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12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 20:21
Jack Ralite en 2009 à Brest - photo Jean-Marc Nayet

Jack Ralite en 2009 à Brest - photo Jean-Marc Nayet

L'Humanité, 12 novembre 2017: 

L'ancien ministre communiste Jack Ralite est décédé à l'âge de 89 ans, a annoncé dimanche Meriem Derkaoui, maire de la ville d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) qu'il a dirigée de 1984 à 2003.

"C'est avec une grande tristesse et une profonde émotion que nous apprenons le décès à l'âge de 89 ans de Jack Ralite ce dimanche 12 novembre. Son état de faiblesse avait conduit à son hospitalisation il y a deux semaines", écrit la maire sur le site internet de la ville. M. Ralite fut notamment l'un des ministres communistes du gouvernement de Pierre Mauroy de 1981 à 1984.

Né le 14 mai 1928 à Chalons-sur-Marne (Marne), Jack Ralite avait adhéré au PCF en 1947. Journaliste à l'Humanité puis à L'Humanité-Dimanche, cet autodidacte passionné de culture est élu pour la première fois au conseil municipal d'Aubervilliers en 1959. Il devient ensuite premier adjoint au maire puis maire en 1984. En novembre 2002, il avait annoncé qu'il abandonnerait son mandat au printemps 2003 pour laisser la place à un maire plus jeune, restant alors conseiller municipal jusqu'en 2008.

Député de Seine-Saint-Denis de 1973 à 1981, Jack Ralite avait démissionné de son mandat parlementaire en juillet 1981 pour entrer dans les gouvernements Mauroy comme ministre de la Santé (1981-1983) puis comme ministre délégué chargé de l'Emploi (1983-1984). Depuis 1995 et jusqu'en 2011, Jack Ralite, conseiller régional d'Ile-de-France de 1986 à 1992, avait été sénateur de Seine-Saint-Denis.

Jack Ralite, spécialiste des questions culturelles au PCF, a été membre du comité central, puis national de 1979 à 2000. Ce passionné de culture, notamment de théâtre, a été administrateur du Théâtre national de la colline (TNC). Il a été également administrateur de l'établissement public de la Cité de la Musique (1996-2006).

Jack Ralite était aussi membre du Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées, du Conseil national de l'innovation pour la réussite scolaire, et du conseil politique de la fondation Agir contre l'exclusion, lancée par l'ancienne ministre socialiste Martine Aubry.

a réagi sur Twitter la sénatrice CRC de Seine-Saint-Denis Eliane Assassi.

"Tristesse et émotion à l'annonce du décès de J.Ralite. (...) Il était passionnément engagé pour la culture, exigeante et populaire. Attaché à la Gauche rassemblée, il défendait la banlieue avec sensibilité", a réagi Stéphane Troussel, président du département de la Seine-Saint-Denis.

A Aubervilliers, dès ce dimanche, "les drapeaux seront mis en berne et un hommage lui sera rendu dans les prochains jours", a précisé Mme Derkaoui.

Anicet Le Pors à Jack Ralite
DIMANCHE, 12 NOVEMBRE, 2017

La tristesse du départ de Jack ne saurait dépasser le sentiment qu’une vie flamboyante vient d’achever sa trace dans notre époque.

La trace de Jack c’est celle d’un homme du peuple qui aura témoigné des plus beaux sentiments. Un ami commun  m’avait dit un jour : « quand il parle des fleurs s’envolent de sa bouche ».

Chacun connaît l’homme de culture, mais ce n’était pas seulement celle d’un érudit des plus grands auteurs, des plus hautes créations de l’esprit, c’était aussi le grand frère des artistes et des femmes et des hommes de la pensée militante en même temps que rationnelle et romanesque.

Nous avons vécu ensemble l’avènement de la gauche au pouvoir au cours des années 1970 et notre entrée au gouvernement en 1981 avec Marcel Rigout et Charles Fiterman. Cette expérience a renforcé une amitié demeurée vivace, jusqu’aux plus simples attentions : l’appel de Jack tous les 1er janvier dans l’après midi pour nous souhaiter une bonne année. Je disais à Jack, il y a peu, que je m’étonnais qu’il ait si peu écrit sur son combat pour la culture et sur les multiples facettes de sa vie.

Il m’avait répondu qu’il en était bien conscient mais que la masse de ses activités ne lui en avait pas laissé le temps. Il disait « Ma vie me brule le temps ». Il avait cependant décidé de s’atteler à ce travail  dont il me disait qui était déjà bien avancé et qu’il pensait pouvoir achever d’ici six mois.

Comme tout au long de sa vie sans doute, le temps lui aura manqué pour accomplir l’immensité de ses projets et de ses rêves. Assurément Ils resteront dans les nôtres.

Le message de Mériem Derkaoui, maire d'Aubervilliers

C’est avec une grande tristesse et une profonde émotion que nous apprenons le décès à l’âge de 89 ans de Jack Ralite ce dimanche 12 novembre.

Son état de faiblesse avait conduit à son hospitalisation il y a deux semaines.

Mes premières pensées vont à ses enfants Sophie, Pascal, Daniel et Denis, à son gendre Pascal Beaudet, à sa famille et ses proches qui l’ont côtoyé tout au long de sa vie.

Ministre de la santé de 1981 à 1983 puis Ministre délégué à l’Emploi de 1983 à 1984,  il fut également député et sénateur de la Seine-Saint-Denis.

Aujourd’hui, Aubervilliers une ville « rude et tendre » comme il aimait la qualifier, perd un grand homme. Il en a été le maire de 1984 à 2003 et il y aura vécu jusqu’à la fin de sa vie.

À jamais, Jack Ralite aura marqué Aubervilliers de son empreinte.

Connu pour avoir promu inlassablement la culture, il a fait de celle-ci un outil d’émancipation humaine qui participe au rayonnement de la banlieue.

L’homme ne manquait ni d’idées ni d’énergie, c’était un infatigable militant politique.  Son autorité morale et son intransigeance quant au respect de l’égalité et de la dignité humaine forçaient le respect et l’admiration. Jack Ralite va manquer à Aubervilliers, au monde de la culture et à la pensée en général.

Dès aujourd'hui, les drapeaux de la mairie sont mis en berne et un hommage lui sera rendu dans les prochains jours.

Mériem Derkaoui

Maire d'Aubervilliers

 

Charles Silvestre, Vice-président des Amis de l’Humanité
Jack et Edmonde : chapeau les artistes ! Jack Ralite était à lui tout seul, et sans forfanterie, un rendez-vous des amis de l’humanité. Pas étonnant que les Amis de l’Humanité, avec un grand A et un grand H,  l’aient retrouvé à tous les tournants d’un parcours des vingt dernières années selon cette forte définition de l’artiste franco-américain Robert Filliou : « l’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art ».
Toujours là. Toujours à l’écoute. Toujours prêt à dire. Parce qu’il faut aussi dire. Dire à chacun et dire à tous. A chacun, ne serait-ce qu’au téléphone, dans l’intimité de l’aube naissante, dire à tous sous un chapiteau en plein vent et sous la trombe d’eau à la fête de l’Humanité.
C’est là que la Résistance connut un retour de flamme. Sur la même scène, dans une totale complicité : une dame qui, à vingt ans, transportait clandestinement, à Marseille, des armes à la barbe de l’occupant ; un monsieur se souvenant de ses quatorze ans où, écolier, avec sa classe, il se dressa contre l’arrestation de son maître. Fiers de s’être insurgés, fiers d’être toujours là ensemble. C’étaient Edmonde Charles-Roux, disparue l’an dernier et Jack Ralite, parti ce dimanche de novembre. Ils n’ont raté, ni leur entrée dans la vie, ni leur sortie. Chapeau les artistes !

 

Pierre Musso, Philosophe.

