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9 octobre 2022 7 09 /10 /octobre /2022 11:48
Débat avec Monique Pinçon Charlot le vendredi 28 octobre à Penmarc'h - Kerity (Le Travailleur Bigouden - Blog PCF Pays Bigouden)

Samedi 22 et dimanche 23 Octobre la fête de l'Humanité Bretagne à Lorient-Lanester

voir le programme sur le blog du PCF Pays Bigouden:

https://pcbigouden.fr/fete-de-lhumanite-bretagne-a-lorient-22-et-23-octobre-2022/

Eric Bocquet (sénateur communiste) rapporteur de la commission d’enquête sur l’évasion fiscale annonce, après plusieurs mois de travail, les chiffres de 60 à 80 milliards par an, le coût minimum de l’évasion fiscale pour l’État Français.
En France c’est 3% du PIB (soit 2352 *3% = 70 millions d’euros).
Pour les pays européens l’évasion fiscale se situe à 1000 millions d’euros par an.
Non l’ultra riche n’est pas notre voisin, même si il roule en berline allemande !

Nous vous invitons à venir débattre avec Monique Pinçon Charlot
le vendredi 28 octobre à Kerity.

 

Monique et Michel Pinçon-Charlot, sociologues de la bourgeoisie, ont publié de nombreux travaux sur cette classe sociale prédatrice.

ainsi que le jeu de société Kapital

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9 octobre 2022 7 09 /10 /octobre /2022 09:01
Femmes d'Alep - Prochaines rencontres-dédicace avec Maha Hassan et Ismaël Dupont en octobre et novembre 2022

Depuis la sortie du livre "Femmes d'Alep" aux éditions Skol Vreizh fin mars 2022, nous avons déjà fait 25 rencontres et séances de dédicace pour présenter le livre, à Paris, Port-de-Bouc, Toulouse, Saint-Brieuc, Lannion, au Rheu, dans plusieurs librairies du Finistère. Nous serons heureux de vous retrouver ces prochains jours:

- Ce Dimanche 9 octobre, Librairie L'Autre Rive à Berrien, à 16h

- Le Mercredi 19 octobre, Librairie Gwalarn à Lannion, à 18h30

- Le Dimanche 23 octobre, à Lanester, parc des Expositions du Pays de Morlaix, pour la Fête de l'Humanité Bretagne avec une présentation à 16h15 et des dédicaces toute l'après-midi

- Le Samedi 29 octobre et le dimanche 30 octobre au salon du livre en Bretagne de Carhaix

- Le Dimanche 13 octobre au salon du livre de Plestin-les-Grèves

- Le Samedi 19 novembre à la librairie Les Passagers du Livre à Landerneau, à 10h30

Ismaël Dupont et Maha Hassan

 

Femmes d'Alep - Prochaines rencontres-dédicace avec Maha Hassan et Ismaël Dupont en octobre et novembre 2022
Femmes d'Alep - Prochaines rencontres-dédicace avec Maha Hassan et Ismaël Dupont en octobre et novembre 2022
Femmes d'Alep - Prochaines rencontres-dédicace avec Maha Hassan et Ismaël Dupont en octobre et novembre 2022
Le Télégramme - article de Sophie Guillerm

Le Télégramme - article de Sophie Guillerm

Journal du mouvement de la Paix - Planète Paix, article de Alain Rouy

Journal du mouvement de la Paix - Planète Paix, article de Alain Rouy

Dans la page culture nationale du Ouest-France: Ouest-France Gaëlle COLIN. Publié le 22/03/2022 - édition numérique/ fin avril (édition papier
Maha Hassan, syrienne réfugiée à Morlaix : « Je me suis exilée pour sauver mes histoires »
​Maha Hassan, autrice et journaliste syrienne réfugiée à Morlaix, dans le Finistère, publie son tout premier ouvrage en français. Il a été adapté par Ismaël Dupont, professeur documentaliste. Un récit bouleversant où chaque témoignage réel de femmes explique la mosaïque complexe que constitue la Syrie, jusqu’à son morcellement et sa réconciliation quasi-impossible actuelle. « Femmes d’Alep » sort ce mercredi 23 mars 2022, aux éditions Skol Vreizh. Un livre plus que nécessaire.
 
Maha Hassan écrit un ouvrage en français pour la première fois, grâce à l’aide d’Ismaël Dupont. Les premiers échanges autour de « Femmes d’Alep » ont eu lieu au Café de l’Aurore, à Morlaix. Le livre est publié le 23 mars 2022, à Skol Vreizh.
Maha Hassan écrit un ouvrage en français pour la première fois, grâce à l’aide d’Ismaël Dupont. Les premiers échanges autour de « Femmes d’Alep » ont eu lieu au Café de l’Aurore, à Morlaix. Le livre est publié le 23 mars 2022, à Skol Vreizh. | OUEST-FRANCE
 

L’histoire a commencé derrière la devanture rouge vif du Café de l’Aurore, à Morlaix (Finistère). C’était à l’automne 2017. Maha Hassan, réfugiée syrienne depuis 2004, vit ici et rencontre alors pour la deuxième fois Ismaël Dupont. Le professeur documentaliste, secrétaire départemental du Parti communiste français et pas encore élu premier adjoint à la Ville, connaît la Syrie d’un unique voyage en 2010, « six mois avant la révolution ».

À la fin de leur entrevue, leur relation se scelle autour d’une promesse : celle d’écrire ensemble le premier ouvrage en français de l’autrice et journaliste. Elle au récit, lui à l’adaptation en français. Langue qu’elle maîtrise très bien à l’oral, moins à l’écrit. « En arabe, j’ai une forme de censure qui me vient naturellement. En français, je m’en affranchis, décrit Maha Hassan. C’est comme une renaissance. Et puis, j’ai une dette envers ce pays qui m’accueille. Je me suis exilée pour sauver mes histoires. Je redonne à la France un bout. »

Des témoignages réels

Ce « bout » compile des morceaux de vies réels de femmes, remontant jusqu’au début des années 1900. Ils évoquent l’exil, la guerre et ses vies cabossées, le sentiment d’être l’étrangère dans son propre pays. Des témoignages puisés dans sa mémoire ou recueillis via WhatsApp, Facebook ou par téléphone. De quoi brosser un portrait complexe et crédible de la Syrie, de la mosaïque de langues et de cultures qui la composent. Et qui explique en partie la situation actuelle. « Elle n’aura pas pu l’écrire en arabe, nous n’aurions pas eu les témoignages éloquents autour du tabou sur la sexualité, l’identité ou l’islam », abonde Ismaël Dupont.

Les femmes, les plus effacées de l’histoire

La légèreté du quotidien relatée est souvent rattrapée par le tragique de la grande histoire, en passant par des recoins de vie intimes. Tout récit est présenté à la première personne. « Faire parler les femmes, c’était naturel : elles sont les créatrices et elles subissent le plus d’oppression. Et ce sont elles qui sont le plus silencieuses ou effacées de l’histoire », justifie la journaliste.
 

L’histoire a commencé derrière la devanture rouge vif du Café de l’Aurore, à Morlaix (Finistère). C’était à l’automne 2017. Maha Hassan, réfugiée syrienne depuis 2004, vit ici et rencontre alors pour la deuxième fois Ismaël Dupont. Le professeur documentaliste, secrétaire départemental du Parti communiste français et pas encore élu premier adjoint à la Ville, connaît la Syrie d’un unique voyage en 2010, « six mois avant la révolution ».

À la fin de leur entrevue, leur relation se scelle autour d’une promesse : celle d’écrire ensemble le premier ouvrage en français de l’autrice et journaliste. Elle au récit, lui à l’adaptation en français. Langue qu’elle maîtrise très bien à l’oral, moins à l’écrit. « En arabe, j’ai une forme de censure qui me vient naturellement. En français, je m’en affranchis, décrit Maha Hassan. C’est comme une renaissance. Et puis, j’ai une dette envers ce pays qui m’accueille. Je me suis exilée pour sauver mes histoires. Je redonne à la France un bout. »

Des témoignages réels

Ce « bout » compile des morceaux de vies réels de femmes, remontant jusqu’au début des années 1900. Ils évoquent l’exil, la guerre et ses vies cabossées, le sentiment d’être l’étrangère dans son propre pays. Des témoignages puisés dans sa mémoire ou recueillis via WhatsApp, Facebook ou par téléphone. De quoi brosser un portrait complexe et crédible de la Syrie, de la mosaïque de langues et de cultures qui la composent. Et qui explique en partie la situation actuelle. « Elle n’aura pas pu l’écrire en arabe, nous n’aurions pas eu les témoignages éloquents autour du tabou sur la sexualité, l’identité ou l’islam », abonde Ismaël Dupont.

