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26 octobre 2021 2 26 /10 /octobre /2021 05:47
L'Humanité attaquée par le roi du Maroc: défendons la liberté de la presse, la démocratie et les droits humains: solidarité avec l'Humanité!

Belle soirée de solidarité avec le journal l'Humanité, traîné en justice par le royaume du Maroc. Procédure toute à faire inédite : celle menée par un pays qui souhaite faire taire des journaux (L’Humanité, Le Monde, Mediapart).

Cela à la suite de révélations concernant l’espionnage de journalistes par ce pays et notamment de Rosa Moussaoui, grand reporter. Cet espionnage s’est déroulé avec l’aide de technologies israéliennes sous l’égide de l’État israélien.

A noter le soutien de syndicats de journalistes, SNJ CGT et SNJ. Mais aussi le soutien important de plusieurs associations marocaines : Association des droits de l’homme au Maroc, Association des journalistes d’investigation au Maroc, Comité de soutien de journalistes marocains, Association des marocains en France ainsi que l’Association des rifains, Amnesty international et l’association des ami-es du Sahara occidental.

Laurent Jamet

Liberté de la presse. Pourquoi l’Humanité dérange le pouvoir marocain

Ce lundi, notre journal, cible du logiciel espion Pegasus, organise une soirée de soutien au droit d’informer. Pour la première fois de son histoire, la rédaction est visée par une plainte d’un État tiers. Les journalistes cibles d’une plainte du Maroc et les titres qui les emploient contre-attaquent. Mais le soutien de leurs pairs et, surtout, de l’État français tarde à venir.

Comment mettre fin à une brouille diplomatique ? La France dispose d’une série d’outils pour resserrer des liens distendus. S’agissant du Maroc, après le dépôt d’une plainte pour torture qui avait abouti à la convocation d’Abdellatif Hammouchi, le puissant patron de la Direction générale de la sûreté nationale et de la Direction générale de la surveillance du territoire, la réconciliation s’est faite par l’entremise d’une fidèle amie du royaume, la socialiste Élisabeth Guigou. Présidente de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, elle fait adopter, en 2015, un protocole d’entraide judiciaire franco-marocain qui oblige Paris, malgré son adhésion à la Cour pénale internationale, à abandonner sa compétence universelle.

Il lui est, depuis, impossible de juger des crimes commis hors de ses frontières en matière de torture si les actes ont eu lieu au Maroc. Ce fut ensuite au tour du président Hollande d’agiter un « hochet » de style Ancien Régime en élevant Abdellatif Hammouchi au grade d’officier de la Légion d’honneur. Dans un réflexe tout napoléonien, l’ex-chef de l’État semblait répondre aux associations de défense des droits et des libertés qui contestent cette nomination : « C’est avec des hochets que l’on mène les hommes. »

La flagornerie pèche toutefois par inefficacité, puisque le Maroc est soupçonné, depuis la révélation de l’affaire Pegasus cet été, d’avoir massivement espionné jusqu’aux plus hauts représentants de l’appareil d’État, dont le président de la République, Emmanuel Macron. La liste publiée par Forbidden Stories, Amnesty International et un consortium de 17 médias internationaux sur le système d’espionnage mondial développé par la société israélienne NSO a démontré que l’Humanité était également placée sous étroite surveillance pour son travail.

Le numéro de notre grand reporter Rosa Moussaoui figure ainsi parmi les 50 000 potentiellement happés par le logiciel espion depuis août 2019. En cause, nos reportages lors du mouvement populaire du Rif en 2016, nos enquêtes sur les journalistes indépendants persécutés par le pouvoir marocain Omar Radi et Soulaiman Raïssouni, et notre couverture, en 2016, de la mascarade de procès organisée pour entériner les lourdes condamnations des prisonniers politiques sahraouis après le violent démantèlement du camp de protestation de Gdeim Izik, six ans plus tôt. Notre journal a immédiatement porté plainte avec constitution de partie civile avec, à ses côtés, le Syndicat national des journalistes-CGT, pour que toute la lumière soit faite sur ces atteintes mettant en danger nos sources et les voix libres qui, sur place, nous informent.

Convocation au tribunal pour diffamation

Depuis le début de l’affaire, l’État marocain nie avoir eu recours au logiciel espion ; il a ainsi multiplié les procédures contre les organes de presse qui osaient évoquer ses pratiques de surveillance et répression. L’Humanité est ainsi convoquée au tribunal, mardi, à la suite de l’une de ces citations, pour diffamation. « C’est un contrecoup médiatique à usage des Marocains et une tentative de procédure-bâillon », estime l’avocat Joseph Breham, qui défend notre journal dans ces deux dossiers et dont le téléphone a lui aussi été ciblé par le logiciel espion pour avoir traité de nombreuses affaires relatives aux droits de l’homme, au système tortionnaire marocain et aux prisonniers politiques sahraouis.

Icon Quote La plainte a clairement des fins de propagande intérieure afin de prouver que le Maroc est une puissance émergente qui n’hésite pas à croiser le fer avec les grandes puissances. » Hicham Mansouri

Même réaction du côté d’Hicham Mansouri, fondateur de l’Association marocaine pour le journalisme d’investigation, dont le smartphone a également été infecté à une vingtaine de reprises : « La plainte a clairement des fins de propagande intérieure afin de prouver que le Maroc est une puissance émergente qui n’hésite pas à croiser le fer avec les grandes puissances. Localement, l’espionnage du président Macron est perçu comme un exploit qui entretient le mythe des renseignements marocains. » Seulement, note Joseph Breham, la procédure intentée par Rabat pose problème à plusieurs titres : « Le cadre posé est celui d’une plainte pour diffamation, or est-ce qu’un État est un particulier ? Si ce n’est pas le cas, il n’a pas le droit de déposer plainte sauf s’il est un corps constitué de l’État, ce que le Maroc ne revendique pas dans son dépôt de plainte. »

Le trou de souris juridique par lequel tente de se faufiler Rabat est également une tentative d’atteindre notre journal financièrement. L’avocat Olivier Baratelli, qui représente le Maroc, a également porté les affaires opposant le groupe Bolloré à de nombreux médias. Des procédures en diffamation qui se sont parfois retournées contre leurs instigateurs, avec des condamnations en appel pour « procédure abusive ».

Empêcher les journalistes étrangers de revenir sur le territoire

Résister à ces pressions : c’est le sens de la soirée de soutien à l’Humanité et à l’ensemble de la presse libre et des reporters menacés que le journal fondé par Jean Jaurès organise ce soir à la bourse du travail de Paris. « Le Maroc attaque systématiquement ceux qui le gênent afin de les empêcher de revenir sur le territoire. Plus aucun journaliste français ne s’y rend à quelques exceptions. La presse étrangère y est complètement muselée », confirme Claude Mangin-Asfari, épouse du prisonnier politique sahraoui Naâma Asfari, condamné à trente ans de prison, et elle-même visée par le logiciel Pegasus. « Toutes les personnes ciblées sont considérées comme des traîtres, car elles ont travaillé sur la question sahraouie. Une question de dignité nationale qui peut conduire en prison », relève encore la militante, qui se bat pour son droit de visite en prison et a déposé un recours administratif en 2019 après sa cinquième expulsion du territoire. Selon l’enseignante, les procédures judiciaires du Maroc « sont une manière de jeter le doute sur la probité des personnes concernées ».

La méthode est similaire aux entreprises de déstabilisation des journalistes d’investigation marocains poursuivis dans des affaires de mœurs. « Le pouvoir est lui-même un grand spécialiste de la diffamation », s’amuse le journaliste Hicham Mansouri, qui ne compte plus le nombre d’attaques personnelles parties du média électronique marocain Barlamane.com, fondé par Mohamed Khabbachi, ancien agent de communication au ministère de l’Intérieur et beau-frère de Yassine Mansouri, patron de la Direction générale des études et de la documentation, soit le service de renseignement extérieur et de contre- espionnage.

