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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 10:17
Face au Coronavirus, nous avons besoin de solidarité entre les peuples et les nations d’Europe (Fabien Roussel)
Face au Coronavirus, nous avons besoin de solidarité entre les peuples et les nations d’Europe (Fabien Roussel)

Dans son allocution de Mulhouse hier soir, le Président de la République a beaucoup parlé de « guerre ». Mais, bien qu’il se soit exprimé à l’une des frontières de notre pays, il n’a qu’à peine évoqué la solidarité européenne. Et pour cause : l’union européenne est aux abonnés absents !

La crise sanitaire, économique et sociale que précipite la pandémie de coronavirus met à nu la totale faillite de la construction capitaliste de l’UE. La passivité de la Commission européenne et des gouvernements européens face à une crise mondiale aussi grave est proprement scandaleuse.

Ceux-ci sont incapables d'impulser de la coopération ou de l'entraide entre les États, livrés à eux-mêmes. En quelques jours, les critères budgétaires de l’Union européenne appliqués aux États sont apparus ubuesques. Ils ont d'ailleurs été levés, preuve qu'ils sont un frein aux politiques d'investissement et de soutien aux économies nationales.

De plus, les mesures proposées telle que le rachat de dettes souveraines par la BCE sont loin d'être à la hauteur de la crise qui frappe les Etats membres.

La pandémie exige une grande solidarité et une totale coopération entre les peuples et les nations d’Europe. Elle requiert une mutualisation des moyens, notamment en matière de production de matériels sanitaires. Comment peut-on croire que les 27 pays de l’Union européenne seraient incapables de réunir des industriels, des ingénieurs, des outils de productions pour faire face aux besoins criants de tous les hôpitaux ? Nous disposons des forces suffisantes pour produire en urgence des respirateurs, des masques, des médicaments.

De même, la Banque centrale européenne doit répondre immédiatement aux besoins de tous les pays de l’Union européenne confrontés à l’arrêt de leur économie. La création de monnaie et les prêts à taux 0% sont des outils à mettre au service des États de manière exceptionnelle.

La crise de l’Union européenne démontre la nécessité d’en finir avec les dogmes de la « concurrence libre et non faussée », comme avec les politiques d’austérité européennes. Pour reconstruire une Europe de la coopération et de la solidarité entre les peuples, il faudra demain mettre en place un nouveau pacte européen pour sortir enfin des règles d’or budgétaires qui ont tant affaibli les services publics, dont ceux de la santé.

Le Président de la République aime à évoquer « le jour d’après ». Pour le PCF, le jour d’après se prépare maintenant, avec ses alliés et partenaires européens.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF,

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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 07:14
1944-1947 : forces et faiblesses du premier parti de France - par Jean-Paul Scot - Cause Commune n°14-15: PCF Cent ans d'histoire
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Avec 28,8 % des suffrages aux élections législatives du 10 novembre 1946, 172 députés et 15 apparentés, 819 000 adhérents, 11 quotidiens nationaux et 75 hebdomadaires quadrillant tout le pays, le PCF n’a jamais été aussi puissant.

Le 4 décembre, le secrétaire général du PCF, Maurice Thorez, ministre d’État depuis un an, ne peut être investi à la tête du « gouvernement d’union démocratique, laïque et sociale, à présidence communiste », dont il a présenté le programme. Il n’obtient que 259 voix, loin des 310 requises ; la majorité des députés socialistes SFIO a voté contre.
De fait, la force d’un parti communiste ne dépend pas seulement du nombre de ses adhérents et de ses électeurs, mais de sa capacité à entraîner les classes populaires et à affaiblir le grand capital, seuls moyens de modifier le rapport des forces politiques nationales. La poussée des forces démocratiques est bien réelle jusqu’en mai 1946 ; puis leur recul révèle l’isolement progressif du PCF. En témoigne le tirage quotidien de L’Humanité qui culmine à 532 500 exemplaires en novembre 1945, se stabilise à 475 000 jusqu’en mai 1946, puis décroche et tourne autour de 400 000.

Un authentique parti national…
Dès la Libération, la direction du parti réaffirma la stratégie d’union de la nation française, qu’elle avait formulée lors du Front populaire antifasciste et réactivée en 1941 avec le Front national de la Résistance. Mais, pour que le « parti des fusillés » conserve le rôle décisif qu’il a joué dans la lutte clandestine, une rectification stratégique s’imposa. Alors que de Gaulle procédait à la « restauration de l’État » et dénonçait un « double pouvoir » communiste, Maurice Thorez, incité à la prudence par Staline, dut dissiper les illusions d’« une révolution faite par une minorité » et réaffirmer que « l’objectif, c’est la lutte pour la démocratie vraie, ce n’est pas la lutte pour le pouvoir des soviets » (21 janvier 1945). Non sans incompréhensions !

« Ambroise Croizat regroupe dans la Sécurité sociale les allocations familiales, les assurances maladie et les retraites ; gérée par les élus des travailleurs, elle est bienla “plus belle fille de la Libération”. »

Pour articuler lutte nationale et lutte des classes, le Xe Congrès (26 au 30 juin 1945) relance la tactique du Front unique PCF-SFIO, avec la CGT réunifiée comme partenaire principal et les unions des femmes et des jeunesses françaises comme relais, avec trois objectifs : « Renaissance, démocratie, unité ». Si la SFIO rejette la fusion dans un « parti unique de la classe ouvrière » que lui propose le PCF, elle ne peut refuser l’unité d’action. Et la CGT, forte de cinq millions de syndiqués, prend l’initiative de faire actualiser le programme du Conseil national de la Résistance et d’en exiger l’application immédiate par le gouvernement provisoire présidé par Charles de Gaulle.
Une telle dynamique se traduit, lors des élections à l’Assemblée constituante du 21 octobre 1945, par une avancée inédite de la gauche et l’inversion de la hiérarchie de 1936 : le PCF devient le premier parti de France (26,2 % des suffrages) devant la SFIO (23.8 %). C’est ce rapport de forces qui contraint Charles de Gaulle à appeler au gouvernement six ministres communistes. C’est lui encore qui le force à démissionner le 20 janvier 1946 suite au refus de son projet de régime présidentiel. Les socialistes exigent alors la formation d’un gouvernement tripartite avec les démocrates-chrétiens du MRP. Au gouvernement, mais pas au pouvoir, le PCF va néanmoins jeter les bases du modèle social français à l’origine des Trente Glorieuses…

Champion de la démocratie économique et sociale
Renaissance de la France par la « bataille de la production » lancée dès la Libération par Benoît Frachon à la tête de la CGT. Bataille du charbon relancée par Thorez en juillet avant même d’assumer des responsabilités gouvernementales. Bataille de la reconstruction où s’illustre François Billoux, ministre depuis septembre 1945. Bataille des nationalisations intégrales de l’électricité et du gaz et des compagnies charbonnières sous l’impulsion du ministre de la Production Marcel Paul et de Charles Tillon, ministre de l’Armement. Bataille pour le pain et le lait menée par Waldeck Rochet, vice-président de la Confédération générale des paysans travailleurs qui défend les petits et moyens exploitants contre les agrariens.

« La direction tenta d’expliquer tardivement que “l’avantage de la démocratie populaire, c’est qu’elle rend possible le passage au socialisme sans recours à la dictature du prolétariat”. »

Démocratie sociale : Ambroise Croizat, ministre du Travail, étend les pouvoirs des délégués du personnel et des comités d’entreprise jusqu’à l’accès aux comptes et aux bilans. Il regroupe dans la Sécurité sociale les allocations familiales, les assurances maladie et les retraites ; gérée par les élus des travailleurs, elle est bien la « plus belle fille de la Libération ». Maurice Thorez définit également avec les syndicats le statut des fonctionnaires et celui du fermage et du métayage.
Les communistes ont accepté les ministères économiques et sociaux que le général de Gaulle leur concéda, espérant « qu’ils s’y cassent les reins », comme un devoir de classe et un devoir patriotique : assurer l’indépendance nationale et améliorer les conditions de vie des travailleurs, c’est démontrer le rôle historique de la classe ouvrière alliée à la paysannerie laborieuse, aux employés et aux cadres, contre les trusts nationaux et les cartels internationaux. La bataille de la production est un succès : fin 1946, la production industrielle atteint 90 % du niveau de 1938. Mais elle ne va pas de pair avec la bataille des revendications. Les communistes, écartés des ministères des Finances et de l’Économie, ne peuvent contrer l’hyperinflation alors que les salaires sont bloqués. D’où le mécontentement grandissant des travailleurs et, dès l’été 1946, la reprise des grèves exploitées par les anticommunistes de tout poil.

Mais de plus en plus isolé et incompris
Le 5 mai 1946, le PCF perd la bataille constitutionnelle. Le projet constitutionnel d’une assemblée nationale unique, soutenu par le PCF et la SFIO, est rejeté par référendum : de Gaulle, le MRP et les radicaux ont fait voter NON. Mais deux millions de voix socialistes ont fait défection, ruinant les illusions de Jacques Duclos et des députés communistes.
Néanmoins, aux élections du 2 juin, le PCF progresse encore (26 % des voix), mais la SFIO recule (21 %). Le MRP triomphe (28 %) et prend la tête d’un second gouvernement tripartite dont le but est de faire adopter au plus vite une Constitution : elle ne sera ratifiée le 13 octobre que par 36 % des votants, avec 31 % d’abstentions. Dès l’été, les contradictions capital/travail se sont accentuées et les tensions internationales aggravées. Winston Churchill a dénoncé le « rideau de fer » et Léon Blum a annoncé que « la France adhère à un plan d’organisation économique international dont les États-Unis ont pris l’initiative » (16 août).

