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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 08:08
" Fidel Castro, l'intransigeant père de la révolution cubaine, meurt à 90 ans" : Marcel Niedergang revenait sur la carrière du lider maximo il y a quelques années dans un article intéressant mais sans sympathie politique publié aujourd'hui par le journal Le Monde
Fidel Castro, l’intransigeant père de la révolution cubaine, meurt à 90 ans

Fidel Castro, l’intransigeant père de la révolution cubaine, meurt à 90 ans
http://www.lemonde.fr/international/article/2016/11/26/fidel-castro-cinquante-ans-d-intransigeance_5038436_3210.html

Le Lider Maximo est mort, vendredi soir, à La Havane. Figure de la gauche mondiale, « Fidel » a été toute sa vie politique un dirigeant habité par l’anti-impérialisme.

 

Entré au « Monde » en 1952, Marcel Niedergang (1922-2001) a été grand reporter en Amérique latine. Ce texte, écrit peu avant sa mort et mis à jour, raconte un Fidel Castro déterminé, habité par l’anti-impérialisme. Le père de la révolution cubaine est décédé vendredi 25 novembre, à La Havane.

 

A Cuba, Fidel Castro a été, pendant presque cinq décennies de pouvoir absolu – le plus long règne de l’histoire contemporaine –, la « parole qui oriente ». Comment juger sereinement un oracle qui s’ingénia tant à brouiller les pistes ? Il a toujours été attentif à protéger ses vraies motivations, personnelles et politiques, tout en étalant complaisamment en public, devant ses intimes ou les hôtes étrangers, ses passions, ses curiosités innombrables, voire ses petites manies : la lecture, le sport, les recettes de cuisine ou les méthodes d’élevage, il était l’éclectisme poussé au paroxysme. Il avait un avis définitif sur presque tout et aimait tenter de l’imposer aux autres. 

Etre le premier, le meilleur, le plus ferme. « Fidel a toujours raison », disait Celia Sanchez, la compagne très affectionnée dans le maquis de la sierra Maestra, gouvernante efficace, puis secrétaire du gouvernement qui, plus qu’aucun autre de l’entourage du monarque Fidel, a tenté d’ordonner l’emploi du temps débridé du Lider Maximo. « Chef suprême » : ce titre résumait la totalité des pouvoirs politiques et militaires qu’ il a exercés sans partage et si longtemps.

On sait tout de ce qui importait le moins. De ses performances à la pêche sous-marine, sport préféré qu’il pratiquait à Cayo Piedra, un îlot préservé dans la baie de Guantanamo, où il recevait parfois ses hôtes de marque. Du record de coupe de la canne à sucre établi en un seul jour par Fidel, à la fin des années 1960, lorsqu’il s’agissait d’inciter les macheteros à se surpasser : anecdotes largement reproduites par la presse cubaine à la dévotion du numéro un, depuis son arrivée à La Havane, en janvier 1959, jusqu’à la fin.

 

Médias « aux ordres »

De façon peu convaincante, Fidel n’a cessé de critiquer ces médias « aux ordres », de réclamer formellement une presse plus audacieuse… En vain, bien sûr. A moins que ce décalage étonnant entre les injonctions du commandant en chef et des médias immuablement monocordes n’ait illustré ce goût profond pour l’ambiguïté de Fidel.

Castro était un disciple et admirateur de José Marti, héros des guerres d’indépendance, qui recommandait de dissimuler le plus longtemps possible le coup que l’on voulait porter. Un « conspirateur dans l’âme », selon Tad Szulc, journaliste du New York Times, reçu plusieurs mois à Cuba et autorisé exceptionnellement à consulter les archives du gouvernement pour rédiger une biographie du Lider Maximo. « Un maître dans l’art de se dissimuler aux yeux des autres », ajoutait-il. Entre Machiavel et Marx.

 

En politique, comme dans l’action, dans la lutte armée à Cuba comme à l’extérieur – en Angola, en Ethiopie, en Amérique latine –, Fidel s’est efforcé de dissimuler ses intentions et ses objectifs. Il est souvent parvenu à transformer un échec militaire en victoire politique. Quel meilleur exemple, dès le début, que l’assaut manqué lamentablement contre la caserne Moncada, le 26juillet 1953 ? Ou que le débarquement raté du Granma – « un naufrage », disait Ernesto Che Guevara – sur la côte orientale de Cuba, en décembre1956 ?

Castro s’est avancé masqué pendant la guérilla et dès son entrée en héros à La Havane, triomphant de la dictature de Fulgencio Batista. « La révolution cubaine est une démocratie humaniste », disait-il lors de son voyage de vainqueur aux Etats- Unis, en avril 1959. Il a attendu deux ans pour se proclamer marxiste-léniniste et plus encore pour créer, du jour au lendemain, un « nouveau » Parti communiste cubain, dont le comité central de cent membres – tous anciens compagnons de guérilla dans la sierra Maestra, le massif montagneux du sud de l’île – a été composé par ses soins.

Puis, il a lâché des semi-confidences, des allusions qui embrouillaient plus qu’elles n’explicitaient. « J’étais presque communiste » avant de prendre le pouvoir, a-t-il ensuite assuré. Szulc a affirmé que Castro avait, dès son arrivée au pouvoir, mis en place un gouvernement « parallèle » secret, qu’il avait signé un pacte, également secret, avec les vieux communistes du Parti socialiste populaire et rencontré, dès l’automne 1959, un émissaire soviétique. Le même auteur, pourtant, a conclu que Castro avait « mis le grappin » sur les communistes cubains, et non l’inverse.

 

Rares tentatives de rébellion écrasées

Castro les a rapidement noyés dans le flot des fidélistes, a écrasé les rares tentatives de rébellion des communistes orthodoxes prosoviétiques. Il a combattu durement les partis communistes d’Amérique latine rétifs à ses instructions ; il a contrôlé et dirigé les autres, jouant des rivalités, accueillant à Cuba des bataillons de militants latino-américains pour les entraîner à la guérilla et les endoctriner.

Pendant un quart de siècle, un débat a opposé les partisans de la thèse d’un Castro poussé dans les bras de l’Union soviétique par les erreurs et l’agressivité des Etats-Unis et les avocats d’un Castro décidé, dès le début, à instaurer un régime socialiste à Cuba. Aucune réponse définitive n’a été apportée à cette question fondamentale. Par nécessité ou stratégie, Castro a en tout cas troqué une dépendance aux Etats-Unis pour une autre sujétion, sourcilleuse mais encore plus rigoureuse, à l’URSS.

 

Avec Moscou, Castro a noué une alliance indispensable à la survie de sa révolution. Alliance inégale, bien qu’il ait sans cesse réaffirmé sa « souveraineté ». Il a reçu des Soviétiques, dès 1960, une aide économique et militaire très importante, progressivement jugée trop lourde par Moscou. Elle a fini par être réduite à la fin des années 1980, lorsque l’URSS de Mikhaïl Gorbatchev dut, elle-même, affronter une crise économique dévastatrice. Cette aide a néanmoins permis à Cuba de devenir une puissance militaire, d’obtenir des résultats positifs dans les domaines de la santé et de l’éducation et de maintenir un temps à flot une économie nationale en crise permanente.

Autre certitude : après 1968 et son discours justifiant l’intervention militaire du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie, La Havane a épousé toutes les orientations de la politique étrangère soviétique. Et pourtant la personnalité de Fidel était d’une telle complexité que certains n’ont jamais exclu l’hypothèse d’un nouveau changement de cap, si ce revirement pouvait « tourner à l’avantage de Cuba, de la révolution ou à son propre avantage ». Et ce, bien qu’il ait – avec une obstination tournant, sur la fin, à la répétition stérile – dénoncé l’« impérialisme américain » et l’embargo décrété par Washington en 1960 comme la seule cause de toutes les faiblesses du régime.


 

Coléreux, brouillon, désordonné

Une volonté de fer, une exceptionnelle capacité de travail, une mémoire prodigieuse, un talent oratoire de premier ordre, sans oublier l’intelligence et le courage physique : on a répété à satiété ses qualités. L’homme était aussi très coléreux, brouillon, désordonné, roublard et retors. Mais presque tous ceux qui l’ont approché ont été séduits par ce colosse barbu, dont le fils, Fidelito, occupa des fonctions importantes à la Commission nationale de l’énergie atomique, et qui a eu par ailleurs plusieurs enfants naturels.

Comment dissocier Castro de la révolution cubaine ? Un modèle plutôt décevant. Les tentatives d’industrialisation ont tourné court ; le « Tout pour le sucre » de la récolte de 1970 a désarticulé l’appareil de production. L’austérité, toujours plus d’austérité. Année après année, la libreta (« carnet de rationnement ») à perpétuité, le marché noir, l’absence de libertés, la surveillance tatillonne des comités de défense de la révolution (CDR), des milliers de détenus politiques, des morts en prison.

Le ras-le-bol d’une population privée de liberté s’est spectaculairement exprimé en avril 1980 : 125 000Cubains choisissent alors l’exode, soudain autorisé, vers les Etats-Unis. C’est l’atteinte la plus grave portée au prestige de Fidel depuis 1959. Autre coup dur, l’intervention américaine à la Grenade, en 1983, la reddition et la capture de centaines de travailleurs cubains : des « volontaires » pour la construction d’un aéroport, mais armés.

 

Adulé ou haï

Le prestige du castrisme a pu s’effondrer, sauf dans les milieux de la gauche latino-américaine, incapables, pour la plupart, d’analyser les causes et les conséquences de l’effondrement des régimes communistes en Europe de l’Est. La cote de Fidel est longtemps demeurée inchangée. Il a été adulé ou haï. Pendant un demi-siècle, il est resté une personnalité de poids sur la scène internationale, en dépit d’une situation interne qu’il qualifiait lui-même, dès 1986, d’« anarchique » et d’une politique étrangère interventionniste.

La taille alourdie, malgré un régime rigoureux, suivi après la suppression radicale de ses fameux cigares en 1985, la barbe blanchie, il a trouvé un interlocuteur privilégié en Hugo Chavez, président du Venezuela depuis 1999. Castro a donné à Cuba une importance hors de proportion avec sa taille et sa population. Il s’est inséré avec un aplomb phénoménal dans les querelles entre superpuissances, jouant de leurs rivalités. Il a connu ou affronté onze présidents américains, fréquenté presque autant de premiers secrétaires du Parti communiste de l’URSS. Mais il était plus à l’aise dans la tempête que dans la détente, plus fort pendant la guerre froide qu’à l’heure de la perestroïka.

