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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 08:34
3000 nuits, de Mai Masri

3000 nuits, de Mai Masri

En salle en France le 4 janvier 2017, le nouveau film de la réalisatrice palestinienne Mai Masri 3000 Nuitsporte avec force la voix des détenues palestiniennes. Nous avons pu le voir dans le cadre de la quatrième édition des rencontres internationales des cinémas arabes à l’initiative de l’association de promotion et de diffusion des cinémas arabes à Marseille et en Méditerranée (Aflam) au musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem).

Une pluie battante qui tombe cinglante. Des prisonniers dans un fourgon menottés. Les images en fondu enchaîné se figent sur le visage ensanglanté de Layal Asfour. La jeune institutrice de Ramallah était là au mauvais moment. Elle est intervenue pour porter secours à un tout jeune Palestinien blessé. Il est poursuivi pour terrorisme. Elle le sera à son tour, mécaniquement. Descente aux enfers. Prison israélienne de haute sécurité. Le scénario se déroule dans les années 1980, lorsque les prisonniers politiques et de droit commun israéliens et palestiniens sont encore détenus ensemble.

Cette captivante œuvre de fiction ancrée dans le réel est la dernière création de Mai Masri, que l’on connaît davantage pour son travail documentaire, souvent en coréalisation avec son compagnon Jean Chamoun. Tous deux archivent la résistance palestinienne et libanaise. Mai Masri a abondamment traité de la guerre et de la détention, et plus particulièrement de leurs conséquences sur la vie des femmes et des enfants. Cette première fiction lui a déjà valu d’être distinguée par une vingtaine de prix, dont sept en France, et une présentation aux Oscars, avant que le film, réalisé de manière indépendante (Nour Films, Orjouane Productions, Les Films d’ici) ne sorte en salle en janvier 2017.

NOUR (LUMIÈRE) DANS LA NUIT

Une fois incarcérée, Layal Asfour devient le matricule 735. Elle est d’abord mise en cellule avec des Israéliennes qui éructent leur haine des Arabes et de la langue arabe au premier regard. Un huis clos insoutenable. Puis elle rejoindra des Palestiniennes. Il y a là Jamilé, Ouma Ali, Sanaa, résistante libanaise qui a perdu un bras… : tous les visages et toutes les générations de femmes en lutte contre l’occupation. Layal Asfour découvre avec stupéfaction qu’elle est enceinte, puis que l’homme qu’elle aimait, son mari, ne va pas hésiter à l’abandonner, refusant de renoncer au visa qu’ils avaient demandé pour rejoindre le Canada. Contre son chantage à l’avortement et à la dénonciation, pour sauver la peau du jeune Palestinien qu’elle a aidé, elle n’hésite pas une seconde et lui tourne le dos et le cœur. Pour Mai Masri, il fallait aussi montrer cette facette de la réalité. Parler des femmes détenues, sur lesquelles il existe très peu de documentation, mais aussi de cet abandon par les hommes — un grand classique universel — tandis que les prisonniers sont toujours soutenus par les femmes et les familles.

Lorsque la condamnation à huit ans de réclusion, soit trois mille nuits, tombe, Layal Asfour est sonnée. En prison, elle va devenir une autre. C’est d’abord l’arrivée de son fils, Nour, dont elle accouche menottée, qui change son rapport au monde et la relation avec ses codétenues. L’enfant devient pour elles une flamme de vie à protéger et faire grandir. Les images de Mai Masri et de son opérateur, Gilles Porte, sont d’une beauté rare, saisissant la vie et la joie comme des herbes folles surgies de ce monde de non-droit et de terreur parfaitement restitué par le travail sur les décors d’Hussein Baydoun.

LE PRIX DE L’INSOUMISSION

Mai Masri creuse aussi jusqu’à l’os toutes les relations perverses et sadiques mises en place par les gardiennes, le chantage permanent à la dénonciation et à la collaboration, la complexité des relations entre détenues. Les Palestiniennes sont assignées au ménage et à la cuisine. Les scènes de rébellion sont quotidiennes et finissent parfois en batailles homériques de nourriture entre détenues israéliennes et palestiniennes. Mais ce qui va vraiment devenir l’insoumission absolue, c’est lorsque les nouvelles du massacre de Sabra et Chatila pénètrent à l’intérieur de la prison. Plus rien ne peut arrêter la rage et la grève de la faim des prisonnières qui vont s’étendre au bâtiment voisin où sont détenus les hommes. La répression est sauvage. « Je ne veux plus les entendre respirer », hurle une geôlière.

Encerclement, gaz, coups. Layal Asfour va payer le prix fort pour sa révolte. Elle se verra arracher son fils qui a atteint ses deux ans et que seule la soumission aurait pu lui permettre de garder auprès d’elle un peu plus longtemps.

Mai Masri a tourné ce film fort et dérangeant dans une prison jordanienne désaffectée, avec d’anciens détenus palestiniens qui ont interprété tous les rôles après un long travail de recueil de témoignages. L’interrogateur israélien est un Palestinien qui a été détenu durant cinq ans en Israël. L’une des actrices a rendu visite à son frère durant quinze ans et retrouvé en jouant la violence de cette histoire intime et collective. Layal Asfour est interprétée à fleur de peau par Maisa Abd Elhadi, actrice palestinienne qui crève l’écran et joue ici son premier rôle aussi politiquement engagé, inspiré de l’histoire vraie d’une jeune mère palestinienne, et qu’elle porte avec fierté.

UN MIROIR AUX YEUX DU MONDE

Depuis 1948, plus de 700 000 Palestiniens ont été détenus dans les geôles israéliennes. Ils sont aujourd’hui près de 7 000, hommes, femmes et enfants à y croupir. Pourquoi inscrire le film dans les années 1980 alors que la situation perdure ? Pour la documentariste, ces années étaient particulièrement éclairantes et rendent compte d’un parcours de lutte politique avec des avancées et des reculs. Aujourd’hui les détenus politiques et de droit commun, israéliens et palestiniens, sont séparés. Les moyens de déjouer les interdictions de communiquer sont devenus plus difficiles à contourner. La détention frappe toutes les familles. Entre août 2015 et avril 2016, le nombre d’enfants emprisonnés a triplé. Les prisonniers restent donc un enjeu emblématique et déterminant de la lutte pour l’autodétermination, et l’obtention de leur libération s’inscrit dans l’histoire nationale. Comme lors de cet échange, en 1983, — auquel le film fait référence —, de six Israéliens détenus parl’Organisation de libération de la Palestine (OLP) contre 4 700 prisonniers palestiniens et libanais. Un événement marquant que Mai Masri fait jouer et qu’elle redouble d’images d’archives, tout comme pour l’évocation de Sabra et Chatila. Cela participe aussi à donner à la fiction son ancrage et son souffle. Ici l’on sait que tout est vrai. Les histoires se mélangent et se télescopent, mais elles ont toutes été vécues. Et elles perdurent.

Le film a été projeté dans plusieurs pays arabe, primé à Carthage, et aussi diffusé en Israël, en Cisjordanie et à Gaza. Un miroir brandi aux yeux du monde.

 

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 08:20
Stop au management inhumain, boycottons Auchan ! - le Calvaire d'une caissière de Auchan Tourcoing victime d'une fausse couche pour cause de maltraitance au travail

Auchan. Une entreprise domiciliée en Belgique pour échapper à l’impôt, 88 millions de #CICE, hausse du salaire des dirigeants : 12,5%. Pour quels résultats ? 

En 2016, licenciement d'une caissière pour une erreur de caisse de 83 centimes, aujourd'hui sanction d'une salariée victime d'une fausse couche ..

Voici l'histoire de Fadila : 

C’est une jeune salariée âgée de 23 ans embauchée début novembre dans le cadre  d’un contrat de professionnalisation de six mois. Après quelques jours de travail, la jeune femme commence à souffrir de nausées et de maux de tête. Verdict de son médecin : « vous êtes enceinte ! ». Une nouvelle magnifique qui va tourner au cauchemar !

Immédiatement elle sollicite sa hiérarchie afin d’alléger son planning et de lui permettre  de se rendre aux toilettes. La réponse de la direction est sans appel, c’est non. Le quotidien de Fadila est le suivant : travailler huit heures d’affilée en caisse avec vingt minutes de pause. Intenable pour la jeune femme qui multiplie les malaises. S’en suivra un arrêt maladie.

Le 21 novembre, elle reprend son poste. Le 22 novembre la souffrance devient insupportable. Elle demande alors un doliprane. Réponse de la direction : non. 17 heures, Fadila se lève, et découvre son fauteuil plein de sang. Alertés, les pompiers arrivent rapidement sur place et invitent Fadila à se rendre aux toilettes.

C’est trop tard, le drame vient d’avoir lieu. Dans la cuvette les pompiers découvrent le fœtus. Terrible.

Pas au bout de ses souffrances, la jeune femme est priée par l’entreprise d’amener un justificatif concernant son absence et son départ précipité de la veille. Incroyable.

Comble de l’insupportable, la direction d’Auchan lui verse un salaire de  350 euros en novembre, refusant ainsi de lui rémunérer  la «période d’arrêt consécutive à ce drame personnel».

Demain c'est quoi ? La mort sur le lieu de travail peut-être ! 

Il serait temps de mettre fin à ce régime féodal !

En solidarité avec toutes celles et ceux, qui au quotidien sont victimes de ce management inhumain, prenons une décision radicale, boycottons les magasins Auchan ! 

Frappons les là ou ça fait mal, au portefeuille ! 

Lire la lettre de pétition

 

Pour ce mois de calvaire, Fadila n’a touché que 350,64/euros net.

Pour ce mois de calvaire, Fadila n’a touché que 350,64/euros net.

Lire aussi dans Ouest-France: 

Fausse-couche chez Auchan. « J’ai été empêchée » d'aller aux toilettes
http://www.ouest-france.fr/economie/entreprises/auchan/une-salariee-accuse-auchan-de-negligence-apres-sa-fausse-couche-4706736
 

Auchan : Le Calvaire d'une employée victime d’une fausse couche à sa caisse
PIERRIC MARISSAL
MERCREDI, 28 DÉCEMBRE, 2016
L'HUMANITÉ

Victime d’une fausse couche à sa caisse, une employée du Auchan City de Tourcoing se bat pour la reconnaissance du drame qu’elle a vécu.

Le 22 novembre à 14 heures, Fadila (prénom modifié – NDLR), jeune femme de 23 ans, s’installe à la caisse 1 du Auchan City de Tourcoing. De fortes douleurs lui vrillent le ventre. Elle est enceinte de trois mois et souffre de complications. Mais ni son poste ni sa charge de travail n’ont été aménagés, malgré ses demandes répétées auprès de la direction. Appelée à l’aide vers 15 heures, sa responsable répond qu’elle est occupée. La salariée, en contrat d’apprentissage, se tourne alors vers la sécurité et demande, en vain, du paracétamol pour soulager la douleur. Avec la fin d’après-midi, le magasin se remplit. Les spasmes deviennent insupportables, la caissière est très pâle et les clients commencent à s’inquiéter pour elle. Fadila se lève de sa chaise, la voit couverte de sang. Son pantalon aussi est maculé. Elle demande aux clients de se diriger vers d’autres caisses. Un responsable, qui réagit enfin, l’engueule : « Ce n’est pas l’heure de fermer ta caisse ! » et l’enjoint de rester assise. Fadila fond en larmes. Un agent de sécurité appelle les pompiers, qui arrivent prestement.

« Il faudra amener un justificatif », lui dit sa responsable

« Ils m’ont demandé si j’avais pu aller aux toilettes, raconte-t-elle. Je leur ai répondu que j’en avais été empêchée. » Elle y va alors. « Mon sang ne cessait de s’écouler, c’était interminable. Quand je suis sortie, un pompier, muni de gants, est allé chercher un fœtus dans la cuvette et m’annonça la perte de mon bébé. » Fadila est ensuite hospitalisée, extrêmement choquée. « Il faudra amener un justificatif », lui dit en tout et pour tout sa responsable à la sortie de l’hôpital.

