée entre l’humanisme de Roger Garaudy et le structuralisme de Louis Althusser. Sa position fut théorisée dans un ouvrage au fort retentissement publié en 1969 Marxisme et théorie de la personnalité qui se fixait pour objectif d’exposer une conception marxienne de l’individu, à rebours d’une conception désincarnée du socialisme alors en vogue.  
A la tête des Éditions sociales dès 1970, Lucien contribua à faire rayonner la maison d’édition au croisement des nouvelles disciplines en sciences sociales. L’indépendance acquise par Lucien lui permit d’ouvrir les Editions sociales à l’ébullition intellectuelle propre à cette décennie, tout en poursuivant un travail d’édition remarquable des œuvres de Marx et de ses héritiers. 
Nommé en 1983 par le Président Mitterrand au Comité consultatif national d’éthique, Lucien prit la tâche avec son sérieux coutumier pour laisser quelques ouvrages importants sur les questions, ô combien actuelles, relatives à la bioéthique. Bien qu’il ait assumé dès les années 80 des désaccords avec le parti communiste, il restait très attentif à son évolution et indéfectiblement fidèle à ses militants – ses camarades. 
Récemment encore, Lucien nous témoignait de son attachement viscéral à l’Humanité qu’il jugeait indispensable à tout combat commun. « La prise de la bastille aujourd’hui, c’est la prise conscience » disait-il en février dernier pour soutenir l’Humanité dans ses difficultés. Régulièrement invité par notre journal- le sien- et à la fête de L’Humanité, il épatait par son agilité, ses idées qui s’entrechoquaient à une vitesse surprenante sans jamais perdre de leur cohérence. 
Sa disparation nous plonge dans une infinie tristesse. Souhaitons que l’œuvre qu’il aura patiemment construite, avec sa rigueur,  ses audaces, ses intuitions et ses fulgurances, et parmi elle ces deniers ouvrages offerts à la postérité pour penser le communisme,  puisse être abondamment partagée et commentée. L’Humanité s’y consacrera car son œuvre est féconde. Porteuse d’avenir et d’espoir au moment ou trébuche les thèses du capitalisme. Lucien nous manquera, mais son immense œuvre le fera vivre.  
 
Partager cet article
Repost0
23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 17:57
Lucien Sève : son œuvre, gigantesque et plurielle, restera une contribution majeure et précieuse (Fabien Roussel)
Lucien Sève : son œuvre, gigantesque et plurielle, restera une contribution majeure et précieuse (Fabien Roussel)

Le Covid-19 aura donc emporté Lucien Sève, à 93 ans. On redoutait le jour où cet infatigable communiste achèverait sa course. Mais, malgré les années, il avait une telle détermination, il conservait une telle vigueur intellectuelle qu’on ne pouvait croire ce jour imminent. Il y a quelques mois encore, il était venu au siège national du Parti communiste français présenter le beau film que Marcel Rodriguez lui a consacré avec la Fondation Gabriel-Péri. Fidèle à lui-même, il avait à nouveau frappé l’auditoire par la force et la clarté de son propos.

Brillant intellectuel, il intègre l’École normale supérieure en 1945 avant d’être reçu à l’agrégation de philosophie en 1949. Résolu à changer ce monde, il rejoint le Parti communiste en pleine Guerre froide et en paie l’âpre prix : carrière barrée, bataillons disciplinaires en guise de service militaire… Cela ne détournera pas le jeune professeur du combat communiste. Militant très actif, il prend des responsabilités dans les fédérations de la Haute-Marne, de la Gironde ou des Bouches-du-Rhône, au gré des postes auxquels il est affecté. Il entre au Comité central comme membre suppléant en 1961 puis titulaire en 1964. Là, il s’affirme comme un des dirigeants importants du PCF, jouant un rôle majeur lors du comité central d’Argenteuil organisé en 1966 autour des questions culturelles et idéologiques, prenant bientôt la direction de la maison d’édition communiste, les Éditions sociales.

Communiste désireux de transformer effectivement le monde, il lie indissociablement le combat politique à une haute exigence théorique. Aussi, il ne cessa de mener un lourd et scrupuleux travail intellectuel autour de Marx mais aussi de Lénine qu’il tiendra, jusqu’à la fin de sa vie, comme une référence de tout premier plan. Déterminé à marier rigueur conceptuelle et accessibilité, il multiplie, avec une disponibilité jamais prise en défaut, les initiatives pour faire connaître au plus grand nombre, les élaborations théoriques les plus pointues.

En 1969, il publie un ouvrage très novateur, Marxisme et théorie de la personnalité, vite traduit en plus d’une dizaine de langues. Suivent des décennies de réflexions partagées au travers de livres mais aussi d’articles dans La Nouvelle Critique ou La Pensée. Quelles qu’aient été les controverses sur tel ou tel aspect de son œuvre, Lucien Sève s’affirme, sans conteste, comme un acteur majeur de débats intellectuels de très haute qualité, sans jamais sacrifier à la polémique dégradante, y compris dans ses oppositions vives à Louis Althusser.

