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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 20:21
Marché Saint Louis à Brest ce dimanche 11 décembre - photos Ismaël Dupont

Marché Saint Louis à Brest ce dimanche 11 décembre - photos Ismaël Dupont

Les communistes distribuaient le tract "2017: c'est votre avenir qui est en jeu" sur le marché Saint Louis de Brest ce dimanche 11 décembre
Les communistes distribuaient le tract "2017: c'est votre avenir qui est en jeu" sur le marché Saint Louis de Brest ce dimanche 11 décembre
Les communistes distribuaient le tract "2017: c'est votre avenir qui est en jeu" sur le marché Saint Louis de Brest ce dimanche 11 décembre
Les communistes distribuaient le tract "2017: c'est votre avenir qui est en jeu" sur le marché Saint Louis de Brest ce dimanche 11 décembre
Les communistes distribuaient le tract "2017: c'est votre avenir qui est en jeu" sur le marché Saint Louis de Brest ce dimanche 11 décembre
Les communistes distribuaient le tract "2017: c'est votre avenir qui est en jeu" sur le marché Saint Louis de Brest ce dimanche 11 décembre

Ce tract sera diffusé à un million d'exemplaires partout en France et dans le Finistère par les militants communistes.

Point de départ de la distribution d'au moins 10 000 tracts dans le Finistère: le marché Saint Louis à Brest par une belle matinée dominicale ensoleillée, avec Jean-Paul, Erwan, Anne-Catherine et Ismaël.  

Prochaines distributions de tracts sur Brest: 

Mardi 13 décembre à 12h à la fac Segalen

Jeudi 15 décembre à partir de 10h 30 au Marché de Bellevue

Samedi 18 décembre à partir de 10 h 30 au marché de Kerinou

Les communistes distribuaient le tract "2017: c'est votre avenir qui est en jeu" sur le marché Saint Louis de Brest ce dimanche 11 décembre
Les communistes distribuaient le tract "2017: c'est votre avenir qui est en jeu" sur le marché Saint Louis de Brest ce dimanche 11 décembre
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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 20:01
L'AFPS faisait signer une pétition contre le commerce des armes françaises avec Israël sur le marché de Morlaix le 11 décembre 2016
 
 
AFPS du Pays de Morlaix
19, rue Waldeck Rousseau
29600-Morlaix
 
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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 19:08
La France ne doit pas faire échouer le traité visant à interdire les armes nucléaires (Canard Enchaîné et blog de Paul Quilès)

http://paul.quiles.over-blog.com/2016/12/malgre-les-pressions-diplomatiques.html

Malgré les pressions diplomatiques…..

Malgré les pressions diplomatiques…..
Malgré les pressions diplomatiques…..

      Dans quelques jours, l’ONU va très probablement prendre une décision forte pour engager la rédaction d’un traité interdisant l’armement nucléaire, malgré les pressions diplomatiques exercées par les « pays nucléaires » sur les 123 pays qui y sont favorables (voir ci-dessous*).

 

     L’appel au Président de la République, François Hollande a déjà recueilli plus de 25 000 signatures. C’est un soutien important à l'action que nous menons !

 

     Cela confirme le résultat du sondage de la société Opinion-Way (réalisé le 2 Décembre 2016 auprès d’un échantillon de 1073 personnes,  représentatif de la population des Français de 18 ans et +) indiquant que 68% des Françaispartagent notre souhait que la France ne vote pas CONTRE cette résolution (L 41) en faveur de la paix et de la sécurité mondiale.

 

      J'espère que les responsables français entendront cet appel, pour que la France adopte une posture qui corresponde à son image de patrie de la défense des libertés et des droits de l’Homme.

 

******************

     * Les pressions diplomatiques

 

       - Pour comprendre, lire l’analyse de Jean-Marie Collin : « L’Assemblée générale de l’ONU ouvre la porte à un traité d’interdiction des armes nucléaires »     

          Extrait 

 

      « Très clairement, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France (possiblement la Russie) ont exercé depuis début octobre une forte pression sur tous leurs alliés et États avec lesquels ils ont des relations pour que ceux-ci n’expriment pas un vote positif. La presse a largement rapporté que les diplomates américains ont mené « une campagne agressive pour empêcher les États non nucléaires d'interdire ces armes atomiques », le Japon, la Corée du Sud, la Norvège et les Pays-Bas étant particulièrement visés.

      Il était assez logique de voir l’Amérique latine et les Caraïbes voter « Oui » (29 États sur 33) vu son histoire (première zone exempte d’arme nucléaire depuis 1967) et son soutien indéfectible à « l’Initiative humanitaire » depuis le début de celle-ci. Par conséquent, les abstentions de la Guyana et du Nicaragua apparaissent aller à contre-courant et à l’inverse du positionnement des organisations (CARICOM, CELAC, Opanal, UNASUR) dont ces États sont membres. Doit-on dès lors y voir un jeu de pression de la part des Britanniques (sur leur ancienne colonie de Guyana) et des États-Unis sur le Nicaragua ?

      La France a, quant à elle, envoyé des « lettres de préoccupation » à différentes missions diplomatiques francophones d’Afrique. Mais cette pression a également visé les eurodéputés pour qu’ils votent « non » à une résolution du Parlement européen approuvant la L.41. Le ministère des Affaires étrangères français a en effet adressé une lettre d’instruction aux 74 eurodéputé(e)s français(es) pour leur demander de rejeter cette résolution. La notion de séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif semble avoir été largement oubliée…

 

      - Pour savoir comment agissent les Etats-Unis, lire « les Etats-Unis cherchent à faire capoter le traité d’interdiction des armes nucléaires »

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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 07:39
Parking de la Gare

Parking de la Gare

Question orale écrite par Jean-Pierre Cloarec et signée par les 8 élus d'opposition: 

Jean-Philippe Bapcérès, Elisabeth Binaisse, Jean-Pierre Cloarec, Ismaël Dupont, Hervé Gouédard, Sarah Noll, Valérie Scattolin,Jean-Paul Vermot, 

 

Encore une question de communication!

Le lundi 7 novembre dernier, plus de 40 automobilistes se sont retrouvés à la sortie de la gare sans leurs véhicules , ceux-ci ayant été mis en fourrière pour cause de démarrage de chantier.
Les 2 panneaux d'avertissement disposés à l'entrée du parking n'étaient pas éclairés , aucune
barrière , plots de chantier, panneau lumineux ou autre système visible n'interdisaient l'accès au stationnement longue durée en contrebas du pont Bellec.
Nombre d'usagers y laissent leur véhicule pendant plusieurs jours , voire une semaine et plus en raison de déplacements familiaux , professionnels ou autres .
Le parking longue durée à l'emplacement de l'ex-école Léon Blum, n'est connu que de quelques habitués (la signalisation est la aussi défaillante) du fait de son seul accès sous la voie ferrée en empruntant la rue Général Le Flo.
A cette date, le nouveau parking au nord des voies était encore en travaux
Pénaliser de cette manière les usagers de la gare soit 230€ de frais par voiture , ne peut être accepté sans se soucier du défaut de communication.D'autres faits d'enlèvement sans motif de véhicules, en particulier rue Gambetta ,nous ont été rapportés .Ce problème d'information risque fort de ne pas favoriser l'image de l'attractivité de notre ville .
Nous avons voté cette année ,le remboursement d' amendes indues suite à un défaut d'affichage concernant un feu d'artifice en centre ville , de la même manière il nous semble essentiel d'opérer de même pour les automobilistes concernés par cette opération .
Quelle est votre position sur cette affaire?

