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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 18:26
RSI: les candidats peuvent-ils transformer le plomb en or?
 PAR MATHILDE GOANEC ET DAN ISRAEL

Longtemps ignoré par la gauche comme la droite, le RSI, régime de sécurité sociale des indépendants, s’est invité dans la campagne, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen. Depuis son lancement, le RSI a multiplié les dysfonctionnements mais les propositions des candidats pourraient ne rien arranger.

 

Tout comme le revenu de base, qui s’est imposé parmi les principaux thèmes de la présidentielle, le sort du RSI (Régime social des indépendants) est devenu un passage obligé pour ceux qui se piquent de diriger la France en mai 2017. Presque tous les candidats, de la gauche radicale à l’extrême droite, ont présenté des propositions, plus ou moins argumentées. Mettant du même coup en lumière l'histoire du RSI, l'un des plus grands fiascos administratifs des dernières années.

Dès mai 2016, Jean-Luc Mélenchon souhaitait, dans l’émission « Des paroles et des actes » sur France 2, pouvoir donner aux « artisans, commerçants, indépendants, chefs d’entreprise et auto-entrepreneurs » la possibilité de « s’affilier au régime général de la Sécurité sociale plutôt qu’au RSI ». Une proposition reprise mot pour mot dans son programme aujourd’hui. Marc Sanchez, secrétaire général du syndicat des indépendants, salue un vrai travail de « conscientisation sur le sort des petits patrons ». Concurrent du candidat « insoumis » à gauche, le socialiste Benoît Hamon n’est pas en reste, puisqu’il propose carrément de supprimer le RSI, un « régime qui ne fonctionne pas », afin de lui substituer un seul et unique « statut social de l’actif », basé sur un programme en forme de mantra : « À revenu équivalent, cotisation équivalente, protection équivalente. »

Deux positions très proches de celles d’Emmanuel Macron, qui veut lui aussi en finir avec le sigle honni, ou au moins autoriser un « droit d’option » permettant aux indépendants de rejoindre le régime général. Dans un meeting à Nevers le 6 janvier, Emmanuel Macron a précisé sa « conviction », en proposant d’intégrer le RSI au régime général, avec un guichet spécifique, tout en préservant l’actuel taux de cotisation. Une proposition qu’il reprend régulièrement en meeting et qui est toujours très applaudie. François Fillon, certes de moins en moins audible sur son programme, n’a jamais fait mystère de son aversion pour le RSI, qu’il propose de garder mais de refonder, en changeant son nom. Quant à Marine Le Pen, elle propose également d’offrir la possibilité d’adhérer au régime général, tout en conservant une caisse spécifique, et souhaite que les chefs d’entreprise puissent calculer et déclarer eux-mêmes le montant des cotisations qu'ils doivent verser.

 

 

Créé en 2006, le RSI fait donc l’unanimité contre lui. Et il y a de quoi. Ces trois lettres qui amalgament toutes les détestations cachent l’un des trois principaux régimes de la protection sociale en France, les deux autres étant le régime général (60 millions de bénéficiaires, soit 91 % de la population) et le régime agricole. Pour les chefs d’entreprise indépendants (artisans, commerçants, professionnels libéraux, micro-entrepreneurs) et leurs ayants droit, le RSI est l’interlocuteur unique pour le paiement des cotisations sociales, ainsi que pour le versement des prestations maladie, maternité et retraite. Selon les chiffres les plus récents, 2,8 millions d’assurés actifs cotisaient au RSI en 2015, contre 1,7 million à son lancement en 2006. En comptant leurs ayants droit, le RSI englobe 6,8 millions d’affiliés et a versé 18 milliards d’euros de prestations en 2015.

Le 10 février dernier, le Syndicat des indépendants, organisation non représentative qui revendique 25 000 adhérents, a publié son baromètre annuel attestant du rejet du RSI par ses troupes : 76 % de ses adhérents disent avoir une appréciation négative des services rendus. Ce rejet s’exprime parfois de façon plus imagée. Le 28 novembre dernier, le Champ-de-Mars à Paris accueillait l’arrivée d’une marche d’une vingtaine de chefs d’entreprise, partis un mois plus tôt du Mont-Saint-Michel, sous la bannière du mouvement Sauvons nos entreprises (SNE). Pour saluer la vingtaine de marcheurs, 200 personnes environ, armées de sifflets et de cornes de brume. Les banderoles sont sans ambiguïté : « Non au racket », « Le RSI tue », « Des charges abusives = prise en charge et retraites de misère »

« Lutter contre le RSI, c’est un combat de titan », assure Pascal Geay, fondateur de SNE en 2011. Très actif sur les réseaux sociaux, le mouvement compte comme plus grand succès d’avoir organisé une manifestation rassemblant au moins 7 000 personnes à Paris en mars 2015. Dans le rassemblement de 2016, on dénonce en vrac la carence de sept jours avant que des indemnités soient versées en cas d’arrêt maladie, les retraites très faibles, « les suicides causés par le RSI », mais aussi le niveau des cotisations versées. « Prenez n’importe quel salarié, piquez-lui 70 % de ce qu’il gagne et vous verrez ce qu’il dira », lance un électricien en colère. Même si en réalité, les cotisations versées au RSI sont en moyenne de 47 % sur les bénéfices réalisés, c’est-à-dire moins qu’un salarié classique, pour qui elles dépassent les 60 % si l’on additionne cotisations patronales et salariales.

Un système aux dysfonctionnements majeurs

Mais la colère qui alimente Sauvons nos entreprises, ainsi que les mouvements qui souhaitent carrément en finir avec la Sécurité sociale pour un régime d’assurance privée, trouve sa source principale ailleurs. Tous les indépendants ont en tête des exemples de dysfonctionnements majeurs du système, surtout concentrés entre 2008 et 2013, mais dont les répercussions se font encore sentir aujourd’hui. Les histoires d’appels de cotisations exorbitantes, pas toujours dues mais qui ont tout de même déclenché des passages répétés d’huissiers, sont dans toutes les têtes. D’autres ont des exemples plus tragiques. Jean-Pascal Fontaine, boulanger dans la Manche, s’est engagé dans le mouvement SNE en 2013 à la suite du suicide d’un de ses voisins, fabricant de poêles à bois, pris dans des difficultés professionnelles. « L’entreprise allait être en redressement, le RSI lui réclamait de l’argent qu’il n’avait pas, il n’a pas supporté », dit-il.

Loin du rassemblement de SNE, dans l’Eure, Bernard Bonnel confie lui aussi des « idées suicidaires ». Cet artisan d’art de haut niveau, tapissier, décorateur, spécialisé dans les cuirs précieux, se débat depuis dix ans dans « un tsunami administratif ». « Je ne vis plus, j’ai passé des milliers d’heures à écrire des courriers, expliquer mon cas, préparer des procès », témoigne-t-il. En 2005, un promoteur immobilier rachète le terrain où sont situés sa boutique et son atelier, et lui verse une forte indemnité compensatoire. Son comptable commet ensuite une erreur, en déclarant une partie de cette indemnité au titre de ses revenus.

Face à cet afflux d’argent, les impôts de l’artisan explosent, tout comme les cotisations que lui réclame le RSI. « En quelques mois, cette forte hausse des taxes a siphonné ma trésorerie, ma banque a tout bloqué et j’ai dû cesser de payer mon expert-comptable », détaille-t-il. Par mesure de rétorsion, selon son récit, le comptable n’a pas communiqué à l’administration les comptes 2007 de l’entreprise. Considérant que les déclarations nécessaires n’ont pas été faites, les impôts et le RSI ont donc appliqué le principe de la taxation d’office : les fraudeurs sont lourdement pénalisés, par un calcul de taxes basé sur leurs précédentes déclarations, augmenté d’amendes salées.

Une dizaine d’années après, la situation de Bernard Bonnel est en passe d’être régularisée auprès des impôts, mais pas encore auprès du RSI, qui considère toujours qu’il lui doit 42 000 euros. Surtout, ce contentieux avec le RSI le prive d’autres droits :« J’ai subi un accident de voiture et j’ai déclaré une maladie invalidante. J’aurais donc dû toucher de la part du RSI des indemnités journalières pour arrêt maladie et j’ai droit à une pension d’invalidité. Mais la caisse ne m’a rien versé depuis quatre ans, parce qu’elle estime que je lui dois de l’argent. » L’homme paye encore le prix fort pour un unique déraillement du cours normal de sa vie professionnelle. « Le RSI passe pour une bête noire, mais c’est vrai que c’est une aberration, explique un couple de boulangers, à Villeurbanne, lui aussi confronté à moult difficultés. Avant 2008, on dépendait de trois organismes différents pour les cotisations, la Sécu et les retraites, mais au moins on pouvait négocier avec les uns et les autres de manière différenciée. Là, il n’y a qu’un seul interlocuteur, et quand ils nous tiennent, c’est foutu… »

Une réforme totalement bâclée 

L’idée d’une fusion entre les différentes caisses émerge effectivement à droite en 2006. À peine au pouvoir, Nicolas Sarkozy lance le chantier RSI, qu’il souhaite voir s’achever 18 mois plus tard, en 2008. Le projet est de créer un guichet unique pour le paiement des cotisations et le versement de toutes les indemnités, ainsi que de la retraite. Le RSI était donc le résultat d’une opération de simplification bienvenue. Du moins sur le papier…« C’était une bonne initiative, mais totalement bâclée et mal préparée, analyse Fabrice Verdier, député socialiste auteur d’un rapport sur le sujet en septembre 2015. Les politiques de l’époque voulaient que ça aille vite, alors que tout le monde demandait du temps. De fait, les ministres en charge à cette époque, que ce soit Renaud Dutreil pour les PME ou François Fillon comme chef du gouvernement, ont été peu interpellés sur cette question, alors que leur responsabilité est lourde. »