 À l’écart des grandes structures universitaires, Lucien Sève, un temps directeur adjoint de l’Institut de recherches marxistes, paie aussi dans l’univers académique et éditorial l’orientation révolutionnaire maintenue de ses recherches, à l’heure où le marxisme n’était, disait-on, plus de saison. Longtemps minoré par l’Université et les maisons d’édition non communistes, la qualité de ses travaux a fini par avoir raison de cette guerre froide sans fin. Membre du Comité consultatif national d’éthique dans les années 1980, il publie alors chez Odile Jacob des ouvrages remarqués avant, plus récemment, de livrer des Écrits philosophiques de Marx chez Flammarion.

Pourtant, sa fidélité et son combat seront consacrés jusqu’à la fin de sa vie aux Éditions sociales, maison d’édition pour laquelle il dépensa sans compter son énergie quand la faillite emporta le groupe Messidor, participant à la création de La Dispute avec son ami et complice Richard Lagache. C’est à cet éditeur qu’il confie la grande tétralogie « Penser avec Marx aujourd’hui » initiée en 2004 et qui devait s’achever prochainement par un ultime volume. C’est encore à La Dispute qu’il œuvre, avec son épouse Françoise, à la redécouverte du psychologue Vygotski. C’est avec les Éditions sociales recréées qu’il travaille si durement à ce que les francophones disposent d’une Grande Edition Marx-Engels en français, soutenant de jeunes chercheurs et traducteurs avec cette bienveillance, cette exigence et cette générosité qui le caractérisaient si profondément.

Assurément, dès les années 1980, les relations avec le Parti communiste ne seront pas toujours simples et Lucien Sève quittera notre parti au début du XXIe siècle. Pour autant, il demeurera jusqu’à son dernier souffle un communiste résolu, toujours disposé au dialogue. Son œuvre, gigantesque et plurielle, restera une contribution majeure et précieuse pour les femmes et les hommes décidés à faire grandir cette ambition communiste qui était la sienne et qui demeure la nôtre. Une ambition dont l’urgence, aujourd’hui, se fait sentir plus que jamais.

 

Fabien Roussel, Secrétaire national du PCF, Député du Nord 

Partager cet article
Repost0
23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 15:02
Table-ronde à l'Agora de la fête de l'Humanité: Lucien Sève - Jean Quétier - Bernard Vasseur - Isabelle Garo: le communisme pour dépasser le capitalisme (L'Humanité, 27 septembre - Pierre Chaillan)
Table ronde. Le communisme pour dépasser le capitalisme
Vendredi, 27 Septembre, 2019

Sur fond de crise du capitalisme et face aux menaces environnementales, le communisme, avec le recours à Marx, est pleinement d’actualité. Extraits de la rencontre organisée le 14 septembre à l’Agora de la Fête de l’Humanité.
Avec la participation des philosophes Lucien Sève Philosophe et auteur de Communisme ? (Éditions sociales) , Isabelle Garo  autrice de Communisme et stratégie (Éditions Amsterdam), Bernard Vasseur Philosophe et auteur de Communiste ! Avec Marx (Éditions PCF 93) et Jean Quétier Doctorant en philosophie, traducteur de Karl Marx et de Friedrich Engels.

 

En quoi le communisme de Karl Marx nous est-il utile pour penser un monde nouveau ?

 

-

JEAN QUÉTIER

Depuis une dizaine d’années, la référence à Marx a fait un retour sur la scène intellectuelle notamment. On peut même parler d’un recours nouveau à Marx. Les publications le concernant se multiplient dans différentes disciplines. L’an dernier, le bicentenaire de sa naissance a eu un rayonnement international. Cela montre que l’œuvre de Marx est incontournable. Ce n’est pas un hasard si cette réémergence de la pensée de Marx date de la crise financière de 2008. Dans ce retour à Marx, on a mis en avant la pertinence de ses analyses des contradictions qui traversent le mode de production capitaliste. En philosophie, on y revient pour penser l’aliénation. Plus récemment, on a mis en lumière le caractère précurseur de ses analyses sur l’environnement en lien avec la problématique écologique. Toutes ces directions de recherche sont décisives, mais je dirais qu’il y a un autre apport de sa pensée qui fait le lien avec le thème de ce débat et qui devrait être davantage mis en avant. C’est ce que l’on appelle le Marx politique : le Marx communiste pour le dire en une expression. Le film de Raoul Peck le Jeune Karl Marx lui donne d’ailleurs la part centrale. On peut alors s’interroger : en quoi la conception de communisme chez Marx est-elle novatrice ? On le sait, le philosophe n’est pas l’inventeur du communisme, ni du mot ni de la chose.

 

Quel est alors son apport singulier ?

