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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 18:56
17 août 1955, disparition de Fernand Léger, peintre universel et adhérent communiste depuis 1945

Disparition de Fernand Léger le 17 août 1955
Pour beaucoup de ses contemporains et pour la majeure partie de ses commentateurs, l'œuvre de Fernand Léger s'est imposée comme la plus spécifique de notre temps, celle qui témoigne le plus universellement d'ambitions plastiques devenues cohérentes, dès l'aube du siècle, grâce à quelques poètes et plasticiens justement dominés par la haute stature de cet homme qui, de ses origines terriennes, avait gardé le sens des réalités.
Fils d'un éleveur de bestiaux, Léger fait ses études dans une école religieuse avant d'entrer en apprentissage chez un architecte de Caen (1897-1899), puis de venir à Paris (1900-1902). Après son service militaire, il est reçu au concours d'entrée à l'École nationale des beaux-arts. C'est comme élève libre qu'il suit les cours de Léon Gérôme, tout en fréquentant l'académie Julian.

L'exposition de Cézanne, en 1907, au Salon d'automne le détermine dans sa voie. Léger y apprend le refus de la sentimentalité, la rigueur de la perception, la concentration sur le dessin et les structures essentielles.

Aussi, bien qu'intégré à Montparnasse au groupe de la Ruche, d'un caractère plutôt pittoresque, il sera plus proche de celui du Bateau Lavoir, où, avec Picasso et Braque, s'élabore le cubisme. À la Ruche, cependant, il rencontre Chagall, Soutine, Laurens Lipchitz, Archipenko, et se lie avec Blaise Cendrars, qui sera non seulement un compagnon de route, mais une sorte d'initiateur aux beautés de cette vie moderne dont ils vont devenir, l'un et l'autre, les chantres majeurs. « La guerre, faite en première ligne, comme brancardier parmi les sapeurs du génie, est le choc déterminant qui cristallise son orientation artistique et sociale, appartenance populaire et culte solidaire de la beauté mécanicienne », a justement noté Jean Leymarie dans son introduction au catalogue de la rétrospective organisée au Grand Palais, à Paris (octobre 1971-janvier 1972). Aux théories manipulées dans l'entourage de Jacques Villon, à Puteaux, et qui décideront de la fondation du groupe de la Section d'or, Léger préfère cet affrontement direct avec la réalité.
S'il fut proche des peintres cubistes, c'est surtout par un souci, commun avec eux, de s'opposer à l'impressionnisme, considéré comme une décadence de la peinture : d'où la reconnaissance exclusive de Cézanne, qui avait envisagé de « traiter la nature par le cylindre, la sphère, le cône ». Mais, en découvrant avec les cubistes une nouvelle architecture, Fernand Léger découvrait également le dynamisme du monde contemporain. Les « orphistes » (les Delaunay) et les futuristes codifiaient au même moment cette expression du mouvement. En s'éloignant de l'objet pour retenir ce qui pouvait rendre signifiant son dynamisme, Léger a senti, lui aussi, que la réduction de cette réalité à la géométrie était une solution. En témoignent des œuvres aussi majestueusement élaborées que la Noce (1910-1911, musée national d'Art moderne, Paris). Les formes découpées, multipliées par elles-mêmes en un jeu de plans kaléidoscopiques, créent une dynamique plastique que renforcent les effets de simultanéité des contrastes colorés. En 1913, les divers Contrastes de formes renoncent passagèrement à la figuration. Fernand Léger a ainsi très vite dépassé le cubisme, trop statique selon lui, pour construire des symphonies plastiques où l'on perçoit déjà ce sens de la monumentalité qu'il développera ultérieurement dans des compositions à contenu social. Dès 1910, il avait reçu le soutien du marchand D. H. Kahnweiler, qui le présente sur les cimaises de sa galerie aux côtés de Braque et de Picasso.
L'affirmation de l'expression personnelle
La Partie de cartes (1917, musée Kröller-Müller, Otterlo) marque le passage d'un dynamisme encore héritier des découvertes antérieures à une expression plus personnelle, enrichie par l'expérience même de l'artiste, qui a découvert sur le front (« Je fus ébloui par une culasse de 75 ouverte en plein soleil, magie de la lumière sur le métal blanc […] ») une nouvelle beauté, assez âpre, par rapport à laquelle la place de l'homme se situe moins en harmonie qu'en conflit. Fernand Léger, dès lors, en même temps qu'il vise l'expression des forces et des beautés de la modernité, ne perd pas de vue que cet environnement mécanique et technique implique un nouvel humanisme. Il tentera ultérieurement d'assurer la pérennité de ces nouvelles valeurs dans l'action politique. Mais, dès cette époque, il se donne intensément à la pédagogie, qui est pour lui la première manière de changer les choses. Il prend des notes et écrit de nombreux articles (dès 1913 et jusqu'à la fin de sa vie), dont la plupart ont été réédités dans le recueil Fonctions de la peinture (1965). En 1924, il ouvre une académie dans son atelier du 86, rue Notre-Dame-des-Champs, en collaboration avec Ozenfant, co-créateur du purisme avec Le Corbusier. Entre-temps, il aura illustré J'ai tué et la Fin du monde de Blaise Cendrars, enfin participé à la fondation de la revue l'Esprit nouveau, où l'élaboration d'une nouvelle plastique n'est plus, comme au temps du cubisme, dissociée de la pédagogie et par là, de la vie. Il est significatif que Le Corbusier, artiste complet, ait servi d'intermédiaire et, de ce fait, ait offert à Léger la possibilité de sortir des seuls problèmes de la peinture de chevalet.
Entre 1918 et 1924, l'art de Léger est à un de ses sommets, au maximum de son ampleur et de son harmonieuse insertion dans le domaine du décoratif : composition mécaniste des Disques (1918), synthétique de la Ville (1919-1920, Philadelphia Museum of Art) et du Grand Déjeuner (1921, Muséum of Modern Art de New York), qui intègre admirablement la figure humaine dans un décor où l'objet est moins détail réaliste que signe représentatif d'une époque. Parallèlement, les décors et costumes que l'artiste exécute pour les Ballets suédois, ainsi que son film le Ballet mécanique (1924) fortifient cette idée que l'art doit sortir des limites du chevalet, aborder une multiplicité de techniques et de supports et, par tous ces moyens, se mêler à la vie.
1925 marque une période de crise, Léger présentant à l'Exposition des arts décoratifs, dans le « pavillon de l'Esprit nouveau », des peintures murales abstraites d'une sévère orthogonalité. Mais, très vite, il revient à l'objet, qu'il traite non pas dans cette ambiguïté poétique que les surréalistes avaient mise à la mode, mais en l'isolant dans un espace indifférencié (la Joconde aux clefs, 1930, musée Fernand-Léger de Biot). Les figures, de leur côté, avec leur modelé conventionnel, laissent l'arabesque et la couleur, loin de toute fonction descriptive, se déployer avec leur valeur propre (Composition aux deux perroquets, 1935-1939). Les décorations de Léger pour une salle de l'Exposition internationale de Bruxelles, sur le thème du sport (1935), puis pour le palais de la Découverte à Paris, sur le thème du Transport des forces (1937) lui permettent de définir une esthétique de synthèse à l'échelle du mur, qu'il avait toujours considéré comme le support idéal d'un art destiné à tous.
Pendant l'Occupation, le peintre se réfugie aux États-Unis, où il était allé trois fois déjà (en 1931, en 1935 avec Le Corbusier, en 1938). Il y retrouve les intellectuels et artistes émigrés, tels André Breton, Masson, Tanguy, Ernst, Chagall, Mondrian, Ozenfant… Il collabore aux expériences cinématographiques de l'ancien dadaïste Hans Richter et peint sous l'influence du milieu américain, qui, par l'ampleur de ses conditions naturelles comme par sa dimension mécanisée, répond idéalement à ses rêves plastiques.
De retour en France en 1945, il adhère au parti communiste, dont il deviendra, avec Picasso, un des grands représentants du milieu artistique. Il reprend les grandes compositions à personnages d'avant-guerre, en dissociant parfois l'apport de la couleur de celui du dessin, chacun ayant sa vie propre (états définitifs, en 1954, de la Grande Parade [musée Guggenheim, New York] et de la Partie de campagne [fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence]). On a vu là des réminiscences à la fois des papiers collés du cubisme et de la vision que l'artiste eut de Broadway et rapporta ainsi : « Vous êtes là, vous parlez avec quelqu'un, et tout à coup il devient bleu. Puis la couleur passe, une autre arrive, il devient rouge, jaune. Cette couleur-là, la couleur des projecteurs, du néon, est libre : elle est dans l'espace. J'ai voulu faire la même chose dans mes toiles. »
On voit également l'artiste aborder, à cette époque, tous les domaines de la création plastique : décors et costumes pour le Bolivar de Darius Milhaud (1949) ; mosaïque pour l'église d'Assy (1946) ; vitraux pour l'église d'Audincourt (1951), vitraux en dalles de verre pour l'église de Courfaivre, en Suisse, et pour l'université de Caracas (1954) ; décoration pour la grande salle du palais de l'O.N.U., à New York (1952) ; étude chromatique pour l'hôpital de Saint-Lô (1954). Léger aborde également la tapisserie, la céramique et la sculpture polychrome ; il illustre en 1953 Liberté, de Paul Éluard, poème-objet qui connaîtra un large succès populaire.
Grand prix de la Biennale de São Paulo en 1955, il meurt à Gif-sur-Yvette la même année, dans la propriété qu'il avait acquise en 1952. En 1957 est entreprise à Biot (où il avait réalisé ses premières céramiques) la construction du musée Fernand Léger, inauguré en 1960 et devenu par donation musée national en 1967.

