Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
8 octobre 2021 5 08 /10 /octobre /2021 15:47

 

Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, cette proposition de loi organique a vise à réformer l’organisation des débats budgétaires sur le financement de la sécurité sociale, prétendument pour améliorer la transparence et accroître le contrôle du Parlement.

En réalité, ce texte ne vise qu’une seule chose : imposer de nouvelles mesures d’austérité. Je constate avec colère que la droite sénatoriale et le Gouvernement poursuivent avec la même constance la réduction des dépenses sociales, la remise en cause de la gestion paritaire des caisses de sécurité sociale, le renforcement de l’étatisation de notre système social en rapprochant toujours plus le budget de la « sécu » de celui de l’État.

La crise sanitaire et la prise en charge des dépenses des entreprises par la sécurité sociale, compensées par l’État, semblent donner des ailes aux militants de la mise sous tutelle de la sécurité sociale par Bercy, sous le prétexte de renforcer le droit de regard du Parlement.

Depuis quarante ans, la gouvernance de la sécurité sociale a évolué vers un effacement des pouvoirs des syndicats dans l’administration des caisses, vers un renforcement du contrôle du Parlement et, depuis 2005, vers le verrouillage des dépenses avec la création de l’Objectif national des dépenses d’assurance maladie. Cette évolution progressive conduit à remettre en cause l’autonomie de la sécurité sociale et à renforcer la mainmise de l’État.

La création de la contribution sociale généralisée (CSG) a entraîné une fiscalisation des recettes et une remise en cause de la cotisation sociale comme fondement du système de sécurité sociale. Ainsi, en 2021, 100 milliards d’euros de recettes proviennent de la CSG et la moitié des dépenses de la branche maladie est financée par l’impôt.

À cela s’ajoutent les exonérations de cotisations sociales, décidées par les gouvernements, qui ont atteint 200 milliards d’euros au total entre 2011 et 2017.

Enfin, la création d’une cinquième branche pour la perte d’autonomie, entièrement financée par l’impôt via la CSG et la journée de solidarité, constitue une étape supplémentaire dans la transformation de notre système de sécurité sociale vers un système de protection sociale.

Du fait de la pandémie de covid-19, le déficit de la sécurité sociale, qui est de l’ordre de 35 milliards d’euros pour 2021, sert d’argument au renforcement du contrôle du Parlement. Il s’agit uniquement de fermer davantage le robinet des dépenses, pourtant vitales pour la protection de nos concitoyens.

Alors que notre pays est toujours en état d’urgence sanitaire en raison des difficultés que rencontrent les hôpitaux pour soigner tous les malades, le Gouvernement, soutenu par la droite, veut reprendre les politiques d’austérité, celles-là même qui ont entraîné la fermeture des hôpitaux de proximité, la suppression de 100 000 lits en vingt ans, la dégradation des conditions de travail des personnels, la pénurie de médecins du fait du numerus clausus et l’arrêt des investissements en raison de l’endettement des établissements.

En votant ce texte, vous effacez d’une main l’ensemble des conclusions qui ont pu être tirées des erreurs commises avant la pandémie de covid-19. Ce ne sont pas les modifications de la droite sénatoriale en commission qui vont inverser la tendance, au contraire.

La commission a réintégré l’assurance chômage et les régimes de retraite complémentaire dans le périmètre de la loi de financement de la sécurité sociale, alors même que cette disposition avait été unanimement rejetée par les organisations patronales et syndicales.

La commission a également ajouté le mécanisme de règle d’or, qui contraint les comptes sociaux à l’équilibre sur cinq ans. Or si cette règle avait été appliquée l’an dernier, le Gouvernement n’aurait pas pu prendre en charge l’indemnisation chômage des salariés des entreprises fermées pendant la pandémie. Est-ce vraiment votre projet ? Allez voir les restaurateurs, les cafetiers et l’ensemble des commerçants qui ont pu bénéficier de la prise en charge par l’État de l’indemnisation chômage. Tous vous diront, avec raison, qu’ils rejettent votre règle d’or, soyez-en assurés.

Nous refusons ce texte, qui constitue une étape supplémentaire vers une remise en cause de notre modèle de sécurité sociale. Nous vous opposons un projet alternatif, qui rétablit la cotisation sociale comme socle du système, qui réintègre une gestion paritaire des caisses de sécurité sociale par des administrateurs élus par les assurés sociaux. Nous proposons un financement de la sécurité sociale dépourvu d’exonérations, mais assuré par des cotisations patronales et salariales, ainsi que par des revenus financiers.

Enfin, la suppression de l’Ondam comme carcan budgétaire doit permettre de renouer avec un financement qui parte des besoins de santé selon les territoires et non d’une enveloppe fermée.

Pour l’ensemble de ces raisons, le groupe communiste républicain citoyen et écologiste votera contre ces deux textes.

 

 

Partager cet article
Repost0
6 octobre 2021 3 06 /10 /octobre /2021 05:05
Pierre Dharréville : « Une bonne réforme des retraites invite à repenser le travail » (L'Humanité, 5 octobre 2021)
Pierre Dharréville : « Une bonne réforme des retraites invite à repenser le travail »
Mardi 5 Octobre 2021 - L'Humanité

Alors que la question des retraites est reposée, le député communiste des Bouches-du-Rhône revient sur le débat intense qui a été stoppé par la pandémie. Démontant un à un les arguments de la majorité, il dessine les contours d’une réforme progressive. Entretien.

 

Vous venez de sortir un Manuel de la bataille des retraites (1), au moment où le débat revient sur le devant de la scène. Est-ce une façon de poursuivre le combat idéologique ?

Pierre Dharréville Le débat s’est interrompu brutalement avec la pandémie mais ils n’ont jamais lâché l’affaire. Je me suis dit qu’il ne fallait pas perdre la matière accumulée, et j’ai listé les questions qui avaient été au cœur des échanges. C’était une manière de prendre date, afin d’être prêt au moment où le débat reviendrait. Il fallait maintenir la braise chaude. La bataille ne fait que commencer. Depuis les trente dernières années, c’est le sujet qui a le plus mobilisé les Françaises et les Français. Ces mobilisations puissantes témoignent d’un attachement profond à ce droit à la retraite. Certes, les salariés les plus jeunes doutent mais cette angoisse montre qu’il y a une aspiration à ce que ce droit ne disparaisse pas. Il y a donc une conscience qui peut encore grandir et s’affermir, mais encore faut-il tracer des perspectives.

Édouard Philippe propose non pas un système universel mais une réforme paramétrique visant à faire reculer l’âge de départ en retraite. Tout comme Stanislas Guerini, qui en appelle désormais à une « réforme simple : les régimes spéciaux, les pensions minimums, des mesures sur l’âge, des mesures de justice ». Comment interprétez-vous ce rétropédalage ?

Pierre Dharréville C’est un aveu quant à la réalité de la réforme qui nous était proposée. Cette réforme soi-disant universelle parée de toutes les vertus qui était en réalité une réforme qui visait à jouer sur tous les paramètres, y compris sur l’âge de départ. Et c’était pour eux l’essentiel puisque c’est ce qu’ils mettent en avant aujourd’hui. Il y a une volonté de nous faire travailler plus, dans la journée, dans la semaine, dans le mois, dans l’année et dans la vie. C’est une vieille lune du capital de vouloir pressurer ceux qui travaillent. Il y a une volonté de tirer encore sur la corde. Or, si nous vivons plus longtemps, c’est grâce à la qualité de notre protection sociale. De plus, il est important d’expliquer qu’on ne cesse pas de travailler, entre guillemets, quand on est à la retraite. Certes, ce n’est plus le travail prescrit, mais les retraités continuent d’être utiles. La situation est plus contrastée qu’on ne le dit et il y a d’autres manières de dégager des marges suffisantes pour faire face au besoin de financement du droit à la retraite.

Comment ?

Pierre Dharréville Le partage de la valeur se fait entre le capital et le travail. Prendre aux retraités, cela revient à prendre au travail, il est donc possible de faire autrement. Il y a eu une explosion des exonérations fiscales. À chaque budget, le gouvernement invente de nouvelles exonérations. Et à chaque fois, il affaiblit la capacité de la Sécurité sociale à nous protéger. Notre protection sociale a un coût, il est nécessaire d’arrêter de tailler dedans. La Sécurité sociale doit être financée sur la base des cotisations ; c’est pour cela qu’une cotisation supplémentaire du capital peut être envisagée, notamment lorsqu’on voit toutes les sommes qui s’évaporent avec l’évasion fiscale. Nous avons esquissé un certain nombre de propositions qui se trouvent dans la loi que nous avons déposée à l’Assemblée nationale en 2019.

En présentant sa réforme, le gouvernement a soulevé les faiblesses du système actuel…

Pierre Dharréville Le débat des retraites a fait revenir la question du travail au cœur du débat public. Parler retraite revient à regarder ce qui s’est passé avant, puisqu’il s’agit, à la retraite, de solder les comptes. Faire une bonne réforme des retraites invite à repenser, à soigner le travail. Que ce soient les carrières hachées, le temps partiel subi qui frappe particulièrement les femmes, la question de la pénibilité, sur tous ces points des mécanismes correcteurs pour faire face aux inégalités doivent être apportés mais ce n’est pas suffisant. Le culte de la productivité, de la compétitivité en permanence écrase l’humain, si on vivait mieux le travail, on pourrait mieux envisager une bonne retraite. Nous pourrions garantir dans ce système une retraite minimale et digne fixée au niveau du Smic et revenir à un âge de départ raisonnable. Beaucoup de femmes et d’hommes ont du mal à arriver à l’âge de départ dans de bonnes conditions. La retraite progressive devrait permettre de partir avant l’âge pour celles et ceux qui le souhaitent, pas après. À l’inverse, la réforme des retraites proposée par Emmanuel Macron contribue à accroître cette logique de l’homme et de la femme productifs, avec la règle du « un euro cotisé doit donner les mêmes droits » : chacune, chacun garantit sa propre retraite. C’est la logique du travailler plus pour gagner plus poussée jusqu’au bout.

Le gouvernement souhaite également mettre fin aux régimes spéciaux. Pourquoi faut-il les préserver ?

Pierre Dharréville Les régimes ont tous une histoire, une raison d’être que l’on ne saurait balayer sans égards. Il y a parfois de petits régimes qui ont produit de fortes mobilisations, comme celle des danseurs et danseuses de l’Opéra. Leur régime permettait de prendre en compte leur situation particulière. On peut travailler à plus d’unité et plus de solidarité entre les régimes, d’ailleurs cela existe déjà. La caisse des électriciens et gaziers a été ponctionnée l’an dernier pour contribuer au régime général. Mais il n’y a pas besoin pour cela de passer par pertes et profits toutes les conquêtes sociales qui se sont exprimées à travers ces régimes spéciaux. On devrait plutôt s’en inspirer pour améliorer notre système des retraites que de les dézinguer.

Le budget de la Sécurité sociale est présenté ce mercredi, est-il à la hauteur des enjeux révélés par la crise sanitaire ?