 

rsi

 

 

 

Au premier rang des bizarreries, le partage des tâches non assumé entre le RSI et le régime général. Car derrière la bannière du RSI, c’est en fait l’Urssaf qui est chargé de recouvrer les cotisations, comme pour tous les salariés. Le RSI reprend la main 30 jours après l’envoi des demandes de cotisations. Et c’est bien lui qui verse des prestations. Ce choix est immédiatement très critiqué, surtout en interne. Les logiciels du RSI et des Urssaf ont du mal à dialoguer. Sans compter que les fichiers d’assurés sur lesquels s’est appuyé au départ le RSI ne sont pas parfaitement à jour. Patrick Liébus, président de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment, à l’époque président d’une Urssaf dans la région Rhône-Alpes, était en première ligne lors de cette fusion compliquée. « On avait prévenu la droite qu’il y aurait un énorme problème ; on savait que les caisses des indépendants et l’Urssaf n’étaient pas compatibles informatiquement. »

L’arbitrage fut éminemment politique : « La bataille a été homérique, rappelle le député Fabrice Verdier. Le RSI aurait pu prélever en direct, mais on était dans une logique de marché et l’Urssaf, organisme privé, voulait cette part du gâteau, les 15 milliards de cotisations des indépendants à recouvrer. Résultat ? Le 1er janvier 2008, on a appuyé sur le bouton et rien n’a marché. » Marc Sanchez, du syndicat des indépendants, se souvient très bien de cette période : « Il y a eu des cotisations non prélevées en pagaille et des recouvrements non fondés. Quand ça allait bien, ça finissait devant le tribunal administratif. Dans les pires cas, on a vu nombre d’entreprises à la trésorerie bloquée, et arriver des faillites personnelles… Nous avons alors géré des centaines de dossiers. »

Pour Fabrice Verdier, toute cette affaire rétrospectivement, est « dingue ». « Ça aurait été les agriculteurs, on aurait eu des préfectures entièrement noyées sous le fumier. » Mais les travailleurs indépendants sont, par nature, très dispersés dans des professions éclectiques, peu familiers de la mobilisation sociale et faiblement représentés syndicalement. Dossiers bloqués, cotisations non prélevées, prestations non versées, la panique est générale mais fait finalement peu de bruit (Mediapart y a consacré une enquête en 2009).

Des améliorations indéniables

Il faut plusieurs années pour que le désastre apparaisse au grand jour. En 2012, le verdict de la Cour des comptes est sans appel : le RSI est une « catastrophe industrielle ». Mais là encore, malgré l’alternance politique, la résistance à soigner le malade a été longue.« Les grands corps d’État ont fait bloc ; ils ont mis un couvercle sur la marmite qu’était le RSI, se désole Fabrice Verdier. Et pour la gauche, le problème est culturel : elle n’a jamais vraiment considéré les indépendants, les artisans, les commerçants. Elle trouve qu’ils exagèrent toujours. » Les rares députés qui s’investissent alors sur le sujet ne reçoivent qu’une attention distraite de la ministre en charge, Marisol Touraine.

« De 2008 à 2012, impossible de reconnaître l’erreur industrielle pour la droite, tempère Marc Sanchez. À partir de 2012, ce n’était pas considéré comme un enjeu politique, mais ça l’est devenu. » Un premier rapport écrit en 2013 par le député de Côte-d’Or Laurent Grandguillaume parle du travail des indépendants comme « d’un parcours du combattant ». En avril 2015, le premier ministre Manuel Valls commande un deuxième rapport à Fabrice Verdier et Sylviane Bulteau, qui constate « l’échec » et ouvre la voie à une réforme.

« Après cet énorme bug, il a fallu des années pour améliorer le système, reconnaît Stéphane Seiller, actuel directeur du RSI. Le deuxième sujet était le manque de communication entre les deux institutions. Or, c’est fini, les flux passent avec l’Urssaf. Si le RSI affilie ou radie quelqu’un, c’est désormais pris en compte. » Ce qui évite les appels et rappels indus, dont se plaignaient sans cesse les assurés.

En deux ans, plusieurs améliorations ont été apportées au système, pas à pas. Depuis 2015, le mode de calcul des cotisations a été modifié : la somme à payer chaque année est désormais calculée sur la base du revenu de l'année précédente, et non plus sur celui de deux ans auparavant. Une régularisation intervient toujours une fois connus les revenus réels de l’année, mais en cas de solde créditeur, les assurés sont remboursés dans un délai d’un mois, et non plus en fin d'année.

Désormais, la cotisation minimale de retraite (801 euros annuels) permet par ailleurs de valider trois trimestres de retraite de base, au lieu de deux en 2015 et d’un seul auparavant ; le mi-temps thérapeutique a été mis en place et le délai de carence devrait bientôt être ramené à trois jours pour les indemnités journalières en cas d’arrêt maladie.« Ce gouvernement a permis des avancées sociales. On se rapproche de l’équité entre indépendants et salariés », se félicite le député Verdier. Et c’est heureux, car la frontière entre ces deux statuts s’amenuise, année après année : aujourd’hui, 75 % des indépendants travaillent seuls, sans aucun employé. De plus en plus, créer son entreprise, c’est créer son propre emploi.

Le RSI travaille aussi pour améliorer ses relations avec ses administrés. L’accueil téléphonique a été rapatrié en interne, notamment après un reportage ravageur de « Zone interdite » fin 2014. Des médiateurs ont aussi été envoyés sur le terrain un peu partout en France. Mais il reste encore bien des chantiers : assurer une meilleure disponibilité des conseillers pour des rendez-vous en face à face, réécrire les dizaines de types de courriers officiels « dans un langage simple et clair »

« Aujourd’hui, ça s’est beaucoup normalisé. Le service est même rapide, réactif et assez personnalisé », estime Patrick Liébus, de la Confédération de l’artisanat. Selon le RSI, l’embellie date de 2013 et a été officiellement attestée en 2014 par la Cour des comptes. Mais cette amélioration générale du régime cache un vrai paradoxe : c’est en partie parce que le système fonctionne beaucoup mieux, et notamment ses mécanismes de recouvrement de cotisations, qu’il est aujourd’hui si fortement décrié. Entre 2009 et 2012, selon le rapport Verdier-Bulteau, 40 % des assurés n’ont pas reçu d’appels de cotisations et n’ont pas eu d’argent à verser au RSI. La situation a changé à partir de l’automne 2012, et nombre d’entrepreneurs se sont vu réclamer les cotisations pour plusieurs années, progressivement ou tout à coup, mais toujours avec très peu d’explications.

Les situations de détresse financière n’ont pas manqué, et les protestations non plus. C’est à cette période que la contestation du RSI a nettement pris de l’ampleur. En interne, chez les salariés du RSI, on s’en souvient comme de véritables années noires.« Dans les repas de famille, on évitait de dire qu’on travaillait au RSI. Il y avait toujours quelqu’un avec une histoire à raconter. Quand on prenait un taxi pour le travail, on se faisait déposer avant l’entrée du bâtiment. Et au restaurant, on hésitait à sortir nos tickets resto siglés RSI. C’était dur pour tout le monde. »

Une litanie impressionnante de plaintes

Malgré des efforts certains, les erreurs n’ont pas toutes été éradiquées : des courriers contradictoires peuvent encore se croiser, des calculs de cotisation peuvent être erronés… Comme toutes les administrations, et au même titre que les CAF, Pôle emploi ou la Sécu, le lourd système mis en place autour du RSI crée son lot de bourdes quasiment inévitables. « Le plus important, c’est un manque général de sécurisation et d’information, pointe Marc Sanchez. Le pire pour les indépendants, c’est de ne pas savoir à quelle sauce ils vont être mangés. » D’autant que, contrairement aux salariés, les indépendants doivent reverser à l’administration, en plus de leurs impôts, une part de leurs bénéfices déjà perçus, ce qui ne peut pas être agréable. Qui plus est, les sommes minimales à verser afin de cotiser pour la Sécu et la retraite sont proportionnellement plus importantes pour les indépendants qui gagnent le moins…

Il n’est guère difficile d’établir une liste de situations, y compris récentes, qui démontrent que de nombreux accrocs persistent encore. Les exemples collectés par Mediapart constituent une longue litanie d’erreurs, d’incompréhensions et de blocages administratifs. Ceux auxquels a dû faire face l’auto-entrepreneur Julien Pappalardo, par exemple. Il rénove des meubles en région parisienne et a attendu deux ans avant d’obtenir sa carte vitale, après son immatriculation en qualité d’indépendant. « Je suis inscrit au RSI depuis 2014 et je n’ai eu de numéro de Sécurité sociale valide, et donc de carte vitale, qu’en septembre 2016, détaille-t-il. J’ai fait des courriers monstres, j’ai envoyé cinq actes de naissance. Pas de numéro de Sécu, ça veut dire pas d’accès à la santé, vous vous rendez compte ? »