 

 

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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 07:25
Le Télégramme, 10 décembre - article de Ronan Tanguy et la mise en route de la campagne des législatives dans la IVe Circonscription du Finistère suite à l'officialisation de la candidature de Gwenegan Bui pour le PS

Le Télégramme, 10 décembre - article de Ronan Tanguy et la mise en route de la campagne des législatives dans la IVe Circonscription du Finistère suite à l'officialisation de la candidature de Gwenegan Bui pour le PS

Le Télégramme, 10 décembre - article de Ronan Tanguy et la mise en route de la campagne des législatives dans la IVe Circonscription du Finistère suite à l'officialisation de la candidature de Gwenegan Bui pour le PS

Le Télégramme, 10 décembre - article de Ronan Tanguy et la mise en route de la campagne des législatives dans la IVe Circonscription du Finistère suite à l'officialisation de la candidature de Gwenegan Bui pour le PS

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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 07:03
Rien de plus vrai! Marx le disait déjà: "l'armée de réserve du capitalisme, ce sont les chômeurs"

Rien de plus vrai! Marx le disait déjà: "l'armée de réserve du capitalisme, ce sont les chômeurs"

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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 19:32
Albert Rannou, résistant communiste, originaire de Guimiliau, fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943

Albert Rannou, résistant communiste, originaire de Guimiliau, fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943

Albert Rannou ancien lieutenant des brigades internationales en Espagne, a été fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943 en même temps que 18 autres communistes brestois ou résidant à Brest: Lucien Argouach, Albert Abalain, André Berger, Louis Departout, Yves Guilloux, originaire des Côtes-du-Nord, Eugène Lafleur, venu de Paris, Louis Le Bail, Paul Le Gent, Paul Monot, Henri Moreau, Jean-Louis Primas, un ancien des Brigades Internationales en Espagne, Jean Quintric, Albert Rolland, Etienne Rolland, Joseph Ropars, Jean Teuroc, Charles Vuillemin, et Louis Leguen

(Georges-Michel Thomas et Alain Le Grand, Le Finistère dans la guerre 1939-1945, éditions de la Cité, 1979)  

***

Autre source d'information:

Albert Rannou. Né le 5 mars 1914 à Guimiliau (Finistère), fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ouvrier maçon ; volontaire en Espagne républicaine ; résistant au sein des FTPF.

Fils de Jean Rannou, maçon, et de Marie-Anne Coat, couturière, Albert Rannou, ouvrier maçon, adhéra au Parti communiste en 1935. L’année suivante, il devint membre du comité de section à Brest (Finistère). Volontaire dans les Brigades internationales en Espagne, il y devint lieutenant du génie et fut grièvement blessé.
Dans la Résistance, il fut chef de groupe communiste, puis de l’Organisation spéciale (OS) et enfin d’un groupe de Francs-tireurs et partisans (FTP). Il se chargea de transports d’armes et participa à certaines actions, comme l’attentat contre la Kommandantur de Brest et celui contre la station électrique de l’Arsenal de Brest*.
Il fut arrêté le 2 octobre 1942, interné à la prison Jacques-Cartier de Rennes (Ille-et-Vilaine), transféré à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne) et condamné à mort par le tribunal allemand du Gross Paris, qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.), le 28 août 1943.
Les Allemands le fusillèrent le 17 septembre 1943, au Mont-Valérien.

Source : notes d'Eugène Kerbaul (le Maitron Dictionnaire biographique Fusillés, Guillotinés, Exécutés, Massacrés 1940-1944)

 

Une des correspondantes du "Chiffon Rouge", Anne Friant, présidente de l'ANACR 29, nous prévient que son père, Jacob Mendrès, a aussi participé à un sabotage sur la base sous-marine de Brest, probablement le 8 mai 1942.

 

***

Avertissement

C'est Jacques Guivarch, ancien adhérent du PCF comme son père Jean, tous les deux tour à tour anciens commerçants à Saint-Martin des Champs à la marbrerie Guivarch de la barrière de Brest, qui a fait lire et confié à Alain David et à Ismaël Dupont, ces doubles de lettres de résistants condamnés à mort qui se trouvaient dans une commode de son père, ancien résistant du maquis de Morlaix, militant communiste, raflé dans un premier temps le 26 décembre 1943 à Morlaix avant d'être relâché (il cachait des tracts de la résistance sous le landau de Jacques Guivarch, qui avait quelques semaines à l'époque), ce dernier les ayant peut-être reçu de la famille de ces résistants condamnés à mort ou par un autre canal. Etaient-ils des connaissances? Des amis? Ou étaient-ce les parents de Jacques Rannou qui ont voulu confier ces lettres à un militant communiste et un ancien résistant?

Il y a dans le lot de 30 pages photocopiées les copies des dernières lettres de deux autres résistants condamnés à mort dont l'exécution a eu lieu en même temps que celle d'Albert Rannou, le 17 septembre 1943.

Les lettres originales d'Albert Rannou, s'étalant sur 6 mois du 20 mars 1943 au 17 septembre 1943, ont été remises il y a sept ans au frère d'Albert Rannou. 

Il faut les lire dans leur intégralité, car au delà de l'apparente trivialité de certaines lettres et du caractère bouleversant et pleins de hauteur tragique de plusieurs autres, et notamment de la lettre écrite le jour de l'exécution, elles livrent beaucoup du quotidien des résistants prisonniers et de leurs préoccupations, ainsi que de l'état d'esprit, des informations et des espoirs d'un résistant arrêté en 1943.

Elles témoignent aussi d'une foi inébranlable dans les idéaux communistes et en la victoire prochaine.  

Ces lettres sont présentées dans l'ordre chronologique. Les fautes d'orthographe les plus évidentes ont été corrigées par souci de compréhension. Certains passages sont peu lisibles et dans ce cas indiqués comme tels.

 

 

   

Georges-Michel Thomas et Alain Le Grand, Le Finistère dans la guerre 1939-1945, éditions de la Cité, 1979 - p.309. Commentaires de Jean-Claude Cariou sur Charles de Bortoli, photo en haut à gauche: Charles (Carlo) de Bortoli était un communiste italien venu se réfugier à Brest pour fuir le fascisme de Mussolini:  le lieu de son exécution en Août 1943, qui n'est pas indiqué sous la photo, contrairement aux autres. C'est à Paris, mais pas au mont Valérien (en fait à Montrouge) comme la plupart des Résistants fusillés dans la capitale. Charles de Bortoli a été fusillé au stand de tir de l'armée de l'air (de l'époque) à Baltard , dans le XV ème arrondissement, à la limite de la ville d'Issy- les- Moulineaux, au sud de Paris. Le site a été détruit au moment de la construction du périph- 'dans les années 60 ' - mais il existe toujours un bâtiment militaire, avec une plaque indiquant les noms des 143 Résistants fusillés là. La caserne de Baltard était un repaire de la Gestapo, avec un centre de tortures, en plus du lieu d'exécutions.

Georges-Michel Thomas et Alain Le Grand, Le Finistère dans la guerre 1939-1945, éditions de la Cité, 1979 - p.309. Commentaires de Jean-Claude Cariou sur Charles de Bortoli, photo en haut à gauche: Charles (Carlo) de Bortoli était un communiste italien venu se réfugier à Brest pour fuir le fascisme de Mussolini: le lieu de son exécution en Août 1943, qui n'est pas indiqué sous la photo, contrairement aux autres. C'est à Paris, mais pas au mont Valérien (en fait à Montrouge) comme la plupart des Résistants fusillés dans la capitale. Charles de Bortoli a été fusillé au stand de tir de l'armée de l'air (de l'époque) à Baltard , dans le XV ème arrondissement, à la limite de la ville d'Issy- les- Moulineaux, au sud de Paris. Le site a été détruit au moment de la construction du périph- 'dans les années 60 ' - mais il existe toujours un bâtiment militaire, avec une plaque indiquant les noms des 143 Résistants fusillés là. La caserne de Baltard était un repaire de la Gestapo, avec un centre de tortures, en plus du lieu d'exécutions.