Doyen des chefs d’Etat d’Amérique latine, il s’était fait, comme d’autres dirigeants de moindre envergure, le chantre de l’unification du sous-continent. « L’unité, l’unité, disait Bolivar, ou l’anarchie vous dévorera. » Un cri repris par Castro, qui développa sa réflexion sur le thème de la dette extérieure du tiers-monde. Le Cubain devint, pour un temps, « une conscience planétaire », note Jean-Pierre Clerc dans son Fidel de Cuba (Ramsay, 1988). Vers la fin, il ne réclamait plus la mort violente du pécheur capitaliste. Fidel faisait même profession, parfois, de vouloir sauver le capitalisme d’une « explosion sociale révolutionnaire », tout en réaffirmant qu’« un jour tous les pays du monde seront socialistes ».

« L’Histoire m’absoudra », affirmait Castro après l’affaire de la Moncada. L’Histoire jugera l’homme Fidel et sa révolution entachée de terribles violations des droits de l’homme, éclaboussée par les révélations sur les trafics en tout genre – à commencer par la drogue – décidés par Fidel lui-même pour regarnir les caisses vides de son régime. L’un des miracles de cette existence jamais en repos est qu’il ait si souvent échappé à la mort. Peu de dirigeants sur la planète ont pris autant de risques, se sont engagés sans réserve dans des aventures militaires scabreuses, ont été la cible de commandos au service d’opposants ou de la puissante CIA.

 

La baraka

La baraka. La chance l’a toujours accompagné, comme elle a accompagné un autre Galicien, le dictateur espagnol Francisco Franco, qui a toujours considéré avec une sympathie agissante ce fils d’émigrés gallegos, malgré l’éloignement de leurs idéologies. Fidel, né le 13 août 1926 à Biran, dans l’est de Cuba, a toujours revendiqué avec hauteur son ascendance espagnole. Au point de prétendre avoir le droit de vote aux premières élections démocratiques de juillet1977 en Espagne.

La désastreuse opération commando contre la Moncada ? « C’était une folie, une erreur tactique que je ne commettrais pas aujourd’hui », nous a déclaré Castro, bien plus tard. La chance, déjà. En fuite, Fidel est épargné par un lieutenant de l’armée qui pourchasse les insurgés survivants, un colosse noir nommé Sarria, qui a confié à Robert Merle : « On ne tue pas les idées. » Une chance insolente qui ne l’abandonna jamais, alors qu’il fut la cible de plusieurs dizaines de tentatives d’assassinat organisées par les services secrets américains. Aucun dirigeant, il est vrai, n’a été pendant si longtemps plus clandestin que Fidel. Pas de domicile fixe ou presque pendant plus de cinquante ans : autre record.

Amnistié, exilé au Mexique en 1955, il trouve des subsides aux Etats-Unis, rencontre Ernesto Che Guevara et se lie d’amitié avec lui. Après son débarquement près de la sierra Maestra, en 1957, on le croit mort ; il prépare son entrée en apothéose à La Havane, salué par l’opinion américaine. Le charme est rompu quelques jours plus tard par les exécutions de policiers de Batista, jugés en direct à la télévision. La période héroïque s’achève. Débute celle des crises, intérieures et extérieures.

Dès 1960, Washington commence à manifester son hostilité. John F. Kennedy donne son feu vert en avril 1961 à un débarquement d’anticastristes dans la baie des Cochons. L’opération tourne au désastre complet. Castro se proclame marxiste-léniniste. La dramatique « crise des fusées » de l’automne 1962 est une suite logique de cette mésaventure américaine. Elle a mis le monde au bord de la guerre nucléaire. On sait avec certitude aujourd’hui, d’après les Mémoires de Nikita Khrouchtchev, que Castro n’avait pas hésité à envisagerfroidement la troisième guerre mondiale, si c’était le prix à payer pour tenir tête aux Etats-Unis. Cet aveuglement avait stupéfié et irrité le dirigeant soviétique lui-même. « Nous avons le droit de penser par nous-mêmes » : cette formule des débuts, Castro la reprendra en 1988, pour justifier son refus de s’aligner sur la perestroïka lancée en URSS par Gorbatchev.

« Le parti est immortel »

Et après lui ? « Il n’y a pas lieu de s’inquiéter, a-t-il affirmé en 1985. Après Fidel, il y aura des quantités de gens qui vaudront davantage que Fidel. Les hommes meurent. Le parti est immortel. » Pourtant, la débâcle des régimes communistes a frappé Cuba de plein fouet. La question insistante qui se posait dans toutes les chancelleries, à partir de 1986, était : combien de temps Castro pourra-t-il tenir, seul contre tous sur la scène extérieure et entouré d’adulateurs à l’intérieur ?

Certes, il n’a jamais eu de statues sur les places de l’île. Mais le Castro vieillissant a exercé un pouvoir absolu, un contrôle de tous les rouages. La mégalomanie était inévitable. « Je suis la révolution », disait Fidel en 1991. Et de continuer à proclamer ce slogan nihiliste : « Le socialisme ou la mort ! » A quoi les opposants irrévérencieux ajoutaient sur les murs de La Havane : « Quelle différence ? » Fidel a assumé avec donquichottisme ce rôle déplaisant du cancre obstiné de la perestroïka. Il s’est conduit comme le pire des dirigeants staliniens dans l’affaire Ochoa, ce général couvert de lauriers en Angola, accusé par le gouvernement de « trafic de drogue », condamné à mort et fusillé le 13 juillet 1989. La comédie sinistre des procès de Moscou, transplantée aux Caraïbes. 

En août 1991, Fidel crut, l’espace de deux jours, que le sort allait lui être de nouveau favorable. Le coup d’Etat manqué des « conservateurs » du Kremlin fit reculer quelque temps le spectre de la fin de l’aide soviétique à l’économie cubaine aux abois. Puis Castro resta seul, face à une administration américaine déterminée à le laisser, dans la meilleure des hypothèses, « pourrir dans son coin », selon l’expression qu’utilisa le président George Bush père.

Mais Castro n’a voulu renoncer à aucun de ses principes, même s’il a dû accepter d’ouvrir le pays au tourisme – y compris sexuel – dans une tentative désespérée de faire entrer des devises. Le protecteur soviétique une fois disparu, qui aurait imaginé que Fidel parviendrait encore à maintenir, pendant plus de vingt ans, un pouvoir absolu sur son île ?

 

 


 

 


 

 

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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 20:41
Turquie: les femmes: l'autre ennemi d'Erdogan (L'Humanité, Stéphane Aubouard, 22 novembre 2016)
Turquie. Les femmes : l’autre ennemi d’Erdogan
STÉPHANE AUBOUARD
MARDI, 22 NOVEMBRE, 2016
L'HUMANITÉ

Outre les intellectuels, les artistes, les médias et les opposants politiques, le président turc continue de mettre au pas la gent féminine. Un projet de loi permettant à un violeur d’épouser sa victime mineure a été proposé.

«La vie d’une femme est défaillante et imparfaite si elle n’a pas réussi à être mère. Une femme devrait avoir au minimum trois enfants ! » Ces quelques mots prononcés par Recep Tayyip Erdogan, le 5 juin 2016, lors de l’inauguration officielle du nouveau siège de l’association turque Femmes et démocratie, résument brièvement mais justement le programme que le Parti pour la justice et le développement (AKP) met en place depuis treize ans qu’il est au pouvoir. Une politique conservatrice et patriarcale visant tout à la fois à ghettoïser les femmes dans un rôle restreint d’épouse et de mère et, dans le même temps, à mener une politique nataliste que le président islamo-conservateur défendait récemment par une formule lapidaire : « Une famille forte pour une nation forte ! »

Une dérive au minimum misogyne, voire gynophobe

Mais voici que la pression exercée sur le corps de la femme s’accentue un peu plus ces derniers jours. Le gouvernement turc a soumis au Parlement une proposition de loi qui permet, dans certains cas, d’annuler la condamnation d’une personne pour agression sexuelle sur mineure si l’agresseur épouse sa victime. La loi est passée en première lecture et, si elle est adoptée après un second vote, ce sont au moins 3 000 jeunes femmes qui se trouveraient obligées de se marier à leur violeur. « Il y en a qui se marient avant d’avoir atteint l’âge légal. Ils ne connaissent pas la loi. Ils ont des enfants, le père va en prison et les enfants restent seuls avec leur mère », s’est ainsi défendu sans honte le premier ministre turc, Binali Yildirim, justifiant ainsi une mesure visant à « lever cette injustice ».

Le fait même qu’une telle loi ait pu germer dans le cerveau de députés de l’AKP montre à quel point les femmes sont aujourd’hui considérées en Turquie comme citoyennes de seconde zone. Les chiffres sont accablants. Seules 30 % des femmes travailleraient aujourd’hui en Turquie, et bien peu à des postes de responsabilité. Sur les bancs de l’Assemblée nationale, avant la grande purge initiée après le coup d’État avorté du 15 juillet, elles n’étaient que 14 %. La grande majorité d’entre elles étaient issues du Parti démocratique des peuples (HDP), formation politique de la gauche laïque qu’Erdogan a décidé de criminaliser depuis lors (voir l’Humanité des 7 et 16 novembre). Mais, est-ce vraiment une surprise ? L’ONU et l’Union européenne, qui condamnent ce projet de loi, se réveillent bien tard (voir ci-après). Les signaux étaient nombreux qui montrent une dérive au minimum misogyne, voire gynophobe (haine de la femme). Lundi 24 novembre 2014, il y a deux ans presque jour pour jour, dans un discours en marge d’un sommet sur la justice et les femmes à Istanbul, le chef de l’État turc exprimait sa position sur le rôle de la femme dans la société : « Notre religion a défini une place pour les femmes : la maternité. Vous ne pouvez pas mettre sur un même pied une femme qui allaite son enfant et un homme. (...) Leur caractère, leurs habitudes et leur physique sont différents (…) Vous ne pouvez pas demander à une femme de faire tous les types de travaux qu’un homme fait, comme c’était le cas dans les régimes communistes (...). »

Les Kurdes ont fait de l’égalité homme-femme leur porte-drapeau

La bataille idéologique autour du sujet féminin fait rage en Turquie. Et outre les guerres de territoires, les batailles portées par l’AKP dans les zones kurdes, que ce soit en territoire turc ou syrien, ne sont pas sans rapport avec cette bataille idéologique. Politiquement et militairement, les membres du HDP ou les miliciens du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en Turquie, tout comme ceux du Parti de l’union démocratique (PYD) ou des Unités de protection du peuple (YPG/J) dans le Rojava (Kurdistan syrien), ont depuis longtemps fait de l’égalité homme-femme leur porte-drapeau. Au sud de la Turquie comme dans le Kurdistan syrien, cette égalité se matérialise par l’existence de comaires et de députés hommes et femmes confondus. Une pratique théorisée depuis longtemps par Abdullah Ocalan, le fondateur du PKK, emprisonné depuis dix-sept ans sur une île turque. Dans un essai intitulé Libérer la vie : la révolution de la femme, le leader kurde écrivait il y a quelques années : « Sans égalité entre les sexes, aucune exigence de liberté et d’égalité ne peut avoir de sens. Le principe fondamental du socialisme est aujourd’hui de tuer l’homme dominant. » Une formule définitive qui ne plaira guère à l’homme fort d’Ankara et sa garde rapprochée.