Les femmes, les plus effacées de l’histoire

La légèreté du quotidien relatée est souvent rattrapée par le tragique de la grande histoire, en passant par des recoins de vie intimes. Tout récit est présenté à la première personne. « Faire parler les femmes, c’était naturel : elles sont les créatrices et elles subissent le plus d’oppression. Et ce sont elles qui sont le plus silencieuses ou effacées de l’histoire », justifie la journaliste.

Le point de départ, c’est Zeinab, l’arrière-grand-mère de Maha Hassan. Une Arménienne ayant fui le génocide et qui est adoptée par une famille musulmane qui part pour la Syrie. Puis celui d’Halima, sa grand-mère paternelle, qui ne parlait que kurde et vivait à Alep. Ou Amina, sa maman, bien qu’ayant épousé son cousin et ouvrier analphabète travaillant dans une usine de textile, parle arabe. Dans un entourage kurde. « Je parle aussi arabe. Les Syriens me prennent pour une Kurde et les Kurdes me prennent pour une Syrienne », dénonce l’autrice.

« Je ne sais pas qui je suis »

La seconde partie de l’ouvrage se concentre ensuite sur la jeunesse de Maha, celle qui boit de l’arak, qui vit une histoire d’amour avec un homme plus âgé, hors mariage et qui suit au loin la répression des Frères Musulmans, la dictature du général al-Assad, premier du nom. Les racines de la violence qui écrase et opprime les femmes sont également esquissées. Jusqu’à arriver aux questionnements profonds et bouleversants de l’autrice elle-même : « Je ne suis ni française, ni syrienne, ni kurde. Je me sens illégale et je ne sais pas qui je suis. »

Treize romans plus tard, elle a écrit en arabe et certains ont été traduits en italien et néerlandais. Mais la question est restée sans réponse.

 

Mercredi 23 mars 2022, la maison d’édition morlaisienne Skol Vreizh offre ces paroles inédites. Une libération nécessaire. « J’ai écrit ce livre grâce à Morlaix, la sécurité et la tranquillité que j’y ai trouvé. Et grâce à Ismaël aussi. »

Femmes d’Alep, éditions Skol Vreizh, 460 p. 22 €. Tirage à 2000 exemplaires. Possibilité de le commander sur le site www.skolvreizh.com

 

***

Récit Voix de femmes syriennes et douleur de l’exil
Publié le Jeudi 2 Juin 2022 - L'Humanité
Femmes d’Alep, de Maha Hassan, avec le concours d’Ismaël Dupont, éd. Skol Vreizh, 488 pages, 22 euros

« Oui, je bois de l’alcool, je mange du cochon, je suis kurde et mon père était communiste. » Ainsi parle Maha Hassan, kurde née à Alep, écrivaine et journaliste de langue arabe, exilée en France en 2004, réfugiée en Bretagne. Femmes d’Alep, adapté par Ismaël Dupont, secrétaire départemental du PCF dans le Finistère et premier maire adjoint de Morlaix, nous plonge, via des voix de femmes, dans l’histoire moderne de la Syrie. C’est un ouvrage sur et par les femmes. Celles nées dans « cette société orientale tyrannique » qui témoignent de leurs expériences « dans ce monde définitivement perdu que fut la Syrie d’avant la révolution et de la guerre civile ». À ce propos, retenons par exemple le terrible récit de Shiraz Darwich et songeons à l’émancipation des femmes. Valère Staraselski

 
 
 
 
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6 octobre 2022 4 06 /10 /octobre /2022 19:07
Prix Nobel de littérature à Annie Ernaux : Sa révolte contre toutes les dominations irrigue toute son oeuvre: hommages du PCF et de L'Humanité
Prix Nobel de littérature à Annie Ernaux : Sa révolte contre toutes les dominations irrigue toute son oeuvre

Annie Ernaux vient de recevoir le prix Nobel de littérature. Elle est la première autrice française à le recevoir. Depuis 50 ans, récit après récit, son écriture exigeante nous livre une radiographie de la France qui nous secoue autant qu’elle nous permet de mieux appréhender le réel. L’intimité qu’elle y dévoile fait écho à nos propres perceptions, à nos propres souvenirs, à tel point point que l’on se demande : recueille-t-elle notre mémoire collective ou l’alimente-t-elle ?

Elle a bouleversé le paysage par son style neuf et les sujets qu’elle a osé aborder la première : la difficulté et la joie d’être une femme, de vivre ses désirs pleinement dans une France trop cadenassée, la difficulté aussi de n’être pas née dans le « bon milieu ». Sa révolte contre toutes les dominations irrigue toute son œuvre et a ouvert la voie à bien d’autres. Je salue aujourd’hui ce prix décerné à une femme libre et à une grande écrivaine de notre temps.

Fabien Roussel, PCF

ANNIE ERNAUX, PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE
Annie Ernaux, nouvelle grande Marraine des Amis de l'Humanité, s’est vu décerner le prix Nobel de littérature 2022, ce jeudi 6 octobre. Les Nobel ont ainsi couronné la carrière de l’autrice des Années (Gallimard, 2008), née en 1940. Elle devient le seizième écrivain français à recevoir cette distinction, depuis 1901, huit ans après Patrick Modiano, et elle devient la première autrice française et la dix-septième femme.
«Je considère que c’est un très grand honneur qu’on me fait et, pour moi, en même temps, une grande responsabilité, une responsabilité qu’on me donne en me donnant le prix Nobel», a réagi la lauréate auprès de la télévision suédoise SVT. «C’est-à-dire de témoigner (…) d’une forme de justesse, de justice, par rapport au monde», a-t-elle ajouté.
En choisissant la Française, figure du féminisme, le jury Nobel a voulu récompenser «le courage et l’acuité clinique avec laquelle elle découvre les racines, les éloignements et les contraintes collectives de la mémoire personnelle». L’Académie couronne une écrivaine qui «examine constamment et sous différents angles des vies marquées par les disparités, à savoir: le genre, la langue et la classe sociale».
Nous en pleurons de bonheur! Avec elle, les lettres francophones parlent au monde une langue délicate qui n'est pas celle de l'argent, mais celle de la liberté et des oubliés du siècle...
Jean-Emmanuel Ducoin, journaliste à l'Humanité
Gérard Schlosser, Ça sent bon (1975), couverture d’Annie Ernaux, prix Nobel de littérature 2022!

Gérard Schlosser, Ça sent bon (1975), couverture d’Annie Ernaux, prix Nobel de littérature 2022!

Annie Ernaux, le singulier universel

Littérature Récompensée pour « le courage et l’acuité clinique avec laquelle elle découvre les racines, les éloignements et les contraintes collectives de la mémoire personnelle », l’autrice est la 17e femme à obtenir le prix Nobel.

Publié le Vendredi 7 Octobre 2022 - L'Humanité
 

On n’osait y croire, même si le nom d’Annie Ernaux, marraine des Amis de l’Humanité depuis septembre, figurait dans la liste des favoris. « Très heureuse » et « fière », comme elle l’a déclaré aux journalistes venus l’attendre devant chez elle, à Cergy, elle a confié à la télévision suédoise qu’il était de sa « responsabilité » de « témoigner (…) d’une forme de justesse, de justice, par rapport au monde ». Rarement l’annonce d’un prix Nobel de littérature aura autant ému. Parce que son œuvre de mémorialiste subtile, initiée en 1974 avec les Armoires vides, fait entrer dans la littérature les classes populaires, explore l’injustice, la honte, l’appartenance sociale et la trahison. Parce que, à l’heure où le droit à l’avortement est remis en question dans plusieurs pays, dont les États-Unis, ce prix met en lumière le courage d’une femme, féministe, qui a toujours écrit depuis son expérience sur le corps des femmes, leurs désirs et les violences qu’elles subissent.

Dans les Années Super 8, le film qu’elle a écrit et réalisé avec l’un de ses fils, David Ernaux-Briot, on la voit jeune femme, mariée à Philippe Ernaux et mère de deux garçons. Sa mère, veuve, vit avec eux dans une maison près du lac d’Annecy. Si les images paraissent anecdotiques, elles disent à quel point Annie Ernaux a su capter ce que vivaient toutes les femmes de sa génération, l’aliénation et l’ennui dans le couple et la maternité. On devine, derrière les sourires tristes et les regards fugaces à la caméra, l’abîme qui se creuse entre la vie et les désirs. Derrière l’épouse et la jeune professeure de lettres, se cache la « femme gelée », titre du roman qui signera la fin de son mariage et l’abandon prochain des doubles de fiction.