Quelle immense tristesse, quel triste dimanche de novembre, notre ami Jack, est parti rejoindre ses amis Vitez et Vilar, Ferrat et Aragon et tous les grands aux cieux de la culture et de la création, eux qui l’avaient tant inspiré et qu’il aimait tant citer. Jack ce fut notamment le fondateur et l’animateur des Etats Généraux de la Culture lancés il y a tout juste 30 ans pour dire que « la culture se porte bien pourvu qu’on la sauve ». Triste anniversaire ! Il nous laisse en héritage son  combat inlassable en faveur de « l’élitisme pour tous » inauguré par Diderot et pour que « le peuple n’abandonne jamais son imaginaire au monde des affaires ». La création fut toujours son étoile et reste la nôtre. Salut l’ami !

Photo Ouest-France

Photo Ouest-France

Article du Ouest-France, 27 septembre 2013 à l'occasion d'une venue de Jack Ralite dans le Finistère :

 

https://www.ouest-france.fr/le-combat-de-jack-ralite-pour-la-culture-307697

Jack Ralite a été ministre de la Santé puis de l'Emploi dans les gouvernements Mauroy, de 1981 à 1984. Mais le sénateur communiste est avant tout un spécialiste de la culture. Journaliste à L'Humanité, il fut d'ailleurs responsable de la rubrique culture.

Samedi, matin, au centre d'art Passerelle, ils étaient plus de 300 à être venus l'écouter. À 80 ans, l'homme parle toujours avec fougue de son combat pour la culture. L'argumentaire s'appuie constamment sur les écrivains et surtout les poètes. Il cite Aragon, souvent, Jean Vilar, «  mes pilotis, car pour faire une maison, il faut des pilotis ».

Sur la table devant lui, des chemises bourrées de feuillets. Jack Ralite sait l'importance de l'écrit, des mots justes. Il dénonce « une offensive contre la langue, un crime contre la pensée. Pour avoir l'air moderne, on invente des mots, comme gouvernance pour gouvernement. C'est un trafic de la langue ».

Il parle de l'audience, « une vraie question qu'il ne faut pas éluder ». Il discourt longuement sur les rapports entre le politique et le culturel. « La différence entre un politique et un artiste, c'est que le second n'a pas besoin de majorité ! » Il s'emporte contre le contrôle sur la culture au nom de l'utilité : « Comment peut-on savoir que l'inconnu est utile. On a besoin d'inconnu. »

Il s'indigne d'apprendre que le théâtre de Morlaix aura 40 % de subvention en moins : « On va vers la survie, puis la mort. » Il dénonce la tendance à tout mesurer à l'aune de la finance : « On veut que chaque équipement devienne une entreprise. »

Sa longue vie lui permet de dresser un constat peu rassurant : « La culture populaire en a pris un coup. Et la culture élitaire aussi. »

À propos du travail et de la culture, il constate : « D'un côté, il y a Sarkozy et son stakhanovisme. De l'autre, il n'y a rien. La Gauche a oublié de parler du travail ! »

Le vieux militant émeut son auditoire lorsqu'il évoque l'éveil à la culture. « Il n'y a pas d'autoroute pour aller à la création. Il n'y a que des venelles. »

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12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 19:36
Forum européen de Marseille: le rendez-vous des gauches européennes organisé par le PCF
Forum européen de Marseille: le rendez-vous des gauches européennes organisé par le PCF

Deuxième dépêche AFP sur le Forum européen de #Marseille 
"Après le forum de Marseille, les gauches européennes se donnent rendez-vous en 2018" Marseille,

FRANCE | AFP | 12/11/2017

Plusieurs partis européens de gauche réunis à Marseille vendredi et
samedi ont conclu à la nécessité de se rassembler de manière
permanente, sur le modèle du Forum de Sao Paulo, et ont décidé de se
retrouver en 2018.
"L'idée est de développer un espace pour le débat, la coopération et
la coordination parmi les diverses forces qui croient en un besoin
urgent de travailler des objectifs communs et de conduire des campagnes
publiques sur des problématiques-clés pour les Européens", selon la
déclaration finale adoptée par le Forum.
"Dans ce sens, nous nous inspirons du Forum de Sao Paulo. Nous nous
engageons dès lors à organiser un deuxième Forum européen des partis
de gauche, écologistes et progressistes, qui se tiendra en 2018".
Les gauches européennes veulent "approfondir le travail réalisé cette
année et atteindre une participation plus large".
Le Forum de Marseille a rassemblé quelque 400 participants - membres de
partis politiques, d'associations ou de syndicats à l'appel du parti de
gauche européen.
Côté français, si des membres du PCF, du Parti de Gauche, d'EELV, du
PS ou du mouvement de Benoît Hamon étaient attendus, le chef de file
de la France Insoumise et député des Bouches-du-Rhône Jean-Luc
Mélenchon n'était pas présent.
Né en 1990, le Forum de Sao Paulo réunit des centaines d'organisations
de gauche, principalement latino-américaines.

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12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 19:17
Jack Ralite en 2009 à Brest- photo Jean-Marc Nayet

Jack Ralite en 2009 à Brest- photo Jean-Marc Nayet

Jack Ralite : un homme libre, un homme sans frontières, qui ne se laissait dicter sa pensée par personne. 

"Chacun est un être singulier, le rêve c'est que ce singulier soit  imbibé du collectif, ce collectif étant lui-même imbibé de tous les  singuliers". 
Jack Ralite 

La disparition de Jack Ralite est un choc, même si nous nous étions préparés à cette issue depuis plusieurs jours. Nous perdons un communiste et un homme politique d'envergure, un des meilleurs défenseurs de la culture, un homme qui a exercé les plus hautes  responsabilités au niveau de l'État, de son parti, le PCF, de sa ville, Aubervilliers. Jack Ralite,  a été un des dirigeants communistes les plus  respectés : bien sûr dans son Parti, auquel il est resté fidèle toute  sa vie,  dans toute la Gauche et chez les écologistes mais aussi à  droite. Dans tous les lieux où il a exercé sa présence, il a fait  partager ses idées. Ce fut le cas au gouvernement Mauroy, à l'assemblée nationale, à la Région Île de France, au Sénat – ou à Aubervilliers dont  il fut le maire, et aussi chez les créateurs, qu'ils soient écrivains, acteurs, metteurs en scène, cinéastes, philosophes, sociologues, ou médecins, chercheurs... 

Jack était un homme libre, un homme sans frontières, qui ne se laissait dicter sa pensée par personne. 

Jack Ralite était considéré comme l'ami des gens de culture et considéré  par eux comme l'un des leurs. Avec « les états généraux de la culture » qu'il a fondés, il a combattu pour l'exception culturelle, les droits d'auteurs, .. . . 

Comme beaucoup, j'ai toujours été frappé par sa culture, son amour des  mots, sa passion pour chercher le nouveau, mettre à jour les absurdités de ce monde. A chaque fois que je le croisais, il conseillait une lecture, une pièce de théâtre. Tel l'abeille il aimait butiner d'une œuvre à une autre, écrivant sur des bouts de papiers une pensée, une citation, une question..  Travailleur infatigable, Jack Ralite lit et relit des passages entiers de Saint-John Perse, de Bernard Noël, de  Julien Gracq, de René Char, de Mahmoud Darwich, de Neruda et d'Aragon,... C'est dans ces moments-là que se passe l'indispensable rencontre entre le politique et le poétique. De cette rencontre avec des œuvres, des  auteurs     naissait sa pensée, pleine de fulgurances, ouvrant des chemins encore en jachère alimentant sans cesse notre propre réflexion sur l'art et la politique, la liberté du créateur, le théâtre, la beauté des choses. 

Il a été de tous les combats pour la liberté de création en France comme dans le monde. 

Encore aujourd'hui, il m'arrive de relire ses interventions au Sénat. Orateur hors pairs, il mettait par sa verve, ses arguments et par toujours quelques citations bien choisies, le public et ses adversaires  politiques dans la poche. Il les subjuguait.  Parce qu'il mettait sa culture, la culture au service des gens, de sa propre pensée. 