Pierre Dharréville La majorité reste dans son moule, il n’y a pas de surprise. Elle fait semblant, c’est une des caractéristiques de la Macronie. Le gouvernement ne prend pas la mesure des besoins sociaux ou de la situation des hôpitaux, où les fermetures de lits et les restructurations se poursuivent. Le budget ne prépare pas l’avenir alors que les besoins sanitaires sont pressants. Sur l’autonomie, qui est un sujet majeur et souvent laissé dans l’ombre, il faudrait se hisser au bon niveau d’action parce que c’est un vaste terrain d’inégalités. Or, le gouvernement vient d’annoncer qu’il renonce à légiférer malgré les annonces répétées chaque année. En réalité, tout se passe comme si l’on voulait tailler dans les retraites pour financer la santé. Au lieu d’arrêter les exonérations et de s’occuper des ressources, on a l’impression qu’on organise à nouveau le déficit pour justifier demain de nouvelles mesures d’austérité et de casse sociale. On ne change pas de refrain : la Sécurité sociale coûterait trop cher. On connaît la chanson. Or, nous avons besoin d’une ambition sanitaire et sociale puissante. Et elle ne peut être que solidaire.

(1) Manuel de la bataille des retraites, Fondation Gabriel-Péri, 7 euros
Pierre Dharréville : « Une bonne réforme des retraites invite à repenser le travail » (L'Humanité, 5 octobre 2021)

https://gabrielperi.fr/librairie/notes/manuel-de-la-bataille-des-retraites/

"Les retraites sont depuis toujours un champ de controverse. Imaginez le délire : payer des gens qui ont cessé le travail… Une invention sociale essentielle : le droit d’être libéré du travail prescrit après y avoir tant consacré dans la force de l’âge. Ainsi, par le travail, c’est vraiment tout un monde que l’on gagne pour les autres et pour soi-même. Le droit à la retraite est un puissant marqueur de civilisation. Il met radicalement en cause la loi naturellement impitoyable du marché et la chosification de l’humain. Ainsi, chaque producteur et chaque productrice sont posés en sujets faiseurs de droits, chaque personne en sociétaire du genre humain…

 
 

 

Le droit à la retraite est un puissant marqueur de civilisation. Une conquête sociale qui s’est construite dans la durée. Affichant un vaste projet de remodelage antisocial, le Président de la République  avait pour projet un changement complet de système de retraite, basé sur un calcul par points. Ainsi, alors que le Covid-19 fondait sur la planète, toute la Macronie s’échinait à imposer une réforme des retraites qui, pourtant, suscitait un profond rejet. Mis en difficulté dans la rue comme dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, le Premier ministre dégainait le 49-3, puis confinait le pays. À l’issue de ce débat intense, l’auteur a dressé l’inventaire des nombreuses questions agitées dans la bataille. Bien lui en a pris : la question n’en finit pas de resurgir. Témoignage d’une confrontation âpre, il repasse les arêtes du débat, démonte les idées reçues, et dessine les contours d’une réforme progressiste, « pour une retraite qui va bien ».

Nous publions ce texte mis à jour avec les analyses des premiers effets de la crise sanitaire. Nul doute qu’il servira.

Pierre Dharréville, député PCF des Bouches-du-Rhône, porte-parole du Groupe de la Gauche démocrate et républicaine et membre de la commission des affaires sociales, fut l’un des acteurs de premier plan du débat sur la réforme des retraites à l’Assemblée nationale.

Partager cet article
Repost0
6 octobre 2021 3 06 /10 /octobre /2021 04:55
La gauche ne s’économise pas sur l’évasion fiscale
Mardi 5 Octobre 2021 - L'Humanité
Extraits de l'article

Les révélations des Pandora Papers remettent le sujet dans le débat pour la présidentielle. (...)

«Je souhaite un véritable débat sur l’évasion fiscale », ce « cancer pour notre économie » . Ce n’est pas la première fois que le candidat communiste Fabien Roussel porte le thème de la fraude internationale et des paradis fiscaux à l’agenda de la présidentielle, aujourd’hui encore saturé des éructations d’Éric Zemmour. « Les actifs financiers sont retenus dans des banques et des comptes offshore où l’argent produit par des salariés ici se retrouve mélangé à l’argent de la drogue, de la traite des humains et des trafics d’armes », s’est alarmé le secrétaire national du PCF ce lundi, en conférence de presse. Face à cela, il propose plusieurs mesures, parmi lesquelles des peines de prison ferme et la perte des droits civiques pour les fraudeurs, l’instauration d’un ministère dédié à la lutte contre la fraude fiscale, et la création d’une « COP fiscale mondiale » sur le modèle de la COP climat (propositions reprises des frères Éric et Alain Bocquet, auteurs de Milliards en fuite !).

« La nationalisation ou la fermeture » des banques délinquantes

Le député nordiste propose aussi le recrutement de 15 000 contrôleurs fiscaux supplémentaires. « Il y a eu une saignée ces dix dernières années dans nos services fiscaux. On devrait avoir une armée formée pour aller débusquer ces délinquants en col blanc », justifie le candidat. La parlementaire propose en attendant une filière de recrutement spéciale de la police judiciaire où l’on développerait les compétences spécifiques requises pour ce genre d’enquête.

Vient ensuite la question des sanctions, que certains appellent à durcir. « Il faut abroger tout de suite les lois mises en place par Darmanin permettant de négocier le montant des amendes avec les fraudeurs fiscaux », pose Fabien Roussel. Une référence à une disposition de la loi antifraude de l’automne 2018, votée alors que Gérald Darmanin était encore aux Comptes publics. Cette loi assouplit notamment le « verrou de Bercy », c’est-à-dire le monopole de l’administration fiscale sur la lutte contre la fraude, monopole problématique quand ledit fraudeur est à la tête de l’administration fiscale, comme dans l’affaire Cahuzac. Mais elle a aussi ouvert, au grand dam des oppositions de gauche, l’extension à la fraude fiscale de la convention judiciaire d’intérêt public, une mesure permettant à une entreprise de négocier son amende directement avec l’État afin d’éviter des poursuites et une reconnaissance de culpabilité.

Pandora Papers - Le nouveau scandale de l'évasion fiscale - L'Humanité, 5 octobre 2021
Pandora Papers : un nouveau scandale d’évasion fiscale à grande échelle
Mardi 5 Octobre 2021

Les révélations d’un pool international de journalistes d’investigation dévoilent l’ampleur des fraudes et mettent en cause des personnalités politiques de premier plan. Le phénomène progresse dans les pas de la financiarisation du capitalisme mondialisé.

 

Joliment baptisée « Pandora Papers », une nouvelle enquête du Consortium international des journalistes d’investigation (Icij) vient révéler l’ampleur de la fraude fiscale et le degré de corruption de certaines personnalités membres de l’élite politique mondiale, voire de certains chefs d’État en exercice. Elle atteint la bagatelle de 11 300 milliards de dollars (9 400 milliards d’euros). Les individus haut placés pris en flagrant délit les ont fait « prospérer » dans une myriade de sociétés offshore, basées dans des paradis fiscaux.

336 dirigeants et responsables politiques

Les enquêteurs de l’Icij ont épluché quelque 11,9 millions de documents. Ils pointent comment 336 dirigeants et responsables politiques de premier plan ont triché pour parvenir à leurs fins lucratives. Nous avons sélectionné et dressé ici le portrait de quelques-uns des plus emblématiques de ces personnages, auteurs souvent des envolées les plus solennelles contre la corruption ou la fraude fiscale (lire ci-contre). Les îles Vierges britanniques se taillent la part du lion dans cette affaire, puisqu’elles sont à l’origine des deux tiers des montages d’optimisations de la fortune de tous ces grands personnages publics.

Ces Pandora Papers s’ajoutent à une déjà longue liste de scandales du même type. Baptisés Offshore Leaks, Panama Papers, Paradise Papers, LuxLeaks ou OpenLux, ces investigations lèvent, à chaque fois, un coin du voile sur des pratiques qui permettent de soustraire des milliers de milliards d’euros au financement des services publics, des hôpitaux, des écoles, de la recherche médicale… Elles livrent un décryptage saisissant des méthodes les plus sophistiquées employées par des fraudeurs qui se sont entourés d’une armée de financiers pleinement intégrés à la planète boursière, de banquiers forts de leurs réseaux mondiaux et d’avocats fiscalistes ayant pignon sur rue.

Expansion et banalisation des paradis fiscaux

Au-delà de la ribambelle de personnages politiques sortis de la boîte de Pandora, l’un des mérites de cette dernière enquête en date est de révéler l’expansion et la banalisation des paradis fiscaux. Il apparaît, en effet, que ces derniers ont pu étendre leur périmètre d’activité bien au-delà des sphères traditionnelles, des Caraïbes au Luxembourg. De nouveaux flibustiers de la fraude fiscale sont venus s’ajouter aux champions d’un secteur déjà très fourni. Au sein de l’hyperpuissance mondiale, l’État du Dakota du Sud accueille ainsi depuis peu des fonds considérables venus de l’étranger au sein de sociétés-écrans en leur garantissant l’opacité la plus totale.

La qualité de ces investigations et les efforts fédérés par plusieurs grands titres de la presse internationale – ils vont en France du Monde à Libération en passant par Radio France – permettent à leurs auteurs de distiller, à chaque fois, de vraies révélations sans courir le risque d’un tir de barrage politique ou (et) juridique. Toutefois, l’extraordinaire accumulation de ce type d’enquête n’a jamais débouché sur un véritable tournant dans la lutte contre les fraudeurs mondialisés. Davantage de transparence, des régulations plus sévères, de nouvelles contraintes juridiques, voire la mise hors circuit des hôtes les plus avérés du dopage des fortunes personnelles ou des profits géants des plus grandes sociétés sont réclamées, à chaque fois, à juste titre et à cor et à cri. Sans jamais que rien ne change vraiment. Comme le prouvent les révélations publiées quelques mois ou quelques années plus tard. Un peu comme s’il s’agissait, à chaque fois, d’un nouvel épisode accablant versé à un dossier dont l’importance et la nocivité ne se réduisent pas. Mais qui fait preuve tout au contraire d’une résilience phénoménale, voire d’une capacité à continuer de croître et embellir.

Un environnement systémique des plus favorables

En fait, la plaie de la fraude fiscale n’est béante et hideuse que parce qu’elle bénéficie d’un environnement systémique des plus favorables. La financiarisation des économies encouragée, impulsée ces dernières années par les grandes puissances, et singulièrement par Washington et Wall Street, a débouché sur un mode de régulation de la sphère capitaliste dont la caractéristique essentielle est d’ouvrir toujours davantage de possibilités aux fraudeurs et autres optimiseurs de gros magots.

«  Au cours des 40 dernières années, l’industrie financière a pris un pouvoir considérable sur le reste de la sphère économique », relevait en 2020 un observateur allemand très en vue, longtemps membre de l’institut Ifo de conjoncture d’inspiration plutôt libérale. Cette évolution a été portée par un « assouplissement » des règles et des contrôles publics qui a démultiplié les possibilités de pratiquer les placements les plus lucratifs, assorti des moyens de leur faire éviter ou contourner les impôts et les taxes.

Tout a été subordonné aux résultats de la Bourse. Sans que les placements encouragés soient le plus souvent reliés au monde réel. Et ce sont les plus grosses sociétés d’investissement, comme l’États-Unien BlackRock, qui ont ainsi pu acquérir des pouvoirs d’influences nouveaux jusque dans les régulations, souvent codécidées avec la puissance publique. Elles ont pu ainsi lancer des produits au rendement exceptionnel. Nourrissant ce faisant une boursouflure financière mondiale au diamètre de plus en plus menaçant.