Fais en Prison de Rennes le 20 mars 1943

Bien chers Parents, 

Je suis bien content d'avoir eu du papier à lettres ce matin pour pouvoir vous donner de mes nouvelles qui sont toujours pour le mieux. Je m'habitue peu à peu à une vie de prisonnier. Si ce n'était l'insuffisance de nourriture et le manque de tabac, on arriverait peut-être à s'y faire à la longue.  J'ai reçu une lettre du 3 Février de Papa et 2 de maman du 15 Février et du 15 Mars, avec plaisir de vous savoir toujours en bonne santé. Mais je suis peiné de voir que vous vous faites du mauvais sang à mon égard. Il n'est point besoin de vous en faire pour moi, on n'est pas si malheureux que vous le supposez ici, on est bien couché. C'est déjà une bonne chose. Là il aurait fait froid autrement et je n'ai pas à me plaindre des gardiens, qui sont corrects envers nous. Ce matin, je suis bien heureux, car à partir d'aujourd'hui on peut m'envoyer des colis. Je ne sais toujours pas jusqu'à quel poids ni rien, mais la Croix Rouge vous l'a peut-être expliqué. Envoyez moi un peu de savon ainsi qu'un peigne et surtout à manger si vous trouvez quelque chose de nourrissant avec, tel que beurre ou fromage car on manque surtout de matière grasse. Crêpes, biscuit ou même du pain. Je ne crois pas avoir le droit à mon tabac. Mettez-moi un peu quand même, on verra bien. Je vous le dirai car j'aurai sans doute le droit de vous écrire toutes les semaines maintenant. Maman pourrait peut-être me faire une autre paire de chaussons car ceux-ci commencent à s'user. C'est embêtant de ne pas avoir de nouvelles de Yfic non plus ni de sa femme. Quand vous en aurez, ça sera peut-être pour vous annoncer que vous êtres grand-père et grande mère. Moi ça ne me déplairait pas que l'on m'appelle "tonton" un jour aussi, vous ne pouvez pas vous imaginer combien j'ai le loisir de penser à vous tous ici. J'ignorais l'affectueux sentiment dont était doué le coeur d'un homme vis-à-vis de ses proches mais seul tout le temps, on a que ça à faire du matin au soir. Revoir en pensée les êtres qui nous sont chers en attendant d'être parmi eux un jour. Je termine en vous embrassant de loin. 

Votre fils Albert. 

***

Fais à la Prison de Rennes le 27 Mars 1943

Chers Parents, 

Depuis bientôt trois semaines, je n'ai pas eu de vos nouvelles, mais je pense que la santé est bonne. Quand à moi, ça va aussi, surtout maintenant que je puis vous écrire. Je vous sais plus heureux. J'espère au moins que vous avez reçu ma lettre de samedi dernier vous annonçant que j'ai le droit de recevoir des colis. Avec quelle joie il sera reçu ce premier paquet. Double joie, d'abord la joie d'avoir quelque chose de vous, et ensuite, de pouvoir se mettre un peu plus sous la dent (illisible)... Si malgré ces temps de restriction, vous pouvez trouver encore de quoi m'envoyer tant soit peu, toutefois sans vous priver, je crois que de votre vie, il y a le temps pour m'écrire, ce n'est pas un reproche que je vous fais, loin de moi, parce que je sais ce que c'est, loin de moi, (illisible) mais seul, ici on s'ennuie, à défaut de nouveau, c'est qu'il ne doit rien avoir de sensationnel à raconter de Guimiliau... (illisible). J'ajoute que vous m'envoyez un peigne et du savon, et à maman de bien vouloir me préparer une paire de chausson. Car dans la cellule ici, je les use beaucoup ne mettant mes sabots que pour le quart d'heure de promenade dans la cour. En attendant de vous lire je finis cette missive en vous embrassant bien affectueusement tous les deux et en pensant à mon frère Yves et à Marie-Louise (je crois que c'est ça le prénom de sa femme). Bien le bonjour à toute la famille par ailleurs, et dites leurs que je ne les oublie pas. 

Donc sur ceux je vous quitte. Votre fils Albert.

***

Fais à la Prison de Rennes, le 3 Avril 1943 

Mes Chers Parents

Aujourd'hui je suis transporté d'allégresse, tous les bonheurs m'arrivent à la fois. Je viens de recevoir la lettre de Papa avec le message de mon frère et de ma belle-soeur. Jugez comme je suis heureux à présent de vous savoir tranquillisé sur leur sort. J'ai reçu la lettre de Maman aussi mardi datée du 18 mars (j'espère que vous recevrez la mienne toutes les semaines également) avec ça jeudi matin j'ai eu le plaisir de recevoir votre premier colis; comment (illisible) et le lard qu'est-ce qu'il est bon (illisible) poisson d'avril, c'était bien réussi. Et hier au soir, quand j'ai vu le gardien rentrer dans ma cellule avec un paquet, je n'en croyais pas mes yeux, quand je l'ai vu déballonner tout ça devant moi je me demandais si je ne rêvais pas. Aussi quand le soldat fut sorti, j'en pleurai de joie. Je me demandais par quoi commencer. Enfin j'ai mangé le pain avec du lard et des oeufs et bien entamé la crêpe avec le beurre (illisible) qui est toujours délicieux. Pour finir, une bonne pipe de tabac frais la dessus, rien de tel pour vous remonter un bonhomme. Aussi je vois qu'il est possible d'être heureux même en prison; quand on est choyé par les siens, comme je suis, et surtout d'avoir reçu des nouvelles d'Yfic; je n'ai plus d'inquiétude de ce côté là. J'ai assez de savon et de mouchoir comme ça, merci pour les chaussons et le peigne aussi car l'autre n'a plus que 3 dents. J'ai le droit de recevoir tout ce que je veux ici donc s'il est possible, et sans vous priver, profitez-en de m'envoyer car après on ne sait jamais si on pourra recevoir quelque chose, au premier mettez-moi une boîte d'allumette et un carnet de feuille et à chaque fois des journaux récents, car je ne sais absolument rien du dehors ici. J'ai droit au pinard aussi, mais ça je n'ai pas besoin, d'ailleurs j'ai une chopine le jeudi et le dimanche de la cantine en payant. J'ai même un quart de café tous les matins et une tranche de pâté et de la confiture le dimanche avec l'argent que j'ai en dépôt ici, la prochaine fois je vous retracerai mon emploi du temps quotidien en prison. Je comprends combien vous avez dû être malheureux avec tout ça depuis six mois, mais j'espère que le plus dur soit passé pour moi. J'ai le bon moral et je pense qu'il en est de même avec vous. Je termine ma lettre en vous embrassant de tout coeur. Votre fils Albert (dites-moi si vous recevez mes lettres). 