Icon Quote Le Maroc renoue avec ses méthodes des décennies 1980 et 1990 car il redoute l’agrégation de soutiens à l’opposition marocaine en France. Bachir Moutik

Cette stratégie d’omerta se déploie dans un contexte de détérioration de la situation au Sahara occidental, avec la reprise des hostilités entre le Maroc et les indépendantistes du Front Polisario. Selon Bachir Moutik, représentant en France de l’Association des familles des prisonniers et disparus sahraouis, également sujette à des intimidations, « le Maroc renoue avec ses méthodes des décennies 1980 et 1990 car il redoute l’agrégation de soutiens à l’opposition marocaine en France ». Le militant ne compte plus les brutales interventions de nervis du régime dans les manifestations parisiennes, jusque dans l’enceinte de l’Assemblée nationale où se déroulaient des conférences sur la question.

Reste les intérêts enchevêtrés entre Rabat et Paris, où naviguent représentants politiques, membres de l’élite économique et patrons de presse, croisant intérêts stratégiques et séjours privés. « Je fais parfois la comparaison avec la Tunisie. Si, demain, le Maroc était amené à connaître un soulèvement, verrait-on des ministres français soutenir le mouvement démocratique ou appuyer coûte que coûte le pouvoir comme ce fut le cas avec Ben Ali ? » interroge Bachir Moutik. D’abord concentré sur la scène intérieure, le champ de la répression s’élargit donc à la presse étrangère. Abdellatif Hammouchi épouse ainsi la vision de son ami Mike Pompeo, ancien patron de la CIA et ex-secrétaire d’État de Donald Trump, qui défendit l’espionnage entre alliés, l’usage de la torture et le recours aux nouvelles technologies à des fins de surveillance. Abdellatif Hammouchi, un ami qui vous veut du bien.

Médias solidaires

C’est une vaste « opération d’intimidation » que dénonce la quasi-totalité de la presse française. Celle qui n’a pas baissé la tête et a continué d’enquêter sur le Maroc et ses méthodes bien éloignées de l’image démocratique que le pays aimerait donner. Forbidden Stories, le réseau de journalistes qui reprend des enquêtes abandonnées par des journalistes menacés, emprisonnés ou assassinés, a été le premier ciblé par le royaume pour ses révélations sur le « projet Pegasus ». En France, le Monde, Radio France, Mediapart et l’Humanité ont fait dans la foulée l’objet d’une plainte en diffamation, inédite de la part d’un État.

L’objectif premier du Maroc n’est pas atteint : la profession n’a non seulement pas arrêté d’enquêter, mais elle a contre-attaqué, par le biais d’une plainte collective lancée par Reporters sans frontières et les 17 journalistes français espionnés par le logiciel Pegasus. D’autres ont suivi : Mediapart et le Canard enchaîné, dont la journaliste Dominique Simonnot (depuis devenue contrôleuse générale des prisons) a été ciblée, puis l’Humanité. Le SNJ-CGT et le SNJ se sont d’ailleurs portés parties civiles.

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26 octobre 2021 2 26 /10 /octobre /2021 05:29

 

Depuis peu, on assiste à un développement des installations de méthanisation, c’est-à-dire de fabrication, à partir de composants organiques que l’on fait fermenter, d’un gaz composé majoritairement de méthane, donc combustible. Il en résulte un résidu appelé « digestat », utilisable comme engrais. Cette description un peu idyllique explique que le biométhane, qualifié de « gaz vert », est l’objet de toutes les attentions. Mais le diable est dans les détails.  

La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) d’avril 2020 ambitionne une production de biogaz de 14 TWh en 2023, et jusqu’à 32 TWh en 2028. Ces objectifs sont-ils réalistes ? La question mérite d’être posée : il ne suffit pas de produire, il faut des débouchés, or ils sont limités. Le biogaz peut être utilisé comme carburant pour véhicules (on parle alors de gaz naturel pour véhicule [GNV]) après construction d’une station de remplissage près de l’usine de méthanisation. Mais en France, la motorisation au gaz naturel est peu développée : en février 2020, seulement 21500 véhicules roulaient au GNV. À l’état brut, ou après un léger traitement, le biogaz peut être valorisé sur le site sous forme d’électricité ou/et de chaleur. Cette électricité peut être autoconsommée ou revendue à EDF.

La loi oblige EDF à acheter l’électricité par contrats de vingt ans, à un prix allant de 150 à 220 €/MWh. Très supérieur au prix du marché européen.

La PPE envisage un développement de la production d’électricité au biogaz jusqu’à 8 TWh en 2023, alors qu’en 2019 la production d’électricité à partir de biogaz s’est élevée à 2,3 TWh, soit 0,5 % de la consommation électrique française. Après filtration du biogaz, le biométhane obtenu peut être injecté dans les réseaux de gaz et vendu à un fournisseur, qui le revendra à ses clients domestiques ou professionnels. La PPE envisage une baisse de 22 % de la consommation de gaz naturel en 2028, compensée par un développement massif des installations de production de biométhane : 6 TWh en 2023 et jusqu’à 22 TWh en 2028. Une ambition optimiste quand on sait que la production de biométhane n’a été que de 1,2 TWh en 2019.

FINANCEMENT PUBLIC MASSIF

C’est sur ces deux dernières options que le gouvernement fonde son pari. Pour cela, il est prêt à mettre le prix… payé par d’autres ! Avec la technologie actuelle, ni le biogaz ni le biométhane ne sont compétitifs. Selon une étude, le coût de production sans subvention du biométhane varie de 122 €/MWh pour les petites installations à 94 €/MWh pour les plus grosses, donc très supérieur au prix de gros du gaz naturel, qui est de 20 à 25 €/MWh((https://www.eneaconsulting. com/competitivite-de-la-filie re-biomethane-francaise/)).

Plusieurs cas de pollution des nappes phréatiques par les bactéries du digesteur ou par le digestat épandu ont été relevés en France.

La loi oblige donc EDF à acheter l’électricité par contrats de vingt ans, à un prix allant de 150 à 220 €/MWh. Très supérieur au prix du marché européen qui varie de 35 à 50 €/MWh pendant 330 jours par an, alors que cette électricité n’est ni programmable ni pilotable. Ce prix de rachat est répercuté par EDF sur la facture du consommateur d’électricité. Pour le biométhane injecté dans le réseau, l’État a opté pour un tarif d’achat imposé. Un producteur est assuré de vendre son biométhane au fournisseur de gaz naturel de son choix, à un tarif fixé pour une durée de quinze ans. La PPE envisage une baisse de 22% de la consommation de gaz naturel en 2028, compensée par un développement massif des installations de production de biométhane : 6 TWh en 2023 et jusqu’a 22 TWh en 2028. Suivant le type d’installation et la nature des déchets, ce tarif d’achat est compris entre 45 et 125 €/MWh. Un prix avantageux comparé au prix sur les marchés du gaz naturel, de l’ordre de 20 à 25 €/MWh, et avec la prise en charge par GRDF de 40 % du coût de raccordement au réseau. Un cadeau supporté par l’ensemble des usagers du gaz. Pour justifier ces subventions, les partisans du biogaz invoquent les externalités positives : réduction des gaz à effet de serre, bénéfice pour la balance commerciale, création d’emplois locaux et allégement de la gestion des déchets pour les collectivités. Ces externalités positives, difficiles à évaluer, pourraient effectivement être internalisées sous forme de subventions ou de prix préférentiels. Encore faut-il qu’elles soient avérées et qu’on n’oublie pas les externalités négatives.

UN PROCESSUS POTENTIELLEMENT DANGEREUX

Si le processus de méthanisation améliore le bilan carbone, il faut porter au passif les émissions liées à la logistique. Certaines usines de méthanisation communes à plusieurs exploitations agricoles peuvent nécessiter, selon leur taille et la quantité des intrants, des norias de plusieurs dizaines de camions par jour. Outre les nuisances auditives et olfactives, les émissions de gaz polluants ou à effet de serre s’en trouvent lourdement ac - crues.  Si le processus de méthanisation améliore le bilan carbone, il faut porter au passif les émissions liées à la logistique. Par ailleurs, en vieillissant, les digesteurs peuvent perdre de leur étanchéité et être à l’origine de fuites de méthane. Sans compter le risque d’explosion, un taux de fuite de 4 % suffirait à réduire à néant le bénéfice sur les émissions de gaz à effet de serre, puisque le méthane a un effet 25 fois supérieur au CO2. Le digestat n’est pas le fertilisant idéal tant vanté. C’est un mélange de matières riches en azote mais chargé de métaux lourds et d’agents pathogènes (bactéries, parasites, résidus médicamenteux). 