À quand des « Delaware Papers » ou un « Delaware Leaks » ?

Les États-Unis sont à l’avant-garde de cette évolution comme du combat pour atteindre la plus grande compétitivité financière. Outre les nouveaux aventuriers du Dakota du Sud repérés par les enquêteurs de l’Icij, ils disposent de très longue date d’un outil majeur d’optimisation fiscale : l’État du Delaware. Il permet à toutes les compagnies qui y déclarent leur siège social de bénéficier de taux d’imposition très réduits.

Dans cet État peuplé de moins d’un million d’habitants, quelque 1,2 million de sociétés, dont la plupart des géants de Wall Street, ont installé quelques bureaux, parfois juste une plaque. Ce qui leur permet de réduire considérablement leurs prélèvements. Une entreprise installée ne paie aucune taxe locale et doit seulement s’acquitter de l’impôt fédéral américain. Le système est bien rodé et défendu jusqu’au plus haut niveau. Le sénateur du Delaware depuis 1972 n’est autre qu’un certain Joe Biden, aujourd’hui président des États-Unis. À quand des « Delaware Papers » ou un « Delaware Leaks » ?

Les monnaies numériques, une alternative « paradisiaque »

Partout, les possibilités de placer son argent sans avoir à rendre le moindre compte à la puissance publique et à ses besoins d’investissements sociaux ou environnementaux ont atteint aussi une dimension nouvelle dans la dernière période, dont le bitcoin est le nom. Ces monnaies numériques, alternatives des devises émises par les grandes banques centrales, sont portées par les libéraux libertaires des États-Unis. Elles remplissent, à elles seules, tous les avantages offerts par les paradis fiscaux : aucun contrôle sur l’origine des fonds, aucune régulation publique et une promesse de rendements faramineux. Elles siphonnent aujourd’hui plus de 500 billions de dollars. Ce qui en fait le plus gros des récipients dévoués aux investissements hors taxes pour tous les agioteurs de la planète. Seule différence : le placement peut désormais s’avérer risqué quand la bulle des bitcoins se sent comme aujourd’hui des accès de faiblesse. Sur fond de risque bien réel d’éclatement de cette sphère ultraspéculative, qui pourrait bien menacer toute la planète financière.

Pandora Papers - Le nouveau scandale de l'évasion fiscale - L'Humanité, 5 octobre 2021
Partager cet article
Repost0
6 octobre 2021 3 06 /10 /octobre /2021 04:51
Présidentielle 2022. Les communistes lancent les « Rencontres des jours heureux » (Julia Hamlaoui, L'Humanité, 5 octobre 2021)
Présidentielle 2022. Les communistes lancent les « Rencontres des jours heureux »
Mardi 5 Octobre 2021 - L'Humanité

Santé, écologie, énergie, jeunesse, emplois… D’ici la fin de l’année, le candidat du PCF à la présidentielle multipliera les déplacements pour six « agora » thématiques. Premier rendez-vous dès mercredi en Auvergne sur l’agriculture et l’alimentation.

Le candidat communiste à la présidentielle, Fabien Roussel, reprend la route. Après une caravane en une cinquantaine d’étapes le long des côtes cet été, le PCF lance à partir de mercredi les « Rencontres des jours heureux ». « On change de campagne : avant on faisait des meetings partout avec le même discours, là on fait le choix des thématiques et des territoires », explique le député du Nord. Le concept ? « Ce seront des Agora, des ateliers, des échanges à l’issue desquelles je présenterais nos propositions », poursuit-il. En la matière, pas « de demi-mesures », promet Fabien Roussel estimant que « toute la gauche paie encore les trahisons, les reniements » du quinquennat Hollande. Il y voit d’ailleurs une justification à la multiplication des candidatures : « La première mesure que Yannick Jadot veut mettre en place c’est de libérer les poulets, a-t-il dit au JDD. Moi la première mesure que je mets en place c’est de m’attaquer à la question sociale, d’augmenter les retraites et les salaires, même si je libérerai aussi les poulets pour avoir de l’élevage en plein air. »

La première des « Rencontres des jours heureux », prévue dès ce mercredi à Billom dans le Puy-de-Dôme, sera d’ailleurs consacrée aux enjeux de l’alimentation, de l’agriculture et de la ruralité. Un rendez-vous en soirée précédé d’une visite du salon de l’élevage à Clermont-Ferrand et suivi de la visite d’une exploitation laitière. « Je veux porter la voie des territoires, d’une ruralité nouvelle, du respect des collectivités », détaille Fabien Roussel qui souhaite profiter de chacun de ces déplacements pour aller « à la rencontre des élus locaux et valoriser ce qu’ils font sur le terrain ».

Ce sera ensuite le tour des questions de santé à Ramonville, près de Toulouse, le 16 octobre, avant l’écologie et l’énergie le 27 octobre à Rennes. « Se priver du nucléaire comme le proposent d’autres candidats est une folie qui va coûter cher aux Français », affirme dès maintenant le parlementaire. Alors que le gouvernement envisage de créer de petites centrales, il plaide pour « engager, sans attendre 2022, la programmation de 6 à 8 EPR afin de compenser la fermeture des 12 réacteurs annoncés d’ici 2035 » et pour investir davantage dans les « barrages hydro-électriques, deuxième source d’énergie décarbonnée et pilotable ». « C’est une question d’indépendance énergétique pour notre pays, estime-t-il. Mais c’est aussi la seule voie pour garantir aux Français et aux entreprises de notre pays l’électricité la moins chère et la plus décarbonnée d’Europe. » Après une rencontre la semaine dernière avec le président de la République à propos de ce coût de l’énergie, le candidat « regrette que le blocage des prix annoncés par le premier ministre ne soit qu’une mesure en trompe-l’œil ». « Ce sont vraiment des hypocrites, des truands », fustige-t-il pointant le rattrapage prévu en avril, et avançant l’idée « de baisser la facture tout de suite de 30 % puisque c’est le poids des taxes ».

Les rendez-vous suivants concerneront la jeunesse, le 10 novembre à Poitiers, puis l’éducation, le 3 décembre à Vénissieux. « Je reviendrais sur le pacte pour la jeunesse que j’ai lancé dès le début de ma campagne et sur cette proposition innovante qui fait débat d’allonger le temps d’enseignement à 32 heures pour nos enfants », annonce le candidat. Entre-temps, un grand rassemblement, avec « plusieurs milliers de personnes », doit avoir lieur à Paris le 21 novembre sur l’emploi et le pouvoir d’achat. Point d’orgue d’une semaine de mobilisation organisée localement entre le 9 et le 17 octobre par le PCF à travers la France. « L’extrême droite veut kidnapper la présidentielle. (…) Disons-le clairement : la haine ne remplit pas le frigo, elle ne paie pas les factures non plus. C’est sur l’emploi et les salaires que le débat doit porter. Nous voulons lancer une contre-offensive tous azimuts », explique Ian Brossat (entretien à retrouver ici).

Quant à l’évasion fiscale qui fait la une de l’actualité avec les Pandora Papers, elle fera l’objet d’une « rencontre des jours heureux » en Février, aux côtés d’une série de nouvelles étapes de ce tour de France. « J’appelle à désintoxiquer l’économie le plus rapidement possible », a d’ores et déjà indiqué Fabien Roussel mettant notamment sur la table à la fois des peines de prison fermes pour les fraudeurs fiscaux, la nationalisation des banques impliquées, et une Cop fiscale mondiale.

Julia Hamlaoui

Partager cet article
Repost0
5 octobre 2021 2 05 /10 /octobre /2021 19:05
Photo CGT, 5 octobre 2021

Photo CGT, 5 octobre 2021

Photo CGT 5 octobre 2021

Photo CGT 5 octobre 2021

Photo CGT 5 octobre 2021

Photo CGT 5 octobre 2021

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Roger et Florence Héré de la CGT et du PCF (Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Roger et Florence Héré de la CGT et du PCF (Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Discours d'Yvan Le Gall pour la CGT à la manifestation intersyndicale du 5 octobre au côté notamment de Sébastien Menès de Sud (Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Discours d'Yvan Le Gall pour la CGT à la manifestation intersyndicale du 5 octobre au côté notamment de Sébastien Menès de Sud (Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Discours de Sébastien Menès pour Sud Solidaires (Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Discours de Sébastien Menès pour Sud Solidaires (Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Photo d'Yvan Le Gall (I Dupont)

Photo d'Yvan Le Gall (I Dupont)

Photo I Dupont

Photo I Dupont

Photo I Dupont

Photo I Dupont

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

photo I Dupont

photo I Dupont

photo I Dupont

photo I Dupont

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Photo CGT - 5 octobre 2021

Photo CGT - 5 octobre 2021

Les camarades du PCF au premier plan (Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Les camarades du PCF au premier plan (Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Photos de la manif intersyndicale du 5 octobre 2021 à Morlaix: 300 manifestants ont défilé pour l'augmentation des salaires, les retraites, l'emploi et les conditions de travail
(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Manif à Morlaix ce matin pour les salaires, les retraites, l'emploi et les conditions de travail à l'appel de l'intersyndicale. Un défilé jusqu'au Poulliet en revenant par l'allée du Poan Ben et les Jacobins.

Environ 300 manifestants, des travailleurs et des retraités, des citoyens, des militants de la CGT, de la FSU, de Sud, de FO et des militants communistes bien sûr!

Et 500 manifestants à Quimper, 1000 à Saint-Brieuc, 1500 à Brest, 2500 à Rennes, 800 à Lorient, 270 à Lannion, 150 à Guingamp, 250 à Vannes, 150 à Pontivy, en tout + de 7000 en Bretagne administrative.

***

 

 

Ouest-France, 5 octobre 2021 - Gaëlle Collin

« On demande de quoi vivre » : à Morlaix, 260 personnes mobilisées ce mardi 5 octobre

​L’intersyndicale avait appelé à la manifestation, ce mardi 5 octobre 2021. À Morlaix (Finistère), 260 personnes se sont mobilisées, et ont déambulé dans le centre-ville. Les revendications étaient larges : la défense du pouvoir d’achat, la revalorisation des salaires et des retraites.

« Dans le pays de Morlaix (Finistère) et Landivisiau, les services de santé sont à la peine. HOP ! dont l’avenir est incertain, Bosch où la situation est compliquée », détaillaient les représentants de l’intersyndicale CGT, FO, FSU, Solidaires, FIDL, MNL, Unef et UNL, pour expliquer leur appel à manifester. Ce mardi 5 octobre 2021, ils étaient 260 à défiler dans les rues du centre-ville pour défendre leur pouvoir d’achat, l’emploi et les retraites.

Dans le cortège, des salariés de l’hôpital et de HOP !, des enseignants, des retraités, des agents du médico-social, ainsi que quelques représentants de partis politiques. Les revendications étaient multiples, allant de la revalorisation salariale à celle des retraites, en passant par l’opposition à la réforme de l’assurance-chômage, entrée en vigueur vendredi 1er octobre 2021.