Lire aussi :

Le pouvoir turc met la pression sur l’Union européenne

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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 20:28
Paul Lafargue

Paul Lafargue

Paul Lafargue, mort le 26 novembre 1911, il y a 105 ans. Et toujours actuel! 

Lu sur la page Facebook de Robert Clément, notre camarade du PCF parisien. 

A lire ou relire aussi, par Ismaël Dupont, un article du 15 février 2015: 

Macron te donne mal à la tête: relis Paul Lafargue et Le Droit à la Paresse


Paul Lafargue, résistant, rebelle, polémiste, gendre de Marx, député, en fuite en Espagne, en exil à Londres, suicidé volontaire avec sa femme Laura... La vie de l’auteur du Droit à la paresse est un vrai roman.


« PAUL LAFARGUE (1842-1911) Pas de dieu, mais un maître…"

un article de Frédéric Sugnot publié dans l’Humanité du 8 septembre 2011
 

« Sain de corps et d’esprit, je me tue avant que l’impitoyable vieillesse (…) me dépouille de mes forces physiques et intellectuelles, ne paralyse mon énergie et ne brise ma volonté (…) »
 

Ces quelques lignes que vous venez de parcourir sont écrites par Paul Lafargue, suicidé volontaire dans la nuit du 25 au 26 novembre 1911, dont l’histoire façon fiche Wikipédia a retenu qu’il était le gendre de Karl Marx et l’auteur du Droit à la paresse.

Lafargue a presque soixante-dix ans lorsqu’il se donne la mort quasiment en même temps que son épouse Laura Marx, fille de Karl, mais surtout inlassable compagne de cinquante années d’une vie agitée, et ce n’est pas qu’une formule. Une simple injection d’acide cyanhydrique suffira à les envoyer à tout jamais au cimetière du Père-Lachaise.

Au columbarium d’abord, avant que leurs cendres ne soient déplacées dans le carré des « politiques » face au mur des Fédérés.

Là même où, le 28 mai 1871, le pouvoir versaillais de Thiers fusilla les 147 derniers communards de Paris.

Quarante ans plus tard, c’est au Père-Lachaise toujours que souffle la voix de Jean Jaurès, directeur politique de l’Humanité, le 3 décembre 1911, jour des obsèques des époux Lafargue. Jaurès, rapporte le lendemain l’Huma, « commence d’une voix qui vibre dans l’air et atteint les plus éloignés des auditeurs ».

Près de 20 000 personnes sont venues suivre des funérailles où se pressent le ban et l’arrière-ban du socialisme européen au cœur d’un « abominable temps d’hiver, morne, noir ». À les lire un siècle plus tard, les paroles de Jaurès semblent réchauffer l’atmosphère. Ecoutons-le d’un trait tisser le souvenir de Paul Lafargue :

« Il était convaincu que par l’organisation du travail, grâce au progrès de la science appliquée au travail, la surabondance des produits permettrait d’effacer la limite des égoïsmes misérables et que tous les hommes pourraient alors jouir ensemble de tous les bienfaits de la nature en les dominant. »

Cette pensée généreuse naît, loin des frimas de décembre du Père-Lachaise, couvée par le soleil de la mer des Caraïbes.

Pablo Lafargue voit en effet le jour le 15 janvier 1842 à Santiago de Cuba. L’héritage de son grand-père Jean Lafargue parti s’établir comme planteur à Saint-Domingue vers 1780. La suite de l’histoire familiale donnera au jeune Pablo des ascendances indiennes, juives et mulâtre. L’un dans l’autre, tout cela fait de Paul Lafargue un métis – il le revendiquera – « fils » de trois peuples opprimés. C’est, si l’on doit faire de la psychologie de bazar, ce qui donnera peut-être au jeune Paul, revenu en France à l’âge de neuf ans, son don du combat.

En tout cas, c’est dans le Quartier latin à Paris où il s’inscrit en médecine en novembre 1861 qu’il commence à l’exprimer, fréquentant les organisations socialistes. En octobre 1865, lors du premier congrès international d’étudiants à Liège, il obtient son label d’agitateur en même temps qu’une fiche de police en proclamant à la tribune du congrès :

« Guerre à dieu, là est le progrès. »

Sur ce, en guise de cadeau de Noël, le 26 décembre 1865, le très martial conseil impérial de l’éducation publique exclut Lafargue à vie de l’université de Paris et pour deux ans de toute université française. Motifs : attaque des principes de l’ordre social et profanation du drapeau national. Lafargue ira donc continuer sa médecine à Londres. De l’autre côté de la Manche, va commencer sa carrière au « chevet » du mouvement ouvrier.

En février 1865, à Londres toujours, il présente au conseil général de l’Internationale un rapport sur la situation du mouvement ouvrier à Paris. Il fait également la connaissance de Karl Marx. Rencontre décisive : il épouse les idées du père et prendra pour femme une de ses filles, Laura.

« De toute ma vie, racontera-t-il plus tard, je n’oublierai l’impression que fit sur moi cette première rencontre. Marx était souffrant et travaillait au premier volume du Capital (…). Il craignait de ne pouvoir mener son œuvre à bonne fin et accueillait toujours les jeunes avec sympathie, car, disait-il, “il faut que je prépare ceux qui, après moi, continueront la propagande communiste”. »

Sa voie est tracée, ce sera celle de son maître. Pas toujours bien comprise, ni récompensée. En attendant, ils reviennent en France en 1868. La maison de Paul et Laura Lafargue à Levallois est réquisitionnée lorsque la guerre éclate en 1870. Elle est située sur la zone de tir des fortifs… Le couple se réfugie donc à Bordeaux, dans la famille de Paul où il continue de diffuser les circulaires de l’Association internationale du travail rédigées par Marx, et prend la défense de la Commune de Paris, s’activant pour l’étendre en province.

Après un court voyage à Paris en avril 1871, Paul revient enthousiaste à Bordeaux : « Paris devient invincible », écrit-il à Marx.

La Commune tombera pourtant un mois plus tard.

Elle restera l’horizon indépassable de Lafargue, ce qu’il résume ainsi en 1884 (cf. le Matérialisme économique de Karl Marx) : « La classe inférieure ne peut effectuer son émancipation qu’en détruisant la force intellectuelle et la force brutale de la classe régnante ; qu’en faisant précéder la lutte à main armée par une campagne théorique préparatoire. » Dans la pratique, à Bordeaux, son rôle d’agent de la Commune n’a pas échappé à la police. Elle lui file le train.

Le rapport sur Lafargue du premier président de la cour de Bordeaux, le 20 août 1871, n’est pas que burlesque : « On le voit parler et agir publiquement dans les élections municipales au nom de ces co-affiliés dont il est un des candidats. Jusque dans sa famille enfin, il fait trembler sa vieille mère sous la menace de ses doctrines. » Il est temps pour les Lafargue de fuir vers l’Espagne. Une péripétie dans l’existence de Paul et Laura, tellement intense qu’ils l’écourteront quarante ans plus tard. Ils usent là de leur droit au repos éternel. De toute façon, Paul, éphémère député de Lille (1889-1893), est déjà passé à la postérité pour son Droit à la paresse, pamphlet contre le travail publié en 1880.

Un programme précurseur que nous faisons nôtre pour conclure ce travail d’écriture : « Il faut que le prolétariat (…) retourne à ses instincts naturels, qu’il proclame les droits de la paresse, mille et mille fois plus nobles et plus sacrés que les phtisiques droits de l’homme, concoctés par les avocats métaphysiciens de la révolution bourgeoise ; qu’il se contraigne à ne travailler que trois heures par jour, à fainéanter et bombancer le reste de la journée et de la nuit. »

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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 12:20
Les violences contre les femmes, ça suffit! (PCF)

Les violences contre les femmes, ça suffit !

► 80 % des femmes confrontées à des violences sexistes au moins une fois dans leur vie (harcèlement, coups, viols, discrimination...)
► 216 000 femmes victimes de violences conjugales et 122 femmes tuées sous les coups de leurs conjoints en 2016
► 80 000 viols par an dont seulement 10 % aboutissent à un dépôt de plainte

Les violences faites aux femmes sont un phénomène de masse, ne rien dire, ne rien faire c’est d’une certaine manière les rendre acceptables. Le viol, le harcèlement, les violences ne relèvent pas d’histoires privées ! Toutes et tous nous pouvons agir, il faut lever l’omerta et briser le climat de peur et d’isolement qui entoure les victimes. Il est grand temps que les pouvoirs publics fassent une priorité de la lutte contre ce fléau, parce que ces violences ne sont pas une fatalité !

Pour une société de l'égalité entre les femmes et les hommes

Tant qu’il y aura des violences contre les femmes nous serons au Moyen-Age de l’égalité entre les femmes et les hommes ! Le PCF s'engage pleinement dans la bataille pour mettre fin à toutes les formes de violences sexistes et exige avec les associations le vote d'une loi cadre.

Nous proposons de :

Faire progresser les droits des victimes : extension de l’ordonnance de protection qui doit être délivrée dans les 24h, application du principe de réparation intégrale du préjudice, renforcement des hébergements d’urgence et les logements pérennes pour les femmes victimes de violences.

► Interdire la correctionnalisation des infractions à caractère sexiste et/ou sexuel de nature criminelle (viols, mutilations sexuelles féminines)

Mettre en œuvre une politique de prévention : formation spécifique et obligatoire de tous les professionnel-le-s concerné-e-s et lancement de grandes campagnes publiques d’information et de sensibilisation.

