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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 10:20

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ADRIEN ROUCHALEOU

MERCREDI, 7 DÉCEMBRE, 2016

HUMANITE.FR

 

Ce mercredi 7 décembre, l'arrachement d'un caténaire a provoqué l'arrêt total de la circulation des trains en Gare du Nord à Paris. Pour Didier Le Reste, ancien secrétaire général de la CGT Cheminots, ce type de situation s'explique par les mauvais choix de gestion de la SNCF et le désengagement de l'Etat et pourrait bien se reproduire de plus en plus fréquemment.

 

Un nouvel incident a coupé totalement la circulation des trains de la Gare du Nord à Paris. Ce n'est pas la première fois. Cette coupure vous a-t-elle surpris ?

Didier Le Reste. Ce nouvel incident n'est pas étonnant. Depuis des années, les cheminots et leurs syndicats dénoncent le sous-investissement en matière d'infrastructure. Quand on tire sur la corde, elle finit fatalement par casser. C'est ce que l'on appelle la politique du risque calculé : on n'investit pas massivement en connaissant le risque et en se disant que si un jour un incident important arrive, on le gérera.

La SNCF a fait le choix d'allonger les temps de parcours des brigades de surveillance. Quand une brigade devait surveille 100 ou 200km de voies, elle doit maintenant en surveiller 600 ou 700. Du coup les installations sont inspectées moins fréquemment. Sans compter que les travaux se font désormais de nuit, avec une visibilité diminuée.

S'il y a moins d'entretien, moins de visite de surveillance, moins d'investissement de régénération du réseau et des installations, au bout d'un moment, cela se paye cash, avec de gros incidents et des conséquences importantes.

 

A qui revient la responsabilité de cette dégradation du service de la SNCF ?

Didier Le Reste. Je pense qu'il y a une coresponsabilité entre la gestion interne de l'entreprise qui procède par réduction des coûts et l’État qui se désengage du financement du ferroviaire. Il faut avoir en tête que l’État français ne finance qu'à hauteur de 32% le ferroviaire. C'est 55% en Allemagne et 90% en Suède.

Le système ferroviaire français est endetté à hauteur de 52 milliards d'euros. SNCF Réseau (anciennement Réseaux ferrés de France- RFF) qui a la propriété des installations (voies, caténaires,...) a à elle seule une dette de 40 milliards d'euros, et paye 1 milliard 700 millions d'euros de frais financiers de la dette chaque année. Un chiffre comparable à ce qui manque pour faire fonctionner correctement le réseau ferré national.

L’État s'était engagé en 2014, a désendetter progressivement le secteur ferroviaire. Mais il y a quelques semaines, il est revenu sur son engagement.

La SNCF aussi de son côté fait de mauvais choix de gestion. C'est elle qui a fait le choix de l'allongement des temps de parcours de surveillance des installations. C'est vrai aussi pour le matériel roulant. Avant, chaque train connaissait une révision générale tous les 5000 km. Maintenant, c'est tous les 10 000 km. Cette politique des économies, de la réduction du coût nous amène à la situation que l'on connaît aujourd’hui Gare du Nord. Comme l'avait dit l'ancien ministre des transports Frédéric Cuvillier « ça nous a rattrapé ».

Dans les années 2000, on a dépensé deux fois plus dans les lignes à grande vitesse que dans le réseau classique. Elles ne représentent pourtant qu'un peu plus de 2000km sur les 30 000 km que compte le réseau français. Résultat, pour rattraper ce retard, on en est réduit a fermer totalement des lignes plusieurs jours d'affilé pour effectuer les travaux.

 

Au delà du désagrément pour les usagers, cette dégradation du réseau présente t-elle aussi un risque de sécurité ?

Didier Le Reste. Le réseau est encore sûr mais vieillissant. C'est d'ailleurs pour ça que sur l'ensemble du réseau, il y a 5000 km de voies sur lesquels les trains ralentissent leur vitesse, parce que les voies ne sont plus aux normes. En 2009 il y avait eu un rapport de la filiale ingénierie de la SNCF qui démontrait ce qu'ils avaient appelé la « criticité » du secteur de Brétigny-sur-Orge. Mais faute des bonnes réponses en termes de maintenance, il s'est passé ce qu'il s'est passé en 2013. La sécurité est avec la ponctualité l'un des fondamentaux de la SNCF. Dès l'instant qu'on réduit les investissements pour des économies de bout de chandelle, que ce soit pour les infrastructures ou le matériel roulant, un jour ou l'autre, on le paie cash. Un train ne peut pas éviter un rail cassé.

 

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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 10:04

L'HUMANITE

Jeudi 8 décembre 2016

Débats et contreverses

 

DÉREMBOURSEMENT DES « PETITS SOINS », FRANCHISE UNIVERSELLE...

 

 

ALERTE SÉCU!

André Grimaldi Professeur émérite au CHU de la Pitié Salpêtrière 

 

 

Depuis sa victoire électorale à la primaire de la droite, François Fillon et son équipe cherchent à rassurer l'opinion en minimisant leurs propositions sur le financement des soins. À les entendre, ils veulent seulement sauver la Sécurité sociale menacée par son « trou ». Pourtant le programme de François Fillon est clair. D'abord, il veut « redéfinir les rôles respectifs de l'assurance publique et de l'assurance privée, en focalisant l'assurance maladie notamment sur les affections graves ou de longue durée et l'assurance complémentaire sur le reste ».

Les « soins courants » seraient donc pris en charge par les assurances privées complémentaires (AC) regroupant mutuelles, instituts de prévoyance et compagnies d'assurances. Les soins courants représentent au minimum 20 milliards, sur les 190 du budget de la Sécu. Le montant des cotisations aux AC sera en conséquence au minimum doublé. Il souhaite ensuite « introduire une franchise médicale universelle en fonction des revenus dans les limites d'un seuil et d'un plafond, le reste à payer étant pris en charge par les assurances complémentaires ». Cette franchise universelle s'appliquerait donc y compris aux patients bénéficiant aujourd'hui d'une prise en charge à 100 % au titre des affections de longue durée (ALD).

Et comme ces mesures, préconisées par son ami Henri de Castries, ancien PDG d'Axa, vont inévitablement accroître les inégalités, l'ancien gaulliste social ajoute : « Les moins favorisés ne pouvant accéder à l'assurance privée bénéficieront d'un régime spécial de couverture accrue. » Enfin, pour couronner le tout, François Fillon entend « basculer progressivement les cotisations maladie dites patronales vers un mix CSG - TVA ». Ainsi, les personnes qui gagnent plus de 1 500 euros par mois et qui n'ont pas de maladies graves ou chroniques paieront désormais deux fois pour la santé : une première fois la Sécurité sociale au titre de la solidarité avec les pauvres et avec les personnes atteintes de maladies graves ou chroniques, alors qu'elles mêmes ne toucheront plus rien de la Sécu, et une deuxième fois leur « mutuelle » de plus en plus chère, pour elles et leur famille.