« Nos conditions de travail sont dégradées »

Parmi les mobilisés, des travailleurs du médico-social. « On nous dit qu’on est soignants, lorsqu’on est soumis à l’obligation vaccinale contre le Covid. Mais on n’est plus considérés comme tel lorsqu’on exige des revalorisations salariales », soulignent, ironiquement, des salariés des Genêts d’or. Ils n’ont pas eu le droit, contrairement à leurs confrères de la fonction publique hospitalière, à la prime de 183 € mensuelle prévue par le Ségur de la santé.

« On demande de quoi vivre, poursuivent-ils. Notre point d’indice est gelé depuis dix ans, sauf que le coût de la vie a augmenté. Être payé 1 300 € pour être aide-soignant, ce n’est pas possible ! Nos conditions de travail sont dégradées et résultat, on a des difficultés de recrutement. Nos métiers ne sont plus attractifs. »

Communiqué de la section du pays de Morlaix du PCF

3 octobre 2021

La section du Pays de Morlaix du PCF appelle à  participer massivement à la manifestation syndicale du 5 octobre à 11 h place des otages à Morlaix

Augmentez les salaires et les retraites !
C’est le slogan qui marquera la manifestation du 5 octobre pour les emplois, les salaires et les conditions de travail et d’études.
Et les raisons de manifester ne manquent pas quand on sait que le SMIC vient d’augmenter de 2% seulement quand la rémunération des grands patrons progresse de 30% et que celle des grands actionnaires est de l’ordre de 40%.
Les familles populaires ont déjà bien du mal à boucler les fins de mois mais elles subissent aujourd’hui des hausses insupportables : denrées alimentaires, tarifs de l’énergie avec une nouvelle augmentation de 12,6 % du prix du gaz au 1er octobre (soit une augmentation de 57 % depuis le début de l’année), augmentation du prix de l’électricité et envolée du prix des carburants à la pompe.
Le député communiste Sébastien Jumel vient de proposer d’appliquer un taux réduit de TVA sur le gaz comme sur tous les produits de première nécessité. Une telle mesure permettrait effectivement de soulager dans l’urgence des millions de familles.

A cela se rajoute l'ignominie de la réforme de l'assurance chômage ! Le Président de la République et son Premier ministre ont donc décidé d'imposer la mise en œuvre de la contre-réforme de l'assurance-chômage en ce 1er octobre, malgré l'unanimité qu'elle rassemble contre elle.

Selon les chiffres de l'Unedic, avec l'entrée en vigueur de celle-ci, 1,15 millions de personnes vont ainsi voir aujourd'hui leurs droits baisser drastiquement, en moyenne de 17 % et jusqu'à 40 % pour les 400.000 les plus précaires, dont de nombreux jeunes. 50% des allocataires touchent moins de 860 euros par mois : Comment oser dire que l'on gagne plus au chômage qu'en travaillant !
Cette décision est une ignominie à l'égard des salariés concernés, jugés coupables d'un chômage dont seuls sont responsables les gouvernements successifs et le MEDEF

5 bonnes raisons de manifester

EMPLOIS

- Pour exiger la suspension des plans de suppressions d'emploi
- Pour le conditionnement des aides publiques au maintien et à la création d'emplois stables
- Pour exiger la création des emplois nécessaires pour répondre aux besoins dans les hôpitaux, les Ehpad... et dans l'ensemble de la fonction publique

AUGMENTATION DES SALAIRES
- Pour donner les moyens à toutes et tous de vivre dignement de leur travail et relancer l'économie via la consommation des ménages

DEVELOPPEMENT DE L'INDUSTRIE

- Pour conditionner les aides publiques aux entreprises à des critères sociaux et environnementaux et en assurer leurs contrôles par les représentants des personnels
- Pour maintenir et relocaliser les activités stratégiques sur le territoire
- Pour relancer la recherche et l'innovation à hauteur de 3 % du PlB

SERVICES PUBLICS

- Pour gagner des moyens pour les services publics de l'éducation, la santé, les transports, l'eau, de l'énergie... afin qu'ils répondent aux besoins de la population et aux défis de
demain

CONDITIONS DE TRAVAIL

- Pour une baisse du temps de travail hebdomadaire
- Pour le droit à la déconnexion et à l'encadrement du télétravail
- Pour l'ouverture des droits à la retraite à 60 ans à taux plein
- Pour la reconnaissance de la pénibilité

Partager cet article
Repost0
5 octobre 2021 2 05 /10 /octobre /2021 09:22

 

Le chef de l’État « nous mène dans le mur », affirme Guillaume Duval. Dans « l’Impasse », le journaliste spécialiste des questions économiques étrille le système de pensée macroniste, un paradigme élitiste, ultralibéral et déficient. ENTRETIEN.

Ingénieur de formation, Guillaume Duval a longtemps travaillé pour des multinationales, avant d’embrasser la carrière de journaliste et rejoindre le mensuel « Alternatives économiques », dont il fut rédacteur en chef. Cet ex-membre du Conseil économique, social et environnemental (Cese) cherche, dans son nouvel ouvrage, à nous désintoxiquer de l’imaginaire libéral.

 

Dans votre ouvrage, vous avancez que le « péché originel » de Macron, c’est d’appartenir à « l’aristocratie d’État ». En quoi cela explique ses choix politiques ?

GUILLAUME DUVAL En France, l’État-nation s’est construit d’en haut par la mise en place d’un appareil d’État. Historiquement, celui-ci n’est pas au service de la population, mais au service du prince. Cela se traduit par le développement d’une sorte d’aristocratie diplômée : les énarques qui sont à la tête des grands corps de l’État, mais sont aussi souvent parachutés à la tête de grandes entreprises privées. Le propre de ces élites, c’est de penser qu’elles savent mieux que le peuple ce qui est bon pour lui.

Comme François Hollande, Emmanuel Macron est le produit de cette aristocratie, mais il marque une étape supplémentaire: c’est « l’énarchie », à la fois de droite et de gauche, qui se débarrasse des partis de gouvernement pour exercer le pouvoir directement. De cela découle sa manière de diriger, en faisant fi des corps intermédiaires : on retourne à une logique purement bonapartiste, verticale, descendante et autoritaire, parfois antidémocratique. Il se prend pour un Bonaparte qui serait un général d’armée civil.

Prenez la polémique sur les chèques d’allocation rentrée. Emmanuel Macron et l’aristocratie républicaine qu’il incarne se caractérisent par un mépris des classes populaires. Il y a l’idée que les pauvres ne savent pas se comporter avec l’argent qu’on leur donne, tandis que l’élite qui sort des mêmes écoles qu’eux est forcément rationnelle et vertueuse.

 

Le président a misé sur la baisse des dépenses publiques. En quoi est-ce une erreur ?

GUILLAUME DUVAL Dans le monde, les vrais ultralibéraux sont souvent des hauts fonctionnaires qui ne comprennent pas l’économie de marché et son fonctionnement. Ce sont eux qui ont donné, un peu partout, la priorité à la baisse des dépenses publiques, dans le sillon du consensus de Washington, de Reagan, Thatcher... Emmanuel Macron et l’inspection des finances par laquelle il est passé sont sur cette ligne-là depuis quarante ans. Le problème, c’est que cela repose sur une analyse qui est fausse. Nos sociétés ont au contraire de plus en plus besoin de biens publics pour pouvoir fonctionner. Vouloir abaisser l’emploi public, c’est se tirer une balle dans le pied. On dépense, par exemple, deux fois moins que la plupart de nos voisins pour le fonctionnement de la justice. Il n’y a vraiment pas de quoi être fier tant c’est contre-productif.

On peut certes accorder à Macron d’avoir su laisser filer les dépenses pendant la crise, même si le « quoi qu’il en coûte » est resté très inégalitaire, avec beaucoup pour les entreprises et très peu pour les très pauvres. De toute façon, ce n’était visiblement que passager. Il entend désormais reprendre sans délai la baisse des dépenses relatives à l’assurance-chômage ou aux retraites. Il ne comprend pas que la dégradation des services publics est négative, y compris pour l’économie privée : si l’école marche mal, si le système de santé ou judiciaire est défaillant, c’est mauvais pour les affaires.

J’ajoute que la dépense publique est un des outils qui permet à la France de corriger des inégalités territoriales fortes, chose dont ne se soucie guère le président, puisqu’il est élu par des couches urbaines et privilégiées.

 

La fin du « quoi qu’il en coûte » est justifiée, selon Macron, par la nécessité de rembourser la dette…

GUILLAUME DUVAL Je n’ai jamais été vraiment partisan de laisser filer la dette publique. Ceux qui laissent filer la dette publique sont des gens de droite qui préfèrent emprunter aux riches plutôt que de leur faire payer des impôts. En réalité, il est tout à fait possible de diminuer les déficits en taxant davantage les plus fortunés, d’autant plus que ceux-ci se sont enrichis pendant la crise.

 

Autre erreur de Macron, selon vous, l’obsession du « travailler plus ». On le voit avec le discours sur les retraites ou encore la remise en cause des 35 heures.

GUILLAUME DUVAL La France compte 6,4 millions d’inscrits au chômage. Dans un contexte pareil, dire que la priorité est d’allonger le temps de travail de ceux qui ont déjà un emploi, notamment à temps plein, c’est une aberration. Cela ne peut se faire qu’aux dépens du chômage. Encore une fois, cette idée provient d’une analyse qui est fausse : on travaillerait moins en France que dans les autres pays développés. Ce n’est pas vrai. Nous travaillons en moyenne 34,8 heures par semaine. Au Danemark (32,9), en Allemagne (34,6), ou aux Pays-Bas (30,1), c’est moins. C’est dû notamment au fait que les femmes, dans ces pays, et singulièrement en Allemagne, travaillent souvent en temps partiel ou très partiel. C’est donc l’effet d’une répartition encore plus inégalitaire que chez nous du temps de travail entre les hommes et les femmes. Chez nous, ce genre de compromis social est inacceptable et inaccepté, ce qui est très bien comme ça.

Donc la solution reste la réduction du temps de travail des salariés à temps plein, ce qu’on avait fait avec les 35 heures et qui avait bien fonctionné, contrairement à l’idée reçue. Il y a une mauvaise perception des 35 heures, car cela revient à dire aux salariés de se serrer un peu la ceinture pour laisser de la place aux chômeurs. Vous faites 3 millions d’heureux et 30 millions de mécontents qui ne voient pas les effets positifs d’une telle réforme.

 

Il faut donc passer aux 32 heures, comme le proposent le PCF ou Jean-Luc Mélenchon ?

GUILLAUME DUVAL Les 35 heures ayant laissé un souvenir assez négatif malgré leur succès, il faut peut-être envisager d’autres options. Par exemple, instaurer six mois de congé sabbatique rémunéré tous les cinq ans, ou un an de congé sabbatique tous les dix ans. Cela correspond à une baisse de 10 % du temps de travail et pourrait répondre davantage à la demande sociale, comme celle de pouvoir partir en vacances longues avant la retraite…

Lire aussi : Temps de travail : et si c'était l'occasion de passer aux 32 heures ?

 

Imaginons que Macron achève son mandat en 2022 en perdant les élections. Comment résumeriez-vous la France qu’il laisserait ?