Garantir la délivrance ou le renouvellement du titre de séjour pour les femmes étrangères victimes de violences

► Lutter contre le harcèlement de rue : nous voulons un droit à la ville et à l’espace public à égalité pour toutes et tous. Nous voulons pouvoir sortir en tous lieux et à toutes heures en sécurité sans subir le sexisme et le patriarcat

► Multiplier par 10 du budget dédié au sein d'un Ministère des droits des femmes de plein droit

► Créer dans chaque département un observatoire des violences faites aux femmes

► Prononcer l'inéligibilité pour les élus condamnés pour violences sexistes ou sexuelles

La solidarité est notre force !

Alors que faire pour mettre fins aux violences faites aux femmes : ce 25 novembre journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, mobilisons-nous aux côtés des associations féministes et du collectif national Droit des femmes (CNDF), soyons toujours solidaires que l’on soit directement concerné-e-s ou non. Ensemble, mettons fin aux violences faites aux femmes !

Les violences contre les femmes, ça suffit! (PCF)
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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 12:02

Communiqué de l'USRE, 24 novembre:

UN DÉTAIL DANS LA CAMPAGNE ÉLECTORALE DE FRANÇOIS FILLON ?

L’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide (UJRE*) apprend que le candidat à l’élection présidentielle François Fillon a déclaré à une antenne de grande écoute :

« Les intégristes musulmans sont en train de prendre en otage la communauté

musulmane. » (…) « Il faut combattre cet intégrisme, il faut le combattre comme

d'ailleurs dans le passé, je le rappelle, on a combattu une forme d'intégrisme

catholique ou comme on a combattu la volonté des juifs de vivre dans une

communauté qui ne respectait pas toutes les règles de la République française ».

Certes, à la suite de l’intervention du Grand Rabbin Korsia, Fillon ou ses porteparole ont affirmé l’appartenance des juifs à la communauté nationale française.

C’est le moins qu’on pouvait en attendre. Mais, à aucun moment les propos

antérieurement tenus n’ont été désavoués.

De quoi parle donc Fillon ? Des émigrés juifs d’Europe centrale, venus pour

s’intégrer dans « le pays de la Liberté et des droits de l’homme » et qui se sont

aussitôt massivement engagés dans l’Armée française pour défendre leur patrie

d’adoption ? Des juifs contraints de porter l’étoile jaune par l’État français ?

De Marcel Rayman, combattant contre l’occupant nazi avec tous ses camarades de la section juive de la MOI avant d’être fusillé avec les autres résistants de l’Affiche rouge par les nazis ? De Charles Lederman, prenant contact avec l’Archevêque de Toulouse, Monseigneur Saliège, ce qui a amené ce dernier à protester en chaire contre les sévices antisémites de l’occupant ? S’agit-il de Vladimir Jankelevitch, prononçant son cours en Sorbonne ou écrivant son magistral « Traité des Vertus » ?

L’UJRE attend de François Fillon qu’il précise de quelle « période passée » il parle et qu’il revienne clairement sur ses propos.

Le Bureau de l’UJRE

24/11/2016

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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 11:59
Pour Noël, commandez le "Carnet de voyage en Palestine" de Thierry Seigland au profit de l'AFPS et d'une coppération avec le camp de Jallazone près de Ramallah
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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 11:47

25 novembre 2016, journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes

Debout contre les violences faites aux femmes : 18H30 DE BASTILLE A REPUBLIQUE

vendredi 25 novembre 2016

Appel du Collectif pour les droits des femmes :

Nous vivons dans un pays où il y a 86 000 viols par an dont seulement 1,5% sont condamnés. 216 000 femmes sont victimes de violences conjugales, 122 sont mortes en 2015. Stop aux violences faites aux femmes !

Nous vivons dans un pays où on enferme une femme, Jacqueline Sauvage, qui a enduré, ainsi que ses enfants, 47 ans de coups, sévices et viols de la part de son mari et a fini par le tuer. Liberté pour Jacqueline Sauvage !

Nous vivons dans un pays où, par manque de volonté politique, les lois et leur application ne sont pas à la hauteur de l’enjeu que représentent ces violences. Pour une loi cadre contre les violences faites aux femmes !

Nous vivons dans un pays qui a signé et ratifié en 2014 la « Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique » dite Convention d’Istanbul . Cette Convention, que les États doivent obligatoirement transposer dans le droit national, contient des dispositions plus favorables que le droit français. Transposition immédiate dans le droit français de la Convention d’Istanbul !

Nous vivons dans un pays qui a adopté une loi courageuse de lutte contre le système prostitutionnel et pour l’accompagnement des personnes prostituées. Application complète de cette loi, avec des budgets suffisants, notamment pour financer les parcours de sortie du système prostitutionnel !

Nous vivons dans un pays où le gouvernement, pliant devant des intégristes religieux, a supprimé les ABCD de l’égalité qui visaient à lutter contre les stéréotypes de sexe à l’école. Pour une réelle éducation à l’égalité, qui ait les moyens concrets d’être effective et de qualité, obligatoire à chaque niveau du système éducatif !

Nous vivons dans un pays où être lesbienne expose encore à des violences physiques et verbales dans tous les milieux : public, professionnel, familial, amical. Sensibilisation à la lesbophobie dans toutes les actions et campagnes contre les violences faites aux femmes.

Nous vivons dans un pays où l’État consacre 0,05 % de son budget (soit 221,2 millions d’euros) à l’égalité femmes-hommes. Quant à elles , les violences conjugales reviennent à 2,5 milliards d’euros par an ( frais médicaux, de thérapie de justice, police, perte d’emploi, déménagements, etc). Les subventions accordées aux associations qui hébergent et accompagnent les femmes victimes de violences sont rognées constamment. Augmentation du budget du Ministère et des subventions pour que les associations qui remplissent des missions de service public puissent fonctionner !

Nous vivons dans un pays où les discours populistes et réactionnaires augmentent et veulent faire croire que fermer les frontières suffirait à arrêter les violences faites aux femmes ; dans un pays dont le gouvernement a déclaré ne vouloir recevoir en 2 ans que 30 000 exilé-e-s qui fuient la guerre, les persécutions et la terreur, notamment de Daesh en Syrie. Halte aux mensonges, aux amalgames et à la stigmatisation ! Bienvenue aux exilé-e-s !

Nous vivons dans un pays qui participe à des conflits armés engendrant tueries, violences sexuelles, viol utilisé comme arme de guerre, enlèvements, trafic sexuel, déplacements massifs et forcés, accroissement de la pauvreté, etc. Priorité aux cessez-le-feu, aux pourparlers de paix et à la participation des femmes aux processus de paix !

Nous vivons dans un pays où, malgré les grands principes d’égalité femmes/hommes, inscrits dans tous les textes fondamentaux , dont tout le monde se félicite, sévissent toujours domination patriarcale, inégalités et violences.

Au pays des « droits de l’homme » et de l’égalité, on frappe, on viole, on tue tous les jours.

Pour que le pays des droits de l’Homme devienne enfin, aussi, le pays des droits des femmes !

Premiers signataires : Collectif National pour les Droits des Femmes, Actit, Agir Ensemble contre le Chômage, Alliance des femmes pour la démocratie, Alternative Libertaire, Amicale du Nid, APEL-Egalité, Association de Solidarité avec les Femmes Algériennes démocrates, Association nationale des études féministes, Attac France, Centre LGBT Paris Ile de France, CGT, Chiennes de garde, Collectif 20è Tenon/ivg, Collectif Faty KOUMBA : Association des Libertés, Droits de l’homme et non-violence et Association Pan-africaniste des droits civiques des Femmes, Collectif féministe contre le Viol, Collectif féministes pour l’égalité, Coordination des Associations pour le Droit à l’Avortement et la Contraception, Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes, Coordination lesbienne en France, Culture égalité, association féministe de Martinique,DIDF ( Fédération des association des travailleurs-ses et des jeunes issue de l’immigrationn de Turquie), les effronté-e-s, Ensemble !, Fédération Syndicale Unitaire, Fédération Nationale Solidarité Femmes, Femmes égalité, Femmes libres – Radio libertaire, Femmes migrantes debout, Femmes pour le Dire Femmes Pour Agir, Femmes solidaires, Gender Company, Ligue des femmes iraniennes pour la Démocratie, Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté, Mémoire traumatique et victimologie, Maison des Femmesde Paris, Maison des Femmes Thérèse Clerc Montreuil, Marche Mondiale des Femmes , Osez le féminisme !, Parti de Gauche, PCF, Réseau Féministe « Ruptures », Réseau pour l’autonomie des femmes immigrées et réfugiées, SKB Union des Femmes Socialistes Turquie,, SNPES-PJJ-FSU, SOS Femmes Alternative-Centre Flora Tristan, Union nationale des retraités et des personnes âgées, Union Syndicale Solidaires.

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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 20:30
CICE: la (vraie) France des assistés! (Fakir - 21 novembre 2016)
CICE : LA (VRAIE) FRANCE DES ASSISTÉS !

PAR BAPTISTE LEFEVRE, FRANÇOIS RUFFIN 21/11/2016 PARU DANS LE FAKIR N°78 - EN KIOSQUE) DÉCEMBRE 2016 - JANVIER 2017

 

Vingt-deux milliards. 22 000 000 000. C’est un métier, que de faire sentir l’énormité d’un chiffre comme ça. Que ça ne reste pas une abstraction 
avec plein de zéros. Que ça prenne corps, un peu, jusqu’à chez vous.