La solidarité ne résistera pas à cette remise en cause du principe de la Sécurité sociale où chacun paie en fonction de ses revenus et reçoit en fonction de ses besoins médicalement reconnus. Une frange de plus en plus importante de la population estimera qu'elle « en a assez de payer pour les autres » et demandera la fin du monopole de la Sécu. La proposition de François Fillon est d'autant moins défendable que les AC sont moins justes (vous payez plus si vous êtes vieux ou si vous avez une famille à charge, vous ne payez pas en fonction de vos revenus), moins égalitaires (le niveau de votre couverture médicale dépend du montant de votre cotisation) et moins efficientes avec en moyenne des frais de gestion de 20 % pour les mutuelles et de 25 à 30 % pour les compagnies d'assurances qui versent des dividendes à leurs actionnaires (contre 6 % pour la Sécu). Certaines mutuelles essaient de résister mais elles sont soumises au Code des assurances privées européen garantissant la libre concurrence. Si les AC sont réunies depuis 2004 dans l'Union nationale des organismes complémentaires de l'assurance maladie (Unocam), c'est pour pouvoir à terme « réguler » le système de soins en organisant des « réseaux de soins » concurrentiels. Les médecins y perdront une part de leur indépendance professionnelle au profit des assureurs et les patients une part de leur liberté. Le résultat de cette politique est connu : augmentation des inégalités sociales de santé, moins de dépenses publiques, explosion de la dépense privée !

 

CESSONS LES CARICATURES

Philippe JUVIN – Chef des urgences de l’hôpital Pompidou, porte parole du parti « les républicains »

 

 

Il est frappant de constater la rapidité avec laquelle le projet Fillon pour la santé et la Sécurité sociale a été caricaturé. Ce n'est pas nouveau: à chaque élection, le PS accuse la droite de vouloir « démanteler la Sécu » (campagne de 2017), « la privatiser » (2007) ou encore « faire de l'hôpital une entreprise » (2014). François Fillon a connu les mêmes procès d'intention quand il a réformé les retraites. Et pourtant, il avait alors bel et bien sauvé la Sécurité sociale. Il est savoureux que ce soit justement Marisol Touraine qui accuse François Fillon de vouloir « privatiser » la Sécu. Car elle l'a elle-même privatisée de façon rampante, en transférant les remboursements de l'assurance maladie vers les assurances privées et mutuelles. Elle accuse François Fillon de vouloir baisser les remboursements ? Avec elle, même les affections de longue durée (ALD), en théorie remboursées à 100 %, coûtent désormais cher aux patients dont 10 % payent plusieurs dizaines de milliers d'euros par an... Autre exemple : non seulement Marisol Touraine ment en prétendant que nous dérembourserons les soins dentaires (nous pensons au contraire que la Sécurité sociale pourrait financer à 100 % un suivi obligatoire et les soins conservateurs associés), mais elle est bien culottée car elle nous accuse de ce qu'elle a elle même fait: avec elle, les soins dentaires ne sont plus remboursés qu'à 33 % par la Sécu ! Bravo.

Onze millions de Français souffrent d'une maladie chronique (14 millions en 2025) et notre organisation est encore très centrée sur l'hôpital. Or, si celui-ci est efficace pour prendre en charge des épisodes aigus, il l'est moins pour suivre ces malades. Si un diabétique présente une complication aiguë, il doit être traité à l'hôpital. Mais la surveillance régulière de ses examens, de ses prescriptions et de son régime peut être réalisée plus facilement en ville par des professionnels proches et disponibles. De plus, trop d'informations se perdent entre ville et hôpital : qui n'a pas dû refaire une prise de sang ou une radio, tout simplement parce qu'elle avait été perdue ? Que d'argent gâché ! Quelle perte de chance face à la maladie...

Avec François Fillon, nous coordonnerons et adapterons notre système à l'enjeu des maladies chroniques. L'hôpital restera le lieu du traitement des épisodes aigus, et des diagnostics et des traitements complexes. Mais la majorité de ces malades seront mieux soignés en ville, dans des parcours de soins coordonnés et adaptés aux situations locales. Passer de la ville à l'hôpital ou d'un professionnel à un autre sera facile. Les protocoles thérapeutiques seront communs. Tous les éléments du dossier médical seront conservés dans un système informatique local, partagés entre tous. Un coordonnateur, qui pourra être le généraliste, s'assurera du bon suivi des soins et guidera les patients. Le patient lui-même sera impliqué dans son traitement, en contact avec les professionnels de santé via les objets connectés. À l'étranger, de tels parcours de soins ont donné des résultats remarquables. Dans le North West London, dans une population de 500 000 habitants, les hospitalisations des personnes âgées ont été réduites de 12 %, 90 % des patients considérant que les soins étaient meilleurs. En un an, 15 millions de livres ont été économisés.

Nous simplifierons la charge administrative des libéraux, et nous abolirons le tiers payant généralisé. Nous redonnerons la priorité à la lutte contre les déserts médicaux en intégrant l'exercice de ville durant les études. Nous relancerons les plans comme ceux contre les démences, la dépendance ou les cancers. Nous créerons les conditions pour que la France accueille une industrie de santé pourvoyeuse de chances pour nos patients et d'emplois. Nous ferons une grande politique de prévention en utilisant la révolution des données numériques et des objets connectés. Notre système de santé meurt. Les professionnels de santé sont démotivés. Les patients ne sont pas traités de façon optimale et la santé leur coûte de plus en plus cher. Même l'espérance de vie recule. François Fillon ne se résout pas à cette situation catastrophique. Son projet est simple : que tous les Français, face à la maladie, aient la même chance d'être traités, guéris et mieux remboursés, et puissent bénéficier des traitements modernes. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Notre projet est de sauver la Sécu. Le reste n'est que caricature.

 

UN PROJET HYPERLIBÉRAL

Catherine MILLS – Economiste, Commission économique du PCF, spécialiste de la protection sociale.

 

L'objectif de François Fillon est de réduire les dépenses publiques de santé, ainsi que les prélèvements sociaux. Il propose d'augmenter la dépense privée en transférant la prise en charge des soins courants aux assurances complémentaires (assurances privées ou mutuelles). Il affiche une rupture assumée avec les principes de solidarité et la redistribution qui fondent la Sécurité sociale. Son programme aurait des conséquences catastrophiques. Il prétend vouloir définir un panier de soins de base et séparer « maladie grave » et « bobologie ». Mais la majorité des maladies graves correspondent à des petits symptômes ou à des facteurs de risque non traités à temps. Transférer une responsabilité accrue aux assurances complémentaires serait beaucoup plus coûteux et reviendrait à exclure une grande partie de la population. La mise en concurrence et la privatisation de la Sécu entraîneraient une hausse considérable des frais de gestion : en moyenne, 6 % pour la Sécurité sociale, contre 15 à 20 % pour les complémentaires. François Fillon avance qu'une aide au paiement des complémentaires serait mise en place pour les plus défavorisés, en réalité, cela existe déjà avec la CMU-C. Cela n'empêchera pas un nombre croissant d'assurés de s'en trouver privés.

Déjà, la couverture complémentaire obligatoire d'entreprise mise en place par Hollande a abouti de fait à de moindres remboursements. Fillon cherche à accélérer la casse du modèle social français. Par capitulation devant le capital financier, il préfère s'inspirer du modèle américain injuste, coûteux et inefficace. Cela tend à élargir le marché des assurances privées, conformément aux voeux des conseillers de François Fillon tels qu'Henri de Castries, ancien dirigeant du groupe Axa. Or, le modèle américain aboutit à des primes très élevées, une croissance des dépenses privées non maîtrisée (17 % du PIB, la plus élevée au monde), des inégalités considérables et des résultats moyens parmi les plus mauvais du monde, avec hélas l'échec relatif du plan Obamacare.

