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17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 06:08
Elus et usagers se mobilisent contre la casse du service public postal, comme ici à Rennes, en septembre dernier. Photo Thierry Pasquet/Signatures

Elus et usagers se mobilisent contre la casse du service public postal, comme ici à Rennes, en septembre dernier. Photo Thierry Pasquet/Signatures

Métier par métier, les raisons de la colère à La Poste
Services publics
CÉCILE ROUSSEAU
JEUDI, 8 DÉCEMBRE, 2016
L'HUMANITÉ

Pendant que la direction fait mine de lâcher quelques miettes dans le cadre des négociations nationales sur les conditions de travail des facteurs, avec notamment l’embauche de 500 CDI, sur le terrain, les réorganisations continuent de plus belle. « Ces négociations ne répondent pas du tout à l’urgence sociale, ni au degré de souffrance des agents », constate Valérie Mannevy, du bureau national de la Fapt-CGT, rappelant au passage les salaires bas des agents. « On n’arrête pas de leur répéter que le trafic du courrier baisse alors qu’ils ont de plus en plus de boulot, tout cela est très compliqué à gérer. »

Après plus de dix ans de réorganisations intenses, près de 100 000 emplois passés à la trappe dont 7 300 rien qu’en 2015, une mutation de l’entreprise désormais axée sur la rentabilité avec la mise en avant du colis et des activités postales souvent au détriment des missions de service public, « les agents sont essorés, tranche Eddy Talbot, de SUD PTT. Mais on voit que la lutte paie quand l’unité syndicale est la plus large possible. Les postiers sur la plateforme industrielle de courrier (PIC) de Wissous (Essonne) qui s’était mise en grève massivement le 15 novembre ont obtenu vingt embauches en CDI ». En réaction à ces restructurations généralisées, les résistances locales essaiment dans la société anonyme à capitaux publics. Sans que La Poste ne semble prendre l’ampleur du problème. Comme le souligne Luc Girodin, secrétaire général de l’Unsa, « lors de la première séance de discussions, on nous avait dit que s’ouvriraient des discussions sur le réseau, on attend toujours ». En cette journée de grève, tour d’horizon des raisons de la colère.

1 Les facteurs refusent le jeu de chaises musicales

Les propositions nationales sur les conditions de travail des facteurs ont fait l’effet d’une bombe au centre de distribution de courrier de Routot (Eure). Dans la ville de 1 400 âmes, au cœur d’un parc naturel, les tentatives de convertir les facteurs en bouche-trou passent particulièrement mal. Laurence Branchu, factrice et représentante CGT au CHSCT, est remontée. « Ils se foutent de nous. Les facteurs d’équipes perdraient leurs tournées. Ils veulent aussi proposer aux facteurs “qualité” (animateur d’une équipe de facteurs – NDLR) de tourner dans d’autres établissements de La Poste. Tout le monde va être rétrogradé dans son métier. »

Alors que le secteur géographique est en pleine expansion, avec des créations de rues, les deux suppressions de postes viennent encore alourdir la charge des facteurs. « Le CHSCT se pourvoit jusqu’en cassation car La Poste a été incapable de nous fournir les données de calcul des tournées justifiant ces suppressions d’emplois. En dix ans, nous avons perdu cinq emplois. Mais les accidents de la route ont aussi augmenté tout comme les arrêts maladie. Cela fait trente ans que je travaille à La Poste, je constate que nous n’avons plus de temps mort, on est tout le temps en train de courir. » Même si la grève d’aujourd’hui tombe en plein dans la période de vente des calendriers, les facteurs normands sont bien décidés à laisser leur vélo au dépôt.

2 Les centres financiers en souffrance éthique

À Nantes (Loire-Atlantique), le ras-le-bol des chargés de clientèle atteint des sommets. Sans hésiter, un certain nombre d’entre eux ont prévu de se mettre en grève. En ligne de mire, Excello, le plan stratégique qui vise à spécialiser l’activité des centres financiers, gestionnaires des comptes de La Banque postale. 25 % des effectifs doivent disparaître d’ici à 2017, soit 3 500 emplois en moins par an dans le pays. En Loire-Atlantique, où la structure est axée dans le risque client (les découverts, le recouvrement...), l’hémorragie est bien avancée. Les effectifs ont fondu de 1 200 en 2011 à 850 aujourd’hui. Et le jeu de chaises musicales entre services bat son plein. Marie Pagès, secrétaire de la CGT du site, en fait partie : « Je viens de passer au service de recouvrement amiable. À chaque changement de poste, il faut tout réapprendre. Il y a aussi une mise à mal de notre travail, on nous incite à bâcler les choses. »

Cerise sur le gâteau, les agents ont dû affronter une nouvelle classification des usagers de La Banque postale visant à stigmatiser les plus modestes. « On a consigné par exemple de ne pas étudier tout de suite les demandes d’interdits bancaires. Cela marque une rupture dans nos missions. » Touchés dans leur fibre sociale, les postiers, en majorité fonctionnaires, vivent très mal cette transformation de leur métier. « C’est un conflit interne, soupire Marie Pagès, car ce sont des petites gens comme nous. »

3 Tour de vis salarial dans les bureaux de poste

Ce n’est pas l’envie qui manque à Victoire de se joindre à la journée d’action. Mais trop d’autocensure, de pression sur le dos, affirme-t-elle. Cette directrice d’agence bancaire dans l’Ouest parisien, syndiquée à l’Unsa, ne cessera pas le travail. « Mais je soutiens la mobilisation, il y a un vrai souci. Les guichetiers sont dans la même problématique de sous-emploi que les facteurs. Et les personnes en arrêt maladie ne sont pas remplacées. Je fais tout pour obtenir des effectifs, mais comme le service de ressources humaines qui gère les intérimaires est mutualisé entre tous les bureaux, c’est compliqué d’obtenir des renforts. »

Ce manque de personnel chronique devient alors synonyme de perte de qualité pour les usagers. « Nous passons en “mode dégradé”, c’est-à-dire que nous ne faisons plus les opérations bancaires, nous disons aux clients souvent pauvres que nous avons des problèmes techniques. » Résultat, le face-à-face tourne parfois mal. « 50 % des arrêts maladie sont liés aux relations clients. Il y a une vraie souffrance psychologique. Mais nous n’avons toujours aucune étude d’impact sur les risques psychosociaux (RPS). En ce qui concerne l’encadrement, nous sommes dans des injonctions paradoxales, on doit faire tenir la boutique, mais sans moyens. » Prise entre le marteau et l’enclume, Victoire concède être épuisée : « Je n’ai pas toujours les réactions adaptées, je suis aussi sur le fil du rasoir. »

4 Les forçats des plateformes industrielles de courrier à l’étroit

À Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), les volcans endormis pourraient bien se réveiller au son des machines. Dans la plateforme industrielle de courrier (PIC) de la capitale auvergnate, les engins chargés du tri des plis s’accumulent dangereusement. « On se récupère plein de petites machines s’occupant du tri général (tri de la tournée du facteur – NDLR). Nous allons nous retrouver très à l’étroit, s’inquiète Éric Bessière, élu SUD PTT au CHSCT. On nous rapatrie du boulot, en déshabillant Pierre pour habiller Jacques. » Une tendance qui s’inscrit pleinement dans le plan stratégique « Horizon 2020 », lequel préconise de fermer un maximum de plateformes de distribution de courrier pour regrouper tout le tri dans un même endroit.

« Jusqu’ici, nous n’étions pas les pires au niveau des conditions de travail, mais c’est en train de se dégrader », observe-t-il. La création d’une direction nationale chargée de chapeauter la trentaine de PIC du pays, début 2017, n’est pas pour rassurer les 300 agents auvergnats. « On va nous imposer des ordres sans connaître les réalités locales », craint le syndicaliste, mobilisé comme ses collègues aux quatre coins du pays.

 

De nouvelles propositions sur la table pour les facteurs

À la veille de la journée d’action, La Poste, qui rencontrait ces derniers jours les syndicats en réunions bilatérales, a dégainé in extremis de nouvelles propositions pour son projet d’accord sur les conditions de travail des postiers. « Assurant avoir pris en compte les nombreuses demandes exprimées lors de la réunion du 21 novembre », la direction met en avant le recrutement immédiat de 500 facteurs en CDI d’ici fin 2016. Une annonce jugée très insuffisante pour les syndicats. Pour Valérie Mannevy de la CGT, « 500 CDI, c’est dérisoire à l’échelle du territoire ; il n’y a rien de concret sur les outils, ni sur les cadences et les normes. Préserver la santé au travail, c’est pourtant une obligation de l’employeur ». Pour SUD PTT, ces annonces sont une « plaisanterie » et un « contre-feu de plus » à la veille d’un mouvement social.