C’est peu après que Fadila a poussé la porte de la CGT de Tourcoing. « Nos locaux sont à 200 mètres à peine d’Auchan City, raconte Samuel Meegens, le secrétaire général de l’union locale du syndicat. On a immédiatement compris qu’elle avait un besoin énorme que soit reconnu le drame qui lui était arrivé. C’est une jeune femme pleine de principes et elle ressent bien que ce qu’elle a subi est indigne. Elle a vécu tout cela avec un sentiment de culpabilité énorme. »

Aujourd’hui Fadila va mieux. « Je sens que je ne suis plus toute seule, assure-t-elle. Je peux parler et faire connaître mon histoire. Mais je suis encore en colère et j’attends des excuses d’Auchan. Jamais plus je ne porterai sur ces magasins le même regard qu’avant. Tout a changé. Cela va être très difficile de pardonner. C’était mon bébé… Et ma santé qui était en péril. On est bientôt en 2017, c’est incroyable qu’on puisse perdre son bébé comme ça sur son lieu de travail. »

Et le combat ne fait que commencer. Une enquête du comité d’hygiène et de sécurité de l’entreprise est lancée, avec le soutien de la CGT. La direction du Auchan City de Tourcoing n’a en revanche renvoyé la déclaration d’accident du travail que le 23 décembre. Deux jours avant, Fadila recevait de cette même direction une lettre de rappel à l’ordre, car elle n’avait pas envoyé de justificatif médical dans les 48 heures… « Et la cerise sur le gâteau, s’énerve Ioannis Kappopoulos, son avocat, c’est qu’elle a subi une semaine de retenue de salaire parce que son badge ne marchait pas. » Pour ce mois de calvaire, Fadila n’a touché que 350,64 euros net. La plainte pénale va être multiforme, annonce l’avocat, citant le « non-respect d’une obligation de prévention » et la « non-assistance à personne en danger ». « Et puis on lancera une procédure prud’homale s’ils ne régularisent pas les heures, précise-t-il. Dans ce magasin, c’est la chasse aux délégués syndicaux. Cet été, ils ont viré une caissière pour une erreur de caisse de 0,85 euro (voir l’Humanité du 4 août 2016 – NDLR) et aujourd’hui ils laissent sur sa chaise une salariée qui fait une fausse couche en souffrant le martyre pendant six heures. »

Jusqu’ici, Auchan n’a réagi que par un bref communiqué émanant du siège. « La direction d’Auchan City est extrêmement attristée par l’épreuve rencontrée par l’hôtesse de caisse », assure le bref texte. Selon Auchan, « dès que sa hiérarchie a été informée du problème rencontré par l’hôtesse, elle a alerté les secours et l’hôtesse a été prise en charge rapidement ». En revanche, joint au téléphone, un porte-parole du groupe prétend que la direction du magasin « n’a jamais reçu de demande d’aménagement de poste ».

Auchan City Tourcoing appartient à AMV Distribution, qui est lui-même présidé par Auchan France, donc la famille Mulliez, l’une des plus grandes fortunes de France. « Auchan City est une filiale mais aussi une expérimentation managériale, explique Samuel Meegens, où les salariés ont moins de droits et sont moins nombreux que dans les magasins habituels. » Et il y a une vraie souffrance chez les travailleurs de ce magasin. « À l’union locale, on a reçu des dizaines de salariés d’Auchan City Tourcoing. Même le premier directeur du magasin est venu lorsqu’il s’est fait licencier. » Et cela, dans un contexte où le maire de droite de Tourcoing, Gérald Darmanin, veut priver la CGT de ses locaux. « S’il arrive à ses fins, des histoires comme celles de Fadila resteront sous silence », met en garde le syndicaliste. Car, dans cette ville où un quart de la population vit sous le seuil de pauvreté, la CGT s’occupe aussi beaucoup des détresses individuelles. « Et la famille Mulliez est l’un des premiers employeurs de la ville, leurs salariés représentent près de la moitié des gens que l’on syndique. »

Journaliste, spécialiste des nouvelles technologies

 

 

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 06:48

L’HUMANITE

Mardi 27 décembre 2016

PIERRIC MARISSAL

 

 

Les start-up et entrepreneurs sont chouchoutés par nombre de candidats à la présidentielle, ils seraient innovants et créateurs d'emplois.
10% des Start-up survivent après 3 ans d’existence, tandis que 65% des scops dépassent les 5 ans.

 

Plongée au cœur de la réalité économique de ces jeunes pousses trop à la mode.

 

À 16 ans, Philippine a bien intégré tous les codes. Vêtue de son sweat-shirt à capuche floqué du logo de son entreprise, New School, l'uniforme popularisé par Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, la lycéenne des Yvelines écume les concours de start-up où elle présente son idée devant des investisseurs. Après avoir récupéré plus de 60 000 euros en financement participatif et avant même sa première levée de fonds, elle fut la coqueluche de plusieurs médias, a reçu le soutien du candidat à la primaire de la droite Alain Juppé et de l'ex-présidente du Medef Laurence Parisot et est devenue le symbole français d'un « esprit start-up ».

 

LE PREMIER TOUR DE FINANCEMENT D'UNE START-UP, C'EST 500 000 EUROS

Son idée est simple : faciliter l'appel des élèves en début de cours. Chacun d'entre eux est équipé d'un badge électronique. Le professeur envoie juste un signal via son smartphone et peut commencer la classe. Si au bout de dix minutes un élève manque à l'appel, une notification est envoyée à l'enseignant et un SMS transmis aux parents. Du simple flicage par la technologie, en somme. Mais l'enrobage « innovant » et la promesse de faire gagner 28 heures de cours par an en automatisant le temps de l'appel séduit. L'éducation nationale étudie la question. Un programme test est même en cours dans les Yvelines et Apple a pris la jeune start-uppeuse sous son aile. L'anecdote montre combien l'engouement autour de ces jeunes entrepreneurs technologiques est aujourd'hui puissant. Toulouse est « So Start-up! », la « Loire Valley » espère rapprocher la Touraine de la Californie, mais c'est Paris qui s'affirme comme la « Silicon Valley à la française ». En dix ans, ce nouveau modèle de réussite s'est imposé et offre une cure de jouvence au capitalisme. Devenir milliardaire en étant son propre patron devient la consécration accessible à tous, du moment qu'on trouve la bonne idée au moment juste, pour rencontrer les consommateurs.

Et l'argent coule à flots. « Le montant moyen investi en amorçage, c'est-à-dire le premier tour de financement d'une start-up, c'est 500 000 euros. En échange, elle lâche 25 à 30 % de son capital. Cela veut dire que la start-up est valorisée au moins 1,5 million d'euros », explique Charles Degand, startupper et grand connaisseur du milieu. La valeur de ces entreprises est uniquement basée sur les normes du marché, détachées du chiffre d'affaires. Les start-up se placent en marge du reste de l'économie. « Les investisseurs payent tout de suite le prix qu'ils espèrent que la start-up vaudra dans deux ou trois ans, explique le fondateur de FundMe et d'AngelSquare. Un plombier, par exemple, n'a pas ce potentiel de croissance. Mais une place de marché qui recense tous les plombiers du territoire et qui permet à n'importe quel Français de trouver son artisan en quelques minutes, là il y a de l'innovation et du potentiel. »

 

 

« EN FRANCE ON N'A NI LA MASSE, NI CETTE CULTURE DU CAPITAL RISQUE »

Les « business angels » les plus connus sont de grands entrepreneurs du Web, comme Xavier Niel, fondateur de Free, Jacques-Antoine Granjon (Vente-privée.com) ou Henri Seydoux, fils du patron de Pathé et PDG de l'entreprise Parrot, spécialiste des drones... On trouve aussi d'autres fondateurs de start-up, des avocats ou des cadres de grandes entreprises.

Certains investisseurs sont tellement influents que la Banque publique d'investissement (BPI) fournit des aides automatiques aux entreprises qu'ils financent... Les start-up sont aussi très soutenues par l'argent public. Par exemple, 81 % d'entre elles bénéficient du crédit d'impôt compétitivité emploi (Cice), 71 % du crédit d'impôt recherche (CIR). La BPI offre de nombreuses subventions et les collectivités des aides à l'installation.

Les business angels sont particulièrement chouchoutés dans le programme de François Fillon. Le candidat de droite veut multiplier leur nombre par dix car ils ne seraient « que 8 000 » en France. Pour cela, il promet de nouvelles réductions d'impôts pour ceux qui investissent dans les start-up. Et, en cas de perte de capital, il suggère de demander au fisc de rembourser 50 % des montants investis. Une mesure plus qu'inquiétante, 9 start-up sur 10 disparaissant dans les trois ans après leur création... « C'est la privatisation des profits et la mutualisation des pertes, reconnaît Charles Degand. Et puis, c'est la menace de créer une bulle spéculative autour des start-up qui seront valorisées des millions alors qu'elles ne gagneront pas un euro... »

Yann Le Pollotec, responsable du secteur révolution numérique au sein du PCF, explique que ce modèle très déséquilibré n’est pas adapté à la France. « Aux États-Unis, ils créent des milliers de start-up qui disparaissent et seule une poignée sort du lot. C’est une sélection par l’échec. Sauf qu’en France on n’a ni la masse, ni cette culture du capital risque. C’est surtout l’État qui va y mettre de sa poche. Et, plutôt que de mettre de l’argent dans les start-up, l’État ferait mieux d’investir dans la recherche publique, de l’innovation tournée réellement vers l’intérêt général. »

Comme l'essentiel du financement de ces entreprises tourne autour des levées de fonds auprès des investisseurs, le bagout commercial est devenu central. Dans le monde des start-up, on appelle ça le « pitch ». En cinq minutes, pas plus, il faut expliquer pourquoi on va séduire le consommateur en augmentant sa « puissance d'agir » (« empowerment », dans le jargon), exalter le produit, en montrer les challenges... Le tout en parsemant son discours des termes attendus : « Révolutionnaire », « innovant », « disruptif » et de moult anglicismes... « Il y a maintenant des ``coachs de pitch''. Les incubateurs donnent des cours et organisent des ``pitch days'' avec des investisseurs, raconte Charles Degand. Beaucoup de projets n'ont pas grand sens et participent à creuser le fossé qui s'est créé entre les start-up et l'économie normale. J'ai rencontré des boîtes qui vivent depuis cinq ou six ans uniquement par les subventions publiques, des bureaux gratuits, les prix des concours de pitch, sans modèle économique viable. Il ne faut pas caricaturer, mais il faut se rendre compte que les start-up qui vont vraiment marcher sont des exceptions. »

Cet engouement pro-start-up comble aussi un vide. « Comme les hommes politiques n'ont globalement rien de positif à annoncer sur le terrain de l'économie, ils ont pris le créneau des start-up pour avoir des bonnes nouvelles à annoncer, avance Arthur Muller, fondateur de la start-up Liegey Muller Pons (LMP). Un ministre de l'Économie préfère être associé avec le patron de Blablacar qui va recruter 40 développeurs que d'aller se confronter à l'industrie en crise à Florange. » Et les politiques, Arthur Muller les connaît bien. Ce sont ses principaux clients. La start-up propose d'aider les partis à optimiser leur porte-à-porte grâce au big data, en croisant les résultats électoraux et des données sociodémographiques. En marche !, le mouvement d'Emmanuel Macron, s'est offert ses services pour 2017.