***     

Fais à la Prison de Rennes, le 10 Avril 1943

Bien chers Parents

Encore huit jours de passés depuis que je vous ai écrit. La santé est toujours bonne, et j'espère qu'il en est de même avec vous, depuis lundi on m'a mis avec d'autres camarades, dans une plus grande cellule. Je m'ennuie moins à présent après avoir passé 65 jours tout seul, c'est drôle de pouvoir causer avec quelqu'un, avec ça j'avais juste fini mes colis, mais mes copains venaient d'en recevoir et en ont eu encore depuis, donc j'ai pu manger à ma faim à peu près depuis le (illisible) de ce mois, je regrette de ne pas vous avoir dit plus tôt de m'envoyer des pommes de terre cuites dans les colis, comme ça vous auriez pu m'envoyer davantage, il est vrai que le transport aussi doit être assez cher, mais quelques livres de patates en plus par semaine feraient du bien. J'espère recevoir quelque chose de vous sous peu. J'aurai le plaisir de pouvoir partager avec mes collègues de cellule à mon tour. Autrement, voici ce qu'on a ici: à peine un quart de jus avec la cantine et la ration de pain de la journée (350 grammes environ) qui est avalée tout de suite naturellement, après on a 1/4 d'heure de promenade dans une petite cour. Entre 9 heure et 10 heure la soupe, deux louches (d'un quart environ) de bouillon et de légumes. Carottes (illisible) avec des rutas et des navets. Après ça (illisible)... en supplément le soir, à 4 heures repas du soir, une louchée de bouillon ainsi qu'une louchée de patates, haricots ou pois cassés, sauf le dimanche où c'est nouille et un morceau de viande, donc vous voyez que quand il n'y avait rien à ajouter à ces plats cétait maigre. Heureusement qu'on peut recevoir des colis maintenant,  ça relève drôlement. En attendant de vous lire et de recevoir quelque chose de votre part, je finis ma lettre en vous embrassant de loin. Votre fils qui ne cesse de penser à vous ainsi qu'à mon frère et belle-soeur. Albert. 

***

Fais à la prison de Rennes, le 24 avril 1943

Mes Chers Parents

Je n'ai plus le droit de vous écrire que tous second samedi, donc vous devez sans doute attendre cette lettre depuis un moment. La santé est toujours bonne. J'ai eu un abcès à une dent au début de la semaine mais c'est guéri à présent. J'ai eu deux lettres de maman du 5 et du 12 avril, heureux de savoir que vous allez bien. J'ai également reçu un colis il y a 15 jours et un autre dimanche matin. Je devais écrire avec Jo Ropars mais depuis une huitaine on ne peut plus se voir, ils ne nous envoient plus ensemble à la promenade. J'espère que vous êtes en bonne santé mais que vous devez attendre impatiemment la fin de la guerre. Yfic et Marie-Louise doivent aussi avoir hâte à la victoire. Tout va bien pour le moment nous avions appris hier que Orel est pris par les Russes et que Palerme en Sicile par les Alliés (nouvelle de la radio). Si les anglo-saxons mettent un peu du leur les Allemands auront chaud cette année, n'importe comment. Je ne crois pas qu'ils passeront un autre hiver en Russie. Nous avons l'espoir d'être bientôt délivrés, à côté de nous il y a un gars de St Eutrope qui est condamné à mort depuis le mois d'avril. Mais il paraît qu'ils ne fusillent plus. Pourvu que ça soit vrai car autrement, si on est jugé, je ne me fais pas d'illusions. Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de mes 2 blessures où j'ai échappé à la mort. J'ai confiance d'échapper encore cette fois-ci. Sur une autre lettre, je vous ai demandé de m'expédier mes souliers bas et 100 ou 200 F car on dépense une moyenne de 100 F par mois pour la cantine. On a du café, du vin et de la charcuterie le dimanche. Comment que les crêpes sont appréciées par les copains et par moi-même. C'est à savoir lequel qui reçoit les meilleures choses, sitôt qu'un paquet nous arrive on le met sur la table et c'est moi qui est désigné pour faire les distributions entre nous six à mesure de nos besoins. Depuis le 1er avril, je peu dire que j'ai mangé à ma faim, on a tous repris un peu de graisses. J'aurais bien voulu pouvoir écrire à ses beaux parents à Yfic, vous n'avez qu'à leur souhaiter le bonjour de ma part, ainsi qu'à toute la famille et surtout aux cousins André, Henri, Thérèse et Célestin. Je finis ma lettre en vous embrassant de loin. Votre fils qui ne cesse de penser à vous ainsi qu'à mon frère et belle-sœur.

Albert.

***

Fais à la prison de Rennes le 6 juin 1943,

Chers Papa et Maman

J'espère que cette lettre vous parviendra sans tarder. J'ai eu une occasion pour vous écrire sans passer par la censure. Je ne sais pas si vous avez reçu mes lettres (bi mensuelles). Car depuis le 5 mai je n'ai pas eu de vos nouvelles. Les copains n'en reçoivent pas non plus. Je pense qu'elles doivent être jetées au panier. Ma santé est toujours excellente. Je souhaite qu'il en est de même avec vous. Nous attendons toujours le jugement. Certains disent qu'il aura lieu à Paris et d'autres parlent qu'il aura lieu dans peu de temps à Rennes. Enfin, rien ne presse pour ce qu'on a à en tirer, de l'instruction. J'ai demandé à l'inspecteur allemand quelle serait ma peine. Il m'a dit que je pouvais espérer mais que la loi est dure. On cause aussi de nous envoyer dans un camp de travaux en Allemagne. Mais je prends ça pour un calmant qu'on donne à un malade sur le point de calancher. Quand j'ai fait mon boulot, je savais à chaque fois à quoi je m'exposais, et maintenant j'attends stoïque qu'on décide de mon sort. Les premiers camarades arrêtés ont été cravaché sur tout le corps, leurs fesses étaient rendu comme du pâté de foie par la police française au service de l'ennemi (c'est joli ça). Par ça ils ont dû avouer. Ce qui m'a fait arrêter, ainsi que beaucoup d'autres. Mais il y a des mouchards aussi dans la bande. Raoul D. de Landerneau qui doit être en liberté maintenant et René R.* de St Marc le frère à Gabi. De mauvais communistes quoi mais ils payeront tôt ou tard, ainsi que les policiers collaborateurs et vichyssois. Nous sommes ici 45 de Brest avec les 5 femmes, donc certains ont déjà été jugés par les Français, mais qui doivent encore l'être par un tribunal Allemand. La moitié d'entre nous risquons le grand paquet. Le pire, c'est qu'il y a beaucoup de mariés et de pères de famille. Pour moi, si ça m'arrive j'aurai seulement le grand désespoir de vous quitter ainsi que mon frère et sa femme. Mais rien ne m'inquiète à votre sujet, votre santé est bonne et rien ne vous manque par ailleurs. Donc s'il faut se résigner un jour ça sera avec calme et fierté que je marcherai. J'ai fait mon devoir de Français et de communiste. Je suis allé en Espagne parce que là-bas se jouait le sort de la France et que l'Espagne Républicaine vaincue, c'était la guerre pour notre Pays. A présent le capitalisme est en train de creuser sa propre tombe, malheureusement qu'avant de disparaître il peut encore faire beaucoup de mal. Je viens d'apprendre que 3 jeunes classes vont partir pour l'Allemagne sur ordre de Pétain-Laval. Une fois là-bas, ils seront déguisés en mannequins du 3ème Reich et envoyez sur le Front pour combattre leurs camarades Russes contre leur propre liberté. La bête agonise mais elle a du mal à crever. J'aurais bien voulu pouvoir assister à sa fin. Si je n'y suis pas, vous pourrez dire que votre fils a maintes fois risqué sa vie pour le triomphe de son idéal et pour la victoire de notre juste cause. La défense de la République française que nous voulons voir prospérer dans une union des Républiques mondiale. Peut-être que les Alliés arriveront à temps mais ils n'ont pas l'air de se presser, quoi qu'il advienne ils ne perdent pas pour attendre, car les peuples anglo-américains ont aussi compris que leur salut est aux côtés de leurs camarades bocheviques, qu'il faut qu'ils luttent, pour écraser à jamais le fascisme fauteur de guerre et de misère.

« Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage » (Karl Marx*)

Si Henri ou André plus tard ont l'intention d'apprendre le métier de maçon, Papa peut leur donner quelques-uns de nos outils pour commencer. Le bonjour à Thérèse aussi. J'espère que Baptiste va mieux à présent. S'il venait à manquer, ce serait triste pour mon filleul et sa petite sœur. Je me demande aussi ce qu'a pu devenir (illisible), sa femme et Riri là-bas en Tunisie pendant l'occupation, Célestin va probablement partir pour l'Allemagne. Dites lui de ma part qu'il fasse le mieux possible, car tout ce qu'il fera, c'est (illisible : contre lui?). Dites à Grand-mère et à toute la famille que j'ai bien pensé à eux pendant ma détention.

On a tous un moral extraordinaire ici. Je pense que de votre côté vous êtes bien courageux et le (prouverez?) bientôt car les temps sont durs mais il y aura des jours meilleurs bientôt. Si j'arrive à vous manquer, pas de prières ni surtout de service religieux, cette race là a déjà fait assez de mal à l'humanité. Lui donner un jour de plus, c'est un crime. Dans votre prochain colis, mettez des feuilles et des allumettes. J'aurais bien voulu goûter encore du (Churchill ?). Si vous voulez bien m'envoyer un peu dans un bock marqué (vinaigre) dessus. Sitôt reçu écrivez-moi en mettant (?). Reçu nouvelle du cousin René. Je vous embrasse.

Votre fils Albert Merci bien à vous

* Les noms figuraient dans la lettre mais nous ne voulions pas les reproduire.

** En réalité Jaurès.

 

***

Fais à la Prison de Rennes le 12 juillet 1943

Bien chers Parents

Il m'arrive d'avoir une occasion de vous écrire clandestinement donc je profite pour vous dire que je suis en bonne santé avec un moral épatant (suite illisible). J'ai reçu votre colis avec grand plaisir. Ne mettez pas de pain dedans car nous en avons largement, on en refuse même souvent. On est à 11 ensemble dans la même cellule et nous recevons une douzaine de colis par semaine. Hier matin j'ai reçu mon complet avec des chaussons et du beurre, et je vous ai retourné mon autre paletot et pantalon. Vous voudriez bien m'envoyer mes paires de souliers bas et une paire de chaussettes dans votre prochain paquet. Je n'ai pas eu le temps de réaliser hier matin. Sans ça je me serais dessaisi d'autres choses encore. Je continue à recevoir du tabac par la Croix-Rouge mais je ne sais pas d'où il vient. Je vois Jo Ropars tous les jours. Il est gros et gras signe qu'il se porte bien et que comme moi il ne s'en fait pas. Moi je n'ai jamais été aussi gros (illisible) J'ai presque un double menton comme un curé de campagne. Enfin les Alliés ont débarqué en Sicile. J'espère qu'ils arriveront bientôt à bout des (macaronis) et qu'ils débarqueront sans tarder ailleurs pour nous délivrer. Ma confiance augmente de jour en jour, car on n'est pas encore jugé et je commence à croire qu'on ne le sera jamais. Donc je crois que j'aurai bientôt le bonheur de vous voir, malgré que je ne suis pas trop sûr de moi tant que je serai entre leurs mains. La prison est archi-pleine, il y a des généraux, un (colonel?), un commissaire de police, un comte, un baron. Et aussi 3 ou 4 curés, il y a 8 Morlaisiens à côté pour vol d'huile d'aviation. On a appris aussi qu'il y a 2 trains de permissionnaires qui sont rentrés en collision près de Rennes. Il y aurait un millier de victimes. Je finis ma lettre en vous embrassant de loin, en espérant le faire bientôt de près si la chance me sourit, car la fin de la guerre est proche. Le bonjour à tous.

Votre fils Albert.

 

***

Fais à la Prison de Rennes le 25 juillet 1943

Bien chers Parents

J'espère que vous recevez ces quelques mots que je vous envoie par des voies détournées. J'ai reçu votre colis hier encore, mais des lettres, je n'en ai pas eu depuis longtemps, les copains non plus d'ailleurs. Nous sommes à 11 ensemble et on ne s'ennuie pas, on a également assez à manger grâce aux colis que nous recevons. Inutile de nous envoyer du pain. La semaine dernière, on a eu 2 kilos de pêche. Je suis avec Ernest Mazé et son fils du Forestou en St Marc. Le Roux dont la femme est institutrice à Bolazec. Jean Nedellec. Charles Cadiou et Théo Drogou, ouvriers de l'arsenal. Charles Bénard de la rue Louis Pasteur qui nous amuse avec ses équilibres, des fois on s'instruit avec Albert Abalain du Pont-de-Buis qui a son Bac et René Claireaux de Brest qui n'est pas trop seul, malgré qu'il a raté trois fois son bachot. Avec toute cette équipe, on ne sent pas le temps passer car on a aussi des journaux et des revues, on a fait des jeux de cartes et de dominos. André et Henri seraient jaloux de nous. S'ils nous voyaient avec nos jeux de gosse, je pense que Thérèse et Célestin doivent s'amuser quand même aux pardons. Dimanche, j'ai pensé à celui de Guimiliau. Je pense bien le voir l'année prochaine. Je termine en vous embrassant bien fort avec l'espoir de vous voir un jour prochain.

Albert qui pense à vous.

 

***

Fais à la Prison de Rennes le 28 juillet 1943

Chers Parents,

Je pars avec les copains pour une destination inconnue. Je vous embrasse bien fort.

 

***

Fais à la Prison de Fresnes le 17 Août 1943

Bien chers Parents

Quelques mots pour vous dire que je suis en bonne santé et je pense que vous soyez de même ainsi que Yfic et ma belle-sœur et les parents. Vous pouvez m'envoyer un colis de 5 kilos toutes les quinzaines avec du tabac et un peu de savon. L'adresser à la Croix-Rouge Française – 16 boulevard Raspail pour Albert Rannou 3ème division prison de Fresnes, Seine-et-Oise. Le jugement est commencé depuis ce matin. Il y en a pour un moment. Je finis ma lettre en vous embrassant bien fort. Votre fils Albert qui pense à vous.

P.S. Vous pouvez m'envoyer des journaux aussi. Ecrivez-moi à la prison de Fresnes, section allemande. Seine-et-Oise.

 

***

Fais à la Prison de Fresnes le 23 Août 1943

Bien Chers Parents

Je crois pouvoir vous écrire tous les mois ici. Pour le moment tout va bien et j'espère qu'il en est de même avec vous. Ne vous inquiétez pas pour ma santé car sur quatre que nous sommes dans la cellule il y a un docteur. J'ai eu la visite de tante Célestine jeudi qui m'a causé une grande joie. Elle m'a donné un paquet de tabac, des gâteaux et du raisin. J'ai reçu votre colis le lendemain, on peut en recevoir un par quinzaine. Tachez de m'avoir du tabac si cela est toujours possible. On est pas trop mal nourri donc ne vous privez pas de trop pour moi. J'aurai besoin d'une chemise, une serviette et quelques mouchoirs. Je termine en vous embrassant. Le bonjour à tous.

