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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 11:00
"Vénezuela: une crise d'une importance capitale pour la gauche latino-américaine" - par Giorgo Boccardo et Sebastien Caviedes

Signalée par notre camarade du Front de Gauche finistérien Yves Jardin, voici une analyse intéressante et manifestement bien informée de deux universitaires latino-américains sur l'expérience chaviste au Venezuela, ce qui l'a précédée, et surtout les raisons de la crise actuelle au Venézuela.

Un point de vue de gauche mais critique vis-à-vis du fonctionnement du pouvoir de Maduro, qui ne dissimule pas non plus le caractère réactionnaire d'une large partie de l'opposition qui se dit inspirée soudainement par le souci démocratique alors qu'elle a toujours défendu essentiellement les intérêts d'une oligarchie.  

Cet article datant de fin juillet a été publié sur le site "Mémoire des luttes" dont les Chroniqueurs sont Ignacio Ramonet, Bernard Cassen du Monde Diplomatique, et Christophe Ventura. 

Il est douloureux d’écrire sur le Venezuela. En partie parce que cela implique rendre compte du drame d’un peuple qui, pour la première fois, commençait à participer à la redistribution de ses ressources. Mais également parce que cela implique d’aborder le déclin d’un processus politique qui a été une référence pour la gauche latino-américaine pendant les dernières décennies.

C’est la raison pour laquelle il est fondamental d’encourager un débat critique et réfléchi sur la crise vénézuélienne. Cela n’implique pas qu’il faille se soumettre à l’opportunisme de la droite, qui, sous une façade démocratique, réduit tout débat à la question de savoir si oui ou non le régime vénézuélien est une dictature, alors que ses intentions vont dans le sens de réinstaller un modèle aussi socialement et politiquement excluant que celui de type néolibéral. Mais il ne serait pas non plus responsable d’éviter le débat comme le fait la majorité des penseurs critiques, qui prônent une sorte de solidarité inconditionnelle avec le processus, au point de se montrer apathiques face à la tragédie que vit le peuple vénézuélien.

Notre intérêt pour un débat sur la grave crise que traverse la société vénézuélienne, sur les réussites et les erreurs du chavisme tient à l’importance de ce qui est en jeu au Venezuela, non seulement pour l’avenir de ce pays et de toute l’Amérique latine, mais également pour la construction de projets radicalement démocratiques, alternatifs à ceux de la société capitaliste.

1. La crise du puntofijismo

Entre 1958 et 1993, l’ordre politique vénézuélien a reposé sur le Pacte de Punto Fijo [1]. Fondamentalement cela signifiait que les deux principaux partis politiques, Accion Democratica (AD) et Comité de Organizacion Politica Electoral Independiente (COPEI), d’orientation respectivement social-démocrate et chrétienne-sociale, se sont mis d’accord sur le fait que, indépendamment de qui gagnerait les élections, ils mettraient en place des gouvernements d’unité nationale sur la base d’un programme minimum et sur la répartition entre eux des institutions étatiques. Cet accord a entraîné une société « méritocrate » formée de groupes d’entreprises, de bureaucraties étatiques et des ouvriers du pétrole, tout cela autour de la distribution de la rente générée par l’« Etat dans l’Etat » que constituait Petroleos de Venezuela SA (PDVSA). Mais cette « méritocratie puntofijista » excluait une proportion considérable de travailleurs ainsi que les paysans et des groupes marginaux.

A la fin des années 1970, il y a eu une longue crise économique et politique. Le déclin de la rente pétrolière a réduit la capacité de l’Etat à répondre aux demandes des forces faisant partie du Pacte. De leur côté, AD et COPEI sont de plus en plus devenus des machines électorales clientélistes et corrompues et se sont éloignés des bases qui les avaient soutenus sur le plan politique [2]. Au cours du deuxième gouvernement de Carlos Andrés Pérez, partisan de l’AD (1989-1993), des politiques radicales d’ajustement structurel ont commencé à être appliquées, ce qui a entraîné, en février et en mars 1989, des protestations populaires massives connues sous le nom de « Caracazo ». La violente répression de ces protestations a provoqué des centaines de morts et des milliers de disparus.

La bureaucratie puntofijista s’opposait à des réformes, car leur application aurait entraîné leur mutation et la réduction des prébendes versées aux clientèles, ce qui aurait déstabilisé le délicat équilibre au sein de l’alliance bourgeoise dominante. Des changements furent effectués, mais ils ne purent stopper la crise économique et politique. En 1993, le puntofijismo a destitué Carlos Andrés Pérez [qui occupa le poste de vice-président de l’Internationale social-démocrate et était très lié à Felipe Gonzalez], accusé de corruption, et c’est ainsi que, pour la première fois depuis 1958, un candidat non issu du Pacte a pu s’imposer lors de l’élection présidentielle.

L’ex-partisan de COPEI, Rafael Caldera [il avait été président entre 1969 et 1974 ; après un échec il est réélu en 1998], a créé un nouveau parti chrétien-social et, en s’alliant avec des organisations de gauche, il a gagné les élections sur un programme anti-néolibéral. Cependant, après avoir évité la pire crise financière de l’histoire du pays [en 1994], Caldera a négocié avec le FMI et a impulsé l’Agenda Venezuela. Celui-ci prévoyait l’application de mesures monétaristes orthodoxes, une réduction drastique des prestations sociales aux travailleurs et le lancement de politiques d’ouverture et d’internationalisation de l’industrie pétrolière. Cet ensemble de mesures a suscité de nouvelles protestations.

Hugo Chavez a été libéré après avoir passé deux ans en prison pour son rôle dans le coup d’Etat manqué de 1992. Une tentative de coup d’Etat qui a fait de lui une référence politique à échelle nationale. Avec le soutien de militaires, d’intellectuels et de militants de gauche, il se lance dans une forte activité politique. C’est dans ce contexte d’une société profondément divisée, dont le système politique était totalement délégitimé et les conditions de vie de la population se dégradaient de plus en plus, que Chavez a fondé en 1997 le Movimiento Quinta Republica (MVR). L’année suivante il s’est imposé aux élections présidentielles en mettant en avant un projet qui exprimait cet énorme malaise social en lui donnant une orientation et un espoir.

En résumé, la transformation néolibérale avait entraîné l’effondrement d’un système politique corrompu qui était en place depuis l’accord de Punto Fijo. C’est ce contexte de vide politique qui explique en partie la vertigineuse ascension de Chavez. Après quinze ans de ce gouvernement, le chavisme va inverser plusieurs des réformes néolibérales en appliquant une redistribution radicale de la rente pétrolière. Cela permettra le développement de nouvelles clientèles à un Etat qui soutient un projet national et populaire mais qui ne cesse pas pour autant d’être capitaliste [3].

2. L’ascension et le développement du chavisme (1999-2013)

Le projet initial de Chavez n’est pas très éloigné des orientations du populisme latino-américain : un discours anti-impérialiste, la récupération de la souveraineté nationale, la centralité de l’Etat, un chef de file militaire, des styles de pouvoir politique autoritaires et d’importants programmes de redistribution de la richesse [4]. Lors de son premier mandat, le gouvernement de Chavez a mis la priorité sur la convocation d’une Assemblée constituante pour la création de la Cinquième République. Avec une large majorité chaviste, la nouvelle Constitution réaffirme le caractère capitaliste de l’économie vénézuélienne avec un Etat fort, qui se réserve l’activité pétrolière et les autres industries d’intérêt publique ou stratégique. Sur le plan politique, il incorpore divers mécanismes participatifs en vue d’approfondir la démocratie [avant tout à l’échelle locale] ; ainsi les droits populaires sont significativement élargis sur les plans économique, social et culturel.

Etant donné l’extrême dépendance de toute l’économie – et de l’Etat vénézuélien – par rapport à la rente pétrolière, le chavisme commence par inverser certaines des mesures politiques néolibérales des années 1990 [5]. Cela le conduit à s’affronter directement avec la PDVSA [Petróleos de Venezuela SA, compagnie pétrolière dont le capital appartient pour l’essentiel à l’Etat], qui, depuis des années, donnait priorité à la rentabilité au détriment de l’intérêt national [tout en distribuant de manière socialement sélective une grande partie de la rente pétrolière]. Chavez a restructuré la politique fiscale de la PDVSA, augmenté sa contribution directe à l’Etat et a mis un terme au processus d’ouverture à des capitaux multinationaux initié au cours de la décennie précédente. Le gouvernement chaviste a également récupéré l’initiative au sein de l’OPEP, afin de contrôler les niveaux de production à l’échelle internationale et ainsi stabiliser ou augmenter les prix du baril. En particulier, la politique de « contrôle des prix » convenue avec des pays comme l’Irak [de Saddam Hussein] et la Libye [de Mouammar Khadafi] provoque des confrontations entre Chavez et les Etats-Unis.

Deux lois passées à cette époque par le gouvernement chaviste ont particulièrement suscité l’opposition du patronat : d’abord, celle relative à la terre et au développement agraire et, ensuite, celle concernant les hydrocarbures. La première de ces lois a été une tentative tardive de réforme agraire pour limiter le pouvoir des latifundistes et donner une certaine sécurité agroalimentaire aux paysans [mais sans appui technique, entre autres]. La deuxième permettait de récupérer le contrôle politique et économique sur la PDVSA. Les deux lois ont été cataloguées par le patronat et par l’opposition politique comme étant un attentat contre la propriété privée.

Pendant son deuxième mandat (2001-2007), Chavez a entamé l’affrontement avec une opposition qui était prête à utiliser tous les moyens pour renverser le gouvernement. Cette opposition regroupait des secteurs militaires, des patrons, des partis puntofijistes, la « méritocratie » de la PDVSA et presque tous les médias, sans compter le soutien du gouvernement états-unien. En avril 2002, elle a déclenché un coup d’Etat, mais une mobilisation populaire combative, appuyée par un secteur clé des militaires, oblige finalement les putschistes à restituer la présidence à Chavez. C’est à la fin de cette même année qu’une grève pétrolière patronale a été lancée [6].

Une fois de plus, la résistance populaire était en faveur du chavisme, ce qui a permis de faire reculer le sabotage de l’opposition. Après avoir surmonté ces deux assauts et malgré les dommages qu’ils ont entraînés sur le plan économique et la drastique réduction des revenus fiscaux, Chavez en est sorti renforcé. Il s’est produit un changement dans le rapport des forces qui a permis de désarticuler l’opposition d’un secteur militaire et les bureaucraties pétrolières, mais en échange d’un nouveau pacte avec les groupes populaires dont dépendait la survie du régime. Même s’ils avaient déjà voté pour Chavez, c’est la chaleur du conflit qui les fait sentir que ce gouvernement était « le leur » [7].

Au cours des premières années du chavisme, la crise budgétaire, la priorité constitutionnelle et la déstabilisation provoquée par l’opposition ont empêché une amélioration des conditions de vie des secteurs populaires. Mais étant donné, d’une part, la centralité des secteurs populaires pour la continuité du processus et, d’autre part, l’imminence d’un référendum révocatoire convoqué par l’opposition, l’administration chaviste a mis toute son énergie à développer une nouvelle politique sociale. Au moyen de ce qu’on a appelé les « Missions » [initiatives concernant la santé et l’éducation dans les quartiers paupérisés, s’appuyant fortement sur une aide de Cuba compensée par des livraisons pétrolières et des crédits], elle a appliqué un programme de démocratisation de la rente pétrolière qui a permis d’améliorer de manière significative les revenus, la santé, l’éducation, les communications et l’accès à la culture du peuple vénézuélien [8]. En contraste avec les politiques qui ont prévalu dans une bonne partie de l’Amérique latine, les dépenses sociales ont été concentrées de manière à diminuer les inégalités, devenant une composante fondamentale des dépenses publiques. En résumé, pendant cette période le chavisme a construit un relatif tissu productif et social ainsi qu’une nouvelle institutionnalité.

La légitimité de la nouvelle politique sociale s’est exprimée clairement lors du référendum révocatoire de 2004, où Chavez s’est imposé avec 59% des votes. De même, lors des élections des gouverneurs des départements [structure fédérale] la même année, il n’en a perdu que 2 sur les 23 Etats. L’année suivante, devant la possibilité d’être balayée de l’Assemblée nationale, l’opposition s’est retirée des élections, ce qui a laissé un Parlement constitué exclusivement de partisans du chavisme. Lors des élections présidentielles de 2006, Chavez a triomphé avec presque 63% des suffrages face à Manuel Rosales, candidat de l’AD.

Dès lors, Chavez s’est consolidé en tant que figure internationale, non seulement parce qu’il était un acteur important de la nouvelle stratégie de contrôle des prix de l’OPEP, mais aussi parce qu’il a réussi à freiner la politique états-unienne de subordination latino-américaine au travers de l’ALCA [zone de libre-échange des Amériques]. Il a pu accomplir cela grâce à une alliance avec les gouvernements du Brésil de Lula et de l’Argentine de Nestor Kirchner, en créant l’ALBA en 2004 [un projet que ne se concrétisera qu’à la marge] et au moyen d’autres initiatives d’intégration économique et sociale, sans compter le soutien croissant à des gouvernements tels que ceux de la Bolivie [Evo Morales] et de l’Equateur [Rafael Correa]. C’est ainsi qu’a pu s’établir une résistance politique et culturelle aux prétentions hégémoniques des Etats-Unis sur l’Amérique latine menées par George W. Bush.

Au début 2007, Chavez a annoncé que la « phase de transition » au Venezuela était achevée et que c’était le moment d’avancer dans la construction du « Socialisme du XXIe siècle ». Pour cela il lui fallait des lois de type constitututionnel pour lui accorder des pouvoirs extraordinaires, et donc une réforme constitutionnelle pour déclarer socialiste la République bolivarienne de Venezuela. A cela, il a ajouté la construction du Parti socialiste uni vénézuélien-PSUV [qui était étroitement contrôlé par les sommets du chavisme]. Parmi d’autres propositions spécifiques, Chavez réaffirmait la propriété et le contrôle de l’Etat sur les hydrocarbures, l’élimination des restrictions pour la réélection présidentielle pour plus de deux mandats [afin d’assurer une permanence de son pouvoir] et la réorganisation territoriale politique du pays [réorganisation du dit fédéralisme et de l’indépendance des unités fédérales par rapport au pouvoir central].

C’est précisément pendant cette période qu’il y a eu un infléchissement dans le processus économique et politique, qui allait avoir des conséquences très importantes pour le Venezuela. D’abord, au lieu de s’orienter vers une diversification productive afin de rendre le pays moins dépendant de la rente pétrolière et des cycles économiques internationaux, il s’est employé à renforcer la distribution de la rente [avec des dimensions clientélaires renforcées] et la formation d’un patronat chaviste de caractère commercial et financier [la dite bolibourgeoisie]. C’est ainsi que la « malédiction des ressources naturelles » a fini par enterrer sur le long terme les efforts de démocratisation sociale qui avaient été atteints. Ensuite, Chavez a fini par réduire son projet de socialisme à un étatisme et à un verticalisme [pouvoir concentré autour de Chavez et d’un secteur militaire]. En effet, au lieu de radicaliser la démocratie politique, il est resté prisonnier de l’autoritarisme militaire et – malgré sa rhétorique – de l’héritage du populisme et des dits socialismes réels. Enfin, au lieu d’accorder davantage de pouvoir politique aux classes populaires, il finit par le diminuer en faveur d’un clientélisme étatique plus important et d’un contrôle bureaucratique du processus.

Donc, au-delà des difficultés liées à l’affrontement face aux Etats-Unis et face aux forces réactionnaires de l’opposition ainsi que des limitations du sous-développement latino-américain, c’est justement au moment de l’apogée du chavisme que celui-ci perd une possibilité historique de radicaliser le processus social et politique en cours. Nicolas Maduro [fonction présidentielle prise le 8 mars 2013, puis élection gagnée le 14 avril 2013 ; Chavez décède le 5 mars 2013] a hérité de conditions sociales et politiques qui vont éclater suite à la baisse des prix du pétrole, mais ces conditions ont été créées bien avant son ascension à la présidence.

3. Le Venezuela après Chavez

Avec la mort de Chavez en 2013, et en l’absence d’autre leader de la même carrure dans le PSUV, le « choix » porta sur Maduro, d’une part, étant donné sa position de position de vice-président depuis octobre 2012 et, d’autre part, à cause de ses liens politiques à l’échelle nationale et internationale. Cela pour prendre la tête d’un amalgame complexe de tendances et de mouvements qui convergent dans l’alliance chaviste. Mais son ascension au pouvoir a coïncidé avec la diminution de la rente pétrolière. Celle-ci représentait près de 95% des revenus d’exportations, 60% de ses rentrées budgétaires et 12% de son PIB. En suivant cette pente, en 2015, les revenus issus de l’exportation de pétrole brut étaient tombés de 40%, et en 2016 la dette extérieure augmentait de plus de 350% par rapport à 1998 [9].

L’effet dévastateur de cette contraction économique fait que le gouvernement peut très difficilement maintenir les programmes de redistribution sociale et par conséquent aussi le consensus au sein de l’alliance dominante. A cela s’ajoute le renforcement des traits autoritaires du régime politique, aussi bien ceux hérités du processus bolivarien dans son ensemble que ceux liés à l’incapacité politique du nouveau président. Il faut surtout souligner la destruction du tissu social que l’hégémonie chaviste avait stabilisé. En effet, la crise économique et politique a aggravé la faille d’origine du chavisme, qui consistait en une mauvaise compréhension de l’organisation sociale de base sur laquelle s’est fondé ce mouvement considéré comme étant autogéré et autonome, alors qu’en réalité ce mouvement était plutôt le produit de politiques publiques menées par l’Etat vénézuélien [10].