Dans un de ses derniers textes paru le 1er mars 2017 dans son journal l’Humanité, il écrivait avec 
Meriem Derkaoui, maire d'Aubervilliers, Lucien Marest ancien responsable du secteur Culture du PCF,  : 

« les œuvres sont intransigeantes et ce qui peut aussi améliorer leur  appropriation par le plus grand nombre, c'est d'abord le recul des inégalités sociales et ­territoriales qui ont tendance à ­exploser en  ces temps où la précarité, le chômage de masse, les bas salaires, le culte de la violence, l'idéologie ­asservissante du divertissement rendent difficile et quelquefois impossible une nouvelle rencontre 
entre le peuple et la culture. » 

  Cela « résume » pour moi, l'action de  Jack Ralite. 

Il aimait sa ville, Aubervilliers. Et les habitant.e.s le lui rendaient  bien. Il voulait le meilleur pour les habitant.e.s . Il a été un des artisans de la décentralisation culturelle. Il est à l'initiative de la  création à Aubervilliers du premier centre dramatique national de la décentralisation ouvert,  le théâtre de la Commune, dirigé par Gabriel Garran. 

Les habitant.e.s, il les considérait comme des « experts du quotidien ». Parce qu'ils étaient des experts , il fallait écouter, entendre leurs détresses, leurs souffrances, mais aussi leurs espoirs, 
leurs revendications. Il les portait avec fidélité dans chaque hémicycle, chaque tribune où il pouvait se faire entendre. Son combat contre les injustices, contre les inégalités nous les faisons nôtres. 

Nous faisons nôtre cette conviction que le système capitaliste a fait son temps, et qu'il y a besoin d'inventer, de créer un nouveau monde qui respecte chaque être vivant. 

Jack était un passeur, un passeur d'idées, un passeur d'actions, un passeur de mots. Nous prenons avec fierté le passage de témoin qu'il nous a transmis. 

Dans sa ville, il a su passer le relais à Pascal Beaudet, et à Meriem Derkaoui qui à leur façon poursuivent son action. 

Aux habitant.e.s d'Aubervilliers, à sa maire et ses élu.e.s, aux  artistes, aux femmes et hommes de culture, aux communistes, à ses proches, à ses ami.e.s, à sa famille, à Denis, Sophie, Pascal et leur 
maman Monique, je présente toutes mes condoléances, et celles du PCF, toute mon amitié, et ma solidarité. 


Pierre Laurent 
secrétaire national du PCF 


Paris, 12 novembre 2017

-- 
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12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 07:32
Pierre Laurent

Pierre Laurent

 

Pierre Laurent : « La France est un pays profondément marqué par l’idée révolutionnaire »
Pierre Laurent est Secrétaire national du Parti communiste français (PCF).

Propos recueillis par Louise Gaxie.

Que représente pour vous le mot révolution ?

À mon sens, le mot révolution représente deux choses en ce moment. D’abord, une époque. Nous vivons un temps de révolutions : dans le travail, dans la mondialisation, mais aussi la révolution numérique, la révolution démographique.

Ensuite, une nécessité : celle de révolutionner les rapports sociaux pour rendre à tous le pouvoir de décider ce que l’on peut faire de toutes ces révolutions pour servir un nouveau progrès humain et protéger la planète.

Cette révolution des rapports sociaux est en gestation dans les bouleversements en cours, mais elle ne se déduit pas de ces changements profonds. Une conscience politique de la nécessité de révolutionner les rapports sociaux est indispensable. Elle est à construire.

Quelle(s) expérience(s) révolutionnaire(s) vous paraît (paraissent) particulièrement riche(s) d’enseignements ?

Je reste profondément inspiré par la Révolution française qui est un moment d’accélération et de transformation fondamentale des rapports sociaux. Ce qui me frappe, c’est la longueur du processus. Il ne se réduit pas aux quelques années de la Révolution. Il se déploie du siècle des Lumières à l’avènement de la République, jusqu’à l’adoption de la loi sur la laïcité qui impose définitivement, dans les principes fondamentaux de la République, la devise française : Liberté, Égalité et Fraternité. La Révolution française nous dit une chose importante : la révolution est un processus historique de longue portée et pas seulement un moment d’accélération politique.

Mais il y a bien d’autres exemples à citer. 1848, la Commune, 1917, la longue marche en Chine…, sont des révolutions qui tentent de faire triompher l’appropriation sociale des travailleurs dans le monde capitaliste. Ce sont évidemment des expériences fondamentales. Si elles ont permis des changements majeurs, force est de constater qu’elles n’ont pas fait aboutir ce processus. Elles doivent nous inspirer aujourd’hui, à condition d’être conscients que nous avons à réinventer, dans les conditions du XXIe siècle, le processus nécessaire d’appropriation sociale des pouvoirs. À notre époque, il ne pourra se conduire qu’en intégrant pleinement, à toutes les échelles, le caractère fondamental de la démocratie et la dimension mondiale de ce combat.

Le concept de révolution est-il toujours actuel selon vous ?

Je crois qu’il y a une très grande actualité à l’idée de la révolution. Le XXIe siècle est le siècle qui, le premier, va se confronter, à l’échelle de la planète tout entière, à la question du post-capitalisme. Le système capitaliste s’est mondialisé et a acquis, à la fin du XXe siècle, une hégémonie politique provisoire après la disparition de l’Union soviétique. Mais l’on sent bien qu’il se montre de plus en plus incapable de répondre aux nombreux défis contemporains, qu’il s’agisse de la justice et de l’égalité dans la mondialisation, des enjeux écologiques, de la nécessité d’un usage collaboratif du numérique ou encore d’un travail où les salariés ne sont pas déqualifiés, mais de plus en plus formés grâce au progrès de l’éducation. Quels que soient ces défis, le système capitaliste mondialisé n’est plus capable de porter les promesses d’épanouissement et d’émancipation humaine qu’ils ont en eux. Le monde craque, il souffre. Il est entravé dans ses développements, par les logiques court-termistes de la rentabilité et par l’exacerbation de la concurrence alors qu’il faudrait développer la coopération et le partage. Ce système est profondément dépassé.

La révolution qui consistera à libérer la société de ces entraves est vraiment à l’ordre du jour du XXIe siècle. Cela ne veut pas dire qu’elle adviendra. Nous sommes probablement à une époque où, si ce bouleversement des rapports sociaux ne se produisait pas, nous pourrions au contraire aller vers un monde de plus en plus brutal, violent et inégalitaire, un monde où la domination des puissances multinationales risquerait de devenir extrêmement présente dans nos vies quotidiennes et dans le contrôle de nos libertés. Une révolution nouvelle des rapports sociaux est donc d’une actualité totale.

Comment pourrait-on révolutionner la société aujourd’hui ?

En poussant, dans la société, tous les mouvements d’émancipation qui sont déjà présents. Les évolutions du travail le poussent à devenir de plus en plus collaboratif si l’on veut bénéficier de manière intelligente de toutes les capacités productives nouvelles des travailleurs, de leur niveau de formation, de leur capacité d’intervention. Il faut donc promouvoir les usages collaboratifs et d’appropriation sociale du travail. Il faut faire reculer la confiscation grandissante de la création de richesses par des puissances économiques et politiques de plus en plus fortes. Ces puissances sont de plus en plus anachroniques. Elles conduisent à un monde aberrant : nous n’avons jamais eu autant de richesses pour résoudre les problèmes de l’humanité et, pourtant, les inégalités n’ont jamais été aussi vertigineuses. Nous devons faire reculer l’appropriation privée de plus en plus en spectaculairement confiscatoire des richesses créées par le travail au profit du plus grand nombre. C’est possible dans bien des domaines.

Nous vivons une époque où l’individualité s’affirme avec force. Elle peut prendre le chemin d’une mise en concurrence exacerbée des individus ou celle d’un potentiel très fort d’émancipation humaine, individuelle et collective. C’est très frappant pour moi avec la question des droits des femmes : la conquête d’une égalité pleine et entière des femmes et des hommes est probablement l’un des chemins les plus puissants de la révolution possible des rapports sociaux au XXIesiècle.