Quant à Isabelle, agent immobilier dans la région lyonnaise, elle a dû se déplacer en novembre dernier au siège local du RSI et rester sur place toute une après-midi, après un an de coups de téléphones infructueux, dont certains ont duré « plusieurs heures d’affilée ». Tout cela pour résoudre un banal problème administratif : le prélèvement automatique mis en place pour régler ses cotisations ne fonctionnait pas. « Pendant près d’un an, j’ai été obligée de payer par chèque quand le prélèvement échouait, raconte-t-elle. Mais le RSI ne pouvait pas émettre d’attestation certifiant que mes cotisations étaient à jour. Or, j’avais besoin de cette attestation pour suivre une formation obligatoire, sans laquelle je ne pouvais pas conserver ma carte professionnelle ! Une idiotie administrative a été à deux doigts de me mettre au chômage. On me disait que l’erreur venait de ma banque, alors qu’elle venait en fait du RSI. Si vous êtes fragile, il y a de quoi se flinguer ! »

Un problème plus récurrent apparaît lorsque les assurés tentent de savoir quels montants de retraite ils vont toucher. Demande légitime, mais ô combien difficile à exaucer, comme a pu le constater Henri Tetard, plombier dans l’Ain. Sa femme, qui tient les comptes de l’entreprise, raconte : « Mon mari touche une pension d’invalidité du RSI et nous avons demandé un relevé de carrière pour savoir s’il pouvait prendre sa retraite en bénéficiant du dispositif carrière longue. On nous a donné quatre relevés de carrière successifs, tous différents ! Mon mari a 58 ans et on n’est toujours pas certain qu’il pourra partir à 60 ans. On voulait simplement savoir à quoi s’en tenir, on voulait anticiper, mais on n’arrive pas à obtenir des réponses précises. »

Le problème est connu au sein du RSI et d’autant plus sensible que nombre d’artisans ont cotisé beaucoup moins de trimestres de retraite qu’ils n’ont travaillé, car pendant de longues années, des revenus trop faibles ne permettaient pas de cotiser. Sans que les principaux concernés en soient toujours informés.

« Le RSI comme marque, c’est foutu »

Incompréhensions, fondées ou non, et dysfonctionnements sont donc légion. Et ils déclenchent un nombre incessant de contestations, à l’amiable ou devant le tribunal des affaires de sécurité sociale (Tass), puis la cour d’appel. Selon les chiffres du RSI, en 2016, les recours amiables ont diminué, passant de près de 40 000 les deux années précédentes à environ 33 500. Mais les cas jugés au tribunal (première instance et appel confondus) sont en très forte augmentation : 17 700 en 2013, 21 500 en 2014, 25 000 en 2015 et 33 600 en 2016. En quatre ans, le nombre d’affaires jugées a presque doublé !

Plus de neuf fois sur dix, le RSI obtient gain de cause en justice. Mais parfois, la ténacité d’un indépendant paye. Ainsi du cas de Nicole Pointcheval, figure de Sauvons nos entreprises, dont le mari était menuisier en Normandie. « Nous avons été mis en redressement judiciaire en février 2012 et un plan d’apurement des dettes a été approuvé par le tribunal de commerce début 2013. Mais quelques mois plus tard, le RSI a trouvé 13 800 euros à nous réclamer en plus », décrit-elle. Une somme que les époux Pointcheval refusent de verser. En novembre 2013, le tribunal des affaires de sécurité sociale de la Manche leur a donné raison et ce jugement vient d’être confirmé en décembre dernier.

La raison en est assez étonnante : lorsque la nouvelle procédure a été lancée contre les Pointcheval, le directeur général du RSI qui avait donné officiellement délégation à ses services pour gérer ce type de contentieux avait quitté son poste. Et le nouveau directeur n’avait pas renouvelé cette délégation de pouvoir. Les procédures lancées après le départ de l’ancien directeur, mais toujours en son nom, étaient donc caduques… « Le RSI essaye de faire croire que tout va mieux, mais lors de notre marche entre le Mont-Saint-Michel et Paris, à chacune de nos vingt étapes, des gens sont venus nous voir pour nous exposer leurs problèmes, souvent tout à fait récents », assure Nicole Pointcheval.

La défiance entre la caisse et ses administrés est extrêmement profonde. Et remettre en cause son existence paraît donc incontournable pour les candidats à la présidentielle.« Le RSI comme marque, d’un point de vue purement marketing, c’est foutu », analyse Fabrice Verdier. Mais faut-il aller plus loin ? Une bonne partie des candidats semblent vouloir tout casser et repartir à zéro. Plusieurs scénarios sont envisageables pour l'avenir du régime : l'alignement sur le régime général, le transfert à l'Urssaf de toutes les missions d'appel et de recouvrement des cotisations, ou carrément la disparition progressive.

Dans les entourages des candidats, que Mediapart a sondés, personne n’a vraiment de solution tout prête. Et personne ne répond réellement à ces questions concrètes : qui prélèvera les cotisations ? Faut-il les augmenter ou les baisser ? En quoi le régime général sera-t-il plus performant ? Enfin, comment absorber la masse toujours plus nombreuse de micro-entrepreneurs dans le régime ? Ils représenteront bientôt plus de la moitié des indépendants, mais cotisent très peu en raison de bénéfices généralement faibles. Et parce qu’il est celui qui en parle le plus, les paradoxes d’Emmanuel Macron sont les plus critiqués : il souhaite d’une main favoriser la libre entreprise et l’économie collaborative en améliorant les prestations, et de l’autre en finir avec le RSI. Le tout sans toucher au montant des cotisations, pour ne pas froisser son public d’entrepreneurs.

« Le RSI, c’est le diable, alors on va le supprimer. C’est facile à dire, mais ça va coûter cher aux entreprises de revenir encore là-dessus, met en garde Patrick Liébus. Nos organisations appellent à corriger les dysfonctionnements et à faire preuve de plus de régularité, mais pas à tout balayer d’une main. » L’organisation patronale des professions libérales est au diapason. Et c’est justement la voie qu’a choisie le gouvernement jusqu’à présent. Depuis plusieurs années déjà, des cellules mixtes RSI-Urssaf ont été créées et des représentants des deux services travaillent dans les mêmes bureaux pour gérer les cas les plus complexes ou éviter les bugs informatiques.

Depuis le 1er janvier 2017, cette organisation a été officialisée et les deux structures sont appelées à travailler de plus en plus étroitement ensemble. Leurs deux logos apparaissent par exemple sur les courriers envoyés, et plus seulement celui du RSI. Au sein même de la caisse, on craint qu’une nouvelle réforme ne refasse exploser la machine. À tel point qu’une conférence de presse est prévue le 27 février pour dire tout le mal que le RSI pense des propositions des candidats.

« En 2013, on a enfin arrêté de vouloir tout changer, et on a pu travailler, rappelle Stéphane Seiller. Prendre un chemin inverse aujourd’hui, ce serait encore dix ans de galère. Disons que le RSI et l’Urssaf, c’est un mariage forcé, qui a finalement fonctionné. » Le plan du directeur est de continuer à normaliser la situation, puis éventuellement de trouver un nouveau nom au service commun RSI-Urssaf, pour lui permettre de commencer une nouvelle vie, enfin débarrassé de sa mauvaise réputation. Il assure aussi que dans les prochaines années, il sera possible pour les indépendants de déclarer eux-mêmes leur chiffre d’affaires et de payer des cotisations immédiatement calculées sur leurs résultats réels. C’est ce que font déjà les auto-entrepreneurs et ce qu’attendent la majeure partie des interlocuteurs rencontrés pour cette enquête.

L’irruption du « sujet RSI » dans la campagne 2017 a cependant un mérite : celui de jeter une lumière crue sur la vulnérabilité de plus de 2 millions d’actifs. Le dernier rapport du Haut Conseil du financement de la protection sociale sur les travailleurs non salariés est à ce titre édifiant. Il révèle que les indépendants sont trois fois plus nombreux que les autres à vivre sous le seuil de pauvreté et que 60 % d’entre eux déclarent un revenu inférieur au Smic. Il y a urgence à leur assurer une protection sociale digne de ce nom.

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 09:29

 

Patrick LE HYARIC

L'HUMANITE DIMANCHE

Jeudi 16 Février

Editorial

 

 

 

 

 

 

 

 

Être de gauche, c'est aussi assumer la conflictualité entre travail et capital; salaires et profits; progrès social et conservatisme; égalité et droits contre privilèges; souveraineté populaire et gouvernance; dignité humaine et mépris de classe; solidarité et racisme.

Le clivage entre la gauche et la droite serait dépassé. Telle est la rengaine qui vient et revient pour brouiller toutes les pistes d'émancipation sociale et politique. « Le clivage qui est (sic) dans notre pays, c'est un clivage entre le repli et l'ouverture, entre les conservateurs et les progressistes », déclare M. Macron. La cheffe de l'extrême droite dit avec d'autres mots la même chose en évoquant un clivage « entre les mondialistes et les patriotes ». Chez l'un, l'opposition permet d'endosser le rôle de magicien moderne, ouvert au grand large de la mondialisation capitaliste ; chez l'autre, de solidifier sa vision raciale et communautariste de la France. Chez les deux, se trouvent ainsi toujours évacuées la question sociale, celle de l'égalité et bien entendu l'opposition entre le travail et le capital. Rien de tel pour camoufler la responsabilité des puissances industrielles, financières et du numérique dans l'état du monde.

Il est malheureusement vrai que l'idée de gauche a pu servir de tenue de camouflage aux promoteurs de la mondialisation capitaliste et de l'Europe ultralibérale, qui ont profité de l'affaiblissement du mouvement social et de l'idée communiste. Ils furent nombreux les testateurs de M. Macron à tenter d'emporter la famille socialiste vers « l'avenir radieux » du libre-échangisme sans foi ni loi, excepté celles de la finance et du profit. La construction européenne fut un de leurs terrains de prédilection où, à chaque étape, se célébraient les noces entre la droite et la gauche socialedémocrate.