Au sein du PSUV et du mouvement chaviste, cette faille s’est exprimée dans une culture politique qui, depuis l’époque de Chavez, a peu à peu supprimé le débat critique au sein des rangs du parti, ce qui avait été en partie un trait lors de sa fondation [11]. Par ailleurs, une des tendances de ces dernières années est l’augmentation de la militarisation de l’Etat et du gouvernement. Il est possible que cela soit dû au fait que Maduro, n’ayant pas de lien organique avec les Forces armées, a incorporé davantage de ses membres à des postes de pouvoir pour s’assurer leur loyauté. C’est ainsi qu’aujourd’hui un tiers des ministres (12 sur 31) et des gouverneurs (13 sur 20) sont des militaires, et beaucoup d’autres se trouvent dans des positions clés de l’économie, où, le manque de contrôles démocratiques crée des conditions favorisant la prolifération de la corruption, surtout dans les domaines comme la répartition des devises, le contrôle des ports [importations de biens de consommation, pour l’essentiel devant être achetés sur les marchés internationaux] ou la distribution d’aliments [12].

Outre la corruption, vieux problème vénézuélien qui est antérieur à l’expérience chaviste, la crise met en évidence les effets négatifs liés au régime rentier pétrolier (extractiviste) qui régit l’économie. Par exemple, dans le secteur énergétique, le manque d’investissements a provoqué des coupes et des restrictions dans la fourniture d’électricité et a fait sombrer le pays dans une pénurie de gaz naturel et de ses dérivés, alors même que celui-ci possède une des plus importantes réserves reconnues de gaz conventionnel à l’échelle mondiale. Pire, le gouvernement s’est déclaré intéressé à utiliser les techniques de perforation horizontale et de fracking, qui se sont avérées dommageables pour l’environnement et pour la santé, cela dans le but de commercer l’exploitation de gaz dans le bassin du lac Maracaibo [13]. Ce sont ces techniques qui, paradoxalement, ont permis aux Etats-Unis d’obtenir une relative autonomie énergétique, entraînant un déséquilibre dans le marché mondial du pétrole, ce qui a contribué à faire chuter les prix globaux et a nui au Venezuela [14].

En outre, la crise approfondit la pénétration du capital transnational, comme le montre la création de la Nouvelle zone de développement stratégique nationale « Arco minero del Orinoco », qui ouvrira presque 112’000 kilomètres carrés à la grande industrie minière locale et étrangère sous la supervision des Forces armées [15].

Consciente de la faiblesse de Maduro, la même opposition qui avait affronté Chavez s’est renforcée et a repris vigueur suite à la légitimité perdue sous l’effet du coup d’Etat de 2002. Rassemblée au sein de la Mesa de Unidad Democratica (MUD), elle réunit des groupes qui vont de la gauche modérée à l’extrême droite putschiste, chacun ayant son programme propre. A cause de leur poids majoritaire dans l’Assemblée nationale [élue en décembre 2015], les organisations qui dirigent la MUD sont Primero Justicia (PJ) et Voluntad Popular (VP) [16] aux côtés de l’ancien parti AD (Alliance démocratique). Parmi les membres de PJ se trouvent l’ex-candidat présidentiel Henrique Capriles et Julio Borges, l’actuel président du Parlement, archétypes de la génération politique qui, avec la montée du chavisme, n’ont pas pu effectuer leur passage logique à la politique puntofijista après avoir été éduqués à l’étranger et avoir appartenu au COPEI. VP, dirigée par Leopoldo Lopez, appelle à la mobilisation de rue, avec un degré élevé de violence, en refusant d’accepter la légitimité du gouvernement et faisant campagne pour une intervention étrangère contre le Venezuela de Maduro [17].

Bien qu’elle ait existé, l’orientation de l’opposition prônant le dialogue n’a duré que jusqu’à la publication des résultats de l’élection présidentielle de 2013. En effet, depuis l’intenable accusation de fraude électorale de la part de Capriles [18], appel qui a entraîné 11 morts, la radicalisation de l’opposition a donné lieu à des faits brutaux comme ceux qui se sont passés lors des manifestations d’étudiants de février 2014, lorsque Lopez et son parti, aux côtés de la parlementaire Maria Corina Machado et du maire de Caracas, Antonio Ledezma, ont soutenu une mobilisaton qui a fait 47 morts et durant laquelle on a vu l’installation de fils de fer tendus dans les rues pour décapiter les motocyclistes pro-gouvernementaux. L’appel à faire tomber le gouvernement a fait que Lopez et Ledezma ont été condamnés à des peines de prison. Cependant, une offensive internationale dirigée par l’ex président espagnol José Maria Aznar et d’autres ex-mandataires ibéro-américains, avec le soutien du secrétaire général de l’OEA, Luis Almagro [d’origine uruguayenne], les a transformés – malgré leurs antécédents putschistes – en « martyrs » de la défense de la démocratie et des droits humains.

Le grand problème de l’opposition est le manque d’un projet commun et alternatif au chavisme. Cela est apparu clairement suite à la « super majorité » parlementaire qu’elle a obtenue en décembre 2015 [19]. Sa politique ne s’est centrée que sur le démantèlement de tout ce qui avait été fait précédemment et sur la stratégie la plus adéquate pour renverser Maduro, en négligeant la recherche de mesures concrètes pour affronter la criminalité et l’insécurité [ces phénomènes sont très marqués, depuis longtemps, entre autres dans la périphérie de la capitale Caracas ; le « Gran Caracas » compte quelque 4,5 millions d’habitants] ou pour soulager la crise économique. Les rares propositions programmatiques à son actif vont dans le sens d’une croissance de la rente pétrolière, la libéralisation économique et « l’aide » que pourrait offrir le FMI [face à la dette publique], ce qui est peu attractif pour la société vénézuélienne, car beaucoup de fractions populaires pensent que si l’opposition arrivait au pouvoir, ces mesures leur feraient perdre encore davantage que ce qu’elles ont déjà perdu [20]. Ces propositions vont enfin dans le sens d’une réarticulation du pacte élitaire qui a dominé toute l’histoire vénézuélienne. En s’insurgeant contre le régime qui les exclut de la politique distributive étatique ou qui limite sa participation à la distribution de la rente pétrolière, cette opposition cherche à déstabiliser cet Etat par la force.

Mais dernièrement, la crise humanitaire provoquée par la détérioration socio-économique grave du pays a permis à l’opposition d’instrumentaliser en sa faveur la mobilisation populaire de l’ouest de Caracas, bastion du chavisme, ouvrant ainsi une brèche dans l’indiscutable enracinement populaire bolivarien. L’opposition appelle à créer un couloir humanitaire [terme utilisé par analogie avec les couloirs humanitaires demandés par des ONG pour des villes assiégées] afin de résoudre le manque de produits et de médicaments. Mais elle se mobilise surtout sur des revendications politiques telles que la libération des prisonniers politiques ou le référendum révocatoire contre Maduro. En même temps le peuple, qui se réfère en majorité au chavisme d’origine, se mobilise contre les autorités poussé par la faim, par la pénurie de médicaments et de produits de base ainsi que suite à l’explosion de la violence et de l’insécurité généralisées [liée à la paupérisation et à la crise des institutions et du régime] [21].

Le système de contrôle des devises et des prix imposé en 2002-2003 pour faire face au sabotage économique de l’opposition est devenu dysfonctionnel lorsqu’il a permis la spéculation par les secteurs qui contrôlent les devises. Le manque chronique de dollars a sapé toute capacité économique, surtout dans le secteur de l’importation. Par conséquent ce sont les groupes populaires qui dépendent des produits importés par le gouvernement et qu’il vend à des prix contrôlés qui sont les plus touchés [car ces produits sont rares]. Cette situation a entraîné une croissance du marché noir. Le manque d’une stratégie d’approvisionnement et de distribution – une autre tare du développement bolivarien – y a également contribué [22]. Outre ces graves problèmes de pénurie, les dernières données économiques diffusées par l’Institut national de statistique (INE) vénézuélien et par la Commission économique pour l’Amérique latine (CEPAL) indiquent pour décembre 2015 une inflation générale de 180,9% et une inflation du prix des aliments de 218% [23]. Dans ce contexte, la dénutrition augmente, pour la première fois à cause de la faim et non pas des maladies, la population a perdu en moyenne 8 kg par personne, alors qu’augmentent ceux qui indiquent qu’ils ne mangent que deux fois par jour, ou moins [24].

Après avoir scellé définitivement son accord avec les secteurs populaires au début des années 2000, les politiques sociales chavistes ont entraîné une diminution pratiquement ininterrompue de la pauvreté et de l’indigence. Celles-ci atteignaient leur niveau le plus bas en 2012, lorsque la pauvreté était estimée à 25,4% de la population et l’indigence à 7,1% [25]. Mais, entre 2014 et 2016, le pourcentage de foyers pauvres monte en flèche, passant de 48,4% à 81,8% ; 51,5% des foyers se trouvant dans une situation de pauvreté extrême [26]. Cela démontre l’importance qu’a eue la redistribution sociale de la rente pétrolière, tout en étant en même temps le talon d’Achille du système.

La crise politique s’est accentuée depuis avril 2017, alors que les traits autoritaires se sont exacerbés avec Maduro, au point de contourner la Constitution de 1999, cela avec l’assentiment du Conseil national électoral (CNE) et, initialement, du Tribunal suprême de justice (TSJ) [27].

Il faut ajouter à cela l’augmentation de la radicalité des affrontements entre les forces de choc de l’opposition et celles du gouvernement. Ce qui est le plus marquant du point de vue politique est à quel point cette situation approfondit la division au sein du chavisme. Au début du mandat de Maduro la tension se manifestait entre, d’une part, une faction civile chargée d’importants ministères tels que celui de l’Agriculture et des Terres et celui de l’Energie et du Pétrole et, d’autre part, une faction militaire, composée d’éléments actifs et retraités, dont plusieurs compagnons de Chavez depuis l’émeute de 1992, et qui dirigeaient des secteurs nationaux stratégiques. Ces derniers contrôlaient l’Assemblée nationale et le PSUV en la personne de Diosdado Cabello [28]. Mais aujourd’hui cette division, faussant la polarité initiale, s’élargit vers de nouvelles franges civiles et militaires.

En ce qui concerne les militaires, le « commando F4 » gagne en importance. Ce groupe, dirigé par d’ex-compagnons d’armes de Chavez, reproche à Maduro son éloignement de tout projet révolutionnaire, socialiste ou bolivarien, tout en soulignant la précarité économique qui affecte la troupe professionnelle et les familles des militaires [29]. De son côté, la dissidence de gauche du chavisme – dont le noyau est Marea Socialista, un collectif de politiciens et d’intellectuels chavistes critiques dont l’existence précède la crise actuelle – gagne de nouveaux appuis, y compris des ex-ministres de Chavez et de Maduro, des dirigeants politiques, sociaux et universitaires qui critiquent la « rupture des lignes de force constitutionnelles » et l’état de polarisation et de violence qui affectent le pays [30].

Les deux groupes misent sur l’ouverture d’un dialogue politique et social pour permettre un consensus national. Mais pour l’opposition de gauche, il s’agit d’alerter sur le fait que le tournant anti-démocratique pris par Maduro, qui vient s’ajouter à celui de l’opposition et qui a mis à mal le fragile régime institutionnel vénézuélien, pourrait ouvrir la porte à l’intervention étrangère. Mais cette alternative de gauche est quoi qu’il en soit peu développée et, en réalité, elle n’a pas la capacité suffisante pour diriger le processus de transition. L’orientation qu’adopte ce processus continue plutôt à être entre les mains des militaires, dont le soutien à Maduro explique en bonne partie son maintien au pouvoir.

Ce qui est en jeu après la mort de Chavez est plus que le processus de démocratisation du Venezuela, une question qui pourrait concerner la majorité des pays latino-américains. En jeu est la possibilité que se développe en Amérique latine un capitalisme national et populaire dans le cadre d’une économie internationale de tendance néolibérale. Cependant, aujourd’hui la position immédiate que devraient défendre les forces de gauche dans la région est de veiller à l’autonomie populaire dans la résolution de cette crise, en évitant toute dérive vers un nouveau pacte élitaire, qui pourrait y compris être décidé depuis l’extérieur des frontières vénézuéliennes.

4. Critique et internationalisme face à la crise vénézuélienne

Le processus vénézuélien reste très ouvert. En grande partie parce qu’il n’y a pas eu [pour l’instant] de brèche importante au sein des Forces armées. Néanmoins les conditions de vie dramatiques que connaît quotidiennement le peuple pourraient accélérer le cours des évènements. Suivant quelles fractions du chavisme et/ou de l’opposition finiront pas s’imposer (ou par conclure un accord), le cours historique de Venezuela pourrait prendre une orientation imprévisible. Mais plutôt que de chercher à prédire ce que l’avenir réserve au Venezuela, nous tenons à réaffirmer quelques réflexions sur la crise du chavisme et – qu’on le veuille ou non – ce qu’héritent de cette expérience les efforts de ceux qui visent à une transformation anti-néolibérale et cherchent la faire émerger sous différentes latitudes de la planète.

D’abord, quelle que soit l’attractivité des bénéfices que procure l’exploitation des ressources naturelles pour étendre la « démocratie sociale », y compris lorsque ces bénéfices sont monopolisés par l’Etat, ce moyen impose des limites aux projets politiques de transformation. En effet, ils génèrent une extrême dépendance par rapport aux cycles économiques internationaux [prix des commodities], ils produisent des crises socio-environementales dans les territoires exploités et entraînent en général une dépression d’autres secteurs productifs (le dit « syndrome hollandais » qui résulte d’une surexploitation des ressources naturelles et conjointement produit le déclin de l’industrie manufacturière). Il est évident que de telles critiques doivent être compatibles avec les revendications légitimes de redistribution des secteurs populaires, qui sont justement ceux qui alimentent ces expériences.

Deuxièmement, il a été démontré une fois de plus qu’il ne suffit pas de « prendre l’Etat » pour avancer dans la transformation de la société capitaliste, même si c’est avec les outils de la démocratie libérale. La tragédie que vit le Venezuela nous renvoie de nouveau aux limites historiques des gauches au pouvoir au cours du XXe siècle qui, de manière répétée, ont réduit le problème du socialisme à l’étatisme, alors qu’il s’agit au contraire de socialiser de manière permanente le pouvoir et de démocratiser de manière croissante la vie sociale.

Troisièmement il faut noter que la crise au Venezuela aura un impact énorme pour la gauche latino-américaine. Une défaite entraînerait la délégitimation de certaines bonnes idées que le chavisme a tenté de développer, et permettrait une prédominance accrue de l’influence états-unienne dans la région, cette fois par le biais de la Colombie, où les Etats-Unis disposent de bases militaires importantes. D’autant que le Brésil est également traversé par une crise politique aiguë.

Nous ne savons pas comment va se terminer cette crise vénézuélienne. Mais quelle qu’en soit l’issue nous devrons porter la lourde charge de son héritage. Nous devrons l’expliquer, apprendre de ses réussites et de ses erreurs. Mais la gauche ne pourra en tout cas pas l’ignorer, même si cela entraîne des coûts politiques (ou électoraux) importants. Au minimum nous devons sortir de ce silence intéressé, défendre le fait que notre critique à l’égard du Venezuela est destinée à radicaliser ses réussites et à ne pas les inverser, apprendre de ses erreurs, mais aussi contrer les termes qu’essaient de nous imposer la réaction et le progressisme néolibéral dont les orientations ont été les principales responsables des conditions de vie très pauvres que connaissent les peuples latino-américains, jour après jour.

Dans l’immédiat, la solidarité de la gauche latino-américaine avec le peuple vénézuélien doit s’appuyer sur son engagement critique en faveur d’une solution anti-néolibérale et démocratique de la crise, poussant pour que les forces qui représentent cette orientation s’imposent. Avec la même détermination il faudra affronter le caractère putschiste, élitaire et néolibéral que représentent les actuels agissements de l’opposition. En fin de compte, la constitution d’une gauche radicale passe aussi par le fait de récupérer l’internationalisme critique et solidaire qui a caractérisé la tradition révolutionnaire de notre Amérique latine. (Article publié le 29 juin 2017, traduction A l’Encontre)


Giorgio Boccardo enseigne à l’Université du Chili dans le master « Les études latino-américaines ». Sebastian Caviedes est chercheur à la Fondation Nodo XXI, enseignant à l’Univerité du Chili

Source : A l’encontre, Giorgio Boccardo, Sebastian Caviedes, 07-07-2017

NOTES

[1] Le Pacte de Puntofiho a été conclu en 1958 entre les trois grands partis vénézuéliens. Comme expliqué dans l’article, il va se prolonger jusqu’aux années 1980. Voir Becerra, M. (2001). El colapso del sistema de partidos en Venezuela : explicación de una muerte anunciada. En Maingón, T., Carrasquero, J., y Welsch, F. (Eds.). Venezuela en transición : elecciones y democracia, 1998-2000. Caracas : RedPol, pp. 36-51.

[2] Lander, E. (2007). Venezuela : logros y tensiones en los primeros ocho años del proceso de cambio. Gobiernos de izquierda en América Latina. Un balance político. Bogotá : Aurora, pp. 39-76.

[3] Ruíz, C., y Boccardo, G. (2015). ¿América Latina ante una nueva encrucijada ? Anuario del conflicto social.

[4] Chávez, H. (1996). Agenda Alternativa Bolivariana : Una propuesta patriótica para salir del laberinto. Caracas. Recuperado de : http://minci.gob.ve/2014/03/libro-rojo/

[5] Boué, J. C. (2002). Internacionalización de PDVSA : ¿Triunfo estratégico o desastre fiscal ? Revista Venezolana de Economía y Ciencias Sociales, 8(2), pp. 237-282.