Robert Clément

17 août 1955, disparition de Fernand Léger, peintre universel et adhérent communiste depuis 1945
17 août 1955, disparition de Fernand Léger, peintre universel et adhérent communiste depuis 1945
17 août 1955, disparition de Fernand Léger, peintre universel et adhérent communiste depuis 1945
17 août 1955, disparition de Fernand Léger, peintre universel et adhérent communiste depuis 1945
17 août 1955, disparition de Fernand Léger, peintre universel et adhérent communiste depuis 1945
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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 18:49
Ne jamais l'oublier: 18 août 1945: Libération du camp de Drancy, placé sous la responsabilité de la préfecture de police et destiné aux persécutions antisémites contre les juifs dès août 1941

18 août 1945 : Libération du camp de Drancy 
Occupés par les troupes allemandes en juin 1940, les lieux servent de camp d’internement pour des prisonniers de guerre et des civils étrangers. C’est sous leur impulsion que la Préfecture de police y crée le 20 août 1941 un camp destiné aux Juifs. 4 230 hommes dont 1 500 Français, raflés à Paris entre le 20 et le 25 août, sont les premiers internés juifs du camp de Drancy.
Le camp est cerné d’une double rangée de barbelés séparés par un chemin de ronde, le tout précédé d’une cour intérieure en mâchefer. Une douzaine d’escaliers desservent les étages. Les W-C sont situés dans un bâtiment en briques plates et rouges qui ferme le fer à cheval. Hauts de quatre étages, les bâtiments entourent une cour d'environ 200 mètres de long et 40 mètres de large. Des miradors de surveillance se dressent aux quatre coins du camp.

Placé sous la responsabilité du Préfet de police, Drancy a initialement pour chef un commissaire de police. La surveillance est assurée par la gendarmerie et les services de ravitaillement de la Seine.
Le 12 décembre 1941, un détachement allemand avec à sa tête Theodor Dannecker, le chef du service des affaires juives auprès de la Gestapo en France, vient chercher 50 Juifs qui sont fusillés comme otages avec d’autres otages non-juifs. Trois cents autres détenus sont transférés à Compiègne pour compléter un convoi de déportés vers l’Est. Entre décembre et mars 1942, plusieurs dizaines de Juifs sont enlevés de Drancy pour être fusillés, le camp étant alors utilisé par les Allemands comme réservoir d’otages. Au début de juin 1942, tous les internés sont contraints de porter l’étoile jaune.
 

L'antichambre de la mort

Le camp devient à partir de mars 1942 le camp de rassemblement et de transit en vue de la déportation de tous les Juifs de France, ce qui lui confère un rôle majeur dans les persécutions antijuives perpétrées en France pendant la Seconde Guerre mondiale.

63 convois sont formés et partent de la gare du Bourget-Drancy jusqu'en juillet 1943 puis de la gare de Bobigny. Ils emmènent au total 65 000 personnes vers les camps d’extermination, principalement vers le camp d’Auschwitz-Birkenau.
Durant les périodes les plus intenses, et notamment dans la deuxième moitié de l’année 1942, deux voire trois convois par semaine sont formés au camp de Drancy. Le camp est alors surpeuplé, les installations sont insuffisantes et les nouveaux arrivants manquent de tout. Au plus fort des rafles, le camp compte environ 7 000 détenus alors que sa capacité théorique est de 5 000 places. Le comble de la détresse est atteint dans la deuxième quinzaine d’août 1942. Arrivent alors à Drancy, en provenance des camps du Loiret, les enfants de 2 à 12 ans qui ont été séparés de leurs parents le mois précédent.
A partir de l’été 1942, les départs rythment la vie à Drancy. À partir du 19 juillet 1942, les déportations se succèdent au nombre de trois par semaine. Elles offrent toutes un spectacle désolant. Durant l’été 1942, une atmosphère de terreur permanente règne à Drancy. Les larmes, les crises de nerfs sont fréquentes et l’on assiste à plusieurs suicides par défenestration. La veille du départ d’un convoi, les détenus déportables sont fouillés et dépouillés de tout ce qui peut avoir un prix. Ils sont ensuite enfermés dans les chambres attribuées aux « déportables » (les trois premières cages d’escalier) jusqu’à l’aube. De là, des autobus viennent les chercher pour les conduire à la gare de Bobigny ou du Bourget où ils sont entassés dans des wagons à bestiaux qui sont ensuite scellés. A partir de juin-juillet 1943, un commando de SS autrichiens, avec à sa tête Aloïs Brunner, prend en charge l'administration du camp jusqu'alors confiée à la préfecture de police - la gendarmerie assure cependant la surveillance générale de 1941 à 1944 - et y institue une administration violente et un renforcement de la discipline tout en procédant à des aménagements matériels. Brunner fait tout ce qu'il peut pour rafler le plus grand nombre de Juifs, jusqu'à charger des internés de convaincre des Juifs de sortir de la clandestinité et de rejoindre Drancy, faute de quoi leur famille internée à Drancy sera déportée immédiatement. Le dernier convoi à destination d'Auschwitz part le 31 juillet 1944. Le 17 août 1944, en pleine débandade de l'armée allemande, Brunner arrive à organiser le départ du dernier convoi dont 39 personnes réussiront à s'échapper avant l'entrée en Allemagne. Le 18 août 1944, 1 467 prisonniers sont libérés par le représentant diplomatique suédois et la croix rouge. 

Au total, plus de 80 000 Juifs auront été détenus à Drancy entre mai 1941 et août 1944, à 4 km de Paris.  