Il faut combattre cette logique libérale qui achèverait la mise à mort du modèle social français ainsi que des services publics. Projet contre projet, nous lui opposons notre objectif : 100 % Sécu. Nous défendons le modèle social français et nous avançons des réformes de progrès et d'efficacité des dépenses. Nous proposons une réforme dynamique du financement de la Sécurité sociale afin de répondre aux besoins sociaux actuels et à venir (santé, vieillissement, petite enfance) et d'ouvrir la voie d'une sortie de la crise systémique. Nous défendons les cotisations sociales liées à l'entreprise, lieu où les salariés créent les richesses, contre la montée de la fiscalisation, et nous voulons nous attaquer à l'explosion des prélèvements financiers du capital. Ainsi proposons-nous la mise à contribution des 313,7 milliards d'euros des revenus financiers des entreprises et des banques, cela pourrait dégager immédiatement 84 milliards d'euros de ressources nouvelles pour la Sécurité sociale (41 milliards pour la maladie au même taux que la cotisation patronale sur les salaires : 13,1 %).

Nous voulons nous attaquer au coût du capital et non audit coût du travail. Ainsi, nous proposons de développer et de réformer les cotisations sociales, notamment patronales, par une modulation des taux de cotisations des employeurs en fonction de leurs politiques salariales et d'emploi. Plus l'entreprise réalise des économies sur l'emploi et les salaires et développe ses revenus financiers, plus elle serait soumise à des taux de cotisations patronales élevés. À l'inverse, plus l'entreprise développe l'emploi et les salaires, moins relativement ses taux de cotisations sociales seraient élevés. L'enjeu est d'enclencher un nouveau type de croissance en relation avec la sécurisation et le développement de l'emploi et de la formation.

 

Dernier ouvrage paru (avec Frédéric Rauch) : Main basse sur le modèle social français. Éditions le Temps des cerises, 2015.

 

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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 09:36
Vannes: un chef d'entreprise reconnu coupable d'avoir licencié sa salariée enceinte (Ouest-France, 8 décembre 2016)

Ouest-France, 8 décembre

Jeudi 8 décembre, le tribunal correctionnel de Vannes a reconnu coupable un chef d’entreprise vannetais de harcèlement moral et discrimination face à l’état de grossesse de sa salariée. Il a été condamné à quatre mois de prison avec sursis, et 3 500 € d’amende.

À l’audience du 20 octobre 2016 (Ouest-france du 21 octobre 2016), l’entrepreneur de 48 ans avait nié les faits reprochés. La victime, une femme âgée 40 ans, avait été engagée le 3 août 2010 comme chargée de communication, en contrat à durée indéterminée.

À la veille de la fin de sa période d’essai, elle sollicitait un rendez-vous avec son employeur dans le but de connaître son avenir dans la société. Au départ, l’employeur élogieux lui indiquait que son contrat était poursuivi. C’est à l’annonce de sa grossesse, que l’attitude du gérant s’était modifiée. Le lendemain, la salariée apprenait la rupture de son contrat.

A contrario, l’employeur indiquait que l’employée avait « demandé de mettre fin à son contrat pour se consacrer à cet enfant » et lui proposait de transformer son CDI en CDD.

C’est à son retour de congé parental en août 2011, que la jeune maman s’était vue rétrogradée sur le plan professionnel, contenue dans des tâches subalternes et se retrouvait « écartée et isolée » des autres salariés qui ne lui adressaient plus la parole et avait quitté la société un an plus tard.

"trop de femmes condamnées à s’arrêter"

Une peine de six mois avec sursis, et l’interdiction d’exercer sa profession de gérant et 6 000 € d’amendes ont été requises par le procureur de la république, insistant sur le fait que « trop de femmes compétentes et investies sont condamnées à s’arrêter de travailler pour pouvoir fonder une famille ».

En défense, Me Peignard refuse les reproches faits à son client soupçonnant « une salariée manipulatrice et intelligente souhaitant gagner de l’argent ».

 

Le chef d’entreprise a été condamné à quatre mois de prison avec sursis, et 3 500 € d’amende.

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 19:47
Jorge Semprun

Jorge Semprun

Jorge Semprun: une personnalité d'exception et un grand écrivain dans le tumulte du XXe siècle

" Mémorialistes et chroniqueurs n'ont pas coutume d'entremêler tendresses, confidences et débâcles du corps à l'évocation de leurs hauts faits. Les romanciers, eux, c'est leur travail, depuis Fabrice à Waterloo. Semprun croise les rubriques et donne une dimension romanesque à l'évènement réel. Il privatise l'Histoire tout en historicisant sa vie. La mémoire, on le sait, est un drôle de réfrigérateur: elle fait fondre les grandes lignes et conserve les détails au frais... Avec sa mosaïque en pointillé, Semprun annexe l'histoire à la mémoire".

Quelques lignes très justes de Regis Debray en avant-propos d'Exercices de survie, le dernier livre, publié à titre posthume, de Jorge Semprun, énorme romancier, grand intellectuel, dont le vécu aura épousé les tragédies, les espoirs et les désillusions du siècle: la guerre d'Espagne, la Résistance, Buchenwald et l'univers concentrationnaire nazi, le Communisme et son action clandestine en Espagne, le retour à la démocratie après le franquisme en Espagne. 

Il faut lire et relire Jorge Semprun, le Marcel Proust de la mémoire douloureuse du XXe siècle et de Buchenwald, mêlant l'auto-fiction à l'exercice de remémoration et l'esthétique de l'existence à la méditation sur l'histoire. 

Un travail fascinant et obsessionnel sur les dédales de la mémoire et de l'oubli, la permanence et la beauté de l'instant, l'écriture et la vie, l'écriture ou la vie, la quasi impossibilité de traduire ce que fut l'expérience concentrationnaire, et qui fait qu'on s'arrête toujours au seuil.    

Appartenant à une grande famille madrilène, petit fils par sa mère d'un chef de gouvernement, Antonio Maura, et neveu d'un ministre républicain modéré, fils d'un gouverneur civil de province devenu diplomate pendant la guerre d'Espagne et représentant de la République Espagnole à La Haye, Jorge Semprun arrive à Paris en 1939, à quinze ans. Son père est chrétien, proche des animateurs de la revue « Esprit ». Jorge Semprun est un élève ultra-brillant, qui maîtrise déjà très bien le français.

« Je l'avais connue en 1939 (Claude-Edmonde Magny, professeur de philosophie de dix ans son aînée qu'il retrouve pendant l'occupation et après la libération des camps), à l'occasion d'un congrès d'Esprit. Avant l'été, mais après la défaite de la République espagnole. C'était à Jouy-en-Josas, si je me souviens bien. Mon père avait été correspondant général du mouvement personnaliste de Mounier en Espagne. Il assistait à ce congrès, je l'avais accompagné. J'avais quinze ans, j'étais interne à Henri IV depuis la chute de Madrid aux mains des troupes de Franco ». (L'écriture ou la vie).

Semprun obtient le deuxième prix au Concours Général de Philosophie. Il fera une grande classe préparatoire à Paris en Lettres supérieures puis intégrera la Sorbonne pour y faire des études de philosophie où il se passionne pour Heidegger, Lévinas, Saint Augustin, Marx, Lukas, Wittgenstein, mais lit surtout beaucoup de littérature (Faulkner, Malraux, Giraudoux, Sartre) et de poésie (il fera des causeries sur Rimbaud organisées par l'appareil clandestin du camp à Buchenwald, récite à haute voix des centaines de poèmes) . Il fréquente la « meilleure société » parisienne, la jeune bourgeoisie intellectuelle bohème, enchaînant les surprise-parties dans les quartiers de l'ouest parisien, mais sa maturité intellectuelle, son exigence morale et politique, le conduisent aussi à s'engager.