[6] Maya, M. L. (2003). Venezuela en la encrucijada. Revista OSAL, (9), pp. 55-60.

[7] Lander, E. (2007). Op. cit.

[8] Maya, M. L. (2008). Venezuela : Hugo Chávez y el bolivarianismo. Revista Venezolana de Economía y Ciencias Sociales, 14(3), pp. 55-82.

[9] Cepal. (2016). Anuario Estadístico de América Latina y el Caribe. Santiago : ONU. Mientras en 2013 el precio promedio del crudo era de US$100, en febrero de 2016 cae a su punto más bajo al costar US$24,25.

[10] Lander, E. (2016, 12 de julio). « La implosión de la Venezuela rentista ». Aporrea.org.

[11] Buxton, J. (2016, julio-agosto). « Venezuela después de Chávez. Entrevista ». New Left Review (99), pp. 7-29.

[12] Lander, E. (2016). Op. cit.

[13] J. (2014, 19 de junio). « El peligroso fracking en Venezuela ». Aporrea.org.

[14] Telesur. (2015, 22 de octubre). « El fracking desequilibró el mercado petrolero mundial ». Telesurtv.net

[15] AVN. (2016, 27 de febrero). « Plan del Arco del Orinoco contempla industrializar potencial minero nacional ».

[16] Son las que vehiculizan más recursos económicos, especialmente del financiamiento que Estados Unidos le viene otorgando a la oposición desde 2002, a través de agencias como Usaid y la NED. Núñez, E. (2014, 5 de abril). « Usaid : ¿agencia de desarrollo o de operaciones encubiertas ? » BBC Mundo.

[17] Lewit, A. y Brito, G. (2016). « Radiografía de la MUD : análisis sobre la oposición venezolana ». Celag.org

[18] Se apuntó a la avería de 535 máquinas del sistema electrónico de votación nacional. No obstante, aun cuando sea cierta esta situación, se trata de una cantidad de votos marginal respecto al total de sufragios. Ver Rosnick, D. y Weisbrot, M. (2013, mayo). A statistical note on the April 14 Venezuelan Presidential Election and audit of results. Center for Economic and Policy Research (CEPR).

[19] Su desproporción visibilizó el fracaso del PSUV al abordar los problemas del marco electoral. El frente opositor obtuvo el 56% de los votos, mientras que el PSUV y su Gran Polo Patriótico el 41%. Sin embargo, habiendo 164 escaños en juego, 113 fueron adjudicados de acuerdo con un sistema mayoritario y los restantes 51 en razón de un sistema de lista. La súper mayoría de la MUD dependía del apoyo de tres miembros que procedían de comunidades indígenas. Pero esta se acabó cuando se descubrió que ellos estaban implicados en un fraude electoral, junto a un miembro del PSUV, siendo los cuatro inhabilitados. Ver Buxton, Op. cit.

[20] Pardo, D. (2017, 5 de mayo). « ‘Si esta es una dictadura, es la más feliz del mundo’ : ¿qué piensan y cómo ven los chavistas convencidos la crisis de Venezuela ? » BBC Mundo.

[21] Pardo, D., Op. cit. La confusión y la propaganda están a la orden del día en este punto. Recordada es la visible naturaleza de clase con que se inician las protestas contra Maduro, a poco de la muerte de Chávez, concentradas en las zonas más acomodadas de Caracas, donde personas exhibían sus camionetas último modelo y sus ropas de US$300. Weisbrot, M. (2014, 20 de marzo). « The truth about Venezuela : a revolt of the well-off, not a ‘terror campaign’ ». The Guardian.

[22] Buxton, J. Op. cit.

[23] Estos datos, ciertamente, son subestimaciones que hoy, además, se han acrecentado. Ver Cepal. (2016). Panorama social de América Latina y el Caribe, 2015. Santiago : ONU.

[24] Esto, según el acceso a una “canasta normativa de alimentos”. Ver UCV-UCB-USB. (2017, febrero). Encuesta de Condiciones de Vida en Venezuela (Encovi), 2016. Caracas : Fundación Bengoa.

[25] Cepal. (2016). Op. cit.

[26] UCV-UCB-USB. Op. cit.

[27] Este giro se expresa, sucesivamente, en : desconocer a la Asamblea Nacional de mayoría opositora (sobrepasada reiteradamente por las decisiones del TSJ) ; bloquear y postergar el referéndum revocatorio para el que la oposición había cumplido con todos los requisitos constitucionales ; postergar la realización de las elecciones a gobernador de 2016 ; y convocar a una Asamblea Constituyente, saltándose el requisito previo del plebiscito, pasando a llevar una disposición que el propio Chávez respeto en su momento.

[28] BBC Mundo. (2012, 11 de dciembre). « Un mapa del chavismo : socialistas y militares. » BBC Mundo.

[29] Santacecilia, M. (2016, 30 de mayo). « ¿Quiénes son las ovejas negras del chavismo ? » Deutsche Welle.

[30] Aporrea. (2017, 25 de mayo). « Sectores fuera de la polarización hacen llamado a detener escalada de violencia ». Aporrea.org.

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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 08:49

 

La guinche est le thème de l'exposition-photos de Jean-Marc Nayet, au salon Kashgar.
La guinche est le thème de l'exposition-photos de Jean-Marc Nayet, au salon Kashgar.

 

 

Vingt photos en noir et blanc sur le thème de la guinche sont exposées dans le salon Kashgar, jusqu'au 15 septembre. Danser, gambiller, valser, c'est son « truc » à Jean-Marc et quand il a vu le chapiteau La Guinche, installé près du port, à l'occasion de la dernière édition Terre et Mer, cela lui a donné l'idée de photographier les danseurs enlacés pour alimenter ce thème. D'autres photos ont été prises ensuite chez Caplan & Co, à Guimaëc, dans les petits festivals de Locquénolé, où il habite, et au cours de soirées chez des particuliers.

Danseurs et musiciens en mouvement


La sélection de clichés exposés est variée mais ce qui la caractérise c'est le mouvement permanent qui s'en dégage. Mouvement des robes, mouvement des doigts de l'accordéoniste, mouvement des jambes des couples. Très souvent, dans un léger flou étudié. Jean-Marc Nayet, 73 ans, est passionné de photographie et même lorsqu'il était en activité professionnelle chez Air France, l'appareil photo n'était jamais loin. Passer de l'argentique au numérique ne lui a posé aucun problème. « Aujourd'hui, le numérique en photographie donne des possibilités considérables », affirme Jean-Marc Nayet, le guincheur.
 

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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 08:14
Léon Landini en 2013

Léon Landini en 2013

Un camarade du Finistère et lecteur du Chiffon Rouge, Roger Berthelot, fils de résistant brestois et membre de l'ANACR, nous a signalé ce texte important de Léon Landini qui fait le point sur la résistance communiste avant l'invasion de l'URSS par les Nazis en 1941. 
Roger Berthelot rencontre Léon Landini, ancien grand résistant de la branche militaire des FTP-Moi, qui témoigne de manière émouvante dans le film "Les jours heureux" de Gilles Perret,  à la fête de l'Huma presque tous les ans. Comme beaucoup, il se heurte souvent à des personnes qui affirment que la résistance communiste n'a commencé qu'après avril 1941, comme quoi la propagande anti communiste réécrit l'Histoire, pour camoufler que tous les partis ,sauf le PCF, ont voté à l'Assemblée nationale, leur approbation des accords de Munich. Ils se sont tous couchés devant Hitler et Mussolini
 
 Ce texte de Léon Landini a été publié d'abord dans "Le progrès humain" le 22 juin 2013. Il reprend une conférence de 2012. 
 
Les préjugés sur la Résistance qui veulent que les communistes aient commencé la Résistance qu’après l’invasion de l’URSS en été 1941, ont la peau dure, mais n’ont aucun fondement historique. ue les communistes aient commencé la Résistance qu’après l’invasion de l’URSS en été 1941, ont la peau dure, mais n’ont aucun fondement historique.

Le 23 octobre 1941, 4 mois après l’agression de l’URSS, Charles de Gaulle, lors d’un message radiodiffusé de Londres, déclare ouvertement qu’il ne faut « pas tuer d’Allemands » et attendre les ordres, alors que le Parti communiste avait déjà commencé depuis plusieurs mois, officiellement et ouvertement, la Résistance armée contre l’occupant. Reproche t-on ceci à de Gaulle ? Jamais ! Les communistes étaient en avance sur tout le monde, les plus actifs et les plus déterminés, il serait peut-être temps de le reconnaître. Les communistes furent les premiers à prendre les armes et c’est un communiste, le Colonel Fabien qui tira sur l’officier allemand le 21 août 1941 au métro Barbes et qui donna le signal de la lutte armée générale contre l’occupant. Mais l’objet de cet article ne concerne pas cette période, mais la période qui se déroula de l’été 1940 à l’été 1941, cible de la propagande bourgeoise.

Je vais commencer par citer une conférence de l’ancien Résistant Léon Landini avant d’entrer dans le vif du sujet.

Note : Tout ce qui n’est pas sourcé est tiré du livre de Pierre Maury La Résistance communiste en France, aux éditions Le Temps des Cerises, 2006.

 

Conférence de Léon Landini* le 20 octobre 2002 à Avignon :

Dès juin et juillet 1940 et bien que désorganisés par l’arrestation de nombreux dirigeants, les communistes conscients que les combats ne s’arrêteraient pas avec la capitulation de Pétain et l’occupation de la France, commencèrent à ramasser des armes abandonnées par l’armée française en déroute.

L’OS (Organisation Spéciale du PCF) qui avait pour charge de protéger les imprimeries clandestines, ainsi que les cadres du Parti pourchassés par la police française, fut au lendemain de la libération, officiellement reconnue et homologuée par les services du Ministère des armées comme « unité combattante » à partir d’octobre 1940.

Les FTPF et les FTP-MOI ont été à leur tour homologués « unité combattante » à partir du premier mai 1941.

Parmi les animateurs de l’OS se distingueront des hommes qui paieront de leur vie la gloire des premières armes.

CARRE, LOSSERAN, REBIERE, COQUILLET, KERNIEN, MARCHANDISE, MIRET-MUST, HEMMEN… tous fusillés en 1941 et 1942.

La liste des survivants artisans de l’OS est moins longue que celle des morts.

Quant à « l’action directe » contre l’occupant et ses valets, préconisé dès le début par les communistes et longtemps vilipendée par les « attentistes », démontre que les communistes n’attendirent pas l’invasion de l’URSS pour la mettre en pratique, en effet :

En juillet 1940 : A Nantes, une famille d’instituteurs communistes nommée Leroy, a saboté une centrale électrique qui a privé Nantes de lumière. Une amende importante a été infligée à la ville par les occupants. Le même jour les Leroy ont effectué une distribution de tracts appelant à la Résistance.

Début août 1940 : Dans le Nord, dans l’arrière salle d’un petit café de Dechy, une douzaine d’hommes sont réunis, qui se jurent d’agir contre l’occupant. Il y avait là Eusebio Ferrari, les frères Martel, les frères Camphin, Debarge, tous communistes.

Le lendemain, les habitants de Fenain virent flotter en haut d’un pylône de haute tension, un immense drapeau rouge avec l’inscription « COURAGE ET CONFIANCE ».

Toujours au mois d’août : Les mêmes incendient plusieurs véhicules de l’armée d’occupation et font sauter un train allemand.

En décembre 1940 : Ils dynamitent la génératrice et la sous station de Benory-Cumichy.

Toujours en décembre 1940 : à l’autre bout de la France, dans le Var, Roger Landini, secrétaire des jeunesses communistes et ses camarades, font dérailler en pleine gare de triage de Fréjus-Plage, 8 wagons de marchandise destinée à L’Allemagne alors que la Zone-Sud n’était pas occupée.

En mai 1941 : Ils abattent des soldats hitlériens à Lambersart.

Dans son livre « Les FTP » Charles Tillon écrit : « Dans une circulaire en date du 28 novembre 1940 le Préfet de l’Aube fait connaitre que le Parti Communiste aurait organisé le ramassage sur tout le territoire des armes abandonnées par l’armée française ». Et Tillon ajoute : « En Corrèze fin décembre 1940, vingt groupes de trois sont déjà formés et agissent ».

Ces pionniers de « L’action immédiate » y compris contre les troupes occupantes auront, bien avant l’invasion de l’Union Soviétique ET ALORS QUE LEUR ACTION DEMEURAIT LARGEMENT IMCOMPRISE PAR LE PEUPLE DE NOTRE PAYS, DEMONTRE PAR L’EXEMPLE ET PAR DE NOMBREUX SACRIFICES, que la violence devenait la plus grande école du patriotisme résistant.

Des chroniqueurs, des hommes politiques en mal de notoriété où pour de basses raisons politiciennes et malgré toutes les preuves, n’en continuent pas moins à falsifier la vérité historique en continuant à affirmer que les communistes ne se sont engagés dans la Résistance qu’après l’invasion de l’Union Soviétique.

Il est vrai que l’entrée en guerre de l’URSS redonna à toute la résistance confiance et conviction que la victoire serait au bout de leurs peines.

Désormais l’Angleterre n’était plus seule pour faire face à la puissante armée hitlérienne, les forces en présence s’équilibraient, la libération de notre pays n’était plus une vue utopique, cela devenait une réalité, il nous fallait redoubler de force et de combativité pour hâter ce jour tant espéré. Il n’en reste pas moins vrai que les communistes étaient engagés bien avant cette date, j’en veux pour preuve les écrits du Résistant et historien Henri Noguères et du Résistant Vercors qui eux n’étaient pas communistes.

Dans son livre, La vie quotidienne des résistants de l’Armistice à la libération l’historien-résistant Henri Noguères qui n’était pourtant pas communiste a écrit : « Je pense que c’est faire un injuste procès à un grand nombre de résistants et de faire insulte à de nombreux morts communistes que de propager cette idée reçue selon laquelle la résistance n’aurait commencé pour le Parti communiste qu’au lendemain de l’agression contre l’URSS. Tillon à Bordeaux, Marcel Paul en Bretagne, Romagon en Champagne, Ouzoulias à Paris, Lecœur dans le Nord et ce ne sont là que quelques exemples parmi tant d’autres, qu’il n’est ni convenable, ni simplement décent de prétendre, comme l’ont fait tant de mémorialistes à mémoire courte et sélective et tant d’historiens à vue basse plus soucieux d’atteindre leur objectif que de faire preuve d’objectivité, que seuls des communistes agissant à titre individuel ont participé au combats de la résistance pendant la toute première année, ont regroupé dès 1940 tant de militants communistes dans la résistance active […] Notamment en créant l’Organisation Spéciale (O.S.) qu’il n’est pas convenable ni même simplement décent de prétendre, comme l’ont fait tant de mémorialistes à mémoire courte et sélective et tant d’historiens à vue basse plus soucieux d’atteindre leur objectif que de faire preuve d’objectivité, que seuls des communistes agissant à titre individuel ont participé aux combats de la Résistance pendant toute la première année. »

Il continue en écrivant : « Singulièrement plus honnête est la démarche d’un Léo Hamon qui, sans jamais s’être comporté en compagnon de route des communistes, a reconnu loyalement avoir rencontré en Zone Sud dèsle mois d’avril 1941 le communiste Marrane que son Parti avait chargé de créer le Front National donc de contribuer à organiser la Résistance ».

Et il ajoute : « Il est toutefois, une supériorité que nul ne peut contester aux communistes : c’est la part dominante, déterminante, prise par la résistance communiste dans le domaine de l’action directe… Ils ont été, pendant très longtemps, pratiquement les seuls à frapper l’occupant, en multipliant les attentats individuels, les embuscades, les sabotages ferroviaires, les attaques des locaux. L’ensemble de la Résistance, en reconnaissant par la suite de donner la priorité à l’action immédiate, rendra hommage à la tactique de guérilla à outrance préconisée par les FTP. »

Il est indispensable de rappeler que ce n’est que le 15 mars 1944, que le Conseil National de la Résistance préconisât « la lutte armée à outrance » alors que les communistes l’a pratiquaient depuis plus de trois ans.

Toutefois, toujours sur la question de la date de participation des communistes à la Résistance, nous souhaitons également porter à votre connaissance les termes d’une lettre adressée le 11 février 1955 par Jean Brüller dit Vercors, au Général de Gaulle, après la lecture de « ses mémoires ».

Il écrit : « En abordant hier soir la page 231, pourquoi a-t-il fallu que je retrouve sous votre plume les calomnies ordinaires que l’on porte contre les communistes… car mon Général, je mentirais par omission en ne témoignant pas pour eux. La première lettre que j’ai reçue, en août 1940 qui m’appelait à la résistance était signée du communiste jean-Richard Bloch. La première réunion à laquelle j’ai assisté en octobre 1940 chez le poète Arcos, s’était faite à l’initiative du même, accompagné du communiste Frédéric Joliot-Curie du communiste Wallon, du communiste Maublanc et du communiste Francis Jourdain …. La première revue clandestine fondée en décembre 1940 « La pensée libre » était une revue communiste et c’est sur ces cendres que j’ai fondé plus tard « Les éditions de minuit ». Le premier organe clandestin des intellectuels résistants (Comité national des écrivains), fut fondé en avril 1941 par le communiste Jacques Ducour. Il y laissa la vie. L’un des tout premiers résistants, que j’ai « pratiqué » qui fut arrêté presque sous mes yeux, puis torturé à mort, c’était le communiste Holweg. La première « grosse affaire » découverte par la Gestapo fut celle du Musée de l’Homme, conduite par le communiste François Lescure … et qui mena (en compagnie de Francis Cohen tous deux dirigeants des jeunesses communistes) l’affaire du 11 novembre 1940 à l’Arc de Triomphe. [Le 11 novembre 1940, eut lieu une grande manifestation à l’Arc de Triomphe de Paris, organisée par des étudiants qui protestaient contre l’occupation allemande. Parmi les principaux organisateurs il y avait François Lescure et Francis Cohen tout deux dirigeants de la jeunesse communiste].