Je serais informaticien, là, je fabriquerais un « convertisseur de CICE ».
Vous entreriez le nom d’un métier.
« Infirmier », par exemple.
C’est la débâcle dans les hôpitaux, on le sait tous, les patients qui attendent des nuits aux « urgences », d’autres où le personnel apporte son propre papier toilette, les établissements parisiens qui épuisent leurs salariés, bref, une Sécu au bord de la crise de nerfs.
Donc, embaucher des « infirmiers », qui est contre ?
J’ai regardé sur « infirmiers.com », c’est environ 1 828 € brut en début de carrière, allez, 2 000, soit 32 000 par an avec les cotisations patronales.
En bien, ça fait 625 000 infirmiers.
Voilà ce qu’on pourrait recruter avec les vingt milliards du CICE.
Mais vous avez raison : il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Avec mon convertisseur ultra-perfectionné, chacun pourrait se faire un mix à lui, ses embauches idéales : instits, animateurs pour le périscolaire, auxiliaires pour les vieux, cheminots, inspecteurs du travail, contrôleurs des impôts, etc.
Cette manne, ces vingt milliards, constitueraient un vrai bol d’air pour le tissu social, pour des services publics aujourd’hui sous asphyxie. Alors que là, ils n’ont servi à rien ou presque…

Vous saisissez, maintenant, l’énormité de ces vingt milliards ?
Il faut vous l’écrire en chiffres, peut-être, avec tous les zéros ?
20 000 000 000 ?
Non ?
Ça ne vient toujours pas ?
Alors, je vais convertir en autre chose.
En ministères.
J’ai consulté le budget de l’Etat pour 2016.
Le coût du CICE c’est, pour cette année :
7,3 fois le budget de l’ « Agriculture, alimentation, forêt et affaires rurales » (2,7 milliards).
7,3 fois aussi le budget de la « Culture » (2,7 milliards).
2 fois le budget de l’ « Ecologie, développement et mobilité durables » (9,1 milliards).
2,4 fois le budget de la « Justice » (8,2 milliards).
33,3 fois le budget de « Sport, jeunesse et vie associative » (0,6 milliard).
36 fois le budget des « Médias, livres et industries culturelles ».
50 % du budget de la « Défense » (39,6 milliards).
30 % du budget de l’ « Enseignement scolaire » (67 milliards).
Vous le pigez, désormais, que c’est du lourd, ces vingt milliards ? Que ça peut rebattre les cartes complètement ? Qu’un gouvernement qui dirait : « Bam, notre priorité, c’est l’Ecologie », d’un coup d’un seul, il pourrait en tripler le budget, avec ces vingt milliards… et avec des effets sans doute plus significatifs sur l’emploi !

Il faut mesurer ici le paradoxe.
Le gouvernement (« les gouvernements », on devrait dire, tant l’alternance ne change pas grand-chose à ces choix politiques), le gouvernement compte sur un « effet de levier ». En gros, en donnant un euro d’aide au privé, ça va démultiplier les énergies, et à force d’investissements, d’embauches, de croissance, de tout ça, à la fin, ça fera des petits, ça produira dix euros dans le PIB.
Mais on assiste à l’inverse : l’effet de levier est remplacé par une évaporation. Chaque euro mis dans la machine devient dix centimes à l’arrivée. « Reconstitution de leurs marges » oblige... Ah qu’en termes galants ces choses-là sont mises ! En moins codé, ces subventions sont passées par profits et profits, se muent en dividendes pour les actionnaires, ou en rétributions pour les patrons.
Ainsi, par exemple, de Carrefour (le premier bénéficiaire privé, derrière La Poste et la SNCF) : 120 millions de CICE. De quoi soutenir l’envolée des dividendes : + 25 % depuis 2012, 517 millions d’€, soit 62 % des bénéfices. De quoi aider aussi un nécessiteux, le PDG, dont le salaire double, de 3,7 à 7 millions d’€.
Ainsi, également, de Casino, qui touche 97 millions de CICE et qui réduit ses « frais de personnel » d’à peu près autant. Tandis que la « rémunération des dirigeants », elle, ne connaît pas la crise : +12,5 % entre 2014 et 2015.
Ainsi, enfin, pour conclure le tiercé de la grand distrib’, de Auchan : 88 millions d’€ de CICE. Les dividendes versés à la famille Mulliez ont quasiment triplé : 200 millions en 2015, contre 67 en 2014.

Sa marge de manœuvre budgétaire, François Hollande l’aura donc consacrée à ça.
A rien.
Mais c’est à cela, justement, qu’on découvre la puissance d’un dogme : qui va songer, aujourd’hui, à stopper cette mesure ?

***

Notre dossier sur la France des assistés est à lire intégralement dans Fakir n°78, actuellement en vente sur notre boutique et dans les kiosques !

CICE: la (vraie) France des assistés! (Fakir - 21 novembre 2016)
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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 20:07
Chez Véolia, le banquet des fauves (Martine Orange - Médiapart- 24 novembre 2016)
Chez Veolia, le banquet des fauves
 PAR MARTINE ORANGE

Deux dirigeants de la branche Eau de Veolia France sont devenus actionnaires d’une société luxembourgeoise après lui avoir confié un énorme contrat: le traitement des paiements de toutes les factures d’eau du groupe. Ils espéraient revendre par la suite cette société 200 millions d’euros au minimum. À Veolia de préférence.

 

La  machination était censée ne jamais venir au grand jour. Comment imaginer un tel dévoiement au sein de Veolia ? Alors que le groupe a supprimé plusieurs milliers d’emplois dans l’activité Eau au cours des quatre dernières années, et lancé un programme d’économies de plus de 600 millions d’euros, deux des plus hauts responsables de l’activité de la branche Eau travaillaient surtout à leur enrichissement, en utilisant les moyens financiers, les clients, la réputation du groupe pour leur seul profit personnel.

Dans la plus grande discrétion, ces dirigeants sont devenus actionnaires, avec une poignée d’acolytes, d’une toute petite structure basée au Luxembourg, Olky Payment Service Provider. Une société qu’ils venaient justement de choisir pour lui confier un énorme contrat : le traitement de tous les paiements des factures d’eau des abonnés de Veolia en France ! 

Cette plateforme, qui gère en particulier les paiements par TIP (titre interbancaire de paiement), a une technique particulière : elle  représente automatiquement les factures impayées auprès des banques et peut mettre en place des paiements fractionnés. Un huissier des temps modernes en quelque sorte.

Ce système est censé lutter contre les impayés, de plus en plus importants dans la gestion des services d’eau. Non pas parce que la pauvreté sévit de plus en plus en France, à entendre les grands concessionnaires d’eau (Veolia, Suez environnement, Saur), mais en raison de la loi Brottes, votée en 2013. Celle-ci, selon eux, serait une incitation à ne pas payer puisqu’elle institue un droit minimum à l’eau et interdit toute coupure définitive. Vent debout contre ce texte, les concessionnaires d’eau réclament désormais que les municipalités prennent à leur charge une partie des factures impayées, au titre de l’aide sociale.

Pendant ce temps, les deux dirigeants de la branche Eau avaient tout mis en place pour engranger les bénéfices. Avec l’espoir de faire une culbute encore plus grande dans un délai assez bref. Car le but était de revendre l’ensemble de la société au groupe, ou à d’autres, le plus rapidement possible. Le prix de revente avait déjà été fixé entre les différents actionnaires : 200 millions d’euros minimum ! 

200 millions d’euros ! La cupidité des dirigeants est décidément devenue sans limite. Depuis des années, la chronique des affaires de rémunération et d’enrichissement personnel dans le monde patronal ne cesse de s’étoffer.  Mais cette affaire traduit un degré supplémentaire dans l’effondrement moral, l’absence de toute éthique, de tout scrupule. Avec un sentiment complet d’impunité, ces dirigeants se sont appuyés sur leurs connaissances, ce petit monde de réseaux, de combines, d’entre-soi qui fait si souvent la marque du capitalisme français, pour monter leur machination. L’argent emportant tout.

L’affaire paraît avoir été pensée et orchestrée de longue date. Car tous les engrenages du mécanisme s’emboîtent en un temps record. Les sociétés nécessaires sont créées au moment voulu. Tout le monde semble jongler avec aisance dans l’opacité de la finance discrète et des paradis fiscaux.

Tout commence en 2014. Alain Franchi vient juste d’hériter de la responsabilité de l’activité Eau en France. Parachuté de l’extérieur en juillet 2013 pour la restructurer, ce responsable est présenté comme un manager de crise. Il est surtout le bras de droit de Serge Michel, parrain du BTP depuis plus de trente ans, qui a fait la pluie et le beau temps dans les conseils d’administration de Vinci et de Veolia (voir « Alain Minc m’a tuer »). Selon Challenges, c’est Serge Michel qui aurait imposé, en contrepartie du maintien d’Antoine Frérot à la présidence du groupe (voir notre enquête ici), la nomination de son plus proche collaborateur à la tête de la branche Eau, l’activité stratégique de Veolia. Ce qui nous a été confirmé par plusieurs sources.  Le groupe dément toute interférence de Serge Michel dans cette nomination. Les relations entre Serge Michel et Alain Franchi seraient distendues ces derniers temps, dit-on. Ils continuent cependant de partager au moins sept sociétés ensemble.

Alain Franchi connaît Olivier Boyadjian. Cet ancien de la Caisse des dépôts – il dirigeait l’équipe d’investissements de CDC Capital investissements – est responsable désormais du fonds d’investissement HIG Capital en France. Il est lui aussi présenté comme un « manager de crise ». Son fonds a repris notamment les actifs de l’usine Molex, mise en faillite par sa maison mère en 2009, des usines (ex-Pechiney) vendues par le groupe Rio Tinto en France ou des parcs de la Compagnie des Alpes.

Selon nos informations, c’est Olivier Boyadjian qui aurait parlé le premier de la société Olky Payment Service Provider à Alain Franchi. « En juillet 2014 », précise Franck Rouayroux, le dirigeant de la société luxembourgeoise dans un mail, en réponse à nos questions. Olivier Boyadjian n’a pas retourné notre appel(voir la Boîte noire).

Conseiller cette société à un groupe comme Veolia est des plus étonnants. Car des plateformes de paiement, il en existe des dizaines bâties sur le même modèle et qui ont pignon sur rue. Pourquoi recommander une obscure société, basée au Luxembourg, et qui n’a quasiment aucune référence dans ces métiers ? Créée en 2011, elle n’est d’abord qu’une filiale conçue dans le prolongement d’une des activités de sa maison mère, Olky International Holding : la location de scooters.

La maison mère n’est pas plus rassurante. C’est une holding financière qui n’a guère de surface. Elle a été créée en 1998 par des fonds basés aux îles Vierges britanniques et dans l’île de Niue, un des paradis fiscaux les plus opaques – un des trusts qui figurent parmi les actionnaires fondateurs d’Olky International se retrouve d’ailleurs dans les Panama papers. Puis elle a été rachetée, semble-t-il, par Franck Rouayroux, un ingénieur français installé au Luxembourg en 2000.

Pendant toutes ces années, la holding financière vivote. Elle a des activités dans la vente d’articles de sport, la location de scooters et surtout de voitures de luxe, cette dernière activité semblant avoir été un puissant ciment entre la société et ses clients. Tout va petitement, jusqu’à ce que les autorités luxembourgeoises de contrôle lui donnent un agrément bancaire en 2013. Ce qui lui permet de travailler dans toute l’Europe.

