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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 20:01
photos Ismaël Dupont

photos Ismaël Dupont

Soirée chaleureuse et mémorable hier au Relecq Kerhuon pour l'apéro et le KIG Ha Farz de la section PCF du Relecq au Café Crème
Soirée chaleureuse et mémorable hier au Relecq Kerhuon pour l'apéro et le KIG Ha Farz de la section PCF du Relecq au Café Crème
Soirée chaleureuse et mémorable hier au Relecq Kerhuon pour l'apéro et le KIG Ha Farz de la section PCF du Relecq au Café Crème
Soirée chaleureuse et mémorable hier au Relecq Kerhuon pour l'apéro et le KIG Ha Farz de la section PCF du Relecq au Café Crème
Soirée chaleureuse et mémorable hier au Relecq Kerhuon pour l'apéro et le KIG Ha Farz de la section PCF du Relecq au Café Crème
Soirée chaleureuse et mémorable hier au Relecq Kerhuon pour l'apéro et le KIG Ha Farz de la section PCF du Relecq au Café Crème

A la section communiste du Relecq, la convivialité, la bonne humeur et la fraternité sont les maîtres mots, c'était encore le cas hier avec un repas extrêmement chaleureux (avec un Kig ha Farz délicieux: une tuerie!) qui a suivi l'apéro de la section et le très bon discours de Ronan Tanguy, son secrétaire, dans un restaurant ouvrier du Relecq. 50 personnes, et plus de 6 chanteurs talentueux: Ferrat, Aznavour, avec des chansons qui n'ont pas pris une ride, Gilles à l'armonica.

C'était sensas...   

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 19:40
L’affaire Fillon ou la destitution de la Ve République
 PAR CHRISTIAN SALMON

L’affaire Fillon est un naufrage. Le naufrage d’un homme et le naufrage d’un système politique auquel il appartient depuis 35 ans. Car aujourd'hui, l’élection au suffrage universel ne suffit plus à donner la légitimité pour gouverner.

 

L'affaire Fillon n’est pas le premier scandale qui ait fait vaciller une candidature présidentielle sous la Ve République. On serait même tenté de dire que c’est un classique. Georges Pompidou et l’affaire Markovic, Jacques Chaban-Delmas et sa feuille d’impôt, Valéry Giscard d’Estaing et les diamants de Bokassa, Jacques Chirac et les emplois fictifs de la mairie de Paris. Dernière en date, l’affaire du Sofitel de New York qui emporta la candidature de Dominique Strauss-Khan à l’élection présidentielle de 2012 et ouvrit la voie de l’Élysée à François Hollande. Quant à Nicolas Sarkozy, ce n’est pas une mais plusieurs affaires qui alimentent la chronique politico-judiciaire depuis son élection en 2007. Et ce n’est pas un destin élyséen que l’affaire Cahuzac a discrédité, c’est tout le quinquennat de François Hollande. « Ce n’est pas qu’elles se dégonflent, disait Jacques Chirac, elles font “pschitt” » ; c’est souvent vrai, mais il arrive aussi qu’on ne s’en relève pas.

L’affaire Fillon est un naufrage. Le naufrage d’un homme, le naufrage d’un système politique auquel il appartient depuis 35 ans et dont il a épousé toutes les versions, du séguinisme au sarkozysme, et du gaullisme social au libéralisme décomplexé. C’est enfin un nouvel épisode d’un naufrage aux conséquences imprévisibles, celui de la VeRépublique.

Naufrage personnel tout d’abord. Les révélations du Canard enchaîné ont frappé en plein cœur le récit du candidat, un récit qui relevait d’un registre plus moral que politique et qui invitait au redressement national par le travail et au prix de sacrifices. Fillon proposait aux Français une véritable cure d’« austérité » qu’ils étaient sommés d’accepter au nom de l'« exemplarité » de son auteur. Fillon promettait de retrouver le chemin de l’authenticité, au prix d’une rupture avec les illusions du bling-bling sarkozyste comme avec les mirages de l’identité heureuse d’Alain Juppé. Avec lui, le pays allait retrouver des horaires de travail décent, des écoliers en uniforme et, en prime, la messe du dimanche. Et avec son profil de notable de province, son épouse au foyer, ses cinq enfants et son manoir de Beaucé, Fillon avait un certain crédit. Il pouvait même claironner le triptyque « travail, famille, patrie » sans que personne ne songe à l’accuser de pétainisme subliminal. Gaulliste il était, gaulliste il restait. Sa probité personnelle était indexée à celle du Général, qui remboursait ses factures d’électricité. La statue du commandeur Séguin tenant lieu de témoin de moralité.

 

Les campagnes électorales aujourd’hui ne reposent plus seulement sur des contenus idéologiques ou des programmes, mais sur des performances théâtrales et des productions symboliques. Elles se déroulent à la frontière du public et de l’intime, de la politique et de la morale. Dans ce contexte, les affaires constituent l’événement perturbateur, le coup de théâtre indispensable à la tension dramaturgique. Ce sont la tension narrative, l'identification symbolique, les métaphores (et la façon dont elles sont interprétées dans le flux des événements) qui déterminent le vainqueur d’une élection et non pas son programme.

Avec l’affaire Fillon, l’élection présidentielle est entrée dans une zone de turbulences aux conséquences imprévisibles. Emmanuel Macron l’a bien compris, qui vient de déclarer au JDD : « C’est une erreur de penser que le programme est le cœur d’une campagne. La politique, c’est mystique. C’est tout mon combat. » Au risque de l’extinction de voix. Ou de la démystification, comme dans le cas Fillon.

La mystique macronienne, c’est un peu plus qu’un récit de vie. Cela met en jeu des actes de langage, mais aussi des moyens de production symbolique, une théâtralité, des effets de cadrage (photographique, syntaxique, sémantique). Enfin, pas de mystique sans la réverbération des discours dans la médiasphère, leur appropriation par les réseaux sociaux. Thomas Mann considérait la vie dans le mythe comme une « vie en citations », définition qui prend avec Internet une signification nouvelle : désormais, le grand mythographe, c’est Google. Nos dieux profanes, qu’ils soient sportifs, mannequins ou présidents, naviguent sur le Web. C’est lui qui hiérarchise les divinités et dresse la carte de leurs navigations. Il y faut de l’inédit et de la répétition. Jeanne d’Arc et Uber. Le Puy du Fou et les nanotechnologies. Pas de performance qui ne s’avance codée, cryptée, drapée de précédents. Pas même de campagne électorale sans que l’on convoque les grands anciens, un récit des origines. Pas d’élection qui ne soit un revival. C’est cette réécriture, cette répétition, cette trace qui donne à l’inédit son « aura » spectrale, sa troisième dimension.

Ce qui fait le succès d’une campagne, ce n’est pas une image ou une « histoire », c’est une performance complexe, entre rituel et stratégie, capable tout à la fois de se connecter avec l’électeur, de focaliser le débat, de contrôler l’agenda, d’imposer une ligne narrative, de créer son propre réseau de diffusion virale. La feuilletonisation de la vie politique que dénonce François Fillon appartient en partie déjà au passé, à l’âge télévisuel où il y avait encore une audience pour chaque épisode. Aujourd’hui, la communication politique est dominée par l’exigence de la vitesse. Les enchaînements narratifs se transforment en engrenages de coups d’éclat et d’effets de surprise. Inutile d’essayer de dérouler un récit au long cours lorsqu’une information peut surgir à tout instant et venir bouleverser la séquence en cours.

Le carré magique

C’est le croisement de ces effets qui explique le succès ou l’échec d’une campagne électorale. Ce que j’avais appelé, au moment de la campagne d’Obama, le carré magique de la communication politique. Premier côté du carré : Raconter une histoire capable de constituer l’identité narrative du candidat en résonance avec l’histoire collective (storytelling). Deuxième côté : Inscrire l’histoire dans le temps de la campagne, gérer les rythmes, la tension narrative (timing). Troisième côté : Cadrer le message idéologique du candidat (framing) et imposer un « registre de langage cohérent » en « créant des métaphores ». Quatrième côté : Créer son réseau sur Internet et sur le terrain, c’est-à-dire un environnement hybride et contagieux susceptible de capter l’attention et de structurer l’audience du candidat (networking).

Le carré magique n’est pas une recette, c’est un schéma qui désigne des enjeux stratégiques, les conditions de réussite ou d’échec d’une performance collective. Chaque côté du carré magique est un champ de bataille. De ce point de vue, l’affaire Fillon est un cas d’école : les quatre côtés du carré magique ont été enfoncés par l’affaire et ses rebondissements.

Les scénaristes de série télévisée ne s’y sont pas trompés. « On est presque dans une pièce de Shakespeare », explique l'un deux. Surnommé sur Twitter « House of Sarthe » en référence à la série House of Cards, on a comparé l’affaire Fillon à Downton Abbey, Game of Thrones ou encore Borgen. Le timing des révélations du Canard était presque parfait. L’emploi présumé de l’épouse et des enfants de Fillon, la ristourne sénatoriale et ses éventuels conflits d’intérêts n’intéressaient personne tant qu’il n’était pas le vainqueur annoncé de la présidentielle. À trois mois de l’élection, il devenait vulnérable, à portée du soupçon et de l’opprobre. C’était le moment idéal pour un coup de théâtre.

Le Fillon presbytéral, qui promettait aux Français un long carême contre la rémission de leurs péchés, s’est trouvé renvoyé à ses propres faiblesses. Goût du luxe, voitures de sport, costumes sur mesure et mocassins à glands. Celui qui promettait du sang et des larmes et fustigeait les assistés était beaucoup moins sourcilleux quand il s’agissait de ses propres deniers : soupçons d’emplois fictifs, ristourne sénatoriale, conflits d’intérêts… « Je suis un homme, pas un saint ! » protestait le pécheur comme à confesse… mais c’était déjà trop tard. Il eût fallu le dire avant. Ou, à tout le moins, ne pas jouer les saintes-nitouches. Avec moins de trémolos dans la voix et un peu plus de modestie. Maintenant le mal est fait. L’icône est à terre, l’identité narrative du candidat en miettes.

Les électeurs de la primaire de la droite et du centre croyaient avoir choisi l’anti-bling-bling de la droite, tourné la page du Fouquet’s et du rapport décomplexé de Sarkozy à l’argent. Un président intègre, raide comme la justice ne saurait faire de mal dans une période de crise. Les révélations du Canard enchaîné, confortées par celles d’« Envoyé spécial » et de Mediapart, ont mis à mal l’image d’intégrité de celui qui avait fait de sa foi chrétienne un gage de probité. « Ces révélations ont instillé le doute en nous, reconnaissent deux électeurs des Hauts-de-Seine interrogés par le journal La Croix. Il est peut-être dans le droit, mais pas dans l’exemplarité. » Contraint de passer au confessionnal, il feignait de s’excuser tout en criant au complot : « On veut me mettre à genoux ! » Sans doute, comme le dit la sociologue Monique Pinçon-Charlot, « il existe chez François Fillon un sentiment d’impunité sincère car ce n’est pas l’impunité d’un homme mais celle de toute une classe. Ce sentiment se construit dans l’entre-soi des puissants, qui vivent dans une bulle ». Ce qui nous ramène à la politique.

Élu plus jeune député de l’Assemblée à 26 ans, sénateur-maire, plusieurs fois ministre, premier ministre pendant cinq ans, François Fillon n’est pas un perdreau de l’année. C’est un apparatchik qui a bénéficié des largesses de la République pendant 35 ans. Son discrédit atteint toute la classe politique. « Jamais dans l'histoire de la République, a déclaré François Bayrou, sur France 2, un candidat aux plus hautes fonctions, à la présidence de la République, n'a été ainsi sous l'influence des puissances d'argent. »

L’après-Hollande s’est démultiplié, nous sommes dans l’après-Juppé, l’après-Sarkozy, l’après-Valls, et maintenant l’après-Fillon… Marine Le Pen elle-même ne se sent pas très bien, craignant de glisser dans un “après” prénommé Marion. Trois générations dégringolent les escaliers du pouvoir. Avec l’exténuation de la sphère politique, rappelait Jean Baudrillard, le président devient de plus en plus semblable à ce “Mannequin du pouvoir” qu’est, selon Pierre Clastres, le chef dans les sociétés primitives. Loin d’être magnifié par la fonction, il apparaît désormais écrasé par elle, humilié, infériorisé, soumis à des rituels désuets, contraints de jouer les présidents, de « faire président » sans en avoir les moyens. Faute de puissance d’agir, de résolution et d’action (le state craft), il reste la mise en scène du pouvoir (le stage craft) : c’est le côté spectral, et pas seulement spectaculaire, de l’exercice du pouvoir.