« C’est justement parce qu’il est évident que nos historiens futurs puiseront presque tout ce qui concerne cette période dans vos mémoires et probablement dans eux seuls, que je me suis attristé d’y trouver une erreur historique qui risque de se perpétuer » et plus loin il ajoute : « Je ne parlais que du court passage (quelques lignes) où vous reprenez contre les communistes français l’accusation courante de s’être abstenus de la Résistance jusqu’à l’entrée en guerre de l’U.R.S.S. Vous objectez à mon témoignage : c’étaient seulement quelques individualités. Mais c’est là justement que gît l’injustice à leur égard …. Cependant quel autre « Parti » a édité clandestinement une revue résistante dès 1940 ? Les radicaux, les socialistes, les modérés ? Quel « réseau » issu d’un « Parti » a fonctionné avant les réseaux communistes ? Penseriez-vous à reprocher aux autres ces longs mois passés à hésité, à se chercher, à s’organiser ? »

En ce qui nous concerne, nous ajouterons, que le premier numéro de « Libération » est daté de juillet 1941, le premier numéro de « Combat » ainsi que celui de « Franc-Tireur » sont datés de décembre 1941, alors que depuis juin 1940, « L’Humanité » avait déjà publié 90 numéros illégaux. La part primordiale prise par les communistes, dans la lutte armée contre le fascisme le nazisme et pour la reconquête de nos libertés. Comme l’a écrit Henri Noguères : « Il est toutefois une supériorité que nul ne peut contester aux communistes : c’est la part dominante, déterminante, prise par la résistance communiste dans le domaine de l’action directe… Ils ont été pendant longtemps pratiquement les seuls à frapper l’occupant ».

Mais il est incontestable que longtemps les frappes contre l’occupant furent vilipendées non seulement par Pétain mais également par le Général de Gaulle.
Le 23 octobre 1941, au lendemain de Châteaubriant, le chef de la « France libre » avait ordonné au nom du Comité de Londres : « La guerre doit être conduite par ceux qui en ont la charge … actuellement la consigne que je donne pour le territoire occupé, c’est de ne pas y tuer d’Allemands ».
Dire alors : « Il ne faut pas tuer d’Allemands » constituait un désaveu de la Résistance dans son irrépressible développement.

La lutte des F.T.P. était-elle donc prématurée ? Et que serait-elle devenue, si de Gaulle avait été obéi ? La résistance intérieure devait-elle se borner à un service de renseignements, jusqu’au jour J où les ordres seraient donnés ?

Charles Péguy avait écrit : « Demander la victoire et n’avoir pas envie de se battre, je trouve que c’est mal élevé. »

Nous, nous devons d’ajouter « qu’un peuple qui ne se bat pas pour sa liberté est un peuple indigne de la liberté ».

Les F.T.P-M.O.I. placés directement sous l’autorité du Parti communiste français demeurent avec « L’affiche Rouge » la figure emblématique de la Résistance française.

________________________________________________________________
* Léon Landini : Ancien officier des FTP-MOI – Officier de la Légion d’Honneur – Médaille de la Résistance – Grand Mutilé de Guerre – Décoré par l’Union Soviétique – Président de l’Amicale Carmagnole-Liberté des anciens Francs-tireurs et partisans – Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI).

Ne pouvant assister sans réagir, aux abominations commises par les troupes fascistes, les communistes appellent alors à la création de « Brigades Internationales » destinées à aller combattre aux côtés des républicains espagnols. Des milliers de communistes répondirent à cet appel. 3.500 d’entre eux perdirent la vie en défendant la liberté. Bien des années plus tard, le gouvernement français reconnaissant le rôle héroïque joué dans la défense de la patrie par les « Brigadistes », leur accorde la « Carte de Combattant », reconnaissant implicitement qu’ils étaient les premiers combattants de la Résistance ayant fait front à l’ennemi, les armes à la main.

Sur la préparation de la résistance armée dès l’été 1940 alors que le Parti communiste, récemment dissous, était sévèrement désorganisé :

« Ainsi, durant l’été 1940, Jean Baillet fut mandaté par le comité central pour porter ses directives dans un certain nombre de départements, notamment l’Aube. Il s’agissait de constituer des groupes spéciaux chargé de récupérer les armes abandonnées et plus ou moins camouflées par l’armée française durant la débâcle. [1] »

Enfin, sur le début de la résistance armée communiste qui n’a pas attendu l’invasion du « grand frère » soviétique :

« Dès l’automne 1940, les groupes de l’OS commencèrent à s’attaquer à l’appareil militaire nazi en prenant pour premiers objectifs les câbles téléphoniques. [1] »

« ″La participation des communistes à de tels actes de sabotage a été démontrée de façon irréfutable″ note la Gestapo le 21 février 1941 (…) Luttes revendicatives et actions armées s’articulent parfois. Ainsi, le 7 avril 1941, à Issy-les-Moulineaux, le Comité populaire de l’usine La Raffia, à main-d’œuvre surtout féminine, fabriquant des filets de camouflage pour les canons, organise une grève et une manifestation à la kommandantur de Montrouge. La police arrête dix-sept manifestantes. A trois reprises, dont une immédiatement après la grève, l’OS tente, mais sans succès, d’incendier l’usine. [2] »

Le premier reseau de résistance universitaire a été fondé par les communistes Jacques Decour, Georges Politzer et Jacques Solomon en septembre 1940 ! Ils publient « l’Université Libre » et « La Pensée libre » qui sera la plus importante publication de la France occupée. Traqués par la police française, ils sont arrêtés en février 1942, torturés puis fusillés en mai 1942.

En réponse au théoricien nazi Rosenberg, qui vient à la chambre des députés le 28 novembre 1940 faire une conférence intitulée « Or et sang » pour liquider l’héritage de la France, son histoire, sa culture, la Révolution française de 1789, s’en prendre à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen et exalter le racisme, le philosophe communiste Georges Politzer, seul intellectuel français à réagir à cette mascarade, écrit un pamphlet distribué clandestinement : « Révolution et contre-révolution au 20° siècle » et démonte les arguments du nazi Rosenberg. Cette brochure, véritable texte philosophique de haute portée dénonce cette mascarade : « Le culte du passé glorieux [la Révolution française de 1789] acquiert un contenu et un sens nouveau, à l’heure ou le capitalisme français livre la nation à l’oppression d’un impérialisme étranger… Le mythe du sang représente la trouvaille. En appelant à la guerre du sang contre l’or, M. Rosenberg fait croire que l’Allemagne capitaliste mène une guerre anticapitaliste. Hitler parle même de « deux mondes ». Mais est-ce l’Allemagne a supprimé la division de la société en exploités et exploiteurs ? Il a supprimé les classes par l’esprit, c’est-à-dire comme l’explique l’auteur du « Mythe du 20° siècle » en faisant prendre conscience aux hommes de « l’unité raciale » et de sa « force » supérieure à toutes les autres. C’est ce qu’il appelle le mystère du sang. »

Georges Politzer a écrit à ce sujet un autre texte vers la même période : L’obscurantisme au 20° siècle.

Le 6 juin 1940 le Parti communiste français a officiellement – quoiqu’interdit et persécuté – proposé au gouvernement de prendre des mesures radicales pour défendre l’existence de la patrie. Le communiste Georges Politzer, qui sera fusillé par les nazis deux ans plus tard, a remis, le 6 juin, au ministre Anatole de Monzie (qu’il connaissait personnellement pour avoir travaillé avec lui à « l’Encyclopédie française ») un texte en cinq points rédigé par Benoît Frachon, et quelques autres dirigeants communistes, parmi lesquels Arthur Dallidet et, sans doute Victor Michaut. Le Parti communiste propose :

1) Transformer le caractère de la guerre, en faire une guerre nationale pour l’indépendance et la liberté ; 2) Libérer les députés et les militants communistes ainsi que les dizaines de milliers d’ouvriers emprisonnés ou internés ; 3) Arrêter immédiatement les agents de l’ennemi qui grouillent dans les Chambres, dans les ministères, et jusque dans les états-majors, et leur appliquer un châtiment exemplaire ; 4) Ces premières mesures créeraient l’enthousiasme populaire et permettraient une levée en masse qu’il faut décréter sans délai ; 5) Il faut armer le peuple et faire de Paris une citadelle inexpugnable.

Il s’agit, en fait, du tout premier appel à la Résistance. On en trouve l’esprit – et parfois la lettre – dans les tracts clandestins que diffuse à l’époque le Parti communiste (il en existe des exemplaires au Musée de la Résistance nationale de Champigny).

Le témoignage de Mounette Dutilleul permet de se rendre compte que les propositions du Parti pour faire de Paris une « forteresse inexpugnable » sont dans la logique de positionnement du PCF. Contrairement à l’affaire de la demande de reparution légale de L’Humanité, qui est le fruit de la désorganisation du Parti, les propositions transmises par Politzer sont l’expression de la ligne politique.

« Parce que j’ai toujours pensé que cette lettre avait témoigné de la vigueur du Parti dans une époque de guerre et de répression difficile. Nous étions alors à Paris coupés de toutes liaisons avec nos camarades de Belgique, comme avec le Bureau de l’Internationale Communiste. Nous étions non seulement pourchassés mais encore à contre courant de l’opinion publique. Pourtant, comme nous disait Frachon, nous avions la chance, mûris à l’école du Parti, d’être assez forts, assez organisés, assez savants pour ne pas trébucher sur n’importe quoi ! Frachon, dans les circonstances les plus étonnantes, avait une réserve inépuisable d’enthousiasme. En vérité, la lettre du 6 juin, ne relevait ni de la « bombe » ni du « tournant ». Elle n’avait rien d’occasionnel. On en trouve témoignage dans les Humanités ronéotées de cette période. En avril 1940, il y a l’article de Maurice Thorez sur « les Pitt et Cobourg ». En mai 1940, avant que la demande de De Monzie nous parvienne, on écrit dans l’Humanité : « […] Pour sauver notre pays et notre peuple de la misère et de la mort […] Face à l’ennemi de l’intérieur et de l’extérieur (il faudra) agir à l’exemple des révolutionnaires de 1793 et des héroïques Communards de 1871. » Et puis, pour remonter aux sources déjà jaillies, l’Humanité saisie du 26 août 1939 ne titrait-elle pas sur toute sa largeur : « Union de la nation française contre l’agresseur hitlérien » ? En janvier 1936, le Parti à son congrès de Villeurbanne ne lançait-il pas l’idée de réconciliation nationale sur le plan de sauvetage du pays ? En adressant la lettre du 6 juin 1940 à De Monzie, Frachon poursuivait sur la lancée. Il ne pensait certainement pas détourner, d’un revers de manche, le cours de l’histoire. Il avait surtout le souci de ne pas perdre une occasion de faire entendre le Parti dans le pays. Il voulait ce qui reste de cette lettre : appeler à redonner à la guerre son contenu de guerre antihitlérienne. Les propositions avancées dans cette lettre étaient-elles prématurées ? N’étaient-elles qu’un coup de clairon ? Je ne l’ai pas pensé. Je ne le pense toujours pas. En tous cas, si coup de clairon cela était, il sonnait déjà le rassemblement pour un front national de libération. Il jetait de la semence de Résistance armée. A la fin de cet épisode, je m’aperçois que j’ai fait avec la lettre du 6 juin 1940 comme on fait avec l’Arlésienne. On en parle tout le temps, mais on ne la voit jamais. Ci-après donc le texte tel que Maurice Thorez le redonne dans son édition de 1960 de Fils du Peuple page 193, et qu’il présente ainsi : « Alors que la menace allemande sur Paris grandissait d’heure en heure, notre Comité Central faisait transmettre au gouvernement, le 6 juin, les propositions suivantes [cf. plus haut] Et Maurice Thorez termine : « Nous proposions au gouvernement l’armement du peuple et la lutte à outrance. Il répondit par la capitulation. » »

Tous les éléments suivants sont tirés du livre de Pierre Maury cité, sauf si la source est indiqué directement.

Le premier rapport du commandement militaire allemand en France (MBF) fait état de l’activité communiste en août 1940 : « La population ouvrière des centres industriels, des localités minières, des grands ports et celle qui donne le plus son aide aux communistes dès juillet 1940 (…) La tendance communiste prédomine. »

Le rapport du 1° août de l’officier allemand de renseignement constate « Qu’une activité politique digne d’être retenue n’est développée nulle part en zone occupée, si on fait abstraction du communiste de plus en plus notable. »

Le 9 septembre 1940, le chef de la Sicherheitspolizei (Gestapo) écrit que « les communistes favorisent en pratique l’ambiance anti-allemande. »

Début octobre 1940, le SS Sturmbahfuhrer Karl Bomelburg, chef de la Gestapo à Paris, signale à ses supérieurs le danger important auquel l’occupant est confronté : « Quoiqu’interdit, le Parti communiste est le seul des anciens partis qui déploie encore une forte activité (…) et ait les masses derrière lui, c’est pourquoi la question est sans doute la plus importante pour les autorités allemandes et françaises. »

Le 5 octobre 1940, un rapport de la police de Vichy fait état que : « Le communisme est devenu le symbole de l’indépendance nationale par contraste avec la résignation générale. »

Le 14 septembre 1940, le colonel SS Heydrich, chef nazi au plus haut niveau de la Gestapo note : « Aujourd’hui le PC est bien en France l’unique organisation qui est en position d’organiser le peuple qui cherche une issue politique. »

Le 24 janvier 1941, Knochen signale que le PCF « orchestre systématiquement ces manifestations… »

Le préfet du Finistère en avril 1941, dans son rapport mensuel daté du 4 avril remarque : « Parmi les adversaires de la Révolution Nationale on peut distinguer : 1°) les communistes qui sont aussi actifs qu’irréductibles… doivent être considéré comme rebelles à toute propagande… »

On peut aussi citer le journal réactionnaire d’Amiens, qui, en avril 1941 écrit : « Alors que sous le poid de la défaite, en passant par les radicaux, tous ont renoncé à l’activité collective, les communistes seuls ont maintenus l’organisation. »

Le 16 juin 1940, les communistes brestois constituent leur premier dépôt d’armes au Bouguen, provenant d’armes abandonnées par l’armée anglaise. Trois jours plus tard, l’armée allemande arrive à Brest !

Le 17 juin 1940, c’est avec un jour d’avance sur celui du général de Gaulle que Charles Tillon, chargé de réorganiser le Parti communiste dans le sud-ouest, un des dirigeants du PCF et futur chef des FTPF, lance un appel à la résistance contre « le fascisme hitlérien » :

Mais le peuple français ne veut pas de l’esclavage, de la misère et du fascisme, pas plus qu’il n’a voulu la guerre des capitalistes. Il est le nombre, uni, il sera la force… – Pour un gouvernement populaire, libérant les travailleurs, rétablissant la légalité du Parti communiste, luttant contre le fascisme hitlérien. Peuple des usines, des champs, des magasins et des bureaux, commerçants, artisans et intellectuels, soldats, marins et aviateurs encore sous les armes, unissez-vous dans l’action. »

Il publiera un second texte le 18 juillet 1940 le « Manifeste de Bordeaux », au nom du PCF, invitant « à l’union pour chasser à la fois les capitalistes, leur tourbe de valets et de traîtes, et les envahisseurs. »

En Bretagne, le communiste Auguste Havez (ancien secrétaire du groupe parlementaire communiste à la Chambre des députés) sera encore plus percutant, le 22 juin 1940 : « Il n’y aura pas de répit avant d’avoir bouté les bottes hitlériennes hors de notre pays. »

Début juillet 1940, en Bretagne, le député communiste Marcel Paul rédige lui aussi un appel : « Il ne faut pas désespérer, il ne faut en aucun cas aider l’ennemi… »

Le 19 juin 1940, des groupes de jeunes communistes coupent les fils téléphoniques de la Kommandantur.

A Rennes, le 19 juin 1940, le jour même de l’arrivée des allemands dans la ville, Louis Coquillet (responsable régional de la Jeunesse communiste) diffuse un appel à la lutte contre l’occupant.

Le 20 juin 1940 a lieu un des tous premiers sabotages importants effectués par un groupe communiste, celui des ateliers de Vauzelles, prêts à être livrés aux Allemands.

Ce même jour à Brest, c’est-à-dire au lendemain de l’arrivée des allemands, plusieurs réunions de militants communistes ont lieu, à la question de savoir : « « Que faire maintenant qu’ils sont là ? » Partout la même réponse : « continuer ! » »

C’est en septembre 1940 que Georges Politzer et Jacques Solomon rédigent un appel aux « travailleurs intellectuels ».

L’Humanité clandestine, numéro spéciale du 30 octobre 1940 titre : « Pour que la France soit aux Français, Femmes de France, unissez-vous. »

Le 10 septembre 1940, l’Humanité clandestine titre : « Le blé français doit nourrir les français. »

Le 26 septembre 1940, l’Humanité clandestine titre : « Le gouvernement de Vichy n’est pas un gouvernement français. »

Le 1° mai 1941, l’Humanité titre Vive le premier Mai ! et dénonce les allemands.