« Ambroise Croizat, ministre du Travail, étend les pouvoirs des délégués du personnel et des comités d’entreprise jusqu’à l’accès aux comptes et aux bilans. »

Le PCF tente de reprendre l’offensive en mobilisant contre la vie chère et en dénonçant l’alignement du MRP et de la SFIO sur l’impérialisme américain. Ainsi peut-il redevenir le premier parti de France avec 28,6 % des exprimés aux élections législatives. Se déclarant prêt à assumer la direction du pays. Maurice Thorez accorde alors la célèbre interview au Times publiée le 18 novembre. On n’en retient souvent que la formule : « Les progrès de la démocratie dans le monde [...] permettent d’envisager pour la marche au socialisme d’autres chemins que celui suivi par les communistes russes. » L’idée de la diversité des voies n’est pas neuve pour des dirigeants communistes, mais c’est la première fois que le secrétaire général du PCF évoque « la marche au socialisme » pour la France. Certes, il précise qu’il ne s’agit pas d’appliquer « un programme strictement communiste » par « une transformation radicale du régime actuel de la propriété », mais un « programme démocratique » au moyen de « nationalisations démocratiques » dans « le cadre du système parlementaire qu’il a contribué à rétablir ».
Cette clarification bien trop tardive ne suffit pas à infléchir la SFIO et le MRP qui envisagent déjà une « troisième voie » excluant gaullistes et communistes. Prétextant du soutien apporté par le PCF à la grève des usines Renault lancée par des trotskistes, les ministres communistes sont révoqués le 5 mai 1947. Au grand soulagement de nombreux militants écartelés entre bataille de la production et défense des revendications ! Dès les grandes grèves de 1947-1948, ils réactiveront les pratiques « classe contre classe ».
La nouvelle stratégie de la voie française au socialisme est restée incomprise de beaucoup de communistes. La direction tenta d’expliquer tardivement que « l’avantage de la démocratie populaire, c’est qu’elle rend possible le passage au socialisme sans recours à la dictature du prolétariat » (10 février 1947). Mais Thorez resta ambigu quand il la définit comme « le pouvoir exercé au nom de la classe ouvrière et du peuple par un parti communiste qui peut s’associer avec d’autres partis ». Entre le régime soviétique et la démocratie socialiste, la différence serait de forme politique, pas de nature de classe.
On ne peut donc penser que le PCF a sous-estimé ses forces et surestimé celles de ses adversaires, comme Jdanov le lui reprocha en septembre 1947, inspiré par les lettres secrètes d’André Marty à Staline. On peut affirmer au contraire que le PCF a surestimé sa capacité à dominer les réformistes et a sous-estimé la virulence de l’anticommunisme et de l’antisoviétisme. Parti national plus que parti de lutte des classes, il n’a pas su rendre crédible dès 1945 une voie française au socialisme démocratique.

Jean-Paul Scot est historien. Il est titulaire honoraire de la chaire supérieure d’histoire du lycée Lakanal (Sceaux).

Cause commune n° 14/15 • janvier/février 2020

 

1944-1947 : forces et faiblesses du premier parti de France - par Jean-Paul Scot - Cause Commune n°14-15: PCF Cent ans d'histoire
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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 07:06
PCF et CNR, un double rapprochement insolite - par Michel Margairaz (Cause Commune n°14-15 - PCF: Cent ans d'histoire)
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Le programme du Conseil national de la Résistance (CNR) constitue un héritage important pour le PCF qui n’a jamais cessé de revendiquer son caractère hautement révolutionnaire. Il convient donc de présenter ici son histoire, de sa genèse à son devenir dans la vie politique de la France libérée, ainsi que son contenu, pour réaffirmer davantage son actualité à l’heure où les services publics français sont menacés de disparition.

L’histoire des relations établies entre le Conseil national de la Résistance (CNR) et le PCF entre mai 1943 – date de création du CNR – et les lendemains de la Libération résulte largement d’une double initiative de rapprochement insolite, de la part du général de Gaulle et des dirigeants communistes.

Un double infléchissement politique
Lors de l’année 1941 – qui a vu successivement l’entrée en guerre contre les forces de l’Axe (Allemagne nazie, Italie fasciste, Japon militariste) de l’URSS en juin et des États-Unis en décembre –, le Parti communiste décide la création du Front national en mai 1941. Après le 22 juin et l’entrée en guerre de l’URSS, celui-ci va être utilisé dans le but d’activer auprès d’une grande diversité de patriotes, au-delà de la sensibilité communiste, la lutte contre « l’oppresseur et ses valets de Vichy ». Il tient à demeurer indépendant, hors de l’influence de la France libre, formée à Londres par de Gaulle dès l’été 1940, comme des autres mouvements de la Résistance intérieure, encore peu développés. Quant à de Gaulle, il se méfie par principe des partis ou des syndicats ayant rallié la Résistance intérieure. Mais l’année 1942 voit ces deux positions respectives fortement évoluer et opérer un rapprochement. Face au tournant militaire du conflit, du fait des premières défaites de l’Axe, du débarquement allié en Afrique du Nord (novembre 1942) et surtout de la victoire de l’Armée rouge à Stalingrad (février 1943) puis du débarquement allié en Italie et de l’armistice italien (septembre 1943), de Gaulle, en rivalité avec le général Giraud, a besoin pour assurer sa légitimité auprès des Alliés de s’assurer du soutien des forces politiques et militaires de la Résistance opérant dans la France, totalement occupée depuis novembre 1942. De son côté, à l’automne de 1942, les dirigeants du PCF restés en France – alors que Thorez est réfugié à Moscou – , Jacques Duclos et Benoît Frachon, clandestins en région parisienne, dépêchent Fernand Grenier à Londres afin de prendre contact avec le colonel Rémy, représentant de la France combattante, nouvelle dénomination de la France libre, signe de son nouvel état d’esprit. Cela témoigne du fait que le PC veut privilégier comme priorité la lutte patriotique active contre l’occupant – dont le bras armé est le Front national dans la version politique et les groupes de francs-tireurs et partisans (FTP) dans son volet militaire – bien au-delà des clivages politiques d’avant-guerre, et reconnaît pour cela l’autorité du général de Gaulle, même s’il maintient son autonomie d’organisation.

Le CNR et son double programme
Jean Moulin, ancien préfet limogé par Vichy, délégué général du général de Gaulle en France, dans sa mission générale de réunification des mouvements de Résistance, décide à la fin de 1942 de créer le Conseil national de la Résistance, afin d’affirmer auprès des Alliés le soutien total des Résistants de l’intérieur à de Gaulle et au Comité français de la Libération nationale (CFLN), amorce d’un gouvernement en exil à Alger depuis le printemps 1943. Et, en accord avec de Gaulle, il parvient à y introduire, aux côtés des mouvements de Résistance – dont le Front national représenté par Pierre Villon, dirigeant communiste –, des représentants de tous les partis résistants, dont le PC, et des deux confédérations syndicales (CGT réunifiée et CFTC). La première réunion des seize membres du CNR, soigneusement choisis par Jean Moulin, a lieu clandestinement rue du Four à Paris le 27 mai 1943. Le représentant communiste insiste surtout pour lancer un appel à l’action immédiate contre l’occupant, mais la réunion est écourtée, et il n’y aura plus de réunion plénière du CNR pour des raisons de sécurité jusqu’à la Libération en août 1944.

« Le Parti communiste décide la création du Front national en mai 1941 dans le but d’activer auprès d’une grande diversité de patriotes, au-delà de la sensibilité communiste, la lutte contre “l’oppresseur et ses valets de Vichy”. »

Après l’arrestation et l’assassinat de Jean Moulin en juin 1943, c’est le bureau de cinq membres, chacun représentant nécessairement plusieurs organisations – ainsi, Pierre Villon représente-t-il à la fois le PC, le Front national et, de manière insolite, la Fédération républicaine (parti de droite d’avant-guerre) –, sous la présidence de Georges Bidault, démocrate-chrétien membre du Front national, qui se réunit à raison de deux séances par semaine entre décembre 1943 et janvier 1944 afin d’élaborer un programme. Celui-ci se scinde rapidement en deux volets distincts. D’abord, l’action immédiate afin de hâter la libération qui doit résulter du débarquement allié : c’est la principale préoccupation et activité des communistes, qui pensent que l’indépendance future de la France, ainsi que leur poids politique qui en découle seront proportionnels à la participation active des Français à leur libération. Par-delà les réticences des socialistes, moins présents dans l’action, la première partie du programme contient un ralliement consensuel du CNR à l’action immédiate, devant toutefois être encadrée par des comités de libération (CDL), composés à l’image du CNR, mise en œuvre par les forces françaises de l’intérieur (FFI) intégrant toutes les composantes militaires de la Résistance (dont les FTP) et soumise in fine à l’autorité du CFLN et de De Gaulle.

« La seconde partie du programme, diffusé dans la clandestinité sous le titre Les Jours heureux  le 15 mars 1944, énonce les principales réformes politiques et surtout économiques et sociales pour l’après-guerre. »

La seconde partie du programme, diffusé dans la clandestinité sous le titre Les Jours heureux  le 15 mars 1944, est beaucoup plus brève – seulement un quart du texte final – et énonce les principales réformes politiques et surtout économiques et sociales pour l’après-guerre. À partir de plusieurs moutures – dont une proposée par le Front national en novembre 1943 –, la « charte » du CNR contient le rétablissement des libertés démocratiques et plusieurs « réformes de structures », qui constituent un ensemble d’institutions de régulation qui vont fonder l’État social d’après-guerre : un « plan complet de sécurité sociale » ; le « retour à la nation des grands moyens de production monopolisés » ; un plan de l’économie ; les comités d’entreprise ; un « statut du fermage et du métayage », ainsi que la « confiscation des biens des traîtres » et le « châtiment des traîtres ». Ce programme a été approuvé à l’unanimité des membres du bureau, puis de l’ensemble des membres du CNR, et du général de Gaulle, après des discussions et une consultation certes clandestine mais réfléchie et démocratique de l’ensemble des composantes du CNR.

