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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 20:36
Guerlesquin. Au Roudour, la suppression de classe ne passe pas
Parents d'élèves et élus se sont rassemblés pour dire non à la suppression d'une classe, hier matin.
Parents d'élèves et élus se sont rassemblés pour dire non à la suppression d'une classe, hier matin. | Ouest-France

Les élus et parents d’élèves sont en désaccord avec l’inspection académique au sujet du nombre d’élèves prévu à la rentrée prochaine. Depuis le début de la semaine, ils se mobilisent.

Les règles d’arithmétique ne sont pas partout les mêmes. C’est en tout cas ce qui ressort du différend qui oppose les parents d’élèves de l’école du Roudour et l’inspection académique. Ainsi, soixante-treize élèves franchiront le portail en septembre, selon l’inspection académique. Quatre-vingt-un pour les parents d’élèves et les élus guerlesquinais, le maire, Gildas Juiff, en tête.

Un différentiel de chiffres qui ne serait pas si grave en soi, s’il n’y avait pas cette éternelle épée de Damoclès : la suppression de classe. Et c’est ce qui est annoncé pour l’école du Roudour. Une décision pas au goût des parents d’élèves, qui se mobilisent depuis quinze jours pour faire infléchir la décision.

« Sauvons notre école », peut-on lire sur une banderole accrochée au portail de l’école. La semaine dernière, une délégation s’est rendue à Quimper pour défendre sa cause auprès de deux inspecteurs académiques. En vain. Et ce, malgré un vote unanimement « contre » des syndicats.

Trois nouvelles inscriptions

En réponse, depuis le début de la semaine, les parents d’élèves ont occupé une classe. Et ce jeudi, Gildas Juiff a invité les élus et maires des communes voisines à un rassemblement dans la cour de l’école. « Nous voulons un suivi de qualité pour les élèves de l’école du Roudour, insiste Gildas Juiff. Nous avons aussi quelques élèves en grande difficulté, accompagnés par des auxiliaires de vie scolaire. En supprimant une classe, ce ne sera plus possible. »

Car les effectifs exploseront. CP et CE1 accueilleraient 28 à 30 élèves, tout comme le CE2 et les cours moyens, regroupés dans une classe à trois niveaux. Quant au chiffre de la rentrée prochaine, le maire le répète : « Ils seront 81 élèves, les effectifs sont stables. En plus, nous venons d’enregistrer trois nouvelles inscriptions, et deux enfants de Bolazec viendront également à la rentrée. Et en novembre, nous allons inaugurer sept logements locatifs. Ce qui est également un signe encourageant pour l’avenir de l’école. ».

L’école accueille 24 élèves des communes voisines. Autre signe encourageant, la reprise de l’activité saucisses à Tilly-Sabco. En d’autres termes, estime le maire, « les prises de décisions doivent prendre en compte non seulement les données statistiques, mais aussi la situation économique et sociale du territoire ».

Ce vendredi, juste avant les vacances, le dossier repassera devant l’inspection académique, à Quimper. Une délégation d’élus et de parents s’y rendra, en espérant être enfin entendue.

http://www.ouest-france.fr/bretagne/guerlesquin-29650/guerlesquin-au-roudour-la-suppression-de-classe-ne-passe-pas-4791433

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 20:32

Certes il n’est pas encore relié, chapitré ou imprimé mais le programme de M. Macron et des forces qui l’entourent existe bel et bien. Tout est écrit dans les notes de France stratégie, dans les rapports Attali ou Jouyet /Lévy qui recommandent « de traiter économiquement le capital humain ». Celui qui veut détruire ce qu’ils appellent « les rentes », depuis tous les conquis sociaux jusqu’aux droits d’auteurs, n’a pas caché à Lyon qu’il voulait encore exonérer le capital de ses devoirs de rémunération du travail et de financement de la sécurité sociale.

Déjà, dans une précédente déclaration, il expliquait que « l’Etat doit continuer à donner plus de souplesse au marché du travail », après dix-sept contre-réformes pour le « flexibiliser » sans que le chômage ne recule, bien au contraire. « Toute autre politique est un mirage » s’était-il déjà écrié. Voilà qui est clair. Le programme caché est simple et peu original : amplifier les contre-réformes libérales des deux derniers quinquennats en s’émancipant des contradictions qui agitent la famille socialiste.

Les discours du candidat qui se revendique « et de gauche et de droite », comme le faisait il y a déjà bien longtemps M. Lecanuet, entassent lieux communs et lapalissades en usant d’un vocabulaire algorithmique et interchangeable selon les auditoires. Ils ont pour fonction précise de masquer la cohérence d’un programme violemment libéral. Enfiler les évidences comme des perles permet de ne pas affronter le débat politique, social, économique, écologique, culturel, démocratique. Du même coup, se trouve camouflée l’opposition qui s’exacerbe entre le capital et le travail au profit d’une opposition fantasmée et dangereuse entre prétendus modernes et archaïques.

Sa candidature est celle qui, aujourd’hui, répond le mieux aux objectifs du capitalisme mondialisé et financiarisé qui souhaite s’affranchir du pouvoir des citoyens et des travailleurs comme de la politique pour imposer directement ses vues à l’ensemble de la société.

Face à la crise qui n’arrête pas de secouer l’économie mondiale, il leur faut impérativement extorquer une plus-value de plus en plus rare. Les ressources naturelles s’amenuisent et leur prédation fait courir des risques majeurs à la planète. Quant au salariat, il progresse partout et avec lui les revendications sociales et salariales. Il faut donc impérativement mettre de l’huile dans les rouages de la machine folle et se serrer les coudes pour dégager de nouvelles marges de profit en s’attaquant au droit du travail, aux richesses socialisées et à la propriété publique. Le bouleversement induit par le numérique devient prétexte à dissocier le travail de la richesse produite, quand il pourrait être mis au service d’une nouvelle conception du travail humain, de la réduction du temps de travail, de la transition écologique de nos modes de productions. Autant de choix qui permettaient de créer massivement de nouveaux emplois.

Ce capitalisme rechigne à faire vivre le compromis désormais trop coûteux qui lui fut imposé par les luttes ouvrières et salariales. Cette contre-offensive est en gestation depuis des années dans les différents clubs et rapports, repris dans la vulgate médiatique, visant à adapter la France à une construction européenne mise au seul service de la loi de l’argent.

Ce phénomène est mondial, à l’image de la globalisation capitaliste. Il existe un point commun entre M. Trump, M. Fillon ou M. Macron. Tous ont déjà mis ou envisagent de mettre aux commandes de l’Etat et à la tête des ministères des hommes issus de l’oligarchie capitaliste maquillés en personnalités dites de « la société civile » quand, jusqu’ici s’affirmait malgré tout la nécessité d’un compromis entre les élus issus du suffrage universel et les exigences des oligarques. « Être élu est un cursus d’un ancien temps » a d’ailleurs déclaré M. Macron avec d’autant plus d’aplomb qu’il ne l’a jamais été !

Il s’agit au fond de mettre au pas cadencé de la mondialisation capitaliste les Etats-Nations et leurs colossaux moyens d’action. C’est la copie de « l’ordo-libéralisme », à l’allemande, un ultra-libéralisme dans lequel la puissance publique n’est plus garante de l’égalité sociale et politique mais de la mise en concurrence de tous contre tous. C’est le modèle des taxis Uber ou des cars chargés de porter des coups au service public des transports. La promotion de l’extrême droite lepéniste sur fond de décomposition politique vient à point pour faire accepter ce projet au nom du moindre mal.

Cette violente offensive réclame une gauche à la hauteur. Elle doit s’attacher à réhabiliter l’engagement social, citoyen, culturel, associatif et la politique comme manifestation de la souveraineté populaire. Cela suppose de placer une puissance publique démocratisée, décentralisée et émancipée de la finance et du marché capitaliste au cœur des choix économiques fondamentaux, dans le secteur bancaire et industriel comme pour assurer la transition écologique.  Sans cet effort, le capitalisme débridé continuera sa course folle en détruisant l’environnement comme les droits sociaux et démocratiques, alimentant encore  plus la crise de la politique dont se nourrit l’extrême droite. Le sursaut et l’unité nous appellent !

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 20:24
Le programme commun de Fillon et Macron ruine encore nos paysans !
VENDREDI, 10 FÉVRIER, 2017
HUMANITE.FR
Lors d'une session de questions au gouvernement en juin 2009 à l'Assemblée, les députés communistes Jean-Jacques candelier, Maxime Gremetz et Marie-georges Buffet réagissent à la loi de modernisation de l'économie (LME) votée en août 2008. Photo : Jacky Naegelen/Reuters
Lors d'une session de questions au gouvernement en juin 2009 à l'Assemblée, les députés communistes Jean-Jacques candelier, Maxime Gremetz et Marie-georges Buffet réagissent à la loi de modernisation de l'économie (LME) votée en août 2008. Photo : Jacky Naegelen/Reuters

Selon les sondages, Emmanuel Macron et François Fillon seraient en concurrence pour se qualifier en seconde position pour le second tour de l’élection présidentielle face à Marine Le Pen. Mais, cette semaine, les négociations commerciales entre les distributeurs et leurs fournisseurs nous montrent que le rapport rédigé par Macron pour Fillon en 2008 et la loi qui en est sortie en 2009 servent depuis cette date à ruiner les paysans et les PME de l’industrie agroalimentaire.