Ce type de construction a été présenté comme le seul possible, le seul capable de garantir paix, prospérité et indépendance vis-à-vis des ÉtatsUnis. On voit ce qu'il en est aujourd'hui avec M. Juncker, président de la Commission européenne, lançant un pathétique : « Au secours, fuyons ! » L'entente cordiale sur le dos du monde du travail est aujourd'hui mise en cause par une réalité à bien des égards désastreuse.

Bien que soutenus par une vaste entreprise de dépolitisation des enjeux économiques, sociaux, culturels et environnementaux, ses promoteurs considèrent aujourd'hui que leur avenir n'est pas assuré. Les méthodes de gouvernement convoquant de grandes coalitions ou l'effacement des souverainetés populaires ne leur suffisent plus pour garantir la passivité, voire l'acceptation des populations. Il leur faut donc aller plus loin. C'est à cela que sert la candidature de M. Macron, qui fait d'ores et déjà cohabiter dans son équipe de campagne élus socialistes et de droite.

Déjà en 1992, Mme Guigou, alors ministre des Affaires européennes, faisait meeting commun avec M. Giscard d'Estaing et, en 2005, François Hollande posait aux côtés de M. Sarkozy en une de « Paris Match » pour faire avaler le traité constitutionnel rejeté par nos concitoyens. Il est utile de méditer les raisons pour lesquelles l'extrême droite comme les libéraux souhaitent réinventer de nouveaux clivages et remodeler le paysage politique.

Cette nouvelle conflictualité sert de tremplin à l'extrême droite, qui a toujours combattu l'opposition entre gauche et droite pour défendre l'idée mythifiée d'une France communautarisée. Il n'y a pas meilleur moyen de pousser dans ses griffes les ouvriers et salariés victimes des délocalisations et désindustrialisations.

Deviennent ses proies celles et ceux qui ont déjà tant perdu et que la mondialisation capitaliste menace de faire tout perdre, ceux qui sont contraints à « la mobilité », au chômage, au déclassement social. En somme, l'ensemble de celles et ceux que la fameuse note du laboratoire d'idées Terra Nova publiée en 2011 considère perdus pour « leur » gauche car jugés inaptes à comprendre les avantages de la globalisation capitaliste !

Réaffirmer l'ambition de reconstruire la gauche sur des bases sociales et unitaires est aujourd'hui une nécessité pour affronter les deux menaces qui avancent de front et dont les incarnations politiques espèrent tant jouer les duettistes au second tour de l'élection présidentielle.

Dire que cette reconstruction est affaire de valeurs est juste et nécessaire mais s'avère à l'évidence insuffisant, sinon nous n'en serions pas là. Être de gauche, c'est aussi assumer la conflictualité entre travail et capital, salaires et profits, progrès social et conservatisme, égalité et droits contre privilèges, souveraineté populaire et gouvernance, dignité humaine et mépris de classe, solidarité et racisme.

Autour de ces combats, valeurs et engagements, il nous semble possible de fédérer une majorité de nos concitoyens. Encore convient-il pour cela de dissiper le brouillard idéologique entretenu par ceux qui ont tout intérêt à empêcher la solidarisation des citoyens et la création d'un large front potentiellement éruptif et transformateur, indispensable pour écrire les premières pages de ce qui pourrait être le vrai « antisystème » : une première République sociale.

 

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 09:27

L’HUMANITE

Jeudi 9 Février 2017

PATRICK APEL-MULLER

 

 

 

 

Chaque année, la Cour des comptes produit son catéchisme de l'austérité. Cette année, la version est intégriste, mode Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Elle préconise, sous l'euphémisme délicat de « modération de la dépense publique », de la réduire de 0,3 % et cible en priorité le logement (qui manque à des millions de Français), la santé (malgré l'asphyxie des hôpitaux) et la formation professionnelle. La croissance est-elle trop molle ? « Alors, étouffons-la ! » commandent ces doctes magistrats. En tête de gondole, ils ont placé l'écotaxe. Mais nulle part ils n'ont pointé le gâchis monstrueux du Cice et du pacte de responsabilité, qui attribuent des dizaines de milliards d'euros au patronat, sans que leur usage soit contrôlé. Sans doute jugent-ils ces cadeaux comme l'indice d'une saine administration de l'argent des citoyens.

La dérive est patente : destinée à évaluer la sincérité de la comptabilité publique, l'institution s'est transformée en propagandiste du libéralisme au point que ses recommandations de 2017 feraient un socle très convenable pour édifier le programme de François Fillon, avec sa liquidation de la Sécurité sociale au profit de ses amis assureurs et la suppression de 500 000 emplois de fonctionnaires. Le fond de sauce des recettes de la Cour des comptes est puisé dans les brochures des instituts patronaux. Que leur application conduise le pays de mal en pis ne les fait pas douter.

Collision de l'actualité qui n'est que pure coïncidence, on apprenait hier qu'un ancien patron du Fonds monétaire international, autre institution qui a prêché l'écrasement du coût du travail et la mise en coupe réglée des pays endettés, était accusé d'une fraude fiscale de 6,8 millions d'euros. Deux sociétés panaméennes, une espagnole et une britannique, avaient été mobilisées pour monter le mécanisme d'évasion. Directeur du FMI de 2004 à 2007, Rodrigo Rato avait ensuite rentabilisé cette expérience à la présidence d'une banque privée, Bankia...

 

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 09:17

SÉBASTIEN CRÉPEL

L'HUMANITE

 

800 MILLIONS D'EUROS C'EST CE QUE LE SERVICE DE RÉGULARISATION FISCALE (STDR) A RÉCUPÉRÉ EN REDRESSEMENT D'ISF EN 2015.

30,5% C'EST LA BAISSE, ENTRE 2010 ET 2015, DU PATRIMOINE DES 10 % DES MÉNAGES LES MOINS BIEN DOTÉS

2,5 % C’EST LE TAUX MARGINAL (1) DE L’IMPÔT SUR LE PATRIMOINE DES MÉNAGES EN ESPAGNE, LEQUEL PEUT ÊTRE MODULÉ À LA HAUSSE PAR LES RÉGIONS (PAR EXEMPLE, IL DÉPASSE LES 3 % EN ANDALOUSIE), CONTRE 1,5 % EN FRANCE. EN MARCHE... OU AUX ABRIS ?

5,224 MILLIARDS D'EUROS C'EST CE QU'A RAPPORTÉ L'ISF EN 2015 AUX CAISSES DE L'ÉTAT.

75 C'EST LE NOMBRE DE MILLIARDAIRES EN FRANCE EN 2016, CUMULANT UN PATRIMOINE DE 310 MILLIARDS D'EUROS.

1,1 MILLIARD D'EUROS C'EST LE MONTANT QUI N'A PAS ÉTÉ PERÇU AU TITRE DE L'ISF DÛ POUR L'ANNÉE 2016 GRÂCE AUX DIVERSES NICHES FISCALES.

460 MILLIARDS D'EUROS C'EST LE PATRIMOINE GLOBAL DES 500 FRANÇAIS LES PLUS RICHES EN 2016, CE QUI REPRÉSENTE 1,5 FOIS LA TOTALITÉ DES RECETTES DU BUDGET DE L'ÉTAT (304 MILLIARDS D'EUROS EN 2016).

0,92% C'EST LA PART DES FOYERS FISCAUX FRANÇAIS ASSUJETTIS À L'ISF EN 2015, SOIT 343 000 MÉNAGES, SUR UN TOTAL DE 37 430 000.

139 C'EST LE NOMBRE DE FOIS PAR LEQUEL IL FAUT MULTIPLIER LE PATRIMOINE DES 10 % DES MÉNAGES LES MOINS DOTÉS POUR ÉGALER CELUI DES 10 % LES PLUS RICHES EN 2015.

0 EURO C'EST LE MONTANT DE L'ISF RÉELLEMENT PAYÉ EN 2015, EN TOUTE LÉGALITÉ, PAR LILIANE BETTENCOURT, PREMIÈRE FORTUNE DE FRANCE. ELLE AURAIT DÛ S'ACQUITTER DE 61 MILLIONS D'EUROS.

17 C'EST, EN POURCENTAGE, LA PART DU PATRIMOINE EN FRANCE EN 2015 DÉTENU PAR LES 1 % LES PLUS FORTUNÉS, D'APRÈS L'OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS.

______________________________________________________________________

 

Les plus fortunés s'inquiètent de leur imposition, dont ils espèrent une baisse sensible de la part du prochain président de la République. Le candidat de la droite est le plus acharné dans ce domaine, suivi de près par Emmanuel Macron et, en embuscade, Marine Le Pen.