Le PC et l’application du programme du CNR
À la Libération, le CNR en tant qu’organe de la Résistance demeure, mais se trouve quelque peu minoré par la libération du territoire, réalisation de la première partie du programme, et par la reconstitution des rouages administratifs et politiques de l’État. Son rôle apparaît toutefois fort du point de vue symbolique et politique puisqu’il incarne l’unité de la Résistance autour des grandes réformes de sa charte, premier et seul programme depuis 1789 soutenu par l’ensemble des forces politiques, syndicales et des associations – alors les mouvements de Résistance. Après la fin de la guerre et les premières élections législatives d’octobre 1945, le PCF se place en premier parti (avec environ 26 % des voix), suivi de peu par le Mouvement républicain populaire (MRP) démocrate-chrétien et par le Parti socialiste, et dispose de cinq ministres dans le gouvernement provisoire d’union nationale dirigé par le général de Gaulle jusqu’à son départ en janvier 1946 sur un désaccord quant au contenu de la Constitution de la future IVe République. Entre septembre 1944 et janvier 1946 sont adoptées les principales réformes du CNR : Sécurité sociale, comités d’entreprise, nationalisation des charbonnages du nord, d’Air France, de Renault, des banques de dépôts et de la Banque de France, élaboration d’un « plan de modernisation et d’équipement ». Entre janvier et avril 1946, le PC et ses ministres (Ambroise Croizat, ministre du Travail, et Marcel Paul, ministre de la Production industrielle) contribuent à accélérer la poursuite des réformes : nationalisation des charbonnages de France, d’EDF-GDF, de plusieurs compagnies d’assurances, achèvement et mise en œuvre effective de la Sécurité sociale, mise en route du premier plan ou plan Monnet. Lors de l’échec du premier projet de référendum sur la Constituante, les élections suivantes de juin 1946 voient le MRP ravir la première place au PCF, maintenu cependant à 25 % des voix, ce qui donne un coup d’arrêt à l’application du programme du CNR, il est vrai en grande partie réalisé.

La portée plus longue de ce rapprochement conjoncturel
Dès lors, la conjoncture évolue grandement avec la mise en place de la IVe République, l’entrée dans la guerre froide et l’éviction des communistes du gouvernement en mai 1947. Le Parti communiste tient cependant périodiquement à se présenter comme le garant le plus fidèle des réformes de la Libération issues du programme du CNR face aux risques de remise en cause, du fait du glissement vers le centre et la droite des gouvernements de troisième force. Cette brève histoire met en scène, dans une conjoncture courte mais exceptionnelle du fait de la lutte clandestine contre l’occupant, une convergence majeure entre communistes et gaullistes, étendue ensuite à l’ensemble des forces résistantes, qui a constitué les fondements de l’État social à la française des quatre décennies suivantes et au-delà, jusqu’aux révisions de la fin du XXe siècle.

Michel Margairaz est historien. Il est professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne.

Cause commune n° 14/15 • janvier/février 2020

 
PCF et CNR, un double rapprochement insolite - par Michel Margairaz (Cause Commune n°14-15 - PCF: Cent ans d'histoire)
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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 06:56
Danielle Casanova

Danielle Casanova

Le PCF de la drôle de guerre à la Libération - par Serge Wolikow - Cause Commune n°14-15: PCF Cent ans d'histoire
Le PCF de la drôle de guerre à la Libération - par Serge Wolikow - Cause Commune n°14-15: PCF Cent ans d'histoire
Pierre Georges, Colonel Fabien et son amie

Pierre Georges, Colonel Fabien et son amie

Henri Krasucki

Henri Krasucki

Gilbert Brustlein

Gilbert Brustlein

Marcel Rayman

Marcel Rayman

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À la fin de 1939, le PCF, isolé et contraint à l’illégalité, est à deux doigts de disparaître de la scène politique. De cette extrême fragilité, il parvient pourtant à faire une force quand la scène démocratique tout entière disparaît avec l’Occupation et que le temps est venu de la Résistance. Quand celle-ci s’achève, le PCF est devenu le premier parti français.

Le pacte germano-soviétique et la « drôle de guerre »
Le 23 août 1939, la signature du pacte germano-soviétique, préparée dans le plus grand secret par Staline et son entourage le plus proche, prend à contre-pied la direction soviétique dans sa majorité, les responsables de l’Internationale présents à Moscou et la totalité de ses sections nationales.
Le PCF, désarçonné par la nouvelle, ignorant le protocole secret prévoyant le partage de la Pologne, justifie la décision soviétique en dénonçant les atermoiements franco-britanniques des mois précédents. Pour lui, le choix diplomatique de l’URSS ne remet pas en question la stratégie communiste des temps de Front populaire. Mais, pour Staline et bientôt la direction de l’Internationale communiste, l’analyse est tout autre, la guerre a un caractère impérialiste, les communistes doivent refuser de s’y associer et la dénoncer. Le 17 septembre, l’entrée de l’Armée rouge en Pologne, conformément aux dispositions secrètes du pacte, accélère le processus. Le 22, le PCF lance un appel à la paix qui dénonce avec vigueur la politique de défense nationale du gouvernement français. Le 26, le gouvernement Daladier décrète l’interdiction du parti et d’un grand nombre de ses « organisations de masse ». Le 1er octobre, les députés communistes entérinent le nouveau cours en adressant une lettre au président de la chambre, signée par quarante-quatre des soixante-quatorze députés de 1936 et demandant que soient étudiées d’éventuelles propositions de paix, conséquences du traité signé trois jours plus tôt.
Le 5 octobre ont lieu les premières arrestations de députés après la réception de leur lettre par le président de la chambre. Le 30 novembre, le gouvernement décide d’aller jusqu’au bout et les députés votent la levée d’immunité parlementaire du Groupe ouvrier et paysan (nom pris par le groupe communiste après la dissolution du parti). Florimond Bonte, chef du groupe, est arrêté en pleine séance. Le 20 février 1940, la même chambre vote la déchéance des députés communistes, avant que ne s’ouvre leur procès. Entre-temps, le 18 novembre 1939, un décret a prévu l’internement dans des camps des individus « dangereux pour la défense nationale ». Le 10 avril 1940, le décret rédigé par le ministre socialiste de la Justice, Albert Sérol, assimile l’activité communiste (la propagande défaitiste) à une trahison passible de la peine de mort. Le lendemain, L’Humanité clandestine fustige dans le même élan la guerre, le décret scélérat et le gouvernement social-fasciste.
Affaibli par la répression, ses militants désemparés face à une politique internationale et pour beaucoup d’entre eux retenus aux armées, le PC est entré dans la rude vie de la clandestinité. Son groupe dirigeant est éparpillé.

Appel à un front national de lutte pour l’indépendance nationale
Le 10 mai 1940, l’Allemagne lance sa grande offensive contre les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France. Malgré le courage de ses soldats, l’armée française est balayée. C’est l’effondrement, Paris est abandonné, le gouvernement depuis Bordeaux accepte les conditions allemandes, et le 10 juillet le parlement vote les pleins pouvoirs à Pétain qui s’empresse de proclamer l’État français, la collaboration avec l’Allemagne et la mise en œuvre de la révolution nationale qui commence par prendre des mesures antisémites et à stigmatiser les étrangers.

« La stratégie du PCF qui vise à rassembler dans l’action sans attendre, afin de préparer la libération, lui permet de sortir de son isolement. »

Après quelques flottements à l’égard des manœuvres allemandes qui laissent entendre la possibilité de faire reparaître L’Humanité, la direction du PCF affirme sa défiance à l’égard du nouveau régime et dénonce les occupants qui le soutiennent. La reconstruction clandestine passe notamment par la mise en place de comités populaires mais aussi par la diffusion, à côté de L’Humanité clandestine, de journaux et de tracts. Georges Politzer comme Gabriel Péri écrivent dès le début de 1941 des pamphlets qui dénoncent l’idéologie nazie, le racisme et l’obscurantisme dont elle est porteuse. Dans le Nord, les communistes s’impliquent dans la grève héroïque des mineurs. Le PCF met déjà en cause l’occupation et appelle à la constitution, dès mai 1941, d’un front national de lutte pour l’indépendance nationale.
Dès cette époque, avril 1941, les organisations juives de la MOI [Main-d’œuvre immigrée, regroupant les communistes étrangers vivant en France] du Parti communiste dénoncent les premières rafles et l’antisémitisme d’État.