Le pouvoir impersonnel

Loin d’exercer une fonction d’autorité, nos mannequins du pouvoir sont condamnés à donner des signes aux fractions éclatées d’un électorat volatil, mais aussi aux faiseurs d’opinion et à tous ceux qui peuvent donner du crédit ou de la popularité à un pouvoir discrédité ; sondages, agences de notation, éditorialistes… Une politique qui consiste à adresser à l’opinion des signes d’optimisme en pleine crise de la confiance, des signes de volontarisme en situation d’insouveraineté, des signes de sérieux et de rigueur à l’intention des marchés. Chaque ministre est chargé non plus d’un domaine de compétences et d’une autorité régalienne, mais d’un portefeuille de signes. « Comment se construit le pouvoir charismatique ? C’est un mélange de choses sensibles et de choses intellectuelles. » (Macron encore)

Mais cela ne trompe plus personne.

Depuis Le Coup d’État permanent de François Mitterrand, les opposants à la VeRépublique ont constamment dénoncé son caractère monarchique, le rôle et la place d’un président élu au suffrage universel, érigé au sommet de la pyramide du pouvoir, qui décide de tout et qui est, pendant la durée de son mandat, le maître du temps politique. C’est la critique du pouvoir personnel. Mais c’est un pouvoir impersonnel qui gouverne aujourd’hui : les marchés, les agences de notation, les organisations transnationales… L’homme réputé le plus puissant de la nation est un homme qui doit négocier ses marges de manœuvre avec la Commission à Bruxelles ou la chancellerie à Berlin. Depuis le traité de Maastricht et l’acte unique européen, c’est un souverain sans monnaie ni frontières. À l’abri de l’élection présidentielle, qui accrédite tous les cinq ans le mythe d’une nation souveraine et dope l’illusion d’un choix collectif, c’est “un gouvernement d’affaires courantes” qui se poursuit entre les élections. L’essentiel se joue ailleurs. C’est pourquoi le régime présidentiel court à sa perte…

L’élection au suffrage universel ne suffit plus à donner la légitimité pour gouverner, elle apparaît comme une étape de plus dans la spirale du discrédit qui ronge nos institutions démocratiques. Le suffrage universel, clé de voûte de la Cinquième République, ne fait plus recette auprès des électeurs. Les Français l’utilisent de plus en plus comme un droit de veto plutôt que comme le fondement d’une légitimité. C’est l’essence du vote antisystème. On n’élit plus, on élimine… Sarkozy fut élu sur la rupture (avec Chirac), Hollande pour en finir avec Sarkozy. Les primaires ne font qu’accélérer le mouvement. Après Hollande, empêché de se représenter, Sarkozy fut sèchement congédié, Juppé et Valls éliminés. Car il ne suffit pas de sanctionner les anciens, il faut aussi faire mentir les sondages. Les primaires organisées pour relégitimer les partis fonctionnent à rebours. Elles ont fonctionné comme une guillotine électorale, éliminant un à un les leaders des partis et les favoris des sondages. L’électeur stratège se comportant en parieur averti, qui mise à la baisse comme s’il avait davantage à gagner au discrédit des favoris qu’à l’espoir d’une alternance tant de fois déçue. On peine à discerner une logique positive à l’œuvre dans la succession d’événements qui marquent le processus électoral en cours. Le discrédit est si puissant, sa vague est si haute, que les candidats n’ont d’autre choix que de surfer sur elle, de se mettre de son côté, dénonçant le système, promettant la rupture, affichant leurs transgressions.

Le général de Gaulle avait opté pour un régime présidentiel dans le but de restaurer l’autorité de l’État, minée de l’intérieur par « le régime des partis ». Mais la VeRépublique s’est accommodée du régime des partis. Le président de la République n’est plus un obstacle à leur influence dissolvante. Bien au contraire ! En leur sein, la bataille pour l’élection présidentielle ne s’interrompt jamais. Ils sont devenus des appareils partisans, des machines financières et des écuries militantes pour la conquête du pouvoir. La crise de régime de la politique a mis à mal une idée chère à notre histoire de France récente : l’alternance. Les Français n’y croient plus. L’action est perçue comme illégitime ou inefficace et la parole politique a perdu toute crédibilité.

La médiasphère, avec ses talk-shows et ses réseaux sociaux, sa dramaturgie, son rythme 24/7, ses commentateurs, ses communicants, ses groupes de riposte et ses community managers, constitue le théâtre de la souveraineté perdue. Les hommes de l’État insouverain y sont convoqués non plus comme les souverains d’antan en majesté, mais comme des imposteurs exposés à la vindicte publique. Ils sont en permanence soumis à un processus de vérification et à une obligation de performance. L’insouveraineté se manifeste jusque dans les épisodes de leur vie intime… L’homo politicus que nous connaissons depuis deux siècles est voué à disparaître. Il cherche sa voie ailleurs, à l’aveugle, dans cette zone grise où la politique perd ses droits.

Trois ans avant la chute de la IVe République, le président de la République René Coty avait chargé Jacques Chaban-Delmas d’un message à l’intention du général de Gaulle : « Je constate comme vous, que la France est ingouvernable dans les conditions actuelles, autrement dit, que les institutions ne peuvent rester en l'état…Voulez-vous faire savoir au général de Gaulle que je le tiens pour le seul homme capable de tirer la France de ce marasme ? Dites-lui que si une crise se présente, je ne manquerai pas de m'engager à fond en faisant appel à lui pour former le gouvernement, dans le cadre de nos institutions, afin précisément de changer celles-ci. » Il ajoutait qu’il était prêt à s’effacer pour que le grand homme ne soit pas « gêné par la présence, à la table du Conseil des ministres, d'une autorité juridiquement supérieure à la sienne – lui qui détient de fait la plus haute autorité morale qui soit dans le pays ».

La IVe République agonisait dans le jeu de chaises musicales des gouvernements successifs. La Cinquième République y remédia au prix d’une personnalisation extrême du pouvoir exécutif, légitimée par l’élection du président de la République au suffrage universel. Six décennies passèrent… le souvenir du général de Gaulle conservant bon an mal an à la fonction le prestige de la « plus haute autorité morale qui soit dans le pays ».

Si je rappelle ces circonstances, c’est qu’il semble bien que la Ve République, au terme d’une révolution complète, soit revenue à son point de départ, à savoir la question que René Coty posait au général de Gaulle : comment « former [un] gouvernement, dans le cadre des institutions [existantes], afin précisément de changer celles-ci » ? C’est le problème qui se pose au pays.

Le discrédit est une chose instable et invisible à l’œil nu. Il se répand comme un gaz et il corrompt les sociétés avant même qu’une personnalité charismatique ne s’en empare et ne transforme ce gaz insaisissable en force matérielle. Ainsi de tous les fascismes. Ainsi du mouvement qui a porté Trump au pouvoir. Une chose est sûre : lorsque le discrédit prend le pouvoir, il est bien difficile de l’arrêter et de faire rentrer le diable dans sa boîte.

Une course-poursuite est engagée entre la politique institutionnelle, qui sert de masque aux vrais pouvoirs dominant le monde, et les citoyens qui s’en détournent en se réappropriant les termes, les lieux, les formes du débat public. D’un côté, une classe politique à bout de souffle, absentéiste, dévitalisée, soucieuse uniquement de sa survie ; de l’autre, des citoyens qui par leurs initiatives, leurs luttes et leurs colères assemblées provoquent un vaste mouvement de “destitution” de la politique institutionnelle.

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 18:57
Compteurs Linky, pourquoi le courant a du mal à passer ?
MERCREDI, 8 FÉVRIER, 2017
HUMANITE.FR

Le mouvement « Stop Linky » contre l’installation de compteurs dits « intelligents » ne cesse de prendre de l’ampleur partout en France. Pourquoi ? Enquête et entretiens.

Les CLIC (Collectifs locaux inter-associatifs de citoyens) regroupés au sein du réseau   se multiplient. En cliquant sur ce lien vous pouvez prendre connaissance de leurs actions et de leurs raisons. 

Il en est de même pour bon nombre de communes dont les conseils municipaux et leurs maires prennent des arrêtés ou des moratoires contre l’installation des compteurs Linky. Ca concerne, à ce jour 321 communes comme vous pouvez en prendre connaissance sur le site dédié 

Précisons que ce n’est pas une affaire de « vieux réacs » et de communes de la France profonde. En effet, ça se passe à la campagne mais aussi en milieu urbain. Vous le lirez en cliquant sur le lien ci-dessus, petites et grandes communes, tous bords politiques confondus, comme Saint-Denis, Aix en Provence, Lyon 1, Douarnenez, Coudekerque-Branche, Yerres, Bagnolet, Melun,  Biarritz, Caen, Gaillac, Quimperlé, Carhaix, Forcalquier, Saran etc. ont pris une délibération ou adopté un moratoire contre l’installation de Linky et de Gazpar.

Pourquoi ce mouvement « Stop Linky » ? En voici les principales raisons complétées nos entretiens avec :

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- la conseillère Front de Gauche de Paris, Danielle Simonnet qui explique pourquoi elle s'oppose au déploiement des compteurs Linky à Paris sur 

 

Linky et le danger des ondes électromagnétiques

Linky émet-il des ondes électromagnétiques qui vont s’ajouter à celles émises par les téléphones portables, les antennes-relais, la Wifi, les télécommandes etc. ?

Dans le doute, les communes ont voté des délibérations et adopté des moratoires comme celui de Saint-Macaire (Gironde)  à l’origine de la fronde contre les compteurs intelligents et dont nous avons interviewé son initiateur Stépahne Lhomme.

Ou encore le  qui considère que « des incertitudes demeurent sur les conséquences que peuvent avoir ces nouveaux compteurs  sur la santé des personnes». Ce qui lui vaut d'être traduit par Enedis devant le tribunal adminsitratif (lire l'interview de son maire adjoint ci-dessus).

Tout récemment, le conseil municipal de Saran (Loiret) a demandé un  Il en ressort que "faute de certitudes, le principe de précaution qui a valeur constitutionnelle, s’impose".

Pourtant la très officielle ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) dit qu’il n’y a pas de danger ni de risque sanitaire dans son rapport 

Les ARS (agences régionales de santé) s’en servent même pour "rassurer" les maires à l’image de la note de l'ARS de Bretagne téléchargeable sur 

En gros, Linky utilise la technologie du CPL (courant porteur en ligne) et respecte les normes européennes quand au champ électromagnétique.

Cependant,  l’ANSES reconnaît que ces compteurs communicants sont installés au moment où les objets connectés se multiplient ainsi que la numérisation des services et des infrastructures. Et donc recommande que « le développement des objets connectés s’accompagne de normes techniques afin de ne pas exposer les personnes »… aux ondes électromagnétiques.

Alors pas de problèmes d'ondes électro-magnétiques ? Pas sûr à la lecture de l’

Selon lui, « les mesures citées dans le dossier de l’ANSES sont incomplètes puisqu’elles n’incluent pas les champs d’induction magnétique et les champs électriques 50 hertz. »

Sont également posées les questions sur la sécurité des données personnelles et la sécurité tout court. La presse régionale se fait l'écho de compteurs Linky ayant pris feu ou perturbé d'autres appareils électriques et bien d'autres problèmes.

