Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 19:00

 

 

Les communistes de la section de Morlaix vous souhaitent pour 2017 une bonne et heureuse année pour vous-même et votre famille, une année qui nous ouvre des horizons d’espérance, une année de victoire populaires à construire ensemble.

2017 est l’année des défis à relever, des montagnes à soulever. Nelson Mandela disait « cela semble toujours impossible jusqu’à ce qu’on y arrive ». Alors, si nous nous rassemblons, l’impossible pourra advenir.

Bloavez mad

 

 

Partager cet article
Repost0
3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 16:46
Photo des 8 élus de l'opposition municipale à Morlaix (Ouest-France, septembre 2016): de gauche à droite, Elisabeth Binaisse, Ismaël Dupont, Hervé Gouédard, Valérie Scattolin, Sarah Noll, Jean-Philippe Bapcérès, Jean-Paul Vermot, Jean-Pierre Cloarec

Photo des 8 élus de l'opposition municipale à Morlaix (Ouest-France, septembre 2016): de gauche à droite, Elisabeth Binaisse, Ismaël Dupont, Hervé Gouédard, Valérie Scattolin, Sarah Noll, Jean-Philippe Bapcérès, Jean-Paul Vermot, Jean-Pierre Cloarec

Communiqué de presse de l’opposition municipale

mardi 3 janvier 2016 

La question se pose à la lecture de la presse des 2 et 3 janvier : Morlaix ne serait donc pas cet endroit que tout le monde nous envie, tant vanté par Madame Lebrun?

Les données démographiques sont malheureusement là pour nous ouvrir les yeux : il existe une réelle désaffection des habitants qui préfèrent aller tenter leur chance ailleurs. Pourquoi 700 de nos concitoyens ont-ils pris ces dernières années une telle décision ?

Les élus d’opposition ont tenté à plusieurs reprises d’ouvrir le débat au sein du Conseil Municipal, sans esprit polémique, mais par souci du bien vivre ensemble à Morlaix.

Ce fut à chaque fois une fin de non recevoir : circulez, tout va bien !!!

Eh bien non, tout ne va pas bien !

L’absence d’un projet de réinvestissement des bâtiments vides du centre-ville (le projet d’un secteur sauvegardé est-il la bonne voie comme nous l’a affirmé le Maire?), la pression fiscale, la réduction progressive et continue de l’activité commerciale du centre ville, le manque de concertation et de dialogue avec les commerçants et les acteurs de la ville, le tout associé à un manque de vision d’avenir de l’actuelle municipalité de Morlaix sont les raisons essentielles de ce déclin démographique.

Sur ces sujets, comme sur d’autres, notre avenir se joue avec la Communauté, et là, encore une fois, la Municipalité Le Brun est défaillante : retrait de l’entente sur le Pôle gare, refus de transfert d’équipements (Langolvas, le théâtre, le musée, les piscines) malgré la proposition d’un pacte fiscal de Morlaix Communauté pour baisser les impôts de la ville centre.

Malgré l’autosatisfaction affichée de la majorité municipale, nous souhaitons aux Morlaisiens une bonne année 2017 : la santé, la réussite collective, et .de vrais projets pour redynamiser la démographie de la ville

Partager cet article
Repost0
3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 16:43
Morlaix, avec 14.837 habitants, reste la cinquième ville du Finistère, derrière Brest, Quimper, Concarneau et Landerneau.

Morlaix, avec 14.837 habitants, reste la cinquième ville du Finistère, derrière Brest, Quimper, Concarneau et Landerneau.

Population. Morlaix sous la barre des 15.000 habitants

 

Partager cet article
Repost0
3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 06:54

L’HUMANITE

Lundi 2 janvier 2016
LIONEL VENTURINI
 

 

Comment exister jusqu'au bout du mandat quand on ne se représente pas ? Pour le chef de l'État, samedi, dans ses vœux aux Français, l'équation passe par la scène internationale. Dans les quatre mois qui lui restent, il pourrait pourtant tant faire, lui répliquent huit personnalités.

LA PALME DE LA LANGUE DE BOIS DÉCERNÉE À JEAN-CHRISTOPHE CAMBADÉLIS, PREMIER SECRÉTAIRE DU PS, POUR QUI FRANÇOIS HOLLANDE A NI PLUS NI MOINS « SU CONCILIER LE REDRESSEMENT ÉCONOMIQUE DU PAYS À LA RESTAURATION DE LA PLACE DE LA FRANCE EN EUROPE ET DANS LE MONDE, TOUT EN RÉPONDANT AUX ATTENTES DE NOUVELLES CONQUÊTES PROGRESSISTES ».

Des vœux empreints « d'émotion et de gravité », dixit François Hollande : le service après-vente n'est jamais aussi bien assuré que par soi-même. Pour ses derniers vœux aux Français, alors qu'il lui reste quatre mois encore à l'Élysée, le chef de l'État n'a pas dérogé à la ligne qu'il s'est fixée depuis sa renonciation à se représenter : le président préside, se réserve la scène internationale, revenant notamment sur la menace terroriste, « il y a dans l'Histoire des périodes où tout peut basculer, nous en vivons une », a-t-il dit, avant de se rendre aujourd'hui en Irak « pour saluer nos soldats ». Il s'est fait l'avocat de son action ­ « les comptes publics ont été rétablis, la Sécurité sociale est à l'équilibre, la compétitivité de nos entreprises a été retrouvée, la construction de logements atteint un niveau record, l'investissement repart (...) le nombre de demandeurs d'emploi baisse enfin depuis un an » ­ pourquoi n'est-il donc pas candidat ?

À la droite de François Fillon et à l'extrême droite de Marine Le Pen, il adresse une mise en garde : « Le rôle des forces et personnalités politiques » est d'« éviter de brutaliser la société », quand le candidat de la droite veut supprimer 500 000 emplois publics et couper dans les prestations sociales. Au FN, il réplique : « Comment imaginer notre pays recroquevillé derrière des murs, réduit à son seul marché intérieur, revenant à sa monnaie nationale et, en plus, en plus, discriminant ses enfants selon leurs origines ? »

Dix minutes d'allocution et aucune annonce de réforme nouvelle. À la gauche, enfin, il adresse une mise en garde contre « la dispersion » qui entraînerait « l'élimination » de celle-ci dès le premier tour de la présidentielle. Oubliant qu'il fut, durant ce quinquennat, le premier à éparpiller la majorité qui l'a porté au pouvoir en 2012, écartant du gouvernement écologistes comme aile gauche du PS. Dans ces dix minutes d'allocution, pas d'annonce de réforme nouvelle, pourtant : la fin du quinquennat irait-elle pépère ? À comparer avec le discours du Bourget en 2012, beaucoup reste à faire. Alors, nous avons demandé à huit personnalités ce qu'elles impulseraient, dans leur domaine, si elles étaient, comme François Hollande, aux manettes jusqu'en mai. Nos vœux de réussite pour 2017, en somme.

 

 

Eric BOCQUET

Sénateur – Coauteur de « Sans Domicile FISC »

 

 

J'IMPULSERAIS UNE GRANDE CONFÉRENCE MONDIALE CONTRE L'ÉVASION FISCALE

Dans les cinq mois qui restent, je lancerais les bases d'un conférence internationale sur l'évasion fiscale en réunissant d'abord toutes les ONG qui travaillent là-dessus depuis de nombreuses années ­ je pense à Oxfam, CCFD-Terre solidaire... Mais aussi les lanceurs d'alerte qui ont contribué à révéler différents scandales, les journalistes d'investigation, des magistrats... On commence par la France, puis on attaque ensuite l'échelon européen, parce que c'est à l'échelon international qu'il faut engager les choses et parce que c'est à ce niveau que se posent les questions sur les complicités, les proximités entre le monde de la finance et des responsables politiques de haut niveau tels Barroso ou Juncker. Les enjeux dépassent largement le G20, c'est pourquoi une COP de la finance est nécessaire, il y a dans le monde 200 États concernés par les conséquences de l'évasion et de l'optimisation fiscales de grands groupes. On pourrait s'appuyer aussi sur l'ONU, qui pourrait avoir un rôle pilote dans l'affaire, pour mettre en place cette conférence. Travail gigantesque, certes, mais songeons que des centaines de milliards s'évaporent chaque année ; il faut, une fois pour toutes, se défaire de cette emprise que la finance a dans tous les rouages des gouvernements du monde. Dans le livre écrit avec mon frère Alain, nous proposons que cette conférence se tienne dans un lieu symbolique, le Burundi, l'un des États au monde où le PIB par habitant est le plus faible, parce que les pays en voie de développement sont impactés par les pratiques des grands groupes. Cela pose la question de la démocratie, et de qui dirige les affaires du monde. L'élection de Donald Trump en est un symbole ; dès qu'il aura prêté serment, le 20 janvier, il se trouvera en situation de conflit d'intérêts en possédant ses dizaines d'entreprises de par le monde, notamment au Panama ou au Qatar, et où se posent de sérieuses questions sur l'optimisation fiscale. La France a les capacités d'impulser seule le mouvement, de par les débats qui s'y déroulent : le libéralisme n'y a pas encore partie gagnée ; malgré les efforts du libéralisme, il y a dans ce pays des forces de contestation organisées, et on devrait s'appuyer sur ce mouvement progressiste dans toute sa diversité.

 

 

 

 

Sophie binet

Dirigeante de la CGT en charge de l’égalité homme – femme

 

 

LES 32 HEURES SONT LA SEULE RÉFORME CRÉDIBLE POUR CRÉER DE L'EMPLOI

Je mettrais en œuvre la réduction du temps de travail à 32 heures par semaine, car c'est la seule réforme crédible pour créer de l'emploi. Et elle est très peu coûteuse: alors que le pacte de responsabilité a coûté 40 milliards d'euros, soit deux points de PIB, sans que la contrepartie du million d'emplois promis par le Medef n'ait été au rendez-vous, les 35 heures ont coûté moins de 2 milliards d'euros, pour 400000 emplois directs créés, au minimum.

