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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 18:38
Conseil communautaire de Morlaix Co 10 février 2020, montage Pierre-Yvon Boisnard

Conseil communautaire de Morlaix Co 10 février 2020, montage Pierre-Yvon Boisnard

La prochaine séance de conseil aura lieu le jeudi 16 juillet à 14h au Roudour à Saint-Martin-des-Champs

Découvrez l'ordre du jour :

• Élection du président
• Détermination du nombre de vice-présidents et de conseillers délégués
• Élection des vice-présidents
• Élection des conseillers délégués
• Lecture de la charte de l’élu local par le Président
• Délégation de pouvoir du Conseil de communauté au président
• Délégation de pouvoir du Conseil de communauté au bureau
• Indemnités des élus communautaires
• Création des commissions thématiques
• Élection des membres de la commission d’appel d’offres
• Questions et informations diverses.

https://www.morlaix-communaute.bzh/La-Communaute/Les-assemblees/Les-prochains-conseils

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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 18:36
Ségur de la santé : la déception... - Maryse Montangon, PCF, 15 juillet 2020
Ségur de la santé : la déception...

« Le plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières pour notre hôpital » promis par E. Macron (25 mars 2020), en pleine crise du Covid, a abouti ce lundi 13 juillet à un protocole d’accord venant clore les négociations entre syndicats de la santé et le gouvernement lors du Ségur de la santé initié le 25 mai.

Notons que les véritables négociations ont démarré le 19 juin suite aux fortes mobilisations pour la santé, notamment celles du 16 juin partout dans le pays ; la pression de la rue a permis de faire venir à la table des négociations le ministre O. Véran et de commencer réellement à parler chiffrage et calendrier. De 6 milliards d’€ avancés avant le remaniement ministériel, l’accord définitif pour la revalorisation des carrières et les rémunérations se chiffre à 7,5 milliards d’€ grâce à, dixit les médias, l’intervention du nouveau premier ministre !


Effort colossal ! Du jamais vu ! clame O. Véran, laissant ainsi penser que le gouvernement consent un sacrifice à l’égard des salarié·e·s des hôpitaux et des Ehpad. Pourtant, depuis 2 ans dans toutes les mobilisations et unanimement on entend les mêmes revendications : des moyens humains et financiers pour l’hôpital public et les Ehpad. « Les revalorisations salariales on nous les doit depuis une dizaine d’années», disent les hospitaliers, leurs syndicats et les collectifs, arguant le gel du point d’indice (unique levier d’augmentation des salaires dans la fonction publique) depuis 10 ans et les salaires extrêmement bas par rapport aux autres pays européens.


Seuls 3 syndicats ont signé ce protocole d’accord (CFDT, FO et UNSA) qui devrait se traduire par une augmentation de 183 € en 2 temps pour le personnel non-soignant des hôpitaux publics et privés et des Ehpad ; les médecins ayant eux obtenu 450 millions d’€ pour leurs revalorisations salariales. Cela représente certes une petite avancée, au regard du régime de disette appliqué depuis des années à l’hôpital public, mais c’est loin des revendications unanimes des personnels hospitaliers réclamant une augmentation de 300 € net par mois ! La CGT, non signataire à ce jour et qui entend consulter sa base, souligne la supercherie de ce protocole qui « reprend d’une main ce qu’il octroie de l’autre ». En effet, elle évoque la dégradation des conditions de travail qui accompagne cet accord, avec l’intensification des rythmes de travail, l’autogestion des plannings et des absences par les personnels c’est-à-dire gestion de la pénurie des effectifs par des auto-remplacements, la contractualisation individuelle des heures supplémentaires et une refonte des régimes indemnitaires, sans compter un accord intéressement contraire à l’éthique du service public.


Nous ne pouvons accepter ce énième plan pour l’hôpital qui ne s’appuie pour l’instant que sur les seules rémunérations, élément certes important, mais qui ne dit pas un mot sur la fin des fermetures de lits et de services, la fin des restructurations, l’embauche massive de personnel (100 000 pour les hôpitaux et 100 000 pour les Ehpad) indispensables pour un service public de la santé digne du 21e siècle. L’annonce du gouvernement, non écrite pour l’instant, de 15 000 postes supplémentaires - en réalité 7 500 car 7 500 sont déjà créés, donc déjà budgétisés mais non pourvus - est loin du compte ! La fuite des personnels qui est dramatique aujourd’hui risque de s’intensifier si les conditions de travail se détériorent encore.

Nous pouvons légitimement nous poser la question si ce n’est pas le but ultime de ce gouvernement, qui, à aucun moment, ne s’est engagé sur la fin des fermetures de lits, services ou établissements !


Autre incertitude concernant le financement de cet accord : fera-t-il l’objet à la rentrée d’un PLFSS rectificatif (que nous réclamons avec nos parlementaires depuis le début de l’été) ou sera-t-il budgétisé lors du PLFSS 2021 à l’automne avec des moyens nouveaux pour la Sécurité sociale ou des redéploiements ? Cela dans un contexte de réduction généralisée de ses moyens d’intervention (41 milliards d’euros de dépenses supplémentaires non budgétées), l’aggravation de la crise économique et sociale avec les milliers de suppressions d’emplois ; et l’accélération de la précarisation va produire l’implosion de notre Sécurité sociale ! Ses déséquilibres financiers vont servir de justification à sa refonte institutionnelle définitive.


Nous allons continuer à nous battre pour l’hôpital public, le médico-social et notre système de santé avec les personnels et leurs représentant·e·s, les usagers, les élu·e·s. Mais aujourd’hui nous devons mesurer que l’enjeu de la défense de la Sécurité sociale est majeur, avec un certain degré d’urgence, au regard des solutions que recherche le capital pour faire face à sa crise, après la pandémie du Covid-19. Le PLFSS 2021 va représenter un moment d’affrontement sans précédent !