 

La légalité des délibérations et des moratoires

Pour comprendre de quoi il retourne, il faut avoir bien en tête que  « les ouvrages des réseaux publics de distribution appartiennent aux collectivités territoriales » - article 

ENEDIS en est le concessionnaire et le gestionnaire dont les missions sont définies à l’article 

Alors légaux ou non ces délibérations et moratoires pris par les communes ?

- « Non », selon l’AMF (association des maires de France) et la FNCCR (fédération nationale des communes concédantes de réseaux). Pour elles, « L'installation des compteurs Linky est  une décision de l'État, conforme aux directives européennes. »

Egalement interpelée par de nombreux parlementaires, à l'image du député Philippe Kémel ,la ministre de l’écologie s'est retranchée derrière l'

- "Si ils sont légaux" considèrent les élus et juristes opposés à l’installation des compteurs Linky. Parce que les communes en restent  même après en avoir transféré la compétence AOD (autorité organisatrice de la distribution d'électricité) à un Syndicat départemental d'énergie (SDE).

Toujours est-il que si la forme que prend l’opposition des communes est discutable juridiquement (la question n’est en fait pas tranchée par les nombreux jugemetns devant les tribunaux administratifs), son fond est légitime ce d’autant qu’il se fait l’écho des populations.

De toute façon ce n’est ni à l’Etat ni au préfet de juger illégales les délibérations. Seul le tribunal administratif est compétent.

C’est pourquoi de nombreuses communes comme celle de Saint-Denis (voir interview de l’adjoint au maire) se retrouvent devant ce tribunal. Toutefois, ce n’est pas systématique et  tout dépend de la façon de rédiger la délibération ou le moratoire selon le point de vue du 

Les jugements qui ont été pris ne l’ont pas été, pour l’instant, sur le fond. D’où cette  par les opposants aux compteurs communicants.

 

Le refus par les usagers, conséquences

Indépendamment des délibérations et moratoires des conseils municipaux s’opposant  aux Linky, les usagers ont la possibilité de demander à leur maire de refuser l'installation d'un Linky comme d'un Gazpar ou son retrait si celui-ci a été installé selon les explications et la lettre type (à envoyer au maire) à télécharger sur 

C’est mieux que d’agir seul et le fait que l’installation d’un compteur doit faire l’objet d’un courrier 45 jours avant la date prévue, laisse du temps. A propos de délai et d'information de la population avant toute installation, il semblerait qu'ENEDIS force un peu voire beaucoup la main en utilisant des 

Insistons, ENEDIS doit obligatoirement envoyer un courrier aux abonnés concernés 45 jours avant la date du rendez-vous pour procéder au changement de compteur. Pas question d'accepter des rendez-vous par téléphone.

Par ailleurs, la loi de transition énergétique ne sanctionne pas le refus individuel de changer son compteur existant contre un Linky. La CRE (commission de régulation de l’énergie) menacerait de taxer 19 euros HT par mois le relevé manuel des compteurs à tous ceux qui refusent Linky (dont le relevé se fait à distance). Ce qui serait illégal comme de couper le courant aux récalcitrants.

 

La pose d’un compteur Linky est gratuite

Exact, de même que la dépose de l’ancien compteur !

Cependant un  relatif aux dispositifs de comptage sur les réseaux publics d’électricité prévoit que le financement soit assuré par les consommateurs via le  à raison de 1 à 2 euros par mois prélevés sur les factures d’électricité… jusqu’à atteindre le coût du compteur Linky (de 120 à 240 euros).

Ce tarif figure sur les factures de tous les usagers comme vous pouvez le vérifier et sera augmenté de 2,71% en moyenne le 1er août 2017.

Au final les compteurs Linky sont bien financés par les consommateurs !

Et quel gâchis financier de remplacer les compteurs actuels qui fonctionnent trés bien!

 

La question de l’emploi et du service public

Certes les entreprises chargées de la pose des nouveaux compteurs Linky  (et Gazpar) recrutent des techniciens de pose, des planificateurs et des chefs d’équipe. Mais ils sont salariés des entreprises sous-traitantes de pose et non d’ENEDIS et pas forcément sous CDI (contrat à durée indéterminée). Il s’agit donc d’emplois précaires.

C’est assez paradoxal car dans le même temps, Itron, fabricant de compteurs électriques a annoncé des suppressions d’emplois comme vous pouvez le voir sur 

Quant au personnel d’ENEDIS,  il suffit de discuter avec l’agent venu relevé le compteur pour comprendre que Linky va supprimer des emplois et le service public qui va avec comme le dénonce le conseiller municipal de Quimper Piero Rainéro dans son récent 

Finis les relevés à domicile et donc la présence humaine, importante pour de nombreux usagers isolés.

 

Liens utiles

- site du méditeur national de l'énergie 

-  et de l’

- l'association 

- 

- l'impact sur l'emploi et la vie quotidienne selon 

- 

 

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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 07:06

La monumentale arnaque du CETA !

Le Parlement européen doit se prononcer le 15 février prochain sur le CETA - AECG en français (accord commercial entre le Canada et l'UE, sur le modèle du très dangereux TAFTA).

Demandons aux députés européens de refuser cet accord taillé sur mesure pour les transnationales au seul profit des actionnaires !

A Strasbourg le 14 février, veille du vote, manifestation européenne

A Brest samedi 11 février à 14H

rassemblons nous place de Strasbourg

La monumentale arnaque du CETA: rassemblement à Brest samedi 11 février place de Strasbourg à 14h
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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 07:01
Payé par Axa, Fillon en plein conflit d'intérêts
 PAR MARTINE ORANGE

François Fillon a dû révéler le 6 février qu’Axa avait été client de sa société 2F Conseil. Embarrassé, le groupe d’assurances a reconnu lui avoir versé 200 000 euros entre mi-2012 et mi-2014. L’ancien premier ministre l’aurait aidé « à ouvrir des portes à Bruxelles et à Berlin » dans le cadre de la discussion concernant la directive de régulation sur les assurances. Comment justifier une telle activité avec un mandat parlementaire ? Le conflit d’intérêts est patent.

 

C’est sans doute par discrétion. François Fillon n’aime pas faire état de ses amitiés et de ses relations dans le monde des affaires. Encore moins lorsqu’il s’agit d’Axa. Ce n’est que parce qu’on l’y a poussé que le candidat de droite à l’élection présidentielle est sorti de sa pudeur naturelle et a reconnu ses liens avec Henri de Castries, ancien PDG du groupe d’assurances, en décembre. La polémique sur la privatisation de la Sécurité sociale faisait rage. François Fillon avait alors juré que, même si Henri de Castries était son ami, il n’était en rien l’inspirateur de ce projet qui visait à casser la Sécurité sociale au profit des assureurs.

Cet aveu avait finalement incité l’ancien assureur à lui aussi sortir des coulisses et à afficher son soutien public à François Fillon. « Mon engagement ne date pas d’hier », expliquait Henri de Castries dans un entretien au Figaro le 17 janvier. Avant d’insister sur le fait qu’il n’était pour rien dans l’écriture du programme de la Sécurité sociale : « Je ne demande rien, je n’attends rien. » Henri de Castries était, disait-on alors, promis aux plus hautes destinées : ministre des finances et de l’économie au moins, et peut-être même Matignon.

Ce que n’avait pas précisé l’ancien PDG d’Axa dans cet entretien, c’est qu’il appréciait tellement les conseils et la hauteur de vue de François Fillon que son groupe avait eu recours à sa société de conseil, 2F Conseil, entre 2012 et 2014. Ce n’est une fois de plus que contraint et forcé que François Fillon a déclaré, lors de sa conférence de presse du 6 février, qu’Axa avait bien été son client, comme l’ont été Fimalac, la banque Oddo et le cabinet comptable de René Ricol, ainsi que Mediapart l’a révélé.

Des conseils précieux, semble-t-il : François Fillon a été rémunéré 200 000 euros par Axa pour une mission s’étalant entre la mi-2012 et la mi-2014, selon les révélations de BFM Business. 200 000 euros, cela ressemble à un tarif de base pour la société 2F Conseil. Il a reçu les mêmes appointements de la part du cabinet Ricol.

Comment justifier de telles rémunérations pour des activités menées en même temps qu’un travail de parlementaire ? Pour nombre de parlementaires, elles sont injustifiables. La situation ne peut qu’être porteuse de conflits d’intérêts. « Comment ne pas soupçonner un trafic d’influence ? Les puissances de l’argent sont en train d’accaparer la politique. De très grandes sociétés multinationales se paient des hommes politiques, appointent, donnent de largent à des hommes politiques pour quils les aident à ouvrir des portes, à se servir de leurs relations pour leurs intérêts », s’indigne François Bayrou. « On ne peut pas intervenir en même temps comme lobby pour un intérêt privé et en même temps comme législateur censé défendre l’intérêt général », insiste de son côté Yannick Jadot, candidat écologiste à la présidentielle.

Douze députés écologistes et de gauche ont saisi le 9 février le déontologue de l’Assemblée nationale, Ferdinand Mélin-Soucramanien, sur les activités de conseil de François Fillon. « Les activités qu’il a exercées auprès du client dont nous avons connaissance [AXA] ne peuvent-elles pas être constitutives d’une situation de conflit d’intérêts et d’un manquement manifeste à la déontologie d’un parlementaire ? »s’interrogent-ils dans cette lettre signée notamment par Cécile Duflot et le député démissionnaire du PS Pouria Amirshahi.

Depuis la révélation de ses activités de conseil auprès d’Axa, François Fillon fait tout pour enterrer cette nouvelle polémique. La plus embarrassante peut-être pour lui car elle pose la question de sa proximité avec le monde financier, des échanges de services possibles. Car le monde des affaires – et plus encore le monde financier – n'est pas connu pour être désintéressé : quand il engage de l'argent, il attend toujours un retour sur investissement. Quelles sont les contreparties en retour ? Un poste de ministre ? Une politique écrite au bénéfice du monde financier, qui pourtant n'a pas eu à se plaindre ces dernières années ?

L’ancien premier ministre peut, comme à son habitude, plaider l'acharnement : il a agi dans la plus parfaite légalité. En principe, la loi électorale interdit aux parlementaires d’exercer les métiers de conseil, activités jugées incompatibles avec l’activité parlementaire car sources évidentes de conflits d’intérêts. Cependant, elle autorise les parlementaires à conserver cette activité, s’ils l’exerçaient auparavant. Cette disposition n’a pas été modifiée lors de la discussion sur la loi sur la transparence de la vie politique adoptée en 2013, une grande majorité d’élus de droite mais aussi nombre de parlementaires de gauche prônant le statu quo. François Fillon est un homme averti et respectueux des règles : il a enregistré sa société de conseil en juin 2012, juste huit jours avant de reprendre son activité de parlementaire, après sa sortie de Matignon, comme l’a déjà relevé Mediapart. Il exerçait donc bien son activité de conseil avant d’entrer au Parlement !

Du côté d’Axa, en revanche, les choses sont plus compliquées. Comment justifier un tel contrat avec François Fillon ? Quels conseils pouvait-il apporter au groupe d’assurances ? Axa ne court-il pas le risque d’être poursuivi pour abus de bien social, voire financement politique illégal pour avoir rémunéré l’ancien premier ministre ? Tout de suite après la révélation de ce contrat, le groupe a pris les devants. François Fillon « a notamment travaillé entre mi-2012 et mi-2014 sur les négociations en cours à l’époque sur la directive européenne Solvency 2, entrée en vigueur le 1er janvier 2016 », a-t-il indiqué à L’Argus de l’assurance. L’ancien premier ministre aurait en particulier permis « d’ouvrir des portes à Bruxelles et à Berlin ». Interrogé sur ses déclarations et le contenu exact de ces missions, le groupe d’assurances n’a pas répondu à nos questions.

