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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 18:29

Face à Israël, le parti pris du laisser-faire ?

Communiqué de l’AFPS, mercredi 21 septembre 2016

La signature à Washington de ce qui est présenté par le Département d’Etat comme « le plus grand engagement d’aide militaire bilatérale dans l’histoire des Etats-Unis », 38 milliards de dollars sur 10 ans au bénéfice d’Israël, a laissé sans réaction la France et l’UE.

Ce protocole d’accord, 23 ans quasi jour pour jour après la signature à Washington des accords d’Oslo, scelle dans le marbre une alliance stratégique présentée comme immuable.

Quel message envoie-t-il, sinon celui d’avaliser par avance toute nouvelle initiative israélienne dans la poursuite de l’occupation, de la colonisation et de l’épuration ethnique à l’œuvre en Palestine ? Intervenant en fin d’administration Obama, il affiche une volonté de soutien permanent et inconditionnel, quel que soit le prochain président des Etats-Unis.

Cette annonce intervient après que le mois d’août aura été celui d’un chiffre jamais atteint en termes de nouveaux appels d’offres, de confirmation et relance de programmes déjà annoncés, ou lancement de travaux d’extension des colonies, spécialement dans les régions stratégiques de Jérusalem et de la vallée du Jourdain. Le tout accompagné tout au long de l’été de proclamations répétées sur le droit d’Israël à poursuivre la colonisation en tout point du territoire occupé, de destructions de maisons palestiniennes et de bâtiments financés par des fonds européens.

Face à cette politique israélienne de refus de toute solution politique, refus qui semble acté par le protocole de Washington, le silence persistant de la France laisse à penser qu’il pourrait procéder d’un partage des rôles, l’initiative diplomatique française n’étant alors guère plus qu’un habillage pour masquer le renoncement de fait à toute véritable intervention pour faire valoir les exigences du droit et la recherche d’une solution de paix juste et durable.

Le sort réservé en France par le Parquet aux plaintes pour tenter de museler l’appel au boycott sera un vrai révélateur de la nature de la position française face à ceux qui se battent pour imposer le droit.

Le Bureau national de l'AFPS

DOCUMENTS JOINTS

Face à Israël et à l'alliance militaire intensive avec les Etats-Unis, le parti pris du laisser faire? (communiqué de l'AFPS, 21 septembre 2016)

L’alliance militaire entre les Etats-Unis et Israël renforcée pour dix ans

La somme est colossale. Au cours de la décennie 2019-2028, les Etats-Unis s’engagent à fournir à Israël une aide militaire de 38 milliards de dollars (34 milliards d’euros). Selon le département d’Etat, il s’agit du « plus grand engagement d’aide militaire bilatérale dans l’histoire des Etats-Unis ».

Piotr Smolar - Le Monde, mercredi 14 septembre 2016

Ce protocole d’accord devait être officiellement signé à Washington, mercredi 14 septembre, par Yaakov Nagel, conseiller pour la sécurité nationale auprès du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, et Thomas A. Shannon Jr., le sous-secrétaire d’Etat pour les affaires politiques. Il scelle une nouvelle fois l’alliance stratégique entre les deux pays, malgré les relations personnelles exécrables entre leurs dirigeants, Barack Obama et Benyamin Nétanyahou, et le développement des colonies en Cisjordanie, que la diplomatie américaine condamne régulièrement, sans conséquences.

L’accord en vigueur à ce jour, et qui expire en 2018, alloue à Israël environ 3,1 milliards de dollars d’aide annuelle. A cela s’ajoutent des efforts exceptionnels, votés chaque année par le Congrès, essentiellement pour des projets de défense antimissiles comme les batteries du système « Dôme de fer ». « Israël aurait pu assumer ces programmes seuls, mais cela aurait pris beaucoup plus de temps à cause du processus de décision lourd et de la charge budgétaire », explique Uzi Rubin, qui dirigea le développement du système Arrow contre les missiles longue portée entre 1991 et 1999.

Dans le cadre du nouveau mémorandum, la Maison Blanche a imposé des concessions à l’Etat hébreu. Celui-ci ne pourra plus s’engager directement dans des marchandages avec le Congrès pour obtenir des rallonges, à moins de circonstances particulières, en temps de guerre.

« Ça nous donne moins de flexibilité, mais ça nous permet de mieux planifier nos besoins à l’avance, explique Reuven Ben Shalom, ancien chef du département nord-américain au planning des forces armées, à l’époque où fut conclu l’accord précédent, en 2007. Je suis soulagé et reconnaissant vis-à-vis du peuple américain. L’héritage d’Obama sera le renforcement de la sécurité d’Israël, avec un niveau sans précédent de coopération militaire et en matière de renseignement. » Le motif d’inquiétude numéro un de l’état-major israélien est l’arsenal sans précédent accumulé par le Hezbollah, la milice chiite libanaise parrainée par l’Iran, qui dispose de 100 000 roquettes à la précision accrue.

« Régime unique »

Une réserve de taille figure dans le nouveau mémorandum. A partir de la sixième année, Israël ne pourra plus utiliser ces fonds pour passer des commandes à sa propre industrie de défense, ce qui était le cas pour plus du quart de la somme allouée. L’aide de Washington est donc, au-delà du lien conforté entre les deux pays, une subvention indirecte au complexe militaro-industriel des Etats-Unis. « Nous avions bénéficié d’un régime unique, explique Reuven Ben Shalom. Les fonds américains étaient de l’oxygène pour notre secteur militaro-industriel. Nous allons devoir gagner en maturité et nous préparer à l’indépendance. »

Les négociations en vue d’un nouvel accord avaient vraiment débuté en novembre 2015. Quatre mois plus tôt, un accord historique avait été conclu par les pays du « P 5+1 » (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) avec l’Iran, au sujet de son programme nucléaire. Un accord jugé dangereux par Benyamin Nétanyahou, qui a dès lors encouragé les élus au Congrès américain à ne pas le ratifier, quitte à se mêler de la politique intérieure d’un autre Etat. Jusqu’à la ratification finale, le premier ministre israélien avait refusé d’entamer des discussions sur la compensation militaire dont pourrait bénéficier son pays en réponse à l’accord avec l’Iran et à la course aux armements ouverte dans la région.

A compter de novembre 2015, les négociations furent ardues entre Israéliens et Américains. Le 25 avril, 83 sénateurs américains sur 100 ont signé une lettre appelant l’administration Obama à accroître ses efforts pour conclure un nouvel accord avec Israël. Le gouvernement Nétanyahou espérait un effort financier considérable de la part de Washington, de l’ordre de 4 à 5 milliards de dollars par an. La Maison Blanche a opposé une fin de non-recevoir. M. Nétanyahou a ensuite joué un bluff risqué, en semblant prêt à remettre les discussions à plus tard, lorsque M. Obama aura quitté la scène.

Même les conseillers du premier ministre et ses alliés politiques estimaient pourtant qu’il valait mieux conclure dès que possible. Le 4 juillet, lors de la fête nationale à l’ambassade américaine, M. Nétanyahou confia son « espoir » d’une conclusion heureuse. Il passa aussi publiquement commande. « Nous apprécions les derniers avions, les F35. Nous parlerons des autres versions que nous voulons. Le décollage vertical, c’est un indice. »

Maintenant que l’accord est conclu, les observateurs israéliens s’interrogent déjà sur le sens que Barack Obama voudra donner à ses derniers mois de présidence vis-à-vis d’Israël. Compte-t-il profiter des deux mois et demi entre l’élection du 8 novembre et l’investiture de son successeur pour prendre une initiative ?

Depuis longtemps, les experts spéculent sur sa volonté éventuelle de laisser un héritage sur le conflit israélo-palestinien. Il pourrait s’agir soit d’un soutien à une résolution au Conseil de sécurité, défavorable à Israël, soit d’un discours cadre, rappelant les paramètres d’une solution à deux Etats. Mais d’autres commentateurs soulignent la lassitude qui se serait emparée de Barack Obama sur ce dossier.

Sous sa présidence, conformément à la tradition, les questions politiques et militaires ont été découplées. Les communiqués répétés du département d’Etat condamnant le développement des colonies en Cisjordanie se sont succédé, sans effet. Le 9 septembre, Benyamin Nétanyahou s’est même permis, à quelques jours de la signature du mémorandum, d’enregistrer une vidéo de deux minutes en anglais, dans laquelle il accuse les pourfendeurs de la colonisation d’être complices du « nettoyage ethnique » des juifs dans les territoires palestiniens. Cette vidéo a été mal reçue au département d’Etat. Sans conséquences.

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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 18:26
2017: Rien n'est joué! Interview de Pierre Laurent

2017 : rien n'est joué ! Interview de Pierre Laurent

Le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent a lancé un appel à la Fête de l’Humanité. Devant le scénario de l’échec que prépare la multiplication des déclarations de candidature, il appelle à construire un rassemblement capable de créer un nouvel élan à gauche pour empêcher de nouveaux désastres et faire de 2017 une victoire populaire.

À LA VEILLE DE L’ANNÉE 2017, VOUS VOILÀ AU PIED DU MUR...

PIERRE LAURENT : C’est vrai. Le pays a besoin de changements urgents. On le voit avec éclat chez Alstom où les actionnaires continuent de faire la loi contre l’intérêt du pays. La nance a toujours trop de pouvoirs et la démocratie est malade. Le bal des prétendants pour l’élection présidentielle est déconnecté de ces urgences. Un bel avenir pour la France est possible si on récupère les richesses qui nous sont con squées et le pouvoir de décider. Et pourtant le pire risque d’advenir. Le piège qu’on nous tend pour 2017 est dangereux pour la France.

QUELS SONT CES DANGERS ?

PIERRE LAURENT : Le gouvernement Hollande a discrédité la politique en trahissant les électeurs
de 2012. La colère est grande et le FN est en embuscade. Marine Le Pen n’a même plus besoin de parler, la droite et le gouvernement se chargent de lui faire une campagne sur mesure. Mais qui est Marine Le Pen ? Marine Le Pen c’est l’outrance de Donald Trump, l’ultralibéralisme de la britannique Theresa May, et le racisme de l’extrême droite autrichienne réunis. Les Républicains s’entre déchirent le temps d’une primaire, mais seront bientôt en ordre de bataille pour mener à terme leur projet de destruction du modèle social français. Quant à Emmanuel Macron, le renard du MEDEF lâché dans le poulailler socialiste, l’homme qui fait du neuf avec du vieux et du vieux avec du neuf, il est là pour tirer encore à droite un échiquier politique qui n’a vraiment
pas besoin de ça.

ET PENDANT CE TEMPS-LÀ, VOUS ESTIMEZ QUE LA GAUCHE DE PROGRÈS CONTINUE DE FAIRE TOURNER À PLEIN LA MACHINE À PERDRE...

PIERRE LAURENT : Oui et c’est fou, même irresponsable. Bien sûr que François Hollande ne peut pas rassembler la gauche. Mais pour construire une alternative forte, les candidatures ne doivent pas se multiplier à gauche mais converger. C’est ce que souhaite le pays. Au printemps, mobilisé contre la loi Travail, résistant aux divisions et aux haines, il a montré qu’il existe une majorité sociale de progrès : il est de notre devoir de la transformer en majorité politique. Divisés nous perdrons, unis nous pouvons sérieusement envisager de lever une majorité de gouvernement. Et c’est pourquoi j’appelle à travailler jusqu’au bout à un pacte d’engagements communs.

MAIS N’EST-IL PAS TROP TARD ?

PIERRE LAURENT : Non, il ne sera jamais trop tard. Notre feuille de route est simple et notre calendrier xé. Nous menons dans le pays une grande consultation citoyenne à laquelle des dizaines de milliers de personnes ont déjà répondu. J’invite à la remplir massivement. Aujourd’hui qui se préoccupe vraiment de la voix du peuple ? Qui ? Si ce n’est les communistes ? C’est pourtant ce qui peut être notre force pour débloquer la situation.

