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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 06:53

LA DROITE VEUT DETRUIRE LES SERVICES PUBLICS PAR UN COUP DE FORCE!

François Fillon a remporté la primaire de la droite avec un programme destructeur pour les services publics : moins 500 000 fonctionnaires, prise en charge des seules maladies longue durée pour la Sécurité sociale....

La droite nous refait le coup des fonctionnaires inutiles et coûteux! Pour donner des services utiles à la population en pâture au privé et aux frais des citoyens! La fonction publique, au 70ème anniversaire de sa création, c'est un statut pour les besoins fondamentaux de la population, assurés de manière démocratique et efficace! Mais il faut mettre les moyens!

Non aux classes à 35 élèves, non à la suppression des zones d'éducation prioritaire, non au surmenage des personnels hospitaliers toujours plus surchargés! Le passage aux 39 heures ne réglerait pas le problème et causerait du chômage supplémentaire. 

 

 

NON A LA SUPPRESSION DE POSTES DANS LA FONCTION PUBLIQUE !

 

Les services publics, nos biens communs, méritent mieux que le traitement qui leur est infligé. Dans un moment de crise sociale et économique profonde, la question des services publics resurgit au cœur des débats comme une réponse incontournable structurante d’une nouvelle société plus humaine et solidaire.

 

Partout dans nos territoires les luttes se multiplient contre les politiques d’austérité pour empêcher la fermeture du bureau de poste du quartier, la fermeture des services de l’hôpital voisin, de la classe de l’école communale ou la suppression d’une ligne ferroviaire. Mettons un coup d’arrêt à la diabolisation de « la dépense publique » pour obtenir des avancées concrètes pour le service public du XXIème siècle !

 

 

POUR UN MONDE SOLIDAIRE ET FRATERNEL, PLUS DE SERVICES PUBLICS!

 

Un appel citoyen de CONVERGENCE NATIONALE SERVICES PUBLICS «pour les services publics et la protection sociale du XXIème siècle », lancé par les Assises du service public du 21ème siècle, le 19 novembre dernier, s’adresse à l’ensemble des citoyens qui devront se prononcer à travers leurs votes au printemps prochain, sur l’avenir des services publics, pour conjuguer toutes les initiatives et les actions nécessaires pour faire des services publics un enjeu sociétal et environnemental majeur, pour que renaisse l’espoir d’une société solidaire.

 

Rejoignons cet appel et rassemblons nous pour un égal accès au service public sur tout le territoire, que l'on habite à la ville ou à la campagne! C'est une question démocratique de la plus haute importance: répondre aux besoins de la population grâce à une fiscalité plus juste, au lieu de la suppression de l'impôt sur la fortune, en s'attaquant aux profits financiers des grands groupes et à l'évasion fiscale (60 à 80 milliards d'euros par an), grâce à une sécurité sociale reconquise par le peuple.

 

C'est ce que porte le Parti communiste français dans son programme La France en commun. 

 

 

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 21:37
Bernard Arnault, première fortune de France, PDG de LVMH -  "merci patron!"

Bernard Arnault, première fortune de France, PDG de LVMH - "merci patron!"

Les 500 plus fortunés de France se sont enrichis de 25 % en un an

La richesse cumulée des 500 premières fortunes de France s'établit désormais à 330 milliards d'euros, et n'a jamais été aussi élevée depuis 1996, année où "Challenges" a lancé le classement des "500".

 

Le Monde.

 

Les 500 premières fortunes de France ne connaissent pas la crise et ont même vu leur richesse globale augmenter de près d'un quart en un an. 

 

Leur richesse cumulée s'établit désormais à 330 milliards d'euros et n'a jamais été aussi élevée depuis 1996, année où Challenges a lancé le classement des "500". Elle a quadruplé en une décennie et représente 16 % du produit intérieur brut du pays. Elle compte aussi pour 10 % du patrimoine financier des Français, "soit un dixième de la richesse entre les mains d'un cent-millième de la population", affirme Challenges.

Ce groupe de 500 compte 55 milliardaires, soit 10 de plus que l'année dernière, précise l'hebdomadaire. Le plus petit des 445 millionnaires affiche, pour sa part, quelque 64 millions d'euros de patrimoine. Et la tendance ne semble pas faiblir. Les dix premiers du classement ont vu leur fortune croître de 30 milliards en douze mois, à 135 milliards (40 % du total). Une embellie qui permet même aux riches

français de s'inscrire dans le nouveau palmarès des 100 premières fortunes européennes, publié par le magazine suisse Bilan.

 

ARNAULT, BETTENCOURT, MULLIEZ…

En tête de liste, Bernard Arnault, PDG de LVMH, affiche une fortune de 24,3 milliards d'euros, en hausse de 3,1 milliards. Il est suivi de l'héritière de L'Oréal, Liliane Bettencourt, avec une fortune de 23,2 milliards, qui a fait un bond de 7,9 milliards. Gérard Mulliez, du groupe de distribution Auchan, arrive non loin derrière, avec 19 milliards (+ 1 milliard), suivi de Bertrand Puech (Hermès), dont la richesse s'est maintenue à 17,4 milliards.

Les suivants sont Serge Dassault, du groupe industriel Marcel Dassault (12,8 milliards d'euros), François Pinault (Kering, 11 milliards), Vincent Bolloré (Bolloré, 8 milliards), le "roi de la bière et du vin", Pierre Castel (7 milliards), qui fait cette année son entrée dans le top 10, Alain Wertheimer de Chanel (7 milliards) est lui aussi un nouveau membre du club des dix.

Enfin, le dernier du top 10 est le fondateur de l'opérateur Free, Xavier Niel (actionnaire à titre individuel du groupe Le Monde) entré dans le classement des 500 plus grandes fortunes de France en 2003 avec 80 millions d'euros et qui pèse actuellement plus de 70 fois plus (5,9 milliards).

 

 QUELQUES BAISSES

L'année n'a cependant pas été aussi profitable à tous les riches de France. C'est le cas de Jacques Servier, qui a pâti des suites de l'affaire du Mediator, qui ont réduit de 15 % la valorisation du groupe pharmaceutique. Le financier Romain Zaleski, actionnaire d'Eramet et étranglé par ses dettes, a subi une baisse de 40 % de sa fortune et doit vendre peu à peu ses autres participations.

Le secteur automobile est également particulièrement touché. La famille Peugeot, ancien membre du top 10, a ainsi vu sa fortune baisser en deux ans de 70 %.

 

 LES FRANÇAIS BIEN PLACÉS EN EUROPE

Selon le classement des 100 familles les plus riches d'Europe, publié mercredi par le magazine suisse Bilan, c'est l'Espagnol Amancio Ortega Gaona, un autodidacte de 77 ans qui a créé le groupe textile Zara, qui est la première fortune d'Europe, avec un patrimoine de 40,9 milliards d'euros. Un quart de ces cent familles très riches vivent en Suisse.

En deuxième position figure le Suédois Ingwar Kamprad (Ikea), suivi par Bernard Arnault (LVMH) et Liliane Bettencourt (L'Oréal). Les Français sont bien représentés dans le classement avec quatre fortunes dans les dix premiers (familles Arnault, Bettencourt, Mulliez et Hermès). Au total, ce classement compte douze familles françaises.

 

"VIEILLE ÉCONOMIE"

Au total, 26 des familles les plus riches d'Europe vivent en Suisse dont trois sont françaises (Castel (vin, bière), Wertheimer (Channel), Louis-Dreyfus (matières premières)). Les Français ont fait fortune dans le domaine du luxe, comme les Italiens, alors que les Allemands sont plus actifs dans les biens de grande consommation.

Enfin, ce classement montre qu'en Europe les "grandes fortunes actuelles sont issues, à quelques exceptions près, de la 'vieille économie'", relève le journal, qui ajoute que "les secteurs des nouvelles technologies de l'information sont quasiment absents de ce palmarès".


 

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 21:23
Héreros décharnés retrouvés dans le désert

Héreros décharnés retrouvés dans le désert

 

 

Le fait est peu connu : le premier génocide du XXe siècle a eu lieu en Afrique. Environ 65 000 Herero et 10 000 Nama furent massacrés par l’armée du IIe Reich dans le Sud-Ouest africain allemand – l’actuelle Namibie – entre 1904 et 1908.

Le Mémorial de la Shoah, qui avait déjà traité des génocides arménien et tutsi, consacre une exposition, visible du samedi 26 novembre au 12 mars 2017, à ce crime colonial à travers une abondance de documents d’archives. 

Lire aussi :   Histoire d’un livre. En mémoire des Hereros et des Namas

Il y a tout d’abord cette photographie de Hendrik Witbooi, capitaine des Nama, coiffé d’un chapeau paré d’un ruban blanc, assis dans un fauteuil, le regard fier, un fusil à la main. Ce même couvre-chef, qui ressemble à un chapeau de cow-boy, est présenté un peu plus loin, derrière une vitrine. Leader instruit et charismatique, Hendrik Witbooi parvient à rassembler les clans nama et oorlam dans le sud de l’actuelle Namibie dans les années 1880. D’incessantes disputes autour des pâturages dégénèrent avec d’autres clans. Les Allemands profitent de ces conflits répétés pour proclamer leur protectorat sur le Sud-Ouest africain en 1884. La colonisation n’en demeure pas moins une entreprise laborieuse pour les quelques marchands et diplomates venus s’aventurer dans ces contrées réputées hostiles : les gains sont dérisoires.

« Ordre d’extermination »

Le débarquement des troupes allemandes dans la colonie en 1889 inaugure alors une période de violences féroces. Dans la nuit du 12 avril 1893, lors d’une attaque surprise sur le camp de Witbooi, les troupes allemandes massacrent pas moins de 75 femmes et enfants. D’autres campagnes sont menées contre les « tribus rebelles » : les femmes sont violées, les survivants envoyés aux travaux forcés, les terres et le bétail saisis.