 

En 2011, Nicolas Sarkozy avait procédé de la sorte pour réformer l’ISF. Désormais, les regards se tournent d’abord vers François Fillon, le plus volontaire pour supprimer cet impôt dès cette année, mais aussi vers Emmanuel Macron, qui court derrière le candidat de la droite en proposant de l’alléger substantiellement. Quant à Marine Le Pen, soucieuse de ne pas s’aliéner les voix populaires, elle en dit le moins possible en promettant prudemment de « maintien(ir) l’ISF », ce qui n’engage à rien sur son taux et son assiette… Et elle opère ainsi une discrète retraite, après son programme de 2012 qui promettait un « impôt progressif unique sur le patrimoine (…), fruit de la fusion entre la taxe foncière et l’ISF ». Une proposition sans doute un peu trop ambitieuse, et proche d’ailleurs de celle défendue aujourd’hui par le candidat PS Benoît Hamon de créer « un impôt unique sur le patrimoine, simple, et progressif ». À cette diff érence près que le FN proposait à l’époque de maintenir les « mêmes taux » que ceux en vigueur en 2012, mais que François Hollande a remontés depuis, ce qui n’a plus l’ai

 

CAMPAGNE OBSESSIONNELLE DE FILLON

De quoi déclencher l'ironie de Jean-Luc Mélenchon, qui propose, outre le renforcement de l'ISF, d'élargir l'assiette de l'impôt sur les revenus du capital pour les imposer à 14 tranches comme ceux du travail. « Il y a un point sur lequel ils sont tous d'accord : il faut supprimer l'ISF, dénonçait le candidat de la France insoumise à Chambéry, le 16 novembre. Combien ça concerne de monde, ce sujet qui les passionne ? À qui ils parlent ? 342 000 personnes ! 1,7 % des contribuables ! »

Mais cela ne semble pas poser de problème à François Fillon. Cinq ans après l'engagement numéro 17 du candidat Hollande (« Je reviendrai sur les allégements de l'ISF (...) en relevant les taux d'imposition des plus gros patrimoines ») et le discours du Bourget qui l'avait propulsé dans les sondages, il fait le pari exactement inverse, en assumant une mesure toujours très impopulaire (72 % des Français sont opposés à la suppression de l'ISF, selon un sondage Odoxa réalisé en octobre). Le candidat annonce la couleur de façon quasi obsessionnelle : sa proposition est répétée ou reprise plus de 20 fois sur son site de campagne, jusque dans son dernier tract, « Stop à la chasse à l'homme », et elle figure parmi ses 15 mesures et cinq engagements prioritaires. Le 16 avril 2015, dans le Point, il a montré qu'il était prêt à relever le défi. Pour paralyser l'opposition, sa méthode sera de « faire adopter par le Parlement en moins de trois mois les 10 décisions principales qui sont de nature à débloquer la situation économique de manière à profiter de l'élan de la présidentielle ».

 

En attendant, le candidat de la droite mène une campagne acharnée, en promettant de mettre « le paquet sur la baisse des charges de la fiscalité du capital », expliquait-il sur TF1, le 25 novembre. Quitte à colporter des contre-vérités. Comme celle qui consiste à faire croire que « la France est le seul pays de l'Union européenne » (UE) qui « prélève, chaque année, une part du patrimoine d'un contribuable ». Ou encore que l'ISF « fait fuir les investisseurs et les talents à venir (les expatriations ont triplé) ». Alors que l'exil fiscal ­ à ne pas confondre avec les expatriations, qui concernent surtout de jeunes chômeurs ­ n'a concerné que 0,22 % des contribuables à l'ISF en 2013. Et que d'autres pays de l'UE, comme l'Espagne et les Pays-Bas, et, hors UE, la Norvège, la Suisse et le Liechtenstein, qui ne sont pas spécialement connus pour être des enfers fiscaux, ont des impôts comparables à l'ISF, relève l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE, rattaché à Sciences-Po). Quant aux revenus du capital qui seraient « imposés à 60 % chez nous, contre 30 % en Allemagne », selon François Fillon, peu importe si, après déduction de la taxe d'habitation -- que tout le monde paie -- et réintégration des loyers perçus et des loyers implicites (c'està-dire les loyers que les propriétaires économisent en étant détenteurs de leur logement ­ NDLR), « le taux d'imposition serait de 36 % », précise l'OFCE.

En réalité, plutôt que de préserver ex le « capital des entreprises », d'ailleurs en grande partie épargné par l'ISF (exonération des biens professionnels, des investissements au capital des PME, ou de parts ou actions sous réserve de les conserver), le souci de François Fillon est ailleurs : il s'agit de « restaurer la rentabilité pour les investisseurs dans l'immobilier », comme il l'a dévoilé dans ses propositions sur le logement.

 

UNE PONCTION DE 15 MILLIARDS DANS LES POCHES DU PEUPLE

Détaxer la rente : c'est le point sur lequel Emmanuel Macron veut montrer sa différence, en promettant au contraire de transformer l'ISF « en impôt sur la rente immobilière » et en « exonérant totalement tout ce qui finance l'économie par ailleurs ». En réalité, les deux candidats se rapprochent sur l'idée de diminuer fortement l'imposition globale des revenus du capital. François Fillon veut convaincre que l'ensemble des impôts actuels (ISF, mais aussi sur les donations et successions, les revenus fonciers, les intérêts et dividendes, les plus-values mobilières et immobilières, voire une partie des bénéfices soumis à l'impôt sur les sociétés) pourrait être remplacé avantageusement par une « flat-tax » (impôt à taux unique) à 30 %, en échange de la hausse de deux points des taux supérieurs de la TVA. « Cela représente une ponction de 15 milliards d'euros par an dans les poches du peuple », a calculé Jean-Luc Mélenchon. « François Fillon va donc prendre 300 euros par an dans la poche de chaque salarié payé au Smic ! 300 euros ! Cela représente plus de la moitié du RSA mensuel, plus d'un tiers du minimum vieillesse mensuel, un quart de Smic mensuel ou encore quatre pleins d'essence ou la moitié du coût annuel de la cantine scolaire pour un enfant en moyenne, souligne encore le candidat de la France insoumise. Et que va faire François Fillon avec vos 300 euros ? Il va commencer par rendre 15 000 euros par an à chaque millionnaire de France ! Robin des riches à l'œuvre. »

Pour le PCF, qui appelle à voter pour Jean Luc Mélenchon à la présidentielle mais développe son propre programme, la justice exige de faire tout autrement, en intégrant dans la base de l'ISF les biens professionnels, tout en doublant et en modulant ses taux actuels. C'était d'ailleurs le sens d'un amendement au budget 2017 déposé par les députés PCF-Front de gauche Nicolas Sansu et Gaby Charroux. Une dernière occasion manquée pour la majorité PS, l'Assemblée nationale l'ayant rejeté... avec le concours de la droite.

 

 

 

 

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 14:08
Les fortunes des ultrariches démultiplient les inégalités
Clotilde Mathieu
 
Vendredi, 10 Février, 2017
 
L'Humanité
Entre 2012 et 2016, la richissime Liliane Bettencourt a vu ses milliards se multiplier par deux et a ainsi accumulé un patrimoine de 31,2 milliards d’euros. Photo : AFP

Déjà la plus riche de France, Liliane Bettencourt a doublé sa fortune en cinq ans, à l’instar d’une poignée de milliardaires, tandis que les inégalités de patrimoine progressent, témoignant de l’existence d’une France à deux vitesses.

Les candidats des riches n’ont pas oublié que les fortunes de France et du monde se constituent à coups de biens financiers. Il n’y a d’ailleurs qu’à analyser le patrimoine des milliardaires français pour observer qu’il flambe au rythme des marchés financiers. Car leur capital ne se compte pas seulement en nombre de châteaux ou autres propriétés immobilières, mais en actifs détenus dans les groupes qu’ils possèdent et qui ont bénéficié, après le krach de 2008, de confortables valorisations, déconnectées de toute réalité économique. Selon l’économiste Thomas Piketty, les hauts patrimoines ont ainsi progressé de 7 à 8 % par an en moyenne, contre 1 à 2 % pour le PIB.

Bettencourt a vu ses milliards se multiplier par deux

Une envolée financière due à la politique monétaire des banques centrales qui, depuis la crise, ont fait tourner leur planche à billets et submergé l’économie de milliards qui ont été investis de préférence sur les actifs réels, comme les participations dans les sociétés, cotées ou non. De telle sorte que le patrimoine global des 500 Français les plus riches a atteint, en 2016, 460 milliards d’euros. Entre 2012 et 2016, la richissime Liliane Bettencourt, héritière de l’empire L’Oréal, a vu ses milliards se multiplier par deux et a ainsi accumulé un patrimoine de 31,2 milliards d’euros, grâce aux 33 % du groupe que la première fortune de France détient via sa holding, Téthys. Une société écran qui lui permet d’échapper totalement à l’ISF en 2015. Idem pour le deuxième du podium, Bernard Arnault, patron du groupe de luxe LVMH, qui a amassé une fortune de 30,3 milliards d’euros, en hausse de 43 % depuis 2012. Il ne s’acquitte que de 2 millions d’euros d’ISF, « économisant » ainsi 5 millions d’euros. Et ce, grâce au mécanisme de plafonnement imposé par le Conseil constitutionnel (voir page 5). En tout, selon la liste des services de Bercy que s’est procurée l’an dernier le Canard enchaîné, 50 contribuables ultrariches se sont acquittés de seulement 21,2 millions d’euros d’ISF en 2015, alors que le montant initial était de 219,6 millions, précise le Canard.

De quoi écœurer n’importe quel salarié, retraité, dans un pays où le pouvoir d’achat de l’immense majorité stagne ou régresse, qui voit dans cette abondance le résultat de choix politiques des gouvernements qui se sont succédé pour bâtir une économie au service des 1 % les plus riches. Avec, pour résultat, une explosion des inégalités, à commencer par celles sur le patrimoine qui, dixit l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), « sont beaucoup plus marquées que celles des revenus ». En effet, rappelle l’Insee, les 10 % des ménages les mieux dotés détiennent 47 % de la masse du patrimoine brut. Alors que les 10 % des ménages aux revenus les plus importants captent 26 % de l’ensemble des revenus.