À l’issue de ce mois de consultation, nous ferons la démonstration qu’il existe une majorité populaire pour une vraie politique de gauche, ce que j’ai appelé le pacte d’engagement commun qui pourrait unir les forces aujourd’hui dispersées. Nous n’entendons pas déserter le débat politique et présidentiel. Bien au contraire. Nous ferons nos choix en novembre. Nous ferons ce choix en responsabilité et quelle que soit notre décision nous ferons entendre la voix du Parti communiste pour le présent, mais surtout pour l’avenir. Et nous allons pousser au bout, nous allons nous donner le temps pour donner toutes ses chances à la possibilité d’une candidature unique de la gauche qui ne veut plus de François Hollande.

VOUS PARLER DE RASSEMBLER, MAIS SUR QUELLES BASES CELA VOUS PARAÎT-IL POSSIBLE ?

PIERRE LAURENT : Nous pouvons être raccord sur l’essentiel : sur la sortie de l’austérité, sur la relance des services publics, des investissements productifs et écologiques, sur la sécurisation de l’emploi en priorité pour la jeunesse, sur la lutte contre la nance, sur la refonte de l’Europe, sur la VIe République... C’est une bonne base de départ non ? Il faut arrêter de faire le pari fou qu’un seul individu, aussi talentueux soit-il, sera en mesure de capter à lui seul sans dynamique unitaire l’a aissement de François Hollande.

Divisés, nous risquons de n’avoir que nos yeux pour pleurer. Une autre voie est possible. Rien ne se fera sans un engagement massif des citoyens dans le débat présidentiel. Allez-y, devenez acteurs, intervenez, mobilisez-vous, organisez-vous, devenez incontournables ! Vous êtes les seuls à pouvoir nous sortir du scénario infernal. Sans vous rien ne se fera. Et rien n’est encore joué. Tout peut encore changer, être bouleversé pour peu qu’on s’y investisse. Prenons nos rêves au sérieux ! Croyons en nous ! Notre force est superbe. Nous sommes le nombre, nous sommes le peuple, nous sommes les 99% !

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Que demande le peuple ? La Grande consultation citoyenne continue

C’est une enquête menée par le PCF avec l’accompagnement de l’Institut ViaVoice pour faire entendre dans le débat politique la réponse à cette question centrale que demande le peuple ? - Les communistes sont déjà allés à la rencontre de près de 200 000 personnes. Plus de 40 000 d’entre elles ont rempli le questionnaire. Nous nous donnons jusqu’au 8 octobre pour permettre la plus large participation possible.

Le 8 octobre aura lieu la présentation des résultats et de nombreux moments de restitution de la parole recueillie pour engager le débat politique sur les bonnes bases.

Participez en contactant les militants communistes de votre territoire ou sur

www.lagrandeconsultationcitoyenne.org

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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 18:23

Interdiction de l'IVG : En Europe, les forces réactionnaires mobilisées contre l’intérêt des femmes (Laurence Cohen - PCF)

Alors que les femmes sont souvent mobilisées pour reprendre le contrôle de leur vie, aussi bien dans la sphère publique que dans la sphère privée, dans tous les pays du monde, les réactionnaires fourbissent leurs armes pour briser leurs aspirations. Ils ont mené la semaine dernière une offensive dans 2 pays européens.

Ainsi en Pologne, dont la législation est très restrictive en terme d’interruption volontaire de grossesse, le gouvernement propose une loi qui interdit l'avortement y compris en cas de viol, de graves malformations du fœtus ou de danger pour la vie de la mère. Ainsi, les associations pro-vie, qui ont obtenu ce durcissement, prétendent déposséder les femmes de tout choix relatif à leurs corps, quitte à les mettre en danger ou à les assigner au seul rôle de procréatrices !

Au même moment, l'Italie a célébré son « Fertility Day », censé sensibiliser les jeunes à la nécessité de procréer. Cette campagne, organisée par le ministère de la santé italien, explique en réalité que les priorités des femmes doivent être tournées vers les enfants, leur naissance, leur accompagnement, leur éducation.

En France même, de Manif pour Tous en ABCD de l'égalité, les forces réactionnaires ont pu convaincre et mobiliser contre l’intérêt des femmes, encouragées, parfois, par les renoncements gouvernementaux. Le Front national en a même fait un programme, distillé à coups de petites phrases revendiquant le « retour au foyer » des unes et des autres.

Les militantes et militants du Parti Communiste Français sont du côté des femmes de Pologne, d'Italie, de France et d'ailleurs pour balayer ces tentatives rétrogrades et pour entrer de plain-pied dans un XXIe siècle aux couleurs du choix, des libertés, de l'égalité, de la solidarité pour toutes les femmes du monde entier.

Nous appelons donc au rassemblement prévu devant l'ambassade de Pologne, au 1 rue de Talleyrand à Paris, le 2 octobre à 15h.

Interdiction de l'IVG: en Europe, les forces réactionnaires mobilisées contre les droits des femmes (Laurence Cohen- PCF)
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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 18:00

Lu sur le site des élus communistes et républicains, ELUNET:

Conseil départemental 06

La motion de la honte contre l’accueil des réfugiés

lundi 26 septembre 2016

51 des 54 conseillers départementaux des Alpes-Maritimes ont osé voter hier une motion contre le déploiement des migrants dans le département en réponse à la décision du gouvernement de créer d’ici la fin de l’année 9000 places dans des centres d’accueil et d’orientation (CAO) répartis sur tout le territoire, afin de soulager le Calaisis dont plusieurs communes font face au quotidien à une situation insoutenable.

Le Conseil départemental exprime son « opposition totale et déterminée » au projet de répartition des migrants de Calais dans les régions. Le Président Ciotti estime que « ce projet est une honte pour la République et représente une menace pour le pays » et que « les Alpes-Maritimes ont déjà largement pris leur part dans cette problématique ». Selon lui « la gauche est d’une naïveté coupable » ! Selon lui « la fermeté est la seule garantie de l’humanité à l’heure où l’asile est devenu la voie légale de l’immigration illégale ». Les élus laissent ainsi entendre que le département peuplé de plus d’1 million d’habitants ne pourrait accueillir quelques centaines de réfugiés !

En septembre dernier, l’Union européenne avait décidé de réinstaller d’urgence 160 mille migrants à répartir dans les pays de membres d’ici septembre 2017. A ce jour seuls 2 mille d’entre eux, soit 1,42% ont été relocalisés. La France qui avait promis d’accueillir 30 mille réfugiés n’en a reçu que 735 soit 3,72%. Qui parle d’invasion ?
Dans la droite ligne des idées exprimées par le Front National, le maire de Saint-Laurent du Var Joseph Segura a même cru bon d’opposer les migrants aux laurentins concernant l’attribution de logements sociaux !

Quand à Colette Guidicelli plutôt que de s’attaquer aux passeurs elle a osé affirmer que les migrants feraient peu de cas de leurs enfants naufragés en Méditerranée !
Quelle honte !

Depuis le 1er janvier plus de 3000 migrants ont trouvé la mort en Méditerranée, un chiffre en hausse de 15% par rapport à l’an dernier. La mare nostrum est devenu un véritable cimetière marin.

La solidarité est devenue oh combien nécessaire puisqu’en 2015 ce sont plus de 65 millions de personnes qui ont été forcées de se déplacer dans le monde, fuyant les guerres, les catastrophes climatiques ou encore la famine.

50 millions d’enfants ne vivent pas dans le pays où ils sont nés. 28 millions en ont été chassés par des conflits. En 2015, 100 mille enfants n’étaient pas accompagnés. Un récent rapport de l’UNICEF intitulé « Déracinés, une crise de plus en plus grave pour les enfants réfugiés et migrants » dénonce les violences qu’ils subissent dans leur pays, durant leur voyage mais aussi à leur arrivée dans les pays de destination, et pour ceux qui sont scolarisés dans les écoles. On sait que les migrants se retrouvent dans des camps de fortune, où leurs droits fondamentaux, comme le droit d’asile ne sont pas appliqués. Là encore les états ne remplissent pas leurs obligations.

A la mi août, 260 mille migrants sont entrés sur le sol européen malgré la fermeture des frontières et l’accord honteux passé entre l’Union européenne et la Turquie.
Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés estime que l’Europe peut répondre à la crise des migrants, qu’aucun état ne peut répondre individuellement, que ce doit-être une réponse collective et pourtant on le voit avec les chiffres, excepté l’Allemagne, les autres pays dont la France ne respectent pas leurs engagements. Tout récemment le secrétaire général de l’ONU Ban-Ki-moon, avait proposé que chaque pays membre s’engage à accueillir chaque année 10% des réfugiés. Une proposition rejetée du fait de l’opposition de nombre d’états.
Face à cette tragédie inacceptable que les gouvernements, tout préoccupés qu’ils sont à créer un corps de garde-frontières européen, observent sans s’ émouvoir et sans prendre les décisions humanitaires qui seraient l’honneur de l’Europe, ce sont des associations humanitaires qui prennent le relais des états défaillants. Comme le préconise le groupe Gauche Unie Européenne au Parlement et notamment l’eurodéputée Front de Gauche du Sud-est Marie Christine Vergiat l’Union Européenne doit changer de paradigme en matière de migrations, la migration doit être un choix et non une nécessité.

Les 51 élus ayant voté la motion de la honte feraient bien de relire la déclaration de l’Association des maires de France portée par François Baroin qui n’est pas un homme de gauche : « L’AMF réaffirme le principe de solidarité avec les réfugiés fuyant les zones de guerre et de violences ; réitère sa position de privilégier le volontariat des communes pour accueillir des migrants sur leur territoire pour que le schéma national, mis en oeuvre par les préfets, se fasse dans une démarche de dialogue et de concertation préalable et tienne compte de la capacité d’accueil mais aussi des conditions économiques, sociales et financières des communes. L’AMF insiste sur l’importance d’une répartition géographique équilibrée, tenant compte des données économiques, sociales et démographiques des territoires, faite en concertation avec les élus, et ce afin de faciliter l’acceptabilité de cet accueil pour les populations ».

Depuis des mois plusieurs centaines de réfugiés arrivent régulièrement à Vintimille et cherchent à passer la frontière française. Des dizaines passent par la Roya et la Bévéra et arrivent en France malgré la fermeture des frontières. Certains meurent sur les voies de chemin de fer. Dans la nuit du 5 au 6 septembre dernier, un jeune réfugié est décédé sous le viaduc de l’autoroute A8, à la hauteur de Sainte-Agnès. Des humanistes solidaires qui les aident sont interpellés.

La secrétaire départementale du Parti communiste Français a rencontré le 13 septembre le préfet des Alpes-Maritimes au sujet de ces réfugiés. Selon Le Patriote de ce jeudi, il n’y aurait selon lui que très peu de demandes d’asile, la plupart ne voudraient pas rester en France. Selon l’hebdomadaire il aurait indiqué « qu’il n’appartient pas au préfet des Alpes-Maritimes d’organiser la solidarité » et il aimerait que les « passeurs solidaires » soient déférés devant le tribunal. Il aurait encore précisé que les Alpes-Maritimes ne devraient pas être candidates à la répartition des hébergements !

Les élus communistes et républicains leur apportent leur solidarité aux passeurs solidaires.

Ils exigent du préfet qu’il ouvre des négociations avec les maires du département pour lister les possibilités d’accueil et comme le propose la Fédération des Alpes-Maritimes du Parti Communiste Français, qu’il ouvre des centres d’accueil temporaires dans lesquels les migrants pourraient faire valloir leur statut de réfugiés en attendant leur choix du pays de destination. Cela pourrait-être dans l’ancienne base militaire de Roquebrune Cap Martin, dans des bâtiments de l’ancien hôpital Saint-Roch à Nice ou dans l’ancienne douane de Breil-sur-Roya.

De plus, depuis près d’un an, environ 40 mineurs étrangers sont hébergés à l’internat du CIV (Centre International de Valbonne), sans être scolarisés. Il est urgent que le Conseil Départemental mette en place des mesures pour que ces jeunes soient scolarisés comme le prévoient les textes internationaux.

Nice le 23 septembre 2016

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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 17:33
Ce "modèle israélien" de lutte contre le terrorisme qui fascine politiciens et médias français (Sylvain Crepel, Orient XXI)

Ce « modèle israélien » de lutte contre le terrorisme qui fascine politiciens et médias français

Comment lutter contre le terrorisme ? En appliquant le modèle israélien, répètent à l’envi certains politiciens et journalistes français. Pourtant, il existe peu de pays où l’on vit depuis aussi longtemps si peu en sécurité qu’en Israël.

