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4 avril 2022 1 04 /04 /avril /2022 05:35
Fabien Roussel, face à des citoyens, « La richesse de la France, c’est vous, pas les actionnaires » (L'Humanité, jeudi 31 mars)
Fabien Roussel, face à des citoyens, « La richesse de la France, c’est vous, pas les actionnaires »

Guerre, pouvoir d’achat en berne, réchauffement climatique… à ce monde en crise, Fabien Roussel veut opposer des « Jours heureux ». Le candidat communiste s’en explique avec des citoyens engagés pour la paix, la justice sociale et le climat, invités par l’Humanité.

À un peu plus d’une semaine du premier tour de l’élection présidentielle, le candidat communiste Fabien Roussel entre « dans la dernière ligne gauche de sa campagne », plaisante-t-il, déterminé à « ne rien lâcher ». Pour l’interroger, l’Humanité a sollicité des citoyens engagés dans des luttes sociales, écologiques, pour la paix. Premier thème : le pouvoir d’achat. Une question, en conséquence de l’inflation liée à la guerre en Ukraine, plus que jamais en tête des préoccupations des Français : pour 57 % d’entre eux – c’est ce qui comptera le plus dans leur choix le 10 avril, selon Elabe.

À ce sujet, avec la coordination Pas sans nous, qui a organisé un tour de France des quartiers populaires, Fatima Lancien a accepté de répondre à notre invitation. Salariée d’un grand hôtel et syndicaliste, elle a participé aux luttes menées par les petites mains des palaces. Le conflit en Ukraine a aussi, depuis son déclenchement par la Russie le 24 février, mis en lumière de nombreuses questions qui, d’habitude, passent sous les radars d’une telle élection.

Sveta, une habitante de Kiev, et Jean-Marie Collin, porte-parole d’Ican France, s’en font l’écho. Enjeux non moins essentiels, climat et transition écologique ont, a contrario, été un peu éclipsés du débat public cette année. Charlène Fleury, porte-parole d’Alternatiba, interpelle Fabien Roussel dont les positions, sur le nucléaire ou la viande, détonnent à gauche.

POUVOIR D’ACHAT

Fatima Lancien : Je suis en poste depuis quatorze ans, j’ai commencé à 1 300 euros et je gagne aujourd’hui 1 600 euros. Est-ce qu’on peut vivre avec ça ?

Non, madame. C’est impensable et, pourtant, c’est une réalité : des gens travaillent et sont pauvres. On ne reconstruira pas la France avec des Français mal payés, épuisés et pas respectés. Mais on le fera en faisant confiance aux salariés, en leur redonnant le pouvoir. Nous, nous voulons la France de la bonne paie, augmenter le Smic à 1 500 euros net et convoquer une conférence générale pour la hausse des salaires de l’ensemble des branches professionnelles. Il y a en moyenne 20 % à rattraper. Si les patrons font de la résistance, je remettrai en place ce qui a existé il y a une quarantaine d’années : l’échelle mobile des salaires pour les indexer sur l’évolution du Smic.

Fatima Lancien : Je suis pour les 32 heures. Mais en faire 35, voire 39 avec des heures supplémentaires exonérées d’impôt, cela permet de finir le mois avec plus d’argent…

Mais le palace où vous travaillez, il n’a pas les moyens d’augmenter les salaires ? C’est le salaire avec les cotisations qui financent la Sécurité sociale, la retraite, la santé. Vous savez, les libéraux, la droite, le Medef théorisent que le salarié doit être stressé, pressuré en permanence pour être le meilleur. Nous avons une tout autre conception de la société : en misant sur un monde du travail heureux, nous sommes plus efficaces économiquement. Je veux entendre parler non plus de la valeur des actionnaires, mais de celle des hommes et des femmes qui produisent par leur travail. La richesse de la France, c’est vous. Et c’est aussi ceux qui soignent, qui enseignent, ceux qui produisent, qui créent… Si on investissait dans tous ces gens-là, nous aurions la plus belle des France.

L’Humanité : Vous évoquez les grands groupes, mais les TPE/PME, impactées par la crise économique liée au Covid, peuvent-elles assumer ces mesures ?

Beaucoup de PME et TPE ont besoin d’être soutenues. Cela passe d’abord par arrêter de donner de l’argent aux donneurs d’ordres qui sous-traitent à l’étranger ou imposent des prix si bas que les petites entreprises rognent la masse salariale. Je baisserai aussi leur facture énergétique, leur prime d’assurance avec la nationalisation d’Axa, les libérerai du poids des banques avec la nationalisation de deux d’entre elles et des prêts bonifiés. Enfin, je veux que les gros payent gros et que les petits payent petit. Les grandes multinationales doivent s’acquitter d’un impôt juste, à 30 %, prélevé à la source sur leurs bénéfices pour qu’elles arrêtent de les délocaliser, comme McKinsey et compagnie.

Fatima Lancien : Je vais bientôt avoir 65 ans, je suis toujours au travail, comment partir plus tôt en retraite ?

L’espérance de vie en bonne santé d’un ouvrier, c’est 59 ans. Alors, oui, la retraite à 60 ans, c’est un minimum de justice sociale. Ce droit, je le finance avec une cotisation sur les revenus financiers, pour lesquels Macron a mis en place un bouclier fiscal. C’est 30 milliards d’euros dans les caisses tout de suite. Il faut aussi augmenter les salaires pour relever le niveau des cotisations et des pensions. Avec 1 600 euros de salaire, vous allez avoir une retraite de misère.

Fatima Lancien : Un peu plus de 800 euros, et j’ai travaillé toute ma vie...

Comment peuvent-ils défendre un tel modèle ? Avec 800 euros, vous tombez en dessous du seuil de pauvreté, comme des millions de retraités. Je propose un minimum retraite à 1 200 euros net.

La coordination Pas sans nous : Face à la précarité et au manque de perspectives pour la jeunesse, créerez-vous un ministère dédié pour une politique ambitieuse et non plus morcelée ?

Oui, je souhaite un ministère dédié à la jeunesse et les moyens qui vont avec. Cela implique un revenu étudiant d’au moins 850 euros par mois pour être autonome sans avoir à travailler ni à souscrire un prêt, mais aussi la gratuité des transports ou encore la prise en charge de 50 % de la licence sportive. Car les jeunes que j’ai rencontrés demandent un statut social dès 18 ans, pour accéder au logement, à la culture… Pour faire vivre ces droits, je propose la création de maisons de la jeunesse dans chaque commune de plus de 9 000 habitants. Enfin, je veux passer un pacte avec le Medef pour garantir un emploi aux 800 000 jeunes qui sortent de l’école tous les ans.

Fatima Lancien : La droite risque de l’emporter, la gauche ne pourrait-elle pas s’unir pour empêcher cela ? Pourquoi ne pas vous allier avec Jean-Luc Mélenchon, vous auriez plus de chance de prendre le pouvoir ?

Je souhaite que la gauche l’emporte. Et elle le fera, reste à savoir quand et pour quoi faire. Je veux que ce soit le plus vite possible, mais pas pour mettre en place la politique menée sous Hollande. Et pour cela, il faut convaincre. Car on peut toujours additionner Mélenchon, Roussel, Hidalgo, Jadot, ça ne fait pas une majorité, parce que la gauche a déçu. Nous, nous ne nous étions pas présentés depuis 2007 et, avec ma campagne, j’ai réussi à faire revenir à gauche des Français qui n’y croyaient plus. Au premier tour, je leur demande de voter pour leurs idées, pas par défaut. Toute la force qu’on me donnera le 10 avril comptera pour la suite. Je la mettrai au service de la France et des travailleurs. Et de la gauche aussi, car je n’y ai pas d’ennemis. Au contraire, je veux la rassembler sur une politique qui tourne la page de toutes les erreurs du passé et qui remette en cause le pouvoir de la finance.

GUERRE EN UKRAINE

Sveta : Cela fait plus d’un mois que la Russie a envahi mon pays et nous subissons au quotidien ses bombardements. Comment comptez-vous stopper cette guerre et venir en aide aux populations ?