Le 14 juillet, le 17 septembre, avec les salarié·e·s, défendons cette « pépite de communisme », la Sécurité sociale et les services publics.


Maryse Montangon
membre du CEN
responsable nationale collectif Santé, protection sociale

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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 18:31
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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 18:27
Nouveau gouvernement -Un manque d’ambition pour la jeunesse (MJCF, 15 juillet 2020)
Un manque d’ambition pour la jeunesse

Avec le remaniement gouvernemental, Emmanuel Macron a annoncé le début de la troisième phase du quinquennat. Selon ses dires, cette phase doit être celle de la “résilience et du renouveau de sa politique”.

 

Déjà, le choix de nommer Jean Castex “numéro un” du gouvernement pour mener la troisième phase du quinquennat n’est pas synonyme de renouvellement. En effet, l’énarque de 55 ans, issu des Républicains, proche de Nicolas Sarkozy, n’a pas de grandes différences avec l’ancien occupant de l’Hôtel Matignon.


En réalité, entre jeu de chaise musicale et nomination d’anciens ministres, le nouveau gouvernement s’inscrit dans la droite ligne du précédent. Ce nouvel exécutif va incarner la troisième phase du quinquennat pour les deux ans à venir. Sa composition et ses projets de réformes entrent en profonde contradiction avec les annonces d’Emmanuel Macron.


Alors que depuis près de trois mois l’exécutif affirme que la jeunesse est une de ses priorités, aucun ministère dédié n’a été créé lors de ce remaniement. La “jeunesse” est rattachée au ministère de l’Éducation nationale et ainsi reléguée au second plan.


Ce ministère est une nouvelle fois “dirigé” par Jean-Michel Blanquer. Le Premier ministre fait le choix de reconduire à son poste celui qui est responsable de la détérioration de notre système éducatif. En instaurant la sélection à l’entrée de l’université et en mettant fin au baccalauréat, il a aggravé les inégalités au sein même de l’école.

 

Nous refusons d’être la génération sacrifiée !
Avec un taux de chômage qui explose pour les nouvelles générations et la mise en place de la sélection, de nombreux jeunes se retrouvent laissés-pour-compte, sans emploi ni formation. Dans ce contexte, l’absence de projet politique à destination des jeunes pose un sérieux problème.


Un pays qui n’investit pas dans sa jeunesse condamne la société à la régression.


Ce gouvernement nous mène droit à notre perte : crise économique, montée du chômage, fin du baccalauréat, austérité dans l’éducation, casse des services publics, réchauffement climatique...
Nous refusons d’être la génération sacrifiée ! Il reste deux ans de mandature à Emmanuel Macron. Deux ans où les jeunes communistes continueront de résister face aux attaques de l’exécutif.


Dès la rentrée de septembre, les jeunes communistes seront présents devant les établissements scolaires et lieux de formations, devant les salons de l’emploi et de l’orientation, afin de créer une mobilisation d’ampleur de la jeunesse. Nous refusons de payer la crise.


Dès les premiers jours de septembre, inondons les rues, battons le pavé, et montrons à ce gouvernement que la jeunesse prend son avenir en main !


Léon Deffontaines
secrétaire général du MJCF

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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 06:04

 

Révélatrices d’inégalités sociales, la pénibilité du travail et l’espérance de vie, surtout en bonne santé, interrogent sur l’égalité des situations au moment du départ à la retraite, a fortiori quand une « réforme » inique du système de retraites est à l’ordre du jour.

*Ce texte est une contribution du collectif de mobilisation des agents de la DREES, direction statistique du ministère de la Santé

Dans l’article 10 du projet de loi portant réforme des retraites, il est indiqué que l’âge légal de départ à la retraite restera de 62 ans, mais qu’un âge d’équilibre (ou âge« pivot ») sera introduit. Dans un premier temps, cet âge serait de 64 ans, puis il augmenterait chaque année, à raison des deux tiers des gains constatés d’espérance de vie à la retraite. Dès lors que les personnes partiraient avant l’âge d’équilibre, un malus (décote de 5 % par an) viendrait réduire le montant de la retraite. Inversement, un bonus s’appliquerait pour les personnes partant à la retraite après l’âge d’équilibre. D’après le gouvernement, le mécanisme de l’âge d’équilibre permettrait à chacun de choisir la date de son départ à la retraite, selon un arbitrage personnel. Mais les travailleurs ne seront pas égaux face au choix de l’âge de départ.

 

DE FORTES INÉGALITÉS DUES AUX CONDITIONS DE TRAVAIL

Les conditions de travail diffèrent grandement selon le métier exercé. La prolongation de la durée du travail se traduirait différemment selon les catégories socioprofessionnelles, et elle serait plus difficile pour les personnes affectées par la pénibilité de leur emploi. Les enquêtes de la Statistique publique attestent les écarts considérables d’exposition à des conditions de travail difficiles selon les catégories socioprofessionnelles, en particulier s’agissant des contraintes physiques. En 2016, d’après l’enquête Conditions de travail-Risques psychosociaux de la DARES (NDLR : la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du Ministère du Travail) , seulement 6 % des cadres cumulent au moins trois contraintes physiques (postures, déplacements, poids à porter ou à déplacer, exposition à des secousses ou à des vibrations). A contrario, qu’ils soient qualifiés ou non qualifiés,  plus  de  60  %  des ouvriers et près d’un employé de commerce ou de service sur deux  sont  concernés  (graphique 1). Les ouvriers sont également les premiers concernés par les expositions aux bruits, aux fumées, aux poussières et aux produits dangereux.