 

 

La déclaration du chef herero, Kamaharero, en réaction à l’expansion allemande, est présentée non loin d’un exemplaire du Petit journal, dont la couverture représente la police impériale réprimant une foule de manifestants berlinois opposés à la politique coloniale allemande. Ces documents permettent de prendre la mesure des résistances et des refus à l’œuvre. Après avoir multiplié les efforts de diplomatie, les chefs herero se soulèvent contre les colons allemands. Berlin envoie alors le général Lothar von Trotha mater la rébellion. Celui qui a déjà fait montre d’une grande brutalité au Togoland et en Chine, lors de la guerre de Boxers, est déterminé à en finir avec les Herero censés n’être que des « sauvages ». Ses troupes armées de canons, de mitrailleuses et de grenades encerclent le campement de Waterberg, avant de lancer l’assaut, le 11 août 1904, avec pour ordre de ne pas faire de prisonniers. Les Herero réussissent à briser l’encerclement et des dizaines de milliers d’entre eux s’enfuient dans le désert. Pendant des semaines, repoussés de plus en plus loin dans le désert, d’innombrables Herero meurent de déshydratation.
 

Le 3 octobre 1904, le général Lothar von Trotha enjoint les troupes du Kaiser de tuer sans distinction les hommes, les femmes et les enfants : tout Herero présent sur le « territoire allemand » sera tué. La copie de cet « ordre d’extermination »rédigé à la main laisse le visiteur dans un état de sidération. Loin de jouer sur l’émotion, cette exposition se concentre sur les faits. Après que les missionnaires ont dénoncé les atrocités commises par l’armée allemande, l’ordre d’extermination est levé. Le génocide entre alors dans une nouvelle phase. Ceux qui ont survécu après avoir fui dans le désert sont incarcérés dans des camps de concentration et contraints aux travaux forcés. Le 23 avril 1905, von Trotha signe une déclaration menaçant les Nama du même sort. Cernés, ils sont tous internés dans le camp de concentration de Shark Island. Les prisonniers, contraints au travail forcé, succombent aux mauvais traitements et à la malnutrition. Des crânes de victimes sont alors envoyés en Allemagne à des fins de recherche scientifiques raciales.

Dans les oubliettes de l’Histoire

Instructive, cette exposition – la première en Europe à traiter le sujet – l’est d’autant plus qu’elle étudie ce génocide dans une perspective comparatiste stricte. « Il existe deux ordres d’extermination écrits : l’un à l’encontre des Herero, l’autre à l’encontre des Nama. De tels écrits n’existent pas dans le cas de la Shoah et des génocides arménien et tutsi, explique Sophie Nagiscarde, commissaire de l’exposition. Il ne s’agit pas d’établir une filiation entre ce génocide et la Shoah, mais de montrer que la haine raciale, l’expérience concentrationnaire, la collecte des crânes humains pour le compte de la recherche anthropologique constituent un terreau. »

Lire aussi le reportage photo Héros herero

L’exposition traite également les enjeux de mémoire du génocide. Si ce massacre est resté si longtemps ignoré, c’est d’abord parce que les puissances européennes se sont entendues pour qu’il tombe dans les oubliettes de l’Histoire. Le Blue Book, un rapport officiel du gouvernement britannique faisant état des atrocités commises dans le Sud-Ouest africain allemand, réalisé peu de temps après la reconquête de la colonie pendant la première guerre mondiale, fut banni en 1926. Les Britanniques ont préféré enterrer ce rapport que de voir les Allemands se pencher sur les crimes qu’eux-mêmes avaient commis pendant la guerre des Boers, en Afrique du Sud.

A cet égard, il n’aurait pas été inutile de rappeler que le génocide des Herero et des Nama intervient dans un contexte de violences coloniales exacerbées : à la fin du XIXe siècle, des répressions sanglantes sont menées par les Français à Madagascar, par les Britanniques contre les Zoulous ou encore par les Belges au Congo.

Lire aussi :   « Chœurs en exil » : le génocide arménien, cent ans après

L’exposition n’oublie pas d’aborder la question des excuses et des réparations. Les Herero, qui sont aujourd’hui près de 164 000 en Namibie, et les Nama, environ 246 000, exigent des excuses et demandent réparation au gouvernement allemand pour les atrocités commises et les injustices incessantes. Après 1915, le Sud-Ouest africain est devenu protectorat de l’Afrique du Sud, les Namibiens ont vécu sous le régime d’apartheid jusqu’en 1990, date de l’indépendance. Les victimes de la colonisation allemande n’ont jamais pu récupérer leurs fermes. Le gouvernement namibien est resté silencieux sur la question jusqu’au rapatriement de vingt crânes de Herero et de Nama en 2011. L’Allemagne a ensuite reconnu en juillet 2015 que les massacres commis par son armée entre 1904 et 1908 en Namibie étaient un « génocide ». Un pas de plus vers des excuses officielles : Berlin a annoncé en juillet, qu’il les présenterait d’ici la fin de l’année 2016.

 

« Le premier génocide du XXe siècle. Herero et Nama dans le Sud-Ouest africain allemand, 1904-1908 » du 25 novembre 2016 au 12 mars 2017 au Mémorial de la Shoah, 17, rue Geoffroy – l’Asnier, 75004 Paris. Ouverture tous les jours sauf le samedi de 10 heures à 18 heures et le jeudi jusqu’à 22 heures. Entrée libre. www.memorialdelashoah.org

 

 

 

 

Blue Book, Elise Fontenaille N'Diaye, Calman Levy, 2015 - un livre à lire sur le génocide colonial allemand en Namibie

Blue Book, Elise Fontenaille N'Diaye, Calman Levy, 2015 - un livre à lire sur le génocide colonial allemand en Namibie

Un article et des enregistrements de RFI sur le récit Blue Book de Elise Fontenaille-N'Diaye, que j'ai eu l'occasion de lire l'an passé, et qui traite avec beaucoup de force de cet épisode oublié de l'histoire de la colonisation. Mais sans doute qu'il faut oublier, car trop de repentance nuit à la digestion... 

 

Par Sarah Tisseyre 

De la colonisation française à la colonisation allemande. L'écrivain Élise Fontenaille-N’Diaye est l'arrière-petite-fille du général Mangin qui commanda la Force noire sous drapeau français pendant la Première Guerre mondiale. Mais c'est à une ancienne colonie allemande, la Namibie, qu'elle consacre aujourd'hui un roman historique édifiant. « Blue Book » ravive le souvenir d'un génocide oublié, celui des Hereros et des Namas en Namibie, au tout début du 20e siècle. Elle s'appuie pour cela sur un rapport officiel longtemps occulté.

C'est l'histoire d'un document oublié dans une bibliothèque de Pretoria. Le Blue Book, à l'origine, c'est le nom qu'on a donné à un rapport officiel sur les atrocités commises par les soldats allemands en Namibie.

En 1904, le général allemand Lothar von Trotha signe des ordres d'extermination contre les Hereros et les Namas qui ont eu l'audace de se révolter. En quatre ans, 70 % de ces populations disparaissent. Beaucoup sont massacrés. D'autres meurent de faim, de soif et d'épuisement, dans le désert du Kalahari, puis dans des camps de concentration.

Se mobiliser contre l'oubli

En 1917, Thomas O'Reilly, jeune major d'origine irlandaise, ami des Hereros, rassemble des témoignages de première main. Des récits atroces qu'il consigne dans son rapport commandé par les autorités britanniques.

L'écrivain Élise Fontenaille-N'Diaye en publie des extraits, et lui dédie aujourd'hui son ouvrage. Elle a baptisé son roman historique Blue Book, du nom de ce rapport connu des spécialistes, mais pas du grand public. Et en 200 pages, elle ranime le souvenir d'un génocide lui aussi tombé dans l'oubli.

► Écouter l’interview avec Élise Fontenaille-N’Diaye sur son livre Blue Book.

► Élise Fontenaille-N’Diaye a publié simultanément un récit pour adolescents sur cette tragédie Eben ou les yeux de la nuit.

 Écouter La Marche du monde (RFI), à la rencontre des descendants des Namas et des Hereros, victimes du génocide perpétré par l’empire allemand sur leurs ancêtres, en Namibie.

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 21:03
La Poste: appel intersyndical à la grève le 8 décembre 2016

Les syndicats CGT-Fapt, SUD-PTT et Unsa de La Poste, qui ont quitté les négociations sur le métier de facteur, appellent jeudi à une journée de grève le 8 décembre pour réclamer "une suspension réelle des réorganisations" et mettre "l'emploi au coeur" de ces négociations.

"Le mal-être au travail, les conditions de travail nécessitent que La Poste s'engage dans une négociation de haut niveau. Le rythme effréné des réorganisations n'est pas remis en cause. La direction veut s'affranchir de la règle des deux ans minimum entre deux restructurations", dénoncent dans un communiqué commun les syndicats, en déplorant des "sous-effectifs criants".

Selon eux, "la branche courrier/colis ne respecte pas son engagement de suspendre les réorganisations à la distribution le temps de la négociation" et "le Siège refuse d'étendre le périmètre de cette dernière à l'ensemble des métiers de La Poste".

Des négociations avec la direction ont débuté le 26 octobre à la suite de la médiatisation de cas de souffrance au travail dont des suicides, dénoncés par l'ensemble des syndicats et notamment par SUD-PTT.

La direction s'est alors engagée à suspendre les réorganisations le temps des négociations, mais elles se sont cependant poursuivies dans plusieurs départements, selon SUD-PTT et l'Unsa.

La direction a également présenté aux syndicats un ensemble de propositions sur le métier de facteur, dont une prime de 5 à 7 euros pour les remplaçants et une prime unique de 150 euros pour un allongement de la journée de travail, ce que CGT, SUD et l'Unsa jugent "inacceptable".

Les négociations doivent se conclure le 19 décembre, après trois réunions plénières et plusieurs rendez-vous bilatéraux.

Face à la baisse des volumes du courrier (30% de 2008 à 2015), La Poste a réorganisé ses services avec, en parallèle, une baisse des effectifs très importante (100.000 emplois supprimés ces dix dernières années selon la CGT-Fapt).

Cette baisse, selon les syndicats, ne permet plus d'assurer la charge de travail et génère une dégradation très importante des conditions de travail et de santé des agents.

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 20:40
Contre le projet de supprimer 500.000 postes de fonctionnaires de Fillon, développer la Fonction Publique, c'est faire un choix de société (Kareen Janselme, L'Humanité, 29 et 30 novembre 2016)
Développer la Fonction publique, c’est faire un choix de société
Mobilisation
KAREEN JANSELME
MERCREDI, 30 NOVEMBRE, 2016
HUMANITE.

Face aux menaces qui pèsent sur les agents publics après les annonces du candidat de droite à la présidentielle, François Fillon, la journée de mobilisation des fonctionnaires tourne à la défense de notre « modèle social ».