Car, depuis la Place, en 1984, Annie Ernaux a cessé d’écrire des romans et trouvé une forme singulière qui restitue au plus près le réel, à la croisée de l’intime et du collectif. « Quand mon père est mort (en 1967), j’ai ressenti un sentiment de trahison. J’ai exploré la déchirure avec les Armoires vides, puis j’ai voulu parler. J’ai travaillé pendant dix ans sur la Place, le livre sur mon père, sorti en 1984. Je voulais creuser l’injustice que j’avais vécue par mes origines. Le roman n’était plus possible et toute mon écriture en a été bouleversée, j’ai abandonné la fiction. (…) J’ai eu l’impression que l’écriture elle-même était une façon de me rapprocher du monde de mes origines. La réalité a un poids particulier quand on naît dans ce monde, on n’a pas sa place d’entrée de jeu », nous confiait-elle en 2016 .

Légitimer des mondes exclus

Ce monde, c’est celui du café-épicerie de ses parents, à Yvetot, en Normandie. Née Annie Duchesne en 1940, élevée comme fille unique (sa sœur aînée est morte avant sa naissance), elle grandit auprès d’une mère catholique pratiquante qui lui fait découvrir Margaret Mitchell et John Steinbeck. À 20 ans, après une première expérience sexuelle traumatique qu’elle racontera dans Mémoire de fille , elle commence à regarder son enfance avec une « certaine distance », à s’intéresser aux souvenirs comme matériau d’écriture. Tout se joue dans ces années où, après avoir quitté l’École normale d’institutrices, elle suit un double cursus de philosophie et de lettres. « Après ces deux années, il y aura d’autres événements dans ma vie, dont l’avortement que j’ai raconté dans l’Événement, mais tout s’est joué là : mon désir d’écrire, d’être professeur de lettres », se souvient-elle. Irriguée par le thème de la mémoire, l’œuvre d’Annie Ernaux se divise en deux branches : d’une part, les récits d’enfance et d’adolescence comme la Place et l’Événement ; d’autre part, les livres de l’âge adulte comme Passion simple et l’Occupation, descriptions cliniques et crues de la passion amoureuse et de la jalousie.

Écrire, pour Annie Ernaux, c’est légitimer des mondes exclus de la littérature, mettre au jour des tabous, le viol dans Mémoire de fille, l’avortement dans l’Événement, exhumer des secrets comme la mort de sa sœur aînée, dans l’Autre Fille. C’est aussi s’intéresser à la société de consommation, arpenter les allées des centres commerciaux (Regarde les lumières, mon amour), faire de Cergy, où elle vit depuis le début des années 1980, un matériau littéraire. Un livre, peut-être, les contient tous : les Années (2008), où s’entremêlent les événements de sa vie personnelle et l’histoire collective en une traversée de la deuxième moitié du XXe siècle. Les Années, a écrit l’écrivain américain Edmund White dans le New York Times, « est un livre sincère, courageux, une Recherche du temps perdu  de notre époque contemporaine dominée par les médias et le consumérisme, pour notre époque de fétichisme absolu envers les produits de confort ».

De son écriture, on a souvent dit qu’elle était blanche, sèche. Qu’elle raconte la maladie d’Alzheimer de sa mère dans Je ne suis pas sortie de ma nuit ou sa liaison avec un étudiant de trente ans de moins qu’elle dans le Jeune Homme, son dernier livre, elle n’élude rien, assume la frontalité, cherche la précision, la densité. « J’importe dans la littérature quelque chose de dur, de lourd, de violent même, lié aux conditions de vie, à la langue du monde qui a été complètement le mien jusqu’à 18 ans, un monde ouvrier et paysan. Toujours quelque chose de réel. J’ai l’impression que l’écriture est ce que je peux faire de mieux, dans mon cas, dans ma situation de transfuge, comme acte politique et comme don », confiait-elle à Frédéric Yves-Jeannet dans l’Écriture comme un couteau.Influencée par la pensée de Bourdieu, Annie Ernaux met au jour les silences et les mécanismes des dominations, au carrefour du genre et des classes sociales. « J’ai toujours voulu que les mots soient comme des pierres, qu’ils aient la force de la réalité. Tout le monde sait que c’est une illusion mais les mots font agir », nous disait-elle encore. Ces dernières années, pour soutenir les gilets jaunes et ceux qui se battaient contre la réforme des retraites, pour les services publics ou, pendant l’épidémie de Covid, critiquer l’état d’urgence. Elle a évidemment accueilli le mouvement MeToo comme une « grande lumière, une déflagration ». « On ne peut plus écrire de la même façon après Annie Ernaux », disait Édouard Louis, à l’occasion de la parution du Jeune Homme. « Quel grand jour pour la littérature de combat ! » a-t-il réagi, ce jeudi. Une littérature de combat et une grande voix féministe qui résonnera à Stockholm, le 10 décembre, lors du discours de réception du prix Nobel.

BibliographiE sélective

Les Armoires vides, Gallimard, 1974 ; la Femme gelée, Gallimard, 1981 ; la Place, Gallimard, 1983 ; Passion simple, Gallimard, 1992 ; la Honte, Gallimard, 1997 ; l’Événement, Gallimard, 2000 ; l’Occupation, Gallimard, 2002 ; les Années, Gallimard, 2008 ; l’Écriture comme un couteau. Entretien avec Frédéric-Yves Jeannet, Stock, 2003 ; Écrire la vie, Gallimard, collection « Quarto », 2011, rassemble onze œuvres suivies d’extraits de son journal intime, de photos et de textes ; Mémoire de fille, Gallimard, 2016 ; le Jeune Homme, Gallimard, 2022.

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2 octobre 2022 7 02 /10 /octobre /2022 16:41
A lire - Le Pop Art en Europe, de Renaud Faroux

Voici un livre d'art qui ne laissera pas indifférent les amateurs d'art contemporain, une sorte de dictionnaire amoureux de la figuration narrative, du Nouveau Réalisme et des artistes du Salon de la Jeune Peinture, de l'art contemporain français des Années 60-70-80, marqué par une volonté de subversion politique et artistique, l'inspiration de l'art et de la culture de masse qu'il cherche à interpréter et détourner, par un historien de l'art qui fréquente ces artistes depuis des décennies et cherche à se faire le passeur de leur passion créative en montrant leur importance et manifestant leurs intentions, sans académisme, mais avec toujours beaucoup de sensibilité humaine et de souci de l'ancrage social, politique, culturel, des influences et des passerelles entre les genres et les artistes. Une critique qui s'enracine dans une vision sociale et politique de l'art.

On y croise Bernard Rancillac, Edouardo Arroyo, Hervé di Rosa, Erro, Gérard Fromanger, Gérard Garouste, Ernest Pignon Ernest, Gérard Schlosser, Hervé Télémaque, Vladimir Velickovic, Christian Zeimert, Jacques Villéglé, Gilles Aillaud, Jacques Monory, Christian Zeimert, Jacques Villeglé, autant d'artistes, et bien d'autres encore, que Renaud Faroux nous donne à découvrir ou approfondir avec ses entretiens sensibles.  

Un livre richement illustré avec des photos originales des archives de Renaud Faroux et de Michel Lunardelli et des reproductions de tableaux en couleurs et noir et blanc. 

Renaud Faroux présente pour le PCF Finistère des conférences sur les artistes exposés au Fonds Hélène et Edouard Leclerc des capucins à Landerneau et au musée de Pont Aven depuis 2017, avec toujours le même bonheur pour les participants de ces conférences, et a été le co-commissaire avec Yolande Rasle de la superbe expo "Libres comme l'art" installée au siège du Parti communiste français à Colonel Fabien en 2020-2021 pour le centenaire du Parti communiste, et qui a donné lieu à un très bel album de l'exposition: Libres comme l'art.

http://pcf29.org/video-conference-de-renaud-faroux-sur-les-origines-de-labstraction/

Jean-Michelle Riopelle et Joan Mitchell, aux origines de l’abstraction.