Vladimir Poutine a violé l’intégrité d’un État, c’est sans précédent de la part d’une puissance nucléaire. Les pressions les plus fortes doivent s’exercer contre les dirigeants russes afin d’obtenir le respect du droit international et, le plus vite possible, le cessez-le-feu. C’est ce qui doit guider la mobilisation de toutes les nations : protéger les civils et mettre fin aux crimes de guerre. Or, des places financières où ils ont leurs habitudes jusqu’au quai des milliardaires à Antibes où sont amarrés leurs yachts, les pressions contre les oligarques russes restent minimes.

Il faut faire bien plus. En revanche, nous ne sommes pas en guerre contre le peuple russe, nous devons tendre la main aux pacifistes russes qui subissent une répression sévère. La solidarité avec le peuple ukrainien va, bien sûr, de soi, nous devons lui permettre de résister, d’avoir accès à tout ce qui est vital, et accueillir ceux qui fuient la guerre.

Jean-Marie Collin : La guerre frappe à nos portes avec une puissance nucléaire qui a mis à bas le tabou de l’utilisation de l’arme nucléaire. Et Jean-Yves Le Drian (le ministre des Affaires étrangères – NDLR) a indiqué, en guise de réponse, que la France en possédait aussi. Cette menace inquiète, comment protégeriez-vous les Français si vous étiez à l’Élysée ?

La planète est devenue une véritable poudrière remplie d’ogives nucléaires. À la moindre étincelle, en quelques heures, l’humanité pourrait être rayée de la carte. La Seconde Guerre mondiale nous a appris que les pires crimes contre l’humanité sont possibles. Et souvenons-nous qu’il y a peu, un dirigeant américain disait au dictateur nord-coréen : «  J’ai un plus gros bouton que le tien. » Voilà où on en est. Le danger est réel, donc, en tant que président de la République, à l’issue de cette guerre, je souhaiterais que la France prenne la tête du combat pour un désarmement nucléaire multilatéral. Nous devons nous mettre autour d’une table et décider collectivement de cesser d’investir – cela coûte 5 milliards par an à la France – et de désamorcer nos bombes nucléaires. À ceux qui pensent que c’est utopiste, je rappelle qu’en pleine guerre froide, un traité de non-prolifération – bafoué depuis – a été signé. Je suis d’ailleurs favorable à ce que la France participe comme observateur à la conférence du traité sur l’interdiction des armes nucléaires, prévue en juin.

Jean-Marie Collin : Si vous preniez la tête de la présidence française de l’Union européenne, quel dialogue mettriez-vous en place avec les États de l’Union européenne, en particulier l’Allemagne avec laquelle la France tente de développer une politique européenne de défense ?

Cette guerre a montré que l’ensemble des pays européens peuvent condamner d’une même voix la violation des règles internationales. C’est très important. Mais, des pays Baltes et du Nord – qui poussent depuis longtemps à l’élargissement de l’Otan jusqu’aux portes de la Russie –, à la France et l’Allemagne qui l’ont toujours refusé et ont même dit non à l’intégration de l’Ukraine en 2008, nos divergences sont profondes. Je souhaite préserver la voix indépendante et originale de la France. Bien sûr, je le dis clairement, en période de guerre, il n’est pas d’actualité de sortir du commandement intégré de l’Otan. Mais à l’issue de celle-ci, plutôt qu’à une Europe de la défense atlantiste, je veux travailler avec les 50 pays du continent européen à un traité de sécurité collective. Je préfère nourrir la paix que l’engrenage sans fin de la guerre.

CLIMAT

Charlène Fleury : Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a décrit le 2 e volet du rapport du Giec paru en février comme un atlas des souffrances à venir. L’État français a été condamné à deux reprises pour son inaction climatique et la France n’est toujours pas sur une trajectoire compatible avec l’accord de Paris. En quoi votre programme permet-il de diminuer les émissions de gaz à effet de serre ?

C’est dans la décennie à venir que tout se joue ; nous devons mettre le paquet. Le Giec estime qu’il faut investir 6 % du PIB par an, soit 900 milliards d’euros à l’échelle de l’Union européenne et 140 milliards pour la France. C’est ce que propose notre programme des Jours heureux. Le capital doit participer à cette transformation de notre modèle économique, mais nous prévoyons aussi 65 milliards d’euros d’investissements publics par an.

C’est plus que la droite – ce n’est pas difficile –, mais aussi que le reste de la gauche, et de loin. Il s’agit d’atteindre la neutralité carbone en 2050, et pour cela, nous proposons d’investir dans les énergies renouvelables – l’éolien, le solaire, l’hydraulique – et dans le nucléaire. Donc investir dans les deux, et dans un service public. Macron veut confier les renouvelables au privé, c’est le projet Hercule. C’est dangereux car les Total, les BlackRock qui deviendront actionnaires nous feront payer très cher quand nous en aurons le plus besoin, en cas de guerre par exemple.

Charlène Fleury : Avez-vous l’impression que vous préparez un changement en profondeur suffisant, notamment au niveau de la sobriété, qui est un levier indispensable ? Et cela alors que vous défendez encore la voiture individuelle, une industrie relocalisée – certes un peu décarbonée grâce au nucléaire – et même la consommation de viande.

Je souhaite juste que ceux qui ne peuvent pas se chauffer, les douze millions de personnes en précarité énergétique, aient le droit à un toit qui ne soit pas une passoire thermique. Je suis aussi pour le grand remplacement des cuves à fioul. C’est deux milliards d’euros, on peut le faire. Je veux également que ceux qui ne peuvent pas manger dignement – sept millions de personnes font la queue de l’aide alimentaire – aient droit à une alimentation saine et française.

Venons-en aux voitures. Nous devons d’abord inciter à prendre les transports doux avec la gratuité dans les métropoles, notamment. Mais ne pas punir. Je n’ai jamais dit : « Allez-y, continuez d’utiliser votre voiture polluante. » Au contraire, pour les classes populaires, tous ceux qui n’ont pas d’autre choix pour se déplacer, je propose une prime à la conversion de 10 000 euros pour acheter un véhicule propre d’occasion de vignette Crit’Air 1 ou 2.

Charlène Fleury : Oui mais concernant la viande, par exemple, un ouvrier en consomme 25 % de plus qu’un cadre. Donc, promouvoir une consommation de viande, même française, ne semble pas aller dans le sens de la transition écologique, alors que sa production représente 80 % des émissions du secteur de l’agriculture.

Il faut manger moins de viande, réduire de 20 % notre consommation. Oui, mille fois oui. Manger moins de viande, mais de la bonne, pas de la gonflée aux antibiotiques, pas de l’importée. Je ne suis pas pour de l’élevage intensif. Il y a plein de pâtures ! Savez-vous que Xavier Niel et les Gafa (les géants du numérique Google, Apple, Facebook et Amazon – NDLR) sont en train d’investir dans les grands champs de céréales pour faire des steaks sans viande ?

Charlène Fleury : Mais pour produire un kilo de bœuf, il faut beaucoup plus de céréales que pour faire un kilo de steak aux céréales. Si on dit que tout le monde va manger de la bonne viande trois à quatre fois par semaine, on va dans le mur.

Mais permettez à ceux qui n’en mangent pas, ou que de la mauvaise, d’en manger de la bonne, et vous verrez qu’il y aura besoin de soutenir nos éleveurs français, nos espaces herbagés, en luttant contre l’industriel. Je veux un système agricole vertueux, vivable, avec moins et mieux de viande.

Charlène Fleury : Imaginons que ce système agricole soit mis en place, comment faites-vous pour que sa production soit accessible à tous ? À Alternatiba, nous défendons une sécurité sociale de l’alimentation. Un chèque de 150 euros par mois et par personne à dépenser uniquement dans des endroits conventionnés bio et durables. Vu que le PCF a été à l’origine de la Sécurité sociale, que pensez-vous de cette proposition ?

Je préfère augmenter les salaires et les retraites et ne pas avoir besoin de donner un chèque alimentaire. Je propose aussi un fonds alimentaire doté de 10 milliards d’euros pour garantir à tous nos enfants, de la maternelle à l’université, l’accès à des cantines proposant des plats issus de l’alimentation locale, avec des normes respectant le vivant, la planète et nos engagements climatiques. Pour éduquer les enfants au goût, au bon. Mais aussi pour offrir un débouché à tous nos agriculteurs et paysans.