Pour mieux comprendre la ressemblance entre les projets de François Fillon et d’Emmanuel Macron, il faut regarder ce qui se passe en ce moment dans le cadre de la négociation annuelle entre les grandes enseignes de la distribution et leurs fournisseurs de denrées alimentaires. Ces dernières doivent négocier chaque année entre novembre et février les prix qu’elles recevront pour les denrées référencées durant douze mois dans les linéaires des magasins Leclerc, Carrefour, Auchan, Casino et autres. Dans un communiqué en date du 9 février, l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA) écrit à propos de l’attitude des grandes enseignes : « Les demandes de déflation sont systématiques et déconnectées de la réalité économique des fournisseurs (…) Dans le même temps, les pressions promotionnelles s’accélèrent. Les demandes insistantes  d’investissements supplémentaires sur les mécaniques promotionnelles se multiplient. Depuis 2015, le chiffre d’affaires des produits sous promotions a augmenté de 7% pour atteindre un niveau record depuis 5 ans ».

Mais en quoi Emmanuel Macron et François Fillon sont-ils  coresponsables de cette situation ? Il faut ici se souvenir que Macron fut le rapporteur final de la Commission Attali voulue par Nicolas Sarkozy dès la fin de l’été 2007 sur une suggestion de Michel-Edouard Leclerc. La feuille de route confiée à Jacques Attali par Nicolas Sarkozy était de produire un texte visant à introduire plus de concurrence dans les négociations commerciales en donnant plus de pouvoir aux distributeurs pour piller leurs fournisseurs. Ce que proposait le rapport confié à Macron par la commission Attali et remis à Fillon au début de l’année 2008. Sur la base de ce rapport, Fillon fit voter la Loi de Modernisation Economique (LME) par les députés et les sénateurs de droite cette année-là. Elle est entrée en vigueur dès 2009 et elle donne depuis des pouvoirs accrus aux grandes enseignes pour piller leurs fournisseurs  moyennant un chantage annuel, voire permanent au déréférencement si  on ne leur cède pas sur les prix. Dans les négociations annuelles, elles vont même jusqu’à exiger des baisses de prix supplémentaires correspondant à 50% des sommes versées aux entreprises agroalimentaires au titre du CICE que les enseignent perçoivent de leur côté !

Les promotions  ne coûtent rien aux distributeurs

Quand l’ANIA parle de « demandes de déflation » de la part des enseignes, il faut lire baisse des prix payés aux fournisseurs. Quand ces fournisseurs sont des laiteries, la baisse des prix est répercutée aux paysans en faisant chuter le prix du lait au départ de la ferme. C’est ainsi que le prix du lait avait baissé de 17% en juillet 2015 par rapport à juillet 2014 et ça continue depuis. Même quand le prix du beurre remonte sensiblement sur les marchés à terme, le prix du lait ne repart pas à la hausse tant la pression des distributeurs est forte. Cette pression passe souvent par les promotions. Il faut savoir ici que les promotions ne coûtent rien aux distributeurs. Ce sont les fournisseurs qui financent des promos en baissant les prix sur un volume donné de produits laitiers ou de viande. Ils financent même les journaux édités à cet effet et distribués dans nos boîtes aux lettres. Mais pourquoi les fournisseurs cèdent-ils ainsi au chantage des distributeurs ? De peur de perdre des débouchés via un déréférencement. Car les enseignes importent aussi des produits laitiers et de la viande dans le seul but de faire chuter les cours. Rien n’est plus facile que d’importer de la viande de vache de réforme de Pologne, d’Irlande ou d’Allemagne pour acheter moins de viande française et faire ainsi chuter les cours via une moindre demande sur les champs de foire hexagonaux. Au point que le revenu des éleveurs spécialisés à chuté de 40 à 50% en 2016 tandis que les dépôts de bilans ont augmenté de 30% dans les élevages laitiers et de 83% dans les élevages de porcs. Ainsi, les mêmes politiques de pillage des distributeurs produisent les mêmes effets dévastateurs en raison du pouvoir que leur a donné la LME de Fillon dont le contenu fut dessiné par le rapport de Macron.

Quand Fillon tenta de recruter Macron à Matignon

Hier, Michel Sapin et Stéphane Le Foll ont déclaré dans un communiqué qu’ils avaient réuni le jour même « les représentants des secteurs agricoles, agroalimentaires et de la distribution pour faire le point sur le déroulement de la négociation commerciale ». Selon ce même communiqué, « Stéphane Le Foll a rappelé la nécessité que les négociations en cours s’appuient prioritairement sur des éléments objectifs de conjoncture et a insisté sur la nécessité de mieux articuler à l’avenir les relations commerciales entre l’amont et l’aval de la filière, en s’appuyant notamment sur les nouvelles dispositions de la loi de transparence, la modernisation de la vie économique et la lutte contre la corruption dite Sapin 2 ». Cette loi « Sapin 2 » devait corriger les excès de la LME de Fillon. Sauf qu’elle ne semble rien changer au comportement des distributeurs dans les négociations commerciales. C’est bien ce que redoute la FNSEA quand elle écrit dans un communiqué à l’issue de cette réunion où elle était représentée : « Dans la Loi Sapin 2, des outils sont prévus pour prendre en compte les coûts de production agricoles tout au long de la chaîne alimentaire: c’est le moment de juger de leur efficacité (…) Le temps est venu une bonne fois pour toutes d’inverser la logique de construction du prix et de sortir de la spirale infernale de la LME qui s’avère être une véritable machine à casser de la valeur ». A l’issue de cette même réunion, le syndicat Jeunes Agriculteurs a publié un communiqué qui commence par ce constat : « Alors qu’en Europe la plupart des distributeurs ont accepté de payer leurs fournisseurs de produits laitiers plus chers que l’année dernière compte tenu des hausses des cours mondiaux, la France semble faire exception ».

Il est bien là le résultat de la LME, œuvre commune de Fillon et de Macron. Fillon fut d’ailleurs tellement satisfait du travail effectué par Macron qu’il chargea en 2010 l’intermédiaire Antoine Gosset-Grainville de le contacter pour lui proposer le poste de directeur adjoint de son cabinet à Matignon. Macron déclina l’offre, préférant garder son salaire de banquier en train de négocier un gros contrat qui lui rapporta plus de 2 millions d’euros à l’époque.  

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 20:01
photos Ismaël Dupont

photos Ismaël Dupont

Soirée chaleureuse et mémorable hier au Relecq Kerhuon pour l'apéro et le KIG Ha Farz de la section PCF du Relecq au Café Crème
Soirée chaleureuse et mémorable hier au Relecq Kerhuon pour l'apéro et le KIG Ha Farz de la section PCF du Relecq au Café Crème
Soirée chaleureuse et mémorable hier au Relecq Kerhuon pour l'apéro et le KIG Ha Farz de la section PCF du Relecq au Café Crème
Soirée chaleureuse et mémorable hier au Relecq Kerhuon pour l'apéro et le KIG Ha Farz de la section PCF du Relecq au Café Crème
Soirée chaleureuse et mémorable hier au Relecq Kerhuon pour l'apéro et le KIG Ha Farz de la section PCF du Relecq au Café Crème
Soirée chaleureuse et mémorable hier au Relecq Kerhuon pour l'apéro et le KIG Ha Farz de la section PCF du Relecq au Café Crème

A la section communiste du Relecq, la convivialité, la bonne humeur et la fraternité sont les maîtres mots, c'était encore le cas hier avec un repas extrêmement chaleureux (avec un Kig ha Farz délicieux: une tuerie!) qui a suivi l'apéro de la section et le très bon discours de Ronan Tanguy, son secrétaire, dans un restaurant ouvrier du Relecq. 50 personnes, et plus de 6 chanteurs talentueux: Ferrat, Aznavour, avec des chansons qui n'ont pas pris une ride, Gilles à l'armonica.

C'était sensas...   

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 19:40
L’affaire Fillon ou la destitution de la Ve République
 PAR CHRISTIAN SALMON

L’affaire Fillon est un naufrage. Le naufrage d’un homme et le naufrage d’un système politique auquel il appartient depuis 35 ans. Car aujourd'hui, l’élection au suffrage universel ne suffit plus à donner la légitimité pour gouverner.

 

L'affaire Fillon n’est pas le premier scandale qui ait fait vaciller une candidature présidentielle sous la Ve République. On serait même tenté de dire que c’est un classique. Georges Pompidou et l’affaire Markovic, Jacques Chaban-Delmas et sa feuille d’impôt, Valéry Giscard d’Estaing et les diamants de Bokassa, Jacques Chirac et les emplois fictifs de la mairie de Paris. Dernière en date, l’affaire du Sofitel de New York qui emporta la candidature de Dominique Strauss-Khan à l’élection présidentielle de 2012 et ouvrit la voie de l’Élysée à François Hollande. Quant à Nicolas Sarkozy, ce n’est pas une mais plusieurs affaires qui alimentent la chronique politico-judiciaire depuis son élection en 2007. Et ce n’est pas un destin élyséen que l’affaire Cahuzac a discrédité, c’est tout le quinquennat de François Hollande. « Ce n’est pas qu’elles se dégonflent, disait Jacques Chirac, elles font “pschitt” » ; c’est souvent vrai, mais il arrive aussi qu’on ne s’en relève pas.