Conférence de Renaud Faroux sur Ernest Pignon Ernest à Landerneau à l'invitation du PCF Finistère - 70 personnes y ont assisté

Les conférences d'éducation populaire du PCF 29 - l'historien et critique d'art Renaud Faroux présente Tal Coat le 6 avril à Moëlan sur Mer en accompagnement de la visite guidée de l'exposition Tal Coat à Pont-Aven

Landerneau: Avec l'historien et critique d'art Renaud Faroux et l'espace des Capucins, les militants communistes se familiarisent avec plaisir avec les artistes de la Figuration Libre, cette peinture underground contestatrice des années 80

Conférence de Renaud Faroux sur l'oeuvre de Picasso pour les adhérents du PCF - 1er novembre 2017, Landerneau

Landerneau: Avec l'historien et critique d'art Renaud Faroux et l'espace des Capucins, les militants communistes se familiarisent avec plaisir avec les artistes de la Figuration Libre, cette peinture underground contestatrice des années 80

Le Pop Art en Europe

De Valério Adami à Christian Zeimert

Auteur : Renaud Faroux

L’historien d’art Renaud Faroux et le photographe Michel Lunardelli ont sillonné l’Europe de Paris à Milan, de Londres à Madrid sur les traces des derniers grands artistes du Pop Art des années 1960.
La formule de « Pop Art européen » peut surprendre : c’est comme quand les Anglais parlent du rock français et disent que c’est aussi bon que du vin britannique ! Si pour le grand public le Pop Art est un phénomène Nord Américain incarné par Andy Warhol et Roy Lichtenstein, ce travail remet en question ce chauvinisme étasunien et souligne l’extraordinaire gémellité de la création qui se développe en Europe et outre-Atlantique. Comme le résume Peter Blake : « Si le Pop Art américain est un reflet de la vraie vie, en Angleterre c’est surtout une affaire de rêve et en France, un combat politique ! »

Le Pop Art en Europe - édition Mare & Martin
560 pages
Parution : 14 déc. 2021
ISBN : 978-2-36222-007-4
39 €
 
 
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30 septembre 2022 5 30 /09 /septembre /2022 05:08
Décès du grand historien de l'Antiquité greco-romaine, Paul Veyne: hommage de Pierre Chaillan dans L'Humanité
Paul Veyne, la révolution de l’historien de l’Antiquité

Disparition Complice intellectuel de Michel Foucault, le professeur honoraire du Collège de France, chercheur aux théories novatrices, est décédé à l’âge de 92 ans.

Publié le
Vendredi 30 Septembre 2022

L’historien de l’Antiquité Paul Veyne, grand connaisseur des mondes grec et romain, est mort à l’âge de 92 ans, ont annoncé, jeudi, les éditions Albin Michel. Ce natif d’Aix-en-Provence est décédé à Bédoin (Vaucluse), village situé au pied du mont Ventoux, où il s’était installé pour sa retraite.

Issu d’un milieu modeste provençal, il est le premier de sa famille à obtenir son baccalauréat. Dès son enfance, atteint d’une malformation congénitale dite « Leontiasis ossea » qui lui relève en bosse la joue gauche, il est fasciné par les choses antiques, notamment par la découverte à 8 ans d’une pointe d’amphore romaine gisant dans la terre près de Cavaillon. Dans cette orientation, il est logiquement passionné dans son adolescence par l’Odyssée. En 1951, il entre à l’École normale supérieure. Reçu au concours de l’agrégation de grammaire, il devient élève de l’École française de Rome. Ce sont les années 1950 et nous sommes en pleine guerre froide. S’élevant contre l’usage de la torture par les troupes françaises dans les guerres coloniales, il prend sa carte au Parti communiste, qu’il quittera à la suite de Budapest, en 1956.

Après cette période étudiante, il débute son parcours d’universitaire à la Sorbonne comme assistant. Mais, il retrouve, en 1961, Aix-en-Provence et son université, où il achèvera sa carrière en tant que professeur. En 1975, il entre au Collège de France grâce à l’appui de Raymond Aron, qui, délaissé par Pierre Bourdieu, voudrait bien voir en lui un héritier. Mais Paul Veyne ne cite pas son nom lors de sa leçon inaugurale, ce qu’Aron ne lui pardonne pas. Le professeur y œuvrera de 1975 à 1998 en tant que titulaire de la chaire d’histoire de Rome.

interroger le passé à partir du présent

Historien mais aussi théoricien de l’histoire, il engage une réflexion sur le travail historiographique. Les plus importantes de ses thèses pour repenser l’histoire seront rassemblées dans son œuvre Comment on écrit l’histoire (Seuil, 1971). Son apport bousculera les façons de voir en interrogeant toujours frontalement le passé à partir du présent. Il soutient sa thèse de doctorat sur la pratique du don dans l’Empire romain et la publie sous le titre le Pain et le cirque (Seuil, 1976). Il va utiliser ses approches novatrices pour révolutionner l’histoire de l’Antiquité, notamment sur la mythologie grecque, sur le christianisme antique ou encore sur la société et la sexualité à Rome. Professeur émérite au Collège de France, l’historien deviendra une référence en science politique.

Complice intellectuel de Michel Foucault toute sa vie, il publie de nombreux écrits sur ce dialogue avec notamment Foucault. Sa pensée, sa personne (Albin Michel, 2008). En février 1979, le chercheur en histoire fait partie des 34 signataires de la déclaration rédigée par Pierre Vidal-Naquet pour réfuter la rhétorique négationniste de Robert Faurisson. Il est aussi un fidèle lecteur du poète René Char. En 2014, il reçoit le prix Femina de l’essai pour Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas (Albin Michel) et en 2017, celui de la Bibliothèque nationale de France pour l’ensemble de son œuvre.

Dans la dernière période, il rencontre un plus large public, notamment lors de la parution de son livre Palmyre. L’irremplaçable trésor (Albin Michel, 2015). Il a aussi participé à la série d’émissions l’Apocalypse (2008), de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, sur les débuts du christianisme, qui a aussi recueilli un grand succès après sa diffusion sur la chaîne Arte. 

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30 septembre 2022 5 30 /09 /septembre /2022 04:56
Le sociologue Michel Pinçon est mort - Hommage de Fabien Roussel et de L'Humanité (Pierre Chaillan, 28 septembre 2022)

Une pensée émue d'apprendre le décès de Michel Pinçon, sociologue de la grande bourgeoisie, que nous avons écouté plusieurs fois à la fête de l'huma avec sa femme Monique, et dont nous avons lu avec beaucoup d'inttérêt les enquêtes richement documentées et plaisantes à lire dans plusieurs livres (Les ghettos du Gotha, Le président des riches, etc...).

Chapeau et merci à ce couple détonnant et attachant d'avoir éclairé avec son regard malicieux et attentif aux détails révélateurs la boîte noire de la société de caste qui subsiste en France, encore renforcée par le capitalisme financier.

Ismaël Dupont

Le sociologue Michel Pinçon est mort

Hommage. Référence en sciences sociales, avec son épouse Monique Pinçon-Charlot, pour ses travaux sur les classes dominantes, l’ancien directeur de recherche au CNRS est décédé à l’âge de 80 ans.

Publié le
Jeudi 29 Septembre 2022

Michel Pinçon est décédé lundi. Il avait 80 ans et était très affaibli depuis plusieurs années par la maladie. Dans la soirée de mardi, son épouse Monique Pinçon-Charlot a envoyé un message à une liste d’amis où elle exprimait son chagrin : « Je suis très triste de vous annoncer la mort de Michel, survenue le 26 septembre, à l’âge de 80 ans, des suites de la maladie d’Alzheimer. » L’équipe des éditions la Découverte, qui travaille avec le couple depuis de nombreuses années, a rendu publique l’information, ce mercredi, par ces mots en sa direction : « Nous adressons nos pensées amicales à son épouse et complice de toujours, Monique Pinçon-Charlot, avec qui il a partagé six décennies d’une vie studieuse, amoureuse et engagée. » Et, en effet, on parle très rarement de Michel Pinçon et de Monique Pinçon-Charlot séparément, tant leurs parcours et leurs travaux sociologiques sont liés depuis les années 1960. Et si l’ancien directeur de recherche au CNRS tire aujourd’hui sa révérence, leur œuvre commune reste une référence pour les sciences sociales.