Il aide par exemple un résistant juif des FTP-MOI à se cacher en 1943 chez une amie organisant une fête chez elle après que celui-ci, de son pseudonyme Koba, surnom de Staline, ait tué dans sa chambre d'hôtel un officier allemand (avec la prostituée qui couchait avec lui).

Auparavant, le 11 novembre 1940, Semprun participe à la manifestation patriotique à Paris des lycéens et étudiants, véritable défi à l'occupant, organisée notamment par l'Union des Étudiants communistes et les Jeunesses communistes. Il adhère au Parti Communiste Espagnol en 1941 et côtoie une agent communiste du Komintern, autrichienne des FTP-MOI, qui le forme politiquement et parle avec lui de Heine, Bertold Brecht. Mais ses contacts avec l'organisation communiste de résistance se rompent et il s'engage finalement dans la résistance, au groupe « Jean-Marie Action », dépendant du réseau Buckmaster mis en place par les services secrets britanniques. Ce réseau dirigé par Henri Frager, un homme de droite nationaliste, opère en Bourgogne en réceptionnant les parachutages d'armes et en les répartissant en Côte-d'Or et dans l'Yonne mais en ayant consigne de ne pas livrer d'arme à la résistance communiste. Dans le cadre de ses opérations, il se force à tuer dans un bois de Semur-en-Auxois avec son compagnon de résistance Julien, un beau et romantique soldat allemand, qui descendu de sa moto pour pisser auprès de la rivière, chantait "La Paloma". Un des récits inouïs et si tristes de ces temps atroces. 

Semprun est arrêté par la Gestapo à Joigny en septembre 1943, dénoncé par un traître de la hiérarchie du groupe de résistance, et il est torturé pendant plusieurs semaines à la prison d'Auxerre. Il raconte cette expérience fondatrice de la torture dans son dernier livre, labyrinthique comme ses précédents, inachevé et posthume, « Exercices de survie », publié en 2012, alors que Semprun meurt en 2011 à l'âge de 88 ans.

Il est envoyé en déportation à Buchenwald depuis le camp de transit de Compiègne : quatre jours et trois nuits de voyage dans un wagon de marchandise cadenassé sans air et sans eau, avec cent vingt déportés à l'intérieur, expérience qu'il racontera, avec la libération du camp de Buchenwald, dans le « Grand Voyage » (1963), son premier écrit publié, son premier récit, à dimension philosophique, éthique et esthétique, sur l'expérience concentrationnaire. Il y raconte avec maestria presque les mêmes scènes, celles de sa vie, que dans « L'écriture ou la vie », que dans « L'écriture ou la vie » (1994) ou dans « Exercices de style » (2011), mais avec dans ces derniers cas des interprétations, des éclairages, des interpositions fictionnelles nouvelles.

A Buchenwald, quelques jours après la Libération du camp le 11 avril 1945, Jorge Semprun fait visiter le camp à des volontaires françaises candides de la « Mission France »:

« Les deux automobiles se sont arrêtées devant nous et il est descendu ces filles invraisemblables. C'était le 13 avril, le surlendemain de la fin des camps. Le bois de hêtres bruissait dans le souffle du printemps. Les Américains nous avaient désarmés, c'était la première chose dont ils s'étaient occupés, il faut dire. Ces quelques centaines de squelettes en armes, des Russes et des Allemands, des Espagnols et des Français, des Tchèques et des Polonais, sur les routes autour de Weimar, on aurait dit qu'ils en avaient une sainte frousse. Mais nous occupions quand même les casernes S.S., les dépôts de la division « Totenkopf » dont il fallait faire l'inventaire. Devant chacun des bâtiments il y avait un piquet de garde, sans armes. J'étais devant le bâtiment des officiers S.S. et les copains fumaient et chantaient. Nous n'avions plus d'armes, mais nous vivions encore sur la lancée de cette allégresse de l'avant-veille, quand nous marchions vers Weimar, en tiraillant sur les groupes de S.S. isolés dans le bois. J'étais devant le bâtiment des officiers S.S. et ces deux automobiles se sont arrêtées devant nous et il en est descendu ces filles invraisemblables. Elles avaient un uniforme bleu, bien coupé, avec un écusson qui disait « Mission France ». Elles avaient des cheveux, du rouge à lèvres, des bas de soie, des lèvres vivantes sous le rouge à lèvres, des visages vivants sous les cheveux, sous leurs vrais cheveux. Elles riaient, elles jacassaient, c'était une vraie partie de campagne. Les copains se sont tout à coup souvenus qu'ils étaient des hommes et ils se sont mis à tourner autour de ces filles. Elles minaudaient, elles jacassaient, elles étaient mûres pour une bonne paire de claques. Mais elles voulaient visiter le camp, ces petites, on leur avait dit que c'était horrible, absolument épouvantable. Elles voulaient connaître cette horreur. J'ai abusé de mon autorité pour laisser les copains sur place, devant le bâtiment des officiers S.S. et j'ai conduit les toutes belles vers l'entrée du camp.

La grande salle d'appel était déserte, sous le soleil du printemps, et je me suis arrêté, le cœur battant. Je ne l'avais jamais encore vue vide, il faut dire, je ne l'avais jamais vue réellement. Ce qu'on appelle voir, je ne l'avais pas encore vue vraiment. D'une des baraques, d'en face jaillissait doucement, dans le lointain, un air de musique lente joué sur un accordéon. Il y avait cet air d'accordéon, infiniment fragile, il y avait les grands arbres, au-delà des barbelés, il y avait le vent dans les hêtres, et le soleil d'avril au-dessus du vent et des hêtres. Je voyais le paysage qui avait été le décor de ma vie, deux ans durant, et je le voyais pour la première fois. Je le voyais de l'extérieur, comme si ce paysage qui avait été ma vie, jusqu'avant-hier, se trouvait de l'autre côté du miroir, à présent. Il n'y avait que cet air d'accordéon pour relier ma vie d'autrefois, ma vie de deux ans jusqu'avant-hier, à ma vie d'aujourd'hui. Cet air d'accordéon joué par un Russe dans cette baraque d'en face, car seul un Russe peut tirer d'un accordéon cette musique fragile et puissante, ce frémissement des bouleaux dans le vent et des blés sur la plaine sans fin. Cet air d'accordéon, c'était le lien à ma vie de ces deux dernières années, c'était comme un adieu à cette vie, comme un adieu à tous les copains qui étaient morts au cours de cette vie-là. Je me suis arrêté sur la grande place d'appel déserte et il y avait le vent dans les hêtres et le soleil d'avril au-dessus du vent et des hêtres. Il y avait aussi, à droite, le bâtiment trapu du crématoire. A gauche, il y avait le manège, où on exécutait les officiers, les commissaires et les communistes de l'Armée Rouge. Hier, 1é avril, j'avais visité le manège. C'était un manège comme n'importe quel manège, les officiers S.S. y venaient faire du cheval. Ces dames des officiers S.S. y venaient faire du cheval. Mais il y avait dans le bâtiment une salle de douche spéciale. On y introduisait l'officier soviétique, on lui donnait un morceau de savon et une serviette éponge, et l'officier soviétique attendait que l'eau jaillisse de la douche. Mais l'eau ne jaillissait pas. A travers une meurtrière dissimulée dans un coin, un S.S. envoyait une balle dans la tête de l'officier soviétique. Le S.S. était dans une pièce voisine, il vivait posément la tête de l'officier soviétique et il lui envoyait une balle dans la tête. On enlevait le cadavre, on ramassait le savon et la serviette éponge et on faisait couler l'eau de la douche, pour effacer les traces de sang. Quand vous aurez compris ce simulacre de la douche et du morceau de savon, vous comprendrez la mentalité S.S.