On a perdu notre souveraineté alimentaire : pour les fruits et légumes comme pour la viande, nous dépendons à 50 % de l’étranger. Et on perd 100 000 agriculteurs tous les dix ans. À ce rythme-là, dans quelques années, on ne pourra même plus produire des steaks aux céréales. Il faut donc réformer nos codes de marchés publics avec une préférence locale et sociale.

Entretien coordonné et retranscrit par Julia Hamlaoui, Naïm Sakhi et Aurélien Soucheyre

Fabien Roussel, face à des citoyens, « La richesse de la France, c’est vous, pas les actionnaires » (L'Humanité, jeudi 31 mars)
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4 avril 2022 1 04 /04 /avril /2022 05:30
Présidentielle. Dans les coulisses des « jours heureux » (Cathy Dos Santos, L'Humanité, 2 avril 2022)
Présidentielle. Dans les coulisses des « jours heureux »

Après un an de campagne, Fabien Roussel s’est imposé dans le paysage politique. à l’approche du premier tour de la présidentielle, le 10 avril, et tandis que les appels à « voter utile » se font plus pressants, depuis le QG de l’espace Niemeyer comme sur les routes de France, la campagne se mène tambour battant.

Publié le Samedi 2 Avril 2022
L’écho de la voix se fait plus puissant. Les mots sont articulés, les intonations et temps de respiration pesés. Dans son bureau, sous les photos de sa compagne, Dorothée, et de ses cinq enfants sur une bibliothèque où figure en bonne place « le Bonheur de rire », de Georges Wolinski, Fabien Roussel s’imprègne du discours qu’il prononcera dans quelques heures à Nantes. Rare moment d’accalmie dans un agenda blindé, où le candidat communiste à la présidentielle enchaîne meetings et rencontres, court de plateaux de télévision en studios de radio.
 

Dans le couloir du cinquième étage de l’espace Niemeyer, à Paris, les va-et-vient sont incessants. L’équipe de campagne – une vingtaine de personnes, là où les autres partis en comptent pléthore – ne ménage pas ses efforts depuis un an. Elle est ventre à terre mais sur le pont, alors que se profile le 1er tour de l’élection, le 10 avril. Les téléphones ne sonnent pas ; ils saturent. Les temps forts s’enchaînent, sans pause. Ils n’empêchent pas les sourires, les rires et le plaisir d’être ensemble. C’est la France des « jours heureux » en pratique. « Il souhaitait faire une campagne heureuse et nous la faisons. Cette attitude positive donne de l’espoir aux gens, aux militants. Même fatigué, Fabien a toujours un mot pour dire “Je compte sur toi”. Il est exigeant, mais toujours dans la bienveillance », confie Christophe Grassullo, son chef de cabinet.

« Une voix originale à gauche »

La dernière ligne droite avant le scrutin n’a pourtant rien d’une croisière. La consigne que s’applique Fabien Roussel tient en quelques mots : dormir peu, se lever tôt et se coucher tard. « On s’attaque à une étape de montagne, au col du Tourmalet, alors qu’on en a plein les pattes. Mais c’est maintenant qu’il faut faire la différence, celle de l’espoir à gauche. Nous sommes en train de construire pour l’avenir. Il faut envoyer du bois et marteler que nous sommes le vote pour renforcer la France sociale, républicaine et laïque, féministe, écologiste », insiste-t-il, tel un capitaine de route, devant une partie de son équipe de campagne. Malgré les traits tirés et la voix éraillée, le candidat est remonté à bloc. « Face à l’adversité, on ne doit pas être défensif mais offensif, être combattant comme jamais. Nous faisons cette campagne parce que nous croyons en nos idées, en notre projet de société. C’est une campagne de convictions, alors, au 1er tour, on vote pour ses idées », assène-t-il, en faisant les cent pas dans cette salle de réunion qui, en son temps, a vu s’écrire le programme commun.

LE CANDIDAT DU PCF A SU IMPOSER UN STYLE, UN TON ET SURTOUT DES IDÉES, AU POINT DE BOUSCULER LE RONRON D’UNE CAMPAGNE FADE ET PRESQUE ATONE.

En novembre, sept mois après le lancement de sa candidature, Fabien Roussel avait prévenu que la route serait longue et semée d’embûches. Dans un contexte « pestilentiel », saturé par les idées de l’extrême droite et les coups durs de la Macronie, replacer la question sociale au cœur de la présidentielle relevait de la gageure. Et pourtant, le secrétaire national du PCF est parvenu à creuser un sillon. « Fabien porte une voix originale à gauche sur des questions qui avaient été désertées : le pouvoir d’achat, le droit à l’alimentation, la laïcité, la justice fiscale. Il les aborde de façon populaire. Il manifeste de l’empathie pour le monde du travail, pour le peuple de gauche, afin de faire respecter leur dignité. Son souci a toujours été de répondre aux préoccupations populaires, mais surtout d’être compris. Sa parole est claire, directe et compréhensible. Il comprend les classes populaires et le monde du travail et, en retour, ils le comprennent », soutient Christophe Grassullo.

Avant même de se présenter à la présidentielle, Fabien Roussel avait entrepris un tour de France des entreprises – 130 au total –, là où les travailleurs cumulent des bas salaires et le sentiment d’être délaissés, méprisés. Ces souffrances ont d’ailleurs nourri l’exigence de justice sociale qui irrigue le programme des « jours heureux ». Depuis un an, il a englouti des dizaines de milliers de kilomètres, entre Paris et sa circonscription de Saint-Amand-les-Eaux, dans le Nord, entre la capitale et les principales villes de France et d’outre-mer. Sans jamais regarder le compteur. Et puis, il y a eu l’Ukraine. « C’est une campagne éprouvante, exaltante et tellement exceptionnelle avec cette guerre aux portes de l’Europe. Elle a bousculé tous les débats et les meetings. Dans ce contexte de guerre, il faut pourtant aussi parler des préoccupations des Français, comme le pouvoir d’achat ou encore la vie chère, faire émerger des propositions, les rendre audibles », juge Fabien Roussel.

Salles combles à Paris, bordeaux, marseille

Dans la voiture qui file à la gare Montparnasse, il est pendu au téléphone, cale ses prochains rendez-vous, anticipe les grands moments à venir. Sur le quai, avant de s’engouffrer dans le TGV, direction la capitale de la Loire-Atlantique, il se prête volontiers au jeu des photos, comme avec Thierry, contrôleur de la SNCF, qui votera certainement pour lui, car « il a un discours honnête, il parle du travail, des salaires ». Inconnu hier encore du grand public, et désormais météorite médiatique à la faveur d’une fausse polémique manger bon et sain – montée en épingle sur les réseaux sociaux, Fabien Roussel a su imposer un style, un ton et surtout des idées, au point de bousculer le ronron d’une campagne fade et presque atone. « Il a l’air comme nous, simple et naturel, avenant et abordable. Il touche à tout ce qui nous concerne, il veut s’engager sur les vrais soucis du quotidien », déclare Cindy Monfort, une Nantaise de 30 ans, mère de deux enfants qui assistait, pour la première fois, à un meeting politique. Ce qui l’a convaincue ? « L’égalité des droits des femmes et des hommes, le combat contre les violences faites aux femmes et la réforme pour la retraite à 60 ans », explique-t-elle.

Ce soir-là, comme à Paris, Bordeaux ou Marseille, le candidat a encore fait salle comble. Son empathie naturelle le pousse vers la foule qui le lui rend bien. Embrassades et accolades, demandes de photos et de dédicaces, il reçoit aussi des encouragements appuyés de nombreux curieux et militants communistes fiers d’en découdre dans cette campagne. Elle est pourtant dure ; les coups sont rudes, à l’instar de l’article de Mediapart le soupçonnant d’emploi fictif et que Fabien Roussel a encaissé sans fléchir. Les temps de recueillement impossibles, malgré la perte d’un grand-père chéri et d’un beau-père.