L’étude de l’Insee démontre l’explosion des inégalités sociales

L’accroissement du patrimoine s’accélère tout en haut de l’échelle. Les 5 % les mieux lotis détiennent ainsi un tiers de la richesse totale. Et les 1 % les plus riches en possèdent à eux seuls 16 %, soit deux fois plus que l’ensemble du patrimoine cumulé des 50 % les moins fortunés des ménages. Le patrimoine moyen des 10 % des foyers les plus riches culmine ainsi à 1 953 000 euros. Celui des 10 % les plus pauvres atteint péniblement 2 000 euros en moyenne, soit 79 fois de moins que le patrimoine médian (158 000 euros). Entre milieux sociaux, les inégalités sont tout aussi révoltantes. Le patrimoine des ouvriers non qualifiés s’élève à 16 400 euros, soit 4 fois moins que le patrimoine médian des cadres supérieurs (204 000 euros).

L’étude de l’Insee montre également que celui qui n’a que son salaire pour s’enrichir se retrouve dans une situation très défavorable par rapport à celui qui hérite. « Les ménages bénéficiaires de ces transmissions (héritage ou donation – NDLR) disposent généralement d’un patrimoine de 242 900 euros contre 72 100 euros pour la moitié de ceux qui n’en ont pas bénéficié », relève l’Insee. À gauche, beaucoup souhaitent régler ces déséquilibres insoutenables par l’impôt en taxant le capital.

Grâce à son «verrou», Bercy dépénalise la fraude fiscale
Le « verrou » ou monopole de Bercy est une spécificité française des plus scandaleuses. Puisqu’il permet au ministère des Finances publiques d’interdire à la Justice, et plus particulièrement au Parquet, de mettre son nez dans les dossiers de fraude fiscale, et de pouvoir engager des poursuites. Comme cela aurait dû être le cas après les révélations des Panama Papers ou HSBC. Sans compter que cette disposition pose un vrai problème de séparation des pouvoirs. C’était notamment le cas avec l’affaire Jérôme Cahuzac. Mais pour Bercy, il s’agit d’un outil d’incitation permettant de « convaincr » les exilés fiscaux de rapatrier leurs avoirs cachés à l’étranger et de payer les pénalités en échange d’une promesse tacite d’absence de poursuite pénale... Des magistrats ont tenté de saisir le Conseil constitutionnel. Des députés ont déposés plusieurs amendements. Mais quand il s’agit de protéger les riches, le verrou reste.
Journaliste à la rubrique social-économie
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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 12:58
Guerre d'Indochine - entretien de l'Humanité Dimanche avec Henri Martin (2008), disparu le 17 février

Henri Martin disparu le 17 février 2015


« Henri Martin, une conscience dans la sale guerre d'Indochine ».

On relira avec intérêt cet entretien réalisé par Claude Lecomte et publié dans l’Humanité Dimanche en 2008


En 2008, dans un entretien avec l'Humanité Dimanche, Henri Martin racontait son engagement, de maquisard FTP puis dans l'armée contre l’Allemagne nazie avant de s'opposer à la « sale guerre » engagée par la France pour garder ses colonies d’Indochine.

1948 : la guerre en Indochine déclenchée en 1946 avec le bombardement de Haiphong s'enlise. Le contingent français ne parvient pas à enrayer l'influence politique et militaire des combattants indépendantistes vietnamiens dirigés par le communiste Hô Chi Minh. De jeunes soldats français, anciens de la Résistance, s'opposent sur le terrain à cette guerre coloniale de reconquête où l'armée multiplie les exactions. Parmi eux Henri Martin. À 17 ans, il a rejoint les FTP, puis s'est engagé dans l'armée d'abord contre l'Allemagne puis contre le Japon, qui occupe la Cochinchine, avant d'être entraîné dans cette sale guerre qui finira en 1954. Son opposition à la guerre le conduit devant les tribunaux militaires. Il raconte.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les Japonais avaient envahi l'Asie du Sud-Ouest, notamment l'Indochine, alors colonie française. Ils n'avaient pas rencontré de grande résistance de la part des chefs militaires ralliés à Vichy. Mais ils s'étaient heurtés à la Ligue pour l'indépendance du Vietnam, dirigée par Hô Chi Minh. À la fin de la guerre, les occupants japonais se livrèrent à un massacre d'officiers et de civils français avant de céder la place à l'armée chinoise de Tchang Kaï-chek. Des accords furent passés entre le Vietminh et le représentant de la France libre, Jean Sainteny. Ils prévoyaient la formation d'un gouvernement indépendant avec son armée, ses finances, tout en s'inscrivant dans une union française. Mais, dans le même temps, le gouvernement du général de Gaulle nommait responsable civil et militaire de l'Indochine l'amiral Thierry d'Argenlieu, lequel mettait en place un plan de reconquête.


HD. Henri Martin, vous sortiez de la Résistance, dans les rangs des FTP, et vous aviez signé un engagement pour la durée de la guerre. Ce qui vous a amené en Indochine, à bord d'un bateau de guerre. Vous avez vécu le début de la guerre. Vous étiez sur le croiseur « Chevreuil » quand ce bateau, avec les autres unités françaises présentes dans le port de Haiphong, a ouvert le feu sur la ville.


Henri Martin. Nous accompagnions une force de débarquement qui fut prise à partie par les forces chinoises. Quelques salves du croiseur « Émile-Bertin » ont fait cesser le tir.
On débarque alors, accueillis pacifiquement. Dans les mois qui suivent, les incidents se multiplient, particulièrement à Haiphong. L'accord signé avec Hô Chi Minh stipule que le Vietnam est indépendant dans le cadre de l'union française, qu'il a son gouvernement, son armée, sa police, sa douane... C'est là, sur les droits de douane, que les incidents sont les plus nombreux. C'est la ressource la plus importante du gouvernement vietnamien avec le port de Haiphong où transitent toutes les marchandises vers l'intérieur du pays et Hanoi, sa capitale. D'incidents en incidents d'Argenlieu décide de faire un exemple avant son départ. Il exige que, dans les 24 heures, les Vietnamiens se retirent à 20 kilomètres du port de Haiphong. Les Vietnamiens n'acceptent pas qu'on les chasse de leur port et restent sur leurs positions. À 10 heures du matin, le 6 mars 1946, les canons des troupes françaises à terre, des navires dans le port, de l'aviation ouvrent le feu. Haiphong est partagé entre des villes nettement séparées, française, chinoise et vietnamienne. C'est sur cette dernière, constituée essentiellement de paillotes, que porte le tir. Quelques minutes après le début du bombardement, on voit que ça flambe de partout. Nous sommes ancrés sur le fleuve Rouge et l'on voit les gens s'enfuir par la route de Hanoi, sur lesquels les canons tirent, prétextant qu'il s'agit de troupes vietnamiennes battant en retraite. Cette décision d'ouvrir le feu constitue un acte de guerre. Il marque le début de cette guerre d'Indochine qui va durer huit ans.

 

HD. Nous revenons à cette année 1948. Dès le début de l'année, deux événements marquent l'actualité. Le représentant de la France en Indochine, Émile Bollaert, annonce, lors d'une conférence de presse le 30 janvier, qu'il n'y aura plus de négociations avec Hô Chi Minh. Il est vrai qu'il a trouvé un interlocuteur, Bao Dai, prêt à toutes les concessions pour retrouver son titre d'empereur auquel il avait renoncé pour devenir un « simple citoyen ». Au plan militaire, le 5 février, une embuscade sur la RC4 (route coloniale numéro 4), entre Lang Son et Cao Bang, fait trente morts et autant de blessés, les Vietnamiens se repliant en bon ordre, emmenant leurs morts et leurs blessés. Le corps expéditionnaire réclame des renforts, les engagés pour la durée de la guerre étant peu à peu rapatriés. Où étiez-vous vous-même en ce début d'année 1948 ?

Henri Martin. Après deux ans passés en Indochine, qui était le temps de séjour du corps expéditionnaire, j'étais rentré en France, affecté à l'arsenal de Toulon, à la section des essais de combustible. Nous faisions des essais très sérieux sur tous les combustibles achetés pour toute la marine. C'était un travail passionnant. Ce qui ne m'avait pas empêché de refaire une troisième demande de résiliation de mon contrat, demande toujours refusée. Je m'étais engagé cinq ans pour combattre l'Allemagne nazie et le Japon militariste, pas le peuple vietnamien.

HD. Y avait-il beaucoup de demandes de résiliation ?

Henri Martin. La première année oui, sur le « Chevreuil », 80 % chez les mécaniciens et 50 % pour les matelots du pont. Tout le monde ne s'était pas engagé pour combattre les Japonais. La guerre était finie en Europe, elle touchait à sa fin en Asie, on croyait aller voir du pays. Il était même prévu que l'on aille à Tahiti.
Pour moi, c'était clair, et j'avais exprimé mon indignation sur ce que l'on faisait au Vietnam, à combattre un peuple. Car Haiphong n'a pas été une exception. Avant même d'opérer au nord, des villages avaient été anéantis au sud. On nous chargeait d'empêcher le riz du sud de monter au nord où régnait une famine qui a fait beaucoup de victimes.
Les avions mitraillaient ceux qui montaient vers le nord avec des chargements de riz et coulaient les embarcations avec leur équipage. Ma motivation était claire : je ne voulais pas faire cette guerre-là !

 

HD. Quel était l'état d'esprit dans un corps expéditionnaire où il y avait encore beaucoup de gens qui venaient de la Résistance ?

Henri Martin. Je ne peux parler que de ce que j'ai entendu sur mon bateau, où nous étions trois anciens FTP, de tendance communiste. Autrement, c'étaient des anciens de la marine sabordée à Toulon en novembre 1942 et qui reprenaient du service, des jeunes engagés venus de Bretagne et de Vendée, des pêcheurs avec la tradition du service dans la « royale » mais qui n'avaient pas des opinions politiques très définies.