Le 20 mai 1941, on peut lire dans l’Humanité : « Le PCF s’adresse à tous ceux qui pensent français et veulent agir français… Dans ce Front national pour l’indépendance il y a de la place pour tous les français sauf les capitulards et les traîtres au service de l’envahisseur, pour que la France soit la France et ne devienne pas une colonie nazie, l’unité nationale doit se faire… contre les envahisseurs et les traîtres, contre le gouvernement de Vichy qui obéit aux ordres des occupants allemands. »

Le 26 mai 1941, on pouvait lire dans l’Humanité : « A bas l’antisémitisme : les gouvernements de Vichy ne sont que de plats valets d’Hitler. Obéissant aux directives de Berlin, ils ont fait arrêter plus de 5 000 juifs et les ont envoyés dans des camps de concentration. »

L’appel dit « du 10 juillet 1940 » de Maurice Thorez et de Jacques Duclos (les deux principaux dirigeants du PCF) qui, s’il n’est pas un appel à l’insurrection armée – en juillet 1940, il ne faut pas rêver ! – incite à créer un « front de la liberté, de l’indépendance et de la renaissance de la France », proclamant qu’« il n’y a de paix véritable que dans l’indépendance des peuples ». Ce texte, qui a été diffusé à 600 000 exemplaires, est très souvent cité comme témoignant de l’engagement précoce du PCF dans la Résistance, le plus souvent avec cette seule phrase : « Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves ». On retrouve aussi dans ce texte les phrases : « Mais le Peuple de France ne se laissera pas faire. A la ville, dans les campagnes, dans les usines, dans les casernes doit se le front des hommes libres contre la dictature des forbans. A la porte le gouvernement de Vichy ! A la porte le gouvernement des ploutocrates et des profiteurs de guerre ! (…)  Mais rien ne pourra empêcher que les comptes soient réglés et les masses laborieuses en demandant que LA France SOIT AUX FRANÇAIS expriment à la fois LA VOLONTÉ D’INDÉPENDANCE DE TOUT UN PEUPLE et sa ferme résolution de se débarrasser à tout jamais de ceux qui l’ont conduit à la catastrophe. (…) La France ne veut pas être mise au pas par les aventuriers de Vichy (…) CELA NE DOIT PAS ÊTRE ; CELA NE SERA PAS ! La France ne deviendra pas une sorte de pays colonisé, la France au passé si glorieux ne s’agenouillera pas devant une équipe de valets prête à toutes les besognes (…) La France doit se relever, elle se relèvera, il le faut, dans l’intérêt même de la fraternité des peuples, que, de toutes façons nous voulons (…) Et c’est seulement autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance et de courage, parce que l’avenir lui appartient; c’est seulement autour de la classe ouvrière guidée par le Parti Communiste, Parti de propreté, d’honneur et d’héroïsme, que peut se constituer LE FRONT DE LA LIBERTÉ, DE L’INDÉPENDANCE ET DE LA RENAISSANCE DE LA FRANCE. »

Ce texte dit-on était peu convaincant face à l’appel prophétique du Général De Gaulle. Daniel Cordier qui fut secrétaire de Jean Moulin souligne cependant que cet appel comparé au silence des républicains de tous bords eu le mérite de « briser le consensus béat et contrit qui s’établissait autour de Pétain et de son gouvernement ». Daniel Cordier affirme « qu’en appelant les Français à prendre leur destin à bras le corps, en livrant la bataille des revendications sociales, les communistes ont contribué à arracher les Français à leur apathie » en les dressant contre le « mea culpa » et les résignation générale prônée par Pétain.

Ce même-mois, un tract du PCF parait sous le titre : « La France ne sera pas fasciste ».

Fin août 1940, le Comité Central donne les directives de lutte : « Créez des groupes clandestins de trois camarades, des dizaines et des trentaines, partout ou c’est possible, dans les usines, les mines, les localités. Augmentez la propagande du Parti. La presse nationale ne suffit plus, chaque organisation, à tous les niveaux doit se doter de moyens de propagande. Il faut récupérer les armes abandonnées à la débâcle, les stocker en lieu sûr. Donnez une formation militaire aux militants pour organiser l’action directe et le sabotage. Préparez les planques pour les militants obligés de passer dans l’illégalité. Prendre contact avec les résistants isolés ou groupes structurés pour essayer de mettre sur pied un front uni résistant. »

Dés le mois d’août, le PCF dénonce la politique antisémite de Vichy et de l’occupant. Les tracts du PCF flétrissent les mesures raciales de l’Etat français (rapport du SS Sturmbanh-Fuhrer du 24 août 1940).

Des tracts du PCF ont été saisis comme : « L’antisémitisme arme de la réaction »… et « Vive l’union de la nation française »… furent des écrits de première importance, ils furent diffusés par le PCF pendant l’automne et l’hiver 1940.

En août 1940, à Lille, un groupe du PCF et des JC attaque un centre de la Propaganda-Staffel.

Le 9 novembre 1940, au Havre, un groupe de l’OS jette un Feldgendarme à la mer.

En novembre 1940, le PCF impulse l’action dans les syndicats clandestins de la région parisienne par l’intermédiaire d’André Tollet qui crée les GDS, des syndicats clandestins, dont les responsables dès leur création est Joseph Epstein et Henri Rol-Tanguy.

Même période, le PCF dénonce l’annexion de l’Alsace-Lorraine et élève : « une protestation véhémente contre cette annexion arbitrairement effectuée (…) et qui (…) voue au même mépris de tous les français (…) le gouvernement de Vichy, d’esclavage et de trahison qui laisse indexer l’Alsace sans dire un mot (…). »

En décembre 1940, l’annexion de l’Alsace-Lorraine est pratiquement terminé. Une nouvelle fois le PCF s’élève contre cette annexion, en particulier dans l’Humanité clandestine du 10 décembre.

La police de Vichy s’inquiète et signale que : « La propagande communiste est un danger sérieux pour la jeunesse. »

En automne 1940, les allemands recrutent des ouvriers volontaires pour l’Allemagne. Le PCF réagit et dénonce cette déportation déguisée qui vise à donner des bras à l’industrie de guerre allemande. En ce mois d’octobre 1940, on peut voir par exemple une manifestation organisée par le PCF à Saint-Denis (93) contre ce recrutement pour l’Allemagne. Un rapport de l’administration allemande d’octobre 1940 signale : « Des tracts communistes en Bretagne, contre le travail en Allemagne… »

Le 29 septembre 1940, le commissaire central adresse un rapport au préfet de l’aube : « Activité du Parti communiste, j’ai l’honneur de vous signaler d’après un renseignement recueilli de bonne source, que le Parti communiste aurait organisé le ramassage sur tout le territoire des armes abandonnées par l’armée française pour en constituer des dépôts clandestins qui seraient utilisés en prévision d’une attaque ultérieure. »

C’est en janvier 1941 que Georges Wodli, cheminot membre du Comité Central du PCF, revient en Alsace avec les directives du Comité Central dont l’objectif principal était de : « (…) rassembler ceux qui sont opposés à la destruction des libertés populaires en France, tous ceux qui se dressent contre le gouvernement de Vichy (…). Pour réaliser le front unique à la base et rassembler autour de la classe ouvrière et du Parti tous ceux qui veulent que la France soit LIBRE et INDÉPENDANTE et non réduite à l’esclavage et la vassalité. »

La déclaration officielle du Comité central, toujours avant la rupture du pacte germano-soviétique, le 15 mai 1941 : « Guidé par le souci exclusif de réaliser l’union de la nation pour la cause, sacrée entre toutes, de l’indépendance nationale, le Parti communiste français, mettant au-dessus de tout l’intérêt du pays, déclare solennellement qu’en vue d’aboutir à la création d’un large front de libération nationale, il est prêt à soutenir tout gouvernement français, toute organisation et tous les hommes dont les efforts seront orientés dans le sens d’une lutte véritable contre l’oppression nationale subie par la France, et contre les traîtres au service de l’envahisseur. »

Le Parti communiste français installe, à partir de juillet 1940, dans de nombreuses usines, des comités populaires dans le but d’obtenir de meilleures conditions de travail et des augmentations de salaires, de lutter contre les restrictions et de combattre l’influence des syndicats à la solde de Vichy. Ces comités donnent naissance, dans certaines entreprises, dès la fin 1940, à des groupes de destructions et de sabotages.

Par exemple, en octobre 1940, la délégation générale déclare : « A Boulogne-Billancourt, le comité populaire des usines Renault s’est doublé d’un comité des usines de Boulogne, sous prétexte de revendications diverses (salaires, congés payés, indemnités de toutes sortes). Le but de ce comité est de grouper le plus grand nombre d’ouvriers possibles sous l’égide du Parti communiste. »

Dès octobre 1940, la direction du P.C.F. met en place des « groupes spéciaux » (appelés « groupes de choc » par la Gestapo (cf le rapport de la Gestapo du 24 février 1941)) que l’on appelle aussi « groupes O.S. », constitués au départ d’éléments aguerris pour effectuer un certain nombre de tâches relevant du service d’ordre et des coups de main : récupération d’armes, d’explosifs, actions de sabotage contre les installations militaires allemandes, intimidation des traîtres, protection des militants qui prennent la parole sur les marchés, distribuent des tracts, collent des affiches, des papillons, participent à des manifestations patriotiques… Après la Libération, l’Organisation Spéciale a été reconnue, à partir d’octobre 1940, comme « unité combattante » par le Ministère de la guerre.

Concernant l’OS, voici un texte (tiré de Les chroniques de la Résistance) intéressant : « [Jean Chaumeil] raconte : « Dans le courant du mois de septembre 1940, nous avons commencé à recevoir comme directive de choisir les meilleurs camarades du Parti afin de constituer des groupes de l’OS… Qu’était-ce dons que l’OS ? Dès que ces deux lettres ont été connues, les journalistes collaborateurs ont prétendu qu’OS signifiait « Organisation soviétique »… En réalité, ça voulait, bien sûr, dire « Organisation spéciale »…Les groupes de l’OS que nous avons donc ainsi commencé à constituer avaient pour missiond’assurer leprotection des militants et le châtiment des traîtres, mais aussi d’entraîner les hommes aux futurs combats armés, de chercher des armes, de constituer des dépôts d’armes, de se préparer à s’en serviret puis, en attendant, de s’exercer par le sabotage des lignes téléphoniques allemandes, des poteaux indicateurs bilingues, par la destruction dans les usines de tout ce qui pouvait être détruit pour saper la production… Dans la banlieue Est de Paris, notre premier groupe OS a été constitué par cinq ou six camarades que dirigeait, tout d’abord, un militant d’origine serbe, le camarade Henri Coli. La première mission que ce groupe a eu à remplir fut de détruire, place Carnot, à Romainville, tous les panneaux indicateurs que les Allemands avaient installés dans toutes les directions afin d’orienter leurs convois vers Paris ou vers l’Est. A la Kommandantur de Montreuil, ils ont piqué une rage terrible quand ils se sont rendu compte qu’on avait détruit ces panneaux et ils ont même menacé de prendre des otages. En fait, ce fut un premier coup porté à l’ennemi. On en parla beaucoup dans la population et il exalta l’ensemble de nos camarades en nous permettant même de créer immédiatement d’autres groupes de l’OS pour notre région de Paris-Est… » (…) A Brest, nous dit [Eugène] Kerbaul, le premier sabotage communiste date de novembre 1940. C’est celui d’une locomotive. Dans la ville, alors, les gens ressentaient beaucoup le manque de beurre et de pommes de terre. D’autant plus que, tous les jours, ils en voyait partir pour l’Allemagne. C’est pourquoi ce premier sabotage qui visait la locomotive d’un train transportant des pommes de terre en Allemagne a eu immédiatement une répercussion extraordinaire. (…) [Maintenant, un commentaire de Madeleine Riffaud] : · »Une nuit de l’automne 1940, alors que sur le Nord (…) plane un silence terrible, soudain, des explosions. Une flamme éclatante, véritable aurore boréale, éclaire le pays minier du haut du plateau de Vimy (…) Hapiot, glorieux combattant des Brigades internationales (…) et Georges Capel, supérieur direct de Charles Debarge, ont incendié sur les hauteurs un parc de voitures allemandes… » Ces exemples sont caractéristiques de l’effet psychologique, et donc politique, que produisent les sabotages, dès les premiers mois de l’Occupation. Mais ces exemples ont aussi intéressants pour ce qui est de l’évolution même du nombre et de la nature de ces sabotages. En effet, si les câbles coupés sont largement majoritaires dans la toute première période, les voies ferrées endommagées vont vite les rejoindre avant de les dépasser. Cette évolution marquera d’ailleurs une aggravation de la lutte puisque, d’une part, les sabotages ferroviaires auront des conséquences plus directement sensibles sur le fonctionnement même de la machine de guerre allemande et que, d’autre part, alors qu’il n’y a pas besoin d’être postier pour sectionner un fil téléphonique, il est difficile de perturber la circulation des trains sans l’aide d’aucun cheminot et que ce seront les cheminots eux-mêmes qui mèneront la « bataille du rail »… Mais n’anticipons pas… Pour le moment, bornons-nous à noter avec Joseph Jacquet, auteur de Les cheminots dans l’histoire sociale de la France, que « les actes de sabotage des voies ferrées qui ont débuté par celui du 16 juillet 1940 près d’Epernay » vont se multiplier. « Dès lors, ajoute le même auteur, lentement au début, car il faut s’armer, s’approvisionner en explosifs, apprendre à choisir les lieux les plus propices, puis de plus en plus rapidement, l’action de sabotage se développe sur les lignes comme dans les dépôts ; c’est le 20 juillet 1940 au dépôt de La Plaine qu’une locomotive tombe dans la fosse de la plaque tournante. » (…). [3] »

Le 11 décembre 1940, les premiers groupes de l’O.S. dirigés par Jean Mahon, Chalon et Grillot, font dérailler un train de marchandise entre le poste 2 de Perrigny et le poste 2 de Longvic, détruisant quatre citernes de vin destiné aux Allemands et coupant la voie pendant 14 heures. Albert Ouzoulias mentionne encore deux autres déraillements, les 3 et 13 janvier 1941, puis, « de janvier à juin 1941, ces mêmes groupes (réalisent) des récupérations d’armes et d’explosifs, la remise en état des armes et la fabrication d’engins dans les ateliers du dépôt. » De septembre au 15 octobre, avec un effectif de 24 hommes, le groupe OS FTPF s’attaque aux locomotives par sablage des boîtes à huile.
La police militaire allemande soupçonne Jean Mahon, Jean Bouscand et Gabriel Lejard de coordonner les opérations de sabotage au dépôt de Perrigny, mais n’en possède pas de preuves.
À la fin juin 1941, tous les responsables communistes Côte-d’Oriens connus sont arrêtés.

Quelques actions de l’OS/BJ en 1940-1941.

Le 14 août 1940 : un groupe spécial du PCF abat un soldat allemand sur le port de Royan, acion probablement organisé par Charles Tillon.

Le 9 novembre 1940, au Havre, un soldat allemand est jeté à la mer par un groupe de l’OS.

Même mois de la même année : l’OS montre son efficacité en détruisant un char allemand à Wandignie-Hamage dans le Nord.

Même période : Un groupe de l’OS incendie un parc de camion allemand à Vimy dans le Pas-de-Calais.

Le 3 janvier 1941 : L’OS fait dérailler un train de marchandises allemand, près de Perigny en Côte-d’Or.

Le 13 de ce mois : L’OS recommence à Perigny.

Toujours en janvier : L’OS sabote des lignes à haute tensions à Vauzelles, et encore au Havre, à Brest, en région parisienne.

Février 1941 : l’OS sabote les lignes à haute tension de Pont-Saint-Ours et de Puy-De-Dôme.

Le 27 février 1941, un soldat allemand est retrouvé dans le canal de Saint-Denis (OS).

Vers le 10 mars 1941, un groupe de l’OS abat trois soldats allemands au port de commerce de Brest.

Toujours en mars : l’OS incendie douze wagons allemands à Champigny-sur-Marne. Elle sabote le réseau à haute-tension de Saint-Eloi.

Le 16 mars : l’OS incendie un moulin au service de l’ennemi, à Mantes-la-Ville, Yvelines.

Le 17 avril : l’OS sectionne les câbles téléphoniques de la Kommandantur du Havre.

Le 20 avril 1941, un cheminot allemand est abattu par les Bataillons de la Jeunesse (en quelque sorte la jeunesse de l’OS).

Le 30 avril 1941, un sous-officier allemand est abattu à Lambersard (Nord) par un groupe OS/BJ.

Le 1° mai : l’OS fait sauter les permanences des nazis français à Angers.

Le 5 mai : l’OS incendie les entrepôts Damoy à Vitry.

Encore en mai, l’OS détruit un parc à voitures allemands à Saint-Die dans les Vosges.

Courant juin 1941 : l’OS incendie un parc de camions allemands à Vincennes.

Le 28 juillet 1941, deux officiers nazis sont abattus à Lille par un groupe OS/BJ.

Le 8 août 1941, porte d’Orléans à Paris, un officier allemand un abattu par des jeunes communistes. (Le Berre et Manuel)

Le 14 août 1941, les BJ détruisent l’usine Les Isolants de Vitry qui travaillait pour les allemands.

Le 21 août 1941 : Charlet (OS) est arrêté dans le Douaisis (Nord) et tente de s’évader un abattant le chauffeur, l’interprète allemand et en blessant un Feldgendarme.

Le 28 août 1941, un groupe de l’OS incendie des camions allemands rue de la plaine, dans le 20°.