GUILLAUME DUVAL C’est une France qui n’aura pas été renforcée sur le plan économique, avec un système de santé fragile, une université dans un état déplorable, une école profondément inégalitaire. Elle n’a pas beaucoup avancé sur la question environnementale, car celle-ci nécessite de lutter contre les inégalités. Au contraire, la société est davantage éclatée, socialement et territorialement. Elle est aussi plus violente, plus défiante à l’égard des institutions, alors que, parallèlement, se développe l’autoritarisme d’État. En résumé, c’est une France mûre pour basculer vers l’alliance de la droite radicalisée et de l’extrême droite, si les gauches et les écologistes échouent à se réunir d’urgence et à offrir une alternative.

 


Icon Education « L’Impasse. Comment Macron nous mène dans le mur », de Guillaume Duval. Éditions les Liens qui libèrent, 160 pages, 14,50 euros.

 

Partager cet article
Repost0
5 octobre 2021 2 05 /10 /octobre /2021 06:00
Dupuis, 23,50€ - à vendre dans toutes les bonnes librairies!

Dupuis, 23,50€ - à vendre dans toutes les bonnes librairies!

Il y a quelques semaines est sorti le premier tome d'une série de bande dessinée sur la vie extraordinaire de Madeleine Riffaud, résistante, communiste, journaliste, militante anticolonialiste, sur un scénario de Jean-David Morvan et Madeleine Riffaud, et avec des dessins somptueux de Dominique Bertail. 

Ce premier volet de "Madeleine, Résistante", "La Rose dégoupillée", avec des dessins à dominante de couleur bleue, noire, et blanche, des cases de BD qui peuvent atteindre la planche et la page sur du très grand format qui donnent à rêver le paysage et le temps passé, est consacré à l'enfance et à l'adolescence de Madeleine.

Née en 1924, elle grandit avec un père instituteur dans un village de la Somme marqué par la première guerre mondiale, jouant surtout avec les garçons dont elle aime partager les aventures.

Sous le Front Populaire, elle découvre les joies des vacances dans le futur village martyr d'Oradour-sur-Glane. Pendant l'exode, son grand-père adoré la recueille, elle est envoyée chez une amie pacifiste de ses parents, trop complaisante avec les Allemands, à Amiens. A la mort de son grand-père, Madeleine contracte la tuberculose, et c'est dans son sanatorium de Saint-Hilaire-du-Touvet non loin de Chalon-sur-Saône, qu'elle découvre la proximité de la mort et de la souffrance, l'amour, et qu'elle rencontre des résistants. Elle s'éprend d'un ami de ses parents, d'origine normande, résistant, et gagne Paris avec lui où elle passe son examen de sage-femme pour se donner une couverture et ne va pas tarder elle-même, à l'automne 42, à rentrer dans un réseau de résistance, sous le nom d'homme de Rainer, référence au poète allemand Rainer Maria Rilke, dont la BD rappelle qu'il "est décédé d'une leucémie après s'être piqué avec une épine de rose", la fleur préférée de Madeleine.   

L'épilogue de cette BD pleine de souffle et de poésie raconte de manière drôle et émouvante la rencontre du scénariste Jean-David Morvan et de Madeleine Riffaud, et comment la résistante et militante communiste, journaliste et essayiste, presque centenaire, a subjugué l'auteur de BD par son humour, sa vivacité et son intelligence, alliés à la force de caractère.  

Début 1944, elle entre en même temps au Parti communiste et dans la lutte armée. Elle apprend le massacre d’Oradour-sur-Glane, village de sa jeunesse. « Je pensais à cela quand je pédalais dans Paris, aux brûlés vifs que je connaissais. Éluard parlait des “armes de la douleur”. C’était exactement cela.

Madeleine Riffaud sera responsable des étudiants résistants FTP du quartier latin en 1944. Le 23 juillet 1944, elle abat en plein jour de deux balles dans la tête un officier de l'armée d'occupation sur le pont de Solferino. Prenant la fuite à vélo, elle est rattrapée et renversée par la voiture du chef de la milice de Versailles, puis envoyée au siège de la Gestapo rue des Saussaies où elle est torturée par des allemands et des français collaborateurs, puis condamnée à mort. Elle saute du train qui l'envoie en déportation à partir de la prison de Fresnes et reprend le combat dans la compagnie Saint-Just, attaquant notamment un train rempli de troupes allemandes arrivant aux Buttes Chaumont (gare Ménilmontant). Madeleine a 20 ans lors de la Libération de Paris et reçoit le brevet de lieutenant FFI le 23 août 1944.

A la Libération, elle devient l'amie d'Eluard et de Picasso, qui fait un portrait d'elle pour illustrer son premier recueil de poésie. Elle devient grand reporter à L'Humanité et amie avec le révolutionnaire communiste vietnamien Ho Chi Minh.

Un article de l'Humanité en 2012, "Madeleine Riffaud, des toits de Paris aux rizières du Vietnam", raconte magnifiquement la suite des aventures de Madeleine:

"Car, à partir de 1964, Madeleine Riffaud devient Chi Tam, la 8e sœur. Elle est l’une des rares occidentales à être acceptée dans les maquis viêt-cong, et devient une combattante à part entière de la résistance vietnamienne. « Ce que j’ai vu au Sud-Vietnam » affiche la une de l’Humanité en novembre 1970, dont le reportage révèle au monde l’horreur de la répression. « Con Son, Tan Hiep, Thu Duc, Chi Hoa… Il nous faut retenir ces noms car, jadis, pour les résistants victimes des nazis, l’enfer a duré cinq ans. Or au Sud-Vietnam, le même enfer dure depuis quinze ans », écrit-elle en 1972, au cœur d’un papier qui dénonce les atrocités commises par l’administration américaine. « Voilà la démocratie de Nixon, conclut-elle. Voilà la paix que les vaincus, en s’en allant, voudraient accorder à des hommes, des femmes estropiés à vie par les tortures sans fin… » Et elle sait de quoi elle parle : « Le drame est d’être passée de la Résistance aux guerres coloniales. J’ai été correspondante de guerre pour dire mon horreur des conflits. » « On disait des Viêt-cong : ce sont des hommes sans visage. » Ces combattants de l’ombre retrouvent le sourire devant l’objectif de Madeleine Riffaud, qui s’attache à leur redonner une identité. Dans ces déluges de violences qu’elle décrit, la poésie n’est jamais loin, derrière une description des rizières vietnamiennes ou des images de typhons, autant de métaphores de la mort, omniprésente. La couverture de la guerre d’Algérie la ramène rue des Saussaies, où la police française torture les militants du FLN, là même où elle a connu l’enfer. Le 7 mars 1961, l’Humanité sort avec une page blanche, marquée en son centre de ce seul mot : « Censuré ». À l’origine de la saisie, un article de Madeleine Riffaud sur les tortures pratiquées à Paris, qui déclenche la fureur du préfet de police, Maurice Papon, qui porte plainte en diffamation et demande des dommages et intérêts. Elle réchappe de peu à un attentat de l’OAS et passe plusieurs mois à l’hôpital.

En 1973, Madeleine Riffaud emprunte une nouvelle identité et repousse toujours plus loin les limites de l’investigation. Elle devient Marthe, se fait embaucher dans un hôpital parisien comme aide-soignante. Elle récure les sols, prodigue les soins aux patients, veille la nuit des mourants anonymes. De cette expérience, elle en tire un récit lucide et tendre sur l’univers hospitalier, les Linges de la nuit, sur ce qui se joue sous les draps blancs, quand l’imminence de la mort rebat les cartes des rapports humains. Car comme le disait d’elle Jean Marcenac, « Madeleine Riffaud est un poète qui a pris résolument le parti de s’exprimer par le journal… Elle a toute seule créé ce qu’il faut bien nommer un genre et, finalement, elle a parfaitement réussi».

Ismaël Dupont, 5 octobre 2021

A voir aussi:

Les 7 vies de Madeleine Riffaud - Bande annonce du documentaire biographique réalisé par Jorge Amat sur la résistante communiste et grand reporter de l'Humanité Madeleine Riffaud.

Madeleine Riffaud, Résistante - La Rose dégoupillée - une BD somptueuse de Dominique Bertail et Jean-David Morvan
Partager cet article
Repost0
4 octobre 2021 1 04 /10 /octobre /2021 09:13

 

 

Blocage des prix, baisse de la TVA, nationalisation… Face à l’envolée des prix du gaz de 12,6 % prévue ce vendredi, nombre de propositions se sont invitées dans le débat. Le premier ministre s’est contenté d’annoncer jeudi un « lissage » des tarifs sur les mois à venir.

C’est la goutte de trop. Une goutte qui ne pèse pas moins de 12,6 % sur les factures de gaz à partir de ce vendredi. Un nouveau record qui porte le total de la hausse des tarifs réglementés, depuis janvier, à 57 % ! Sans compter le prix de l’essence qui se rapproche des 2 euros le litre, et le coût des produits agricoles et alimentaires en augmentation de 8,2 % cet été. Mais ce n’est pas tout. La ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, a déclaré, avant l’intervention de Jean Castex ce jeudi, que la prochaine élévation des prix de l’électricité serait « aux alentours des 12 % ».

Face à cette situation intenable pour des millions de Français, le premier ministre a annoncé jeudi soir au journal télévisé de 20 heures que le gouvernement a décidé de « bloquer » les augmentations à venir… sauf celle prévue pour le gaz ce vendredi. L’explication est laborieuse : « Les experts prévoient à nouveau 30 % d’augmentation du prix » d’ici la fin de l’année, a commencé l’hôte de Matignon. Et de poursuivre : « Les mêmes experts expliquent que l’on va avoir à partir du printemps une forte baisse des prix du gaz. » Conclusion de l’exécutif : les Français paieront bien la facture mais étalée sur l’ensemble de l’année. « Nous répercuterons la hausse d’aujourd’hui sur une moindre baisse après », résume Jean Castex.

Début d’un casse-tête pour la Macronie

Une façon de donner le change, juste avant l’échéance, alors que la pression monte depuis des jours sur un exécutif hanté par le spectre des gilets jaunes et soucieux des élections à venir. « Je demande une chose au président de la République, il peut le mettre en œuvre tout de suite : bloquer les prix de l’électricité et du gaz », a lancé le candidat à la présidentielle Fabien Roussel, dès le 23 septembre. Mais le député du Nord a dénoncé une « charlatanerie » à propos de l’annonce du premier ministre. Les autres forces de gauche ne sont pas en reste. Mardi, à l’occasion des questions au gouvernement, les interpellations se sont multipliées. « Alors que 8 millions de Français font déjà la queue à l’aide alimentaire, combien d’autres devront arbitrer cet hiver entre le loyer, le chauffage, les repas afin de payer les factures ? » a interrogé le député FI Loïc Prud’homme. Seulement quelques minutes après la réponse de la ministre Emmanuelle Wargon, se réfugiant derrière « la crise mondiale », la socialiste Christine Pirès Beaune enchaîne : « La colère gronde, le feu couve et il est de votre responsabilité, Monsieur le premier ministre, de l’éteindre avant qu’il ne se propage. » Le lendemain, l’offensive ne se relâche pas au Sénat : « Consentez-vous à mettre à contribution, par exemple, Engie, qui annonce avoir engrangé un bénéfice de 2,3 milliards sur les six premiers mois de l’année et envisage d’accroître encore son résultat ? » lance la sénatrice communiste Céline Brulin. Une pression encore accrue par les associations de consommateurs et les syndicats. « Nous sommes vent debout contre ces augmentations, d’autant qu’elles étaient prévisibles », rappelle notamment Arnaud Faucon, de l’Indecosa-CGT.

