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3 octobre 2021 7 03 /10 /octobre /2021 09:27

 

Entamée il y a quinze ans, l’ouverture à la concurrence a failli dans sa triple ambition : baisser les factures, améliorer les services et préserver l’emploi.

Officiellement, la libéralisation est un succès. Créée pour mettre en musique la libéralisation des marchés de l’énergie, la CRE, commission de régulation du secteur, comptabilise les consommateurs ayant rallié les offres concurrentes aux tarifs réglementés de vente (TRV) des fournisseurs historiques EDF et Engie (ex-Gaz de France) depuis la déréglementation du secteur en 2007.

Au 30 juin, côté électricité, un tiers des clients résidentiels s’étaient convertis à une offre de marché portée par un fournisseur concurrent d’EDF (près de 8,6 millions de foyers) ou même à une offre d’EDF et Engie elle-même concurrente à la TRV d’EDF (1,4 million, + 96 000). Côté gaz naturel, 7,6 millions de résidences sur 10,7 millions avaient elles aussi rallié le privé. La dérégulation de l’énergie semble donc plébiscitée. D’autant que, côté tarifs, la CRE fait étinceler les statistiques. Pour l’électricité, note-t-elle, « le prix de l’offre de marché avec prix variable, la moins chère, proposée à Paris était inférieur de 8 % au tarif réglementé de vente TTC pour un client moyen (…) et de 14 % sur le marché du gaz naturel ».

Un avantage aux concurrents d’EDF

Ces chiffres ne révèlent cependant pas que l’ouverture à la concurrence s’est faite en tordant le bras à l’usager pour le transformer en consommateur. Depuis le 8 décembre 2019, plus aucun client résidentiel ne peut souscrire une offre en tarif réglementé de vente du gaz naturel, condamné à disparaître en 2023. Le courant devrait suivre. Par ailleurs, ces mêmes TRV, de gaz ou d’électricité, sont calculés pour être structurellement plus chers que les offres des fournisseurs alternatifs. Les TotalEnergies, ENI et consorts ont en effet toute latitude de jouer sur le tiers du prix de la facture lié aux coûts de production et de commercialisation. Pas la TRV. Enfin, les concurrents d’EDF disposent d’un avantage concurrentiel. Le mécanisme de l’Arenh (accès régulé à l’électricité nucléaire historique) leur donne accès à un quart de la production du parc nucléaire français à un tarif de 42 euros par mégawatt. Alléchant quand le mégawatt se négociait à plus du double ce jeudi sur le marché de gros aux Pays-Bas.

Malgré ces arrangements, l’instauration de la concurrence est un échec. En 2019, 3,5 millions de personnes étaient en situation de précarité énergétique. Selon le médiateur de l’énergie, 671 546 ménages ont subi des réductions de puissance ou des coupures à la suite d’impayés (+ 17% par rapport à 2018). Et les prix flambent, singulièrement le gaz. La fédération mines et énergie CGT a d’ailleurs réévalué l’augmentation des tarifs depuis la privatisation de Gaz de France en 2004 : + 120 %, sans compter l’inflation (+ 22 %) ! L’électricité suit, à + 22 % depuis l’ouverture à la concurrence en 2007. Un calcul qui ne tient pas compte des + 12 % promis par la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili en février 2022. Les offres des fournisseurs concurrents devraient suivre rapidement. Lors du congrès du gaz, qui se tenait jeudi, un courtier évoquait une hausse de 70 % de leurs factures pour un renchérissement de 600 euros par ménage moyen.

Avec l’aval de l’État, actionnaire minoritaire heureux

« Il faut mettre en corrélation ces chiffres avec les produits qu’ont encaissés les entreprises gazières, souligne Frédéric Ben, responsable du secteur gaz à la FNME-CGT. Depuis 2006, les infrastructures de stockage et de réseaux ont permis à Engie et Teréga de faire remonter 24 milliards d’euros de dividendes. L’autre conséquence est que les usagers, devenus clients, doivent maintenant attendre plusieurs jours avant d’obtenir un dépannage, une installation. Car les effectifs de toutes ces entreprises ont fondu de 30 %. »

En plus des factures aux montants incontrôlés et du service dégradé, l’ouverture à la concurrence laisse une autre douloureuse, sociale celle-là. L’ex-Gaz de France est à ce titre un cas d’école. Entreprise relevant du service public transformée en société anonyme en 2004, fusionnée avec Suez en 2008, qui a vite fait disparaître les 18 milliards d’euros de réserves, GDF, devenue Engie en 2015, s’apprête à vendre plus de la moitié de ses effectifs (82 000 emplois), groupés dans sa nouvelle filiale de services Equans. Le tout avec l’aval de l’État, actionnaire minoritaire heureux de récupérer de nouveaux dividendes avant de revendre ses dernières parts (32 %) et achever la privatisation de ce qui reste d’Engie. « Le » restant « sera alors la cible idéale pour une fusion-acquisition (hors réseaux) par Total, qui a déjà fait part de ses velléités », dénonce la CGT. Le syndicat demande : « Pouvons-nous accepter ce démantèlement et cette perte de souveraineté énergétique alors que la transit ion énergétique et la gestion du mix énergétique français représentent un enjeu majeur pour les générations à venir ? »

 

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3 octobre 2021 7 03 /10 /octobre /2021 08:51

Les chroniques de Recherches internationales, août 2021.

 

 

Depuis trente années le XXIème siècle peine à s’affirmer dans ses contours internationaux. Nous crûmes d’abord qu’il avait commencé en 1991 avec l’effondrement du monde soviétique, raccourcissant, comme le suggérait l’historien britannique Eric Hobsbawm, le siècle précédent. Puis devant l’incapacité des États-Unis à maîtriser au tournant du siècle le cours de la mondialisation à travers son fameux triptyque – ouverture internationale, démocratie, marché -, on se dit que tout commençait sérieusement avec les attentats du 11 septembre 2001 et la grande aventure de la « lutte mondiale contre le terrorisme » prônée par Bush Junior et à laquelle nous étions sommés de nous rallier. Et bien non, c’est vingt ans plus tard, cette stratégie s’écroulant, que s’esquissent les traits du siècle à venir. 1991, 2001, 2021, les séquences s’enchaînent, le siècle bégaie, peine à se mettre en place, mais fraie son chemin.

L’issue de cette guerre afghane dépasse par sa portée le territoire de ce petit pays – le cimetière des Empires – et s’apparente au grain de sable dans la chaussure. Si la consternation et parfois la concertation dans le désordre s’installent entre les principales chancelleries, c’est que beaucoup de certitudes tenues pour évidentes viennent de basculer. Les grilles de lectures acquises vacillent tant la portée de l’événement bouscule. Car ce que la chute de Kaboul nous dit du monde qui s’annonce relève de la grande lessive. Quelques premières leçons peuvent s’imposer sans trop de risques d’erreurs.

Cette guerre est emblématique des conflits asymétriques qui ont surgi à travers le monde et qui se transforment en guerre sans fin, dont les objectifs s’érodent d’autant plus en cours de route qu’ils ont été mal définis ou volontairement occultés dès le départ. L’enlisement ne peut être qu’au bout du chemin et le prix à payer à l’arrivée dépend de l’ampleur de l’engagement, du coût initié, des pertes humaines, des divisions internes et de l’humiliation médiatique. Là, l’addition est phénoménale et envoie un signal fort aux autres conflits en cours. Alliés et adversaires l’ont compris. L’Empire est rentré chez lui et hésitera à en sortir, d’autant plus qu’il a fait savoir qu’il avait beaucoup à faire, notamment face au grand rival qui monte, la Chine. « Gulliver empêtré » nous disait déjà Santley Hoffmann il y a cinquante ans dans un autre contexte. Bien sûr, il ne reste pas désarmé et sans puissance et sera attentif à tout ce qui pourrait remettre en cause son hégémonie. Ingérences, surveillances, déstabilisations, embargos, saisies d’avoirs, mesures de contraintes ne seront pas remisés et s’appuieront sur les réseaux d’influences mis en place et la formidable technologie disponible, de la cyber-attaque aux drones.

Devant la défaite cuisante, l’équipe en place devra rendre compte de ses maladresses, de son manque de clairvoyance, de l’échec de ses services ou du refus de leur écoute. Il faudra trouver un bouc émissaire. Un séisme politique s’annonce qui sera plus difficile à surmonter que les péripéties de la fin de la guerre du Vietnam. L’heure du bilan a déjà commencé et il s’annonce ravageur, d’autant que les trois dernières équipes présidentielles sont concernées. Le déballage se fait devant le monde entier.

Dans une large partie de la planète on peut toujours considérer que le pouvoir est au bout du fusil selon la formule en vogue dans les années soixante et soixante-dix. Les conflits en cours vont trouver un formidable encouragement à leurs objectifs devant l’incapacité de la première puissance à façonner le monde à sa guise. Ce qui s’était esquissé au lendemain de la fin de la guerre froide, la multiplication de désordres échappant aux logiques anciennes, va retrouver une nouvelle jeunesse et encourager l’extension de zones grises laissant l’Occident spectateur impuissant face à l’anomie créée. Devant ces zones grises les instruments du monde ancien – armes nucléaires, engagements prolongés sur le terrain – seront inopérants. Il ne reste plus que modèle israélien vis-à-vis de Gaza, c’est-à-dire l’expédition punitive courte – pour éviter les retours d’opinions publiques – accompagnée pour le temps long de toutes les mesures d’asphyxie économiques, juridiques et financières que procure le statut de principale puissance encore dotée de l’hégémonie du dollar. Car la palette d’actions possibles reste loin d’être totalement affectée et on aurait tort de croire l’Empire totalement désarmé.