HD. À ce troisième refus de résiliation, comment vous vient alors l'idée qu'il faut agir autrement ?
Henri Martin:  On avait, aux lendemains de la guerre, l'autorisation de recevoir dans l'arsenal les journaux communistes. À Toulon, c'était « le Petit Varois ». Il nous donnait des informations sur la situation en Indochine. Il me permettait d'engager des discussions à partir de ces informations. En juillet 1949, un décret a interdit l'entrée de journaux communistes dans les établissements militaires. C'est à ce moment-là que je réfléchis à la possibilité de donner un autre son de cloche que la propagande officielle et les autres journaux, qui étaient pour la poursuite de la guerre. Tout naturellement je pense à ce que je faisais pendant la guerre en diffusant des tracts interdits. J'avais déjà pris contact avec la fédération et la section de Toulon du Parti communiste français. Je décidais alors de rédiger moi-même des tracts en partant des discussions, en tenant compte de l'état d'esprit des marins.
Dans mon poste de mécanicien on discutait beaucoup et sans hostilité envers le peuple vietnamien, bien que la plupart soient des engagés. Sur les bateaux, il y avait des appelés qui faisaient leur service légal, et parmi eux j'ai rencontré des jeunes communistes. Avec eux, nous avons constitué un petit groupe de discussions. À mesure que la guerre se prolongeait, que les forces vietnamiennes se renforçaient, la menace d'un envoi en Indochine se précisait d'abord pour les engagés mais aussi pour le contingent.
Dans les tracts, on rappelait que nous étions des citoyens comme les autres, et en tant que citoyens nous nous prononcions pour des négociations mettant fin à cette guerre.

HD. Vous aviez des informations sur ce qui se passait réellement en Indochine ?

Henri Martin: Oui, car il y avait régulièrement des bateaux qui revenaient et sur lesquels on connaissait des marins. On se retrouvait dans les bistrots du port et on y commentait les nouvelles.


HD. Comment de cette distribution de tracts, on en est venu à l'affaire Henri Martin.

Henri Martin: J'en étais arrivé à connaître une soixantaine de marins. Quand on avait fini de discuter, que l'on avait collectivement apprécié les arguments à soutenir, ça ne se bousculait pas pour écrire, et c'est moi qui rédigeais le tract, qui le portais à la section pour qu'il soit tiré... J'étais en fait le porte-parole des marins qui étaient contre cette guerre. On se répartissait la diffusion mais c'est moi qui portais les tracts sur les bateaux, nous étions en tenue d'été, en chemise blanche, il fallait planquer le paquet de 50 tracts sous la chemise en rentrant bien l'estomac.
Ça va durer jusqu'à mon arrestation, le 14 mars 1950. La gendarmerie militaire avait récupéré des exemplaires des tracts et établi une liste des bateaux où ils avaient été trouvés. Ils ont alors mis en place une provocation en faisant venir à l'atelier des combustibles de l'arsenal un marin alsacien qui s'était engagé volontairement pendant la guerre dans les sous-marins allemands. Ce qui lui interdisait normalement d'entrer dans la marine de guerre française. Mais il fallait monter une opération allant plus loin que la recherche des fabricants de tracts, une provocation mettant en cause le Parti communiste français, accusé de sabotage, permettant de le mettre hors la loi.
Ce Liebert va rechercher ma compagnie et se dire en accord avec moi. Je ne me suis pas méfié d'autant qu'il venait de subir une peine de prison maritime pour s'être disputé avec un ingénieur. On s'est senti solidaires.
Un jour, il m'a annoncé qu'il avait un copain sur le « Dixmude » qui serait d'accord pour diffuser les tracts, qui voulait me rencontrer. J'apprends ensuite qu'il vient de faire une tentative de sabotage en versant une poignée de poudre d'émeri sur le porte-hélices. Ça ne pouvait même pas faire un échauffement, c'était plus un geste de colère qu'une véritable tentative de sabotage.
Les autorités maritimes décident alors de m'arrêter en flagrant délit de distribution de tracts mais je n'y participe pas, voulant amener mes camarades à diffuser tous seuls. Appréhendés, ils donnent mon nom comme responsable du groupe et je suis arrêté le lendemain. Mais plus que la guerre d'Indochine et même la distribution de tracts, ce qui les intéressait était de connaître la position du Parti communiste en cas de guerre avec l'Union soviétique.
Le juge d'instruction m'inculpe une première fois de tentative de démoralisation de l'armée et distribution de tracts, puis il revient le lendemain et m'accuse de sabotage. Mon avocat n'étant pas arrivé, il commence l'interrogatoire sur le sabotage. À ce moment, entre Me Paul Vienney qui s'indigne : « Vous interrogez mon client en dehors de ma présence ! »
Charles Heimburger, le marin manipulé par Liebert, est revenu courageusement sur des accusations qui lui avaient été dictées, disant qu'il ne voulait pas qu'un innocent soit condamné à sa place. Le tribunal maritime de Toulon devait finalement reconnaître mon innocence sur cette accusation. L'opération anticommuniste avait échoué. Il ne restait au tribunal qu'à me condamner pour démoralisation de l'armée, cela valait 5 ans de réclusion
Ce procès cassé pour vice de forme, un second se tint à Brest, confirmant l'acquittement pour le sabotage.


HD. Comment l'affaire Henri Martin est-elle devenue nationale ?
Henri Martin: La disproportion entre la distribution de tracts et une peine de 5 ans de réclusion a éclaté aux yeux de gens qui ne partageaient pas mes opinions sur la guerre mais qui trouvaient scandaleuse la décision du tribunal, confirmée par le jugement de Brest. Il y eut la campagne des communistes comme celle menée par Hélène Parmelin, dans « l'Humanité », celle des syndicalistes avec Madeleine Riffaud, dans « la Vie ouvrière », et celle de Jean-Paul Sartre recrutant autour de lui de nouveaux participants...
J'ai bénéficié de la libération pour bonne conduite sans avoir rien demandé. Je suis donc sorti de prison en août 1953.

 

HD. Quelle a été l'influence de l'affaire Henri Martin dans la lutte contre la guerre d'Indochine ?

Henri Martin: Un coup de fouet à la bataille pour la paix. Mon affaire n'a jamais été séparée de cette revendication de paix. Les deux choses étaient intimement liées. La guerre a duré encore un an. Ils n'y ont gagné que de faire tuer davantage de soldats français et vietnamiens, pour finir par la capitulation de Diên Biên Phu.
Malheureusement cette fin de guerre allait créer les conditions d'une intervention américaine pour soutenir un régime corrompu au sud.
Les accords de Genève étaient un engagement d'honneur pris par la France de réaliser une consultation sur l'ensemble du pays en vue de la réunification du Nord et du Sud. Celle-ci n'a pas eu lieu. Il y a eu de nouveau une guerre, américaine cette fois, qui a coûté 3 millions de victimes et qui tue encore aujourd'hui par les effets de l'agent orange.

 

Henri Martin avait l'internationalisme au coeur (Patrick Le Hyaric)

Guerre d'Indochine - entretien de l'Humanité Dimanche avec Henri Martin (2008), disparu le 17 février
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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 11:59
Un appel au vote Ismaël Dupont - par Jean Dréan: construire une société pour tous les âges

J'ouvre le site "Chiffon rouge". Apparaît le jeune candidat du PCF tenant bien un panneau.

"Pour un droit universel à l'autonomie des personnes âgées".

Pour raison de santé de mon épouse, nous avons quitté Morlaix (anciennement Annick professeur des écoles à Kerfraval, moi cheminot) pour Quimper, Quimper où résident nos enfants. Par carence du service public (manque de places) nous sommes hébergés dans un EHPAD congrégationiste dirigé par une sœur. Il y a quelques jours, l'aumônier de la structure, bien informé de mon engagement politique et syndical (y trouvant une certaine complicité entouré de prêtres ouvriers) me remettait un ouvrage expressif par le titre et le contenu:

"Le grand âge est à l'abandon. Propositions pour éviter le pire".

Ouvrage écrit par Nicolas Martinet directeur d'un EHPAD et fondateur de la Fédération nationale des institutions de santé et d'action sociale d'inspiration chrétienne. Tout ceci ayant un parfum de C.N.R tant appelé à la destruction, à l'oubli.

La lecture en est convaincante.

Je cite deux phrases.

- "Qui aura le courage de lancer une visée politique de la personne âgée qui ne soit pas de la poudre aux yeux?

- "Nous devons agir pour redonner une pleine existence à toutes les personnes âgées. La France a les moyens de relever le défi. Les parlementaires auront le devoir de voter enfin une véritable loi d'adaptation de la société au vieillissement.

Le bassin de Morlaix a connu un fait inédit: la manif de la structure Belizal relatée dans la presse locale: résidents - familles - personnels appelant à l'action sous le thème "On craint le retour aux hospices d'antan". On croit rêver.

Par ailleurs le programme de Hollande était éloquent.

2 simples mots: une aide à l'autonomie conduisant au vote d'une loi qualifiée par des gens en compétence. Une coquille vide. Loi votée par le député G. Bui. A qui les gens de progrès peuvent, doivent exiger des comptes. Loi conduisant aux résultats que l'on connaît.

Par exemple, le préfet du Finistère n'a t-il pas clamé à Lanmeur: "Avec la réduction des dépenses publiques, nous aurons des choix douloureux à faire pour les personnes âgées, les familles".

Après plusieurs drames, le président des Associations des directeurs d'EHPAD sonnait le tocsin.

"La situation est dramatique. Elle va devenir catastrophique. Il faut un plan d'urgence. Les politiques n'ont pas su ou voulu anticiper le vieillissement de la population".    