Solvency 2 est une directive européenne visant à renforcer les règles prudentielles des assurances. Le cadre général a été adopté en novembre 2009, après la crise financière. Mais les dispositions précises pour fixer le cadre réglementaire se sont étalées jusqu’en 2014. Le texte a été transposé dans la législation française à la fin de 2014 et est entré en vigueur à partir du 1er janvier 2016.

L’ombre pesante d’Axa

Pendant ces années, les discussions ont tourné au bras de fer entre la Commission européenne et les assureurs. Ces derniers ont cherché par tous les moyens à obtenir la plus faible régulation possible, voire pas de régulation du tout. Au nom, bien sûr, de la sauvegarde du secteur, « désavantagé face à la concurrence mondiale ». Tout a été sujet à controverse : le niveau de fonds propres requis, les actifs risqués ou non, les positions à prendre en compte ou non.

À la seule évocation de l’ancien premier ministre conseiller d’Axa pour Solvency, les connaisseurs du secteur éclatent de rire. « C’est une plaisanterie », dit un financier, ancien administrateur d’un groupe d’assurances, qui soupçonne le candidat de droite de n’avoir jamais lu un bilan de ce type de groupe. Le soupçon est justifié : le monde de l’assurance est encore plus compliqué et technique que celui de la banque.

La députée PS Karine Berger, qui a été très active sur ces questions pendant toute la mandature, ne se souvient pas non plus avoir vu François Fillon se passionner pour la régulation bancaire et financière. Il n’appartient pas à la commission des finances et n’est jamais intervenu dans les débats. « C’est Jérôme Chartier [aujourd’hui conseiller spécial auprès de François Fillon – ndlr] qui est intervenu pendant toute la discussion sur la transposition en droit français de la directive Solvency 2 », indique-t-elle.

Alors que de multiples lobbies se sont activés dans les couloirs de Bruxelles pendant toutes ces années pour faire réécrire le texte, quel pouvait être l’apport de François Fillon ? Que signifie la mission « ouvrir des portes à Bruxelles et à Berlin » ? Tout laisse penser que l’ancien premier ministre a monnayé son carnet d’adresses auprès d’Axa. Une personne notamment pouvait intéresser Axa : Michel Barnier, alors commissaire européen chargé du marché intérieur et des services. À ce titre, c’est à lui que revenait la responsabilité d’écrire toutes les directives de régulation financière. Il affichait des positions très fermes sur ces sujets, mais a dû souvent reculer face aux gouvernements, français notamment, venus en soutien de leur secteur financier.

François Fillon connaît Michel Barnier de longue date. Comme lui, c’est un gaulliste historique. Tous les deux ont appartenu à cette jeune garde de droite qui s'est illustrée contre la gauche au pouvoir dans les années 1980, alors que le RPR et l'UDF ne se remettaient pas d'avoir perdu le pouvoir. Plus tard, Michel Barnier a été ministre de l'agriculture de François Fillon. Rien de plus facile donc pour l'ancien premier ministre que de glisser un mot en faveur d’Axa à Michel Barnier. Les élus font cela tous les jours pour défendre telle ou telle société implantée dans leur circonscription.

Mais Axa avait-il vraiment besoin de François Fillon pour défendre sa cause ? Outre les multiples lobbyistes, le groupe d'assurances a des défenseurs à Bercy et jusqu'au sommet de l'État. D’autant qu’à l’époque, l’assureur est un souci pour le ministère des finances, car il est fragilisé dans le monde financier. Les rumeurs abondent sur son cas. Il se murmure alors qu’il serait l’assureur européen qui aurait le plus de difficultés à remplir ses obligations prudentielles. Le cours boursier du groupe atteste en tout cas de ces problèmes : il est alors au plus bas historique, évoluant pendant plus de deux ans entre 8 et 10 euros.

 

La Commission européenne n’a pas répondu à nos questions pour savoir si un rendez-vous avec François Fillon figurait à cette période à l’agenda officiel de Michel Barnier. Mais un simple coup de fil peut suffire. L'a-t-il donné ? Cela justifie-t-il de recevoir en contrepartie une rémunération de 200 000 euros ? Poser la question est déjà donner la réponse. D’autant que par la suite, François Fillon a été amené en tant que parlementaire à se prononcer sur ce texte.

Dans tous les cas de figure, la position de François Fillon est intenable. Soit il n’a apporté aucun conseil réel à Axa et sa rémunération exorbitante apparaît comme un soutien illégal de la part de financiers. Soit il a monnayé pour le groupe d’assurances quelques entrées et s’est fait écho auprès de personnes influentes des désirs et des revendications de l’assureur, tout en se prononçant sur le texte législatif de transposition par la suite et le conflit d’intérêts est à tout le moins patent. Mais il est vrai que cette notion semble bien étrangère à François Fillon. Comme il le dit lui-même, la transparence est un fléau. Et l'honnêteté ?

 

 

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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 06:57
« L’Amérique d’abord!"
par Serge Halimi 
  

Dès son premier discours de président, M. Donald Trump rompt avec ses prédécesseurs. Promettant, le ton rogue et le poing serré, que le slogan « America First » L’Amérique d’abord ») résume la « nouvelle vision qui gouvernera le pays », il annonce que le système international créé depuis plus de soixante-dix ans par les États-Unis n’aura plus pour fonction que de les servir. Ou pour destin de dépérir. Une telle franchise perturbe la tranquillité des autres nations, notamment européennes, qui feignaient de croire à l’existence d’une « communauté atlantique » démocratique, réglée par des arrangements mutuellement avantageux. Avec M. Trump, les masques tombent. Dans un jeu qu’il a toujours jugé être à somme nulle, son pays entend « gagner comme jamais », qu’il s’agisse de parts de marché, de diplomatie, d’environnement. Malheur aux perdants du reste de la planète.

Et adieu aux grands accords multilatéraux, en particulier commerciaux. Façonné par ses souvenirs d’écolier des années 1950, le nouvel occupant de la Maison Blanche remâche depuis des décennies la fable selon laquelle l’Amérique se serait toujours comportée en bon Samaritain. Et aurait, depuis 1945, « enrichi d’autres pays », lesquels, sous le parapluie protecteur de l’Amérique, ont « fabriqué nos produits, volé nos entreprises et détruit nos emplois » (1). De grandes fortunes autochtones ont assurément survécu au « carnage » qu’il décrit, dont son empire de résidences de luxe qui a essaimé sur quatre continents. Mais de telles arguties pèsent peu au regard du renversement idéologique qui se dessine : le président des États-Unis parie que son protectionnisme« apportera une grande prospérité et une grande force », au moment où, au Forum économique de Davos, le dirigeant du Parti communiste chinois propose de se substituer à l’Amérique comme moteur de la mondialisation capitaliste (2)…

Que dit l’Europe ? Déjà en voie de dislocation avant le coup de barre de Washington, elle regarde passer les trains et essuie, désemparée, les rebuffades de son parrain. M. Trump, qui la soupçonne (assez justement) d’être dominée par les choix économiques de l’Allemagne, s’est réjoui que le Royaume-Uni ait décidé de la quitter et méprise les obsessions antirusses des Polonais et des Baltes. Autant dire que les dirigeants du Vieux Continent, qui ont renoncé depuis des années à toute ambition contraire aux vœux de leur suzerain américain, risquent dorénavant de trouver porte close à l’ambassade des États-Unis où ils venaient rappeler leur loyauté (3). Rien ne garantit que l’unilatéralisme de M. Trump les contraindra enfin à renoncer au biberon de l’atlantisme et au dogme du libre-échange pour marcher sur leurs propres jambes. Mais l’année électorale en France et en Allemagne mériterait d’avoir cette exigence pour enjeu.

Serge Halimi

Serge Halimi

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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 06:50
De qui François Fillon est-il le prête-nom? par les sociologues François Denord et Paul Lagneau-Ymonet (Le Monde Diplomatique, février 2017)
De qui François Fillon est-il le prête-nom ?
 
 

Auprès des principaux candidats à l’élection présidentielle française s’activent des collaborateurs. Ces équipes exhibées devant les caméras, ces organigrammes publiés par la presse ne représentent pas seulement une accumulation de pouvoirs, d’ambitions et de savoir-faire : ils expriment des compromis entre fractions de la classe dominante et impriment leur marque aux divers programmes. Après M. Nicolas Sarkozy en « président des riches (1)  », voici M. François Fillon, son ex-premier ministre, en apôtre de l’entreprise, de l’autorité et de la foi.

Dans l’arithmétique des pouvoirs, toutes les richesses ne se valent pas. L’argent surclasse les autres (culture, savoir et prestige) et étalonne leurs grandeurs relatives. Il en va de même parmi les alliés de M. Fillon : des financiers fixent le cap, des consultants organisent la campagne, des communicants lustrent l’image du candidat.

Au pôle économique trône M. Henri de Castries, ex-président-directeur général du premier assureur mondial, Axa, un groupe qu’il a rejoint après avoir pris part aux premières privatisations (1986-1988) en tant que chef de bureau à la direction du Trésor. Dans cette entreprise qui martèle depuis des années son credo libéral, notamment à travers l’Institut Montaigne, une boîte à idées fondée en 2000 par son ancien dirigeant Claude Bébéar, M. de Castries s’épanouit. Il réclame « des leaders forts, qui développent une vraie vision du monde et une vraie stratégie d’avenir, et qui seront d’une fermeté sans faille dans l’exécution de celle-ci. Bien sûr, il faut écouter les protestations, mais en ayant conscience de ce qu’elles représentent d’intérêts particuliers. Mais il faut savoir tenir un cap. C’est une dignité et une vertu que de mener des réformes »(Le Figaro, 2 novembre 2016).

Avec M. Jean de Boishue, son conseiller à Matignon, et M. Igor Mitrofanoff, sa « plume », M. Fillon avait déjà des amis russophiles. M. de Castries l’a fait bénéficier de ses relais atlantistes. En 2013, il l’invite aux rencontres du groupe Bilderberg, cénacle qui, depuis sa création en 1954, rassemble patrons, politiques, anciens militaires et quelques journalistes. L’assureur a aussi inspiré le programme du candidat tout au long de la primaire. Depuis le succès de son champion, M. de Castries guette le déroulement de la campagne et appâte les rédactions par la mise en scène de ses ambitions ministérielles (Le Monde, 14 décembre 2016).

Nul chef sans stratège. Dans les grandes entreprises, c’est souvent la fonction dévolue aux consultants. Ils jouent un rôle-clé aux côtés du candidat de la droite française. Formé chez les jésuites, puis à la Harvard Business School, M. François Bouvard supervise l’élaboration du programme, une mission analogue à celles qu’il accomplissait pour des directions de multinationales ou d’administrations centrales lorsqu’il travaillait pour le cabinet McKinsey (1989-2013). Quand, en 2007, le gouvernement de M. Fillon lance la révision générale des politiques publiques (RGPP), qui applique aux administrations les règles des entreprises privées, le comité de suivi des audits a pour coanimateur M. Jean-Paul Faugère, alors directeur de cabinet du premier ministre. Celui-ci prétendait déjà « faire mieux avec moins », et McKinsey présentait la RGPP comme un cas d’école (2).

Après le stratège, le manager : M. Pierre Danon, directeur de campagne adjoint pendant les primaires. À la tête de Numericable entre 2008 et 2012, il a rencontré M. Fillon à l’occasion de la mise en vente par son gouvernement d’une quatrième licence de téléphonie mobile. Mais, pour ce spécialiste de la « réduction de coûts », qui cumule les jetons de multiples conseils d’administration, la révélation politique remonterait à 2012 : « J’ai trouvé les attaques contre la famille Peugeot, qui a toujours défendu l’emploi en France, détestables. J’ai été choqué par la distance prise avec l’Allemagne afin de flirter avec l’Espagne et l’Italie » (L’Opinion, 21 septembre 2016). Depuis, M. Danon organise des rencontres entre M. Fillon et des dirigeants d’entreprise, anime des groupes de travail afin de rédiger le programme économique et sillonne la France pour des réunions publiques. Un soir d’automne 2016, à la Bourse du travail de Massy (Essonne), il galvanise son auditoire : « Et, s’il le faut, [M. Fillon] saura envoyer l’armée pour débloquer des raffineries » (L’Humanité, 18 novembre 2016). Il figure désormais parmi les porte-parole officiels de son champion ; dans l’organigramme, il est rattaché au « pôle société civile », qu’anime un ancien directeur du Mouvement des entreprises de France (Medef), chargé des adhérents.