Page Facebook de Robert Clément, ancien dirigeant communiste de Seine St Denis et président du conseil général 

Ne jamais l'oublier: 18 août 1945: Libération du camp de Drancy, placé sous la responsabilité de la préfecture de police et destiné aux persécutions antisémites contre les juifs dès août 1941
Ne jamais l'oublier: 18 août 1945: Libération du camp de Drancy, placé sous la responsabilité de la préfecture de police et destiné aux persécutions antisémites contre les juifs dès août 1941
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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 06:37
 ISBN 978-2-7082-4557-0  96 pages  /  Prix  7 €    Format : 120 x 180

 ISBN 978-2-7082-4557-0 96 pages  /  Prix  7 €   Format : 120 x 180

Et maintenant, Monsieur le Président ?   / André Chassaigne

Dix interpellations à Emmanuel Macron

 

À 39 ans, le fondateur d'En marche ! vient de conquérir l'Élysée. Déjouant tous les pronostics, reléguant à la marge les partis au pouvoir depuis quarante ans, le nouveau Président de la République promet une « Révolution » où triompheront le « progrès », la liberté, l’« émancipation », l’«  égalité des chances », un « travail libéré ». Une révolution ? Vraiment ?

 

Dans ce petit livre, dépassant les exercices de communication et les invectives stériles, André Chassaigne, député du Puy de Dôme, interpelle Emmanuel Macron sur dix points essentiels de son projet : "renouveau démocratique", réenchantement de l'Europe, modèle de croissance, « libération du travail », protection sociale, avenir des territoires, égalité des chances, compétitivité, finance au service de l’investissement, sécurité… Chaque volet est examiné sans caricature ni complaisance avec le désir d’ouvrir un débat exigeant qui sorte la France de l’impasse économique et sociale dans laquelle l’ont plongé les quinquennats précédents.

 

Ancré dans son territoire, auteur de propositions de loi élaborées avec les citoyens, un député s’adresse au Président de la République.

Et maintenant Monsieur le Président ? Ouvrons le débat ! Rénovons vraiment la démocratie !

 

 

André Chassaigne  est député du Puy-de-Dôme. Président des députés du Front de Gauche et du Groupe de la Gauche Démocrate et Républicaine à l'Assemblée nationale de juin 2012 à juin 2017.

Il a été classé le plus actif des 577 députés durant la mandature 2012-2017 (par le média « Capital.fr », sur la base du bilan effectué par le collectif « Regards Citoyens ») pour sa disponibilité et son implication à l'Assemblée nationale et en circonscription, au plus près des citoyens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et maintenant, monsieur le Président? - Dix interpellations à Emmanuel Macron, par André Chassaigne - un livre à lire
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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 06:27
Douarnenez: le festival de cinéma ouvre ses frontières (Le Télégramme, 17 août 2017)

Marie-Line Quéau. 

 

Pour sa 40e édition, qui démarre demain pour s'achever samedi 26 août, le festival de cinéma de Douarnenez s'ouvre sur un thème d'actualité, celui des frontières. 

« Depuis 1978, le festival accueille des peuples minorisés en lutte. Pour cette édition anniversaire, le thème est venu assez naturellement. Identités, migrations, frontières... Toutes les éditions ont abordé cette question, plus que centrale aujourd'hui. Une question compliquée, reconnaît Yann Stéphant, directeur de ce festival de cinéma militant. À Douarnenez, nous avons souvent reçu des peuples comme les Kurdes ou les Sahraouis, qui sont des peuples sans États ». Emblématique des questions qu'elle pose, la frontière entre le Mexique et les États-Unis sera à l'affiche à Douarnenez. En cinéma et en parole politique. Également au programme, les Balkans, comme route de migrations mais aussi comme territoire où de nouvelles frontières se dessinent. Il y aura un zoom sur la Guyane, cette improbable porte de l'Europe en Amérique du Sud. Et un plan large sur la frontière israélo-palestinienne. Sur ce sujet, le festival assume son parti pris, plutôt pro-palestinien. « En cohérence avec notre postulat, qui est le respect des droits humains », explique son directeur.

Les droits humains d'abord


Illustration avec certains invités, comme Cédric Herrou, agriculteur dans la vallée de la Roya, lieu frontière entre la France et l'Italie. « Il en est devenu la figure médiatique pour avoir fait oeuvre de solidarité, de la manière la plus simple qui soit.

 

 Juste en accueillant et en donnant de la nourriture, rappelle Yann Stéphant. Il sera parmi nous, si son actualité judiciaire le permet. Aujourd'hui, on assiste en effet à une volonté de criminaliser ceux qui portent simplement assistance à personne en danger, notamment en les assimilant à des passeurs, comme en Méditerranée. À Douarnenez, nous avons tissé des liens forts avec l'association SOS Méditerranée, avec des sauveteurs comme avec des sauvés. Ils seront là aussi ».

« L'encampement » du monde


« Nous verrons des films très impressionnants sur les gens traités comme du bétail dans les grands corridors entre les frontières, souligne Yann Stéphant. Et justement, l'anthropologue Michel Agier viendra parler de la notion d'encampement du monde, de la frontière habitée, de ces nombreuses zones de passage qui sont devenues des zones de vie, sans avoir été conçues pour l'être, comme à Calais ou à Idoméni, en Grèce. La frontière, c'est aussi un lieu de rencontres, d'altérité. Nous aurons des témoignages de personnes qui y ont vécu et de nombreux films retraçant le parcours de migrants. Les migrants sont des combattants et ceux qui les aident aussi. Ce sont des aventuriers qui ont des histoires extraordinaires à raconter ». 

Pratique 
Programmation complète à consulter sur www.festival-douarnenez.com

 

Et aussi: 

 

Festival de cinéma de Douarnenez. Cinq raisons d'y aller
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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 06:17
Le devoir d’hospitalité
 PAR 

Tandis qu’en France la solidarité est devenue un délit, sanctionné par les tribunaux, l’Union européenne laisse l’Italie criminaliser les ONG qui viennent au secours des migrants en Méditerranée. Cette politique de rejet et d’indifférence est aussi irréaliste qu’elle est inhumaine.

 

Un jour, on se souviendra avec honte qu’en France, au début du XXIe siècle, une démocratie, son État, ses gouvernants et ses juges, ont criminalisé ce geste élémentaire d’humanité : la solidarité. Et qu’ils l’ont fait alors que notre continent, face à un défi humanitaire sans précédent depuis les catastrophes européennes du siècle passé, avait rendez-vous avec son âme, pour reprendre la forte formule du président de SOS Méditerranée, Francis Vallat, ancien armateur fidèle aux solidarités élémentaires, comme tout marin l’a appris de la mer : « À un moment donné, quand quelqu’un coule, vous le sauvez… Nous, on essaie de sauver notre âme, celle de l’Europe » (lire ici notre entretien).

Pour l’heure, on se demande comment, lors de la prochaine rentrée des classes, les enseignants s’en sortiront face aux élèves qui les interrogeront sur la condamnation en appel de l’agriculteur Cédric Herrou à quatre mois de prison avec sursis pour avoir aidé des migrants, avec cette motivation jugée aggravante par les magistrats d’« une démarche d’action militante ». Une peine qui ne témoigne d’aucune mansuétude puisque, de nouveau mis en examen pour des faits similaires et n’ayant aucune intention de renoncer à son engagement avec tous les solidaires de la vallée de la Roya (Alpes-Maritimes), Cédric Herrou risque désormais la prison ferme à sa prochaine récidive.

Car la « solidarité » figure explicitement aux programmes de l’enseignement moral et civique (voir ici), dispensé aussi bien en école élémentaire qu’au collège et au lycée. En bonne place, ce mot venant juste après les trois de la devise républicaine (liberté, égalité, fraternité) et celui de laïcité, il fait partie des « principes » et des « valeurs » que l’éducation nationale est supposée transmettre à notre jeunesse afin que son « aptitude à vivre ensemble » soit portée par « une même exigence d’humanisme ». Selon son énoncé officiel (les programmes sont ici et ), cet enseignement prévoit même d’éduquer les élèves à« la sensibilité » comme « composante essentielle de la vie morale et civique : il n’y a pas de conscience morale qui ne s’émeuve, ne s’enthousiasme ou ne s’indigne ».