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17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 06:00
Les intox de Manuel Valls sur Clémentine Autain et les Frères musulmans

 

L’ancien premier ministre et candidat à la primaire de la gauche a accusé la conseillère régionale, figure de la gauche radicale, de « passer des accords avec les Frères musulmans ». Ce qui est faux.

 

Ce n’est pas nouveau, Manuel Valls n’apprécie guère Clémentine Autain. L’élue régionale et figure de la gauche de la gauche est souvent accusée par le PS d’être « islamo-gauchiste », un terme visant une gauche accusée de se compromettre avec les islamistes.

 

Mais M. Valls a franchi un nouveau pallier, jeudi 15 décembre sur France Inter, en accusant Mme Autain de « passer des accords avec les Frères musulmans », groupe islamiste actif notamment en Egypte, mais aussi très prosélyte, duquel est proche le théologien Tariq Ramadan, et qui est également lié, en France, à l’Union des organisations islamistes (UOIF).

 

Une polémique ancienne

Rien de concret ne permet d’affirmer que Clémentine Autain aurait passé « des accords » avec les Frères musulmans. D’autant plus que Manuel Valls ne précise pas en quoi ils consisteraient.

Ses propos renvoient à une polémique plus ancienne : Le Figaro avait publié fin 2015 un article évoquant le fait que le parti de Mme Autain, « Ensemble » , avait mentionné, sur son site, un meeting à Saint-Denis (93), où intervenait Tariq Ramadan.

Cette dernière ne s’était pas rendue au meeting, et avait répondu dans une tribune au « Plus » de L’Obs, dénonçant un « procès d’intention injuste » et rappelant ses positions, notamment sur la laïcité et la cause des femmes :

« S’il est besoin de le rappeler, je confirme que je suis opposée à Tariq Ramadan sur cette question majeure de l’égalité entre les sexes et les sexualités. Je ne tergiverse pas, je m’oppose. »

Une attaque récurrente

Attaquée à nouveau sur le même thème des compromissions avec l’islam radical, mais cette fois par Jean-Marie Le Guen, alors secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement, Mme Autain publiera une nouvelle tribune en avril, dans Le Monde, pour démentir ces accusations une nouvelle fois :

« Que signifie islamo-gauchiste ? Jamais je n’ai défendu le différentialisme culturel”, je suis profondément universaliste et laïque mais je défends la mixité culturelle, comme une richesse. »

Le 22 mai, Manuel Valls revient à la charge, évoquant sur Radio J « ces ambiguïtés, avec Les Indigènes de la République, les discussions avec Madame Clémentine Autain et Tariq Ramadan, ambiguïtés entretenues qui forment le terreau de la violence et de la radicalisation ».

Mme Autain se défend une nouvelle fois devant ces accusations, assurant sur France Info : « Je n’ai jamais de ma vie rencontré Tariq Ramadan, je ne le connais pas ».

Amalgames

La polémique ne s’éteindra pas pour autant, « Ensemble » étant ciblé pour, par exemple, figurer sur la même liste de signataires d’un appel « islamophobie et xénophobie à l’heure de la présidentielle » que M. Ramadan.

Comme d’autres organisations de gauche radicale, de Attac au Nouveau parti anticapitaliste, Ensemble participe à divers évènements autour des questions de banlieue, de racisme ou d’islamophobie. Le parti figure ainsi, lors d’un rassemblement à Saint-Denis le 23 novembre dernier, aux côtés d’organisations comme le parti des indigènes de la République (PIR), ou le comité contre l’islamophobie en France (CCIF) dont le fondateur, Marwan Muhammad, est lui aussi accusé de proximité avec les Frères musulmans.

Ce sont ces proximités que veut sans doute évoquer l’ex premier ministre . Pour autant, les mots ont un sens : il y a loin entre se retrouver signataire d’une même pétition (et encore n’est-ce pas Mme Autain en personne qui la signe) et conclure des « accords » politiques ou des alliances partisanes.

Or aucun élément tangible ne permet d’attester de l’existence d’un « accord » entre Mme Autain et M. Ramadan. L’élue régionale dément connaître M. Ramadan, n’a pas participé à un meeting avec lui et la phrase de M. Valls, sauf à se baser sur des éléments qui n’ont pas été portés à l’attention du public, a tout de la caricature.

Interogée par Le Monde suite à cette nouvelle sortie du candidat à la primaire, Mme Autain s’est dite jeudi 15 décembre « stupéfaite par l’obsession de Manuel Valls à proférer des mensonges à mon sujet qui vise à disqualifier ma famille politique. Il sait très bien que je n’ai jamais rencontré Tariq Ramadan. Je l’ai dit et répété suite à ses propos erronés. Je ne vois pas comment il peut prétendre réconcilier les deux gauches par ces méthodes. » Questionée pour savoir si elle porterait plainte, ce qu’elle avait menacé de faire lors des dernières passes d’armes avec l’ex-premier minstre, Mme Autain a répondu : « Sans doute. »


Samuel Laurent, Le Monde

Les intox de Manuel Valls sur Clémentine Autain et les Frères musulmans
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/12/16/les-intox-de-manuel-valls-sur-clementine-autain-et-les-freres-musulmans_5050174_4355770.html

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 17:45
"A l'est de Damas, au bout du monde" - Flammarion/ Don Quichotte éditions, 2016 - 18€.

"A l'est de Damas, au bout du monde" - Flammarion/ Don Quichotte éditions, 2016 - 18€.

Encore un livre bouleversant et si terriblement éclairant sur la Syrie, la force de résistance et la dignité de son peuple, l'horreur de la volonté d'anéantissement des populations rebelles et hostiles à sa dictature sanguinaire par les forces du régime de Bachar-al-Assad, les tortures contre les prisonniers du régime animalisés par leurs geôliers, la volonté d'affamer les villes et villages rebelles de la Ghouta, les obus à répétition, les gaz chimiques.

Il faut lire "A l'est de Damas, au bout du monde" (Témoignage d'un révolutionnaire syrien) écrit par Majd al-Dik avec l'aide de Nathalie Bontemps.

Dans la Ghouta orientale où Majd al-Dik, est né et a grandi, sa famille est tout entière accaparée par sa survie.

La Syrie défavorisée où il voit le jour supporte, depuis le coup d'Etat de 1970, la politique autoritaire, faite de marginalisation sociale, de répression et de terreur, que mène la dynastie Assad contre sa population.

Participant aux protestations dès le premier jour en mars 2011, Majd al-Dik raconte les marches pacifiques avec ses compagnons de lutte, et leurs aspirations démocratiques, qui se heurtent vite à la violence inouïe du régime.

C'est à sa sortie de prison, à l'automne 2011, que Majd est témoin des débuts de la lutte armée, et qu'il s'engage dans les aides médicales. En 2013, sa Ghouta natale délivrée par les forces révolutionnaires subit un terrible siège : bombardements quotidiens, malnutrition, situation médicale dramatique, essor du commerce de guerre...

Il se lance néanmoins dans l'action civile en créant des centres d'enseignement alternatif pour la petite enfance et en documentant les crimes du régime, notamment l'attaque chimique du 21 août 2013. Alors que les rapports entre les différentes factions d'opposition se modifient et que de plus en plus de combattants rejoignent les formations religieuses, financées par l'extérieur, qui disposent d'armes, l'Armée libre s'affaiblit. Pourtant, la société civile (médecins, enseignants, humanitaires, citoyens journalistes) continue à assurer de son mieux la permanence de la vie.

Majd-al-Dik, 23 ans, a été arrêté par les forces de sécurité de Bachar à l'occasion d'une manifestation anti-régime à Douma (il les filmait pour témoigner sur Facebook) à l'automne 2011. Il passe 37 jours en prison, où il est torturé quotidiennement, avant d'être relâché. Il retrouve sa petite amie, alaouite, à Damas, mais ne se sent pas en sécurité dans les quartiers tenus par le régime et décide d'aller ouvrir un centre pour l'éducation et la sauvegarde des enfants dans la Ghouta, tenu à bout de bras pendant 2 ans avec des moyens de fortune, et dans l'horreur des ratissages et des bombardements, des enfants affamés, gazés, devenant orphelins les uns après les autres. Ce témoignage modeste d'un jeune homme venant d'un milieu très populaire, forcé à travailler très jeune, mais qui grâce à son intelligence, sa volonté et son ouverture d'esprit a su conquérir des études de droit juste avant la guerre, puis s'est formé à la psychologie et à la pédagogie dans des équipes humanitaires, est une leçon de vie et d'héroïsme, une nouvelle preuve que réduire les révolutionnaires syriens à des bandes d'islamistes sectaires téléguidés de l'étranger est un discours de disqualification mensonger qui dissimule avec beaucoup de mauvaise foi au nom du péril islamiste la réalité des atrocités et des crimes contre l'Humanité commis par Bachar-al-Assad et ses séides avec la complicité d'une minorité de privilégiés, de fonctionnaires, de membres de l'appareil répressif d'Etat, de minorités qui soutiennent le régime.     