C'est aussi une réforme indispensable parce que la révolution numérique va générer des gains de productivité de 20 à 40 % en fonction des secteurs: sous dix ans, selon certaines études, 3 millions d'emplois pourraient être supprimés. On va donc travailler moins, c'est une bonne nouvelle, à condition qu'on l'organise collectivement sans baisse de salaire, avec la réduction du temps de travail comme outil de répartition des richesses.

C'est enfin une réforme indispensable pour l'égalité femmes-hommes. Premier facteur explicatif des inégalités professionnelles, le temps des femmes est très différent du temps des hommes. Assumant toujours 80 % des tâches ménagères, les femmes sont confrontées à des doubles journées et 30 % d'entre elles sont enfermées dans des emplois à temps partiel, pour l'essentiel subi. Pour les femmes cadres, c'est le plafond de verre: l'impossibilité d'avoir une carrière comme d'accéder aux responsabilités, et une pression permanente. La campagne «#VieDeMère, avoir une carrière c'est toute une histoire» a permis de briser un tabou et de dévoiler l'ampleur de ces discriminations.

Alors, gagner l'égalité, est-ce aligner le temps de travail des femmes sur celui des hommes, 44h30 en moyenne pour les cadres? Ou réduire le temps de travail pour permettre aux hommes comme aux femmes d'avoir du temps libéré pour leur parentalité et leurs loisirs? Baisser la durée légale de travail à 32 heures et l'accompagner de politiques publiques de prise en charge de la petite enfance et de lutte contre les stéréotypes, c'est rapprocher le temps des femmes et celui des hommes.

 

 

 

 

 

bernard friot

Réseau salariat – membre du PCF

 

 

 

PASSER DE 500 À 1000 MILLIARDS DE COTISATIONS

Le capital mondialisé joue à son gré de la localisation et des finalités de l'appareil productif. Pour mettre en échec cette folie, toutes les entreprises doivent devenir la propriété de la nation et les travailleurs, dotés d'un salaire à la qualification lié à leur personne et non pas à leur entreprise, pourront y exercer réellement les responsabilités de copropriétaires d'usage. Ce projet peut devenir très populaire en utilisant l'outil de la cotisation. Doublons la collecte de cotisations, qui passeraient des 500 milliards actuels à 1 000 milliards (soit les trois quarts de la valeur ajoutée marchande). Le coût supplémentaire pour les entreprises marchandes serait compensé par l'annulation, pour le même montant, de leurs dettes d'investissement et des dividendes. Cette opération blanche commencera d'assécher l'accumulation du capital par les prêteurs et les actionnaires. Et elle créera un levier considérable d'appropriation populaire de l'outil de travail. Comment ?

D'une part, 250 milliards (cotisation de 20 % de la valeur ajoutée de chaque entreprise marchande) iraient à des caisses d'investissement, gérées par les seuls travailleurs, à créer à la place des banques. Elles subventionneront l'investissement des entreprises à condition que celles-ci deviennent la propriété de la nation et la copropriété d'usage de leurs salariés, condition mise également à l'accès aux marchés publics.

D'autre part, 250 milliards (seconde cotisation de 20 % de la VA) iraient à des caisses des salaires, gérées par les seuls travailleurs, pour généraliser le salaire à vie dans toute entreprise dont le personnel déciderait d'en devenir propriétaire d'usage en la remettant à la nation. Ce salaire à vie, compris entre un plancher de 1 500 euros net et un plafond de 6 000 euros, garantira la capacité de décision de chacun dans son entreprise et dans les instances de coordination de la production, qu'elle soit marchande ou non marchande.

Rendre populaire la maîtrise d'une part suffisante de la valeur pour l'affecter à une production communiste libérée du capital, c'est renouer avec l'ambition nationale.

 

 

 

 

 

raquel garrido

Membre de la France Insoumise et auteure du Guide Citoyen de Vie république (Fayard)

 

 

LA CONSTITUANTE METTRA ENFIN LE PEUPLE AUX MANETTES

 

Élue présidente, l'article 11 de la Constitution me permettra de proposer, par référendum, la convocation d'une assemblée constituante. Ce pouvoir n'est pas soumis à l'approbation du Parlement.

La Constituante pour la VIe République permettra aux citoyens d'instituer des garanties démocratiques comme le droit de révoquer les élus entre les élections à partir de la mi-mandat, ou la prise en compte du vote blanc dans le suffrage exprimé. Alors que la Ve République a atrophié nos pouvoirs souverains, la VIe les élargira, par exemple en donnant le droit de vote aux jeunes dès 16 ans.

On hissera au rang de droits fondamentaux des droits aujourd'hui inexistants ou menacés, comme le droit à mourir dans la dignité et le droit à l'avortement.

Moderne, la VIe République relèvera le premier défi de notre temps : la préservation de l'écosystème. Le principe constitutionnel dit Règle verte passera les lois et activités économiques au crible de cet objectif qui conditionne la vie humaine sur Terre. La Constituante mettra enfin le peuple aux manettes, un peuple qui aura aboli la monarchie présidentielle et retiré à l'oligarchie son pouvoir illégitime. Nous en finirons avec les injustices et la captation des richesses par une poignée.

La Constituante sera paritaire, évidemment, et sa représentativité devra s'y voir à l'oeil nu. Les classes et quartiers populaires, aujourd'hui expulsés de la vie civique par des comportements politiques qui dégoûtent même les plus vaillants, devront y être en nombre. Ce sera le moment d'une grande délibération nationale, créative et audacieuse. On pourra parler Internet, conscription, propriété privée, souffrance animale, Europe... et bien d'autres choses. C'est au peuple de définir l'ordre du jour et de trancher les grands débats qui le concernent au premier chef. Ces grands travaux constituants seront, au final, validés par référendum. Et « Moi, présidente », je me soumettrai au résultat.

 

 

 

 

jean mouzat

Agriculteur en Corrèze et Président du Mouvement des Exploitants Familiaux (MODEF)

 

 

JE METS EN PLACE DANS LES QUINZE JOURS UN PRIX PLANCHER POUR CHAQUE PRODUCTION

Je viens de me voir confier la responsabilité suprême, moi, petit paysan de la Corrèze né d'une famille de travailleurs de la terre. Mon histoire, c'est celle d'un citoyen français qui, un jour, a fait le choix de s'engager en politique et dans le syndicalisme paysan.

Je pense pouvoir affirmer que je mesure la détresse des agriculteurs, surtout celle des petits et moyens paysans qu'on rencontre dans les zones défavorisées. Ils subissent depuis des années des baisses de revenus qui, aujourd'hui, mettent en péril leurs exploitations mais aussi le devenir de toute une profession.

La situation est grave, il y a nécessité à agir vite. Je mets en place, dans les quinze jours, un prix plancher pour chaque production, prix qui permet de couvrir les charges, qui génère un salaire convenable à l'agriculteur. Il faut aussi prévoir une formation au métier d'agriculteur digne de ce nom, en redonnant de la dynamique à l'enseignement agricole public, et la mise en place d'une politique du foncier permettant l'installation par la transmission directe ou par la location de biens devenus disponibles. Sur la retraite, qui sera versée dès 60 ans, je donne les moyens au retraité agricole de toucher 1300 euros mensuels. Cette mesure, que j'appellerai Rira (revenu indispensable au retraité agricole), coûtera environ 500 millions d'euros par an, une paille comparée au Cice qui, lui, nous a coûté 40 milliards.

Maintenir la vie partout sur les territoires, c'est se donner les moyens d'une politique d'aménagement ambitieuse. Moi, président, je veux encore demain et pour longtemps entendre rire et crier les enfants jusque dans le plus petit village de mon pays; moi, président, je veux former des instituteurs pour éduquer les enfants de ces villages; moi, président, j'ai un seul ennemi, c'est la finance. Mais moi, je la combattrai pour la mettre au service du peuple. Oui, j'ai la prétention de rendre les gens heureux.

 

 

 

 

julien bayou

Porte-parole national d’EELV

 

 

 

J'AI DÉCIDÉ DE RÉORIENTER LE CICE 2017 VERS LA RÉNOVATION THERMIQUE

Chères concitoyennes, chers concitoyens, Je tenais à vous remercier pour les chaleureuses marques d'affection que j'ai reçues de toutes parts depuis que j'ai annoncé que je ne me représentais pas. Cette subite popularité fait chaud au coeur. Puisque je ne me représente pas, je peux vous le dire franchement : le Cice est un fiasco. Je n'aurais jamais dû écouter Emmanuel Macron.

Aussi, alors que trop de nos concitoyen-ne-s ont du mal à se chauffer et que le chauffage est responsable de près d'un quart des particules fines qui polluent notre air et nous empêchent de respirer, près de 3,8 millions de ménages, soit 8 millions de personnes, sont considérés en situation de précarité énergétique. Ils consacrent plus de 10 % de leurs revenus à leurs dépenses d'énergie. Bien souvent, cette situation provient d'une mauvaise isolation des bâtiments: ainsi la famille a le choix entre dépenser trop pour mal se chauffer ou avoir froid. Ou les deux.

Les conclusions de l'étude Eurofound sur le coût de l'insalubrité sont sans appel: la réhabilitation des logements en France coûterait 44 milliards d'euros, mais rapporterait ensuite chaque année 20 milliards d'euros grâce aux dépenses de santé évitées ! Cet investissement sera donc amorti en à peine plus de deux ans.