Financière de haut vol, son épouse, Mme Laurence Danon-Arnaud, a présidé entre 2005 et 2013 la commission « Prospectives » du Medef, lequel a instillé nombre de ses idées dans le programme du candidat Fillon. Pour la primaire, Mme Dorothée Pineau, directrice générale adjointe du Medef, s’est beaucoup investie (Marianne, 23 novembre 2016), tout comme la présidente de la fédération patronale Syntec. Mme Viviane Chaine-Ribeiro, qui ambitionnerait de succéder à M. Pierre Gattaz à la tête du Medef, fait elle aussi partie des porte-parole officiels de M. Fillon.

Pour la communication, celui-ci s’en remet à l’une des plus prestigieuses attachées de presse de la capitale. Après être passée par Sciences Po et par la faculté de droit d’Assas, Mme Anne Méaux a fait ses classes à l’Élysée, auprès du président Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981), puis au service du groupe parlementaire Union pour la démocratie française (UDF) à l’Assemblée nationale. Elle dirige désormais Image Sept, qui se présente comme la « première agence de communication indépendante en France ». Sa clientèle comprend des établissements publics, des collectivités territoriales, des gouvernements étrangers et les piliers du CAC 40. C’est en particulier à l’un d’entre eux, M. François Pinault, le patron de Kering (ex-groupe Pinault-Printemps-Redoute, PPR), que Mme Méaux doit sa position. Elle l’a désigné comme parrain lorsqu’elle a reçu l’insigne d’officier de la Légion d’honneur (Le Figaro, 10 juin 2016). Ses convictions libérales ont amené cette admiratrice de la romancière libertarienne américaine Ayn Rand (3) à suivre M. Fillon (L’Opinion, 21 novembre 2016).

 
 
« Jésus manager »

Les libertariens glorifient l’individu libre et se jouent des conventions. Mais, parmi les proches du candidat de droite, l’appartenance à de grandes familles et la conformation aux styles de vie les plus traditionnels restent de rigueur, et l’on veille à nouer de fructueuses alliances matrimoniales. L’homme chargé des donateurs, M. Arnaud de Montlaur, travaille pour Quilvest. Ce conglomérat financier appartient depuis sept générations aux héritiers Bemberg, famille qui a fait fortune dans la brasserie en Argentine dès la fin du XIXe siècle, avant de s’allier aux noblesses européennes. Le comte de Castries a, quant à lui, épousé la fille d’une cousine dont les parents et alliés possèdent des parcelles entières du faubourg Saint-Germain. Plutôt âgés, exerçant un pouvoir au sein de l’État ou dans l’ordre économique, les membres de la grande bourgeoisie perpétuent l’influence de lignées — parfois d’origine aristocratique — dont les membres se veulent les dépositaires de l’intérêt général et de la continuité de l’histoire nationale.

Nombre de soutiens de M. Fillon sont des enfants ou des parents de grands commis de l’État, diplômés des écoles publiques les plus renommées (Polytechnique ou École nationale d’administration, ENA), qui ont fait fructifier leur connaissance des arcanes administratifs pour s’enrichir aux marges du secteur public ou dans le privé. Lui-même fils de préfet, le préfet et conseiller d’État Jean-Paul Faugère a obtenu, après avoir dirigé le cabinet de M. Fillon, la présidence du conseil d’administration de CNP Assurances, une entreprise publique mais cotée en Bourse. « Trois cent cinquante mille euros à ne rien faire, c’est fou ! », se serait lamenté M. François Hollande en 2012, quand M. Jean-Marc Ayrault lui a confié que M. Fillon — son prédécesseur au poste de premier ministre — ne lui avait « demandé qu’un seul service : recaser son directeur de cabinet (4)  ». En 2015, le fardeau de M. Faugère lui a tout de même laissé le temps de présider les jurys de l’ENA.

Le candidat peut également compter sur M. Antoine Gosset-Grainville. Énarque et fils d’énarque, cet inspecteur général des finances a délaissé la fonction publique au début des années 2000. Directeur adjoint du cabinet de M. Fillon, puis de la Caisse des dépôts, il a occupé des fonctions d’administrateur dans plusieurs grands groupes avant de fonder un cabinet d’avocats spécialisé dans les fusions-acquisitions, BDGS Associés. Une trajectoire typique des quelques hauts fonctionnaires auxquels le retrait de l’État de la sphère productive, la déréglementation et l’ouverture à la concurrence internationale ont offert de profitables reconversions ; ce qui n’empêche pas M. Gosset-Grainville de se définir comme un« animal à part » (L’Opinion, 15 janvier 2016).

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Jacques prévert. – « La Cinquième ou le Régime des poulets », collage, 1958-1973
Collection BnF – © Fatras / Succession Jacques Prévert

Encore ce pur produit de la « noblesse d’État » a-t-il servi la puissance publique. M. Marc Ladreit de Lacharrière, lui, en a démissionné dès sa sortie de l’ENA, en 1968, pour rejoindre la Compagnie de Suez, puis la direction financière de L’Oréal. Désormais milliardaire, il dirige sa holding personnelle, Fimalac, qui possède, entre autres actifs, la Revue des deux mondes. Il y a fait « travailler » Mme Penelope Fillon (5) et a nommé comme directrice de la rédaction Valérie Toranian, ancienne directrice du magazine Elle et compagne de l’éditorialiste Franz-Olivier Giesbert, lequel siège au comité de la revue aux côtés de Mme Élise Longuet, fille de l’ancien ministre Gérard Longuet et directrice des relations extérieures de Fimalac. Le vénérable périodique, qui accueillit les poèmes de Charles Baudelaire et les réflexions de Stendhal, publie à présent « les interventions de penseurs et d’hommes d’action contemporains tels François Fillon, Édith de La Héronnière ou Georges Charpak », peut-on lire sur le site de la holding.

La doyenne des revues libérales revendique « un souci de modération, de prudence, un rejet des postures extrêmes, un esprit de pragmatisme ». C’est également à la sobriété intellectuelle qu’en appelle M. Jérôme Chartier, conseiller spécial de M. Fillon. Ce député du Val-d’Oise, qui partage sa vie avec la présidente du conseil de surveillance d’Eurodisney, Mme Virginie Calmels, organise chaque année sous les voûtes de l’abbaye de Royaumont des « Entretiens ». Dirigeants économiques, hauts fonctionnaires et représentants de divers cultes s’y pressent. Le thème de l’édition 2016 avait tout pour plaire au candidat à la présidentielle : « Croyant et citoyen ». Le gouverneur de la Banque de France, M. François Villeroy de Galhau, y évoqua « l’expérience de Jésus manager » et « la façon incroyable dont il gère son équipe : il part de douze Galiléens assez frustes et il en fait l’entreprise internationale la plus durable du monde ».

Croyants, les fidèles soutiens de François Fillon le sont assurément. Son directeur de campagne, M. Patrick Stefanini, ancien bras droit de M. Alain Juppé, passe pour l’artisan du ralliement du mouvement Sens commun au député de Paris. La porte-parole de cette émanation de la Manif pour tous, Mme Madeleine de Jessey, a d’ailleurs trouvé une place dans l’organigramme de campagne. La coordination de celle-ci échoit à un catholique intransigeant, M. Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat et président du conseil régional des Pays de Loire depuis 2015, après avoir succédé en 2010 à son ancien mentor, M. Philippe de Villiers, à la tête du département de la Vendée. Converti au protestantisme, M. Gérard Larcher, président du Sénat, serait un partisan du dialogue avec toutes les confessions : il a pour mission de faire le lien entre M. Fillon et les directions des confédérations syndicales.

M. Chartier l’assure : « François Fillon n’a jamais eu aucun lien avec l’extrême droite » (BFM TV, 23 novembre 2016). Tous ses soutiens ne peuvent en dire autant. M. Hervé Novelli, ancien secrétaire d’État, et M. Longuet, ex-ministre, font ainsi partie, comme Mme Méaux, de la « génération Occident », ces anciens militants radicaux de l’anticommunisme passés de l’ultradroite au giscardisme durant les années 1970 (6). De leur côté, des soutiens affichés comme M. Charles Millon, ancien ministre de la défense, et son épouse, la philosophe Françoise Delsol, sont des piliers d’une droite lyonnaise traditionaliste proche de l’Opus Dei. Aux avant-postes du libéralisme économique le plus échevelé durant les années 1970 et 1980, ils ont peut-être trouvé le candidat qui saura « libérer l’économie ». Proche de M. Alain Madelin, M. Novelli a fréquenté assidûment l’Association pour la liberté économique et le progrès social (Aleps), l’un des fers de lance du néolibéralisme en France (7). Rédacteur du programme ultralibéral du Front national en 1973, M. Longuet fut longtemps membre d’honneur du très droitier Club de l’horloge. Ses prises de position sur l’immigration ou l’homosexualité le rapprochent de l’extrême droite.

Symbole de la marginalisation de la référence gaullienne, M. Fillon a reçu l’appui de deux voix importantes de la galaxie libérale : celle de Nicolas Baverez, ancien conseiller à la Cour des comptes devenu avocat, chroniqueur au Point et auFigaro, enthousiasmé par un « vrai programme qui est un programme libéral » (BFM Business, 28 novembre 2016) ; et celle de Mathieu Laine. Cet essayiste et dirigeant d’un cabinet de conseil se montre ravi de la mue idéologique accomplie par l’ancien partisan du « non » au référendum de Maastricht de 1992 ; il se félicite qu’il perçoive désormais « l’urgence de libéraliser notre économie (…) en dégonflant l’État-précaution au bénéfice d’un État régalien récemment affaibli » (Le Monde,22 novembre 2016).

Au-delà des spécificités liées à l’ancrage de M. Fillon au sein de la bourgeoisie catholique, cet attelage de la banque-assurance, du management et de la communication se retrouverait sous des formes et des incarnations différentes dans l’entourage d’autres candidats — M. Emmanuel Macron, notamment. Il marque l’aboutissement du processus de néolibéralisation qui, en France, affecte la structure du pouvoir depuis quarante ans. Il se traduit par un moindre contrôle politique sur l’ordre économique et par un retour en force des puissances financières, commerciales et industrielles privées.

François Denord & Paul Lagneau-Ymonet

Sociologues. Auteurs de l’ouvrage Le Concert des puissants,
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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 20:27
La vérité sur le programme du Front National (L'Humanité, 6 février 2017)
La vérite sur le programme du Front national
GRÉGORY MARIN
LUNDI, 6 FÉVRIER, 2017
L'HUMANITÉ

Décryptage. Loin d’incarner une rupture avec le libéralisme des gouvernements passés et présent, Marine Le Pen franchit une étape supplémentaire dans le travestissement des orientations qu’elle défend en vue de l’élection présidentielle. Son projet constitue en réalité un danger pour les salariés, les plus démunis et la démocratie en général.
 

En campagne permanente depuis la dernière élection présidentielle, Marine Le Pen s’est d’abord présentée comme la championne de la « France des oubliés », avant de prétendre ces derniers mois parler « au nom du peuple ». C’est ce credo qu’elle et son équipe de campagne ont mis en avant ce week-end à Lyon lors des « assises présidentielles » du parti. Dans son discours de clôture, la candidate a promis une triple « révolution » : du patriotisme (économique, mais développant aussi l’identité nationale) ; de la proximité en proposant aux Français une « démocratie de contrôle » par le « référendum d’initiative populaire » ; de la liberté, notamment en « retrouvant la souveraineté nationale », qui amènera la France à sortir de l’Union européenne.