On le voit, les groupes armés communistes ont commencé bien tôt à attaquer l’intégrité physique des troupes hitlériennes. Et encore ceci ne tient pas compte des pertes nazies subies lors des déraillements de trains allemands ou lors d’attaques de convois motorisés comme à Périgny en Côte-d’Or le 3 et le 13 juillet 1941, le même mois entre Arras et Vimy, le 16 juillet près d’Epinay ou bien d’un convoi motorisé en novembre 1940 à Wandignie (Nord)…

Maurice Thorez, le secrétaire général du PCF est parti à Moscou pour des raisons de sécurité… en mars 1941, depuis Moscou il rédige un appel aux français intitulé :Sur la défaite de la France : « Le premier objectif de notre peuple, c’est sa libération nationale (…) Les communistes s’adressent à tous les français qui placent avant toute autre préoccupation l’indépendance de notre peuple et qui sont décidés à lutter dans ce but. Nous apellons à l’union et à l’action des travailleurs socialistes et radicaux… Nous appelons à l’action les travailleurs catholiques… Le Parti communiste de France, sûr de l’avenir qu’est capable de réaliser la puissance irrésistible des forces vives populaires, appelle à la classe ouvrière, le peuple de France à s’unir sur ce programme d’action. Il les appelle en créant leur unité à refaire : LA FRANCE LIBRE ET INDIVISBLE.

Le Parti communiste de France. »

En novembre 1940, les communistes Elie Péju et Jean-Jacques Soudeille fondent avec deux autres personnes le mouvement de Résistance Franc-Tireur, le mouvement fusionnera avec Libération-Sud et Combat pour donner les Mouvements unis de la Résistance (MUR).

« La Jeunesse Communiste toulousaine se réunissait chaque dimanche matin sous le couvert des Amis de l’Union soviétique […] C’est au cours de l’une de ces réunions que les jeunes communistes ont préparé la visite de Pétain à Toulouse le 6 novembre 1940. Nous avons lancé depuis plusieurs fenêtres de la rue d’Alsace des tracts antivichystes et antinazis. Cela a eu un écho formidable. Une foule immense attendait Pétain. Quand les tracts sont tombés sur le sol, beaucoup de gens les ont ramassés et les ont glissés dans leurs poches. Il n’y avait pas de directives précises. L’idée est venue de nous mêmes, entre copains de la JC. Nous nous sommes dit : on ne peut pas laisser venir Pétain sans rien faire. Puis l’engagement s’est poursuivi selon les affinités de chacun, de façon très individualisée localement. » (Georges Séguy, ancien Résistant, lors d’un entretien avec Jean-Paul Piérot)

Le 18 novembre 1940, les jeunes communistes de Lyon font la même opération pour les mêmes raisons. En décembre 1940, à Marseille, mêmes personnes (les JC), même opérations, mêmes raisons.

Rappelons aussi qu’au mois d’août 1940, dans La Relève, journal évidemment clandestin de l’Union des étudiants et lycéens communistes (UELC), on pouvait lire : « Étudiants, vous ne permettrez pas qu’un régime de dictature et d’oppression vous ôte toutes vos libertés et étouffe la pensée française ! Étudiants, lycéens de France ! Unissez-vous pour la défense de vos droits de jeunes et d’intellectuels ! Unissez-vous pour réaliser avec le peuple de France le front de la Liberté, du travail et de l’indépendance de la France ! »

Lorsque Paul Langevin (un antifasciste, physicien de renommée mondiale) est arrêté en octobre 1940 par la Gestapo, l’UELC (l’Union des étudiants et lycéens communistes) publie et diffuse très largement un tract où l’on peut lire : « L’arrestation du professeur Langevin est le signal de la lutte ouverte des puissances obscurantistes contre la culture et la pensée libre… Aujourd’hui, le vieux Pétain, Laval, Ripert et leur bande, avec la complicité des troupes allemandes, ne cachent pas leur dessein d’asservissement intellectuel de la France en même temps qu’ils livrent notre pays, économiquement, à l’impérialisme étranger […]. Alertez vos camarades, vos professeurs ! Exigez la libération immédiate du professeur Langevin !

Le soir du 8 novembre, la direction de l’Union des étudiants et lycéens communistes (UELC) se réunit en présence d’un représentant du PCF, Maurice Berlemont, pour préparer la manifestation communiste du 11 novembre 1940 (la grande et première manifestation antinazie, qui a eu lieu à Paris).

Le même 8 novembre, les communistes François Lescure, secrétaire national de l’UEC (Union des Etudiants Communistes) clandestine, Danielle Casanova, secrétaire générale de l’UJFF et Francis Cohen, organisent une manifestation devant le Collège de France, où Paul Langevin enseignait.

Un mois plus tôt, vingt et un étudiants communistes avaient été arrêtés. Ils seront jugés le 1er mars 1941, puis, après appel, condamnés, en mai, à différentes peines de prison. Parmi eux, Claude Lalet. Après dix mois de prison, il ne sera pas remis en liberté, mais expédié comme otage dans le camp de Chateaubriand. Il y sera fusillé, le 22 octobre 1941, avec vingt-six autres. Dont Guy Môquet. Arrêté un an auparavant, en octobre 1940, le fils du député déporté Prosper Môquet n’avait pu prendre part à l’action du 11 novembre. Une date qu’en zone interdite, 35 % des mineurs du bassin houiller du Nord – Pas-de-Calais célébrèrent en débrayant. On leur retint, dit-on, pour leur peine, deux jours de salaire. Mais, du 27 mai au 10 juin 1941, ils n’en menèrent pas moins leur grande grève patriotique, lancée notamment sous l’impulsion d’Auguste Lecour. Et le combat partout s’intensifia.

Fin mai – début juin 1941, le PCF organise, dans le Nord et le Pas-de-Calais une grève qui rassemble 100 000 mineurs et prive les nazis d’une partie du charbon produit. Plus de 200 mineurs sont déportés. Cette grève a fait perdre 510 000 tonnes de houille et 54 630 tonnes de fer à l’occupant. Le Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France, qui deviendra membre du Conseil National de la Résistance (CNR) et l’un des plus gros mouvements de la Résistance française (voir LE plus gros), a été crée en mai 1941 par le PCF, plus d’un mois avant l’invasion de l’URSS.

Le 20 mai 1941, on peut lire dans l’Humanité : « Le PCF s’adresse à tous ceux qui pensent français et veulent agir français… Dans ce Front national pour l’indépendance il y a de la place pour tous les français sauf les capitulards et les traîtres au service de l’envahisseur, pour que la France soit la France et ne devienne pas une colonie nazie, l’unité nationale doit se faire… contre les envahisseurs et les traîtres, contre le gouvernement de Vichy qui obéit aux ordres des occupants allemands.

En août 1941, le rapport du MBF (commandement militaire allemand en France) note : « L’appel pour la formation d’un Front National a été distribué en grande quantité.

Pour citer un particulier, Georges Guingouin, souvent présenté par les historiens comme le « premier maquisard de France », il était secrétaire local du PCF et chef du plus gros maquis de France, celui du Limousin.

Tout le renseignement gaulliste du tournant de 1940 rend le même son, supputant « que les communistes gagnent du terrain en zone occupée par suite de leur attitude antiallemande ». En octobre 1940, l’Abwehr signala la distribution de « tracts communistes […] de caractère très anglophile » par deux communistes de Forges-les-Bains : ils sont probablement, commenta-t-elle, « payés par les Anglais, qui font distribuer leur matériel de propagande par les communistes ». La presse collaborationniste dénonçait régulièrement, telle L’Oeuvre du 28 décembre 1940, la communauté de vues croissante entre « gaullistes anglophiles » et communistes. L’avance communiste en la matière inquiéta d’ailleurs précocement (et durablement), Henry Hauck, le conseiller du Travail de De Gaulle, socialiste champion des cégétistes confédérés qui rêvait de donner à celui-ci une assise à la fois populaire (qui lui manquait) et anticommuniste (objectif évidemment plus aisé). « Les communistes », rapporta-t-il en avril 1941, « luttent de leur côté contre les Allemands et contre Vichy, et des arrestations nombreuses ont été opérées dans leurs rangs, soit en zone occupée, soit en zone non occupée. Le problème semble être pour nous d’éviter que leur influence, médiocre pour l’instant, ne s’accroisse. ».

Voici trois passages – choisis au hasard – d’un discours d’Anne Lacroix-Riz sur le PCF entre juin 1940 et juin 1941, historienne française, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris VII, agrégée d’histoire, docteur és Lettres, spécialiste de la Collaboration, de l’Allemagne nazie et du Régime de Vichy :

« Entre « juillet 1940 » et la fin de 1941, les rapports hebdomadaires consacrés aux arrestations pour « menées communistes » ou « propagande communiste » emplissent de 9 à 16 p., précises et alertes sur les « prises ». Ceux qui recensent les arrestations pour « propagande gaulliste » (incluant tous les résistants non-communistes) occupent en général 1 p., très rarement 2, une fois seulement 10, le 11 août 1941 ; ils relèvent un nombre modeste d’arrestations, aucune certaines semaines, jamais plus de 23 – niveau unique et exceptionnel du dernier rapport cité -, l’éventail s’étirant de 0 à 10 : en moyenne 45 communistes par semaine « depuis juillet 1940 », et sur la base des seuls rapports hebdomadaires – je n’ai pas trouvé de document sur les arrestations totales de gaullistes – 2 à 3 pour les gaullistes.

Le rapport Cerny relève que « vers le début de septembre [1940] […] eurent lieu des manifestations communistes devant les mairies de banlieue exigeant le retour des municipalités dissoutes. Ces manifestations furent réprimées par la garde mobile et la police françaises avec l’autorisation des Allemands [4] (…) Le dernier rapport de la Préfecture de police destiné aux Allemands rédigé avant le lancement de l’opération Barbarossa, qui se flattait d’avoir procédé « depuis juillet 1940 » à un total de 2 411 arrestations, constata : « la propagande communiste attaque de plus en plus durement les autorités d’occupation et la “collaboration”, coïncide avec la propagande “gaulliste”, traite le gouvernement français d’“instrument dans les mains de l’impérialisme allemand” » et veut « convaincre la population que cette politique est particulièrement dirigée contre les travailleurs » [5] (…) Si l’on se fie aux deux premières années de la répression – le dernier rapport hebdomadaire de la Préfecture de police des volumes consultés date du 26 mai 1942 –, la police parisienne avait « depuis juillet 1940 » arrêté près de 2 500 militants communistes par an (2 411 avant Barbarossa, 4 461 au tournant d’avril 1942). Chiffres qui confirment que juin 1941 ne constitue pas une césure aussi décisive qu’on l’affirme : en tout cas, puisqu’il est exclu que l’association policière franco-allemande ait été plus clémente pour les communistes après le 22 juin 1941, ces chiffres prouvent qu’il n’y eut pas rupture du point de vue des forces de répression. [6] »

Voici des extraits de La Gestapo contre le Parti communiste, rapports sur l’activité du PCF, décembre 1940-juin 1941 publié en 1984 aux éditions Messidor. Dans la préface de l’ouvrage on peut lire page 30 :

« Une attention particulière est portée à ce qui constitue une menace directe pour l’occupant : les sabotages, dont il est dit que « la participation de communistes à de telles actions a pu être prouvée sans contestation possible » » ; l’action de démoralisation entreprise dans la Wehrmacht, et qui apparaît d’autant plus préoccupante qu’elle bénéficie d’appuis chez les Allemands, parmi les « anciens communistes ». Là encore, la Gestapo a tendance à grossir les faits, à la mesure de sa hargne (ne combat-elle pas le Parti communiste allemand depuis huit ans ?). Mais c’est effectivement à ce moment que se met en place le TA (Travail allemand) impulsé par les partis communistes français et allemand, et dont l’action à l’intérieur de l’armée allemande ne cessera de se développer. »

Dans un rapport de la Gestapo du 14 janvier 1941, l’auteur précise certains faits : Dans le département de la Saône-et-Loire, 3 personnes, et 5 dans le département de la Nièvre ont été appréhendées récemment pour activité clandestine de propagande communiste. A Saint-Viet, près de Besançon, plusieurs communistes ont été arrêtés pour s’être comportés de façon provocante vis-à-vis de personnels de la Wehrmacht, avoir chanté des chansons communistes subversives, et avoir fait montre d’une attitude de défi. Dans une autre localité, aux environs de Montbéliard, on a arrêté un homme qui avait tiré deux coups de pistolet contre des Allemands appartenant à la Wehrmacht. »

Dans un rapport de la Gestapo du 30 janvier 1941, j’ai retenu le passage suivant : « Le PCF illégal a consacré une attention particulière à l’acquisition d’armes et d’explosifs ainsi qu’a la mise en place de dépôts d’armes secrets. Il n’y a aucun doute qu’ils disposent d’un certain nombre de dépôts d’armes et d’explosifs. Il lui a été extrêmement facile de se procurer le matériel correspondant lors de l’effondrement militaire général de juin 1940. Mais dans cette opération, on a agi avec la plus grande prudence, les dépôts d’armes ne doivent en aucun cas se trouver dans les maisons de membres du parti, mais on a, à cet effet, recherché des endroits qu’il n’est pas facile de découvrir. En particulier, on a utilisé des souterrains situés à l’écart, aménagés et camouflés spécialement dans ce but. De fait, on a pas réussi jusqu’ici à découvrir des cachettes de ce genre. Dans un cas, dans le midi de la France, dans le département du Gard, on a trouvé chez des communistes 36 détonateurs et 3 pains de dynamite, dans un autre cas, quelques pistolets et quelques fusils.

De même, on a entrepris la constitution de groupes de choc communiste, unités militaires prévues pour le soulèvement armé et la guerre civile. Pour l’instant, voici quelles seraient leurs fonctions :

1) Police du parti, enquêtes auprès de tous les membres suspects dont on a quelque lieu de craindre qu’ils aient fait des déclarations à la police sur le PCF ou trahi leurs camarades ;

2) Surveillance de la propagande, de la distribution des tracts et du collage de papillons ;

3) Protection des groupes de propagande particuliers.

Pour ces diverses tâches, sont mis en place des équipes particulièrement entraînées, appelée « Équipes spéciales » [7] qui sont totalement responsables de l’exécution de l’action entreprise et de sa protection. »

____________________________________________________________________________________________

« La plupart des fusillés sont en prison ou au camp depuis un an, parfois plus. Et certains aujourd’hui ont l’audace de prétendre que les communistes ont commencé la Résistance en juin 1941 ! Ceux que nous pleurons seraient vivants s’il en avait été ainsi. Dire ou écrire ces infamies, c’est cracher sur les tombes des martyrs de Châteaubriant et de beaucoup d’autres lieux de la Résistance. » (Albert Ouzoulias, Les Fils de la Nuit, Grasset, 1975, p. 188-189)

« Mais si Hitler malgré tout, déclenche la guerre, alors qu’il sache bien qu’il trouvera devant lui le peuple de France uni, les communistes au premier rang, pour défendre la sécurité du pays, la liberté et l’indépendance des peuples. » (Maurice Thorez, le 25 août 1939 au Parlement)

« C’est tout du même tonneau dans cette émission : éviter d’avoir à faire connaître le rôle qu’ont joué les communistes dès l’entrée des armées nazies en France. C’était aussi une façon d’éviter d’avoir à évoquer le rôle important des communistes juifs de la MOI (Main-d’oeuvre immigrée) dès le début de la guerre. Ils en ont payé le prix fort. Ce documentaire, tout à fait dans la ligne des campagnes qui ont visé à minimiser la résistance des communistes depuis de longues années, les reprend à son compte en la faisant partir de l’invasion hitlérienne de l’URSS. Je ne sache pas qu’il y ait eu un seul autre parti, en tant que tel, qui se soit engagé comme l’a fait le PCF. » (Max Weinstein, ancien résistant de l’Union de la Jeunesse Juive, le 28 février 2008)

« Je pense que c’est faire un injuste procès à un grand nombre de résistants et de faire insulte à de nombreux morts communistes que de propager cette idée reçue selon laquelle la résistance n’aurait commencé pour le Parti communiste qu’au lendemain de l’agression contre l’URSS. » (Henri Noguères, ancien résistant du Comité d’Action Socialiste et historien, dans son livre La vie quotidienne des résistants de l’Armistice à la libération)

« Dès la fin juillet 1940, le doute n’est plus permis quant à la volonté de l’immense majorité des communistes de combattre sans attendre, l’occupant hitlérien. » (Pierre Maury, in La Résistance communiste en France, éd. Le Temps des Cerises, 2006)

« Le communisme, encore, qui te fait choisir d’entrer dans la Résistance après la défaite de juin 1940. Et lorsque Pétain décide de signer « l’armistice » et de collaborer avec Hitler, c’est encore la fougue du jeune militant qui te fait saboter ton avion pour qu’il ne serve pas à l’occupant. Dans ce gigantesque effondrement de civilisation que fut cette guerre, tu as été de ceux qui choisirent au contraire de se battre (pour beaucoup de mourir) contre la barbarie, pour une société et un monde qui serait encore meilleur après la libération qu’au moment du Front Populaire. C’est cette foi inébranlable en ces idéaux qui te poussa à combattre dans les maquis, jusqu’à devenir l’un des commandants des FTP du Vaucluse, sous la direction d’un de tes vieux amis et Compagnon de la Libération, Louis Blésy. « Résistant, parce que communiste » disais-tu… » (Diego Chauvet lors d’un entretien avec l’ancien résistant René Gilli (Le Patriote du 21 mars 2008))

Notes :

[1] : Jacques DUCLOS, Mémoires, édition Fayard, 1970.
[2] : Roger BOURDERON et Germaine WILLIARD, La France dans la tourmente, 1939-1944, éditions sociales, 1982.
[3] : Alain GUERIN, Chronique de la Résistance, éditions Omnibus, 2000 (également éditée en 1972-1976 par le Livre-Club Diderot).
[4] : Rapport Cerny, février 1941, Londres-Alger, vol. 300.
[5] : Extrait du rapport du MBF à l’Ambassade d’Allemagne à Paris, 4 octobre 40, souligné dans le texte, AJ 40, vol. 882 , dossier 1.
[6] : Anne Lacroix-Riz : http://www.historiographie.info/menu.html

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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 06:24

C'est dans le Canard Enchaîné, la semaine dernière, sous un titre potache qui masque l'intérêt et la gravité du contenu: 

 

Huy et non 

Il faut les imaginer, le 14 juin 1941, le dos courbé, grimper la pente abrupte à travers les broussailles, par colonnes de deux, sous les cris des SS et la menace de leurs armes. Tous mineurs de fond du Nord-Pas-de-Calais, tous communistes. 