JEAN QUÉTIER Avec Marx, le communisme cesse d’être une utopie, au sens d’une recette toute faite, pour devenir le nom d’un engagement au cœur de la pratique réelle de la classe des travailleuses et des travailleurs. Le communisme devient chez Marx, au cours des années 1840, une question d’organisation. Cela va le conduire à participer à l’émergence pratique et théorique de la forme moderne de l’organisation du mouvement ouvrier : le parti politique. En rompant avec un communisme de nature utopique, Marx rompt également avec une forme d’organisation de la société secrète ou de la secte, liée au communisme archaïque et utopique dont le caractère était fondamentalement antidémocratique. Cette intervention sur le terrain stratégique ouvre alors un nouveau champ du possible pour le communisme. On aurait intérêt à réinvestir cette direction de recherche.

Bernard Vasseur, vous venez de publier Communiste ! Avec Marx. Pourquoi faut-il être communiste aujourd’hui ?

 

-

BERNARD VASSEUR

En 2020, ce sera le centenaire du Parti communiste, et ce sera l’occasion de parler à la société. Je vois bien ce que l’on pourra dire du passé : Jaurès, la tuerie de la guerre de 1914-1918, le Front populaire, la Résistance, etc. Mais sur l’avenir ? Les médias ne vont pas manquer de nous envoyer à la figure : « 100 ans, c’est un bel âge pour mourir. Il faudrait songer à renoncer et à faire autre chose. Par exemple, devenez le parti du commun ou des communs, ou encore le parti du peuple ou le parti de la planète, ou tout simplement un parti de gauche un peu plus à gauche. » Nous répondrons, je l’espère : « Nous devons être communistes, mais l’être d’une manière nouvelle. » Le Parti communiste est très fier de s’appeler ainsi, mais ne parle pratiquement jamais du communisme. On en parle au moment du congrès. Le problème est de parler du communisme et de le faire vivre dans des batailles, dans des pratiques politiques, dans ce qui est en quelque sorte l’aliment du combat. C’est au nom du pour quoi on se bat qu’on est bien plus fort que dans le contre quoi on agit. La conscience du contre est impuissante à secréter la conscience du pour. C’est en partant de là qu’on peut lire Marx de manière nouvelle, car il est un acteur du communisme. Lorsque Marx avec Engels écrivent le Manifeste du Parti communiste, ils sont des penseurs et des acteurs du communisme. De l’autre côté existe un mouvement ouvrier où ceux qui sont majoritaires portent l’appellation de socialisme. Cette distinction entre communisme et socialisme se poursuit au XXe siècle, notamment lors de la révolution d’octobre 1917 pour d’autres raisons. Ce que nous a légué l’histoire des deux siècles derniers, c’est cette idée que le communisme ne pouvait jamais être à l’ordre du jour des luttes sociales du présent, parce qu’il y a toujours eu un préalable : le socialisme. Le communisme a toujours été repoussé dans un horizon lointain. Pour moi, il faut mettre à jour cela afin de le détricoter pour enfin accéder à la pensée de Marx telle qu’elle a été formulée et revenir au communisme : la critique de l’exploitation du capitalisme dans le travail, mais aussi celle de l’aliénation dans tous les domaines, la dépossession des leviers de sa propre vie. Le but de la société communiste est « le développement humain comme fin en soi », ce que Marx appellera aussi l’émancipation.

 

Isabelle Garo, dans Communisme et stratégie, vous affirmez que l’enjeu stratégique peut ouvrir une nouvelle voie alternative au capitalisme ?

 

-

ISABELLE GARO

Il est frappant de voir ressurgir le terme de communisme, alors que les alternatives subissent une crise aussi profonde que le capitalisme lui-même. De fait, ce retour est surtout théorique, voire rhétorique : le communisme comme concept, ou comme idéal, reste séparé d’un véritable projet politique incluant la question des conditions pour y parvenir. Parler du communisme, c’est donc commencer par se confronter à l’état désastreux du mouvement ouvrier, organisations politiques et syndicales comprises, à la montée d’un néolibéralisme autoritaire qui fait le lit de l’extrême droite : il y a urgence. Face à cette urgence, une visée communiste grandiloquente, mais sans consistance politique, nous condamne à une stratégie qui se résume aux accords électoraux par en haut, les yeux braqués sur les élections et qui conduisent à perdre et à perdre encore. Elle entretient aussi et par contrecoup le dégoût de la politique institutionnelle, dont se nourrissent l’abstention, le désespoir et le fascisme. Une stratégie digne de ce nom doit rendre au mot de communisme son sens politique au présent. Pour autant, l’arracher au monde des songes creux ne veut pas dire renoncer à la théorie, cela signifie penser ensemble les conditions concrètes de la construction du grand soulèvement social et politique dont nous avons besoin.

 

Comment alors y parvenir ?