On estime que chaque logement rénové génère 0,19 emploi direct et indirect. S'attaquer aux millions de logements mal isolés, c'est donc assurer de l'emploi local et non délocalisable pour longtemps ! Pour bénéficier de cette aide d'État, dans les entreprises prestataires, le salaire le plus élevé ne pourra être plus de 12 fois supérieur au salaire le plus bas dans l'entreprise. Ainsi, les dirigeants devront augmenter les salaires des plus précaires pour pouvoir s'augmenter eux-mêmes. C'est une question de justice sociale, mais également d'efficacité économique : c'est ainsi que nous soutiendrons les carnets de commandes de nos PME et artisans. Bonne année.

François Hollande

 

 

 

françoise dumont

Présidente de la Ligue des Droits de l’Homme

 

 

 

LE DROIT DE VOTE DES ÉTRANGERS POUR CONFORTER LA NOTION D'ÉGALITÉ

Lors de sa campagne de 2012, le candidat Hollande avait fait part de sa volonté d'accorder aux étrangers non communautaires le droit de vote aux élections locales. La LDH avait alors pensé qu'elle verrait enfin aboutir un combat que, avec d'autres associations, elle porte depuis près d'une trentaine d'années.

près d'une trentaine d'années. Malheureusement, de tergiversations en tergiversations, ce dossier est resté désespérément clos, Manuel Valls finissant par déclarer, fin 2015, que ce n'était pas une priorité et qu'il fallait cesser de « courir derrière un totem qui n'était plus adapté à la réalité du monde ». En qualifiant cette mesure de « totem », l'ex-premier ministre a d'ailleurs mis le doigt sur la valeur symbolique de ce vote. Pour ces centaines de milliers d'hommes et de femmes qui vivent sur le territoire français, il est effectivement symbolique de leur reconnaître le droit de s'exprimer sur la gestion de la commune où ils vivent, où ils paient des impôts, dans un pays dont ils ont contribué à accroître la richesse.

Octroyer enfin à ces résident-e-s le droit de vote, ce serait combler un déficit démocratique aussi important que malsain, qui divise la population de nombreuses villes en citoyens électeurs d'un côté et, de l'autre, privés de vote. Cette mesure établirait une égalité de traitement entre résidents étrangers européens et résidents étrangers non européens. Elle constituerait enfin un élément parmi d'autres pour contrer les effets délétères de la crise sociale et économique en confortant l'effectivité de la notion d'égalité.

La Ligue des droits de l'homme n'a jamais sous-estimé les obstacles que l'exécutif ne manquerait pas de rencontrer en engageant la réforme qui permettrait d'octroyer le droit de vote à tous les résidents étrangers. Elle constate simplement que, sous cette mandature, rien n'aura été tenté et que, si le gouvernement avait le droit d'échouer, il n'avait pas celui de renoncer.

 

 

 

 

MARIE CHRISTINE VERGIAT

Députée Européenne Front de Gauche.

 

 

 

RÉFUGIÉS: REGARDER LE MONDE TEL QU'IL EST ET S'APPUYER SUR LES SOLIDARITÉS CITOYENNES

Que faire ou que conseiller à un « vrai » président de gauche en matière de migrations? Tout d'abord, changer totalement de paradigme et regarder le monde tel qu'il est et non tel que la plupart des politiques le fantasment en s'appuyant sur les solidarités citoyennes qui se développent un peu partout.

Non, il n'y a pas une « crise des migrants » en Europe mais une crise mondiale des réfugié-e-s. Et les réponses de l'Union européenne ne sont à la hauteur ni de cette crise mondiale, ni de la solidarité dont elle devrait faire preuve, tant en interne qu'au niveau international.

Un président de gauche devait être à l'offensive pour dénoncer les politiques racistes et xénophobes des États les plus réactionnaires de l'UE.

Il n'est pas question d'accueillir toute la misère du monde et nous en sommes bien loin, notamment en France. Il s'agit d'ouvrir une autre voie et de cesser de faire le lit des extrémistes de tout poil en reprenant sans cesse un peu plus leurs discours et leurs propositions. Il est juste question de prendre notre juste part au défi qui est devant nous : accueillir avec dignité ceux, et de plus en plus celles, qui cherchent refuge sur notre territoire ; appliquer le droit international ; ­ et, au minimum, respecter strictement le droit d'asile et prendre en charge les mineurs isolés.

Et s'il est une mesure phare que devrait prendre dès son arrivée le nouveau président, c'est de lancer immédiatement une large opération de sauvetage en mer en utilisant tous les moyens, y compris militaires, dont dispose la France pour faire cesser l'hécatombe en Méditerranée. Ce serait une mesure digne de la patrie des droits de l'Homme, que la France se gargarise d'être. Plus de 40 000 morts depuis le début des années 2000 et un nouveau record atteint cette année. Ça suffit !

 

Partager cet article
Repost0
3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 06:49

L’HUMANITE

Lundi 2 Janvier 2016
SYLVIE DUCATTEAU

 

Depuis le 1er janvier, les femmes enceintes et les personnes souffrant d'affections de longue durée, soit 11 millions d'assurés sociaux, n'auront plus à avancer la part des soins pris en charge par la Sécurité sociale chez leur médecin. Mais cette mesure reste très contestée par les généralistes.

 

L'économiste Philippe Batifoulier est l'auteur de Capital santé ­ Quand le patient devient client, aux éditions la Découverte. Il est partisan de redonner une place prépondérante à la Sécurité sociale dans la prise en charge de la santé des Français. La généralisation du tiers payant est une « mesurette », selon lui.

 

VOUS DÉNONCEZ LA DÉFAITE DU PATIENT FACE AU SYSTÈME DE SANTÉ D'AUJOURD'HUI. L'ÉLARGISSEMENT DU TIERS PAYANT CONSTITUE-T-IL UNE RECONQUÊTE ?

PHILIPPE BATIFOULIER Cette généralisation du tiers payant, notamment aux femmes enceintes et aux personnes souffrant de longues maladies, fait figure de mesure de gauche. Il n'en est pourtant rien. Si le médecin propose la dispense de paiement, il n'y est pas obligé, c'est une bonne chose pour les plus démunis mais le problème du reste à charge n'est pas réglé : le patient continuera d'avancer 30 % du prix de la consultation. La Sécurité sociale rembourse seulement 55 % des soins courants. Aussi, le recours aux assurances complémentaires privées s'est peu à peu imposé. Et d'autant plus qu'elles sont désormais obligatoires dans les entreprises. Le gouvernement fait quelque chose de totalement anachronique. Le tiers payant est une avancée sociale, c'est indiscutable. Mais la loi intervient en pleine dégradation du service public et de mise en retrait du rôle de la Sécu. Le recours aux assurances privées s'accélère, si bien que nous n'avons plus un système à deux étages mais à trois. À la Sécurité sociale et aux complémentaires d'entreprise s'ajoute désormais la surcomplémentaire totalement privée, souscrite à titre individuel pour faire face aux dépassements d'honoraires, aux frais dentaires et d'optiques très onéreux. Finalement, la généralisation du tiers payant revient à généraliser le paiement aux assurances privées.

 

LES MÉDECINS NE SONT PAS FRANCHEMENT ENTHOUSIASTES. CERTAINS ESPÈRENT D'AILLEURS QUE L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE METTRA UN COUP D'ARRÊT À CETTE MESURE QUI DEVRAIT CONCERNER TOUS LES ASSURÉS SOCIAUX À PARTIR DE NOVEMBRE 2017...

PHILIPPE BATIFOULIER Cette opposition est naturelle pour la frange traditionnelle de la médecine très libérale, opposée aux assurances sociales depuis l'origine. Ces médecins revendiquent une liberté totale, notamment tarifaire. La santé est, pour eux, un acte individuel: une « entente directe » avec le patient. En réalité, les médecins sont payés par la Sécurité sociale par le biais des remboursements de soins. Le fait que cela devienne visible, qu'il n'y ait plus la médiation du patient entre eux et la Sécurité sociale leur est insupportable. Mais Marisol Touraine, la ministre de la Santé, s'est forgé d'autres opposants du côté des médecins qui refusent d'être assujettis aux complémentaires privées, leur second payeur.

 

COMMENT FAIRE AUTREMENT FACE À DES DÉPENSES DE SANTÉ QUI NE SERAIENT PLUS « SUPPORTABLES » POUR CERTAINS POLITIQUES ?

PHILIPPE BATIFOULIER En 1945-1946, les responsables politiques ont décidé de consacrer de l'argent à la protection sociale pour que les gens puissent se soigner. Ils se sont dit que les découvertes médicales, les antibiotiques, la pénicilline, ne servaient à rien si ces médicaments restaient inaccessibles. Or, à cette époque, le pays était ruiné par la guerre. Quarante ans plus tard, au début des années 1980, on a décidé de donner moins à la satisfaction des besoins de santé dans une période de prospérité économique. Le niveau de dépenses publiques n'est pas un problème comptable mais un choix de société. Il faudrait rétablir un remboursement plus élevé de la Sécurité sociale avec un horizon de 100 %. La dispense d'avance de frais aurait alors un vrai sens.

 

VOUS CONSIDÉREZ QUE LES DÉPENSES DE SANTÉ SONT TRÈS ÉLEVÉES EN FRANCE, JUSTEMENT PARCE QUE LA PART PRISE PAR LE PRIVÉ EST IMPORTANTE.

PHILIPPE BATIFOULIER Les assurances privées ont des frais de gestion quatre à cinq fois plus élevés que la Sécurité sociale. La complémentaire d'entreprise, les dégrèvements sociaux et fiscaux coûtent très cher à la collectivité. En plus d'être inégalitaire, ce système est inefficace. Généraliser le 100 % Sécurité sociale et supprimer les assurances privées seraient les seules mesures efficientes. Je ne prétends pas que tout doit être remboursé, il y a des médicaments qui nous tuent et qui sont très bien remboursés ou qui l'ont été. Si les Français avaient à choisir entre les assurances privées chèrement payées et la prise en charge à 100 % des soins par la Sécurité sociale, il ne fait aucun doute qu'ils opteraient pour la deuxième proposition. Chacun sait que la Sécurité sociale rembourse mieux et qu'elle est moins coûteuse.