Et tous grévistes contre les nazis. Ils sont 273 à avoir été déportés au fort de Huy, en Belgique.

Deux cent quarante-quatre périront, assassinés, au camp de Sachsenhausen. 

Héros oubliés

En dépit de ce que cette grève eut d'extraordinaire, dans tous les sens du terme, elle reste confidentielle, quasi inconnue. Ahurissant, quand, soutenus par les femmes des corons, 100 000 mineurs refusèrent, du 27 mai au 9 juin 1941, d'extraire le charbon destiné à l'Allemagne. 

C'est pour célébrer ces héros oubliés que Christian Champiré, le maire communiste de Grenay (Pas-de-Calais) organisait le 27 juillet, comme l'an dernier, une virée en car à Huy. 

"Nous ignorions aussi tout de cette grève et de ses suites dans notre ville, c'est vous qui nous l'avez apprise", a raconté le premier échevin du bourgmestre en recevant la troupe, d'environ 60 personnes. Parmi elles, Guy Patin, dont le grand-père, déporté à Huy, est mort à Sachsenhausen. Paralysé des jambes, Guy a parcouru, il y a trois ans, en chaise roulante, les 2 000 kilomètres séparant son Pas-de-Calais du camp de la mort, en passant par Huy. 

"Ils étaient des héros, qui se sont battus pour la liberté, déclare le maire de Grenay. Les mouvements sociaux sont souvent précurseurs, à l'avant-garde des luttes et de la résistance...". 

Appuyé sur sa canne blanche, l'historien Pierre Outerryck étreint Pierrot Rebouillat dont le père, François, résistant en 1941, gréviste en 1948, fut dégradé par l'armée et récemment réhabilité par François Hollande. "Il est temps que l'histoire de cette grève soit enseignée dans nos écoles..."

Pour tous les descendants des grévistes, la réponse est Huy. 

D.S

Le Canard Enchaîné, 2 août 2017 

 

La France travaille, photographie de François Kollar représentant l’acheminement du charbon vers le triage aux mines de Lens (Pas-de-Calais), durant les années trente. Photo : François Kollar/bibliothèque Forney/Roger-Viollet

La France travaille, photographie de François Kollar représentant l’acheminement du charbon vers le triage aux mines de Lens (Pas-de-Calais), durant les années trente. Photo : François Kollar/bibliothèque Forney/Roger-Viollet

Le scandale de la grève oubliée des mineurs de mai-juin 1941
HISTORIEN PIERRE OUTTERYCK,
VENDREDI, 27 MAI, 2016
L'HUMANITÉ
 

Au printemps 1941, les mineurs du Nord-Pas-de-Calais se mettent en grève. Un acte de résistance fondateur. Fruit d’une mobilisation animée par les communistes. Avec l’aide de la police française et des compagnies des mines, la Feldgendarmerie mène une répression féroce.

Novembre 2014 : sous l’impulsion de Christiane Taubira, garde des Sceaux, l’Assemblée nationale décide de valoriser les engagements et les valeurs des « gueules noires » lors des grèves de 1941, 1948 et 1952. Une commission est pour cela créée. Présidée par le maire de Grenay (Pas-de-Calais), Christian Champiré, elle prendra le nom de « Norbert Gilmez », héros de la lutte opiniâtre des mineurs, victime de la répression lors des grèves de 1948.

Le 27 mai 1941, au matin, le jeune militant syndicaliste et communiste Michel Brûlé fait stopper les compresseurs à la fosse du Dahomey de Montigny-en-Gohelle. Immédiatement, les marteaux-piqueurs s’arrêtent ; les abatteurs relèvent la tête… Puis des cris, l’Internationale, chantée au fond de la mine à gorge déployée, brise le silence. La grève vient de commencer ! Elle durera quinze jours et rassemblera de Bruay-sur-l’Escaut à Bruay-en-Artois, sur les 120 km du sillon minier, plus de 100 000 mineurs. Ce fut la plus importante grève dans l’Europe occupée.

En effet, depuis juin 1940, le nord de la France est occupé par la Wehrmacht. Le Nord-Pas-de-Calais et les Ardennes, devenus Zone interdite, sont directement administrés par les Allemands depuis Bruxelles (Oberfeldkommandantur), même si préfets, sous-préfets et administrations dépendant de Vichy demeurent présents. En juillet 1940, le directeur des mines de Lens est chargé par les Allemands de coordonner l’activité des différentes concessions et d’organiser le pillage du charbon extrait au profit de l’occupant.

En cet été 1940, le chômage est prégnant, la misère est importante, la classe ouvrière est fortement désorganisée après les vagues de répression de l’hiver 1938-1939, puis de septembre et octobre 1939, la mobilisation et l’évacuation devant l’avancée de la Wehrmacht n’ont fait qu’aggraver cette désorganisation. Pourtant, dans le bassin minier, des responsables syndicaux, des délégués mineurs et élus communistes déchus de leurs mandats demeurent sur le terrain. Ils deviendront les pivots d’une Résistance populaire qui, très vite, va naître.

En août 1940, Martha Desrumaux, dirigeante du PCF, réunit clandestinement plusieurs responsables communistes dans le Douaisis. L’objectif est clair : organiser la lutte des mineurs. En effet, le charbon était le pain de l’industrie. Malgré peurs et répressions, la corporation minière, forte de son expérience revendicative, pouvait être mobilisée. Ainsi, dès ce mois d’août, un cahier de revendications est rédigé, susceptible de remobiliser la corporation minière et les populations du bassin minier. Vingt mille exemplaires seront tirés clandestinement. Quinze mille parviendront dans les corons et les fosses. Le retour fin octobre 1940 du dirigeant Auguste Lecœur dans le Pas-de-Calais va accélérer la mobilisation.

Dès septembre 1940, des débrayages avaient eu lieu à la fosse du Dahomey après la mort d’un galibot ; le 11 Novembre est fêté dans le Douaisis. En janvier 1941, la compagnie de l’Escarpelle est en grève : les mineurs refusent l’allongement de la journée de travail sans augmentation de salaire. En février, des débrayages touchent les fosses autour de Lens. Le 1er mai 1941, drapeaux rouges et tricolores pavoisent terrils et chevalements ; faucilles, marteaux et croix de Lorraine ornent les murs… Le 27 mai 1941, c’est la grève ! 100 000 mineurs sur les 143 000 recensés arrêtent le travail.

Elle durera quinze jours. « Tout est calme », signalent les directeurs de compagnie. Refusant toute provocation, évitant d’occuper les carreaux et l’entrée des fosses, les mineurs restent dans les corons. Ce sont leurs femmes qui interpellent les « jaunes » à la sortie des cités pour les inciter à refuser le travail. Très vite, la grève est connue dans l’agglomération lilloise, où chaque matin des femmes venues des mines travaillent dans les filatures… Déjà le charbon manque et la production électrique est restreinte.

Le 4 juin, des centaines de femmes manifestent à Liévin, Sallaumines, Lens et Harnes. Police et gendarmeries françaises sont submergées. L’armée allemande doit intervenir. La répression commence. La Feldgendarmerie utilise des listes de « rouges » remises par les commissariats et les compagnies des mines. Plusieurs centaines de mineurs sont arrêtés et emprisonnés à Lille, Béthune, Douai et Valenciennes.

Le 13 juin, 273 mineurs sont déportés à la citadelle de Huy en Belgique. Le 23 juillet, 244 d’entre eux partent pour le sinistre camp de concentration de Sachsenhausen, le camp modèle des nazis. Cent trente-six mineurs n’en reviendront pas.

Cinq cent mille tonnes de charbon ne seront pas extraites durant cette grève. Après la répression, pour calmer les esprits, les autorités d’occupation décident une légère augmentation des salaires, des rations de viande et de savon supplémentaires ainsi que des vêtements de travail.

Mais cette grève du 27 mai au 9 juin 1941 témoigne de la capacité de la classe ouvrière et du peuple à refuser la violence de l’exploitation et la soumission à l’occupant.

 

Les mineurs à l’honneur ! 

Henri Martel, un mineur syndicaliste, élu du peuple. Né en 1898, il adhère avant 1914 à la CGT, et dès 1920, au Parti communiste. Il est élu député en 1936 et en 1940. Sénateur-mineur en 1946, responsable de la CGT dans le Douaisis, secrétaire général de la Fédération du sous-sol et de l’Union internationale du syndicat des mineurs (FSM), ce mineur de fond est devenu un véritable homme d’État (16 euros, franco de port). Magazine d’histoire, Mai-juin 1941, 100 000 mineurs en grève, 64 pages, éditorial de Julien Lauprêtre (4,30 euros, franco de port). S’adresser à l’association Cris, 166, avenue de Bretagne 59000 Lille ()

Repères 

  • Août 1940 La dirigeante communiste Martha Desrumaux organise une rencontre afin d’engager la lutte.
  • 1er janvier 1941 L’occupant allemand décide d’allonger d’une demi-heure la journée de travail sans augmentation de salaire.
  • 1er mai Des mouvements sociaux s’organisent autour des comités d’unité syndicale et d’action (Cusa).
  • 3 juin 80 % des mineurs du bassin minier cessent le travail.
  • 5 juin On compte déjà plus de 200 arrestations.
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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 05:45
Sébastien Jumel, un des deux porte-paroles du groupe de députés communistes avec Pierre Darhéville, groupe présidé par André Chassaigne et se composant de 12 députés communistes + 4 députés de gauche d'outre-Mer

Sébastien Jumel, un des deux porte-paroles du groupe de députés communistes avec Pierre Darhéville, groupe présidé par André Chassaigne et se composant de 12 députés communistes + 4 députés de gauche d'outre-Mer

Le Journal du Dimanche a publié un classement des groupes de députés en fonction de la durée totale de leurs interventions dans l'hémicycle de l Assemblée Nationale.

C'est le groupe des 16 députés communistes qui arrive en tête avec 4h41 d'interventions cumulées, devant les députés de la France Insoumise avec 4h40. Signalons que l 'armée mexicaine des 351 députés En Marche ne totalise que 2 heures: la rançon du régime ultra-présidentialiste et du manque d'indépendance et d'expérience de ces députés.

Et pourtant les médias dominants ne consacrent que très peu d' audience ou d' articles au groupe des députés communistes et à son opposition totale et farouche à la politique du gouvernement. 

Ça s 'appelle une ligne politique en lieu et place d une ligne éditoriale.

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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 04:55
En marche !. La casse sociale et démocratique comme si de rien n’était
LOLA RUSCIO ET AURÉLIEN SOUCHEYRE
VENDREDI, 4 AOÛT, 2017
L'HUMANITÉ
Laurent Pietraszewski (à gauche), lors d’un débat sur le projet de loi de moralisation de la vie polit ique, à l’Assemblée nationale, le 28 juillet dernier. Jacques Demarthon/AFP
Laurent Pietraszewski (à gauche), lors d’un débat sur le projet de loi de moralisation de la vie polit ique, à l’Assemblée nationale, le 28 juillet dernier. Jacques Demarthon/AFP
 

Les députés de la majorité, totalement soumis à l’exécutif, se sont signalés en multipliant les bourdes et en déroulant le tapis rouge aux mesures antisociales, liberticides et antidémocratiques. Le tout en été et avec précipitation.

La première session parlementaire du quinquennat doit s’achever la semaine prochaine. En seulement quelques semaines, les députés de la République en marche se sont déjà distingués, en votant au pas de charge des mesures antisociales et liberticides, entre ordonnances pour la casse du Code du travail et prorogation de l’état d’urgence (la loi de « confiance dans l’action publique », elle, épargne la finance qui phagocyte l’État). Loin de renouveler ou de rafraîchir le rôle du parlementaire, les élus de la majorité ont souvent voté comme un seul homme, en se soumettant complètement au gouvernement, sans oublier toute une série de couacs, de bourdes et d’errements qui ont parfois rendu les débats chaotiques, voire ridicules. « Ils sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis en allant au-devant de la volonté d’Emmanuel Macron de bâillonner le Parlement », s’alarme le député PCF Stéphane Peu, qui dénonce aussi « la politique unilatérale, pour les plus riches », mise en place.

Tout est parti très vite en vrille. Mercredi 28 juin, la nouvelle Assemblée nationale vient à peine de se rassembler qu’un premier psychodrame frappe l’Hémicycle. La majorité au pouvoir, après des débats houleux, s’attribue tous les postes de vice-présidents de l’Assemblée nationale (cinq pour la République en marche – LREM –, un pour le Modem), alors que la coutume réserve des places à l’opposition. Les trois postes de questeurs, aussi, sont réservés à des soutiens de l’action gouvernementale (deux LREM et un « constructif »). L’opposition crie au déni de démocratie et l’Assemblée, déjà, convulse. Le pire est pourtant à venir.

« Je ne suis pas contre la justice sociale, ma grand-mère était couturière »

Les députés En marche !, dans la foulée, prolongent l’état d’urgence et promettent d’y mettre fin une fois qu’il sera inscrit dans la loi ordinaire… Présents en masse ce 6 juillet dans l’Hémicycle, seuls 150 parviennent à voter, à la plus grande surprise du président de l’Assemblée nationale, François de Rugy. « Vous n’avez pas eu le temps d’appuyer sur le bouton ? » interroge-t-il. En plein été, ce couac et cette mesure liberticide passent relativement inaperçus. Les nouveaux députés, plus jeunes, tout heureux du coup de balai qui les a portés, sont sur un nuage. « L’Assemblée est plus diverse : il y a plus de jeunes et de femmes et c’est tant mieux. Mais elle a perdu en diversité sociale. Les catégories les plus aisées sont plus présentes. Il n’y a jamais eu autant d’avocats, de chefs d’entreprise », mesure le député PCF Stéphane Peu. Et c’est cette troupe qui s’est attaquée, très vite, au premier grand chantier législatif du quinquennat : une nouvelle loi travail. « Un projet pire que le précédent, qui détruit le Code du travail aux dépens des salariés et au profit des actionnaires. Cela se fait par ordonnances, en signant un chèque en blanc à Macron. On assiste à une offensive antisociale et antidémocratique de grande ampleur », dénonce Pierre Dharréville (PCF).

Déterminés à imposer le débat, les députés communistes et insoumis, à force d’arguments, déstabilisent très vite une majorité monolithique qui n’a pas grand-chose à dire, et esquive la confrontation. « Je ne fais pas de commentaire sur la loi », « je préfère ne pas parler à la presse », lancent-ils régulièrement dans la salle des Quatre Colonnes. Dans l’Hémicycle, les arguments les plus improbables sortent du chapeau. Répondant à l’insoumis François Ruffin, la députée LREM Olivia Grégoire lance : « Je ne suis pas contre la justice sociale, ma grand-mère était couturière. » Une saillie qui est à la lutte des classes ce que l’argument « j’ai un ami noir » est au racisme. Les bourdes du genre s’accumulent alors, entre des députés indisponibles le mercredi matin, d’autres qui disent attendre d’être sollicités pour venir, ou encore une qui raconte apprécier « des cocktails chez des ministres et dans de beaux endroits. Ce que j’apprécie particulièrement, c’est qu’on nous sert essentiellement du vin et du champagne ». Autant de péripéties qui font dire à un assistant parlementaire : « On est quelque part entre la conjuration des libéraux et la conjuration des imbéciles. C’est très déroutant. » À se demander si ce n’est pas voulu. « L’incompétence est érigée en système de gouvernance », affirme même Sébastien Jumel, pour le PCF.

Mutiques, voire passifs, des députés LREM expliquent garder le silence dans « un souci d’efficacité ». « Ça ne sert à rien de prendre la parole pour répéter dix fois les mêmes choses ou d’essayer de convaincre l’opposition », lâchent certains. « Mes collègues ne souhaitent pas répondre de manière systématique, car c’est un dialogue de sourds », tranche Aurélien Taché (LREM). Se défendant d’être godillot, il estime qu’il n’y a pas « matière à amender » le projet de loi travail, au motif qu’il a déjà été « légitimé par l’élection d’Emmanuel Macron ». « Cet argument du “le président l’a dit”, cette manière d’affaiblir le Parlement est très inquiétante sur l’état de santé de notre République », prévient Pierre Dharréville. « Macron veut un Parlement aux ordres. Il ne veut pas de micro pour les députés, juste un tampon pour valider les lois », ajoute Adrien Quatennens (FI).

« La majorité a tendance à confondre la conduite du pays avec celle d’une start-up. Elle a peu d’appétence pour le débat démocratique, relève Stéphane Peu. Il y a un déni du rôle du parlementaire, avec très peu d’amendements déposés, et un mépris de l’opposition : quasiment tous ceux proposés par les autres groupes politiques sont rejetés. » C’est que le groupe LREM est soumis à un règlement de groupe très strict. Ses députés doivent avertir leur président, Richard Ferrand, s’ils « souhaitent déposer des propositions de lois, des questions écrites ou des questions d’actualité ». Pire, « les projets d’amendements » doivent être soumis à l’avis des responsables du groupe, alors qu’il s’agit d’un droit individuel propre à chaque député.