La lutte armée
Lorsque les troupes de l’Allemagne nazie envahissent l’URSS, l’engagement communiste prend une nouvelle ampleur. Le PCF, en relation avec l’Internationale, lance la lutte armée dans des conditions très difficiles. Des jeunes communistes, des anciens des brigades internationales, des militants de la MOI sont aux premiers rangs de ceux qui organisent les sabotages de convois ferrés et l’attaque de soldats allemands. Les autorités allemandes, appuyées par le gouvernement de Pétain, lancent une répression qui s’abat en priorité sur les communistes. Ce sont les premiers fusillés et guillotinés de la fin de l’été 1941 par les autorités françaises qui vont jusqu’à établir les listes d’otages à fusiller, à Chateaubriant et au Mont Valérien. La répression est associée à des procès publics des résistants communistes, hommes et femmes, ensuite exécutés. Bientôt, c’est également la déportation sans jugement, selon une procédure Nacht und Nebel (nuit et brouillard) qui doit briser la résistance communiste. Les coups portés sont terribles mais la lutte armée se réorganise avec la mise en place des francs-tireurs et partisans (FTP) et les actions dans les grandes villes de la zone occupée puis, en 1943, dans le sud du pays. La stratégie du PCF qui vise à rassembler dans l’action sans attendre, afin de préparer la libération, lui permet de sortir de son isolement. Devenu incontournable, il est bientôt un interlocuteur des différents mouvements de résistance et participe à la constitution du Conseil national de la Résistance en mai 1943. Représenté à Londres puis à Alger, il contribue à l’élaboration du programme du CNR adopté en 1944. Une partie notable de ses propositions dans le domaine économique et social, les nationalisations et le projet de Sécurité sociale, est retenue. Dans le cadre de la préparation de la libération, les communistes négocient leur entrée au gouvernement provisoire à Alger et participent à l’activité de l’assemblée consultative. En somme, le PCF développe son activité sur différents terrains, celui de la lutte armée avec les FTP qui rejoignent au printemps les forces françaises de l’intérieur (FFI), au sein desquelles ils vont jouer un rôle important dans les combats de la libération, aussi bien à Paris, qu’à Marseille ou dans le Limousin par exemple. Mais ils ont également déployé leur activité dans le monde du travail en étant les instigateurs de la réunification syndicale de la CGT et en réalisant une politique de large rassemblement sur la thématique patriotique. En direction des intellectuels et des artistes, Les Lettres françaises diffusent cette démarche dont Aragon s’est inlassablement fait le protagoniste. Moins de cinq ans après le début de la guerre, le PCF a reconquis une influence dont l’ampleur se vérifie dans les combats de la Libération puis lors des premières élections en 1945. Après le débarquement des troupes anglo-américaines, alors que la libération du territoire n’est pas terminée et que la guerre continue, Maurice Thorez arrive à Paris en décembre 1944 et indique que la stratégie du parti s’inscrit dans la reconstruction du pays et de la démocratie. L’heure n’est pas à la révolution et à la prise du pouvoir, même si le parti s’efforce de renforcer ses positions et développe une conception de la politique et de l’appareil d’État, qui se heurte à la stratégie gaulliste fondée sur la résistance intérieure des lieux de pouvoir.

Serge Wolikow est historien. Il est professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne.

Cause commune n° 14/15 • janvier/février 2020

 
Le PCF de la drôle de guerre à la Libération - par Serge Wolikow - Cause Commune n°14-15: PCF Cent ans d'histoire
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29 mars 2020 7 29 /03 /mars /2020 07:12
Photo de la fête de l'Humanité à Garches, 1936 - Les Bretons de Paris - Archives Pierre Le Rose - PCF 29

Photo de la fête de l'Humanité à Garches, 1936 - Les Bretons de Paris - Archives Pierre Le Rose - PCF 29

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Ce qui n’était qu’une section de l’Internationale communiste, conçue comme un parti mondial, s’affirme comme un parti capable d’une élaboration stratégique adaptée à la structure sociale d’un pays où les classes moyennes sont majoritaires.

Des réorientations stratégiques au sein de l’IC
Lors de son XIe plénum (avril 1931), l’Internationale communiste a défini le fascisme et la démocratie comme deux moyens interchangeables permettant à la bourgeoisie d’asseoir son hégémonie en justifiant par là sa stratégie dite « classe contre classe ». L’arrivée de Hitler au pouvoir n’infléchit ces analyses qu’à la marge. Le XIIIe plénum (décembre 1933) admet pour la première fois qu’on peut éviter le fascisme mais persiste à tenir la lutte contre la social-démocratie, qualifiée de « social-fasciste », pour la condition de la révolution et par là même de la victoire sur le fascisme.
Ces analyses répondent de l’attitude de sa section française face à la crise ouverte par la manifestation des droites extrêmes parlementaires du 6 février 1934. Le Parti communiste, qui tient la révolution et les soviets comme unique alternative à la crise, appelle à la riposte le 9 février et contribue au succès des manifestations du 12 mais s’y associe sur une base strictement anticapitaliste en appelant à un « front unique prolétarien » contre le fascisme.

« Au lendemain de la puissante manifestation antifasciste du 14 juillet 1935, un comité de rassemblement populaire voit le jour qui se dote d’un programme pour “le pain, la paix, la liberté” en vue des élections législatives. »

L’écrasement de « Vienne, la rouge » en février 1934, après seize années de domination sociale-démocrate qui lui valurent ce surnom, conjugué avec l’ampleur de la mobilisation antifasciste déployée le 12 février pour la défense de la république en France, de manière souvent unitaire en province, puis perpétuée sous de multiples formes suscitent toutefois des débats au sein de l’IC et de sa section française. Ils se soldent par des réorientations stratégiques formulées dans le cadre des travaux préparatoires au VIIe congrès de l’IC. Dimitrov remet en cause la notion de « social-fascisme » et Dimitri Manouilski, également dirigeant de l’IC, propose de substituer au mot d’ordre de dictature du prolétariat celui, plus immédiat, de rassemblement des masses les plus larges contre le fascisme et pour la sauvegarde de la démocratie.

De la SFIC au PCF
La conférence nationale de la SFIC, réunie à Ivry en juin 1934, dit s’inscrire dans la continuité des orientations jusqu’alors défendues, mais opère deux ruptures majeures à l’instigation de l’IC : elle affirme que les communistes ne sont pas indifférents aux formes de l’État bourgeois en condamnant par là même l’amalgame entre le fascisme et la démocratie, laquelle doit être défendue ; rompant avec le nihilisme national, elle s’attache à réconcilier les dimensions nationale et internationale de son combat. Sous l’effet conjugué de ces redéfinitions et d’un mouvement populaire en essor, la SFIO et la SFIC concluent le 27 juillet 1934 un pacte d’unité d’action antifasciste.

« Alors qu’a sonné l’heure de la revanche pour la droite et le patronat, le PCF, qui fut l’initiateur de cette stratégie novatrice, à l’origine d’une double révolution conjointe des cultures de mobilisation et de régulation, devient la cible entre toutes. »

Lors de cette conférence nationale, Maurice Thorez déclarait que la « course de vitesse engagée entre les fascistes et nous » supposait, pour être victorieuse, « l’unité d’action avec les ouvriers socialistes, l’unité syndicale dans une seule CGT [effective en mars 1936] ». Elle nécessitait aussi « d’entraîner les classes moyennes en les arrachant à la démagogie du fascisme ». Convaincu qu’il faut, pour ce faire, étendre l’accord conclu en juillet au Parti radical, il prend en octobre une initiative, d’abord désavouée par l’IC, et lance à la veille du congrès du Parti radical un appel à un Front populaire pour « le pain, la paix, la liberté ». Ce qui n’était qu’une section de l’IC, conçue comme un parti mondial, s’affirme par là comme un parti capable d’une élaboration stratégique adaptée à la structure sociale d’un pays où les classes moyennes sont majoritaires. Cela lui permet de mieux s’intégrer dans la vie nationale au point d’en infléchir le cours, comme signifié par l’abandon du sigle SFIC au profit de PCF lors de son congrès de Villeurbanne en janvier 1936

Maintenir la cohésion d’une alliance antifasciste
Le succès de toutes les listes de gauche aux élections municipales de 1935, accru par la mise en œuvre du principe de la discipline républicaine par le PCF, et son ralliement au principe de la défense nationale ont raison des réticences et des oppositions initiales de la SFIO et du Parti radical. Au lendemain de la puissante manifestation antifasciste du 14 juillet 1935, un comité de rassemblement populaire voit le jour qui se dote d’un programme pour « le pain, la paix, la liberté » en vue des élections législatives prochaines. Inspiré de celui de la CGT et « volontairement limité aux mesures immédiatement applicables », il est ratifié par les trois partis, les deux confédérations syndicales en voie de réunification et une centaine d’associations.
Avec un gain de 6 % des voix par rapport à 1932 et 72 députés (contre 12), le Parti communiste, quoique troisième derrière la SFIO et le Parti radical apparaît comme le grand vainqueur des élections mais doit faire face à une situation inédite. Convaincu qu’il « n’est pas question de prendre le pouvoir actuellement », que « les conditions ne sont pas encore réunies pour le pouvoir des soviets » et conscient de l’indispensable cohésion de l’alliance antifasciste, le PCF s’interdit de « courir le risque de s’aliéner quelques sympathies des couches de la petite bourgeoisie et des paysans ». Il choisit de soutenir le gouvernement Léon Blum sans y participer, en conformité avec les positions de l’IC.

« Maintenir la cohésion d’une alliance antifasciste dont l’objectif est la sauvegarde et le développement de la démocratie politique et sociale. »

Ces mêmes analyses conditionnent son attitude face aux grèves qui éclatent dans la foulée, d’abord dans les secteurs où l’implantation des communistes et de la CGTU est forte. Il tient le mouvement pour un indispensable moyen de lutte pour le pain et, du même fait, pour un puissant levier de la lutte antifasciste, il joue un rôle moteur dans son développement jusqu’aux accords de Matignon mais oppose aux tenants du « tout est possible » le caractère non révolutionnaire des objectifs énoncés par les grévistes et la nécessité prioritaire de maintenir la cohésion d’une alliance antifasciste dont l’objectif est la sauvegarde et le développement de la démocratie politique et sociale. D’où l’appel du 11 juin 1936 en faveur de la reprise du travail « dès que satisfaction a été obtenue » et l’affirmation selon laquelle il faut savoir consentir à des compromis.