Alors que le 10 avril frappe à la porte, la tension se fait plus palpable. Le débat politique se durcit, mais l’équipe fait corps. « Des dynamiques se dessinent. Fabien Roussel se maintient à un niveau correct. Mais on peut aller au-delà, il ne faut pas s’en tenir à notre stade. Beaucoup de gens commencent à s’intéresser à l’élection. Notre état d’esprit repose sur notre ligne de propositions, d’une part, sur la revalorisation du travail et des pensions, la force de la République sociale, laïque, féministe et écologique, alors qu’Emmanuel Macron travaille à son délitement, et, d’autre part, continuer de compter sur la force de Fabien, son discours, son ouverture, sa proximité avec les gens, la sympathie qu’il dégage », fait valoir Ian Brossat, le directeur de la campagne.

Rassemblement autour de sa candidature

Cet « au-delà », ce sont les indécis, les abstentionnistes, les électeurs qui ne votent plus, car trop déçus, trop en colère, trop résignés, auxquels Fabien Roussel a toujours voulu parler. Sa personnalité et les lignes maîtresses du programme de la France des « jours heureux », dont le fameux « roussellement » qui ambitionne de faire banquer les gros de la finance qui détournent des milliards d’euros pour redistribuer les richesses, ont porté leurs fruits. Elles ont permis de convaincre au-delà de la seule famille politique du communiste, et de fédérer d’autres formations, comme le Mouvement républicain et citoyen, la Gauche républicaine et socialiste, les Radicaux de gauche, la Nouvelle Gauche socialiste, ainsi que République et Socialisme, qui ont fait de Fabien Roussel leur candidat, sans renier leur propre sensibilité.

Icon QuoteLE VOTE UTILE, C’EST DÉVASTATEUR. À CE JEU - LÀ, NOUS NE VOTONS PLUS JAMAIS POUR DES IDÉES : ON VOTE PAR DÉFAUT ET C’EST TERRIBLE. FABIEN ROUSSEL

Cette dynamique est aujourd’hui confrontée aux appels pressants à « voter utile », censé déjouer le scénario d’un duel Macron-Le Pen au second tour. « Depuis combien d’élections présidentielles avons-nous droit à ce vote utile ? C’est dévastateur parce qu’à ce jeu-là, nous ne votons plus jamais pour des idées, nous ne votons plus jamais pour la personne dont nous nous sentons le plus proche : on vote par défaut et c’est terrible, dénonce Fabien Roussel. Il faut, au contraire, voter pour ses idées, pour celui pour qui on a envie de voter. J’ai fait le choix dans cette campagne de porter des réformes heureuses. Et je souhaite vivement que nous puissions les faire vivre. C’est ce qui doit compter le 10 avril et cela comptera pour la suite. »

Ses partenaires de route, compagnons de la création d’un conseil national de la République chargé de mettre en place les « jours heureux », partagent cet état d’esprit. « Fabien Roussel est le vote utile. Les thèmes qu’il a soulevés sont au cœur de la campagne, comme l’évasion fiscale », rappelle Emmanuel Maurel, l’un des fondateurs de la Gauche républicaine et socialiste, qui a rejoint l’atelier de campagne. Aux yeux de l’ancien socialiste, il est utile également pour « reconstruire la gauche de demain ». Car « la suite » pointée par le communiste est imminente, avec les élections législatives qui auront lieu dans la foulée et dont l’objectif est de faire élire un nombre conséquent de députés des « jours heureux ». « Cela va compter pour les luttes que nous devrons mener, pour donner du poids aux idées que nous défendons : la revalorisation des salaires et des retraites, le pouvoir d’achat, la République sociale, laïque, écologiste et féministe. Plus on donnera de la force à ma candidature le 10 avril, plus nous serons en capacité de défendre ce projet de société », fait valoir un candidat énergique en toutes circonstances.

En novembre 2021, lors de l’inauguration de son QG de campagne, le « FabLab », Fabien Roussel avait prévenu, sourire aux lèvres mais avec sérieux, que la route serait longue, très longue. Il avait à cet égard comparé la campagne à « un marathon » qui invite à « savoir se projeter sur la durée ». Le 10 avril n’est pas une ligne d’arrivée, mais une étape.

Présidentielle. Dans les coulisses des « jours heureux » (Cathy Dos Santos, L'Humanité, 2 avril 2022)
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4 avril 2022 1 04 /04 /avril /2022 05:28
Fabien Roussel veut incarner le vote contre l'évasion fiscale (L'Humanité, 4 avril - Naïm Sakhi - Julia Hamlaoui)
Fabien Roussel veut incarner le vote contre l'évasion fiscale (L'Humanité, 4 avril - Naïm Sakhi - Julia Hamlaoui)
Fabien Roussel veut incarner le vote contre l’évasion fiscale

Campagne Le candidat PCF entend s’attaquer aux « délinquants en col blanc ». Il propose la création de « brigades Eliot Ness » , chargées de récupérer entre 80 et 100 milliards d’euros qui s’évaporent, chaque année, dans les paradis fiscaux.

Publié le Lundi 4 Avril 2022
 

Villeurbanne (Rhône), envoyés spéciaux.

Il y en a qui s’en prennent au RSA, qui ciblent la dépense publique et fustigent la dette. Et puis, il y a un candidat à la présidentielle qui garde en ligne de mire le fléau de l’évasion fiscale, qui coûte entre 80 et 100 milliards d’euros aux finances publiques par an. Durant près d’une heure, samedi, en meeting près de Lyon, Fabien Roussel s’est attaché à dénoncer cette insupportable « délinquance en col blanc ». « Certains disent “optimisation fiscale”. C’est plus chic, c’est légal, mais c’est tout aussi déloyal et antipatriotique », accuse le candidat PCF. « Avec ces 100 milliards d’euros, tous les ans, on peut doubler le budget de l’éducation nationale et, en même temps, supprimer la CSG ou encore financer la retraite à 60 ans, qui ne coûte que 27 milliards d’euros », assure celui qui veut récupérer cet argent. « Le vote rentable, celui qui remplira nos caisses pour vivre mieux, c’est le vote de la France des Jours heureux ! » lance-t-il, avant de détailler comment il entend « mettre le paquet ».

Si Fabien Roussel devient président de la République, le sénateur PCF Éric Bocquet sera nommé ministre de la Lutte contre l’évasion fiscale. Et le gouvernement mettra sur pied des « brigades Eliot Ness », en recrutant 30 000 agents des impôts. « Elles seront chargées de traquer les fraudeurs fiscaux jusqu’à ce qu’ils finissent derrière les barreaux », précise Fabien Roussel. Le candidat plaide aussi pour le prélèvement à la source des bénéfices des multinationales. « Avec moi, c’est l’État qui calcule le montant et il l’imposera avant que les bénéfices ne partent dans les paradis fiscaux, assure le député.  C’est possible, j’ai déjà déposé le texte de loi » à l’Assemblée nationale, prévient-il. « Je serai toujours votre soutien sur ce combat-là », affirme Nicolas Forissier, lanceur d’alerte dans le scandale de la banque suisse UBS, dans une vidéo diffusée durant le meeting.

« La casa de Roussel »

La veille, le vendredi 1er avril, le candidat communiste avait lancé l’opération « Gros poissons » pour lutter contre la fraude fiscale. Si la mise en scène et l’affiche « La casa de Roussel », inspirée d’une célèbre série espagnole, tenaient de la blague, l’initiative était très sérieuse sur le fond. Avec un sourire, plusieurs militants se sont retrouvés devant le siège de l’Autorité des marchés financiers, à Paris, en combinaisons rouges et masques à l’effigie de Fabien Roussel. « Voilà notre 1er avril : la chasse aux gros poissons est ouverte. Ce tas de billets symbolise cet argent qui manque à la République. Il y a 100 sacs contenant chacun 1 milliard d’euros. C’est votre argent, c’est notre argent, on veut le retrouver dans le progrès social, dans les services publics, dans notre pouvoir d’achat  ! » lance le prétendant à l’Élysée ceint de son écharpe de député, depuis une nacelle parée d’une banderole « Le vote contre l’évasion fiscale, c’est Roussel !» 