COMMENT ÇA MARCHE ?

Le biogaz est issu de la fermentation anaérobie de matières organiques : déchets issus de l’agriculture, de l’industrie alimentaire, des ordures ménagères. Cette fermentation est un procédé biochimique résultant de l’action de divers types de bactéries. Le biogaz brut est composé de 50 à 65 % de méthane (le reste est composé de CO2, de H2S, d’eau et d’impuretés diverses).

Le biométhane est un biogaz qui a subi une épuration poussée grâce à laquelle il atteint le même niveau de qualité que le gaz naturel. La fermentation nécessite la présence d’intrants qui apportent les bactéries : lisiers de porcins et de bovins, fientes de volaille, boues, déchets organiques… ; et d’intrants apportant du carbone pour favoriser la production de méthane : maïs, betteraves, tourne - sol… Les principaux intrants méthanisables sont les déchets agricoles (déjections, cultures intermédiaires…), les déchets agroalimentaires (d’abattoirs, laiteries…), les ordures ménagères et les boues de stations d’épuration. Aux imperfections près, le bio - méthane est considéré comme neutre en carbone. Si sa combustion dégage du CO2, il s’agit de CO2 préalablement capté dans l’atmosphère par photosynthèse par les végétaux méthanisés.

La fermentation génère un résidu riche en azote, le digestat ; c’est une matière solide ou pâteuse qui représente de 70 à 90 % de la masse introduite dans le digesteur. Selon la nature des intrants, les digestats peuvent aussi contenir des métaux lourds et des microorganismes pathogènes (virus, bactéries, parasites). Potentiellement dangereuses, les usines de méthanisation sont des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE). Mais la plupart ne sont soumises qu’à déclaration, une procédure peu contraignante, sans consultation publique.

L’IRSTEA ((IRSTEA, Impact du compostage et de la méthanisation sur les pathogènes et l’antibiorésistance, université de Rennes.)) montre qu’une méthanisation à 40 °C maximum réduit moins le nombre de pathogènes qu’une méthanisation à 50 °C ou un compostage à 70 °C ; or les systèmes les plus utilisés s’arrêtent à 40 °C. Lorsque le digestat est épandu, il est absorbé par le sol et s’infiltre vers les cours d’eau et les nappes phréatiques, notamment dans les sols calcaires. Plusieurs cas de pollution des nappes phréatiques par les bactéries du digesteur ou par le digestat épandu ont été relevés en France. Les nuisances olfactives (H2S, gaz…) sont courantes. En outre, le digestat est volatil et au contact de l’air va produire du protoxyde d’azote, gaz à effet de serre 300 fois plus puissant que le CO2.

UNE RÉGLEMENTATION PERMISSIVE

L’impact potentiel du biogaz sur l’équilibre des filières agricoles est aussi une externalité négative. La production de biogaz constitue un revenu complémentaire pour les agriculteurs, et la tentation peut être grande de consacrer une partie des terres agricoles à la culture d’intrants dédiés. La réglementation française limite un peu ce risque, mais c’est ce qui s’est passé en Allemagne (voir encadré cidessous).

UN DANGER POUR L’AGRICULTURE La méthanisation industrielle pourrait impacter négativement le monde agricole, en entraînant une concur - rence effrénée à l’appro visionnement en intrants avec des effets désastreux sur les prix, en détournant les terrains agricoles de leur vocation alimentaire et en générant des revenus de nature à fausser les conditions d’acquisition des terres. C’est déjà ce qui se passe outre-Rhin.

Fin 2017, l’Allemagne comptait 9331 unités de méthanisation. Le pays méthanise des sous-produits animaux (lisier et fumier) et des matières premières renouvelables. Mais les effluents et déchets représentent à peine 25 % des intrants ; 75 % sont constitués de cultures dédiées, parmi lesquelles le maïs domine. En Allemagne, en 2015, près d’un million d’hectares étaient consacrés à la production de biogaz. En seulement quatre ans, le prix de la location de l’hectare est passé de 250 à plus de 600 € par an.

Même l’organisation écologiste Les Amis de la Terre s’en émeut : « Une unité moyenne a besoin de 200 ha cultivés en maïs et elle doit être constamment alimentée. L’appétit pour le maïs a transformé l’Allemagne en désert.((http://amisdelaterre40.fr/spip/spip.php?article230.)) ».

En France, l’utilisation de maïs pour la méthanisation, bien que plafonnée à 15 %, est très importante. Les besoins pour les grosses exploitations-usines augmentent. Elles achètent du maïs sur pied à un prix très avantageux. Cette pratique encourage la monoculture et bloque la rotation des cultures avec des conséquences connues : utilisation excessive d’engrais et de pesticides, inflation sur les autres produits nécessaires aux animaux. Leur capacité financière leur permet de rafler les terres agricoles disponibles en alimentant la spéculation foncière aux dépens des petits agriculteurs. Selon la Confédération paysanne, « Aucun contrôle relatif aux approvisionnements n’est réalisé sur le terrain concernant les ap pro - visionnements et le respect du plafond des 15 % de cultures principales, entraînant une vraie incertitude sur le respect réel de cette mesure ». Elle estime que « trop de végétaux qui ne sont pas des déchets alimentent les méthaniseurs, au détriment de la souveraineté alimentaire et de la solidarité entre paysan(ne)s. Le plafond de 15 % est beaucoup trop élevé pour permettre d’éviter des accaparements de terres massifs »((Confédération paysanne, « La méthanisation est-elle compatible avec l’agriculture paysanne ? ».)).

Il faut donc limiter la production de biométhane au traitement des déchets et interdire l’utilisation de cultures dédiées pour ne pas reproduire les errements de la production de bioéthanol. La souveraineté ali mentaire ne doit pas être mise en danger pour une illusoire souveraineté énergétique ou une amélioration dérisoire du bilan carbone.

Malgré ces risques, l’État, outre les subventions massives, favorise le développement du biogaz par une réglementation laxiste. Il existe trois régimes administratifs d’installations classées pour l’implantation d’un méthaniseur. La plupart des installations (celles de moins de 30 t/j de matières) ne sont soumises qu’à déclaration, procédure peu contraignante : l’exploitant déclare son installation et peut la démarrer sans autre formalité.

En 2010 a été créée une autorisation simplifiée, l’« enregistrement », pour les installations consommant de 30 à 100 t/j d’intrants, où les contraintes sont faibles : pas d’étude d’impact ou de danger. En fait, le régime d’autorisation ne s’applique qu’aux très grosses installations (plus de 100 t/j). C’est la seule procédure qui exige une étude d’impact et de dangers et une enquête publique avant la décision du préfet. Elles sont contrôlées par les inspecteurs des installations classées alors que les petites installations sont autocontrôlées.

Généraliser le régime d’autorisation, systématiser les études d’impact, de risques et les consultations publiques sont la condition d’un développement du biogaz conforme à l’intérêt général.

Malgré les risques évoqués, les préconisations de l’arrêté technique de 2009 sont peu contraignantes. Pour l’implantation des unités, elles n’imposent qu’une distance minimale de 50 m des habitations et de 35 m des points d’eau. Et l’auto - contrôle est la règle.

Enfin, en 2018, un arrêté a facilité la mise sur le marché de digestats issus de la méthanisation agricole. La production de biogaz dans des conditions techniques satisfaisantes est une opportunité pour traiter les déchets agricoles. Mais elle doit être cantonnée au traitement des déchets « à la ferme », et non devenir une activité de production d’énergie de masse.

Au vu des dangers qu’elle recèle, sa mise en oeuvre doit être soumise à des exigences réglementaires moins laxistes. Généraliser le régime d’autorisation, systématiser les études d’impact, de risques et les consultations publiques sont la condition d’un développement du biogaz con - forme à l’intérêt général.