Le monde devra désormais vivre avec un islam radical buissonnant et conquérant dont l’ambition n’a cessé de croître depuis la chute, en 1979, d’un des pays le plus occidentalisé d’Orient, celui du Shah d’Iran. Ce retour du religieux, qui n’est pas que la marque de l’islam, fait son chemin depuis plusieurs décennies, ne peut qu’être dopé par la chute de Kaboul. L’influence intégriste s’étale déjà dans de larges parties de l’Asie et de l’Afrique et s’oppose au Sahel aux troupes occidentales désemparées, devant les faibles succès rencontrés, sur la stratégie à adopter. La responsabilité de l’Occident dans ces remontées est écrasante. Cet islam a été instrumentalisé pour éliminer les progressistes au Moyen-Orient, pour casser les expériences de construction nationale portées par les gauches nationalistes issues des luttes de décolonisation. Depuis le soutien américain aux Moudjahidines antisoviétiques d’Afghanistan qui essaimèrent dans maintes régions du monde, en passant par l’intervention en Irak qui entraîna la création de Daech et livra le pays à l’influence iranienne jusqu’à l’expédition en Libye dont le contrecoup déstabilisa le Sahel, l’Occident a créé l’objet de ses turpitudes. Et il ne peut, sans gloire, que proposer d’abandonner ces populations à la férule de régimes moyenâgeux qui devront seulement s’engager à ne pas laisser se développer de préparatifs hostiles à partir de leur territoire.

On est bien loin des projets devant refaçonner le Grand Moyen-Orient en démocratie. Ce n’est plus à l’agenda. La perspective est celle du retrait qui découle de la fin de la croyance qu’il était possible, par les armes ou les expéditions guerrières d’imposer la démocratie, les droits de l’homme ou le « nation building ». Les États-Unis ne nourrissent plus une telle ambition, qui n’a souvent été agitée que comme prétexte, tout à leur grande préoccupation de conserver leur première place face à un rival montant. Il y a un basculement des priorités que les alliés doivent comprendre et dont ils doivent aussi savoir que s’il leur venait l’envie de s’engager dans ce type d’aventure, ce serait sans appui.

Dans le domaine des idées, cette défaite nous fait faire retour aux propos de Samuel Huntington. Peu d’auteurs auront fait l’objet d’aussi nombreux commentaires, pour être décriés ou salués, que celui qui annonçait en 1993, dans un article de la revue américaine Foreign Affairs que nous étions désormais entrés dans l’ère du « choc des civilisations ». On mesure aujourd’hui combien il a mal été interprété et incompris. Connaissant le sort du messager qui apporte la mauvaise nouvelle, il a été fusillé. Et il a été trouvé plus confortable de se mettre la tête dans le sable plutôt que de l’entendre. Que nous dit-il ? Que le temps des grands conflits idéologiques susceptibles de dégénérer en guerres était terminé. Qu’ils feraient place à une nouvelle forme de conflictualité adossée à des civilisations fortement marquées par des religions, et que dans le contexte d’un Occident déclinant, il était vain d’aller guerroyer dans ces terres étrangères, car l’échec serait prévisible. Après s’être opposé à la guerre du Vietnam, il condamnera les interventions en Afghanistan et en Irak et prendra soin de se démarquer de la ligne bushienne des neocons de la « guerre globale au terrorisme » dont on a essayé de lui attribuer la paternité. Le temps est venu de le lire comme prédicteur et non comme prescripteur et de comprendre que ces guerres sans fin à l’autre bout du monde sont vaines.

Enfin, on feint de découvrir que ces conflits prolongés présentent partout la même conséquence. Ils précipitent les populations civiles dans la recherche d’un exil et poussent à la montée des flux migratoires. Les pays d’accueil sollicités étant rarement les pays responsables. Très tôt mobilisé, le président Macron nous met en garde. Les possibilités d’accueil sont limitées et devant la multiplication de ces zones grises à venir, il est impossible de ne pas réguler les flux migratoires. Chacun a compris que dans ce domaine le discours avait changé et que Kaboul marquera un tournant. Bref, il ne nous dit pas autre chose que les flux migratoires sont à la fois inévitables et impossibles et qu’ils interpellent les traditions d’internationalisme : aider à fuir ou aider à s’organiser et à résister lorsqu’un partage de valeurs est possible, car tout ce qui bouge aux confins de la planète n’est pas forcément rouge.

On n’a pas fini de digérer les leçons de la chute de Kaboul.

 

 

 

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3 octobre 2021 7 03 /10 /octobre /2021 07:28
Les débats de la Fête de l’Humanité. Communisme.s : quels horizons nouveaux ?
Vendredi 1 Octobre 2021 - L'Humanité

À l’Agora, la rencontre entre Bernard Friot, sociologue et économiste, Frédéric Lordon, philosophe et économiste, et Guillaume Roubaud-Quashie, historien et directeur de la revue « Cause commune », a fait événement. Face aux crises sociales, économiques, politiques, climatiques et sanitaires, ils ont débattu de l’urgence de construire un monde sur de nouvelles bases communistes devient une nécessité vitale pour l’humanité.

À la fin des années 2000, Alain Badiou et Slavoj Zizek entendaient réhabiliter le communisme. Pourquoi faut-il, aujourd’hui, dans un terrain si hostile, relever ce défi de l’émancipation humaine ?

Bernard Friot Je ne dirais pas que le terrain soit hostile. Dans les rencontres auxquelles je participe régulièrement, je ne trouve aucune hostilité. Dans ma génération, un contentieux fait que beaucoup trop font de l’autocensure et hésitent à mettre en avant le mot « communisme ». C’est une erreur manifeste : il y a une aspiration au communisme dans la jeunesse !

Frédéric Lordon Je suis content que cette question soit posée sous l’évocation du travail d’Alain Badiou. Il faut rendre à chacun ce qui lui revient. Pour ma part, je suis venu à l’appellation du communisme, à la nécessité de travailler à cette question assez tardivement. Je n’ai pas une longue expérience d’appartenance à un parti communiste comme Bernard Friot.

Dans ma vie intellectuelle, je me souviens que Badiou avait tenu très haut la bannière du communisme en traversant cet interminable désert commencé au milieu des années 1980 et jusqu’au tournant des années 2010. La sortie du livre "L'Hypothèse communiste" , en 2009, puis la tenue d’un colloque à Londres avaient réuni beaucoup de monde et, déjà, énormément de jeunes. Je m’inscris dans ce sillage, dont je ne suis pas à l’origine.

Badiou s’est exprimé sur le mouvement "Nuit debout", les courants insurrectionalistes, les gilets jaunes, etc. Il n’a pas complètement tort, mais il n’a pas entièrement raison non plus. Nuit debout, avec tous ses caractères de naïveté, n’en avait pas moins fixé une idée directrice : il fallait cesser de dire ce que nous ne voulons pas et commencer à dire ce que nous voulons. Encore fallait-il savoir ce que nous voulons affirmer ! Le communisme est le nom de cette affirmation.

Cela devient impérieux car nous vivons une phase assez typique de ce que Gramsci appelle une « crise organique », durant laquelle se décomposent les autorités institutionnelles (la politique, l’État, la science, etc.) et, corrélativement, tout un ordre symbolique et d’organisation signifiante. Qu’un ordre symbolique se défasse, ce n’est pas une mauvaise nouvelle en soi. Au contraire, même, il y a des ordres symboliques dont on souhaite très fort qu’ils disparaissent. Mais pour que la décomposition soit vraiment une bonne nouvelle, elle doit s’accompagner de la recomposition d’un autre ordre plus conforme à ce que nous voulons.

Pour l’instant, nous sommes un peu dans un entre-deux. Nous sommes devant une espèce de creux terriblement anxiogène, comme toujours quand les formations signifiantes menacent de se défaire et quand rien ne les remplace encore. La nature ayant horreur du vide, des propositions de substitutions apparaissent. Une proposition mortifère, fasciste, pointe son nez. On ne fera face à cette proposition fasciste qu’en avançant une proposition globale de recomposition d’ordre social. Communisme est le nom de cette proposition.

Bien sûr, communisme est un mot détérioré par l’histoire et de nombreux secteurs, de la société restent sensibles à cela. Je me suis moi-même longtemps interrogé : fallait-il mettre un autre nom à la place pour des raisons pratiques et tactiques ? À la fin des fins, j’ai choisi de l’utiliser, à défaut d’autre chose. Qu’y a-t-il d’autre ? Anticapitalisme ? Non, nous ne sommes pas anti, nous sommes pro quelque chose. D’autres comme écologie, social ou solidaire sont des mots qui font partie de la grammaire interne au capitalisme. Ce ne sont pas de bonnes propositions pour dépasser le capitalisme. Alors, disons communisme !

Guillaume Roubaud-Quashie © Albert Facelly

Guillaume Roubaud-Quashie Je saluerai le courage de personnalités du monde intellectuel et médiatique comme Alain Badiou de continuer à se réclamer du communisme. Dans le monde intellectuel moins médiatique, je veux citer Lucien Sève, malheureusement décédé en 2020 lors de la première vague du Covid, qui s’est battu tout autant pour ce mot. Le communisme n’est pas qu’une question intellectuelle ou académique. Elle concerne le Parti communiste. La question du nom s’est d’ailleurs aussi posée pour le Parti. Certains partis, tel le PCI, ont fait d’autres choix. Mais il y avait un problème de fond. Si nous étions dans une démarche communiste en visant à être dans un mouvement conscient et large et évitant la manipulation, nous ne pouvions pas nous-mêmes être dans la manipulation en usant d’un autre mot.