Sylvain Cypel, Orient XXI, mardi 20 septembre 2016

L’attentat de Nice qui a ôté la vie à 86 personnes et fait 434 blessés le 14 juillet 2016 a légitimement suscité un débat sur les moyens de conjurer ce type d’épreuves épouvantables. On a vu, à cette occasion, se multiplier les déclarations évoquant le « modèle israélien ». Ce n’était pas une déferlante, mais une petite musique tenace a commencé de s’installer. Dès le lendemain de l’attentat, la radio RTL interrogeait longuement l’ambassadrice d’Israël en France. Le journal libéral en ligne Contrepoints se faisait une spécialité de promouvoir les « solutions israéliennes ». Il interviewait longuement Corinne Sauer, du Jerusalem Institute for Market Studies, sur les intérêts de la « méthode israélienne ». Trois jours plus tard, il s’interrogeait lui-même : « Lutte contre le terrorisme : vers le modèle israélien ? », avec ce sous-titre : « Dans ce contexte nouveau de terrorisme, faut-il aller vers un nouveau modèle sécuritaire ? »

Le 18 juillet, L’Express titrait : « Pourquoi Israël est un modèle en matière de lutte contre le terrorisme ». Bientôt, Harold Hauzy, conseiller en communication du premier ministre Manuel Valls, s’extasiait sur Twitter d’un reportage de France 2 portant sur les méthodes israéliennes pour préparer la population à faire face au risque terroriste. Et l’ancien ministre français de la défense, Hervé Morin, souhaitait « israéliser notre sécurité ». Dès lors, l’ambassade d’Israël à Paris diffusait, le 22 juillet, un petit opuscule intitulé« L’exemple israélien face à la menace terroriste », où elle ne cache pas sa satisfaction de voir les médias français prendre enfin conscience du problème qu’affronte son pays depuis si longtemps et de l’expertise israélienne. Plus récemment encore, l’ex-juge antiterroriste Marc Trévidic expliquait à son tour dans Marianne que « face au terrorisme, il faut adopter des réflexes à l’israélienne ».

Une très longue expérience

Reconnaissons, tout d’abord, que les Israéliens ont effectivement une très longue expérience en la matière. Ils sont de tels champions de la lutte antiterroriste ! Avant même mai 1948, les colons juifs y ont été confrontés et la création de l’État d’Israël n’a rien changé : cent ans de combat contre le terrorisme n’a pas permis d’en venir à bout. Avec des périodes de forte hausse et d’autres de plus basse intensité, le « modèle » israélien a vécu avec ce qu’il a systématiquement désigné comme du « terrorisme », dit « arabe » puis « palestinien », quasi sans discontinuité depuis les années 1920. Au point qu’aujourd’hui, plus aucun « expert » israélien ne se risque à proposer une méthode pour « vaincre » le terrorisme. Tout juste s’agit-il de le maîtriser au mieux.

La première leçon du « modèle » israélien, c’est que « le terrorisme », catégorie sans autre caractérisation politique, est comme le paludisme, une sorte de maladie qui se manifeste de manière récurrente, que l’on peut plus ou moins bien soigner ponctuellement, mais dont on ne peut jamais se défaire, et avec laquelle il faudra vivre ad vitam aeternam, du moins dans le monde tel qu’il est. Car les enseignements de toute la littérature qui s’adosse au « modèle antiterroriste israélien » sont invariablement les mêmes :

A) Le terrorisme est une entité uniforme et identique en tous lieux et toutes circonstances. L’organisation de l’État islamique (OEI), le Hamas palestinien comme hier le Fatah, Al-Qaida, le Hezbollah chiite, etc., tout cela ressort de la même catégorie « terroriste » et, comme dirait Manuel Valls, mieux vouloir comprendre les différences est illusoire, car « expliquer, c’est déjà excuser ».

B) Le terrorisme n’est pas un phénomène conjoncturel, mais permanent, nous devons apprendre à vivre avec lui du mieux possible.

C) La « lutte contre le terrorisme » est un problème technique, et elle n’est que cela. Si l’on adopte la bonne méthode et que l’on se dote des moyens adéquats, on parviendra à le résorber sinon définitivement, du moins grandement.

Bien entendu, pas plus que de la qualification politique du terrorisme qu’il affronte, et moins encore du contexte qui y mène, les propagandistes de la « méthode » israélienne ne posent quasiment jamais la question de la légitimité des moyens mis en œuvre par Israël. Généralement, cette question n’est simplement pas évoquée. Parfois, mis dans l’obligation d’y répondre, ces moyens sont justifiés : on ne mène pas une guerre sans casser des œufs.

En violation du droit international

Souvent, donc, ledit « modèle » israélien se résume chez les commentateurs à l’« implication » de la société civile aux côtés des forces de l’ordre et à sa disposition à accepter les restrictions de ses libertés publiques pour mieux combattre le terrorisme. L’article de L’Express précité est un modèle du genre : « La politique israélienne de lutte contre le terrorisme repose à la fois sur une stratégie défensive (zones de sécurité, barrières, points de contrôle militaires…) et offensive (infiltration, arrestations préventives, assassinats ciblés…) ». D’autre part, « la sensibilisation et la résilience du grand public constituent un atout maître », explique un « expert » israélien à l’hebdomadaire, qui vante la « culture de responsabilité » de sa population.

Dans ce descriptif, il manque curieusement un élément clé : le maintien d’un peuple — les Palestiniens — dans un état de totale soumission et dépendance, qui est devenu à la fois l’explication de l’émergence récurrente du terrorisme issu de son sein, mais aussi l’élément essentiel de la politique de prévention de son extension. Pour lutter contre le « terrorisme », c’est-à-dire en réalité contre toute propension — terroriste ou pas — d’un peuple à se révolter contre son oppression,Israël n’a cessé au fil du temps de contrevenir au droit international. Ainsi de la méthode, systématiquement appliquée par l’armée israélienne, consistant à détruire les maisons des familles de terroristes : une punition collective strictement interdite par les conventions de Genève qui a pourtant commencé d’être mise en œuvre dès les premières manifestations de résistance à l’occupation des territoires palestiniens, en juin 1967. Passons sur le fait que ces punitions ne sont que pure vengeance : elles n’ont jamais empêché le moindre jeune Palestinien, surtout si sa famille les a subies, de se lancer dans le terrorisme. De même que les assassinats, ciblés ou non, commis par l’armée, sont un terreau extrêmement fertile pour amener ces jeunes à se lancer dans une « action armée », le plus souvent vaine, vu le rapport de force.

Ainsi également de la torture, mise en œuvre dès le début de l’occupation en 1967 et longtemps massivement utilisée, en particulier dans la prison secrète du renseignement militaire, le camp 1391, où même les députés israéliens étaient interdits d’entrée. La torture continue d’être pratiquée à un niveau plus modeste, aux dires du Comité public contre la torture en Israël, elle n’a toutefois jamais cessé.

Ainsi encore des fameuses « détentions administratives ». Elles sont autorisées par les « règles de défense en état d’urgence », directement héritées des règles de l’armée britannique, qui les utilisa systématiquement jusqu’au retrait de ses forces en 1948. Ces règles britanniques furent immédiatement insérées par le nouvel État d’Israël dans son arsenal législatif sécuritaire. Contraires à toutes les normes du droit international actuel, elles permettent entre autres d’interner quiconque non seulement sans jugement, mais surtout sans motif d’accusation ni limite de temps. Il suffit qu’un juge valide périodiquement la reconduction de cette détention, ce que les juges israéliens ont toujours fait.

Un Guantanamo qui ne dit pas son nom

Bref, il s’agit d’un Guantanamo qui ne dit pas son nom. Depuis 1948, ces règles ont été appliquées dans un premier temps contre des citoyens arabes israéliens « suspectés » de soutien à la cause palestinienne, puis depuis 1967 de manière massive contre les Palestiniens des territoires occupés. Elles ont été introduites dans l’arsenal militaire israélien (Jérusalem-Est incluse, bien que formellement annexée par Israël). Fin avril 2016, l’organisation israélienne des droits humains B’Tselem dénombrait 692 Palestiniens en détention administrative, dont 2 femmes et 13 mineurs. Ce nombre dépassait les 2 000 par mois dans les années 2006-2008. On estime qu’en bientôt 50 ans d’occupation, sur les quelque 800 000 Palestiniens qui ont été arrêtés à un moment ou un autre, plusieurs dizaines de milliers ont subi ces détentions administratives pour des périodes allant de six mois à plus de cinq ans [1]. Certains militants l’ont été plusieurs fois.

La lutte antiterroriste inclut encore une série de mesures de dislocation de la société palestinienne, dont le « mur de séparation », déclaré illégal par la Cour de justice internationale de La Haye, et les innombrables mesures visant à perturber considérablement le quotidien et l’activité des Palestiniens sont les manifestations les plus spectaculaires. Et, en cas de situation extrême, c’est toute une population qu’on assimile aux terroristes. Durant la seconde intifada, lors de l’opération « Remparts » menée au nom de la « lutte antiterroriste » en avril 2002, l’armée israélienne interna d’un coup pour des « vérifications » plus ou moins durables des dizaines de milliers d’hommes palestiniens âgés de 14 à 45 ans.

Ainsi, le « modèle » antiterroriste israélien ne se réduit-il pas à de meilleures fouilles aux aéroports et dans des lieux publics, ni à une acceptation volontaire de diverses contraintes par la population (juive israélienne, car les Palestiniens israéliens, eux, font l’objet d’un suivi sécuritaire des pouvoirs publics autrement contraignant). Ce modèle s’inscrit dans ce que l’anthropologue israélo-américain Jeff Halper a appelé « la matrice de l’occupation » : un système réfléchi, sophistiqué et constamment amélioré, destiné à maintenir toute une population en état de dépendance et d’impuissance — impuissance politique à achever ses ambitions nationales, impuissance quotidienne à mener une vie normale. Un « modèle » qui, en revanche, concourt considérablement à favoriser le désespoir et le terrorisme qu’il génère. On a pu encore récemment le constater avec ladite « intifada des couteaux », où de jeunes Palestiniens, rendus fous d’humiliation et d’impuissance à la conjurer, se précipitaient pour agresser des soldats ou des colons israéliens à l’aide de couteaux, de ciseaux ou de tournevis.

Légitimer la répression coloniale

Il faudrait donc, lorsque les édiles français vantent le « modèle israélien » de lutte contre le terrorisme, qu’ils précisent un peu leur pensée. Entend-on instaurer des camps de rétention pour y interner des « suspects » ad libitum sans qu’il soit nécessaire de motiver leur détention ? Et quelle serait la population visée par l’application en France du « modèle israélien » ? Entend-on soumettre certaines banlieues dites « sensibles » aux « normes » que font subir les Israéliens aux Palestiniens occupés depuis bientôt cinquante ans (patrouilles militaires, couvre-feux, interdiction d’emprunter les routes réservées aux non-Palestiniens, refus d’allocation de permis de construire, etc.) ? S’agit-il de détruire systématiquement les maisons des familles de terroristes pour les mettre à la rue ? Veut-on réinstaller la torture comme moyen légitime dans cette nouvelle « guerre contre le terrorisme » où s’est engagé Paris ?

En réalité, dans cette « guerre », Israël use, pour tout dire, de méthodes déjà amplement mises en œuvre par d’autres dans l’histoire, en particulier par les puissances coloniales. Les incarcérations sans motif, inculpation ni procès pour une durée indéterminée étaient monnaie courante dans la « politique antiterroriste » britannique à travers tout son empire, comme d’autres « mesures d’urgence » du même acabit. En Palestine avant 1948, les victimes étaient principalement palestiniennes. Mais ces pratiques furent également utilisées contre le yishouv sioniste [2]. Un futur premier ministre israélien, Yitzhak Shamir, alors qualifié de « terroriste » par les forces d’occupation britannique pour ses activités à la tête d’un groupe armé (le Lehi, ou groupe Stern), fut lui-même déporté vers l’Érythrée en fonction de ces « règles en état d’urgence ». Les mêmes règles ont été ensuite utilisées par Israël pour expulser des milliers de Palestiniens.