Dans un grand écart entre tentative autoritaire et promesse d’écoute des Français qui lui permet à la fois de justifier les aménagements cosmétiques de son programme et de surseoir à la clarification de certaines mesures, le FN flaire l’aubaine. Plutôt facile de proposer par exemple la « Sécurité sociale garantie pour tous », même sans développer, quand François Fillon lui sert le sujet sur un plateau, en totale rupture avec la majorité des Français. Se dégagent néanmoins du projet de la candidate des lignes de force qui reprennent les fondamentaux du parti d’extrême droite. Découpé en sept grandes parties (« une France fière », « une France prospère », etc.) et comptant 144 mesures, son programme présidentiel fait la part belle au rejet de l’immigration, à la sortie de l'Union européenne et au « patriotisme économique », à la sécurité et à l’« identité ». Selon la présentation qu'en fait Marine Le Pen, ce programme représente un « choix de civilisation (qui) engagera aussi l'avenir de nos enfants ». Nous avons décidé de le passer au crible. Le résultat est sans appel : les choix qui le guident feraient entrer la France dans une régression sans précédent depuis la Libération.

  • IMMIGRATION

C’est le pivot de toute l’argumentation du Front national. La « cause » mobilisatrice qui a présidé à la fondation de ce parti, il y a quarante-cinq ans. Pour le Front national, la lutte contre l’immigration est la question centrale de tout programme, quel que soit l’échelon visé, municipal, régional ou, en l’occurrence, national. Celui qu’elle propose pour cette campagne 2017 ne fait pas exception à la règle.

Marine Le Pen veut favoriser "l'entre-nous"

Le FN n’a cessé de batailler contre l’accueil de réfugiés, politiques ou économiques, et entend s’opposer à cette « déferlante migratoire », ainsi que la qualifie la candidate FN. Elle propose de fixer un « solde annuel » d’immigration légale à 10 000 personnes, les départs induits par les reconduites à la frontière de migrants, dont elle souhaite « simplifier et automatiser » l’expulsion, venant compenser l’entrée sur le territoire d’étrangers triés sur le volet. La fin du droit du sol est un pilier du programme, comme la « fin de l’automaticité du regroupement et du rapprochement familial », et la possibilité d’acquisition de la nationalité française réduite à « la filiation ou la naturalisation », dont les conditions seront « plus exigeantes ». Tellement qu’elles deviennent « impossibles » pour les « étrangers en situation illégale ». Pour tenir ces objectifs, Marine Le Pen propose toujours de renforcer les contrôles aux frontières, voire de fermer ces dernières, s’adjoignant l’aide de 6 000 nouveaux douaniers, qu’elle veut recruter. D’ailleurs, dénonçant les « pompes aspirantes » que représente, selon le FN, l’accès aux droits fondamentaux (à se soigner, à l’éducation, au logement), Marine Le Pen veut supprimer l’aide médicale d’État « réservée aux clandestins ». Tant pis si l’accès aux soins pour les plus démunis des arrivants en France permet de détecter des cas de maladies en protégeant ainsi l’ensemble des Français.

La priorité frontiste : la "priorité nationale"

La « préférence nationale » s’est muée en « priorité nationale », mais l’objectif reste le même : créer une division supplémentaire entre les travailleurs, entre les Français de fraîche date et ceux dits « de souche ». Cela commence par l’inscription de cette mesure dans la nouvelle constitution, dont le FN distribuait des exemplaires ce week-end. Y sont aussi inscrites « la défense de notre identité de peuple » et « la lutte contre le communautarisme ». Le logement social, dont l’« attribution prioritaire » revient aux Français. Idem pour le travail, puisque Marine Le Pen compte appliquer « la priorité nationale à l’emploi par l’intermédiaire d’une taxe additionnelle sur tout nouveau contrat d’employé étranger », a-t-elle déclaré au Monde, il y a quelques jours. Y compris les Européens, a d’ailleurs complété le vice-président Florian Philippot sur RTL, dans la foulée. Une méthode qu’elle compte également imposer aux clubs sportifs professionnels en y introduisant des quotas de joueurs de nationalité française.

Le musulman, un ennemi de l'intérieur

Le coordinateur du projet présidentiel, Jean Messiha, énarque et dirigeant du collectif Les Horaces, a beau vanter l’esprit de « synthèse » français, qui a fait que « Henri IV faisait des protestants et des catholiques un seul peuple », la « réconciliation nationale » n’ira pas plus loin. Car, si figure dans le programme la préoccupation d’« éradiquer le terrorisme » et de « briser les réseaux fondamentalistes islamistes » (lire par ailleurs), la manœuvre sert de prétexte à rendre suspect tout musulman. Il faut aller chercher cette proposition sur l’école pour le comprendre : « Garantir la liberté de scolariser ses enfants selon ses choix » est une référence à « l’enseignement libre » – traduisez catholique –, auquel l’extrême droite est attachée, mais « tout en contrôlant la compatibilité avec les valeurs de la République des enseignements dispensés dans les établissements privés hors contrat » signifie « garder un œil sur les écoles musulmanes »… Même le supposé féminisme de Marine Le Pen (le FN édite une brochure calquée sur Version Femina qui proclame en une « Je veux défendre les femmes françaises ») est ramené, dans la proposition « défendre le droit des femmes », à « lutter contre l’islamisme qui fait reculer leurs libertés fondamentales ».

  • SÉCURITÉ/JUSTICE

Voilà encore un domaine identitaire de l’extrême droite. Le FN prône un pouvoir fort : « L’autorité de l’État » a toujours figuré dans ses discours. Logique, car si cette demande d’autorité, régulièrement testée dans les sondages et plus encore depuis la vague terroriste qui a secoué le pays, est en augmentation dans la société, c’est chez les sympathisants FN qu’elle s’ancre le mieux : 60 % d’entre eux ont ce souci.

La militarisation de la société en marche

Marine Le Pen l’avait annoncé au Monde quelques jours avant ses assises de Lyon, elle entend augmenter immédiatement, si elle est élue, le budget de la défense à 2 % du produit intérieur brut, contre 1,5 % aujourd’hui, pour arriver à 3 % en 2022. Soit un doublement du budget pour supporter « la commande d’un second porte-avions baptisé Richelieu » (pour mémoire, le Charles-de-Gaulle, mis en circulation en 2001, a coûté 3 milliards d’euros, la « pérennisation de notre force de dissuasion nucléaire », « l’augmentation générale de notre format d’armée (davantage d’avions, de navires, de blindés) ». Au détriment de quel budget se fera cette inflation de dépenses d’armement, qui se distingue de la réponse aux besoins d’augmentation des moyens humains, qui devrait être la seule vraie priorité d’un(e) futur(e) président(e) ? Leur financement n’étant assuré que par des transferts de recettes, sans que de nouvelles recettes ne soient créées, la réponse découle d’elle-même : d’autres missions ou services publics paieront l’addition.

Quant aux forces de l’ordre, on notera que le « réarmement » proposé ne s’entend pas seulement sur les plans humain et matériel, mais aussi « moralement et juridiquement (notamment par la présomption de légitime défense) ». En clair, l’élargissement du champ de la répression autorisée par une police que l’on promet plus et mieux armée : la porte ouverte aux bavures et au sentiment d’impunité des forces de l’ordre porteuses de graves dérives pour un État dit de droit.

La justice sous contrôle de l'exécutif

Dans la société que Marine Le Pen brosse à grands traits dans son programme, la police occupe une place prépondérante. Aujourd’hui, le FN regarde d’un œil bienveillant les manifestations de policiers, soi-disant apolitiques et spontanées, qui réclament non seulement plus de moyens, mais aussi moins de « laxisme » de la part de juges (« supprimer l’École nationale de la magistrature » y pourvoira, selon le projet lepéniste) qui n’auraient qu’une hâte, délivrer les délinquants qu’ils arrêtent. Pour le FN, la « tolérance zéro » se décline, sur le terrain comme dans les palais de justice, par une répression aveugle et tous azimuts qui piétine les pouvoirs des juges : « Rétablissement des peines planchers », « suppression des remises de peine automatiques », coupure des aides aux parents de mineurs délinquants, « expulsion automatique des criminels et délinquants étrangers » pour qu’ils « purgent leur peine dans leur pays d’origine »… et tant pis si ces mesures, dont certaines ont été expérimentées durant le quinquennat Sarkozy, se sont révélées contre-productives, inapplicables ou inefficaces sur le plan de la lutte contre la délinquance et sa récidive ? Dans le futur rêvé du FN, « l’administration pénitentiaire (passerait) sous le giron du ministère de l’Intérieur », ce qui garantirait que les « 40 000 places de prison » supplémentaires qu’elle souhaite construire en cinq ans (portant le chiffre à 97 680 places) ne seraient jamais vides. Au passage, cela suppose une augmentation de budget de 1,28 milliard d’euros par an (un détenu coûte en moyenne 32 000 euros par an). Quant à la peine de mort, dont le retour a longtemps été une demande du FN, elle ne figure plus dans le programme de la candidate frontiste, même si elle s’y est déclarée à de nombreuses reprises « favorable personnellement ». Elle propose l’instauration de la « perpétuité réelle », c’est-à-dire la condamnation à mourir en prison…

 

  • INSTITUTIONS

Le FN et sa candidate prétendent parler « au nom du peuple ». Pour le préserver, c’est un grand bond en arrière que propose Marine Le Pen, en programmant, dès son accession à l’Élysée, l’appauvrissement de sa voix au Parlement et en Europe.

La "démocratie de proximité"... loin des Français

La présidente du FN, bien qu’ayant trouvé confortable, dix-huit ans durant et dans deux régions différentes, le statut d’élue régionale, envisage d’en finir avec les conseils régionaux et les communautés de communes… sans le dire expressément. Elle préfère parler de « maintien de trois niveaux d’administration : commune, département, État », sans s’expliquer sur les échelons voués à disparaître. Derrière sa proposition de « référendum en vue de réviser la Constitution » pour « élargir le champ d’application de l’article 11 », se cache la volonté de donner « plus de poids »… au chef de l’État. Car, au-delà du rétablissement du « septennat, non renouvelable » proposé par Marine Le Pen, l’article visé organise les conditions du référendum, notamment son contrôle par le Parlement. Le projet du FN ne fait pas mention de ce dernier à part pour valider son affaiblissement. Ainsi la proposition de « réduction du nombre de députés à 300, contre 577 aujourd’hui, et du nombre de sénateurs à 200, contre 348 actuellement », est-elle inspirée par une démarche à la fois comptable – moins de parlementaires égale moins de dépenses – et antiparlementariste, bien dans la tradition de l’extrême droite, qui surfe sur le climat actuel du « Tous pourris », entretenu – à tort – par les affaires. Ces mesures lui permettraient de se « débarrasser » d’un seul coup de 2 183 élus (1 758 conseillers régionaux et 425 parlementaires). Et si son programme prétend instaurer la proportionnelle à toutes les élections, il faut lire dans les détails pour déceler les lourdes concessions faites au scrutin majoritaire qui en dénature le sens : à l’Assemblée nationale, une « une prime majoritaire de 30 % des sièges » serait réservée à « la liste arrivée en tête » et un seuil d’éligibilité fixé à 5 %. Une manière d’assurer aux partis majoritaires une hégémonie ad vitam aeternam…

L'Europe, mère de tous les maux

Le FN prétend garantir l’indépendance de la France… mais ne va pas jusqu’à défendre la sortie de notre pays de l’Otan. Marine Le Pen fait illusion en prônant une mesure qui n’effraiera personne dans les cercles atlantistes : la sortie du « commandement militaire » de l’Alliance… ou comment faire passer la France du rang de caution à celui de vassale des puissances de l’Otan ! Cela colle bien à la volonté de Le Pen fille de s’afficher en élève modèle du nouveau président américain, dont elle se rêve en alliée, tout comme Le Pen père se voulait le « Reagan français ». Non, ce ne sont pas les États-Unis de Trump qui posent un problème au FN, mais l’Europe. Le parti compte mettre un terme à toute coopération européenne. Saluant le Brexit, à l’instar du président des États-Unis, elle entend, après une « négociation avec nos partenaires européens », organiser « un référendum » sur « l’appartenance à l’Union européenne ». Il s’agit, dit-elle, de « redonner à la France sa souveraineté monétaire, législative, territoriale et économique ». Pourtant, Marine Le Pen a l’air de douter des vertus de son propre programme : la sortie de l’euro ne figure plus clairement dans le texte, le FN lui préférant le terme de « retour à une monnaie nationale adaptée à notre économie ». Sortir de l’Europe sans sortir de l’euro, tout en en sortant… Le programme du FN a tout du leurre électoral, monument de tromperies sur les intentions réelles du parti et, surtout, sur les conséquences de ses choix pour la France et l’Europe.