Je réagis maintenant au propos de Frédéric Lordon pour relever l’événement que nous sommes en train de vivre. Nous sommes sortis d’un moment de « timidité », comme le disait Bernard Friot. Aujourd’hui, des figures intellectuelles importantes avancent sur le terrain de l’affirmation en utilisant le mot « communisme » en positif. Je veux souligner ce travail sur des projections d’avenir et non plus sur un simple refus du monde tel qu’il est. Concernant cette perspective communiste, je soulignerai l’actualité de l’impossible. Dans le Capital, Marx a une formule : « Après moi, le déluge, telle est la devise de tout capitaliste. »

Quand on lit les rapports du GIEC, nous sommes vraiment confrontés à cette fuite en avant mortifère. Si on continue à laisser le pouvoir à quelques actionnaires guidés par la seule soif de profits, l’humanité va vers l’abîme. L’urgence de l’impossible appelle autre chose. Et quand on voit ce dont est capable l’humanité, on entrevoit l’urgence d’un possible autre. Sans être étranglés par les logiques d’une course au profit de quelques-uns qui ne cherchent qu’à accumuler, nous pouvons répondre à des défis considérables. Nous sommes dans ce moment précis où il est urgent d’en finir avec le capitalisme et où il est urgent et possible d’entrer dans un nouveau temps de l’histoire humaine. Le communisme est cette urgence.

Les crises que nous traversons sont structurelles. Dans celles qui assombrissent les horizons à court terme, il y a la crise climatique. Dans cette urgence, comment peut-on construire un rapport de forces politique permettant un déploiement du communisme ?

Bernard Friot Le rapport de forces ne peut se tenir que dans la souveraineté du travail. Je suis maintenant convaincu que c’est le seul lieu de notre puissance. Tant que nous accepterons de faire des boulots avec lesquels nous sommes en désaccord, rien ne changera. La conquête de la souveraineté sur le travail est le lieu décisif de la lutte des classes.

Regardez ce qui s’est passé à l’hôpital. Les soignants et soignantes ont été dépossédés de leur travail par les gestionnaires des hôpitaux depuis quarante ans. Et durant la pandémie, alors que ces gestionnaires étaient dans les choux, les soignants et les soignantes ont, eux, retrouvé la maîtrise en tant que professionnels.

Frédéric Lordon Là où la démolition de la classe ouvrière n’a pas suscité un seul battement de cils de la part de la bourgeoisie, la destruction de la planète, qui forcément la concerne un peu plus, commence à l’émouvoir. Avec la question climatique, nous retrouvons un levier politique, et même psychologique, affectif, puissant. Pour une fois, la politique de la peur pourra être maniée par d’autres instances que les pouvoirs capitalistes et impérialistes. Il ne va pas falloir s’en priver ! À condition de faire déboucher cette peur sur des figurations d’un avenir autre. Pour construire un nouveau rapport de forces, il faut d’abord ne plus être dans le déni. Je vise là les intellectuels. On ne peut pas penser la destruction de la nature sans mettre en cause le capitalisme. Pour sauver ce qu’il reste de la nature, cela revient à renverser le capitalisme !

Guillaume Roubaud-Quashie Notre débat est très instructif. Non seulement la perspective positive du communisme revient, mais une autre grande question, souvent dissimulée par ceux qui étaient effrayés par les échecs réels du XXe siècle, celle de l’organisation, peut être posée. Car, comment construire un rapport de forces sans organisation ? On me rétorquera que je fais un plaidoyer pour le Parti communiste. Pourtant, cette question se pose vraiment. Maïakovski disait :  « Malheur aux hommes seuls. » Il avait raison. Si l’on veut que les choses bougent, il y a besoin de mettre en commun les expériences, les réflexions, mais aussi les actions.

Bien sûr, les formes « parti » doivent s’améliorer pour être plus efficaces, pour être encore plus et mieux parti. Pour autant, nous ne parviendrons pas à faire grandir un rapport de forces si chacun bougonne devant son smartphone ou sa télévision. La seule manière d’y arriver, c’est de se coordonner et d’avancer ensemble. Ce n’est pas la réponse exclusive, mais elle est assez structurante : il faut renforcer les organisations de la classe de ceux qui ont tout intérêt au communisme. Cela passe aussi par la confrontation d’idées. À ce propos, le rôle que tient l’Humanité, avec sa Fête, est important.

Sur le travail, Bernard Friot, vous proposez un « salaire à vie ». Frédéric Lordon, vous parlez d’une « garantie économique générale ». Le PCF définit un système de sécurité d’emploi et de formation. Qu’est-ce qui distingue ces propositions ?

Frédéric Lordon Je me reconnais intégralement dans la proposition de « salaire à vie ». Je fais juste une variation nominale mais pas une distinction de principe. C’est l’une des questions dont nous avons beaucoup parlé, avec Bernard Friot, dans les conversations qui ont abouti à notre livre d’entretiens En travail (1).

Je lui explique le sens de l’évitement du terme « salaire ». J’ai bien compris ce qu’il avait en tête, mais j’ai eu l’impression qu’il cherchait les difficultés : le mot salaire étant intimement lié à l’ordre social capitaliste. Cet ordre s’établit sur une série de rapports sociaux du salariat, du travail, de la mise en activité humaine propres au capitalisme. Dessiner alors une perspective communiste en l’asseyant sur la catégorie du salaire me semblait un paratonnerre à objections et à malentendus ! C’est la raison pour laquelle j’ai contourné le mot salaire. Nous nous en sommes expliqués. En réalité, la re-convergence était très simple à opérer.

À l’issue de la discussion, une démarche de requalification conceptuelle paraissait logique. Bernard Friot l’avait déjà accomplie, notamment à propos de la valeur. Il n’y a pas le salaire tout court. Il existe le salaire capitaliste et le salaire communiste. La forme communiste du salaire n’a rien à voir avec sa forme capitaliste. Il suffit de qualifier le salaire et alors le malentendu disparaît.

Bernard Friot Merci, Frédéric, d’adopter le salaire communiste comme projet ! Le salaire capitaliste, c’est la rémunération d’une activité validée comme productive. Sa forme la plus centrale, c’est le travailleur indépendant. La rémunération capitaliste est ce qui reste de la valeur produite, une fois que le fournisseur, le prêteur et l’acheteur ont prélevé l’essentiel. Si le travailleur ne produit rien, il n’a rien.

Pendant le confinement, les travailleurs indépendants se sont ainsi retrouvés à la rue. Les fonctionnaires ont, eux, conservé 100 % de leur salaire. Les travailleurs qui avaient un CDI ont gardé 84 %. Les intermittents, les gens en CDD, les précaires : zéro ! Le confinement a constitué une formidable démonstration. Des fonctionnaires qui ont plus travaillé, comme les soignants, ont conservé leur salaire. Mais d’autres, qui ont moins travaillé, l’ont aussi conservé parce que c’est un attribut de la personne. C’est une immense conquête de la CGT à travers le statut de la fonction publique. Le salaire communiste dissocie le droit à ressource de la validation sociale de l’activité. C’est cela qu’il faut généraliser à tous ! Car, je suis d’accord : cela ne sert à rien d’être anticapitaliste. Il faut être pour, et donc être communiste.

Alors même que l’activité était en difficulté, les salaires ont été maintenus. L’activité a été heureusement dissociée du salaire et cela a été bénéfique. C’est le salaire communiste ! Il repose sur un attribut accordé à la personne afin de lui octroyer une « capacité à » et une « responsabilité de ». Chaque travailleur est titulaire d’une qualification. La personne n’est pas reconnue comme travailleur à travers un contrat de travail, mais au travers d’une qualification dont elle est porteuse. Un fonctionnaire de l’État est ainsi porteur d’un grade, qui ne s’éteindra qu’à sa mort. Lorsqu’il prend sa retraite, il continue à être titulaire de sa qualification, donc son salaire. Le communisme engage une mutation anthropologique du statut du travailleur. Il s’agit d’un statut communiste de la personne adulte. Être souverain sur le travail doit s’établir sur un droit à la personne. C’est bien différent d’une continuité de ressource qui serait obtenue par une continuité du contrat de travail.

Guillaume Roubaud-Quashie Je dois me positionner par rapport à la proposition théorique du salaire à vie avancée par Bernard Friot. Sur ce type de question politique, il y a besoin d’un investissement populaire large. Nous pourrions évoquer d’autres grands penseurs comme Paul Boccara, qui a développé la sécurité d’emploi et de formation. C’est aussi un projet important qui essaie de répondre à la question du chômage et en même temps à celle de l’efficacité sociale.

Plusieurs théories ont été élaborées par des intellectuels communistes. Durant leur congrès, les militants réfléchissent ensemble, confrontent et prennent des décisions. La position actuelle est en faveur du système actualisé de sécurité d’emploi et de formation. Le communisme est une question de classe : savoir qui décide ce qu’on produit et comment on le produit. C’est une question démocratique.