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 10:57

Notre camarade Serge Huber vient de décéder.

Membre du Comité Central et secrétaire du parti à Renault Billancourt 
dans les années 50-60, il fut Secrétaire Départemental d'Ille & Vilaine 
puis maire adjoint de Rennes de 1977 à 1995. Il fut aussi Conseiller 
régional avant la mise en place des élections régionales de 1986.

Serge s'était énormément investi sur les questions de l'eau et a été un 
initiateur inlassable du dialogue avec les associations, les 
agriculteurs et les usagers, pour la reconquête de la qualité de l'eau 
en Bretagne.

Ses obsèques auront lieu mercredi 4 janvier à 14h au cimetière de l'est 
à Rennes. Christian Benoist y prendra la parole au nom du PCF.

Pierre Laurent et la direction nationale de notre parti s'associent 
pleinement à l'hommage qui sera rendu à Serge.
 

Jean-Louis Frostin, membre du comité exécutif national du PCF et de la fédération d'Ille-et-Vilaine

 

Serge Huber

Article du Maitronnotice dont l’élaboration et la rédaction fut le fruit d’un travail collectif entre Paul Boulland, Daniel Grason et Alain Prigent.

HUBER Serge, Émile

Né le 21 janvier 1924 à Argenteuil (Seine-et-Oise, Val-d’Oise) ; métallurgiste ; résistant ; secrétaire des fédérations du PCF de Seine-Ouest et d’Ille-et-Vilaine ; membre suppléant du comité central du PCF (1956-1964) ; adjoint au maire de Rennes (1977-1995) ; conseiller régional de Bretagne (1977-1986).

Les parents de Serge Huber, de nationalité suisse, émigrèrent en France et s’installèrent à Argenteuil. Son père travailla comme brodeur. À la suite du décès prématuré de son mari, le 1er mai 1940, à quarante ans, Mme Huber dut élever seule ses quatre enfants. C’est dans ces circonstances qu’à l’âge de seize ans, Serge Huber alla travailler chez Gnome & Rhône à Gennevilliers (Seine, Hauts-de-Seine). En 1942, toujours à Gennevilliers, il entra à la SECAN qui fabriquait les ailes de l’avion allemand Heinkel. À partir de 1943, Serge Huber cotisa au Parti communiste clandestin. Au début de l’année 1944, il s’efforça de ralentir la production durant les horaires de nuit imposés par son entreprise. Il fut alors licencié et affecté chez Chausson, à l’usine G, où il travailla, entre autres, sur les prototypes d’autocars. Peu après, il s’engagea dans les FTP à Argenteuil. Serge Huber intégra le bataillon Hoche, constitué en novembre 1944 au Mont Valérien pour succéder à la colonne Fabien. Versé dans la 1ère armée française commandée par le général de Lattre de Tassigny, avec les commandos d’Afrique, il participa à la campagne d’Alsace et d’Allemagne, prenant notamment part aux combats de Cernay (Haut-Rhin) et de Staufen (Allemagne). Il se maria le 4 juin 1945 avec Suzanne, Thérèse Rothenmacher, à Asnières (Seine, Hauts-de-Seine).

Démobilisé en mars 1946, il retrouva un emploi chez Chausson, à l’usine G de Gennevilliers, comme ouvrier tôlier sur la chaîne de montage des carrosseries d’autocars. Il adhéra immédiatement au PCF et à la CGT et devint rapidement délégué du personnel et au comité d’entreprise. Au sein du syndicat CGT, il participa à l’organisation des grandes grèves de 1947 et 1950. Il appartenait alors à une équipe de jeunes militants syndicaux chapeautée par Jacinto Jimenez, l’un des organisateurs de la solidarité avec l’Espagne républicaine dans le département de la Seine. Serge Huber devint secrétaire du syndicat CGT du groupe Chausson (Asnières, Gennevilliers, Meudon) et membre de l’Union syndicale des travailleurs de la métallurgie (USTM) pour la branche automobile, dirigée par Henri Beaumont. Toutefois, l’activité de la CGT connut chez Chausson des difficultés dont Serge Huber rendit compte dans son intervention à la 5e conférence de la Fédération de la Seine du PCF en décembre 1951 à Montreuil (Seine, Seine-Saint-Denis). En 1947, la CGT disposait d’une très forte influence dans l’usine (857 adhérents CGT pour 1 000 travailleurs) sous la direction d’une équipe mêlant communistes et non-communistes. En 1950, la CGT et le PCF menèrent une violente campagne contre les militants trotskystes de Chausson qui avaient organisé au cours de l’été une brigade de jeunes volontaires pour la Yougoslavie, afin de participer à la construction de l’université de Zagreb. Ils étaient dénoncés régulièrement par des tracts et des articles dans la presse communiste, en particulier Octave Vieillard*, ouvrier de l’usine d’Asnières. La même année, la « grève rouge » initiée par la direction communiste du syndicat déboucha sur un échec après cinq semaines de conflit, provoquant un reflux majeur de la CGT (250 syndiqués sur 1500 salariés). Face à ce constat, Serge Huber plaida pour un retour aux pratiques de démocratie ouvrière dans les syndicats. L’année suivante, lors du 18e congrès de la Fédération des travailleurs de la métallurgie d’octobre 1952, son intervention affichait une tonalité semblable. Après la manifestation violente contre la venue à Paris du général Ridgway, il soulignait que « Tout ce qu’il y avait en nous de sectarisme, de routine remontait en surface dans la préparation de cette manifestation. »

Secrétaire du syndicat CGT des Métaux de Gennevilliers, au début de 1953, Serge Huber fut élu quelques mois plus tard au comité de la fédération communiste de Seine-Ouest. Après lui avoir fait suivre une école centrale d’un mois, la direction fédérale proposa en mars 1955 de le promouvoir au bureau. Considéré par la Section de montée des cadres (SMC) comme « un militant très lié aux travailleurs de l’usine [Chausson] et des autres usines », il accéda au secrétariat fédéral et devint permanent de la fédération Seine-Ouest en juin 1955. Il fut reconduit dans cette responsabilité l’année suivante et assura, aux côtés de Roger Linet*, le secrétariat de la section communiste de Renault Billancourt où 56 000 salariés étaient employés à l’époque. À ce titre, il fut élu au comité central, comme suppléant, lors du XIVe congrès du PCF tenu au Havre (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) du 18 au 21 juillet 1956. Après l’attaque des locaux de l’Humanité et du PCF, le 7 novembre 1956, Serge Huber organisa la riposte chez Renault, emmenant le cortège qui participa à la manifestation parisienne du lendemain. Au printemps 1957, il suivit l’école centrale de formation politique de quatre mois. Dans le même temps, accaparé par ses responsabilités à la section Renault, il fut ramené au bureau fédéral de Seine-Ouest en avril. Il fut reconduit au comité central, toujours comme suppléant, lors du XVe congrès (Ivry-sur-Seine, 1959) et lors du XVIe congrès (Saint-Denis, 1961). En février 1960, le secrétariat du PCF le désigna pour suivre les organisations de masse aux côtés de Roland Leroy, nouveau responsable du secteur. Domicilié à Asnières depuis une décennie, Serge Huber fut victime d’une tentative de plastiquage de l’OAS contre son immeuble, dans la nuit du 24 janvier 1962. L’explosion d’une bombe au rez-de-chaussée détruisit la loge de la concierge, tenue par sa belle-mère.

Au même moment, une grave crise secouait la fédération d’Ille-et-Vilaine. Officiellement en retrait de la vie politique pour des raisons de santé, Émile Guerlavas* venait de quitter son épouse Simone Guerlavas*, elle-même secrétaire de l’UD-CGT. Guerlavas fut relevé de ses fonctions par la direction nationale du PCF qui craignait que sa situation familiale ne crée un scandale dans ce département très catholique. Émile Guerlavas signa son dernier éditorial dans le supplément départemental de l’Humanité Dimanche du 15 avril 1962. La direction nationale du PCF proposa à Serge Huber de reprendre les affaires en main à Rennes. Huber qui n’avait aucune attache en Bretagne accepta cette responsabilité et arriva à Rennes au printemps 1962. Dans cette période, il signa un certain nombre d’éditoriaux et participa, au titre du PCF, à la réunion du 5 juillet 1962 célébrant, avec des travailleurs algériens de la région de Rennes et des représentants du FLN, l’indépendance de leur pays. Il prononça également l’allocution lors de la fête fédérale de juillet 1962. Le 27 janvier 1963, lors de la conférence fédérale, Serge Huber fut élu premier secrétaire de la fédération, en présence de Roland Leroy. Émile Guerlavas fit son autocritique à la tribune, se déclarant prêt à assumer les tâches que le parti voudrait bien lui confier. Dès son arrivée, Serge Huber eut également à gérer les effets de la crise de l’UEC à l’université de Rennes, en particulier autour du philosophe Robert Lamblin*. Ce dernier conservait toutefois le souvenir d’un dirigeant « politiquement assez ouvert » et critique envers l’héritage du stalinisme.