Mais ça n'a aucun intérêt de comprendre les S.S., il suffit de les exterminer.

J'étais debout sur la grande place d'appel déserte, c'était le mois d'avril, et je n'avais plus du tout envie que ces filles aux bas de soie bien tirés, aux jupes bleues bien plaqués sur des croupes appétissantes, viennent visiter mon camp... » (Le grand voyage, 1963)

Semprun finira par montrer l'empilement des cadavres sur la place derrière les baraques. On les entreposait là depuis que les fours crématoires s'étaient arrêtés de fonctionner, quelques jours avant que la majorité des bourreaux nazis ne quittent le camp devant la pression de l'avance alliée. Semprun raconte les survivants qui meurent d'avoir trop mangé avec leur organisme affaibli une fois le camp libéré par les Alliés. Il donne la main ainsi à un ancien de la guerre d'Espagne et du plateau des Glières, Morales, qui meurt "d'une dysentrie foudroyante provoquée par une nourriture redevenue trop riche" après avoir survécu à Auschwitz et à des mois de camp de concentration. 

Les fours crématoires, dont certains firent des jeux de mot douteux, par où partirent en fumée beaucoup d'amis de Semprun, dans le professeur Maurice Halbwachs, à qui Semprun avant l'instant de basculement dans la mort récita les vers de Baudelaire :

« O mort, vieux capitaine, il est temps,

levons l'ancre »

« Étrange odeur », a écrit Léon Blum.

Déporté en avriol 1943, avec Georges Mandel, Blum a vécu deux ans à Buchenwald. Mais il était enfermé en dehors de l'enceinte proprement dite du camp : au-delà de la barrière de barberés électrifiés, dans une villa du quartier des officiers S.S. Il n'en sortait jamais, personne n'y pénétrait que les soldats de garde. (…) C'est la rigueur de cette clôture qui explique son ignorance. Léon Blum ne savait même pas où il se trouvait, dans quelle région de l4allemagne il avait été déporté. Il a vécu deux ans dans une villa du quartier des casernes S.S. de Buchenwald en ignorant tout de l'existence du camp de concentration, si proche pourtant. « Le premier indice que nous en avons surpris, a t-il écrit au retour, est l'étrange odeur qui nous parvenait souvent le soir, par les fenêtres ouvertes, et qui nous obsédait la nuit tout entière quand le vent continuait à souffler dans la même direction : c'était l'odeur des fours crématoires. (…). Étrange odeur, en vérité, obsédante. »

- « Le crématoire s'est arrêté hier, leur dis-je. Plus jamais de fumée dans le paysage. Les oiseaux vont peut-être revenir !

Ils font la grimace, vaguement écœurés.

Mais ils ne peuvent pas vraiment comprendre. Ils ont saisi le sens des mots, probablement. Fumée : on sait ce que c'est, on croit savoir. Dans toutes les mémoires d'homme, il y a des cheminées qui fument. Rurales à l'occasion, domestiques, fumées des lieux-lares.

Cette fumée-ci, pourtant, ils ne savent pas. Et ils ne sauront jamais vraiment. Ni ceux-ci, ce jour-là. Ni tous les autres, depuis. Ils ne peuvent pas imaginer, quelles que soient leurs bonnes intentions.

Fumée toujours présente, en panaches, ou volutes, sur la cheminée trapue du crématoire de Buchenwald, aux abords de la baraque administrative du service du travail, l'Arbeitsstatistik, où j'avais travaillé cette dernière année.

Il me suffisait d'un peu pencher la tête, sans quitter mon poste de travail au fichier central, de regarder par l'une des fenêtres donnant sur la forêt. Le crématoire était là, massif, entouré d'une haute palissade, couronné de fumée.

Ou bien de flammes, la nuit.

Lorsque les escadrilles alliées s'avançaient vers le cœur de l'Allemagne pour des bombardements nocturnes, le commandement S.S demandait qu'on éteignît le four crématoire. Les flammes, en effet, dépassant de la cheminée, étaient un point de repère idéal pour les pilotes anglo-américains.

Krematorium, ausmachen ! Criait alors une voix brève, impatientée, dans le circuit des haut-parleurs.

« Crématoire, éteignez ! »

Nous dormions, la voix sourde de l'officier S.S. de service à la tour de contrôle nous réveillait. Ou plutôt elle faisait d'abord partie de notre sommeil, elle résonnait dans nos rêves, avant de nous réveiller. A Buchenwald, lors des courtes nuits où nos corps et nos âmes s'acharnaient à reprendre vie – obscurément, avec une espérance tenace et charnelle que démentait la raison, sitôt le jour revenu – ces deux mots, Krematorium, ausmachen ! qui éclataient longuement dans nos rêves, les remplissant d'échos, nous ramenaient aussitôt à la réalité de la mort. Nous arrachaient au rêve de la vie.

(…)

« S'en aller par la cheminée, partir en fumée » étaient des locutions habituelles dans le sabir de Buchenwald. Dans le sabir de tous les camps, les témoignages n'en manquent pas. On les employait sur tous les modes, tous les tons, y compris celui du sarcasme. Surtout, même entre nous, du moins. Les S.S et les contremaîtres civils, les Meister , les employaient toujours sur le ton de la menace ou de la prédiction funeste

Jorge Semprun, L'écriture ou la vie (1994)

Buchenwald, c'était aussi non loin des bourreaux Weimar, ses bois et ses douces collines, la maison de Goethe à deux pas de l'enfer et du mal radical, un lieu de sociabilité inouï dans les latrines où s'organisait la résistance du camp, les trafics, où l'on fumait à l'aise, un bordel et un groupe de jazz clandestin, le cinéma où les Allemands organisaient quelques projections à destination des déportés à base de films romantiques, une bibliothèque tenue par un communiste allemand sourcilleux sur le retour des livres, même après la libération du camp, où l'on trouve les livres de philosophie idéaliste allemande de Schelling et de Fichte. Ce sont les hauts-parleurs du camp d'où sort une chanson de Charles Trenet.   

« Il s'appelait donc Widerman, le jeune déporté français tellement doué, qui bouleversait ses camarades en leur chantant les succès de Charles Trenet.

Ménilmontant, mais oui, madame…

Un dimanche parmi les derniers dimanches de cet hiver-là, le dernier hiver, le plus rude hiver de toutes ces années-là, nous avons entendu la voix du jeune Français sur le circuit des haut-parleurs du camp. Sans doute, l'un des Lagerältester, des doyens de Buchenwald – poste le plus élevé dans la hiérarchie de l'administration interne des déportés – ou quelque vétéran communiste allemand, peut-être le kapo de l'Arbeit, Willi Seifert – il en était bien capable ! - avait dû convaincre l'officier SS, le Rapportführer , de laisser chanter Widerman, puisque tel était son nom.