Dès l’école primaire, le « secours à autrui » est cité comme exemple de ce nécessaire « engagement » dans les affaires de la cité et la marche de l’humanité auquel préparent ces leçons, invitation à « agir individuellement et collectivement » afin de « s’impliquer dans la vie collective ». Quand on arrive au lycée, le refrain se fait encore plus insistant, ambitionnant « la formation d’une conscience morale », vantant « l’exercice du jugement critique » et plaidant pour « le sens de l’engagement ». L’affaire Cédric Herrou est donc bien, littéralement, un cas d’école qui illustre le divorce entre des gouvernants ayant renoncé aux principes dont notre République se réclame et des individus qui s’efforcent de les sauver en les faisant vivre, au-delà des grands discours(par exemple ici celui tenu par Emmanuel Macron, à confronter à la réalité expliquée).

Tout comme le maire de Grande-Synthe, Damien Carême, qui a refusé de se dérober face au devoir d’hospitalité (voir son blog sur Mediapart), Cédric Herrou est une figure morale, incarnant cette résistance éternelle à la raison d’État, à son cynisme froid et à son égoïsme imprévoyant. Les tenants de celle-ci ont coutume de ricaner au seul énoncé de ce mot, « morale », oubliant que l’État dont ils se prétendent les gardiens l’enseigne aux générations à venir, lui conférant une dimension civique en refusant de la reléguer au seul domaine de l’intime ou du spirituel. C’est pourquoi la désobéissance éthique (lireici et ) que revendiquent les militants solidaires des migrants et des réfugiés restera comme l’exemple même des combats par lesquels l’humanité s’est grandie quand les noms de ceux qui les ont méprisés ou réprimés seront définitivement oubliés.

Inventeur du concept de « désobéissance civile » en 1849, l’Américain Henry David Thoreau refusa de payer ses impôts pour empêcher qu’ils financent l’injuste guerre de conquête des États-Unis au Mexique, tout comme la féministe Hubertine Auclert fit de même en 1879 afin de revendiquer le droit de vote si longtemps refusé aux femmes. Qui ne convient, aujourd’hui, que l’une comme l’autre furent précurseurs et visionnaires quand les politiciens et les administrations auxquels ils s’opposaient ne voyaient pas plus loin que leur pouvoir immédiat, borné et limité, sans imagination ni anticipation ? Ainsi l’attitude des désobéissants d’hier et d’aujourd’hui est-elle autant politique que morale : en prenant leur risque, en s’indignant et en résistant, ils font de la démocratie un chantier toujours ouvert, en construction permanente.

« Le citoyen, demandait Thoreau, doit-il un seul instant, dans quelque mesure que ce soit, abandonner sa conscience au législateur ? Pourquoi, alors, chacun aurait-il une conscience ? Je pense que nous devons d’abord être des hommes, des sujets ensuite. » Un peu plus d’un demi-siècle auparavant, la Déclaration des droits de l’homme de 1789 ne disait pas autre chose en énonçant, dès son article 2, la « résistance à l’oppression »parmi « les droits naturels et imprescriptibles de l’Homme » (voir ici). Or, sauf à ignorer tout principe d’humanité, qui ne voit, parmi nous, qu’il y a en effet oppression quand des États se refusent à aider des hommes, des femmes et des enfants en détresse ou en péril, ne les secourent pas quand ils risquent la mort dans le simple espoir de survivre, ne les accueillent pas alors qu’ils fuient guerres et misères, violences et sécheresses, désordres économiques, dénis démocratiques et dérèglements climatiques, ne les nourrissent ni ne les hébergent, ne leur accordant même pas le minimum vital ? 

Loin de relever de pétitions de principe abstraites, ces mots, qui fondent une éthique de la solidarité, sont concrètement inscrits dans une foultitude de textes internationaux et européens – traités, conventions, résolutions, déclarations, directives, etc. – qui, depuis la Seconde Guerre mondiale, font obligation aux États de les respecter. Quand ces derniers les bafouent, avec la complicité active de gouvernants incapables d’être au rendez-vous de leur responsabilité historique, flattant les égoïsmes nationaux et jouant sur les replis identitaires, il revient donc à la société de les défendre. Tel est le sens de l’action de Cédric Herrou ainsi que de tant d’autres militant-e-s associatifs. Et c’est bien parce qu’elle dévoile l’injustice et la lâcheté des politiques officielles, de tri entre migrants et de fermeture des frontières, qu’elle devient insupportable au pouvoir en place.

Le réalisme est du côté des solidarités

Car, contrairement à ce que nous serine depuis des années la vulgate politicienne et médiatique, le réalisme est du côté de ce monde associatif et militant. Réalisme des principes, évidemment, qui, à force d’être piétinés par les administrations étatiques et les gouvernements en place, deviennent des mots vidés de leur sens et, pour le coup, des digues immensément fragiles face aux régressions xénophobes, autoritaires et identitaires. Ainsi, comment ne pas être alarmé par le fossé abyssal qui s’est creusé entre le monde unanime des défenseurs des droits humains et les politiques mises en œuvre, sous cette présidence comme sous les deux précédentes, à l’encontre des migrants ? Leur expertise, nourrie de l’expérience vécue, est tenue pour négligeable par un État qui ne raisonne qu’en termes de flux, de stocks et de chiffres, sans jamais prêter attention aux réalités humaines qu’ils recouvrent et à ce qu’elles pourraient lui apprendre.

Le très indépendant et fort respecté Défenseur des droits (ici et aussi là), la Commission consultative des droits de l’homme, à l’unanimité de la soixantaine d’associations qu’elle regroupe (), des ONG aussi diverses qu’Amnesty International, la Cimade, Médecins du monde, Médecins sans frontières et le Secours catholique (), tous ont beau avoir pris position contre cette criminalisation de la solidarité, proclamant qu’elle n’est que la mise en pratique de la défense des droits humains fondamentaux, rien n’y fait !

L’État continue son aveugle et irresponsable bonhomme de chemin, contrôle, réprime, interpelle, garde à vue, poursuit, met en examen, traduit en justice, condamne… « Ni trafiquants ni délinquants, lui ont récemment rétorqué plusieurs ONG et associations,ces personnes [qui viennent en aide aux migrants], inquiétées, intimidées, poursuivies et désormais condamnées, sont avant tout des défenseurs des droits humains. Car il s’agit bien de protéger les droits violés des personnes migrantes et réfugiées, qui sont confrontées à l’inaction, aux défaillances et même aux atteintes à ces droits portées par les autorités françaises. »

Mais ce que donne à voir ce divorce entre un État, qui parie sur une indifférence collective qu’il entretient, et des militants, dont les actes individuels s’efforcent de réveiller les consciences, c’est aussi l’irréalisme inopérant des politiques officielles quand, au contraire, le monde associatif fait preuve d’un pragmatisme efficace. Car qu’ont fait nos gouvernants depuis que l’accentuation interdépendante de crises démocratiques, humanitaires, sécuritaires, sociales, écologiques, etc., a accéléré la mise en branle d’une humanité en quête de survie et de dignité, venue du monde arabe et du continent africain ? Ils n’ont rien voulu comprendre ni entendre. Au lieu de prendre la mesure durable et persistante de cet ébranlement, ils s’entêtent à fuir le monde nouveau qu’il dessine, où réfugiés politiques et migrants économiques sont emmêlés, où les désastres guerriers et les désordres climatiques avancent de concert, où l’Europe est définitivement requise par un devoir d’hospitalité.