Serge Huber ne fut pas réélu au comité central lors du XVIIe congrès (Paris, mai 1964) afin de se consacrer à ses responsabilités en Ille-et-Vilaine. Le nouveau secrétaire fédéral fixa comme objectif prioritaire l’implantation du PCF dans les entreprises du département, notamment dans les usines Citroën de La Barre-Thomas et La Janais, implantées à la fin des années 1950 dans le cadre d’un plan national de déconcentration. Aidé par Christian Bertin*, secrétaire permanent de la fédération, Serge Huber travailla activement à la réalisation de cet objectif malgré la politique répressive de la direction, l’opposition « musclée » du syndicat maison, le CFT, et l’absence de traditions politiques dans une main-d’œuvre ouvrière jeune et issue du monde rural. Ils purent s’appuyer sur un premier noyau de militants souvent issus des milieux chrétiens, comme Yannick Frémin et Joseph Cussoneau venus de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC). L’activité de la fédération communiste connut dans les années suivantes une importante progression qui se traduisit par la création de nombreuses cellules et sections, le doublement de ses effectifs et la diffusion jusqu’à 50 000 exemplaires de son journal rennais, animé par Yves Brault*. La venue à Rennes de Roland Leroy pour une initiative en direction des chrétiens réunit 2 000 personnes. Celle de Georges Marchais en 1977, rassembla 4 000 participants.

Serge Huber fut candidat aux élections législatives du 23 juin 1968 dans la circonscription de Rennes Sud, obtenant 10,4 % des suffrages exprimés (7 178 voix). Son score était en recul par rapport à celui de 1967 où il avait atteint 8 713 voix et 12,46 % des suffrages exprimés. Il fut à nouveau candidat aux élections législatives de mars 1973, dans la même circonscription, obtenant 9 128 voix soit 11,52 % des suffrages exprimés. En 1976, il dirigea les négociations avec le PS en vue d’un accord pour les élections municipales de 1977. À l’issue du scrutin, le PCF obtint un résultat inédit avec 14 conseillers. Élu au conseil municipal de Rennes, Serge Huber devint adjoint au maire chargé des problèmes de l’eau, poste qu’il occupa pendant trois mandats, jusqu’en 1995. Désigné par les fédérations, il siégea également au conseil régional de Bretagne, entre 1977 et 1986. En 1977, il abandonna ses responsabilités fédérales et laissa sa place de premier secrétaire à Michel Collet* puis quitta le comité fédéral lors de la conférence suivante.

En 1995, il ne se représenta pas aux municipales. Il avait souhaité que son successeur à la gestion de l’eau engage un processus de municipalisation. La reconduction de l’affermage l’affecta profondément : « Alors que nous défendions les services publics, je n’étais pas d’accord pour que nous fassions le contraire concernant l’eau qui est la source de la vie ». La même année, il cessa toute activité pour raison de santé et quitta le PCF. Il reprit sa carte en janvier 2009, après le XXXIVe congrès de décembre 2008 : « Il me semblait que la politique du Front de gauche était porteuse d’avenir ». Il vit aujourd’hui entre Rennes et sa résidence des Côtes d’Armor.

Serge Huber fut promu au grade de chevalier de la Légion d’honneur, en avril 1999, au titre de ses 51 ans d’activités professionnelles, de service militaire et de fonctions électives. Cette décoration lui fut remise par Jean-Claude Gayssot, ministre de l’Équipement, des Transports et du Logement dans le gouvernement de Lionel Jospin. 
 

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Regards sur l’Ille-et-Vilaine, supplément de l’Humanité Dimanche. — Bretagne Nouvelle, hebdomadaire des fédérations du PCF de Bretagne (1968-1981). — Bernard Massèra et Daniel Grason, Chausson, une dignité ouvrière, Syllepse, 2004. — Michel Pigenet, Les « Fabiens » des barricades au front (septembre 1944 – mai 1945), l’Harmattan, 1995. — Michel Pigenet, Au cœur de l’activisme communiste des années de guerre froide. « La manifestation Ridgway », l’Harmattan, 1992. — Claude Poperen, Renault regards de l’intérieur, Éd. Sociales, 1983. — Robert Lamblin, Une vie : autobiographie sociale, politique, philosophique, l’Harmattan, 2005. — Notes de Christian Benoit. — Entretien téléphonique du 23 janvier 2010 et lettre du 15 février 2010 à Daniel Grason. — État civil. 

 

Décès de Serge Huber, ancien secrétaire départemental du PCF d'Ille et Vilaine et maire adjoint de Rennes
Partager cet article
Repost0
2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 10:00
2017, année révolutionnaire?
2017, année révolutionnaire?
Partager cet article
Repost0
2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 09:00
Alep: danse sur les décombres - une tribune du grand intellectuel libanais Elias Khoury (L'Autre quotidien)

Bachar Al Assad peut danser sur les décombres d'Alep, après son entrée avec avec son armée et les milices de ses alliés fondamentalistes dans la ville, se venger de sa citadelle et détruire le tombeau d'Al-Mutanabbi [1], annonçant sa victoire sur la belle ville et ce qu'il en reste.

Pendant ce temps, les pays arabes et de la région, qui ont rasé au sol le soulèvement populaire syrien avec de l'argent, du pétrole, du gaz et des armes inutilisables peuvent chanter, y compris en voyant comment leurs adeptes sont mis en déroute, parce qu'ils ont réussi à faire avorter l'idée de liberté et de dignité humaine qui avait amené des centaines de milliers de Syriens à occuper les rues pour monter à l'assaut du ciel avec leurs proclamations et en affrontant la mort.

Poutine peut se vanter que l'intervention de ses avions, de ses spécialistes et de la machine de destruction de la Russie ait fait de la Syrie un nouveau Grozny et ait réalisé le désir du petit dictateur syrien, qui avait lancé le slogan: "Asad ou nous brûlons le pays" .

La diplomatie US peut donner au monde une leçon de scélératesse, d'indignité et de mots vides de sens alors qu'elle assiste à une destruction de la Syrie, qui a réussi avec un coût beaucoup plus faible que celui de la destruction de l'Irak.

Le despote syrien a détruit son pays de ses propres mains, en se fondant sur une alliance noire régionale et internationale et croit pouvoir récupérer la Syrie détruite d'un aberrant Empire russe ou du rêve impérial iranien.

L'Israël raciste du Likoud peut se sentir en état d'ivresse au spectacle de la destruction de Bilad al-Sham opérée par le dictateur.

Enfin, les fondamentalistes peuvent être fiers du fait que leur répression du peuple syrien dans les zones dont ils ont pris le contrôle n'a pas été moins sauvage que celle du régime. Lorsqu'ils ont piétiné le drapeau de la révolution syrienne, ils ont foulé aux pieds le rêve démocratique. En cela, ils ont passé un nouveau test sanglant leur permettant de jouer de nouveaux rôles au service de leurs parrains directs et indirects.

Tous les assassins et les nervis se sont rassemblés pour assassiner la Syrie et humilier son peuple. Lorsque Razan Zaitouneh et Samira Khalil sont kidnappées à Douma, contrôlée par l'Armée de l'Islam, quand les fondamentalistes ne pensent qu'à humilier les femmes syriennes, lorsque les seules préoccupations de Daesh sont le kidnapping, l'assassinat et la destruction, nous revivons des scènes évoquant  la sauvagerie de la prison de Tadmor [2], l'insistance des shabbiha du régime pour obliger les détenus à déifier Asad, célébrant l'assassinat, le  viol et l'humiliation que ces shabbiha maîtrisent à la perfection, faisant revivre à la Syrie l'époque de Tamerlan.

Réjouissez-vous, meurtriers et ruffians, vous avez des bonnes raisons pour cela. La Syrie marque un basculement, annonçant l'effondrement des valeurs morales et humaines, et l'entrée du monde, sous la direction de l'occident US, dans un tunnel de sauvagerie et de racisme.

Nous ne voulons blâmer personne. Le peuple syrien a déclenché une révolution noble qui était un modèle de volonté, de détermination et de capacité de sacrifice d'un peuple affrontant la dictature et le despotisme. Les manifestations dans les villes et villages de Syrie, les slogans nationaux qui ont été réprimés par des balles, l'assassinat, la torture et l'humiliation indiquaient clairement que l'appel à la vérité et à la liberté peut créer son propre langage, malgré tout.

Nous ne voulons blâmer personne. Mais bien sûr, nous devons blâmer ceux qui sont apparus comme des dirigeants incapables de diriger, et ont été emportés par l'illusion d'une intervention étrangère, se précipitant, au moins certains d'entre eux, dans les bras du pétrole et du despotisme arabes, et mangeant la révolution de l'extérieur, par l'argent, les armes et la pensée fondamentaliste obscurantiste. Le peuple syrien s'est retrouvé seul dans sa confrontation avec les instruments aveugles de la mort. Oui, nous devons revoir  radicalement notre culture, non pas parce que c'est un simple problème culturel, c'est en premier lieu un problème politique et économique, mais pour remodeler les élites politiques et intellectuelles,  qui doivent recueillir l'héritage de ce sang syrien et en faire un fait historique en liaison étroite avec les gens et en partageant leur douleur et leur souffrance. Ainsi, nous pourrons convertir ce massacre et cette grande douleur en une histoire dans laquelle nous pourrons entrevoir un avenir de liberté. Oui, il ne faut pas pardonner aux assassins et aux voyous, et nous devons les juger dans notre conscience nationale à tout instant jusqu'à leur rendez-vous avec la justice. Oui, il ne faut pas oublier les longues caravanes de morts sous la torture et d'assassinés, les images d'enfants sous les décombres, les souffrances de millions de réfugiés et les lamentations des villes d'où la vie a été éradiquées.

Les assassins peuvent chanter, car le fascisme envahit le monde. Le nouveau président US incarne la vulgarité, la sauvagerie capitaliste et l'esprit de vengeance de l'homme blanc, car  il voit dans le dictateur arabe qui a détruit son pays le meilleur allié pour maintenir les Arabes dans la décadence,  l'humiliation et la frustration. En cela, il converge avec le tsar russe et le fasciste sioniste, qui ne voient dans nos pays que la destruction causée par le désert de sang. Les Syriens et les Syriennes, qui nous ont donné une leçon de sacrifice et de fierté, sont témoins aujourd'hui de la destruction de notre temps, mais ils et elles savent que les victoires du despotisme, du fascisme et du fondamentalisme aveugle ne sont rien de plus qu'une illusion.