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 16:29
Yonathan Shapira

Yonathan Shapira

INTERVIEW – Yonatan Shapira : « La lutte est désormais pour l’égalité des droits de tous »
#OccupationPalestine

Yonatan Shapira, refuznik et activiste de la paix israélien, a parlé à Middle East Eye de son cheminement personnel, de l’activisme pro-palestinien et des perspectives de paix en Palestine

Yonatan Shapira est un « refuznik » israélien, un de celles et ceux qui refusent ouvertement de servir l’armée israélienne dans les territoires palestiniens occupés. En 2003, il publiait avec 26 autres pilotes de l’armée une lettre ouverte dénonçant les attaques « illégales et immorales que l’État d’Israël effectue dans les territoires palestiniens ».

Depuis, l’ancien capitaine de l’armée de l’air, membre de l’élite militaire, fils d’un pilote de la guerre de 1973 et petit-fils de victimes du génocide juif est devenu un activiste de la paix.

Indigné par le sort de Gaza, il tentera, avec d’autres, de pénétrer par trois fois dans l’enclave palestinienne par voie maritime, avec une simple cargaison de jouets et de fournitures scolaires. En 2010, à bord de L’Irène violemment arraisonnée par l’armée israélienne à 20 milles de Gaza, il sera touché par trois tirs de taser par ses ex-camarades de l’armée.

Depuis, il milite au sein du mouvement Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS).

Refuznik très actif, il est aussi l’un de ces « smolanim » ou gauchistes honnis par la droite et l’extrême-droite israéliennes.

MEE : Comment s’est fait votre cheminement politique et philosophique, de pilote dans l’armée israélienne à refuznik ?

Yonatan Shapira : J’ai grandi dans une base aérienne et je m’identifiais totalement avec Israël. J’adhérais à la narration sioniste qui pose que mon pays recherche la paix avec ses voisins et le monde, et souffre parce qu’il est entouré d’ennemis. C’est là typiquement le genre de narration selon laquelle les enfants de ce pays sont élevés.

J’ai simplement cessé de me soucier des miens seulement, et me suis préoccupé de tout le monde. J’ai cessé de m’inscrire uniquement dans une ethnie, une tribu, une religion ou une couleur. C’est un changement de perspective qui modifie tout. Toutes ces valeurs humanistes dans lesquelles j’ai grandi, je les ai appliquées à tous. Mais cela est un changement intenable pour ceux qui sont encore enfermés dans leur point de vue raciste.

Je dis souvent que parmi les morts ce jour-là, il y eut aussi le garçon naïf et sioniste que j’étais

Je me suis toujours senti partie prenante de mon pays, c’est une part évidente de mon identité. Lorsque j’ai commencé à interroger la question du Bien ou du Mal qui était fait en mon nom, il a été plus facile de se sentir suffisamment confiant pour parler ouvertement. Quand bien même on me traitait de « traître » ou qu’on m’accusait de faire du mal à ce pays. Bien sûr, en devenant activiste, j’ai vu que mes paroles et actions pouvaient rendre les gens fous. Ainsi, quand j’ai taggué sur le mur du ghetto de Varsovie un graffiti « Libérez tous les ghettos, libérez Gaza », en Israël, les réactions ont été vives. Les gens ne comprenaient pas comment un ex-capitaine de l’armée de l’air pouvait comparer Gaza à un ghetto. Pour moi cela semblait pourtant évident.

MEE : Après quel événement avez-vous écrit la lettre des pilotes de 2003 qui appelle à refuser les missions « immorales » sur Gaza ?

YS : Il y a eu plusieurs événements mais ce fut spécifiquement les assassinats de combattants palestiniens par l’armée de l’air israélienne. Et de tous les civils autour d’eux. La lettre a succédé à la fameuse attaque contre un leader de la branche armée du Hamas [Salah Shehadeh, l'un des chefs présumés des Brigades Izz al-Din al-Qassam], le 22 juillet 2002. Une bombe d’une tonne fut larguée sur la maison de ce leader, causant la mort de quinze personnes, dont neuf enfants. Je dis souvent que parmi les morts ce jour-là, il y eut aussi le garçon naïf et sioniste que j’étais. Si je n’ai piloté que des engins de secours et n’ai jamais pris part à ce genre d’action, j’ai eu l’impression que ces actions de bombardements avaient été faites en mon nom.

MEE : Comment fut reçue cette lettre ?

YS : Nous étions, les vingt-six autres pilotes et moi, submergés par cette attaque. Douze ans plus tard, il y eut le massacre de Gaza [l’assaut israélien de 2014 qui a fait plus de 1 500 morts côté palestinien, 6 côté israélien]. En juillet 2002, l’armée israélienne lançait une bombe d’une tonne sur Gaza pour tuer Salah Shehadeh. Exactement à la même date, 12 ans plus tard, en 2014, l’armée israélienne a déversé 100 bombes d’une tonne dans la partie sud de Gaza, tuant encore plus de gens.  

La situation devient toujours plus extrême, la dévastation causée [en 2014] par l’IDF [l’armée israélienne] rend ce qui s’est passé en 2002 presque insignifiant. À chaque attaque, c’est plus fou, avec plus d’enfants brûlés vivants, plus de gens tués.

Peu à peu, ils ont accepté les règles, s’identifiant avec le système. Maintenant, ce sont des meurtriers de masse

Après la publication de la lettre, les réactions furent très négatives dans l’establishment militaire. Mais nous avons aussi eu des soutiens surprenants de militaires. J’ai eu ainsi le soutien de mon commandant d’escadron. J’en fus surpris car cette lettre pouvait être considérée comme un acte de mutinerie. Cela montre la complexité des choses. D’autres pilotes ont exprimé leur soutien en privé mais ils précisaient qu’ils avaient trop peur des conséquences s’ils nous rejoignaient dans cet appel.

Je pourrais parler de ceux qui furent punis, mais il me semble intéressant de dire la complexité des choses. Ceux qui restent dans le système passent par un processus lent où ils finissent par accepter les choses. Beaucoup de pilotes qui étaient d’accord avec moi aimaient trop voler pour y renoncer. Peu à peu, ils ont accepté les règles, s’identifiant avec le système. Maintenant, ce sont des meurtriers de masse. Personne dans ce monde ne peut dire qu’il ne sera jamais fasciste du moment où il s’adapte et se trouve des excuses.

MEE : Vous parlez « d’objection grise », pouvez-vous explicitez cette notion ?

YS : C’est un phénomène général, pas seulement en Israël. Seule une minorité décide de s’exprimer ouvertement. Puis il y a ceux qui sont persuadés du bien-fondé du système. Et enfin il y a cette part floue de ceux qui sont mal à l’aise mais refusent de risquer leur stabilité sociale et trouvent des accommodements.

Il me semble que nous devons « coller » à ce que les Palestiniens veulent, à leur façon d’envisager leur lutte. Donc soutenir leur appel au mouvement BDS

En Israël, certains trouvent des excuses pour ne pas servir en Cisjordanie ou pour ne pas participer à des attaques qu’ils désapprouvent intérieurement. Je sais que certains pilotes admettent qu’ils évitent de participer à ces missions. Ils se font porter pâles et évitent ainsi d’interroger un système qui produit oppression et crimes. Ce système tolère cette « objection grise », il produit un « consentement industriel ». Cela n’aide en rien car alors d’autres exécutent ces missions.

MEE : En 2003, vous êtes devenu un refuznik. Vous avez dit « non ». À quoi dites-vous « oui » désormais ?

YS : J’ai dit non au fait d’être partie prenante de ces attaques, de cette occupation, de cette oppression. Mais nous avons décidé, avec mes camarades, de participer à la construction des solutions de réconciliation. J’ai cofondé en 2005 une ONG, Combatants for Peace, qui réunit d’anciens combattants palestiniens et israéliens œuvrant ensemble de façon non violente contre l’occupation. Je n’en fait plus partie désormais. En effet, cette ONG est devenue trop prudente, d’une certaine façon.