L’affaire Fillon est un naufrage. Le naufrage d’un homme, le naufrage d’un système politique auquel il appartient depuis 35 ans et dont il a épousé toutes les versions, du séguinisme au sarkozysme, et du gaullisme social au libéralisme décomplexé. C’est enfin un nouvel épisode d’un naufrage aux conséquences imprévisibles, celui de la VeRépublique.

Naufrage personnel tout d’abord. Les révélations du Canard enchaîné ont frappé en plein cœur le récit du candidat, un récit qui relevait d’un registre plus moral que politique et qui invitait au redressement national par le travail et au prix de sacrifices. Fillon proposait aux Français une véritable cure d’« austérité » qu’ils étaient sommés d’accepter au nom de l'« exemplarité » de son auteur. Fillon promettait de retrouver le chemin de l’authenticité, au prix d’une rupture avec les illusions du bling-bling sarkozyste comme avec les mirages de l’identité heureuse d’Alain Juppé. Avec lui, le pays allait retrouver des horaires de travail décent, des écoliers en uniforme et, en prime, la messe du dimanche. Et avec son profil de notable de province, son épouse au foyer, ses cinq enfants et son manoir de Beaucé, Fillon avait un certain crédit. Il pouvait même claironner le triptyque « travail, famille, patrie » sans que personne ne songe à l’accuser de pétainisme subliminal. Gaulliste il était, gaulliste il restait. Sa probité personnelle était indexée à celle du Général, qui remboursait ses factures d’électricité. La statue du commandeur Séguin tenant lieu de témoin de moralité.

 

Les campagnes électorales aujourd’hui ne reposent plus seulement sur des contenus idéologiques ou des programmes, mais sur des performances théâtrales et des productions symboliques. Elles se déroulent à la frontière du public et de l’intime, de la politique et de la morale. Dans ce contexte, les affaires constituent l’événement perturbateur, le coup de théâtre indispensable à la tension dramaturgique. Ce sont la tension narrative, l'identification symbolique, les métaphores (et la façon dont elles sont interprétées dans le flux des événements) qui déterminent le vainqueur d’une élection et non pas son programme.

Avec l’affaire Fillon, l’élection présidentielle est entrée dans une zone de turbulences aux conséquences imprévisibles. Emmanuel Macron l’a bien compris, qui vient de déclarer au JDD : « C’est une erreur de penser que le programme est le cœur d’une campagne. La politique, c’est mystique. C’est tout mon combat. » Au risque de l’extinction de voix. Ou de la démystification, comme dans le cas Fillon.

La mystique macronienne, c’est un peu plus qu’un récit de vie. Cela met en jeu des actes de langage, mais aussi des moyens de production symbolique, une théâtralité, des effets de cadrage (photographique, syntaxique, sémantique). Enfin, pas de mystique sans la réverbération des discours dans la médiasphère, leur appropriation par les réseaux sociaux. Thomas Mann considérait la vie dans le mythe comme une « vie en citations », définition qui prend avec Internet une signification nouvelle : désormais, le grand mythographe, c’est Google. Nos dieux profanes, qu’ils soient sportifs, mannequins ou présidents, naviguent sur le Web. C’est lui qui hiérarchise les divinités et dresse la carte de leurs navigations. Il y faut de l’inédit et de la répétition. Jeanne d’Arc et Uber. Le Puy du Fou et les nanotechnologies. Pas de performance qui ne s’avance codée, cryptée, drapée de précédents. Pas même de campagne électorale sans que l’on convoque les grands anciens, un récit des origines. Pas d’élection qui ne soit un revival. C’est cette réécriture, cette répétition, cette trace qui donne à l’inédit son « aura » spectrale, sa troisième dimension.

Ce qui fait le succès d’une campagne, ce n’est pas une image ou une « histoire », c’est une performance complexe, entre rituel et stratégie, capable tout à la fois de se connecter avec l’électeur, de focaliser le débat, de contrôler l’agenda, d’imposer une ligne narrative, de créer son propre réseau de diffusion virale. La feuilletonisation de la vie politique que dénonce François Fillon appartient en partie déjà au passé, à l’âge télévisuel où il y avait encore une audience pour chaque épisode. Aujourd’hui, la communication politique est dominée par l’exigence de la vitesse. Les enchaînements narratifs se transforment en engrenages de coups d’éclat et d’effets de surprise. Inutile d’essayer de dérouler un récit au long cours lorsqu’une information peut surgir à tout instant et venir bouleverser la séquence en cours.

Le carré magique

C’est le croisement de ces effets qui explique le succès ou l’échec d’une campagne électorale. Ce que j’avais appelé, au moment de la campagne d’Obama, le carré magique de la communication politique. Premier côté du carré : Raconter une histoire capable de constituer l’identité narrative du candidat en résonance avec l’histoire collective (storytelling). Deuxième côté : Inscrire l’histoire dans le temps de la campagne, gérer les rythmes, la tension narrative (timing). Troisième côté : Cadrer le message idéologique du candidat (framing) et imposer un « registre de langage cohérent » en « créant des métaphores ». Quatrième côté : Créer son réseau sur Internet et sur le terrain, c’est-à-dire un environnement hybride et contagieux susceptible de capter l’attention et de structurer l’audience du candidat (networking).

Le carré magique n’est pas une recette, c’est un schéma qui désigne des enjeux stratégiques, les conditions de réussite ou d’échec d’une performance collective. Chaque côté du carré magique est un champ de bataille. De ce point de vue, l’affaire Fillon est un cas d’école : les quatre côtés du carré magique ont été enfoncés par l’affaire et ses rebondissements.

Les scénaristes de série télévisée ne s’y sont pas trompés. « On est presque dans une pièce de Shakespeare », explique l'un deux. Surnommé sur Twitter « House of Sarthe » en référence à la série House of Cards, on a comparé l’affaire Fillon à Downton Abbey, Game of Thrones ou encore Borgen. Le timing des révélations du Canard était presque parfait. L’emploi présumé de l’épouse et des enfants de Fillon, la ristourne sénatoriale et ses éventuels conflits d’intérêts n’intéressaient personne tant qu’il n’était pas le vainqueur annoncé de la présidentielle. À trois mois de l’élection, il devenait vulnérable, à portée du soupçon et de l’opprobre. C’était le moment idéal pour un coup de théâtre.

Le Fillon presbytéral, qui promettait aux Français un long carême contre la rémission de leurs péchés, s’est trouvé renvoyé à ses propres faiblesses. Goût du luxe, voitures de sport, costumes sur mesure et mocassins à glands. Celui qui promettait du sang et des larmes et fustigeait les assistés était beaucoup moins sourcilleux quand il s’agissait de ses propres deniers : soupçons d’emplois fictifs, ristourne sénatoriale, conflits d’intérêts… « Je suis un homme, pas un saint ! » protestait le pécheur comme à confesse… mais c’était déjà trop tard. Il eût fallu le dire avant. Ou, à tout le moins, ne pas jouer les saintes-nitouches. Avec moins de trémolos dans la voix et un peu plus de modestie. Maintenant le mal est fait. L’icône est à terre, l’identité narrative du candidat en miettes.

Les électeurs de la primaire de la droite et du centre croyaient avoir choisi l’anti-bling-bling de la droite, tourné la page du Fouquet’s et du rapport décomplexé de Sarkozy à l’argent. Un président intègre, raide comme la justice ne saurait faire de mal dans une période de crise. Les révélations du Canard enchaîné, confortées par celles d’« Envoyé spécial » et de Mediapart, ont mis à mal l’image d’intégrité de celui qui avait fait de sa foi chrétienne un gage de probité. « Ces révélations ont instillé le doute en nous, reconnaissent deux électeurs des Hauts-de-Seine interrogés par le journal La Croix. Il est peut-être dans le droit, mais pas dans l’exemplarité. » Contraint de passer au confessionnal, il feignait de s’excuser tout en criant au complot : « On veut me mettre à genoux ! » Sans doute, comme le dit la sociologue Monique Pinçon-Charlot, « il existe chez François Fillon un sentiment d’impunité sincère car ce n’est pas l’impunité d’un homme mais celle de toute une classe. Ce sentiment se construit dans l’entre-soi des puissants, qui vivent dans une bulle ». Ce qui nous ramène à la politique.

Élu plus jeune député de l’Assemblée à 26 ans, sénateur-maire, plusieurs fois ministre, premier ministre pendant cinq ans, François Fillon n’est pas un perdreau de l’année. C’est un apparatchik qui a bénéficié des largesses de la République pendant 35 ans. Son discrédit atteint toute la classe politique. « Jamais dans l'histoire de la République, a déclaré François Bayrou, sur France 2, un candidat aux plus hautes fonctions, à la présidence de la République, n'a été ainsi sous l'influence des puissances d'argent. »

L’après-Hollande s’est démultiplié, nous sommes dans l’après-Juppé, l’après-Sarkozy, l’après-Valls, et maintenant l’après-Fillon… Marine Le Pen elle-même ne se sent pas très bien, craignant de glisser dans un “après” prénommé Marion. Trois générations dégringolent les escaliers du pouvoir. Avec l’exténuation de la sphère politique, rappelait Jean Baudrillard, le président devient de plus en plus semblable à ce “Mannequin du pouvoir” qu’est, selon Pierre Clastres, le chef dans les sociétés primitives. Loin d’être magnifié par la fonction, il apparaît désormais écrasé par elle, humilié, infériorisé, soumis à des rituels désuets, contraints de jouer les présidents, de « faire président » sans en avoir les moyens. Faute de puissance d’agir, de résolution et d’action (le state craft), il reste la mise en scène du pouvoir (le stage craft) : c’est le côté spectral, et pas seulement spectaculaire, de l’exercice du pouvoir.