Une politique sur le fil du rasoir
Le parti voit le nombre de ses adhérents décupler entre 1934 et 1938 et noue avec les intellectuels des liens inédits. Confronté à la contre-offensive patronale, à la guerre d’Espagne, aux contradictions qu’elles nourrissent au sein du rassemblement populaire et au risque permanent d’un basculement radical qui mettrait un terme à cette expérience politique novatrice, il est animé par la conviction que l’intervention des masses, hier condition de la victoire, peut seule permettre de venir à bout de la résistance patronale et du fascisme, mais il veut éviter que l’avant-garde ouvrière ne s’isole à l’heure où la menace fasciste intérieure et extérieure, à plus fort titre, rend l’alliance avec les classes moyennes plus que jamais nécessaire. Aussi maintient-il l’alliance parlementaire à tout prix, tout en tentant de concilier ces exigences de plus en plus contradictoires. Face à la politique de « non-intervention » en Espagne, il joue un rôle de premier plan dans la formation des Brigades internationales et organise des livraisons d’armes dans le cadre de la politique dite de « contrebande déguisée », mais privilégie les mobilisations susceptibles de réactiver l’esprit du Front populaire. Il tient en revanche les grèves de 1937 pour inopportunes et parvient d’autant moins à se faire entendre que les contradictions s’exacerbent. Soit une politique sur le fil du rasoir qui se prolonge jusqu’au basculement radical d’avril 1938. Alors qu’a sonné l’heure de la revanche pour la droite et le patronat, le PCF, qui fut l’initiateur de cette stratégie novatrice, à l’origine d’une double révolution conjointe des cultures de mobilisation et de régulation, devient la cible entre toutes.

Danielle Tartakowsky est historienne. Elle est professeure émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris-VIII.

Cause commune n° 14/15 • janvier/février 2020

Cause commune - La revue d'action politique du PCF

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29 mars 2020 7 29 /03 /mars /2020 07:01
Lucien Sève - Photo : Pierre Pytkowicz

Lucien Sève - Photo : Pierre Pytkowicz

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L’ouvrage de Lucien Sève, « Le Communisme » ? (La Dispute, 2019), ne peut être discuté en détail dans un article aussi bref que celui-ci. Nous n’envisagerons que deux points qui se trouvent développés dans la seconde partie de l’ouvrage. La première partie, consacrée à l’histoire du mot et du mouvement communiste au XIXe siècle est d’une grande importance, tant par l’érudition dont elle fait preuve et qui n’a pas d’équivalent, que pour l’image neuve qu’elle donne à voir de Marx. Nous nous concentrerons néanmoins sur la seconde partie.

Socialisme réel/Communisme.
L’une des thèses centrales du livre de Lucien Sève est la distinction nette entre socialisme et communisme. Ce qui s’est nommé « socialisme réel » au XXe siècle n’a rien eu de communiste. « Pas un seul des pays dirigés par des partis se réclamant de cette visée n’a jamais été un pays communiste, écrit Lucien Sève, à ce jour il n’en a jamais existé nulle part » (p. 338). Ce qui caractérisait les pays socialistes, c’était « leur flagrant non-communisme ». Les nommer « communistes » relèverait du « calembour historique » (p. 347). Qu’est-ce que Marx et Engels entendaient par communisme ? « Communisme, pour eux non seulement se différencie de socialisme, mais s’y oppose sur des points aussi importants que l’exigence de la complète égalité sociale, qui n’est pas l’égalitarisme fruste, le nécessaire dépérissement de l’État, inconciliable avec les illusions du démocratisme petit-bourgeois, l’essentielle dimension individuelliste de l’émancipation sociale » (p. 297). De ce point de vue, socialisme réel, héritier du vieux socialisme, et communisme seraient extérieurs l’un à l’autre.
On pourrait commencer l’analyse de cette thèse en partant d’un passage du livre précédent de Lucien Sève, Capitalexit ou catastrophe (La Dispute, 2018): « Aujourd’hui au contraire du postcapitalisme s’est formé, s’expérimente et s’enrichit au sein même de ce qui le contredit violemment en des pays comme le nôtre, de la gratuité des soins médicaux à la retraite par répartition, du salaire à vie des fonctionnaires à la gratuité du don du sang, de l’initiative des lanceurs d’alerte à l’expérience gestionnaire des coopérateurs » (p. 103).
Une partie du postcapitalisme dont il est question dans cette phrase est le résultat de luttes sociales, dont il faut absolument rappeler le contexte : le défi que constituait l’existence du « camp socialiste ». La menace soviétique a contraint les bourgeoisies occidentales à de nombreuses concessions : sécurité sociale, possibilité de négociation sur les salaires, services publics, etc. Mais le défi socialiste a produit des effets bien au-delà. Récemment dans le magazine Jacobin, la féministe Jenny Brown pouvait écrire : « Ce qui a vraiment aidé dans les années 1960 dans la lutte pour l’avortement, c’est que la plupart des pays socialistes pratiquaient déjà l’avortement légal. Vous pouviez aller en Pologne et vous faire avorter pour 10 $. […] Les femmes quittaient le “monde libre” pour aller se faire avorter en Pologne pour pas cher. […] Cela a mis beaucoup de pression sur le monde capitaliste. […] Le gouvernement fédéral a donc dû intervenir [contre les gouvernements des États] pour améliorer la situation. Nous n’avons pas ce moyen de pression aujourd’hui » (https://www.jacobinmag.com/2019/10/abortion-wi­thout-apology-reproductive-rights).
Par ailleurs, le démantèlement de l’État raciste dans le sud des États-Unis au XXe siècle n’est pas sans rapport avec le défi que constituait le socialisme. L’historien américain George M. Fredrickson montre comment la lutte contre l’URSS au nom de la liberté et de la démocratie se montrait de moins en moins compatible avec le traitement réservé aux Noirs aux États-Unis : ségrégation et exclusion des droits civiques.

« Parler d’éléments de communisme dans le socialisme permet peut-être de sortir de l’alternative extrêmement tranchée à laquelle nous sommes confrontés : soit le socialisme réel est le seul et unique visage possible du communisme, soit, à l’inverse, il ne partage absolument rien avec lui. »

Quelle conclusion tirer de ces deux exemples ? Le postcapitalisme dans nos sociétés, autrement dit le communisme-déjà-là mentionné par Lucien Sève, doit son existence en partie aux régimes socialistes et au défi qu’ils représentaient. Il n’y a donc pas extériorité radicale entre socialisme réel et communisme en ce sens que l’existence du premier a rendu possible, dans le camp opposé, l’existence d’éléments de communisme.
Mais aussi bien, le postcapitalisme évoqué ci-dessus a existé dans les pays socialistes. Cela ne veut pas dire que ces pays étaient communistes ; cela veut seulement dire qu’il y avait des éléments de communisme dans le socialisme réel. Un exemple parmi d’autres : « l’assurance de l’emploi », c’est-à-dire l’existence quotidienne sécurisée. Les Allemands de ex-RDA, auxquels l’historien Nicolas Offenstadt donne la parole dans Le Pays disparu (Stock, 2018), reviennent sans cesse sur ce point selon eux central. Ce rappel n’implique pas la nostalgie de l’Allemagne de l’Est ; mais il n’est pas non plus un détail qui n’aurait aucune importance. La sécurisation du quotidien, rarissime dans l’histoire du capitalisme, n’est-elle pas une part de la visée communiste ? On pourrait parler aussi, autre exemple important, de la condition des femmes dans ces pays et des régressions importantes sur ce sujet dans l’est de l’Europe après la chute du socialisme réel. Parler d’éléments de communisme dans le socialisme permet peut-être de sortir de l’alternative extrêmement tranchée à laquelle nous sommes confrontés : soit le socialisme réel est le seul et unique visage possible du communisme, soit, à l’inverse, il ne partage absolument rien avec lui.
Parler d’éléments de communisme dans le socialisme permet peut-être aussi de maintenir l’existence d’un questionnement et d’une réflexion critique sur ces expériences. Nicolas Offenstadt écrit ceci : « Pour nous, jeunes étudiants de gauche, les pays de l’Est étaient une grande gêne, et une interrogation. Une vraie gêne car on ne pouvait identifier l’avenir de la gauche à leurs scléroses, à ces mornes dictatures ; une interrogation car ils représentaient malgré tout un ailleurs “de gauche”, autre chose que le capitalisme que nous ne voulions pas, et puis, aussi, une forme d’héritage, même détourné, même abîmé, des luttes du mouvement ouvrier » (p. 16). Affirmer qu’il y a eu du communisme dans le socialisme n’a rien d’une apologie de ce dernier. L’affirmation ne supprime pas la « gêne » mais permet de maintenir ouverte « l’interrogation », chose de la plus haute importance. Car toute cette histoire, rien moins qu’un pan de l’histoire du XXe siècle, s’efface peu à peu des mémoires. Il faut en effet bien mesurer ce qui sépare les années 1970 des années 2020. Il y avait des débats passionnés sur l’URSS et son histoire, en particulier à gauche, et ils étaient relativement informés. Ils s’appuyaient sur une connaissance minimale des conditions d’apparition et d’existence de ces régimes. La situation a radicalement changé depuis. Peuvent témoigner de cette évolution radicale les propos du réalisateur Olivier Assayas au sujet de son film Après Mai (2012) : « J’ai dû renoncer à des choses qui me tenaient à cœur pour que le film ne soit pas caricatural aux yeux des jeunes d’aujourd’hui. Notamment tout ce qui concerne les débats théoriques qui divisaient les groupes gauchistes. C’était impossible à reproduire. […] Les jeunes acteurs n’arrivent pas à le jouer. J’avais écrit un dialogue entre Gilles, qui représente la tendance libertaire, et Jean-Pierre, son copain trotskyste, qui portait sur la révolution russe et les marins de Kronstadt. À l’époque, ça n’était pas la moitié d’un enjeu ! J’aurais aimé filmer cet échange comme une scène de comédie, avec des répliques qui claquent et qui vont très vite… Mais les jeunes acteurs n’arrivaient pas à croire que deux jeunes aient pu s’engueuler sur un sujet pareil. Je ne l’ai finalement pas tourné. » Après les années 1970, la discussion sera de moins en moins informée et ne dépassera guère l’apposition de l’étiquette « totalitarisme ». Réduction de l’analyse à la condamnation morale sans connaissance aucune du fonctionnement réel de ces régimes. La critique sera de moins en moins déduite d’une connaissance mais posée d’emblée. Sous pilonnage médiatique incessant, ces expériences complexes seront tout entières ramenées à leur pire visage. Exit la réflexion sur les alternatives qu’elles ont pu proposer parfois, l’attention à leurs réussites comme à leurs échecs.