Le candidat poursuit sa plaidoirie. « J’accuse les fraudeurs fiscaux de piller la République  ! » assène-t-il, avant d’envoyer sur le même banc les « cabinets fiscalistes, cabinets de conseil, sociétés offshore qui font le jeu de la fraude », «les traités européens responsables de la concurrence fiscale déloyale », ou encore « les multinationales du CAC 40 qui font le choix d’installer leur siège social dans ces paradis fiscaux ». « J’accuse aussi ce gouvernement, comme le précédent, de complicité. Sur 100 milliards d’évasion, il n’en récupère que 10, à peine 10 % », dénonce-t-il, avant de dérouler des propositions. Dont l’établissement d’une « vraie liste » des paradis fiscaux et la tenue d’une « conférence européenne » dédiée à la lutte contre la fraude. En pleine affaire McKinsey, révélée par la commission d’enquête du Sénat sur les cabinets de conseil dont la sénatrice PCF Éliane Assassi est la rapporteure, Fabien Roussel l’assure : « Voilà à quoi sert le vote communiste. C’est un vote utile pour lutter contre l’évasion fiscale.  »

« pour que l’argent serve les gens »

À côté de Lyon, samedi, le candidat s’est de nouveau indigné de cette affaire. « Passer des contrats avec des McKinsey tout en sachant qu’ils ne payent pas d’impôts ? Oui, dit le candidat Macron, c’est anormal, mais c’est légal », déplore le député. En cinq ans, 2,3 milliards d’euros au minimum ont été dépensés par l’État auprès de cabinets de conseil. Et ce alors même que la Macronie détricote la haute fonction publique et impose des cures d’austérité aux administrations… À l’inverse de ce que réalise Emmanuel Macron, « voter communiste », c’est voter pour des services publics de qualité, contre l’évasion fiscale et « pour que l’argent serve les g ens », assurent les militants réunis au meeting.

Une allusion directe à la pression du « vote utile » à gauche, qui s’amplifie à l’approche du scrutin. « J’hésite avec Jadot et Mé lenchon, mais Roussel, c’est mon choix de cœur. Il sait parler et ne renonce pas aux idéaux sociaux de la gauche », confie Pascal, qui regrette l’absence d’une union à gauche pour « empêcher Marine Le Pen d’atteindre le second tour ». « Je vais sans doute finir par voter utile. Mais la candidature communiste construit l’avenir. Fabien Roussel est la relève de la gauche radicale », mesure Jordan. « Jean-Luc Mélenchon n’a rien fait de ses 19 % de 2017. Pas question de “voter utile”. Je l’ai fait en 2012 et 2017, et cela n’a rien apporté pour changer la vie. Maintenant, je vote pour mes idées », répond Morgane. « On ne vote pas en fonction des calculs, mais pour des convictions », souligne à son tour Bernard Thibault. Dans une vidéo, l’ancien secrétaire général de la CGT a appelé à voter Fabien Roussel, rappelant que «dès que le PCF a eu une influence dans le pays, ce sont l à que les acquis sociaux ont été les plus forts ».

« La pente est rude mais nous la grimpons. Il reste encore huit jours pour renouer avec les grands progrès et les grandes espérances dont notre pays a le secret », affirme Fabien Roussel. Ce meeting près de Lyon a marqué l’avant-dernier exercice du genre pour le candidat, d’ici au 10 avril. Le prochain aura lieu à Lille, jeudi. Pour l’occasion, ses équipes ont affrété un TGV, le « train des gens heureux », au départ de Paris. «  Je suis à vos côtés aujourd’hui et je le serai demain. Toute la force que vous mettez, c’est de la force pour se faire respecter ! » assure le candidat.

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4 avril 2022 1 04 /04 /avril /2022 05:21
Présidentielle. Contre la fraude fiscale, Fabien Roussel, le « vote rentable » (Naïm Sakhi, L'Humanité, 2 avril 2022)
Présidentielle. Contre la fraude fiscale, Fabien Roussel s’érige en « vote rentable »

En meeting près de Lyon, le candidat communiste entend s’attaquer aux « délinquants en col blanc », et propose la création de « brigades Elliot Ness », chargées de récupérer les 100 milliards d’euros qui s’évaporent, chaque année, dans les paradis fiscaux.

Publié le
Samedi 2 Avril 2022
 

Villeurbanne (Rhône), envoyé spécial.

À huit jours du premier tour, ce meeting lyonnais de Fabien Roussel fait doublement écho à l’actualité. Par les intempéries climatiques, d’abord, la neige ayant empêché plusieurs bus venus de la Loire et du Puy-de-Dôme de rejoindre les près de 4 000 personnes réunies au double mixte de Villeurbanne. Par le thème du discours, ensuite, axé sur la lutte contre l’évasion fiscale. « Passer des contrats avec des McKinsey tout en sachant qu’ils ne payent pas d’impôts ? Oui, dit le candidat Macron, c’est anormal, mais, c’est légal », déplore le communiste. Une allusion au scandale qui éclabousse l’actuel locataire de l’Élysée, autour des cabinets conseils qui ont bénéficié, en 5 ans, de 2,3 milliards d’euros de commandes publiques.

Eric Bocquet à Bercy

Durant près d’une heure, samedi 2 avril, Fabien Roussel s’est attaché à dénoncer « la délinquance en col blanc ». Un fléau qui coûte près de 100 milliards d’euros aux finances publiques. « Certains disent ’’optimisation fiscale’’. C’est plus chic, c’est légal, mais c’est tout aussi déloyal et antipatriotique », poursuit-il. Dans l’assistance, Jordan, 18 ans, approuve. « Ce n’est pas être contre les riches, mais si quelqu’un en a les moyens, il se doit d’aider la société », mesure l’étudiant. Pour ce faire, le candidat communiste entend mettre sur pied des « brigades Elliot Ness », en recrutant 30 000 agents des impôts. « Ils seront chargés de traquer les fraudeurs fiscaux jusqu’à ce qu’ils finissent derrière les barreaux », précise-t-il. « Je serai toujours votre soutien sur ce combat-là », assure le lanceur d’alerte dans le scandale de la banque suisse UBS, Nicolas Forissier, dans une vidéo diffusée en amont du discours.

Car cette lutte pour une « finance éthique » est menée de longue date par le secrétaire national du PCF qui s'est plusieurs fois illustré sur ce terrain à l'Assemblée nationale. L’intéressé plaide aussi en faveur du prélèvement à̀ la source des bénéfices des multinationales. « Avec moi, c’est l’État qui calcule le montant et il l’imposera avant que les bénéfices ne partent dans les paradis fiscaux, assure le député. C’est possible, j’ai déjà déposé le texte de loi. » Un combat qu’il confiera, s’il est élu, au sénateur PCF Éric Bocquet, au travers d’un ministère dédié. « Avec ces 100 milliards d’euros, tous les ans, on peut doubler le budget de l’Éducation nationale et, en même temps, supprimer la CSG ou encore financer la retraite à 60 ans qui ne coûte que 27 milliards d’euros », assure Fabien Roussel. « Le vote rentable, celui qui remplira nos caisses pour vivre mieux, c’est le vote de la France des jours heureux », clame le candidat du PCF.

Soutien de Bernard Thibault

Une allusion directe à la pression du « vote utile » à gauche, qui s’amplifie à l’approche du scrutin. « J’hésite avec Jadot et Mélenchon, mais Roussel c’est mon choix de cœur », confie Pascal, à l’image du quart des électeurs qui se déclare certain d’aller voter mais ne sait toujours pas quel bulletin glisser dans l’urne. Ce consultant en informatique de 57 ans regrette l’absence d’union à gauche « pour empêcher Marine Le Pen d’atteindre le second tour ». « Fabien Roussel sait parler et il ne renonce pas aux idéaux sociaux de la gauche », poursuit l’ancien militant PS. Une hésitation que partage aussi Jordan : « Je vais sans doute finir par voter utile. Mais cette candidature construit l’avenir. Fabien Roussel est la relève de la gauche radicale ». « Jean-Luc Mélenchon n’a rien fait de ses 19 % » de 2017, nuance Morgane, venue avec son bébé. Pour cette cadre territoriale de 35 ans, plus question de « vote utile » : « Je l’ai fait en 2012 et 2017 et cela n’a rien apporté pour changer la vie. Maintenant, je vote pour mes idées ». « On ne vote pas en fonction des calculs, mais pour des convictions », souligne Bernard Thibault. Dans une vidéo, l’ancien secrétaire général de la CGT a dévoilé son soutien à Fabien Roussel, rappelant que «  dès que le PCF a eu une influence dans le pays, ce sont là que les acquis sociaux ont été les plus forts ».