Une rencontre décisive

Michel Pinçon naît le 18 mai 1942 dans la commune de Lonny (Ardennes), dans une famille d’ouvriers. Son père est un temps ouvrier polisseur à Nouzonville. C’est donc avec fierté que le jeune homme, une fois le bac en poche, rejoint l’université. Et c’est là, début novembre 1965, qu’une rencontre décisive a lieu : à la bibliothèque de sociologie de la faculté des lettres et sciences humaines de Lille, il parle pour la première fois à une jeune étudiante, Monique Charlot. Deux ans plus tard, Michel se marie avec elle. Ce mariage permet à son épouse de le suivre pendant la période de service national en coopération au Maroc, où tous deux enseignent le français, tirant de cette expérience un mémoire supervisé par le grand sociologue Jean-Claude Passeron. À leur retour, ils terminent leur formation à l’université libre de Vincennes. Le couple a un fils, Clément, qui naît à la clinique des métallos, les Bluets, en 1974. Les deux jeunes sociologues rejoindront le CNRS. Lui travaille sur le monde ouvrier, elle, sur la ségrégation urbaine. Fruit de ses premières recherches, Michel publie ainsi, seul, son premier ouvrage. Il s’intitule Désarrois ouvriers, familles de métallurgistes dans les mutations industrielles et sociales (l’Harmattan, 1987). Nous sommes dans les années 1980, le couple compte parmi les auditeurs du cours de Pierre Bourdieu au Collège de France…

Et, dans ce mouvement critique des sciences sociales vis-à-vis d’une doxa néolibérale qui se veut triomphante, leurs importants travaux en commun et leurs études de plusieurs décennies sur les élites françaises et la ségrégation de classe opérée par les plus riches vont marquer les sciences sociales en cette fin du XXe siècle, puis au début de ce XXIe siècle. Pour la première fois, de longues enquêtes sociologiques sont engagées sur le terrain en s’introduisant au sein même de la haute bourgeoisie et du gotha parisien. Leur description de la véritable « guerre de classes » engagée par les riches et par les dominants n’en devient que plus éloquente. Ces enquêtes trouvent rapidement un écho bien au-delà du champ universitaire et ce, au travers de la parution d’ouvrages comme  Dans les beaux quartiers (PUF, 1989), la Chasse à courre, ses rites et ses enjeux (Payot, 1993), Voyage en grande bourgeoisie (PUF, 1997), Sociologie de la bourgeoisie (la Découverte, 2000) ou encore la Violence des riches (Zones/la Découverte, 2013). Dans leur dernier ouvrage en commun, Notre vie chez les riches (Zones/la Découverte, 2013), ils racontent leur « voyage dans une caste dont ils ne partageaient ni les codes ni les objectifs sociaux et politiques ». Cette mise en lumière des mœurs des classes dominantes leur vaut d’être souvent critiqués par les journaux et sites de droite extrême et d’extrême droite .

Dans les allées de la Fête de l’Humanité ou dans les colonnes du journal, ils sont respectés et leur analyse sur la lutte des classes dans les conditions d’aujourd’hui fait mouche. 

« Compagnons de route du PCF », ils sont des invités réguliers, avec le rendez-vous au stand des Amis de l’Humanité, et leur présence enthousiasme le Village du livre, où le public se presse pour se faire dédicacer leur dernier ouvrage. Charles Silvestre, vice-président des Amis de l’Humanité, témoigne : « Au travail, sans relâche, contre la monstrueuse inégalité sociale devenue béante, leur pro­duction de sociologues faisait un bien énorme. »

En septembre, Monique Pinçon-Charlot était venue seule. Affecté toujours davantage par la maladie d’Alzheimer, Michel Pinçon ne l’accompagnait pas. Ses obsèques auront lieu le 4 octobre, à 11 heures, au cimetière communal 27, rue de la Bièvre, à Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine). L’Humanité présente ses condoléances à Monique, à la famille et aux proches.

Le secrétaire national du PCF Fabien Roussel a  adressé un message sur twitter : « C'est avec tristesse que j'ai appris le décès de Michel Pinçon. Je rends hommage à ce compagnon de route, grand sociologue, qui n'a eu de cesse, avec Monique Pinçon-Charlot, de décrypter les rapports de domination sous toutes ses formes. Mes pensées sont tournées vers Monique et sa famille » . 

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25 septembre 2022 7 25 /09 /septembre /2022 13:22
Le Télégramme - 25 septembre 2022- Entretien avec Luc Blanvillain, écrivain, auteur de "Pas de souci"

DIMANCHE, C'EST TELEGRAMME & ENTRETIEN AVEC Luc Blanvillain:

Luc Blanvillain : « J’ai beaucoup pensé à Claude Chabrol quand j’ai écrit ce livre »

« Ce n’est pas du tout un livre qui se veut donneur de leçons car j’ai horreur de ça. J’ai du mal avec le sentimentalisme, ce qui risque, pour moi, d’apparaître un peu vite comme une mièvrerie », confie Luc Blanvillain (Photo Jacques Chanteau)

Auteur de littérature jeunesse, Luc Blanvillain écrit aussi des romans adulte, dont le troisième, « Pas de souci » (*), décrit une histoire haletante autour d’une jeune femme et de ses parents qui lui « cachent quelque chose ».

« Pas de souci » raconte deux histoires parallèles qui vont finalement se rejoindre. Il y a celle de Patricia, aide à domicile, qui partage son temps avec une vieille dame et un homme un brin troublant. Il y a aussi et surtout l’histoire de Chloé, qui aborde la trentaine et qui apprend, via une thérapeute, que ses parents lui « cachent quelque chose ». Chloé va donc se lancer en quête de découvrir ce « quelque chose ».

 

 

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19 septembre 2022 1 19 /09 /septembre /2022 05:45
Histoire du Breton écrit des origines au XVIIIe siècle, Francis Favereau, Skol Vreizh, 2022, 18€

Histoire du Breton écrit des origines au XVIIIe siècle, Francis Favereau, Skol Vreizh, 2022, 18€

Les éditions Skol Vreizh viennent de publier une nouvelle étude de Francis Favereau, l'érudit au gai savoir, linguiste et spécialiste de la littérature bretonne et bretonnante, ancien agrégé d'anglais et enseignant de breton à l'Université, auteur en particulier d'un Dictionnaire de référence du breton, d'une Anthologie en 4 volumes de la littérature bretonne du XXe siècle (publiés de 2002 à 2020 chez Skol Vreizh), de "Babel et Baragouin - Le Breton dans la Mondialisation" (Skol Vreizh, 2006), ou encore d'un livre d'histoire et sociologique sur la société bretonne: Bretagne contemporaine : Langue, Culture, Identité ; Skol Vreizh (1993-2005).

Cette "Histoire du Breton écrit des origines au XVIIe siècle", superbement illustrée par des photos de manuscrits ou d'édifices et d’œuvres d'art du patrimoine, des cartes, des schémas, comme souvent les ouvrages de Skol Vreizh, nous fait voyager dans l'histoire de la langue bretonne armoricaine, langue britonnique comme le cornique (Cornouailles anglaise) et le gallois, elle-même langue celtique comme le gaulois (Belgique, France, Suisse, Nord de l'Italie, Galates de Turquie dans l'Antiquité), ou le gaélique d'Ecosse, d'Irlande, ou le manxois parlé à l'Ile de Man.   

La Bretagne apparaît au Ve siècle avec l'exil des Bretons de Grande-Bretagne, prêtres, nobles, et clans, au sein de l'Armorique gallo-romaine. La langue des bretons est très certainement très proche du gaulois et partiellement compréhensible pour ceux qui en auraient conservé la connaissance. Les premiers toponymes en Plou- (Ploe-), Lan-, Tre-, remontent à l'installation des Bretons en Armorique après 500. Ple-/ ou Plou- renvoie à une communauté rurale résolument chrétienne, Lan- à la notion de lande, d'ermitage, tre- à l'habitat. Loc- arrive plutôt au 9e siècle et renvoie au lieu de culte d'un saint (Lochrist, Loqueltas, Loctudy).

Les premières inscriptions écrites de la langue bretonne (vieux breton) sont gravées dans la pierre, outre Manche, en Cornouailles Britannique. On trouve aussi un étalon comparatif dans des transcriptions écrites de la langue des Galates d'Anatolie. Le premier manuscrit avec des commentaires écrits en breton est le manuscrit de Leyde conservé aux Pays-Bas, datant de la fin du 8e siècle ou du 9e siècle. C'est un traité de pharmacie...