Revue Progressistes | 24 Oct 2021 à 20:05 | Catégories : Environnement et SociétéN° 31 | URL : https://wp.me/p3uI8L-2XN

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26 octobre 2021 2 26 /10 /octobre /2021 05:23

 

 

 

 

 

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26 octobre 2021 2 26 /10 /octobre /2021 05:00
Turquie. Purges intérieures et démêlés diplomatiques - Rosa Moussaoui, L'Humanité, 25 octobre 2021
Turquie. Purges intérieures et démêlés diplomatiques
Lundi 25 Octobre 2021

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a ordonné l’expulsion de dix ambassadeurs ayant plaidé pour la libération de l’opposant Osman Kavala, détenu depuis quatre ans.

 

Il avait comparu au mois de février 2020 devant le tribunal de Silivri, avec huit autres personnes accusées, comme lui, de « tentative de renverser le gouvernement », pour leur implication dans la révolte du parc Gezi. Le riche et discret philanthrope Osman Kavala encourait une peine de prison à perpétuité pour avoir contribué au financement de ce mouvement qui contestait un projet immobilier aussi démesuré qu’opaque, menaçant, dans le centre d’Istanbul, un précieux patrimoine historique, paysager et architectural. L’accusation avait alors brandi une carte de la Turquie retrouvée dans le téléphone du mécène, preuve, selon elle, de son intention de redessiner les frontières du pays. Il s’agissait, en fait, d’une carte de la répartition des abeilles…

Le ridicule de ce montage avait conduit à son acquittement pour insuffisance de preuves. Mais quelques heures seulement après ce verdict, un nouveau mandat d’arrêt était émis contre l’homme d’affaires né à Paris, formé en Europe, revenu à Istanbul en 1982 pour prendre la tête de l’entreprise familiale. Cette fois, ce fervent avocat du patrimoine turc et de la diversité culturelle était arrêté et placé en garde à vue au siège de la police antiterroriste d’Istanbul pour des soupçons d’implication dans la tentative de putsch manqué de 2016. Depuis lors, Osman Kavala croupit en prison sans jugement, comme des milliers d’opposants à la dictature de Recep Tayyip Erdogan. Il doit comparaître de nouveau le 26 novembre.

Dans un communiqué commun publié voilà une semaine, le Canada, la France, la Finlande, le Danemark, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, la Suède et les États-Unis avaient appelé à un « règlement juste et rapide de l’affaire » Osman Kavala. Aussitôt les ambassadeurs de ces pays avaient été convoqués au ministère des Affaires étrangères, Ankara jugeant « inacceptable » leur démarche.

L’économie turque s’enlise, Erdogan resserre son emprise

Cette crise diplomatique s’est encore envenimée samedi soir, le président turc, de retour d’une tournée africaine, ayant lui-même exigé, mesure exceptionnelle dans les relations internationales, l’expulsion des dix ambassadeurs qui ont réclamé la libération de Kavala, une demande « indécente » selon lui. « J’ai ordonné à notre ministre des Affaires étrangères de déclarer au plus vite ces dix ambassadeurs persona non grata », a-t-il affirmé, sans préciser cependant le délai dans lequel ces diplomates devraient quitter le pays. « Du matin au soir ils répètent : Kavala, Kavala… Mais celui dont vous parlez, Kavala, c’est l’agent de Soros en Turquie !» a-t-il affecté, dans une allusion au milliardaire américain d’origine hongroise George Soros, auquel il compare régulièrement l’opposant.

Dans un registre chauvin et complotiste à la fois, Erdogan cultive le contraste avec cet adversaire politique aux engagements ancrés à gauche, lié aux minorités arménienne et kurde, ayant noué de solides amitiés européennes. Parfaite figure de l’ennemi de l’intérieur, dans un contexte de tensions sociales grandissantes et de crise économique, au moment même où le pays affronte une crise monétaire très sérieuse : la livre turque a atteint son plus bas historique face au dollar, le 14 octobre, après le brutal limogeage par Erdogan de trois dirigeants de la banque centrale.

Depuis le début de l’année, la devise a perdu un cinquième de sa valeur ; l’inflation s’envole, dépassant les 20 %, l’un des plus forts taux au monde ; la pauvreté gagne du terrain. Pour endiguer la hausse des prix et la dépréciation de la monnaie, Erdogan exige de la banque centrale… qu’elle baisse ses taux directeurs, une politique propre à nourrir une folle spirale inflationniste.

Déjà fragile avant la pandémie de Covid, l’économie turque s’enlise, Erdogan resserre encore son emprise autoritaire et multiplie les coups de force, traque des ennemis imaginaires : commerçants, « lobbies », élus et militants kurdes, opposants accusés de travailler à la « déstabilisation » du pays. Le 19 octobre, plus de 158 personnes, dont 33 soldats en activité, étaient ainsi arrêtées pour des liens supposés avec la confrérie islamiste de Fethullah Gülen, un ancien allié d’Erdogan exilé aux États-Unis, accusé d’avoir fomenté la tentative de putsch de 2016.

De purges intérieures en rodomontades diplomatiques, le régime islamo-affairiste de Recep Tayyip Erdogan peine, avec sa rhétorique ultranationaliste, à dissimuler ses failles : il ne tient plus que par la peur et la menace.

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25 octobre 2021 1 25 /10 /octobre /2021 06:19
Conseil départemental du Finistère, 21 octobre 2021 - Interventions d'Ismaël Dupont

La sensibilité communiste est représentée par 3 élus au Conseil Départemental du Finistère, membres du groupe d'union de la gauche Finistère & Solidaires : Jacqueline Héré, Isabelle Maugeais, qui est intervenue le 21 octobre sur la dotation aux collèges, et Ismaël Dupont

Interventions d'Ismaël Dupont au conseil départemental du Finistère du 21 octobre 2021:

1ère intervention:

" Reconnaître la mobilisation des professionnels de l'aide et l'accompagnement à domicile présents sur le terrain pendant la crise sanitaire, ces fameux premiers de corvée, revaloriser leurs rémunérations, rendre ces métiers de l'aide et de l'accompagnement a domicile plus attractifs, mieux payés, mieux formés, c'est un impératif bien sûr.

Mais qui paye, pourquoi, et sur quels principes?

Comment veut-on structurer le secteur de l'aide à domicile? Quel modèle privilégie t-on?

Comment engageons-nous l'état à assurer ses obligations de service public, de santé? Car pour nous la perte d'autonomie est une question de santé publique, qui doit engager une politique de solidarité et de service public beaucoup plus ambitieuse.

Or, à ce titre, le nouvel abandon de la loi grand âge, ou de la grande loi tant attendue sur le droit à l'autonomie des personnes âgées, annoncé en catimini le 8 septembre dernier, est une catastrophe pour les personnes âgées, les professionnels, les associations et employeurs, les familles.

En cohérence avec le choix de soutenir en priorité les structures d'aide à domicile à but non lucratif avec lesquelles des partenariats forts existent, les élus du groupe Finistère et Solidaires s'abstiendront.

L'ancienne majorité a apporté un soutien matériel fort à tous les Saad pendant la crise sanitaire, y compris aux Saad privés à but lucratif (masques, blouses de protection, etc).

Mais dans ce contexte budgétaire contraint, il y a eu le choix de concentrer l'accompagnement au versement d'une prime sur les structures d'aide à domicile avec lesquelles le conseil départemental à des relations contractuelles, contribuant à l'intérêt général, avec des contrats d'objectifs et de moyens, des structures que l'on tarifie et qui n'ont pas de but lucratif, des structures habilitées à l'aide sociale.

La majorité de gauche avait voté 2 millions d'euros de primes covid pour le secteur de l'accompagnement, et 1 million d'euros pour les assistants familiaux, dans le contexte de la crise sanitaire.

L'Alliance avait voté pour la délibération, sans regretter l'absence de soutien aux services d'aide à domicile lucratifs avant de s'en émouvoir dans la presse.

Pour mémoire, le conseil départemental finance l'APA mais n'est ni employeur, ni réellement compétent (avec des moyens et compensations budgétaires qui vont avec) dans ce secteur contrairement au secteur de la protection de l'enfance.

Les Saad privés à but lucratif sont des structures qu'on ne tarifie pas et n'ont pas l'obligation de verser une prime sur leurs fonds propres".