« La pente est rude mais nous la grimpons. Il reste encore huit jours pour renouer avec les grands progrès et les grandes espérances dont notre pays a le secret », affirme Fabien Roussel. En terres lyonnaises, ce meeting marque l’avant-dernier exercice du genre pour le candidat, d’ici au 10 avril. Le prochain aura lieu à Lille, chez le député du Nord, jeudi. Pour l’occasion, ses équipes ont affrété un TGV, le « train des gens heureux », au départ de Paris. Regardant vers l’avenir, le communiste l’assure : «  Je suis à vos côtés aujourd’hui et je le serai demain. Toute la force que vous mettez, c’est de la force pour se faire respecter. »

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3 avril 2022 7 03 /04 /avril /2022 07:25
J'augmenterai les impôts sur les multinationales et je rétablirai l'ISF - Fabien Roussel, interview du Télégramme, 30 mars 2022
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3 avril 2022 7 03 /04 /avril /2022 07:10
Comité des jours heureux - Pays de Morlaix, comme nous, appelez à voter pour Fabien Roussel et engagez-vous dans la campagne présidentielle!

Pour rejoindre ce comité de soutien à Fabien Roussel dans le Pays de Morlaix et le comité d'animation de la campagne, comité des Jours Heureux du pays de Morlaix:

comite.jh.morlaix@gmail.com/ daniel.ravasio@orange.fr/ dupont.ismael@yahoo.fr

Ils appellent publiquement à voter Fabien Roussel sur le pays de Morlaix et s'engagent dans le comité des jours heureux du pays de Morlaix:

168 personnes à ce jour sur le pays de Morlaix. 

Philippe ADOUARD - Morlaix

Patrick ASSELBOURG – Plourin les Morlaix

Manu AUDIGOU – Morlaix

Marie Laure AUDIGOU – Morlaix

Philippe AUZILLAUD - Morlaix

Mariano BAHNO - Plouézoc-h

Françoise BAGNIS - Saint-Pol-de-Léon

Roland BAGNIS – Saint-Pol-de-Léon

Serge BAZIN – St Martin des Champs

Patrick BEGUIVIN – Plouigneau

Annie BERGOT LE CALVEZ – Morlaix

Odette BERRIC - Saint-Jean-du-Doigt

Jean-Pierre BEUZIT - Morlaix

Cécile BLANCHET - Guimaëc

Zelinda BOUGET - Lanmeur

Christophe BOUDROT - Plouigneau

Jules BOUEDEC – Lanmeur

François BOURVEN - Plougonven

Guillaume BOURVEN – Morlaix

Michelle BOURVEN – Morlaix

Nicolas BREUILLE - Saint Vougay

Maëla BURLOT - Morlaix

Maryvonne CARADEC - Saint-Martin-des-Champs

Martine CARN – Plougonven

Jean-Yves CAROFF - Plougasnou

Rolande CAROFF - Plougasnou

René CHEVER - Plounéour-Menez

Marc CORBEL - Lanmeur

Marie-Louise CORRE - Morlaix

Ahmed COULOMBALY, de Plourin-les-Morlaix

Marie-Christine COZ - Plourin les Morlaix

Fabienne CYRIAQUE - Plougonven

Paul DAGORN – Morlaix

Maëlvin DANIEL -  Morlaix

Guy DAROL - Plouigneau

Monique DAVID – Morlaix

Eugène DAVILLERS – Morlaix

Enzo DE GREGORIO – Carantec

Christian DELANNEE - Morlaix

Liliane DEROUT - Lanmeur

Corentin DERRIEN – Saint Thégonnec Loc Eguiner

Jean-Philippe DEUNF- Lanmeur

Michel DIZES - Plougasnou

Jean DREAN - Plouigneau et Quimper

Anne-Marie DUBOIS - Saint-Pol-de-Léon

Christophe DUCOURANT - Morlaix

Aloys DUPONT - Morlaix

Ismaël DUPONT – Morlaix

Ihia EL YAAKOUBI - Pleyber-Christ

Marie-France FAUJOUR - Penzé (Taulé)

