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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 08:05
Stopper le basculement de la Turquie dans la dictature - par Patrick Le Hyaric

 

Stupéfiant, inquiétant, révoltant ! La dérive du pouvoir de M. Erdogan parait ne plus avoir de limite jusqu’à progressivement basculer dans la dictature. « Un régime de terreur » aux portes de l’Europe selon les mots du Nobel Orhan Pamuk. Après les villes kurdes rasées par les chars de l’armée turque, les arrestations du rédacteur en chef et de huit autres journalistes de Cumhuriyet, l’un des principaux journaux d’opposition, puis des maires de villes kurdes, c’est au tour des parlementaires progressistes de subir la traque du régime. Les deux coprésidents du Parti démocratique des peuples (HDP) dont notre ami Selahattin Demirtas, le président du groupe parlementaire et huit autres députés ont été arrêtés en pleine nuit. Erdogan va jusqu’à remettre la peine de mort, pourtant abolie, à l’ordre du jour, violant sciemment la convention européenne des droits de l’Homme et des libertés fondamentales que la Turquie a pourtant signée.

Depuis la promulgation de l’état d’urgence à la suite du coup d’état avorté de juillet dernier, le pouvoir turc gouverne par décret sans l’aval du Parlement. Le délai de garde à vue est porté à trente jours dont cinq au secret, sans accès à un avocat. Des dizaines de milliers de militaires, policiers et magistrats sont arrêtés ou mis à pied. La purge dans la fonction publique s’accroit d’heure en heure sur simple présomption de culpabilité.

L’heure est grave pour le peuple turc. La politique de terreur d’Erdogan risque de déboucher sur une déstabilisation profonde du pays avec des conséquences redoutables pour la région.

Le HDP s’est opposé à la tentative de coup d’état car il sait combien l’armée turque, qui a consolidé son pouvoir depuis le putsch de 1980, est opposée à toute forme d’émancipation sociale et politique du pays. Il sait également que l’accession au pouvoir des islamo-conservateurs a été rendue possible par un pacte entre la confrérie Gülen et le Parti de la justice et du développement (AKP), amis d’hier et ennemis d’aujourd’hui. Dans cette région, les progressistes sont payés de leçons pour savoir que les intrigues et retournements d’alliances s’effectuent toujours contre la constance du combat pour l’émancipation humaine, sociale et politique.

Depuis son accession au pouvoir en 2003 au poste de premier ministre, Erdogan s’est forgé avec l’AKP, son parti islamo-conservateur, un instrument de conquête de tous les pouvoirs civils et militaires en jouant sur les contradictions de la région.

Pro-européen à son arrivé au pouvoir, l’AKP noue une alliance avec Bachar El-Assad avant que les révolutions arabes et l’effondrement des régimes autoritaires ne lui offrent l’occasion de se poser en défenseur des peuples de la région. Erdogan tente de réactiver une hégémonie politique et culturelle ottomane sur ceux jadis soumis au pouvoir impérial. Pour y parvenir il appuie, de concert avec les monarchies du Golfe, les franges les plus intégristes de la contestation sociale voire les terroristes du groupe Etat Islamique.

Avec la deuxième armée de l’Alliance atlantique, la Turquie bénéficie d’une indulgence coupable des Etats-Unis comme des pays de l’Union européenne. D’autant que ces derniers lui ont laissé les mains libres en troquant de manière indigne contre quelques milliards d’euros le sort de centaines de milliers de réfugiés qui fuient les combats en Irak et en Syrie.

Le peuple kurde et tous les démocrates de Turquie paient chèrement le jeu d’alliance qui rythme l’évolution politique du Moyen-Orient. Le fait que le mouvement kurde soit parvenu à fédérer la gauche de transformation turque dans un même combat pour la liberté et la justice sociale est insupportable pour les pouvoirs en place. Plus encore l’est son combat héroïque contre l’Etat islamique !

Le HDP est né pour fédérer les aspirations démocratiques exprimées au printemps 2013 lorsque des dizaines de milliers de turcs se sont rassemblés sur la place Taksim d’Istanbul pour contester les dérives du pouvoir. Sa percée spectaculaire aux élections législatives de 2013 où il rassemble 13% des suffrages et obtient 80 députés empêche Erdogan d’obtenir les pleins pouvoirs et de modifier à sa guise la Constitution. Le HDP devient par la même occasion un acteur clé d’une solution pacifique au problème kurde.

Si le pouvoir turc s’enfonce dans cette dérive liberticide et réactionnaire, c’est justement parce que ce pays est l’un des rares de la région à compter une force politique de progrès, capable de faire bouger les lignes pour la justice et la paix. Que la France comme l’Europe se murent dans leur silence complice ne peut que révolter tous les démocrates.

Qu’ils interviennent pour que cesse cette quasi-complicité est une urgence. L’Union européenne doit décider d’une mission de soutien aux journalistes et parlementaires emprisonnés et exiger leur libération sans condition. Les Parlements doivent s’exprimer et déployer des délégations auprès de leurs collègues turcs. Les autorités françaises et européennes peuvent agir en réclamant le respect de la convention européenne des droits de l’Homme et entamer un processus de sanctions politiques et commerciales.

Ce combat pour la paix et la démocratie en Turquie peut bénéficier à tous les peuples du proche et Moyen-Orient mais aussi à ceux de l’Union européenne.

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 08:00
Contrôle au faciès: l'Etat enfin condamné (PCF)

Contrôle aux faciès : l'Etat enfin condamné !

 

Le 9 novembre 2016 s'est tenue l’audience à  la Cour de cassation qui a confirmé la condamnation de l’État pour faute lourde dans le cas de contrôles aux faciès !

La Justice reconnaît définitivement l'existence de cette pratique discriminatoire et la condamne !