Quant à la torture et à d’autres modalités d’action illégales, elles furent pratiquées par bien d’autres avant qu’Israël n’en fasse usage. Sur ce plan, notre pays n’a pas besoin d’aller copier le « modèle israélien ». Le passé français, en particulier en Algérie, où là aussi sévissaient d’épouvantables « terroristes » ambitionnant d’accéder à l’indépendance, serait amplement suffisant. Ce passé a d’ailleurs lui-même servi aux forces d’occupation israéliennes dans les territoires occupés. Le film de Gillo Pontecorvo, La Bataille d’Alger, évoquant l’affrontement (torture incluse) entre les parachutistes français et lesdits « fellagas », comme les militaires appelaient les combattants pour l’indépendance algérienne, a été montré dans les écoles d’officiers israéliens pour illustrer la lutte antiterroriste en milieu urbain…

Bref, s’il s’agit de relégitimer l’usage de moyens coloniaux de répression, autant le dire. Et pas besoin de se référer à Israël, le passé français fait très bien l’affaire.

[1] Le meilleur article sur le sujet est celui de l’association juridique Adameer, paru en décembre 2015, « Administrative Detentions »

[2] Le terme « yishouv » prend diverses acceptions en hébreu. Il signifie en particulier « installation », ou « implantation ». Il a été utilisé par le mouvement sioniste pour désigner la population juive installée en Palestine mandataire avant 1948.

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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 15:48
Université du PS à Brest: le flop, signe d'un désarroi profond des militants, dont le nompre a été divisé par deux dans le Finistère depuis le début du quinquennat catastrophique pour le pays et la gauche de F.Hollande
Université du PS à Brest: le flop, signe d'un désarroi profond des militants, dont le nompre a été divisé par deux dans le Finistère depuis le début du quinquennat catastrophique pour le pays et la gauche de F.Hollande
Université du PS à Brest: le flop, signe d'un désarroi profond des militants, dont le nompre a été divisé par deux dans le Finistère depuis le début du quinquennat catastrophique pour le pays et la gauche de F.Hollande
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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 08:25

"La suppression de six postes de contractuels à l'Ehpad de la Boissière a fait réagir le Front de gauche du pays de Morlaix, qui « apporte un soutien total aux personnels dans leur combat contre une réorganisation des services qui se traduira par une dégradation de la qualité de l'accompagnement pour les personnes âgées résidentes ». « Pourquoi ne pas profiter de la baisse temporaire du nombre de résidents pour améliorer l'accueil plutôt que de réduire les moyens d'encadrement dans un contexte où les distances parcourues par les aides-soignants sont amplifiées et où les travaux génèrent du stress et de l'anxiété pour les résidents ? », s'interroge le Front de gauche à travers un communiqué.

Avant de poursuivre : « Depuis quelque temps déjà, les aides-soignants ont moins de temps à passer avec les résidents. Ne dégradons pas encore les conditions d'accueil en approuvant la gestion strictement comptable et financière de l'Agence régionale de santé (ARS). Avec le non-renouvellement, par le maire de Morlaix, des six CDD, on assiste encore une fois à une manière de considérer les salariés comme des mouchoirs que l'on pourrait jeter à sa convenance. Si l'ARS veut baisser son attribution de moyens, le rôle d'Agnès Le Brun est de le dénoncer et de résister».

Le Télégramme, 24 septembre 2016

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 19:45
Declan Kearney, dirigeant du Sinn Fein

Declan Kearney, dirigeant du Sinn Fein

au centre, à côté d'Anne Sabourin à gauche (secteur international du PCF), Raymond Mc Cartney, ancien gréviste de la faim de l'IRA, militant du Sinn Fein et héros de la résistance irlandaise à l'occupation

au centre, à côté d'Anne Sabourin à gauche (secteur international du PCF), Raymond Mc Cartney, ancien gréviste de la faim de l'IRA, militant du Sinn Fein et héros de la résistance irlandaise à l'occupation

Le 24 septembre, Pierre Laurent et le PCF s'engagent avec le Sinn Fein dans la bataille pour la réunification de l'Irlande
Le 24 septembre, Pierre Laurent et le PCF s'engagent avec le Sinn Fein dans la bataille pour la réunification de l'Irlande

Hier soir, samedi 24 septembre, au cours de cette soirée mémorable, Declan Kearney à lancé un appel - auquel Pierre Laurent a répondu positivement au nom du PCF - au soutien international pour l'unité irlandaise, 100 ans après le soulèvement de Pâques, 35 ans après les grèves de la faim des prisonniers républicains, et quelques mois après le Brexit. Pour les Irlandais, le Brexit est à la fois un problème économique, social et politique mais il représente une "opportunité stratégique" de relance du combat pour la réunification de l'île.
Bientôt, une traduction de son intervention sera publiée ici, ainsi que d'autres infos sur cette soirée historique.

Le récit de Raymond Mac Cartney, gréviste de la faim avec Bobby Sands en 1981, son humour et son intelligence, ont été également très touchants, tout comme on avait des frissons d'émotion en entendant Francis Wurtz raconter le cœur serré dans quelles conditions il s'est rendu à l'enterrement de Bobby Sands. Mais Margaret Tatcher est morte (enfin pas tout à fait, car Cameron et Théresa May sont gratinés eux aussi), et Jeremy Corbyn (autre anti-colonialiste, qui a su engager un dialogue très tôt avec le Sinn Féin, comme il défendait Mandela et le mouvement de libération palestinien) est réélu triomphalement contre tous les médias et l'establishment britannique à la tête du Parti Travailliste, avec 61% des voix, autre excellente nouvelle de la soirée d'hier à Fabien qui honore la tradition bien vivace de l'internationalisme et de l'anti-colonialisme du Parti Communiste, Pierre Laurent, en tant que président du Parti de la Gauche Européenne pendant 5 ans, regroupant des communistes, socialistes, républicains, anticapitalistes, écologistes, féministes, écosocialistes, et d'autres forces démocratiques et progressistes de toute l'Europe (Sinn Fein, Izquierda Unida, Die Linke, Syrisa...) ayant œuvré à la compréhension mutuelle et à la capacité de travailler ensemble des partis de gauche anti-austérité et anti-libéraux en Europe.

Avec pour mot d'ordre: une autre Europe que celle des libéraux et du capital, une Europe des coopérations solidaires librement choisies, de la souveraineté démocratique et d'une convergence vers le haut des modèles sociaux.

Kearney calls for international community to support Irish unity

Sinn Féin MLA Declan Kearney has called on the international community to support and encourage Irish unity.

Speaking at a conference in Paris organised by the French Communist Party alongside Raymond McCartney MLA, Mr Kearney said;

"Brexit has once more brought into sharp focus the contradiction of partition at the heart of Irish politics. This directly challenges democracy and Irish national interests.

"However, it has also created an equally unprecedented political and civic discussion in Ireland about the future.

"We believe that these new challenges need to be converted into a positive, national conversation about how the constitutional, political and economic future of the island can be reimagined and redesigned.

"The Irish Government should urgently convene an All-Ireland forum representative of political parties and civic society on the island to agree and bring forward concrete proposals to secure the north of Ireland’s place in the EU.

"The peace process was facilitated and supported by international good will, support and diplomacy and the international community still has an essential role to play.

"A new phase of political change has arrived and the significant strategic political influence of the international community should now assist with planning for the transition towards a new agreed, united Ireland.

"It is time to end the division of Ireland and prepare the transition to Irish unity. A positive, international axis to encourage, persuade for, and support that aim is now required."

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 19:30

Conseil national – 24 septembre 2016 – Rapport introductif

Pierre Dharréville

Chères et chers camarades,

Sur le visage du monde, au front de nos contemporains, il y a ce pli d’inquiétude. Nous sentons le frisson qui parcourt la planète, ces rafales irrégulières qui viennent gifler et griffer nos existences entremêlées. Nous sentons que la terre se tend, qu’un grondement sourd la traverse, que des failles s’y dessinent. Nous savons plus ou moins confusément n'en avoir pas fini avec les catastrophes. Sans les nier, ni sans les augmenter, il s’agit donc de ne pas s’y résoudre. Comme l’écrivait Victor Hugo : « Tenter, braver, persévérer, s’être fidèle à soi-même, prendre corps à corps le destin, étonner la catastrophe par le peu de peur qu’elle nous fait ». Ne pas maquiller ce pli d’inquiétude persistant, l’écouter, le comprendre, en attaquer la cause. De ce pli, faire une ride, une marque du passé. Ce pli sur nos fronts est le reflet de cette faille sur le monde que désigne Thierry Fabre, animateur des Rencontres d’Averroès. « Une faille, dit-il, est plus qu’une simple fissure, dans tout son étirement, mais elle n’est pas encore une fracture, irréparable. Il reste un monde des possibles, pour mieux nous relier. » De ce qui vient, nous ne savons pas tout, nous ne pourrons tout maîtriser, mais on nous trouvera debout, cherchant à gagner de la hauteur et de la profondeur, cherchant à agir avec d’autres, avec chacune et chacun, c’est-à-dire à faire de la politique. Avec ce qu’il faut de calme et ce qu’il faut de passion, avec ce qu’il faut de révolte et ce qu’il faut de tendresse, avec ce qu’il faut d’exigences pour aujourd’hui et ce qu’il faut d’espoirs pour demain. Dans cette faille, dans ces failles, il y a un espace pour la politique.

Pour ne pas rester dans le vague, il faudrait en dire plus sur la catastrophe et ses multiples déclinaisons. La catastrophe, c’est le chaos du monde qui vient frapper jusqu’à nos moments de fête, c’est ce délitement dans la guerre, c’est cette dégringolade dans la mal-vie, ce sont les pulsions de domination qui détruisent, c’est le piège identitaire, c’est la passivité devant la dégradation de la planète, c’est tout ce qui entrave l’émancipation humaine. Il faudrait en dire plus sur la catastrophe et sur ses causes. La catastrophe ne vient pas de l’au-delà de la mer, des fleuves et des montagnes, elle ne vient pas des musulmans ou des réfugiés, elle ne vient pas du prénom que l’on donne à nos enfants parce qu’il n’est pas inscrit au calendrier grégorien contrairement aux propos abjects d’Eric Zemmour, elle ne vient pas des supposés « maghrébins » contrairement aux sorties indignes de Claude Goasguen qui s’était déjà si tristement illustré contre les pauvres dans son arrondissement parisien, elle ne vient pas de la liberté des femmes, elle ne vient pas des manifestants qui refusent le libéralisme, la destruction des droits et les inégalités. Et nous n’irons pas chercher la potion miracle chez nos prétendus « ancêtres les gaulois ».

Mais ce n’est pas de cela dont il est question dans le dernier essai d’Alain Duhamel, même s’il dénonce les supposées « pathologies françaises ». Tout ébaubi Christophe Barbier, le directeur de L’Express, y a trouvé la critique de ce qu’il appelle « le poison égalitaire ». L’un et l’autre reconnaissent que cette « passion » française pour l’égalité, qualifiée de « fléau » marque la « mentalité » de notre peuple, depuis la nuit du 4 août. Et de regretter que la France soit la société « la moins capitaliste d’Europe », qui consacre « la plus grande part de sa richesse nationale à la protection sociale », au prix d’une fiscalité « d’une imagination sans pareils ». Oui messieurs, la lune est vieille, mais c’est la lune ! Et cette lune continue d’exercer son pouvoir d’attraction sur notre peuple, comme en témoignent les mobilisations du Printemps, recommencées en cette rentrée. Voyez qu’il y a là quelque chose comme de la ressource pour dissiper nos plis d’inquiétude.

Comme il faut, afin d’y parvenir, s’efforcer d’être un peu prosaïque, je m’attacherai donc à essayer de faire face aux questions qui nous sont posées dans cette période de grand trouble et à esquisser ce que pourraient être des réponses, dans la foulée du congrès.