 

94 % DES TRAVAILLEURS DE START-UP ONT BAC + 5 MINIMUM

L'ancien ministre est l'un des candidats à la présidentielle les plus enthousiastes. « Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires », lançait-il début 2015. Macron écume les start-up françaises, vante leur force de progrès, d'innovation et, surtout, leurs capacités à créer de l'emploi. Mais, de cela, on peut en douter. « Cela fait débat, surtout aux États-Unis, tempère Arthur Muller. Est-ce que les start-up créent vraiment de l'emploi ou est-ce que leurs activités reposent tellement sur les technologies qu'elles n'ont plus besoin de salariés ? Beaucoup d'entrepreneurs de la Silicon Valley défendent le revenu universel, car, s'ils n'ont plus besoin de salariés, ils ont besoin de consommateurs... » LMP espère recruter dans les prochains mois une dizaine de profils ultra qualifiés. Une constante dans toutes ces start-up technologiques. Le baromètre 2015 réalisé par le cabinet Ernst & Young montre que 94 % des travailleurs de start-up ont bac + 5 minimum. Le mythe du jeune entrepreneur autodidacte en prend un coup. « Mes salariés sortent tous de grandes écoles, comme Polytechnique ou HEC, et ils peuvent tous retrouver du travail demain, reconnaît le patron de LMP. Les développeurs et les statisticiens qui sont capables de faire ce que je leur demande sont très peu nombreux et je dois aller les chercher dès l'école pour les piquer à la finance ou aux assurances. »

Autre information de ce baromètre, 91 % des salariés de ces jeunes pousses sont en CDI. Pourtant, la droite comme Emmanuel Macron promettent à ces entrepreneurs plus de flexibilité, lorsque ce n'est pas de casser complètement le CDI pour qu'ils n'aient plus peur d'embaucher... « Moi, je n'ai jamais entendu un start-upper qui se plaignait du CDI », s'étonne Charles Degand. Même son de cloche chez LMP : « Si je proposais des offres en CDD, les candidats rigoleraient. Mes développeurs demandent une double période d'essai, pour pouvoir partir du jour au lendemain s'ils trouvent mieux ailleurs. Il ne faut pas nous confondre avec les chauffeurs d'Uber, qui sont autoentrepreneurs et non pas salariés de start-up... » Le baromètre avance d'ailleurs que seuls 37 % des patrons de start-up se plaignent du coût du travail français.

Arthur Muller attire ses salariés en leur proposant un projet et une autre organisation du travail, horizontale. « Beaucoup de jeunes aiment travailler dans ces structures, parce qu'il y a une culture de l'échange, de la collaboration. On n'est pas que le maillon d'une chaîne. Mais il faut aussi savoir faire preuve d'autonomie, parfois changer de rôle, c'est exigeant et cela ne plaît pas à tout le monde. » Et le start-upper de reconnaître: « Vous savez, l'écosystème français est très favorable pour les start-up. Mais c'est vrai que pour qui veut monter une entreprise de BTP ou une boulangerie, il n'y a pas toutes ces aides... » D'autres modèles existent pourtant. « C'est vrai que beaucoup de jeunes ne veulent plus de patron et recherchent les moyens d'être créatifs, explique Yann Le Pollotec. Mais, pour cela, les modèles coopératifs de l'économie sociale et solidaire, tout comme les lieux alternatifs comme les fab labs, sont bien plus adaptés que les start-up. »

 

EN QUELQUES CHIFFRES CLÉS

- La France compte un peu plus de 10 000 start-up, la très grande majorité à Paris.

- Le patron de start-up moyen est un homme de 40 ans, titulaire d'un master de grande école. 9 % seulement sont dirigées par des femmes.

- 44 start-up françaises ont levé des fonds en novembre dernier pour un total de 359 millions d'euros. La valorisation cumulée des start-up parisiennes atteint 11 milliards d'euros.

- En 2015, la Banque publique d'investissement a consacré 1,3 milliard d'euros d'aides et de financements aux start-up.

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 06:45

LES GRANDS ENJEUX POUR NOTRE PLANÈTE, PAR GÉRARD LE PUILL

 

 
 
Si l'on veut inverser la tendance et pouvoir répondre aux objectifs de la COP21, boycotter les offres superflues devient un impératif.

Produire, chaque année, les quelque 5,6 millions de sapins de Noël implique d'y consacrer 4 500 hectares de terres agricoles en permanence.

Sans vouloir jouer les rabat-joies, ne faut-il pas s'interroger sur tous les travers induits par la politique de l'offre à l'approche de la fête chrétienne que constitue Noël, cette nuit du 24 au 25 décembre durant laquelle serait né un certain Jésus ? Le père Noël étant venu squatter cette date, les commerçants en ont fait un gros business et cette fête se prépare désormais dès la sortie de la Toussaint. On assiste à la mise en place des illuminations en novembre, tout comme le remplissage des rayons des magasins en jouets.

Puis se mettent en place les marchés de Noël. Ce qui était au départ une tradition partie de Strasbourg et de quelques autres villes de l'est de la France a gagné depuis longtemps la plupart des villes de province, l'esplanade de la Défense, quantité de villes de banlieues en Île-de-France, la capitale n'étant pas en reste dans une débauche d'illuminations bien plus énergivores que les économies réalisées dans ce domaine avec la fermeture des voies sur berges pour les voitures.

Arrivent aussi quelque 5,6 millions de sapins de Noël qui ont poussé pendant sept ans en moyenne sur 650 hectares de terres agricoles pour ce qui est la coupe de l'année alors que le renouvellement annuel de cette ressource implique de lui consacrer 4 500 hectares de terres agricoles en permanence. Tronçonné, transporté par camions sur les lieux de vente, décoré et allumé des semaines durant, le sapin aura été très énergivore dans les jours précédant le passage du père Noël. Puis il faudra le jeter et, si tout va bien, en recycler un maximum comme combustible dans les déchetteries.

Comme on n'arrête pas le progrès dans la mise en place d'une politique de l'offre de plus en plus énergivore, les plages horaires d'ouverture des magasins augmentent à l'approche des fêtes de fin d'année. Aux magasins ouverts sept jours sur sept durant cette période s'ajoutent désormais les commandes par Internet que l'on récupère au guichet du « drive » ou que des livreurs, travaillant comme des esclaves, viennent livrer à domicile. Sachant que le bilan carbone moyen de chaque Français est d'environ 7 tonnes de CO2 larguées chaque année dans l'atmosphère et qu'il convient de diviser nos rejets par trois ou quatre d'ici à 2050 pour tenter de contenir le réchauffement climatique à + 2 °C, il apparaît clairement que le boycott des offres superflues par les consommateurs que nous sommes devient impératif pour commencer à inverser la tendance.

Acheter moins de sapins, moins de décorations, consommer moins d'électricité, offrir moins de cadeaux à des proches dont certains les mettront en vente dès le lendemain sur Internet deviennent autant d'actes civiques pour lutter contre le réchauffement climatique. Mieux vaut inciter nos enfants et nos petits enfants à découvrir de nouvelles formes de sobriété en leur expliquant que celle-ci est désormais indispensable si nous voulons que la vie sur Terre soit encore supportable demain, quand ils auront 50 ans et plus.

 

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 06:35

MERCREDI, 14 DÉCEMBRE, 2016

L'HUMANITÉ

 

Avec les contributions de Marie-Pierre Vieu, membre du comité national du PCF, en charge des relations unitaires, Jean-Jacques Cassar, militant mutualiste et un texte collectif.

 

 
Travailler aux conditions d’une alternative par Marie-Pierre Vieu, membre du comité national du PCF, en charge des relations unitaires

 

 

L’entrée en campagne de François Fillon a eu pour effet immédiat de repolitiser le clivage droite-gauche. Elle n’évacue pas le bilan du dernier quinquennat, même si la non-candidature du président Hollande tente d’effacer la responsabilité du PS dans celui-ci. On entrevoit désormais ce que la contre-révolution LR signifierait de ruptures idéologiques et de société sur les terrains du travail, des droits ou de l’égalité ; le risque, ici comme en Europe, d’une mainmise croissante du FN sur des populations dépourvues de repères. L’unité de la gauche redevient une exigence, car perçue comme le seul moyen d’éviter le pire. Ne pas en tenir cas serait faire abstraction dans la campagne qui s’ouvre de toute construction majoritaire. Face à la dangerosité de la situation, un tel parti pris est disqualifiant. Disant cela, je n’évacue rien du débat politique : ni le fait que l’offensivité droite-FN se nourrit de l’absence d’horizon progressiste, ni le préjudice d’années d’alternance et d’orientations libérales ouvertement assumées par une part prépondérante de la social-démocratie. De Terra Nova à la gauche populaire, de « la politique ne peut rien » au choc de compétitivité et à l’état d’urgence, de DSK à Valls et Macron, ces choix n’ont cessé de déstructurer les fondations du combat progressiste du XXe siècle : le Code du travail, la laïcité, les services publics, la redistribution sociale, les droits de l’homme et du citoyen, l’écologie…

Un appel à l’unité sur le mode du slogan « Au secours, la droite revient ! » restera une incantation. On ne peut faire abstraction des colères et des souffrances accumulées, de la crise politique et du déficit de crédibilité caractérisant le champ tout entier de la gauche. Les socialistes ont leur débat à instruire sur l’évolution de la social-démocratie française. Il sera le cœur de la primaire de janvier : c’est en cela qu’elle ne peut être la primaire de la gauche ! Mais il est aussi cette évidence que 2017 débute dans quinze jours, que l’avenir de notre pays comme des luttes ne peut être suspensible aux recompositions en cours. D’où l’urgence de pousser le débat de projet, d’acter les convergences pour un pacte majoritaire à gauche dès juin prochain.

Le PCF poursuit les initiatives pour travailler aux conditions de cette alternative. Sans réduire cet effort, les communistes ont décidé majoritairement de soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon, conscients que si elle n’est pas une condition suffisante au rassemblement, elle en est une condition nécessaire. La reconstitution du périmètre politique des forces du Front de gauche leur est apparue la meilleure entrée pour travailler à l’unité des forces anti-austéritaires. Tout autre hypothèse était aléatoire, paralysait notre activité militante et nous disqualifiait auprès d’une partie importante des forces que nous voulons mettre en mouvement.

Il ne s’agit pas de taire nos divergences avec Jean-Luc Mélenchon : de contenus, sur les urgences sociales, l’Europe, notre conception de la République, ou de stratégie politique quant à la primauté du mouvement populaire. Nous alimenterons le débat politique et d’idées avec nos propositions de communistes. Mais nous voulons inscrire sa candidature au service du rassemblement majoritaire du peuple de gauche, en faire le repère stable dans l’affirmation de l’alternative.

Je suis consciente du caractère exceptionnel de la situation pouvant conduire l’ensemble de la gauche et des écologistes à réexaminer leurs engagements pour 2017. Mais une chose est d’intégrer cette possibilité alors même que nous serons engagés pour faire bouger les lignes, une autre est que cette éventualité nous plonge dans un attentisme et une dépendance vis-à-vis d’autrui. Soyons acteurs et assumons le sens que nous donnons à notre action.

 

 

 
Contre le recul de civilisation programmé par Jean-Jacques Cassar, militant mutualiste

 

Le succès de François Fillon à la primaire de la droite a dévoilé un programme marqué par une régression et une violence inédites : haro sur la Sécurité sociale ! Haro sur les fonctionnaires ! Haro sur les services publics ! Si les barons du Medef jubilent, l’ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, n’hésite pas, lui, à parler d’« une purge proposée comme jamais depuis la Seconde Guerre mondiale… Ce programme, je le combattrai avec toute mon énergie, jusqu’au bout » (Marianne du 28/11/2016). Les rillettes sont indigestes… Voilà où ont mené ce quinquennat et les reniements répétés de la « gauche de gouvernement » : une droite bien enracinée dans ses fondamentaux, championne revancharde des vaincus de 1945 qui n’ont jamais digéré la création de la Sécurité sociale ! « Ne parlez pas d’acquis sociaux mais de conquis sociaux, parce que le patronat ne désarme jamais », prévenait Ambroise Croizat.