Pour y parvenir, quelle conceptualisation théorique faut-il adopter ? Nous avons intérêt à ouvrir le débat et continuer de travailler, et peut-être parfois tracer des chemins nouveaux. Entre théorie et politique, il existe des dangers. Le risque serait que le parti entre sur la scène théorique pour fixer une ligne politique, l’assène et close le bal. En tant que parti politique, nous ne devons pas entrer dans une démarche visant à estampiller telle ou telle théorie, mais au contraire stimuler l’effort théorique. En même temps, il y a besoin d’une validation pratique au fur et à mesure que l’action est menée.

(1) En Travail. Conversations sur le communisme, de Frédéric Lordon et Bernard Friot, La Dispute.
 
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3 octobre 2021 7 03 /10 /octobre /2021 07:05
La bulle de haine Zemmour -  Décrépitude(s) - le bloc-note de Jean-Emmanuel Ducoin

Une partie des milliardaires qui contrôlent les médias en France ont décidé de faire la courte échelle au racisme, à la misogynie, à l'homophobie, et pour finir au fascisme débridé d'un Zemmour. C'est lié certes à une pénétration ancienne des idées xénophobes et ultra-réactionnaires dans la bourgeoisie (Zemmour incarnant mieux le fascisme bien né des beaux quartiers que le désormais - faussement - plébéien Front National de Marine Le Pen), mais aussi à la volonté d'activer le conflit national-identitaire pour détourner de la lutte des classes (Plutôt Hitler que le Front Populaire!), voire, dans un raisonnement cynique d'apprenti sorcier qui est celui sans doute de Macron dont beaucoup de magnats des médias sont les alliés politiques, pour fracturer l'extrême-droite de manière à fragiliser la concurrente principale Marine Le Pen, voire pour s'offrir peut-être un second tour des présidentielles avec deux représentants conventionnels du MEDEF - Macron et Bertrand par exemple. Cette validation et banalisation des thèses de Zemmour s'observent aussi de beaucoup de quotidiens et magazines, et même désormais sur France Culture (avec le raciste multi-récidiviste Finkelkrault) ou sur France Inter où un chroniqueur de Nicolas Demorand dans la matinale du 7/9, Alexandre de Vechio (mercredi 29 septembre), pouvait la semaine dernière exposer une version "personnellement étayée" de la thèse du grand remplacement.

Résultat, l'hypothèse Zemmour aux présidentielles devient crédible et des sondages le créditent même de 15% ces derniers jours!!!

Pour un type qui ne s'est jamais présenté à une élection comme Macron il y a 5 ans! Ce monde est fou!

Jean-Emmanuel Ducoin, dans son bloc-note de L'Humanité du vendredi 1er septembre, rappelle la signification profonde et le danger du phénomène Zemmour, incarnant une forme de retour en puissance de l'extrême-droite nationaliste, bourgeoise, raciste et ultra-réctionnaire d'Action française s'affirmant en particulier dans le régime de Vichy:

 

Le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin. Décrépitude(s)
Vendredi 1 Octobre 2021 - L'Humanité

Zemmour - le-voilà, ou l’Action française…

 

Histrion. À l’heure où s’écrivent ces lignes, tandis que l’époque vire idolâtre, aguicheuse et sans scrupule, nos cœurs de républicains se serrent. Les sondages ne sont que des sondages et d’ici l’échéance des prétendant(e)s à l’élection monarchique, qui rend folle la France, le paysage politique et social peut encore se modifier et même se désagréger – qui sait ? Ici-et-maintenant, le bloc-noteur atterré se doit néanmoins de constater que, désormais, deux potentiels candidats d’extrême droite trustent environ 30 % des intentions de vote. Le phénomène s’avère tellement inouï et improbable qu’il est presque trop tard pour tergiverser. Après des années de chroniques sur la famille Le Pen, père et fille, après une bonne quinzaine d’écrits sur les atrocités de Zemmour-le-voilà, un fait politique déplorable s’impose à tous : la vieille pulsion nationaliste, qui a conduit à la collaboration avec le nazisme, est non seulement de retour, mais elle sature l’espace médiatique. L’irruption zemmourienne, et les ponts qu’elle installe entre les fascistes de toutes tendances et la droite extrême, en dit long sur l’état du camp conservateur et réactionnaire, prêt à se jeter dans les bras d’un histrion révisionniste. Minable moment d’involution, entre Action française et Vichy…

Pétainiste. Que les non-informés nous pardonnent : il suffisait d’avoir lu, dès 2014, le Suicide français (Albin Michel), pour comprendre la matrice fondamentale de Zemmour-le-voilà et à quel point le personnage était déjà en place, à la fois odieux et ordurier, poujadiste et pétainiste. Nous ne sommes pas en train d’écrire qu’il est plus ou moins néfaste que Fifille-la-voilà (encore que), mais l’ampleur de la « bulle » médiatique et politique autour de son nom, de son dernier livre et de ses prestations publiques hallucinées, a de quoi nous inquiéter. Sa mécanique est huilée et sa dialectique – machiavélique – se veut savante. L’ex-polémiste, moitié Maurras contemporain moitié Pauwels qui ose tout, même s’approprier l’héritage du général, n’incarne que la revanche xénophobe et ultranationaliste. Dans son livre, il s’avouait deux ennemis de classe privilégiés : les soixante-huitards et les féministes (enfin, surtout les femmes en vérité). Invraisemblables propos : « La propagande consumériste mina la culture traditionnelle du patriarcat ; les publicitaires, sociologues, psychologues s’allièrent aux femmes et aux enfants contre les pères qui contenaient leurs pulsions consommatrices. » Il louait les « hommes retrempés dans une virile vertu spartiate », refusait ce qu’il appelait la « domination émolliente des femmes » et regrettait que « ces vagues de féminisation et d’universalisme postchrétien » puissent briser « les digues d’une France encore patriarcale, reposant sur l’imperium du père, à la maison comme à la tête de l’État ».

Décrépitude. Le pire était encore ailleurs. Et par les hasards de son propre agenda, qu’il semble pouvoir imposer aux chaînes d’information en continu, nous en parlons en boucle depuis au moins quinze jours : le rôle de Pétain dans la déportation des juifs. Pour lui, une « doxa édifiée » qui repose sur « la malfaisance absolue du régime de Vichy ». Vous avez bien lu. Dès le Suicide français, Zemmour-le-voilà exaltait la figure de Pétain, qu’il disait sauveur de « juifs français » (ignoble nuance, même entre juifs) et pointait « l’efficacité de l’échange juifs français contre juifs étrangers, voulu et obtenu par Vichy ». Pétain en héros, voilà tout. Sept ans plus tard, il récidive. En vérité, l’ultraréactionnaire a procédé depuis longtemps à sa mue de pré-fascisant. En 2014, il ne cachait pas : « Maurras exalta jadis les quarante rois qui ont fait la France ; il nous faut désormais conter les quarante années qui ont défait la France. » Nous serons d’accord sur un point. Oui, les quatre dernières décennies furent assez tragiques. Sauf que Zemmour-le-voilà n’est aujourd’hui que le produit monstrueux de cette lente et terrifiante décrépitude idéologique…

 

La bulle de haine Zemmour -  Décrépitude(s) - le bloc-note de Jean-Emmanuel Ducoin
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3 octobre 2021 7 03 /10 /octobre /2021 06:57
Passage de témoin entre Patrick Le Hyaric et Fabien Gay, L'Humanité écrit une nouvelle page de son histoire avec son 8e directeur depuis 1904
Passage de témoin entre Patrick Le Hyaric et Fabien Gay, L'Humanité écrit une nouvelle page de son histoire avec son 8e directeur depuis 1904
L’Humanité écrit une nouvelle page de son histoire
Jeudi 30 Septembre 2021 - L'Humanité

Patrick Le Hyaric a annoncé son départ de la direction du groupe l’Humanité. Le conseil de surveillance a validé, mercredi, la nomination de son successeur, Fabien Gay. Le sénateur de la Seine-Saint-Denis devient le huitième directeur du titre, depuis sa création par Jean Jaurès en 1904.

 

L’un arrive, l’autre est sur le départ. Mercredi, le conseil de surveillance a validé la nomination de Fabien Gay au poste de directeur du groupe l’Humanité. Après vingt années à la tête du journal, Patrick Le Hyaric a décidé de quitter ses fonctions. L’occasion de revenir sur le parcours de ces deux hommes, le premier fils d’ouvriers, l’autre fils d’agriculteurs. Des trajectoires venues du monde du travail, dans la grande tradition de l’Humanité.

Les deux dirigeants se connaissent bien. Fabien Gay a été, durant dix mois, le collaborateur de Patrick Le Hyaric, à la tête du journal, en 2014. « C’était une expérience intense, confie le jeune sénateur communiste au téléphone. J’ai découvert, semaine après semaine, mois après mois, quelqu’un de très humain. Et une heure avec lui, c’est comme si tu avais lu un livre. J’ai beaucoup appris à ses côtés. C’est quelqu’un de dur au travail, d’exigeant, avec une rigueur intellectuelle hors du commun. » Le désormais ex-directeur de l’Humanité, de son côté, avait en tête le portrait-robot de son successeur : « Il convient d’élire un camarade qui connaisse bien l’Humanité et son fonctionnement, qui soit capable d’animer des équipes avec des personnalités fortes et diverses, qui soit capable de prendre des décisions parfois difficiles, et qui puisse maintenir des liens avec les institutions étatiques et le monde économique. » Toutes qualités qu’il a pu déceler chez Fabien Gay, dont il a proposé le nom.