De quoi, dès mardi, pousser le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, à assurer que l’exécutif, outre l’augmentation de 100 euros du chèque énergie, « réfléchit évidemment à d’autres mesures ». Le début du casse-tête pour une Macronie où chacun tente de pousser ses pions. L’hypothèse d’une baisse de taxe à peine évoquée…, « ce n’est pas la solution mise sur la table », réplique Bruno Le Maire. Et le ministre de l’Économie d’ajouter : « On n’a pas de marge de manœuvre. La seule, c’est le chèque énergie. » Une solution qui agrée au secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, plaidant pour « l’augmenter encore » et « l’élargir ». Mais qui est loin de faire l’unanimité. Le premier ministre a choisi le ni-ni : ni chèque énergie supplémentaire, ni baisse de la TVA pour le moment. « Si je ramène la TVA de 20  % à 5 %, cela permettra une hausse de 15 % au lieu de 30 » comme prévu, a-t-il justifié. Mais si le cours ne baissait pas en avril, alors il actionnerait cet « outil ». Concernant l’électricité, en revanche, l’objectif est bien de limiter « la hausse de l’électricité à 4 % » via une réduction du montant des taxes.

Les solutions ne manquent pas

Face à l’urgence, beaucoup défendent pourtant l’usage du levier fiscal dès aujourd’hui. « À très court terme, dans le projet de loi de finances 2022, le gouvernement peut reconnaître l’énergie comme un produit de première nécessité en lui appliquant un taux de TVA à 5,5 % », assure Fabrice Coudour, de la CGT mines-énergie. « Une TVA à 0 % pour les produits de première nécessité et une TVA plus forte pour les produits de grand luxe », avance même Adrien Quatennens (FI), tout en proposant une « loi d’urgence sociale » pour « le blocage des prix sur les produits de première nécessité ».

Surtout, pour en finir avec ces envolées dictées par la loi du marché, les solutions ne manquent pas. Alors que Bruno Le Maire promet de discuter, lors de la réunion des ministres européens des Finances, lundi prochain, des règles du marché unique de l’électricité, Fabien Roussel plaide pour une renationalisation d’EDF et Engie : « Si nous retrouvons la maîtrise de cette production, nous fixerons le tarif et nous refuserons d’aller nous mettre à table à Bruxelles avec ceux qui veulent à tout prix libéraliser notre électricité. » En attendant, les mesures avancées par Jean Castex jeudi soir pourraient ne pas suffire.

Partager cet article
Repost0
4 octobre 2021 1 04 /10 /octobre /2021 09:07

 

Il s’appelait Esteban Mosquera. Vingt-six ans. Symbole des luttes sociales en Colombie. La brutale répression des manifestations étudiantes de 2018 par l’Escadron mobile anti-émeutes (Esmad) lui avait coûté un œil. Durant la longue mobilisation du « paro nacional », du 28 avril à fin juillet 2021 (70 morts), il demeura un acteur de premier rang de la contestation [1]. Le 23 août, Mosquera a été assassiné par des paramilitaires à Popayán.

La mort de Mosquera passerait presque inaperçue. Bien d’autres ont subi le même sort. Johan Bonilla Bermúdez, 26 ans, l’un des leaders des manifestants de la« Primera Línea » (la première ligne) à Cali en 2021.Jesús Gutiérrez, lui aussi meneur des contestataires et pilier du Conseil d’action communal d’El Plateado, à Argelia (Cauca), disparu le 21 août, retrouvé mort le 25. Carlos Londoño Bautista, professeur à Fuente de Oro, membre de l’Association des éducateurs du Meta. María Dorfenis López Cordón, du Syndicat des travailleurs indépendants agricoles, également dans le département du Meta. Blanca Rosa Monroy, ex-guérillera des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), signataire des Accords de paix de 2016, assassinée le 2 septembre à Pereira. Un an auparavant, exécuté le 20 octobre 2020, Gustavo Herrera, directeur de la campagne présidentielle du candidat d’opposition Gustavo Petro dans le département du Cauca...

D’après l’Institut d’études pour le développement et la paix (Indepaz), cent douze dirigeants communautaires et sociaux ont été assassinés entre le 1er janvier et le 24 août 2021 ; plus de 1 200, auxquels s’ajoutent 285 ex-guérilleros des FARC, depuis la signature des supposés « accords de paix » de 2016. Rien de très nouveau ni de particulièrement original dans ce constat. Depuis des lustres, ainsi devrait débuter tout article digne de ce nom consacré à la Colombie.

Pour se maintenir au pouvoir, le gouvernement du président Iván Duque mène une guerre ouverte contre le mouvement populaire. Les explosions sociales de 2018 et 2021 ont érodé sa domination. Portée par le désespoir ou la révolte, surgie des quartiers populaires et des universités, une génération de jeunes rebelles a pris la rue au cri de « Uribe, paraco, el pueblo está berraco ! » (« Uribe, paramilitaire, le peuple est furibond ! »). Dans la perspective des élections législatives (13 mars) et surtout présidentielle (29 mai) de 2022, l’ « uribisme » (du nom de l’ancien président Álvaro Uribe, précédemment cité) a le dos au mur. Regroupée au sein d’un Pacte historique, une vaste coalition politique et électorale monte en puissance. Elle rassemble entre autres des partis de gauche – Pôle démocratique alternatif (PDA), Union patriotique (UP), Parti communiste (PCC), Force citoyenne (FC) – des formations de toutes natures – Alliance démocratique afro-colombienne (ADA), Mouvement alternatif indigène et social (MAIS) –, des organisations sociales – Marche patriotique (MP), Mouvement pour la constituante populaire (MPCP) – et la Colombie humaine (CH) du probable futur candidat, le sénateur (plus centriste que de gauche) Gustavo Petro.

Pointant du doigt « un plan criminel qui implique des dirigeants du Centre démocratique [parti d’Uribe et Duque], des agents du renseignement militaire, des campagnes des réseaux sociaux, ainsi que des journalistes et des médias pro-Uribe », le sénateur du PDA Iván Cepeda a dénoncé le 1er septembre l’existence d’une « campagne sale » destinée à freiner l’avancée des secteurs de la gauche et du Pacte historique. Quelques jours auparavant, le 26 août, à des milliers de kilomètres de Bogotá, le député français Adrien Quatennens avait pour sa part présenté aux « insoumis » réunis à Valence pour la première journée de leurs « Amfis 2021 » l’un des participants à un débat sur l’Amérique latine : « Je tiens à saluer la présence du colombien Carlos Caicedo, gouverneur du département du Magdalena, qui est avec nous aujourd’hui en France parce que, en Colombie, il a reçu des menaces de mort de la part de narcotrafiquants proches du gouvernement. »

Une nouvelle peu commune, même pour la Colombie. Un gouverneur obligé de s’exiler. Encore que… Leader du mouvement Force citoyenne, partie prenante du Pacte historique, Caicedo est le seul gouverneur de gauche parmi les trente-deux que compte son pays [2] ! De la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon à Bruxelles et l’Union européenne, qu’il gagnerait ensuite, le « proscrit » parcourait le vieux continent en compagnie de sa compagne et de leur bambin d’un an pour exposer son cas, en recherche de protection.

Bordé au nord par la chaude mer des Caraïbes, le département du Magadalena a pour capitale Santa Marta (près de 500 000 habitants), l’une des agglomérations les plus anciennes de la Colombie. Meurtres, enlèvements, torture, extorsions, déplacements forcés : pendant trois décennies et jusqu’à 2006, la région que domine l’imposante Sierra Nevada de Santa Marta (5 575 mètres d’altitude) a été le fief du Bloc de résistance Tayrona, commandé par le redoutable narco-paramilitaire Hernán Giraldo – alias « El Señor de la Sierra », « El Patrón » ou « Taladro » (« Perçeuse », en référence aux innombrables viols de mineures qu’il a commis) [3]. Après 2006 et la pseudo démobilisation des paramilitaires organisée par le gouvernement de leur proche ami Álvaro Uribe, plus d’une dizaine de structures criminelles plus ou moins liées à Giraldo et impliquées dans le trafic de drogue ont poursuivi leurs exactions.

Depuis février 2021, Santa Marta subit un flux de pamphlets menaçants attribués aux Autodéfenses conquérantes de la Sierra Nevada (ACSN). Succédant depuis deux ans à un autre groupe paramilitaire – los Pachenca – ces ACSN disputent le territoire au Clan du Golfe, également connu sous le nom d’Autodéfenses gaitanistes de Colombie (AGC) [4]. Lequel Clan, pour sa part, couvre les murs des secteurs populaires d’inquiétants graffitis.

C’est dans ce contexte que, fin avril, le corps sans vie du leader populaire Francisco Giacometto, cofondateurs de l’Union patriotique (UP) [5] à Santa Marta, a été retrouvé à son domicile, avec des signes apparents de torture et plusieurs coups de couteau au cou. Face à un tel climat de violence et de démence meurtrière, le gouverneur Carlos Caicedo est monté au créneau en déposant plusieurs plaintes et en demandant l’intervention des organes de sécurité de l’Etat contre ces groupes armés organisés (GAO) afin d’empêcher leurs activités criminelles, dont les cultures illicites qui détruisent la biodiversité de la Sierra Nevada.

 

« Je regrette et condamne l’assassinat du fondateur et militant de l’UP Francisco Giacometto Gomez. Je demande au Parquet général et à la police de Santa Marta d’agir avec célérité pour identifier les responsables »

 

La réponse n’a pas tardé. Le 14 août, Caicedo était prévenu par une « source hautement fiable » que les AGC et l’extrême droite préparaient une opération pour l’assassiner. Immédiatement transmise au commandant de la Deuxième brigade de l’armée et aux chefs de la police du Magdalena, l’information a été confirmée par ces derniers après qu’ils se fussent réunis avec la source en question. Au terme d’une rencontre, le 17, entre ces officiers, les autorités judiciaires locales et Caicedo, il fut décidé que, dans l’urgence et compte tenu du danger, la meilleure solution était un départ du pays.

Rencontré en France quelques jours plus tard, Caicedo, entre deux communications par téléphone portable avec sa terre natale, résumait ainsi une trajectoire qui n’a pas commencé avec ce voyage forcé : « A travers ses clans politiques et narco-paramilitaires, l’uribisme a tenté à plusieurs reprises de me liquider moralement et judiciairement ; ils m’ont injustement détenu ; ils ont fait toutes sortes de montages et de campagnes diffamatoires ; aucun n’a fonctionné. Maintenant, ils prévoient de m’assassiner. »

Depuis des lustres, Caicedo et ses équipes livrent dans le Magdalena une âpre lutte contre les partis, les clans traditionnels de la côte et les puissantes ramifications de l’ « uribisme ». A ce titre, son histoire constitue un vivant symbole de ce qu’est la vie politique en Colombie.

Originaire d’Aracataca, petite ville assoupie au pied de la Sierra Nevada dont s’est inspiré Gabriel García Márquez pour le Macondo de ses Cent ans de solitude, Caicedo a très jeune milité « à gauche ». Dirigeant étudiant, candidat de l’Union patriotique lors de la convocation de l’Assemblée nationale constituante de 1991, il fut trois ans plus tard, porte-parole du Courant de rénovation socialiste (CRS) lors de négociations de paix entre ce secteur dissident de l’Armée de libération nationale (ELN) et le gouvernement de César Gaviria. Comme il se doit dans ce pays des « accords violés », soixante-quatre membres de la CRS seront assassinés après la signature des accords.