Il me semble que nous devons « coller » à ce que les Palestiniens veulent, à leur façon d’envisager leur lutte. Donc soutenir leur appel au mouvement BDS et ne pas avoir peur de dire des choses qui effraient l’opinion israélienne. Ce mouvement BDS est non violent. En tant qu’Israélien, je dois suivre ce que les Palestiniens disent, car c’est eux qui luttent contre l’oppression, ce n’est pas une lutte israélienne.

 

 

MEE : Comment inscrivez-vous votre action dans le refus de certains Palestiniens de toute normalisation avec les Israéliens, même activistes de la paix ?

YS : Nous ne sommes pas dans une situation où deux parties de force égale s’affrontent et souffrent également. Si certains palestiniens choisissent de ne pas travailler avec les activistes israéliens, je respecte ce choix. Je lutterai alors avec d’autres. Je comprends que certains Palestiniens soient frustrés par des années et des années de lutte avec le prétendu mouvement pour la paix israélien. Car ce mouvement a souvent échoué. Des gens qui auraient dû refuser de combattre ont accepté d’être réservistes et de participer à des attaques au lieu de manifester contre ces crimes.

BDS permet une clarification utile : si quelqu’un souhaite la fin de l’apartheid, de l’injustice, alors il doit soutenir les trois éléments de cet appel. Cela permet de dessiner une ligne nette entre ceux qui demeurent à l’intérieur de leur bon droit sioniste, de leur besoin d’être supérieurs sur cette terre, et ceux qui comprennent que si on veut vraiment la paix, elle doit être basée sur l’égalité.

MEE : À propos de BDS, que pensez-vous de la comparaison faite par le Français Bernard-Henri Levy qui a déclaré que c’était un mouvement d’inspiration « nazie » ?

YS : J’ai débattu avec lui, il y a douze ans de cela. Je lui ai expliqué ce que mes collègues pilotes et moi devions faire lors de nos missions. Il a facilement rejeté toutes ces horreurs d’enfants palestiniens brûlés vivants et m’a raconté combien était excitante l’expérience d’un membre de sa famille dans un kibboutz... Certaines personnes peuvent écrire, réfléchir de façon élaborée, mais leur cœur fonctionne mal en dehors de leur cercle ethnique ; ils voient toujours le monde à travers la peur d’un monde post-holocaustique.

C’est triste de voir comment des gens censément intelligents se mettent au service d’une machine oppressive

Un autre intellectuel israélien, Asa Kacher, souffre de cette même cécité. C’est un philosophe reconnu, qui a réécrit le code éthique de l’armée israélienne, c’est-à-dire au final comment oppresser des milliers de personnes dans les check-points, mais en le faisant de façon « éthique ». J’ai aussi débattu avec lui et c’est triste de voir comment des gens censément intelligents se mettent au service d’une machine oppressive. Dans l’histoire humaine, ce n’est pas nouveau que des intellectuels, écrivains, artistes choisissent de rallier les oppresseurs.

MEE : Vous donnez régulièrement des conférences aux États-Unis ; pensez-vous que les juifs américains puissent faire pression sur Israël dans la recherche de la paix ?

YS : Un changement important s’opère aux États-Unis, changement qui peut avoir son importance en Israël. Quand j’ai commencé ces conférences, une organisation comme Jewish Voice For Peace avait seulement cinq à sept ramifications. Elles sont désormais quarante. De plus en plus de juifs américains font partie de groupes de solidarité avec les Palestiniens.

Nous n’attendons pas que les leaders mondiaux lancent une initiative comme une grande conférence pour la paix. Nous n’attendons pas que quelqu’un vienne et coupe soudainement le tuyau du soutien militaire et diplomatique à l’apartheid israélien. Nous misons sur un processus qui part de la société civile. Notre espoir est de créer des pressions civiles.

MEE : Certains partis politiques israéliens appellent désormais ouvertement à une annexion pure et simple des colonies en Cisjordanie. L’hypothèse de deux États est-elle encore viable ?

YS : La solution de deux États est déjà morte. Le gouvernement fasciste israélien déclare une chose puis une autre. Nous pensons que la lutte est désormais pour l’égalité des droits de tous et un État pour tous ses citoyens. L'idée qu'il y aurait une différence entre la destruction des villages palestiniens en 1948 et ce qui s’est passé après 1967 en Cisjordanie est idiote. Ce sont les mêmes méthodes et les mêmes procédures employées alors et maintenant. Nous vivons tous ici, et si nous voulons une solution, il faudra reconnaître les crimes qui ont été commis.

MEE : Vous avez déclaré qu’Israël vivait « enfermé dans sa propre bulle », pourquoi ce constat ?

YS : Pour comprendre cela, il faut que chacun s’interroge sur sa propre société. Prendre simplement les problèmes dans son pays et observer comment les gens réagissent. Nous vivons à l'ère des médias de masse, et la façon dont ils dépeignent les choses est faite de telle manière que cela ne bouleverse pas trop nos propres points de vue. Mais en Israël, tout est plus exacerbé car il n'y a pas de distance physique avec la souffrance qui est si proche. Je suis sur une plage à Tel Aviv, avec les touristes, les lumières douces de la ville. Mais il ne me faudrait pas plus de 30 minutes pour me rendre dans un petit village palestinien lourdement opprimé, où les soldats peuvent entrer dans les maisons la nuit et kidnapper votre enfant, l’interroger pendant des heures sans avocat dans certains camps des services secrets, et sans savoir quand il reviendra.

MEE : Une série de lois israéliennes entend criminaliser l’utilisation même du mot « Nakba », la catastrophe palestinienne de 1948, et interroge le financement des ONG qui œuvrent pour la défense des Palestiniens ou la dénonciation des agissements de l’armée… Qu’en pensez-vous ?

YS : Le gouvernement israélien actuel est le plus à droite que nous n’ayons jamais eu dans ce pays. Le racisme et l’ethnocentrisme est quelque chose qu’il tente généralement de masquer derrière d’autres valeurs. Mais désormais, les choses apparaissent plus clairement. Auparavant, le système sioniste masquait son véritable agenda avec des messages plus cosmétiques. C’est comme si nous vivions dans une maison aux murs couverts de papiers fleuris chatoyants, mais que derrière, le mur était totalement pourri en raison des contradictions, crimes, dénis. Mais à présent, en raison de la façon dont ce gouvernement agit, le papier peint tombe. Les murs rongés sont alors apparents et nous voyons aussi les fondements de la maison.

La solution de deux États est déjà morte. [...] Nous pensons que la lutte est désormais pour l’égalité des droits de tous et un État pour tous ses citoyens

Désormais, le processus de fascisation se poursuit et continuera en réaction aussi aux condamnations de la communauté internationale devant les actions d'Israël. Cependant, il me semble que, parfois, il est facile pour les gens d'être engagés dans la question palestinienne et d'oublier les problèmes de leur propre pays. Je choisis les mots les plus extrêmes quand je parle de mon pays et des choses qui se font ici, mais je voudrais lutter avec la même passion avec ces gens contre les crimes de leur propre gouvernement, les crimes qui se passent en leur nom dans leur pays. Il est parfois plus facile de devenir un militant de la question israélo-palestinienne et d'oublier ce qui se passe dans son propre pays. J’insiste sur ce point.

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 16:24
Mahmoud al Weesi, palestinien d’Israël, journaliste et aujourd’hui coordinateur de la communication du comité des libertés « Lajnat al horiya » à Nazareth

Mahmoud al Weesi, palestinien d’Israël, journaliste et aujourd’hui coordinateur de la communication du comité des libertés « Lajnat al horiya » à Nazareth

Palestiniens d’Israël, des détenus à part
14 décembre 2016 - Témoignage - Prison Insider

Mahmoud al Weesi, palestinien d’Israël, journaliste et aujourd’hui coordinateur de la communication du comité des libertés « Lajnat al horiya » à Nazareth, a été arrêté à l’âge de 18 ans et a passé 7 années en prison. Il dénonce les conditions d’arrestation et de détention des Palestiniens incarcérés dans les prisons israéliennes.

 

PRISON INSIDER. Vous êtes citoyen israélien – palestinien israélien – et avez passé 7 années en prison. Quels étaient les motifs de votre détention ? 

MAHMOUD AL WEESI À 18 ans, j’ai été arrêté et accusé d’être membre d’une organisation terroriste et de l’avoir fréquentée depuis l’âge de 14 ans. Or, je n’étais membre d’aucune organisation. J’étais juste un enfant qui voulait savoir ce qui se passait autour de lui. En 2005, je voulais étudier la médecine en Roumanie. Pendant six mois, je suis parti là-bas pour apprendre la langue et c’est à mon retour que j’ai été arrêté.