Directeur de la Fête durant trois ans

Et Fabien Gay se dit « très heureux » de revenir à l’Humanité. Lui qui fut directeur sur trois éditions de la Fête, de 2015 à 2017, avant d’être élu sénateur, confie avoir « adoré » cette expérience, le travail, le sentiment d’urgence, et les équipes aussi. « La Fête, c’est ce qui rassemble toute la maison, estime-t-il, philosophe. Quand j’ai été élu sénateur de la Seine-Saint-Denis, en 2017, la seule chose qui m’a embarrassé, c’est de quitter le journal. » Il y revient « avec émotion, car c’est une très grosse responsabilité, en même temps qu’un très grand honneur d’y travailler ». Et a hâte de se mettre au travail, dans « cette belle maison qu’est l’Humanité ».

L’histoire est d’autant plus belle que Fabien Gay vient d’un milieu très modeste. Celui qui devient, à 37 ans, le plus jeune directeur de l’Humanité de tous les temps, est le fils d’une ouvrière et d’un tourneur-fraiseur devenu permanent de la CGT. Il a grandi dans un quartier populaire de Bordeaux, le Bacalan. Et il est le premier de sa famille à décrocher le baccalauréat, avant de se découvrir une passion pour l’étude à l’université de Bordeaux-III, où il décroche un master d’histoire contemporaine, de géographie, d’histoire des idées. « La fac, ça a été pour moi une révélation », avoue-t-il, de son accent chantant du Sud-Ouest. Parallèlement, il est très engagé dans son club de rugby, tour à tour joueur, entraîneur bénévole, éducateur. « Mon premier engagement militant, il est sportif », commente-t-il. Dans le club, se retrouvaient tous les gamins du coin, fils d’ouvriers, d’avocats ou d’architectes. « C’est un vrai lieu de socialisation, de vie, que je continue toujours à chercher dans le PCF comme dans mon rôle d’élu », affirme le jeune homme.

Côté engagement, il entre en politique avec la bataille contre le traité constitutionnel européen, puis les révoltes urbaines de 2005. Il prend assez vite des responsabilités au PCF, puis à la Jeunesse communiste (JC). Tout en poursuivant et finançant ses études, il travaille dans des champs de maïs, est tour à tour vendangeur, barman, serveur, et même, pendant neuf ans, animateur dans un village de vacances. Une expérience de la précarité qu’il n’oublie pas. C’est à cette époque qu’il collabore pour la première fois à l’Humanité, en participant au programme « Libres-échanges » qui ouvrait nos colonnes à de jeunes gens, avec un papier rageur sur Sarkozy et l’immigration. Fabien Gay a suivi son épouse en région parisienne, au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), où il est devenu permanent de la JC, avant d’entrer à l’Humanité, puis de devenir sénateur en septembre 2017. Thibaut Weiss, l’actuel directeur de la Fête de l’Humanité, a un souvenir ému de celui qu’il considère comme un « grand frère » : « Fabien a une vision. Il ne se contente jamais de rester strictement dans le rôle qu’on lui assigne. Il essaie d’aller le plus loin possible et d’emmener les gens avec lui, parce qu’il est généreux dans le travail, avec ses équipes. » Dans un moment où la Fête de l’Humanité doit être « réinventée », il considère que c’est « un atout » d’avoir comme directeur du journal quelqu’un qui en connaît les rouages.

Une page se tourne pour l’Humanité. Patrick Le Hyaric, en vingt années, a fait face à de véritables tornades. Il est arrivé en 2000, à 43 ans, dans un climat délétère, où le journal avait perdu des milliers d’abonnés. « Avec courage et abnégation, il a tenu le journal à bout de bras pendant deux décennies sans jamais se plaindre », dit de lui le PDG du groupe de la Dépêche du Midi, Jean-Michel Baylet, ancien président de l’Alliance de la presse d’information générale. « Ce qui m’a marqué chez lui, c’est qu’il est un véritable humaniste. En vrai radical-socialiste, j’apprécie beaucoup. Je l’ai toujours vu ouvert, jamais dans l’excès, ni dans l’intransigeance, à essayer de comprendre. Ça n’empêche pas les divergences. C’est un honnête homme dans tous les sens du terme », loue-t-il.

Protéger l’indépendance du journal

Et Patrick Le Hyaric a eu fort à faire. Il a été obligé, en guise de ticket de bienvenue, de procéder à un premier plan social qui l’a beaucoup affecté. Le dirigeant communiste, qui était directeur du journal la Terre, collaborateur d’André Lajoinie, a relevé les manches, convoqué les financements, placé inlassablement le personnel politique face à ses responsabilités. Il a dû affronter une véritable révolution dans les pratiques de lecture, d’abord avec l’arrivée des journaux gratuits, puis avec l’explosion d’Internet qui a totalement chamboulé tout le modèle économique des journaux. Son credo, durant toutes ces années : « Renouer avec les enseignements de Jaurès, et protéger l’Humanité pour la mettre au service de ceux qui en ont besoin », assure-t-on dans son entourage.

La dernière de ces tempêtes, en 2018, a failli signer la fin de l’aventure de l’Humanité, et il lui a fallu batailler pour inventer un nouveau modèle. Au final, d’une maison lestée par l’amertume et les ennuis financiers, en 2001, il laisse aujourd’hui une économie saine, un groupe de presse bien plus stable, composé de l’Humanité, de l’Humanité Dimanche, d’une plateforme Internet, mais aussi de la Terre et de Travailler au futur, avec des collectifs de travail soudés. « Ce qui caractérise Patrick, c’est son sens absolu des responsabilités, commente un proche.  Il pèse ses choix, et les assume, même quand ce n’est pas facile. Ça ne veut pas dire qu’il ait raison sur tout, mais c’est l’inverse de la bravade et de la gloriole, il y a même un côté très pudique chez lui. »

Les directeurs de la rédaction qui se sont succédé depuis 2000 saluent aussi l’immense dévouement du directeur sortant. Pour Pierre Laurent, en poste de 2000 à 2010, « le bilan sur les années 1998-2021 est extraordinaire ». Patrick Apel-Muller, qui a pris sa suite jusqu’en décembre 2019, estime pour sa part que Patrick Le Hyaric « a su protéger l’indépendance du journal, alors que des difficultés financières attiraient des prédateurs de tout poil. Au fil d’un dialogue parfois animé avec la rédaction, il a tracé le sillon d’un quotidien ouvert, communiste et à la confluence des débats de la gauche, exigeant intellectuellement et accessible à tous. Une denrée rare dans le paysage médiatique aujourd’hui ». Sébastien Crépel, actuel codirecteur de la rédaction aux côtés de Maud Vergnol, assure que « Patrick a toujours joué le rôle de paratonnerre pour l’Humanité et ses équipes. En toute circonstance, il a pris la défense des journalistes et de ce qu’ils écrivent, même quand, en son for intérieur, il lui est arrivé de ne pas être d’accord sur tout. Quand on prenait des risques, c’est lui qui affrontait le danger. Et pourtant, il n’a jamais demandé à quiconque de se censurer, il est très attaché à la liberté de chaque journaliste. En échange, il attend que nous soyons solidaires les uns des autres. Pour lui, rassembler, à l’intérieur comme autour de l’Humanité , faire la chaîne pour être plus forts, c’est une préoccupation constante depuis vingt ans ».

Un nouveau chapitre du journal de Jaurès s’ouvre. Patrick Le Hyaric, qui continuera à s’occuper du développement de la Terre et de Travailler au futur, rappelle que «  l’Humanité est un trésor que nous lègue le mouvement ouvrier et communiste. Il est le seul journal de cette nature dans le monde capitaliste, un journal d’inspiration, de combat et de création communiste. C’est un caillou dérangeant pour le talon de fer du capital, observé, jalousé, et qui, à n’en pas douter, continuera à faire l’objet de manœuvres pour l’ôter au courant communiste et progressis te ». Fabien Gay assure : « Nous continuerons à faire de l’Humanité un journal ouvert sur la société, avec des informations qu’on ne retrouve nulle part ailleurs, qui fait vivre ses valeurs, montre l’actualité sous un autre angle, la décrypte et la rend accessible au plus grand nombre. Et ce, avec tous les défis qui attendent ses équipes. »

Dans tous les cas, comme l’a déclaré Patrick Le Hyaric, « l’Humanité est un combat quotidien, qu’il faudra continuer à mener tous ensemble ».

Délibéré du conseil de surveillance de l’humanité

Le conseil de surveillance de la Société nouvelle du journal l’Humanité (SNJH) s’est réuni ce mercredi 29 septembre 2021.

Il prend acte des résultats satisfaisants du bilan comptable de l’exercice 2020, avec un résultat net positif de plus de 3 millions d’euros.

Les membres du conseil de surveillance expriment leur satisfaction sur la pleine réussite de l’édition 2021 de la Fête de l’Humanité.

Alors que les premières tendances pour cette année 2021 montrent la possibilité d’un équilibre comptable, ils confirment la nécessité de respecter la trajectoire du plan de continuation et de mettre en œuvre l’ensemble des projets exposés lors du conseil de surveillance afin d’impulser le développement du groupe l’Humanité.

En ce sens, le quotidien et le magazine seront rénovés à la mi-novembre. Des initiatives nouvelles de relance des ventes et des abonnements, ainsi que de la conquête publicitaire seront prises. La plateforme numérique sera rénovée courant 2022. D’autre part, la migration de la Fête de l’Humanité au cœur de l’Essonne est un chantier important à réussir pour l’avenir du groupe.