Le pouvoir impersonnel

Loin d’exercer une fonction d’autorité, nos mannequins du pouvoir sont condamnés à donner des signes aux fractions éclatées d’un électorat volatil, mais aussi aux faiseurs d’opinion et à tous ceux qui peuvent donner du crédit ou de la popularité à un pouvoir discrédité ; sondages, agences de notation, éditorialistes… Une politique qui consiste à adresser à l’opinion des signes d’optimisme en pleine crise de la confiance, des signes de volontarisme en situation d’insouveraineté, des signes de sérieux et de rigueur à l’intention des marchés. Chaque ministre est chargé non plus d’un domaine de compétences et d’une autorité régalienne, mais d’un portefeuille de signes. « Comment se construit le pouvoir charismatique ? C’est un mélange de choses sensibles et de choses intellectuelles. » (Macron encore)

Mais cela ne trompe plus personne.

Depuis Le Coup d’État permanent de François Mitterrand, les opposants à la VeRépublique ont constamment dénoncé son caractère monarchique, le rôle et la place d’un président élu au suffrage universel, érigé au sommet de la pyramide du pouvoir, qui décide de tout et qui est, pendant la durée de son mandat, le maître du temps politique. C’est la critique du pouvoir personnel. Mais c’est un pouvoir impersonnel qui gouverne aujourd’hui : les marchés, les agences de notation, les organisations transnationales… L’homme réputé le plus puissant de la nation est un homme qui doit négocier ses marges de manœuvre avec la Commission à Bruxelles ou la chancellerie à Berlin. Depuis le traité de Maastricht et l’acte unique européen, c’est un souverain sans monnaie ni frontières. À l’abri de l’élection présidentielle, qui accrédite tous les cinq ans le mythe d’une nation souveraine et dope l’illusion d’un choix collectif, c’est “un gouvernement d’affaires courantes” qui se poursuit entre les élections. L’essentiel se joue ailleurs. C’est pourquoi le régime présidentiel court à sa perte…

L’élection au suffrage universel ne suffit plus à donner la légitimité pour gouverner, elle apparaît comme une étape de plus dans la spirale du discrédit qui ronge nos institutions démocratiques. Le suffrage universel, clé de voûte de la Cinquième République, ne fait plus recette auprès des électeurs. Les Français l’utilisent de plus en plus comme un droit de veto plutôt que comme le fondement d’une légitimité. C’est l’essence du vote antisystème. On n’élit plus, on élimine… Sarkozy fut élu sur la rupture (avec Chirac), Hollande pour en finir avec Sarkozy. Les primaires ne font qu’accélérer le mouvement. Après Hollande, empêché de se représenter, Sarkozy fut sèchement congédié, Juppé et Valls éliminés. Car il ne suffit pas de sanctionner les anciens, il faut aussi faire mentir les sondages. Les primaires organisées pour relégitimer les partis fonctionnent à rebours. Elles ont fonctionné comme une guillotine électorale, éliminant un à un les leaders des partis et les favoris des sondages. L’électeur stratège se comportant en parieur averti, qui mise à la baisse comme s’il avait davantage à gagner au discrédit des favoris qu’à l’espoir d’une alternance tant de fois déçue. On peine à discerner une logique positive à l’œuvre dans la succession d’événements qui marquent le processus électoral en cours. Le discrédit est si puissant, sa vague est si haute, que les candidats n’ont d’autre choix que de surfer sur elle, de se mettre de son côté, dénonçant le système, promettant la rupture, affichant leurs transgressions.

Le général de Gaulle avait opté pour un régime présidentiel dans le but de restaurer l’autorité de l’État, minée de l’intérieur par « le régime des partis ». Mais la VeRépublique s’est accommodée du régime des partis. Le président de la République n’est plus un obstacle à leur influence dissolvante. Bien au contraire ! En leur sein, la bataille pour l’élection présidentielle ne s’interrompt jamais. Ils sont devenus des appareils partisans, des machines financières et des écuries militantes pour la conquête du pouvoir. La crise de régime de la politique a mis à mal une idée chère à notre histoire de France récente : l’alternance. Les Français n’y croient plus. L’action est perçue comme illégitime ou inefficace et la parole politique a perdu toute crédibilité.

La médiasphère, avec ses talk-shows et ses réseaux sociaux, sa dramaturgie, son rythme 24/7, ses commentateurs, ses communicants, ses groupes de riposte et ses community managers, constitue le théâtre de la souveraineté perdue. Les hommes de l’État insouverain y sont convoqués non plus comme les souverains d’antan en majesté, mais comme des imposteurs exposés à la vindicte publique. Ils sont en permanence soumis à un processus de vérification et à une obligation de performance. L’insouveraineté se manifeste jusque dans les épisodes de leur vie intime… L’homo politicus que nous connaissons depuis deux siècles est voué à disparaître. Il cherche sa voie ailleurs, à l’aveugle, dans cette zone grise où la politique perd ses droits.

Trois ans avant la chute de la IVe République, le président de la République René Coty avait chargé Jacques Chaban-Delmas d’un message à l’intention du général de Gaulle : « Je constate comme vous, que la France est ingouvernable dans les conditions actuelles, autrement dit, que les institutions ne peuvent rester en l'état…Voulez-vous faire savoir au général de Gaulle que je le tiens pour le seul homme capable de tirer la France de ce marasme ? Dites-lui que si une crise se présente, je ne manquerai pas de m'engager à fond en faisant appel à lui pour former le gouvernement, dans le cadre de nos institutions, afin précisément de changer celles-ci. » Il ajoutait qu’il était prêt à s’effacer pour que le grand homme ne soit pas « gêné par la présence, à la table du Conseil des ministres, d'une autorité juridiquement supérieure à la sienne – lui qui détient de fait la plus haute autorité morale qui soit dans le pays ».

La IVe République agonisait dans le jeu de chaises musicales des gouvernements successifs. La Cinquième République y remédia au prix d’une personnalisation extrême du pouvoir exécutif, légitimée par l’élection du président de la République au suffrage universel. Six décennies passèrent… le souvenir du général de Gaulle conservant bon an mal an à la fonction le prestige de la « plus haute autorité morale qui soit dans le pays ».

Si je rappelle ces circonstances, c’est qu’il semble bien que la Ve République, au terme d’une révolution complète, soit revenue à son point de départ, à savoir la question que René Coty posait au général de Gaulle : comment « former [un] gouvernement, dans le cadre des institutions [existantes], afin précisément de changer celles-ci » ? C’est le problème qui se pose au pays.

Le discrédit est une chose instable et invisible à l’œil nu. Il se répand comme un gaz et il corrompt les sociétés avant même qu’une personnalité charismatique ne s’en empare et ne transforme ce gaz insaisissable en force matérielle. Ainsi de tous les fascismes. Ainsi du mouvement qui a porté Trump au pouvoir. Une chose est sûre : lorsque le discrédit prend le pouvoir, il est bien difficile de l’arrêter et de faire rentrer le diable dans sa boîte.

Une course-poursuite est engagée entre la politique institutionnelle, qui sert de masque aux vrais pouvoirs dominant le monde, et les citoyens qui s’en détournent en se réappropriant les termes, les lieux, les formes du débat public. D’un côté, une classe politique à bout de souffle, absentéiste, dévitalisée, soucieuse uniquement de sa survie ; de l’autre, des citoyens qui par leurs initiatives, leurs luttes et leurs colères assemblées provoquent un vaste mouvement de “destitution” de la politique institutionnelle.

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 18:57
Compteurs Linky, pourquoi le courant a du mal à passer ?
MERCREDI, 8 FÉVRIER, 2017
HUMANITE.FR

Le mouvement « Stop Linky » contre l’installation de compteurs dits « intelligents » ne cesse de prendre de l’ampleur partout en France. Pourquoi ? Enquête et entretiens.

Les CLIC (Collectifs locaux inter-associatifs de citoyens) regroupés au sein du réseau   se multiplient. En cliquant sur ce lien vous pouvez prendre connaissance de leurs actions et de leurs raisons. 

Il en est de même pour bon nombre de communes dont les conseils municipaux et leurs maires prennent des arrêtés ou des moratoires contre l’installation des compteurs Linky. Ca concerne, à ce jour 321 communes comme vous pouvez en prendre connaissance sur le site dédié 

Précisons que ce n’est pas une affaire de « vieux réacs » et de communes de la France profonde. En effet, ça se passe à la campagne mais aussi en milieu urbain. Vous le lirez en cliquant sur le lien ci-dessus, petites et grandes communes, tous bords politiques confondus, comme Saint-Denis, Aix en Provence, Lyon 1, Douarnenez, Coudekerque-Branche, Yerres, Bagnolet, Melun,  Biarritz, Caen, Gaillac, Quimperlé, Carhaix, Forcalquier, Saran etc. ont pris une délibération ou adopté un moratoire contre l’installation de Linky et de Gazpar.