ISABELLE GARO Le propre de la stratégie ne consiste pas à définir les moyens d’un but prédéfini, mais à relier une finalité (un projet de société non capitaliste) et des conditions concrètes (la situation sociale et politique). L’utilisation du mot socialisme est de ce point de vue à reconsidérer. Sur un terrain où l’intervention ne peut être que collective et concertée, je voudrais surtout insister sur ce constat : l’éclatement présent des projets et des perspectives. Il s’agit alors de se préoccuper des moyens de nous mobiliser et d’organiser les classes populaires autour de la construction d’un projet commun, rompant radicalement, de façon globale et concertée, avec un capitalisme toujours plus mortifère et violent, irréformable. Marx lu comme stratège nous aide à penser ce que peut être non le communisme comme idéal, mais une politique communiste, comme moyen et médiation pour parvenir à ce qui est le plus gigantesque effort de l’humanité consciente, le communisme. Il s’agit d’un processus long et conflictuel, qui s’invente à mesure qu’il s’incarne. Ainsi, le communisme n’est pas seulement un autre mode de production et d’autres rapports sociaux, mais un mode de dépassement et d’invention historique, permettant de sortir du capitalisme et de l’emporter face à des classes dominantes. C’est bien la construction d’un bloc populaire émancipateur et anticapitaliste qui est la condition de la réélaboration progressive et collective d’une alternative radicale viable, face à l’urgence sociale et environnementale. Bref, toutes les luttes, bien distinctes, sont à considérer ensemble, à relier sans les réduire. Le mot de communisme, et surtout l’adjectif communiste, en incluant les organisations qui s’en réclament, mais bien au-delà d’elles, désignent ce long combat et la nécessité de faire le bilan de nos victoires autant que de nos échecs, d’utiliser les structures existantes, mais aussi de les réinventer radicalement. Un avenir humain en dépend.

Lucien Sève, vous présentez le quatrième tome « Le communisme ? » de votre grande œuvre Penser avec Marx aujourd’hui, où vous insistez sur le communisme en tant que mouvement ?

 

-

LUCIEN SÈVE

En effet, je viens juste de publier ce livre de près de 700 pages auquel j’ai travaillé quatre ans, et qui n’est pourtant que sa première partie, le second volet, à paraître, abordera la question cruciale de « Quel communisme pour le XXIe siècle ? ». J’ai voulu d’abord exposer la genèse et le contenu de ce que j’appelle la visée communiste marxienne. C’est une affaire complexe, bien trop peu approfondie à mon sens, et de capitale importance pour comprendre ce qui s’est produit de si grandiose et si terrible à la fois au XXe siècle. À ce sujet, passionnante est déjà la formation première de cette visée entre 1843 et 1848, à Paris d’abord, au contact de ce prolétariat français qui a plébiscité en 1840 le mot communisme, et à laquelle Marx, à moins de 30 ans, va donner un contenu d’une richesse et d’une clairvoyance impressionnantes. Mais aux chances ainsi ouvertes se lie souterrainement un grave risque ensuite. Non que Marx se soit trompé sur le fond, bien au contraire : il a entrevu juste, mais avec une énorme avance sur le mouvement de l’histoire. Car passer du capitalisme au communisme comporte de drastiques conditions de possibilité sociales et humaines. Et au XXe siècle, même dans les pays les plus avancés, elles sont encore trop peu rassemblées, à plus forte raison dans des pays en lourd retard comme la Russie. Ainsi se noue une redoutable contradiction entre maturité de la révolution politique et immaturité de l’immense transformation sociale visée. Il y a du drame dans l’air…

 

Comment qualifieriez-vous ce « drame » ?

LUCIEN SÈVE Je résume d’une phrase : au XXe siècle, le communisme aurait été essayé, et ce fut le plus effroyable des échecs – disqualification définitive et sans appel ! Ici se joue donc la réponse à la question qui nous assaille avec violence : allons-nous pouvoir sortir du capitalisme avant qu’il nous ait conduits à des catastrophes écologiques et anthropologiques définitives ? Et ce n’est là rien d’autre que l’incontournable question renaissante du communisme. Oui, mais ça, se disent la plupart, on a vu au siècle dernier que c’est le pire de tout. On n’a donc aucune chance de rendre à nouveau crédible et même désirable le communisme si l’on ne tire pas radicalement au clair pour tous la question apparemment rebattue et en vérité entièrement mystifiée du stalinisme. Peut-on oser, la tête haute, se réclamer encore du communisme après Staline ? Oui, si ce qui a été vécu sous Staline fut le contraire même du communisme. Par là, tout le communisme du XXe siècle, malgré ses mérites et plus d’une fois son héroïsme, va se trouver dévoyé, paralysé, disqualifié. Par-delà la légende qu’entretiennent soigneusement ses adversaires et que partagent naïvement même des marxistes, la vérité pure et simple est que le communisme n’a jamais nulle part été mis en œuvre jusqu’ici. Conclusion politique capitale : il n’est pas derrière nous comme le pire des échecs, il est devant nous comme la plus précieuse des chances. À condition que nous ayons la lucidité et le courage de sa repensée fondamentale et de sa reconstruction novatrice. Le fait nouveau crucial est que le passage à une société sans classes n’est enfin plus une chimère, le capitalisme est d’évidence en bout de course historique, les déjà-là de communisme se multiplient – leur mise en relief sera une part centrale de la deuxième partie du livre dont j’ai commencé la rédaction. L’heure est à engager sans attendre le dépassement communiste d’un capitalisme qui nous tue. Énormément de travail nouveau est à faire, de débats à mener. Le communisme est et doit être le « mouvement réel d’aujourd’hui ». C’est vital, et c’est urgent. Allons-y !