« Poser qu’il y eut des éléments de communisme dans le socialisme invite au contraire à chercher dans ces “ailleurs” des choses qui ont pu être intéressantes. Non pour faire des bilans et des comptes à propos d’hier, mais pour affiner des perspectives aujourd’hui. »

D’un point de vue politique, cette méconnaissance est catastrophique. Ce qui caractérisait jusqu’ici le mouvement ouvrier au sens large, c’était l’extrême importance qu’il accordait à la réflexion sur sa propre histoire. Marx méditant l’échec de 1848, Lénine, celui de la Commune, Gramsci méditant 1917 et sa stratégie. Réflexion de Lucien Sève aujourd’hui sur la prétendue révolution par les urnes, etc. Sans cette méditation incessante, les luttes patinent, reproduisent les mêmes erreurs, perdent un temps précieux à résoudre des difficultés auxquelles d’autres avaient pourtant déjà été confrontées. La question de l’autogestion par exemple anime beaucoup de secteurs de la gauche. Pourtant, les publications sur l’expérience yougoslave d’une mise en œuvre à grande échelle de l’autogestion ne sont pas légion (l’une des références incontournables sur le sujet est l’ouvrage de Catherine Samary, Le Marché contre l’autogestion : l’expérience yougoslave, La Brèche, 1988). Il ne s’agit pas de proposer cette expérience comme un modèle mais de réfléchir à ses succès comme à ses échecs et d’en apprendre le plus possible. Au lieu de cela et trop souvent, les discussions se déroulent dans l’ignorance complète de cette histoire. Ces discussions peuvent être intéressantes, elles n’en demeurent pas moins abstraites puisqu’elles n’ont presque plus à composer avec les impératifs du réel.
Bien sûr, Lucien Sève n’est pas de ceux qui ignorent l’histoire ; son livre en est la preuve. Mais la thèse d’une extériorité radicale entre communisme et socialisme réel pourrait avoir cet effet fâcheux de décourager « l’interrogation » : « Si tout ceci n’a finalement rien à voir avec nous, à quoi bon s’y arrêter ? » Poser qu’il y eut des éléments de communisme dans le socialisme invite au contraire à chercher dans ces « ailleurs » des choses qui ont pu être intéressantes. Non pour faire des bilans et des comptes à propos d’hier, mais pour affiner des perspectives aujourd’hui.

Verticalité/Horizontalité
Pour Lucien Sève, le socialisme serait hanté par « la redoutable mythologie de l’État » (p. 188). L’hypertrophie de l’État en URSS viendrait tout droit de la mythologie en question. Un héritage venu de la social-démocratie allemande, de Ferdinand Lassalle en particulier, que Marx aurait quant à lui combattu. Lucien Sève rend à la thèse de Marx sa complexité : « La nécessaire disparition de l’État de classe n’est bien entendu pas la suppression des pouvoirs publics, appelés au contraire à se développer dans le communisme de façon tout autre que sous l’hégémonie du capital » (p. 289). La désétatisation ne signifie rien d’autre que l’appropriation citoyenne réelle des pouvoirs publics dans tous les domaines.
On peut discuter cette thèse – « l’idéologie étatiste engendre l’étatisme réel » – par exemple en niant de façon nette la dimension idéologique de toute cette affaire. C’est par exemple ce que propose Frédéric Lordon dans son dernier ouvrage (Vivre sans ? Institutions, police, travail, argent… La Fabrique, 2019) : « Il y a quelque part un seuil d’intensité du conflit qui détermine la forme politique à basculer irréversiblement du côté étatique centralisé ou bien à pouvoir développer une forme politique qui ne soit pas aussitôt dans l’orbite d’un appareil de force. » En d’autres termes, la verticalité démesurée de l’URSS n’est pas un héritage intellectuel mais le produit de la guerre civile qui a vu naître le régime. « C’est l’entière réquisition par les enjeux de vie ou de mort qui étouffe tout, sature tout, et laisse ensuite sa marque profonde, irréversible peut-être – en URSS, elle l’a été : “Notre État a toujours fonctionné sous le régime de la mobilisation, dès les premiers jours. Il n’était pas conçu pour la paix”, explique à Svetlana Alexievitch un haut responsable du Kremlin de l’époque Gorbatchev » (p. 202). C’est donc le niveau d’hostilité que doit subir une expérience révolutionnaire, et non l’idéologie de ses dirigeants, fût-elle résolument anti-étatiste, qui détermine le degré de verticalité de son pouvoir d’État. Un très haut niveau d’hostilité de l’environnement implique un pouvoir militaire ultra-centralisé. Une hostilité « modérée » (Frédéric Lordon, « On ne demandera pas au capital d’envisager gentiment de rendre les clefs », L’Humanité du 8 novembre 2019) comme au Chiapas ou hier au Rojava, laisse la possibilité d’expérimenter des institutions plus souples et plus horizontales. Frédéric Lordon néglige-t-il la dimension subjective du problème en renvoyant tout le problème de l’étatisation aux conditions objectives de la guerre civile et de l’agression extérieure ? Sa thèse est plus complexe et mériterait développement : il y a une place pour le subjectif (soit les volontés et pensées des masses et des organisations) mais il existerait un « seuil d’intensité du conflit » au-delà duquel ce subjectif ne compte plus devant les nécessités de la lutte à mort.
Mais la thèse de Lucien Sève peut se discuter encore autrement. Le philosophe Domenico Losurdo a bien en vue le poids écrasant des circonstances dans l’extrême verticalisation du pouvoir soviétique. Il considère cependant que la pression extérieure ne saurait l’expliquer entièrement. L’étatisation lourde a aussi des causes idéologiques. « Évidemment, il ne faut pas perdre de vue l’encerclement impérialiste, écrit-il. Mais à la donnée objective se mêle une limite subjective considérable due à la formation politique et culturelle des dirigeants bolcheviques » (Fuir l’histoire ? La révolution russe et la révolution chinoise aujourd’hui, Delga, 2007). Cette formation politique et culturelle est-elle déterminée en dernière instance par la « mythologie de l’État » dont parle Lucien Sève ? C’est tout le contraire, estime Domenico Losurdo. Les dirigeants soviétiques auraient été pris dans une « vision anarchique et messianique » d’une société sans conflit où les institutions n’auraient plus de rôle à jouer, la vision d’une société sans verticalité. Ce type de vision ne les a pas du tout préparés à gérer convenablement la verticalité qui revenait très fortement dans les circonstances que l’on sait. En d’autres termes, ce qui favorise la verticalité écrasante, ce n’est pas seulement la mythologie du vertical, c’est aussi et paradoxalement la fascination pour l’horizontal parce qu’elle laisse démuni intellectuellement face au vertical qui fait retour tragiquement.
On peut citer de nombreux textes révélant la prégnance de cette humeur anti-institutionnelle dans le marxisme. August Bebel, dirigeant respecté du SPD jusqu’à sa mort en 1913, écrit par exemple à propos de la société future : « Avec le gouvernement aura aussi disparu tout ce qui le représente, ministres, parlements, armée permanente, police, gendarmes, tribunaux, avocats, procureurs, système pénitentiaire, administrations des contributions et des douanes, bref l’appareil politique tout entier. Les casernes et autres bâtiments militaires, les palais de justice et d’administration, les prisons, etc., attendront alors une meilleure destination. Des milliers de lois, d’ordonnances, de règlements seront mis au rancart et n’existeront plus que comme curiosités, n’ayant de valeur que pour l’histoire de la civilisation ancienne. Les grandes – et pourtant si mesquines – luttes parlementaires, où les héros de la langue s’imaginent gouverner et mener le monde par leurs discours, n’existeront plus » (August Bebel, La Femme et le socialisme, p. 185). La dissolution de toutes ces institutions verticales accompagnera la disparition de l’argent et du commerce. Par ailleurs, « la religion s’évanouira d’elle-même, sans secousse violente ». Bien des années plus tard, « le jeune Bloch attend des Soviets la “transformation du pouvoir en amour”. En Russie soviétique, des dirigeants du Parti socialiste révolutionnaire tiennent des discours semblables. Ils proclament que “le droit est l’opium du peuple” et que “l’idée de Constitution est une idée bourgeoise” » (Domenico Losurdo, Fuir l’histoire ? op. cit.). Ces exemples donnent à voir une tradition plutôt horizontaliste ; et si elle parle encore de la nécessité de l’État, c’est provisoirement, pour briser la Terreur blanche. Passé ce moment inaugural, l’horizontalité sera de mise.
Sauf que les choses ne se sont pas passées ainsi, le vertical ayant perduré soixante-dix ans, ce qui n’est peut-être pas sans lien avec ladite tradition. En effet, le pouvoir, le vertical, l’État, les institutions, etc., ces réalités toujours susceptibles de s’autonomiser n’ont guère été prises au sérieux d’un point de vue théorique. Pourquoi l’auraient-elles été puisqu’elles allaient bientôt s’évanouir d’elles-mêmes ? Cette conception condamnait le jeune pouvoir soviétique à devoir improviser l’organisation des pouvoirs dans un contexte d’encerclement, dans un pays sans tradition libérale, au lourd passé de commandement tsariste.
Par ailleurs, et de façon plus générale, une structuration horizontale fonctionne d’autant mieux que deux conditions se trouvent réunies : une échelle de fonctionnement relativement réduite et un contexte relativement pacifique. L’horizontalité, bien qu’il faille se garder d’une vision enchantée (small is beautiful) qui minimiserait les dominations en son sein, est plus facile à mettre en œuvre à petite échelle et lorsque l’extérieur ne se montre pas trop agressif. (L’horizontal est souvent en réalité traversé par des rapports de pouvoir. On sait bien que les plus diplômés ont l’avantage dans une assemblée par exemple. De même, les femmes s’expriment moins pour des raisons qui ont trait à la domination masculine, etc. Bref, les dominations sociales ne s’arrêtent pas aux portes de la structure horizontale.)
Mais passé une certaine échelle et un certain niveau de tension, la verticalité, la délégation, la représentation, la séparation, font retour pour toutes sortes de raisons, qui ne sont pas toutes mauvaises. Ainsi, que quelqu’un fasse à ma place, même lorsque le temps est calme, n’est pas nécessairement une situation problématique de confiscation de pouvoir. Il peut y avoir de bonnes raisons de le vouloir : vouloir se consacrer davantage à ses enfants, à ses amis, à telle ou telle activité qui n’est pas directement politique. Bref, le désir d’implication du militant n’est peut-être pas facilement universalisable. Pas sûr d’ailleurs que les actuelles critiques de la représentation visent la représentation en son principe ; peut-être sont-elles pour partie des critiques d’une représentation qui représente mal.
Si on suit le fil de cette analyse, la question se reformule alors, en dehors de l’opposition verticalité / non-verticalité, de la manière suivante : quelles formes de verticalité peuvent être acceptables ? C’est peut-être parce qu’elle ne pose pas ce type de questions que la pensée de l’horizontal nous prépare peu à affronter la verticalité exigée par des circonstances où les contradictions s’aiguisent.
Le livre de Lucien Sève n’est pas achevé, c’est pourquoi il est difficile de le discuter sans possiblement être injuste. Les deux remarques exposées n’enlèvent rien à l’importance de l’ouvrage et ne doivent pas faire oublier la très stimulante distinction qu’il propose, à partir de Marx, entre socialisme et communisme.