Faire la révolution aujourd’hui, c’est donc prendre conscience des immenses possibilités de libération des individus, des populations et pousser en avant tous les potentiels émancipateurs dans la société, dans le travail, dans l’affirmation des femmes et des hommes, dans le recul des processus de confiscation des richesses, dans la démocratie. La révolution du XXIe siècle s’annonce donc comme un processus de long terme qui se développera probablement de manière inégale et diverse à l’échelle de la planète, mais avec des dimensions internationalistes et mondiales de plus en plus fortes. En effet, quelle que soit la poussée révolutionnaire, émancipatrice ou démocratique, elle a besoin du soutien international pour tenir dans la durée. Sinon, les logiques de la mondialisation et la puissance de concentration du capital financier deviendraient des obstacles difficilement surmontables. Il y a également des sujets comme la question écologique, le féminisme ou encore la lutte contre le pouvoir des transnationales qui vont cristalliser une prise de conscience mondiale. C’est la conjugaison de tous ces mouvements et de notre capacité à leur donner du sens dans la durée qui fera ou non un processus révolutionnaire.

Quelle est la question non posée à laquelle vous auriez aimé répondre ?

Pourquoi l’idée de révolution reste-t-elle aussi forte en France ? Je crois que la France est un pays profondément marqué par cette idée, pas seulement à cause de la Révolution française. Sans en avoir suffisamment conscience, notre pays a poussé, à plusieurs moments de son histoire, des transformations de nature révolutionnaire. C’est le cas de la Sécurité sociale. Il s’agit d’un modèle d’appropriation sociale de la richesse créée par le travail profondément révolutionnaire. C’est pour cette raison que cette conception reste l’enjeu d’un affrontement capital/travail qui n’a, en vérité, jamais cessé depuis sa création. Il en va de même avec l’invention des congés payés par le Front populaire. L’idée d’un temps émancipé de l’aliénation du travail est une idée fondamentalement révolutionnaire.

Notre pays n’a donc cessé de travailler des idées révolutionnaires et les racines de cette tradition française sont profondes. Ce mot a d’ailleurs une connotation positive et ce n’est pas un hasard si Macron a appelé son livre Révolution. Sans vision ethnocentriste, je pense que les conditions existent pour que la France puisse jouer un rôle très important dans l’accélération des mouvements révolutionnaires du XXIe siècle.

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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 08:34
Samedi 4 novembre, 14h30: les nouveaux adhérents communistes du Finistère conviés à une réunion d'échange sur le thème de "Pourquoi s'engager au PCF?"

Dans le cadre de la préparation du Congrès Extraordinaire, de l'accueil des nouveaux adhérents: 

Le Samedi 4 novembre 2017, de 14h30 à 17h30

au local de la Fédération du Parti Communiste Français du Finistère à Brest, rue André Berger et rue Henri Moreau (deux jeunes résistants communistes brestois abattus par l'armée allemande en septembre 1943 au Mont Valérien) 

Les 90 nouveaux adhérents de la Fédération du Finistère du Parti Communiste qui nous ont rejoint depuis 2015 (sur un total de 850 adhérents, soit plus de 10% de renouvellement de nos adhérents en 3 ans)

Sont invités à se retrouver et à débattre avec des membres de la direction départementale sur le thème: 

Pourquoi adhérer au Parti Communiste? 

Qu'est-ce qui nous y conduit? Quels parcours de vie, quelles expériences, quelles valeurs? A partir de quels itinéraires d'engagement préalables? 

Que veut-on y faire? Qu'est-ce qu'on veut et peut apporter en tant qu'adhérent? 

Qu'attend t-on du PCF? Comment veut-on le faire et le voir évoluer? 

Cette réunion de discussion qui donnera la parole à toutes et tous sera suivie d'un pot convivial où nous ferons le point sur les propositions de formation militante et sur les suggestions possibles des nouveaux adhérents.    

 

Samedi 4 novembre, 14h30: les nouveaux adhérents communistes du Finistère conviés à une réunion d'échange sur le thème de "Pourquoi s'engager au PCF?"
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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 08:18
L'appel du chef d'oeuvre...

L'appel du chef d'oeuvre...

Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Landerneau 1er novembre: l'attente avant l'ouverture des Capucins pour la dernier jour de l'exposition Picasso. 60 adhérents et sympathisants du PCF avaient fait le déplacement pour participer à deux visites guidées, certains venant même d'Ille-et-Vilaine et du Morbihan.

Landerneau 1er novembre: l'attente avant l'ouverture des Capucins pour la dernier jour de l'exposition Picasso. 60 adhérents et sympathisants du PCF avaient fait le déplacement pour participer à deux visites guidées, certains venant même d'Ille-et-Vilaine et du Morbihan.

Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Renaud Faroux, critique d'art, participant à la visite guidée avec les adhérents du PCF, avant de faire sa conférence à la salle Toul an Gok, ici avec Erwan Rivoalan

Renaud Faroux, critique d'art, participant à la visite guidée avec les adhérents du PCF, avant de faire sa conférence à la salle Toul an Gok, ici avec Erwan Rivoalan

Une visite guidée de grande qualité pour les adhérents du PCF lors du dernier jour de l'exposition Picasso aux Capucins. Il y avait foule, et on ne s'est attardé que sur quelques tableaux, mais cela permis de mesurer les évolutions et ruptures de l'art de Picasso, et son génie protéiforme.

Une visite guidée de grande qualité pour les adhérents du PCF lors du dernier jour de l'exposition Picasso aux Capucins. Il y avait foule, et on ne s'est attardé que sur quelques tableaux, mais cela permis de mesurer les évolutions et ruptures de l'art de Picasso, et son génie protéiforme.

Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017

Nous avons vécu un moment très rare et précieux ce mercredi 1er novembre, d'abord lors des deux visites guidées de très bonne qualité avec les guides-conférenciers des Capucins organisées à l'exposition Picasso pour les 60 adhérents du PCF présents, ensuite avec la conférence lumineuse et passionnante sur des grands moments de l'évolution artistique de Pablo Picasso du critique et historien d'art Renaud Faroux, entre 12h et 13h30, à la salle Toul an Gok de Landerneau.

Le rendez-vous est déjà pris pour renouveler des initiatives d'éducation populaire et artistique semblable, sans doute avec Renaud Faroux une nouvelle fois pour la prochaine exposition du fonds Edouard Leclerc. 

 

Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
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Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
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Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Avec la délégation morbihanaise

Avec la délégation morbihanaise

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1 novembre 2017 3 01 /11 /novembre /2017 07:14
1er Novembre: Visite guidée de l'exposition Picasso à Landerneau pour les adhérents PCF et conférence avec Renaud Faroux, critique d'art
Tous les militants du PCF sont conviés (sur inscription préalable) à la clôture de l'expo Picasso à Landerneau le mercredi 1er novembre 2017.
La fédération du PCF organise, le mercredi 1er novembre prochain une visite guidée de l"exposition consacrée à Picasso par le" Fonds Michel et Héléne Leclerc pour la culture".
Nous serons accompagnés de Renaud Faroux, critique d'art qui animera la conférence débat à la suite de la visite qui assurera une conférence sur Picasso ensuite de 11h30 à 12h45 à la salle Toul Kog à Landerneau (rue André Millour, derrière l'église St Thomas), avant un pique-nique fraternel.   
Nous nous retrouverons à Landerneau aux Capucins pour les visites guidées à 9h45.
60 adhérents du PCF se sont inscrits pour cette initiative. 
 