Il est vrai que les images de destruction ont aveuglé les yeux et que les gorges ont été tranchées, les cadavres des enfants ont été déformés et la dignité humaine a été cachée par la poussière des bombardements. Mais ce que les dictateurs ignorent, c'est que ceux qui jouent avec la destruction finiront par en être victimes, et que leur joie d'aujourd'hui devant la destruction d'une terre et d'un peuple, est un moment qui ne peut durer. Un peuple qui a brisé le mur de la peur et s'est drapé dans la liberté ne peut retourner au temps de l'obscurité, si brutale que soit l'oppression.  Un peuple qui a démoli les statues du dictateur ne les  relèvera pas, même si toutes les forces de la terre l'y poussent. Un peuple aujourd'hui humilié dans des tentes pour réfugiés et dans des villes syriennes totalement dévastées n'acceptera pas l'humiliation. Le dictateur célèbre un fantasme de victoire :  oui, il a gagné, mais sa victoire est une illusion et il verra que personne ne peut jouer éternellement avec la mort.

Nous sommes dans le temps de la douleur, mais pas du désespoir. C'est le début d'un temps après le désespoir, que nous devons construire avec patience et en insistant sur le rêve de liberté.

 [1] Al Mutanabbi (Celui qui se dit prophète), 915-965 ap. J-C, considéré comme le plus grand poète arabe : "Je suis celui dont l'aveugle a lu la littérature/Et celui dont les paroles ont fait entendre le sourd". Assassiné pour un poème.

 [2] Tadmor : nom arabe de Palmyre. Un massacre de 500 à 800 détenus, principalement des Frères musulmans, a été commis par une soixantaine de soldats sous les ordres de Rifaat El Assad dans cette prison le 27 juin 1980, suite à un attentat raté contre Hafez El Assad. Cette prison construite par les Français dans les années 1930 et agrandie par le régime Assad dans les années 1970, a été détruite par Daech en mai 2015.

 

Elias Khoury (né à Beyrouth en 1948) est un romancier, dramaturge et critique libanais . Il a publié près de dix romans, qui ont été traduits dans beaucoup de langues étrangères, ainsi que de nombreux ouvrages de critique littéraire. Il a aussi écrit trois pièces de théâtre. Il est actuellement rédacteur en chef du journal Al-Mulhaq, le supplément hebdomadaire du quotidien libanais Al-Nahar, et est un intellectuel de renommée internationale.

 

 

Elias Khoury

Elias Khoury

Partager cet article
Repost0
2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 08:25
Israël-Palestine: "L'Etat binational est un concept fourre-tout": entretien de Médiapart avec l'historien Vincent Lemire
Israël-Palestine: «L'Etat binational est un
concept fourre-tout»
 PAR JOSEPH CONFAVREUX

Comment expliquer le bras de fer tardif entre l’administration Obama et le

gouvernement de Netanyahou ? Le discours prononcé par John Kerry sur Israël et la

Palestine a-t-il une portée autre que symbolique ? Entretien avec l’historien Vincent

Lemire.

Vincent Lemire est historien, maître de conférences à l’université Paris-Est / Marne-la-Vallée, directeur du projet européen «Open-Jerusalem ». Il vient de publier avec Katell Berthelot, Julien Loiseau et Yann Potin Jérusalem. Histoire d’une ville-monde (Champs-Flammarion).

Comment expliquer la très vive réaction de Netanyahou au discours de John Kerry qui n’énonce guère plus que ce que dit l’ONU depuis des décennies ? Est-ce un signe de fébrilité ?

C’est même un signe de faiblesse, totalement contre-productif. De même qu’il avait largement contribué à amplifier la polémique en critiquant les résolutions de l’Unesco sur Jérusalem en avril et en octobre derniers, Netanyahou crée de la tension et de la visibilité autour de ce discours, il met en scène l’isolement diplomatique croissant d’Israël, alors qu’il aurait pu se contenter d’un bref communiqué ironique sur le « testament diplomatique » d’une administration Obama sur le départ, puisque, effectivement, les paramètres posés par Kerry ne sont pas nouveaux.

Mais, selon moi, ce discours a quand même une portée historique, précisément parce qu’il est testamentaire. C’est un discours qui s’autorise à être vrai, sincère, avec une liberté de ton et de parole assez rare en diplomatie. Justement parce qu’il est sur le départ, Kerry peut se permettre de dire ses quatre vérités aux Israéliens, d’employer par exemple le mot de nakba, et d’essayer de sauver la possibilité d’une paix juste et durable, même si cette possibilité est infime.

C’est sans doute cette dimension historique qui fait réagir à ce point Netanyahou, en plus du fait qu’il a dans son gouvernement des ministres comme Naftali Bennett qui militent ouvertement contre une solution à deux États, et que par ailleurs il est personnellement encerclé par des affaires de corruption qui se rapprochent de plus en plus de lui. Or Israël, contrairement à d’autres pays, n’hésite pas à emprisonner ses dirigeants quand ils sont reconnus coupables (par exemple, récemment, l’ancien président Moshe Katsav et l’ancien premier ministre Ehud Olmert).

Ce discours de Kerry est donc autre chose qu’une communication hypocrite et tardive d’une administration Obama qui continue par ailleurs d’aider militairement et financièrement Israël, tout comme la dictature égyptienne en échange du maintien de la paix à la frontière sud d’Israël ?

On a assisté à l’intervention la moins hypocrite de Kerry depuis qu’il est secrétaire d’État. Il n’avait pas besoin de faire ce long discours, surtout après la résolution 2334 sur la colonisation. Il décide de s’exprimer pendant près d’une heure et demie, et seulement sur Israël et la Palestine. Le long développement qu’il a effectué sur la possibilité et les risques d’un État binational, en rappelant qu’il ne pourra alors pas être à la fois juif et démocratique, mais qu’il devra choisir entre ces deux exigences, cela avait déjà été formulé par de nombreux observateurs, mais jamais avec une telle netteté par un secrétaire d’État américain.

Le discours de Kerry est historique au sens premier du mot, en ce qu’il cristallise un moment historique, et il est paradoxal comme l’est le moment historique que traverse le Proche-Orient ; en tout cas il est puissant et ses effets seront durables, comme c’est le cas pour un testament. D’un côté, il marque la fin de la fin du processus d’Oslo, même s’il réanime au passage quelques pacifistes old-school en réactivant sur le plan théorique la solution à deux États. De l’autre, il décrit une situation qui est l’inverse de la solution à deux États, avec 600 000 colons en Cisjordanie et à Jérusalem-Est (100 000 de plus depuis l’arrivée d’Obama), et il place ainsi les dirigeants israéliens devant une responsabilité historique.

 

Il est vrai qu’on peut aussi faire le parallèle avec Bill Clinton et le sommet de Taba, en 2001, comme si les présidents américains en fin de mandat ramassaient le consensus minimal pour le transmettre à l’administration suivante. Il était frappant d’entendre Kerry répéter ce qu’a été la position américaine depuis des décennies, citer plusieurs fois George W. Bush, en précisant bien que cette position n’était pas « démocrate » ou « républicaine », mais américaine. En ce sens, ce discours s’adresse aussi à Trump et à ses soutiens… mais le problème est que Trump n’est ni démocrate, ni républicain, il est juste « Trump », par nature imprévisible et incontrôlable.

Peut-on voir aussi dans ce discours testamentaire une forme de chant du cygne de la diplomatie occidentale dans la région, quand on voit que le sort de la Syrie se décide aujourd’hui à Astana, au Kazakhstan, entre la Russie, la Turquie et l’Iran, sans les États-Unis et sans l’Europe ?

Effectivement, le sort du Proche-Orient ne semble plus se décider à Genève ou à New York. Après tout, un des axes majeurs de la politique d’Obama était de se retirer de la région, notamment d’Irak, parce que les interventions américaines dans la région se sont soldées par des échecs patents ; dans le même temps, la Russie fait un retour remarqué au Proche-Orient. Et on peut faire un lien entre l’agressivité de Netanyahou vis-à-vis d’Obama et son rapprochement avec Poutine, qui se rend fréquemment en Israël.

Il ne faut pas oublier que, jusqu’au début des années 1960, c’est l’URSS qui était l’allié privilégié d’Israël et fournissait le pays en armes, en même temps que la France, tandis que les États-Unis avaient promulgué un embargo sur les livraisons d’armes à Israël qui a couru jusqu’en 1962. Dans l’esprit de Netanyahou, il y a peut-être la possibilité d’une autre alliance, dirigée vers la Russie avec laquelle il a déjà un deal sécuritaire sur le Golan syrien ; mais c’est une prise de risque immense pour un premier ministre israélien que de fragiliser l’alliance historique avec les États-Unis en espérant un hypothétique soutien russe.

 

La « solution » à un ou deux États partage-t-elle de manière claire le champ politique israélien ?

Il faut souligner que l’option binationale n’est pas une idée récente ; ce qui a changé, c’est la couleur politique de ses porte-voix, et donc la définition même de cette option. En gros, ce qui était une idée « de gauche » et fondamentalement palestinienne est en train de devenir une idée portée par l’extrême droite israélienne. L’option binationale est très ancienne et elle s’est forgée au sein de nombreux foyers idéologiques, du côté palestinien comme du côté israélien. Il faut rappeler que jusqu’en 1974, et même jusqu’en 1988 dans la Charte de l’OLP, l’option binationale est l’option palestinienne défendue officiellement par l’OLP, et de façon encore plus surprenante c’est l’option qui demeure aujourd’hui la position officielle du Hamas, qui refuse les amendements introduits dans les années 1980 par l’OLP. Dans cette optique, l’État de Palestine irait de la Méditerranée au Jourdain et serait un État laïque et démocratique, où les différentes communautés pourraient coexister pacifiquement.