Une nouvelle constituion pour valider l'isolement

Le FN a depuis longtemps tranché : il ne veut ni se battre pour une Europe plus sociale et solidaire, pour une Europe politique, mais en isoler la France. L’introduction de nouveaux principes (défense de l’identité, priorité nationale, lutte contre le communautarisme) dans la nouvelle constitution que propose Marine Le Pen participe de cette volonté. Comme le rétablissement de la « supériorité du droit national » sur le droit européen. Dans les faits, cela veut dire aussi, par exemple, supprimer le droit de vote des résidents européens aux élections locales. Pour parachever ce mouvement, la candidate FN veut que, « en cas de conflit de normes devant une juridiction entre un traité (européen – NDLR) et une loi (française – NDLR), le juge tranche en faveur de la loi, si celle-ci est postérieure au traité ». En clair, si un Parlement FN votait, demain, une loi sur le rétablissement du travail des enfants, elle serait supérieure à la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne… Marine Le Pen propose, en outre, de « réaffirmer la supériorité de l’autorité judiciaire française sur les autorités judiciaires internationales reconnues par la France », Cour européenne des droits de l’Homme, Cour de justice et Tribunal pénal international inclus !

 

  • POUVOIR D'ACHAT

Marine Le Pen a un « problème » avec l’augmentation du Smic : « Cela entraîne une charge supplémentaire pour les entreprises, qui sont déjà dans une très grande fragilité dans notre pays », a-t-elle déclaré, le 25 janvier, sur Europe 1, pour justifier qu’elle ne l’augmentera pas. Niant l’effet mécanique d’une hausse du salaire de base, elle préfère distribuer des aumônes catégorielles pour flatter ses électorats.

Faute d'augmenter les salaires, le FN colle des rustines

La présidente du FN n’a jamais été pour la hausse des bas salaires : depuis 2012, sa ligne est de faire financer la hausse du pouvoir d’achat aux travailleurs eux-mêmes, les 200 euros d’augmentation qu’elle proposait à la dernière présidentielle étant en fait une baisse de cotisations sociales du même montant, grevant les finances publiques. En 2017, elle propose une ridicule « prime de pouvoir d’achat » annuelle – Marine Le Pen a avancé à Lyon, dimanche, le chiffre de 1 000 euros par an, qui n’est pas repris dans son projet présidentiel –, pour « les bas revenus (jusqu’à 1 500 euros – NDLR) et les petites retraites ». La mesure serait financée par « une contribution sociale sur les importations de 3 % »… ce qui aura pour effet mécanique de faire grimper les prix des produits concernés d’autant, les consommateurs les plus modestes, qui sont aussi les plus tentés par les produits importés à bas coût, finançant ainsi eux-mêmes cette soi-disant prime de pouvoir d’achat ! Concernant l’augmentation promise du minimum vieillesse, pas besoin d’annoncer de financement : cela se déduit tout seul de la suppression de son versement aux étrangers, puisqu’il sera désormais « conditionné à la nationalité française ou à vingt ans de résidence en France ». Quant à la « diminution de la taxe d’habitation pour les ménages modestes » et à celle « de 10 % des taux des trois premières tranches de l’impôt sur le revenu », le FN ne précise pas non plus de financement. Et quant à la « défiscalisation des heures supplémentaires », elle est inefficace, l’expérience Sarkozy l’a prouvée. Non seulement cette défiscalisation a privé la protection sociale de 4 milliards d’euros par an de cotisations, mais encore elle a fortement dégradé l’emploi, des plus précaires notamment : une étude du ministère du Travail de 2010 a montré que 44 % des entreprises concernées utilisaient cette mesure comme alternative au recrutement en CDI ou CDD, et 52 % pour remplacer l’intérim.

Des promesses... non financées pour le public

Les salariés de la fonction publique et leurs bataillons d’électeurs (5,4 millions de salariés) sont une nouvelle proie pour le FN. Aussi avance-t-il des propositions destinées à les séduire, qui l’engagent d’autant moins que Marine Le Pen ne dit pas comment elle compte les financer, comme la « hausse du point d’indice », de même que la promesse de « maintenir au maximum les hôpitaux de proximité », ce qui n’engage pas à grand-chose, ou d’« augmenter les effectifs ». Les quelques pistes avancées sont là aussi imprégnées par l’obsession de la « priorité nationale » : ainsi celle de « relever le numerus clausus » dans les études de santé, justifiée par la nécessité d’« éviter le recours massif aux médecins étrangers », celle de la suppression de l’aide médicale d’État pour les étrangers, ou encore celle de « lutter contre la fraude » en créant une carte Vitale biométrique « fusionnée avec le titre d’identité », donc réservée aux seuls Français…

  • FISCALITÉ

Le FN avance ici aussi à visage masqué : alors qu’il s’est toujours prononcé pour la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) ou sa disparition-fusion avec d’autres impôts comme la taxe foncière, le FN ne mentionne plus ce marqueur sans doute jugé trop ouvertement ultralibéral dans la nouvelle mouture de son programme, proposant désormais son maintien… Si d’autres expressions sont apparues, comme la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, le FN préserve toujours le capital, en menant, sous couvert de « fiscalité plus juste », une politique à la discrétion des plus riches.

Des héritiers non épargnés

Le diable est dans les détails. Certes, le FN inscrit en gras son refus de « toute hausse de la TVA » ou son intention de « baisser de 10 % l’impôt sur le revenu sur les trois premières tranches », mais il faut regarder plus loin. Que cache, par exemple, la proposition, insérée dans la partie « Garantir la protection sociale » et intitulée « Renforcer la solidarité intergénérationnelle », de pouvoir « transmettre sans taxation 100 000 euros à chaque enfant tous les cinq ans (au lieu de quinze ans actuellement) et en augmentant le plafond des donations sans taxation aux petits-enfants à 50 000 euros, également tous les cinq ans » ? Une mesure de préservation du capital des plus fortunés. Pour rappel, le patrimoine des Le Pen, bien que Marine et Jean-Marie le sous-estiment sciemment dans leurs déclarations de patrimoine, dépasse plusieurs millions d’euros… Quant à la suppression des « impôts à très faible rendement », Marine Le Pen ne dit pas lesquels sont visés… mais il est clair que l’ISF peut entrer dans ce cadre, si on le compare à l’impôt sur le revenu ou à la TVA. Est-il crédible, enfin, d’annoncer vouloir « lutter efficacement contre l’évasion fiscale » ? Non, si l’on se souvient que le nom de Le Pen père était cité dans l’affaire d’évasion fiscale dite des Panama Papers, comme ceux de proches de Marine Le Pen (Frédéric Châtillon, principal acteur de sa communication).

Le Medef n'en demandait pas tant

L’entreprise familiale Le Pen n’oublie pas l’entreprise tout court. Ainsi Marine Le Pen veut-elle réduire le taux d’impôt sur les sociétés à 15 % pour les TPE et créer un « taux intermédiaire » à 24 % (contre 33 % aujourd’hui) pour les entreprises moyennes, abaisser les « charges » sociales des TPE et PME, autant de recettes dont le patronat a toujours goûté la saveur. Le « soutien aux entreprises » est inscrit dans l’ADN du parti d’extrême droite, pour qui privilégier « l’économie réelle » n’est bien évidemment pas améliorer les conditions de travail des Français.

Le dialogue social sous contrôle

Sur le plan social également, le FN est « Medef-compatible »: la réduction des « obligations administratives liées au seuil social de 50 salariés » est assortie d’une fusion des institutions représentatives du personnel qui va éloigner les salariés de leurs élus et affaiblir le dialogue en entreprise. En cohérence avec la proposition d’instaurer une « véritable liberté syndicale par la suppression du monopole de représentativité » qui ouvre la voie aux syndicats « maison » et celle de « moraliser la vie syndicale par un contrôle public (de leur) financement », prétexte à leur musellement et à leur contrôle tout courts. Ajoutez à cela la « possibilité d’allongement du temps de travail via des accords au niveau des branches professionnelles », en contradiction flagrante avec l’affirmation du « maintien de la durée de travail à 35 heures », et vous aurez la teneur de l’imposture du FN. Un exemple ? Marine Le Pen dit vouloir abroger la loi travail, et pourtant les sénateurs FN n’ont pas voté la proposition de loi communiste déposée en janvier. Les actes en disent plus que les mots…

 

  • SÉCU

La retraite à 60 ans, un leurre intégral pour le FN

Le FN reprend la proposition phare de la gauche, abandonnée par le social-libéralisme de Hollande et Valls, de la retraite à 60 ans au bout de « quarante annuités de cotisations pour percevoir une retraite pleine ». Disons-le tout net, c’est une filouterie : le FN n’avance en effet aucune piste de financement, pourtant plus essentielle que dans n’importe quel autre domaine pour permettre de garantir ce droit, puisque c’est au nom du déficit des caisses de retraite et du refus d’envisager de nouveaux financements que les gouvernements successifs ont mené leur réforme d’allongement de l’âge légal à 62 ans et des annuités demandées pour y prétendre. Faute de réduire significativement le temps de travail, de proposer une politique de relance audacieuse des salaires apte à générer de l’emploi et des cotisations, et de mettre à contribution les revenus financiers, il n’y a aucune chance de voir rétablie la retraite à 60 ans. Ces questions ne sont en effet pas un détail technique qui pourrait se régler une fois passées les élections : elles sont au cœur de la lutte à mener face au refus catégorique des forces de l’argent de contribuer davantage au financement du système solidaire. Il est donc clair que le FN avance sur ce terrain par pur opportunisme électoral, dans le but tactique de priver ses adversaires d’un argument, mais qu’il n’a aucunement l’intention de passer aux actes.

Garantir la Sécu... en l'accusant de tous les maux

Cette indigence des propositions sur le point crucial du financement s’illustre d’ailleurs dans le chapitre concernant l’assurance-maladie, le FN se targuant de « garantir la Sécurité sociale pour tous les Français (la précision est capitale, puisqu’il faut alors comprendre que les étrangers, qui cotisent pourtant dans les mêmes conditions, en seraient exclus – NDLR) ainsi que le remboursement de l’ensemble des risques pris en charge par l’assurance-maladie ». On voit bien l’objectif, pour le FN, de prendre le contre-pied de la proposition de Fillon de ne plus faire rembourser les « petits risques » par le régime de base qui a tant inquiété les électeurs : Marine Le Pen espère faire venir à elle les déçus du candidat de la droite. Mais comment compte-t-elle pérenniser la couverture santé – qu’elle ne propose d’ailleurs aucunement d’améliorer, en dépit de son insuffisance ? Eh bien, « en simplifiant l’administration du système , en luttant contre la gabegie financière et en investissant dans les nouveaux outils numériques pour permettre des économies durables ». Quel est le montant de cette mystérieuse « gabegie », alors que le système crève du sous-financement ? L’administration est-elle si complexe qu’on puisse gagner de l’argent en la « simplifiant », alors que tout le monde reconnaît que la Sécu a des frais de gestion inférieurs à n’importe quelle assurance complémentaire ? Les « économies durables » escomptées de l’usage des outils numériques annoncent-elles des fermetures de guichets d’accueil du public ? Tout cela n’est pas sérieux, si ce n’est que le vocabulaire employé (gabegie, simplification, économies…) désigne à nouveau la Sécu comme coupable des maux du système, et semble bien plutôt préparer de nouvelles réformes d’austérité.