Pouvez-vous décrire les conditions de votre arrestation ?

J’étais en voiture quand soudain des gens, habillés en civil, ont bloqué mon véhicule et m’en ont sorti en me tirant par le cou et les oreilles. Ils m’ont tabassé. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une affaire de voyous… Mais c’était la police. Personne ne m’a informé des motifs de mon arrestation. Ces policiers m’ont embarqué dans leur véhicule puis conduit, en dehors de la ville, dans un lieu isolé, une sorte de hangar sans fenêtre. Ce n’était ni un commissariat ni un bureau de police. Pendant plus de douze heures, ils m’ont battu et questionné en me hurlant dessus. Après ce « kidnapping », j’ai été conduit dans un centre spécial où on m’a forcé, par les coups, à signer une déclaration affirmant que je n’avais pas été frappé ni brusqué pendant mon arrestation. Je suis resté dans ce centre d’interrogatoire environ trente jours. Durant les interrogatoires et cette soi-disant enquête, mes bourreaux ont pratiqué sur moi toutes sortes de tortures physiques et psychologiques.
Les interrogatoires pouvaient durer plus de 30 heures d’affilées.

J’étais assis sur une chaise avec les mains entravées dans le dos et reliées aux chevilles par une corde. Une position très douloureuse. Un énorme climatiseur diffusait de l’air très froid directement sur mon visage. On m’a aussi affamé. Quand l’interrogatoire était terminé, on m’enfermait dans une pièce totalement noire. Je suis resté dans cette pièce aveugle pratiquement 30 jours, on m’en sortait régulièrement pour d’autres interrogatoires musclés.

Certains sont restés enfermés dans cette pièce, où il est impossible de distinguer le jour et la nuit, durant plus de trois mois… Pour aller aux toilettes, je devais demander à un gardien qu’il m’y conduise. Je ne pouvais pas y rester plus de 60 secondes, pas une de plus, sinon le gardien ouvrait la porte pour m’en sortir.
A l’appui de ses propos, M. Mahmoud al Weesi montre la vidéo diffusée sur Internet de l’interrogatoire de Ahmed Manassa, un jeune garçon de 13 ans.

Avez-vous demandé l’assistance d’un avocat ?

Selon la loi israélienne, les enquêteurs ont le droit de vous empêcher de voir un avocat pendant 21 jours. Pendant cette période, ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent. C’est seulement après ces 21 jours de mauvais traitements que j’ai pu rencontrer un avocat. Quant à ma famille, elle a été prévenue de mon arrestation une semaine après les faits. Je n’ai pu la voir que quelques minutes.

Quelle était la nature de votre détention, était-ce une détention administrative ?

Non, ce n’était pas une détention administrative, c’était une détention irrégulière. Ils m’accusaient et disaient qu’ils avaient des preuves de ma culpabilité, mais ils n’en avaient aucune. Mon avocat m’a dit qu’ils voulaient me condamner à 10 ans de prison. Il a négocié avec eux et ils m’ont proposé 7 ans… j’ai accepté. Mais il y a des prisonniers qui ne passent pas par le tribunal, ils sont en détention administrative et rien n’atteste qu’ils sont détenus puisqu’il n’y a pas eu de procès. Dans le cadre de la détention administrative, l’avocat du détenu n’a pas accès aux pièces du dossier car ces informations sont prétendues secrètes et réservées aux enquêteurs.

Avez-vous eu accès à des soins de santé pendant votre détention ?

En prison, il n’y a pas de soins de santé ! Izmir Chaddate était prisonnier depuis dix ans, il souffrait de maux d’estomac et demandait sans cesse à voir un docteur. En réponse, on lui donnait du paracétamol qui ne le soulageait pas. Au bout de deux ans, il a enfin pu passer des examens qui ont révélé qu’il avait un cancer. Pendant deux années, il a pris du paracétamol alors qu’il avait un cancer… Après le diagnostic, il n’a pas été soigné pour autant et son cancer s’est généralisé. Il est aujourd’hui dans une situation très critique.

Quand j’étais détenu, une centaine de prisonniers a entamé une grève de la faim pour demander l’application de leurs droits : que leurs familles puissent les visiter, qu’ils aient une nourriture suffisante, qu’ils soient traités avec dignité…

L’unité spéciale Masada, chargée d’intervenir à l’intérieur des prisons pour punir les prisonniers, par la répression, est entrée en action. Un millier de membres harnachés de gilets et de masques de protection a investi la prison au milieu de la nuit. Par la petite fenêtre de ma cellule que je partageais avec 10 autres, ils ont envoyé une sorte de gaz, qui nous donnait l’impression de nous asphyxier, que nous allions mourir. Puis, ils ont jeté une bombe électronique pour nous paralyser totalement. Nous étions dans l’impossibilité de bouger, même un doigt. Puis, ils sont entrés dans la cellule, nous en ont sorti, nous ont déshabillé et laissé en sous-vêtements par terre jusqu’au lendemain. Alors que nous étions au sol, nous avons été insulté et frappé, l’un de mes amis a eu les dents cassées.

Quelle est la fréquence des droits de visites ?

Toutes les deux semaines, mais les familles palestiniennes sont emmenées par le bus de la Croix Rouge, un service qui n’existe qu’une fois par mois.

Les palestiniens qui vivent en Israël ont-ils les mêmes conditions de détentions que les juifs d’Israël ?

La loi dit que les palestiniens qui vivent en Israël doivent être traités comme les juifs d’Israël. Mais ce n’est pas la réalité, les juifs en prison ne subissent pas les mêmes traitements. Les palestiniens qui ont la nationalité israélienne sont détenus avec les prisonniers palestiniens dans les mêmes conditions qu’eux. Les Israéliens vivent seuls, peuvent téléphoner à leur femme, recevoir la visite de leur famille et amis sans restriction. Les palestiniens ne peuvent recevoir que la famille en lien direct. Les juifs, après trois mois, peuvent demander une interruption de peine et sortir, disposition qui n’est pas accessible aux Palestiniens. C’est un fait, l’application des peines entre Palestiniens de nationalité israélienne et les juifs israéliens, est très différente. Yoham Sckolneck, un soldat juif, a été arrêté en 1993 pour avoir tué un Palestinien lors d’une interpellation alors qu’il était entravé. Le tribunal l’a condamné à perpétuité avant de commuer sa peine à 11 ans de prison. Par comparaison, Samir Tsatsahoui, un Palestinien de nationalité israélienne qui a été condamné à perpétuité en 1988 pour avoir jeté une petite bombe dans un marché qui n’a tué personne : il est toujours en prison. Les exemples sont nombreux.

 

 
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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 15:04
Les sénateurs Front de Gauche demandent la suspension de la directive relative aux travailleurs détachés (vendredi 16 décembre 2016)

Les sénateurs Front de gauche demandent la suspension de la directive relative aux travailleurs détachés

vendredi 16 décembre 2016

Lors des questions d’actualité au Sénat, Michelle Demessine Sénatrice du Nord a interpellé la ministre du Travail :

"Vous êtes signataires avec 7 autres ministres européens du travail d’une tribune pour que les travailleurs détachés puissent bénéficier d’une rémunération équivalente à celle des travailleurs du pays d’accueil.

Dont acte !

Il aura fallu la vague populiste et la perspective des prochaines échéances électorales pour voir afficher publiquement cette détermination.
Il eut peut être mieux valu écouter, en 2005, les français qui en refusant le traité constitutionnel faisaient passer un messager fort de leur refus d’une Europe du dumping social.

La directive européenne « travailleurs détachés » de 1996 en cours de révision, qui patine, organise, en effet, depuis des années la mise en concurrence des peuples pour tirer les conquêtes sociales vers le bas tout en opposant les travailleurs européens les uns aux autres !

Nous en connaissons les résultats : l’explosion de ce dumping, 2 millions de travailleurs détachés en Europe, 230 000 en France, en 2014, plus un bond de 25% en 2015.

Vous le savez, dans cette enceinte, nous n’avons eu de cesse avec notre groupe de dénoncer, d’alerter des risques pour l’emploi et les conditions de travail dans notre pays.

Vous le savez, nous refusons aussi de stigmatiser les travailleurs détachés qui subissent les premiers des conditions de travail et de vie intolérables car nous défendons aussi une Europe de l’égalité des droits et de la solidarité pour lutter contre les entreprises qui souhaitent renforcer le dumping social.

Comme mon collègue et ami Eric Bocquet l’a proposé déjà dans son rapport de mai 2016, vous semblez, à présent, prendre position pour que les droits des travailleurs détachés soient ceux du pays d’accueil.