« Que veut-on comme services publics demain ? » interroge Mireille Stivala, secrétaire générale de la CGT santé. Dégradation des conditions de travail, remise en cause du temps de travail, attaques contre tous les versants de la Fonction publique : les agents sont inquiets. Quatre syndicats du secteur (CGT, FSU, Solidaires et FA-FP) appelaient ce mardi à se mobiliser dans l’ensemble des territoires. A Paris, après un rassemblement de près de 500 personnes, les représentants étaient reçus au cabinet de la ministre Annick Girardin pour évoquer entre autres revendications l’augmentation des salaires, l’amélioration des conditions de travail, le renforcement des garanties aux usagers du service public, un plan de titularisation pour les précaires. « Les projets de lois de finances et de financement de la Sécurité sociale 2017, marqués par l’austérité budgétaire, nous inquiètent aujourd’hui plus que jamais », insiste Mireille Stivala, dont la fédération a nourri la mobilisation du 8 novembre dans la santé et l’action sociale. « Après la recrudescence de suicides à l’hôpital, certains reconnus comme accidents du travail, la proposition du candidat Fillon de supprimer 500 000 postes de fonctionnaires et d’augmenter le temps de travail a été reçue comme une provocation. Les agents sont en épuisement professionnel et on leur répond qu’ils vont devoir travailler plus. A Paris, on pourrait fermer les hôpitaux de l’Assistance publique pendant un an pour écluser les heures des personnels placées en compte épargne-temps ! »

Depuis 2000, les agents ont perdu 18 % de pouvoir d'achat

« Les politiques posent la question des moyens dans les services publics, mais a-t-on les moyens de s’en passer ? », interroge Pascal Carretey, secrétaire national adjoint FA-FPH (autonome). Et d’ajouter : « Quand une infirmière doit s’occuper de trente patients la nuit, il ne lui est pas possible d’assurer pleinement leur sécurité ». Les syndicats mobilisés sont unanimes : inversons le postulat, estimons les services publics et la Fonction publique comme des richesses et non des coûts, investissons. « La fin du gel du point d’indice a permis au pouvoir d’achat d’augmenter de 1,2 %. Mais nous demandons un rattrapage car, depuis 2000, les agents ont perdu 18 % », détaille Denis Turbet-Delof, délégué général de Solidaires, qui souligne : « Plus de 20 % des agents vivent dans la précarité. Et maintenant M. Fillon veut s’attaquer aux régimes de retraite et aux complémentaires de santé. Même la Cour des comptes souligne qu’il s’agit d’un faux problème. Le Conseil d’orientation des retraites reconnaît que le système revient à l’équilibre. Il n’y a pas besoin de révolution sur le sujet. »

"Passer aux 39 heures va les arranger, ils travailleront deux heures en moins !"

La FSU, elle, s’amuse des bravades surréalistes pour séduire en se fondant sur des préjugés. « Les enseignants travaillent entre 40 et 42 heures, comme l’inspection générale l’a détaillé dans ses rapports. Passer aux 39 heures va les arranger, ils travailleront deux heures en moins ! » ironise Bernadette Groison. Mais attention, ponctue la secrétaire générale de la FSU, si techniquement on peut sabrer dans les effectifs, il faudra expliquer comment politiquement. « Soit on décide de ne plus rendre des services : fermer les ouvertures de piscine dans les communes, proposer moins de places à l’hôpital… Soit on privatise : et là, ça a un coût. Le coût moyen de l’éducation revient à 10 000 euros par an et par élève. Tout le monde ne pourra pas se le payer… »

A travers une réduction des dépenses publiques, on remet en cause l’équilibre qui a construit notre modèle social, veulent surtout alerter les syndicats. Attention à ne pas créer de dissensions dans la société. Pour eux, si on veut mettre en avant un modèle plus juste, plus solidaire, cela passera nécessairement par une Fonction publique forte.

Journaliste, rubrique social
Contre le projet de supprimer 500.000 postes de fonctionnaires de Fillon, développer la Fonction Publique, c'est faire un choix de société (Kareen Janselme, L'Humanité, 29 et 30 novembre 2016)

Et le mardi 29 novembre, sous la plume de la même journaliste de l'Humanité: 

"500.000 fonctionnaires en moins, et nous, et nous, et nous?"

10 % des effectifs de la fonction publique seraient-ils superflus ? Non, répondent les fonctionnaires, qui s’inquiètent du projet de société que le candidat de droite François Fillon associe à cette proposition.

Peut-on passer à la trappe 500 000 fonctionnaires sans atrophier les services publics ? Pour le candidat de droite à la présidentielle, la réponse est comptable. Ce choix est « nécessaire pour atteindre l’équilibre des comptes publics », déclarait-il lors du dernier débat des primaires l’opposant à Alain Juppé, jeudi dernier. Si l’équation paraît simple pour François Fillon, les inconnues demeurent pour les agents : quels métiers, quels secteurs seront les plus touchés par la faucheuse ? Le député de Paris entretient le flou, promettant juste de s’attaquer aux trois versants de la fonction publique (État, hôpital, territoires) pour ne pas faire de jaloux. Ses propositions à l’emporte-pièce inquiètent tant les personnels que les usagers, qui ne voient pas comment l’on pourrait garantir l’égalité de traitement et la solidarité entre citoyens en amputant l’emploi public de 10 %.

« Supprimer 500 000 emplois de fonctionnaires consiste à ne remplacer aucun départ à la retraite de 2018 à 2022, analyse Jean-Marc Canon, de l’Union générale de fédérations de fonctionnaires CGT. À la suite des réformes rétrogrades sur les retraites (abaissement des droits, recul de l’âge, etc.), les chiffres actuels montrent que le flux annuel des départs diminue sensiblement année après année. On peut estimer à 500 000 le nombre maximal d’agents qui feront valoir leur droit. Mais pour supprimer autant d’emplois, il ne faudra en remplacer strictement aucun d’ici à 2022. » Or, dans le même temps, François Fillon veut en finir avec les régimes spéciaux et imposer à tout le monde la retraite légale à 65 ans. « De telles mesures ne pourront que retarder significativement l’ouverture des droits des agents. Si la réforme des retraites passe, il n’y aura jamais 500 000 fonctionnaires qui partiront à la retraite dans la mandature », remarque, narquois, le secrétaire général de l’UGFF. Mais François Fillon a prévu un autre argument. Si, au départ, il ne pointait du doigt que les stricts fonctionnaires, son vocabulaire a évolué. L’ex-premier ministre de Sarkozy évoque plus largement l’emploi public, incluant ainsi les vacataires et autres contractuels. Soit 100 000 missions par an. Une solution complémentaire pour puiser dans les effectifs.

Le risque d’une privatisation de certaines fonctions

Mesure-t-on plus en détail à quoi peut correspondre ce chiffre ébouriffant ? Des centaines de milliers d’emplois d’infirmiers, de médecins, de contrôleurs des impôts, de policiers, de militaires, d’enseignants… avec pour ligne de fuite une privatisation de certaines fonctions. Et un risque pour le respect des principes d’égalité, de solidarité, de proximité et d’unité territoriale garantis par les services publics. Sur 5,4 millions d’emplois, l’hôpital concentre 1,15 million d’agents. Mais tous ne sont pas fonctionnaires. « 150 000 contractuels occupent des postes permanents dans la fonction publique hospitalière », alerte Jean Vignes, secrétaire général de la fédération SUD santé sociaux. Le 8 novembre, l’intersyndicale de la santé (CGT, FO, SUD) était mobilisée pour défendre l’hôpital et obtenir plus de moyens, dénonçant « les dégradations extrêmes des conditions de travail des personnels ainsi que l’augmentation de la mortalité et la diminution de l’espérance de vie de la population inhérentes à ces politiques ». Rogner sur les effectifs ne pourra qu’entraîner une nouvelle dégradation de ce service public, d’autant que les syndicats ont évalué à 33 000 postes le nombre d’heures accumulées sur leur compte épargne temps par les salariés de l’hôpital…

L’ex-ministre de l’Éducation nationale, entre mars 2004 et mai 2005 sous Jacques Chirac, pourra-t-il s’attaquer raisonnablement à cet autre secteur ? « Réduire les effectifs serait une catastrophe, avertit Marc Oudot, professeur de lycée à Gonesse (Val-d’Oise) et syndiqué Snes. Cela entraînerait un recul pour toute la population avec un service public de moindre qualité et la difficulté d’assurer des remplacements en banlieue. Le nombre d’adultes présents dans l’établissement est un élément essentiel pour un enseignement de qualité. » Ce professeur souligne la présence déjà grandissante des vacataires et contractuels exerçant des temps partiels dans les établissements, s’inquiétant de la précarisation rampante de la profession. « Nous avons fait grève en début d’année pour créer une classe supplémentaire afin de désengorger les cours. On nous opposait comme argument que l’éducation nationale n’arrivait pas à recruter d’enseignants. En dégradant les conditions de travail, on aura toujours plus de mal à recruter ! » Autre sujet inquiétant pour les enseignants : les promesses de moyens supplémentaires accordés à l’école privée et d’autonomie des établissements. « Fillon veut renforcer le contrôle du chef d’établissement, en faire un manager local qui aura plus de pouvoir sur les enseignants, grâce à la prime au mérite, à la possibilité subjective de répartir les heures supplémentaires en fonction des enseignants… » Une idéologie qui ne serait pas sans influence sur l’enseignement.

Au bout de la chaîne, c’est la collectivité qui paiera plus cher

Si partout, la réduction des effectifs apparaît problématique, ses conséquences sur les missions se révèlent dangereuses. Depuis plusieurs années, la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes tire la sonnette d’alarme. On se souvient du scandale des lasagnes au cheval, de la viande contaminée. La DGCCRF contrôle aussi la sécurité des jouets, des aires de jeux, la prestation des banques et assurances, les commandes publiques… « Nous étions 3 000 agents à la DGCCRF avant la révision générale des politiques publiques, constate Évelyne Wichegrod, enquêtrice dans les Pyrénées-Atlantiques. Sur le terrain, les services de contrôles ne sont plus que 2 000. L’emploi est gelé pour la quatrième année consécutive. Des missions ne sont plus exercées, on réduit l’accueil aux consommateurs et on étend notre territoire. On développe la “multispécialisation”, c’est-à-dire que nous devenons des spécialistes polyvalents, donc nous n’avons plus le temps de mettre à jour nos compétences ni de nous former correctement. Les textes se complexifient et nous sommes de moins en moins nombreux. » Les agents s’inquiètent de ne plus avoir le temps de rechercher les indices d’entente, les pratiques d’anticoncurrence lors d’une ouverture d’un marché public. « Dans certains départements, il n’y a plus de personnes pour aller aux commissions d’appel d’offres, s’inquiète la militante CGT. On asphyxie l’administration qui contrôle les entreprises. » Au bout de la chaîne, c’est la collectivité qui paiera plus cher, car l’administration de contrôle n’a déjà plus les moyens de vérifier partout les possibles collusions en amont d’une signature de contrat. Les autres administrations de contrôle (sanitaire, vétérinaire) souffrent des mêmes manques.