* *
*

En cette journée de mobilisation pour la paix, l’exigence de faire échec aux logiques de guerre essaye de se frayer un chemin. Ces trente dernières années, les guerres de domination politique et économique ont alimenté ce chaos mondial qui croît et dont les signes se manifestent avec une violence de plus en plus forte à travers le monde et jusque sur notre territoire. La paix est une construction politique. La paix est menacée lorsque l’eau vient à manquer, lorsque les inégalités se creusent, lorsque l’injustice s’installe, lorsque les pulsions de domination s’imposent, lorsque le racisme se révèle dans des violences policières. Faire grandir une culture de paix, ce n’est pas faire le choix de la naïveté, tout au contraire, c’est dans le même mouvement réveiller les consciences sociales et les aspirations démocratiques. C’est donner la force aux peuples de choisir l’avenir et de le construire, non pas de le subir. La paix doit être un grand projet politique pour la France et le monde.

C’est pourquoi la guerre des civilisations dans laquelle des forces totalitaires ont décidé de s’engager, et dont l’affrontement identitaire qui se développe dans notre pays est l’une des manifestations, doit être combattue avec la dernière énergie et éteinte. Comment peut-on simplement imaginer en faire le moteur de l’histoire ? Cette guerre identitaire est une redoutable impasse pour les peuples et pour l’humanité. Car ce qui nous guette dans cette voie, ce n’est pas la victoire de quelque civilisation que ce soit, comme en rêvent ses protagonistes haineux, mais la « décivilisation sans rivage » dont parle Lucien Sève, la déshumanisation de l’humanité sous la domination insensée du maître-argent, des grands propriétaires, de la finance tentaculaire, du capitalisme.

Dans ce contexte, que le sommet européen de Bratislava n’ait eu pour seule obsession, (alors que l’Union européenne est en train de payer le prix de son mépris des peuples et de la démocratie), que de revenir au vieux débat sur l’Europe de l’armement, confirme que le projet européen est plus que jamais en question. Cette réunion aurait aussi pu être l’occasion de s’interroger sur la refondation d’un Euro de plus en plus critiqué (dernièrement par le prix Nobel Joseph Stiglitz) ou sur la gestion calamiteuse de l’accueil des réfugiés fuyant la guerre et la misère. Au lieu de cela, la Commission continue à édicter ses règles libérales.

La France, d’ailleurs n’est pas si mauvaise élève. En matière d’orthodoxie libérale et austéritaire, s’entend. Car en matière d’accueil des réfugiés, elle a accompagné les discours de fermeture. Le gouvernement essaye aujourd'hui de faire bonne figure en organisant l’accueil des 12 000 hommes, femmes et enfants de Calais. A ce propos, l’attitude de plusieurs Présidents de Région de droite, indiquant sans ambages leur refus d’accueillir, déclarant leurs régions hors zone de solidarité et d’asile est indigne de la République. Nous ne devons pas les laisser parler ainsi au nom des populations de nos territoires. Nul ne peut ignorer que tout cela vient alimenter l’amalgame boueux de la xénophobie, mêlant sans autre forme de réflexion que le réflexe, le terrorisme, l’étranger, le musulman... Mais l’engagement de maires, en exigeant de l’Etat qu’il assume ses responsabilités et ne se défausse pas pas comme il sait si souvent le faire, est un geste d’humanité et un geste politique puissant. Comme le montrent la municipalité d’Ivry-sur-Seine et son maire, Philippe Bouyssou, par exemple, en affrontant les débats que cela peut soulever, la solidarité prend le dessus. Si l’on voulait parler d’identité, en tout cas de culture, on commencerait par là. Une étude de l’OCDE publiée cette semaine montre que les « migrations permanentes » ne représentent que 0,4% de la population des pays concernés et que non seulement l’impact de ces arrivées est infinitésimal sur l’emploi mais qu’en plus, si l’on avait une véritable politique d’accueil, pour s’en tenir là, il s’avérerait économiquement bénéfique. Quoiqu’il en soit, des drames qui frappent ces hommes et ces femmes, toute l’humanité est comptable. L’on ne peut se satisfaire des commentaires syllogiques imputant sans autre forme de procès les reculs de Merkel aux élections locales allemandes à son attitude envers les réfugiés, comme pour appeler de nouveau à leur rejet. Et l’épisode lamentable de ces derniers jours voyant des forces de l’ordre belges venir déposer des demandeurs d’asile déboutés à l’aveuglette dans un pays voisin est suffisamment ridicule pour qu’on essaye d’en tirer quelques leçons. Et si nous décrétions nos régions « terres d’asile » !

J’ai dit que la France par ailleurs n’était pas si mauvaise élève. Selon l’OFCE, la politique des gouvernements Hollande aura conduit à une hausse des impôts de 35 milliards d'euros pour les ménages et à une baisse de 20 milliards pour les entreprises. Le taux de marge des entreprises aurait atteint un niveau comparable au record historique des années 2000, tandis que 100 000 personnes de plus se seront retrouvées au chômage. Le bilan social du quinquennat est catastrophique.

Et cela va de pair avec son bilan économique. La situation d’Alstom, dont l’État détient 20% du capital, est une nouvelle illustration de la destruction méthodique du tissu industriel de notre pays, qui a été largement accompagnée par le pouvoir. Nous venons d’adopter une déclaration que nous allons faire vivre dans tout le pays et en particulier à Belfort et dans les onze départements concernés par la présence d’un site de l’entreprise. Nous participerons notamment à la grande manifestation du 27 septembre. Entre autres questions, ces événements viennent souligner le faible engagement de l’État pour le développement des transports ferrés qui sont un enjeu écologique et social majeur.

Un autre débat a pris de l’ampleur ces derniers mois, autour de l’usine d’alumine Alteo de Gardanne, ex-RioTinto et ex-Péchiney, dont la ministre de l’environnement demande la fermeture. Il s’agit là aussi d’un enjeu décisif puisque cette production est nécessaire à la fabrication de téléphones et de tablettes. Comment peut-on se dédouaner ainsi de ses responsabilités sociales et environnementales ? Une pétition est en ligne pour exiger des propriétaires et de l’État un engagement pour des investissements efficaces afin de produire dans le respect de l’environnement. De même que pour les centrales à charbon, je ne traiterai pas aujourd’hui dans le détail des enjeux énergétiques, menacées par les modalités de la taxe carbone, le défi n’est pas de les fermer sine die mais d’accélérer les mutations possibles et nécessaires. J’en profite pour signaler le Mois de la biodiversité organisé par notre parti avec des débats pluralistes et des auditions d’experts.

Les forces de la finance se cachent ; nous devons prendre des initiatives pour les démasquer, comme l’ont fait Alain et Éric Bocquet dans leur livre qui dénonce les « sans domicile fisc ». Selon les comptes nationaux de l'INSEE, ce sont aujourd’hui 25% des richesses produites par l’industrie qui sont aspirées par la finance contre 5% il y a trente ans. L’investissement dans l’appareil productif recule de cinq milliards d’euros par an depuis 2000 dans notre pays. 400 000 emplois ont été perdus depuis 2008 et au moins autant seraient menacés. Dans un livre qui vient de paraître sous la direction de Jean-Christophe Le Duigou, La Bourse ou l’industrie, des syndicalistes pointent du doigt le déclin industriel de notre pays et ses causes, montrant combien l’industrie est un atout indispensable pour l’avenir, a fortiori pour qui voudrait s’attaquer au défi climatique et environnemental. Notre économie est gravement fragilisée par la faiblesse du développement industriel et l’incapacité dans laquelle nous nous trouvons de répondre aux besoins. Cela appelle une réflexion et une offensive globale portant une ambition industrielle durable. La sécurisation de l’emploi et de la formation, la création d’un pôle public bancaire, l’écriture d’un code du travail du XXIe siècle donnant plus de droits et pouvoirs aux salariés, l’arrêt du gaspillage d’argent public distribué directement aux actionnaires, les nationalisations-socialisations de secteurs clés…

J’ai évoqué l’industrie, il faudrait évoquer l’ensemble des secteurs de l’économie, et par exemple les enjeux agricoles qui sont cruciaux et ne sont pas simplement l’affaire des agriculteurs, même s’ils sont les premiers à subir les conséquences d’une organisation qui ne rémunère pas leur travail, mais je veux simplement m’arrêter sur le rôle de la grande distribution, vu d’un autre côté, puisqu’elle a un rôle de plaque tournante qui n’est pas neutre. Lorsque Casino qui produit dans le centre commercial de Grigny, qui lui est loué par la ville dans des conditions optimales, un bénéfice de 4 millions d’euros par an, décide de déserter parce que cela ne lui rapporte pas assez, laissant sans approvisionnement la population de cette ville, c’est intolérable. Conçu comme un retentissant moment de riposte, le marché solidaire que nous organisons dans la ville, une initiative politique concrète, montrera à la fois l’utilité de notre action, son sens et viendra conforter la lutte pour la dignité, pour l’égalité qui est celle des nombreux habitants et habitantes, celle que leur maire Philippe Rio appelle la République pour tous.

Une République minée par ses multiples manquements à sa promesse originelle. Ainsi, la Fondation Abbé-Pierre lance une campagne intitulée #onattendquoi pointant du doigt la situation de 3,8 millions de personnes sans domicile ou sans domicile décent et les 15 millions au total soit un quart de la population française fragilisée d’une manière ou d’une autre par la crise du logement. Dans un autre domaine, la Cour des comptes se félicite de voir réduit le fameux « trou » de la sécurité sociale à 7 milliards d’euros — on rappelle que les mécanismes d’évasion, de fraude et autre optimisation fiscales évaporent entre 60 et 100 milliards — mais à quel prix ? À quel prix pour la santé, pour les retraites, pour les personnels hospitaliers, pour les territoires ? Dans un autre domaine encore, la rentrée scolaire a vu la très contestée réforme du collège entrer en vigueur et les classes surchargées se multiplier — il y en aurait 100 000 en primaire. La jeunesse de notre pays mérite un tout autre engagement de la société à ses côtés.

Pendant ce temps, l’état d’urgence se poursuit et avec lui les réquisitions contre les manifestants du printemps contre la Loi dite « travail », criminalisés et salis dans leur engagement, qu’ils trouvent ici la marque de notre soutien. La mobilisation, d’ailleurs, n’est pas terminée et ni les peurs ni les torpeurs de l’été n’ont eu raison du profond rejet qui s’exprime de cette loi de casse du code du travail. Les offensives menées pour porter l’affaire devant l’OIT contribuent à en faire une bataille internationale qui vient affaiblir les arguments des tenants du dumping social mondial, il y a là un champ ouvert, comme en témoigne le récent livre de Bernard Thibault. Comme sont ouverts de nombreux champs du commun.

Ce puzzle ne suffit pas à faire le tour de la période (on aurait également pu citer une bataille à mener face aux indécences de Vinci en matière d’autoroutes et de péages…), mais il en indique certains traits de caractère parmi les plus saillants. Nombreuses sont les questions auxquelles les hommes et les femmes de notre pays sont confrontés, qui mériteraient de débattre et de proposer. Nombreuses sont les questions escamotées du débat public, au profit de controverses politiques indignes des grands défis de notre temps et des attentes de notre peuple. C’est pourquoi nous avons initié la grande consultation citoyenne.

* *

*

Ce fut l’une des décisions importantes de notre congrès que cette grande enquête menée par les militants communistes dans tout le pays. Depuis le printemps, nous avons rencontré des centaines de milliers de personnes et ils sont plusieurs dizaines de milliers à avoir pris le temps de répondre. Cela nous a demandé un effort militant considérable, de la ténacité et de la détermination. Les communistes qui en ont fait l’expérience savent la richesse des moments partagés et des débats que cette démarche nous a permis. Je veux saluer cet engagement qui est venu renforcer notre relation à notre peuple. Ils sont nombreuses et nombreux à nous avoir remercié de les écouter, de leur donner la parole, d’accorder de l’importance à leur avis et à leurs aspirations. Il n’était qu’à voir les allées de la fête de L’Humanité, où les jeunes attablés stylo en main donnaient le ton de cette soif de participer. Nous voulons que la parole populaire soit incontournable dans le débat public.