« On a un groupe qui dort, qui ne sait pas monter au créneau, qui est vautré »

Très soudés, parfois trop, les « marcheurs » finissent même par développer de drôles de réflexes. Le député Jean-Michel Fauvergue s’est agacé d’avoir été applaudi pendant qu’il se dirigeait vers la tribune. « Je n’ai encore rien dit », a-t-il sèchement lancé une fois au micro. Édouard Philippe, lors de son discours de confiance, a été applaudi 55 fois en une heure et cinq minutes. Pire, les députés LREM, très pavloviens, ont repoussé un article de leur propre loi de moralisation au motif que la France insoumise venait d’annoncer son soutien...

L’examen de la loi de « confiance dans la vie publique » a donné lieu à d’autres scènes invraisemblables. « On a un groupe qui dort, qui ne sait pas monter au créneau, qui est vautré. (…) On a une responsable de texte qui est inexistante, c’est comme si elle était à Nouméa sur une chaise longue », a soufflé la présidente LREM de la commission des Lois en pleine séance, sans se rendre compte que son micro était allumé. Comble de la confusion, trois votes ont parfois été convoqués, notamment pour sauver le verrou de Bercy, jusqu’à organiser des votes assis-debout pour réveiller et obliger l’assistance. Rouge d’émotion, le député PS Olivier Dussopt a taclé : « Lorsque le vote est appelé, si les députés de la majorité ne lèvent pas la main lorsque vous appelez les votes contre, l’amendement est adopté. Il n’y a pas lieu de recompter, et nous ne sommes pas là pour rappeler les uns et les autres à leurs obligations ou leur volonté de participer ou non à un vote. Ce mode de fonctionnement à l’occasion des votes est totalement inédit. » Reste que, justement sur le verrou de Bercy, plusieurs députés LREM ont pour la première fois montré les dents au gouvernement. « J’espère que cette volonté de faire respecter les prérogatives du Parlement va s’amplifier, conclut Stéphane Peu. Car pour l’instant, ils sont en train de brutaliser les plus pauvres, en plus de se soumettre complètement à Macron qui veut ligoter la représentation nationale. »

Pourquoi qualifie-t-on de « godillots » des députés qui soutiennent inconditionnellement leur gouvernement ?

Depuis leur élection, cet adjectif colle aux basques des parlementaires LREM. À l’origine, il s’agissait du nom du manufacturier qui inventa les souliers de l’armée française sous Napoléon III, utilisés d’abord durant la guerre de Crimée (1853) et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Depuis, il a désigné par extension tous les souliers de manière indifférenciée. Ce n’est qu’à la fin des années 1950 que les députés gaullistes revendiquent leur soutien inconditionnel à De Gaulle en se qualifiant eux-mêmes de « godillots », en référence au passé de résistant du général. Aujourd’hui, le terme désigne des députés qui votent systématiquement ce que propose le gouvernement.

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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 04:12
Jacques Morel : « Le nouveau chef d’état-major défendait les auteurs du génocide rwandais »
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LOLA RUSCIO
VENDREDI, 21 JUILLET, 2017
L'HUMANITÉ
Le 20 juillet, Emmanuel Macron aux côtés du général François Lecointre, lors d’une visite de la base militaire d’Istres . Jean-Paul Pelissier/Reuters
Le 20 juillet, Emmanuel Macron aux côtés du général François Lecointre, lors d’une visite de la base militaire d’Istres . Jean-Paul Pelissier/Reuters

Le chef de l’Etat a nommé François Lecointre chef d’état-major des armées, alors que celui-ci a fait partie de l’opération Turquoise au Rwanda. Le spécialiste de la politique française en Afrique, Jacques Morel, revient sur ses missions sur le terrain.

Emmanuel Macron a désigné François Lecointre nouveau chef d’état-major des armées. Quel a été son rôle dans l’opération Turquoise au Rwanda, en 1994, lors du génocide des Tutsis ?

Jacques Morel Il était capitaine d’infanterie de marine. François Lecointre était affecté au groupement Nord Turquoise, où il était responsable du secteur de la commune de Gisovu. Responsable des troupes, il collaborait avec le directeur de l’usine à thé, Alfred Musema, un des organisateurs du génocide dans la région de Bisesero. Nous en avons des preuves. Au moment de son procès au Tribunal pénal international pour le Rwanda (Tpir), où il a été condamné à perpétuité pour génocide, une pièce à conviction déposée par sa défense est une lettre du capitaine Lecointre adressée à Musema. Dans cette missive datée du 18 juillet 1994, il l’informe qu’il va changer de secteur et qu’il laisse la région à un subordonné. Ce document montre que leurs relations étaient cordiales. Au lieu d’enquêter et de l’arrêter, Lecointre a collaboré avec lui. Ce ne sont pas les seuls éléments. Dans une lettre rédigée dans l’Ancre d’or datée du 18 juillet, le capitaine évoque les sauvetages d’enfants tutsis cachés chez des Hutus. Il y décrit des opérations de sauvetage qui se déroulaient la nuit, sans lampe, pour ne pas être repérés par les miliciens, qui, dit-il, « poursuivent leurs patrouilles de nuit ». Preuve que les Français ont laissé les miliciens opérer librement dans la zone « humanitaire sûre » décrétée par l’Hexagone début juillet. Cette zone humanitaire était sûre pour les miliciens, car ils pouvaient continuer à opérer sans être attaqués par le Front patriotique rwandais (FPR). De fait, le nouveau chef d’état-major défendait les auteurs du génocide rwandais. 

Pendant sa campagne, Emmanuel Macron s’était engagé à « réconcilier les mémoires ». Avec la nomination de François Lecointre, dans quelle tradition idéologique s’inscrit-il ?

Jacques Morel Il poursuit la ligne de Jean-Yves Le Drian, ex-ministre de la Défense sous François Hollande. Ce professeur d’histoire-géographie couvrait sans cesse le génocide rwandais. Il disait notamment que la France devait être fière de ce qu’elle avait fait là-bas. Pourtant, les documents publiés par la mission d’information parlementaire de 1998 sont extrêmement compromettants. L’armée française est mouillée jusqu’au cou. On est dans le pire mensonge. D’ailleurs, l’actuel sous-chef d’état-major « opérations », Grégoire de Saint-Quentin, était l’un des premiers sur les lieux du crash de l’avion du président rwandais, Juvénal Habyarimana, lors de l’attentat du 6 avril 1994.

Quel signal cette nomination envoie-t-elle quant à la conception des missions de l’armée française, notamment en Afrique ?

Jacques Morel François Lecointre, un officier des troupes de marine, autrement dit des troupes coloniales, a été nommé à la tête des armées. Signe que l’armée française intervient pour contrôler des pays africains, motivée par des raisons de puissance et d’enjeux pétroliers. C’est une vision postcoloniale. Emmanuel Macron justifie les opérations françaises au Sahel, entre autres l’opération Barkhane commandée par le général Bruno Guilbert, ex-adjoint du colonel Hogard impliqué dans le génocide des Tutsis, au motif de lutter contre le terrorisme et d’assurer notre sécurité, alors que des commandants ont collaboré avec les pires assassins. La France se porterait mieux si elle rapatriait ses troupes d’Afrique.

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10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 05:46
 

Dans une lettre adressée à la Ministre du travail, le député communiste du Nord, Alain Bruneel demande que soit clarifier le sort qui pourrait être réservé aux emplois aidés (CAE, CIE…). Le milieu associatif en alerte.  

Dans un courrier daté du 4 août, le député

du Nord, Alain Bruneel interpelle la Ministre du travail, Muriel Pénicaud quant au devenir des emplois aidés. « Ce lundi, vous avez déclaré vouloir lancer une réflexion sur l’avenir des contrats aidés. Vous avez également annoncé devant la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale avoir « obtenu une rallonge budgétaire pour pouvoir continuer à avoir des contrats aidés pour les mois qui viennent », rappelle l’élu communiste à la Ministre. Des propos qui ont de quoi inquiéter le député qui relève que les choses se gâtent déjà dans le Douaisis : « Dans ma circonscription, des responsables associatifs se voient signifier par pôle emploi que l’agence de services et de paiement (A.S.P.) n’honorerait plus les aides financières accordées pour les contrats aidés à compter du 1 Août 2017, y compris pour les contrats déjà validés par l’état », explique celui-ci.

Une suite logique à la politique d'austérité choisie par Emmanuel Macron ? 

« Sans budget pour le second semestre, ce dispositif ne pourrait donc plus être débuté ni reconduit. Cela priverait de nombreuses associations de recrutements indispensables à leur fonctionnement. Déjà largement fragilisé financièrement par les baisses récurrentes de subventions de la part des collectivités - elles-mêmes victimes de l’austérité imposée par l’Etat, beaucoup devraient renoncer à leurs projets pourtant vitaux pour les habitants et les territoires », analyse Alain Bruneel.

L’élu communiste demande au Ministère de « clarifier au plus vite cette situation », sachant que « bien que le dispositif des contrats aidés ne soit pas idéal, il représente un outil important pour le secteur non-marchand dont les structures sont soumises à l’asphyxie financière ».

Plus d’un million et demi de personnes sont directement concernées. Dans un article daté du 1er juin qui a de quoi mettre la puce à l’oreille, Les Echos notent qu’ « Emmanuel Macron n'a pas fait, loin s'en faut, des contrats aidés la pierre angulaire de sa lutte contre le chômage ». 

 

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10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 05:45

 

La guerre idéologique ne prend pas de vacances. Ainsi nous venons d'assister il y a quelques jours à un déferlement de commentaires et d'analyses où l'ignorance crasse était en compétition avec l'imbécillité pour faire adopter l'idée que ce 29 juillet était le jour de... la « libération fiscale ». Ce concept, aussi vieux que les contributions, a émergé aux États-Unis en 1948 et a été relancé ici par une sombre association dite « des contribuables associés ». Il a été repris en choeur par tous les médias bienpensants ayant en sainte horreur ce que nos concitoyens pourraient posséder en commun, qu'il s'agisse de la protection sociale, des hôpitaux, des écoles comme des chemins de fer. Même Wikipédia se croit obligé de reprendre ces balivernes relancées par des instituts économiques de droite.

De quoi s'agit-il au fond ? Ce jour dit de la « libération fiscale » serait le premier jour où les Français travailleraient enfin pour « eux » et non plus pour une pieuvre anonyme loin d'ici baptisée « l'État ». Ainsi, insidieusement, l'État devient « étranger » au pays, à celles et ceux qui y vivent. L'utilisation de ce mot « libération » est encore plus odieuse puisqu'il qualifie souvent la fin de l'occupation allemande. L'État est donc assimilé ici, par ces faussaires, à un corps étranger qui, contre notre gré, nous ponctionnerait impôt sur le revenu, impôt local, cotisations sociales. Aucun républicain ne peut laisser sans réagir et sans les combattre ces fausses thèses qui visent à glorifier le laisser-faire, l'individualisme et la loi de la jungle, qui écrasent d'abord les plus faibles.

Laisser prospérer cette folle idée selon laquelle les salariés et les entreprises ne travaillent pas pour eux quand une partie de la valeur créée ou du salaire sert à la société commune est extrêmement dangereux.

On n'a pas entendu ces perroquets de la pensée libérale se plaindre quand ce même État a répondu aux suppliques des institutions financières pour les sauver lors de la récente crise financière dont elles étaient elles-mêmes à l'origine. Ni non plus quand il transfère davantage de valeur issue du travail vers le capital avec les exonérations fiscales et sociales diverses ou des mécanismes comme le Cice ou le pacte de solidarité du précédent quinquennat, qui pourtant n'ont pas créé les emplois promis. Cette rengaine lancée la semaine même où la majorité de nos concitoyens protestaient contre le rabotage de l'aide personnalisée au logement ne doit évidemment rien au hasard. Le projet des libéraux droitiers est de détruire jusqu'à l'idée de « biens communs », voire de l'organisation des sociétés à partir de la justice et de la solidarité.

Il n'est pas question ici de défendre ce qui existe, d'approuver la manière dont l'argent public est utilisé, pas plus que l'injustice fiscale, autant d'enjeux qui appellent de profondes transformations progressistes. Mais elles ne pourraient voir le jour si nous laissions l'idéologie libérale transformer la participation de chacune et de chacun au bien commun, la cotisation ou l'impôt, en « prélèvements » et en « charges ». C'est l'inégale répartition des richesses, c'est l'injustice, c'est l'État de moins en moins social qui produisent des laissés-pour-compte que nous combattons. Suivre les officines de la pensée libérale voudrait dire moins d'infirmières pour soigner tout le monde dans des hôpitaux publics, pas d'enseignants pour éduquer, former nos enfants, plus de sapeurs-pompiers pour aller combattre les feux de forêt, ou pour se porter au devant d'un accident de la route, moins de magistrats pour rendre la justice, de policiers pour assurer la sûreté et moins de routes, moins de trains, moins de théâtres, d'écoles de musique ou de clubs de sport. Laisser prospérer cette folle idée selon laquelle les salariés et les entreprises ne travaillent pas pour eux quand une partie de la valeur créée ou du salaire sert à la société commune est extrêmement dangereux.

Certes, elle permet à ses promoteurs de se dispenser de poser la question cruciale de l'augmentation des salaires en ouvrant la voie à la grande béance des inégalités, à la destruction définitive d'un projet de nouveau contrat social et de nouveau pacte républicain.

Ce dernier devrait porter un processus de justice fiscale et sociale, la lutte contre l'évasion fiscale qui représente un manque à gagner de 80 milliards d'euros pour notre pays, 1 000 milliards pour l'Union européenne. On parle bien peu d'un prélèvement privé, celui des taux d'intérêt bancaires, qui, selon leur niveau, sont bien une entrave à l'investissement et à la satisfaction des attentes des particuliers. Or ces taux de prélèvements enrichissent les banques et les fonds financiers. Ils handicapent d'autant le développement des entreprises, qui, dans ces conditions, réduisent les rémunérations du travail ou l'emploi.

En vérité, il y a bien une « libération » à obtenir : celle du carcan vorace de l'argent roi contre nos concitoyens, leurs biens publics, leur travail, la production et la consommation. Telle serait la voie pour concilier le mieux-vivre, le projet individuel de chacun avec un grand projet commun de vie en société susceptible de remobiliser nos concitoyens.

 

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10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 05:40

LE REPLI SUR L'ENTREPRISE SERAIT UNE RÉGRESSION DES RELATIONS SOCIALES.

IL FAUT PENSER À UNE NOUVELLE FAÇON DE PRODUIRE.

 

Le gouvernement profite des vacances d'été pour rédiger les ordonnances visant à réformer le Code du travail. Les dernières entrevues des organisations syndicales avec le premier ministre sur le sujet n'ont pas vraiment éclairé sur les arbitrages à venir. Ce dont on est sûr, c'est que le président tranchera avant la fin août.

Pendant ce temps, gouvernement et patronat ressassent le même argumentaire. L'excès de règles collectives inscrites dans le Code du travail pénaliserait le développement de l'emploi. Flexibiliser le contrat de travail et contourner les syndicats permettraient dès lors de mieux lutter contre le chômage. Face à cette attaque, il peut être tentant de défendre le statu quo, en oubliant que la crise a aussi révélé les faiblesses de l'organisation du marché du travail à la française.

La précarité a gagné du terrain. Le travail et l'emploi sont bien « malades ». D'où le besoin de repenser la manière dont se crée la richesse, la place du travail et son contenu.

Le danger du recours à la procédure expéditive des ordonnances se trouve en tous points confirmé. Le retour à une croissance soutenable exige une mobilisation sans précédent des capacités humaines. C'est dès maintenant qu'il faut mettre en oeuvre une politique globale tendant vers un nouveau plein-emploi. Et ce n'est certainement pas par une mise en concurrence accrue des salariés qu'on atteindra cet objectif. On attend toujours un véritable débat public permettant de faire un état des lieux et d'organiser la confrontation des analyses.

Au lieu d'organiser le repli sur l'entreprise qui consacrerait une régression des relations sociales, le Code du travail a besoin de s'enrichir de nouvelles dimensions. Les évolutions du travail et des technologies supposent de mettre l'individu et le travail au coeur d'une nouvelle manière de produire. Il faut donc protéger les capacités humaines et développer le travail de qualité, reconnu, bien payé, dans une perspective de développement humain durable. Il y a bien un nouveau système à construire qui implique de nouvelles logiques de solidarité, constitutives d'une véritable « sécurité sociale professionnelle ».

On ne peut se contenter de déplorer les suppressions d'emplois. Il faut bâtir un droit d'intégration dans l'emploi. C'est-à-dire à un système cohérent de garanties permettant au salarié d'acquérir une qualification professionnelle, de faire valoir ses compétences dans l'entreprise, d'exercer une activité compatible avec sa vie personnelle, de retrouver un travail s'il perd son emploi. Cela suppose d'assurer une vraie rupture avec la vision du salaire comme coût à réduire et avec la fatalité du passage par la case chômage. Cela justifie de s'attaquer à la croissance financière et de promouvoir les conditions d'un nouveau type de productivité.

Le travail n'est pas une marchandise, mais une richesse collective à protéger et à développer. L'échange sur lequel porte le contrat de travail ne concerne pas un bien ou un service. Il met en jeu l'homme, la personnalité et les capacités du travailleur, et doit prendre en compte le temps long de la vie. La puissance publique est légitime à le garantir, notamment en compensant, via le Code du travail, l'inégalité de la relation dans l'entreprise entre travail et capital.

Tels sont les enjeux d'une bataille sociale qui porte loin et que les salariés sauront rapidement s'approprier, « trêve estivale » ou pas.

 

(*) Économiste et syndicaliste.

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