Si dans son programme François Fillon assure vouloir donner les moyens aux ministères régaliens (sécurité, justice), ses propos sur le rapprochement entre police municipale et police nationale ont éveillé des craintes. « Police nationale et municipale n’ont pas les mêmes compétences, ni le même temps de formation, analyse Anthony Caillé, de la CGT police Paris. La police municipale ne rend pas compte de ses activités aux magistrats mais à l’édile, qui constitue le premier magistrat de la commune. » Séparer les pouvoirs au niveau national garantit l’indépendance des fonctionnaires et les libertés des citoyens. Si la police municipale ne répond de ses actes qu’au maire de la ville, on imagine les pressions en période électorales. Voici pourquoi seule la police nationale peut aujourd’hui contrôler les identités, prendre les dépôts de plainte, ou faire respecter l’état d’urgence. Dans la Constitution, la police est une mission régalienne de l’État. Attention aux dérapages…

En taillant dans les effectifs, en s’attaquant au statut des fonctionnaires par un glissement des missions, le programme du candidat de droite est dangereux. Pour tous les agents de tous les secteurs confondus, il s’agit, au-delà de leurs propres conditions de travail, de défendre un enjeu sociétal majeur pour l’intérêt général.

Quand fillon plaide à son insu pour les 35 heures

Dans son combat acharné contre les fonctionnaires, François Fillon en a-t-il oublié ses fondamentaux ? Depuis deux décennies, la droite explique en effet que les 35 heures sont une « erreur économique » car le travail n’est pas un « gâteau que l’on partage » en un plus grand nombre de parts pour en donner une à chacun. Et voilà que François Fillon a trouvé la martingale pour supprimer un demi-million de postes de fonctionnaires : il faut pour cela, explique-t-il, rétablir les 39 heures de travail hebdomadaires. Le calcul, en effet, est simple : en augmentant le temps de travail de 10 %, on peut économiser « l’équivalent de 500 000 postes », écrit le candidat de la droite dans son programme. Mais alors, il faut choisir, François Fillon : soit il n’y a pas de lien avéré entre les 35 heures et l’existence de ces 500 000 emplois, et alors augmenter le temps de travail ne peut servir de prétexte à les supprimer. C’est en effet la doctrine officielle de la droite depuis que les 35 heures existent. Soit la droite, et François Fillon avec elle, nous racontent des bobards depuis vingt ans, et les 35 heures sont bien responsables de la création ou de la sauvegarde de centaines de milliers d’emplois dans le pays, que la remise en cause de la durée du travail va détruire irrémédiablement. CQFD. Merci de cette belle démonstration, François Fillon.

Journaliste, rubrique social
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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 20:20
Donald Trump, idole de la droite coloniale israélienne (Sylvain Crepel, Orient XXI- lundi 28 novembre 2016)

Vers l’installation de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem ?

Sylvain Cypel, Orient XXI, lundi 28 novembre 2016

L’élection de Donald Trump a été largement célébrée en Israël, l’un des seuls pays où l’opinion lui était largement favorable. La droite israélienne espère qu’il mettra un terme à la critique — purement formelle — de la colonisation, voire qu’il acceptera de transférer l’ambassade des États-Unis à Jérusalem.

Dans aucun autre pays au monde la détestation de Barack Obama par une majorité de l’opinion et l’espoir de voir élu Donald Trump n’auront été aussi manifestes qu’en Israël. Pour beaucoup d’Israéliens, la victoire inattendue du Donald, « The Donald », comme disent les Américains, a fait figure de divine surprise. Ministre de l’intérieur et dirigeant du parti sioniste religieux séfarade Shas, Aryeh Deri, a ainsi déclaré : « Nous devons réellement être entrés dans des temps messianiques pour que tout tourne aussi favorablement pour le peuple d’Israël. » [1]. Plus prosaïquement, le ministre de l’éducation, Naftali Bennett, chef du Foyer juif, un parti religieux ultranationaliste fer-de-lance de la colonisation des territoires palestiniens a déclaré que « l’ère de l’État palestinien est terminée » [2].

« Changement d’atmosphère »

Ce que la droite coloniale, majoritaire au Parlement israélien, attend prioritairement de cette élection, c’est d’abord un « changement d’atmosphère ». Jusqu’ici, sous Obama, et parfois même sous George W. Bush ou Bill Clinton auparavant, Israël se heurtait à un refus américain public lorsqu’il entreprenait un nouveau projet colonial d’envergure. Même si Washington opposait son veto à toute résolution contraignante au Conseil de sécurité des Nations unies, son opposition formelle bridait la marge de manœuvre du gouvernement israélien. L’espoir, exprimé par nombre d’élus de la droite, est que désormais les États-Unis regarderont systématiquement ailleurs sur l’enjeu de la colonisation. Ou, mieux, qu’ils cesseront officiellement d’y voir « un obstacle à la paix » – ce que Jason Greenblatt, un proche conseiller du « Donald », a laissé entendre deux jours après son élection [3].

La victoire de Trump a donc été instantanément « perçue par la droite israélienne comme l’occasion d’augmenter la construction de colonies » [4]. Ses membres espèrent que ce nouveau président facilitera aussi l’extension de la politique de démolition des maisons palestiniennes, en particulier à Jérusalem-Est. Leur priorité va au lancement de chantiers coloniaux auxquels l’administration Obama s’était fraîchement opposée, en particulier dans trois secteurs nommés E1, Givat Eitam et Givat Hamatos. Leur construction créerait une continuité territoriale isolant définitivement Jérusalem-Est de son environnement palestinien. Les plans israéliens sont prêts depuis longtemps, mais jusqu’ici Benyamin Nétanyahou n’a pas autorisé les mises en chantier. « Tout progrès de ces plans dans les mois à venir indiquerait un changement d’atmosphère entre Jérusalem et Washington » [5].

D’autres plans d’extension des colonies attendent un aval officiel. De même, dès le 9 novembre, lendemain de la victoire de Trump, les députés de la droite coloniale, majoritaires, approuvaient en lecture préliminaire une loi légalisant les colonies israéliennes dites « illégales » en Cisjordanie et empêchant leur démolition [6]. Nétanyahou, attendant de voir les premières mesures de Trump, s’y opposait. Mais, après une semaine de négociations pour préserver sa coalition, il finissait par s’y rallier.

Des déclarations contradictoires

Emplie d’un sentiment euphorique, la droite coloniale israélienne attend d’autres décisions de la nouvelle administration américaine. La plus symbolique touche au déplacement de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. La seconde à l’abandon de la perspective consacrant l’établissement futur côte à côte de deux États, Israël et un État palestinien, vivant « en paix et en sécurité ». Au coin des rues Hebron et Yanovski, à Jérusalem-Ouest, existe un lot que les Américains ont acquis en 1982 pour y ériger leur future ambassade. Depuis, aucune construction n’y a été lancée. De fait, tous les présidents américains, depuis Ronald Reagan, ont promis un jour à l’American Israel Public Affairs Committe (Aipac), le lobby pro-israélien de Washington, d’installer leur ambassade à Jérusalem. Mais aucun n’a donné la moindre suite à cette promesse.

Trump la mettra-t-il en œuvre ? Avant son élection, son conseiller David Friedman a déclaré que si le département d’État jugeait que déplacer l’ambassade serait « contraire à la politique américaine » de tout temps, le nouveau président leur répondrait : « Vous êtes virés » [7]. Bref, il passerait outre. Mais son autre conseiller Walid Phares a déclaré à la BBC que l’ambassade ne serait pas déplacée à Jérusalem sans « consensus ». Autant dire que ce ne serait pas pour demain…

Qui croire ? Ce qui est certain, c’est que donner réalité à cette promesse serait un précédent politique à la portée considérable. Le statut de la ville, qui devait être « internationalisée » selon le plan onusien de partage de la Palestine du 29 novembre 1947, n’a plus été rediscuté depuis sa division en 1948 entre Israël et la Jordanie, puis la conquête de sa partie orientale en juin 1967 par Israël. De sorte qu’à ce jour, aucun pays n’a installé son ambassade à Jérusalem, les États-Unis pas plus qu’un autre. Israël considère que « Jérusalem unifiée » est sa « capitale éternelle et indivisible ». Mais cette « capitale » et l’annexion de sa partie orientale palestinienne ne sont reconnues par aucun autre pays. Déplacer l’ambassade américaine à Jérusalem avant la signature d’un accord de paix entre Israël et les Palestiniens serait perçu par les Israéliens, à juste titre, comme un soutien radical à leur refus de partager la Palestine historique entre les deux peuples. Et par le monde arabe et musulman (et le reste du monde) comme une provocation. Si cela advenait, estime Mahmoud Jaraba, du Carnegie Endowment for International Peace, un tel acte américain « pourrait déclencher un nouveau cycle de violences et d’instabilité » dans toute la région [8].

Des conseillers très spéciaux

Quant à l’abandon officiel de la perspective d’un État palestinien, la droite coloniale israélienne se réjouit des premières nominations effectuées par Donald Trump. Au début de sa campagne électorale, « le Donald » avait lancé des signes contradictoires qui avaient inquiété en Israël. Il avait ainsi annoncé qu’il adopterait une position « en quelque sorte neutre » dans le conflit israélo-palestinien. Mais il s’est vite entouré d’un groupe de conseillers sur le Proche-Orient tous proches de l’extrême droite israélienne. Élu, il a fait de Steve Bannon son « conseiller stratégique » à la Maison Blanche, un homme connu pour son racisme avéré envers les Noirs, son machisme sidérant envers les femmes, sa xénophobie alimentée d’une islamophobie outrancière sur les enjeux migratoires, et même son antisémitisme, dénoncé par la Ligue anti-diffamation (LAD), le plus important organisme de lutte contre l’antisémitisme aux États-Unis. Un homme connu, aussi, pour son indéfectible soutien à la droite coloniale israélienne. Bannon devait être récemment l’invité d’honneur du diner annuel de la Zionist Organization of America, une formation sioniste d’extrême droite. Sur la pression de la LAD, il a renoncé à s’y rendre.