Cette visite guidée suivie de la conférence-débat sur Picasso s'inscrit dans une logique d'éducation populaire et de formation militante que nous voulons développer avec de prochaines sessions de formation prévues dans les prochains mois (les dates seront annoncées par la suite) sur: 
- Le Capital, qui fête ses 150 ans: Avec Jean-Michel Galano, adhérent PCF à Paris, agrégé de philosophie 
- Prendre la parole en Public/ L'enjeu du Pluralisme dans les Médias - avec Jean-François Téaldi  
Et en prévision aussi:  
- La Révolution d'Octobre
- Aragon
 
Portrait de Jacqueline (1964)

Portrait de Jacqueline (1964)

Picasso - Les Massacres de Corée

Picasso - Les Massacres de Corée

Picasso et Maurice Thorez en 1953

Picasso et Maurice Thorez en 1953

Picasso à Vallauris (1954)

Picasso à Vallauris (1954)

L'engagement communiste de Pablo Picasso
L'engagement communiste de Picasso, qui à la différence d'autres artistes de la mouvance surréaliste n'avait pas franchi le pas dans les années 20 de l'engagement politique radical, prend sa source dans la guerre d'Espagne. 
Avant le bombardement de la ville basque de Guernica, Picasso, qui a été très proche de Breton, trotskiste anti-stalinien, partage le point de vue de Eluard qui se rapproche des communistes et voit dans l'URSS qui aide l'Espagne Républicaine un rempart contre le fascisme et l'allié naturel des démocrates progressistes, des prolétaires et anti-fascistes en Europe. Eluard, très ami avec Picasso, adhère au PCF clandestin en 1942 mais, dès le début de la guerre d'Espagne, il écrit des poèmes pour l'Humanité, renouant au passage avec Aragon, en particulier ce poème politique empli d'une colère splendide « novembre 1936 » écrit après les bombardements aériens de Madrid :
« Regardez travailler les bâtisseurs de ruines
Ils sont riches patients ordonnés noirs et bêtes
Mais ils font de leur mieux pour être seuls sur terre
Ils sont au bord de l'homme et le comblent d'ordures
Ils plient au ras du sol des palais sans cervelle
On s'habitue à tout
Sauf à ces oiseaux de plomb
Sauf à leur haine de ce qui brille
Sauf à leur céder la place »
Travaillant à « Guernica » en avril et mai 1937, Picasso fait, pour la première fois de son existence, une déclaration politique :
« La guerre d'Espagne est la bataille de la réaction contre le peuple, contre la liberté. Toute ma vie d'artiste n'a été qu'une lutte continuelle contre la réaction et la mort de l'art. Dans le panneau auquel je travaille et que j'appellerai « Guernica », et dans toutes mes œuvres récentes, j'exprime clairement mon horreur de la caste militaire qui a fait sombrer l'Espagne dans un océan de douleur et de mort ».
Installé dans le pavillon espagnol de l'exposition universelle fin juin 1936, « Guernica » déçoit malgré l'extraordinaire force et nouveauté de l'expression ceux qui en attendaient un appel aux armes.
A l'approche de la guerre, dans la longue agonie de la République espagnole, la peinture de Picasso est habitée par l'angoisse et la colère.
Les procès de Moscou et l'exécution de Boukharine amènent Breton, qui militait pour que Trotski soit accueilli en France, à rompre avec tous les surréalistes qui fréquent encore Eluard, lequel s'est refusé à dénoncer parce qu'il pense que seule l'URSS et les communistes peuvent faire obstacle au fascisme conquérant. Picasso refuse de se rallier à Breton, et d'arbitrer entre ses deux amis qui se déchirent désormais.
En avril 1940, après la déclaration de guerre, Picasso, qui a déjà deux enfants français, fait une demande de naturalisation française. Celle-ci a été connue que très tardivement grâce à Armand Israël et Pierre Daix, et à la cession par la Russie des archives de la préfecture de police de Paris saisies par les nazis en 1940 puis récupérées par les Soviétiques pendant cinquante ans. Les sympathies connues de Picasso avec les communistes font, dans un contexte d'interdiction et de persécution du PCF après le pacte germano-soviétique, que, suite à un rapport défavorable des RG, le plus grand artiste du XXe siècle se voit refuser la nationalité française.
Après la débâcle et l'invasion allemande, Picasso, qui a été invité au Mexique et aux Etats-Unis, se refuse, comme Matisse, a quitté la France occupée où son art va être considéré comme un exemple paradigmatique de la culture et de l'art décadents ayant conduit à la défaite. A l'inverse des Derain, Vlamink, Van Dongen, et de tant d'autres artistes, intellectuels et littérateurs, Picasso refuse pendant l'occupation tout compromis avec l'ordre nouveau et l'occupant. Il fréquente des milieux d'artistes et d'intellectuels acquis à la résistance et sa peinture exprime par sa noirceur et ses traitements tragiques son horreur des temps présents. Pour le reste, Picasso fait silence pendant l'occupation. 
Picasso aide financièrement le peintre juif Freundlich, réfugié en zone sud et qui mourra déporté. Il aide aussi le peintre allemand Hans Hartung à gagner le Maroc. En juin 1941, il rencontre le dirigeant du parti communiste clandestin Laurent Casanova, évadé d'un camp de réfugié, chez Michel Leiris et sa femme. Le 16 et le 17 juillet 1942 a lieu la grande rafle du Vel d'Hiv. Le 6 août, on inaugure à Paris un musée de l'Art moderne dont Picasso est exclu. Le même jour, Picasso peint la femme en gris, une de ses peintures de deuil les plus noires. 
Les amis poètes de Picasso sont arrêtés et déportés pendant les mois terribles de l'hiver 1943-1944: Max Jacob, interné comme juif au camp de Drancy, et qui y meurt d'une pneumonie cinq jours plus tard en février 1944, Robert Desnos arrêté le 22 février 1944 et qui meurt en déportation à Térezin quinze mois plus tard. Ses amis, Eluard et Zervos, sont dans la résistance. 
Le 19 mars 1944, "Le désir attrapé par la queue" une pièce de théâtre nourrie de poésie automatique et surréaliste de Picasso est jouée aux Grands-Augustins grâce à Louise et Michel Leiris avec une distribution étonnante. Albert Camus, metteur en parole, dirigeait Simone de Beauvoir et Sartre, Dora Maar, l'amante bientôt détrônée de Picasso, Raymond Queneau... 
A la Libération, Picasso, qui rêve toujours de défaire le franquisme en Espagne, adhère au PCF.
Il a soixante-trois ans. Il déclare au magazine américain New Masses: 
"Je suis allé au parti communiste sans la moindre hésitation, car, au fond, j'étais avec lui depuis toujours (....). Ces années d'oppression terrible m'ont démontré que je devais combattre non seulement par mon art, mais par ma personne. J'avais tellement hâte de retrouver ma patrie! J'ai toujours été un exilé. Maintenant que je ne le suis plus; en attendant que l'Espagne puisse enfin m'accueillir, le parti communiste m'a ouvert les bras et j'y ai trouvé tous ceux que j'estime (...) et tous ces visages d'insurgés parisiens si beaux que j'ai vus pendant les journées d'août sur les barricades. Je suis de nouveau parmi mes frères..."
Picasso devient ainsi le nouvel adhérent le plus brillant d'une campagne nationale de recrutement du PCF redevenu légal. Le nouvel adhérent est accueilli avec les honneurs par Marcel Cachin, Jacques Duclos, Maurice Thorez étant en URSS, le 4 octobre 1944 dans les bureaux de L'Humanité. Paul Eluard, Aragon, Pierre Villon le dirigeant du Front National sont présents.
A la veille du premier congrès légal du PCF depuis 1937, le 23 mai 1945, Picasso réalise un portrait de Maurice Thorez, le secrétaire général. 
Après la réalisation de son hommage aux victimes du nazisme, "Le charnier", Picasso participe à la célébration du cinquantième anniversaire de Dolorès Ibarruri le 9 décembre 1945 à Toulouse avec son ami Sabardès, la "Passionaria" qui incarne le PC espagnol en exil. 
Dans le cadre d'une exposition "Art et résistance" qu'il organise avec les oeuvres des artistes proches de lui, sous l'égide des FTPF, le PCF expose Picasso mais évite les toiles les plus abstraites, crédo soviétique du "réalisme" oblige. 