À l’origine, cette vision palestinienne était donc une déclinaison du droit du sol, une citoyenneté ouverte à vocation universaliste, qui insistait sur le fait qu’il ne pouvait exister sur ce territoire singulièrement mixte un État-nation homogène, mais seulement un État laïque et hétérogène. C’est d’ailleurs ce qui explique en grande partie l’attraction qu’a eue la cause palestinienne sur les extrêmes gauches occidentales. Le FPLP (Front populaire de Libération de la Palestine, tendance marxiste-léniniste de l’OLP) a été particulièrement engagé dans la défense de ce modèle binational. Finalement, c’est seulement le processus d’Oslo, au début des années 1990, qui a réactivé du côté palestinien la solution à deux États, l’un juif et l' autre arabe, solution prônée par l’ONU depuis le plan de partage de novembre 1947.

Côté israélien, le motif d’un État binational est également très ancien, porté notamment par Martin Buber et Judah Magnès au sein du Brit Shalom (« l’alliance pour la paix ») dans les années 1920. Ce sont alors des voix minoritaires, mais qui portent fortement au sein du mouvement sioniste. Cette vision est ensuite reprise par les sionistes marxistes du parti Mapam, sur une base ouvriériste, et on en retrouve encore quelques traces dans ce qu’est aujourd’hui le parti Meretz.

Plus près de nous, Edward Saïd s’était positionné explicitement pour l’option binationale. Encore plus récemment l’écrivain et intellectuel Avraham Yehoshua, clairement positionné à gauche, a publié une tribune en octobre 2015 en expliquant qu’il était depuis 1967 pour une solution à deux États, mais que ce n’était plus envisageable. D’abord parce qu’il a fallu mobiliser 50 000 militaires pour évacuer moins de 8 000 colons à Gaza, à une époque où l’armée israélienne était nettement moins religieuse qu’aujourd’hui, ce qui rend techniquement impossible l’évacuation de 500 000 ou 600 000 colons de Cisjordanie. Le journaliste et écrivain très marqué à gauche Gideon Levy a également changé d’avis et milite désormais pour un État binational, laïque, avec une stricte égalité des droits entre Juifs et Arabes.

Le retour de cette option binationale crée-t-elle aujourd’hui une situation nouvelle ?

Ce qui est nouveau, c’est que l’idée est reprise et captée par de plus en plus de sionistes religieux, qui ne sont plus du tout marginaux, puisqu’ils sont menés par des ministres de premier plan, comme Naftali Bennett, aujourd’hui ministre de l’éducation nationale dans le gouvernement Netanyahou. Que des membres puissants d’un gouvernement israélien explicitent l’idée que la solution à deux États a échoué et qu’il faut annexer la Cisjordanie, c’est effectivement un tournant historique dans l’histoire d’Israël et du mouvement sioniste.

Ce qui est également nouveau, c’est aussi que le président de l’État d’Israël Reuven Rivlin, qui vient du Likoud, dise qu’il faut créer un État démocratique sur la totalité du territoire, alors que la présidence était occupée avant lui par Shimon Pérès qui était le symbole même d’Oslo et de la solution à deux États. Mais si Rivlin et Bennett affichent tous les deux leur soutien à une solution binationale et s’ils sont tous les deux clairement à droite de l’échiquier politique israélien, ils ne parlent pas de la même chose. L’un est un vrai démocrate, l’autre un authentique colon, religieux, habité par une vision messianique du destin d’Israël. L’État binational est donc aujourd’hui un concept fourre-tout, utilisé de manière très ambiguë dans un moment où toutes les lignes politiques ont explosé. 

Kerry a-t-il raison de souligner que l’État binational est en train de devenir une réalité sur le terrain ?

Oui, l’État binational existe aujourd’hui de fait parce que la souveraineté israélienne s’exerce partout dans l’ancienne Palestine mandataire, sauf à Gaza et dans les quelques confettis de la zone A qui s’apparentent à des bantoustans. En réalité, comme le dit Gideon Levy, de la Méditerranée au Jourdain, on a aujourd’hui un seul État souverain, une seule monnaie (le shekel), une seule direction politique, une seule armée, qui contrôle toutes les frontières. Un seul État souverain avec trois régimes politiques distincts : un régime démocratique pour les Juifs ; un régime de discriminations pour les Palestiniens israéliens ; et un régime d’apartheid pour les Palestiniens de Cisjordanie.

Le discours de Kerry pointe précisément cela, en démontrant que la déclaration faite en juin 2009 à l’université de Bar-Ilan par Netanyahou, qui faisait mine d’accepter la solution à deux États, était en réalité un plan de communication externe destinée à la seule communauté internationale, alors qu’en interne le discours était tout à fait différent et que toute la politique de son gouvernement allait à l’encontre de cette option, en soutenant les colons par tous les moyens matériels et idéologiques. Kerry dit aujourd’hui aux Israéliens : l’État binational vers lequel vous allez à toute vitesse ne peut pas être à la fois juif et démocratique, il sera l’un ou l’autre, et donc les fondements mêmes de votre projet national sont en péril.

 

Comment la question démographique et la question démocratique s'emboîtent-elles aujourd’hui ?

Les deux verrous qui s’opposent à l’option binationale sont effectivement l’horizon démocratique et l’horizon démographique, et ce sont les deux arguments forts que Kerry a opposés aux Israéliens dans son discours du 28 décembre dernier. Car derrière la controverse théorique et rhétorique sur un ou deux États, il y a concrètement la question de qui est aujourd’hui et de qui sera demain majoritaire et minoritaire, à la fois sur le plan démographique et sur le plan juridico-politique. La Cisjordanie compte environ 2,3 millions de Palestiniens et 600 000 colons, dont 200 000 autour de Jérusalem. Avec un taux de fécondité supérieur à 4 enfants par femme, alors que côté israélien on est autour de 3 enfants par femme, la démographie joue pour les Palestiniens, ce qui a de quoi faire paniquer l’opinion publique israélienne.

Face à cette situation démographique, l’option d’un État binational « de droite » est assez pragmatique : c’est l’annexion de la zone C, qui compose 60 % du territoire de la Cisjordanie. Il faut rappeler que le plan de partage de 1947 sur la Palestine mandataire proposait 55 % du territoire pour l’État juif et 45 % pour l’État palestinien, sachant qu’on estimait alors la propriété juive à moins de 15 % du territoire. Après la guerre de 1948-1949, Israël est installé sur 78 % de la Palestine mandataire, dans des frontières internationalement reconnues. Kerry a rappelé exactement ces chiffres en citant Shimon Pérès et en suggérant qu’il valait mieux sécuriser ces 78 % plutôt que de se lancer dans des aventures au-delà de la ligne verte de 1949-1967.

Avec l’annexion de la seule zone C, le territoire israélien occuperait 90 % de la Palestine mandataire. L’intérêt pour la droite israélienne est que la zone C englobe une grande partie des colonies et ne compte « que » 150 000 Palestiniens. Cela ne modifierait donc guère l’équilibre démographique actuel, puisque Israël compte déjà environ 1,5 million de citoyens d’origine palestinienne. Dans la vision de l’extrême droite israélienne, il resterait donc les zones A et B, représentant moins de 10 % du territoire de l’ancienne Palestine mandataire avec plus de 2 millions de Palestiniens enfermés dans ces bantoustans, puisqu’il ne serait pas plus question qu’aujourd’hui de les autoriser à voyager, à s’installer à Tel-Aviv ou à Beer-Sheva, à concourir pour les emplois publics ou à intégrer l’armée. C’est vraiment un retournement historique puisqu’il faut se souvenir que ces zones A, B et C sont à l’origine des concepts cartographiques et juridiques forgés à Oslo et destinés à fixer les trois étapes de la restitution de la Cisjordanie aux Palestiniens !

Mais face à ce « binationalisme de droite », l’argument de Kerry est robuste. Il rappelle aux Israéliens que, s’ils font cela, ils auront un État juif, mais pas démocratique. Ce sera en effet un « État d’apartheid » – il a déjà utilisé le terme publiquement – et un État d’apartheid est destiné à sombrer, comme l’a montré l’exemple sud-africain. À l’inverse, si l’égalité de droits était accordée aux Palestiniens annexés, alors Israël serait bien un État démocratique mais ne serait plus un État juif, parce qu’à l’échéance d’une vingtaine d’années, les Palestiniens seraient majoritaires et pourraient accessoirement décider de se rendre aux urnes.

La démographie est fondamentale parce qu’elle traduit ce qui se passe dans l’intimité des familles et dans la profondeur du « pays réel ». La résistance palestinienne, brisée militairement et politiquement, s’est déplacée sur le plan démographique, à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem. Il faut rappeler qu’à Jérusalem, la population juive a été multipliée par 2,5 depuis 1967, alors que dans le même temps la population palestinienne a été multipliée par 4, et cela sans permis de construire et donc presque sans augmentation du nombre de mètres carrés disponibles. Un indice de fécondité de quatre enfants par femme, alors que le niveau d’éducation et l’encadrement médical est un des plus élevés du monde arabe, constitue une aberration statistique qui ne s’explique que par une démographie de résistance qui pose d’énormes problèmes à Israël sur le long terme.

Finalement, avec les victoires diplomatiques récentes (Unesco, ONU), la démographie est la seule stratégie qui s’est révélée gagnante pour les Palestiniens. Même si l’orthodoxisation de Jérusalem-Ouest et l’augmentation corollaire de l’indice de fécondité côté israélien ralentissent cette tendance, la population palestinienne à Jérusalem est aujourd’hui de presque 40 % alors qu’elle n’était que de 25 % en 1967. Une minorité de 5 % ou 10 %, vous pouvez toujours envisager de la marginaliser efficacement ou de la dissoudre, comme les anciennes populations indiennes autochtones d’Amérique du Nord. Mais pas une minorité de 40 %, surtout si elle continue de s’accroître.