Pour le conseiller sur le conflit israélo-palestinien, Trump a fait appel à deux personnes très liées à cette droite coloniale israélienne. L’avocat d’affaires Jason Greenblatt a étudié dans une école rabbinique d’une colonie de Cisjordanie, et David Friedman, un ex-chroniqueur de la radio des colons en Israël, Aroutz Sheva, a présidé les Amis américains de Bet El, un fonds de soutien financier aux colons israéliens. Les deux hommes ont beaucoup œuvré à faire enlever toute référence à la « solution à deux États » de la plateforme du parti républicain pour cette élection, pour la première fois depuis trente ans. Parmi les autres conseillers proches de Trump, on trouve encore Walid Phares, un ex-responsable des Phalanges chrétiennes libanaises devenu aux États-Unis un membre actif du Centre pour la politique sécuritaire, un think tank (cercle de réflexion) qui a fait de l’islamophobie son fonds de commerce. Son fondateur, Frank Gaffney, est l’auteur de rapports conspirationnistes sur l’infiltration de la Maison Blanche par les Frères musulmans sous Obama.

Entourée de cette fière équipe, Trump a multiplié les déclarations de soutien à la politique de Nétanyahou. Mais, trois jours après son élection, il laissait entendre qu’il chercherait à amener Israéliens et Palestiniens à une « paix finale »… tout en réitérant que les colonies israéliennes ne sont « pas un obstacle » à la paix. Certains ont voulu y voir la poursuite de l’ambiguïté trumpienne. De fait, Nétanyahou a initialement réagi avec circonspection à l’égard de Trump. Pour deux raisons. D’abord, son propre réseau de relations politiques aux États-Unis est très ancré dans les milieux néoconservateurs, que Trump a beaucoup violentés durant sa campagne en répétant que la guerre en Irak avait été une erreur. Ensuite, la tonalité de la campagne de Trump était plébiscitée par l’importante fraction fascisante de son gouvernement, emmenée par Naftali Bennett, principal adversaire potentiel de Nétanyahou en cas d’élections. Mais après que Trump a emporté les élections primaires républicaines, Nétanyahou a vite tourné casaque. Son financier politique personnel, le magnat des casinos de Las Vegas et de Macao Sheldon Adelson, qui s’était tenu à l’écart du Donald, a dès lors lui aussi décidé de lui apporter son aide.

Silence sur le conflit israélo-palestinien

Nétanyahou prépare son premier rendez-vous avec Trump, lorsqu’il se rendra à la conférence annuelle de l’Aipac, du 26 au 28 mars. Selon l’ex-haut diplomate et député travailliste israélien Uri Savir, l’« objectif le plus important » du premier ministre israélien consistera à obtenir des États-Unis un « engagement tacite » pour cesser de critiquer publiquement la construction de colonies et bloquer toute initiative européenne sur le conflit israélo-palestinien « telle que l’initiative française sur la création de deux États », ainsi qu’un engagement ferme pour opposer son veto à toute velléité visant à fixer à l’ONU les « conditions de référence pour une solution à deux États » [9]. Nétanyahou tentera de persuader Trump que la question palestinienne a perdu de son importance dans la région et qu’il faut concentrer les efforts contre « le terrorisme fondamentaliste » musulman, sans distinction : qu’il s’agisse de l’organisation de l’État islamique (OEI), du Hezbollah ou du Hamas. Il cherchera aussi à le convaincre d’accroître les sanctions contre l’Iran, à défaut de pouvoir dénoncer l’accord avec Téhéran sur le nucléaire. Enfin, visiblement, Nétanyahou s’inquiète aussi d’un trop grand rapprochement américano-russe sur le dossier syrien. « Si Trump s’engage dans une réconciliation avec Poutine, écrit le spécialiste militaire du quotidien Haaretz, Amos Harel, cela constituera un formidable succès pour le régime de Bachar Al-Assad – et ce ne sera clairement pas une bonne nouvelle pour Israël, vu l’alliance d’Assad tant avec l’Iran qu’avec le Hezbollah » [10].

Quant aux Palestiniens, totalement oubliés de la campagne américaine — seul le sort des Israéliens comptait —, ils interprètent l’élection de Donald Trump, écrit Amira Hass, comme un signe supplémentaire du déclin continu de la place des Etats-Unis dans le monde [11]. La population n’imagine pas que cette élection puisse noircir plus qu’il ne l’est déjà un quotidien socialement très difficile et politiquement sans issue. Quant à l’Autorité palestinienne, elle balance entre la crainte de se voir bientôt privée, comme l’exige une partie de l’entourage du magnat américain, des subsides américains qui lui permettent d’exister, et l’idée que l’état de droit américain devrait brider les éventuelles velléités de Trump de modifier la ligne diplomatique historique de son pays, et préserver ainsi la perspective, aujourd’hui sans matérialité, d’un futur « État palestinien ».

[3Felicia Sanchez, « Trump Adviser : Israeli Settlement Building Not an Impediment to Peace », The Wall Street Journal, 10 novembre 2016.

[4Yotam Berger et Nir Hasson, « For Israel’s Right, Trump’s Election Heralds Settlement Construction Surge », Haaretz, 13 novembre 2016.

[5Idem.

[6Israël distingue les colonies « légales », établies en Cisjordanie ou sur le Golan syrien, mises en place sous autorité gouvernementale, des « illégales », érigées sur des terres palestiniennes par des militants de la colonisation sans accord du gouvernement. Selon les Nations unies, les unes comme les autres sont illégales au regard du droit international. Historiquement, les entités dites « illégales » sont vite protégées par l’armée et raccordées au réseau routier, électrique et téléphonique israélien avant, dans leur immense majorité, d’être un jour reconnues « légales » par l’État.

[7Référence à la célèbre émission de téléréalité américaine The Apprentice : You’re Fired lancée avec Donald Trump en 2004.

[8Mahmoud Jaraba, « Crushing Hopes of a Two-States Solution », in The implications of a Trump Presidency in the Middle-East, Carnegie Endowment for International Peace, 9 novembre 2016.

[9Uri Savir, « What Netanyahu wants from Trump », Al Monitor, 13 novembre 2016.

[10Amos Harel, « Israel prepares for the Age of Trump », Foreign Policy, 15 novembre 2016.

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 20:18
Après la réélection d’Abbas, l’impasse pour les palestiniens

Le Congrès du Fatah, le principal mouvement de l’OLP vient de se réunir mardi à Ramallah pour la première fois depuis sept ans et il vient de réélire à sa tête, Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne qui a 81 ans. Ce qui en dit long sur la paralysie du processus politique en Palestine et sur l’impase de la relation avec Israël. Au micro d’Europe1, le rédacteur-en-chef international du JDD, François Clemenceau.

François Clemenceau, Journal du Dimanche, mercredi 30 novembre 2016

Ce qu’il y a de terrible dans cette réélection de Mahmoud Abbas, c’est que tout le monde aimerait bien que la Palestine puisse devenir une vraie démocratie avec des institutions qui représentent vraiment la totalité de la population et notamment sa jeunesse. Or les jeunes palestiniens qui ont 18 ans aujourd’hui n’ont jamais connu au pouvoir que Mahmoud Abbas depuis la mort de Yasser Arafat en 2004. Il est le patron du Fatah, donc, mais aussi de l’OLP et de l’Autorité palestinienne, tous les pouvoirs exécutifs concentrés entre ses seules mains.

Plus grave, ces leviers de pouvoirs sont des plus faibles. L’occupation israélienne de l’armée et des colons ne laisse à Mahmoud Abbas qu’un contrôle sur à peine 40% de la Cisjordanie tandis qu’à Gaza, c’est le Hamas, la faction islamiste rivale qui contrôle le territoire, entièrement encerclé par Israël et totalement dépendant de l’Etat hébreu pour son approvisionnement et son économie.

On aurait pu se dire dans de telles conditions que le mieux était peut-être de passer la main et de laisser une nouvelle génération reprendre le flambeau, mais ce n’est pas pour demain. Parce qu’il n’y a pas en fait trente six alternatives. Il n’y a personne aujourd’hui pour incarner une politique plus accommodante vis-à-vis des israéliens. Et c’est d’ailleurs le problème de Mahmoud Abbas, accusé par les éléments les plus radicaux d’être ni plus ni moins qu’un collaborateur d’Israël.

Des discordances au sein même du Fatah

Il existe en revanche des voix plus fortes au sein même du Fatah et en dehors, celles qui viennent de la société civile notamment, et qui réclament d’abord un énorme effort contre la corruption qui continue de gangrener sérieusement la direction palestinienne, en particulier les cercles les plus proches d’Abbas.

Il y a également la voix dissonante de Mohammed Dahlan l’ancien patron de la sécurité palestinienne à Gaza, exclu du Fatah et qui vit en exil aux Emirats arabes unis. Lui en appelle à un renouvellement de génération, à la libération du héros de l’intifada Mahmoud Barghouti et à une posture plus offensive face à Israël. Ces réformateurs seront-ils entendus ? Ce n’est pas le cas à ce stade. La seule concession du clan Abbas tient dans la création d’un poste de N°2 du Fatah qui sera élu la semaine prochaine et qui deviendra aussi le n°2 de l’OLP, autrement dit un très probable successeur. Mais pour quoi faire ? On ne le sait pas.

Il faudrait qu’Israël de son côté fasse preuve d’ouverture pour un retour au processus de paix. Or de ce côté-là, tout est gelé avec Benjamin Netanyahou, lui même otage de ses propres alliés nationalistes et religieux. Et ce n’est pas Donald Trump à la Maison Blanche qui tordra le bras aux dirigeants israéliens pour renégocier une solution à deux Etats. Tout cela ressemble, pour les Palestiniens et pour toux ceux qui souhaitent sortir de cette paix introuvable, à un immense gâchis.