« C’est une grande victoire », a salué Félix de Belloy, l’avocat des treize plaignants. « On sort de plusieurs décennies de non-droit en matière de contrôle d’identité. Les policiers considéraient qu’ils pouvaient contrôler sans motif, c’est terminé. »

François Hollande, lors de sa campagne en 2012, avait fait de la lutte contre les contrôles au faciès son 30ème engagement ; une fois élu ce fut son premier renoncement. Pire, condamné en première instance, le gouvernement est donc allé jusqu'à la Cour de cassation au lieu de prendre acte que la Justice de notre pays validait et légitimait cet engagement.

Cette pratique policière discriminante est le symptôme d’une République en souffrance. Mais, aujourd’hui, la Justice a parlé et l’État doit prendre ses responsabilités.

Il est urgent que le gouvernement prenne des mesures concrètes visant à la modification de l’article 78-2 pour instaurer le récépissé de contrôles d’identité, objectiver les raisons des interpellations et des contrôles d’identité, ce qui permettrait de réduire les tensions exacerbées entre une part de la population et les forces de l’ordre.

Les sénateurs et sénatrices communistes, ont déposé en avril 2016,  une proposition de loi pour modifier notamment l’article 78-2 :  c’est une des mesures contenues dans le pacte d’engagements du PCF pour les échéances électorales de 2017 afin de lutter contre les discriminations racistes. 

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 07:53
Maroc. Le makhzen et la corde usée du chauvinisme (Rosa Moussaoui - L'Humanité)
ROSA MOUSSAOUI
MARDI, 8 NOVEMBRE, 2016
L'HUMANITÉ

Depuis la mort de Mouhcine Fikri, ce poissonnier d’Al Hoceïma broyé avec sa marchandise par une benne à ordures, les manifestations contre la « hogra », le mépris, se succèdent, dans le Rif et dans tout le pays.

Deux Maroc se fracassent l’un contre l’autre, et cette collision porte un nom : Mouhcine Fikri. Le sort tragique du poissonnier d’Al Hoceïma broyé avec sa marchandise n’en finit plus de tourmenter le pays. Vendredi, une marée humaine a encore déferlé dans les rues de la capitale culturelle du Rif, région frondeuse et marginalisée du nord du pays, pour exiger la vérité et la justice. Des milliers de manifestants ont défilé, dans la nuit, bougie et portrait du défunt à la main, slogans amers à la bouche pour dénoncer la « hogra », le mépris du régime pour les plus modestes. Mais la révolte n’est pas circonscrite à Al Hoceïma. Ce week-end, Nador, Tanger et même Rabat étaient le théâtre de nouvelles manifestations. À la veille de l’ouverture de la COP22, certains protestataires ne se contentent plus de mettre en cause l’arbitraire qui a coûté la vie au poissonnier : c’est la nature même du régime, le « makhzen », ce tentaculaire palais, qui pose problème à leurs yeux. Rien n’y fait, pas même les appels au calme de la famille Fikri, qui a reçu la visite du ministre de l’Intérieur, seul officiel à s’être exprimé sur l’affaire, en dehors du premier ministre islamiste, Abdel-Ilah Benkiran, qui a appelé ses troupes à se garder de toute contestation. Relayant l’argumentation du pouvoir, le père du défunt dit refuser de voir son fils servir « d’alibi » à un soulèvement populaire qui ferait du Maroc une « nouvelle Syrie ». Pourtant, rien ne semble devoir éteindre la colère.

L’abîme entre le peuple marocain et le système politico-affairiste

Dans cette affaire, onze personnes, dont huit fonctionnaires, ont déjà été arrêtées, poursuivies pour « homicide involontaire ». Elles ont été présentées, vendredi dernier, à un juge d’instruction. Mais la confiance est rompue. « Les personnes mises en cause ne sont que des fusibles. Les vrais responsables, les corrompus de la direction de la pêche, restent, eux, à l’abri des poursuites. En cette période de repos biologique, la pêche à l’espadon est interdite. Mais les grands chalutiers qui continuent de traquer cette espèce ne sont pas inquiétés. Les contrôles devraient être effectués au port, pas en verbalisant et en confisquant la marchandise de petits revendeurs comme Mouhcine Fikri ! » s’insurge Saïd Sougty, porte-parole en Europe de la Voix démocratique, une formation d’opposition très critique envers le pouvoir monarchique. Dans un éditorial acerbe du magazine Tel quel, Omar Saghi brosse, lui aussi, le sombre tableau d’un pays étranglé par l’arbitraire politique et les inégalités sociales. « Les Marocains sont à 40 % des ruraux, à 30 % analphabètes. Leur niveau de vie est l’un des plus bas de la rive sud de la Méditerranée, pourtant bien peu avantagée en la matière. La petite corruption (y) est largement répandue et sert à fluidifier les nombreux goulots d’étranglement de l’économie. Encore une fois le dualisme marocain parle, et dans toute sa splendeur. La tragédie de la semaine dernière est beaucoup plus complexe que l’étincelle tunisienne, analyse le journaliste. Mouhcine Fikri, paix à son âme, n’est pas Bouazizi. En décembre 2011, à Sidi Bouzid, une Tunisie pauvre et excédée par l’arbitraire s’est soulevée. En octobre 2016, à Al Hoceïma, un Maroc enchevêtré dans ses contradictions a saigné, écartelé. La blessure ne va pas se refermer de sitôt. L’affaire d’Al Hoceïma, c’est un Maroc torturé par ses promesses contradictoires. (…) On ne peut plus se permettre un Maroc à deux vitesses. Au Maroc du TGV et des mules, voilà que s’ajoute désormais le Maroc des sommets écologiques internationaux et des tragédies nées de la misère. »

La comparaison avec l’étincelle tunisienne n’est certes pas de mise, mais une chose est sûre : l’abîme entre le peuple marocain et le système politico-affairiste lié au makhzen se fait incommensurable. Seul recours pour ce régime qui a su contourner avec habileté, en 2011, les aspirations nées du Mouvement du 20 février, dans le sillage des printemps arabes, la fibre du chauvinisme. En commémorant, depuis Dakar, le 41e anniversaire de la Marche verte par laquelle son défunt père annexa, en 1975, le Sahara occidental, Mohammed VI a exalté, une fois de plus, la « marocanité » de ce qu’il appelle « les provinces du Sud », plaidant, au passage, pour le retour de son pays dans le concert des nations africaines. Le ciment de ce nationalisme aux accents religieux qu’affectionne le roi du Maroc, consacré Commandeur des croyants par la Constitution, ne suffit pourtant plus à colmater les fissures d’un système aussi injuste qu’autoritaire.