Pourquoi ce mouvement « Stop Linky » ? En voici les principales raisons complétées nos entretiens avec :

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- la conseillère Front de Gauche de Paris, Danielle Simonnet qui explique pourquoi elle s'oppose au déploiement des compteurs Linky à Paris sur 

 

Linky et le danger des ondes électromagnétiques

Linky émet-il des ondes électromagnétiques qui vont s’ajouter à celles émises par les téléphones portables, les antennes-relais, la Wifi, les télécommandes etc. ?

Dans le doute, les communes ont voté des délibérations et adopté des moratoires comme celui de Saint-Macaire (Gironde)  à l’origine de la fronde contre les compteurs intelligents et dont nous avons interviewé son initiateur Stépahne Lhomme.

Ou encore le  qui considère que « des incertitudes demeurent sur les conséquences que peuvent avoir ces nouveaux compteurs  sur la santé des personnes». Ce qui lui vaut d'être traduit par Enedis devant le tribunal adminsitratif (lire l'interview de son maire adjoint ci-dessus).

Tout récemment, le conseil municipal de Saran (Loiret) a demandé un  Il en ressort que "faute de certitudes, le principe de précaution qui a valeur constitutionnelle, s’impose".

Pourtant la très officielle ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) dit qu’il n’y a pas de danger ni de risque sanitaire dans son rapport 

Les ARS (agences régionales de santé) s’en servent même pour "rassurer" les maires à l’image de la note de l'ARS de Bretagne téléchargeable sur 

En gros, Linky utilise la technologie du CPL (courant porteur en ligne) et respecte les normes européennes quand au champ électromagnétique.

Cependant,  l’ANSES reconnaît que ces compteurs communicants sont installés au moment où les objets connectés se multiplient ainsi que la numérisation des services et des infrastructures. Et donc recommande que « le développement des objets connectés s’accompagne de normes techniques afin de ne pas exposer les personnes »… aux ondes électromagnétiques.

Alors pas de problèmes d'ondes électro-magnétiques ? Pas sûr à la lecture de l’

Selon lui, « les mesures citées dans le dossier de l’ANSES sont incomplètes puisqu’elles n’incluent pas les champs d’induction magnétique et les champs électriques 50 hertz. »

Sont également posées les questions sur la sécurité des données personnelles et la sécurité tout court. La presse régionale se fait l'écho de compteurs Linky ayant pris feu ou perturbé d'autres appareils électriques et bien d'autres problèmes.

 

La légalité des délibérations et des moratoires

Pour comprendre de quoi il retourne, il faut avoir bien en tête que  « les ouvrages des réseaux publics de distribution appartiennent aux collectivités territoriales » - article 

ENEDIS en est le concessionnaire et le gestionnaire dont les missions sont définies à l’article 

Alors légaux ou non ces délibérations et moratoires pris par les communes ?

- « Non », selon l’AMF (association des maires de France) et la FNCCR (fédération nationale des communes concédantes de réseaux). Pour elles, « L'installation des compteurs Linky est  une décision de l'État, conforme aux directives européennes. »

Egalement interpelée par de nombreux parlementaires, à l'image du député Philippe Kémel ,la ministre de l’écologie s'est retranchée derrière l'

- "Si ils sont légaux" considèrent les élus et juristes opposés à l’installation des compteurs Linky. Parce que les communes en restent  même après en avoir transféré la compétence AOD (autorité organisatrice de la distribution d'électricité) à un Syndicat départemental d'énergie (SDE).

Toujours est-il que si la forme que prend l’opposition des communes est discutable juridiquement (la question n’est en fait pas tranchée par les nombreux jugemetns devant les tribunaux administratifs), son fond est légitime ce d’autant qu’il se fait l’écho des populations.

De toute façon ce n’est ni à l’Etat ni au préfet de juger illégales les délibérations. Seul le tribunal administratif est compétent.

C’est pourquoi de nombreuses communes comme celle de Saint-Denis (voir interview de l’adjoint au maire) se retrouvent devant ce tribunal. Toutefois, ce n’est pas systématique et  tout dépend de la façon de rédiger la délibération ou le moratoire selon le point de vue du 

Les jugements qui ont été pris ne l’ont pas été, pour l’instant, sur le fond. D’où cette  par les opposants aux compteurs communicants.

 

Le refus par les usagers, conséquences

Indépendamment des délibérations et moratoires des conseils municipaux s’opposant  aux Linky, les usagers ont la possibilité de demander à leur maire de refuser l'installation d'un Linky comme d'un Gazpar ou son retrait si celui-ci a été installé selon les explications et la lettre type (à envoyer au maire) à télécharger sur 

C’est mieux que d’agir seul et le fait que l’installation d’un compteur doit faire l’objet d’un courrier 45 jours avant la date prévue, laisse du temps. A propos de délai et d'information de la population avant toute installation, il semblerait qu'ENEDIS force un peu voire beaucoup la main en utilisant des 

Insistons, ENEDIS doit obligatoirement envoyer un courrier aux abonnés concernés 45 jours avant la date du rendez-vous pour procéder au changement de compteur. Pas question d'accepter des rendez-vous par téléphone.

Par ailleurs, la loi de transition énergétique ne sanctionne pas le refus individuel de changer son compteur existant contre un Linky. La CRE (commission de régulation de l’énergie) menacerait de taxer 19 euros HT par mois le relevé manuel des compteurs à tous ceux qui refusent Linky (dont le relevé se fait à distance). Ce qui serait illégal comme de couper le courant aux récalcitrants.

 

La pose d’un compteur Linky est gratuite

Exact, de même que la dépose de l’ancien compteur !

Cependant un  relatif aux dispositifs de comptage sur les réseaux publics d’électricité prévoit que le financement soit assuré par les consommateurs via le  à raison de 1 à 2 euros par mois prélevés sur les factures d’électricité… jusqu’à atteindre le coût du compteur Linky (de 120 à 240 euros).

Ce tarif figure sur les factures de tous les usagers comme vous pouvez le vérifier et sera augmenté de 2,71% en moyenne le 1er août 2017.

Au final les compteurs Linky sont bien financés par les consommateurs !

Et quel gâchis financier de remplacer les compteurs actuels qui fonctionnent trés bien!

 

La question de l’emploi et du service public

Certes les entreprises chargées de la pose des nouveaux compteurs Linky  (et Gazpar) recrutent des techniciens de pose, des planificateurs et des chefs d’équipe. Mais ils sont salariés des entreprises sous-traitantes de pose et non d’ENEDIS et pas forcément sous CDI (contrat à durée indéterminée). Il s’agit donc d’emplois précaires.

C’est assez paradoxal car dans le même temps, Itron, fabricant de compteurs électriques a annoncé des suppressions d’emplois comme vous pouvez le voir sur 

Quant au personnel d’ENEDIS,  il suffit de discuter avec l’agent venu relevé le compteur pour comprendre que Linky va supprimer des emplois et le service public qui va avec comme le dénonce le conseiller municipal de Quimper Piero Rainéro dans son récent 

Finis les relevés à domicile et donc la présence humaine, importante pour de nombreux usagers isolés.

 

Liens utiles

- site du méditeur national de l'énergie 

-  et de l’

- l'association 

- 

- l'impact sur l'emploi et la vie quotidienne selon 

- 

 

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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 07:06

La monumentale arnaque du CETA !

Le Parlement européen doit se prononcer le 15 février prochain sur le CETA - AECG en français (accord commercial entre le Canada et l'UE, sur le modèle du très dangereux TAFTA).

Demandons aux députés européens de refuser cet accord taillé sur mesure pour les transnationales au seul profit des actionnaires !

A Strasbourg le 14 février, veille du vote, manifestation européenne

A Brest samedi 11 février à 14H

rassemblons nous place de Strasbourg

La monumentale arnaque du CETA: rassemblement à Brest samedi 11 février place de Strasbourg à 14h
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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 07:01
Payé par Axa, Fillon en plein conflit d'intérêts
 PAR MARTINE ORANGE

François Fillon a dû révéler le 6 février qu’Axa avait été client de sa société 2F Conseil. Embarrassé, le groupe d’assurances a reconnu lui avoir versé 200 000 euros entre mi-2012 et mi-2014. L’ancien premier ministre l’aurait aidé « à ouvrir des portes à Bruxelles et à Berlin » dans le cadre de la discussion concernant la directive de régulation sur les assurances. Comment justifier une telle activité avec un mandat parlementaire ? Le conflit d’intérêts est patent.

 

C’est sans doute par discrétion. François Fillon n’aime pas faire état de ses amitiés et de ses relations dans le monde des affaires. Encore moins lorsqu’il s’agit d’Axa. Ce n’est que parce qu’on l’y a poussé que le candidat de droite à l’élection présidentielle est sorti de sa pudeur naturelle et a reconnu ses liens avec Henri de Castries, ancien PDG du groupe d’assurances, en décembre. La polémique sur la privatisation de la Sécurité sociale faisait rage. François Fillon avait alors juré que, même si Henri de Castries était son ami, il n’était en rien l’inspirateur de ce projet qui visait à casser la Sécurité sociale au profit des assureurs.