La même Union européenne qui impose à ses peuples des politiques économiques uniformes, sur lesquelles ils n’ont guère prise, a été incapable d’élaborer des réponses communes, solidairement partagées par ses États membres, sur les questions migratoires. Impuissante à inventer des solutions à la hauteur d’un défi historique, elle a préféré se défausser, écarter, repousser, mettre à distance, etc., cette réalité humaine qui la bouscule et la dérange. C’est ainsi qu’en 2015, elle a pressé le gouvernement italien de mettre fin à l’opération de secours en mer Mare Nostrum, pour donner la priorité, avec Frontex, à la surveillance de ses frontières. Puis, en 2016, elle a conclu cet accord de la honte avec la Turquie (lire ici), sous-traitant à Ankara le blocage des réfugiés, moyennant finances – les migrants ne sont plus qu’une monnaie d’échange – et silences – la dérive autoritaire du régime a continué de plus belle.

Or c’est ce même accord qu’avec le concours zélé de la France, l’UE veut aujourd’hui reproduire en Libye (lire là), dans un pays encore plus instable, dévasté et déchiré, où les violences et sévices subis par les migrants sont attestés. Comment ne pas redouter que cette promotion de la Libye en auxiliaire des politiques de contrôle migratoire ne s’accompagne d’une tolérance coupable envers les atteintes aux droits humains et aux principes démocratiques subies par son peuple ? Et d’autant plus que le semblant d’autorités libyennes et les autorités italiennes paraissent soudain s’être donné le mot, les premières pourchassant les navires de sauvetage en mer (lire ici), les secondes criminalisant les ONG qui les affrètent (lire ici l’alerte de Migreurop et là le rapport de Forensic Oceanography). C’est comme si, pour guérir une maladie, on s’en prenait aux médecins qui, vaille que vaille, tentent de la soigner. 

Le repli sur nous-mêmes, nos frontières, nos nations, nos conforts, nos indifférences, est une dangereuse illusion qui ne nous protégera pas des bouleversements de ce nouveau monde où « nous ne sommes plus seuls », selon la pertinente formule de Bertrand Badie qui aimerait trouver des gouvernants capables de voir loin, de penser large et d’agir au-delà du court terme (lire ici). Politistes, géographes, historiens, démographes, etc., nombreux sont les chercheurs qui documentent cette complexité inédite de la question migratoire qu’une politique digne de ce nom devrait oser prendre à bras-le-corps. S’ils étaient lus, mieux écoutés, nous entendrions cette pédagogie qui manque, capable à la fois de dire les difficultés objectives de l’accueil et de l’intégration tout en énonçant cette vérité que nous n’avons plus le choix, sauf à nous couper du mouvement du monde et de l’exigence d’humanité.

François Gemenne est l’un des plus notables d’entre eux qui, dans un appel lumineux à « ouvrir les frontières » (lire ici, accès payant), a mis en évidence le « vide politique abyssal » des réponses européennes à une crise qui, souligne-t-il, « n’est pas celle des réfugiés » : « Cette crise est d’abord celle de l’Europe. Parce qu’elle révèle son incapacité à répondre de façon digne et cohérente à l’une des plus graves crises humanitaires qu’elle ait connues à ses portes. » Europe, on le sait, fut une divinité de la mythologie grecque. Il y a un quart de siècle, le philosophe René Schérer exhumait l’une des figures qu’y prend Zeus, le dieu des dieux : Zeus hospitalier, dieu de l’hospitalité (voir ici). Ce Zeus que l’on retrouve dans l’Odyssée, lors du retour final du pérégrinant Ulysse à Ithaque.

Déguisé en mendiant, crasseux et misérable, Ulysse, méprisé des puissants dont il fut, est accueilli de bonne grâce par un humble porcher qui, à ses remerciements, réplique :« Étranger, je n’ai pas le droit, quand même viendrait quelqu’un de plus miséreux que toi, de manquer de respect envers un hôte. Ils sont tous envoyés de Zeus, étrangers et mendiants. » Lui-même helléniste, Jean-Pierre Vernant, cette haute figure de résistance démocratique et d’exigence intellectuelle, creusait ce sillon, où se mêlent antiques sagesses et compassions spirituelles, en nous invitant à jeter des ponts, à faire lien, à tendre la main, bref à être solidaires : « Pour qu’il y ait véritablement un dedans, encore faut-il qu’il s’ouvre sur le dehors pour le recevoir en son sein. Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui. Demeurer enclos dans son identité, c’est se perdre et cesser d’être. On se connaît, on se construit par le contact, l’échange, le commerce avec l’autre. Entre les rives du même et de l’autre, l’homme est un pont. » 

Cédric Herrou et ses semblables sont de ces hommes qui, jetant des ponts, sauvent l’âme de l’Europe.

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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 06:13

Le président nouvellement élu a cru devoir à l'occasion de la commémoration de la rafle du Vel' d'Hiv inviter M. Netanyahou et dans le même mouvement prononcer une condamnation ex cathedra contre l'antisionisme identifié à l'antisémitisme. 

Ce comportement est inconcevable pour plusieurs raisons: en premier lieu parce que le premier ministre israélien est coupable de crimes de guerre, qu'il pratique une politique non seulement contraire à toutes les résolutions de l'ONU relatives au règlement pacifique juste et négocié du conflit au Proche-Orient mais en outre traite la déclaration d'indépendance d'Israël comme un chiffon de papier; celle-ci ne permet à aucun gouvernement israélien de faire fi des résolutions dont l'engagement à les respecter a conduit à la création de l'Etat d'Israël. 

En second lieu, cette invitation du premier ministre israélien pour la commémoration de la rafle du Vel d'Hiv conforte les propagandes - notamment celle d'Israël, répercutée par le Crif en France - qui veulent faire admettre à l'opinion publique qu'Israël est légitime pour parler au nom de tous les juifs, comme si toutes les victimes de la rafle, tous les survivants du génocide et leurs successeurs se reconnaissaient dans "le" sionisme. 

En troisième lieu, l'identification de l'antisionisme à l'antisémitisme est scandaleuse: il est notoire que "le" sionisme n'existe pas, ses variantes sont multiples; rappelons que Ben Gourion, qui se réclamait du "sionisme", considéra M. Begin comme un nouvel Hitler jusqu'à la guerre des Six-Jours; la politique israélienne subit ensuite de profondes inflexions jusqu'à aujourd'hui, où la version du "sionisme" de Jabotinsky, version d'ultradroite et quasi fascisante, l'inspire. Il n'existe et ne peut exister de définition univoque de ce courant idéologique traversé d'influences multiples et de contradictions considérables. 

Pour cette même raison, l'"antisionisme" est une terminologie qui n'admet aucune définition univoque. Celles et ceux qui éventuellement s'en réclament sont constitués par au moins deux courants distincts et opposés; le premier est d'inspiration démocratique, ne conteste pas la légitimité de l'Etat d'Israël au terme des résolutions de l'ONU et à ce titre entend protester globalement contre la politique de l'Etat d'Israël. Ignorer qu'en Israël même nombre de voix de progressistes se réclament de l'"antisionisme" révèle ou bien l'ignorance coupable du chef de l'Etat ou sa complicité avec la politique actuelle de l'Etat d'Israël. 

Un second courant se réclamant de "l'antisionisme" ne fait aucun mystère de son rejet des résolutions de l'ONU, considère globalement l'Etat d'Israël comme illégitime, sa création comme une erreur, et suspecte tout compatriote "juif", qu'il se déclare tel ou non, comme suspect de "sionisme"; ce courant est ouvertement antisémite et il se pare d'"antisionisme" pour éviter d'être traduit en justice; en France l'antisémitisme est un délit. 

Entretenir la confusion est gravissime et vise à empêcher la critique démocratique de la politique du gouvernement israélien, à criminaliser celles et ceux qui n'hésitent pas à la combattre en utilisant une terminologie sujette à caution mais dont le contexte de l'expression ne laisse aucune place à aucune interprétation équivoque. 