Un tour de table sur mesure

Sur quelles bases les autorités de contrôle luxembourgeoises ont-elles pu accorder un tel agrément à une plateforme de paiement qui n’a aucune surface financière affichée, aucune référence ? Mystère. « Olky Payment a développé une usine de traitement d’opérations SEPA (Système d’Information Bancaire appelé SIO4), dont la particularité repose sur le développement de fonctionnalités novatrices permettant d’améliorer significativement les chances de recouvrement des créances impayées pour les créanciers. Cette solution opérationnelle dès 2014 a permis à Olkypay d’être reconnue comme l’une des Fintechs les plus innovantes, récompensée à plusieurs reprises en France et au Luxembourg », nous a répondu son dirigeant Franck Rouayroux. Atteint d’une brusque « extinction de voix », il a préféré nous répondre par mail.

Comment Veolia peut-il se laisser convaincre de confier à une société basée au Luxembourg tous les abonnés de ses concessions d’eau en France payant par TIP, alors qu’elle a comme seuls clients connus le groupe Beaumanoir (prêt-à-porter) et la caisse sociale de Monaco ? Encore plus mystérieux. La société semble avoir eu des arguments convaincants. Un mois à peine après avoir été présentée, elle signe dès le début août un accord d’agrément avec Veolia. Olky Payment s’engage à lui « fournir des services de paiement ». Le 22 décembre 2014, le directeur général de Veolia Eau, Alain Franchi, signe un contrat définitif, confiant pour sept ans à la société luxembourgeoise le traitement de l’ensemble de la facturation par TIP de ses services délégués sur le territoire français, à l’exception des eaux de Marseille et du grand Lyon.

D’un seul coup, c’est un flux de 3 à 5 milliards d’euros par an assuré pour la société. Une vraie manne pour la toute petite entreprise. D’autant que Veolia accepte de prendre à sa charge tous les frais de développement (près de 2 millions d’euros) pour lui permettre de gérer sa facturation. Le groupe lui promet aussi son soutien et son nom pour proposer« une offre de service [de la plateforme – ndlr] à d’autres distributeurs d’eau et à d’autres secteurs d’activité ». Les offices d’HLM sont particulièrement visés.

« J’ai été informé qu’il y avait un transfert de notre facturation vers une société au Luxembourg. Mais cette opération m’a été présentée comme un simple recours à un prestataire extérieur pour aider nos services », reconnaît le PDG, Antoine Frérot. Pour lui, il n’y avait pas de raison de s’attarder beaucoup plus sur ce dossier : ce n’était qu’un contrat de sous-traitance qui ne justifiait pas d'aller voir plus loin.

En coulisses, pourtant, différentes personnes s’agitent beaucoup. Brusquement, des « investisseurs » veulent en être et participer au formidable succès à venir de cette société totalement inconnue. L’affaire, il est vrai, s’annonce prometteuse. Dès la première année du contrat Veolia, Olky Payment a réalisé quelque 6 millions d’euros de profit pour un chiffre d’affaires d’environ 13 millions d’euros. Des marges dignes de celles du secteur du luxe.

Le 11 mars 2015, lors d’une assemblée générale extraordinaire visant à acter une augmentation de capital de 1,2 million d’euros (pour le porter à 2,2 millions), de nouveaux actionnaires font leur apparition. On y retrouve Olivier Boyadjian, qui a permis de décrocher le contrat avec Veolia. Mais celui-ci ne passe pas par son fonds d’investissement. Il préfère investir à titre personnel avec sa femme, devenant le troisième actionnaire, derrière ceux qui possèdent 20 % du capital.

Avec lui arrivent des noms connus ailleurs : Didier Lombard, ancien PDG d’Orange, Jean-Yves Durance, vice-président de la chambre de commerce et d’industrie de Paris ; François Drouin, président du tunnel du Mont-Blanc ; Guy Tavenaud, ancien banquier chez Lazard. Ils arrivent souvent avec leur femme et pour des montants modérés (autour de 50 000 euros).

Comment ont-ils découvert cette société ? « Par des contacts normaux. C’est une fintech », nous a répondu François Drouin avant de couper court à la conversation. « Par l’intermédiaire de gens que je connaissais », a ajouté Jean-Yves Durance, avant de préciser qu’il n’avait « aucune intention de répondre » à nos questions. Aucun des autres n’a retourné nos appels. Olivier Boyadjian « s’est chargé d’organiser le tour de table des nouveaux entrants qu’il représente. Parmi ceux-ci se trouvent beaucoup de financiers ou ex-banquiers, séduits par le caractère innovant des solutions apportées par Olkypay dans un secteur qui leur était bien connu et qui s’est ouvert à la concurrence après la transposition de la Directive des Services de Paiement (DSP) », nous a répondu le dirigeant d’Olky Payment. S’il fallait trouver un autre point commun entre eux, la plupart entretiennent une grande proximité avec la Caisse des dépôts, dont le nom est malheureusement trop souvent cité dans des affaires obscures.

Mais une autre entité discrète prend aussi une participation significative (10 % du capital) à l’occasion de ce nouveau tour de table : Digital Transaction Services. Le dirigeant de cette société suisse n’est autre que Jean-Philippe Franchi, le frère du directeur général de Veolia Eau, Alain Franchi ! Il travaille lui aussi pour la branche Eau du groupe. Tout cela, bien sûr, n’est que pur hasard et ne pose aucun problème de conflit d’intérêts, ni d’abus de confiance.

À la suite de nos questions sur cette présence inattendue, Alain Franchi nous a fait parvenir la réponse écrite suivante : « Cette opération a été réalisée sans que j’en aie été informé. J’ai été informé de la prise de participation de Jean-Philippe dans cette société il y a environ un mois. J'ai immédiatement souhaité analyser les éventuels conflits d'intérêts qui se poseraient. Je n’avais pas encore toutes les réponses lorsque vous avez contacté le groupe Veolia. » Bref, il a découvert le pot aux roses juste avant notre enquête, mais n’avait pas encore pris la peine d’en informer le président du groupe, Antoine Frérot.

Comment le croire ? Car la prise de participations de Digital Transaction Services a vraiment des allures d’opération d’initiés. L’enchaînement, en tout cas, est parfait. Dès que le contrat entre Veolia et Olky Payment est signé, le 22 décembre 2014, la procédure pour créer la société Digital Transaction Services est lancée. Le 23 janvier 2015, elle fait enregistrer ses statuts fondateurs à Neuchâtel (Suisse). L’objet de la société est de concevoir et développer des solutions informatiques, mais aussi de prendre des participations dans des sociétés en Suisse ou à l’étranger. Elle entre au capital de Olky Payment le 11 mars.

Un pacte d'actionnaires en or

Le tour de table, toutefois, ne sera vraiment complété qu’en novembre 2015. Le 30 novembre 2015, la maison mère de la plateforme de paiement, Olky International Holding, qui se renommera à cette occasion Utoky International Holding, tient une nouvelle assemblée générale extraordinaire. Celle-ci doit entériner l’arrivée d’un nouvel actionnaire, la société Gaway.

En matière d’argent, l’imagination est toujours au pouvoir : l’entrée de cette nouvelle société se fait par le biais d’une seule « action traçante ». Un concept jusqu’alors totalement inconnu. Cette seule action, comme l’explique le procès-verbal de l’assemblée, donne le droit à « 21,7391 %[quatre chiffres après la virgule !] de toutes les performances et revenus des actions par la holding dans Olky Payment (…) ainsi que du produit de la vente de tout ou partie des actifs désignés ». En résumé, grâce à cette seule action, l’actionnaire qui la détient s’octroie 6 % des profits ou du prix de cession de Olky Payment Service Provider. Cette action est souscrite par la société Gaway, logée à Montbrison (Loire). Une société totalement inconnue mais qui semble particulièrement bien informée.

Mais pourquoi utiliser un mécanisme si compliqué en multipliant les sociétés écrans ? Le secret, de fait, s’imposait : le véritable propriétaire de cette société est Philippe Malterre, le directeur général adjoint de Veolia Eau France. L’homme est un des piliers de Veolia. Il est entré dans le groupe il y a plus de trente ans, du temps où celui-ci s’appelait encore la Générale des eaux et était présidé par Guy Dejouany. Philippe Malterre n’a pas retourné notre appel.

Ainsi, dans le plus grand secret, au mépris de toutes les règles, deux responsables de la branche Eau sont actionnaires directs dans une société prestataire du groupe, portée à bout de bras par Veolia, et espèrent en tirer un profit personnel. Et pas seulement dans la gestion quotidienne.

Car les actionnaires qui sont arrivés au capital d’Olky Payment tout de suite après que cette dernière a décroché le contrat avec Veolia sont de vrais entrepreneurs ! Le jour même où ils sont entrés au capital, ils ont signé un pacte d’actionnaires dont l’objet quasiment unique est de prévoir les conditions de sortie. Il est notamment prévu que tous devront céder leurs titres « si la société reçoit une offre d’achat au moins égale à 7 fois l’Ebitda (résultat brut d’exploitation) et que celle-ci est présentée pour un prix minimum de 200 millions d’euros » !

Franck Rouayroux minimise aujourd’hui la portée de ce pacte et des engagements écrits qui ont été pris. Le pacte d’actionnaires a surtout pour but, selon lui, « de réguler les relations entre les différents actionnaires et de prévoir les conditions de sortie pour ne pas léser les minoritaires. Il prévoit notamment un montant minimal de rachat de la société Olkypay en-deçà duquel seule l’unanimité des voix est requise pour autoriser une cession ».

Les actionnaires ont-ils déjà en tête un repreneur, quand ils signent cet acte ? À qui pensent-ils ? Qui peut mettre 200 millions d’euros sur la table pour une telle société ? Un fonds d’investissement comme celui dirigé en France par Olivier Boyadjian ? Peut-être. Mais sans doute plus Veolia, objet de toutes les attentions des actionnaires puisque le pacte prévoit un comité de pilotage pour suivre spécialement le contrat avec le groupe.

« Il n’existe aucun engagement de la part de Veolia sur un éventuel rachat. Il n’y a pas non plus de projet de cession à court terme », assure Franck Rouayroux. Pourtant, une note d’honoraires de l’avocat d’Olky Payment, par ailleurs actionnaire lui aussi de la société par la biais de la société Appia, Nicola di Giovanni, fait mention de l’existence d’une lettre d’intention de Veolia.