Conseil départemental du Finistère, 21 octobre 2021 - Interventions d'Ismaël Dupont

2e intervention au conseil départemental du Finistère ce 21 octobre 2021, à propos de l'autorisation du projet de résidence "âge et vie" et du discours du président sur l'encouragement au développement des résidences seniors privées à but lucratif:

"C'est sûr que ces projets peuvent être utiles pour des communes rurales, et tentants pour les collectivités en général, car portés financièrement par des groupes privés.

Ayons toutefois une vigilance par rapport à la manière dont des banques, des sociétés d'assurance, veulent se situer sur le marché de l'or gris, en étant parfois très pressants vis-à-vis des collectivités, proposant des projets clef en main, vendus sur de belles plaquettes de communication, réhabilitant parfois à bon compte pour les collectivités des bâtiments dégradés ou à l'abandon.

Les résidences seniors qui ne sont pas médicalisées ont des coûts plancher mensuels élevés, même sans les prestations optionnelles, hors de portée de la plupart des retraités.

L'engouement pour les résidences seniors est à pondérer car de nombreux appartements sont achetés pour faire de la défiscalisation, ou loués pour des séjours de vacances...

L'important c'est le type de maîtrise publique et d'objectifs sociaux que l'on veut prioritairement valoriser dans le secteur de la perte d'autonomie et du vieillissement".

Conseil départemental du Finistère, 21 octobre 2021 - Interventions d'Ismaël Dupont
Conseil départemental du Finistère - 21 octobre 2021.
Ma 3eme intervention dans le débat:
 
" Sur les communications du président dans la presse sur les actions départementales avant la présentation aux élus des délibérations, le débat dans les assemblées et commissions, le vote, sur laquelle notre collègue Corinne Nicole exprimait ses regrets, cela s'inscrit dans les dérives de l'hyper-presidentialisation inscrites dans les logiques et les institutions de la 5e République et accentuées encore par l'actuel président de la République, qui se prétend jupitérien.
Les Finisteriens ne veulent pas d'un président jupitérien.
Il faut respecter l'assemblée élue, représentante de la diversité politique et des cantons finistériens. Sur les aides aux associations sportives, je regrette qu'elles soient indifférenciées, non conditionnées, indistinctes, basées simplement sur la proportion du nombre d'adhérents aux associations.
Il est évidemment très important de soutenir le secteur sportif dans le contexte de crise sanitaire et pour son rôle social, de santé, d'éducation.
Mais on sait tous que les situations des associations sportives vivent dans le contexte du covid des situations très contrastées, en fonction de leurs contraintes (salariés ou non, événements extérieurs annulés à cause du Covid, ou non, perte d'adhérents ou de pratiquants, activités ou non pendant la période du Covid).
Certaines ont même demandé la baisse de leurs subventions municipales, considérant qu'elles avaient eu moins de charges de fonctionnement.
Le vrai enjeu pour moi, c'est l'accès universel et généralisé à tous aux sports, l'accès démocratisé à tous les sports, notamment pour les jeunes issus des classes populaires et des milieux défavorisés.
Il est inacceptable aujourd'hui que des enfants ne puissent accéder à des licences et des adhésions sportives, à des chaussures, à des vêtements de sport, des équipements personnels obligatoires, faute de moyens financiers. C'est à mon avis sur ce plan qu'il aurait fallu mettre en place une politique volontariste et réfléchie, préparée d'accessibilité aux sports pour tous.
Or, là, on a pas de garantie que les hausses de subventions aux associations sportives se traduisent pour les usagers, du moins dans une baisse du coût des activités sportives pour eux. Et pourtant l'enjeu est essentiel en terme de formation de la personnalité, de bien-être, de santé publique, de lien et de cohésion sociale."
 
 

4ème intervention d'Ismaël Dupont:

"Touchant l'éthique politique, je voudrais appeler Monsieur Le Doaré et l'ensemble des élus de la nouvelle majorité à un peu plus d'humilité et moins de forfanterie, un peu plus de prudence aussi dans les déclarations budgétaires. La situation budgétaire de la collectivité est relativement bonne actuellement. On le doit à l'ancienne majorité. Quand l'audit financier annonce une augmentation des charges de 100 millions d'euros à périmètre d'intervention constant à la fin du mandat, et que vous promettez, Monsieur le Président, 40 millions d'euros d'économie par an, on voit mal, même avec les exemples de mesures d'économie que vous donnez, dont certaines posent question et ne passeront pas comme des lettres à la poste, comment l'addition de ces mesures pourraient produire autant de baisses de dépenses. Donc, travaillons sérieusement, collectivement, et cessons les rodomontades et le discours clivant de campagne électoral". 

Les 3 élus de sensibilité communiste du groupe Finistère & Solidaires: Isabelle Maugeais, Jacqueline Héré, Ismaël Dupont

Les 3 élus de sensibilité communiste du groupe Finistère & Solidaires: Isabelle Maugeais, Jacqueline Héré, Ismaël Dupont

Article Ouest-France 21 octobre 2021
« Il n’est pas sûr que les Finistériens aient voulu d’un président jupitérien »

Cette session de rentrée du conseil départemental, ce jeudi 21 octobre 2021, marque une nouvelle ère. Maël de Calan, président de la nouvelle majorité, cherche à trancher avec la politique menée par ses prédécesseurs

« L’action publique meurt de la lenteur. Nous voulons aller vite et montrer que le conseil départemental n’a pas disparu, comme on a pu l’entendre. » Les mots du président Maël de Calan claquent dans l’assemblée. L’efficacité est le maître-mot de la nouvelle majorité qui cherche à trancher avec la politique menée par ses prédécesseurs. Cette session de rentrée marque une nouvelle ère dans la manière d’échanger. Plus directe pour les uns, plus brutale pour les autres. « J’ai été élu il y a 100 jours et depuis 100 jours nous sommes dans l’action. » Maël de Calan veut incarner le changement. Plus de blablas, pas d’intervention trop longue au micro ni de surenchère à la polémique. Les rapports s’enchaînent à marche forcée ». « Marquer à la culotte », « déverrouiller les leviers », « dépenses surdimensionnées » : la rigueur budgétaire est un cap.

Changement de style

L’opposition observe, encaisse puis monte au créneau. Elle reproche d’abord au président de communiquer avant même que les projets ne soient votés. Corinne Nicolle et Philippe Guillemot, groupe autonomie et régionalisme (Carhaix), regrettent « les annonces par voie de presse, courriers, réseaux sociaux de décisions du conseil départemental alors même que les projets de délibérations n’ont pas été votés en séance. »

Ismaël Dupont, élu communiste de Morlaix, renchérit : « Il n’est pas sûr que les Finistériens aient voulu d’un président jupitérien. L’assemblée doit être respectée dans la procédure d’accès à la décision. »

Kevin Faure, élu socialiste de Brest, lance une autre flèche : « Nous avons compris M. le président, vous souhaitez aller vite. Nous renouvelons notre appel à la vigilance afin de ne pas confondre vitesse et précipitation… Changement de style et de rythme, incontestablement. Nous espérons que vos annonces seront suivies des faits. »

Maël de Calan ne baisse pas les armes : « Ce qui vous choque aujourd’hui, c’est ce que la gauche a mis en œuvre depuis des années. Ce n’est pas drôle d’être dans l’opposition, ironise le président. Il se défend de déconsidérer les élus. La victimisation est une arme bien connue de l’opposition. Elle fait pschitt ! »


 

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25 octobre 2021 1 25 /10 /octobre /2021 05:54
Quels nouveaux droits pour les citoyens, les salariés ?

L’intervention citoyenne ne doit pas se limiter au temps des élections. Toutes les assemblées, de la commune au Parlement, devraient faire vivre ce principe. Des conseils économiques, sociaux et écologiques pourraient, du local au national, disposer de moyens étendus et de vraies capacités d’interpellation des pouvoirs. En effet, aucune décision ne doit être prise sans associer les premiers intéressés. Cela vaut pour les institutions mais aussi pour les entreprises et les services publics au sein desquels il faudra donner de nouveaux pouvoirs aux salarié·e·s et aux habitant·e·s. Non, les actionnaires, le patronat ou l’État ne peuvent pas décider contre celles et ceux qui produisent les richesses.