Un temps conseiller pour le développement social dans le cabinet du gouverneur du Magdalena Jorge Caballero, Caidedo va surtout se faire remarquer par sa gestion de l’Université du Magdalena, dont il devient recteur, par concours, en 1997. Lorsqu’il en prend le contrôle, l’établissement est en faillite. Il redresse la situation, instaure l’attribution de bourses, fait passer le nombre d’étudiants de 2000 à 9000, transforme l’institution en l’une des meilleures du pays. Ce succès lui vaut d’être élu président de l’Association colombienne des Universités (ASCUN). Mais là commencent pour lui les vraies difficultés.

En 2004, au terme d’un scrutin dont il est le seul candidat – les autres s’étant gentiment désistés après qu’ait été déclaré « objectif militaire » quiconque se présenterait contre lui – un certain Trino Luna Correa est élu gouverneur. Le genre d’homme qui, lorsqu’il convoite quelque chose, tend la main pour se l’approprier. L’UniMagdalena dispose désormais de ressources. Trino Luna convoque Caicedo, réclame l’attribution de contrats pour telle ou telle entreprise, quelques postes rémunérateurs pour ses amis.

Moins docile qu’on pouvait l’espérer, le recteur blinde le budget de l’université pour le protéger de l’ingérence des mafias politiques. Trois dirigeants universitaires sont assassinés. On accuse de ce crime… Caicedo (toujours poursuivi à ce jour pour ces faits bien que, en 2007, Hernán Giraldo ait reconnu que lui et un autre chef paramilitaire, « Jorge 40 », ont été les auteurs des meurtres).

Autre front : en pleine confrontation avec le gouverneur, Caicedo est poursuivi pour une sombre affaire de « conciliation » avec des enseignants à qui étaient dues des indemnités de licenciement. En prime, Trino Luna l’accuse d’être membre du PC4, bras politique des FARC, et d’avoir participé à un enlèvement de sa mère. Ce qui est absurde. En retour, le recteur dénonce les liens du gouverneur avec le paramilitarisme. Ce qui est avéré. Frère du « paraco » Juan Carlos Luna Correa, alias « El Cóndor », Trino Luna sera condamné en 2007 dans le cadre du scandale dit de la « parapolitique » [6].

Entretemps, la « justice » locale s’est occupée du « cas Caicedo ». En octobre 2007, un juge du Tribunal du Magdalena le condamne à huit ans de prison pour l’affaire de la « conciliation ». Il fait appel. La procédure traîne, enterrée pendant dix-huit mois. Il faudra qu’au terme de multiples recours le cas soit délocalisé auprès du Tribunal supérieur de Bogotá pour que, en 2011, après quatre ans et huit mois d’incarcération, puis de détention à domicile, Caicedo soit enfin acquitté et libéré.

L’épreuve a été particulièrement éprouvante. Pour payer ses avocats, l’ex-recteur a dû vendre sa maison. « Quelqu’un comme moi n’est pas préparé à une situation de cette nature, confie-t-il avec le recul. Cela dégrade tout ce qui a été construit au fil des ans, le nom, la réputation, le modeste patrimoine, une position dans la société, la reconnaissance dans le milieu universitaire… Heureusement, nous nous en sommes sortis progressivement. »

Blanchi par la justice, rendu à la vie publique, Caicedo ne renonce en rien à ses idéaux. Il se lance dans la vie politique en annonçant sa candidature à la mairie de Santa Marta. Il a fondé Force citoyenne. Il n’a ni appuis politiques ni argent pour « acheter des votes ». On le traite de fou. Il obtient deux fois plus de voix que son opposant, soutenu par la caste des barons électoraux – les Díaz-Granados et les Cotes (connus sous le sobriquet de « capos du Magdalena »). Elu pour la période 2012-2015, Caicedo prône le changement, entreprend de moderniser la ville, comme il l’a fait avec son Université. Il met l’accent sur le « social ». Il affronte les mafias locales et en dénonce la corruption. Met en cause les noms d’ « intouchables », dont l’ex-juge de la Cour constitutionnelle Jorge Pretelt (condamné en décembre 2019 à six ans de prison pour « concussion »).

Son rejet des règles imposées par la violence, sa réticence à obéir aux ordres des satrapes propulsent la réputation de Caicedo au-delà des limites de Santa Marta. A ses ennemis locaux, se joint la crème de ce que la Colombie compte de pire : Álvaro Uribe en personne, Germán Vargas Lleras (vice-président de 2014 à 2017), les clans de la côte atlantique (Gnecco Cerchar, Araujo, Char [7]…). Procureur général de la Nation de 2016 à 2019, Néstor Humberto Martinez ré-ouvre le cas des trois assassinats de l’UniMgdalena – les témoins instrumentalisés pour accuser Caicedo admettront ultérieurement avoir été payés par le clan Cotes. En un mot : Caicedo subit une campagne de déstabilisation pire que celle qu’a connue Gustavo Petro lorsqu’il était maire de Bogotá [8].

Cette suite d’événements aisément déchiffrables rend Caicedo populaire au sein de la masse des Colombiens de la côte qui, comme la majorité de leurs compatriotes, comptent et recomptent en permanence chaque peso pour survivre, se loger et manger. Le 27 octobre 2019, déjouant une nouvelle fois tous les pronostics, il bat le candidat de la droite et de l’extrême droite Luis Miguel Cotes et est élu gouverneur du Magdalena avec 58 % des voix. Force citoyenne devient la première formation politique du Département.

Refusant la défaite, son adversaire ne décolère pas.Le père du vaincu,Álvaro Cotes, encore moins : « Caicedo est un meurtrier et un voleur ; il a gagné ce département avec l’aide des FARC (...) Ce type doit être remis à sa place, nous ne pouvons pas permettre qu’il soit gouverneur [9] »

En annonçant son plan de développement 2020-2023 intitulé « le Magdalena renaît », Caicedo n’en promet pas moins « une révolution de l’équité ». Dans ce Département classé au rang de quatrième plus pauvre du pays, il s’agit en substance de réduire la mortalité maternelle et périnatale, la malnutrition, le nombre de grossesses chez les adolescentes, d’améliorer la qualité des services de santé, de renforcer le réseau hospitalier public… Le Covid-19 s’abattant sur la Colombie, Caicedo lance une stratégie de soins primaires universelle appelée « Docteur dans votre maison ».

Ex-gouverneure, Rosa Cotes a immédiatement déclenché les hostilités pour étouffer son successeur et son projet. Arguant de « déficiences juridiques, administratives, sociales et financières » accumulées au cours des années précédentes, la Surintendance nationale de la santé enchaîne en prenant le contrôle de l’Hôpital universitaire Julio Méndez Barreneche, l’établissement de référence pour la région. « Ils n’ont même pas prévenu le gouverneur, s’insurge Caicedo. C’est un acte arbitraire de politique politicienne que de remettre cet hôpital à la classe politique du Magdalena. » Mais il n’a encore rien vu… D’autant qu’il passe son temps à « aggraver son cas »… Le 17 juillet 2020 n’a-t-il pas demandé l’assistance de Cuba et de ses médecins pour lutter contre le Covid-19 et inverser la courbe de la pandémie [10] ? Ministre de la santé, Fernando Ruiz opposera alors une fin de non recevoir : faire venir des médecins d’autres pays ne peut être envisagé « que dans des circonstances extrêmes », car leur inclusion « n’est pas sans risque »… La notion de risque n’étant bien entendu pas la même pour tout le monde : la Colombie comptera 126 000 morts au 15 septembre 2021 [11].

Le 11 octobre 2020, vingt-neuf des trente maires du Magdalena se réunissent dans la municipalité de Ciénaga – là où, en décembre 1928, a eu lieu « le massacre des bananeraies » (l’assassinat de plusieurs centaines de travailleurs grévistes de la United Fruit Company par les forces armées [12]). Seule manque Virna Jhonson, membre de Force citoyenne, qui a succédé à Caicedo à la mairie de Santa Marta. En revanche, un certain nombre de sénateurs, tous de droite, ont fait le déplacement : Honorio Henriquez (Centre démocratique), Eduardo Pulgar et Hernando Guido (Parti de la U), Fabián Castillo et Carlos Mario Farelo (Cambio Radical), Kelyn González (Parti libéral) [13]. En maître de cérémonie, opère Luis Tete Samper, maire de Ciénaga, féroce détracteur de Caicedo. Le Département national de la planification (DNP) et son directeur Luis Alberto Rodríguez ainsi que certains ministères, dont celui de la Défense, se tiennent discrètement en arrière-plan.

Sous le slogan « Pour le développement du Magdalena », les comploteurs annoncent leur intention de créer une « association de municipalités » et « d’unir leurs forces pour gérer les ressources avec le gouvernement de la République et le Fonds de redevances, pour la mise en œuvre de projets favorisant le progrès dans leurs régions et le Département ». En d’autres termes : il s’agit pour eux de se faire attribuer directement par le gouvernement, via le DNP, les ressources légalement destinées au Département – 320 milliards de pesos (environ 71 millions d’euros) [14] – divisées en quotas municipaux. Un détournement de fonds (et de la loi !) sans précédent qui remet en cause le régime politique et administratif entre nation, département et municipalités [15]« Cette stratégie a pour objectif d’isoler l’action institutionnelle du gouverneur, d’empêcher que les propositions faites lors de sa campagne et contenues dans son plan de développement « le Magdalena renaît » soient réalisées et d’empêcher que son gouvernement prospère en tant qu’alternative réelle et efficace de changement », analyse Caicedo en dénonçant ce « Pacte de Ciénaga ». « En réalité, ajoute-t-il, cette association malveillante ne cherche pas à promouvoir les projets à fort impact social ou économique dont la région a besoin, mais plutôt à piller les ressources des redevances afin que ses promoteurs et sponsors puissent financer leurs prochaines campagnes électorales. »

Malgré les obstacles semés en travers de sa route par cette camarilla infernale, le plan « le Magdalena renaît » recevra en mars 2021 les félicitations du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

A peine avait-il été élu gouverneur que Caicedo s’en prenait aux narco-paramilitaires qui terrorisent la région. Un gouvernement parallèle allant jusqu’à établir des péages dans les zones touristiques de Santa Marta. Le 21 mai 2020, dans le quotidien national El Tiempo, il n’hésite pas à mettre les points sur les « i » : « Ce groupe criminel [l’ACSN] reçoit des informations directes de la police et de l’armée, ce qui a facilité le développement de ses activités illicites et son renforcement. » Dans le même temps, il organise des conseils de sécurité pour tenter d’empêcher les AGC de s’emparer définitivement de la Sierra Nevada pour la couvrir de cultures illicites.