A Antibes, en 1947, Picasso rencontre par hasard breton, le pape des surréalistes, qui lui demande des explications sur son adhésion au PCF. "Je tiens à mes opinions comme à un résultat de mon expérience, répond Picasso. Moi, je place l'amitié au-dessus des différences politiques". Breton refuse de lui serrer la main. Il refuse aussi pour des raisons politiques d'exposer Picasso à l'Exposition internationale du surréalisme qu'il prépare au printemps 1947 à la galerie Maeght, mais Dali, Giacometti, André Masson, Magritte, sont logés à la même enseigne. 
Picasso a depuis quelques mois une nouvelle compagne Françoise Gilot. Un de ses portraits d'elle, resigné en cyrillique avec une faucille et un marteau, servira de prix pour un film soviétique primé au festival de Cannes.
Des militants puritains, au PCF, voient d'un mauvais oeil le "libertinage" de Picasso, comme à la même époque celui de Marguerite Duras. 
Ses oeuvres formellement "révolutionnaires" et avant-gardistes ne cadrent pas avec l'esthétique réaliste communiste que peut porter à la même époque un Fougeron et qu'Aragon défend, alors très orthodoxe sur les options esthétiques politiquement et socialement recevables alors que lui-même, du fait de son retour à la poésie patriotique pendant l'occupation, n'est pas non plus en odeur de sainteté. Roger Garaudy, ancien déporté, affirme lui dans son rappel à l'ordre du congrès de 1945, qu'il n'y a pas d'esthétique communiste: "Un communiste a le droit d'aimer l'oeuvre de Picasso, soit l'oeuvre de l'anti-Picasso". 
Picasso en réalité n'a jamais été reconnu et conforté dans ses recherches et inventions esthétiques par le parti auquel il a adhéré. En même temps, Picasso est très sollicité en vertu de son prestige pour des affiches, dessins pour les journaux communistes. 
En 1948, avec notamment le poète André Césaire, Picasso participe avec envie au congrès des intellectuels pour la paix qui se tient à Wroclaw, jadis Breslau, dans la Silésie devenue polonaise. Il y demande la liberté de son ami Pablo Neruda, alors persécuté au Chili. 
Au printemps 1949, Aragon demande au nom du PCF à Picasso de réaliser l'affiche du congrès mondial de la paix devant se tenir à Paris: Picasso à son atelier des Grands-Augustins lui montre le tas d'épreuves des lithos et lui dit de choisir. Evidemment Aragon brandit "La Colombe". Picasso rappelle en bougonnant que les colombes sont des oiseaux belliqueux, il le sait, il en a deux en cage... 
Après la congestion cérébrale qui atteint Maurice Thorez en octobre 1950, Picasso est affaibli par la mise hors course d'un de ceux qui le protégeaient des accusations contre le "formalisme décadent", accusation partagée outre-Manche par un Churchill et outre-Atlantique par bon nombre de politiques américains voyant dans l'art moderne une "subversion communiste". Fougeron devient le peintre officiel du PCF. 
C'est dans ce contexte que Picasso peint en janvier 1951 les "Massacres en Corée", son tableau le plus évidemment politique, pour y affirmer avec éclat ses convictions communistes. "Ce qui éclate toutefois, écrit Pierre Daix, c'est sa réaction la plus intime de père face à cette guerre lointaine. Il crée une science-fiction: un peuple de femmes enceintes et d'enfants, face à des guerriers robotisés". Mais ses "Massacres en Corée" échouent à séduire le public militant. On juge le tableau trop en décalage avec la réalité, ne valorisant pas la résistance et la gloire des combattants communistes. 
Malgré la pression croissante qui règne sur les critiques d'art, intellectuels et écrivains communistes "libéraux" et amoureux d'innovation en matière esthétique, Picasso obtient le prix Staline de la Paix en 1951. "En son absence, par un meeting, Fernand Léger y salue Guernica et La Colombe de la paix. Formulation officielle: Fougeron désormais se bat "à son créneau de communiste", Picasso à "son créneau de partisan de la paix". Un enterrement de première classe", écrit Pierre Daix (Picasso, Pluriel, p.456). 
Picasso réalise un album de luxe avec Eluard "Le visage de la Paix" au profit du Parti Communiste. Il participe à une grande campagne du PCF afin de tenter de sauver le dirigeant grec Beloyannis pour qui Picasso dessine "L'Homme à l'oeillet". Beloyannis est exécuté. 
Au paroxysme de la guerre froide, Picasso réalise d'autres colombes pour les congrès annuels de la paix. Il est expulsé d'Angleterre où devait se tenir, à Sheffield, le congrès de 1952, qui aura finalement lieu à Vienne. Picasso imagine un arc-en-ciel et dessine une colombe discontinue par un ensemble de collages. C'est une réussite mais le projet est refusé par la direction communiste. Picasso dessine alors une eau-forte de colombe dans l'arc-en-ciel et le PCF en sort convaincu de l'avoir poussé à rompre avec le formalisme. 
C'est alors que, le 18 novembre 1952, Pablo Picasso a la douleur de perdre son ami Eluard. Une deuxième fois, après la mort d'Apollinaire, la maladie lui ôte celui qui le comprenait le mieux. Picasso assiste au premier rang de la tribune officielle à l'enterrement que le PCF veut aussi grandiose que possible. 
En février 1953, Staline meurt et Aragon commande un dessin du dictateur communiste à Picasso. Picasso s'inspire de la photo d'un Staline jeune de 1903 et son dessin, publié dans les "Lettres françaises" et à "L'Humanité", jugé irrévérencieux, fait scandale. Le portrait de Staline par Picasso est condamné deux jours plus tard par le PCF "sans mettre en doute les sentiments du grand artiste Picasso dont chacun connaît l'attachement à la classe ouvrière". Le PCF contraignit Aragon à publier dans Les Lettres françaises un dossier de lettres de condamnation outragées. Picasso et Aragon étaient mis au banc des accusés par une direction communiste de formation stalinienne profitant du fait que Thorez, en URSS, n'était plus là pour protéger les intellectuels. Thorez, rentré d'URSS, fit savoir qu'il désapprouvait la condamnation du "Portrait de Staline". Une photographie titrée "Picasso rend visite à Maurice Thorez" en une de L'Humanité du 23 mars 1953 servit à cet effet. 
Mais le PCF et sa presse ignorent la première grande présentation publique en France de l'oeuvre révolutionnaire "Les demoiselles d'Avignon" (1907), inaugurant le XXe siècle artistique, lors de l'exposition de Jean Cassou au musée national d'art moderne "Le Cubisme 1907-1914". 
Suite à ce scandale du portrait de Staline, à l'arrestation de Beria et à la réhabilitation posthume des "Blouses blanches", médecins juifs ayant soi-disant conspiré contre Staline, Picasso, tout en restant adhérent communiste, le PCF étant plus attaqué que jamais, se mit en marge de la direction communiste et pris de la distance vis-à-vis de la notion d'art et d'artiste engagés. C'est le Parti Communiste italien qui consacre une grande exposition n'ignorant pas la période cubiste et abstraite à Picasso en 53 à Rome et à Milan. Moscou prête même de bonnes grâces des tableaux d'avant 1914. Picasso, qui abandonne Françoise Gilot et son enfant au grand dam d'Aragon et d'Elsa va rentrer en aménageant dans le sud de la France avec Jacqueline dans un renouveau créatif extraordinaire.
En 1956, à 75 ans, Picasso signe avec Edouard Pignon, Hélène Parmelin, le critique George Besson, une lettre au comité central du Parti rappelant que la tragédie qui se joue en Hongrie "pose aux communistes de brûlants problèmes que ni le Comité central ni L'Humanité ne les ont aidés à résoudre, et demandant la convocation d'un congrès extraordinaire. Il ne quitte pas le Parti ("on ne peut pas changer sa famille", dit-il à Pierre Daix) mais critique Thorez, Aragon et les autres, d'avoir dissimulé la vérité sur la nature du stalinisme. 
En 1964, il dira toutefois au critique d'art américain Carlton Lake (qui collaborera avec Françoise Gilot en 1964 à l'édition de ses souvenirs) que le communisme représente toujours pour lui "un certain idéal" dans lequel il croit.
 