 

DES LIMITATIONS D’ACTIVITÉ PLUS FRÉQUENTES

Des conditions de travail dégradées peuvent peser sur la santé des personnes exposées, comme le montrent les enquêtes qui retracent la carrière des personnes et permettent de suivre leurs conditions de travail et leur état de santé dans le temps. Ainsi, en 2006, d’après l’enquête Santé et itinéraire professionnel de la DARES, parmi les personnes âgées de 50 à 60 ans ayant passé au moins 10 ans de leur vie en emploi, 19 % déclarent être limitées dans leurs activités du quotidien (voir encadré).Pour les personnes des mêmes âges dont la carrière a été marquée par 15 ans d’exposition à des facteurs de pénibilité, cette proportion atteint 24 %. De manière générale, la part d’années de vie passées en bonne santé à partir de 50 ans dépend des conditions de travail tout au long de la carrière, comme l’a, par exemple, montré une vaste étude portant sur des travailleurs du secteur du gaz et de l’électricité.

 

 

Graphique 1

 

PROBLEMES DE SANTÉ : UN MAINTIEN DANS L’EMPLOI PLUS DIFFICILE

La survenue ou l’aggravation de problèmes de santé, qu’ils soient temporaires ou permanents, jouent également sur le maintien ou l’accès à l’emploi. Ainsi, parmi les actifs en emploi en 2006, ceux en mauvaise santé étaient moins fréquemment en emploi en 2010 que ceux en bonne santé (71 %, contre 86 %,à structure d’âge comparable, pour tenir compte de la dégradation de la santé perçue avec l’âge).En 2018, la situation professionnelle à partir de 50 ans varie selon l’état de santé déclaré à ce moment : les personnes fortement limitées dans leurs activités du quotidien partent à la retraite après avoir passé en moyenne 3,9 années en emploi, mais 8,5 années au chômage ou en inactivité. Durant la même période, les personnes qui ne sont pas limitées dans leurs activités du quotidien passent en moyenne 10,2 années en emploi et 1,8 année au chômage ou en inactivité. Les personnes en bonne santé partent donc à la retraite à 62,1 ans en moyenne, soit plus tôt encore que les personnes dont la santé est déjà pénalisée (62,4 ans). Ces dernières ne profitent pas pleinement des dispositifs de départ anticipé du système actuel et seront, en l’état actuel du projet de loi [mars 2020], pénalisées par la décote dans le système à venir. Par conséquent, la référence à une « carrière complète», autour de laquelle se structure le débat, s’avère aveugle à l’impact des conditions de travail sur le déroulé des carrières. De plus, restreindre le champ des expositions prises en compte et ne pas aborder frontalement la question de la pénibilité dans le débat est source d’iniquités manifestes. Les enjeux associés aux conditions de travail et à la pénibilité sont donc multiples, par exemple la compensation des expositions, d’autant plus que ces conditions de travail dégradées ont pour conséquence une espérance de vie plus courte.

 

 

Graphique 2

 

ECART D’ESPÉRANCE DE VIE ENTRE OUVRIERS ET CADRES

Le gouvernement justifie le report de l’âge de départ à la retraite « taux plein » par l’augmentation de l’espérance de vie, mais ne tient pas compte de l’espérance de vie sans incapacité. Or celle-ci est déterminée par le type de métier exercé : les personnes qui auront connu des conditions de travail difficiles profiteront moins longtemps, voire pas du tout, d’une retraite en bonne santé. L’espérance de vie (voir encadré) moyenne en 2017 est de 85 ans pour les femmes et de 80 ans pour les hommes. Toutefois, d’après l’INSEE, des inégalités sont constatées selon la catégorie socioprofessionnelle. En 2013,un homme ouvrier de 35 ans aune espérance de vie de 42,6 ans, ce qui équivaut à atteindre l’âge de 78 ans.

 

 

ESPÉRANCE DE VIE À 35 ANS SELON LA CATÉGORIE SOCIOPROFESSIONNELLE

A contrario, un homme cadre de 35 ans a une espérance de vie de 49 ans, ce qui équivaut à atteindre l’âge de 84 ans. Pour les femmes, en 2013, cette différence est moins marquée : l’espérance de vie restante à35 ans en 2013 pour les ouvrières est de 49,8 ans (85 ans) alors qu’elle est de 53 ans (88 ans) pour les femmes cadres (voir tableau). L’écart d’espérance de vie à 35 ans entre ouvriers et cadres est passé de 5,7 ans en2003 à 6,4 ans en 2013 pour les hommes et de 2,3 ans à 3,2 ans pour les femmes. Depuis la fin des années 1970, cet écart s’est maintenu autour de 6,5 ans pour les hommes et 2 ans pour les femmes.

 

ESPÉRANCE DE VIE SANS INCAPACITÉ

Au-delà des écarts d’espérance de vie, c’est plus particulièrement l’espérance de vie sans incapacité (voir encadré) qu’il est pertinent de regarder. En 2018, l’espérance de vie sans incapacité est de 64,5 ans pour les femmes et de 63,4 ans pour les hommes. Les ouvriers ont une vie à la retraite plus courte et une plus longue période avec des incapacités diverses (17 ans pour les hommes, 22 ans pour les femmes);pour les cadres cette période est plus courte (13 ans pour les hommes, 16 ans pour les femmes). En 2018, ces inégalités persistent, puisque les ouvriers sont 14 % à déclarer être fortement limités au cours de la première année de retraite, contre 2  %  parmi  les  cadres  (graphique 2). L’écart est encore plus marqué si on ajoute les personnes qui déclarent être limitées, mais pas fortement, au cours de la première année de retraite : 34 % pour les ouvriers, 14 % pour les cadres.