Votre fils Albert qui ne vous oublie pas.

 

 

 

Albert Rannou: Lettres de prison d'un résistant communiste brestois né à Guimiliau fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien

Fais à la Prison de Fresnes le Mardi 31 août 1943

Biens chers Oncle et tante

Je suis en bonne santé et j'espère que ma lettre vous trouvera de même. J'ai été condamné à mort samedi matin et j'attends le dénouement de l'affaire avec calme. Mon avocat espère que je serai gracié, ce que je crois aussi tout en restant dans le doute. Je saurai le résultat définitif dans une quinzaine. Je pense avoir la visite de Maman cette semaine si au moins elle veut venir à Paris. Je suis dans la même cellule que Jo Ropars à présent ainsi que d'autres Brestois. Donc Tante Célestine , tu voudras bien mettre Papa et Maman au courant de ce qui est et que dans ce moment pénible je pense beaucoup à eux ainsi qu'à mon cher frère et belle-sœur et aussi à grand-mère et toute la famille. En attendant de te revoir je t'embrasse ainsi que tonton Henri et mon jeune cousin espérant que vous aurez bientôt de ses nouvelles.

Votre neveu.

Albert Rannou

 

***

Fais à la Prison de Fresnes le 17 septembre 1943

Cher Papa et chère Maman

Il est 11 heures moins le quart, on vient de nous prévenir qu'on va être fusillés à 16 heures. Je vais donc donner ma vie à la France, pour ma patrie que j'ai toujours aimée et pour laquelle j'ai combattu. Je meurs content car mon sacrifice (j'en ai la certitude) n'aura pas été vain. J'ai lutté durant ma courte existence pour le bonheur des travailleurs et pour que la paix règne en ce monde.

(censuré)

Mes chers parents, vous savez que je vous ai toujours aimés et que vous me le rendez bien ainsi qu'Yfic. Ça me fait une peine immense de vous quitter à jamais. Je ne sais comment vous exprimer toute ma gratitude pour ce que vous avez fait pour moi. Vous m'avez choyé depuis mon enfance jusqu'à ma dernière heure. Si quelquefois je vous ai fait de la peine, vous m'avez pardonné. Je n'oublie pas non plus ma belle-sœur. Grand-mère et toute la famille auxquels vous voudrez bien envoyer mes amitiés dernières. Je pense à vous tous en ce moment qui est plus pénible pour vous que pour moi. Je viens de voir l’aumônier, j'ai refusé la communion. Donc aucun service religieux à mon intention. Mes amitiés aussi à tous les voisins et camarades, qu'ils sachent que j'ai fait mon devoir de Français et de communiste.

Papa, Maman, ma dernière pensée sera pour vous et pour mon frère. Je vous embrasse tous dans un même élan.

Soyez courageux.

Adieu tous.

Votre fils Albert.

Vive la France, Vive le parti communiste

Paix- Liberté- Justice

 

***

A remettre à Madame Berard. Fresnes le 17 Septembre 1943

Chers oncle et tante

Je pars… d'où l'on ne revient pas. Dans 4 heures, je vous aurai tous quittés. Embrassez tous mes parents pour moi, et votre fils Henri quand vous aurez le bonheur de le trouver.

Recevez les derniers baisers de votre neveu

Albert Rannou

      

Dernières lettres d'Albert Rannou  - 17 septembre 1943

Dernières lettres d'Albert Rannou - 17 septembre 1943

Albert Rannou: Lettres de prison d'un résistant communiste brestois né à Guimiliau fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien
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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 19:28
Dernière lettre de Paul Monot, résistant brestois fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943 avec Albert Rannou et 17 autres résistants brestois dont André Berger et Henri Moreau

Lettre copiée après qu'elle ait été transmise par Jacques Guivarch et Annie sa femme, de Pleyber-Christ. Lettre accompagnant celles beaucoup plus nombreuses, d'Albert Rannou, tué avec Paul Monot.

 

Paul Monot était  né le 1er juin 1921 à Brest,  il a été fusillé à 22 ans, il était ouvrier à l'arsenal de Brest, membre du Parti communiste français (PCF) et des Francs-tireurs et partisans français (FTPF) dans la région de Brest

 

(Sur le coin de la page à grand carreau du cahier d'écolier ou est écrit cette dernière lettre de Paul Monot, le marteau et la faucille).  

 

Fresnes, le 17 septembre 1943

Chers Grand-mère, oncle, tante et cousine !

Je vous envoie un mot pour vous donner une bien triste nouvelle : il est près de 11h et on vient de me prévenir que mon recours en grâce a été rejeté et que je serai fusillé cette après-midi à 16h. Mais je saurai mourir en vrai Français.

Je demande pardon à Grand-mère et à vous tous car je n'ai pas toujours été chic et je ne savais pas ce que je faisais. Mais depuis le temps que je suis ramassé j'ai eu le temps de réfléchir à tout cela et de me mordre les doigts bien des fois.

N'oubliez pas surtout les policiers français et il faut qu'ils payent ce qu'ils ont fait, car je les déteste bien plus que l'occupant et ceux-là oui sont les vrais traîtres à la patrie.

Pour moi, je suis (difficile à lire), je pars et c'est la loi, je trouve cela régulier. Il y en a qui meurent dans leur lit, d'autres au champ d'honneur, moi je meurs au poteau. Qu'est-ce que vous voulez, c'est la destinée, je ne suis pas jaloux de ceux qui restent et comme il y a déjà des monceaux de cadavres avant moi, j'espère que je serai dans les derniers à payer de la vie la joie de voir enfin la victoire qui approche à grand pas.

L'unité communiste réalisée pour un monde sans guerre. Car n'oubliez jamais que vous n'aurez cela qu'avec un régime où tous les prolétaires seront unis.

Dernière lettre de Paul Monot, résistant brestois fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943 avec Albert Rannou et 17 autres résistants brestois dont André Berger et Henri Moreau
Dernière lettre à sa famille de Paul Monot- résistant communiste brestois de l'Arsenal condamné à mort et exécuté au Mont Valérien le 17 septembre 1943

Dernière lettre à sa famille de Paul Monot- résistant communiste brestois de l'Arsenal condamné à mort et exécuté au Mont Valérien le 17 septembre 1943

Suite de la dernière lettre de Paul Monot

Suite de la dernière lettre de Paul Monot

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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 19:28
Dernière lettre à sa femme de Jules Lesven, dirigeant de la résistance communiste brestoise, ouvrier et syndicaliste à l'Arsenal, fusillé le 1er juin 1943,

 

Avertissement: Une photocopie de mauvaise qualité de cette lettre manuscrite se trouvait dans la liasse confiée par Jacques Guivarch de Pleyber-Christ à Alain David et Ismaël Dupont, appartenant d'abord à son père, Jean Guivarch, patron d'une marbrerie funéraire à St Martin des Champs, militant communiste de la section de Morlaix, ancien résistant.

***

Lettre de Jules Lesven, fusillé à Champagné (dans la Sarthe) le 1er juin 1943

Ma chère Monique bien aimée,

Dans quelques heures, je vais être fusillé. Ma dernière pensée va vers toi ma chère Monique car demain toutes ces responsabilités vont peser sur tes épaules, la lourde charge d'assurer le pain pour nos trois petits chéris. Le moment est (illisible) mais je sais que tu es courageuse et que tu ne manqueras pas d'assumer la tâche qui t'incombe en ces heures tragiques et qui vont me séparer de tous ceux qui me sont les plus chers. Du fond de ma noire cellule où j'écris ces derniers mots, je pense à tous ceux que je ne reverrai plus et que j'aimerais saluer, embrasser de tout mon cœur une dernière fois. Je meurs en patriote pour que vive la France, pour avoir la tête haute, pour la libération de mon pays.