À Nice, le candidat Fillon s’est « lâché » devant 250 patrons (cf. Nice-Matin du 31/10/2016). Le ton de ce monsieur au look impeccable, si bien élevé, est extrêmement révélateur : « Vous voulez qu’on arrête de vous emmerder, qu’on vous laisse travailler, qu’on vous fasse confiance et qu’on arrête avec la bureaucratie, les règlements et les contrôles incessants… » « (Il faut un programme) radical et appliqué par un gouvernement commando (sic !) de 15 ministres (…). Un ministre des Finances dont ce soit la spécialité, un ministre de la Santé reconnu par les praticiens… » Ce vocabulaire guerrier, un tantinet démagogique, signe l’apologie du « coup de main » pour garantir « la liberté du renard libre dans le poulailler libre »…

Le programme du Conseil national de la Résistance (CNR), les Jours heureux, avait posé les bases d’une démocratie sanitaire et sociale éphémère. Ainsi, les représentants des assurés sociaux, et non le seul milieu médical, avaient leur mot à dire sur les questions de santé, car leur existence était en jeu. Les scandales sanitaires à répétition (Mediator, Distilbène, hormone de croissance, amiante…) et des milliers de victimes, voilà le fruit des noces barbares de la technoscience avec l’affairisme, d’où notre vigilance envers les « experts ». Chacun peut constater combien la revendication de liberté sans contrôle du commerce et du profit privé (« libérer les énergies ») va de pair avec une insupportable régression des libertés publiques (criminalisation de l’action syndicale ou de la solidarité envers les migrants), au nom de la « restauration de l’autorité » (des seuls propriétaires).

Le tandem Hollande-Valls a trahi ses électeurs et ouvert des brèches dans l’État social où la droite est prête à s’engouffrer. Responsable de la dureté de la vie pour des millions de personnes, il s’est totalement disqualifié. Il revient désormais aux forces rassemblées autour du programme la France insoumise, porté par Jean-Luc Mélenchon, d’empêcher qu’un commando d’ultras, en col blanc ou en treillis, ne fasse main basse sur notre pays, comme cela s’est déjà vu… Face à ce recul de civilisation programmé, c’est la mission de la gauche authentique, forte de ses valeurs, fière de ses combats et de son histoire, au service de l’émancipation humaine.

 

À gauche, toutes ! Texte collectif

Nous sommes de gauche, chacun dans son coin et ensemble, depuis des décennies. La lutte contre les inégalités, pour les libertés, la lutte contre les totalitarismes, anciens ou nouveaux, la défense de la République, l’espérance d’une écologie sociale. Ce sont nos valeurs, nos guides, nos repères. Tous d’une pleine actualité. Ceux d’une gauche profonde qui durera tant que les failles, les précipices et les manques de ce monde dureront, tant qu’il y aura quelque chose à faire contre l’injustice et l’irresponsabilité environnementale. Seulement, la « gauche politique » est malade, gravement, en ce moment, et c’est la gauche profonde qu’elle menace de contaminer.

Deux phénomènes se combinent pour expliquer ce moment de démoralisation et de confusion que nous traversons, à gauche. D’abord, l’intériorisation à gauche qu’une défaite serait d’ores et déjà inévitable en 2017. La droite a réussi à maquiller sa primaire en présidentielle anticipée. Elle vient de se doter d’un candidat. Les sondages photographient aujourd’hui cette situation : des certitudes à droite et à l’extrême droite, des candidats bien campés sur leurs jambes ; à gauche, des incertitudes, une multiplicité absurde de candidatures aussi montées en épingle que factices. Mais la vraie campagne, celle qui fera bouger des dizaines de millions de Français et s’affronter des candidats réels et non virtuels n’a pas même commencé ! Dans seulement deux mois, les analyses fondées sur une base sondagière volatile seront périmées.

N’acceptons pas le scénario d’une élection présidentielle déjà jouée : pour 2017, après le renoncement de François Hollande, rien n’est perdu. Ce poison de la défaite automatique, on comprend que la droite le répande : il est fait pour paralyser l’électorat de gauche, le neutraliser. Mais, du côté gauche aussi, on s’échine à relayer la neurasthénie du défaitisme. Premier exploit de ce catastrophisme ambiant : avoir laissé quelques centaines de milliers d’électeurs de gauche aller se mêler à la primaire de la droite, grossir les fonds de caisse de monsieur Fillon, signer « sur l’honneur » un engagement à défendre « les valeurs de la droite et du centre » et s’engager pour « l’alternance »…

Deuxième facteur aggravant des difficultés de la gauche : le climat de division outrancière régnant entre les différentes boutiques de gauche : invectives, hurlements à la « trahison » et à la « déchéance morale », transformation des désaccords en divisions, en haines inexpiables, refus d’un certain degré de rassemblement face à la droite et à l’extrême droite, multiplication jusqu’à l’absurde des candidatures concurrentes, alors qu’on sait, cette fois-ci bien à l’avance, que le danger est là : l’élimination de toutes les candidatures de gauche dès le premier tour !

Non, le but de l’élection présidentielle, ce ne sera pas de punir le PS et son candidat. Pas plus de traiter Jean-Luc Mélenchon, qui est un homme de gauche, de dictateur en puissance. L’enjeu qui domine tous les autres, ce sera d’éviter que la gauche ne soit éliminée du premier tour, puis d’empêcher que la droite ou l’extrême droite ne prenne le pouvoir d’État en France. Aucune gauche en France ne peut gagner sans une forme de conciliation entre une gauche modérée et une gauche plus téméraire. La prudence, la volonté d’agir avec mesure, la politique réformiste des petits pas ne sont pas des tares. La révolte, le souhait d’un changement radical et plus rapide non plus.

Cette conciliation entre toutes les gauches, beaucoup s’ingénient à la rendre impossible. En commençant par tuer l’idée d’une grande primaire citoyenne fédérant toutes les gauches. Ouvrons les yeux : ces gens-là, si on les laisse faire, nous mènent droit à l’abattoir en 2017. Pourtant, si la droite qui vient de montrer ses crocs dans sa primaire gagne, ce ne sera pas une alternance comme les autres. Demandez le programme Fillon, lisez-le : rien d’autre que l’entrée dans une société nouvelle dure aux petits, douce aux forts : une fonction publique réduite à l’os, le droit de l’État substitué à l’État de droit, l’écologie aux oubliettes, les droits des femmes remis en cause. Face à cette révolution à la fois conservatrice et hypermoderne, les petites querelles d’ego de gauche qui se battent en duel sont indécentes.

Alors, oui, il faut que chaque sensibilité s’exprime, mais à condition de ménager la possibilité de fronts communs, y compris sur le plan électoral. Les désaccords sont légitimes. Il n’est pas fatal qu’ils se transforment en divisions mortelles, sauf si on le veut, sauf si on a vraiment envie d’arracher son commun des entrailles de la gauche, de la sacrifier là, maintenant, sur l’autel de victoires très différées dans le temps et plus qu’aléatoires. Allons-nous, chacun au nom de sa gauche parfaite, excommunier l’autre gauche parce qu’elle est imparfaite, pour se retrouver tous avec une super-droite plus que parfaite ?

Amies, amis ! La gauche, ce ne sont pas que des appareils, grands et petits : c’est vous, c’est nous ! Ne vous laissez pas intimider par cette violence verbale, ces détestations réciproques qui en ce moment remplacent le débat et empêcheront demain le rassemblement. Intervenez par tous les moyens à votre disposition, mêlez-vous de ce qui vous regarde. Dites aux apprentis fossoyeurs : « Stop ! Arrêtez de semer la dévastation au sein de la gauche. »

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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 08:46
Présentation du projet solidaire de l'AFPS Morlaix avec le camp de réfugiés palestiniens de Jalazone et le centre de réhabilitation pour les handicapés Al Karama

Nous sommes plusieurs adhérent-e-s de l’AFPS du Pays de Morlaix à nous être rendus en Palestine en avril 2016, à plusieurs reprises nous avons visité le camp de réfugiés de Jalazone au nord de Ramallah pour y rencontrer les associations offrant différents services aux habitant-e-s ainsi que le Comité Populaire en charge de son organisation et de son fonctionnement. Reçus de façon très chaleureuse, nous avons pu comprendre les réalités du camp et constater le dénuement dans lequel vit sa population. Des habitant-e-s confronté-e-s depuis 68 ans à l’occupation israélienne et n’ayant aucune reconnaissance administrative autre que celle de réfugiés.

Présentation générale

Le camp de réfugiés de Jalazone fut établi en 1949 sur une surface de 25,3 ha, soit environ 0, 25 km2 . Il est situé à 7 km au nord de Ramallah et en contrebas de la route vers Naplouse. Construit sur une colline dominant le proche village de Jiffna, le camp de Jalazone fait face à la colonie israélienne de Beit El, située en hauteur de l’autre côté de la route de Naplouse protégée par une installation militaire. Ce qui est devenu problématique pour les habitant-e-s du camp.

Les habitants sont originaires de 36 villages, principalement des environs de Lydda (Lod)situé sur l’actuel territoire israélien et des régions centrales de la Palestine, dont ils ont été chassés en 1948. Comme les autres camps de Cisjordanie, Jalazone est construit sur des terres louées pour 99 ans par l’UNRWA, ici au gouvernement jordanien. L’UNRWA est l’agence des Nations Unies dédiée aux réfugiés palestiniens. La population de Jalazone est d’environ 16 000 personnes, dont la moitié ont 20 ans ou moins, et elle croît régulièrement. Le camp a donc une population dense, jeune, sur un territoire strictement délimité par des possibilités d’extension quasi-inexistantes. Donc, ici comme dans les autres camps, l’extension se fait en hauteur, par adjonction de nouveaux étages, les ruelles entre les bâtiments sont extrêmement étroites, l’air et la lumière entrent difficilement dans les habitations, avec tous les problèmes que cela peut engendrer et des répercussions sur la santé notamment des personnes âgées sortant peu ou pas de leurs maisons.

Le fonctionnement du camp

Même s’il ressemble à une ville, du point de vue juridique, le camp n’en est pas vraiment une. Installé par l’UNWRA, il dépend financièrement de cette organisation et non d’une mairie pour tous les services tels que la voirie, l’éducation, la santé, le traitement des ordures ménagères. Deux écoles et le centre de santé dépendent également de l’UNWRA. Pour le reste, les habitants doivent compter sur d’autres aides : dons individuels de la communauté du camp, partenariats extérieurs avec des États, des municipalités, des ONG, des associations de solidarité … A titre d’exemple, le camp dispose d’une école secondaire de filles fondée grâce à un financement allemand. Par contre, il n’y a pas d’école secondaire pour les garçons. L’implication collective des habitants se fait à travers le Comité Populaire du camp et par des associations qui interviennent dans différents domaines. Le comité populaire est composé de 15 personnes, 13 hommes et 2 femmes, issues des différentes associations et des partis politiques du Mouvement National Palestinien. Il est divisé en plusieurs départements correspondant aux différents domaines d’intervention. Outre le Comité Populaire, la vie du camp s’organise autour de plusieurs associations :

• Association pour la réhabilitation des personnes handicapées

• Protection civile

• Associations de femmes

• Centre d’accueil pour les enfants et les jeunes

• Association d’aide aux personnes âgées…

L’occupation israélienne

Au-delà de conditions de vie souvent difficiles, les habitants de Jalazone subissent en plus les effets de l’occupation israélienne. De façon régulière, ils sont la cible de provocations des colons voisins ou des militaires israéliens. Ainsi, ils sont régulièrement visés par des tirs de gaz lacrymogène envoyés depuis la proche colonie. Fréquents sont les vendredis où la fin de la prière, à l’heure de midi, est marquée par l’envoi de ces gaz. Ce fut le cas, le 2ème jour de notre séjour, 10 minutes après notre départ du camp, alors qu’un mariage était célébré. Il arrive aussi fréquemment que des soldats s’approchent de l’école située à l’une des entrées du camp à la fin des horaires scolairessans aucune autre motivation que d’imposer leur présence. Bien évidemment, les gamins réagissent régulièrement par des jets de pierres, souvent au péril de leur intégrité physique, voire de leur vie. On nous parle ainsi de l’un d’entre eux qui, pour une histoire de cartable qu’il voulait récupérer, a reçu une balle dans le dos, froidement tirée, et qui depuis est paralysé dans en fauteuil roulant. Parmi les personnes que nous rencontrons, très nombreux sont ceux à avoir fait plusieurs années de prison et/ou à avoir perdu un ou plusieurs proches. Dans les deux dernières décennies, le camp a compté une trentaine de « martyrs », des centaines de blessés et de très nombreux prisonniers et détenus. A tous les coins du camp se succèdent plaques, photos et graffs commémorant les victimes, généralement jeunes.