Compte rendu et animation de la table ronde par Pierre Chaillan
Partager cet article
Repost0
23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 07:26
Fabien Roussel (L'Humanité, 23 mars 2020)

Fabien Roussel (L'Humanité, 23 mars 2020)

Lundi, 23 Mars, 2020
Fabien Roussel : « L’exécutif s’arroge les pleins pouvoirs »

Assemblée nationale. Le secrétaire national du PCF et député du Nord, Fabien Roussel, dénonce un gouvernement « obnubilé par la poursuite de l’activité économique ». Entretien.

 

Vous vous êtes opposé, ce week-end à l’Assemblée nationale, à l’adoption de la loi du gouvernement qui crée un état d’urgence sanitaire. Ce nouvel état d’exception pose-t-il un problème démocratique ?

Fabien Roussel La démocratie pourrait être un outil au service de la lutte contre l’épidémie parce qu’elle permet de prendre des décisions partagées dans la transparence et de construire une sorte de concorde nationale. Mais ce n’est pas le choix qu’a fait ce gouvernement. Nous avons proposé de créer un comité d’urgence nationale réunissant des membres de l’exécutif, le comité scientifique, les associations d’élus locaux, les syndicats, pour régulièrement prendre les décisions qui s’imposent. Non seulement cette proposition a été rejetée mais, avec l’état d’urgence sanitaire qu’il crée, le gouvernement s’arroge les pleins pouvoirs. Nous n’avons pas voté ce texte qui prévoit, en outre, 43 ordonnances sur des mesures économiques et sociales très importantes.

Parmi ces ordonnances, figurent les autorisations à déroger au Code du travail. Est-ce un précédent dangereux ?

Fabien Roussel C’est une menace, d’autant que ces dérogations sont prévues pour une durée indéterminée. Pas seulement pendant l’état d’urgence mais jusqu’à la sortie de la crise sanitaire qui se poursuivra au-delà de cette période. Lors d’une telle crise, avec une partie de l’économie à l’arrêt total, qu’il y ait des mesures exceptionnelles à prendre peut se comprendre. Les Français sont prêts à faire des efforts. Le monde du travail est d’ailleurs en première ligne, 40 % des travailleurs sont au front et 45 % sont obligés de travailler alors que leur activité n’est pas indispensable. Nous demandons que cet élan de solidarité soit celui de toute la société. Qu’il associe les multinationales, les banques, les assurances…

Le Parlement a également validé un projet de loi de finances rectificative. Ses dispositions sont-elles à la hauteur de l’urgence et du « quoi qu’il en coûte » lancé par le chef de l’État ?

Fabien Roussel Même s’il est insuffisant, nous avons voté ce texte qui débloque 45 premiers milliards d’euros parce que ces mesures sont attendues. Mais le gouvernement aurait dû aller plus loin pour soutenir les salariés et l’économie, pour préparer le jour d’après. Nous avons notamment demandé que tous les salariés en chômage partiel perçoivent 100 % de leur salaire. Avec l’absence des primes ou pourboires et les dépenses supplémentaires en nourriture, eau, électricité, la baisse du pouvoir d’achat va déjà être très importante. Nous attendons aussi les 2 milliards promis pour les hôpitaux publics qui ne savent toujours pas sur quel budget ils vont pouvoir se financer. Nous avons également proposé de mettre à contribution les compagnies d’assurances comme les grandes fortunes, de contraindre les banques à prêter à taux zéro, d’obtenir des injections de liquidité par la Banque centrale européenne… Sans succès. Ce gouvernement et l’Union européenne restent dans leur logique libérale. Mais ces questions demeurent à l’ordre du jour.

Lors de ses allocutions, Emmanuel Macron a estimé qu’il faut interroger le « modèle de développement (…) qui dévoile ses failles au grand jour ». Qu’en pensez-vous ?

Fabien Roussel Emmanuel Macron découvre enfin les services publics et leur utilité. Il n’est jamais trop tard. Mais, en réalité, le gouvernement ne discute pas de ces ruptures à opérer. Il est obnubilé par la poursuite de l’activité économique alors que les mesures de confinement les plus strictes doivent être prises, comme l’ont fait d’autres pays. Des milliers de vies sont en jeu, chaque heure compte. La France ne doit pas attendre plus longtemps. En parallèle, il faut bien sûr débattre dès maintenant de la sortie de crise. Mais l’avenir devra se construire en rupture avec le modèle économique sur lequel nous vivons depuis tant d’années. Car à la crise économique qui se profile va s’ajouter une crise financière annoncée dès avant le coronavirus. C’est une France qui permette à chacun de vivre dignement, de répondre au défi écologique, qu’il faut reconstruire.

Les conditions dans lesquelles le second tour des élections municipales a été reporté vous satisfont-elles ?