Gdeim Izik, six ans après

Le 8 novembre 2010, les forces de sécurité marocaines procédaient au démantèlement violent du camp de la dignité à Gdeim Izik, au Sahara occidental occupé. Aujourd’hui, à 15 h 30, un rassemblement est prévu au Trocadéro pour commémorer cet événement et exiger, entre autres, la libération des 23 prisonniers politiques sahraouis condamnés à de lourdes peines à la suite de cet épisode répressif. Parmi eux, Naama Asfari, condamné à trente ans d’emprisonnement et dont l’épouse française, Claude Mangin, a été expulsée du Maroc le 19 octobre alors qu’elle allait lui rendre visite.

Journaliste à la rubrique Monde
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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 07:36
Netanyahou se félicite de l'élection de son ami Trump (Médiapart, 11 novembre 2016)
Netanyahou se félicite de l’élection de son ami Trump
 PAR CHLOÉ DEMOULIN

Le premier ministre israélien accueille l’élection de Donald Trump comme une bonne nouvelle pour Israël. Mais des experts s’inquiètent de la proximité du républicain avec Vladimir Poutine.

 

Jérusalem, correspondance.-  Ce n’est un secret pour personne et le bureau du premier ministre israélien a tenu à le rappeler : Benjamin Netanyahou et Donald Trump se connaissent – et s’apprécient – depuis plusieurs années. Admiratif des hommes politiques à poigne, le milliardaire n’a jamais caché son amitié pour Netanyahou. Il s’est même fendu d’un clip de soutien en faveur de sa réélection à la tête de l’État hébreu en 2013. 

 

« Je suis un grand fan d’Israël […] Vous avez vraiment un grand premier ministre. Il n’y a personne comme Netanyahou. C’est un gagnant […] Votez pour Benjamin, un gars formidable, un dirigeant formidable, génial pour Israël », assenait alors le milliardaire. Plus récemment, Donald Trump a également été un fervent soutien du dirigeant israélien face à Barack Obama contre l’accord sur le nucléaire iranien. Le républicain a d’ailleurs promis en mars dernier, face à l’AIPAC, le lobby pro-israélien américain, que sa « priorité numéro un », s’il était élu, serait de « démanteler » cet accord.

Mercredi 9 novembre, Benjamin Netanyahou ne s’est donc pas fait prier pour appeler Donald Trump. Il l’a félicité d’avoir été élu président et lui a assuré que les États-Unis n’avaient pas de meilleur allié qu’Israël dans la région. Ce à quoi le président élu a répondu en invitant Netanyahou à venir le rencontrer à Washington dès que possible. Une conversation « sincère et chaleureuse », selon le bureau du premier ministre. Un peu plus tôt, dans un communiqué, le dirigeant israélien qualifiait Donald Trump de « véritable ami » de l’État d’Israël. « Je me réjouis de travailler avec lui pour faire progresser la sécurité, la stabilité et la paix dans notre région […] Je suis convaincu que le président élu et moi allons continuer à renforcer l’alliance unique entre nos deux pays et la rendre plus forte que jamais », a-t-il écrit.

Comme Netanyahou, de nombreux responsables israéliens se réjouissent de l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Incarnation d’un changement sur le style, le républicain semble également promettre un virage sur la politique menée par les États-Unis dans la région. À mille lieues de la ligne favorable à la solution à deux États et anti-colonisation défendue jusqu’ici par Barack Obama, et dont certains redoutent d’ailleurs un dernier cadeau empoisonné d’ici janvier. « Le niveau d’amitié entre les États-Unis et Israël va augmenter comme jamais auparavant, et il sera meilleur qu’il n’a jamais été, même sous les autres administrations républicaines par le passé », a confirmé David Friedman, conseiller de Donald Trump pour les questions israéliennes. « Nous savons comment Obama a traité le premier ministre israélien et comment [Hillary] Clinton l’a réprimandé… Nous allons aller de l’avant dans le respect et l’amour mutuel et un meilleur futur pour les États-Unis et Israël », a-t-il assuré ce mercredi dans les colonnes du Jerusalem Post.

Au cours de sa campagne, Donald Trump a promis qu’il cesserait de considérer la solution à deux États comme une façon de résoudre le conflit israélo-palestinien. Du pain bénit pour la droite israélienne, et notamment pour l’ultranationaliste et fervent défenseur des colonies, Naftali Bennett, par ailleurs ministre de l’éducation, qui s’est empressé d’interpréter l’élection du républicain comme une « chance de renoncer immédiatement à l’idée de création d’un État palestinien ». « Telle est la position du président élu et telle devrait être notre politique, tout simplement […] L’époque de l’État palestinien est révolue », a-t-il lâché. Jeudi 10 novembre, un des proches conseillers de Donald Trump, Jason Greenblatt, a même ajouté, sur les ondes de la radio militaire israélienne, que le président élu des États-Unis ne voyait pas « les colonies comme un obstacle à la paix ». Comme ne se sont pas privés de le lui rappeler le maire de Jérusalem, Nir Barkat, mais aussi la ministre adjointe des affaires étrangères, Tzipi Hotovely, et la ministre de la justice Ayelet Shaked, Donald Trump a également promis de déplacer l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Ce que David Friedman n’a pas remis en question, bien au contraire, affirmant que cela pourrait être une des premières réalisations de Donald Trump dans la région.