Dans son "Histoire du Breton écrit des origines au XVIIe siècle", Francis Favereau passe en revue les traces de commentaires en langue bretonne au Moyen-Age dans les manuscrits latins des Abbayes du Moyen-âge (traité de médecine, cartulaires, évangiles). Ces traces écrites en langue bretonne au Moyen-âge sont rares, elles n'apparaissent qu'en marge de manuscrits rédigés en latin, la langue de l’Église, par des clercs bretonnants alors que le français n'est lui aussi à cette époque qu'une langue essentiellement orale.

Il traduit aussi les devises bretonnes de la noblesse du Moyen-âge, les inscriptions d'église et de cimetières.

Le Catholicon, premier dictionnaire breton, dictionnaire trilingue breton-latin-français, imprimé à Tréguier par Jehann Calvez, chanoine du diocèse de Tréguier, et dédié à Maître Auffret de Quoatqueveran, ancien recteur de Plourin-les-Morlaix, date lui de 1499, et est attribué à Lagadeuc de Plougonven. Le Catholicon contient 5000 mots du parler usuel breton armoricain entre Saint-Hernin ou Poullaouen jusqu'à Plougonven. Et le breton a assez peu changé depuis.

A la Renaissance et au 16e siècle, le breton va se généraliser dans la littérature écrite religieuse: hagiographies ou vies de saints qui témoignent d'une versification savante et d'une vraie maîtrise littéraire en breton. A partir du 16e siècle, textes religieux et profanes en breton se multiplient grâce à l'imprimerie, et à l'apprentissage de la culture qui progresse dans les campagnes. Les vies de saints, mais aussi les récits humoristiques, picaresques et grivois connaissent alors de vrais succès populaires.

Un des premiers ouvrages significatifs en prose bretonne, petit livre de 31 pages, de la Renaissance est Buhez an itron sanctes Cathell (Vie de Sainte Catherine), traduction du latin au breton imprimé à Morlaix au monastère Saint-François (aujourd'hui maison de retraite), en 1576. A la Renaissance (16e) siècle, le théâtre populaire s'écrit aussi en langue bretonne: mystères, tragédies laïques ou bibliques. "La Farce de Maître Pathelin" (1460) contient elle-même un bref dialogue en breton.

L'intérêt de ce livre de Favereau est qu'il donne à lire et à traduire les ouvrages bretons de la Renaissance et de l'Ancien Régime, qu'il multiplie les allers-retours comparatifs entre les univers culturels, qu'il contient énormément d'anecdotes truculentes et qu'il donne à lire la beauté d'une certaine littérature religieuse ou légendaire populaire. Toujours questionnant, cet essai approche certaines questions débattues sans toujours donner dans l'affirmation définitive. Il se termine par une présentation d'affiches et de placards révolutionnaires en breton, signe que si l’Église a choisi de faire du breton une langue officielle à des fins d'évangélisation et de généralisation de son enseignement, la langue bretonne appartient au patrimoine commun des Bretons (et même de l'humanité), et peut traduire tous les idées et sentiments, pas seulement ceux de la tradition ou de la conservation.   

Ismaël Dupont - 19 septembre 2022

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18 septembre 2022 7 18 /09 /septembre /2022 11:35
Prison n°5", une BD sous forme de roman graphique coup de poing publié chez Delcourt (février 2021, 20€)

Prison n°5", une BD sous forme de roman graphique coup de poing publié chez Delcourt (février 2021, 20€)

Zehra Doğan - Prison n°5/ Nous aurons aussi de beaux jours, Ecrits de prison - Une immense artiste raconte son incarcération et le combat des Kurdes pour la dignité et la liberté
 "Nous aurons aussi de beaux jours. Écrits de prison" - Zehra Dogan (15 euros, 2019, traduit du turc par Naz Öke et Daniel Fleury), éditions Antoinette Fouque, des Femmes

"Nous aurons aussi de beaux jours. Écrits de prison" - Zehra Dogan (15 euros, 2019, traduit du turc par Naz Öke et Daniel Fleury), éditions Antoinette Fouque, des Femmes

Zehra Doğan est une artiste kurde engagée à la force intérieure et à la créativité incroyables, dont des œuvres documentant l'oppression du peuple kurde par le régime d'Erdogan, les massacres dans les villes et les villages kurdes, sorties clandestinement de prison et de Turquie, ont été déjà exposées deux fois dans le pays de Morlaix, à Plouézoc'h, sur Traon Nevez, à l'hiver 2017-2018, et au Roudour de Saint-Martin-des-Champs, à l'automne 2018. Une chance formidable pour les habitants de la région de Morlaix d'accéder à ces œuvres puissantes.

A l'époque, nous avions été très impressionnées par ses œuvres à la force expressive voire expressionniste étonnantes, produites avec des matériaux de récupération (journaux turcs, pigments sur les murs, sang, etc) et par l'histoire de cette jeune journaliste et artiste féministe courageuse, fondatrice de l'agence féministe JINHA, accusée une première fois d'être membre d'une organisation illégale et d'avoir fait un dessin d'un enfant se plaignant de n'avoir plus accès à son école rasée dans un quartier kurde par l'armée d'Erdogan, embastillée une première fois en 2016, puis une seconde fois en 2018, après son arrestation lors d'un banal contrôle routier alors qu'elle vivait dans la clandestinité à Istanbul, arrestation suivie d'une nouvelle condamnation à 2 ans, 9 mois et 22 jours de prison, le 12 juin 2017, une peine qu'elle va d'abord purger dans la prison de Diyarbakir, où tant de militants kurdes furent affreusement torturés. 

Entre 2015 et 2016, en Turquie, 11 villes et 49 localités kurdes furent mises sous couvre-feu, soit 1,8 millions de personnes. Des centaines de Kurdes de Turquie furent massacrés, et parmi eux de nombreux enfants, suite à la rupture des discussions de paix avec Abdullah Öcalan. Et des centaines d'élus et militants kurdes du HDP furent emprisonnés eux aussi, comme Selahattin Demirtas, Leyla Güven, etc.

Nous avons eu la semaine dernière le grand plaisir de la rencontrer à la fête de l'Humanité 2022, au village du Livre, où elle dédicaçait au côté de son amie Naz Öke deux livres très importants, les deux composés avec la complicité extraordinaire de son amie Naz Öke, "Prison n°5", une BD sous forme de roman graphique coup de poing publié chez Delcourt (février 2021, 20€), et ses lettres de prison à Naz Öke, publiées aux éditions Antoinette Fouque sous le titre "Nous aurons aussi de beaux jours. Écrits de prison" (15 euros, 2019, traduit du turc par Naz Öke et Daniel Fleury), deux livres complémentaires qui se lisent ensemble avec profit.

Outre la performance artistique, l’ouvrage "Prison n°5" présente la question kurde, entre autres, ainsi qu’une histoire sombre de la Turquie (déjà) entre les années 1980 et 1995. Il relate aussi le quotidien des prisons de femmes d’aujourd’hui et la lutte qu’elles y mènent contre les conditions carcérales. "La prison N°5" est la sinistre “Geôle d’Amed”, centre pénitentiaire de Diyarbakır, où Zehra Doğan fut aussi incarcérée, et qui fut centre de tortures et de sévices sous la dictature militaire. C’est un pan de l’histoire de la Turquie, qui explique tout autant le présent sous le régime Erdoğan.

Zehra Doğan raconte le quotidien de la prison, la solidarité et la sororité des prisonnières, l'histoire tragique de ses prisonnières dont plusieurs ont perdu des enfants, des maris, des parents, dans la lutte de libération des kurdes. Dont certaines sont condamnées à perpétuité pour avoir pris les armes contre l'oppression de leur peuple, en réflexe d'auto-défense. Elle évoque avec tendresse et tristesse la vie contre-nature des enfants en prison, que l'on soigne à peine quand ils sont malades, tout comme les prisonnières. Elle narre dans des pages d'une violence difficilement soutenable, mais qui correspond à l'horreur des faits, les tortures infligés aux militants du PKK et à d'autres militants de gauche par le régime de dictature nationaliste à partir du coup d’État militaire du 12 septembre 1980, les racines politiques et idéologiques de la terreur exercée par le régime d'Erdogan aujourd'hui.  

Récit d'un emprisonnement personnel, prison n°5 est tout autant l'histoire des combats pour la dignité et de la répression d'un peuple, en Turquie, le peuple kurde, qui subit la violence nationaliste depuis une centaine d'années.