Article par Ismaël Dupont d'après l'excellente biographie de Pierre Daix, ancien rédacteur en chef des "Lettres françaises", proche et témoin privilégié de la vie et de l'oeuvre de Picasso : Picasso, Tallandier, 2007
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27 octobre 2017 5 27 /10 /octobre /2017 06:55
Renégociation du CETA: les engagements de Macron déchirés et piétinés (Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF)

Renégociation du CETA : "Les engagements de Macron déchirés et piétinés" (PCF)


Il y a décidément un sérieux problème de transparence dans la manière dont le gouvernement va "accompagner" la mise en œuvre du CETA. Contrairement aux engagements pris lors de la campagne présidentielle par le candidat Macron, l'exécutif ne renégociera pas le traité de libre échange entre l'UE et le Canada. Pour mettre en oeuvre "une sorte de veto climatique" comme l'annonce Nicolas Hulot, le plus sûr est de ne pas ratifier le CETA car le gouvernement ne fera pas bouger le texte d'une virgule.

En septembre, la commission chargée d'établir un bilan des conséquences prévisibles de ce traité, notamment sur la santé, le climat et l'environnement, a rendu un rapport très critique. Les engagements d'Emmanuel Macron à "tirer toutes les conclusions du rapport" et à " faire modifier" le CETA sont aujourd'hui déchirés et piétinés.
L'une des manipulations du macronisme consiste à vouloir faire croire, sur les enjeux européens, à une "refondation" prenant en considération la crise démocratique ouverte en 2005 et le rejet des politiques menées par l'UE. Il n'en est rien. Avec cette capitulation sur le CETA, après la douche froide sur les travailleurs détachés, Emmanuel Macron inscrit son action dans le prolongement de Nicolas Sarkozy et de François Hollande.

Pour le CETA, au regard d'enjeux cruciaux et alors que notre peuple a fait par le passé la preuve de sa capacité d'expertise et de discernement, seul un grand débat national, conclu par un référendum, peut décider de la position de la France. Un nombre considérable de forces, politiques syndicales, associatives et citoyennes, peuvent converger et faire grandir cette exigence démocratique.

Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF,
Paris, le 25 octobre 2017.

Renégociation du CETA: les engagements de Macron déchirés et piétinés (Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF)
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26 octobre 2017 4 26 /10 /octobre /2017 05:53

Pierre Laurent SECRÉTAIRE NATIONAL DU PCF

STÉPHANE SAHUC ET CÉDRIC CLÉRIN

 

Notre société a besoin des idées communistes, la France a besoin du PCF, de ses idées et de son expérience, la gauche a besoin de la culture communiste.

 

 

Face au « président des riches », contre la tentative affichée de transformer le pays au service du capital, la résistance s'organise. L'alternative passe par la construction d'un nouveau projet, nous dit Pierre Laurent, qui lance la préparation d'un congrès extraordinaire pour réinventer le Parti communiste, « le placer à l'offensive ».

 

HD. Six mois après l'élection présidentielle, quel premier bilan tirez-vous de l'action du président et de son gouvernement ? Et que pensez-vous de son intervention du 15 octobre sur les deux piliers de la « révolution macronienne » : « libérer ; protéger » ?

PIERRE LAURENT. Sous couvert de pédagogie, il a affiché toujours la même arrogance. Il ne répond à aucune inquiétude du pays. Or on connaît aujourd'hui la réalité de la révolution qu'annonçait Macron. C'est une révolution libérale qui vise à libérer les plus fortunés et le capital financier de toutes les entraves. C'est une politique qui vise à encourager toujours plus l'accumulation de profits en exploitant plus durement le travail de l'immense majorité et en tapant très durement sur toutes les politiques publiques qui servent à faire du service public pour tous. Que ce soit les ordonnances pour casser le Code du travail, la mise en pièces de l'APL et la politique de logement social, les nouveaux cadeaux à ceux qui payent l'ISF, jusqu'à la scandaleuse décision de retirer l'État du capital d'Alstom pour le livrer aux actionnaires privés de Siemens, on est, dans tous les domaines, dans une politique de démolition du modèle social. C'est la généralisation de la précarité sociale et c'est open bar pour tous les profiteurs et les actionnaires. Cette politique ne relancera en rien l'activité économique et elle va creuser les inégalités. Ceux qui vont profiter de cette politique se moquent totalement de répondre aux besoins nationaux et aux urgences sociales de développement.

 

HD. Mais Emmanuel Macron affirme avoir été élu pour cela...

PIERRE LAURENT. Cet argument ne tient pas. Macron a certes annoncé ses projets mais en en maquillant les conséquences. C'est pour cette raison que des millions de gens aujourd'hui, y compris parmi ceux qui ont voté pour lui, découvrent la réalité de sa politique. Qui avait compris qu'il servirait avec une telle indécence les plus fortunés ? Il y a eu tromperie. De plus, une élection présidentielle, ce n'est pas la suspension de la démocratie pendant cinq ans. Macron a le droit de mettre sur la table des projets, mais quand ces projets entraînent une opposition majoritaire dans l'opinion, parmi les organisations syndicales, parmi les acteurs du logement social... il doit en tenir compte. Or la réponse, c'est le passage en force. Aucune élection ne donne ce droit. Le débat d'alternative entre projets différents, qui est l'essence de la démocratie, n'est pas suspendu par une élection.

Ce qui est frappant d'ailleurs, c'est que, si peu de temps après l'élection, le pouvoir soit mis en difficulté. Preuve que sa politique ne crée pas une adhésion majoritaire dans le pays. Nous sommes au début d'une contestation sociale multiforme qui va se développer sur tous les terrains.

 

HD. Quel rôle peut jouer le PCF dans cette contestation ?

PIERRE LAURENT. Le PCF a un très grand rôle à jouer. Nous sommes déjà présents avec nos militants, nos élus, nos parlementaires sur tous les fronts de mobilisation. Nous jouons un rôle actif pour révéler les mauvais coups du gouvernement. Mais nous voulons franchir une étape. Ces protestations sociales portent l'aspiration à une autre société. Pour Macron, la société de demain est une société de précarité dans laquelle les êtres humains sont réduits à se plier aux exigences du marché dans tous les domaines. Nous, nous voulons remettre au centre l'humain d'abord. Pour cela, nous venons de décider de tenir, le 3 février prochain à Paris, des états généraux du progrès social. Nous voulons démontrer que ceux qui sont mobilisés dans le pays ont des idées pour construire un nouveau type de progrès social, qui sache faire de la solidarité, créer de l'emploi en produisant autrement, allier le développement industriel et l'ambition écologique, et qui, pour cela, fasse reculer, en tous domaines, les prélèvements indus du capital.

Ce dont notre société crève, c'est des coûts du capital, cet argent créé par la richesse du travail et soustrait à la collectivité nationale pour nourrir des logiques de rentabilité à court terme. Nous présenterons nos propositions dans des cahiers du progrès social et nous ouvrirons ces cahiers aux propositions venues des citoyens pour faire converger tout cela sous la forme de nouveaux projets de loi. Nous voulons faire émerger un contre-projet face au désastre Macron.

 

HD. Et vous pensez que cela peut empêcher Macron d'aller au bout de son projet libéral ?

PIERRE LAURENT. Je pense que c'est possible. J'ai conscience que le niveau de confrontation dans lequel nous entrons est très élevé. La volonté du président, c'est, dès la première année de son quinquennat, de casser tous les piliers de notre modèle social. Face à cela, je crois que les communistes ne doivent fixer aucune frontière au rassemblement qu'il convient de construire. Dans les collectivités locales, des élus de toutes sensibilités peuvent converger pour demander d'arrêter le massacre des budgets publics. Face à ce qui se passe dans l'industrie, des femmes et des hommes de tous horizons peuvent dirent non au bradage d'un atout industriel aussi important qu'Alstom.