Notre projet de solidarité avec l’Association pour la réhabilitation des personnes handicapées

Bien sûr, comme toujours dans de telles situations, les plus faibles sont les plus exposés. Les enfants, les femmes et mères de victimes de guerre, les personnes âgées. Mais aussi les personnes souffrant de handicap dont la plupart sont des victimes directes ou indirectes des confrontations avec les soldats ou les colons israéliens. « L’Association pour la réhabilitation des personnes handicapées » soutient aujourd’hui environ 450 d’entre elles (pour 16.000 habitants environ dans le camp) en faisant fonctionner le Centre Al Karama à l’intérieur même du camp.

Présentation du Centre Al Karama par son directeur Husam Elyam

Le centre de réhabilitation de Jalazone (Al Karama center) est dirigé par Husam Elyam, lors d’un entretien récent (novembre 2016), il est revenu sur les buts et le fonctionnement de son association. - En premier lieu, Husam tient à rappeler que si le centre est très important pour les habitant-e-s de Jalazone, il l’est aussi pour des patients qui viennent de l’extérieur du camp, parfois de loin parce que confrontés à certaines pathologies. - Actuellement, le centre accueille beaucoup de nouveaux patients. Des gens qui souffrent suite à des blessures consécutives aux attaques de l'armée et des colons. Beaucoup de handicaps psychiques, de problèmes psychologiques, notamment dû à la peur et au stress provoqué par ces attaques incessantes. Tous ces problèmes s'additionnent à des handicaps de naissance. Il estime que 4,5% des habitants du camp sont touchés par un handicap… C’est la raison pour laquelle l’association s’est donné comme but principal de favoriser l’intégration sociale dans la communauté du camp des personnes en situation de handicap. - Pour atteindre cet objectif, le centre s’est donné pour mission d’intervenir dans plusieurs directions en même temps. Il offre une prise en charge pluridisciplinaire et assez globale en fonction des besoins recensés. Cela concerne aussi bien les aides paramédicales (rééducation physique, orthophonie, ergothérapie, fourniture de prothèses et autres appareils de rééducation) que le soutien éducatif et social (réhabilitation et aménagement de logements, aide et écoute envers les familles, activités éducatives, enseignement, loisirs...). - Le public accueilli. 60 personnes sont directement et régulièrement suivies au centre Al Kamara, la demande est croissante, mais le centre manque de moyens et d'espace pour pouvoir prendre en charge plus de monde. Il y a 80 personnes sur liste d'attente. Au total, ce sont environ 450 personnes qui à des degrés divers bénéficient des activités du centre. - L’équipe du centre Al Kamara. Elle est composée de 4 professionnels spécialisés aidés par des volontaires bénévoles (3 ou 4 à la fois), souvent des étudiants. Husam, reconnaît volontiers que les professionnels ne sont malheureusement pas assez rémunérés. Jusqu’à aujourd’hui, ces professionnels acceptent un salaire moindre pour permettre au centre de poursuivre ses prises en charge malgré un budget insuffisant. Par exemple un psychologue qui pourrait gagner 1000 dollars en libéral est payé environ 300 à 400 dollars par le centre Al Kamara). - Le financement du centre est assuré par la communauté locale avec le soutien des associations gouvernementales palestiniennes ou non gouvernementales (ONG) et quelques dotations d’entreprises privées.

De retour en France, nous avons pensé que les préoccupations et les buts de cette association pouvaient trouver un écho favorable en Pays de Morlaix où l’aide aux personnes handicapées est particulièrement présente et reconnue par la population locale. C’est pourquoi, nous avons décidé de proposer à l’association pour la réhabilitation des personnes handicapées de Jalazone et au Centre Al Karama un partenariat solidaire qui puisse s’inscrire dans la durée. Notre objectif est de participer concrètement à l’aide financière et matérielle dont les personnes en situation de handicap du camp de Jalazone ont impérativement besoin. Ainsi, nous savons qu’aujourd’hui l’un des besoins prioritaires, souligné par Husam Elyam, concerne les prises en charge en orthopédie et podo-orthèse dont le coût est trop élevé pour la plupart des familles. Pierre Durmann, podo-orthésiste à Brest avait déjà constaté l’ampleur de ces besoins particuliers lors d’un séjour à Jalazone en 2015. C’est évidemment une des pistes que nous devrons suivre pour concrétiser notre aide au centre Al Kamara.

 

Aidez-nous à les aider ! Pour impulser et pérenniser un soutien efficace à l’association pour la réhabilitation des personnes handicapées de Jalazone et au Centre Al Karama nous avons besoin de la mobilisation des ami-e-s de l’Afps du Pays de Morlaix. Pour commencer, nous appelons dès maintenant à une souscription permanente au bénéfice de ce projet et nous nous proposons d’étudier toutes les possibilités susceptibles d’accroitre cette aide financière : demandes de subventions, organisation d’événements… La première initiative en soutien à notre projet est la publication et la mise en vente d’un « Carnet de voyage en Palestine » par l’un des membres de notre mission en Palestine.

BON DE SOUSCRIPTION

Nom : .....................................................................................................................................................

Prénom : ...................................................................................................................................................

Adresse : …………………………………………………………………………………………………………………………………………….. ……………………………………………………………………….......................................................

CP : .............................. Commune :

 

Tél : ………………………………………………………………………………….........................................

Email : (merci d’écrire lisiblement) : ……………………………………………………………………………………………………

Je soutiens l’action de l’Afps Pays de Morlaix auprès des personnes en situation de handicap du camp de réfugiés de Jalazone et je verse la somme de .................................€ Chèques à l'ordre de l'AFPS Pays de Morlaix (avec la mention Jalazone). La réduction d'impôts est de 66% dans la limite de 20% du revenu imposable annuel (un justificatif à destination de l'administration fiscale vous sera envoyé en début d'année suivante). Je souhaite faire un virement régulier pour ce projet et contacter l’Afps du Pays de Morlaix pour la marche à suivre L’Afps du Pays de Morlaix, association loi 1901, est un groupe local de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS). Site : http://www.france-palestine.org Suivez-nous aussi sur Facebook AFPS du Pays de Morlaix 19 rue Waldeck Rousseau 29600 Morlaix afpspaysdemorlaix@yahoo.fr

 

 

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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 08:17

L'HUMANITE

CLOTILDE MATHIEU AVEC M. D'A.

 
APRÈS L'OUVERTURE À LA CONCURRENCE EN MARS 2006, LE MARCHÉ DU FRET FERROVIAIRE N'A CESSÉ DE SE DÉTÉRIORER.

 

EMPLOI Euro Cargo Rail, opérateur privé de fret ferroviaire, va licencier un quart de ses effectifs. L'ouverture du secteur, voulue par Bruxelles il y a dix ans, a largement favorisé la route au détriment du rail.

Alors que le Parlement européen s'apprête à voter l'ouverture à la concurrence des transports ferroviaires nationaux de voyageurs, les leçons de la libéralisation du transport de marchandises n'ont vraisemblablement pas été tirées. Arrivée sur le marché français à la faveur de l'ouverture à la concurrence du fret ferroviaire en 2006, Euro Cargo Rail (ECR), plus gros opérateur de fret privé, est en passe de licencier un quart de ses effectifs.

La course à la rentabilité au détriment du réseau secondaire ECR, filiale de droit privé de l'opérateur public allemand Deutsche Bahn, a annoncé jeudi la suppression prochaine de 377 postes sur les 1200 que compte l'entreprise. Sont concernés 150 postes de conducteur, 70 postes d'AFR (agents de manoeuvre) ­ principalement en Bretagne et sur la côte atlantique ­, ainsi que 80 postes au siège parisien. Certaines agences seront fermées. La direction évoque tout de même de possibles « reclassements dès le début de l'année 2017 » au sein de la SNCF. La CGT, qui n'avait pas « de mots assez durs » pour qualifier ce plan de suppressions de postes « plus lourd que ce qui avait été imaginé », s'est cependant déclarée « très favorable à tous les reclassements possibles et imaginables même dans d'autres sociétés ferroviaires extérieures afin que les salariés impactés gardent un emploi ». Reste que la CGT n'oublie pas la bataille qui débute pour la « pérennité de notre entreprise et pour les salariés qui restent ». Car, depuis sa création, ECR n'a jamais été bénéficiaire. Contrairement aux promesses d'une hausse du trafic ferroviaire après l'ouverture à la concurrence en mars 2006, le marché du fret ferroviaire n'a cessé de se détériorer. Trente-deux milliards de tonnes-kilomètres ­ unité correspondant au déplacement de 1 tonne de marchandises sur 1 kilomètre ­ ont été transportées par le rail en 2013, en France, soit une chute de 31 % par rapport à 2003, selon les derniers chiffres publiés par l'Afra, agence qui regroupe des entreprises privées de transport ferroviaire, citant les chiffres d'Eurostat. Ainsi, poursuit l'Afra, la « part modale du rail est passée de 18,1 % à 14 % entre 2003 et 2013 ». Depuis 2013, la situation d'ECR se dégrade inexorablement du fait de la baisse des aides publiques (220 millions d'euros en 2009 contre 100 millions cette année), conjuguée à l'augmentation du prix des sillons ­ péages ferroviaires dont les opérateurs s'acquittent pour financer, entre autres, l'entretien du réseau. Sur ce dernier point, la direction d'ECR anticipe une augmentation de 4,6 % du tarif des sillons sur les dix prochaines années.

Dans un secteur ultra concurrentiel où le transport routier grignote toujours plus de parts de marché, poussé dans le dos par la baisse des prix du gazole et l'abandon de l'écotaxe poids lourds, ECR va terminer l'exercice 2016 sur une perte opérationnelle de 25 millions d'euros, après avoir accusé un déficit de 13 millions d'euros en 2015.

Vendue comme l'occasion de relancer le transport ferroviaire de marchandises, la libéralisation du fret a accentué la course à la rentabilité, privilégiant les lignes jugées « rentables et durables » au détriment du réseau secondaire, qui a vu se substituer aux trains des milliers de camions.

Alors que le bilan social, économique et environnemental de la libéralisation s'avère désastreux, Bruxelles s'entête sur la voie de la concurrence.