"Nous aurons aussi de beaux jours", dont les éditrices font référence aux expositions des œuvres évadées de Zehra Doğan dans le pays de Morlaix, au sein du festival des Autres Mondes, produit la correspondance très émouvante de Zehra Doğan avec Naz Öke, son amie et soutien française de l'association Kedistan. Correspondance agrémentée de dessins, de tableaux, dont plusieurs vont intégrer l'album graphique Prison n°5, ou encore être exposés comme tableaux, sortis clandestinement de prison et de Turquie. On y lit les émotions et la sensibilité extrême de Zehra, sa profonde humanité, son exigence de justice, la justesse de ses descriptions des camarades autour d'elle, ses poèmes, ceux de ses écrivains favoris qui l'aident à tenir, ses espoirs et ses rêves, son analyse politique des évènements. Un document important sur le combat, pacifique dans le cas de Zehra, du peuple kurde, d'une artiste engagée singulière et qui est aujourd'hui une figure reconnue internationalement de l'art contemporain. 

Ismaël Dupont

Zehra Doğan - Oeuvre de l'exposition présentée à Traon Nevez - Plouézoc'h

Zehra Doğan - Oeuvre de l'exposition présentée à Traon Nevez - Plouézoc'h

Zehra Doğan - Oeuvre de l'exposition présentée à Traon Nevez - Plouézoc'h

Zehra Doğan - Oeuvre de l'exposition présentée à Traon Nevez - Plouézoc'h

Kurdistan. Les beaux jours de Zehra Dogan

L’artiste et journaliste kurde a passé près de deux ans dans les geôles d’Erdogan. Ses lettres témoignent du quotidien carcéral des femmes exposées à l’arbitraire d’un régime autoritaire et belliciste.

Publié le Vendredi 3 Janvier 2020 -https://www.humanite.fr/monde/kurdistan-les-beaux-jours-de-zehra-dogan-682592
Rosa Moussaoui - L'Humanité

Comment, privée de crayons, de peinture, de pinceaux, donner visage à ces femmes aux yeux grands ouverts ? Derrière les murailles de sa prison, Zehra Dogan changeait en pigment tout ce qui lui tombait sous la main : du sang, la chair d’une olive, le suc d’une grenade ou d’une griotte, les déjections d’un oiseau de passage. « De tout cela j’arrive à obtenir des couleurs. Alors, s’il te plaît, en prononçant le prénom de Zehra, n’imagine pas une Zehra désespérée et triste. Ici, je suis très heureuse. » Au fil des lettres échangées par l’artiste et journaliste kurde avec son amie Naz Oke, fondatrice en France du magazine Kedistan, un récit prend corps, vivant, alerte, sensible. Les Éditions des femmes publient cette correspondance (1) qui brosse le portrait d’une militante décidée, d’une jeune femme curieuse, parfois candide, à l’intelligence effervescente. Pilier de l’agence de presse féministe Jin News prise pour cible par le régime de Recep Tayyip Erdogan après le putsch manqué de 2016, Zehra Dogan fut l’une des premières journalistes à recueillir les témoignages de femmes yézidies ayant échappé à Daech. Dans la fureur répressive déchaînée par le despote d’Ankara contre les Kurdes, c’est un dessin figurant le désastre semé par l’armée turque à Nusaybin qui lui valut d’être arrêtée et accusée de « propagande pour une organisation terroriste ». Verdict : cinq mois de prison, une parenthèse de liberté sous surveillance, avant de retrouver encore sa geôle, pour vingt mois. Au total, six cents jours d’incarcération et le ciel retrouvé au début de l’année 2019, avant l’exil à Londres. Sur ses codétenues, qu’elle aime à écouter, à dessiner, elle pose dans l’épreuve commune un regard sororal.

« Nous partageons les mêmes valeurs de lutte »

Paysannes et bergères arrachées au grand air des montagnes et des hauts plateaux, combattantes aguerries ou mères de famille, elles affrontent ensemble l’arbitraire : « Nous avons une conviction commune et c’est elle qui nous tient unies. Nous partageons les mêmes valeurs de lutte. » Plusieurs fronts, un seul combat. Il faut en finir d’un même mouvement avec l’entrelacs des dominations que perpétuent le capitalisme et le patriarcat, répète l’artiste dans une langue crue : « Ce monde masculin pue des aisselles. Il vocifère de sa bouche putride. Il vomit sur nous ses guerres, son exploitation et la vie toxique qu’il nous impose en l’appelant “liberté”. Et chaque fois, c’est par les femmes qu’il commence. Parce que la guerre qu’il mène contre nous n’est pas une guerre des sexes, mais une guerre idéologique. » Ces missives disent toute l’obscurité d’un quotidien carcéral insupportable : la discipline déployée pour maintenir dans des cellules puantes une hygiène élémentaire ; les blessures infectées exposant les prisonnières privées de soin à l’amputation, l’inquisition de l’administration pénitentiaire. Dans cette grisaille et dans la promiscuité, Zehra Dogan décèle pourtant partout la vie : un chat, un chant, le babillage du bébé d’une détenue, le chuchotement de quelque confidence. « Que des femmes dont les éclats de rire rendent cette vie en gris chatoyante. Nous avons une amie qui s’appelle Halise. Avant notre arrivée à la prison, elle avait eu l’idée de décorer à la main les murs en utilisant de la peinture à l’eau qu’elle avait trouvée au quartier, relate-t-elle. Elle et ses amies ont aussi dessiné des papillons, des animaux. Une enquête disciplinaire a été ouverte contr e Halise qui en a endossé la responsabilité, mais peu importe, le lieu est maintenant de toutes les couleurs. » Par une meurtrière, le clair de lune prolonge à la nuit tombée ses lectures, troublées par les éclats de voix des soldats. Elle reconstitue en pensée les musiques qu’elle aime ; le dessous d’un lit lui tient lieu d’atelier. Elle dessine et peint allongée à même le sol, sous l’œil de ses compagnes d’infortune : « Si ça se trouve, quand je sortirai, je ne pourrai plus dessiner autrement. » De réminiscences enfantines en digressions politiques ou philosophiques, elle laisse voguer ses « étranges pensées quotidiennes », s’interroge sur l’union libre ou sur les empires sumériens. Par ses introspections, elle s’ouvre des horizons : « Je voudrais, en t’écrivant, me libérer un peu. »

Des « zones de sécurité spéciale » interdites aux civils

Le récit de Zehra Dogan, ceux de ses codétenues, qu’elle rapporte, jettent une lumière cruelle sur la guerre sans merci livrée au peuple kurde : bombardements, villages incendiés, langue interdite, militants torturés et l’ombre de la prison, toujours. Cette guerre ne connaît pas de trêve. Galvanisé par sa croisade dans le nord de la Syrie, prêt à déployer ses troupes en Libye, Erdogan porte toujours le fer et le feu dans ses frontières. L’armée d’Ankara multiplie ces jours-ci, au Kurdistan du Nord, les « zones de sécurité spéciale » interdites aux civils ; des maires sont destitués les uns après les autres ; les rafles se poursuivent dans les rangs de militants suspects de sympathies pour le PKK. « On me demande toujours pourquoi les femmes de mes dessins sont tristes. Je ne le fais pas exprès, écrit la prisonnière. Je les dessine et je me rends compte après coup qu’elles sont tristes. Quelle femme témoin de ce qui se passe sur ces terres pourrait être heureuse ? » Une conviction tenait debout la détenue, dans sa claustration, elle guide aujourd’hui la femme libre : « Le monde auquel nous aspirons verra le jour. »

Nous aurons aussi des beaux jours. Écrits de prison, Éditions des femmes-Antoinette Fouque, 2019, 15 euros.
Bande dessinée. « Prison n° 5 », traits libres

BULLES D'HUMANITÉ #8. L’Humanité Dimanche vous fait découvrir les huit finalistes de cette troisième édition de notre prix dédié à la bande dessinée, dont le lauréat sera récompensé en septembre à la Fête de l’Humanité. Dernier album en lice : « Prison n° 5 » (Delcourt), de Zehra Dogan. 

Publié le Samedi 4 Septembre 2021 -L'Humanité
 

Document incroyable, violent et percutant, « Prison n° 5 » est le témoignage précieux d’une journaliste kurde emprisonnée en Turquie. Feuille après feuille, Zehra Dogan a réussi à faire évader ses dessins pour dénoncer les conditions de détention des Kurdes. Le document s’apprivoise. Le crayonné est inégal, gratté sur un fond de papier kraft. Rehaussé de feutre ou non. Parfois maladroit, souvent percutant. Dur. Mais ce document est inestimable. Une fois que le lecteur se plonge dans ce texte incroyable, le dessin émeut, bouleverse, et l’œuvre révèle toute sa puissance.