Je vais devant le peloton d'exécution la tête froide conscient d'avoir rempli mon devoir de Français.

Je suis resté fidèle à mon passé et à la classe ouvrière et à notre grand parti Communiste auquel j'appartiens qui mène une lutte vigoureuse pour unir toutes les forces vives du pays pour sa libération.

J'adresse aussi à mes camarades de travail mon dernier salut ainsi qu'à tous mes Amis. Je termine cette dernière lettre en te disant Adieu ma chère Monique, Adieu mon cher fils Gilbert, Adieu ma chère fille Mathilde, Adieu mon petit Pierrot.

 

VIVE LA FRANCE

 

***

 

Qui était Jules LESVEN?
 
(un très bon article biographique sur le site du lycée technologique et professionnel brestois, réalisé avec le concours de l'ANACR)
 
Jules LESVEN est né le 25 avril 1904 à Saint-Thégonnec. Orphelin à 4 ans, il est élevé par une tante. En 1929, il épouse Monique Kerrien, née à Plouescat en 1908, couturière. Le couple aura 4 enfants, dont 3 d'entre eux, toujours vivants, résident à Brest ou dans les alentours.
 
Forgeron, Jules Lesven a travaillé à Plouescat, Landivisiau, Plounévez-Lochrist chez un réparateur de machines agricoles. Dès 1929, il est forgeron à l'arsenal de Brest.
Militant syndical - membre du Conseil d'Administration de la CGT (Confédération Générale du Travail) à l'arsenal - et militant politique - il adhère au Parti Communiste en 1935 - il doit faire face à une situation délicate en 1939 lorque le gouvernement Daladier interdit le Parti Communiste. Il participe à sa restructuration clandestine à l'arsenal.
Au sein de son syndicat, il s'oppose aux dirigeants réformistes de la CGT qui sont devenus majoritaires et qui lui demandent de renier son Parti et de condamner la politique de l'Union Soviétique.
Il est alors déchu de son mandat syndical mais s'oppose à cette mesure de déchéance qu'il juge arbitraire, tout comme les ouvriers de l'arsenal.
En novembre 1939, il est coopté au "triangle" de direction de l'organisation communiste clandestine brestoise. Ce triangle est composé de Jeanne Goasguen-Cariou, Eugène Kerbaul et Jules Lesven.
Ce triangle est une unité d'organisation du Parti communiste ; ce mode d'organisation sera ensuite utilisé au sein de la Résistance pour protéger ses membres. Chaque adhérent se situe à une des extrémités d'un triangle et ne connait que les deux autres camarades des deux autres sommets du triangle, ce qui permet d'assurer une certaine sécurité du réseau.
 
En 1940, lors du départ des Anglais, Jules Lesven, avec quelques camarades, récupèrent des armes et des munitions. Le groupe organise des sabotages, dès janvier 1941, sur les chantiers et à l'arsenal. Fin juin 1941, un triangle militaire est mis en place et comprendre Jules LESVEN, Pierre CORRE et Lucien KEROUANTON. Le Triangle militaire a pour but de coordonner l'action des groupes O.S. (Organisation Spéciale de Protection des membres du P.C. distributeurs de tracts et écrivains ruraux et des militants et de leurs familles) de la région brestoise.
Fin 1941, les réserves d'eau distillée destinées à alimenter les batteries des sous-marins allemands sont sabotées à l'arsenal de Brest.
 
Le 27 mars 1942, des sous-stations électriques de l'arsenal sont sabotées.
Fin avril - mai 1942, les groupes O.S. disparaissent : ils sont versés dans les formations de combat mises en place par "Le Front National de lutte pour la libération et l'Indépendance de la France" : ce sont les F.T.P.F (Francs-Tireurs et Partisans Français) pour lesquels compte avant tout l'action directe (propagande, lutte armée, sabotages).
Jules LESVEN devient responsable départemental des "F.T.P." puis interrégional de Bretagne.
 
"Grillés", recherchés par la police française et par les Allemands, les responsables brestois quittent la région de Brest.
Mais les actions continuent : sabotage à la gare de tirage du Mans (09.01.1943) et de la voie ferrée Le Mans - Rennes (26.01.1943), attentats à la bombe à l'arsenal de Brest.

Jules LESVEN, recherché, a quitté l'arsenal de Brest.
Devenu responsable politique de la SARTHE, il est arreté par des policiers français le 7 mars 1943 (jour du 1er anniversaire de son fils Pierre) au domicile d'un chef de train.
Livré au Allemands, torturé, jugé et condamné à mort, il sera fusillé au camp d'AUVOUR (à 15 km du Mans - Commune de CHAMPAGNE), le 1er juin 1943.
Dernière lettre à sa femme de Jules Lesven, résistant communiste brestois fusillé le 1er juin 1943

Dernière lettre à sa femme de Jules Lesven, résistant communiste brestois fusillé le 1er juin 1943

Dernière lettre à sa femme de Jules Lesven, résistant communiste brestois fusillé le 1er juin 1943 (deuxième page)

Dernière lettre à sa femme de Jules Lesven, résistant communiste brestois fusillé le 1er juin 1943 (deuxième page)

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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 17:18
Fidel Castro et la répression contre les intellectuels

Ignacio Ramonet a été directeur du Monde diplomatique. Il est actuellement directeur de son édition espagnole. 
Il a été parmi les premiers à définir le concept de Pensée unique et il a été à l’origine de la création d’ATTAC dont il est Président d’honneur.

Il a fait partie des promoteurs du Forum social mondial de Porto Alegre qui lui doit le slogan :"Un autre monde est possible".

Journaliste, géopolitologue, sociologue, écrivain, il a reçu de nombreuses distinctions internationales.

mmédiatement, je fus attaqué. Et la répression a commencé. Par exemple, le journal "El Pais" (Madrid), qui m’ouvrait régulièrement ses pages d’opinion, m’a sanctionné. Il cessa de me publier. Sans donner la moindre explication. Et non seulement cela, mais dans la meilleure tradition stalinienne, mon nom a disparu de ses pages. Supprimé. Plus aucun compte-rendu de mes livres, plus aucune mention de mon activité intellectuelle. Rien. Supprimé. Censuré. Un historien du futur qui chercherait mon nom dans les colonnes du journal "El País" déduirait que je suis mort il y a une décennie...

La même chose dans "La Voz de Galicia", journal dans lequel j’ai aussi écrit pendant des années, une chronique hebdomadaire intitulée "Res Publica". En raison de la publication de mon livre sur Fidel Castro, et aussi sans la moindre excuse, j’ai été puni. Ils ont cessé de publier mes chroniques. Du jour au lendemain : la censure totale. Comme dans "El País" mise à l’écart absolue. Traitement de pestiféré. Jamais plus, ensuite, la moindre allusion à une de mes activités.

Comme dans toute dictature idéologique, la meilleure façon d’exécuter un intellectuel est de le faire "disparaître" de l’espace médiatique pour le "tuer" symboliquement. Hitler l’a fait. Staline l’a fait. Franco l’a fait. Le quotidien "El País" et "La Voz de Galicia" me l’ont fait.