Nous avons mis en actes — c’est un début — notre projet de permettre à notre peuple d’être l’auteur de son destin. Dans une société où la politique est tant discréditée et où le renoncement gagne du terrain, la gratuité de notre geste, sa sincérité ont placé notre parti dans une position de dialogue et d’échanges qui est de nature à renforcer notre enracinement populaire. D’un côté, les questions que nous posons sont ainsi en train de grandir et de cheminer dans la société. Et d’un autre, la façon dont notre peuple se vit, se pense et pense son avenir vient à la fois enrichir, soutenir et interpeller notre politique.

Je sais aussi que des camarades se sont interrogés sur l’utilité de cette initiative centrale dans un moment où chacun ne s’occupait que de désigner des candidats pour la Présidentielle. Cette élection, nous en connaissons, hélas !, le caractère structurant dans la vie politique, mais aussi son caractère destructeur.

Nous ne sommes pas à côté des enjeux de 2017 en posant cette question : « Que demande le peuple ? » Nous posons la bonne question, celle que tout le monde évacue du débat. la seule qui vaille. Nous essayons de créer une dynamique populaire qui ne se fonde pas sur des démarches personnelles et des sentiments éphémères. Cela nous rend plus forts pour affronter ces échéances. Cela nous permet de chercher le commun et nous devons y travailler jusqu’au bout.

C’est pourquoi, nous devons encore amplifier notre démarche dans les quinze jours qui viennent et faire du week-end prochain un grand moment de mobilisation autour de la grande consultation citoyenne pour donner au plus grand nombre possible de femmes et d’hommes une chance supplémentaire de se faire entendre.

Et c’est pourquoi le 8 octobre prochain, à l’issue de cette grande consultation citoyenne, nous tiendrons un grand événement de restitution de cette enquête. Nous y ferons entendre la parole populaire, si souvent dénaturée et manipulée dans le débat public. Nous y présenterons un portrait de la France que l’on n’a pas l’habitude de voir, pour contribuer à aider notre peuple à prendre conscience de lui-même, loin des clichés auxquels on voudrait qu’il se conforme. Nous y ferons la démonstration qu'il existe une majorité populaire pour une vraie politique de gauche, pour pacte d'engagements communs qui pourrait unir les forces aujourd'hui dispersées. Nous engagerons une nouvelle phase de notre déploiement : il s’agira de mettre les réponses à cette question, « Que demande le peuple ? », entre les mains du plus grand nombre pour poursuivre l’appropriation populaire de la politique et faire grandir l’action et les initiatives politiques dont notre pays a besoin.

Le samedi 8 octobre, dans toute la France, à 14h30, on pourra regarder « Ce que demande le peuple, l’émission » en direct et en public, et l’on pourra interagir. Les résultats seront détaillés, des participants à l’enquête viendront les commenter, ainsi que des acteurs publics et notre secrétaire national, Pierre Laurent, en tirera de premières conclusions et esquissera les grands axes qui pourraient fonder un pacte d’engagements communs. On pourra ensuite prolonger le débat, il le faudra. On pourra faire connaître ce qu’il en ressort par un tract national, organiser des moments de restitution dans les circonscription, dans les villes, les quartiers. Notre campagne ne s’arrête pas le 8, elle entre dans une nouvelle phase. Ces dizaines de milliers de discussions vont nous rendre plus forts, plus légitimes aussi pour, dans le débat public, servir les aspirations populaires.

Je vous propose qu’à partir de ces résultats et des conclusions, des leçons que nous en tirerons, nous allions aussi nous adresser aux forces de gauche avec lesquelles nous pensons possible de construire une réponse partagée.

* *

*

Est-il trop tard ? Non, il reste encore de la place, du temps avant que tout soit verrouillé, mais cette question est dans toutes les têtes. Lors de la Fête de L’Humanité, nous avons réussi à faire entendre notre parole, et à donner de l’écho à cette interpellation que nous portons pour que se rassemblent les forces qui veulent une politique de gauche dans ce pays. Nous sommes entrés en résonance avec cette résignation terrible qui s’installe, pour la faire reculer. Les échos de cette offensive nous reviennent dans les échanges que nous avons. Mais cela n’est pas suffisant. Pour instable qu’elle soit, la situation n’a pas significativement bougé à ce stade. Cela n’est pas sans interroger.

Nous devons continuer à approfondir notre analyse de la situation politique pour éclairer le débat qui nous conduira jusqu’à notre Conférence nationale du 5 novembre. Cette conférence devra prendre des orientations pour l’élection présidentielle et les élections législatives et les soumettre aux communistes.

Tout d’abord, le danger est plus menaçant que jamais. Pendant que la droite se déchire en dressant l’inventaire des mesures les plus réactionnaires possibles, l’extrême droite se sent pousser des ailes et espère se trouver au rendez-vous d’une fenêtre historique. Marine Le Pen tente d’adopter une posture de rassemblement et occupe plus que jamais une place centrale dans les médias et dans le débat. Se sentant confortée par tous les Trump de la planète, elle se pose en « candidate du peuple », un peuple redessiné selon ses insupportables fantasmes, baptisé dans l’introuvable pureté du sang ancestral, fracturé, chosifié et assujetti. Cet impossible peuple n’est pas le peuple de France, ce n’est pas notre peuple. Ce n’est pas un miroir que le Front national tend à notre pays, c’est une photo retouchée et caviardée. Il faut s’attacher à démonter cette imposture. C’est en se présentant comme un abri face aux peurs, aux menaces et à toutes sortes d’intempéries réelles ou supposées, que l’extrême droite agglomère des victimes désunies qu’elle a contribué à isoler. Critiquant la fièvre identitaire et « l’idéologie de la séparation », l’historien Patrick Boucheron souligne avec nombre de ses confrères combien les peuples depuis l’antiquité n’ont jamais cessé d’être des constructions politiques, créées et recréées au fil des mouvements de l’histoire et des mélanges de l’humanité. Il s’efforce de « dire calmement que nous sommes plus nombreux à ne pas nous sentir menacés par la différence ». Le peuple dont il faut parler est une association d’hommes et de femmes libres, égaux, égales, consciente de son histoire et de sa diversité, rassemblée pour un projet commun. Le peuple dont il faut parler a vocation à devenir un sujet politique, qui s’émancipe lui-même. Il n’y a pas d’issue dans le populisme, dont le mécanisme inéluctable consiste à un asservissement consenti. C’est donc bien sur le terrain du projet, sur le terrain de l’avenir qu’il faut chercher, qu’il faut bâtir, qu’il faut construire un peuple de citoyennes et de citoyens actrices et acteurs de leur destin commun.

Or, la dynamique la plus forte, sans doute, est bien celle du désintérêt, du désenchantement. L’idée s’installe qu’il n’y a rien à attendre de la politique en général et de ces élections en particulier. Elle s’installe, en particulier à gauche, mais plus largement, parmi les couches populaires, les ouvriers, les salariés, les chômeurs, les retraités. Sans renoncer à convaincre qui que ce soit, c’est là, sans doute, notre premier adversaire.

La droite espère pouvoir disputer la victoire et c’est cela qui rend si âpre sa bataille interne. Lorsque Nicolas Sarkozy entend obliger tout un chacun et toute une chacune à adopter des ancêtres, en l’occurrence gaulois, il ne le fait pas au hasard, il se situe sur le terrain du fantasme identitaire qu’il a tant contribué à agiter et n’oublie pas pour autant de tailler à grand coups de sabre dans les droits et libertés pour aider ses amis les marchés financiers. Mais la nature des propositions en débat indique clairement un nouveau coup de barre à droite de ses orientations politiques, tous candidats confondus, une fois les excès de langage mis de côté. Les rodomontades de François Bayrou, qui essaye de jouer un rôle, n’y changent rien. Lors des dernières échéances, le poids électoral de la droite et de l’extrême droite, voyant en certaines régions la gauche complètement éliminée, a produit des paysages politiques monstrueux et produit désormais des politiques antisociales et autoritaires complètement débridées. Ce qui nous vaut, par exemple, à Marseille, de lancer une pétition contre la transformation de la Villa Méditerranée en Casino, juste à côté du MuCEM.

Pour leur part, le Parti socialiste et ses alliés continuent dans la voie du libéralisme et le Président commence à écrire à sa façon l’histoire du quinquennat qui s’achève, se glorifiant de son impopularité, qui serait la marque d’une politique courageuse. François Hollande semble parier sur un nouveau concours de circonstances, tandis que le Premier ministre continue creuser son sillon en cultivant sa posture de fermeté face aux résistances, et que le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, s’en est allé « prendre la mer », pour tirer lui aussi tout ce petit monde plus encore vers la droite de l’échiquier. Les primaires qui s’annoncent voient la contestation de la ligne gouvernementale s’exprimer, mais s’incarner dans la dispersion. Le malaise est perceptible.

Europe-Écologie les Verts est également engagée dans une primaire interne, ayant choisi de présenter un candidat n’ayant pas vraiment d’autre ambition que de faire entendre un discours écologiste dans la présidentielle.

Jean-Luc Mélenchon, pour sa part, continue à défendre sa candidature au nom de la France insoumise, estimant que « le rassemblement de la « gauche » empêcherait le peuple de se fédérer ».

Peu d’écho est donné aux candidatures de Lutte ouvrière et du Nouveau parti anticapitaliste dans les médias.

À regarder ce paysage sinistré — non pas au sens qu’il pencherait vers la gauche, la sinistra, bien au contraire — on craint ce qu’il pourra en sortir. Et pourtant, il ne s’agit pas de renoncer.

Tout d’abord parce que nombreux sont celles et ceux qui se sentent trompés, trahis et floués. Immense est la déception pour nombre de celles et ceux qui avaient placé quelque espoir dans l’élection de François Hollande contre Nicolas Sarkozy. Le printemps social a montré qu’il existe dans notre pays une majorité contre la Loi travail et pour un code du travail du XXIe siècle. Cette majorité est invisible dans ce découpage politique. Sans nier les contradictions qui traversent notre peuple, ce printemps social, à l’image d’autres mobilisations, et comme on peut le voir sur d’autres sujets comme celui du droit de vote des étrangers, montre qu’il peut exister des dynamiques populaires sur des idées de progrès.

Ensuite parce que les illusions que les citoyennes et citoyens pourraient nourrir à l’endroit des individus providentiels susceptibles, à l’occasion d’une élection présidentielle, de suffire à redresser tous les torts, ont été largement affaiblies par les expériences répétées. Si le renoncement à la politique peut croître à l’aune de cet abaissement de la fonction présidentielle, il y a aussi de la place pour faire vivre une démarche politique plus exigeante et plus porteuse qui ne se limite pas à abdiquer son pouvoir de citoyen pendant cinq ans au profit d’un seul ou d’une seule.

* *

*

Quels sont, pour nous les enjeux des échéances à venir ?

Refusant d’en reprendre pour cinq ans de libéralisme, d’austérité et d’autoritarisme, ou pire, nous voulons réenclencher la marche avant, celle du progrès social, démocratique, écologique. Nous voulons donc, pour cela, contribuer à faire émerger une majorité pour une politique de gauche, qui ne saurait emprunter aux orientations du quinquennat qui s’achève. Or, cette majorité ne pourra pas se construire uniquement sur la matrice de l’élection présidentielle : nous voulons commencer à renverser l’ordre présidentiel qui n’en finit pas de dégrader la démocratie et la République, ce qui commence par une revalorisation des législatives et du pouvoir parlementaire. Il faut envisager toute la séquence, et y imaginer des victoires, en ayant à l’esprit que la question de l’avenir de la gauche, de l’existence d’un courant politique de transformation sociale et d’émancipation humaine est posée, comme on le voit également ailleurs en Europe et dans le monde.

Pour le Parti communiste français, l’enjeu est double : être utile à notre peuple en jouant le rôle qui lui a été assigné d’unir et de rassembler celles et ceux qui ont intérêt et portent intérêt au changement ; avoir les moyens de peser aujourd’hui et demain dans les batailles politiques qui s’annoncent et qui se poursuivront au-delà de 2017.