Ce serait bon pour le moral des français, avait-il dû lui dire, d'entendre chanter dans leur langue, ça les changerait des sempiternelles chansonnettes allemandes de Zarh Leander ! Or ce qui était bon pour le moral était bon pour la productivité des déportés. (…) C'est probablement avec des arguments ou arguties de cette sorte, aussi spécieux, que le Lagerältester – peut-être Hans Eiden – avait réussi à persuader le Rapportführer de laisser Widerman chanter Ménilmontant sur le circuit des haut-parleurs. En tout cas, un dimanche, vers midi, alors que les déportés, par milliers, au garde-à-vous, se tenaient sur la place d'appel, soudain, l'un des derniers dimanches de ce terrible hiver, la voix du jeune Widerman avait éclaté : Ménilmontant, moi oui madame…

Une sorte de frémissement à peine perceptible, de halètement, de lourd sanglot de bonheur, a parcouru la foule des déportés. La plupart ne comprenaient pas la langue, certes : le sens exact des paroles leur échappait probablement. Mais c'était une chanson française : au rythme vif, entraînant, ça suffisait.

Aussi, soudain, pour ces milliers d'Européens, de toute origine – des russes, des polonais, des Tchèques, des Hongrois, des Espagnols, des Néérlandais, tous les Européens étaient là, en somme, il ne manquait que les Anglais, bien sûr, pour cause de liberté insulaire -, pour ces milliers de déportés, dans leur immense majorité combattant des maquis et des mouvements de résistance, la chanson de Trenet a soudain symbolisé la liberté : son passé de joie et de combats, son proche avenir victorieux ». (Jorge Semprun, Exercices de survie, 2012)

Plus qu'aucun autre, Semprun fait ressortir les éléments de sur-réalité ou d'irréalité d'un camp nazi. Peut-être à l'excès, comme quand il déclame des dizaines de poèmes à haute voix sur la place du camp ou à ses abords avec le lieutenant américain Rosenfeld, qui l'interroge sur le fonctionnement des S.S et l'administration du camp, car Semprun était affecté, grâce aux réseaux internationaux de la résistance communiste du camp, au bureau des entrées et sorties, ce qui lui permettait d'affecter par des inversions d'identité à des "bonnes places" des camarades prenant l'identité de prisonniers venant de mourir.

Semprun raconte aussi dans "L'écriture ou la vie" son difficile retour à la vie, à l'amour, sa volonté d'écrire et de faire oeuvre de ce vécu inouï et terrible, puis sa volonté d'oublier qui l'amènera à mettre presque quinze ans avant de commencer à raconter, la part de doute, de réinvention, de recomposition mémorielle dans la restitution de ce qui fut. 

Ses récits pleins de paradoxe, où la beauté côtoie l'horreur, et la poésie la brutalité, sont composés par des détours, des retours successifs, des sauts temporels, des cercles concentriques autour de l'événement, entre l'association d'idées, le libre jeu de la mémoire et l'art du conteur qui suggère en omettant et dissimule en disant. 

De 1945 à 1953, Semprun devient traducteur pour l'Unesco.

A partir de 1953, il coordonne les activités clandestines de résistance au régime de Franco au nom du Comité Central du Parti Communiste Espagnol en exil puis il entre au Comité Central et au bureau politique. De 1957 à 1962, il anime le travail clandestin du Parti Communiste dans l'Espagne de Franco sous le pseudonyme de Frederico Sanchez. En 1963, il publie "Le grand voyage". L'année suivante, il est écarté de la direction puis exclu du Parti Communiste par Santiago Carrillo en raison de divergences sur la ligne du parti. Il se consacre alors tout entier à son travail d'écrivain et de scénariste et en 1969, il reçoit le prix Fémina pour "La deuxième mort de Ramon Mercader" (l'assassin de Trotski), un livre d'espionnage à miroirs et à tiroirs où Semprun évoque aussi de manière détournée son rapport au communisme et son expérience de la vie clandestine. Dans "Exercices de survie", Semprun revient sur cette expérience de dirigeant clandestin du Parti Communiste espagnol avec un certain scepticisme, un jugement contrasté sur la portée effective des combats communistes et leur avenir. Son éloignement du communisme n'est pas non plus un reniement des idéaux humains, démocratiques du communisme et de la qualité de l'engagement des militants européens. Semprun restera attaché à un idéal démocratique de gauche jusqu'au terme de sa vie même s'il percevra le communisme comme un échec global et sans doute définitif. Après s'être rapproché du PSOE et de Felipe Gonzalez, il devient ministre de la culture du gouvernement espagnol de 1988 à 1991.  

 

 

     

   

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 17:18
Procès. Jérôme Cahuzac condamné à 3 ans de prison ferme
L'Humanite
JEUDI, 8 DÉCEMBRE, 2016

L'ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac a été condamné jeudi à trois ans de prison ferme, sans aménagement, pour son compte caché à l'étranger.

Le président de la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris, Peimane Ghaleh-Marzban, a en effet estimé que seule une peine d'incarcération effective, sans aménagement possible, pouvait sanctionner cette "faute pénale d'une exceptionnelle gravité, destructrice du lien social". Sa condamnation est conforme aux réquisitions du Parquet national financier (PNF), qui avait demandé une peine "sévère" envers un homme qui a "flétri l'honneur" de la France.
Jérôme Cahuzac a aussitôt annoncé, par la voix de ses avocats, qu'il ferait appel du jugement et n'ira donc pas en prison.
 
Jusqu'à deux ans, une peine de prison ferme peut en effet être intégralement aménagée (semi-liberté ou bracelet électronique). Mais à partir de trois ans, le condamné passe nécessairement par la case prison, au moins pour un temps. L'ex-ministre du Budget, également condamné à cinq ans d'inéligibilité, a été reconnu coupable des trois infractions pour lesquelles il était poursuivi : fraude fiscale, blanchiment et fausse déclaration de patrimoine.
 
Ses avocats avaient appelé le tribunal à prononcer une "juste" peine à son endroit, le décrivant comme un homme "fini", marqué du sceau "indélébile" de la "trahison" après les révélations sur son compte caché à l'étranger. Pourfendeur de la fraude fiscale lorsqu'il était ministre de François Hollande, Jérôme Cahuzac, 64 ans, a été contraint à la démission en mars 2013, après des mois de dénégations, jusque devant l'Assemblée nationale.
Durant son procès, il a expliqué s'être retrouvé pris dans une "mécanique" très dure à arrêter, après l'ouverture d'un premier compte en Suisse destiné, selon lui, à financer de manière occulte une éventuelle campagne présidentielle de l'ancien Premier ministre Michel Rocard, en 1992-1993. S'ensuit une "fuite en avant" presque "logique et mécanique", dit-il : un autre compte, ouvert en Suisse et transféré à Singapour par "peur" d'être découvert, et des actes de blanchiment liés, selon lui, à son incapacité à renoncer à un certain train de vie. 
 
 
L'affaire Cahuzac en dix dates
 
- 4 déc 2012 -
Mediapart accuse le ministre délégué au Budget Jérôme Cahuzac d'avoir détenu jusqu'au début 2010 "un compte bancaire non déclaré à l'Union des banques suisses (UBS) de Genève" avant de déplacer ses avoirs à Singapour. Le site d'information publie le lendemain un enregistrement de fin 2000, dans lequel un homme - M. Cahuzac, affirme le journal en ligne - s'inquiète de son compte "ouvert à l'UBS". Le ministre oppose dans un communiqué, puis à l'Assemblée nationale, un "démenti formel", assurant n'avoir "jamais disposé d'un compte en Suisse ou ailleurs à l'étranger".
 
- 19 mars 2013 -
Le parquet, qui menait une enquête préliminaire depuis début janvier, déclare que la voix de l'enregistrement est probablement, selon l'expertise de la police, celle de M. Cahuzac et ouvre une information judiciaire. Le ministre quitte le gouvernement en répétant qu'il est innocent.
 