 

 

Graphique 3

 

ESPÉRANCE DE VIE À 35 ANS, AVEC ET SANS INCAPACITÉ

Avec un âge d’équilibre à 64 ans, ce serait au moment où les premières incapacités apparaîtraient que les cotisants pourraient avoir droit à une retraite sans décote. Cependant, ces incapacités n’apparaissent pas de façon uniforme entre les individus : 15 % des hommes et 9 % des femmes nées en 1975 ne pourront espérer vivre plus de 10 ans en retraite sans incapacité, tandis que 17 % des hommes et 33 % des femmes nés la même année bénéficieront de cette situation pendant plus de 25 ans. De plus, les hommes nés en 1975 devraient être 8 % à décéder avant de liquider l’intégralité de leurs droits à la pension. Cela pourrait concerner 4 % des femmes.

Là encore, il existe de fortes disparités selon la catégorie socioprofessionnelle. En 2003, un ouvrier de 35 ans peut espérer vivre sans incapacité jusqu’à 59 ans, contre 69 ans pour un homme cadre (graphique 3). Une ouvrière de 35 ans peut compter vivre sans incapacités jusqu’à 62 ans, alors que cet âge s’élève à 70 ans pour une femme cadre. Finalement, les catégories socioprofessionnelles les moins favorisées ont une espérance de vie plus courte et une espérance de vie avec incapacités plus longue. Elles se retrouvent donc à subir une « double peine ». Ainsi, là où les catégories socioprofessionnelles les plus favorisées peuvent espérer profiter pleinement de leur retraite sans incapacité pendant plusieurs années, celles qui sont les moins favorisées font face à des incapacités plus précoces au moment de l’âge de la retraite. Pour certaines personnes, ces incapacités apparaissent même plusieurs années avant de pouvoir y avoir droit. Finalement, en dépit  de la volonté affichée du gouvernement de créer un système universel qui mettrait tout le monde à égalité, la prise en compte de l’espérance de vie sans incapacité montre que le projet de réforme du système de retraite conduirait à renforcer les injustices et l’idée que certaines catégories socioprofessionnelles financent une retraite « heureuse » pour d’autres.

 

 

 

ESPÉRANCE DE VIE ET ESPÉRANCE DE VIE SANS INCAPACITÉ, DE QUOI PARLE-T-ON?


Les indicateurs d’espérance de vie synthétisent les conditions de mortalité par âge sur une période donnée. Il ne s’agit donc pas de prévisions mais d’une photographie de la situation à cette période. L’espérance de vie à la naissance correspond à la durée de vie moyenne d’une génération fictive qui serait soumise, à chaque âge, au risque de décéder à cet âge observé au moment du calcul de l’indicateur. Lorsqu’on calcule une espérance de vie à 35 ans selon la catégorie socioprofessionnelle, on considère la durée de vie moyenne pour une personne qui connaîtrait, à partir de 35 ans, les risques de décès encourus par les personnes de cette catégorie socioprofessionnelle à tous les âges supérieurs à 35 ans tels qu’ils sont observés au moment du calcul de l’indicateur. Afin de disposer d’effectifs par catégorie socioprofessionnelle suffisants, les conditions de mortalité sont observées sur une période de plusieurs années. Ainsi, les données les plus récentes disponibles portent sur les années 2009 à 2013.L’espérance de vie sans incapacité (EVSI) combine l’espérance de vie avec la fréquence observée des incapacités aux différents âges pour donner le nombre d’années qu’un individu peut espérer vivre sans souffrir d’une incapacité. Plusieurs mesures des incapacités peuvent être mobilisées. Les calculs de la DREES pour 2018 utilisent la réponse des individus à la question « Êtes-vous limité(e) depuis au moins six mois, à cause d’un problème de santé, dans les activités que les gens font habituellement?»,les réponses peuvent être « Oui, fortement limité(e) », « Oui, limité(e) mais pas fortement» ou « Non, pas limité(e) du tout». Cette question provient d’un dispositif d’enquête européenne, le European Union Statistics on Income and Living Conditions (EU-SILC), qui harmonise les indicateurs des limitations d’activité générales et permet, à ce titre, des comparaisons européennes. D’autres indicateurs peuvent compléter cette approche globale des limitations pour le calcul des EVSI. Les résultats de l’article « La “double peine” des ouvriers : plus d’années d’incapacité au sein d’une vie plus courte »[1]commentés dans cette publication exploitent l’enquête Santé de 2003. L’EVSI décrite s’entend au titre d’une espérance de vie sans limitation fonctionnelle résiduelle physique ou sensorielle (difficulté à voir de près ou de loin, à entendre, à marcher, à se pencher ou à utiliser ses mains et ses doigts) qui dénote un besoin d’aide technique ou d’aménagement du domicile ou du poste de travail. L’article mobilise d’autres conceptions des incapacités (difficultés dans les activités en général, problèmes sensoriels et physiques), pour lesquelles les écarts entre cadres et ouvriers vont toutes dans le même sens. Les indicateurs d’EVSI ont été critiqués dans les débats à l’Assemblée nationale sur la base de leur caractère déclaratif, et donc jugés non-scientifiques. Si l’interprétation des EVSI doit rester prudente, et si la formulation des questions a effectivement son importance, le fait que cet indicateur soit déclaratif ne saurait le discréditer, sauf à remettre en cause les autres indicateurs issus des enquêtes de la statistique publique. La corrélation des indicateurs de santé subjective avec la mortalité est attestée, qu’il s’agisse de la santé perçue ou des incapacités déclarées. De plus, les différentes mesures des incapacités confirment toutes les écarts entre cadres et ouvriers et justifient l’intérêt de la mesure des années passées avec et sans restrictions d’activité.