Côté palestinien, ce déménagement – suggéré le mois dernier par la fille de Donald Trump, Ivanka, convertie au judaïsme orthodoxe – a évidemment fait bondir. Il induirait une reconnaissance implicite par les États-Unis de Jérusalem comme capitale de l’État hébreu. Ce que contestent les Palestiniens, également désireux de faire de Jérusalem la capitale de leur futur État, et qui demeure à ce jour le principal point d’achoppement dans les négociations de paix. Mais les Palestiniens, désabusés par la politique de Barack Obama, n’attendent à vrai dire pas grand-chose de l’élection de Donald Trump. « Le peuple palestinien ne compte pas beaucoup sur un changement de politique de la part de la présidence américaine, la politique américaine sur la question palestinienne ayant été constamment caractérisée par le parti pris », a commenté un des porte-parole de Hamas, classé par les États-Unis comme un groupe terroriste.

De fait, si le caractère glacial des relations entretenues par Benjamin Netanyahou et Barack Obama, particulièrement sur le dossier du nucléaire iranien, est de notoriété publique, les liens tissés entre leurs deux pays ne semblent pas vraiment en avoir souffert. Comme l’illustre la signature en septembre dernier d’un plan de 38 milliards de dollars (34 milliards d’euros) sur dix ans en faveur de l’arsenal militaire israélien. Une aide sur laquelle Donald Trump n’a aucune intention de revenir. Mais aussi le fait que Washington ait poursuivi sa politique de veto contre les résolutions anti-israélienne à l’ONU ces huit dernières années et encore très récemment voté contre une résolution controversée de l’Unesco sur Jérusalem.

Plus prudent, peut-être sans oublier que les États-Unis restent également et malgré tout l’un des principaux bailleurs de fonds de la Cisjordanie, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a tout de même félicité Donald Trump, espérant officiellement qu’il ouvre une nouvelle page dans la résolution du conflit. Même si en coulisses, ses conseillers ont rappelé que la solution à deux États demeurait une des conditions préalables à tout accord.

Pas à une contradiction près, Donald Trump a aussi affirmé lors de sa campagne qu’il souhaitait rester « neutre » vis-à-vis du conflit israélo-palestinien et que les deux parties devaient arriver à un accord par elles-mêmes. Encore une fois, ces déclarations sont interprétées positivement par Benjamin Netanyahou, qui défend l’idée d’une résolution bipartite, et n’a cessé de rejeter l’idée d’une intervention extérieure, notamment celle proposée par Paris.

Mais pour certains experts, le désinvestissement des États-Unis dans le conflit israélo-palestinien pourrait aussi bien entraîner une nouvelle vague de violences en Cisjordanie. Ils s’inquiètent par ailleurs de l’impact de ce désinvestissement sur le plan régional, notamment s’il se conjugue avec une autre amitié, celle qu’entretiennent Donald Trump et Vladimir Poutine. « Trump sera plus disposé à laisser faire en terme de réorganisation régionale et même à s’en remettre aux ambitions russes et iraniennes plutôt que de les affronter », juge dans le Jerusalem Post Julien Barnes-Dacey, spécialiste du Moyen-Orient au Conseil des affaires étrangères de l’Union européenne. De là à laisser tomber son grand ami Benjamin Netanyahou ? La proximité du futur président des États-Unis avec le président russe, allié de la Syrie de Bachar al-Assad mais aussi de l’Iran, pourrait en tout cas ouvrir une ère d’incertitude pour les intérêts d’Israël dans la région. Les doutes subsistent par exemple sur la réelle volonté de Donald Trump de démanteler l’accord sur le nucléaire iranien. Des doutes alimentés par les déclarations d’un de ses conseillers en politique étrangère, Walid Phares. Il « ne se débarrassera pas d’un accord qui a la signature institutionnelle des États-Unis. […] C’est un homme d’institutions. […] Il ne va pas l'appliquer tel quel, il va le réviser après avoir négocié un à un avec l'Iran ou avec une série d'alliés », expliquait-il en juillet dernier dans une interview au site en ligne conservateur The Daily Caller.

Misant sur son manque d’expérience avoué en matière de politique étrangère, certains estiment en fait que Donald Trump pourrait céder au principe de réalité et s’en remettre largement à ses conseillers. Une hypothèse partagée par les services du ministère des affaires étrangères israélien, si l’on en croit une note préliminaire envoyée à toutes les ambassades israéliennes à travers le monde et dévoilée ce jeudi par le journal Haaretz. « Le processus diplomatique entre Israël et les Palestiniens ne sera pas une priorité pour l'administration Trump et il est raisonnable de supposer qu’il sera également influencé sur ce sujet par le personnel qui l’entoure et par les développements sur le terrain. Les déclarations de Trump ne pointent pas nécessairement une politique cohérente sur cette question », peut-on y lire. Comme bien souvent avec le milliardaire, cette cohérence devra attendre d’être vérifiée sur le terrain.

 

 

 

 

 

 

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 07:30
Jeudi 10 novembre au Roudour: Natacha Atlas, Samy Bishai et leur groupe de jazz oriental coaché par Ibrahim Maalouf, c'était géant!
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Séance de dédicace après le concert avec Natacha Atlas et Samy Bishai, violoniste anglo-égyptien

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 07:01
Ce que dit Trump à la France - Patrick Apel-Muller (L'Humanité)
La fable de la mondialisation capitaliste heureuse se fracasse spectaculairement sur l’élection de Donald Trump. Mis en concurrence, les peuples se voient présenter l’addition des délocalisations, des déréglementations, des précarités généralisées, d’écarts de richesse qui se creusent, monstrueux, au profit d’une minorité infime qui saute d’un marché financier à l’autre. Les milieux financiers et les médias dominants prêchent sans trêve que cette jungle économique est le seul monde possible et oriente les exaspérations vers le voisin, le concurrent malgré lui, le plus pauvre qui touche des aides, l’immigré.
 