- 2 avr 2013 -
Cahuzac reconnaît devant les juges avoir détenu un compte à l'étranger, ouvert en 1992 à l'UBS, en Suisse, rapidement transféré auprès de la banque Reyl à Genève puis, en 2009, à Singapour. Il est mis en examen. "Dévasté par le remords", il demande publiquement pardon pour "une faute inqualifiable". Fin 2013, le compte de Singapour est fermé et les plus de 600.000 euros qu'il contenait rapatriés.
 
- 1er oct 2013 -
Le rapporteur PS d'une commission d'enquête parlementaire sur l'affaire, Alain Claeys, conclut que "la justice n'a été ni entravée, ni retardée", ce que contestent les membres UMP de la commission.
 
- 29 oct 2013 -
La banque suisse Reyl et ses dirigeants sont mis en examen.
 
- 13 mars 2014 -
Patricia Cahuzac, ex-épouse de l'ancien ministre, également mise en examen, avoue l'existence d'un compte sur l'île de Man, ouvert en 1997 à la Royal Bank of Scotland. Elle avait ensuite ouvert un compte à la BNP Genève en décembre 2006 dont les avoirs avaient été transférés à la banque suisse Gonet fin 2010. En 2014, plus de 2,7 millions d'euros sont rapatriés de l'île de Man.
 
- 17 juin 2015 -
Cahuzac et son ex-épouse sont renvoyés en correctionnelle pour fraude fiscale et blanchiment, ainsi que la banque Reyl. L'ex-ministre sera aussi poursuivi pour avoir minoré sa déclaration de patrimoine lors de son entrée au gouvernement en 2012.
 
- 8 fév 2016 -
Le procès s'ouvre devant le tribunal correctionnel de Paris et est rapidement interrompu. Le tribunal décide de transmettre à la Cour de cassation une requête de la défense, une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), qui critique le cumul des poursuites fiscales et pénales.
 
- 24 juin 2016 -
Le Conseil constitutionnel, saisi de la QPC par la Cour de cassation, déboute Jérôme Cahuzac, autorisant le cumul de poursuites pénales et des sanctions administratives "dans les cas de fraudes les plus graves".
 
- 8 décembre 2016 -
Jérôme Cahuzac est condamné à trois ans de prison ferme et cinq ans d'inéligibilité par le tribunal correctionnel de Paris, son ex-épouse à deux ans de prison ferme et la banque Reyl à une amende de 1,875 million d'euros. Il va faire appel de son jugement, a annoncé son avocat.

 

 

 

 

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 17:13
Autoroutes: le marché de dupes dévoilé sur le "gel" des péages (L'Humanité, 8 décembre 2016)

Et un scandale de plus dans le dossier déjà épais de la privatisation des autoroutes. Selon un rapport rédigé par l’Autorité de la régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer), le « gel » des tarifs des péages autoroutiers, décidé en 2015 entre l’Etat et les concessionnaires autoroutiers en plein scandale de la rente constituée sur le dos des usagers, devrait au final gonfler les poches des seconds. Car les hausses des tarifs qui suivront le « dégel » des tarifs, entre 2019 et 2023, permettra aux grandes sociétés de se « refaire » rapidement et abondamment. Au total, calcule l’Arafer, les augmentations devraient en effet rapporter plus d’argent que ce que leur coûte le gel des tarifs, avec une plus-value estimée à un demi-milliard d’euros.

Autoroutes : le marché de dupes dévoilé sur le « gel » des péages
TANIA MELLER
JEUDI, 8 DÉCEMBRE, 2016
HUMANITE
Un rapport indique que le prétendu « gel » des tarifs des autoroutes décidé par l’Etat en 2015 rapportera en fait 500 millions d’euros de plus aux grandes sociétés privées qui les exploitent.
Et un scandale de plus dans le dossier déjà épais de la privatisation des autoroutes.  Selon un rapport rédigé par l’Autorité de la régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer), le « gel »  des tarifs des péages autoroutiers, décidé en 2015 entre l’Etat et les concessionnaires autoroutiers en plein scandale de la rente constituée sur le dos des usagers, devrait au final gonfler les poches des seconds. Car les hausses des tarifs qui suivront le « dégel » des tarifs, entre 2019 et 2023, permettra aux grandes sociétés de se « refaire » rapidement et abondamment. Au total, calcule l’Arafer, les augmentations devraient en effet rapporter plus d’argent que ce que leur coûte le gel des tarifs, avec une plus-value estimée à un demi-milliard d’euros.
Pour parvenir à cette estimation, le rapport se fonde sur des hypothèses jugées crédibles de trafic autoroutier et d’évolution des prix, faute d’obtenir de l’Etat celles qui ont servi de bases à la négociation avec les concessionnaires, le gouvernement ayant toujours refusé de dévoiler le détail des contrats passés avec les sociétés qui exploitent les autoroutes, et notamment les conditions de la prolongation des concessions, en dépit d’une décision de justice l’obligeant à le faire. Le secret des affaires a beau avoir tenu bon, l’Arafer a flairé ce qui se trame : avec des hausses comprises entre 0,23 % et 0,82 % selon les réseaux, les « recettes cumulées (seraient) de l’ordre de 500 millions d’euros » sur « la durée restant à courir des concessions ».
De quoi relancer le débat que le gouvernement avait brutalement refermé, en mars 2015, en retenant l’avis d’un « groupe de travail » ad hoc mis en place par Manuel Valls avec la complicité d’Emmanuel Macron. Celui-ci, composé de quinze membres, avait opportunément cautionné la négociation déjà en phase de conclusion avec l’Etat pour un allongement des concessions autoroutières, et tenté de discréditer la proposition d’une renationalisation par l’Etat portée notamment par les députés et sénateurs communistes, ou toute autre solution alternative défendue par la mission d’information parlementaire sur les autoroutes. Au point de pousser le rapporteur de cette dernière, le député PS Jean-Paul Chanteguet, à claquer la porte du « groupe de travail » de Valls et Macron en dénonçant une « parodie de consultation ». « La rente autoroutière existe bien et elle n’est pas justifiée », déclarait alors la sénatrice communiste Evelyne Didier, plaidant pour « le retour à une maîtrise totale de l’État par la nationalisation » des autoroutes. Une option qui confirme sa pertinence, à l’heure du marché de dupes révélé par le rapport de l’Arafer.
Journaliste
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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 16:52
Soirée Palestine avec Thierry Seigland autour de son carnet de voyage le vendredi 16 décembre au bar des Deux Rivières à la Madeleine

Où l'on retrouvera Thierry Seigland et des adhérents de l'Association France Palestine du Pays de Morlaix mais aussi nous amis du Théâtre de la Corniche pour une évocation en contes et poésie de ce pays meurtri.

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 15:24
Morlaix: Pors-ar-Bayec a bientôt terminé sa mue (Ouest-France, Delphine Van Hauwaert - 6 décembre 2016)

Delphine VAN HAUWAERT.

Commencée en septembre 2015, cette opération à 7,5 millions d’euros devrait être terminée pour le printemps. À la clé, des logements moins énergivores et un quartier plus agréable.

Pourquoi ? Comment ?

Pourquoi cet important chantier à Pors-ar-Bayec ?

Construite dans les années 60, cette cité de 168 logements sur six bâtiments avait besoin d’un sérieux coup de jeune.

À l’intérieur, d’abord, du point de vue des performances énergétiques.

C’est le travail d’Habitat 29.