Enfin, c'est le plus grave, cette identification entre un délit et une terminologie discutable crée un précédent inadmissible: c'est le courant démocratique qui est seul visé et qui se trouve sous le coup d'un procès inquisitorial. Une autre voix juive a constamment refusé de placer son action sous le signe de "l'antisionisme" mais combattra avec résolution toute tentative d'intimidation de nos compatriotes qui tout en voulant à bon droit protester contre la politique israélienne ne mesurent pas les ambiguïtés de cette terminologie. 

 

Pascal Lederer et Olivier Gebuhrer

Coanimateurs d'Une autre voix juive  

http://uavj.free.fr 

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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 05:56

 

Moins d'une décennie après la grande crise de 2008, la finance mondiale est de retour sur un volcan. D'énormes masses financières se sont de nouveau accumulées, mettant le système sous pression. Les chiffres cités dans nos pages parlent d'eux-mêmes. 23 milliards de profits en 2016 pour les banques françaises. 75 milliards pour les groupes du CAC 40. 1 145 milliards de dividendes versés dans le monde avec, toujours pour la France, quasiment championne d'Europe et aux premiers rangs dans le monde en la matière, une hausse de 11 % au profit des actionnaires. Malgré les déclarations des États, les repentirs et les larmes de crocodile des grands organismes financiers qui n'avaient rien vu venir ou rien voulu voir, malgré les engagements des sommets internationaux promettant une régulation toujours reportée au lendemain, la fin des paradis fiscaux pour la saint-glinglin, toutes les conditions sont réunies pour une explosion de plus grande ampleur encore qu'en 2008.

Cela pour une raison simple. La clé de la crise de 2008, c'est une suraccumulation financière telle que les capitaux en concurrence sont amenés, pour se rentabiliser, à prendre des risques de plus en plus importants. Cela en les reportant en cascade sur d'autres organismes financiers par des jeux sophistiqués dont la multiplication des produits dérivés. Parmi ces risques, prêter de l'argent à des gens qui n'en ont pas. C'est de l'argent virtuel, du sable. Qu'ils cessent de rembourser, et la machine saute. C'est la crise des subprimes.

Les masses financières d'aujourd'hui se retrouvent dans une situation de véritable guerre financière dont les pauvres, les couches moyennes sont la chair à canon et les États les champs de bataille. En France, Emmanuel Macron est à la manœuvre. La mobilité et la flexibilité annoncées comme autant d'objectifs de la loi travail sont les accélérateurs d'une économie de prédation, volatile, orientée vers le profit à court terme et en quête permanente de rentabilité dans cette concurrence mondiale sans frein. C'est « danser » sur le volcan.

 

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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 05:51

Dix ans. Un « jeudi noir », un krach, le premier d’une longue série, s’abattait sur la planète finance. Pourtant ce jour-là, la ministre de l’Économie, Christine Lagarde – actuelle directrice du FMI –, affirmait dans les colonnes du Parisien que ceci « n’était pas un krach », tout juste « un ajustement » aux « gros excès » américains, « une correction brutale » mais « prévisible ». Et d’appeler les Français à garder « la tête froide ». Le système financier s’effondrait, entraînant avec lui la plus grave crise financière depuis la Grande Dépression. Fini le capitalisme triomphant, les ravages de la financiarisation éclatent à la face du monde, révélés par le scandale des subprimes. Créés au début des années 2000, ces crédits immobiliers à taux variables octroyés aux Américains les moins aisés les ont contraints à s’endetter pour se loger. La remontée des taux d’intérêt et la chute du marché immobilier auront raison de la capacité des ménages à honorer leurs échéances. La bulle éclate.

«LE BARIL DE POUDRE, QUI N'A PAS ENCORE EXPLOSÉ, EST TROIS OU QUATRE FOIS PLUS GRAND QU'EN 2007.» DENIS DURAND ÉCONOMISTE MEMBRE DU PCF

 

Dix ans après, la planète finance toujours en surchauffe

 

Dès août 2007, le scandale des subprimes plongeait l'économie mondiale dans une crise financière majeure. Une décennie plus tard, le monde de la finance, soutenu par les politiques néolibérales au pouvoir, continue de dicter sa loi.

Les images ont fait le tour du monde. Cartons sous le bras, les salariés de Lehman Brothers quittent leurs bureaux new-yorkais. 25 000 licenciements en une seule journée. La chute de la quatrième banque d'affaires américaine fait les gros titres. Une faillite symbole de la globalisation financière planétaire. Le ver est dans le fruit et les subprimes, actifs immobiliers pourris, sont partout. Avec la création de produits financiers complexes, les fonds d'investissement, de pension et l'ensemble des banques ­ y compris en France BNP Paribas ou Crédit agricole ­ en ont les caisses pleines. Des produits financiers qui désormais, ne valent plus rien. Tout le monde soupçonne tout le monde. Le marché est grippé. Mais il ne cède pas. Contrairement à 1929, les banques centrales volent au secours du système. Elles injectent des liquidités, rachètent les titres qui n'ont plus aucune valeur. Les entreprises, les ménages n'accèdent plus aux crédits. La récession est inévitable. Le vocabulaire économico-financier devient connu de tous. Les États dépensent, s'endettent pour empêcher que la récession ne se transforme en dépression.

 

LES BANQUES ONT RENOUÉ AVEC LES SUPERPROFITS

Dix ans plus tard, tous les décideurs politiques, « experts économiques » invités sur les plateaux télé s'enorgueillissent de la reprise économique. Sortie des lignes rouges, la croissance de la zone euro est positive depuis seize trimestres. Les banques ont renoué avec les superprofits et sont certifiées « solides » par nos institutions financières qui, chaque année, réalisent des krach-tests, appelés stress-tests. En 2016, les six premiers groupes bancaires français ont dégagé plus de 23 milliards d'euros de profits. Un record, loin cependant des 27,8 milliards de dollars de la première banque américaine, J.P. Morgan. Les multinationales exultent aussi. En 2016, celles du CAC 40 ont engrangé 75 milliards d'euros de profits (+ 32 % par rapport à 2015). Couchés sur une montagne de liquidités, les fonds d'investissement prospèrent : les affaires reprennent. En 2016, les levées de fonds ont atteint 14,7 milliards d'euros, selon l'Association française des investisseurs pour la croissance (Afic). Encore un record. À l'échelle mondiale, le capital-investissement a collecté 379 milliards de dollars l'an passé, dont près de 220 milliards dédiés aux LBO (leveraged buy-out, ce rachat à crédit d'entreprises en contrepartie duquel sont exigés des taux de rentabilité insupportables). Et 1 154,5 milliards de dollars de dividendes émanant des 1 200 plus importantes sociétés ont été versés. À cela s'ajoute la finance de l'ombre, celle des fonds spéculatifs, des filiales de banques basées dans les paradis fiscaux qui, en 2016, ont échangé pas moins de 84 500 milliards d'euros, soit l'équivalent de 150 % du PIB mondial.

La planète finance s'emballe. En voulant sauver le système, « en prolongeant comme elles l'ont fait l'injection massive de liquidités dans l'économie mondiale », les banques centrales « ont créé une source d'instabilité et de spéculation qui risque de se traduire par une nouvelle crise financière », note Dominique Plihon, économiste d'Attac.

« Le baril de poudre, qui n'a pas encore explosé, est trois ou quatre fois plus grand qu'en 2007 », alerte pour sa part l'économiste membre du PCF Denis Durand. Si « tout va bien », du moins pour une partie de la population, pour les 99 % autres citoyens du monde, la crise est toujours là, bien présente. Le chômage de masse perdure. Et la crise a exacerbé inégalités et risques environnementaux. En France, si les 1 % les plus riches détiennent 25 % du patrimoine national, aux États-Unis et en Chine, ces taux grimpent respectivement à 42,1 % et 43,8 %. Pour subvenir à leurs besoins, dix ans après la crise, les classes moyennes, paupérisées, continuent de s'endetter.