Edith FER - Morlaix

Jean-Claude FER - Plouigneau

Camille GLIDIC - Île de Batz

Michele GAMBACHE – Morlaix

Patrick GAMBACHE – Morlaix

Mariane GAUTHIER – Plouigneau

Walden GAUTHIER – Plouigneau

Mattéo GESTIN - Brennilis

Gilles GRALL – Plounéour Menez

Muriel GRIMARDIAS - Lanmeur

Jean-Victor GRUAT - Plougasnou

Claudine GUEGUEN - Morlaix

Alain GUELOU - Plouigneau

Josiane GUELOU - Plouigneau

Maha HASSAN - Morlaix

Joël HELARY - Plourin-les-Morlaix

Roger HERE – Plouigneau

Mireille HERVY - Santec

Yvon HUET –

Charles JAOUEN - Saint-Jean-du-Doigt

Mona JAOUEN – Plounéour Menez

Joël JEAN - Plouigneau

Daniel JEGOU - Morlaix

Christelle KERBORIOU - Plougonven

Pascal KERBORIOU - Plougonven

Elise KEREBEL - Morlaix

Jean-Jacques LABOUS- Plouzévédé

Jean Roland LABROUSSE – Carantec

Mariette LABROUSSE – Carantec

Elisabeth LAINE - Lanmeur

Jean-Yves LAINE - Lanmeur

Jérémy LAINE – Guimaëc

Frédéric L’AMINOT – Morlaix

Enora LAMY - section PCF Morlaix

Mattéo LAMY - section PCF Morlaix

Andréa LAURO – Morlaix

Marie-Annick LE BAIL - Morlaix

Marie-Jo LE BIHAN - Saint-Martin-des-Champs

Amélie LE CALVEZ - Sizun

Jean-Luc LE CALVEZ – Morlaix

Natacha LE CLAIR - Plestin-les-Grèves

Jean LE CORRE - Roscoff

Serge LE DOYEN – Plouegat Moysan

Georges LE DUFF – Lanmeur

Suzanne LE DUFF – Lanmeur

Josette LEFUR – Plougonven

Marie-Pierre LE GAC - Plougonven

Gabriel LE GALL - Roscoff

Léon LE GALL - Saint-Jean-du-Doigt

Yvan LE GALL – Morlaix

Annie LE GOARIGUER - retraitée - Plougonven

André LE GOC - Morlaix

Marie-Hélène LE GUEN – Morlaix

Remy LE HUIDOUX - Plestin-les-Grèves

Yvon LEJEUNE – Plourin les Morlaix

Christiane LE JEUNE – Plourin les Morlaix

Henri LE LANN - Pleyber-Christ

François LE MEUR - Morlaix

Marie-Lou LE PAGE - Morlaix

Olivier LE SANN - Plougoulm

Robert LE SECH - Saint-Martin-des-Champs

Anne L'HENAFF - Lanmeur

Gisèle LINTANF - Saint-Martin-des-Champs

Michel LESPAGNOL – Morlaix

Arwenn MADEC TROADEC - Sizun

Marie-Françoise MADEC – Morlaix

Vinko MARKOV – Morlaix

Jean-Pierre MENEZ - Plouigneau

Noëlle MENEZ - Plouigneau

Serge MERCIER - Roscoff

Jean-Luc MESSAGER - Plounéour-Menez

Gisèle MOAL – Plourin-les-Morlaix

Marie-Claude MOAL - Saint-Martin-des-Champs

Mireille MONFORT - Plougasnou

Denise MONTUELLE - Primel Trégastel, Plougasnou

Roger MORVAN - Saint-Martin-des-Champs

Lucienne NAYET – Locquénolé

Dominique NOGUERES –

André NUIAOUET – Morlaix

Jean-Yvon OLLIVIER – Saint Martin des Champs

Dominique OLLIVIER – Saint Martin des Champs

André PAULUS - La Feuillée/ Morlaix

Patricia PAULUS - La Feuillée/ Morlaix

Paulette PERON - Plouénan

Marianne PERROT - Guimaëc

Françoise PILATTE - Morlaix

François PLASSART - Morlaix

Marie-Noëlle PLASSART - Morlaix

Pascal POUILLET – Locquénolé

Jean Claude POSTIC – Plouegat Guerrand

Michel PRIGENT – Plouigneau

Serge PUIL -Morlaix

Jan RAFFAELY – Sizun

Daniel RAVASIO – Saint Thégonnec Loc Eguiner

Daniel RIOU – Morlaix

Philippe ROPARS - Morlaix

Françoise SALAUN - Roscoff

Jean-Yves SALAUN - Roscoff

Katell SALAZAR - Morlaix

Lucie SALAZAR-MARTIN - Morlaix

Amélie SALZENSTEIN – Plougonven

Loeiza SCATTOLIN - Morlaix

Pascal SCATTOLIN - Morlaix

Valérie SCATOLLIN – Morlaix

Mikael SEILLE – Pleyber-Christ

Janine SORHOLUS - Morlaix

Guy TANDE - Saint-Martin-des-Champs

Julia THATJE - Morlaix

Georges THIBERT - Sibiril

Pierre TRAON - Plougonven

Michel TUDO DELER – Lanmeur

Jean François VERANT – Plougasnou

Jean-Louis WEBER - Santec

Comité des jours heureux - Pays de Morlaix, comme nous, appelez à voter pour Fabien Roussel et engagez-vous dans la campagne présidentielle!
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3 avril 2022 7 03 /04 /avril /2022 07:00
Marché de Morlaix - 2 avril, Photo Pierre-Yvon Boisnard

Marché de Morlaix - 2 avril, Photo Pierre-Yvon Boisnard

Marché de Morlaix - 2 avril, Photo Pierre-Yvon Boisnard

Marché de Morlaix - 2 avril, Photo Pierre-Yvon Boisnard

Marché de Morlaix - 2 avril, Photo Pierre-Yvon Boisnard

Marché de Morlaix - 2 avril, Photo Pierre-Yvon Boisnard

Marché de Morlaix - 2 avril, Photo Ismaël Dupont

Marché de Morlaix - 2 avril, Photo Ismaël Dupont

Marché de Morlaix - 2 avril, Photo Ismaël Dupont

Marché de Morlaix - 2 avril, Photo Ismaël Dupont

Marché de Morlaix - 2 avril, Photo Ismaël Dupont

Marché de Morlaix - 2 avril, Photo Ismaël Dupont

Marché de Morlaix - 2 avril, Photo Ismaël Dupont

Marché de Morlaix - 2 avril, Photo Ismaël Dupont

Une campagne menée tambour battant par les militants du Parti communiste et ceux du Comité des Jours Heureux (168 personnes) sur le pays de Morlaix. Collages plusieurs fois par jour, marché de Morlaix le 2 avril, Apéroussel le samedi 2 avril au midi, marché de Saint-Martin-des-Champs le dimanche 3 avril, et 20 000 tracts qui seront distribués dans la région de Morlaix toute la semaine prochaine, dont le point d'orgue sera la réunion publique pour les Présidentielles en Mairie de Morlaix le mardi 5 avril à 18h.

Venez nombreux!!!

Marché de Morlaix - 2 avril, le comité des Jours Heureux de Morlaix et les militants communistes à la rencontre des habitants pour Fabien Roussel
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3 avril 2022 7 03 /04 /avril /2022 06:47
Maha Hassan porte la voix des Femmes d'Alep - Le Télégramme, Sophie Guillerm, 31 mars 2022
Nos prochaines rencontres autour de Femmes d'Alep:
 
- samedi 9 avril, Maha Hassan est invitée d'un festival culturel sur les droits des femmes dans le cadre d'une journée sur les femmes migrantes et réfugiées à Port-de-Bouc près de Marseille, Bibliothèque Boris Vian, à 17h
- samedi 16 avril, 16h: Invitation de Maha Hassan et Ismaël Dupont à l'Institut Kurde de Paris
- vendredi 22 avril, 19h, salle des fêtes de Saint-Cadou à Sizun
- samedi 23 avril, à 17h, rencontre à la librairie Les Déferlantes, place des Viarmes à Morlaix
- jeudi 5 mai, rencontre-présentation du livre à la librairie Livres in Room à Saint-Pol-de-Léon à 18h30
- samedi 7 mai, FNAC de Morlaix, de 15h à 18h, Zone commerciale St Fiacre à Plourin-les-Morlaix
- Vendredi 13 mai, conférence-débat à Saint-Brieuc, 18h, à l'invitation des Belles Rouges 22, Salle 16 rue Courteline
- Samedi 4 juin à Avranches, 16h - Librairie D'un livre à l'autre
- samedi 11 juin à Toulouse, rencontre à l'invitation du festival féministe Sœurcières (organisé par Osez le féminisme!) en librairie à Toulouse.
 
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3 avril 2022 7 03 /04 /avril /2022 06:00
Les élus communistes de Morlaix s'engagent pour la libération de Salah Hamouri

Les élus communistes du Pays de Morlaix pour la libération de Salah Hamouri. Roger Héré, 1e adjoint de Plouigneau, vice-président de Morlaix communauté et Ismaël Dupont, 1e adjoint à Morlaix, conseiller départemental du Finistère (PCF) réclament eux aussi la libération de Salah Hamouri.

Depuis le 7 mars Salah Hamouri est en détention administrative à Ofer en Cisjordanie. Et les autorités françaises quémandent toujours à Israël « les raisons » de cette incarcération ! Elle ne savent pas 3 semaines après mais elles se taisent ! Qui peut admettre ? Qui ?

Depuis le 7 mars Salah Hamouri est en détention administrative à Ofer en Cisjordanie. Et les autorités françaises quémandent toujours à Israël « les raisons » de cette incarcération ! Elle ne savent pas 3 semaines après mais elles se taisent ! Qui peut admettre ? Qui ?

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1 avril 2022 5 01 /04 /avril /2022 17:42

 

Avec la forte hausse des prix de l’énergie et ses conséquences immédiates sur les conditions de vie des Français, quelques fissures sont venues lézarder le terrible « story telling » présidentiel mené par les relais médiatiques du capitalisme français. Ces petites brèches salutaires ont permis de remettre dans le débat public (pendant un instant) la problématique centrale de nos usages de l’énergie et l’indispensable révolution climatique à opérer. Certains ont ainsi subitement redécouvert le contenu réel de notre « assiette » énergétique nationale : notre dépendance aux énergies fossiles, pétrole et gaz, qui représentaient en France en 2018 plus de 67 % de notre consommationd’énergie finale ! L’activisme climatique de façade de certains s’en est même trouvé assez bouleversé. Cachez tout ce pétrole et ce gaz que l’on ne saurait voir…

Ouvrir les bons débats, porter une politique énergie-climat globale et cohérente

Quand une porte est entrouverte, il faut savoir y mettre le pied. Poser les bonnes questions. Partir des réalités scientifiques et techniques d’aujourd’hui. Des trajectoires de consommation les plus probables[1]. Pour tenter de tracer un chemin énergétique qui réponde à nos objectifs climatiques, tout en assurant également les impératifs d’accès à l’énergie pour tous et de justice sociale, avec des prix contenus. Le candidat communiste Fabien Roussel porte ce discours de cohérence et de clarté dont nous avons tant besoin : dénonçant l’inacceptable racket sur le budget des ménages, résultat direct de la libéralisation des marchés du gaz et de l’électricité opérée depuis 25 ans au seul profit de groupes privés ; portant (seul) des propositions sans ambiguïté sur le besoin de décarboner tous nos usages de l’énergie, à partir d’une électrification avec une base pilotable associant le nucléaire et nos capacités hydrauliques, tout en favorisant un développement et une intégration maîtrisée des renouvelables non-pilotables ; soutenant (seul) la nécessité de (re)construction d’un service public unifié de l’énergie, depuis ses filières industrielles de production très en amont, jusqu’à la distribution aux usagers particuliers et professionnels en aval ; soutenant dans le même temps l’exigence indépassable de maîtrise de nos consommations d’énergie avec les grands plans d’investissement publics qui s’imposent, en faveur des transports peu polluants (relance du ferroviaire, plan vélo, gratuité des transports publics urbains…) et de la rénovation thermique à grande échelle des logements et bâtiments. C’est un programme « de raison » énergétique et climatique. Une raison qui semble malheureusement bien loin d’être partagée par tous…

Ne pas effacer l’historique…

Vous l’aurez aussi sans doute remarqué, dès que les prix flambent, les pompiers-pyromanes sont de retour. Le Ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire en tête – et tous ceux qui défendaient hier sans retenue la mise en concurrence et la casse du service public de l’énergie – se muent soudain en défenseurs de la régulation et du retour des tarifs règlementés ! Le candidat Fabien Roussel a bien raison de rappeler régulièrement ce que certains tentent systématiquement de mettre sous le tapis poussiéreux du temps politique : nous touchons les conséquences de 30 années de libéralisation des marchés du gaz et de l’électricité. Bientôt 30 années précisément depuis le référendum de 1992 sur le traité de Maastricht, cet acte fondateur du déchaînement idéologique néolibéral européen, dont les communistes étaient bien les seuls à l’époque à gauche à dénoncer les risques majeurs et les dérives auxquelles nous faisons face aujourd’hui.