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TRANSPORT DE MARCHANDISES : CHANGEONS D'ÈRE !, LA PAROLE DES CHEMINOTS CONTRE LA DESTRUCTION DU FRET

La destruction organisée du fret ferroviaire, Gilles Balbastre l'a mise en images, promenant sa caméra dans les gares de triage désertées, donnant la parole à ces cheminots qui se battent inlassablement pour la survie d'un outil écologiquement responsable et économiquement rentable. Fils de cheminot, réalisateur des Nouveaux Chiens de garde avec Yannick Kergoat, Gilles Balbastre dénonce ici l'abandon du rail au profit de la route. « La parole des salariés, des élus salariés et des syndicalistes est d'une très grande richesse quand on prend le temps d'aller la chercher et de la restituer », témoigne-t-il. Visionnez le film sur le site de Fret SNCF: http://www.fret21.org/

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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 08:10
Vera Baboun a été élue maire de Bethléem il y a quatre ans. Elle représente le Fatah, le parti de Mahmoud Abbas. / Neal Badache pour La Croix

Vera Baboun a été élue maire de Bethléem il y a quatre ans. Elle représente le Fatah, le parti de Mahmoud Abbas. / Neal Badache pour La Croix

Casque jaune vissé sur la tête, elle avance d’un pas décidé dans les rues désertes et sombres de la petite ville italienne de Norcia, au centre de la péninsule, durement frappée par un violent tremblement de terre quelques semaines plus tôt. En ce mois de décembre, le froid est mordant.

De part et d’autre de la voie, les vitrines des commerces laissent entrevoir les chaises renversées, des objets éparpillés sur le sol. Arrivée sur la place centrale de la commune, considérée comme l’un des plus jolis bourgs du pays, Vera Baboun stoppe net, visiblement émue. Sous ses yeux, la place Saint-Benoît semble un champ de ruines. De la basilique médiévale, il ne reste que la façade.

Sa vie bascule en septembre 1990, trois ans après le début de l’Intifada

« Cette ville a été éprouvée, comme l’est la mienne, je ne pouvais pas repartir chez moi sans manifester ma proximité dans la souffrance des Italiens frappés par cette tragédie. » Chez elle, c’est Bethléem, ville palestinienne dont elle est maire depuis 2012, loin de l’Italie où elle est en déplacement ce jour-là à l’invitation de la mairie d’Assise, liée par un jumelage à sa ville.

Des épreuves, cette femme, vêtue sobrement, coiffée et maquillée avec soin, en a aussi traversé avant de devenir la première femme à occuper ce poste, comme elle le raconte dans son livre Pour l’amour de Bethléem. Ma ville emmurée, écrit avec Philippe Demenet et paru chez Bayard en novembre (1).

En septembre 1990, trois ans après le début de l’Intifada, le soulèvement palestinien contre Israël (2), sa vie bascule. Vera se souvient de cette nuit du 19 septembre comme si c’était hier. « Ils ont frappé à minuit quinze. » Plusieurs soldats israéliens en armes sont à la porte. « Ils ont réclamé mon mari, par son nom, Johnny », explique-t-elle. « Je leur ai simplement demandé de ne pas faire de bruit pour ne pas réveiller mes enfants : je ne voulais pas qu’ils restent avec cette image, qui les aurait traumatisés à vie. »

« Lorsqu’ils ont fermé la porte de notre petit appartement, j’ai dit à mon mari, qu’ils emmenaient, comme c’est l’usage en arabe : que Dieu te garde, poursuit-elle. Je n’avais aucune idée de ce qui était en train de se passer. »

« Quelque chose s’était brisé dans son regard »

Johnny incarcéré pour faits de résistance – non violente, elle tient à le préciser –, la jeune femme de 26 ans se retrouve seule avec trois enfants en bas âge, et sans nouvelles de lui pendant plusieurs semaines.

Un jour, alors que les soldats repassent chez elle pour récupérer une clé dans le garage automobile que dirigeait son mari, ils lui proposent, comme une faveur, de venir le voir. « Il attendait, menotté dans une voiture un peu plus haut. Je l’ai vu par la fenêtre. Ses yeux étaient toujours aussi bleus et aussi beaux, mais quelque chose s’était brisé dans son regard. »

Désemparée, Vera sait qu’elle ne peut pas baisser les bras. Alors qu’elle cherche un emploi pour subvenir aux besoins de sa famille, on lui propose d’enseigner l’anglais à l’université de Bethléem qui vient de rouvrir après avoir été fermée durant la « guerre des pierres ». Bientôt, elle se rend compte que ce salaire ne peut suffire, et pour parvenir à un poste plus important, décide de commencer un master à l’Université hébraïque de Jérusalem.

« Les bénédictions et les grâces se cachent au cœur des souffrances »

« Vous imaginez ? En pleine Intifada, une Palestinienne se rendant à Jérusalem pour des études dans un établissement israélien ! », lance-t-elle l’index levé, comme étonnée de sa propre audace. D’où lui est venue cette force ? « J’ai cru en moi, même quand j’étais la seule à le faire. »

Ces trois années séparées de son mari seront fondatrices. Un jour, alors qu’elle revient avec ses enfants d’une visite à la prison, Vera se souvient d’une phrase entendue des années auparavant, dans une homélie prononcée par un prêtre à Sainte-Catherine, l’église latine adjacente à la basilique de la Nativité. « Les bénédictions et les grâces se cachent au cœur des souffrances. » Elle en fera sa devise.

À sa sortie de prison, Johnny souffre de plusieurs problèmes de santé, liés au stress et aux conditions de détention. Mais le couple se soutiendra encore plusieurs années dans la maladie – Vera subira elle aussi une importante opération – et dans l’éducation des enfants – deux autres naîtront entre-temps –, jusqu’à sa mort, en 2007. La douleur est vive. Mais là encore, elle ne peut abandonner. « Je lui dois bien ça ; Johnny a tant donné pour sa famille et pour son pays… »

« Les pires des murs, ce sont ceux que nous intériorisons »

Aujourd’hui, de son bureau, elle contemple au quotidien la place de la Mangeoire, où se trouve la basilique qui abrite le lieu identifié comme celui de la naissance du Christ. « J’y puise mon courage, l’envie de continuer de me battre pour Bethléem et pour la Palestine, dit-elle. Ici, c’est tous les jours Noël, car nous vivons avec ce mystère de l’Incarnation sous notre regard en permanence, mais chaque jour porte aussi son lot de difficultés. »

Encerclée par le mur de séparation érigé par Israël à partir de 2002 et cernée par de nombreuses colonies, la ville souffre de l’étranglement économique, entraînant chômage et exil. « Les pires des murs, clame-t-elle pourtant, ce sont ceux que nous intériorisons. »

Résister. Encore et toujours. Y compris contre « la haine qui pourrait naître dans son peuple ». Comme un leitmotiv, ce mot revient dans la vie de cette femme aux traits énergiques, où apparaissent ponctuellement des expressions de douceur.

Femme, chrétienne, palestinienne

« Nous sommes un peuple résilient, mais cela ne doit pas se transformer en acceptation d’une situation injuste. » Elle poursuit : « Il faut nous aimer nous-mêmes, aimer nos corps, que l’occupation voudrait contraindre, aimer nos bras, nos jambes, nos voix, tout ce qui nous constitue. »

Femme, chrétienne, palestinienne. Femme dans un monde où le pouvoir appartient aux hommes, chrétienne dans une ville à majorité musulmane, Palestinienne et donc citoyenne d’un pays occupé : autant d’identités qui auraient pu l’enfermer, à l’image de ce mur « qui défigure nos collines ».

Avant de partir pour Norcia, Vera Baboun a voulu saluer les clarisses. Après s’être entretenue avec elles au parloir, elle passe dans l’église Sainte-Claire, qui conserve notamment le célèbre crucifix de saint Damien, celui qui, selon la tradition, s’adressa au « Poverello » pour lui demander de « rebâtir sa maison en ruines ».

« Ma famille est toujours passée avant ma vie professionnelle »

Même si le temps presse, elle veut se recueillir quelques instants. Elle tombe à genoux. La femme orientale, la foi chevillée au corps, prend le dessus. « C’est dans la Croix que je me ressource, sans elle, il n’y a pas de salut. »

Peu après, en voiture sur les routes vallonnées de l’Ombrie, elle évoque sa famille. « J’ai élevé mes enfants et je crois ne m’être pas trop mal débrouillée », sourit-elle, malicieuse, en évoquant ses trois filles et ses deux garçons. « Ma famille est toujours passée avant ma vie professionnelle, sans cela, rien n’a de sens, mais maintenant qu’ils sont adultes, je peux servir dans une autre mission. »

Une mission qu’elle n’aurait jamais envisagée. Devenue directrice d’un établissement scolaire après la mort de son mari, Vera Baboun se rapproche du Fatah, le parti du président Mahmoud Abbas, dont elle apprécie « les efforts diplomatiques » pour défendre la cause palestinienne, ayant abouti à la reconnaissance d’un État par l’ONU en 2012.

Faire entendre sa voix

Mais quelle n’est pas sa surprise lorsqu’elle reçoit une lettre lui demandant de représenter cette formation politique aux élections municipales ! En dépit des réticences initiales de sa famille, elle relève le défi, mène campagne et remporte la victoire, il y a maintenant quatre ans.

« Toute ma vie a été un apprentissage pour construire mon langage, faire entendre ma voix, afin de pouvoir m’exprimer librement et d’être actrice dans la société. »

Fière, elle porte son histoire en bandoulière, mais attend d’« être jugée sur son action politique, pas sur ce qu’elle représente ». « Je n’ai pas la prétention de changer les choses, précise cette battante, mais je veux être un facteur de changement. »

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coups de cœur

Un auteur : Toni Morrison

« Au cours de mes études en littérature anglophone, l’auteur qui m’a le plus rejointe a été sans aucun doute l’Afro-Américaine Toni Morrison, prix Nobel de littérature en 1993. Dans son roman Beloved, chaque mot me touche au cœur. Elle parle d’esclavage et de libération, de conscience de soi, de son corps, de féminité et de voix qui ne se laissent pas étouffer.

C’est grâce à elle que j’ai souhaité me spécialiser en littérature afro-américaine puis, plus tard, que j’ai voulu mener des recherches universitaires sur le genre, pour que les étudiantes palestiniennes puissent devenir elles aussi maîtresses de leurs voix et de leurs choix. »

Un paysage : la mer

« J’aime la mer, où qu’elle se trouve. J’aime l’odeur de l’air marin, et m’asseoir au bord de l’eau. À Bethléem, les côtes ne sont pas loin à vol d’oiseau, mais la situation les fait paraître inaccessibles. La mer, c’est l’ouverture vers le large, c’est un symbole de liberté. »

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bio express

1964. Naissance à Bethléem dans une famille catholique.

1990. Son mari, Johnny, est arrêté par Israël pour résistance. Elle commence à travailler comme professeur d’anglais à l’université de Bethléem un mois plus tard.

1993. Johnny Baboun sort de prison, grandement affaibli.

1995.Vera obtient son master en littérature américaine.

2000. Début de la deuxième Intifada. Vera est élue assistante du doyen des étudiants de l’université de Bethléem.

2010. Devient directrice d’un établissement scolaire de Bethléem.

2012. Victoire aux élections municipales de Bethléem sous les couleurs du Fatah.

2013. Lance les travaux de restauration de la basilique de la Nativité, inscrite la même année au patrimoine mondial de l’Unesco.

2014. En tant que maire, elle accueille le pape François lors de son voyage apostolique 
en Terre sainte.

Marie Malzac

 

 

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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 07:30
la carte du tendre du pouvoir d'influence capitaliste et des concentrations dans les Médias (Le Monde Diplomatique, décembre 2016)

la carte du tendre du pouvoir d'influence capitaliste et des concentrations dans les Médias (Le Monde Diplomatique, décembre 2016)

ll y a tout juste vingt ans, le sociologue Pierre Bourdieu lançait Liber - Raisons d’agir, une maison d’édition dont deux titres — le sien, Sur la télévision (1996), et celui de Serge Halimi, Les Nouveaux Chiens de garde (1997) — analysaient les effets délétères d’un journalisme de marché rongé par les connivences, le panurgisme et la précarité. Leur succès ancra dans le débat d’idées français une critique radicale des médias cultivée de longue date dans les colonnes du Monde diplomatique ; il suscita la fureur des chefferies éditoriales et la sympathie des rieurs.