Globalement, « le problème de la dette n'a pas été résolu dans le monde, celle-ci s'est aggravée », note Dominique Plihon. Selon la Banque des règlements internationaux (BRI), les 44 plus grands pays affichent aujourd'hui une dette cumulée de 160 000 milliards de dollars, soit 235 % du PIB mondial. Lorsque la banque Lehman Brothers a fait faillite, la dette était inférieure à 200 % du PIB. « Nous sommes à un moment historique où jamais nous n'avons eu un montant de dettes aussi élevé et globalisé. Si en 2007 la dette concernait les ménages américains, espagnols et anglais..., des pays avancés, cette fois le surendettement touche aussi les pays émergents, comme la Chine. »

 

UN ENDETTEMENT ABSOLUMENT VERTIGEUX

Aux États-Unis, les étudiants, pour payer leurs études, ont accumulé une montagne de dettes pour atteindre 1 300 milliards de dollars, montant multiplié par deux en dix ans. Alors que pour l'ensemble du monde, la dette ­ publique ou privée ­ est passée de 190 % à 230 % du produit intérieur brut entre 2001 et aujourd'hui. En Chine, par exemple, l'endettement des entreprises a été multiplié par deux depuis 2008, avoisinant désormais 160 % du PIB.

Pis, explique l'économiste, « ce qui est catastrophique c'est que, avec les élections de Donald Trump et d'Emmanuel Macron, nous sommes entrés dans une nouvelle phase de déréglementation qui va remettre en cause les timides réformes financières qui ont été mises en place après la crise ». Aux États-Unis, le président milliardaire a engagé une réflexion sur la loi Dodd-Frank de 2010, qui régule le secteur bancaire, estimant que celle-ci avait « échoué à rendre les banques de Wall Street responsables, a-t-il déclaré au printemps dernier. Dans certains cas, elle produit même des effets totalement opposés (...), et consacre l'idée que les banques sont trop grosses pour faire faillite ».

 

LES SOLUTIONS POUR SORTIR DE LA CRISE SONT NOMBREUSES ET CONNUES

Il n'en fallait pas plus à Emmanuel Macron, alors candidat, pour affirmer devant les patrons de la CGPME que « les instances prudentielles veulent de la prudence et n'ont qu'un objectif de réduction du risque. Elles ont donc désincité les banques et les assurances à financer l'économie ». Et de souhaiter que « les grands ratios de solvabilité de liquidité et de fonds propres des banques et des assurances puissent être discutés au niveau européen à l'Ecofin chaque année ». Une détermination au timing parfait, juste avant le Brexit, qui va alimenter une course à la déréglementation sur les places européennes afin de concurrencer Londres, explique Dominique Plihon. En parallèle, les plans d'investissements publics promis pour relancer l'activité et la transition écologique sont abandonnés et ne figurent plus dans les budgets prévisionnels. Les lobbies de la finance ont trouvé leurs gouvernants.

Pourtant, les solutions pour sortir de la crise sont nombreuses et connues. Séparation des banques de dépôt et d'affaires, nationalisation de la Société générale et de la BNP création d'un pôle public bancaire, , fin des paradis fiscaux, taxation des transactions financières. Et surtout la mise en place d'une tout autre politique monétaire, qui sanctionne les activités spéculatives. Car, « il ne faut pas attendre des marchés financiers qu'ils financent le développement des services publics et l'emploi », rappelle Denis Durand. Face à la logique des dominants, « l'opposition ne peut être que frontale », ajoute Dominique Plihon.

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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 05:49

Lancée le 13 avril 2016 et destinée à élargir le socle du PS, la Belle Alliance populaire affiche aujourd’hui un bilan calamiteux et plusieurs de ses fondateurs ont déserté pour filer chez Macron. Son avenir sera scellé ces prochaines semaines lors de l'élaboration de la « nouvelle feuille de route » du PS. 

C’était le bébé de Jean-Christophe Cambadélis et de quelques-uns de ses proches. Il devait être le mouvement qui allait « dépasser le PS » pour « fondre un mouvement qui nous dépasse » et « construire une nouvelle fraternité ». Et puis… rien. Nada. Néant. La Belle Alliance populaire (BAP) n’a jamais dépassé, en plus d’un an d’existence, le statut de coquille vide. Certes, la primaire organisée par le PS s’est bien faite sous l’égide de la BAP et les partis satellites qui s'y étaient joints rapidement – PRG, Front démocrate, Parti écologiste, notamment – ont pu participer au scrutin. Mais le résultat n'en demeure pas moins catastrophique.

François de Rugy, par exemple, qui avait au nom du Parti écologiste candidaté à la candidature, a vite tourné casaque pour rejoindre Emmanuel Macron, et devenir président de l’Assemblée nationale en juin. Au PRG, ce n’est pas mieux : après avoir hésité à participer à la primaire, celui-ci s’est éloigné du PS sans un regard, et réfléchit même à fusionner avec les radicaux valoisiens. Quant à Manuel Valls, il s'est totalement affranchi des règles de la primaire, en soutenant Macron avant même le premier tour

Il fallait pourtant les voir, le 13 avril 2016, Jean-Christophe Cambadélis, mais aussi Julien Dray, le secrétaire d’État ex-EELV Jean-Vincent Placé, l’ancienne ministre PRG Sylvia Pinel, les écologistes François de Rugy et Denis Baupin, ainsi que quelques « représentants syndicaux et de la société civile », lancer à coups de grandes déclarations la Belle Alliance. L’opération avait commencé en septembre 2015, quand Cambadélis s’était fendu d’une lettre ouverte à la gauche et aux écologistes. Il écrivait alors : « Il ne s’agit pas de nous unir entre nous, entre appareils, dans un cartel. Il s’agit de nous unir avec le peuple de gauche, d’aller re-puiser notre légitimité et notre énergie, nos idées aussi, dans le peuple de gauche. Oui, cette alliance d’un nouveau type est une alliance populaire: la belle alliance, parce qu’elle dépasse nos propres formations. » 

Tout à leur optimisme, Cambadélis et ses proches croyaient même que cette BAP pourrait ensuite essaimer dans chaque département. Pour forcer la chance, l’université d’été du PS devait être celle de la Belle Alliance. Mais la BAP n’a pas jamais connu son heure de gloire nationale : en 2016, l’université d’été a été annulée in extremis, au vu de la mobilisation contre sa tenue à Nantes, dans la foulée du mouvement de contestation de la loi sur le travail de Myriam El Khomri et à quelques kilomètres de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Elle avait été remplacée par une série de rendez-vous en région courant septembre, tous plus poussifs les uns que les autres.

Pis, le seul événement national, la convention nationale, a eu lieu dans une ambiance particulièrement lugubre, le 3 décembre 2016. En cause : le renoncement, quelques jours plus tôt, du président François Hollande à se représenter. Le centre de congrès de la Villette, à Paris, a vite paru surdimensionné. Il faut rappeler que le parti pariait sur la venue de 10 000 personnes (le chiffre de 15 000 avait même été avancé), avant de revenir à 5 000, puis 4 000, pour finalement n’annoncer que 3 000 personnes le jour même. Ce jour-là, lorsque nous interrogions le frondeur Christian Paul sur son absence à Paris, il nous répondait : « Nous n’avons jamais vraiment considéré la BAP comme une initiative opportune… la moitié du PS n’y est pas. »

Le meeting n’en a pas moins coûté au moins un million d’euros, selon un permanent du parti. Cette source, qui a demandé l'anonymat, pointe notamment le prestataire externe pour les bus : ils partaient de Paris le matin, allaient chercher les militants mais ne faisaient qu’un arrêt par département, avant, le soir, de les ramener et de revenir à Paris. Deux allers-retours dans la journée, parfois avec moins de 20 militants à bord… Autre exemple, cité par ce salarié de Solférino : un TGV privatisé pour ramener des militants de PACA, pour un coût d’au moins 150 000 euros. La direction du PS refuse pour l'instant de commenter ces chiffres, le coût de la BAP étant « en cours de consolidation » par la direction, qui s'engage à livrer le résultat au CE du 7 septembre. Ce qui est certain, c'est que le CDD du salarié chargé de s'occuper de la BAP a pris fin en avril et n'a pas été renouvelé. 