(revue de presse de l'AFPS) 

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 20:11
Lettre à Monsieur le Ministre de la Justice et Garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas

Jean-Pierre Jeudy, vendredi 25 novembre 2016

Jean-Pierre Jeudy
Maire Honoraire de Carhaix
Chemin de roz ar gall, 29270 Carhaix

à Monsieur le Ministre de la Justice et Garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas

Monsieur le Ministre,

Je prends connaissance de votre réponse à Mme la Députée Nachury à propos de la pénalisation des appels au boycott des produits israéliens.

J’ai toujours en tête la lettre parfaitement argumentée que vous aviez adressée à votre prédécesseuse Mme Taubira pour lui demander l’abrogation de cette inique circulaire Alliot Marie. Quelle volteface ! Il faut une bonne dose de mauvaise foi pour assimiler à de la discrimination d’un groupe ethnique une action citoyenne non-violente qui se fixe clairement comme objectif la lutte contre la politique de colonisation et d’apartheid du gouvernement israélien.

Je reviens d’un séjour en Palestine. Comment ne pas parler d’apartheid quand s’éternise une occupation illégale ? Quand dans leur propre pays, à Hébron, des rues entières sont interdites aux Palestiniens, comme hier certains quartiers des villes d’Afrique du sud l’étaient aux Noirs ? Quand un jeune Palestinien de 16 ans peut être tué par le tir d’un soldat israélien pour avoir jeté une pierre en direction de son véhicule ? C’est ce qui vient de se passer le 2 octobre dernier à El Arroub, le camp jumelé avec Carhaix ?

Devant tant d’injustices et de brutalités et aussi l’impunité de cette politique qui sont l’une des causes du chaos dans lequel s’enfonce cette région, comment rester indifférent ?

L’appel au boycott des produits Israéliens est-il moins légitime que celui dirigé hier contre le régime raciste d’Afrique du Sud, ou aujourd’hui celui auquel appellent les gouvernements occidentaux contre la Russie après l’annexion (l’occupation ?) de la Crimée ?

Même si la solidarité gouvernementale vous contraint à ne pas reconnaitre la légitimité de l’appel au boycott, comment peut-elle conduire à criminaliser cette pratique par un détournement de la loi ? Laisser poursuivre des militants qui agissent au nom des meilleures valeurs de la gauche : la lutte contre le racisme, pour le respect du droit international, pour la justice, la liberté et l’égalité entre tous les peuples, c’est rappeler les plus mauvais souvenirs des gouvernements de gauche de l’époque de la guerre d’Algérie. On a vu ce qu’il en est advenu : la gauche disqualifiée et la droite au pouvoir pour plus de 30 ans.

Au moment où le Premier Ministre appelle au rassemblement de la gauche toute entière, comment peut-il être entendu lorsqu’il s’obstine à poursuivre une partie de ses meilleurs militants ?

Comment, même à un deuxième tour, aller voter pour un gouvernement qui choisit de nous poursuivre en justice quand il reste sans réagir devant ce crime de guerre perpétré par ce soldat franco-israélien qui au printemps dernier à Hébron a achevé d’une balle en pleine tête le blessé Palestinien qui gisait sans défense à ses pieds. Franco-Israélien, donc passible de la Justice Française.

En espérant que vous reste à l’esprit ce que vous écriviez à Mme Taubira en tant que Président de la commission des lois à l’Assemblée Nationale : « l’incitation à punir ce militantisme constitue une atteinte à la démocratie et aux libertés fondamentales » et sachant aussi le sujet complexe, je suis à votre disposition, si vous le souhaitez, pour en discuter avec vous à l’occasion d’une de vos venues dans le Finistère.

Je vous prie de recevoir, Monsieur le Ministre la Justice et Garde, mes respectueuses salutations.

Carhaix le 24 novembre 2016
Jean-Pierre Jeudy

Jean-Pierre Jeudy, un des responsables de l'AFPS Centre-Finistère, ancien maire de Carhaix

Jean-Pierre Jeudy, un des responsables de l'AFPS Centre-Finistère, ancien maire de Carhaix

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 19:54
Angela Davis: «Les Etats-Unis sont en train de vivre une contre-révolution»
 PAR CARINE FOUTEAU ET JADE LINDGAARD

À l'occasion de son passage à Paris, Mediapart s'est entretenu avec la féministe, antiraciste et anticapitaliste Angela Davis. Le « choc » de l'élection américaine, la tension entre l'universel et les minorités, la laïcité en France, la justice climatique... « Le défi est de créer des mouvements capables de ramener à gauche les électeurs de Trump et les abstentionnistes », affirme-t-elle.

 

Quelques jours après l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche aux États-Unis, la légendaire activiste et intellectuelle Angela Davis était de passage à Paris à l’occasion d’une conférence organisée par Manthia Diawara (NYU) et Nicole Lapierre (CNRS) dans le cadre du cycle pluridisciplinaire « Diversité des expériences et causes communes », initié par l’Université de New York et la Fondation de la Maison des sciences de l’homme, en partenariat avec l’Institut du Tout-Monde.

Mediapart a pu rencontrer le 25 novembre cette professeure au département d’History of Consciousness (« histoire de la prise de conscience ») de l’université de Californie à Santa Cruz. Féministe, anticapitaliste et antiraciste, Angela Davis a révolutionné la compréhension de l’articulation entre les questions de genre, de classe et de race. Membre du mouvement afro-américain des Black Panthers, elle a été poursuivie et emprisonnée, au début des années 1970, pour complicité dans le meurtre d’un juge californien, avant d’être acquittée.

Critique à l’égard de la campagne de la démocrate Hillary Clinton, qu’elle considère comme une « féministe de la petite bourgeoisie », Angela Davis reproche à la gauche américaine de n’avoir pas su s’adresser aux électeurs blancs des classes populaires. « L’universalisme ne doit pas chercher à effacer les différences », rappelle-t-elle, se félicitant de l’émergence du mouvement contre les violences policières Black Lives Matter. À propos de la France, pays auquel elle est profondément attachée, elle s’inquiète de la manière dont la laïcité a été transformée en « une arme contre les musulmans ». « Cela ne fait aucun sens de rêver d’un monde sans racisme, sans misogynie, sans homophobie, sans exploitation de classe dans le contexte d’une planète moribonde », insiste-t-elle en référence aux mouvements de justice climatique. 

Mediapart : En tant qu’activiste et intellectuelle antiraciste, féministe et anticapitaliste, comment analysez-vous l’élection de Donald Trump aux États-Unis ?

Angela Davis : Cela a été un choc majeur car tout le monde, y compris Donald Trump, s’attendait à une victoire d’Hillary Clinton. La leçon de cette élection est que nous avons sous-estimé l’attrait idéologique du racisme, de l’antisémitisme, de la misogynie et de la xénophobie. Dans le même temps, il est important de souligner que Trump n’a pas obtenu la majorité des voix. En réalité, près de deux millions de personnes de plus ont voté pour Hillary Clinton. Trump ne doit son élection qu’au caractère obsolète du collège électoral qui privilégie les anciens États esclavagistes et ceux où les électeurs blancs prédominent. Par ailleurs, plus de 46 % du corps électoral n’a pas voté. Cela s’explique en partie par la faillite du système bipartisan, le parti démocrate et le parti républicain étant profondément liés aux intérêts capitalistes. J’aurais préféré qu’Hillary Clinton soit élue, mais elle n’était pas une candidate que je pouvais soutenir véritablement. 

Pourquoi ?

À cause de ses liens avec le capitalisme et son incapacité à comprendre l’importance des nouvelles formes du féminisme. Elle s’appuie sur une vision dépassée du féminisme fondée sur l’idée que les femmes seraient, sans le dire, considérées comme blanches et issues des classes moyennes. C’est une conception petite-bourgeoise du féminisme qui n’a pas parlé à la majorité des gens, et encore moins à la majorité des femmes. Les féministes les plus vivantes et les plus vibrantes aujourd’hui sont celles qui luttent contre le racisme, le capitalisme et l’homophobie, et qui sont internationalistes ou de tendance marxiste. Clinton aurait pu apprendre beaucoup de la notion d’intersectionnalité.

Elle s’est présentée comme une héroïne féministe qui pourrait, enfin, briser le plafond de verre. Mais ce n’est pas le sens des luttes féministes, à mon avis. Les combats féministes ne consistent pas à intégrer les sphères du pouvoir économique et politique, mais à transformer la société. Pas seulement en termes de genre, mais aussi de racisme et d’islamophobie. Elle n’était pas ma candidate, mais j’ai défendu l’idée qu’il fallait voter pour elle pour faire de la place à un militantisme radical dans les années à venir.

Ne pensez-vous pas qu’elle a échoué en partie parce qu’elle est une femme ?

L’influence de la misogynie est encore puissante. Cela ne l’a sans doute pas aidée. Mais pas loin de 94 % des femmes noires ont voté pour elle, moins parce qu’elles pensaient qu’elle était la réponse que parce qu’elles ont compris la complexité de la politique électorale. 53 % des femmes blanches ont quant à elles voté pour Trump, ce qui montre que l’influence de la suprématie blanche reste plus importante pour ces femmes que l’engagement en faveur d’un changement féministe. 

Des femmes ayant voté pour Trump ont justifié leur choix en disant qu’elles n’avaient pas peur de lui et qu’elles avaient l’habitude de ce type de comportements sexistes. N’est-ce pas un échec du féminisme d’être compris de cette manière ?

Ce féminisme est malheureusement celui d’Hillary Clinton. Il représente une version étriquée du féminisme. Il parle aux femmes blanches d’une certaine classe sociale, mais pas aux femmes blanches des classes populaires. Beaucoup de ces femmes n’ont pas été convaincues par Hillary Clinton parce qu’elle n’a pas su articuler les questions de genre à celles de race, de classe, de sexualité et de nation. Le féminisme auquel je m’identifie considère que la justice est indivisible et qu’il faut se battre non pour un seul groupe mais pour toutes celles et tous ceux qui souffrent de toutes les injustices dans notre société. L’immigration, à ce titre, est aussi un enjeu féministe, comme le racisme, l’islamophobie ou l’antisémitisme. Il faut faire face à ces questions par le féminisme. Un féminisme qui refuse de s’y affronter est fort probablement enfermé dans des formes de racisme et d’idéologie de classe.