Fabien Roussel Nous avons pu trouver des solutions permettant d’entériner les résultats des listes ayant gagné au premier tour et d’organiser au plus vite les seconds tours, en juin si les circonstances le permettent. Reste qu’avec ses 35 000 communes, la France est le seul pays d’Europe doté de 500 000 élus locaux. Ils sont indispensables dans la lutte contre le virus pour organiser les solidarités et le confinement, faire vivre le service public… Nous demandons que les communes bénéficient d’une aide financière le plus rapidement possible.

Vous avez lancé un appel à faire vivre la solidarité. Quel rôle les communistes ­entendent-ils y jouer ?

Fabien Roussel Avec nos élus et nos militants, nous avons décidé de rester un parti mobilisé dans cette période de crise. Nous avons fait appel à tous nos adhérents pour mettre en place les solidarités nécessaires dans chaque ville et chaque village. Tout comme nous avons mis en ligne une plateforme pour recenser, partager et démultiplier toutes les belles initiatives organisées par les élus.

Entretien réalisé par Julia Hamlaoui
Fabien Roussel : L'exécutif s'arroge les pleins pouvoirs (L'Humanité, lundi 23 mars 2020)
Partager cet article
Repost0
23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 07:24
Partager cet article
Repost0
23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 07:19
Elsa Faucillon, députée communiste, revient sur les responsabilités de la crise de l'hôpital public et sur les dispositions législatives prises par rapport à la crise sanitaire du Coronavirus

Elsa Faucilllon, députée communiste, 21 mars 2020:

Depuis quelques jours, chaque soir, de plus en plus nombreux, des personnes ouvrent leur fenêtre pour applaudir l’ensemble du corps soignant mobilisé, une façon de dire notre immense gratitude. Aux mains se joignent aussi des cris, mots sur les maux dénoncés depuis tant d’années par les soignants : des moyens pour l’hôpital, des masques pour les personnels !

Cette crise sanitaire met en lumière pour beaucoup la folie qu’est la destruction organisée de notre système solidaire de santé, des dizaines de milliers d’emplois supprimés, près de 70 000 lits fermés en quinze ans, du management plutôt qu’une organisation du soin humain.

Cette crise interroge notre modèle sanitaire d’urgence, révélant la profondeur de l’impact de décennies de politiques ultra-libérales sur notre système de santé, pourtant considéré en 1995 comme le meilleur au monde.

Les pensées, le soutien va aussi vers toutes celles et tous ceux qui continuent à travailler pour l’intérêt général, derrière une caisse de supermarché ou une benne à ordure, apportant des repas aux plus âgés... La colère monte pour celles et ceux qui, sous la contrainte de leurs employeurs et sans caractère essentiel, doivent se rendre la boule au ventre sur leurs lieux de travail. Sidération devant l’indécence de la Ministre du Travail qui ordonne de ne pas arrêter les chantiers du BTP. L’objectif de rentabilité ne peut primer sur l’objectif sanitaire, celui qui vise tout simplement à sauver des vies.

Les parlementaires sont réunis ces derniers jours à l’Assemblée nationale et au Sénat pour examiner les propositions du gouvernement face à la grave crise sanitaire que nous traversons.

Pour l’heure, il nous faut donc réagir, trancher et prendre des décisions dans l’urgence. Ce sont bel et bien des décisions politiques. Légiférer en période de crise c’est à la fois prendre les décisions adaptées au moment, chercher à anticiper et dire quelque chose de l’avenir.

Le texte proposant la mise en place de l’état d’urgence sanitaire aborde plusieurs domaines, le report du second tour des élections municipales, des décisions nécessaires aussi en matière de santé et des mesures économiques d’urgence….Si des dispositions inscrites dans ce texte vont permettre des décisions utiles, d’autres m’inquiètent profondément pour aujourd’hui et pour l’après. Ici, les plein-pouvoirs sont donnés au Premier ministre et aux préfets. Si j’entends la nécessité pour le gouvernement de prendre des décisions rapides, la séparation des pouvoirs doit garder de sa vigueur lors de périodes comme celle que nous vivons.
Le respect de la démocratie politique et sociale est une des conditions essentielles à l’adhésion par les citoyens aux mesures d’urgence et aux comportements adaptés pour vaincre cette épidémie.

Lors de son discours dimanche dernier E. Macron, lyrique, prédisait que « beaucoup de certitudes, de convictions seront balayées, seront remises en cause. Beaucoup de choses que nous pensions impossibles adviennent. Ne nous laissons pas impressionner, agissons avec force, mais retenons cela, le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour aux jours d’avant ».

Chacun interprétera à sa guise, à ses espoirs. Pourtant à la lumière du texte qui nous est soumis, c’est l’inquiétude qui m’anime. Le sentiment qu’ici la majorité se saisit de ce temps de crise pour casser un peu plus encore le code du travail. Dans ce texte, des ordonnances permettront à certaines entreprises de revenir sur la durée légale du travail, sur l’acquisition et les prises de congés payés, de RTT, sur la généralisation du travail du dimanche et sur les réunions des instances représentatives du personnel. Et ces mesures ne sont pas circonscrites dans le temps !