À l’extérieur aussi, pour contrer « cette emprise des trois B : béton, bitume, bagnole, en vogue à une époque où il fallait construire vite et pas cher », comme l’explique Eddy Blondeau, chargé d’affaires à Habitat 29. C’est la partie de la Ville.

 

Où en est-on ?

Le chantier n’est plus loin de la fin. Commencé en septembre 2015, il a déjà vu la réalisation de deux phases avec les immeubles donnant sur la place Saint-Nicolas et ceux de la rue Paul-Sérusier.

En cours, le bâtiment de la rue Pors-ar-Bayec devrait être terminé en février. La mairie achèvera ensuite les aménagements extérieurs.

Quels travaux ont été réalisés ?

Des enduits dans les tons ocre rouge, gris, blanc cassé et beige ont été posés.

À l’intérieur des bâtiments, les salles de bains ont aussi été changées. Les baignoires sabot très 60’s laissent place, dans les petits logements, à une douche, et dans les grands, à une vraie baignoire.

Sur le volet énergétique, des VMC ont été installées dans les cages d’escalier, « car un air humide est toujours plus compliqué à chauffer qu’un air sec ».

L’isolation a été refaite par l’extérieur et par les sous-sols.

Des chaudières à condensation, moins énergivores, ont également été installées, couplées à des robinets thermostatiques sur les radiateurs, permettant de moins chauffer les pièces au sud, qui conservent désormais mieux la chaleur.

Quid des extérieurs ?

La Ville se charge de redessiner l’espace, éloignant les voitures des pieds d’immeuble, troquant les enrobés noirs contre des ciments plus clairs, intégrant des bordures en pierre taillée.

Des conteneurs enterrés sont aussi en cours d’installation.

Enfin, « des arbres seront plantés pour redonner de la volumétrie au quartier ».

Combien ça coûte ?

Habitat 29, qui gère un parc de plus de 10 000 logements, l’admet : « C’est une des plus grosses opérations menées en ce moment. »

7 530 000 € au total, dont 6,7 millions pour les travaux de réhabilitation. Avec le soutien de Morlaix communauté et du Département, dans le cadre du contrat de territoire.

Quel impact pour les locataires ?

Ces importants travaux s’accompagnent d’une hausse de loyer. « Mais Habitat 29 a pris l’engagement que le couple loyer et charges après travaux n’excédera pas ce même couple avant travaux. »

Concrètement, les locataires doivent faire des économies sur l’énergie. Ça semble bien parti : « Fin novembre, des habitants avaient à peine allumé le chauffage », se réjouit Eddy Blondeau.

Les habitants testeront un boîtier connecté

Les 280 habitants de Pors-ar-Bayec seront les premiers à expérimenter un nouvel outil créé pour Habitat 29. Le bailleur social vient de remporter un appel à projets du ministère de l’Environnement concernant un boîtier communiquant, conçu par une start-up brestoise.

Comme l’explique Eddy Blondeau, d’Habitat 29, « il s’agit d’un écran tactile simple à utiliser », permettant aux locataires de programmer leur chauffage et de suivre leurs consommations d’énergie, mais aussi à Habitat 29 de faire des relevés, « et d’alerter les consommateurs en cas de problème ou d’événement anormal ». Actuellement en fabrication, il sera installé dans les logements au début du printemps.

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 14:52

Abrogation de la loi Travail - Proposition de loi du groupe CRC au Sénat

Un marqueur essentiel de la rupture avec les politiques libérales

mercredi 7 décembre 2016[]

Les sénatrices et sénateurs du Groupe communiste, républicain et citoyen ont déposé une proposition de loi d’abrogation de la loi El Khomri qui sera débattue en séance le 11 janvier prochain.

Cette loi imposée à coup de 49-3 au printemps dernier et par une mobilisation policière hors norme contre le mouvement social, demeure rejetée par une majorité de l’opinion publique et sa mise en application progressive par décret démontre, semaine après semaine, les coups d’une exceptionnelle gravité portés contre le monde du travail, les salariés et leurs organisations syndicales.

Cette loi de casse du droit du travail, cette loi de soumission aux desideratas du Medef est l’un des points clef du bilan de François Hollande et de son premier ministre Manuel Valls. Elle figure au tableau du déshonneur de ce quinquennat aux côtés de la loi Macron, du CICE, de la ratification du Traité budgétaire ou du projet de déchéance de la nationalité.

L’heure est, à la veille d’importantes échéances électorales, au projet, au choix de société.

Les sénatrices et les sénateurs du groupe CRC estiment que l’abrogation de cette loi travail constituerait un marqueur essentiel de rupture avec la démarche libérale qui a prévalu ces dernières années.

C’est pourquoi, ils proposent de débattre le 11 janvier de cette proposition de loi qui permettra à chacun de prendre ses responsabilités pour l’avenir.

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 14:47
Netanyahou donne des gages à droite avec une loi sur les colonies (Ouest-France, 8 décembre 2016)

À la tête d'une coalition conservatrice, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s'est rallié à un projet de loi légalisant des colonies en Cisjordanie, une manoeuvre vue à Jérusalem comme une nouvelle parade pour satisfaire son aile droite.

Mais cette politique d'apaisement à droite pourrait avoir des conséquences internationales, bien que le texte ait de fortes chances d'être rejeté par la Cour suprême. 

Lundi, le passage en première lecture d'une version amendée a déclenché des réactions inquiètes des États-Unis, de l'Union européenne et des Nation unies, laissant envisager l'adoption d'une manière de résolution de l'Onu sur le sujet avant la fin du mandat de Barack Obama le 20 janvier. 

On craint la justice

En outre, certains responsables israéliens craignent que le projet de loi ne constitue un motif de poursuites pour la Cour pénale internationale de La Haye. 

Benjamin Netanyahu, un temps opposé à la législation, avait lui-même mis en garde contre de possibles procédures judiciaires lors de l'émergence du projet porté par le parti d'extrême-droite du Foyer juif et son chef de file, le ministre de l'Education Naftali Bennett. Les dirigeants palestiniens ont condamné un texte qui cautionne des expropriations sur les terres qu'ils revendiquent pour État. 

Colonies officielles et officieuses

En cinquante ans, Israël a construit environ 120 colonies officielles en Cisjordanie. Elles sont condamnées par une majorité d'acteurs internationaux. 

Outre ces colonies officielles, une centaines d'avant-postes y ont été construits sans l'aval du gouvernement. Plus de cinquante d'entre eux pourraient être légalisés par le projet de loi, estime l'association israélienne Peace Now. Le texte propose d'indemniser les propriétaires palestiniens des terres concernées. 

Assurer sa survie politique

Pour Benjamin Netanyahu, dans son quatrième mandat, ne pas soutenir la législation aurait eu valeur de défaite face à Naftali Bennett, et permis à son parti de ravir au Likoud des électeurs conservateurs. 

"Il craint plus Naftali Bennett que le gouvernement américain et que l'Union européenne. Même s'il est premier ministre depuis 11 ans, il reste un politicien plus qu'un dirigeant", juge Amnon Abramovitz, un analyste politique pour la chaîne de télévision Aroutz 2. 

Approuvé lundi dans une version amendée par 58 députés (51 contre), le projet de loi devra faire l'objet de deux nouveaux votes, probablement dès la semaine prochaine, pour devenir loi. La législation a des chances d'être invalidée par la Cour suprême israélienne, devant laquelle les groupes de défense des droits de l'homme devraient contester les expropriations de terrains privés qu'elle contient. Certains commentateurs estiment d'ailleurs que Netanyahu mise sur l'annulation de la loi par la haute cour. 

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