Cet aveu avait finalement incité l’ancien assureur à lui aussi sortir des coulisses et à afficher son soutien public à François Fillon. « Mon engagement ne date pas d’hier », expliquait Henri de Castries dans un entretien au Figaro le 17 janvier. Avant d’insister sur le fait qu’il n’était pour rien dans l’écriture du programme de la Sécurité sociale : « Je ne demande rien, je n’attends rien. » Henri de Castries était, disait-on alors, promis aux plus hautes destinées : ministre des finances et de l’économie au moins, et peut-être même Matignon.

Ce que n’avait pas précisé l’ancien PDG d’Axa dans cet entretien, c’est qu’il appréciait tellement les conseils et la hauteur de vue de François Fillon que son groupe avait eu recours à sa société de conseil, 2F Conseil, entre 2012 et 2014. Ce n’est une fois de plus que contraint et forcé que François Fillon a déclaré, lors de sa conférence de presse du 6 février, qu’Axa avait bien été son client, comme l’ont été Fimalac, la banque Oddo et le cabinet comptable de René Ricol, ainsi que Mediapart l’a révélé.

Des conseils précieux, semble-t-il : François Fillon a été rémunéré 200 000 euros par Axa pour une mission s’étalant entre la mi-2012 et la mi-2014, selon les révélations de BFM Business. 200 000 euros, cela ressemble à un tarif de base pour la société 2F Conseil. Il a reçu les mêmes appointements de la part du cabinet Ricol.

Comment justifier de telles rémunérations pour des activités menées en même temps qu’un travail de parlementaire ? Pour nombre de parlementaires, elles sont injustifiables. La situation ne peut qu’être porteuse de conflits d’intérêts. « Comment ne pas soupçonner un trafic d’influence ? Les puissances de l’argent sont en train d’accaparer la politique. De très grandes sociétés multinationales se paient des hommes politiques, appointent, donnent de largent à des hommes politiques pour quils les aident à ouvrir des portes, à se servir de leurs relations pour leurs intérêts », s’indigne François Bayrou. « On ne peut pas intervenir en même temps comme lobby pour un intérêt privé et en même temps comme législateur censé défendre l’intérêt général », insiste de son côté Yannick Jadot, candidat écologiste à la présidentielle.

Douze députés écologistes et de gauche ont saisi le 9 février le déontologue de l’Assemblée nationale, Ferdinand Mélin-Soucramanien, sur les activités de conseil de François Fillon. « Les activités qu’il a exercées auprès du client dont nous avons connaissance [AXA] ne peuvent-elles pas être constitutives d’une situation de conflit d’intérêts et d’un manquement manifeste à la déontologie d’un parlementaire ? »s’interrogent-ils dans cette lettre signée notamment par Cécile Duflot et le député démissionnaire du PS Pouria Amirshahi.

Depuis la révélation de ses activités de conseil auprès d’Axa, François Fillon fait tout pour enterrer cette nouvelle polémique. La plus embarrassante peut-être pour lui car elle pose la question de sa proximité avec le monde financier, des échanges de services possibles. Car le monde des affaires – et plus encore le monde financier – n'est pas connu pour être désintéressé : quand il engage de l'argent, il attend toujours un retour sur investissement. Quelles sont les contreparties en retour ? Un poste de ministre ? Une politique écrite au bénéfice du monde financier, qui pourtant n'a pas eu à se plaindre ces dernières années ?

L’ancien premier ministre peut, comme à son habitude, plaider l'acharnement : il a agi dans la plus parfaite légalité. En principe, la loi électorale interdit aux parlementaires d’exercer les métiers de conseil, activités jugées incompatibles avec l’activité parlementaire car sources évidentes de conflits d’intérêts. Cependant, elle autorise les parlementaires à conserver cette activité, s’ils l’exerçaient auparavant. Cette disposition n’a pas été modifiée lors de la discussion sur la loi sur la transparence de la vie politique adoptée en 2013, une grande majorité d’élus de droite mais aussi nombre de parlementaires de gauche prônant le statu quo. François Fillon est un homme averti et respectueux des règles : il a enregistré sa société de conseil en juin 2012, juste huit jours avant de reprendre son activité de parlementaire, après sa sortie de Matignon, comme l’a déjà relevé Mediapart. Il exerçait donc bien son activité de conseil avant d’entrer au Parlement !

Du côté d’Axa, en revanche, les choses sont plus compliquées. Comment justifier un tel contrat avec François Fillon ? Quels conseils pouvait-il apporter au groupe d’assurances ? Axa ne court-il pas le risque d’être poursuivi pour abus de bien social, voire financement politique illégal pour avoir rémunéré l’ancien premier ministre ? Tout de suite après la révélation de ce contrat, le groupe a pris les devants. François Fillon « a notamment travaillé entre mi-2012 et mi-2014 sur les négociations en cours à l’époque sur la directive européenne Solvency 2, entrée en vigueur le 1er janvier 2016 », a-t-il indiqué à L’Argus de l’assurance. L’ancien premier ministre aurait en particulier permis « d’ouvrir des portes à Bruxelles et à Berlin ». Interrogé sur ses déclarations et le contenu exact de ces missions, le groupe d’assurances n’a pas répondu à nos questions.

Solvency 2 est une directive européenne visant à renforcer les règles prudentielles des assurances. Le cadre général a été adopté en novembre 2009, après la crise financière. Mais les dispositions précises pour fixer le cadre réglementaire se sont étalées jusqu’en 2014. Le texte a été transposé dans la législation française à la fin de 2014 et est entré en vigueur à partir du 1er janvier 2016.

L’ombre pesante d’Axa

Pendant ces années, les discussions ont tourné au bras de fer entre la Commission européenne et les assureurs. Ces derniers ont cherché par tous les moyens à obtenir la plus faible régulation possible, voire pas de régulation du tout. Au nom, bien sûr, de la sauvegarde du secteur, « désavantagé face à la concurrence mondiale ». Tout a été sujet à controverse : le niveau de fonds propres requis, les actifs risqués ou non, les positions à prendre en compte ou non.

À la seule évocation de l’ancien premier ministre conseiller d’Axa pour Solvency, les connaisseurs du secteur éclatent de rire. « C’est une plaisanterie », dit un financier, ancien administrateur d’un groupe d’assurances, qui soupçonne le candidat de droite de n’avoir jamais lu un bilan de ce type de groupe. Le soupçon est justifié : le monde de l’assurance est encore plus compliqué et technique que celui de la banque.

La députée PS Karine Berger, qui a été très active sur ces questions pendant toute la mandature, ne se souvient pas non plus avoir vu François Fillon se passionner pour la régulation bancaire et financière. Il n’appartient pas à la commission des finances et n’est jamais intervenu dans les débats. « C’est Jérôme Chartier [aujourd’hui conseiller spécial auprès de François Fillon – ndlr] qui est intervenu pendant toute la discussion sur la transposition en droit français de la directive Solvency 2 », indique-t-elle.

Alors que de multiples lobbies se sont activés dans les couloirs de Bruxelles pendant toutes ces années pour faire réécrire le texte, quel pouvait être l’apport de François Fillon ? Que signifie la mission « ouvrir des portes à Bruxelles et à Berlin » ? Tout laisse penser que l’ancien premier ministre a monnayé son carnet d’adresses auprès d’Axa. Une personne notamment pouvait intéresser Axa : Michel Barnier, alors commissaire européen chargé du marché intérieur et des services. À ce titre, c’est à lui que revenait la responsabilité d’écrire toutes les directives de régulation financière. Il affichait des positions très fermes sur ces sujets, mais a dû souvent reculer face aux gouvernements, français notamment, venus en soutien de leur secteur financier.

François Fillon connaît Michel Barnier de longue date. Comme lui, c’est un gaulliste historique. Tous les deux ont appartenu à cette jeune garde de droite qui s'est illustrée contre la gauche au pouvoir dans les années 1980, alors que le RPR et l'UDF ne se remettaient pas d'avoir perdu le pouvoir. Plus tard, Michel Barnier a été ministre de l'agriculture de François Fillon. Rien de plus facile donc pour l'ancien premier ministre que de glisser un mot en faveur d’Axa à Michel Barnier. Les élus font cela tous les jours pour défendre telle ou telle société implantée dans leur circonscription.

Mais Axa avait-il vraiment besoin de François Fillon pour défendre sa cause ? Outre les multiples lobbyistes, le groupe d'assurances a des défenseurs à Bercy et jusqu'au sommet de l'État. D’autant qu’à l’époque, l’assureur est un souci pour le ministère des finances, car il est fragilisé dans le monde financier. Les rumeurs abondent sur son cas. Il se murmure alors qu’il serait l’assureur européen qui aurait le plus de difficultés à remplir ses obligations prudentielles. Le cours boursier du groupe atteste en tout cas de ces problèmes : il est alors au plus bas historique, évoluant pendant plus de deux ans entre 8 et 10 euros.

 

La Commission européenne n’a pas répondu à nos questions pour savoir si un rendez-vous avec François Fillon figurait à cette période à l’agenda officiel de Michel Barnier. Mais un simple coup de fil peut suffire. L'a-t-il donné ? Cela justifie-t-il de recevoir en contrepartie une rémunération de 200 000 euros ? Poser la question est déjà donner la réponse. D’autant que par la suite, François Fillon a été amené en tant que parlementaire à se prononcer sur ce texte.