 

[1] Emmanuelle Cambois et al., Population et société, no 441, janv. 2008

 

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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 05:39

 

 

Depuis deux ans, Emmanuel Macron promet que tout va changer.

Le Président de la République a tour à tour annoncé vouloir « changer de méthode », « ouvrir une nouvelle page », « sortir des sentiers battus ». On ne devait pas reprendre « le cours normal de nos vies sans que rien n’ait vraiment été compris, sans que rien n’ait changé ». Puis, il a prévenu que « le jour d’après ne sera pas un retour au jour d’avant », et proposé « de tirer toutes les leçons de la crise du coronavirus » tout en parlant d’une indispensable « réinvention » et d’un « nouveau chemin ».

Son intervention de ce jour, sous la forme classique d’un entretien télévisé, se solde par une nouvelle impasse.

Après un long mea culpa sur des réformes qui n’ont pas été vécues comme « justes », Emmanuel Macron ne change pas pour autant de politique. Les plus riches conserveront l’ensemble des cadeaux fiscaux. Les entreprises, qui bénéficient des aides publiques, sont appelées à une « modération sur les dividendes » et à prendre des jeunes en apprentissage, mais toujours sans la moindre contrainte. Face à une crise économique et sociale de grande ampleur, à un tsunami à venir en termes de destructions d’emplois, le Président de la République est apparu sans réponses nouvelles, acceptant la baisse des salaires, avec le chantage aux licenciements, si cela s’accompagne d’un « dialogue social ».

Présenté comme une priorité de la relance, l’emploi des jeunes reste confiné à des réponses bien en deçà des urgences et des besoins. La réforme des retraites est réintroduite à l’agenda avec un mensonge : non, les premiers de corvées qui sont apparus comme les véritables premiers de cordées n’en seraient pas les « grands gagnants ».

Enfin, défendre la transition écologique ne s’accompagne d’aucun chiffre, aucun financement, aucun objectif précis.

 

Comment changer sans changer de cap politique ? Sans un nouveau modèle de développement ? Sans une rupture avec des politiques économiques et sociales qui aggravent dangereusement les gâchis humains et écologiques ?

Le chemin proposé par le chef de l’Etat conduit aux mêmes voies sans issues pour le pays et pour notre société. Après le mouvement des Gilets jaunes auquel l’exécutif n’a pas répondu en terme de justice sociale et de démocratie, après la très forte secousse sur l’avenir des retraites, après une crise sanitaire qui a mis en lumière combien l’humain devait être la première des priorités, rien n’y fait...le GPS macronien reste bloqué.

Ce pouvoir ne connaît qu’une seule destination : celle d’un monde où, au final, sur l’essentiel, rien ne doit changer.

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14 juillet 2020 2 14 /07 /juillet /2020 10:10
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14 juillet 2020 2 14 /07 /juillet /2020 09:55

Pour l’historien Alain Ruscio, le massacre du 14 juillet 1953 qui provoqua la mort de 7 indépendantistes, place de la Nation, à Paris, relève du crime policier raciste. Retour sur une page d’histoire coloniale longtemps tenue dans l’oubli.

 

Qui étaient les manifestants du 14 juillet 1953 à Paris ?

Alain Ruscio. Depuis le Front populaire, à l’exception de la période d’occupation nazie, les syndicats, en l’occurrence la CGT, organisaient tous les 14 Juillet un grand défilé populaire qui était un peu l’équivalent du 1er Mai. Les Algériens patriotes organisés au sein du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) avaient pris l’habitude, depuis 1950-1951, de défiler en rangs compacts à l’intérieur du cortège, avec l’accord des organisateurs. Ils marchaient derrière le portrait de Messali Hadj [homme politique algérien, il réclamait l’indépendance dès 1927, ndrl], en arborant des banderoles indépendantistes. Très souvent, les policiers s’en prenaient aux manifestants, détruisaient leurs banderoles, mais jusque-là, il n’y avait eu que des incidents. En 1953, les choses ont vraiment très mal tourné : l’agression policière contre les manifestants a provoqué des échauffourées ; la police parisienne a tiré dans la foule, faisant des dizaines de blessés et tuant six Algériens et un Français : Abdelkader Draris, Mouhoub Illoul, Maurice Lurot, Amar Tadjadit, Larbi Daoui, Tahar Madgène et Abdallah Bacha. Ils ont été tués par balles : c’est donc un crime délibéré, un crime que l’on peut qualifier de raciste car c’est bien en tant qu’Algériens, en tant qu’indépendantistes, que ces manifestants ont été visés. Sur la place de la Nation, on a retrouvé plusieurs centaines de douilles : c’était véritablement une agression de masse, sous la responsabilité du ministre de l’Intérieur qui était un radical-socialiste, Léon Martinaud-Déplat.

 

Cet épisode répressif intervient dans un contexte de très grande violence contre le mouvement ouvrier. Un an plus tôt, la manifestation organisée par les communistes pour dénoncer la guerre de Corée et la venue à Paris, le 28 mai 1952, du général américain Matthew Ridgway, ont donné lieu à de sanglants affrontements…

Alain Ruscio. Bien sûr. C’était une période d’extrême tension, au cours de laquelle les policiers usaient vraiment de méthodes extrêmement violentes. Il y avait d’ailleurs déjà eu un mort par balles lors de cette manifestation du 28 mai 1952. Il se trouve que c’était également un Algérien, un habitant d’Aubervilliers : Hocine Belaïd. Il faut souligner que, le 14 juillet 1953, c’est en tant qu’Algériens, militants politiques, que ces manifestants ont été pris pour cible.