L’interdiction du détachement en cascade est une priorité mais qui nécessite un renforcement considérable des moyens de contrôles avant et après le détachement.

Madame la Ministre, que comptez-vous faire ?

Comptez-vous vous donner les moyens de vos nouvelles ambitions affichées sur les travailleurs détachés ?

Enfin parce qu’il ne s’agit pas d’attendre une nouvelle fois la Saint Glinglin, il n’y a qu‘une seule réponse efficace à ce vaste dumping social intra-européen : la suspension de la directive « travailleurs détachés » !

Comptez-vous prendre cette décision ?"

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 13:52

 

L’HUMANITE

Jeudi 15 decembre 2016

pierre dusquene

 
«IL Y A UN LIEN TRÈS FORT ENTRE LES FRANÇAIS ET LA SÉCURITÉ SOCIALE.»
GILLES PERRET DOCUMENTARISTE

 

 

 

 

 

 

 

Le candidat de la droite est forcé d'adoucir son discours face à l'émotion suscitée par ses attaques contre la Sécurité sociale. En témoignent les sondages et le succès du film de Gilles Perret.

Gilles Perret le constate chaque jour. L'affluence ne cesse de grossir dans les salles qui diffusent son film sur la Sécurité sociale. Et pour lui, c'est clairement l'effet des positions de François Fillon, très offensives contre « la Sociale ». « Depuis mercredi dernier, ce fut la plus grosse semaine », confirme le réalisateur, qui rappelle que l'on est passé de 7 000 entrées hebdomadaires à 11 000 lors de la cinquième semaine d'exploitation. «Il y a un lien très fort entre les Français et la Sécurité sociale. Y compris chez ceux qui parlent d'abord du "trou de la Sécu" ou des "abus", raconte le documentariste. Tout ce discours idéologique, dont on nous bassine les oreilles depuis trente ans s'écroule très vite, et les mêmes personnes mettent aussi en avant la hausse de l'espérance de vie et disent qu'ils sont bien contents de la Sécu. »

Sa proposition la plus polémique a été retirée du site Fillon2017.fr

Cet attachement s'est vérifié dans un sondage publié mardi. Près de 77 % des Français déclarent que les propositions sur le système de santé vont constituer un critère déterminant de leur vote lors de l'élection présidentielle. Et le sujet « n'intéresse pas seulement les personnes âgées et les consommateurs de soins, mais toutes les catégories de population », a analysé JeanDaniel Levy, de l'institut Harris Interactive, sur le plateau de LCP commanditaire du son, dage. « Derrière la thématique de santé se pose la question relative aux systèmes de solidarité dans notre pays. » La droite elle-même est divisée sur la question. Plus d'un tiers des sympathisants du parti « Les Républicains » ne font pas confiance à François Fillon pour agir en la matière. C'est peu. À titre de comparaison, 92 % des électeurs du Front de gauche, selon le même sondage, font confiance à Jean-Luc Mélenchon sur les questions de santé. Il arrive même en tête de tous les candidats à la présidentielle sur cette thématique. On comprend donc pourquoi François Fillon a voulu, mardi, « remettre les choses en place ». Après avoir visité le centre chirurgical Marie-Lannelongue au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine), il a clamé « son attachement à la Sécurité sociale et au principe de solidarité qui la fonde ».

Ajoutant: « La Sécurité sociale, c'est la garantie pour chacun d'entre nous d'avoir accès à des soins de qualité, que l'on soit riche ou pauvre, habitant de Paris ou de Lozère. » De son côté, son équipe de campagne a retiré du site Fillon2017.fr la promesse de « focaliser l'assurance publique universelle sur des affections graves ou de longue durée, et l'assurance privée sur le reste ». Miracle du Web, elle a été effacée du jour au lendemain. « On rentrera dans le détail plus tard au moment des concertations », a expliqué le Sarthois aux députés LR lors de leur réunion de groupe à l'Assemblée.

Mais de recul, il n'y a point. « Non, je ne veux pas distinguer entre gros et petit risque mais, oui, je le dis, je veux mieux articuler les rôles de l'assurance maladie et des complémentaires. » Il promet de mieux les « associer » pour faire face aux « défis financiers à venir, dont celui de l'innovation et des médicaments de plus en plus coûteux ».

Un piège que ne cesse de dénoncer Gilles Perret à l'issue de ses projections. « Il faudrait au contraire faire l'inverse, et faire en sorte que la Sécu récupère 100 % de la branche santé, explique le réalisateur. Les complémentaires et les mutuelles prennent 20 à 25 % en frais de gestion, contre 6 % la Sécurité sociale. Si l'on redonnait tout à la Sécu, la branche santé serait à l'équilibre. C'est ce qu'il se passe en Alsace-Moselle, où les caisses sont bénéficiaires. » Mais le double discours de François Fillon atteint des sommets d'hypocrisie lorsqu'il jure qu'à aucun moment il n'a « voulu privatiser l'assurance maladie ». Tout en délivrant ce beau message au sein même d'une clinique privée... Drôle de symbole !

 

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 13:47
LUTTER CONTRE L’EROSION DE LA BIODIVERSITE

Plus de 190 pays sont réunis jusqu’au 17 décembre, à Cancun, au Mexique, pour la treizième conférence des Nations unies sur la biodiversité.

La COP 13 doit dresser un bilan de l’action des États dans leur lutte contre l’érosion de la biodiversité à mi-parcours de la réalisation du plan stratégique décidé à Nagoya (2011-2020).

Comme pour le climat, les objectifs sont loin d’être atteints.

La convergence des mobilisations politiques, associatives et citoyennes sera déterminante pour l’avenir de l’humanité et de la planète.

Dans ce domaine, la France a une grande responsabilité.

Sur notre territoire, on recense 182 498 espèces soit environ 10% des espèces animales et végétales mondiales (source : Muséum d’histoire naturelle)

IL EST TEMPS D’AGIR AVEC PLUS DE FORCE

 

Le PCF a organisé en octobre un Mois pour la biodiversité. Nous avons dressé le constat avec le concours de scientifiques, d’élus, d’associations. Les dégâts à la biodiversité sont déjà trop lourds. Le rythme d’extinction des espèces, de destruction d’écosystèmes ou de pertes de potentiel génétique est supérieur à celui des temps géologiques.

C’est la conséquence de notre mode de développement. Pollution, déforestation, atteintes à la qualité de l’eau, des sols et de l’air, méfaits d’une agriculture productiviste opposée à une agriculture paysanne, privatisation des semences, destruction des pollinisateurs menacés par les pesticides : dans tous les cas, la biodiversité est menacée.

Il faut savoir que les trois quarts des cultures dépendent de l’action des pollinisateurs : action essentielle

pour l’équilibre alimentaire humain.

i a  à F

IL Y A BEAUCOUP A FAIRE EN FRANCE

Six ans après le Grenelle de l’environnement, le bilan est assez pauvre. 1000 espèces, en métropole et en Outre-Mer, sont menacées. Les pressions des lobbies industriels et agricoles sont très fortes. La droite et l’extrême droite amplifient leur campagne anti-écologique et productiviste.

Toutefois, dans le cadre de la loi biodiversité votée en août, les parlementaires communistes ont obtenu, entre autres, la non brevetabilité partielle du vivant. L’interdiction des pesticides néonicotinoïdes est inscrite pour 2018. Mais les moyens ne suivent pas ! C’est le cas de l’Agence française pour la Biodiversité qui doit être opérationnelle en 2017.

La MarChaNDiSat

LA MARCHANDISATION EST UNE MENANCE POUR LA BIODIVERSITE

Pour les « penseurs » du libéralisme, seuls la privatisation et le marché peuvent protéger la biodiversité.

Au contraire, nous avons besoin d’une République où les biens communs seraient le moteur d’un développement humain durable. C’est un enjeu du combat de classe du XXIe siècle.

NOUS PROPOSONS

La biodiversité est un bien commun de l’humanité. Nous condamnons toute appropriation et privatisation individuelle et collective de ce patrimoine collectif comme de la brevetabilité du vivant.

Les écologues, les chercheurs en sciences naturelles doivent disposer des moyens matériels, financiers et humains à la hauteur des défis, en particulier le Muséum d’histoire naturelle.

La création d’une taxe « ressources naturelles » pour en limiter les prélèvements par les entreprises, compensée par l’octroi de crédits bonifiés.

Impulser un nouveau mode production et de consommation, car le mode de production capitaliste n’est plus soutenable. C’est un élément essentiel de l’engagement des communistes pour dépasser le productivisme et le consumérisme.