Trop de départements, de communes, de quartiers sont discriminés ou délaissés. Il est grand temps de remettre en question le processus en cours de reconcentration, qui ne fait que favoriser la mise en concurrence de nos collectivités, tout en les plaçant sous tutelle financière et préfectorale. Nos communes et nos départements sont une richesse inestimable. Ils permettent de faire vivre la démocratie au plus près de nos concitoyen·ne·s et de répondre ainsi à leurs besoins. A rebours des logiques actuelles, leurs compétences doivent être préservées et développées.

Un suffrage universel revalorisé est la condition d’une participation active et massive à tous les scrutins. La représentation proportionnelle de la diversité politique du pays en est l’un des moyens. Un statut de l’élu local, permettant à tout citoyen et à toute citoyenne d’exercer un mandat, sans risque pour sa vie professionnelle, fait aujourd’hui cruellement défaut. Il faut également conquérir le droit de vote des étrangers aux élections locales.

Enfin, à l’inverse d’une Ve République de plus en plus monarchique, le rôle du Parlement doit être considérablement revalorisé et il doit disposer des moyens effectifs de décider de l’action de l’exécutif et de la contrôler. Dans le même mouvement, pour mettre fin aux dérives présidentialistes, le président de la République ne devrait plus être élu au suffrage universel avant les élections législatives, et ses pouvoirs d’exception face au Parlement supprimés.

Il est possible de proposer des idées : cliquer sur le lien ci-dessous.

https://www.lafranceencommun.fr/une_democratie_reelle

 

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25 octobre 2021 1 25 /10 /octobre /2021 05:11

 

Derrière un sigle aux accents caporalistes, KPI (key performance indicator), se cache la clé de voûte du management du groupe Total. Tout y est question d’indices, d’indicateurs, de cases à cocher. Le facteur humain est, lui, fiché, codifié, numérisé, analysé à l’appui d’enquêtes de satisfaction. De plus en plus souvent, les salariés sont amenés à donner leur avis, à noter leurs collègues, à juger leurs pairs, car ce serait l’individu le problème, pas l’organisation du travail…

*Jean-Marc Seige ingénieur et syndicaliste.

Le manageur conquérant de l’an 2020, dégagé des aspects métier, de la technique, ne juge plus que sur des critères administratifs, l’organisation du travail étant ramenée à ses éléments les plus impersonnels. Ce sont ces critères qu’il va utiliser pour évaluer son équipe, et ces mêmes critères seront utilisés pour sa propre évaluation. Pour envahissantes qu’elles soient, ces nouvelles règles sont surtout le signe d’un désengagement des ressources humaines dans la gestion du personnel, un pas supplémentaire vers la déshumanisation des processus de décision. Ce sont les notes, les courbes statistiques qui font tout le travail. Car elles sont forcément objectives, non ?

DISTORTION ENTRE TRAVAIL PRESCRIT ET TRAVAIL RÉEL

L’évolution récente de l’organisation du travail conduit ainsi à un conflit de norme entre le salarié et son environnement technocratique. Dans le monde idéal de la direction d’entreprise, les tâches effectuées par les subordonnés se résument au travail prescrit : Chaque salarié, chaque service, se voit assigner des objectifs, d’autant plus passés au crible qu’ils seront chiffrés, cotés. Seulement, les assistants, les techniciens, les ingénieurs techniques le savent bien : entre le travail prescrit et la réalité, il y a parfois (souvent) un monde. Nombreux sont les aléas, les imprévus, les contraintes inopinées qui vont venir impacter le plan de travail initial.

La variable d’ajustement va être le salarié et sa conscience professionnelle. C’est lui qui va s’adapter pour calquer le réel au prescrit.

Dans ce contexte normé, la variable d’ajustement va être le salarié et sa conscience professionnelle. C’est lui qui va s’adapter pour calquer le réel au prescrit, prenant sur lui pour que les délais soient tenus, les résultats délivrés avec la qualité qu’il estime nécessaire. Le problème, c’est que ce travail d’ajustement ne rentre pas dans les cases. Le salarié consciencieux rend un grand service à l’entreprise car il abat de ce fait un travail clandestin. Le déni du réel équivaut à un transfert de responsabilité du donneur d’ordre vers le salarié qui compense le décalage entre le travail prescrit et la réalité. Ce n’est pas la même chose que la responsabilisation, laquelle repose sur la reconnaissance et la valorisation du savoir et des compétences. Le salarié habité par le goût du travail bien fait devient alors le seul garant du maintien d’un haut niveau de qualité. Les contorsions qu’il aura pu faire le seront de sa propre initiative, dédouanant le donneur d’ordre.

 

Derrière le modèle idyllique qui nous est présenté, il n’y a qu’un modèle organisationnel qui ne vise qu’à accroître la pression sur le travail, avec le tour de passe-passe qui mène le salarié à participer à sa propre surexploitation !

Et peu importe que le système se grippe et grince par faute de moyens humains ou matériels adaptés, les chiffres ne mentiront pas : les indicateurs seront passés au vert ! L’environnement normatif participe ainsi à un nivellement par le bas du degré d’exigence technique. Pour cocher les cases, il n’est besoin que du travail nécessaire et suffisant : le good enough. D’aucuns parleront de culture du moindre effort… Tout ce qui va au-delà de la norme administrative sera qualifié de « surqualité », de travail superflu. On retrouve là des éléments du lean management.

LE RÉGIME « MINCEUR » VENU D’ASIE

À l’origine développé au Japon dans les années 1980, notamment dans les usines Toyota, avant d’être théorisé par les États-Uniens, le lean management est la nouvelle lubie des milieux des ressources humaines. Le mot lean peut être traduit par « maigre » ; en termes managériaux, il veut dire faire la chasse aux gaspillages, aux coûts inutiles, aux temps morts, le tout pour améliorer l’efficacité de l’entreprise. Tel que présenté dans le manuel du lean, le manageur et le salarié doivent réfléchir ensemble pour « dégager des pistes d’amélioration », à grand renfort de vocabulaire pseudoorientalisant, comme le « muda» (tâches à faible valeur ajoutée), de gimmicks éculés, tel que le DMAIC (define, measure, analyze, improve, control) de Total.

Tout cela dans des réunions prétendument consensuelles. In fine, derrière ce modèle idyllique qui nous est présenté, il n’y a qu’un modèle organisationnel qui ne vise qu’à accroître la pression sur le travail, avec le tour de passe-passe qui mène le salarié à participer à sa propre surexploitation ! Il est l’héritier des théories libérales qui, depuis Adam Smith (l’offre et la demande, la division du travail [XVIIIe siècle]), le taylorisme (l’organisation scientifique du travail [fin du XIXe siècle]), puis le fordisme (la standardisation des tâches [début du XXe siècle]), tendent toutes vers le même objectif : la hausse de la production et de la productivité, la baisse du coût de revient.

Un temps considérable est passé à remplir tableurs et autres outils de suivi, à sauter d’une réunion de cadrage à une autre.

La chasse systématique aux coûts « inutiles » a comme conséquence la réduction des marges de manoeuvre des salariés et des hiérarchies. En découle un stress accru du fait de la nécessité de remplir sa tâche dans le temps imparti en redoutant le moindre accroc. Doit-on y voir un lien avec le nombre important de burn-out, de salariés déclarés en risque psychosocial (RPS) ? Études bâclées, arbitrage subi et salariés en détresse doivent-ils devenir la norme dans l’entreprise ?

ISO-LÂTRIE ET CULTE DU REPORTING

L’augmentation du nombre de procédures inhérentes à la méthode lean, aux certifications (ISO…), à des accréditations et autres normes auxquelles doivent satisfaire les sociétés cotées envers les acteurs des marchés boursiers produit ses propres travers. Le décorum bureaucratique s’est au fil du temps boursouflé de tâches toujours plus envahissantes et chronophages pour le salarié, et la fluidité du travail est ralentie par les étapes additionnelles (alors que les circuits de décision sont censés avoir été simplifiés). Le serpent se mord la queue et induit son propre surcoût inutile. La situation devient alors paradoxale : le mille-feuille procédurier impacte le travail réel du salarié mais il ne quantifie que le travail prescrit ! Une kafkaïsation jusqu’à l’absurde, énergivore et mangeuse d’hommes. Qui a dit que la bureaucratie était un monopole d’État ?