  • SOCIÉTÉ

S'il existe plusieurs lignes au Front national, elles se réconcilient toujours sur les fondamentaux de l’extrême droite : identité, famille, chrétienté. Mais les services publics, la défense du monde paysan, l’école émancipatrice ou la mixité sociale passent à la trappe.

Une politique familiale à définition étroite

« Un papa, une maman, il n'y a pas mieux pour un enfant. » Ce slogan de la Manif pour tous résonne encore dans la tête de Marine Le Pen, qui propose, dans la partie « une France juste » (sic), de « créer une union civile (Pacs amélioré) qui viendra remplacer les dispositions de la loi Taubira ». Même « sans effet rétroactif », c'est une abrogation du mariage pour tous qui ne dit pas son nom. Ce souci de la famille stéréotypée est également visible dans la proposition de « mettre en œuvre une politique nataliste »... « réservée aux familles françaises ».

« Une France éternelle », le slogan oublié

Dans la partie « une France fière », pas de fioritures : dès la première ligne est affirmée la volonté de « défendre l'identité nationale, les valeurs et les traditions de la civilisation française ». La citoyenneté française est un « privilège » qui ouvre d'ailleurs droit à la « priorité nationale » qui serait inscrite dans la Constitution. Ici, le vocabulaire n'est que « défense » de la citadelle France assiégée : « défendre » la langue, « rétablir » l'égalité réelle en « refusant le principe de ‘‘discrimination positive’’ » pourtant introuvable dans les textes de loi français, « défendre » l'unité et l'intégrité du territoire français... Et encore une fois, la « laïcité » est utilisée comme un outil coercitif qui s’étend à « l'ensemble de l'espace public » et « dans le Code du travail ». Traduction : interdiction du voile, de la kippa et autres burkinis, partout et tout le temps. À quand une « police vestimentaire » à l'iranienne pour veiller au respect des règles qui siéent au FN ?

L'école à la baguette

Marine Le Pen a entendu son allié Robert Ménard, le maire d’extrême droite de Béziers : « Le port de l'uniforme à l'école » sera rendu « obligatoire » si elle était élue. Elle entend ainsi focaliser l'attention d'élèves débarrassés du paraître sur « l'apprentissage des fondamentaux », français, calcul et histoire (exit « l'enseignement des langues et cultures d'origine »). D'ailleurs, la « promotion du roman national » comme le « refus des repentantes d'Etat » seront au programme scolaire. Les cours d'histoire vont s'en ressentir ? Qu'importe, puisque l'obligation de « neutralité » sera imposée aux élèves comme aux professeurs, forcément mal-pensants... Et si les élèves se révèlent imperméables aux nouvelles règles, la candidate frontiste leur ménage une issue, en développant « massivement l'alternance » en entreprise (contrat d'apprentissage et de professionnalisation) dans l'artisanat, le secteur public et privé.

Une politique agricole revue... sans les revendications paysannes

Les paysans sont des Français comme les autres, qui n'aspirent selon le FN qu'à sortir de l'Europe. C'est ce qu'elle leur propose en transformant « la politique agricole commune en politique agricole française », sans sortir du système de « subventions », même si elles seraient désormais fixées « par la France et non plus par l'Union européenne ». Mais pour « sauver et soutenir le modèle français des exploitations familiales », ne sont proposés que le « patriotisme économique », le développement des circuits courts, la simplification des normes administratives ou l'encouragement à « l'installation des jeunes agriculteurs » à coups de défiscalisation, la promotion des labels français... Des mesures étudiées pour séduire mais qui ne prennent pas en compte la principale revendication paysanne : vivre de son travail, pas de subventions. Et ce n'est pas la promesse d'améliorer les infrastructures « en particulier dans la ruralité » qui compenseront leurs pertes.

L'égalité mais pas pour tout le monde

Marine Le Pen veut « rééquilibrer la politique de la ville vers les zones désertifiées et rurales ». Tant pis pour le collectif Banlieues patriotes du Rassemblement bleu Marine, qui devait savoir à quoi s'en tenir. C'est un seul ministère, regroupant aménagement du territoire, transports et logement qui serait chargé d'assurer cette « égalité sur tout le territoire ». Le FN pille comme autant de slogans des revendications de la gauche pour brouiller les cartes, en promettant de « renationalis(er) les sociétés d'autoroutes » ou de refuser « la libéralisation du rail ». Mais le FN ne détaille pas la manière dont il compte s’y prendre, et pour cause ! Quand ils en ont eu l’occasion, le 7 avril 2015, ses sénateurs ont refusé de voter un amendement communiste qui obligeait le gouvernement à déposer au Parlement « un rapport examinant les conditions de mise en œuvre d’une nationalisation des sociétés d’autoroutes ». Quant au ferroviaire, les élus FN au Parlement européen ont voté le deuxième « paquet » de libéralisation en 2004, puis Marine Le Pen s’est abstenue sur le troisième en 2007, quand son père siégeant à ses côtés l’approuvait… Bref, faîtes ce que je dis, pas ce que je fais.

Mais ce n’est pas tout, le FN veut aussi s’attaquer aux « normes d'urbanisme et de construction ». En clair : en finir avec la règle d'obligation de construction de 25 % de logement social sous peine de sanctions. Avec Le Pen aux commandes, non seulement le logement social ne suffira pas aux besoins (aujourd'hui plus de 60 % des Français y sont éligibles) mais en le réservant « prioritairement aux Français », le FN affiche la couleur : plutôt que de répondre à la demande, il propose de partager la pénurie, en créant de nouvelles divisions entre les plus modestes… au plus grand profit des bailleurs privés qui prospèrent sur la crise de l’habitat ! D'ailleurs, ce type de logement à loyer modéré se raréfiera également par le rachat facilité « par les locataires de leur logement social pour parvenir à 1 % du parc HLM vendu chaque année ». Le « grand plan d'aide à la construction et à la réhabilitation » promis, comme « la baisse de la taxe d'habitation pour les plus modestes et le gel de son augmentation », la « pérennisation » de l'aide personnalisée au logement ou le « plan de construction de logements étudiants » servent à faire avaler la pilule d’une politique de destruction programmée du parc social, et ne suffiront pas à désengorger un marché au bord de l'explosion.

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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 20:27
Communiqué du PCF Finistère 
- 9 février 2017
 
Le PCF dénonce vigoureusement l'ordre qui a été donné par la préfecture du Finistère le samedi 4 février à Quimper de faire charger par les CRS le rassemblement de citoyens anti-fascistes "Pour une Bretagne ouverte et solidaire" qui s'était formé pour dénoncer les idées et la propagande raciste et haineuse de Jean-Yves Le Gallou, théoricien et dirigeant de l'extrême-droite radicale, présent à Quimper pour une conférence organisée par le site d'extrême-droite identitaire Breizh Info.   
Parmi d'autres militants et citoyens de convictions anti-racistes battus par les CRS, un pasteur, militant pacifiste, a été sérieusement blessé par des coups de matraque. Leur crime: avoir chanté la chanson anti-raciste "Lily" de Pierre Perret.
Et, pour d'autres, avoir refusé de se disperser et de découvrir complètement leurs visages.  
Grave entorse à l'ordre public!
Dans le même temps, les militants d'extrême-droite, sous le regard des CRS et d'un représentant de la préfecture, ont pu photographier à loisir la centaine de citoyens venus manifester contre les idées xénophobes de Jean-Yves Le Gallou et des organisateurs de sa conférence, histoire de réutiliser leurs photos dans des buts d'intimidation.
On ne peut qu'être interrogatif et en colère face à cet usage disproportionné de la violence face à des défenseurs de la tolérance, de la démocratie et du droit d'asile.
Cela rappelle curieusement les violences de l'Etat face aux manifestants contre la loi travail ou contre des projets d'équipement contestés comme Notre-Dame-des-Landes.  
Dans le climat de montée de l'extrême-droite et de la xénophobie, les autorités devraient garder le sang froid et la pondération nécessaires au service de la garantie des libertés et de la sécurité des citoyens.
 
Le PCF, 9 février 2017
Communiqué du PCF Finistère: une violence inacceptable contre les manifestants anti-racistes venus dire leur opposition aux idées haineuses de Jean-Yves Le Gallou et de Breizh Info
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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 17:56

Filière gériatrique Ouest-Cornouaille : déclaration du PCF

Pas de dividendes boursiers sur les soins aux personnes âgées !

 

Lundi 6 février, sous le patronage de l'ARS Bretagne, a été annoncée à Douarnenez la constitution d'une filière gériatrique de l'Ouest-Cornouaille.

Que l'accès aux soins des personnes âgées soit à l'ordre du jour, dans cette partie du Finistère où le vieillissement de la population appelle des réponses de fond, c'est une évidence.

Mais ce partenariat public-privé qu'on nous vante en déclarant que le patient « ne se fixe pas ces limites privé-public » nous interpelle.

Car sur les 5 établissements concernés, 2 sont des hôpitaux publics ( Douarnenez et l'EPSM Gourmelen de Quimper), un relève du privé non lucratif (l'hôpital de Pont L'Abbé), mais les 2 derniers, le centre de rééducation fonctionnelle de Tréboul et la clinique des Glénan à Bénodet, appartiennent à un groupe privé très lucratif, le groupe Orpea-Clinea.

Ce groupe, coté en Bourse, et qui s'étend à l'international, a vu en 10 ans son chiffre d'affaires multiplié par 10, et cela continue : +23 % en 2015, et encore en 2016.

Son patrimoine immobilier est estimé à plus de 3,4 milliards d'euros.

Il fait du profit sur la perte d'autonomie et sur la maladie.

Comme il l'explique cyniquement à ses investisseurs potentiels, c'est un secteur porteur...car les besoins ne peuvent que croître.

Il reverse en effet de juteux dividendes : près de 8 millions d'euros en 2015 à son actionnaire principal, un fonds de pension canadien ; plus de 3,8 millions d'euros à la famille Marian, fondateur et 2 ème actionnaire.

Les personnes hébergées ne sont pas traitées avec la même bienveillance : des associations d'usagers dénoncent la dégradation des services et des soins dans les établissements entrés dans le giron d'Orpea-Clinea, et ce malgré des tarifs très élevés.

Ni les personnels : mauvaises conditions de travail, salaires à la traîne, précarité (un sur deux est en CDD), et même flicage (la CGT a dénoncé l'embauche de « faux salariés » dans un établissement pour surveiller le personnel et particulièrement les syndiqués...).

Est-il tolérable que l'argent public, celui de la Sécu, celui des patients et de leurs familles aille ainsi gonfler les profits d'investisseurs privés qui s'enrichissent sur les besoins humains les plus essentiels ?

Non, évidemment non !

Il est grand temps de sortir la santé du marché et d'interdire que des groupes intervenant dans ce domaine puissent être cotés en Bourse et rémunérer leurs actionnaires sur le dos des malades et des personnes âgées.

Cela nécessite que l'on renforce les services publics en décidant des financements et une programmation afin qu'il puisse ouvrir des places et les établissements nécessaires. 

Ces groupes privés très lucratifs se développent sur un terrain qui leur est malheureusement abandonné par les politiques publiques qui, en raison des choix austéritaires, ne répondent pas aux besoins de la population, notamment en ce qui concerne les soins de suite et la prise en charge de la perte d'autonomie.

Alors en 2017, investissons le débat politique pour faire prévaloir d'autres orientations, pour l'accès aux soins pour tous et partout, avec la prise en charge à 100 % par la Sécu, pour un service public de l'autonomie pour les personnes âgées, pour l'Humain d'abord !


 

Ismaël Dupont Yvonne Rainero

secrétaire départemental du PCF commission nationale santé-protection sociale du PCF


 

Filière gériatrique Ouest-Cornouaille: déclaration du PCF Finistère. Pas de dividendes boursiers pour les soins aux personnes âgées!
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