Enfin, le conseil de surveillance prend acte de la demande de M. Patrick Le Hyaric, président du directoire, et directeur de l’Humanité, d’être remplacé dans ses fonctions.

Le conseil de surveillance élit M. Fabien Gay – qui a été membre du comité de direction de l’Humanité, directeur de la Fête – au poste de président du directoire, directeur de la publication. M. Patrick Le Hyaric l’assistera un temps dans ses fonctions et conservera la présidence de la filiale « Les éditions des futurs » portant les titres la Terre et Travailler au futur. Le conseil de surveillance remercie Patrick Le Hyaric pour le travail accompli et son engagement sans faille depuis vingt et un ans au service de l’Humanité.

Le conseil de surveillance exprime toute sa confiance et son soutien à M. Fabien Gay pour mener à bien la nouvelle période qui s’ouvre.

Saint-Denis,

le 29 septembre 2021

Passage de témoin entre Patrick Le Hyaric et Fabien Gay, L'Humanité écrit une nouvelle page de son histoire avec son 8e directeur depuis 1904
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3 octobre 2021 7 03 /10 /octobre /2021 06:52
Avons-nous vraiment besoin de nouveaux immigrés ?  : quand Valls fait du Zemmour

Toute honte bue, l'ancien ministre socialiste, et candidat malheureux et traître à la primaire du Parti socialiste, marche désormais clairement sur les plates bandes de l'extrême-droite. Quand la séduction raciste et fasciste s'empare de la bourgeoisie néo-libérale!

« Avons-nous vraiment besoin de nouveaux immigrés ? » : quand Valls fait du Zemmour
Jeudi 30 Septembre 2021

Appelant « les républicains de tous bords » à une réforme drastique sur l’immigration, l’ancien premier ministre s’aligne sur les thèses de l’extrême droite.

 

Il avait motivé sa démission du conseil municipal de Barcelone en affirmant son « ardent désir d’être utile » dans le débat présidentiel. Et c’est à se demander à qui Manuel Valls souhaite rendre service, tant sa tribune sur l’immigration publiée, mercredi, dans le Figaro, fait état de sa conversion idéologique à l’extrême droite. Prétendant renvoyer dos à dos une partie de la gauche et l’extrême droite et disant rejeter le concept fumeux de « grand remplacement », l’ancien premier ministre légitime en réalité cette thèse. « Avons-nous vraiment besoin de nouveaux immigrés ? Rien ne le démontre », assène-t-il, tout en plaidant pour la suspension du regroupement familial, l’instauration de quotas et une hausse des expulsions. « J’appelle à reprendre le contrôle de notre politique migratoire avant que l’extrême droite ne prenne le contrôle de notre pays », affirme-t-il, tout en appliquant tout ou partie du programme de son prétendu adversaire. Comme Éric Zemmour, Valls souhaite même s’affranchir de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, qu’il voit comme « une résistance extérieure ». « Ces mouvements (d’immigration) ne s’expliquent plus par nos besoins, mais par une générosité croissante de nos politiques sociales », soutient-il, comme s’il était membre du RN, faisant de notre modèle social la cause des migrations, devant les guerres et les inégalités économiques. L’ancien socialiste s’inquiète même que « l’origine géographique des immigrés est désormais majoritairement extra-européenne », théorisant ainsi des bonnes et des mauvaises zones d’immigration, ce qui rend à ses yeux « plus difficiles les objectifs de mixité ». Un glissement idéologique au point de plaider pour une limitation à 30 % du nombre d’étrangers par quartier dans nos villes. « C’est ainsi que l’on défend une identité, une civilisation et une nation comme les nôtres », assure celui qui veut « tout repenser à partir de zéro » et a manifestement atteint le degré zéro de la réflexion politique.

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3 octobre 2021 7 03 /10 /octobre /2021 06:03

 

A l’occasion du Congrès HLM, qui se tient cette année à Bordeaux, le Premier Ministre s’est alarmé des mauvais résultats de la politique gouvernementale en matière de logement et a annoncé un coup de pouce fiscal pour soutenir le logement social.

 

 

Quelle hypocrisie, après quatre ans à faire les poches des bailleurs sociaux et à fragiliser un secteur que l’Europe entière nous envie. L’année 2020 a été une année noire pour le logement social avec seulement 87 500 nouveaux logements financés. C’est 32% de moins qu’il y a 5 ans. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, la construction s’est effondrée alors même que le Président vantait un « choc de l’offre ». Si choc il y a, c’est à la baisse et au détriment des familles populaires et des classes moyennes.


Le bilan du gouvernement est catastrophique en matière de logement : baisse des APL, construction en berne, coupes budgétaires drastiques pour les bailleurs sociaux. Ce ne sont pas les mesurettes annoncées par Jean Castex qui changeront la donne. Le « quoi qu’il en coûte » n’a pas concerné le logement dans un pays qui compte 10 millions de pauvres et plus de 4 millions de personnes mal-logées.

Faisons du logement la priorité !

  • Nous construirons massivement de nouveaux logements sociaux dans toutes les grandes villes et en priorité dans les communes qui en comptent le moins. La loi prévoit 25% de logements sociaux dans toutes les communes : je propose de porter l’obligation légale à 30%.
  • Nous revaloriserons également l’APL pour soutenir les familles, les jeunes, les précaires qui ne parviennent plus à se loger.
  • Nous lutterons contre les loyers trop chers dans les grandes villes à travers un dispositif d’encadrement des loyers revu de fond en comble et nous maitriserons le foncier avec une politique d’acquisition massive.


C’est ainsi que nous redonnerons du pouvoir d’achat aux habitants et que nous ferons reculer la spéculation. C’est le défi des jours heureux : j’y suis prêt.



Fabien Roussel, député du Nord, candidat à la Présidence de la République,

 

 

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2 octobre 2021 6 02 /10 /octobre /2021 08:46

 

 

Prenant prétexte de la fin de la pandémie, le Président de la République et son Premier ministre ont donc décidé d'imposer la mise en œuvre de la contre-réforme de l'assurance-chômage en ce 1er octobre, malgré l'unanimité qu'elle rassemble contre elle.

Selon les chiffres de l'Unedic, avec l'entrée en vigueur de celle-ci, 1,15 millions de personnes vont ainsi voir aujourd'hui leurs droits baisser drastiquement, en moyenne de 17 % et jusqu'à 40 % pour les 400.000 les plus précaires, dont de nombreux jeunes. 50% des allocataires touchent moins de 860 euros par mois : Comment oser dire que l'on gagne plus au chômage qu'en travaillant !
Cette décision est une ignominie à l'égard des salariés concernés, jugés coupables d'un chômage dont seuls sont responsables les gouvernements successifs et le MEDEF.

Cette contre-réforme vise à faire 3 milliards d'euros d'économie sur le dos des chômeurs. Dans un pays qui compte plus de 6 millions de personnes privées d'emploi, plus de 10 millions de personnes sont dans une situation de pauvreté. Qui peut encore nourrir cette idée de folle de s'attaquer aux maigres droits des chômeurs plutôt que de travailler avec courage à l'éradication du chômage ?
Cette contre-réforme souligne par ailleurs le dogmatisme ultralibéral du pouvoir, qui préfère s'en prendre aux salariés que de travailler à éradiquer le chômage.

Le déficit de l'Unedic est d'abord nourri par la persistance d'un chômage de masse ! Les délocalisations en cascade, la course au profit et les cures d'austérité appliquées aux services publics comme aux communes sont responsables du chômage. De même, les bas salaires, les conditions de travail pénibles, le temps partiel subi sont dénoncés par des salariés qui ne veulent plus se faire exploiter quand, en même temps, les taux de marge des entreprises atteignent 35% selon la Banque de France.

Il faut une toute autre politique dans le pays, pour relever les immenses défis écologiques et sociaux.
Le PCF propose d'augmenter les salaires et de créer tout de suite les centaines de milliers d'emplois qui manquent dans nos services publics, en engageant notamment des pré-recrutements, à empêcher les restructurations organisées par les grands groupes, toujours accompagnées de plans de suppressions d'emplois, en déclarant un moratoire sur ces suppressions, à mettre un terme au grand déménagement industriel du pays.

Fabien Roussel, candidat à l'élection présidentielle, présentera l'ensemble des mesures en faveur de l'emploi, de sa sécurisation et des salaires, le 21 novembre à l'occasion d'un grand rassemblement à Paris.

Parti communiste français,

Paris, le 1er octobre 2021.

 

 

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2 octobre 2021 6 02 /10 /octobre /2021 05:55

 

En cette rentrée, mettons un coup d’arrêt aux mesures qui dégradent nos conditions de vie et d’étude !

Après presque deux ans de crise sanitaire, la jeunesse est lésée et se voit toujours autant affectée par la situation, que l’on soit étudiant·e, lycéen·ne ou jeune en insertion professionnelle. Nous avons été fortement impacté·e·s, dans tous les aspects de notre vie : cours en ligne, perte de job, salariat étudiant, chômage, nécessité pour beaucoup d’entre nous de se nourrir grâce aux distributions alimentaires des associations et syndicats étudiants, qui ont dû combler les lacunes de l’Etat.