Vous êtes spécialiste de l’histoire de Jérusalem. Le discours de John Kerry d’une part et la possibilité évoquée par Donal Trump d’installer l’ambassade américaine à Jérusalem d’autre part constituent-ils des tournants ?

Oui, sans aucun doute. Dans son paramètre numéro 4, Kerry ne dit rien de neuf en affirmant que Jérusalem doit être « la capitale des deux États », Israël et la Palestine. Mais il le dit de façon plus ferme et surtout il abandonne le paradigme Clinton qui était de fait fondé sur une division de la ville, posant d’infinis problèmes et donc hautement improbable. En passant d’un paradigme de la division à un paradigme du partage, même si les modalités pratiques restent à préciser, Kerry met le doigt sur un point fondamental : alors que Jérusalem est souvent décrite comme le nœud du problème israélo-palestinien, son histoire nous apprend qu’elle est au contraire le lieu – le seul – où pourrait s’inventer le début d’une solution, concrètement, et à brève échéance. Jérusalem n’est pas le nœud du conflit ; les deux points vraiment durs, ce sont les colonies du côté israélien et la question des réfugiés du côté palestinien.

 

Par ailleurs, il faut arrêter de dire que Donald Trump bluffe sur le transfert de l’ambassade à Jérusalem. La nomination annoncée de David Friedman comme ambassadeur des États-Unis en Israël est déjà très inquiétante : Friedman se situe politiquement à la droite de Netanyahou ! Mais on peut dire aussi, comme l’ont fait certains activistes, qu’il est tout à fait logique que les ambassades américaine ou française s’installent à Jérusalem, mais qu’il en faut deux, une pour Israël et une pour la Palestine, puisque il n’y a pas d’autre option possible que Jérusalem soit la capitale à la fois des Palestiniens et des Israéliens.

Techniquement, cela ne pose pas de problèmes particuliers. Bruxelles est à la fois la capitale d’un État (la Belgique), de deux nations (la Flandre et la Wallonie) et d’une entité supranationale (l’Europe) et cela fonctionne, même si les quartiers ne se ressemblent pas et s’agencent diversement entre eux. Par chance, Jérusalem se trouve encore aujourd’hui sur la frontière entre Israël et la Palestine : on peut y accéder des deux côtés, et cela permet d’en faire la capitale légitime et effectives des Israéliens et des Palestiniens, que ce soit dans le cadre d’une solution à deux États ou à un État avec une structure fédérale. Non seulement Jérusalem n’est pas le principal problème, mais on peut même imaginer que ce soit le premier palier d’une solution future. Il existe d’autres exemples de villes dans le monde qui ont des statuts compliqués avec des souverainetés emboîtées et des impôts levés à plusieurs niveaux. Dans le livre Jérusalem – Histoire d’une ville-monde, nous avons montré que l’histoire de cette ville, sur la longue durée, est fondamentalement supranationale. C’est pour cela que Jérusalem est un lieu possible d’expérimentations et peut-être même de solutions.

Partager cet article
Repost0
2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 08:02
Tirailleurs sénégalais: la patrie bien peu reconnaissante (L'Humanité, 30 décembre 2016)
Tirailleurs sénégalais. La patrie bien peu reconnaissante
ADRIEN ROUCHALEOU
VENDREDI, 30 DÉCEMBRE, 2016
L'HUMANITÉ

La France ne s’est pas montrée jusqu’ici à la hauteur du sacrifice de ces milliers de soldats africains.

Mardi 20 décembre, François Hollande recevait en visite officielle le président sénégalais, Macky Sall. Sans doute à la recherche d’un geste de courtoisie diplomatique, un conseiller lui aura alors déniché une pétition en ligne ayant déjà reçu plus de 60 000 signatures pour exiger la naturalisation de ces anciens combattants pour la France que l’on appelle « tirailleurs sénégalais ». Lancée par une élue socialiste de Bondy, Aïssata Seck, elle-même descendante de tirailleur, la pétition compte les signatures de parlementaires, d’artistes, d’intellectuels… La belle aubaine : François Hollande profitera de la visite de son homologue de Dakar pour annoncer dans sa grande magnanimité avoir « demandé au ministre de l’Intérieur de s’assurer que les dossiers de naturalisation des tirailleurs sénégalais qui en font la demande soient examinés avec rapidité et bienveillance ».

Pourtant, les tirailleurs sénégalais n’étaient pas tous… sénégalais. « Ils avaient ce nom générique de tirailleurs sénégalais car le Sénégal était à l’époque la capitale de l’Empire colonial français en Afrique », nous rappelle Karfa Diallo, fondateur et directeur de l’association Mémoires et Partages, militant bien connu des Bordelais pour être celui qui a poussé sa ville à reconnaître son passé négrier, et fils de tirailleur. Ils pouvaient en fait venir aussi bien du Bénin, de Haute-Volta (aujourd’hui Burkina Faso), de Côte d’Ivoire, du Mali ou même de Madagascar. Le Sénégal n’était pour beaucoup que le lieu de leur recrutement et de leur expédition vers les guerres mondiales.

Au front, ce sont les premières lignes, les régiments suicides

Cet enrôlement pouvait avoir plusieurs modalités. Karfa Diallo nous les rappelle : « La France ayant définitivement aboli l’esclavage en 1848, celui-ci perdurait tout de même en Afrique. Les Français ont mis en place des “villages de liberté”. Des villages dans lesquels on promettait aux esclaves qui s’enfuyaient des domaines où ils étaient maintenus en esclavage et se réfugiaient dans ces “villages liberté” qu’ils seraient affranchis. Mais, en échange, beaucoup d’entre eux sont enrôlés et envoyés à la guerre. » D’autres doivent leur enrôlement à Blaise Diagne, premier député africain à l’Assemblée nationale, député du Sénégal durant la Première Guerre mondiale, qui considérait que les indigènes payaient ainsi « l’impôt du sang » en échange des « bienfaits » que la puissance coloniale leur accordait. Diagne deviendra plus tard sous-secrétaire d’État aux Colonies dans les gouvernements de Pierre Laval. L’histoire des tirailleurs sénégalais s’étend ainsi de la guerre de 1870 contre la Prusse aux guerres coloniales d’Indochine, d’Algérie et de Madagascar, en passant par la Première Guerre mondiale durant laquelle leur emploi est systématisé et la Seconde où leur nombre explose. Au front, ce sont les premières lignes, les régiments suicides. « N’ayant pas la même couleur de peau, n’ayant pas les mêmes présomptions d’intelligence ou même d’humanité, n’ayant pas les mêmes formations, l’armée les envoyait là où il fallait prendre le plus de risque possible », résume Karfa Diallo.

Mais, hors des champs de bataille, les tirailleurs sénégalais ne sont pas mieux traités par la puissance coloniale. Deux histoires le démontrent. Celle, d’abord, de la plus grande catastrophe maritime française. En 1920, un navire, l’Afrique, quitte Bordeaux pour le Sénégal avec à son bord 600 passagers, parmi lesquels autour de 200 tirailleurs sénégalais qui reviennent de la guerre. Ils ont réussi à échapper à la mort dans l’enfer des tranchées et rentrent chez eux. Sauf qu’au large des Sables-d’Olonne, le bateau fait naufrage ; 178 tirailleurs y perdent la vie. Il y aura des controverses juridiques pour l’indemnisation des familles. Mais finalement seuls les passagers blancs seront indemnisés. Les tirailleurs passent par pertes et profits. Aujourd’hui, Karfa Diallo milite pour que ces « corps qui gisent encore au fond de l’océan sans aucune forme de reconnaissance soient enfin reconnus morts pour la France ».

L’autre événement survient à Thiaroye, un camp dans la périphérie de Dakar. C’est là qu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale des tirailleurs, anciens prisonniers de guerre, avaient été ramenés, principalement pour « blanchir » l’image des troupes françaises en métropole. Les soldats africains réclament le paiement de leur solde promise depuis des mois. Le commandement refuse. Une mutinerie éclate le 1er décembre 1944. L’armée française commet un massacre. Le premier bilan officiel fait état de 35 morts, bilan porté à 70 un peu plus tard. C’est pourtant le premier chiffre que reconnaît encore aujourd’hui François Hollande. De cette histoire, Ousmane Sembène tirera son film Camp de Thiaroye, en 1988.

Une fois démobilisés, peu de tirailleurs restaient dans l’Hexagone. Tant mieux pour l’État qui voit là la possibilité de s’exonérer de payer à ses anciens soldats la juste indemnisation à laquelle ils ont pourtant droit. « L’État français ne s’est jamais manifesté pour leur permettre de faire valoir ces droits, dénonce Karfa Diallo. Pour en bénéficier, il fallait en faire la demande. Et pour en faire la demande, il fallait être en métropole. » Seuls ceux qui pouvaient se permettre de venir en France et qui savaient s’y retrouver dans le dédale administratif ont finalement pu percevoir leur dû. Karfa Diallo a reçu l’engagement pris par François Hollande avec « circonspection et prudence ». « Cinq mois avant son départ, il y a cette promesse, dans un flou total, sans périmètre défini, sans qu’aucun texte ne soit voté », constate-t-il dubitatif. Mais sa détermination n’est pas remise en cause. « Avant que François Hollande ne quitte le pouvoir, nous allons recenser toutes les personnes concernées. Elles ne sont plus qu’un petit millier. Et avec des avocats, nous allons déposer leurs dossiers. » Voila pour le dossier indemnisation. Mais il restera un autre travail à accomplir : donner aux tirailleurs leur juste place dans l’histoire de la France.

Lire aussi: 

Comment les autorités françaises ont spolié, humilié, massacré les tirailleurs Sénégalais parqués à Morlaix à l'automne 1944.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011