Très concrètement, en l’état actuel du texte, les employeurs pourront – et ce même après la crise - contraindre les employés à poser leur RTT, congés payés ainsi que leurs jours de repos affectés sur le compte-épargne temps.

Cela revient à faire payer la situation actuelle à celles et ceux qui la subissent déjà plus durement, à celles et ceux qui aujourd’hui vont au front chaque jour.

Nous savons que des mesures dites exceptionnelles prises dans des moments graves peuvent ensuite être inscrites durablement dans la loi.

Le Président de la République parle d’effort national post crise, on entend, dans le choix de ce terme les convulsions de son monde, effort toujours pour les mêmes, effort au profit d’un modèle qui les dépossède.

Je préfère donc parler de solidarité nationale post-crise. La solidarité est nécessaire aujourd’hui et le sera à n’en pas douter à l’issue de cette dramatique séquence. Séquence qui semble-t-il n’a pas encore montrée toute sa dureté. Cette solidarité ne se décrétera pas dans l’autoritarisme et l’injustice, certainement pas non plus en revenant à la normalité d’un monde financiarisé, productiviste, consumériste, écrasant toujours plus celles et ceux qui créent la richesse au quotidien.

Nous avons travaillé à des amendements pour revenir sur ces propositions injustes car en l’état nous ne pouvons voter ce texte.

Il n’est ici pas l’heure de la polémique mais bien de la responsabilité politique, celle de protéger et de construire l’avenir.

Elsa Faucillon, députée communiste, revient sur les responsabilités de la crise de l'hôpital public et sur les dispositions législatives prises par rapport à la crise sanitaire du Coronavirus
Partager cet article
Repost0
23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 06:58
Quand le PCF réclame un plan d'urgence pour l'hôpital et la création de 100 000 emplois - une campagne menée depuis plus de trois ans avec le tour de France des hôpitaux des Parlementaires communistes!
Quand le PCF réclame un plan d'urgence pour l'hôpital et la création de 100 000 emplois - une campagne menée depuis plus de trois ans avec le tour de France des hôpitaux des Parlementaires communistes!
Quand le PCF réclame un plan d'urgence pour l'hôpital et la création de 100 000 emplois - une campagne menée depuis plus de trois ans avec le tour de France des hôpitaux des Parlementaires communistes!
Quand le PCF réclame un plan d'urgence pour l'hôpital et la création de 100 000 emplois - une campagne menée depuis plus de trois ans avec le tour de France des hôpitaux des Parlementaires communistes!

Laurence Cohen

Sénatrice communiste

😡 "Monsieur le ministre, avec tout le respect que je vous dois, c'est de l'enfumage! Y'a combien d'euros débloqués aujourd'hui pour la santé? Y'en a pas! Y'a combien de lits ouverts? On ne sait pas! Dans nos hôpitaux, on manque de masques, de gants, de gels... vos belles paroles amusent la galerie mais ne règlent pas le problème! On veut des actes!"

➡️ 2 milliards annoncés par le gouvernement contre le coronavirus? C'est insuffisant! Pourquoi ne pas rendre les 5 milliards volés lors du #PLFSS2020, dont 1 milliard pour l'hôpital public?

➡️ Pourquoi ne pas rouvrir 100 000 lits fermés en 20 ans?

➡️ Pas de confinement des moyens financiers et humains! Pas de belles paroles mais des actes, en urgence!

Partager cet article
Repost0
22 mars 2020 7 22 /03 /mars /2020 06:30
Le Parlement vote un état d'urgence sanitaire qui menace les libertés publiques et le droit social (L'Humanité, 22 mars 2020)
Dimanche, 22 Mars, 2020 - L'Humanité
Le Parlement vote un "état d'urgence sanitaire" qui menace les libertés publiques et le droit social

La loi contre le coronavirus, très vaste, confie des pouvoirs exorbitants au gouvernement via un « état d’urgence sanitaire » dont le contrôle s’avère insuffisant. Les attaques contre le Code du travail en pleine épidémie ont aussi été dénoncées.

 

Adopté. L’Assemblée nationale a voté dans la nuit de samedi à dimanche le projet de « loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19 », par 510 voix contre 37. Les députés PCF, FI et trois PS se sont prononcés contre. D’abord à cause de la création d’un « état d’urgence sanitaire » finalement démesuré. « Nous étions d’accord sur le principe. Nous ne voulons pas freiner le gouvernement dans sa capacité d’action face au coronavirus. Mais cela doit se faire dans le respect de l’État de droit. Le texte présenté transfère des pouvoirs exorbitants à l’exécutif », dénonce Stéphane Peu. L’élu PCF explique que son groupe a proposé d’aligner ce nouvel état d’urgence sur celui déjà existant, créé en 1955. « L’idée était de garantir un contrôle du Parlement au bout de douze jours. Mais cela a été refusé, s’alarme-t-il. Nous allons au final vers un état d’urgence qui dans sa durée et dans la faiblesse des contrôles va au-delà de l’article 16 de la Constitution », lequel confie des pouvoirs exceptionnels au président de la République, avec saisie possible du Conseil constitutionnel au bout de 30 jours par les parlementaires.