En connaissance de cause, vivant en maison de retraite depuis 3 ans, j'appelle donc au vote pour un député en capacité de mettre en place les fondations de la civilisation de la personne âgée. Selon les conclusions du dernier congrès de gériatrie, tout ou presque est à inventer. En commençant par voter une véritable loi d'adaptation de la société au vieillissement.

Voter Dupont - adepte de l'Humain d'abord - c'est faire renaître l'espoir à Morlaix. Il a la volonté de tracer un avenir meilleur pour tous.

En toute circonstance, saluer le courage, le dévouement d'un personnel en sous-effectif permanent. Mal rémunéré. Soumis à une amplitude de travail rendant difficile toute vie familiale.

S'occuper du vieux, c'est se préoccuper de l'avenir de chacun.

Jean Dréan, militant CGT, militant PCF, lourdement sanctionné pour s'être opposé à l'envoi d'appelés du contingent en Algérie sous Guy Mollet, partisan de la paix, adversaire de la torture et du napalm sur les populations algériennes.  

   

Jean Dréan - portrait dans le Télégramme, octobre 2010.

Jean Dréan - portrait dans le Télégramme, octobre 2010.

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 09:12

 

Trump-Netanyahou : répondre aux fossoyeurs de la paix

http://www.france-palestine.org/Trump-Netanyahou-repondre-aux-fossoyeurs-de-la-paix

La rencontre des deux compères à Washington le 15 février confirme que tout est à craindre de leur collusion. Benyamin Netanyahou a bien trouvé en Donald Trump un partenaire à la fois ignorant de la réalité et décidé à marquer sa totale adhésion au projet colonial israélien.

Désormais, plus besoin pour lui de s’embarrasser de la solution à deux États qui était depuis plus de 20 ans la position (théorique) de l’administration américaine et qui reste celle de l’ONU, inscrite dans le droit international. La nouvelle stratégie américaine peut se résumer ainsi : la paix, peu importe sa forme, viendra d’un bon gros deal obtenu en face à face entre Israël et Palestiniens, entre une puissance occupante surarmée et un peuple occupé désarmé, prié au passage « de se débarrasser de la haine qu’on (lui) a inculqué » (sic).

L’ignorance crasse du président américain comble un Netanyahou empêtré dans des affaires de corruption et le parti des colons qui n’ont qu’à applaudir bruyamment. Elle a une fonction : casser toute référence à la légalité internationale et ouvrir la voie à toutes les provocations au service du « Grand Israël ».

Le même jour, Saeb Erekat, secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine, rappelait une évidence : « La seule solution de rechange à une solution à deux États est un État doté de droits démocratiques égaux pour tous ».

Personne, et aucun État, ne peut accepter en 2017 l’institutionnalisation d’un État d’Apartheid entre Méditerranée et Jourdain, alors que c’est précisément en réponse à la demande de la communauté internationale que l’OLP a reconnu l’État d’Israël dans ses frontières de 1967 et accepté d’édifier l’État de Palestine sur seulement 22% du territoire de la Palestine historique.

La France, comme l’ensemble de la communauté internationale, doit affronter la réalité et s’opposer dans les faits à cette marche à l’abîme, reconnaître l’État de Palestine dans ses frontières du 4 juin 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale, interdire toute relation avec la colonisation, demander la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël.

Avec la complicité des États-Unis, l’État d’Israël se met délibérément au ban des nations : c’est une réalité qu’il va falloir affronter avec courage et détermination. L’histoire nous a appris que les reculades et la complaisance face au déni du droit ne conduisent qu’à la catastrophe.

Le Bureau national de l'AFPS

 

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 08:49
EELV. 90 % des militants favorables à une alliance Jadot-Hamon-Mélenchon (Ouest-France, 17 février 2017)

Les électeurs de la primaire écologiste ont approuvé jeudi à une écrasante majorité le souhait de Yannick Jadot d'"ouvrir un dialogue" avec le socialiste Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, en vue notamment de présenter une candidature unique à l'élection présidentielle.

Selon les résultats de la consultation, les électeurs écologistes se sont déclarés à 89,70% favorables au rapprochement entre le candidat EELV, le candidat PS et celui de La France insoumise (LFI). A l'inverse, 7,91% se sont prononcés contre ce potentiel rassemblement et 2,39% ont voté blanc. Sur les 17 077 électeurs qui étaient appelés à voter entre mardi et jeudi, 10 155 ont effectivement donné leur avis sur le site de la primaire écologiste.

Yannick Jadot s'est aussitôt félicité sur BFMTV de ce résultat qui marque un « un fort soutien à une démarche d'ouverture, de dialogue, de rassemblement autour de l'écologie, du social, de l'Europe, de la démocratie, avec l'envie d'une grande aventure. » « Après, il faudra valider ou pas un accord qui serait passé et qui peut gagner l'élection présidentielle », a-t-il néanmoins prévenu. 

Yannick Jadot a également affirmé avoir rencontré cette semaine le candidat de La France insoumise (LFI) en marge de l'adoption du CETA par le Parlement européen. « On a discuté de tous les sujets qui nous concernent, on essaie de trouver s'il y a la possibilité d'un chemin ensemble. On a des différences avec Jean-Luc Mélenchon, on a aussi des choses qui nous rassemblent », a-t-il déclaré. 

Sur Twitter, le porte-parole du parti Julien Bayou a évoqué un « vote clair » qui « constitue un mandat qui nous engage au rassemblement des ego et au dépassement des appareils. »

Les entourages de Yannick Jadot et de Benoît Hamon avaient indiqué en journée qu'un accord entre les deux candidats pourrait être conclu « dans les prochains jours » et être officialisé dès lundi. EELV va désormais chercher avec les deux candidats les voies d'un accord portant sur le projet « candidature commune » à la présidentielle et les investitures aux législatives. Un tel accord serait à son tour soumis au vote des militants avant le 23 février.

Benoît Hamon avait annoncé, dès sa victoire à la primaire organisée par le PS, son intention de proposer à EELV et à La France insoumise de construire un contrat de gouvernement. Jean-Luc Mélenchon est « prêt à toutes les discussions » avec Benoît Hamon et Yannick Jadot, a indiqué jeudi au cours d'une conférence de presse son porte-parole, Alexis Corbière, tout en exigeant « des garanties ».

Jean-Luc Mélenchon avait proposé mercredi une rencontre à ses deux rivaux à gauche, mais en précisant que ce serait pour soutenir une candidature, « la sienne ». A plusieurs reprises, M. Mélenchon s'est montré très méfiant à l'égard de la candidature du candidat socialiste, qui devra selon lui composer avec certains cadres du PS qu'il souhaite « dégager ».

Lire aussi. Jean-Luc Mélenchon fixe rendez-vous à Hamon et Jadot... pour soutenir sa candidature

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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 16:39
L'irruption des citoyens et citoyennes sur la question des contenus et de l'éthique en politique a bouleversé la donne.
Les jeux ne sont pas faits.
Une autre histoire peut s'écrire.
Certains, certaines tentent de profiter de la période pour ripoliner la façade. Les impostures seront démasquées si la bataille des idées est menée dans les semaines à venir.
Si rien n'est joué, rien n'est gagné.
La victoire d'une politique de gauche d'alternative à l'austérité reste à construire.
Nous sommes une majorité à vouloir le progrès social, écologique et démocratique.
Toutes celles et ceux qui se mobilisent sur ces questions, toutes celles et ceux qui les soutiennent veulent des suites politiques en adéquation avec leurs attentes, leurs espoirs. Elles et ils ont raison.
Fait inédit, le président sortant et son premier ministre ne seront pas candidats.
Le peuple de gauche vient de dire clairement oui à une ambition de transformation sociale. Les communistes y ont contribué et ils s'en réjouissent.
Benoît Hamon a appelé à « construire ensemble une majorité gouvernementale cohérente et durable pour le progrès social, écologique et démocratique ».
La Fédération du PCF du Finistère engagée dans la campagne de Jean-Luc Mélenchon appelle à poursuivre, amplifier le débat public autour de l'affirmation d'une politique de transformation et des convergences nouvelles pour la gagner.
La Fédération et ses militants vont multiplier les initiatives pour permettre la victoire d'une gauche de progrès social et écologique en Finistère.
Nous visons une majorité politique à l'Assemblée Nationale mettant en œuvre une politique résolument à gauche.
 
Pour ce faire, 3 axes :
- amplifier la campagne contre la droite et l'extrême-droite
- amplifier la campagne pour démasquer Macron
- amplifier la campagne de rassemblement engagée par les communistes autour des propositions « la France en commun ».
 
Nos candidats et candidates issus des mouvements sociaux, écologiques, sont bien décidés à combattre le pouvoir de la finance et écrire des lois d'intérêt général, d'émancipation humaine afin de promouvoir une véritable alternative de progrès social.
 
Nous appelons toutes les forces de gauche en Finistère à retrouver le chemin du dialogue, à débattre de projets et des contenus afin de travailler au maximum de convergences permettant la construction d'un pacte de majorité.
 
Notre département comme notre pays a besoin :
 
1/ d'une grande ambition sociale
2/ d'une lutte acharnée contre le pouvoir de la finance
3/ d'une nouvelle manière de produire et de se développer
4/ d'une 6e république démocratisée
5/ d'une politique européenne progressiste pour sortir de l'austérité
 
Nous voulons faire entrer en juin au Parlement le peuple et ses attentes.  
 
Fédération du Parti Communiste du Finistère, le 16 février 2017
Fédération du Parti Communiste du Finistère, membre du Front de Gauche

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