 

Les hiérarchies sont elles-mêmes harassées de contraintes administratives. Alors que le lean préconise le temps d’échange, l’effet est inverse : un temps considérable est passé à remplir tableurs et autres outils de suivi, à sauter d’une réunion de cadrage à une autre. Leur temps social se réduit souvent à rappeler à leurs subordonnés de remplir leurs propres outils de suivi, et donc à reporter sur eux leur propre stress. Le manageur sera d’autant plus incité à pressurer ses subordonnés que son évolution de carrière en dépend (les fameux KPI).

Au final, les chiffres importent plus que l’activité elle-même, dénotant un refus de se confronter au réel. L’activité humaine est niée, tendant à être effacée, ne laissant plus qu’une machinerie à statistique tournant à vide. Une intelligence artificielle sans intelligence.

SOURIEZ, VOUS ÊTES NOTÉS…

Un cas symptomatique de la dérive statisticienne chez Total est celui de l’entretien individuel annuel (EIA), devenu entretien individuel de performance (EIP). La maigre enveloppe destinée aux augmentations (« mesures salariales individuelles ») de ces dernières années n’a fait que rendre le problème plus visible, cristallisant les frustrations chez les salariés, d’autant plus fortes que les augmentations générales seules ne permettent plus de couvrir l’inflation…

Conçu comme un point d’appui à l’évolution de carrière d’un salarié, l’EIA instituait une base d’échange sur l’activité de l’année écoulée et des objectifs à venir, cela sous l’égide du manager de proximité. Peu à peu dévoyé de son principe premier, l’EIA devient indissolublement lié aux augmentations salariales. Corsetées par les négociations annuelles sur les salaires, les notes de l’EIA sont transformées en un instrument de répartition statistique des augmentations. Exit la sincérité d’une appréciation professionnelle, désormais le nombre de notes au-delà de la moyenne devra obéir au budget alloué !

En vertu de cette répartition statistique, il faut trouver autant de mauvais élèves que de bons. Certains sont injustement mis au ban, d’autres, qui se sont employés toute l’année, se voient rabaissés à la moyenne. Les années de vaches maigres, tout le monde est moyen, plus aucune tête ne dépasse. Certes les commentaires laissés sur le formulaire pourront encore contrebalancer la notation, mais déjà les injonctions arrivent : les avis devront correspondre aux notes. Toute cette mécanique se traduit par un nivellement par le bas, un éloge de la médiocrité pour satisfaire des décomptes d’épicier. Paradoxal alors que, dans le même temps, on sacrifie les cadres sur l’autel de l’individualisation et de la performance.

JE TE TIENS, TU ME TIENS PAR LA BARBICHETTE

Autres mécanismes qui tendent à se généraliser, l’évaluation croisée entre collègues, services, subordonnés et hiérarchies, et autres questionnaires de satisfaction : les salariés sont de plus en plus invités à se prononcer sur le comportement et les relations avec des gens qu’ils côtoient au quotidien ou pour sanctionner la qualité d’une étude, d’un service, etc. Comparable à ce qu’on peut trouver sur les réseaux sociaux lorsque tout un chacun est invité à donner son avis sur un service, un restaurant, un spectacle…, cette évaluation est étroitement liée à la relation client/fournisseur qui s’est imposée à de multiples entités du groupe, une relation marchande bien éloignée de la notion de services centraux.  

Les salariés sont de plus en plus invités à se prononcer sur le comportement et les relations avec des gens qu’ils côtoient au quotidien.

Un degré supplémentaire de perversité a été atteint lorsqu’il a été décidé d’inclure le taux de retour de ces questionnaires en tant que critère de minoration d’une part du calcul de l’intéressement du personnel concerné. Cette façon de traiter la problématique des relations au travail fait peser sa résolution sur les gens eux-mêmes, en occultant les effets de structure, ceux des choix d’organisation, des campagnes et des injonctions institutionnelles. Si un service n’est pas rendu de façon convenable, la gestion de la paie par exemple, ce n’est pas l’organisation du travail qui est pointée du doigt mais bien le salarié, à qui on le fera payer. C’est l’individu le problème, pas l’organisation du travail. Plus encore, la proximité avec ceux que vous devez évaluer vous rend-elle objectif ? Quelle valeur accorder à une appréciation forcément biaisée par les rapports interpersonnels ? Faussement participatifs, ces mécanismes n’opèrent que comme justificatifs du système, lequel reste intangible.  

La structure étant de facto hors de cause, le salarié devient l’instrument de sa propre coercition : il se surveille et se punit lui-même.

Au final, la structure étant de facto hors de cause, le salarié devient l’instrument de sa propre coercition : il se surveille et se punit lui-même, pour que tout aille pour le mieux dans la meilleure des entreprises possibles… Idéal pour tout figer, pour couper court à tout élan émancipateur. Tout est lisse, convenu. Et derrière le masque de convenance, on ne voit personne grimacer !

 
FAIRE RÉÉMERGER LE RÉEL

Tous ces outils, où cohabitent arbitraire, déresponsabilisation de la structure décisionnelle et stigmatisation de l’individu, portent en eux toutes les dérives du monde actuel de l’entreprise. Il n’est plus question que d’indicateurs, de taux, de pourcentages, outrageusement audités; c’est une marche cadencée vers une déshumanisation des processus. Il n’est pas anodin que le groupe Total investisse de plus en plus dans l’IA (intelligence artificielle) : le futur des processus d’optimisation s’écrira sans le facteur humain.

Dans un tel contexte, l’épanouissement au travail pose question. Il n’est pas étonnant donc que mal-être et perte de sens soient les deux grands maux du monde du travail actuel. 30 % de notre vie active se passe sur le lieu de travail et la place du citoyen-salarié dans l’entreprise est trop systématiquement absente de ces outils qui ne voient la performance qu’à travers la lorgnette de la plus-value pour l’entreprise.

De perte de sens en déni du réel, le groupe Total, et avec lui les grands groupes du CAC 40, se fourvoie peu à peu dans une réalité virtuelle dans laquelle le facteur humain s’apparente à un artéfact, à une erreur de procédure. L’aspect psychosocial n’est plus perçu qu’en termes de risque, jamais en tant que valeur intrinsèque.

Il faut adapter le travail à l’humain et non pas l’humain au travail. Il faut faire réémerger le réel, redonner du sens au vécu et à l’expérience, à l’action managériale. L’intelligence humaine est une force et elle doit prévaloir sur tout le reste !

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24 octobre 2021 7 24 /10 /octobre /2021 08:21
Morlaix. Dans le médico-social, « nos métiers sont de plus en plus compliqués »

​Une centaine de salariés des Genêts d’or, de la Fondation Ildys, des Papillons blancs ou encore du foyer de vie de Sizun étaient rassemblés devant le nouvel IME de Plourin-lès-Morlaix (Finistère). Ils dénoncent un manque d’écoute de part de leur direction, pointent du doigt les promesses non tenues autour des revalorisations salariales et des conditions de travail qui se dégradent.

« On se sent incompris », relève Fabien Huguet, délégué de la CGT au foyer des Genêts d’or. Le piquet de grève est planté devant le nouvel institut médico-éducatif (IME) de l’association, à Plourin-lès-Morlaix (Finistère). Une centaine de salariés venant aussi de la Fondation Ildys, des Papillons blancs ou encore du foyer de vie de Sizun se sont rassemblés non loin de l’entrée, ce vendredi 22 octobre 2021.

L’IME aurait dû être inauguré ce même jour, en présence des financeurs et de la direction générale. Mais cette dernière a annulé. « Nous avions peur que cela perturbe les personnes que nous accompagnons. Je comprends la déception des salariés », déclare Joël Goron, directeur général des Genêts d’or, contacté par téléphone.

« Ça nous enlève de la visibilité »

Il a également réaffirmé le « plein engagement de notre association dans la mobilisation en cours pour l’obtention d’une juste reconnaissance des professionnels de notre secteur ».