Deux décennies plus tard, ce mouvement longtemps marginal a convaincu un large public, avec l’aide involontaire d’éditocrates toujours plus arrogants. Mais il a échoué à trouver dans le monde politique et syndical le levier d’une transformation concrète. En roue libre, les dirigeants de médias et leurs actionnaires continuent de mutiler l’information au point de rendre le journalisme haïssable. « Sous ce joug mortifère, écrit Aude Lancelin dans Le Monde libre (1), la presse deviendrait un jour le seul commerce à s’être éteint d’avoir obstinément refusé de donner à ses lecteurs ce qu’ils avaient envie de se procurer. »

« En lisant ton papier, je me suis régalé »

Ancienne directrice adjointe de L’Obs, chargée notamment des pages « Idées », l’auteure a été licenciée en mai dernier pour avoir franchi sur la gauche la ligne du juste milieu juppéo-macronien tenue par l’hebdomadaire (2). Son ouvrage écrit à la dague dépeint l’arrière-plan de cette éviction et brosse un portrait de groupe du journalisme intellectuel qu’on croirait inspiré du Jardin des délicesde Jérôme Bosch. Racheté en 2014 par les actionnaires du groupe Le Monde, MM. Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse, regroupés au sein du holding Le Monde libre, le vénérable Nouvel Observateur fondé un demi-siècle plus tôt devient L’Obs et adopte un nouveau management destiné à usiner à moindre coût le même libéralisme molasson.

Auparavant, raconte Aude Lancelin, la pensée tiède coulait sous la plume de chefs de service puissants, bercés d’illusions littéraires et cultivant des rapports de flagornerie. « Au lendemain de la parution du journal, le flatteur devait prendre un air extatique pour s’adresser à son confrère en disant : “En lisant ton papier, je me suis régalé.” À quoi le flatté se devait de répondre, aussi empourpré que son teint le lui permettait : “Venant de toi, cela me fait particulièrement plaisir.” Avec le nouveau directeur-manager, cette page-là de l’histoire des mœurs était refermée. » Angoissé par l’écriture, le dirigeant nommé par les nouveaux actionnaires, Matthieu Croissandeau, s’épanouit en revanche dans les voyages pour annonceurs publicitaires, les croisières pour lecteurs à la retraite et les « coûteuses séances de coaching, comportant certains jeux de rôles déshonorants »,auxquelles il a inscrit d’office les hiérarques du journal.

Au sein de l’hebdomadaire qui publia naguère Jean-Paul Sartre, les idées circulent au gré des sens interdits et des passages obligés dont Lancelin cartographie l’immuable labyrinthe. À l’aversion des pères fondateurs, Jean Daniel et Claude Perdriel, pour la critique radicale répond le culte voué aux « amis du journal », au premier rang desquels trône Bernard-Henri Lévy. Les directeurs successifs, écrit l’auteure, « rampaient littéralement devant lui. À coups de bristols complices envoyés par coursier, de flatteries soigneusement calculées, de cajoleries téléphoniques à peine vraisemblables et de luxueux déjeuners au Ritz, ce philosophe Potemkine (…) avait obtenu leur complaisance pour mille ans ». Cette affinité élective cristallise le fonds commun idéologique qui unit autour du Parti socialiste les fractions dominantes du monde intellectuel, journalistique et politique depuis la fin du XXe siècle : au-delà du folklore, « il y avait la promesse de pouvoir continuer à être de gauche sans jamais se placer aux côtés du peuple ».

« Club Méditerranée de la culture »

Choses vues à l’intérieur et désormais analysées de l’extérieur : toute l’année, les directeurs de L’Obs, du Point et de Marianne (où l’auteure exerça des responsabilités éditoriales entre 2011 et 2014) « faisaient mine de s’empailler sur les tréteaux comme des marionnettes batailleuses ». Puis ils « passaient tous leurs Nouvel An à festoyer ensemble ». Leurs convergences fondamentales rendent ces individus parfaitement interchangeables : Franz-Olivier Giesbert dirigea alternativement Le Nouvel Observateur et Le Point, Laurent Joffrin Libération et Le Nouvel Observateur,cependant que Renaud Dély pouvait, comme Jacques Julliard, passer de L’Obs à Marianne. « La proximité entre tous ces personnages, lorsqu’elle vous était révélée, donnait le sentiment puissant que la presse, sous son apparence de diversité, n’était qu’une même nappe phréatique de certitudes communes, d’intérêts puissamment liés, de visions en réalité semblables, qui prenaient le soin de se partager en différents fleuves dans les kiosques seulement pour les besoins du commerce et l’amusement de la galerie. »Démonstration par l’absurde de la prééminence de la logique marchande sur celle des idées : Le Point ne résistera pas au plaisir d’enfoncer son concurrent en célébrant sans retenue l’ouvrage d’Aude Lancelin, qui pourtant reproche à L’Obs sa dérive droitière.

C’est à ces logiques industrielles et à leurs maîtres d’œuvre que s’intéresse Laurent Mauduit. Dans Main basse sur l’information (3), le cofondateur en 2008 du site Mediapart décrit l’« asservissement »des grands médias français à une poignée d’oligarques multimédias (voir « Le pouvoir médiatique en France »). Sur un ton indigné parfois un peu surjoué, l’auteur détaille les méthodes et les parcours de MM. Vincent Bolloré, Patrick Drahi, Xavier Niel ou Bernard Arnault. « Ces patrons, manifestement ivres de leur pouvoir, envisagent des censures qui, en d’autres temps, auraient été plus discrètes » — comme celle d’un reportage de Canal Plus qui égratignait un partenaire de M. Bolloré, le nouveau propriétaire.

Critique des médias, vingt ans après (Pierre Rimbert - Le Monde Diplomatique, décembre 2016)

S’offrir un média national, même croulant sous les dettes, revient à emprunter la voie rapide vers le champ du pouvoir. Comme le notent Solveig Godeluck et Emmanuel Paquette dans leur enquête sur le parcours industriel de M. Niel au sein de l’industrie des télécoms, « depuis 2010 et le rachat du quotidien de référence Le Monde, ces politiques tenus en faible estime lui mangent dans la main. On lui prête suffisamment d’influence pour changer le cours d’une élection, et il peut désormais appeler chaque membre du gouvernement sur son portable en cas de besoin (4)  ».

Ce tableau d’ensemble, estime Mauduit, « n’est pas sans rappeler les temps sombres de l’entre-deux-guerres, quand la plupart des grands journaux, propriété de l’une ou l’autre des “deux cents familles”, versaient dans la vénalité ou l’affairisme ». Est-il vraiment besoin de remonter aussi loin ?

La transformation des rapports entre la presse, le pouvoir, l’argent et les intellectuels dont Aude Lancelin subit les effets tardifs s’amorce dès les années 1980. Le Nouvel Observateur, que Bourdieu qualifiait de « Club Méditerranée de la culture », accompagne alors à grand bruit le tournant libéral des socialistes (5). Plus près de nous, Le Monde des années 1995-2005 rassemble déjà les ingrédients constitutifs de la presse d’industrie qui désormais scandalise Laurent Mauduit. Un trio indissociable composé d’Edwy Plenel, directeur de la rédaction et directeur adjoint de l’entreprise, d’Alain Minc, président du conseil de surveillance, et de Jean-Marie Colombani, directeur de la publication, préside alors aux destinées du quotidien vespéral. Ils changeront le journal en groupe de presse, feront entrer des industriels au capital, se rapprocheront de Lagardère (copropriétaire de sa filiale numérique Le Monde interactif), noueront un partenariat avec Bouygues.

Un basculement qui vient de loin

Sur la chaîne LCI, filiale de TF1, Edwy Plenel, futur cofondateur de Mediapart, anime chaque semaine pendant une décennie « Le Monde des idées », une émission de promotion littéraire où défilent les « amis » du journal comme Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut, Pierre Rosanvallon (6). Pour parfaire la fusion de la finance et de l’information, le trio décide même en 2001 l’entrée en Bourse de la SA Le Monde, un projet finalement abandonné en raison de l’effondrement des marchés. Dans l’entreprise, un management plus que rugueux brise ou écarte les gêneurs. En septembre 2003, le journaliste Daniel Schneidermann est sèchement licencié pour avoir publiquement critiqué la manière dont le trio dirigeant a tenté de disqualifier Pierre Péan et Philippe Cohen, auteurs de La Face cachée du Monde (Fayard).

Si Mauduit propose au lecteur d’instructives plongées dans les débats sur la liberté de l’information au XIXe siècle, il reste discret sur ces épisodes contemporains. On peut le comprendre. L’utilité de Mediapart dans l’espace atrophié de la presse indépendante rend inconfortables la formulation autant que l’entendement de toute critique du rôle joué vingt ans plus tôt par les cofondateurs du site. Mais, comme l’a rappelé Frédéric Lordon, « avant Mediapart de gauche, il y a eu un Monde de droite. Et ils en ont été les chefs (7) ».

Quelle importance, objectera-t-on, que Mauduit ait dirigé les pages « Entreprises » d’un Monde qui lançait en fanfare son supplément « Argent » (mars 2001) après avoir appelé les dirigeants français à « suivre la voie économique américaine, caractérisée depuis des années par des réformes de structure, une baisse de la pression fiscale, des coupes claires dans les dépenses de l’État et un retour à l’excédent budgétaire » (éditorial, 5 décembre 1998) ? À quoi bon rappeler le boulevard ouvert par Edwy Plenel à Bernard-Henri Lévy pour rapporter d’Algérie, d’Afghanistan, de Colombie, etc., des reportages truffés d’erreurs, au grand dam des spécialistes du quotidien court-circuités par le grand homme ? C’est tout simplement que ce déplacement affecta l’ensemble de la presse.

Le Monde occupait alors une position centrale et structurante au sein du champ journalistique français. Qu’il glisse à droite, et le centre de gravité éditorial bougerait avec lui. Le paysage en ruine dépeint par Aude Lancelin et Laurent Mauduit résulte aussi de ce basculement.

« Le temps est venu de se révolter contre l’état de servitude dans lequel sont placés la presse et tous les grands médias d’information, radios et télévisions », écrit aujourd’hui le cofondateur de Mediapart. Il était temps que vînt le temps.

Pierre Rimbert

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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 07:10

Une rhétorique religieuse qui transcende les clivages

Qui sont les rebelles syriens ?

Après quatre ans de guerre, la bataille d’Alep reste cruciale pour l’avenir de la Syrie. Assiégés depuis septembre par les forces progouvernementales dans la partie est de la ville, les insurgés appartiennent essentiellement à des mouvements islamistes. Mais leurs milices n’ont pas le monopole de la radicalisation, de l’intégration de combattants étrangers ou du discours religieux.

a multitude et la diversité des acteurs armés qui participent à la bataille d’Alep, et dont beaucoup viennent de l’étranger, expliquent la durée et l’extension du conflit syrien. Pour rendre compte de la situation, il importe d’éviter les simplifications dans la terminologie employée au sujet des combattants. Identifier tant les troupes « rebelles » que les forces qui soutiennent l’armée régulière suppose aussi de comprendre leurs idéologies et leurs projets politiques. Les informations recueillies auprès de chercheurs et de personnes présentes sur le terrain peuvent cependant diverger, en particulier quant au nombre de combattants. Il convient donc de les prendre avec précaution.