D’autres épisodes avaient précédé en Hongrie, Pologne, Autriche, aux Philippines. Aucun cependant n’a de telles répercussions sur le cours de la planète. L’élection d’un milliardaire aux mains sales au terme d’une campagne où il a agité toutes les peurs et les plus bas instincts risque de faire boule de neige. Elle crédibilise les nationalismes les plus réactionnaires et les populismes racistes. Voilà pourquoi Marine Le Pen l’applaudit bruyamment.
 
Le nouveau Président des Etats-Unis a su profiter des colères d’Américains broyés par les délocalisations, déclassés par la crise des subprimes, humiliés par la dissipation de leurs rêves. Le socles des conservateurs a voté pour lui et il a mobilisé l’électorat républicain sudiste sur une rhétorique qui fait appel à l’imaginaire des confédérations de la guerre de sécession, celui de la supériorité blanche qu’a exaspéré l’élection d’Obama. Mais les républicains n’ont pas gagné de voix par rapport au précédent scrutin de 2012. Leur victoire tient d’abord à l’abstention démocrate, celle de ces ouvriers du Midwest ravagés par la fermeture d’usines, des jeunes qui ne pouvaient faire confiance aux Clinton associés à Wall Street, aux noirs qui ont vu déçus leurs espoirs d’égalité. Il n’a pas suffi d’agiter l’épouvantail aux cheveux roux pour les décider. Hillary a cru que la peur remplirait les urnes et a fait l’impasse sur un programme de progrès social ; çà ne lui a pas été pardonné. Jean-Christophe Cambadélis, qui décalque la recette devrait l’avoir en mémoire.
 
Il ne suffira plus de dénoncer « le système »…Quel crédit accorder à un Nicolas Sarkozy ou un Emmanuel Macron, qui sont l’un et l’autre les purs produits et les acteurs de ce capitalisme débridé ? Ceux qui en France n’ont à la bouche que l’amour des entrepreneurs, ces candidats de droite qui tous s’en prennent à l’assistanat et méprisent les pauvres, ces médias qui en boucle répètent que la modernité réside dans la régression sociale et la suppression descdroits du travail, les responsables venus de la gauche qui font le sale boulot de la droite, même les patrons qui, à tout vouloir détruire du pacte social, vont engendrer des monstres feraient bien d’y réfléchir. Les colères comprimées fermentent et peuvent exploser dans le pire. Quand ceux qui veulent transformer la société, la présidentielle américaine rappelle l’inanité des calculs de boutique et l’impératif de rassembler les forces sur des objectifs de progrès. Il n’est plus temps de laisser du temps au temps.
 
 
 
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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 06:11
Léonard Cohen a rejoint sa muse (L'Humanité, 11 novembre)

Le musicien, homme de lettres du rock et poète,  est mort à l'âge de 82 ans, lit-on jeudi sur sa page Facebook. Interpretées de sa voix grave, ses chansons où la religion cotoyait le désir, le sexe,  la rédemption en ont fait un artiste unique et incontournable.

 Le musicien et poète canadien Leonard Cohen est décédé à l'âge de 82 ans, a annoncé son entourage jeudi. «C'est avec une profonde tristesse que nous informons du décès du poète, compositeur et artiste légendaire Leonard Cohen", a écrit son agent sur la page Facebook du musicien. Nous avons perdu l'un des visionnaires les plus prolifiques et respectés du monde de la musique. Une cérémonie sera organisée à Los Angeles, en Californie, où il résidait.
 
Aucun autre détail concernant le décès de Leonard Cohen n'est fourni dans le communiqué et les représentants du chanteur n'étaient pas disponibles dans l'immédiat pour faire un commentaire. Il est précisé qu'une commémoration est prévue à Los Angeles, où Leonard Cohen résidait depuis de nombreuses années
 
Originaire du Québec, Leonard Cohen était déjà un poète et romancier célèbre lorsque, à l'âge du 31 ans, il s'est installé à New York en 1966, pour tenter sa chance dans la musique.
Né dans une famille juive en 1934 et élevé dans un quartier aisé, anglophone, de Montréal, Leonard Cohen a lu les oeuvres du poète espagnol Federico Garcia Lorca dans son adolescence, a appris à jouer de la guitare auprès d'un musicien flamenco et a formé un groupe country appelé les Buckskin Boys. Il a suivi des cours à l'université McGill de Montréal et a publié son premier recueil de poèmes peu après avoir obtenu son diplôme.
Vivant d'une Bourse accordée par le gouvernement canadien et d'un héritage de sa famille, Leonard Cohen a publié dans les années 1960 les recueils de poèmes "The Spice-Box of Earth" et "Flowers for Hitler" ainsi que les romans "Jeu de dupe" et "Les perdants magnifiques". Désillusionné par la maigreur de ses revenus littéraires, Leonard Cohen s'est tourné vers la composition des chansons pour obtenir, en 1967, une audition avec John Hammond, le producteur qui avait découvert Bob Dylan. John Hammond fait alors signer Leonard Cohen chez Columbia Records, qui restera sa maison de disques pendant cinq décennies. Peu de temps après ses débuts musicaux, les critiques ont commencé à le comparer à Bob Dylan, récent lauréat du prix Nobel de littérature, au vu de l'élan lyrique de ses chansons.
 