Et puis, il y a ce bruit de fond. À partir du moment où la société a décroché le contrat Veolia, celle-ci se lance dans la recherche de prix et d’articles de presse, comme s’il y avait urgence à se faire connaître. De son côté, Veolia fait quelques déclarations, disant penser à l’avenir se développer dans les activités high-tech et peut-être racheter quelques sociétés de haute technologie. Aujourd’hui, Veolia assure qu’il n’a jamais été question de racheter de telles sociétés et en tout cas, jamais à ce prix-là. Le groupe précise qu’une acquisition d’un tel montant doit être obligatoirement soumise au conseil d’administration du groupe et obtenir son approbation. Bref, selon lui, il n’y avait aucun moyen de lui faire racheter la société en douce.

Lorsqu’il a été informé de cette affaire, Antoine Frérot, le PDG de Veolia, n’y a pas cru. Puis devant l’accumulation des preuves, il a bien fallu se rendre à l’évidence : Veolia Eau était victime d’une fraude massive de la part de certains de ses dirigeants. « Eu égard aux éléments que vous avez portés à notre connaissance, nous avons décidé de lancer un audit interne portant sur l'opération incriminée, et plus largement sur toutes les sociétés de spécialité de Veolia Eau France. Cet audit sera réalisé en coopération avec les avocats du Groupe. Deux collaborateurs sont concernés par ces allégations. Ils ont fait l'objet d'une mise à pied à titre conservatoire, afin de permettre le bon déroulement de l'enquête interne. À l'aune des résultats de l'enquête, Veolia prendra toutes les mesures qui s'imposeront », nous a-t-il dit dans une déclaration officielle.

La fraude était-elle détectable avant ? Aujourd’hui, la bonne affaire espérée semble en tout cas éventée. Il y en a peut-être d'autres construites sur le même modèle dans le groupe. Il reste de tout cela un goût de cendres devant tant de cupidité, d’effondrement moral, de collusion affairiste. Comme si les métiers de l’eau n’arrivaient jamais à se sortir de leur passé, de cette culture de la corruption.

 

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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 19:59
Fidèles, sarkozystes, droite extrême: les soutiens empoisonnés de Fillon
 PAR ELLEN SALVI

En devenant le favori de la primaire de la droite et du centre, François Fillon a vu revenir dans son escarcelle toute une série d’élus qui le méprisaient il y a encore quelques semaines. Parmi eux, beaucoup de sarkozystes, mais aussi plusieurs figures de la droite extrême, séduites par son discours ultraconservateur. À ses côtés, elles entendent relancer dès 2017 la vieille antienne de la « fusion des droites ».

 

François Fillon a plein de nouveaux amis. Ils le suivent partout, envahissent les plateaux de télévision pour prêcher sa bonne parole et arrosent les réseaux sociaux de hashtags à la gloire du nouveau favori de la primaire de la droite et du centre. Mardi 22 novembre au matin, à la Maison de la chimie à Paris, les nombreux parlementaires qui le soutiennent depuis toujours (Gérard Larcher, Bruno Retailleau, Jérôme Chartier, Valérie Boyer, Jean-François Lamour…) frayaient avec plusieurs sarkozystes ayant suivi le choix de leur champion déchu. Depuis qu’il est arrivé largement en tête du premier tour, avec 44,1 % des suffrages exprimés, l’ancien premier ministre a vu revenir dans son escarcelle toute une série d’élus qui le méprisaient il y a encore quelques semaines.

Au meeting qu’il a tenu à Lyon mardi soir, on a ainsi pu apercevoir au premier rang le président par intérim de LR Laurent Wauquiez, mais aussi Bruno Le Maire, candidat malheureux à la primaire, qui avait pourtant juré ses grands dieux qu’il ne se rallierait à personne pour le second tour. Le député de l’Eure fait également partie des 215 parlementaires qui ont publié ce jeudi une tribune dans laquelle ils déplorent les critiques qu’Alain Juppé a adressées à François Fillon ces derniers jours. Parmi la liste interminable des signataires, figure également toute une série d’élus qui avaient tourné le dos à l’ancien premier ministre et sont aujourd’hui contraints de faire preuve d’une souplesse exemplaire pour s’attirer de nouveau ses faveurs.

« On a eu des coups de fil dégoulinants, affirme un membre historique de l’équipe de campagne. C’est fou le nombre de gens qui n’ont pas de dignité. Courtisan un jour, courtisan toujours… » Dans le viseur des fillonistes, on trouve notamment Pierre Lellouche, qui passait de caméras en micros, mardi matin. Longtemps proche de Fillon, le député de Paris avait créé la surprise fin août en se ralliant à Nicolas Sarkozy. « C’est le traître permanent, s’agace un parlementaire soutien de l’ancien premier ministre. Il a même réussi à envoyer un long texto à François pour lui assurer qu’il avait toujours été filloniste et que ses prises de position l’avaient sans doute beaucoup aidé avant qu’il ne parte chez Sarko... »

 

Éric Ciotti a lui aussi fait grincer quelques dents. Jusqu’alors farouche soutien de l’ex-chef de l’État, le député des Alpes-Maritimes a immédiatement proposé ses services « pour emmener François ici ou là, pour l’accompagner dans des visites », indique un autre membre du premier cercle. « Lui, il rêve tellement d’être ministre de l’intérieur qu’il se vendrait à Hollande s’il le fallait », s’amuse encore un parlementaire filloniste. Mais le soutien le plus incroyable reste celui de Rachida Dati qui, après avoir traité Fillon de tous les noms –« déloyal », « désagréable », « petit ingrat », « mal élevé », etc. –, a fini par annoncer qu’elle voterait pour lui. « J’ai toujours été légitimiste. Je veux que ma famille politique gagne », a-t-elle expliqué sur Europe 1.

L’entourage de Nicolas Sarkozy est l’une des clefs de son échec. Depuis plusieurs années, l’image dégradée des Christian Estrosi, Nadine Morano et Brice Hortefeux n’a cessé de nourrir l’antisarkozysme. Les juppéistes l’ont bien compris, eux qui communiquent depuis dimanche sur le sujet. « Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est la reconstitution de l’équipe Fillon-Sarkozy qui nous a dirigés de 2007 à 2012 », a glissé le maire de Bordeaux au 20 heures de France 2, regrettant « ce tandem qui se reconstitue » et qui, à son sens, « montre bien l’orientation du programme de François Fillon ». « Il a été mon ministre. En votant pour lui, les gens ont voté un peu pour mon bilan », s’est d’ailleurs consolé Nicolas Sarkozy, cité par Le Parisien.

Si tout le monde reconnaît que l’ex-chef de l’État n’a pas franchement attaqué son ancien « collaborateur » pendant la campagne, réservant l’essentiel de ses coups à Alain Juppé, nul ne peut oublier les tensions qui ont dominé la relation des deux hommes jusqu’ici. De la présidence de l’UMP en 2012 à l’affaire Jouyet, le tandem a bien des fois vacillé. « Fillon, je le veux à terre et sans oxygène », aurait même lancé Sarkozy, en pleine affaire des pénalités financières de l’UMP. De son côté, l’ancien ministre a multiplié les allusions à peine voilées aux problèmes judiciaires de son adversaire, se présentant comme le Monsieur Propre du scrutin.

Sur Twitter, les mêmes qui défendent aujourd’hui Fillon face à l’offensive de Juppé lui tombaient dessus il y a encore quelques mois. Pour certains sarkozystes historiques, ce soutien était d’ailleurs loin d’aller de soi, comme le prouve cette conversation entre le président du comité d’organisation de la primaire Thierry Solère et le sénateur des Hauts-de-Seine Roger Karoutchi, enregistrée à leur insu quelques jours avant le premier tour :

Dans l’équipe de campagne historique de François Fillon, personne n’est dupe. « Il y a des gens dans l’entourage de Sarkozy que nous ne voulons pas voir, tranche le député du Loiret Serge Grouard, qui a chapeauté le projet de l’ancien premier ministre. Certains devraient avoir davantage de retenue, un peu plus de décence. » Pour autant, tous estiment que le « rassemblement sera nécessaire » après le 27 novembre. Un rassemblement qui inclura forcément des personnalités issues de toutes les écuries LR, mais pas seulement. Car en captant « toutes les composantes de ce qu’on appelle les droites profondes », pour reprendre les mots du chercheur Simon Labouret, Fillon a ramené dans son giron plusieurs figures de la droite extrême.

Pour la « fusion des droites »

Parmi ceux qui ont clairement affiché leur soutien à l’ancien premier ministre, apparaissent notamment Charles Million et Charles Beigbeder, cofondateurs de L’Avant-Garde, un « réseau collaboratif d’action politique », qui n’exclut pas l’idée d’une alliance électorale entre LR et le FN. Le 16 octobre dernier, les deux hommes s’affichaient dans le cortège de La Manif pour tous aux côtés du maire de Béziers Robert Ménard, du président de Souveraineté, identités et libertés (SIEL) – un parti associé au FN – Karim Ouchikh, et du patron du RPF Christian Vanneste, qui a lui aussi décidé de rejoindre Fillon, « l’homme d’une révolution conservatrice ».

Tout ce petit monde a commencé à se côtoyer en 2013 au sein des manifestations anti-mariage pour tous, auxquelles Fillon n’a jamais participé, estimant que « les hommes politiques doivent être dans l’action, pas dans la protestation », mais qu’il a toujours soutenues. Leur candidat naturel pour la primaire aurait dû être le président du Parti chrétien-démocrate (PCD, fondé par Christine Boutin), Jean-Frédéric Poisson, qui a toujours été très ferme sur la nécessité d’abroger la loi Taubira, là où l’ancien premier ministre se propose “simplement” de la réécrire. Poisson et Fillon figuraient d’ailleurs aux côtés de personnalités de la droite extrême, sur la pétition du collectif Vos Couleurs, lancée début octobre pour réclamer la « fusion des droites ».

Autre figure de cette droite qui entend rassembler la sensibilité de Marion Maréchal-Le Pen au sein du FN, l’eurodéputé Aymeric Chauprade a lui aussi affirmé qu’il voterait pour l’ancien premier ministre au second tour de la primaire. Ancien proche de Philippe de Villiers, en rupture avec le parti de Marine Le Pen dont il était encore conseiller aux affaires internationales en 2015, l’élu a même indiqué à L’Express sa volonté de se mettre « à la disposition de François Fillon » pour mieux « bloquer l’accès du second tour de la présidentielle à Marine Le Pen ». Avec de solides réseaux russes, qui dépassent la géopolitique, Chauprade a le profil parfait pour séduire le russophile Fillon.