Florian Gulli est philosophe. Il est membre du comité de rédaction de Cause commune.

Cause commune n° 14/15 • janvier/février 2020

 

Lire aussi:

Table-ronde à l'Agora de la fête de l'Humanité: Lucien Sève - Jean Quétier - Bernard Vasseur - Isabelle Garo: le communisme pour dépasser le capitalisme (L'Humanité, 27 septembre - Pierre Chaillan)

"Octobre 1917: Une lecture très critique de l'historiographie dominante" par Lucien Sève (éditions sociales, 14€)

 

Cause commune - La revue d'action politique du PCF

Cause commune - La revue d'action politique du PCF

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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 14:43
Fabien Roussel - photo L'Humanité, 23 mars 2020

Fabien Roussel - photo L'Humanité, 23 mars 2020

Ordonnances gouvernementales : "Le pouvoir profite de la crise sanitaire pour s'attaquer aux droits des salariés » (Fabien Roussel - PCF)

Les ordonnances adoptées par le conseil des ministres confirment ce que laissait craindre le projet de loi sur l'état d'urgence sanitaire que les parlementaires communistes n'ont pas voté.

Alors que tout appelle à protéger les salariés, du public comme du privé, à confiner les salariés qui risquent la contamination dans des secteurs non indispensables, le gouvernement décide de s'en prendre à leurs droits et à leurs conditions de travail. Il encourage notamment les employeurs à recourir massivement aux heures supplémentaires, à remettre en cause les congés payés, à l'indemnisation partielle du chômage technique.

Pire, Le Président Macron et son Premier ministre Edouard Philippe laissent au patronat le pouvoir de gérer la crise selon ses seuls critères, en laissant à des négociations de branche la mise en œuvre de ces dispositions. Et ils ne mettent aucune limite de durée aux dispositions annoncées comme dérogatoires, mais dont le risque est qu'elle devienne la règle avec la crise économique qui s'annonce.

Des années de politiques d'austérité contre les services publics, et particulièrement contre l'hôpital public, de cadeaux à la finance et aux grandes fortunes ont lourdement affaibli notre pays au moment où il doit affronter l'épidémie de Covid-2019. On en voit chaque jour les effets sur notre système de santé publique, dont les personnels doivent aujourd'hui assumer toutes les carences, comme à travers les difficultés que rencontre notre appareil de production pour répondre au défi de la crise actuelle.

Face à la crise sanitaire, face à la catastrophe économique qui se dessine, c'est à une toute autre logique qu'il faut immédiatement mettre en oeuvre. Les recettes du passé, celles qui ont permis aux
banques de reprendre leurs activités spéculatives après la crise de 2008 et aux actionnaires des grands groupes de se goinfrer en désintégrant notre tissu industriel, n'ont que trop duré.

Le PCF demande le paiement des salaires à 100 %, le maintien des congés des salariés, l'indemnisation à 100 % du chômage partiel et le recours à l'embauche plutôt qu'au développement des heures supplémentaires. Pour financer ces mesures exceptionnelles, le PCF propose de mettre à contribution les multinationales, les assurances, le secteur bancaire et les moyens de la BCE.

Comme l'ont fait ses parlementaires dans les deux Assemblées, le PCF propose ainsi que tous les moyens nécessaires soient dégagés orientés vers la protection de la population, la défense des droits
des salariés, l'emploi et le soutien à l'activité économique utile au pays, vers le renforcement de nos services publics, à commencer par nos hôpitaux.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, député du Nord,

Paris, le 26 mars 2020.

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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 06:55

 

Notre pays, comme le reste du monde, fait face à une épreuve majeure. 

Le nombre de personnes mortes des suites du coronavirus augmente de jour en jour de manière exponentielle. 

Nous avons affaire à un défi historique, qui appelle la mobilisation de la nation tout entière.

 

 

C'est d'ailleurs dans cet esprit que le PCF a d'emblée proposé la création d'un comité d'urgence nationale, où se réuniraient des représentants du gouvernement, du comité scientifique, des partis politiques, des associations d'élus locaux, des organisations syndicales, du monde économique.

Quoi qu'ils subissent, les Français font face. Ceux qui travaillent dans nos services publics, souvent maltraités, sont aux avant-postes, dans les hôpitaux, dans les communes, dans les collectivités ou encore pour assurer la sécurité. Dans le privé aussi, ils sont nombreux à monter au front, dans les supermarchés, dans les Ephad, dans l'agriculture, dans les transports... Oui, de belles solidarités s'organisent dans tout le pays car le monde du travail est solidaire.

Les communistes et leurs élu·e·s, dans le même état d'esprit, se sont mis à la disposition du pays. Partout, ils s'emploient à construire les actions d'entraide et de solidarité que requiert la situation, à apporter l'aide indispensable aux personnes les plus fragiles comme aux professions en première ligne. 

Nos parlementaires ont demandé que tous les salariés au contact avec du public puissent bénéficier de tous les moyens de protection dont ils ont besoin : masques, gel, gants... Ce qui suppose que tout soit mis en oeuvre pour permettre à l'industrie de les produire en quantité suffisante.

Ils ont aussi appelé à un confinement général bien plus strict que celui mis en place par le gouvernement, puisque c'est le seul moyen, en l'état actuel, de lutter contre la propagation du virus, préconisé l'Organisation mondiale de la santé. Les entreprises qui ne sont pas indispensables à l'activité du pays doivent s'arrêter. Il n'est pas admissible que 45% des salariés continuent de travailler dans des secteurs non essentiels à la gestion de l'urgence sanitaire. 

L'état d'urgence sanitaire que le gouvernement vient de faire adopter par les assemblées ne répond pas à ces exigences d'intérêt général. C'est pourquoi nos parlementaires n'ont pas voté les projets de loi qui l'instauraient.

Non seulement notre appel à une mobilisation des forces vives du pays n'a pas été pris en compte, mais le gouvernement s'est arrogé tous les pouvoirs. Il s'est affranchi du contrôle du Parlement afin d'agir par ordonnances pour déréglementer le droit du travail. Les premières décisions viennent de tomber et elles sont édifiantes : les entreprises pourront faire travailler leur salariés jusqu'à 60 heures par semaine au lieu du seuil maximum légal de 48 heures !

Enfin, notre pays doit aussi faire appel à la mobilisation de toute la société, y compris les multinationales, les compagnies d'assurances, les géants du numérique ou les grandes fortunes. A ce jour, rien n'est prévu de ce côté-là. C'est pourtant là que nous trouverons les ressources nécessaires pour surmonter cette crise inédite. Si les forces du travail sont aujourd'hui mobilisées, celles du capital doivent l'être aussi !

La bataille des « jours d'après » commence maintenant. Faisons monter de toutes parts l'exigence que l'intérêt de l'humain et celui de la planète passent avant ceux de l'argent et des logiques de profit.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF.