S’agissant de l’opposition armée au régime de M. Bachar Al-Assad, on discerne trois types de groupes : ceux qui combattent de façon autonome, ceux qui fusionnent entre eux et ceux qui coordonnent leurs assauts à travers une « chambre d’opérations » (ghourfat al’âmaliyyat). À Alep-Est, où vivraient encore environ 250 000 personnes, ainsi que dans les bastions rebelles proches, deux « chambres d’opérations » principales rassemblent au total entre 10 000 et 20 000 hommes. La première, baptisée Jaïch Al-Fatah (Armée de la conquête), représente près d’un tiers des soldats rebelles. Elle est notamment composée du Front Fatah Al-Cham, l’ex-Front Al-Nosra (la branche syrienne d’Al-Qaida), et de ses alliés.

Plus modérée, la coalition Fatah Halab (Conquête d’Alep) rassemble plusieurs factions proches des Frères musulmans ou affiliées à l’Armée syrienne libre (ASL). Cette coalition représenterait environ la moitié des effectifs qui combattent le régime et ses alliés dans la région, selon Fabrice Balanche, maître de conférences à l’université Lyon-II. Les 15 à 20 % restants correspondent à une dizaine de petits groupes indépendants sans idéologie clairement affichée, qui gravitent autour de ces deux pôles majeurs (voir la carte ci-dessous).

Qui sont les rebelles syriens? - par Bachir El-Khoury (Le Monde Diplomatique, décembre 2016)

Dans l’ouest de la ville et ses environs, qui comptent près de 1,2 million d'habitants, les forces armées syriennes bénéficient du renfort de sept milices majoritairement chiites (1) dont trois très actives. Celles-ci ont largement contribué aux contre-offensives menées depuis début septembre pour maintenir le siège des quartiers est. Harakat Hezbollah Al-Nujaba (Mouvement des nobles du parti de Dieu) est une milice irakienne idéologiquement proche du Hezbollah libanais. Selon Stephane Mantoux, spécialiste des questions de défense en Syrie, elle compterait entre 4000 et 7000 hommes. Elle participe par ailleurs à la bataille contre l'Organisation de l'Etat Islamique (OEI) à Mossoul, en Irak. A ses côtés, Liwa Fatemiyoun (Brigade des Fatimides) dont le nom fait référence au califat chiite fatimide (909-1171) se compose essentiellement de Hazaras, des Afghans chiites persanophones entraînés et armés par les gardiens de la révolution iraniens. Cette brigade dont les effectifs varient entre 5000 et 10 000 combattants pour l'ensemble de la Syrie, intègre aussi des mercenaires pakistanais. Enfin, le Hezbollah libanais, présent en Syrie dès 2012, joue un "rôle moteur" à Alep, selon Fabrice Balanche.

Quatre autres milices soutiennent l'armée régulière, très affaiblie par cinq ans de combats et par de nombreux départs. On y trouve des combattants sunnites venus des camps palestiniens d'Alep, une antenne du Hezbollah libanais en Syrie et deux autres groupes formés par les gardiens de la révolution iraniens, qui seraient au total entre 600 et 900 dans la région. Enfin, les Faucons du désert, basés à Lattaquié depuis 2015, interviennent sporadiquement à Alep. Ils comptent des membres de Liwa Assad Allah Al Ghaleb (Brigade du lion conquérant de Dieu) et des Libanais du Parti social nationaliste syrien (PSNS), précise Stéphane Mantoux. Par ailleurs, les forces kurdes (Unités de protection du peuple, YPG) qui entretiennent un pacte tacite de non-agression avec l'armée syrienne depuis 2011, continuent de contrôler le quartier à majorité kurde de Cheikh-Maqsoud.

 

Des modérés difficiles à distinguer

Les motivations politico-religieuses des forces progouvernementales sont assez simples à appréhender. Qu’elles soient partiellement ou totalement inféodées à l’Iran, il s’agit pour les milices chiites d’empêcher la chute du régime alaouite et de faire obstacle à la prise du pouvoir par ceux qu’elles qualifient de « salafistes (2) » et de « takfiristes (3) ». À l’inverse, dans le camp rebelle, le jeu des alliances et la multiplication tant des acteurs que de coalitions souvent éphémères rendent difficile la distinction entre « radicaux » et « modérés » que le cessez-le-feu de septembre était censé établir.

En outre, plusieurs de ces groupes opposés au régime se sont radicalisés par opportunisme, par obligation tactique ou par conviction. La situation est d’autant plus difficile à appréhender que des groupes radicaux salafistes ont été ou demeurent affiliés ou associés à l’ASL, présentée par ses soutiens occidentaux comme le plus modéré des acteurs de la rébellion. C’est le cas de Liwa Chouhada Al-Yarmouk (Brigade des martyrs de Yarmouk), dans le sud de la Syrie, soutenue jusqu’à l’été 2014 par les États-Unis car affiliée à l’ASL, alors que ses hommes avaient déjà prêté secrètement allégeance à l’OEI, précise Fabrice Balanche.

La situation au sein de la coalition djihado-salafiste Jaïch Al-Fatah illustre cette difficulté à labelliser les acteurs de la bataille d’Alep et, ce faisant, de la guerre civile syrienne. Le Front Fatah Al-Cham (ex-Front Al-Nosra) a récemment rompu avec Al-Qaida, dans le but évident de se démarquer de son encombrante tutelle. Pour nombre d’observateurs, cette démarche symbolique ne vise toutefois qu’à faciliter le soutien financier et militaire que lui apportent ses parrains étrangers, notamment certaines monarchies du Golfe. De son côté, le groupe Ahrar Al-Cham (Libres du Levant), soutenu par le Qatar et la Turquie, a longtemps été proche de l’OEI avant d’en devenir l’ennemi juré début 2014.

Comme son partenaire au sein de la Jaïch Al-Fatah, Ahrar Al-Cham, qui est l’une des principales forces rebelles du nord du pays, tente désormais une reconversion en prétendant faire partie des « modérés ». Sur le plan politique, les deux entités, qui coordonnent parfois leurs actions, revendiquent la création d’un État islamique et l’application stricte de la charia. Mais Ahrar Al-Cham, mouvement syrien en termes d’effectifs, n’appelle pas à un djihad global. À l’inverse, l’ex-Front Al-Nosra accueille des combattants venus du monde entier et demeure ambigu sur sa volonté ou non d’agir en dehors du théâtre syrien.

On considère en général la coalition Fatah Halab comme plus modérée, car elle ne se réclame pas du salafisme et n’appelle pas au djihad en dehors du pays. Elle est proche des Frères musulmans, et certains de ses groupes sont affiliés à l’ASL. Or la nature de cette dernière a évolué au fil du temps, explique Fabrice Balanche :

« L’ASL est loin de correspondre désormais à la perception que l’on en a en Occident, c’est-à-dire modérée et en faveur de la laïcité, du moins sur le terrain alépin. Les groupes ou les brigades qui lui sont affiliés ne sont pas djihadistes, certes, mais les Frères musulmans, qui y sont largement représentés, cherchent bel et bien à instaurer la charia. »

À l’exception de quelques divisions adeptes d’un discours plus nationaliste, mais qui pèsent peu à Alep, toutes les composantes de l’ASL relèvent aujourd’hui de l’islam politique, estime le géographe. Pour autant, dans un pays musulman où le référent religieux demeure prégnant, ce lien à l’islam ne doit pas être surinterprété. Pour Raphaël Lefèvre, spécialiste de la Syrie et enseignant à l’université d’Oxford, il n’y a pas, concernant l’ASL ou d’autres formations gravitant dans l’orbite de Fatah Halab, de signe d’un radicalisme de fond :

« Même quand certains groupes se revendiquent clairement d’un référent idéologique que l’on peut qualifier d’islamiste, ils tiennent un discours qui met en valeur leur volonté de construire un État qu’ils appellent “civil”, dans lequel la citoyenneté serait attribuée à tous sans distinction religieuse et qui serait régi par un système parlementaire. »

Pour lui, « il n’est pas surprenant de trouver, dans une ville largement peuplée de musulmans sunnites et si profondément liée à l’histoire islamique, un discours à composante religieuse. La scène rebelle à Alep emprunte des tonalités islamiques ou islamistes, sans être pour autant dominée par les radicaux du Front Fatah Al-Cham ou par l’OEI ».

De son côté, M. Ahmad Alhaj Hamid, alias Ward Furati, ancien membre du bureau politique du Jaïch Al-Moudjahidin — une formation membre de la coalition Fatah Halab —, dénonce la « quête aveugle d’étiquetage, notamment en Occident ». Selon lui, beaucoup mélangent les courants en ignorant les nuances idéologiques et religieuses. Il cite le cas de groupes appartenant au courant salafiste djihadiste, tel le Jabhat Ansar Al-Dine, qui ne pratiquent pas le takfirisme et considèrent que leur seul ennemi est M. Al-Assad.

« L’usage de la rhétorique religieuse islamique leur apparaît comme une nécessité vitale, insiste Ward Furati. Les commandants de toutes les branches de l’ASL nourrissent leurs combattants d’une pensée religieuse. Ces derniers ont besoin, en sus d’une conviction politique révolutionnaire, d’un ancrage religieux susceptible de donner un sens à leur combat et surtout à leur éventuelle mort, notamment pour ce qui concerne la vie post mortem.

C’est le propre de notre société orientale du Machrek. Cela ne veut pas dire que tous les rebelles sont des radicaux et que leur projet politique est d’instaurer un État islamique régi par la charia. Même le régime adopte cette stratégie : ses troupes scandent souvent des chants religieux. »

Les partis ou les personnalités laïques de l’opposition qui vivent à l’étranger, tout comme les Frères musulmans, n’ont pas de bras armé officiel. En revanche, la Coalition nationale syrienne (CNS), principal organe politique de l’opposition plurielle et « modérée », se coordonne avec l’ASL — dont quelques brigades resteraient à l’heure actuelle réellement laïques. Cette composante, qui vise la construction d’un État moderne et civil, n’est pas à négliger, si l’on prend en compte l’ensemble du territoire syrien. Ces brigades ont une présence encore assez consistante à Hama et à Idlib, et ont participé à plusieurs opérations avec les troupes turques qui ont envahi le nord du pays.

Parmi la nébuleuse des groupes rebelles, seuls quatre figurent sur la liste américaine des organisations terroristes. Il s’agit de l’OEI, du Front Fatah Al-Cham (ex-Al-Nosra), du groupe Khorasan, disparu depuis quelque temps des écrans radar, et de Jund Al-Aqsa (Soldats d’Al-Aqsa), depuis septembre 2016. La liste européenne est encore plus succincte (le Front Al-Nosra et un groupe formé par des Marocains, disparu depuis 2014), tandis que de nombreux médias, entreprises et institutions pro-Assad font l’objet de sanctions. En outre, le Hezbollah ainsi que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), proche des forces kurdes syriennes, figurent également sur les listes de groupes terroristes établies par les États-Unis et l’Union européenne.

La Russie a une vision plus extensive. Elle souhaiterait le bannissement de davantage d’entités paramilitaires opposées au régime de M. Al-Assad, son allié, par l’établissement d’une liste commune avec Washington, en prélude à la résolution politique du conflit. Le Kremlin souhaite ainsi que l’ensemble de la coalition Jaïch Al-Fatah soit classée « terroriste ». Il tient des propos ambigus à l’égard de l’ASL et, pour Alep, de Fatah Halab. Mais cette position semble tenir davantage à l’évolution du rapport de forces militaire qu’à une distinction idéologique.


(1) Les alaouites, dont fait partie le clan Al-Assad, représentent une branche hétérodoxe du chiisme.

(2) Courant islamiste fondamentaliste dont les adeptes prétendent défendre la seule vraie religion, celle du Prophète et des pieux ancêtres (al-salaf al-salih). Lire Nabil Mouline, « Genèse du djihadisme », Le Monde diplomatique, décembre 2015.

(3) Inspirés par le mouvement Al-Takfir wa-Hijra, lui-même en rupture avec les Frères musulmans, les takfiristes prônent l’excommunication, y compris par la mort, de tous ceux qui ne suivent pas leur lecture littérale du Coran.

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