À l’opposé des critères du profit financier du CAC 40, nous voulons privilégier un développement humain basé sur des indices de bien-être.

Pour les communistes, émancipation sociale et défi écologique sont indissociables.
Rien ne se fera sans votre intervention pour avancer

 

 

LUTTER CONTRE L’EROSION DE LA BIODIVERSITE
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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 10:13
Guerre en Syrie l'impossible décompte (Amélie Poinssot, Médiapart -15 décembre 2016)

Guerre en Syrie: l’impossible décompte

Par Amélie Poinssot

L’assaut final sur Alep s’est accompagné d’innombrables informations contradictoires. En l’absence de journalistes sur place et face aux bilans très variables des organismes de défense des droits de l’homme, une grande inconnue entoure aujourd’hui le conflit : combien de victimes ?Guerre en Syrie: l’impossible décompte

est la source qui revient le plus souvent dans les articles portant sur le conflit syrien : l’OSDH – l’Observatoire syrien des droits de l’homme – est régulièrement invoqué pour dresser le macabre bilan de cette guerre. Les trois agences de presse mondiales, AFP, AP et Reuters, s’appuient sur ses chiffres. Pourtant, d’autres organismes existent, et ils donnent des estimations sensiblement différentes. L’ONU elle-même ne fait plus d’analyse chiffrée du conflit depuis 2014. Et le régime de Damas ne donne plus aucune information sur ses propres pertes depuis 2013. En cinq ans et demi de guerre, combien de personnes ont été tuées, combien forcées de quitter leur ville, combien ont disparu… ? Est-il possible de mesurer l’hémorragie ?

Dans son dernier bilan, en date du 13 décembre, l’OSDH dit avoir documenté l’assassinat de 312 000 personnes depuis le premier mort de la révolution syrienne, le 18 mars 2011, jusqu’au 13 décembre 2016. Mais elle estime qu’il faut ajouter au moins 80 000 morts du côté des troupes loyalistes, de l’État islamique et des différentes factions islamiques, « en raison de la discrétion extrême de toutes les parties sur les pertes humaines causées par le conflit et en raison de la difficulté des communications en Syrie ». Selon l’observatoire, il y aurait en outre deux millions de blessés, et plus de douze millions de déplacés, internes et externes.

Sur son site, l’OSDH se présente comme « un groupe de gens qui croient aux droits de l’homme, sont de l’intérieur et de l’extérieur du pays, documentent la situation des droits de l’homme en Syrie et reportent toutes les violations de droits de l’homme ». Créée en 2006, cette organisation dit s’appuyer sur un réseau de plus de 200 activistes sur le terrain – sans que soit précisé comment ce réseau est encore debout aujourd’hui, après cinq ans et demi de guerre. Elle est dirigée, depuis Londres, par un homme, Rami Abdel Rahman, qui n’a pas mis les pieds en Syrie depuis de longues années.

Pour Fabrice Balanche, démographe et spécialiste de longue date de la Syrie, pays qui concentre l’essentiel de ses recherches depuis vingt-cinq ans, les estimations de l’OSDH sont tout simplement « farfelues ». « Le directeur de cet observatoire est un personnage assez trouble, qui vient du monde du business. Au départ proche de l’opposition syrienne, l’organisme a reçu au début de la guerre des soutiens de l’extérieur, notamment d’Al-Jazeera. Il a alors compris l’importance de donner des chiffres pour les Occidentaux et n’a cessé d’en publier depuis, peu importe s’ils étaient faux. Parfois c’en était grossier, comme lors des manifestations à Hama à l’été 2011, où le site dénombrait 500 000 manifestants alors que la ville ne comptait que 300 000 habitants, parmi lesquels seuls 75 000 hommes étaient en âge de descendre dans la rue… L’OSDH a constamment surévalué l’ampleur des manifestations et des victimes civiles de la guerre. »
Pour ce chercheur aujourd’hui basé aux États-Unis, au Washington Institute, le succès de l’OSDH s’explique par son accessibilité sur Internet et le rythme quasi quotidien de ses rapports. « Peu de journalistes vont se perdre dans la littérature onusienne pour aller chercher des chiffres un peu plus fiables », dit-il. Et aujourd’hui, cet organisme n’a rien d’indépendant. « Il est financé par la France, la Grande-Bretagne, l’Union européenne et le Qatar », assure le chercheur.

Autre organisme qui documente les violations des droits de l'homme sur le terrain : le Centre de documentation des violations en Syrie, une ONG qui a commencé son travail de surveillance en juin 2011, voyant que la situation se transformait en un « conflit armé » et observant « une campagne agressive du gouvernement pour intimider, harceler, détenir et réprimer tous ceux perçus comme relatant la situation (journalistes, blogueurs, écrivains…) ». S'appuyant sur une base d'une trentaine de militants répartis dans plusieurs villes du pays, aujourd’hui domicilié en Suisse après l’attaque de son bureau syrien en 2013, il publie régulièrement des statistiques. C'est sur ces données que s'appuie Human Rights Watch pour dénoncer les « crimes de guerre » de la coalition russo-syrienne : dans son communiqué du 1er décembre, l'ONG américaine reprenait ainsi les chiffres de cette organisation, qui décomptait, sur septembre et octobre, l'assassinat de 440 civils sous les bombardements d'Alep, parmi lesquels plus de 90 enfants. Au total, depuis le début de la guerre, 31 771 habitants de la deuxième ville syrienne ont été tués d'après cette organisation qui met en ligne une base de données où sont enregistrées toutes les victimes, avec leur nom quand il est connu, leur sexe, le jour et la cause de leur mort (bombardement / torture / exécution / attaque chimique…), ainsi que leur affiliation quand elle est identifiée (civil / armée syrienne / État islamique…).

Le bilan de la guerre, à la fin novembre, par cette organisation est toutefois nettement inférieur à celui de l'OSDH : il fait état de 170 741 morts, civils et non-civils, depuis mars 2011. Il répertorie par ailleurs les détenus (65 863) et les personnes disparues (2 683). Parmi les personnes tuées, le Centre de documentation des violations en Syrie compte une majorité de civils (63,4 % d'après ses estimations).
Cet organisme tente aussi de lister les attaques des forces pro-régime. Dans son rapport mensuel de novembre, il fait le décompte sur Alep : 25 attaques ciblées par les forces russes et syriennes ont visé des hôpitaux ou centres de santé et 13 autres ont visé des bâtiments scolaires, des usines, un marché, un camp de déplacés internes. Toutes ces infrastructures sont aujourd'hui hors service. Prudent, le communiqué apporte toutefois la précision suivante : « Ces chiffres ne sont en aucun cas définitifs, et ils sont sujets à un examen continu et périodique par les activistes du centre, les administrateurs de la base de données, et l'équipe de documentation sur le terrain. Les chiffres peuvent différer entre les rapports, et le rapport le plus récent est toujours considéré comme le plus juste. »

Deux autres ONG donnent régulièrement des estimations sur le nombre de morts : le réseau syrien pour les droits de l’homme (203 097 civils tués à ce jour) et le centre syrien pour les statistiques et la recherche (141 296 tués). Bref, rien ne concorde.

Pour Fabrice Balanche, il y a « une guerre de communication sur les chiffres » : « Une grande partie de ces sites sont financés par les pays du Golfe, c’est souvent de la propagande qatarie et saoudienne, avec les Frères musulmans derrière, estime-t-il. Les listes très détaillées des victimes ne sont pas un gage de fiabilité, au contraire. En fait, il est impossible de donner des chiffres fiables sur ce conflit. Moi-même, je n’ai jamais avancé d’estimation. Tout ce que je connais, c’est la répartition démographique du pays avant la guerre, basée sur les derniers recensements de l’État syrien – jusqu’en 2004 – et des projections scientifiques : en 2010, le pays comptait 21 millions d’habitants. »

6,3 millions de déplacés internes

Les Nations unies elles-mêmes ne font plus de bilan. Sur la page du site de l'ONU consacrée à la Syrie, le rapport d'observation le plus récent date de juin 2016. Il porte sur les violations des droits de l'homme sur un laps de temps restreint (du 1er novembre 2015 au 1er février 2016), se contentant d'une liste des incidents connus sur la période étudiée, avec emploi systématique du conditionnel et formules très prudentes (« d'après les informations reçues », « si l'on en croit la vidéo », « le Haut-Commissariat a eu connaissance d'allégations selon lesquelles… », etc.). Les estimations plus générales restent très vagues : « Les violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire se sont poursuivies sans relâche en République arabe syrienne. Des civils ont continué d’être tués et blessés en grand nombre à la suite de frappes aériennes, de tirs d’artillerie et de mortier et d’engins explosifs improvisés, tels que des barils d’explosifs et des voitures piégées. » Finalement, au détour d'une ligne en fin de rapport, on note que « quelque 250 000 personnes ont perdu la vie en République arabe syrienne ».