Les barbares liturgies de la mise à mort se mettent en branle. Caicedo doit quitter précipitamment la Colombie. Ce qui ne l’empêche pas de communiquer : « Je tiens le président et Uribe pour responsables si l’AGC attente à ma vie, lance-t-il sur Twitter le 26 août ; d’une part pour avoir créé un climat de mépris à l’égard de mon gouvernement et du peuple du Magdalena, en faveur de l’impunité des groupes paramilitaires, et de l’autre pour avoir attisé l’extrême droite contre nous et la gauche colombienne. » Publiquement, il met en cause le chef de l’Etat et ses ministres pour ne pas avoir activé un appareil de sécurité lui permettant de gouverner – « un clin d’œil silencieux que les paramilitaires et la narco-politique savent comprendre ».

A Bogotá, le général Jorge Luis Vargas, chef de la Police nationale, et le ministre de l’Intérieur Daniel Palacio affirment sèchement ne pas comprendre la « fuite inattendue » du gouverneur hors de Colombie dans la mesure où il dispose « d’un des meilleurs schémas de sécurité du pays ». Ce à quoi, depuis l’Europe, Caicedo rétorque ironiquement : « [Ils] ont dit dans les médias que je dispose d’un dispositif de protection permanent de trente-trois hommes avec des armes lourdes et légères… J’aimerais qu’on me les présente car je ne les connais pas. Ils doivent confondre avec un ministre ou un ancien président ! » Affirmation immédiatement confirmée par la maire de Santa Marta, Virna Johnson, et le secrétaire à l’Intérieur du Magdalena, Adolfo Bula : « Le gouverneur Caicedo ne dispose que de cinq membres de la police pour sa protection [16]. »

Il arrive que l’ubuesque s’ajoute au tragique – plus qu’ailleurs en Colombie. C’est par un communiqué quasiment « officiel » que le groupe hors-la-loi des Autodéfenses gaitanistes de Colombie a, tout en le critiquant vertement, très rapidement démenti être derrière les menaces contre Caicedo. Ce qui a amené celui-ci à réagir : « C’est un pamphlet qui se réfère à moi de la même manière que le gouvernement national et les clans politiques du Magdalena. Qu’un groupe paramilitaire s’exprime avant le gouvernement devrait nous faire honte à tous. » D’autre part, pendant son séjour en Europe, le gouverneur rebelle a dû expliquer qu’il effectuait ce séjour quelque peu forcé en utilisant… des « jours de congés » : « Je n’ai la permission de quitter la Colombie que jusqu’au 6 septembre et je ne peux pas rester au-delà. Si je n’avais pas utilisé ce reliquat de jours de vacances, j’aurais dû, pour sortir, attendre une autorisation administrative [de l’Assemblée départementale ou de la présidence de la République] au risque que le plan de me tuer soit exécuté. »

« Vacances justifiées ou abandon de poste ? » Déjà la machine à broyer médiatique entre en campagne sur cette « absence injustifiée » d’un gouverneur qui se distingue par son caractère « autoritaire et populiste ». Seulement, son cas commence à bénéficier d’un retentissement international. Depuis la France, Caicedo obtient du ministère de l’Intérieur colombien une autorisation de sortie du pays en « mission officielle » jusqu’à la date fatidique du 6 septembre (décret 1007 du 26 août). Reste, pour le gouverneur, une décision difficile à prendre : rentrer en Colombie, malgré les risques, ou renoncer à sa fonction et demeurer à l’étranger ? « Non, décide-t-il, évoquant cette dernière hypothèse, c’est exactement ce qu’ils voudraient. »

Fort des soutiens obtenus auprès de l’Union européenne, de la Cour interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH), de la représentation de l’ONU en Colombie, Caicedo est rentré le 7 dans son pays en lançant un appel au président Duque pour qu’il s’engage à affronter « les groupes illégaux qui effraient le Magdalena ». Car, qu’il s’agisse des AGC ou non, une structure criminelle a bel et bien menacé de l’éliminer.

Quel espace pour la gauche, ou même simplement la démocratie, en Colombie ? Lors de la flambée sociale qui a commencé le 28 avril de cette année, des civils ont ouvertement aidé les forces de l’ordre à réprimer mortellement. « Nous assistons à une paramilitarisation sans précédent du conflit social, a pu constater la chercheuse de l’Université nationale de Colombie Camila Esguerra, quand des images de collusion entre les forces armées de l’Etat et les civils armés sont enregistrées et diffusées en direct [17]. » Sous le coup d’une motion de censure pour répondre du nombre des victimes, le ministre de la Défense Diego Molano a été confortablement absous. « Ce qu’a fait le Sénat de la République, c’est cautionner l’assassinat de jeunes gens et le terrorisme d’Etat, a réagi à cette occasion Gustavo Petro. Les majorités de ce Congrès ont signé pour le massacre de leur propre peuple, et elles le font par corruption. »

Ce même ministre de la Défense vient d’annoncer la création d’un Front de sécurité citoyenne (FSC). Il existe certes de tels « fronts » organisés depuis 1997 pour lutter contre la délinquance dans les quartiers (fin 2020, on en comptait 980 à Bogotá). Mais Molano hausse sérieusement la barre en annonçant que ce FSC nouvelle mouture agira en étroite collaboration avec la Force publique et… les entreprises de sécurité privées. De sinistre mémoire, ainsi sont peu ou prou nées en 1994 les Coopératives de sécurité rurale (Convivir), particulièrement développées par un certain Álvaro Uribe lorsqu’il était (1995-1997) gouverneur du Département d’Antioquia. Organisés et coordonnés par les militaires, ces coopératives, après avoir servi de réseaux de soutien, se fondront rapidement au sein du complexe paramilitaire des Autodéfenses unies de Colombie (AUC).

Cerise sur le gâteau, à la demande de Claudia López, du Parti vert, première femme à occuper la mairie de Bogotá, 360 militaires patrouillent depuis le 15 septembre dans les rues de la capitale – 2 500 pouvant être appelés en renfort prochainement. Cette image de soldats en armes patrouillant dans les quartiers populaires et arrêtant les gens fait hurler la gauche et les démocrates tant sont présentes dans les consciences les innombrables violations des droits humains perpétrées par l’armée.

A quelques mois de l’élection présidentielle de 2022, la situation demanderait à être sérieusement prise en compte. D’autant que même la Commission des droits de l’homme de l’ONU vient d’interpeller le pouvoir. Toutefois, ce dernier a d’autres priorités. En visite en Espagne, où il a été cordialement reçu par le roi Felipe VI, le président Duque a une fois de plus exprimé son fort rejet des… négociations en cours à Mexico entre le gouvernement vénézuélien et son opposition radicale : « Toute solution qui perpétue la dictature ne fera qu’apporter plus de crises migratoires, plus de crises sociales et quelque chose qui a également été terrifiant, à savoir que le régime dictatorial du Venezuela protège sur son territoire des groupes terroristes qui ont fait beaucoup de dégâts dans des pays comme le nôtre et font partie de réseaux terroristes internationaux [18]. » D’où son insistance pour que soient amplifiées les mesures coercitives infligées à la population du pays voisin et pour que Madrid « maintienne la pression » sur Nicolás Maduro.

Pour sa part, la vice-présidente et ministre des Affaires étrangères Marta Lucía Ramírez a fermement demandé le 8 août au gouvernement haïtien de « fournir des garanties » aux dix-huit mercenaires colombiens, ex-militaires arrêtés pour leur participation à l’assassinat du président Jovenel Moïse et, des « irrégularités » entachant leur détention et l’assistance qui leur est due, « de se conformer aux traités internationaux relatifs aux droits humains [19] ».

Illustration : Carlos Caicedo, gouverneur du Magdalena.

 


[1Lire « Guerre totale contre le mouvement social » – https://www.medelu.org/Guerre-totale-contre-le-mouvement-social

[2La Colombie est divisée en 31 départements et un district (Bogotá). Les gouverneurs des départements sont élus au suffrage universel direct.

[3Démobilisé le 3 février 2006 avec 1 167 de ses hommes, Giraldo a été extradé en mai 2008 vers les Etats-Unis pour y répondre de crimes liés à l’exportation de drogues illicites vers ce pays. Après y avoir purgé douze années de prison, il est rentré en Colombie où il demeure incarcéré (pour viols commis entre sa démobilisation et son extradition).

[4Les AGC ont pour origine des membres du Bloc Elmer Cárdenas des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), qui ont refusé de se soumettre au processus de démobilisation convenu entre le gouvernement d’Álvaro Uribe et les paramilitaires entre 2003 et 2006 (loi Justice et Paix de 2005). Les AGC ont également été connues sous le nom de « Los Urabeños et « Clan Úsuga ».

[5Parti politique fondé en 1985, dans le cadre d’un accord avec le président Belisario Betancur, par diverses forces de gauche, dont des guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) démobilisés. Sous les coups des militaires et des paramilitaires, plus de 4 000 de ses membres et militants ont été tués ou ont disparu, dont les candidats à la présidence Jaime Pardo Leal et Bernardo Jaramillo, cinq membres du Congrès en exercice, 11 députés, 109 conseillers municipaux et huit maires élus.

[6Preuves rendues publiques démontrant qu’une fraction notable de la classe politique se trouvait sous l’influence des paramilitaires.

[7Lire « La Colombie aux temps du choléra », 24 mars 2020 – https://www.medelu.org/La-Colombie-aux-temps-du-cholera

[8A la tête de la mairie de la capitale depuis le 1er janvier 2012, Petro est destitué le 9 décembre 2013 par le procureur général Alejandro Ordoñez, inféodé au pouvoir, pour cause de « violation des principes constitutionnels de la concurrence » : en 2012, Petro a dépossédé du ramassage des ordures des entreprises privées se comportant en « mafia » pour le transférer à une entreprise publique. Après moult péripéties, il ne sera rétabli dans sa fonction que le 23 avril 2014 par le Tribunal supérieur de Bogotá.

[9https://noticierouniversal.com/colombia/familia-cotes-no-acepta-victoria-de-caicedo-en-magdalena/

[10La même démarche fut tentée par le maire de Medellin Daniel Quintero.

[11Johns Hopkins University Center for Systems Science and Engineering (JHU CSSE).

[12Lire Hernando Calvo Ospina, « En 1928, le massacre des bananeraies en Colombie », Le Monde diplomatique (« Les blogs du Diplo »)Paris, 16 décembre 2010.

[13Eduardo Pulgar est poursuivi par la Cour suprême de justice pour corruption d’un juge et Honorio Henriquez représente les intérêts des « terratenientes » – grands propriétaires – du Magdalena.

[14https://www.semana.com/nacion/articulo/la-oposicion-advierte-que-le-quieren-quitar-recursos-al-gobernador-caicedo/202044/

[15La Loi des redevances gère différents fonds, dont le Fonds de développement régional – réparti entre les départements en fonction de leur population et de leur pauvreté relative – et le Fonds de compensation régionale, dont 60 % sont distribués aux Départements, 30 % dans les communes les plus pauvres, et 10% dans d’autres communes.

[16https://www.elheraldo.co/magdalena/al-gobernador-caicedo-no-lo-protegen-33-policias-alcaldesa-de-santa-marta-845943

[17https://www.elsaltodiario.com/colombia/colombia-retorno-terror-paramilitar

[18https://www.elmundo.es/internacional/2021/09/15/614247b5fc6c83df188b45de.html

[19https://www.cancilleria.gov.co/newsroom/news/colombia-exige-garantias-colombianos-detenidos-haiti

 

Partager cet article
Repost0
4 octobre 2021 1 04 /10 /octobre /2021 05:50

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011