Malgré les nombreux musiciens qu'il a influencés et les récompenses obtenues - dont une intronisation au Rock and Roll Hall of Fame et l'Ordre du Canada - Leonard Cohen a rarement atteint les sommets des hit-parades avec ses chansons folk-rock plutôt mélancoliques. Cependant, sa chanson la plus connue, "Hallelujah", qui évoque le roi biblique David et établit un parallèle entre l'amour physique et le désir d'une connexion spirituelle, a été reprise des centaines de fois depuis sa sortie en 1984.
 
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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 07:56
La mort de Léonard Cohen nous laisse un peu plus orphelins... mais avec des mélodies et des chansons pour exprimer la tristesse, la douleur et la joie !

Aujourd'hui, jour de deuil, encore empli des frissons du concert de Natacha Atlas hier avec son excellente formation de jazz oriental et les orchestrations d'Ibrahim Maalouf, nous apprenons la mort d'un monstre sacré de la chanson, poète des grandes émotions, du lyrisme, de la mélancolie, et de l'amour épique et malheureux: Léonard Cohen, dont la voix nous transporte dans d'autres sphères depuis notre enfance. 

Le dernier album du chanteur canadien, qui avait 82 ans, "You want it darker", est une pure merveille d'épure, avec des paroles qui résonnent comme des prières et une voix rauque qui porte avec elles des millénaires de vie, de sagesse et de désillusions... 

L'album live de ses concerts à Londres il y a sept ans, lorsqu'il avait repris la musique et ses concerts par besoin d'argent après s'être fait escroqué par son ancien producteur, est également extraordinaire. 

Léonard Cohen est de ces chanteurs dont le décès nous apprend que nous avons basculé dans une autre époque, un autre siècle... Même s'il est éternel comme ces paroles de l'Ancien Testament et ces psaumes qui hantaient sa musique et son imaginaire! 

Né en 1934 à Montréal dans une famille de la middle class juive, après s'être essayé à l'écriture et à la poésie sous l'influence de ses maîtres Camus, Sartre, Garcia Lorca, Yeats, Léonard Cohen a sorti son premier album en 1967, sobrement appelé "Songs of Léonard Cohen".

Il meurt l'année où Dylan obtient son prix Nobel de littérature. 

Deux monstres sacrés de la chanson littéraire et romantique américaine se réappropriant le meilleur de la tradition folk et country et sublimant cette musique populaire à travers des paroles qui portent la liberté, l'intensité amoureuse, et la douleur. 

Chapeau, Léonard: pour nous, tu seras toujours associé aux après-midi de l'enfance pluvieuses et introspectives dans le salon familial et aux soirées de lecture en écoutant ta voix douloureuse, enveloppante, exaltée, qui nous faisait voyager à travers les émotions les plus extrêmes. 

Aujourd'hui, nous sommes un peu plus orphelins... de quelqu'un qui nous a révélé et ennobli un peu de la vie - c'est la magie des grands poètes, des grands écrivains, des musiciens et des chanteurs de génie- avec l'intensité de ses chansons.    

Ismaël Dupont. 

Leonard Cohen est mort, le musicien canadien avait 82 ans
http://www.huffingtonpost.fr/2016/11/10/leonard-cohen-est-mort-musicien-canadien-avait-82-ans/

 

         

Chanson dédiée à Marianne Ihlen, son amoureuse norvégienne sur île grecque d'Hydra par temps de rupture annoncée. Mais Léonard Cohen correspondra avec elle jusqu'à la mort de Marianne et disait qu'il la retrouverait ...

Une des plus belles chansons que je connaisse...

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 07:45
11 novembre 1940: un éclair d'espoir au début de la nuit noire de l'occupation: les étudiants parisiens manifestent place de l'Etoile!
11 novembre 1940: un éclair d'espoir au début de la nuit noire de l'occupation: les étudiants parisiens manifestent place de l'Etoile!

11 novembre 1940, les étudiants manifestent place de l’Étoile !


La manifestation du 11 novembre 1940 et son retentissement, par Francis Cohen

 

(lu sur la page Facebook de Robert Clément, un brillant camarade communiste parisien qui entretient la mémoire du monde ouvrier et du communisme, notamment sur le plan de ses aspects culturels ).  


Pour bien comprendre la manifestation des lycéens et étudiants sur les Champs Elysées le 11 novembre 1940, il faut se reporter en pensée à la situation d’alors.
Cinq mois ne s’étaient pas écoulés depuis l’entrée des troupes allemandes à Paris. La stupeur, le désarroi, la confusion qui avaient frappé la grande majorité de la population commençaient à peine à se dissiper. L’occupation n’avait pas encore révélé ses méfaits.
Les actes de résistance avaient commencé. Des petits groupes se formaient, mais on ne peut pas parler alors de mouvement organisé sur une grande échelle. De Gaulle était encore peu connu, contesté. Les premiers résistants (qui ne se désignaient pas encore sous ce nom) étaient inspirés par deux courants de pensée principaux, qui allaient peu à peu se rencontrer. L

e premier, d’inspiration souvent nationaliste, voulait simplement (ce qui était déjà beaucoup!) continuer la guerre et se nourrissait de sentiments patriotiques et anti-allemands. Le second, nettement plus nombreux, était antifasciste, démocrate et républicain. C’est à ce second courant que se rattache l’action des communistes.
 