En fait, la dernière analyse statistique de l'ONU sur les morts du conflit syrien date d'il y a… deux ans. Les Nations unies se basaient alors sur des données collectées auprès des quatre organisations de défense des droits de l'homme citées plus haut et des informations délivrées par le gouvernement syrien. Elles établissaient un bilan de 191 369 personnes tuées, toutes identifiées, tout en reconnaissant déjà que leur bilan ne reflétait pas « le nombre complet des morts liés au conflit en Syrie ». Car depuis septembre 2013, le gouvernement syrien ne répond plus aux demandes de chiffres, et l'OSDH elle-même ne partage plus ses informations avec l'ONU à partir de début 2014.

Autre problème pour saisir ce qui se passe réellement sur le terrain : du côté des représentants officiels, les sources ne sont pas fiables non plus. « Quand le maire d’Alep-Est, récemment en visite en France, déclare qu’il y a maximum 200 djihadistes dans sa ville, c’est faux, assure Fabrice Balanche. Tout le monde ment en permanence ! En Syrie, même en temps de paix, on est incapable d’avoir un discours objectif. » Les organisations internationales elles-mêmes n’ont pas accès à certaines parties du pays : il n’y en a plus aucune à Alep-Est. Quant aux médias… Les reporters occidentaux ne vont plus en Syrie depuis longtemps – sauf dans les zones contrôlées par l’armée syrienne, ce qui ne leur permet d’accéder qu’à une part de la réalité. Pour parler avec l’opposition, ils se rendent dans les camps de réfugiés dans les pays limitrophes. De leur côté, les journalistes syriens ont fui en nombre.

Hassan Alkalesh fait partie de ceux-là : réfugié en France depuis deux ans et contributeur du Club de Mediapart, il déplore que les rares journalistes occidentaux qui couvrent le conflit syrien – souvent depuis Beyrouth – soient orientés pro-Assad. « C’est aussi lié au fait qu’il faut une accréditation du régime pour pouvoir venir dans le pays. Sinon, il faut entrer de manière clandestine. » Pour Hassan, les informations les plus justes viennent des citoyens syriens qui vivent encore sur place et les transmettent sur les réseaux sociaux. En revanche, les comptes alimentés depuis les pays occidentaux sont orientés : « Il y a de nombreux comptes pro-Assad et pro-russes. Ils ne vont s’affoler que quand les chrétiens d’Orient sont en danger. »

Pour ce Syrien réfugié à Nice, il y a comme une gêne dans l’extrême médiatisation de la fin de la bataille d’Alep. « Il y a eu pendant cette guerre des massacres plus meurtriers en d’autres endroits. Notamment dans la ville côtière d’Al-Baida, non loin de Tartous, l’un des fiefs d’Assad. C’était en mai 2013. Des milices relevant du régime ont, en collaboration avec des civils alaouites, tué, égorgé et brûlé les civils de ce village avant de les pousser à l’exode. À cette époque, je vivais à Tartous. J’ai su ce qui s’était passé grâce aux activistes de l’opposition qui avaient réussi à s’introduire dans la région. Les médias n’en ont pas du tout parlé. »

Hassan Alkalesh ne peut s’empêcher d’évoquer le massacre de Hama. En 1982, cette ville de l’ouest syrien avait été écrasée par l’armée d’Assad père. « Les Occidentaux n’avaient rien dit, or il y avait eu environ 30 000 morts civils ! » Et le journaliste d’ajouter : « La différence aujourd’hui, c’est qu’il y a d’autres armées aux côtés de l’armée syrienne : il y a les milices iraniennes du Hezbollah, les Russes… C’est comme une occupation, alors qu’au début de la guerre nous étions dans un conflit qui opposait les Syriens aux Syriens. »
Les morts, les blessés, les disparus et les détenus ne sont toutefois pas les seules victimes de ce conflit. S’ajoutent à cette longue liste les millions de déplacés, à l’intérieur même du pays et à l’extérieur. À ce sujet, les chiffres délivrés par le Haut-Commissariat des Nations unies aux réfugiés sont plus solides, car ils reposent sur l’enregistrement des réfugiés dans les camps – d’autant qu’au Liban et en Jordanie, la carte de réfugié permet de toucher une aide modeste de 20 dollars par mois. Le HCR dénombre quelque 4,8 millions de réfugiés syriens dans les pays de la région, dont près d’un million au Liban et plus de 650 000 en Jordanie. « Cela dit, de nombreux Syriens continuent à ne pas s’enregistrer, par peur que les gouvernements ne transmettent les informations à Damas ou par peur de ne pouvoir rentrer un jour chez eux, nuance Fabrice Balanche. L’université Saint-Joseph à Beyrouth estimait cet été que 20 % des réfugiés syriens au Liban n’étaient pas enregistrés. Et ils sont encore plus nombreux dans ce cas en Jordanie. » À Amman, les estimations du gouvernement font d’ailleurs le double des chiffres du HCR : il y aurait 1,2 million de réfugiés contre les 600 000 officiellement enregistrés… « À prendre avec précaution là aussi, ajoute Fabrice Balanche. C’est le jeu des gouvernements que de gonfler les chiffres afin de toucher davantage d’aide. »

C’est sans conteste la Turquie qui accueille aujourd’hui le plus de Syriens : plus de 2,7 millions y auraient trouvé refuge. L’Union européenne, à côté, fait toujours pâle figure, avec ses quelque 884 000 demandeurs d’asile ou réfugiés enregistrés pour l’ensemble du continent. Mais c’est à l’intérieur même des frontières de la Syrie que les déplacés sont les plus nombreux. D’après l’office des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (UNOCHA), ils sont 6,3 millions à avoir quitté leur foyer. Un chiffre invérifiable dans la mesure où ces gens ne résident pas dans des camps. Mais qui dit bien combien la population syrienne est complètement transformée par cinq ans et demi de guerre. Au total, plus de la moitié des Syriens ont dû fuir leur chez-eux, qu’ils se trouvent encore dans le pays ou à l’étranger.

 

 
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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 07:34

LE TEMPS DE LA RESPONSABILITE

Fin du suspense de la candidature du président sortant à la primaire du parti socialiste. En effet, dans l’incapacité de défendre un bilan condamné par les Français de plus en plus nombreux, poussé vers la sortie par nombre de ses « amis » et « camarades » Hollande a fini par jeter l’éponge et annoncer qu’il ne serait pas candidat à un deuxième mandat. Aussitôt Valls, dont le comportement et les manœuvres ne sont pas pour rien dans la « décision » présidentielle, s’est précipité dans la brèche en démissionnant de son poste de premier ministre pour se présenter à la primaire.

Ces deux hommes, et ceux qui les ont accompagnés et soutenus, portent devant notre peuple une énorme responsabilité : celle d’avoir rendu potentiellement possible la plus grande régression sociale depuis quatre- vingt ans. Une régression qui remettrait en cause les fondements mêmes de notre société. Celle aussi, par la dévalorisation de la chose politique qu’ils ont alimentée par leurs trahisons et renoncements, de faire planer le spectre d’un deuxième tour où notre peuple n’aurait le choix qu’entre l’extrême droite et une droite de plus en plus extrême.

Face à cette situation et en prenant en compte le fait que son programme reprend largement les propositions de celui du Front de Gauche l’Humain d’Abord, les militants du P.C.F. ont pris leurs responsabilités en choisissant majoritairement, d’appeler à soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon dans le cadre d’une campagne communiste autonome tout en poursuivant leur action pour un rassemblement en vue d’aboutir à une candidature commune. Seule façon d’éviter la catastrophe que les médias présentent comme étant inéluctable. Un rassemblement porteur d’une véritable alternative qui rompe clairement avec les politiques désastreuses menées depuis 2012 et qui ouvre la voie à des choix radicalement différents et qui, en brisant le pouvoir de la Finance, apporterait enfin une réponse aux besoins du pays et des Français.

Bien entendu cette logique de rassemblement, sur des objectifs communs doit aussi prévaloir en ce qui concerne les élections législatives afin d’élire partout des femmes et des hommes fermement décidés à faire obstacle à la politique de régression de la droite et à créer une majorité de projets dès juin 2017.

C’EST LA, LA RESPONSABILITE DE CHACUN.

Alain David Morlaix, le 15 décembre 2016

Alain David (photo Pierre-Yvon Boisnard)

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