Emprisonnée à plusieurs reprises, Zehra Dogan n’a jamais cessé de témoigner, de résister. Elle a cofondé l’agence de presse kurde Jinha, aux plumes exclusivement féminines. Fin 2015, quand le processus de paix entre la Turquie et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) est abandonné, la rédactrice couvre la reprise des conflits. En octobre 2016, Erdogan ferme l’agence de presse. Zehra Dogan continue d’informer sur les réseaux au travers de photos, de témoignages et de dessins. Ce qui lui vaudra sa première arrestation. Libérée le temps du procès, elle est condamnée à deux ans, neuf mois et vingt jours de prison, mais entre en clandestinité. Elle n’échappera pas à sa condamnation. Découverte, Zehra est réincarcérée à la prison de Diyarbakir, dans l’est de la Turquie.

L’encre rouge du sang

Pas de quoi entamer sa détermination ni assécher son pinceau. Zehra dessine dans l’urgence, cache ses croquis, utilise ce qu’elle trouve. Des draps, des serviettes, de vieux habits lui servent de support. Des grains de café et du sang menstruel remplacent l’encre manquante. Chaque jour, son amie Naz Öke lui envoie des dizaines de pages. Le dos des lettres reste systématiquement vierge. Pendant un an et demi, l’envers immaculé du courrier permettra de coucher en secret ses planches. Feuille après feuille, les dessins parviendront à s’évader de prison.

Zehra y couche sa détention. « Dans ce lieu, j’apprendrai à créer à partir du néant », écrit-elle. Elle retrace la violence réservée aux prisonniers kurdes depuis les années 1980, la légende de la prison n° 5 de Diyarbakir : les sévices humiliants, les tortures mortelles, l’injection de déjections, l’hymne national imposé si l’on veut survivre, les grèves de la faim. Son dessin noir et blanc est réaliste, frontal, sans pudeur. Le sang rouge est la seule couleur. La cruauté et la résistance rappellent d’autres combats de prisonniers politiques.

Mais l’histoire kurde se conjugue aussi au féminin. Zehra raconte les premiers bataillons autonomes de femmes. Leur lutte avant leur reconnaissance au sein même de l’armée kurde. Et la sororité qui perdure dans ces prisons réservées aux femmes, où l’on transmet la mémoire des luttes, où l’on fabrique les jouets de chiffons des 800 enfants qui grandissent encore entre les barbelés. Où on s’apaise, tête sur les genoux accueillants des « mères de la Paix » écrouées.

Libérée, Zehra Dogan a rejoint l’Europe. Un jour de 2020, elle a croisé la route de Jacques Tardi et Dominique Grange. Grâce à eux aussi, ces dessins témoins sont devenus livre. Merci.

Naz Öke et Zehra Dogan, à la fête de l'Humanité 2022, village du livre, 10 septembre 2022 (photo Ismaël Dupont)

Naz Öke et Zehra Dogan, à la fête de l'Humanité 2022, village du livre, 10 septembre 2022 (photo Ismaël Dupont)

Zehra Doğan - Prison n°5/ Nous aurons aussi de beaux jours, Ecrits de prison - Une immense artiste raconte son incarcération et le combat des Kurdes pour la dignité et la liberté
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4 septembre 2022 7 04 /09 /septembre /2022 15:39
Marivo, la vie de résistance de Marie-Claude Vaillant Couturier, par Gérard Streiff - un livre à lire!
Marivo, la vie de résistance de Marie-Claude Vaillant Couturier, par Gérard Streiff - un livre à lire!
Marivo, la vie de résistance de Marie-Claude Vaillant Couturier, par Gérard Streiff - un livre à lire!

Elle est la nièce des créateurs de Babar, la fille d'un patron de presse célèbre, la petite-fille d'un protestant marxiste et guesdiste... 

Elle part découvrir l'Allemagne au plus noir de la crise de 29.

Jeune photo-reporter dans le magazine de son père, "Vu", elle croise les plus grands noms de la photo de l'époque: André Kertesz, Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, Man Ray, Gerda Taro. 

En 1933, elle débute une liaison amoureuse avec le directeur de l'Humanité et maire de Villejuif, Paul Vaillant-Couturier, un des principaux dirigeants et intellectuels du Parti communiste et qui a l'âge de son père dont il est un des amis. Seule la mort brutale de Paul, à l'automne 1937, les séparera, quelques jours après leur mariage.

Elle est la première journaliste à photographier des camps de concentration nazis à l'occasion d'un reportage en immersion et clandestin en Allemagne en 1934. Ses photos de Dachau et d'Oranienburg feront date.

Juste après ses rencontres avec les opposants et résistants communistes aux Nazis en Allemagne, elle qui est née dans une famille très bourgeoise, quoique progressiste, prend sa carte au Parti communiste, sans en avertir Paul Vaillant-Couturier.

Comme journaliste, elle couvre la guerre civile espagnole sur le terrain.

Au début de la seconde guerre mondiale, alors que le PCF est interdit et ses militants traqués, elle tombe amoureuse de Pierre Villon, militant communiste d'origine juive alsacienne, qui deviendra un des chefs de la résistance et des dirigeants du CNR.  

A l'hiver 1942, elle est arrêtée pour résistance et activité communiste. Elle communique de manière codée dans sa prison de la Conciergerie avec sa voisine, la bretonne Marie-José Chombart de Lauwe, jeune résistante de la première heure.

Transférée à Romainville, elle est déportée avec 230 femmes dont Charlotte Delbo, Daniele Casanova, Maï Politzer, Hélène Solomon-Langevin, dans le convoi du 24 janvier 1943: une cinquantaine de ces résistantes seulement survivra au camp.

Elle ne sera libérée qu'en avril 1945, résistant à deux ans d'enfer concentrationnaire, grâce à son courage, à son sens de la dignité, et aussi sans doute à la solidarité des camarades et à sa connaissance de la langue allemande qui lui a permis de travailler au Revier, la "pseudo" infirmerie de son camp à Auschwitz.

Mais c'est le 28 janvier 1946, que Marie-Claude Vaillant- Couturier est "vraiment" entrée dans l'histoire et qu'elle a marqué le monde et la postérité quand, à la 44e journée du procès de Nuremberg qui juge les dirigeants nazis pour crimes contre l'Humanité, génocide, elle a plongé calmement ses yeux dans ceux des chefs bourreaux en col blanc - Hermann Göring, Rudolf Hess, et une vingtaine d'autres dirigeants - et que cette grande et belle femme, rescapée de plusieurs mois d'enfer à Auschwitz et à Ravensbrück, s'est fait la porte-parole des camarades de déportation broyées par la machine d'extermination et de déshumanisation nazie, parlant des expériences médicales, des chambres à gaz, de l'extermination systématique des déportés juifs, des exécutions sommaires, des mauvais traitements systématiques. 

  Dès octobre 1945, elle est devenue députée communiste, et elle restera parlementaire jusqu'en 1973, s'engageant dans les luttes pour les droits des femmes, la Paix, la décolonisation, le désarmement nucléaire, tout en travaillant pour la permanence de la mémoire de la Déportation et de ses victimes dans un esprit de fraternité et de sororité avec les anciennes résistantes et déportées issues d'autres familles politiques comme Geneviève de Gaulle Anthonioz, Germaine Tillion ou Marie-Jo Chombard de Lauwe.

Cette émouvante biographie de Gérard Streiff, rondement menée et très bien écrite, nous narre en 135 pages, avec des recontextualisations et des anecdotes passionnantes, la vie étonnante et d'une richesse incroyable de Marie-Claude Vaillant Couturier, cette grande dame qui fut jusqu'à la fin de sa vie notre camarade, décédée en 1996 à 84 ans. Présidente de la Fondation pour la mémoire de la déportation, témoin au procès de Klaus Barbie, elle laisse un héritage d'humanisme, de générosité humaine, et de combat contre les injustices et les inégalités immense.

Gérard Streiff nous rapproche de cette militante et femme hors du commun.

Son livre, avec une belle préface de Charles Fiterman, se dévore: il a été publié l'an passé, en 2021, aux éditions Ampelos, et peut se trouver au prix modique de 10 euros. 

A recommander pour tous les passionnés d'histoire!

Ismaël Dupont, le 4 septembre 2022

 

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