Le climat a l’université
 

Les universitaires, enseignants, étudiants et lycéens des grandes classes constituaient un milieu limité, particulier. L’antihitlérisme, le soutien au Front Populaire et à l’Espagne Républicaine y avaient laissé des traces profondes, malgré le munichisme de certains. Dans les lycées des beaux quartiers, le nationalisme, voire le militarisme, étaient endémiques.
Les révocations d’enseignants communistes, «franc-maçons» (lisez républicains) et juifs commençaient. Les nazis cherchaient à gagner les intellectuels en multipliant les conférences et les écrits de ceux d’entre eux, rares à vrai dire, qui adhéraient à l’idéologie hitlérienne.
Notre action d’étudiants communistes se déroulait dans ce climat. Nous dénoncions les atteintes à la culture française et, comme les autres communistes le faisaient dans leurs secteurs, nous défendions les revendications immédiates des étudiants (organisation et études, situation matérielle) qui les mettaient en conflit avec les autorités. Nous étions peu nombreux, mais très actifs. Nous agissions par tracts, journaux, papillons, bouche à oreille.
De leur côté, les universitaires communistes, non moins actifs, préparaient, entre autres, la sortie du journal clandestin l’ «Université Libre», dans un esprit de défense de la culture et de l’indépendance de la France, en diffusant notamment un Appel du PCF aux intellectuels.
L’arrestation de Paul Langevin
Deux événements marquants allaient se produire à la fin octobre 1940. Le premier était d’ordre général: c’était l’entrevue de Montoire entre Pétain et Hitler, le 24. Les choses commencèrent à s’éclairer: le mot et la notion de collaboration étaient lancés.
Le second allait secouer le Quartier Latin: l’arrestation le 30 octobre, par des officiers allemands, du professeur Langevin. Aussitôt, des tracts appelèrent à la protestation et à la manifestation. Ils émanaient des étudiants communistes et d’un Comité de Défense des Professeurs et Etudiants de l’Université de Paris qui s’était constitué clandestinement et réunissait des universitaires de tendances très diverses. Un appel fut lancé à manifester au Collège de France le 8 novembre, au moment où Langevin aurait dû faire son cours. Le 8, à 16 heures, dans un quartier envahi par les forces policières françaises et sillonné par des automitrailleuses allemandes, un grand nombre d’universitaires et d’étudiants se retrouvèrent et se massèrent silencieusement devant le Collège de France. En même temps, plusieurs dizaines d’enseignants et chercheurs s’introduisaient dans l’amphithéâtre où Langevin aurait dû être et écoutaient une brève allocution de Frédéric Joliot-Curie. La manifestation se conclut par un cortège d’une trentaine d’étudiants communistes qui parcourut le Quartier en criant «Libérez Langevin» et en chantant «La Marseillaise».
 

Du 8 au 11 novembre
 

La radio de Londres avait donné le conseil d’aller aux monuments aux morts le jour du 11 novembre. Le PCF avait lancé un mot d’ordre analogue. Sur cette base, était apparue l’idée d’aller silencieusement fleurir la tombe de l’Inconnu. Cette idée rencontrait le désir de manifester son patriotisme. Elle circula, fut reprise par des petits groupes plus ou moins structurés dans les facultés et les lycées, et atteignit de nombreux individus isolés.
Quant à nous, au début, nous n’étions pas partisans d’une manifestation à l’Etoile, craignant les provocations et les réactions des jeunes devant la répression violente que nous prévoyions. Nous préférions donner la consigne de manifestation devant les monuments au morts des établissements d’enseignement, où il nous semblait plus facile et plus sûr de rassembler les élèves et étudiants.
C’est au soir du 8 novembre, devant le succès de la manifestation pour Langevin, et aussi à cause des échos qui nous parvenaient sur l’accueil à l’idée de la marche à l’Etoile, que nous avons révisé notre position et nous nous sommes ralliés à cette idée. Nous avons consulté la direction du Parti, qui nous a donné son accord. François Lescure, qui était à la fois le représentant légal de l’Union Nationale des Etudiants à Paris et membre (avec Suzanne Djian et moi-même) du «triangle» de direction de l’Union des Etudiants et Lycéens Communistes illégale, a aussitôt fait adopter ce point de vue par le petit groupe des militants qui travaillaient autour de l’U.N.E. et des oeuvres sociales universitaires. Des tracts et des papillons ont été multipliés dans ce sens, le bouche à oreille mis en action.
 

La manifestation et son retentissement
 

Le résultat convergent de tous ces efforts organisés et des participations spontanées, individuelles et collectives, dépassa les attentes des antihitlériens et les craintes des nazis. Des milliers d’étudiants et surtout de lycéens se retrouvèrent l’après-midi du 11 novembre sur les Champs Elysées.
Certes, les quelque soixante jeunes filles et jeunes gens qui étaient alors explicitement membres de l’organisation communiste étudiante clandestine ne pouvaient pas former la masse des défilés. Mais ils constituaient la seule force organisée, agissant dans le cadre d’une force politique d’échelle nationale.
La police française était massivement présente. Il y eut intervention des forces allemandes, dont les véhicules blindés dispersèrent la foule. Il y eut des coups de feu, des blessés, des arrestations (environ 150 d’après diverses sources).
Le mythe de la correction allemande, le caractère idyllique de la toute neuve «collaboration» volaient en éclat.
En même temps, diverses composantes de ce qui allait devenir la Résistance Nationale s’étaient retrouvées, ou du moins avaient découvert qu’elles avaient quelque chose de fondamental en commun.
Pour une part, l’effet d’intimidation a pu jouer sur certains qui n’étaient pas préparés à se trouver en face d’une répression sanglante. Les conseils d’attentisme ont pu en être confortés. Mais c’est fort loin d’avoir été le résultat essentiel. Au contraire, c’est la détermination des patriotes et des antifascistes qui s’est trouvée renforcée. L’opinion publique a eu la révélation à la fois de l’existence de gens et de groupements prêts à manifester et du véritable visage de la «collaboration» naissante.

C’est à juste titre que cette date est restée dans l’histoire comme un jalon capital dans le développement du mouvement de la Résistance.
 