Sans surprise, Patrick Buisson, ancien conseiller sulfureux de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, a lui aussi apporté son soutien au député de Paris qui incarne à ses yeux « une révolution conservatrice ». « Alain Juppé sera très probablement battu dimanche soir, il représentait cette tradition de cette droite qui ne s’assume pas, a assuré l’inspirateur de l’ultradroitisation sur Europe 1, jeudi matin. Cette hypothèque qui pesait sur la droite est en train de sauter, c’est en cela que, dans l’histoire des idées, c’est un moment 

Au sein de la cathosphère, le choix de soutenir Fillon n’est pas allé de soi, certains pointant notamment ses « ambiguïtés » sur l’adoption par les couples de même sexe. Mais qu’importent les querelles du premier tour, puisque Jean-Frédéric Poisson a lui aussi logiquement annoncé qu’il se ralliait au député de Paris. « J’ai toujours dit que le projet d’Alain Juppé était extrêmement technocratique, fondé sur l’idée d'une France multiculturelle que je refuse et très fédéraliste, pour ne pas dire mondialiste, sur le plan économique, a-t-il expliqué dans Le Figaro. Le projet de François Fillon, lui, a intégré un certain nombre d’éléments essentiels. Donc, je le soutiens pour que son projet l’emporte sur celui d’Alain Juppé. »

Revendiquant une forme de réalisme, le mouvement Sens commun, émanation politique de La Manif pour tous, a tout de même choisi de faire campagne pour Fillon. Tout comme Frigide Barjot, l’égérie des anti-mariage pour tous, séduite par les atermoiements de l’ancien premier ministre sur la question de l’avortement, mais aussi par ses prises de position contre la gestation pour autrui (GPA) et la procréation médicalement assistée (PMA). Face à un Alain Juppé jugé « un peu mou et pas net sur les questions sociétales », Sens commun a préféré « l’honnêteté de François Fillon et son combat pour les valeurs », expliquait à Mediapart la porte-parole du collectif, Madeleine de Jessey, quelques jours avant le premier tour.

La jeune femme a beaucoup œuvré pour mobiliser les réseaux de la cathosphère derrière la candidature de l’ancien premier ministre. En réunion publique, « à chaque fois qu’elle a pris la parole, c’était mesuré », tient à préciser le député de Paris Jean-François Lamour. Mardi soir, à Lyon, elle était encore au premier rang du meeting, aux côtés du président par intérim de LR, Laurent Wauquiez. Fin mai, la même Madeleine de Jessey posait tout sourire, dos à dos avec Marion Maréchal-Le Pen, en couverture d’un numéro de l’hebdomadaire Famille chrétienne titré« Les Frondeuses ».

Dans l’entretien croisé, les deux femmes devisaient sur une éventuelle alliance entre leurs mouvements respectifs. « Le drame aujourd’hui est que les partis censés incarner les clivages politiques, au demeurant légitimes, ne représentent plus les Français. Nous allons au-devant de recomposition majeure en 2017, assurait à l’époque la porte-parole de Sens commun. Il existe un espace politique – conservateur et souverainiste – qui n’est pas investi. Je verrais d’un très bon œil que cet espace se structure. Son objectif serait de voir se lever tous ceux qui, au sein des Républicains, n’en peuvent plus de cette ligne fédéraliste et laxiste. »

 

Pointant ses divergences avec les discours de Marine Le Pen et Florian Philippot – qui se résument à « leur étatisme en matière d’économie » et à « l’éducation qu’ils souhaitent centraliser encore plus » –, Madeleine de Jessey estimait que « les esprits sont mûrs pour faire quelque chose de neuf à droite », avant de lancer une perche à peine voilée à Marion Maréchal-Le Pen : « Il existerait d’autres alternatives qu’une fusion pure et simple dans le FN. Encore faudrait-il être prêt à se détacher de toute logique partisane ou dynastique… » Il n’en fallait pas plus à la députée frontiste pour tomber sous le charme. « Ce sont des gens [Sens commun – ndlr] avec qui j’aimerais travailler demain, confiait-elle au Figaro après la rencontre. C’est une génération avec laquelle on peut s’entendre. »

Gérard Longuet, Anne Méaux... les anciens d’Occident

Si François Fillon explique dans son livre Faire (Éd. Albin Michel) avoir « toujours combattu l’extrême droite parce qu’elle n’a jamais apporté dans notre histoire que le malheur et la honte [et] parce qu’elle incarne les traits les plus sombres de notre caractère », il lui a tout de même donné de sacrés gages. Rien d’étonnant, par conséquent, à voir le député et maire d’Orange Jacques Bompard, fondateur du parti d’extrême droite Ligue du Sud, ou encore le xénophobe Henry de Lesquen, patron de Radio Courtoisie, lui apporter leur soutien. Sur leur fil Twitter, les deux hommes ont repris à leur compte la polémique agitée par la fachosphère depuis des années autour de la proximité d’Alain Juppé – rebaptisé « Ali Juppé » – avec le très républicain imam de Bordeaux, figure de l’UOIF.

Les mêmes qui regrettent ce jeudi dans Le Figaro que le maire de Bordeaux emprunte« les mots que la gauche a forgés pour mieux emprisonner la candidature de François Fillon » ne disent rien du vocabulaire de l’extrême droite. Hors de question de fâcher d’éventuels électeurs. « La logique de rassemblement dans laquelle nous sommes s’adresse à tout le monde, souligne le député filloniste Serge Grouard. François Fillon n’est pas dans le compromis, il a un projet, qui l’aime le suive. Tant mieux si du point de vue politique, on évite que des gens ne finissent par voter FN. » Comprendre cette partie poreuse de l’électorat qui, depuis plusieurs années, oscille entre la droite de gouvernement et l’extrême droite. S’il s’arrête officiellement aux élus FN, le spectre de Fillon englobe Philippe de Villiers, reconnaissent plusieurs de ses proches interrogés par Mediapart.

Le fondateur du Mouvement pour la France (MPF), qui avait à maintes reprises affiché sa sympathie pour Jean-Frédéric Poisson, ne s’est pas encore exprimé sur le nouveau favori de la primaire de la droite et du centre. Il a en revanche lui aussi attaqué le maire de Bordeaux. « Pour moi Juppé c’est un dhimmi [...] qui est en situation d’infériorité et qui remercie l’islam de le protéger », a-t-il affirmé sur la web-télé d’extrême droite TV Libertés. Dans le fief vendéen de Philippe de Villiers, François Fillon a réuni 56,3 % des suffrages exprimés au premier tour. « Surtout grâce au travail de Bruno Retailleau dans la région », souligne Jean-François Lamour. Le président du conseil régional des Pays de la Loire, également patron du groupe LR au Sénat, fut très longtemps proche du fondateur du MPF. C’est d’ailleurs sous les couleurs du parti souverainiste qu’il est entré au Sénat en 2004.

 

 

 

Fidèles, sarkozystes, droite extrême: les soutiens empoisonnés de François Fillon (Ellen Salvi, Médiapart - 24 novembre 2016)

Soutien de la première heure, Retailleau fait partie de la garde rapprochée de l’ancien premier ministre. Il y côtoie bon nombre d’autres élus, tels les député(e)s Jérôme Chartier, Valérie Boyer, Serge Grouard, Isabelle Le Callenec et Philippe Houillon, ou encore les sénateurs Philippe Bas, Gérard Larcher ou Gérard Longuet. Dans l’équipe de campagne, l’ancien ministre de la défense a d’ailleurs retrouvé la communicante Anne Méaux, présidente de l’agence Image 7. Il y a cinquante ans, quand ils étaient « jeunes et libres » pour reprendre les mots de Longuet, les deux fillonistes militaient au sein du mouvement d’extrême droite Occident, dissous en 1968.

Parmi les politiques qui gravitent autour de François Fillon, on retrouve également le député des Français de l’étranger Thierry Mariani, vice-président du groupe d’amitié France-Russie à l’Assemblée et coprésident de l’association Dialogue franco-russe. C’est lui qui s’était rendu à Damas, au printemps dernier, pour rencontrer Bachar al-Assad, en compagnie de quatre autres députés LR – dont les fillonistes Valérie Boyer et Nicolas Dhuicq –, et de l’ancien président du Front national de la jeunesse (FNJ), Julien Rochedy. Lui aussi qui avait déjà suscité la controverse en juillet 2015, en partant en Crimée, péninsule ukrainienne annexée par la Russie. Dans l’équipe de campagne, Mariani fait partie de ceux chargés de « défendre la souveraineté de la France ».

Côté opérationnel, l’ancien premier ministre peut également compter sur une poignée de personnes qui ont mené toute la campagne à ses côtés. Certains, comme Éric Chomaudon, Antoine Gosset-Grainville, Igor Mitrofanoff, Myriam Lévy et Jean de Boishue, travaillaient déjà avec lui à Matignon. Mais celui à qui Fillon doit sans doute sa victoire reste Patrick Stefanini, qui anime depuis 2013 le club de réflexion politiqueForce républicaine, et s’est vu accorder la direction de campagne.

Ancien directeur adjoint du cabinet d’Alain Juppé à Matignon, aux côtés duquel il a été condamné dans l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris et à qui il avait d’abord proposé ses services, ce haut fonctionnaire de 63 ans avait déjà fait gagner Jacques Chirac à la présidentielle de 1995 et Valérie Pécresse aux régionales de 2015. Nommé à la tête du Comité interministériel de contrôle de l’immigration en mai 2005, il est aussi celui qui a conçu et fabriqué le ministère le plus controversé du mandat de Nicolas Sarkozy : celui de l’immigration et de l’identité nationale.

En 1997, alors qu’il est secrétaire général adjoint du RPR, Stefanini fait partie de ceux qui s’interrogent sur l’attitude à tenir vis-à-vis du FN. La même année, aux élections législatives, le parti de Jean-Marie Le Pen s’est retrouvé en triangulaire face à la droite et à la gauche dans 77 circonscriptions. Un record qui repose sur la table la question d’éventuels accord électoraux avec l’extrême droite. Pour contourner le problème, Stefanini et Pasqua imaginent l’introduction d’une dose de proportionnelle dans le mode de scrutin actuel, mais une partie de la droite reste farouchement opposée à l’idée de discuter avec les frontistes. Tout juste réélu député, François Fillon assure que son mentor Philippe Seguin « ne négociera jamais » avec le parti de Le Pen. Vingt années ont passé depuis.

 

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