Il a aussi été reproché à Bernie Sanders de ne pas suffisamment saisir l’articulation entre les questions de genre, de race et de classe en se focalisant exclusivement sur les questions sociales…
 
Il y avait pourtant quelques personnes de couleur dans l’entourage de Bernie Sanders et parmi ses soutiens. Cela s’explique par le fait que son programme était clairement anticapitaliste. Les gens ont été suffisamment malins pour comprendre que, même si sa critique du racisme n’était pas parfaite, il n’était pas possible de penser l’antiracisme sans penser le déclin du système capitaliste. Beaucoup d’électeurs ont saisi ce mécanisme, même s’ils ont pu regretter son incapacité à montrer que le capitalisme était forcément raciste. Le capitalisme tel que nous le connaissons n’aurait pas été possible sans l’esclavage et sans la colonisation. Bernie Sanders n’a pas encore réussi à intégrer cette dimension. En même temps, sa campagne a été importante : elle a plu à de nombreux jeunes, pas seulement blancs mais aussi noirs, et à des abstentionnistes, parce qu’ils voulaient un candidat radicalement anticapitaliste. 

Quelle lecture faites-vous du message des électeurs de Trump ? Beaucoup semblent se dire anti-système, anti-élite… Leur vote ne reflète-t-il pas aussi une colère de classe ? 

Certains électeurs de Donald Trump avaient auparavant voté pour Barack Obama. Le fait que le syndicalisme soit en si piteux état est problématique. Ces organisations de travailleurs n’ont pas su donner la parole aux personnes qui ont tout perdu avec la désindustrialisation, le départ des emplois à l’étranger et la baisse des salaires. L’élection présidentielle américaine a révélé un échec de la gauche à s’adresser à ces personnes déclassées, principalement blanches, en plein désarroi pour les mêmes raisons que celles qui produisent le racisme. Le défi des prochaines années est de créer des mouvements, des partis qui peuvent ramener à gauche les électeurs de Trump et les abstentionnistes, qui n’ont pas vu de vraie alternative dans l’élection.

Quel bilan tirez-vous de la présidence de Barack Obama ?

Les présidents en tant qu’individus n’ont pas autant de pouvoir que ce que l’on imagine. La vraie réussite de la présidence Obama ne réside pas dans sa personne mais dans la dynamique que son élection a rendue possible. Les huit ans de son administration ont créé une ouverture : des lieux de revendication comme Occupy ou Black Lives Matter ont pu émerger. Je ne peux pas imaginer que de tels mouvements anticapitalistes aient vu le jour sous une administration républicaine. Avant même que les camps aient été installés, ils auraient été détruits par la police.

L’erreur, lors de la présidence Obama, a été de ne pas aller plus loin en contraignant ce président à prendre des positions plus radicales. Il ne faut pas l’oublier, Barack Obama a été le président des États-Unis d’Amérique, c’est-à-dire des États-Unis militaristes, racistes et impérialistes. Dans le même temps, je vois des changements venir de ces nouveaux mouvements qui s’intéressent moins au pouvoir du vote qu’à la capacité des gens à se rassembler et à revendiquer ensemble, parfois de manière spectaculaire, davantage de justice.

Dans le débat intellectuel américain, une critique se fait jour à l’encontre de la défense des minorités. Le New York Times a par exemple récemment publié une tribune de l’historien des idées Mark Lilla dans laquelle il écrit qu'« au cours des dernières années le libéralisme [au sens de progressisme – ndlr] américain s’est fourvoyé dans une panique morale à propos des identités raciale, de genre et de sexe qui l’ont empêché de devenir une force unifiée capable de gouverner ». Autrement dit, en mettant trop l’accent sur les questions minoritaires, la gauche se serait divisée et aurait perdu le vote des ouvriers et le sens du bien commun. Qu’en pensez-vous ?

Cette analyse s’appuie sur une vision traditionnelle du libéralisme qui est, historiquement, liée au capitalisme. Ses idées issues des Lumières se présentent comme universelles, alors qu’elles sont clandestinement racialisées. Je suis en désaccord avec cette acception. La justice ne consiste pas à traiter tout le monde de la même façon et à nier les différences, mais à faire en sorte que celles-ci existent et négocient entre elles. La justice consiste à créer de nouvelles possibilités de l’universel, à le réinventer constamment. Malheureusement, trop de libéraux refusent de reconnaître cette dialectique.

 

À la tribune, dans les années 1960-70, aux États-Unis.

À la tribune, dans les années 1960-70, aux États-Unis.

L'universalisme vibrant de Black Lives Matter

La notion d’intersectionnalité est mal comprise en France et le plus souvent combattue. La gauche est divisée entre ceux qui parlent du « peuple » et ceux qui parlent des « minorités »… Comment expliqueriez-vous ce concept à un public français ?

L’intersectionnalité est une méthodologie. L’invention du terme lui-même revient à Kimberlé Crensaw [féministe et professeure à UCLA et Columbia – ndlr], mais l’analyse du concept remonte à la publication de mon livre Femmes, race et classe [Éditions des femmes – ndlr]. L’idée était de comprendre l’interaction entre les différents modes de domination tout en refusant les hiérarchies entre eux. Il n’y aurait pas d’abord l’exploitation de classe, suivie par la domination de genre, puis par les inégalités raciales.

 

Au cours des quarante dernières années, et peut-être plus encore, le féminisme a tenté de développer des manières de penser et des modes d’engagement et de lutte, reflétant une vision plus égalitaire des relations entre ces catégories. Voici un exemple pour essayer de comprendre la tension entre l’universel et les minorités : le mouvement Black Lives Matter, qui a gagné en puissance au cours des dernières années aux États-Unis, a été critiqué comme ne prenant la défense que d’un seul groupe. Or, c’est le contraire qui se passe. Hillary Clinton a fait partie, au début en tout cas, de ceux qui disaient qu’on ne devrait pas dire Black Lives Matter mais All Lives Matter. Cela correspond, me semble-t-il, au sens du débat en France. L’appellation Black Lives Matter porte en elle une singularité diverse, qui conduit à produire un universalisme plus vibrant, un universalisme qui ne cherche pas à effacer les différences. Black Lives Matter fait explicitement référence aux personnes qui se situent tout en bas de l’échelle sociale. Implicitement, ce sont toutes les personnes subissant une forme d’exploitation qui sont concernées. 

C’est une diversification de la notion d’universel ? Vous n’êtes pas opposée à l’idée d’universalité mais vous en proposez une définition qui en reconnaisse la diversité intrinsèque ?

C’est une reconnaissance du fait que l’universalité est une notion abstraite. Elle est donc perméable à une forme de racialisation, qui n’est pas prise en compte si l’on ne reconnaît pas la spécificité des termes recouverts par la notion d’universel. 

Comment voyez-vous l’avenir de ces mouvements ? Comment faire pour qu’un mouvement comme Black Lives Matter ne soit pas enfermé dans une bulle sans incidence sur le reste de la société ? 

Mais Black Lives Matter n’est pas seulement un mouvement de Noirs ! C’est un mouvement interracial. On y trouve des Blancs, des Latinos, des Asiatiques-Américains, des Palestiniens… Ses militants reconnaissent qu’attirer l’attention sur les vies des Noir-e-s est un appel à attirer l’attention sur toutes les vies. C’est tout le problème : dès qu’on utilise le terme « Noir », on suppose que ça rétrécit la discussion. Que la question posée est trop spécifique. Mais c’est en se concentrant sur les spécificités que l’on parvient à une vision plus riche de l’universel. Un universel qui ne se compromet pas dans le genre de tyrannie qui le rend abstrait. 

Vous plaidez pour la reconnaissance des diversités plutôt que pour l’opposition des identités ? 

Ce qui me pose problème, c’est une politique étroite de l’identité. Je ne suis pas en train de dire que les identités ne sont pas importantes. Elles le sont. Mais nos pratiques politiques ne sont pas tant centrées sur l’individu particulier, le sujet particulier, que sur la volonté de défier les forces responsables du racisme, de l’islamophobie et de l’exploitation de classe. J’ai toujours été convaincue que les identités politiques étaient plus importantes que les identités qui sont unilatéralement assignées par des idéologies telles que la croyance en la race. 

Observez-vous en France, parmi les associations antiracistes, des filiations avec la manière dont vous concevez la politique ?

Je viens en France depuis très, très longtemps. Ce pays a été le premier, hors des États-Unis, que j’ai visité. Je me suis spécialisée en littérature française, j’ai étudié la littérature et la culture françaises. J’ai été séduite par cette culture. C’est aussi là que j’ai appris l’internationalisme. Lors de mon premier voyage à Paris, j’attendais beaucoup de la devise « Liberté, égalité, fraternité » ; mais c’était au moment le plus intense de la révolution algérienne. J’ai cru que je visitais un pays qui avait dépassé le racisme, mais j’y ai en fait découvert différentes sortes de racisme. Mes solidarités en France sont toujours allées vers ceux qui défient le capitalisme et le racisme. Personnellement, je peux affirmer que le mouvement pour ma libération n’aurait pas été aussi efficace sans la participation de la jeunesse française, des Français, du Parti communiste, des jeunes communistes.

Du mouvement anticolonial en général ?

Oui. Je suis très liée à ce pays précisément parce que je pense que je ne serais pas libre sans lui. Mais dans le même temps, je vois le racisme, l’islamophobie, les sentiments anti-immigration ; ma solidarité est du côté de ceux qui luttent. J’ai un problème avec la manière dont la notion de laïcité a été transformée en une arme contre les musulmans et la confusion entre le terrorisme et l’islam qui malheureusement me rappelle les méthodes de Donald Trump. 

Quels enseignements pour la France tirez-vous de l’élection de Trump ?

Vous avez aussi des élections bientôt. La Révolution française est venue après la Révolution américaine. Les États-Unis se présentent comme la première démocratie. Nous sommes en train de connaître une contre-révolution. Les forces contre la démocratie s’exercent fortement. La campagne de Donald Trump s’est appuyée sur l’idée d’un retour de la suprématie blanche. Quand considérait-il que l’Amérique était « grande » ? Avant les avancées en matière de droits civiques, de genre, de droits des immigrants. Il a mis l’accent sur cette époque où les hommes blancs avaient le pouvoir. J’espère qu’en France, vous ne répéterez pas ce que nous avons fait aux États-Unis. Il faut s’engager, participer aux mouvements antiracistes qui sont au cœur de la lutte pour la justice partout dans le monde. 