Car, depuis le traité de Maastricht, ce sont « 3 paquets énergie » (+ 1 paquet climat-énergie) successifs de droit européen de la concurrence qui ont conduit à un système aberrant, qui ne permet ni de répondre aux besoins essentiels de nos concitoyens à des prix stables et raisonnables, ni de relever le défi climatique avec des productions décarbonées et des politiques publiques efficaces pour maîtriser la demande d’énergie. Ce système européen est devenu un « machine à faire flamber les prix » pour soutenir artificiellement les profits d’« opérateurs » privés, souvent uniquement commerciaux et sans capacités réelles de production.

Cette aberration se mue aujourd’hui en impuissance climatique. Car tandis que les contraintes et les pressions sur la disponibilité des ressources fossiles se sont accrues (et vont continuer de croître), le contresens énergétique néolibéral conduit à des abandons industriels en cascade et/ou à des arbitrages énergétiques particulièrement dangereux[2], dont le seul but est de satisfaire aux appétits des banques d’affaires et des grands groupes pétroliers et gaziers, désormais en quête d’une meilleure part de rente électrique. La prétendue « concurrence réelle et équitable au bénéfice des consommateurs », si chère à Jean Tirole, s’est muée en simple système affairiste, dont l’explosion des profits de Total ou d’Engie en France, ou les derniers résultats du « tournant énergétique » allemand[3] sont des exemples factuels. On pourrait se demander comment un secteur aussi stratégique et essentiel à la vie ne fait (plus) pas l’objet d’une politique publique européenne et nationale de long terme… si la domination du capital ne conduisait à la cécité sur notre horizon climatique.

Reconquérir la maîtrise sociale et publique de la production jusqu’à la distribution de l’énergie

La première urgence politique, c’est donc de savoir si l’on dit stop ou encore. Les résultats de la dernière COP 26 en témoignent : de l’aveu même de nombreux participants institutionnels, des dizaines d’heures de discussions ont été consacrées aux outils de marché carbone et aux « compensations carbone » entre Etats. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que, COP après COP, l’approfondissement des outils de marché est le sujet qui préempte désormais quasiment tout l’espace des négociations. Ce serait être tout aussi aveugle que de ne pas faire le constat du caractère exponentiel des ressources intellectuelles mobilisées par le capital dans ses stratégies d’intégration et de digestion des enjeux environnementaux et climatiques afin de ne pas remettre en cause ses logiques de rentabilité et de profit. Sans mauvais jeu de mots, le travail visible de ce que certains aiment à appeler les « lobbyistes » lors des conférences des parties n’est que la partie extrêmement limitée de l’iceberg des travaux des agents au service du capitalisme mondialisé consacrés aux marchés carbone, à la finance carbone, aux échanges de carbone… Un monumental  travail de sape de l’embryon de droit international climatique, pourtant encore sans contraintes réelles. En quelque sorte, plus les avancées scientifiques et travaux du GIEC ciblent avec justesse le cœur du problème, c’est-à-dire la question de nos consommations d’énergies fossiles, plus le capital cherche à botter en touche avec la création d’outils de marché sans efficacité. Car pointer les exigences profondes de transformation de nos modes de production, de contenu de nos productions, d’utilité sociale de nos productions, c’est directement toucher aux logiques capitalistes elles-mêmes. Les communistes seraient-ils donc de si piètres écologistes lorsqu’ils affirment que la première des urgences consiste à extirper le secteur de l’énergie et les enjeux climatiques du bourbier dans lequel les forces économiques dominantes  entendent nous enfermer un peu plus chaque jour ? Je ne le crois pas.

Mais pour cela, il ne faut pas entrer dans le débat présidentiel sur l’énergie et le climat seulement par le petit bout de la lorgnette de telle ou telle aide, de telle ou telle mesure sectorielle ou de telle ou telle technologie miracle. Il faut reposer le débat stratégique et structurel du secteur énergétique et de sa maîtrise sociale et publique pour le siècle qui vient. Qui le fera ? Ceux qui à droite n’ont qu’en tête la poursuite de l’ouverture des marchés de l’énergie et le transfert de rentes toujours plus importantes vers les grands groupes ? Ceux qui, désormais à gauche, s’accommodent ou défendent ouvertement la croissance de l’utilisation du gaz dans le mix électrique pour compenser l’intermittence des renouvelables non-pilotables, au seul profit des géants pétroliers et gaziers qui sont bien contents de trouver sur ce terrain de nouveaux alliés pour contribuer à faire flamber les prix de vente et leurs marges ?

La mesure du défi climatique et de ses conséquences pour nos sociétés doit conduire le plus grand nombre à faire sienne dans cette campagne présidentielle l’idée que l’énergie est une chose trop importante pour être laissée plus longtemps aux arbitrages et au pilotage du capitalisme financier. Les communistes ont sur ce point encore un peu d’expérience. Mesure-t-on ce qu’a été, et ce qu’a permis, le tournant énergétique de 1946, avec Marcel Paul, ministre communiste de la production industrielle, qui arrache les secteurs électrique et gazier des mains du capital au profit des usagers et de notre industrie avec la nationalisation du secteur et la création d’EDF-GDF ? Pour répondre à l’immense défi climatique et énergétique de ce début de siècle, c’est au moins le même niveau d’exigence politique et sociale que ce qui a été fait après la guerre pour permettre le redressement du pays et rendre accessible à tous l’énergie qui s’impose. Et effectivement, sur l’échiquier politique actuel, il n’y a que le candidat Fabien Roussel qui l’affirme sans ambiguïté en appelant très clairement à la maîtrise publique et sociale de l’ensemble de la chaîne énergétique : depuis les moyens de production jusqu’à la distribution.   

[1] Les études prospectives sur ces trajectoires font l’objet d’un intense travail scientifique et d’expertise, dont les conclusions retenues dans le débat public sont souvent déformées par rapport à la complexité et aux préventions méthodologiques initiales de leurs auteurs. Les 6 principaux scénarios travaillés par RTE dans son travail de prospective en sont un exemple frappant avec ses différentes hypothèses et variables techniques, économiques et de consommation. Le « possible » est tout à fait dépendant des hypothèses de consommation d’énergie que l’on retient, donc des trajectoires de baisse de la demande d’énergie (et donc des politiques et moyens publics permettant cette baisse) et de la décarbonation des principaux usages de l’énergie que l’on retrouve dans les secteurs clés des transports, des bâtiments et de l’industrie.

 [2] Cf. Le fiasco de General Electric – Alstom en France.

[3] Ce n’est pas seulement la capacité réelle à limiter ses émissions de CO2 au regard des montants d’investissements engagés depuis une vingtaine d’années qui doivent nous interroger sur la politique énergétique allemande, mais aussi l’exceptionnelle mise à contribution des ménages allemands par un prix élevé du KWh pour subventionner le maintien des prix de l’électricité aux entreprises, ainsi que la situation de dépendance sans précédent à laquelle elle conduit vis-à-vis des marchés et des approvisionnements gaziers.

 

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