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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 06:45

 

En février 2020, 25 experts internationaux envoyés par l’OMS pour enquêter sur la situation en Chine ont déclaré dans leur rapport : « L’histoire de l’utilisation sans compromis et rigoureuse par la Chine de mesures non pharmaceutiques pour contenir la transmission du virus Covid-19 dans de multiples contextes fournit des leçons essentielles pour la réponse mondiale. Ce sont les seules mesures dont il est actuellement prouvé qu’elles interrompent ou minimisent la chaîne de transmission chez l’homme. »

 

 

Le gouvernement Macron a tardivement pris la mesure de l’ampleur de la crise sanitaire induite par le Covid-19 et a annoncé, en conséquence, des mesures de confinement indispensables pour ralentir la propagation du virus. Devant l’urgence de la situation, nous avons accompagné cette décision dont la logique est de diminuer le nombre de contaminé·e·s et la prolifération du virus. D’autres choix, comme le dépistage systématique et le confinement sélectif des contaminé·e·s ont été choisis par d’autres pays (Chine, Corée du Sud) avec des résultats encourageants. Cette autre stratégie de gestion de crise sanitaire ne peut se réaliser dans le cadre d’une politique néolibérale d’austérité vis-à-vis des besoins humains, dans le cas présent de la santé des populations, comme l’ont fait la majorité des gouvernements européens dont la France.

Afin d’éviter la saturation du système sanitaire, l’objectif est de diminuer les arrivées de flux de patient·e·s atteint·e·s par le Covid-19 pour ne pas déborder les capacités de prise en charge des hôpitaux. Tout cela va devoir se réaliser dans un contexte de forte dégradation de notre système public hospitalier, dénoncé unanimement par tous les acteurs de la santé depuis plus d’un an, mais aussi dans l’incapacité à répondre à la mise en sécurité des soignant·e·s et des patient·e·s par du matériel adapté. Hallucinant dans un pays qui se considère comme une des 7 plus grandes puissances avancées du monde ! Certes les professionnels de santé ont un devoir de soins, mais la société, l’État a un devoir de les protéger et d’adopter une politique adaptée pour fournir les médicaments et matériels (gants, masques, blouses, respirateurs…) nécessaires à leurs missions et à leur sécurité.

Si le confinement est aujourd’hui essentiel, il faut réunir d’urgence les conditions pour en sortir le plus rapidement possible ; cela passera par un dépistage intensif de tous les soignant·e·s, de toutes les personnes en contact avec du public, de tous les patient·e·s présentant des symptômes même atypiques. Encore faudrait-il qu’une mise à disposition massive de tests de dépistage soit réalisée, mais comme pour les masques on nous dit : « ça va arriver ! »

La saturation des moyens sanitaires, tant redoutée, déjà effective en Italie et dans certains de nos hôpitaux, va immanquablement orienter les choix des traitements. Les professionnel·le·s ne pourront plus prendre des décisions que sur des critères médicaux mais aussi sur des pratiques dégradées avec un nombre restreint des respirateurs en réanimation.

Déjà épuisés, confrontés à un manque intolérable de moyens, voilà qu’ils vont devoir faire des priorités d’accès à la guérison, à la vie. Alors, E. Macron peut toujours les nommer « les héros en blouse blanche », aujourd’hui les mots ne suffisent pas et le « quoiqu’il en coûte » non plus. Les personnes âgées dans les Ehpad vont être abandonnées à leur sort.

Il s’agit aujourd’hui de faire des propositions concrètes et immédiates envers les hôpitaux en termes de moyens humains, matériels et financiers, afin de couvrir les besoins Covid-19, mais aussi les autres cas sévères ou urgents. Le PCF fait des propositions d’urgence :

  • Mettre à disposition immédiate du matériel en quantité nécessaire à la sécurité des soignant·e·s et des patient·e·s, des tests biologiques et des respirateurs en réanimation. Nous demandons une clarification des politiques de production de ces matériels et de la politique de réserve matérielle sanitaire en France.
  • Arrêt immédiat de toutes les restructurations hospitalières en cours, des fermetures de services et la réouverture de lits.
  • Paiement de toutes les heures supplémentaires des personnels hospitaliers qui se cumulent et s’amplifient dans la période et revalorisation immédiate du point d’indice dans la fonction publique hospitalière (pas question de primes catégorielles).
  • Lors d’un collectif budgétaire, rectifier l’ONDAM (objectif national des dépenses d’assurance maladie) à hauteur de 5 % avec au moins 4 milliards d’euros pour répondre aux besoins urgents de l’existant. La LFR (loi des finances rectificative) prévoit immédiatement 2 milliards d’euros pour l’hôpital (pour payer les arrêts maladie, l’achat de masques et le soutien au personnel soignant), c’est-à-dire le montant des rallonges budgétaires prévues sur le quinquennat. Tout laisse à croire que les sommes prévues pour les 3 prochaines années seront mobilisées en une seule fois. C’est d’autant plus probable que cette LFR n’inscrit aucun budget supplémentaire pour les dépenses publiques et les services publics. C’est une LFR qui s’inscrit dans les politiques d’austérité ! Des gens vont mourir, malades et personnels soignants, mais le gouvernement fait ses comptes pour rassurer les marchés !
  • Annulation de la dette des hôpitaux.
  • Plan d’embauche ambitieux immédiatement et 30 000 places supplémentaires dans les écoles d’infirmières dès la rentrée de septembre 2020.

Ne laissons pas la France et l’Union européenne continuer, malgré cette crise sanitaire sans précédent, à démanteler notre système public de santé et rappelons-leur qu’il est aujourd’hui urgent de penser à « l’humain d’abord ».

Maryse Montangon, membre du CEN.

 

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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 06:41

 

Une crise financière et économique s’annonçait. Le coronavirus l’a accélérée et a révélé qu’il s’agit d’une crise de civilisation. La pandémie a disloqué les chaînes de production structurées par les multinationales au cours des vingt dernières années, mis au grand jour la suraccumulation consécutive au gonflement démesuré des capitaux relancé après la « grande récession » de 2009, et précipité le krach financier.

 

 

Sentant la situation leur échapper, les dirigeants occidentaux font mine de répudier le néolibéralisme. Les 27 gouvernements de l’UE ont suspendu les normes européennes de déficits budgétaires. Mais ils envisagent de financer ces dépenses, soit par le Mécanisme européen de solidarité qui ne les prête qu’en contrepartie de plans d’austérité meurtriers, soit par l’émission de Coronavirus Bonds, des obligations « européennes » placées sur les marchés : ce serait donner à la domination du capital financier le renfort d’un fédéralisme européen, aux dépens des services publics, de l’emploi et des salaires !

Pourtant, le moyen de se passer des marchés financiers est sous nos yeux. La Banque centrale européenne veut injecter 1 050 milliards sur les marchés d’ici à la fin de l’année. Mais les services publics, l’industrie du matériel médical verront-ils la couleur de cet argent ? En France, la loi de finances rectificative se contente de faire allusion à une « réserve » indigente de 2 milliards pour les dépenses de santé, alors qu’il en faudrait immédiatement au moins cinq fois plus ! Une gifle aux professionnels de la santé et aux salariés envoyés au front de la production pour préserver les profits.

Bien plus, nos dirigeants saisissent l’occasion pour allonger la durée du travail et pour préparer le terrain à une régression durable des droits sociaux. De bons esprits annoncent déjà que, la crise passée, il faudra redoubler d’austérité budgétaire pour éponger les déficits.

En un mot, au moment où la crise sanitaire fait éprouver à tous les habitants de la planète le besoin immédiat d’une tout autre mondialisation, le mot d’ordre reste le même : l’argent pour le profit, pas pour les êtres humains ! La domination du capital nous pousse au bord de la barbarie.

C’est pourquoi les mesures efficaces pour vaincre l’épidémie sont celles qui amorcent tout de suite une remise en cause radicale des logiques inspirées par la rentabilité financière, et leur remplacement par d’autres critères. Il faut :

  • Mobiliser les filières industrielles pour produire médicaments et matériels médicaux, ainsi que les biens et services indispensables à la population pendant la période de confinement. La protection des travailleurs de ces secteurs contre le virus est la première priorité. Cet effort doit être planifié et pouvoir passer par des réquisitions, des nationalisations ou la création d’entreprises publiques. Il devrait s’appuyer sur la mobilisation des moyens nécessaires à l’échelle européenne et intégrer de nouveaux accords de coopération internationaux, de partage des technologies.
  • Rendre effectif l’arrêt temporaire de la production dans les autres secteurs en en tirant les conséquences : interdire les licenciements et maintenir 100 % du salaire, y compris pour les plus précaires, première étape dans la construction progressive d’une sécurisation de l’emploi et de la formation pour toutes et tous.
  • Obliger les banques, les grandes entreprises et les propriétaires bailleurs à décaler le paiement, par les ménages qui le demandent, des charges d’emprunts bancaires et des factures pré-engagées et vitales (téléphonie, loyer, électricité…).
  • Mettre en place un dispositif de prêts bancaires de trésorerie à taux nul ou négatif, refinancés par la BCE, strictement réservés aux entreprises qui s’engageront à maintenir l’emploi et les salaires.
  • Démocratiser : en cas de non-respect des engagements pris par les entreprises ou les banques, les représentants des salariés (CSE) doivent avoir le pouvoir de saisir des comités régionaux de mobilisation constitués sous l’égide des conseils régionaux et des CESER.
  • Créer un fonds d’urgence sanitaire et de sécurisation pour le financement de ces différents dispositifs, alimenté par une contribution des grandes entreprises, des banques et des compagnies d’assurances, ainsi que par le rétablissement de l’impôt sur la fortune et l’abrogation du plafonnement à 30 % de l’impôt sur les revenus financiers (flat tax).
  • Mettre en place un programme de prêts à taux négatif de la Caisse des dépôts pour les investissements dans les hôpitaux et les services publics (embauches, formation, achats d’équipements, création de nouveaux établissements). La Banque de France déclarerait ces prêts éligibles au refinancement par la BCE au taux le plus faible pratiqué pour ses opérations (actuellement, -0,75 %), et le dispositif pourrait être étendu à l’ensemble des États membres de l’UE.

Nous pouvons vaincre l’épidémie : il faut pour cela s’attaquer tout de suite à la domination du capital. µ

Denis Durand, membre du CN.

 

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