Vous étiez la marraine de la Marche de la dignité et contre le racisme d’octobre 2015 à Paris. Cette mobilisation a réuni des familles de victimes de violence policière, des militants contre la violence d’État, des femmes voilées, des afroféministes, des collectifs de personnes racisées… Ces groupes forment un mouvement antiraciste décolonial. Vous semblent-ils héritiers de vos luttes ? 

Absolument. Je sais que la visibilité de ce mouvement est nouvelle. Mais je ne crois pas que le mouvement soit entièrement nouveau. Les luttes décoloniales sont très anciennes. La première fois que je suis venue à Paris, j’ai lu Frantz Fanon et les livres de Maryse Condé. Il y a un héritage de ces luttes contre le colonialisme et le racisme au sein de la culture française. Mais certainement que beaucoup de gens se rendent compte aujourd’hui, après les événements de Ferguson, pendant l’été 2014, et vu les réactions en Europe à l’arrivée des migrants, qu’il y a des phénomènes similaires de racisme policier et de violence raciste de la police en Allemagne, au Royaume-Uni, ailleurs en Europe, et aux États-Unis.

« Nous devons appeler à cesser la violence contre la planète »

En France, un débat apparaît au sein des militants pour le climat qui pratiquent la désobéissance civile entre ceux qui se définissent avant tout comme non violents, et d’autres qui réfutent cette étiquette, considérant qu’elle les éloigne des personnes racisées en butte aux violences policières. Qu’en pensez-vous ? 

Ce sont toujours de fausses divisions. Le mouvement américain pour les droits civiques est présenté comme non violent. Et bien sûr, il a encouragé les militants à s’engager et à pratiquer la désobéissance civile. C’est la seule manière dont peuvent éclore les mouvements de masse. Mais mettre en avant la non-violence revient à sous-estimer le rôle que joue l’État dans la production de la violence. Et c’est peut-être cela qui crée le plus de divisions. Il est certain que des mouvements qui luttent contre la violence institutionnelle doivent se rapprocher de ceux qui se battent pour l’environnement. Parce que c’est un mouvement contre la violence infligée à l’environnement. À beaucoup d’égards, le mouvement pour le climat, le mouvement pour la préservation de la planète, constitue le point de départ d’une mobilisation pour la justice sociale. 

Pourquoi ?

Ça ne ferait aucun sens de rêver d’un monde sans racisme, sans misogynie, sans homophobie, sans exploitation de classe dans le contexte d’une planète moribonde ! Si nous sommes sérieux dans les combats que nous menons, nous devons appeler à cesser la violence contre la planète, contre les animaux. Les mouvements pour la souveraineté alimentaire sont extrêmement importants. En ce moment au Dakota du Nord, la lutte des Sioux de Standing Rock contre la construction d’un oléoduc, le Dakota Access Pipeline, gagne le soutien de mouvements très divers. Ce mouvement prend sa source dans des communautés indiennes, des Native Americans, des Sioux. Mais ils ont lancé un appel, et de très nombreuses personnes y ont répondu : des militants syndicaux, antiracistes, féministes. Et c’est bien que ce soit ainsi. L’intersectionnalité a toujours signifié l’intersectionnalité de nos luttes.

En septembre 2014, un an avant la COP21, la Marche des peuples pour le climat, à New York, était conduite par des Noirs, des Indiens, des Latinos… représentant les premières communautés affectées par les dérèglements du climat. Vous sentez-vous proche de leurs luttes ? 

Il est important de reconnaître que ce n’est pas nouveau. Cela a été préparé par des décennies de luttes. Dans les années 1980, quand le mouvement pour la justice environnementale a émergé, des gens de couleur ont interpellé le mouvement écologiste pour qu’il soit attentif au fait que ceux qui détruisent l’environnement en général s’en prennent d’abord aux personnes de couleur. Où se trouvent les décharges ? Où sont les terrains pollués ? Inévitablement, on découvre qu’ils sont situés dans les quartiers où vivent des personnes de couleur et dans les quartiers pauvres. Et donc, d’une certaine manière, l’idéologie nous empêche de voir ce qui devrait être complètement évident : si nous nous battons pour un meilleur environnement, il faut se soulever contre les injustices environnementales. Et donc, la marche contre les dérèglements du climat menée par les communautés de couleur est l’expression de cette voix. 

Et pourtant, historiquement, le mouvement écologiste, même aux États-Unis, est blanc et tourné vers les classes moyennes…

Oui, mais il y a aussi le mouvement pour la justice environnementale. Cherchez « justice environnementale » sur Google et vous verrez qu’il s’est développé à côté du mouvement de défense de l’environnement. C’est une approche alternative de la question environnementale, articulée à la question du travail, et en direction des communautés de couleur. C’est précisément ce dont parlent les féministes : l’intersectionnalité des luttes. Le mouvement Black Lives Matter est un autre exemple des savoirs que les féminismes antiracistes, anticapitalistes ont produit. Il est intéressant de constater qu’enfin, après des décennies d’existence, le mouvement des Noirs est dirigé par des femmes et des personnes s’identifiant comme queers. Les questions de genre et de sexualité sont reconnues comme faisant partie intégrante des luttes contre le racisme. C’est très excitant. 

Quel est votre regard sur la manière dont sont accueillis les réfugiés en Europe ? 

L’enjeu de la défense des droits des réfugiés est mondial et nécessiterait la création d’un mouvement global. L’Europe échoue à comprendre sa responsabilité historique en la matière. Celle-ci est pourtant énorme, compte tenu des liens entre la crise des réfugiés et le capitalisme mondial, entre l’histoire de l’esclavage et les chemins empruntés par les réfugiés. On pourrait parler de revanche de l’Histoire tant les routes des uns et des autres coïncident, en sens inverse.

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 07:18
La fuite ou la mort: le choix terrible des Alepins de l'est (L'Orient le jour, Caroline Hayec - 29 novembre 2016)

 

« Je pense emmener ma famille du côté de la ville tenu par le régime. Dieu seul sait ce qu'il adviendra de nous. Ne m'écrivez plus, je ne veux pas avoir de problèmes une fois passé à l'Ouest. Je ne veux pas qu'ils me torturent. Merci et que Dieu vous garde. » Comme Adnane*, des milliers d'habitants des quartiers est d'Alep ont perdu tout espoir de voir les forces rebelles vaincre celles du régime et de ses alliés et préfèrent l'exode à une mort probable.

Après quatre mois de siège, et plus de 10 jours après le lancement de la plus grande offensive jamais engagée contre les zones qui échappent au contrôle de Damas, la population a sombré dans le plus profond désarroi Un tiers du bastion rebelle a cédé lors des assauts des forces du régime sur le terrain, en concomitance avec des bombardements d'une violence sans précédent. Des milliers d'habitants auraient déjà fui les zones sinistrées pour se réfugier en zone gouvernementale. Selon l'OSDH, ils seraient près de 10 000, dont 6 000 partis en direction de la petite enclave de Cheikh Maksoud contrôlée par les forces kurdes.

Selon un activiste sur place, contacté par L'Orient-Le Jour, ces familles auraient été ensuite transférées vers les zones contrôlées par le régime. D'autres ont fait état de camions entrant dans les quartiers rebelles, et de familles amassant leurs affaires à la hâte, notamment à al-Chaar, où les bombardements ont été extrêmement intenses hier. Après des mois de résistance, rythmés par la faim et les bombes, des habitants se sont donc résignés à fuir les quartiers assiégés. Aucune information fiable n'est venue confirmer ce qu'il est advenu de ces familles. « On veut partir c'est certain. Qui a envie d'affronter la mort ? Si Dieu veut nous garder en vie, alors il faut qu'on parte. Mais où ira-t-on, ça je l'ignore », confie Tarek*, un père de famille. Hier dans la soirée, Amnesty International a appelé les forces gouvernementales syriennes à veiller à ce que les civils vivant dans les zones capturées puissent circuler librement et soient protégés contre la détention arbitraire, la torture, la disparition forcée ou le harcèlement.

 

(Repère : Retour sur une année d'offensives sur Alep-Est)

 

Témoins de l'horreur
« C'est la pire des catastrophes humanitaires qui se déroule en ce moment même », témoigne Amir, un photographe des quartiers est. Malgré l'horreur dont il est doublement témoin, le photoreporter s'est-il résolu à tout abandonner pour se rendre en zone gouvernementale ? « Sûrement pas ! Les photographes sont les ennemis numéro 1 du régime », ironise-t-il. Comme Amir, Joumana refuse de s'en remettre aux forces adverses. « Les bombardements sont fous, c'est du jamais-vu, mais mon Dieu non, je ne partirai pas », dit-elle, espérant encore que la situation « s'améliore ».

« Physiquement je n'ai rien, mais moralement je suis à bout. Ma femme a terriblement peur. Mais je n'irai jamais du côté du régime, car ça veut dire choisir la mort à coup sûr. Je préfère mourir dans ma ville », confie également Yasser. Un professeur d'anglais et activiste a préféré tromper la mort en continuant à donner des cours hier après-midi. « Malgré la situation horrible aujourd'hui (hier), mes élèves ont insisté pour venir en classe », dit-il face à la caméra de son téléphone, via l'application Périscope, permettant de transmettre les images en direct.

« Je leur ai demandé de me décrire leurs vacances. (...) Je leur souhaite un avenir brillant, même si je sais que durant les prochains jours je risque de perdre certains d'entre eux », avoue-t-il.
Dans certains foyers, le désarroi est total. « Si ça continue comme cela, ce sera un carnage. Qu'est-ce qui va nous arriver ? Allons-nous tous mourir comme ça ? lance Ahmad, effondré, alors que son épouse est sur le point d'accoucher, d'un jour à l'autre, de jumeaux. Il n'y a plus d'hôpitaux, plus de médicaments, j'ai peur pour ma famille. Pourquoi le monde ne fait-il rien pour nous ? Je me pose la question sans arrêt et je ne trouve pas de réponse. »

* Les prénoms ont été changés pour des raisons de sécurité.

 

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Ces billets doux que le régime envoie aux habitants d'Alep-Est...

 

 

Et sur le Chiffon Rouge: 

Syrie: la droite française prône un rapprochement avec la Syrie de Poutine, alliée du régime criminel et illégitime de Bachar al-Assad (Médiapart, 2 novembre)

Infos Syrie Résistance: avec le peuple syrien, ni Bachar, ni Daech! : Quelques conséquences possibles de l’échec de l’accord russo-américain sur la Syrie, par Ziad Majed

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