 

 

D’une part, les jeunes sans formation ni emploi se retrouvent sans solution ni perspective durable avec un taux de chômage des jeunes qui continue de caracoler à 20%. La réponse du Gouvernement est celle de mettre en place la réforme de l’Assurance-chômage qui durcit nos conditions d’accès à cette dernière ! Par ailleurs, le nouveau revenu d’engagement jeune annoncé par le Président de la République, n’offre comme seule perspective pour les jeunes en recherche d’emploi qu’une version plus contraignante de la garantie jeune actuelle, entourée d’une communication trompeuse. Ce gouvernement refuse ne serait-ce que d’élargir l’accès au RSA aux moins de 25 ans et d’ainsi faire entrer les jeunes sans formation ni emploi dans le droit commun ! Une preuve, une fois de plus, d’un profond mépris de la part du Gouvernement et qui se refuse à mettre en place des politiques jeunesse à la hauteur.

Du côté des étudiant·e·s, la rentrée s’annonce tout aussi difficile que les précédentes. Malgré le retour sur les campus, les conditions de vie et d’étude des étudiant·e·s sont très difficiles pour toutes et tous. Et pourtant, le Gouvernement fait le choix de faire reculer les droits étudiants en supprimant le repas à 1 euro pour les étudiant·e·s non-boursier·ère·s, alors même que le coût de la vie étudiante augmente de 2,5% cette année ! Par ailleurs, alors qu’un·e étudiant·e sur six était en situation de décrochage l’an passé, certains établissements ont fait le choix, sous couvert de crise sanitaire, de maintenir des cours en distanciel cette année. L’hybridation des cours n’est que la mise en lumière du sous-financement chronique de l’Enseignement supérieur. Sous-financement d’une part, application de réformes néfastes comme la hausse des frais d’inscription pour les étudiant·e·s étranger·ère·s d’autre part. Cette situation n’est pas acceptable !

Par ailleurs, 91 000 lycéen·ne·s qui se sont retrouvé·e·s sans inscription à l’issue de la première phase de Parcousup cette année, ainsi qu’un grand nombre d’étudiant·e·s en master se retrouvent sans solution de poursuite d’études. La situation se dégrade d’année en année face au manque de financements pour ouvrir des places et permettre à chacun·e de poursuivre ses études dans la filière de son choix. De plus, après deux ans sous une gestion chaotique et autoritaire de la crise sanitaire par Jean-Michel Blanquer dans les lycées et un rejet systématique des revendications des lycéen·ne·s, l’année 2021-2022 ne s’annonce pas meilleure. Le renforcement prévu du contrôle continu dans la note finale (suppression des E3C) va accentuer les inégalités, augmentant l’influence géographique dans la sélection. Les lycéen·ne·s oublié·e·s et méprisé·e·s se feront entendre dans la rue !

A contrario, ce gouvernement s’efforce de poursuivre ses réformes qui vont à l’encontre des aspirations de notre jeunesse. D’une part, la réforme de l’Assurance-chômage et d’autre part, le retour de la réforme des retraite. Ces réformes, unanimement dénoncées, mettent à mal les droits des travailleur·euse·s et des jeunes ainsi que notre droit à l’avenir.

Ainsi, nos organisations se joignent à la mobilisation intersyndicale interprofessionnelle nationale le 5 octobre et appellent les jeunes et les étudiant·e·s à se mobiliser partout en France sur leurs lieux d’études, de travail, dans la rue pour se faire entendre contre notre précarité actuelle et future.

Nous revendiquons l’abandon définitif de la réforme de l’Assurance-chômage et des retraites ainsi que

Pour les étudiant·e·s :

  • Le retour du repas à 1 euro pour l’ensemble des étudiant·e·s
  • Une réforme immédiate et ambitieuse des bourses
  • La mise en place d’un filet de sécurité sociale pour l’ensemble des étudiant·e·s garantissant une protection sociale supérieure au seuil de pauvreté pour ne pas avoir à se salarier pendant ses études
  • L’abandon de la sélection en Licence et en Master
  • La création de places en licence et en master ainsi que la titularisation des contractuel·le·s et l’embauche de personnels
  • L’abandon du plan Bienvenue en France qui augmente les frais d’inscription pour les étudiant·e·s étranger·ère·s non-européen·ne·s
  • Un investissement de l’État nous permettant d’étudier dans de bonnes conditions

Pour les lycéen·ne·s :

  • L’abandon du processus de sélection de Parcoursup et davantage de moyens pour l’orientation des élèves
  • Un plan de recrutement massif d’enseignant·e·s pour rattraper le retard et des mesures fortes dès la rentrée 2022 pour réduire le nombre d’élèves par classe

Pour les jeunes en insertion professionnelle :

  • L’ouverture du RSA pour les jeunes de moins de 25 ans en insertion afin d’éviter qu’un trop grand nombre ne tombent dans l’extrême précarité
  • La suppression des contrats précaires pour aller vers le CDI et la titularisation comme norme d’embauche
  • Le recrutement et la formation de jeunes dans le service public en commençant par la santé et l’éducation

 

Signataires : MJCF, UEC, UNEF, Jeunes Génération.s, Jeunes insoumis·es, Jeunes écologistes, JOC, l’Alternative, FSE, Solidaire étudiant·e·s, UNLa

 

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2 octobre 2021 6 02 /10 /octobre /2021 05:53

*Sébastien Ménesplier est secrétaire général de la FNME CGT.

Libéralisation, mondialisation et financiarisation ont porté des coups violents à la filière des industries électriques et gazières, et à la complémentarité entre les EPIC historiques EDF et GDF et leurs grands équipementiers.Une nouvelle maîtrise publique est nécessaire pour reconstruire une filière suivant une logique de service public,assurant à tous l’accès au bien commun qu’est l’énergie.

Comme remarque liminaire, je tiens à dire qu’on ne doit pas opposer les énergies entre elles mais démontrer avant tout leurs complémentarités.

La filière gaz, a laquelle la Fédération nationale des mines et de l’énergie (FNME) CGT est attachée, rassemble 130000 emplois en France, essentiellement implantés au cœur des territoires ; parmi ces emplois, 20000 sont dédiés aux missions de service public de gestion des infrastructures qui permettent d’acheminer, en toute sécurité, le gaz aujourd’hui nécessaire tant à l’usage énergétique de nos concitoyens qu’à l’industrie, ainsi qu’à la production d’électricité à hauteur de 10 % de la consommation nationale.

La FNME CGT porte dans son Programme progressiste de l’énergie la conviction de la nécessité d’un véritable service public de l’énergie, fondé sur l’équilibre entre la création d’un EPIC gaz et d’un EPIC électricité, comme ce fut le cas en 1946. S’il ne faut pas se priver d’étudier les spécificités de chaque énergie, le gaz ne doit pas être oublié car il est véritablement porteur de projets d’avenir.

 

LA DESTRUCTION DU LIEN ÉQUIPEMENTIERS-INDUSTRIES ÉLECTRIQUES ET GAZIÈRES

À partir des années 2000, l’obligation de mise en concurrence imposée par le droit européen via la directive de 1986, retranscrite en droit français, a complètement balayé les partenariats entre les équipementiers : principalement entre GE Alstom et Schneider à l’époque, mais aussi entre Areva et Framatome avec l’opérateur historique EDF, dans une dynamique d’investissements moindres du fait de la fin de la construction du parc nucléaire. Ces industries très spécialisées, rompues aux prescriptions techniques de haut niveau, maîtrisant le dimensionnement des équipements ou les performances exigées, ont pour la plupart essayé de se diversifier à l’international.

Autour des années 2000, la politique de « moins-disance » de la fameuse nouvelle Direction des achats d’EDF, dirigée par le premier transfuge hors statut arrivant tout droit des transports avec un parachute doré, a achevé l’ère des coopérations et des innovations. Elle a complètement abandonné un pan entier de notre industrie, de fait obligée de se tourner vers les autres pays d’Europe et, surtout, vers l’Asie, pour aller chercher des marchés. Même si des années après EDF a évolué en corrigeant sa position par la recherche de « mieux-disance », le mal était fait.

Certaines entreprises industrielles actrices dans le domaine énergétique ont résisté quelque temps en surfant en France sur la minivague du cycle combiné gaz en justifiant leur mise en service en un temps record (24 à 30 mois) avec des hypothèses macro-économiques favorables à court et moyen terme pour des installations se rémunérant en semi-base. D’autres se sont essayées à l’internationalisation, se frottant à une concurrence féroce qui les a poussées à l’optimisation économique et à la délocalisation. Ces industriels autrefois partenaires et « collaborateurs » d’EDF ont développé les pires travers de l’économie libérale et de marché avec, d’un côté, des marges calculées au plus juste dans la fabrication des équipements entraînant une baisse indéniable de qualité et de durée de vie des équipements et, de l’autre, des gains sur la masse salariale allant jusqu’aux délocalisations d’une partie de la fabrication des équipements, puis de leur totalité.

MONDIALISATION ET FINANCIARISATION

Malgré quelques échecs, le captage des matières premières se fait désormais par l’Asie. Lorsqu’une relocalisation est obtenue – souvent en contrepartie de contrats imposant une part locale – elle se fait dorénavant à partir de matières en partie déjà transformées. Ce fut le cas récemment d’ateliers de conduites forcées ou d’usines de fabrication d’éoliennes. On peut dire que l’Europe a délaissé définitivement la première étape de fabrication des équipements, celle qui implique les plus importants besoins énergétiques.