(*) Une étude plus détaillée de ces événements, dont des éléments ont été repris ci-dessus, a paru sous la signature de Francis Cohen dans le numéro de janvier 1988 du Bulletin du Musée de la Résistance Nationale, «Notre musée» (88, rue Max Dormoy-94000 Champigny. Tél. 46.72.40.99.)
Francis Cohen

11 novembre 1940: un éclair d'espoir au début de la nuit noire de l'occupation: les étudiants parisiens manifestent place de l'Etoile!
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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 07:38

Marcel Paul décédé le 11 novembre 1982


Pupille de l'Assistance publique, résistant, déporté, cofondateur de la FNDIRP, il fut, au lendemain de la guerre, un remarquable ministre communiste de la Production industrielle.

12 juillet 1900. Cette date est celle qui fut portée sur le registre de l'état civil du 14e arrondissement de Paris.

Si une incertitude l'entoure, sa portée est très limitée, puisque le premier acte officiel relatif à celui qui deviendra en 1945 le ministre de la Production industrielle date du 14 juillet 1900.

Au lever du soleil de ce jour d'été, des agents de police découvrent, abandonné sur un banc de la place Denfert-Rochereau, un nouveau-né. Aussitôt confié à l'Assistance publique de Paris, l'enfant de mère et de père inconnus est déclaré sous le prénom de Marcel et le patronyme de Paul. On l'estime âgé de 2 jours. Il est très vite placé dans une famille nourricière, des paysans très pauvres de la Sarthe.

Ouvrier agricole à treize ans, après avoir passé son certificat d'étude, il adhère aux Jeunesses socialistes en 1915, après avoir lu un tract contre la tuerie enclenchée depuis un an. Cette guerre, que Marcel Paul n'a pas eu à faire, n'en orientera pas moins sa vie. Il est en effet incorporé au printemps 1917 à l'école des mécaniciens de la marine nationale.

Breveté électricien, il est affecté à Brest, où il participe à la révolte des équipages de l'été 1919. Le mouvement fait écho à celui des mutins de la mer Noire opposés à l'intervention contre la révolution bolchevique.

Démobilisé en 1922, il est embauché dans l'Aisne et vite licencié pour incitation à la grève. Le voilà à Paris, électricien à la TCRP, l'ancêtre de la RATP.

Militant syndicaliste à la CGTU, il adhère au tout jeune PCF en 1923. Il devient tout à la fois secrétaire de la fédération CGTU de l'éclairage et secrétaire de rayon du PCF. Dans les années trente, Marcel Paul est secrétaire de l'intersyndicale des services publics et, à ce titre, il parcourt la France. En 1932, à Marseille, les nervis de Sabiani , mafieux premier adjoint faisant fonction de maire, le laissent pour mort sur le pavé. Une infirmière qui l'accompagnait, Edmée Dijoud, est tuée. Il est conseiller municipal de Paris et conseiller général de la Seine.

Mobilisé en 1939, ses antécédents lui valent d'être versé dans un bataillon disciplinaire dans les Ardennes. Deux fois prisonnier, deux fois évadé, il regagne Paris, puis la région nantaise, où, avec Robert Ballanger, Auguste Havez et Venise Gosnat, il organise dès l'été 1940 de premiers groupes de résistance. De retour à Paris, il contribue à former l'embryon de l'Organisation spéciale (OS) en janvier 1941.

Il est arrêté sur dénonciation en novembre 1941. Déporté au printemps 1944 à Auschwitz, puis à Buchenwald, il intègre très vite l'organisation clandestine de résistance et anime un comité français. En avril 1945, il est l'un des responsables de l'insurrection des déportés qui accueillent l'armée américaine après s'être eux-mêmes libérés des SS. Son action de lutte et de solidarité lui vaudra l'amitié indéfectible de nombreux déportés de toutes sensibilités. Marcel Dassault, Pierre Sudreau, Louis Terrenoire, Christian Pineau, le père Riquet, Claude Bourdet furent de ceux-là. Et ceux d'entre eux qui étaient encore de ce monde en 1984 le dirent haut et fort quand la mémoire de Marcel Paul fut traînée dans la boue par un politicien UDF.

De retour à Paris, Marcel Paul participe à la fondation de la Fédération nationale des déportés, internés et résistants politiques (FNDIRP). Il reprend ses activités syndicales et politique, siège à l'Assemblée provisoire consultative, puis entre dans le gouvernement du général de Gaulle en novembre 1945 comme ministre de la Production industrielle. Il conserve cette responsabilité durant un an, consacre toutes ses forces au redémarrage du pays , pilote, ouvre majeure, la nationalisation des industries électriques et gazières, porte sur les fonts baptismaux EDF-GDF et le statut des personnels du groupe public. La bataille fut menée de haute lutte dans le pays et à l'Assemblée, où les propriétaires des grandes sociétés électriques avaient leurs représentants parmi les députés de droite et du MRP et des appuis de poids jusqu'au sein du groupe socialiste. Plus tard, Marcel Paul, qui avait su faire des compromis indispensables, ironisa : " Je me suis accroché à la nationalisation comme un chien qui n'a pas mangé depuis huit jours s'accroche à son os. "

Élu par la Haute-Vienne aux deux Assemblées constituantes, il sera encore député de ce département de novembre 1946 au printemps 1951. Marcel Paul a été membre du Comité central du PCF de 1945 à 1964. Il est décédé le 11 novembre 1982, peu après avoir participé aux cérémonies à l'Arc de triomphe, où il avait été salué par le président de la République.

 

 

Robert Clément sur sa page Facebook 

Marcel Paul, au premier rang à droite, avec Ambroise Croizat à l'arrière-plan à droite: sortie d'une réunion ministérielle à la Libération sous la dictée des "Jours Heureux"

Marcel Paul, au premier rang à droite, avec Ambroise Croizat à l'arrière-plan à droite: sortie d'une réunion ministérielle à la Libération sous la dictée des "Jours Heureux"

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