 

Pourquoi la mémoire de ces manifestants tués par la police est-elle si longtemps tombée dans l’oubli ?

Alain Ruscio. Contrairement à bien des idées reçues, il y a eu une très forte protestation de la CGT immédiatement après le massacre. Il y a eu un meeting au Cirque d’hiver qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes, avec le soutien des communistes, la présence de Colette Jeanson, de Témoignage chrétien et de l’équipe de Gilles Martinet à France Observateur. Ensuite, au 94, rue Jean-Pierre-Timbaud, la CGT a organisé un grand rassemblement d’hommage silencieux au moment où les cercueils des Algériens ont été réunis avant d’être envoyés vers leur terre natale. Un cortège d’ouvriers a accompagné leurs dépouilles.

Mais, effectivement, ces événements sont ensuite très vite tombés dans l’oubli. Je pense que la guerre d’Algérie est en cause : la tension, l’hostilité d’une grande partie de la population contre les Algériens ont crû pendant le conflit. Il n’y a pas eu, par la suite, de commémoration. L’année suivante, le ministre de l’Intérieur, qui s’appelait François Mitterrand, a de toute façon interdit la manifestation. Celle du 14 juillet 1953 fut la dernière. Un voile a été jeté sur ce massacre.

Le film et le livre éponymes de Daniel Kupferstein, les Balles du 14 juillet 1953, ont contribué de façon décisive à remettre en lumière cette page de l’histoire coloniale. Quel est le sens de la commémoration prévue ce 14 Juillet ?

Alain Ruscio. Daniel Kupferstein a entrepris un travail remarquable. Auparavant, l’historienne Anissa Bouayed était déjà revenue sur ces événements en 1980, dans sa thèse consacrée à la CGT dans la guerre d’Algérie, et je les ai moi-même évoqués en 2002, dans un ouvrage collectif consacré au 17 octobre 1961. Cette année, la commémoration de ce massacre est une occasion de se saisir de l’actualité. Le mouvement déclenché par l’assassinat de George Floyd aux États-Unis a des répercussions en France. Il y a une sorte de rage des historiens de sensibilité anticolonialiste lorsqu’ils constatent que la police française répète qu’elle a toujours été républicaine, qu’elle a toujours défendu les valeurs humanistes. Sans faire de procès à la police, il ne faut pas oublier qu’il se trouvait, parmi les policiers ayant tiré sur les Algériens le 14 juillet 1953, des éléments qui avaient participé, une décennie plus tôt, à la rafle du Vél’ d’Hiv’. Il y a cette volonté de répondre à la bonne conscience de tous ceux qui nous parlent d’une police non raciste, qui compterait seulement quelques brebis galeuses dans ses rangs. Toute la police n’est pas raciste, mais il est quand même bon de rappeler à la décence ceux qui oublient délibérément cette histoire.

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14 juillet 2020 2 14 /07 /juillet /2020 06:10

 

Bercy envisage de prolonger la CRDS jusqu’en 2042, afin de faire payer la crise sanitaire et ses conséquences aux travailleurs et aux familles, plutôt qu’en augmentant les impôts des riches.

Cacher cette dette que je ne saurais voir. Depuis quelques semaines, Bercy travaille à isoler une partie de la dette publique, ces 150 milliards d’euros liés aux mesures prises pendant et après la pandémie. Le but : faire baisser le taux d’endettement de la France pour qu’il ne dépasse pas les 100% de PIB et ne pas faire payer les plus fortunés. Puisqu’avec une dette qui devrait représenter 121 % du PIB à la fin de l’année, la France va connaître une situation qu’elle n’a plus connue depuis la seconde guerre mondiale, lorsque le taux d’endettement avait franchi le seuil des 250 %.

La piste évoquée par Bruno Le Maire est d’enfouir la dette dans une structure particulière, comme la Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale (Cades) qui a planquée celle de la sécurité sociale. Pour rembourser la dette sociale, la CRDS (contribution au remboursement de la dette sociale), avec son taux à 0,5%, était apparue sur les fiches de paie, mais aussi des pensions de retraite, des allocations chômage ou maladie, des revenus du capital, des loyers, mais aussi des aides au logement, des allocations familiales… la CRDS est partout. Et, le gouvernement pourrait décider d’une prolongation de ce prélèvement jusqu’en 2042. Une façon pour Emmanuel Macron de faire semblant de respecter sa promesse, à savoir « ne pas financer ces dépenses en augmentant les impôts ». Car, explique Bercy, « cela permettrait ne pas créer de nouvel impôt et de rembourser la dette à prélèvement constant ». Sans compter que cette « prolongation serait même indolore » pour les Français, dixit Bruno Le Maire.

Reste que la CRDS devait être supprimée en 2009, avant d’être prolongée en 2024, puis le mois dernier jusqu’en 2033. Ce nouveau report, n’en déplaise à Emmanuel Macron, revient bien à augmenter les impôts des travailleurs, de presque 8 milliards d’euros chaque année, et ce, pendant 18 mois, pour financer les cadeaux fiscaux aux entreprises, sans qu’aucune contrepartie ne soit exigée. Un mécanisme qui permet à la fois de rassurer le patronat sur la continuité des aides publiques pour la période qui s’ouvre, tout en planifiant un remboursement dont le coût reviendra intégralement aux travailleurs.