Or cet « état d’urgence sanitaire » pourra être déclaré d’emblée pour une durée de deux mois, puis renouvelable de mois en mois. « Nous avons proposé la création d’un comité national associant l’ensemble des forces politiques, sociales et économiques afin de dépasser cette crise dans la concorde, la confiance et la transparence. Mais cela a été refusé. La démocratie est pourtant une condition sine qua non pour surmonter cette épreuve et faire adhérer le peuple tout entier aux mesures adoptées », pointe Stéphane Peu. « Les assemblées ne sont pas de trop ! Nous sommes prêts, jour et nuit, dès que l’on nous convoque, à venir délibérer », abonde Jean-Luc Mélenchon. L’insoumis considère qu’il « n’y avait pas de vide juridique » nécessitant la création d’un « état d’urgence sanitaire », mais se disait prêt à le voter avant de voir enfler « l’étendue incroyable des pouvoirs conférés au gouvernement » sans contrôle suffisant.

La hausse des pénalités ne fait pas l’unanimité

« Nous ne pouvons pas créer ex nihilo un dispositif juridique alors que nous sommes moins de trente parlementaires présents dans l’hémicycle », signale le socialiste Boris Vallaud. Les travées de l’Assemblée étaient de fait quasi vides, seuls trois députés par groupe étant autorisés à venir pour représenter l’ensemble des 577 élus, pour cause d’épidémie. La plupart des députés PS se sont cependant abstenus, tout comme les sénateurs PCF amenés à se prononcer plus tôt, dans la nuit de jeudi. Notamment parce que le Parlement examinait un texte composé d’ordonnances : le gouvernement est lors d’un premier vote habilité à écrire la loi à la place des chambres législatives, qui ratifieront ou non le texte rédigé lors d’un vote à venir. Il est ainsi possible de laisser l’exécutif élaborer une loi avant de la repousser. Le contenu du texte s’est en outre précisé au fil des jours, l’union nationale réclamée par le président de la République Emmanuel Macron se délitant au fur et à mesure des débats.

L’évolution des règles de confinement a divisé. Si l’ensemble des parlementaires s’entendent pour le faire respecter, la hausse des pénalités n’a pas fait l’unanimité. Les amendes pour non-respect passent de 135 euros la première fois à 1 500 euros en cas de récidive. Et jusqu’à 3 750 euros et six mois de prison ensuite. « Nous sommes au-delà de toute proportionnalité. Il faut de plus se dispenser d’une peine d’emprisonnement alors que nos prisons sont pleines », s’émeut le député LT (Libertés et territoires) Charles de Courson. Mais c’est surtout l’absence de contrôle sur l’état d’urgence qui a opposé les élus, tout comme les attaques portées contre le droit du travail. Cette deuxième raison a aussi poussé les députés PCF et FI à voter contre le texte. Car le projet du gouvernement prévoit de laisser certaines entreprises déroger à la durée légale du travail et aux 35 heures, à l’acquisition et la prise de congés payés et jours de repos, et aux réunions des instances représentatives du personnel (IRP). Les secteurs concernés n’ont pas été précisés, et la durée de ces mesures n’a pas été circonscrite à celle de l’épidémie.

Les municipales reportées au mois de juin

Si le ou les jours de carence ont été temporairement supprimés dans le public comme dans le privé, afin que le maintien des rémunérations se fasse dès le premier jour de l’arrêt de travail dans ce contexte d’épidémie, des coups sévères ont donc été portés aux salariés. Tout employeur pourra contraindre les salariés, confinés ou non, au dépôt de jours de RTT ou de repos issus du compte épargne temps. L’imposition sans limite des congés payés a par contre été renvoyée à un accord de branche ou d’entreprise par le Sénat, qui l’a limitée à six jours ouvrables. « Les droits sociaux ne doivent pas être la seule variable d’ajustement dans les moments difficiles », prévient Jean-Luc Mélenchon, pour qui « ceux qui ont le plus sont appelés à donner le plus ». « On connaît la volonté du gouvernement d’affaiblir le Code du travail. C’est insupportable en temps normal et encore plus dans cette situation. Les Français sont prêts à se retrousser les manches pour lutter contre le virus sans que ne soient prises des mesures discrétionnaires, autoritaires ou attentatoires au droit social », ajoute Stéphane Peu.

Enfin, les parlementaires se sont entendus sur le report des élections municipales au mois de juin, les dates du 21 ou du 28 juin étant les plus envisagées, à condition que la situation sanitaire le permette. La question de la date de dépôt des listes a animé les débats, certains voulant les circonscrire au mois de mars. La date du 2 juin a finalement été retenue, avec un début de campagne fixé au 8 juin. Il est en outre prévu que les plafonds de dépenses de campagne soient majorés par un futur décret. Si les résultats du premier tour ont été confirmés, il a été précisé que les conseillers municipaux et communautaires élus le 15 mars entreront finalement en fonction en juin. Les anciennes assemblées sont donc maintenues d’ici là.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011