Il faut bien reconnaître que la Présidentielle confirme de jour en jour être un piège pour notre peuple, pour la démocratie, et, bien sûr, pour nous-mêmes. Et, dans les esprits, cette question finit par se résumer souvent au choix d’un candidat, et il faudra bien en passer par là au bout du compte, car nous ne saurions passer notre tour, mais cela n’aurait que peu de sens sans une stratégie plus large, intégrant pleinement les législatives, les sénatoriales et l’ensemble des batailles à venir.

Trois options, principalement, sont devant nous, que je vais évoquer successivement au conditionnel, de façon ouverte, en guise de premier examen.

D’abord, réussir ce que nous avons entrepris lors de notre congrès : rassembler des forces aujourd’hui dispersées en construisant une candidature commune et partagée capable de créer une dynamique nouvelle. C’est un pari difficile. C’est un pari indispensable. Cela suppose des initiatives politiques afin de créer les conditions de ce rassemblement, amplifiant ce que nous avons fait à l’occasion de la Fête de L’Humanité. cela correspond à une attente d’une part grandissante de la population qui ne veut pas rejouer le match de 2012. Car nous savons nous heurter à des difficultés objectives : le fait que l’essentiel des forces de la mouvance socialiste qui contestent l’orientation libérale n’aient pas franchi le pas et le risque de les voir renoncer en soutenant contre nature un candidat qui poursuivrait sur la pente gouvernementale actuelle que ce soit François Hollande, Manuel Valls, Emmanuel Macron ou même Jean-Christophe Cambadélis ; la démarche isolée d’EELV dont l’image est brouillée par les divisions et la participation gouvernementale ; la stratégie de clivage et la posture apparaissant autocentrée de Jean-Luc Mélenchon ; l’absence actuelle de candidature consensuelle apparaissant capable d’incarner ce large rassemblement à gauche ; le manque de débat politique sur les grands enjeux permettant de mettre en évidence les convergences possibles. Mais le premier tour de la présidentielle passera et cette exigence de rassemblement demeurera. La conscience du danger va grandir dans la campagne et nous ne sommes pas au bout des coups de théâtre possibles. C’est pourquoi, l’affirmation de cette volonté devra se poursuivre, quoiqu’il en soit et quels que soient les choix de candidatures que nous pourrons être amenés à effectuer dans les conditions politiques du calendrier. Nous pourrions décider, le 5 novembre, de nous donner encore du temps pour aboutir si des signes encourageants se manifestaient, mais ne prendrions-nous pas le risque d’être complètement absents de cette bataille ? Nous entrons dans un temps décisif et nous ne saurions être suspendus aux décisions des uns et des autres, dont certaines viendront à la fin janvier, pour nous engager dans cette bataille.

Ensuite, se présente l’option de soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon, qui était notre candidat avec le Front de gauche en 2012. Il ne prétend pas être le candidat du rassemblement que nous souhaitons réaliser ; chacune, chacun a pu prendre connaissance de sa philosophie, en particulier dans le grand entretien qu’il a accordé à L’Humanité mardi dernier. À défaut, dans quelles conditions et pour quels objectifs politiques pourrions-nous soutenir cette candidature ? Si, au bout de nos efforts, elle apparaissait comme étant celle ayant la meilleure capacité de rassemblement, nous ne pourrions pas pour autant nous inscrire dans une démarche de ralliement et d’effacement — ce serait d’ailleurs vrai pour toute autre candidature. Il apparaît hors de propos de se fondre dans la nouvelle force politique que constitue, ou veut constituer, la France insoumise tant pour des raisons structurelles que pour des raisons de fond : cela ne correspond pas à notre démarche. Mais, renonçant à ajouter de la division à la division en présentant un candidat collant au plus près à ce que nous voulons porter dans le débat présidentiel, nous pourrions cependant décider d’un soutien que chacun est libre d’apporter à un candidat qui se présente, tout en conservant une souveraineté de parole et d’action dans la campagne, et en essayant de contribuer le mieux possible à faire réussir cette candidature. Nous nous emploierions également à élargir toujours plus le cercle du rassemblement tant pour la présidentielle que pour les législatives à suivre. Une telle option nous permettrait-elle de faire entendre la voix des communistes et de contribuer au grand débat de projet que nous appelons de nos vœux ? Nous permettra-t-elle d’envisager au mieux l’échéance des législatives, ou plutôt, comment pourrons-nous, dans ce contexte préparer au mieux ces échéances ? Comment traverserons-nous les contradictions qui pourraient apparaître ? Nous devrons apporter des réponses à ces questions.

Enfin, — c’est une lapalissade — constitués en Parti politique, si nous pouvons soutenir des candidats avec lesquels nous faisons route commune, nous sommes naturellement fondés à concourir aux élections en présentant directement des candidats si nous le jugeons nécessaire. Une telle candidature ne pourrait en aucun cas relever du registre de l’affirmation identitaire, compte tenu des orientations politiques que nous avons déterminées face à la situation. En effet, après avoir œuvré au rassemblement, nous ne devons pas apparaître comme portant une responsabilité dans la division et dans une éventuelle catastrophe politique issue des urnes. L’idée existe que nous devrions mettre nous aussi une candidature sur la table, quitte à la retirer si elle n’apparaissait pas en mesure d’être vraiment utile à notre combat dans cette échéance. La possibilité d’une candidature existe, puisque je l’évoque, mais désigner quelqu’un aujourd’hui, ou plutôt le 5 novembre, nous engagerait dans un processus de campagne et si nous devions le faire, il vaudrait mieux que ce soit pour aller au bout. Mais, dans le contexte que j’ai décrit et compte tenu de l’expérience passée, une telle candidature pourrait-elle se fixer un autre objectif que de témoigner ? Est-ce la meilleure manière de se mettre en dynamique pour les législatives et pour la période qui suivra ? Je pose à voix haute les questions qui viennent dans nos discussions, pour que nous essayions d’y apporter des réponses communes.

Voilà en somme, dans l’intensité des contradictions politiques du moment, les hypothèses qui sont devant nous, que nous devons instruire, sur lesquelles nous devons travailler pour nous placer le plus possible à l’offensive et faire valoir au mieux l’utilité de la force que nous représentons et qui compte dans ce pays. Si j’ai présenté les choses ainsi, après discussion du Comité exécutif national, c’est parce que les questions sont ouvertes et, contrairement à ce que prétendent quelques fantasmes qui traînent, il n’y a aucune décision cachée qui serait déjà prise. Le choix appartiendra aux communistes, suite à la Conférence nationale, conformément à nos décisions de congrès.

Il faut apprécier au mieux la situation. Et il faudra sans doute s’entendre sur cette question : y aura-t-il quelque chose à attendre de la présidentielle ? Sans renoncer à ouvrir des brèches, pour l’heure, nous pouvons nourrir les plus grandes craintes. Mais une chose est sûre, beaucoup de l’avenir, quoiqu’il en soit de la présidentielle, se jouera aux élections législatives. Nous devons sans attendre les préparer : de quel député avez-vous besoin ? De quel député de gauche avez-vous besoin ? Quelles propositions voulez-vous voir portées ? Les élections législatives doivent nous permettre de nourrir le débat politique général de 2017, et de favoriser au plus l’intervention populaire. À partir de la grande consultation et de ses résultats, nous pouvons d’ores et déjà engager des dynamiques. Et de possibles candidates et candidats peuvent y jouer un rôle moteur. Nous pourrions, courant janvier, organiser, devant l’Assemblée nationale, un rassemblement de candidates et candidats aux élections législatives pour dynamiser cette campagne, et pourquoi pas, tiens, le 21 janvier, le jour où Louis XVI perdu la tête, pour réitérer notre refus de la monarchie sous toutes ses formes, y compris présidentielle.

Dans les semaines qui viennent, nous devons donc, ensemble, instruire ce débat, en continuant nos efforts politiques pour élargir le champ des possibles. Beaucoup de communistes, sans doute une majorité, s’interrogent et notre discussion collective sera décisive pour avancer. Quel que soit notre choix, ce que nous devons protéger par-dessus tout, parce que c’est notre meilleur atout pour aujourd’hui, pour les échéances qui viennent, et pour demain, c’est notre unité, notre capacité à agir ensemble, la force de notre collectif.

Pour préparer la Conférence nationale du 5 novembre, nous pourrions désigner une délégation de notre Conseil national qui pourrait, à partir des résultats de la Grande consultation et des questions politiques qui nous sont posées pour les échéances de 2017 aller rencontrer les différentes forces avec lesquelles nous serions susceptibles de converger afin de pouvoir définir nos orientations avec la meilleure connaissance possible des tenants et des aboutissants. Mais dès la semaine prochaine, la discussion doit s’amplifier dans le Parti, sur la base de nos travaux, et nous pourrions proposer aux organisations du Parti de faire remonter des procès-verbaux de leurs discussions afin de nourrir la préparation de la Conférence nationale.

Faisons monter le débat, faisons grandir l’envie de politique et de république, l’envie de gauche et de révolutions, l’envie d’émancipation humaine, l’envie de commun, l’envie de changer les choses. Le printemps social que nous avons connu montre qu’il existe dans notre pays des forces considérables. Quelles autres initiatives que celles que j'ai évoquées pouvons-nous prendre ? La période les appelle foisonnantes et innovantes. Qu’aujourd’hui notre Conseil national en propose et que partout cet appel soit entendu.

* *

*

Chères et chers camarades,

Nous devons aborder ces débats comme la période qui vient avec humilité, audace et sérénité. Sans surestimer les possibilités de la période, nous devons avoir confiance en notre force collective. Notre parti a peut-être été la force politique la plus active sur le terrain durant ces derniers mois. Elle y a puisé une énergie renouvelée. Nous devons conforter cette dynamique et nous saisir de tous les enjeux qui animent le questionnement de notre peuple. Sans attendre, nous devons engager les batailles qu’exige la situation. Surmonter les failles, étonner la catastrophe. Comment faire ?

Vous me pardonnerez de conclure en forme d’hommage, en vous citant la profession de foi de notre camarade Michel Vaxès à l’occasion des élections législatives de 1997. Questions-réponses. « Ce que vous considérez comme essentiel ? La seule chose essentielle, c’est la vie des gens et le meilleur parti pris, c’est le parti pris des gens. Ce que vous promettez ? Aux promesses trop souvent non tenues, je préfère l’engagement au service des gens et la fidélité à mes convictions. L’engagement que j’ai définitivement pris, c’est celui de travailler inlassablement avec toutes celles et ceux qui le souhaitent à rechercher ensemble, dans le respect de nos approches, de nos histoires, de nos sensibilités différentes, les solutions les mieux à même de répondre aux légitimes exigences humaines d’une vie qui assure à chacun sa dignité. »

Pierre Dharéville

Pierre Dharéville

Conseil national des 24 et 25 septembre 2016

Relevé de décisions

Le Conseil national du PCF, réuni les 24 et 25 septembre 2016, tout en actualisant son
appréciation de la situation politique, a décidé d'impulser de grandes batailles nationales,
d'amplifier la grande consultation citoyenne, de prendre une initiative politique le 8 octobre et de
lancer la préparation de la Conférence nationale du 5 novembre.

Dans le cadre des objectifs décidés au 37e congrès, le Conseil national a décidé de :
- continuer à faire grandir des majorités populaires pour des changements de progrès à
gauche, en faisant reculer les idées de droite et d'extrême droite ;
- poursuivre nos efforts de rassemblement politique pour transformer ces majorités en
majorités politiques, nationale par une candidature commune à la présidentielle, et des
majorités locales par l'élection de député-e-s ;
- faire le choix pour l’élection présidentielle qui permette de faire avancer ces objectifs le
plus loin possible ;
- construire nos candidatures législatives avec cette même ambition, en obtenant le
meilleur score national pour ces candidatures et en faisant élire le plus grand nombre
possible de député-e-s communistes pour permettre la constitution d’un groupe à
l’Assemblée nationale ;
- préparer les sénatoriales dans le même esprit.