Une injustice que dénonce l’économiste David Cayla, d’autant que « ce prélèvement n’est absolument pas progressif ». Ce membre du club des « économistes atterrés » estime que le coût de la crise sera « bien plus élevée que ces 150 milliards d’euros. L’économie a été traumatisée à l’échelle mondiale, ce qui nécessitera des dépenses sociales, avec l’explosion du chômage et le chômage partiel, mais aussi d’autres mesures qu’il faudra financer ».

Pour David Cayla, cette annonce montre que l’exécutif « ne veut rien transformer, rien changer de sa politique. L’habillage comptable consiste à stériliser cet évènement exceptionnel pour faire comme si rien ne s’était passé ».

Mais aussi, il s’agit pour le gouvernement qui refuse d’augmenter l’impôt des plus riches, de respecter les critères de Maastricht. Pierre Moscovici, le nouveau père la rigueur de la cour des comptes n’a d’ailleurs pas tarder de réagir, voyant dans ce cantonnement de la dette « un signal positif ». « Le prolongement de la CRDS (...) tel qu’évoqué par le gouvernement, permettrait en effet de conserver une ressource pour rembourser la dette de crise et cela signifie bien que quelqu’un la rembourse » a expliqué le sage de la rue Cambronne. « Cette mesure, si elle voit le jour, doit s’inscrire dans une stratégie globale qui fixe la trajectoire de moyen terme de l’ensemble des finances publiques », a-t-il ajouté.

Clotilde Mathieu

 

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14 juillet 2020 2 14 /07 /juillet /2020 05:57

 

Alors que la crise économique de 2008 avait été suivie par un fort recours aux énergies fossiles, l’Agence Internationale de l’Énergie (IEA) a dévoilé récemment un « plan de relance durable ». Focalisé sur le secteur de l’énergie, l’objectif de ce plan de long-terme consiste à la fois de permettre une remise sur pied des économies, de créer des emplois en nombre tout en opérant une transition structurelle qui permette de répondre aux enjeux climatiques.

Trois ans pour tout changer de fond en comble : c’est ce que suggère l’IEA dans son plan de relance durable focalisé sur le secteur de l’énergie dès l’année prochaine. Selon elle, l’enjeu est notoire car les décideurs politiques doivent agir dans un court laps de temps pour avoir des impacts durables sur l’économie et sur les infrastructures énergétiques. Ayant comme visée la stimulation des économies, la création de millions de nouveaux emplois à l’échelle mondiale, ce plan de l’IEA vise également la réduction durable des émissions de gaz à effet de serre afin de répondre entre autres aux objectifs des accords de Paris. Mettant l’accent sur six secteurs clés, à savoir l’électricité, les transports, l’industrie, le bâtiment, les carburants et l’innovation, l’IEA propose près de vingt mesures évaluées sous différents aspects.

En tout et pour tout, ce plan de relance nécessiterait de mobiliser seulement 1000 milliards de dollars, soit 0,7% du PIB mondial et pourrait permettre de gagner un peu plus d’un point de croissance par an. Alors qu’elle estime que près de 6 millions d’emplois sont menacés dans le secteur de l’énergie sur les 40 millions actuellement existants à cause de la pandémie, elle affirme que ce sont un peu plus de 9 millions d’emplois par an pendant trois ans qui pourraient être créés grâce aux mesures de son plan. L’objectif affiché ? Permettre une meilleure résilience face à des crises futures et viser une réduction de 4,5 millions de tonnes de dioxyde de carbone atmosphérique d’ici 2023.

Plus que tout, l’IEA insiste sur l’importance de la coopération internationale pour pouvoir mettre en cohérence les actions respectives de chaque pays et rétablir des chaines globales d’approvisionnement en énergie. Pour l’agence, trois orientations clés sont centrales : la focalisation sur la sécurité énergétique ; la révision voire la réaffirmation des engagements pour des transitions vers des énergies propres ; la création de filets de sécurité pour les entreprises et les consommateurs. Elle estime également que des leçons peuvent être véritablement tirées de la dernière crise économique qui a eu lieu en 2008-2009. D’une part, il faut déployer à grande échelle les politiques existantes pleines de succès pour permettre des retours sur le plan économique et en termes de création d’emplois. D’autre part, elle insiste sur l’importance de la recherche et développement, afin d’être prêts sur le plan technologique. Plus largement, elle considère que la formation tout comme la remise à niveau des travailleurs est cruciale pour qu’ils puissent développer des compétences nécessaires au déploiement de projets sur l’énergie.

Un plan ambitieux avec des mesures concrètes pour le long-terme

L’IEA fait un véritable plaidoyer pour des investissements durables car, d’après elle, cela permettra un soutien et des créations en termes d’emplois, tout en délivrant une énergie abordable et fiable. Plus largement, investir dès maintenant de manière pérenne dans l’énergie serait bénéfique pour le reste de l’économie avec de véritables effets indirects. Mieux encore, cela est incontournable selon l’agence pour garantir une réorientation structurelle de ce secteur, en vue de répondre à des objectifs de long-terme quant au défi climatique, l’accès à l’énergie et la durabilité. La pandémie a mis en exergue la nécessité urgente de soutenir et de créer de l’emploi dans un contexte où l’environnement monétaire fluctue et où les marchés des énergies fossiles sont volatiles. Également, cette même pandémie a développé selon l’IEA une conscience accrue des bienfaits d’une énergie propre et sûre, ainsi que la possibilité de changer durablement les usages et comportements.