Un paradoxe total pour les grévistes. « Je ne vois pas où est leur solidarité. L’annulation de l’inauguration a découragé certains à se mobiliser. Et ça nous enlève de la visibilité », peste Fabien Huguet.

Arrêts maladies, démissions, inégalités salariales

 

Les Genêts d’or, comme d’autres structures du médico-social, ne sont pas loin de la surchauffe. Les directeurs d’établissements l’ont dénoncé devant la préfecture de Quimper, le 6 octobre 2021 . « Il y a un problème de revalorisation salariale. Mais on a un autre souci au sein de l’association, et il faut le régler vite », prévient le délégué syndical. Par exemple, à la Maison d’accueil spécialisée de Ploujean à Morlaix, 20 % des salariés sont en arrêt de travail. « Nos métiers sont de plus en plus compliqués. Les salariés sont épuisés et ils démissionnent. Ça a un impact sur la qualité de notre accueil. »

Même son de cloche pour ces salariées du foyer de vie de Sizun, « cinquième roue du carrosse ». L’une d’entre elles rappelle qu’en travaillant à 80 %, elle ne gagne que 1 000 €. « On subit des pressions avec nos contrats d’un an renouvelable. Ça nous incite à accepter tous les remplacements ou les week-ends. »

Conséquence : des problèmes de recrutements. Rien qu’aux Genêts d’or, 106 postes sont vacants. « Il y a un effet cumulatif jamais vu dans ce secteur, reconnaît Joël Goron. Et les perspectives du Ségur créent des inégalités au sein de nos équipes : au 1er janvier 2022, seulement 10 % de notre personnel touchera la prime de 183 €. » Il appelle ainsi, comme les manifestants, à une généralisation du Ségur dans le médico-social. Le collectif employeurs-syndicats, créé à cette occasion, va remettre une pétition aux huit députés et quatre sénateurs bretons pour qu’ils interviennent concrètement auprès du gouvernement.

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24 octobre 2021 7 24 /10 /octobre /2021 05:48

 

Quel sport voulons-nous ? 

 

L’avenir des associations sportives, durement éprouvées par le confinement, se joue maintenant et devrait être la première préoccupation du gouvernement, qui pour le moment n'a prévu aucun plan d'urgence. Ce serait pourtant indispensable, d’autant plus que les principales ressources des clubs reposent sur les cotisations des familles et les subventions des collectivités qui sont elles-mêmes en difficulté.

Il y a un risque évident de tension entre les clubs locaux et les fédérations sportives en course pour récupérer des subventions et regagner des licencié·e·s. Certains clubs peuvent être tentés d'augmenter leurs cotisations au risque d'accroître les inégalités d'accès au sport. Pourtant, bien au contraire, dans cette période la priorité devrait être la réduction du coût des licences pour les familles et même envisager la gratuité.

Pour cela, un changement de cap dans la politique sportive nationale s’impose. Le service public du sport devrait s’articuler autour de deux priorités, l'éducation physique et sportive à l'école et les associations sportives, les deux pierres angulaires du droit d'accès au sport. Plutôt qu'instrumentaliser les clubs sportifs en les transformant en prestataires de service de l'Éducation nationale au détriment de la vie associative et de l'EPS comme le proposent des député·e·s de la majorité, le gouvernement devrait décréter un plan national de relance pour les clubs.

Ce plan de relance de la pratique sportive en club pourrait bénéficier d’une aide de l'État à la prise de licence à hauteur de 50 % sur critère sociaux et une indexation sur la base du quotient familial. Une prise en charge des collectivités territoriales d'une autre part de la licence pourrait également fortement réduire les coûts de la pratique pour les familles. Mais, pour cela, le gouvernement doit être ambitieux, avec le doublement immédiat des crédits dédiés au sport et leur progression pour atteindre 1 % du budget de la nation.

Le financement du sport devrait d’ailleurs être entièrement revu et sécurisé. Au regard du rôle essentiel la pratique d'un sport pour la santé publique et le lien social, il devrait être un volet à part entière de la Sécurité sociale. De même que les contributions salariales et patronales alimentent le budget de la Sécurité sociale, une part des cotisations sociales pourrait utilement être consacrée au sport, ce qui sécuriserait ainsi un service public du sport d'une nouvelle ère.

Il est possible de proposer des idées : cliquer sur le lien ci-dessous.

https://www.lafranceencommun.fr/pour_le_sport

 

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23 octobre 2021 6 23 /10 /octobre /2021 05:46
 
Que faut-il changer dans la mondialisation ? Quelles coopérations nouvelles ?

 

La mondialisation capitaliste piétine les exigences sociales, démocratiques, humaines et écologiques. L'impasse et la nocivité des logiques de domination, de profit et de compétition au plan européen et international, les modes de développement et de consommation qu'elles induisent, leur impact sur les écosystèmes, le climat et la biodiversité, les souffrances sociales qu'elles provoquent et les atteintes démocratiques sur lesquelles elles s'appuient, appellent à de profondes remises en cause et ruptures.

Pour combattre durablement les inégalités sociales, économiques comme sanitaires, cette crise l'a démontré, l'humanité a besoin de dépasser une mondialisation et une construction néolibérale européenne du chacun pour soi et du seul contre tous et, contre la guerre économique et la montée des tensions internationales mettre en oeuvre une culture de la paix.

Désormais, toutes les sociétés humaines interagissent. Dans ce cadre, plus qu'auparavant, la lutte contre les menaces sanitaires, environnementales et pour de profondes avancées sociales et démocratiques est devenue déterminante pour atteindre un objectif de sécurité humaine collective. Il ne saurait exister, et encore moins perdurer, d'« îlots de prospérité et de paix » dans un océan de misère, d'injustice et d'humiliation.

La santé est un droit humain fondamental, elle doit être considérée comme un bien commun universel et c'est le moment de mettre à l'ordre du jour tant dans nos pays qu'au plan régional et mondial, le soutien déterminé à des politiques de santé publique et de protection sociale offensives reposant sur les piliers de la prévention, des soins, de l'accompagnement et de la recherche. Le besoin de sortir du cadre marchand le médicament et la recherche médicale est devenu incontournable. Le vaccin à venir contre la Covid-19 doit être un bien public. Il est donc urgent que les sanctions économiques imposées aux pays ciblés par Washington soient immédiatement levées et de donner ses pleins moyens politiques et financiers à l'Organisation mondiale de la santé pour qu'elle joue pleinement son rôle d'appui aux États, et atteigne l'objectif de garantir le droit et l'accès universels à la santé et à la protection sociale.

L'heure est à la construction de solides mécanismes de coopération et à une nouvelle conception des relations et échanges internationaux libérés de la domination du dollar au plan mondial et en Europe, du pacte de stabilité et des traités qui ont confisqué aux peuples des pays membres de l'UE leur souveraineté. En construisant des rapports de force sociaux et politiques dans chaque État et en Europe en général, un nouveau pacte social et démocratique entre peuples et nations d’Europe peut s'imposer en vue de jeter les bases d’une Union des peuples et des nations, libres, souverains et associés.

La remise en cause du modèle productif et de développement, et la lutte contre les inégalités socio-économiques dans chacun de nos pays, comme à l'échelle régionale et mondiale, ne peuvent plus être différées et doivent devenir la priorité politique des échanges et de la coopération multilatérale onusienne. Car assurer les droits fondamentaux sociaux et démocratiques et des revenus stables aux travailleur·euse·s du monde entier, c'est ouvrir un véritable chemin de sortie de crise du système capitaliste. La sécurité sanitaire, la santé publique, l'emploi, l'éducation, la souveraineté alimentaire, énergétique, l'accès à l'eau, le respect des droits et libertés sont plus fondamentaux que les 2 000 milliards de dollars engloutis à l'échelle mondiale dans les stratégies politico-militaires. Une vaste stratégie de désarmement et de dénucléarisation doit accompagner une réorientation des fonds vers les urgences et exigences sociales, écologiques, démocratiques, et le renforcement des capacités

 

Il est possible de proposer des idées : cliquer sur le lien ci-dessous.

https://www.lafranceencommun.fr/agir_pour_la_paix_et_la_cooperation_en_europe_et_dans_le_monde

 

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