En France, ce fut pareil. Quand les éditeurs Galilée et Fayard ont publié mon livre "Fidel Castro. Biographie à deux voix" en 2007, la répression s’est immédiatement abattue sur moi.

Sur la radio publique "France Culture", j’animais un programme hebdomadaire le samedi matin, consacré à la politique internationale. Dès la publication de mon livre sur Fidel Castro, les médias dominants commencèrent à m’attaquer violemment, le directeur de la station m’a appelé dans son bureau et sans détours, m’a déclaré : "Il est impossible que vous, ami d’un tyran, puissiez vous exprimer sur nos ondes." J’ai essayé d’argumenter. Rien à faire. Les portes des studios se sont fermées à jamais pour moi. Ils m’ont aussi bâillonné. Le silence était imposé à une voix discordante dans l’unanimisme anti-cubain.

A l’Université Paris-VII, cela faisait 35 ans que j’enseignais la théorie de la communication audiovisuelle. Quand a commencé la diffusion de mon livre et la campagne médiatique contre moi à se propager, un collègue m’a prévenu : "Attention ! Certains fonctionnaires disent qu’on ne peut pas tolérer que "l’ami d’un dictateur" donne des cours dans notre faculté..." Bientôt commencèrent à circuler dans les couloirs des dépliants anonymes contre Fidel Castro qui exigeaient mon expulsion de l’université. Peu après, j’étais officiellement informé que mon contrat ne serait pas renouvelé... Au nom de la liberté d’expression, on m’a refusé le droit à l’expression.

Je dirigeais à l’époque, à Paris, le mensuel "Le Monde Diplomatique", appartenant au même groupe d’édition que le célèbre journal "Le Monde". Et, pour des raisons historiques, je faisais partie de la "Société des rédacteurs" de ce journal, mais n’écrivais plus dans ses colonnes. Cette société était alors très importante dans l’organigramme de l’entreprise par sa condition d’actionnaire principal, parce qu’en son sein on élisait le directeur du journal et parce qu’elle veillait au respect de l’éthique professionnelle.

En vertu de cette responsabilité précisément, quelques jours après la sortie de ma biographie de Fidel Castro en librairies, et après que plusieurs médias importants (notamment le quotidien "Libération") ont commencé à m’attaquer, le président de la Société des rédacteurs m’appela pour me transmettre "l’extrême émotion" qui, selon lui, régnait au sein de la Société des rédacteurs depuis la publication du livre. "L’avez-vous lu ?" demandai-je. "Non", répondit-il, "mais peu importe c’est une question d’éthique, de déontologie. Un journal du groupe "Le Monde" ne peut pas interroger un dictateur." Je cite de mémoire une liste d’une douzaine d’authentiques autocrates d’Afrique et d’autres continents dont le journal avait obligeamment donné la parole pendant des décennies. "Pas la même chose" dit-il, "précisément je t’appelle pour ça : les membres de la Société des rédacteurs veulent que tu viennes leur donner une explication." "Vous voulez me faire un procès ? Un « procès de Moscou » ? Une « purge » pour déviationnisme idéologique ? Il va falloir assumer votre rôle d’inquisiteurs et de police politique, et m’emmener de force devant votre tribunal." Ils n’ont pas osé.

Je ne peux pas me plaindre ; je n’ai pas été emprisonné ni torturé ni exécuté comme cela est arrivé à beaucoup de journalistes et d’intellectuels sous le nazisme, le stalinisme ou le franquisme. Mais j’ai subi des représailles, symboliquement. Comme dans ’El País’ ou ’La Voz’, j’ai "disparu" des colonnes du journal "Le Monde". Lorsque j’étais cité, c’était seulement pour me lyncher.

Mon cas n’est pas unique. Je connais en France, en Espagne, dans d’autres pays européens, de nombreux intellectuels et journalistes condamnés au silence, à "l’invisibilité" et à la marginalité parce qu’ils ne pensent pas comme le chœur féroce des médias dominants, parce qu’ils rejettent "le dogme anti-castriste obligatoire". Pendant des décennies, Noam Chomsky lui-même, aux États-Unis, pays de la "chasse aux sorcières", a été condamné à l’ostracisme par les grands médias qui lui ont interdit l’accès aux colonnes des journaux les plus influents et aux antennes des principales stations de radio et de télévision.

Cela n’a pas eu lieu il y a cinquante ans dans une dictature poussiéreuse lointaine. Non, ça se passe maintenant dans nos "démocraties médiatiques". Je continue à en souffrir à l’heure actuelle. Pour avoir simplement fait mon travail de journaliste, et donné la parole à Fidel Castro. En justice, ne donne-t-on pas la parole à l’accusé ? Pourquoi ne pas accepter la version du dirigeant cubain que les grands médias dominants jugent et accusent en permanence ?

La tolérance n’est-elle pas le fondement même de la démocratie ? Voltaire définissait la tolérance de la manière suivante : "Je ne suis pas du tout d’accord avec ce que vous dites, mais je lutterai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire." La dictature médiatique, à l’ère de la post-vérité (*), ignore ce principe fondamental.

Ignacio RAMONET
Directeur de "Le Monde diplomatique en español"
www.monde-diplomatique.es

(Traduction Michel TAUPIN).

Notes du traducteur :

(*) "post-vérité" : « qui fait référence à des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles » (dictionnaire Oxford)

La vérité a toujours été falsifiée ou contestée, ce qui est nouveau c’est qu’elle est devenue secondaire, c’est l’ère de la post-vérité.

Il raconte ici comment la censure et la répression se sont abattues sur lui, en Espagne et en France, dès qu’il a publié son livre "Fidel Castro. Biographie à deux voix" ou "Cent heures avec Fidel"- (Edition Debate, Barcelone), fruit de cinq années de documentation et de travail, et des centaines d’heures de conversations avec le leader de la révolution cubaine.

Son récit est édifiant (glaçant) alors que la quasi-totalité des médias viennent de nous expliquer, à l’occasion de la mort de Fidel Castro, ce que devrait être le droit des intellectuels à faire connaître leur travail.

Le Grand Soir


La mort de Fidel Castro a donné lieu - dans certains grands médias occidentaux - à la diffusion de quantités d’infamies contre le commandant cubain. Cela m’a blessé. Chacun sait que je le connaissais bien. Et j’ai donc décidé d’apporter mon témoignage personnel. Un intellectuel cohérent doit dénoncer les injustices. En commençant par celles de son propre pays.

Lorsque l’uniformité médiatique écrase toute diversité, censurer toute expression divergente et sanctionner les auteurs dissidents, est naturel, en effet, on peut parler de "répression". Comment qualifier autrement un système qui étouffe la liberté d’expression et réprime les voix différentes ? Un système qui n’accepte pas la contradiction en arguant qu’il l’admet. Un système qui établit une "vérité officielle" et ne tolère pas la transgression. Un tel système a un nom, ça s’appelle "tyrannie" ou "dictature". Pas de discussion. Comme beaucoup d’autres, j’ai vécu dans ma chair les fléaux de ce système... en Espagne et en France. C’est ce que je vais vous raconter.

La répression contre moi a commencé en 2006, lorsque j’ai publié en Espagne mon livre "Fidel Castro. Biographie à deux voix" ou "Cent heures avec Fidel"- (Edition Debate, Barcelone), fruit de cinq années de documentation et de travail, et des centaines d’heures de conversations avec le leader de la révolution cubaine.

Fidel Castro et la répression contre les intellectuelles: une opinion répandue qui masque d'autres répressions intellectuelles. Ignacio Ramonet témoigne de l'ostracisme dont il a été victime après son livre sur Castro
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