Mais, pour gagner, il convient aussi de faire grandir des objectifs alternatifs à ceux du gouvernement. Démonter qu'une autre politique est la condition pour lever des forces majoritaires. Il nous faut isoler au maximum le gouvernement. Car ce qui se joue c'est « projet de société libérale contre projet de société solidaire ».

 

HD. Mais cette vision des choses ne fait-elle pas débat notamment avec la France insoumise (FI) autour de leur stratégie basée sur le populisme et le dégagisme ? Et le résultat de la dernière séquence ne donne-t-elle pas raison à la FI ?

PIERRE LAURENT. Je suis certain que les électeurs de J.-L. Mélenchon et ceux de la FI et du PCF n'ont pas cherché à donner raison aux uns ou aux autres. Ceux qui ont utilisé ces bulletins ont dit de manière convergente qu'ils ne voulaient pas de cette société et qu'ils voulaient tourner le monde politique actuel vers un autre avenir. Les communistes ont été partie prenante de cette montée en puissance. Preuve en est, aux législatives comme aux sénatoriales, les électeurs ont dit qu'il fallait des groupes communistes. D'ailleurs ces électeurs nous demandent de converger pour travailler aux étapes suivantes.

La question qui se pose est autre : comment allons-nous construire les étapes suivantes, résoudre la question de l'alternative au pouvoir d'Emmanuel Macron ? Et là, nous avons effectivement un débat. La logique dégagiste, populiste a été poussée en avant lors de l'élection présidentielle par des candidats aux programmes totalement contradictoires comme Jean-Luc Mélenchon mais aussi Macron ou Le Pen. Donc, pour construire l'alternative, cette logique ne peut plus suffire. Maintenant, il s'agit de transformer la volonté de changer le système politique en un projet politique alternatif positif. Je crois que la convergence doit se construire sur du projet. Je crois également que nous devons cultiver le caractère démocratique de la vague qui monte dans le pays, c'est-à-dire donner le maximum de possibilité à l'initiative populaire de terrain, décentralisée. La réponse populiste ne peut tenir lieu de bonne réponse à ce besoin. Cette conception de la démarche politique à construire, nous la versons au débat non pas comme un objet de polémique, mais comme une contribution politique que nous considérons utile à la période.

 

HD. La FI semble chercher avant tout à être les meilleurs opposants...

PIERRE LAURENT. C'est une bonne chose de disputer la place d'opposant à la politique gouvernementale. Je vois bien au Sénat la manœuvre qui est celle de la droite et de Gérard Larcher qui osent se présenter comme le meilleur contre-pouvoir, alors même que la droite a voté comme un seul homme les ordonnances Macron. Des forces vont essayer de duper les gens. Il est donc très important de démontrer que l'opposition véritable se situe, non pas du côté d'une force politique, mais du côté de la gauche, du côté du camp qui prend partie pour le travail contre le capital. Nous devons porter d'une même main le drapeau de la résistance et du projet alternatif.

 

HD. Pourquoi un congrès « extraordinaire » du PCF ?

PIERRE LAURENT. J'ai parlé de la nécessité détenir un congrès extraordinaire parce que, dans une période aussi inédite que celle que nous vivons, la nécessité de la relance politique de notre projet communiste est très grande. Les responsabilités qui sont les nôtres sont énormes et il n'est pas si facile de les relever. Donc nous devons nous reposer toutes les questions fondamentales pour procéder à notre propre révolution politique pour nous placer à l'offensive. Nous avons décidé quelque chose d'inédit : commencer par une consultation directe de nos adhérents qui a pour objet de déterminer les thèmes et les méthodes de travail du congrès. Les communistes veulent un congrès différent, qui ne répète pas les mêmes débats, qui nous aide à approfondir des questions nouvelles, qui fait le bilan de notre action et ouvre la voie à des expérimentations nouvelles. Nous voulons inventer de nouveaux modes de débat collectif, construire des chantiers qui allient réflexions et actions concrètes.

Notre objectif est de parvenir au congrès non pas seulement avec des intentions de changements, mais avec des résultats concrets, palpables, sur la transformation de nos structures, sur les nouveaux réseaux d'actions que nous voulons mettre en place, sur un nouveau fonctionnement de notre direction, sur de nouveaux outils de communication, sur une nouvelle plate-forme numérique de mise en réseau des communistes... Nous allons nous atteler à tous ces chantiers avec l'objectif de construire une force communiste capable d'affronter les défis d'aujourd'hui. Nous n'allons pas refaire le congrès d'il y a dix ans pour savoir s'il faut un Parti communiste, cette question a été tranchée. Notre débat doit définir les transformations nécessaires pour que le Parti communiste joue pleinement son rôle.

 

HD. Cent ans après la révolution d'Octobre, n'est-on pas arrivé au bout d'un cycle ?

PIERRE LAURENT. Oui, nous sommes dans une époque politique nouvelle. À époque nouvelle, parti nouveau. Nous sortons de quarante ans d'union de la gauche et entrons dans une nouvelle période avec de nouveaux adversaires à affronter et de nouveaux partenaires à venir, donc notre rôle doit être réévalué. Mais je crois que cette volonté de réinvention ne nous conduit absolument pas au renoncement au projet communiste. Nous célébrons le 100e anniversaire de 1917, qui est une des racines du PCF, mais le PCF a des racines qui plongent encore plus loin dans l'histoire du pays : Révolution française, Commune de Paris, refus de la guerre 14-18... La crise du système capitaliste actuelle, d'une ampleur inédite, nous ramène aux anticipations de Marx sur le nécessaire dépassement du système capitaliste. Mais, pour être pleinement communiste, elle nous oblige à penser les conditions contemporaines de ce dépassement.

Notre congrès doit avoir sur cette question une ambition maximale. C'est une occasion qu'il ne faut pas rater. Notre société a besoin des idées communistes, la France a besoin du PCF, de ses idées et de son expérience, la gauche a besoin de la culture communiste. Nous avons la responsabilité de mettre ses idées à la hauteur des questions posées à la société française. Si nous n'y parvenons pas, ce n'est pas le PCF lui-même qui sera en difficulté, c'est la société française. Nous n'avons pas à avoir peur de notre ombre, soyons audacieux, car nous en sommes capables.

 

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25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 07:05
photo Gilles Troel, Le Télégramme

photo Gilles Troel, Le Télégramme

Réunis samedi à l'occasion de l'assemblée générale départementale du Parti communiste français, une soixantaine de responsables ont débattu au cours d'une matinée de travail dans la salle socioculturelle de Ploujean. Ismaël Dupont, secrétaire départemental, explique : « Cette rencontre se veut être une journée de débat afin de préparer le congrès de Paris qui aura lieu en 2018 ». Pas de tribune et pas de grands discours, c'est sur des chaises installées en cercle que, tour à tour, les intervenants ont abordé les grands sujets de société et d'actualité : la démocratie, le capital, les multinationales, la conscience ouvrière... Ismaël Dupont précise : « Nous voulons contrer l'offensive néolibérale de Macron mais aussi toute dérive vers le populisme, nous ne devons pas être des diviseurs mais des rassembleurs et appeler à l'unité tout en développant nos propositions ». Il ajoute : « Avec 850 militants dont 90 nouveaux encartés depuis trois ans, le PCF reste un des premiers partis de France même si notre influence électorale a diminué notamment lors des dernières législatives ».

« Pas simple de faire entendre nos idées... »


Un militant affirme : « Entre les propos méprisants de Macron et les petites phrases de Mélenchon, ce n'est pas toujours simple de faire entendre nos idées et nos propositions ! ». Un autre affirme : « Nous travaillons pour rester une force de transformation de la société ». Ismaël Dupont conclut : « Nous souhaitons un front uni pour la recomposition de la gauche, sur des sujets comme l'Europe ou les langues régionales ».
 

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