Interrogé sur l'avenir de la Belle Alliance, un de ses artisans, Rachid Temal, proche de Cambadélis et membre de la nouvelle direction collective du PS, refuse de se prononcer. « La BAP comme beaucoup d'autres questions seront débattues dans les semaines qui viennent par les adhérents, par les militants, par les fédéraux. Ce sera à la fin de ce processus qu'on saura ce qu'elle devient. » Luc Carvounas, député et membre lui aussi de la direction collégiale, se fait plus tranchant : « La BAP, c'était une belle idée, mais son démarrage a déjà été un peu bancal… Je l'avais dit à Cambadélis et Julien Dray. En réalité, elle reposait à l'époque de son lancement sur des réseaux style SOS Racisme, des réseaux qui ne portaient pas dans la société. » Tout est dit. Au passé.

 

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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 05:41
La guerre aux migrants continue: harcèlement des ONG en Méditerranée
Migreurop
La guerre aux migrants continue : harcèlement des ONG en Méditerranée
 
Le gouvernement italien, soutenu par l’ensemble des États de l’Union européenne (UE), vient de franchir une nouvelle étape dans la guerre menée contre les migrants en s’attaquant aux ONG qui tentent de les sauver des naufrages en Méditerranée.
Après qu’au printemps 2015, sous la pression des principales capitales de l’UE, inquiètes du « risque migratoire », il a mis fin à l’opération de secours en mer Mare Nostrum, cette mission avait progressivement été reprise par des ONG.
 
À ce jour, une grande partie des sauvetages en mer sont assurés par des organisations humanitaires, tandis que les États européens, au travers notamment de l’agence Frontex, concentrent leurs forces, et les financements publics, sur la surveillance des frontières et la lutte contre les « passeurs » : le résultat de cette politique délibérée de dissuasion est que le nombre de migrants ayant trouvé la mort dans la traversée de la Méditerranée, déjà dramatiquement élevé en 2015 (3.700), ne cesse d’augmenter (5.000 en 2016, sans doute plus encore en 2017 [1]). Devant l’absence de solidarité de ses partenaires européens – les opérations de « relocalisation », supposées soulager l’Italie, comme la Grèce, de la prise en charge des demandeurs d’asile arrivés sur leur sol, relèvent de la chronique d’un échec annoncé –, le gouvernement italien a choisi de prendre le leadership de la politique de laisser-mourir mise en œuvre depuis des années.
 
Alors que l’hécatombe en Méditerranée se poursuit, le nouvel instrument de cette politique est la criminalisation de la solidarité avec les migrants, pratiquée par nombre d’États dont la France [2].
 
Les ONG qui organisent les opérations de sauvetage en mer ont d’abord été entravées dans leur action par l’obligation de signer un « code de bonne conduite » les obligeant à accepter à bord des officiers de police armés, contrairement au principe de neutralité de l’action humanitaire. Les organisations réfractaires risquent de ne plus être en mesure de poursuivre leurs missions et sont dans le collimateur de la justice italienne.
 
L’une d’entre elles a ainsi vu son bateau placé sous séquestre par le procureur de Trapani, alors que les procédures et condamnations judiciaires se multiplient contre les « délinquant·e·s de la solidarité » : ainsi, le père Zerai, inspirateur de l’AlarmPhone qui signale les embarcations en difficulté, est visé par une enquête pour « aide à l’immigration illégale ».
 
L’objectif est clair : en mettant en cause les ONG, accusées de complicité avec des réseaux de « passeurs », il s’agit de faire place nette, de réduire à néant une action considérée comme favorisant un « appel d’air » migratoire et de faire taire des témoins du processus d’externalisation en Libye. L’UE, et notamment le gouvernement italien qui multiplie les coopérations avec les gardes-côtes libyens, parties prenantes des trafics d’êtres humains et des multiples violences infligées aux migrant·e·s, espère ainsi fermer l’une des dernières grandes routes maritimes permettant d’aller demander l’asile en Europe.
 
L’accord UE-Turquie du printemps 2016, qui a bloqué une grande partie des exilé·e·s voulant emprunter la route dite de la Méditerranée orientale, est considéré comme un modèle que l’UE veut reproduire avec la Libye, pays où chacun sait que les migrants subissent violences et sévices [3] avant d’entamer une traversée particulièrement dangereuse.
 
Aujourd’hui, c’est avec les factions en lutte en Libye que les gouvernements italien et français négocient. Dans ces vastes marchandages, les exilé·e·s sont une monnaie d’échange : ceux des groupes armés et des leaders actuellement en compétition qui réussiront à limiter les départs obtiendront les plus forts soutiens politiques et financiers. Il s’agit ainsi de rétablir les règles du jeu diplomatique qui prévalaient avant la chute du colonel Kadhafi : une Libye auxiliaire des politiques de contrôle migratoire de l’UE peut être reconnue comme un partenaire politique et économique à part entière, dussent les droits humains et les principes démocratiques passer à la trappe.
Alors que les défenseurs de droits humains, ainsi que les organisations internationales telles que le HCR [4], multiplient les alertes au sujet des dangers mortels que courent les étrangers en Libye, les exilé·e·s aujourd’hui victimes des milices et autres groupes criminels sont condamné.e.s à être remis aux mains de leurs geôliers.
 
À la suite d’autres leaders européens, le président français a ainsi retrouvé le fil de projets européens défendus depuis le début des années 2000 en proposant des camps de réfugiés en Libye, qui seraient la solution permettant à l’Europe de se défausser de ses obligations internationales en matière de protection des demandeurs d’asile et autres exilé·e ·s. La ligne politique est claire et connue : c’est celle de la sous-traitance du contrôle des frontières et de l’élévation du niveau de coercition à l’égard des réfugié·e·s. Dans ce contexte, les ONG de secours en mer sont devenues l’ennemi principal contre lequel tous les moyens étatiques sont engagés. Avec le concours de l’ensemble des militant·e·s solidaires des personnes tentant de faire valoir leur droit à émigrer, elles sont en effet l’ultime verrou empêchant que l’Europe ne réduise sa politique migratoire à un laisser-mourir dans une Méditerranée devenue cimetière. C’est pour cette raison que le réseau Migreurop défend toutes celles et ceux qui sont accusés du crime de solidarité.
13 août 2017
 
[1Missing Migrants Project (OIM) Latest Mediterranean Update
[2Charles Heller, Lorenzo Pezzani, « Cessez d’accuser les sauveteurs en mer », Libération, 18 juillet 2017
[3’You aren’t human any more : Migrants expose the harrowing situation in Libya and the impact of European policies Oxfam, MEDU, Borderline Sicilia 9 août 2017
[4Vincent Cochetel, Envoyé spécial du HCR en Méditerranée centrale : les camps et centres de détention pour migrants en Libye « ne sont autre que des prisons, certaines contrôlées par les autorités, d’autres par des milices et des trafiquants » où tous les migrants ramenés sur les côtes libyennes sont soumis à de « terribles conditions » (Ansa, 4 août 2017)

 

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