C’est bien la mondialisation, orchestrée par les directives européennes et les gouvernements successifs, quia désorganisé le secteur énergétique, créé un manque de planification-anticipation sur le très long terme,et qui a donc été la principale cause de la désindustrialisation. Celle-ci a aussi touché les entreprises électro-intensives dont le modèle d’affaires dépend d’un coût de l’électricité attractif, que la libéralisation n’a pas permis de maintenir.

Pire que la mondialisation, la financiarisation des entreprises achève maintenant le tout. Pour une entreprise, il est plus facile de neutraliser un concurrent par une OPA que de lui livrer une bataille concurrentielle. Même si ce dernier possédait des savoir-faire de niche, répondant à une demande spécifique, son « absorption » rime souvent avec disparition des spécificités pour permettre des marges bénéficiaires alléchantes, et donc des dividendes supplémentaires pour les actionnaires. C’est le cas dans la rocambolesque affaire Alstom-General Electric.

Nous constatons par ailleurs une tendance des plus critiquables, celle qui conduit les entreprises dites « progressistes » à se concentrer particulièrement sur le « verdissement » de leur image à coups de raison d’être, de conseil de parties prenantes alors qu’elles évitent et se dispensent de travailler avec les instances représentatives du personnel. Le salarié est pourtant un meilleur contributeur et investisseur que l’actionnaire : lui, il est inscrit dans la durée et se soucie de la raison d’être et de la pérennité de son entreprise.

OÙ SONT NOS LEVIERS ?

Les différentes politiques de subventionnement des dernières années ont montré leurs limites dans leurs destinations/destinataires et dans leurs montants, un « pognon de dingue » ayant été dilapidé. Cet effet d’annonce du gouvernement n’a qu’un seul objectif : soigner sa communication en direction des citoyens. Pour exemple, au sein du secteur, le fléchage des aides vers les promoteurs privés de la filière des renouvelables intermittentes (dont les équipements arrivent majoritairement d’Asie) ne crée que très peu d’emplois. Pourtant, ces subventions à outrance alourdissent le déficit de notre balance commerciale tout en pénalisant dans leurs fonctionnements et leur rentabilité les filières pilotables issues de la maîtrise publique. Fin 2018, la Cour des comptes enregistrait 121 milliards d’aides a venir par la CSPE pour la promotion d’un secteur censé se suppléer au nucléaire et à l’hydraulique mais qui n’apporte finalement aucun gain en termes de réduction des gaz à effet de serre. L’État stratège a disparu. L’État actionnaire se concentre sur la ponction de ses entreprises publiques. Arrive donc maintenant l’État philanthrope qui déverse des aides sans en attendre aucun retour alors même que les biais et les incohérences sont démontrés et avérés ; par exemple, le plan de relance 2020 devrait consacrer 7 milliards à la filière hydrogène. Des conditionnalités de divers types, et en particulier visant la protection des salariés, devraient être définies pour éviter les rapprochements opportunistes avec des actionnaires avides de dividendes qui cherchent rarement à réinvestir, même pas a minima, dans le secteur dont l’entreprise dépend. Comment l’État peut-il débloquer des montants pareils sans s’assurer d’un cadre d’utilisation contraint et de contreparties, voire d’engagements solides de la part des entreprises qui bénéficieront de ces mannes financières? Cela paraît absurde, mais c’est la réalité.

Il y a urgence à agir sur le volet réglementaire partout où cela est possible,et ce en tenant compte des exigences sociales et environnementales de demain. Il n’est pas normal que le coût extrêmement bas du transport mondial combiné à des avantages fiscaux sur les importations permette à EDF, par exemple, d’acheter en Asie les panneaux photovoltaïques dont elle a besoin, délaissant sa filiale française Photowatt, aujourd’hui au bord du gouffre. Et que dire de la turbine de GE Hydro pour le site de Gavet, étudiée et fabriquée en Inde et qui a dû retourner en Inde avec les calculs refaits par les bureaux d’études de Grenoble ? Aujourd’hui, c’est pourtant le site GE de Grenoble qui est menacé de fermeture.

La nécessité de changer de logique et de philosophie économique comme éthique est une évidence qui pourtant se fracasse sur le mur du capitalisme et de l’individualisme. Mais alors, comment faire renaître l’espoir? La crise sanitaire assortie d’une crise économique devrait permettre de rebondir sur les priorités de la société d’aujourd’hui : faire la chasse aux inégalités commence par disposer d’un coût de production de l’électricité bas carbone au plus bas, et accessible à tous pour permettre le report des usages d’énergies fossiles sur ceux bas carbone. Ce défi-là, nous l’avions déjà relevé dans les années 2000, le constat est donc que c’est possible.Et c’est ce que la FNME CGT porte et rappelle dans son Programme progressiste de l’énergie. Revenir à des EPIC est nécessaire et permettrait à l’État de reprendre sa responsabilité essentielle dans des activités et des prises de décisions qu’il a délaissées :

  • dans la planification et dans l’optimisation technico-économique du mix énergétique ;
  • dans l’optimisation d’un secteur aval libéralisé et présenté de manière mensongère comme vertueux alors qu’artificiel, structuré avec des offres et services « verts » alors que les emplois de la commercialisation sont en partie délocalisés (Total – Engie) ;
  • pour le maintien des tarifs réglementés gaz et électricité pour le bien de première nécessité qu’est l’énergie. Sans maîtrise de la variabilité des prix, la stabilité des modèles d’affaires des entreprises sera a coup sûr perturbée dans l’avenir.

La libéralisation a engendré énormément de risques qui sont facturés aux usagers. Le constat pour l’usager est amer : par rapport à l’inflation, sa facture d’électricité a fait un bond de + 40 %, et celle du gaz de + 70 %,alors que jamais du temps de l’EPIC EDF ou de l’EPIC GDF les augmentations de tarifs n’avaient dépassé l’inflation. La continuité d’approvisionnement est également aujourd’hui même menacée, alors que c’est une préoccupation majeure lorsqu’il s’agit d’envisager l’intérêt général pour tous les usagers, particuliers comme professionnels. La décision d’investissement pour les EPR n’est pourtant pas encore actée, ce qui est très inquiétant et pose le risque de notre dépendance aux autres pays du fait des choix qui sont en train de se dessiner pour l’avenir en termes de transition énergétique. Il ne faut pas oublier que l’EPR de Flamanville est un prototype d’EDF sous la forme juridique de société anonyme dont l’expertise technique a été balayée par une gouvernance essentiellement financière.

Ce marasme des années passées met en exergue des pistes de réflexions pour redynamiser la filière industrielle et répondre aux enjeux d’un véritable service public de l’énergie. Il s’agirait notamment de travailler sur les besoins en compétences techniques, d’ingénierie, de recherche, de développement et de formation. Il y a aussi urgence à ré-internaliser des activités aujourd’hui sous-traitées, mais de le faire avec l’accompagnement nécessaire à un redéploiement d’une meilleure gestion de la sous-traitance sur le territoire. L’exemple du manque de soudeurs dans les métiers de la chaudronnerie est évident : que faisons-nous pour y remédier? Pourquoi ne pas se tourner vers les solutions du passé qui ont largement fait leurs preuves, comme les écoles de métiers par exemple ? Une nouvelle filière est à construire sous maîtrise publique, celle du démantèlement de la filière nucléaire ! On ne peut pas nier les objectifs politiques d’arrêt de douze réacteurs d’ici à 2035. C’est cependant mal parti par des jeux d’alliances entre EDF et d’autres entreprises dont les dividendes seront la priorité avant le nécessaire traçage des éléments irradiés, par exemple. EDF gère pas moins de 30 milliards d’euros d’argent public qui seront déversés pour ces opérations délicates. Une niche certainement pour certains et… l’État philanthrope !

 

DES REVENDICATIONS ET L’AVENIR DE LA FILIÈRE

Le secteur énergétique a besoin de se réindustrialiser. Il est nécessaire d’investir dans les différentes filières de production, dans les infrastructures gazières et électriques qui deviennent incontournables pour dessiner l’avenir et mettre en œuvre la transition énergétique. Les critères de choix doivent être fondés sur l’intérêt général, la maîtrise publique, la sécurité d’approvisionnement et de desserte pour atteindre les objectifs de réduction de CO2. L’hydroélectricité, le nucléaire,tout comme le captage et la séquestration de CO2 contribuent avec les énergies renouvelables au développement de l’énergie bas carbone et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Au regard des besoins pour la consommation électrique,l’énergie pilotable et réactive des centrales thermiques, nucléaires et hydrauliques est nécessaire.

La France devra développer de nouveaux projets pour les années à venir,construire des stations d’énergie par pompage pour l’hydroélectricité et développer la quatrième génération de réacteurs pour le nucléaire(démonstrateur ASTRID) progressant un peu plus vers la fermeture du cycle. Les filières biogaz, hydrogène ou méthane de synthèse seront des vecteurs importants pour permettre le remplacement des énergies fossiles dans les processus industriels, et contribueront donc à la lutte contre le dérèglement climatique. De multiples autres pistes existent, comme le captage de CO2et le projet de reconversion porté par les travailleurs des centrales de Lucy, Cordemais et Gardanne.

II sera primordial de maîtriser et gérer la complémentarité des énergies constituant ce nouveau mix énergétique. La FNME CGT par son Programme progressiste de l’énergie préconise des solutions pour la réindustrialisation de la France. Cela pas sera inévitablement par l’exigence d’un service public de l’énergie, véritable enjeu de société. L’électricité et le gaz sont des biens de première nécessité, l’énergie est notre bien commun !

 

 

 

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