Dans tous les cas de figure, la position de François Fillon est intenable. Soit il n’a apporté aucun conseil réel à Axa et sa rémunération exorbitante apparaît comme un soutien illégal de la part de financiers. Soit il a monnayé pour le groupe d’assurances quelques entrées et s’est fait écho auprès de personnes influentes des désirs et des revendications de l’assureur, tout en se prononçant sur le texte législatif de transposition par la suite et le conflit d’intérêts est à tout le moins patent. Mais il est vrai que cette notion semble bien étrangère à François Fillon. Comme il le dit lui-même, la transparence est un fléau. Et l'honnêteté ?

 

 

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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 06:57
« L’Amérique d’abord!"
par Serge Halimi 
  

Dès son premier discours de président, M. Donald Trump rompt avec ses prédécesseurs. Promettant, le ton rogue et le poing serré, que le slogan « America First » L’Amérique d’abord ») résume la « nouvelle vision qui gouvernera le pays », il annonce que le système international créé depuis plus de soixante-dix ans par les États-Unis n’aura plus pour fonction que de les servir. Ou pour destin de dépérir. Une telle franchise perturbe la tranquillité des autres nations, notamment européennes, qui feignaient de croire à l’existence d’une « communauté atlantique » démocratique, réglée par des arrangements mutuellement avantageux. Avec M. Trump, les masques tombent. Dans un jeu qu’il a toujours jugé être à somme nulle, son pays entend « gagner comme jamais », qu’il s’agisse de parts de marché, de diplomatie, d’environnement. Malheur aux perdants du reste de la planète.

Et adieu aux grands accords multilatéraux, en particulier commerciaux. Façonné par ses souvenirs d’écolier des années 1950, le nouvel occupant de la Maison Blanche remâche depuis des décennies la fable selon laquelle l’Amérique se serait toujours comportée en bon Samaritain. Et aurait, depuis 1945, « enrichi d’autres pays », lesquels, sous le parapluie protecteur de l’Amérique, ont « fabriqué nos produits, volé nos entreprises et détruit nos emplois » (1). De grandes fortunes autochtones ont assurément survécu au « carnage » qu’il décrit, dont son empire de résidences de luxe qui a essaimé sur quatre continents. Mais de telles arguties pèsent peu au regard du renversement idéologique qui se dessine : le président des États-Unis parie que son protectionnisme« apportera une grande prospérité et une grande force », au moment où, au Forum économique de Davos, le dirigeant du Parti communiste chinois propose de se substituer à l’Amérique comme moteur de la mondialisation capitaliste (2)…

Que dit l’Europe ? Déjà en voie de dislocation avant le coup de barre de Washington, elle regarde passer les trains et essuie, désemparée, les rebuffades de son parrain. M. Trump, qui la soupçonne (assez justement) d’être dominée par les choix économiques de l’Allemagne, s’est réjoui que le Royaume-Uni ait décidé de la quitter et méprise les obsessions antirusses des Polonais et des Baltes. Autant dire que les dirigeants du Vieux Continent, qui ont renoncé depuis des années à toute ambition contraire aux vœux de leur suzerain américain, risquent dorénavant de trouver porte close à l’ambassade des États-Unis où ils venaient rappeler leur loyauté (3). Rien ne garantit que l’unilatéralisme de M. Trump les contraindra enfin à renoncer au biberon de l’atlantisme et au dogme du libre-échange pour marcher sur leurs propres jambes. Mais l’année électorale en France et en Allemagne mériterait d’avoir cette exigence pour enjeu.

Serge Halimi

Serge Halimi

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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 06:50
De qui François Fillon est-il le prête-nom? par les sociologues François Denord et Paul Lagneau-Ymonet (Le Monde Diplomatique, février 2017)
De qui François Fillon est-il le prête-nom ?
 
 

Auprès des principaux candidats à l’élection présidentielle française s’activent des collaborateurs. Ces équipes exhibées devant les caméras, ces organigrammes publiés par la presse ne représentent pas seulement une accumulation de pouvoirs, d’ambitions et de savoir-faire : ils expriment des compromis entre fractions de la classe dominante et impriment leur marque aux divers programmes. Après M. Nicolas Sarkozy en « président des riches (1)  », voici M. François Fillon, son ex-premier ministre, en apôtre de l’entreprise, de l’autorité et de la foi.

Dans l’arithmétique des pouvoirs, toutes les richesses ne se valent pas. L’argent surclasse les autres (culture, savoir et prestige) et étalonne leurs grandeurs relatives. Il en va de même parmi les alliés de M. Fillon : des financiers fixent le cap, des consultants organisent la campagne, des communicants lustrent l’image du candidat.

Au pôle économique trône M. Henri de Castries, ex-président-directeur général du premier assureur mondial, Axa, un groupe qu’il a rejoint après avoir pris part aux premières privatisations (1986-1988) en tant que chef de bureau à la direction du Trésor. Dans cette entreprise qui martèle depuis des années son credo libéral, notamment à travers l’Institut Montaigne, une boîte à idées fondée en 2000 par son ancien dirigeant Claude Bébéar, M. de Castries s’épanouit. Il réclame « des leaders forts, qui développent une vraie vision du monde et une vraie stratégie d’avenir, et qui seront d’une fermeté sans faille dans l’exécution de celle-ci. Bien sûr, il faut écouter les protestations, mais en ayant conscience de ce qu’elles représentent d’intérêts particuliers. Mais il faut savoir tenir un cap. C’est une dignité et une vertu que de mener des réformes »(Le Figaro, 2 novembre 2016).

Avec M. Jean de Boishue, son conseiller à Matignon, et M. Igor Mitrofanoff, sa « plume », M. Fillon avait déjà des amis russophiles. M. de Castries l’a fait bénéficier de ses relais atlantistes. En 2013, il l’invite aux rencontres du groupe Bilderberg, cénacle qui, depuis sa création en 1954, rassemble patrons, politiques, anciens militaires et quelques journalistes. L’assureur a aussi inspiré le programme du candidat tout au long de la primaire. Depuis le succès de son champion, M. de Castries guette le déroulement de la campagne et appâte les rédactions par la mise en scène de ses ambitions ministérielles (Le Monde, 14 décembre 2016).

Nul chef sans stratège. Dans les grandes entreprises, c’est souvent la fonction dévolue aux consultants. Ils jouent un rôle-clé aux côtés du candidat de la droite française. Formé chez les jésuites, puis à la Harvard Business School, M. François Bouvard supervise l’élaboration du programme, une mission analogue à celles qu’il accomplissait pour des directions de multinationales ou d’administrations centrales lorsqu’il travaillait pour le cabinet McKinsey (1989-2013). Quand, en 2007, le gouvernement de M. Fillon lance la révision générale des politiques publiques (RGPP), qui applique aux administrations les règles des entreprises privées, le comité de suivi des audits a pour coanimateur M. Jean-Paul Faugère, alors directeur de cabinet du premier ministre. Celui-ci prétendait déjà « faire mieux avec moins », et McKinsey présentait la RGPP comme un cas d’école (2).

Après le stratège, le manager : M. Pierre Danon, directeur de campagne adjoint pendant les primaires. À la tête de Numericable entre 2008 et 2012, il a rencontré M. Fillon à l’occasion de la mise en vente par son gouvernement d’une quatrième licence de téléphonie mobile. Mais, pour ce spécialiste de la « réduction de coûts », qui cumule les jetons de multiples conseils d’administration, la révélation politique remonterait à 2012 : « J’ai trouvé les attaques contre la famille Peugeot, qui a toujours défendu l’emploi en France, détestables. J’ai été choqué par la distance prise avec l’Allemagne afin de flirter avec l’Espagne et l’Italie » (L’Opinion, 21 septembre 2016). Depuis, M. Danon organise des rencontres entre M. Fillon et des dirigeants d’entreprise, anime des groupes de travail afin de rédiger le programme économique et sillonne la France pour des réunions publiques. Un soir d’automne 2016, à la Bourse du travail de Massy (Essonne), il galvanise son auditoire : « Et, s’il le faut, [M. Fillon] saura envoyer l’armée pour débloquer des raffineries » (L’Humanité, 18 novembre 2016). Il figure désormais parmi les porte-parole officiels de son champion ; dans l’organigramme, il est rattaché au « pôle société civile », qu’anime un ancien directeur du Mouvement des entreprises de France (Medef), chargé des adhérents.

Financière de haut vol, son épouse, Mme Laurence Danon-Arnaud, a présidé entre 2005 et 2013 la commission « Prospectives » du Medef, lequel a instillé nombre de ses idées dans le programme du candidat Fillon. Pour la primaire, Mme Dorothée Pineau, directrice générale adjointe du Medef, s’est beaucoup investie (Marianne, 23 novembre 2016), tout comme la présidente de la fédération patronale Syntec. Mme Viviane Chaine-Ribeiro, qui ambitionnerait de succéder à M. Pierre Gattaz à la tête du Medef, fait elle aussi partie des porte-parole officiels de M. Fillon.