Au-delà des enjeux qu’elle brosse, l’agence avance des mesures  concrètes. Pour ce qui est de l’électricité, on retrouve l’extension et la modernisation des réseaux énergétiques, afin de basculer vers des infrastructures numériques, des réseaux intelligents ; le développement massif des énergies renouvelables que sont l’éolien et le solaire photovoltaïque ; le maintien des énergies hydrauliques et nucléaires dans le mix énergétique en raison de leurs faibles émissions de gaz à effet de serre ; de réels investissements en R&D pour réduire drastiquement les émissions et pollutions des énergies fossiles comme le charbon et le gaz. Quant aux transports, l’IEA met l’accent sur l’encouragement à l’achat de nouveaux véhicules plus efficaces et sobres ; la promotion des trains à grande vitesse au détriment de l’avion et des véhicules individuels pour assurer un meilleur maillage territorial et une réelle décentralisation ; l’amélioration des infrastructures urbaines afin de réduire la pollution et la congestion, au travers d’une meilleure disponibilité des bornes de rechargement pour les véhicules électriques individuels, du développement des bus électriques et de l’extension de l’espace urbain accordé aux piétons et aux cyclistes.

Ensuite, pour ce qui a trait au bâtiment, filière qui emploie 10% des travailleurs à l’échelle mondiale, la meilleure efficience énergétique des logements sociaux et administratifs, et dans la foulée dans l’industrie, doit être selon l’agence un premier cheval de bataille pour réduire véritablement les factures énergétiques, battre en brèche la précarité énergétique, améliorer la santé et le confort et renforcer la résilience notamment face aux événements climatiques. Toujours sur ce secteur, le déploiement des appareils ménagers connectés doit être plus que jamais mis en avant, pour réduire la consommation énergétique et les coûts d’opération du système électrique, et ce de manière conjointe avec le recyclage efficace d’appareils ménagers comme les réfrigérateurs qui contiennent de puissants gaz à effet de serre. Si on s’intéresse ensuite à l’industrie, il s’agit ici selon l’IEA d’améliorer l’efficience énergétique et l’électrification à l’échelle mondiale et sur cet aspect, les gouvernements peuvent engager une série de mesures fiscales incitatives. Il y a également nécessité à renforcer le recyclage des déchets et de matériaux tels que les plastiques, et repenser en amont le design des produits manufacturés pour limiter les déchets plus efficacement.

Enfin, en ce qui concerne les carburants, l’agence de l’énergie considère qu’il faut améliorer les procédés existants pour réduire les émissions de méthane, puissant gaz à effet de serre, provenant du pétrole et du gaz, et de permettre la reconversion des travailleurs qualifiés de secteur, menacés de licenciements, dans la réduction de telles émissions. Une réforme drastique des subventions aux énergies fossiles est également nécessaire selon l’IEA, ainsi que le soutien et l’extension des biocarburants, secteur à fort potentiel d’emploi de travailleurs peu comme très qualifiés. Pour conclure, l’agence met l’accent sur l’innovation : sans cette dernière, « la transition vers des systèmes énergétiques modernes, propres et résilients seraient mis en jeu » et « les gouvernements ont un rôle majeur à jouer en soutenant l’innovation, notamment dans des domaines que le secteur privé perçoit comme trop risqués ». C’est ainsi que l’IEA insiste sur la nécessité de développer activement les recherches sur les technologies basées sur l’hydrogène, sur les batteries, sur les petits réacteurs nucléaires modulaires et sur la capture, l’utilisation et le stockage du dioxyde de carbone.

Quelles conclusions peut-on tirer de ce plan de relance durable ?

De manière centrale, en promouvant une modernisation importante du secteur de l’énergie pour répondre aux défis économiques, sociaux et écologiques du moment, cette dernière nous montre de manière sous-jacente l’importance de la formation des travailleurs au sens large. En effet, il s’agit d’être en mesure de développer des technologies nouvelles et efficaces et d’être en mesure de les maitriser et de les comprendre, en premier lieu pour les travailleurs impliqués mais aussi pour les utilisateurs et utilisatrices de ces technologies. De tels changements, une telle valorisation de l’innovation nécessite de développer véritablement l’enseignement supérieur pour former des travailleurs qualifiés qui maitrisent une large palette de compétences clés. De fait, cela suppose de rompre avec des décennies de libéralisation de l’enseignement supérieur marquées par le sous-financement chronique, le morcellement des formations et la non-reconnaissance du travail des étudiants.

Plus que jamais, il est nécessaire de financer massivement les universités et laboratoires publics pour stimuler l’émulation et la création, de créer un salaire étudiant dans le cadre d’une sécurité emploi-formation pour reconnaitre le travail intellectuel des étudiants et sécuriser les parcours de formation des salariés. Il s’agit aussi de conditionner réellement les aides publiques au secteur privé dans le domaine de la recherche et du développement, pour garantir la création d’emplois stables et stables et surtout la formation d’un nouveau tissu industriel en France et en Europe. Alors que l’étude économique de l’IEA a été faite conjointement avec le Fonds Monétaire International et accorde un rôle prépondérant au secteur privé et aux marchés dans son plan de relance, c’est bien le renversement des logiques de compétition auquel il faut résolument œuvrer.

La remise en cause des logiques de libéralisation et de mise en concurrence des travailleurs et des territoires depuis des décennies aux échelles européenne et mondiale est cruciale. Sans cela, il est clairement impossible de permettre par exemple un développement véritable d’un pôle efficace de l’énergie, d’un réseau ferroviaire maillant tout le territoire, d’une éducation, d’un enseignement supérieur et d’une recherche libérés des logiques de rendement immédiat qui se font au détriment des objectifs de long-terme que vise le Plan de relance durable de l’Agence Internationale de l’Énergie. Pour répondre aux enjeux clé de notre époque, pour permettre une relance industrielle et écologique, c’est bien du côté du secteur public que les solutions sont à trouver.

 

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