Le Conseil national s'engage, en lien avec les directions départementales, à organiser dans toute la France des compte-rendus des travaux du Conseil national en veillant à la participation du plus grand nombre de communistes et, d'ici le 5 novembre, à établir des synthèses des discussions et des avis exprimés dans les structures locales du Parti.
Notre discussion doit permettre à l'ensemble des communistes de définir les hypothèses sur
lesquelles la Conférence nationale puis les communistes eux-mêmes auront à se prononcer.
La qualité du débat, sa sincérité, sa transparence, dans le respect des différentes opinions
exprimées sera décisive.
La direction nationale appelle les communistes à prendre connaissance des travaux du Conseil
national et à approfondir l'analyse de la situation politique et les objectifs que nous nous sommes
fixés. Elle soumet trois débats aux communistes en vue de la conférence nationale du 5
novembre.

1- Comment construire le rassemblement que nous voulons dans cette situation ? Quelles
nouvelles initiatives
?
Le danger d'une victoire conjointe des forces de droite et d'extrême droite en 2017 est réel. Notre objectif est de construire une majorité populaire et de gauche, porteuse d'engagements en rupture avec les logiques libérales, capable de mettre en échec cette victoire.
Une candidature commune serait un atout considérable pour franchir la barrière du 1er tour et
permettre la mise en oeuvre d'une véritable politique de gauche pour la France. Quelles initiatives politiques pour construire des fronts larges, majoritaires, pour faire se lever les forces
progressistes et populaires contre les projets libéraux et pour des solutions de progrès ? Nous
avons d'ores et déjà engagé plusieurs batailles nationales. Nous voulons les amplifier pour qu'elles portent des solutions qui s'imposent dans le débat présidentiel :

- loi travail : prendre des initiatives militantes et parlementaires contre l’application de cette
loi, pour une alternative de sécurisation de l’emploi et de la formation et contre la
criminalisation de l'action syndicale ;
- faire grandir une grande bataille nationale pour un renouveau de notre politique
industrielle, notamment ferroviaire et énergétique, en lien avec les mobilisations à Alstom,
EDF,... Une délégation du PCF participera à la manifestation nationale des
« Alsthommes », le 27 septembre ;
- lutte contre la finance et pour une autre utilisation de l'argent : prendre appui sur le succès
du livre d'Alain et Éric Bocquet, sur le rapport parlementaire sur le CICE et sur nos
propositions pour un pôle public bancaire afin de porter nos solutions alternatives ;
- mener une bataille pour des solutions humaines d’accueil des migrant-e-s et des
réfugié-e-s ;
- prendre des initiatives pour construire un grand mouvement pacifiste après le succès de la
Marche pour la paix du 24 septembre ;
- poursuivre la bataille sur la situation des communes et des services publics dans les
territoires avec la préparation des Assises du 19 novembre avec Convergence des services
publics et des mobilisations locales comme celle du grand marché solidaire du 14 octobre,
à Grigny, pour protester contre la fermeture de l'unique grande surface commerciale de la
ville.

Comment créer une dynamique politique avec la grande consultation citoyenne que nous
avons lancée ?

La grande restitution nationale du 8 octobre, sous forme d'une émission télévisuelle diffusée en direct sur internet, sera un moment important autour du thème « Voilà ce que demande le
peuple / Voilà ce que nous proposons » avec l'ambition de réunir des milliers de personnes à
travers des écoutes collectives organisées dans tout le pays.
Quelles suites donner nationalement et dans les territoires à cette restitution ? Organiser partout
des restitutions pour continuer d’amplifier le débat politique sur les aspirations populaires. Un
matériel national sera mis à disposition pour une diffusion massive dans le pays afin de
populariser cette restitution et notre démarche de rassemblement. Nous pourrions lancer un
appel au rassemblement à gauche sur la base des résultats et une pétition portant sur les axes
d'un projet pour la France fondé sur les propositions de notre parti et nourri par la consultation
citoyenne. Nous appelons aussi les communistes à participer aux initiatives telles que les
assemblées citoyennes du Front de gauche et de l'Appel des 100. Nous mettrons en place un site
internet collaboratif pour recueillir les contributions de nos concitoyens sur ce projet.

2- Quelles initiatives prendre pour les législatives ?
Lancer notre bataille des élections législatives sur cette ligne de contenus en construisant
localement les rassemblement les plus larges. D'ici la Conférence nationale, le Conseil national
appelle les communistes à engager le débat citoyen sur la question « de quel-le député-e de
gauche avez-vous besoin dans votre circonscription ? » et à désigner les candidat-e-s.
Nous pourrions construire une initiative nationale en janvier devant l'Assemblée nationale, avec la participation des candidat-e-s présenté-e-s ou soutenu-e-s par le PCF.

3- Quel choix de candidature à l'élection présidentielle ?
Décidés à poursuivre les efforts de rassemblement jusqu'au bout, le Conseil national, comme les communistes, identifient dans le débat, à cette étape, 3 hypothèses. La question qui nous est posée est la suivante : dans quelles conditions chacune des ces hypothèses permet-elle
d'atteindre nos objectifs politiques ? Les différentes hypothèses doivent être examinées avec
l'ensemble des éléments objectifs, les inconvénients et les avantages à court et à long terme.

• Prendre de nouvelles initiatives de rassemblement sans faire de choix de candidat au 5
novembr
e.
• Un appel à voter Jean-Luc Mélenchon, en affirmant l'autonomie du PCF, sa démarche de
rassemblemen
t.
• Engager une candidature issue du PCF, porteuse de ses idées et de sa démarche de
rassemblemen
t.


La Conférence nationale aura à formuler les options définitivement soumises aux communistes.

Elle-même se prononcera puis soumettra des propositions aux communistes dans une
consultation dont elle fixera la date.

Une commission nationale chargée de l'animation et du suivi des débats préparatoires à la
Conférence nationale est mise en place. Elle aura comme objectif de collecter, en lien avec la Vie du Parti, et de synthétiser les avis afin de formuler une proposition de résolution à soumettre à la Conférence nationale et de recueillir les propositions de candidat-e-s dans le cadre de l'option d'une candidature issue du PCF.

Déclaration adoptée avec 72 votes favorables, 1 contre, 7 abstentions

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 19:17
Le ciel de l’histoire lui tombe sur la tête

Ils se prétendent... « Les républicains »

AURÉLIEN SOUCHEYRE

JEUDI, 22 SEPTEMBRE, 2016

L'HUMANITÉ

Le candidat à la primaire de la droite, Nicolas Sarkozy, utilise depuis des années une vision déformée de l’histoire à des fins politiques.

Question : qui a dit « Comment comprendre l’Histoire des autres si l’on ne connaît pas sa propre histoire ? » Réponse : Nicolas Sarkozy, le 6 septembre. Voilà qui pourrait être un bel exemple d’autodisqualification pour quelqu’un qui se prend régulièrement les pieds dans le tapis d’une histoire fantasmée. Sauf que l’ancien président de la République, candidat à une réélection, ne fait pas de recherches historiques. Il fait de la politique et utilise tout ce qui lui passe par la main pour servir ses desseins. Qu’importe la cohérence, quand il déclare en 2007, en visite au Vatican, que « les racines de la France sont essentiellement chrétiennes », avant de lancer ce mardi que « dès que l’on devient français, nos ancêtres sont gaulois (et donc païens – NDLR) ». Le but est le même : défendre l’idée d’une identité française immuable, intemporelle, fermée. Comme s’il n’y avait qu’un moule unique. Comme si ceux qui pourraient refuser de se couler dedans étaient des anti-France. Comme si les identités devaient se substituer l’une à l’autre alors qu’elles peuvent s’additionner.

En ouvrant un manuel d’histoire, on pourrait apprendre que la vision historique de Nicolas Sarkozy est non pas gauloise, mais très « romaine », puisque « la Gaule est une fiction géographique créée par les Romains, les Gaulois une fiction de peuple elle aussi créée par les Romains », comme l’a rappelé sur Twitter l’historienne Mathilde Larrère. On pourrait aussi retourner l’argument de Nicolas Sarkozy contre son étroitesse même, les « Gaulois » étant partout en Europe, et même en Anatolie, où les Galates, des Celtes, avaient fondé un royaume. Mais sans doute que Nicolas Sarkozy ne voulait pas dire ici que les Français sont des turcs, et inversement.

Derrière le roman national, le mépris colonial

Sur Internet, on pourrait retrouver cette vidéo de l’INA dans laquelle François Mitterrand, alors président de la République, en 1987, lançait dans un sourire : « Nos ancêtres les Gaulois, un peu romains, un peu germains, un peu juifs, un peu italiens, un peu espagnols, de plus en plus portugais. Peut-être, qui sait, polonais. Et je me demande si déjà nous ne sommes pas un peu arabes », invitant à « refuser tous les appels de l’inconscient, de je ne sais quel subconscient mal réglé ou mal dirigé » afin de « choisir l’unité de la France ».

Tout au long de l’Histoire, on pourrait parler des Grecs, des Francs, des Normands, des expansions en Savoie, à Nice, en Corse, et en dehors de l’Europe : Afrique, Antilles, Asie… Mais d’où vient que, dans les anciennes colonies, il ait pu être appris « Nos ancêtres les Gaulois » ? Alors que le peuple de France est issu de brassages constants, l’utilisation et l’ethnicisation de l’histoire à des fins politiques ne datent pas d’hier. Lors de la Révolution française, où naît véritablement l’idée de nation en opposition aux monarchies, traîne déjà chez certains l’idée que le peuple descendrait des « Gaulois », face à une aristocratie issue des « Francs » (eux-mêmes d’origine « germanique »). Plus tard Napoléon III s’identifie à César à Alésia. Lors de la fondation de la IIIe République, après la chute du second Empire, Vercingétorix devient par opposition « héros français », à travers une continuité inventée de toutes pièces, et les manuels scolaires d’Ernest Lavisse démarrent ainsi : « Autrefois, notre pays s’appelait la Gaule et ses habitants, les Gaulois. » L’idée de roman national s’étend dans les colonies, jusqu’à nier et disqualifier la pluralité des identités pour imposer une pseudo-unicité – sans égalité de droits ni justice sociale. Il est aussi significatif de rappeler que, des années 1900 à nos jours, les Celtes ont sans cesse été loués par l’extrême droite française comme origine d’une « pureté » à défendre.

Sarkozy, lui, s’inscrit depuis longtemps dans le sillon du roman national, doublé d’un mépris colonial. Il ne s’en cache pas. Le discours de Dakar de 2007 en témoigne, de « L’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire » à « Le problème avec l’Afrique, c’est qu’elle vit dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance ». Jacques Chirac lui avait répondu que : « L’homme africain est entré dans l’Histoire. Il y est même entré le premier. »

Quand à l’idée d’écrire et d’enseigner un roman national fantasmé soi-disant pour assurer la cohésion du peuple, François Fillon a déjà dit être pour. Nicolas Sarkozy aussi. Il l’a confirmé, mardi, lors d’une soirée organisée par Valeurs actuelles : « Ce roman national, ce n’est pas forcément la vérité historique dans son détail, mais c’est un roman peuplé de héros qui ont fait la France, et quand on est fils d’un Hongrois ou d’un Algérien et que vous arrivez en France, on ne vous apprend pas l’histoire de la Hongrie ou de l’Algérie, on vous apprend l’histoire de France ! » Le candidat a ensuite prôné « l’assimilation » plutôt que « l’intégration », tout en ajoutant que « le nivellement de la pensée unique sur le droit à la différence ça suffit ». En somme, une France à la Zemmour : mythifiée en dragon napoléonien au galop, le sabre glorieux au clair d’un côté, et suspicieuse en permanence envers les mamelouks de l’autre.

Si la mémoire est un champ de bataille permanent, l’histoire doit rester une affaire scientifique. Enfin, quand il s’agit de se réclamer du passé, plutôt que de parler des « Gaulois » un 19 septembre, Nicolas Sarkozy, fondateur du parti « Les Républicains », aurait tout aussi bien pu attendre le 20 septembre, date de la victoire de Valmy, qui ouvre la porte à la proclamation de la première République le 21 septembre 1792… Mais pour cela, il faudrait garder à cœur l’idée que la République est un projet politique et non racial.

  • Lire aussi. Devenir gaulois, le billet de Maurice Ulrich. En proie à un étrange excès de zèle auprès de Nicolas Sarkozy et ses délires, notre confrère Guillaume Tabard, dans le Figaro, s’est trompé de potion magique.
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