Pour la communication, celui-ci s’en remet à l’une des plus prestigieuses attachées de presse de la capitale. Après être passée par Sciences Po et par la faculté de droit d’Assas, Mme Anne Méaux a fait ses classes à l’Élysée, auprès du président Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981), puis au service du groupe parlementaire Union pour la démocratie française (UDF) à l’Assemblée nationale. Elle dirige désormais Image Sept, qui se présente comme la « première agence de communication indépendante en France ». Sa clientèle comprend des établissements publics, des collectivités territoriales, des gouvernements étrangers et les piliers du CAC 40. C’est en particulier à l’un d’entre eux, M. François Pinault, le patron de Kering (ex-groupe Pinault-Printemps-Redoute, PPR), que Mme Méaux doit sa position. Elle l’a désigné comme parrain lorsqu’elle a reçu l’insigne d’officier de la Légion d’honneur (Le Figaro, 10 juin 2016). Ses convictions libérales ont amené cette admiratrice de la romancière libertarienne américaine Ayn Rand (3) à suivre M. Fillon (L’Opinion, 21 novembre 2016).

 
 
« Jésus manager »

Les libertariens glorifient l’individu libre et se jouent des conventions. Mais, parmi les proches du candidat de droite, l’appartenance à de grandes familles et la conformation aux styles de vie les plus traditionnels restent de rigueur, et l’on veille à nouer de fructueuses alliances matrimoniales. L’homme chargé des donateurs, M. Arnaud de Montlaur, travaille pour Quilvest. Ce conglomérat financier appartient depuis sept générations aux héritiers Bemberg, famille qui a fait fortune dans la brasserie en Argentine dès la fin du XIXe siècle, avant de s’allier aux noblesses européennes. Le comte de Castries a, quant à lui, épousé la fille d’une cousine dont les parents et alliés possèdent des parcelles entières du faubourg Saint-Germain. Plutôt âgés, exerçant un pouvoir au sein de l’État ou dans l’ordre économique, les membres de la grande bourgeoisie perpétuent l’influence de lignées — parfois d’origine aristocratique — dont les membres se veulent les dépositaires de l’intérêt général et de la continuité de l’histoire nationale.

Nombre de soutiens de M. Fillon sont des enfants ou des parents de grands commis de l’État, diplômés des écoles publiques les plus renommées (Polytechnique ou École nationale d’administration, ENA), qui ont fait fructifier leur connaissance des arcanes administratifs pour s’enrichir aux marges du secteur public ou dans le privé. Lui-même fils de préfet, le préfet et conseiller d’État Jean-Paul Faugère a obtenu, après avoir dirigé le cabinet de M. Fillon, la présidence du conseil d’administration de CNP Assurances, une entreprise publique mais cotée en Bourse. « Trois cent cinquante mille euros à ne rien faire, c’est fou ! », se serait lamenté M. François Hollande en 2012, quand M. Jean-Marc Ayrault lui a confié que M. Fillon — son prédécesseur au poste de premier ministre — ne lui avait « demandé qu’un seul service : recaser son directeur de cabinet (4)  ». En 2015, le fardeau de M. Faugère lui a tout de même laissé le temps de présider les jurys de l’ENA.

Le candidat peut également compter sur M. Antoine Gosset-Grainville. Énarque et fils d’énarque, cet inspecteur général des finances a délaissé la fonction publique au début des années 2000. Directeur adjoint du cabinet de M. Fillon, puis de la Caisse des dépôts, il a occupé des fonctions d’administrateur dans plusieurs grands groupes avant de fonder un cabinet d’avocats spécialisé dans les fusions-acquisitions, BDGS Associés. Une trajectoire typique des quelques hauts fonctionnaires auxquels le retrait de l’État de la sphère productive, la déréglementation et l’ouverture à la concurrence internationale ont offert de profitables reconversions ; ce qui n’empêche pas M. Gosset-Grainville de se définir comme un« animal à part » (L’Opinion, 15 janvier 2016).

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Jacques prévert. – « La Cinquième ou le Régime des poulets », collage, 1958-1973
Collection BnF – © Fatras / Succession Jacques Prévert

Encore ce pur produit de la « noblesse d’État » a-t-il servi la puissance publique. M. Marc Ladreit de Lacharrière, lui, en a démissionné dès sa sortie de l’ENA, en 1968, pour rejoindre la Compagnie de Suez, puis la direction financière de L’Oréal. Désormais milliardaire, il dirige sa holding personnelle, Fimalac, qui possède, entre autres actifs, la Revue des deux mondes. Il y a fait « travailler » Mme Penelope Fillon (5) et a nommé comme directrice de la rédaction Valérie Toranian, ancienne directrice du magazine Elle et compagne de l’éditorialiste Franz-Olivier Giesbert, lequel siège au comité de la revue aux côtés de Mme Élise Longuet, fille de l’ancien ministre Gérard Longuet et directrice des relations extérieures de Fimalac. Le vénérable périodique, qui accueillit les poèmes de Charles Baudelaire et les réflexions de Stendhal, publie à présent « les interventions de penseurs et d’hommes d’action contemporains tels François Fillon, Édith de La Héronnière ou Georges Charpak », peut-on lire sur le site de la holding.

La doyenne des revues libérales revendique « un souci de modération, de prudence, un rejet des postures extrêmes, un esprit de pragmatisme ». C’est également à la sobriété intellectuelle qu’en appelle M. Jérôme Chartier, conseiller spécial de M. Fillon. Ce député du Val-d’Oise, qui partage sa vie avec la présidente du conseil de surveillance d’Eurodisney, Mme Virginie Calmels, organise chaque année sous les voûtes de l’abbaye de Royaumont des « Entretiens ». Dirigeants économiques, hauts fonctionnaires et représentants de divers cultes s’y pressent. Le thème de l’édition 2016 avait tout pour plaire au candidat à la présidentielle : « Croyant et citoyen ». Le gouverneur de la Banque de France, M. François Villeroy de Galhau, y évoqua « l’expérience de Jésus manager » et « la façon incroyable dont il gère son équipe : il part de douze Galiléens assez frustes et il en fait l’entreprise internationale la plus durable du monde ».

Croyants, les fidèles soutiens de François Fillon le sont assurément. Son directeur de campagne, M. Patrick Stefanini, ancien bras droit de M. Alain Juppé, passe pour l’artisan du ralliement du mouvement Sens commun au député de Paris. La porte-parole de cette émanation de la Manif pour tous, Mme Madeleine de Jessey, a d’ailleurs trouvé une place dans l’organigramme de campagne. La coordination de celle-ci échoit à un catholique intransigeant, M. Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat et président du conseil régional des Pays de Loire depuis 2015, après avoir succédé en 2010 à son ancien mentor, M. Philippe de Villiers, à la tête du département de la Vendée. Converti au protestantisme, M. Gérard Larcher, président du Sénat, serait un partisan du dialogue avec toutes les confessions : il a pour mission de faire le lien entre M. Fillon et les directions des confédérations syndicales.

M. Chartier l’assure : « François Fillon n’a jamais eu aucun lien avec l’extrême droite » (BFM TV, 23 novembre 2016). Tous ses soutiens ne peuvent en dire autant. M. Hervé Novelli, ancien secrétaire d’État, et M. Longuet, ex-ministre, font ainsi partie, comme Mme Méaux, de la « génération Occident », ces anciens militants radicaux de l’anticommunisme passés de l’ultradroite au giscardisme durant les années 1970 (6). De leur côté, des soutiens affichés comme M. Charles Millon, ancien ministre de la défense, et son épouse, la philosophe Françoise Delsol, sont des piliers d’une droite lyonnaise traditionaliste proche de l’Opus Dei. Aux avant-postes du libéralisme économique le plus échevelé durant les années 1970 et 1980, ils ont peut-être trouvé le candidat qui saura « libérer l’économie ». Proche de M. Alain Madelin, M. Novelli a fréquenté assidûment l’Association pour la liberté économique et le progrès social (Aleps), l’un des fers de lance du néolibéralisme en France (7). Rédacteur du programme ultralibéral du Front national en 1973, M. Longuet fut longtemps membre d’honneur du très droitier Club de l’horloge. Ses prises de position sur l’immigration ou l’homosexualité le rapprochent de l’extrême droite.

Symbole de la marginalisation de la référence gaullienne, M. Fillon a reçu l’appui de deux voix importantes de la galaxie libérale : celle de Nicolas Baverez, ancien conseiller à la Cour des comptes devenu avocat, chroniqueur au Point et auFigaro, enthousiasmé par un « vrai programme qui est un programme libéral » (BFM Business, 28 novembre 2016) ; et celle de Mathieu Laine. Cet essayiste et dirigeant d’un cabinet de conseil se montre ravi de la mue idéologique accomplie par l’ancien partisan du « non » au référendum de Maastricht de 1992 ; il se félicite qu’il perçoive désormais « l’urgence de libéraliser notre économie (…) en dégonflant l’État-précaution au bénéfice d’un État régalien récemment affaibli » (Le Monde,22 novembre 2016).

Au-delà des spécificités liées à l’ancrage de M. Fillon au sein de la bourgeoisie catholique, cet attelage de la banque-assurance, du management et de la communication se retrouverait sous des formes et des incarnations différentes dans l’entourage d’autres candidats — M. Emmanuel Macron, notamment. Il marque l’aboutissement du processus de néolibéralisation qui, en France, affecte la structure du pouvoir depuis quarante ans. Il se traduit par un moindre contrôle politique sur l’ordre économique et par un retour en force des puissances financières, commerciales et industrielles privées.

François Denord & Paul Lagneau-Ymonet

Sociologues. Auteurs de l’ouvrage Le Concert des puissants,
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