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23 février 2018 5 23 /02 /février /2018 07:37
Lucienne Nayet - photo Le Télégramme

Lucienne Nayet - photo Le Télégramme

Nous avons appris il y a deux jours que Lucienne Nayet, notre camarade du PCF pays de Morlaix, ancienne élue à Champigny-sur-Marne, présidente du musée de la Résistance Nationale, a été la victime d'ignobles attaques antisémites sur un site néo-nazi hébergé aux USA pour contourner la législation française sur les atteintes à l'humanité de caractère raciste et  antisémite, "democratieparticipative.biz", qui a un sous-titre sarcastique d'une indécence morale éhontée quand on voit le contenu dégueulasse qu'abrite le cerveau de ses promoteurs et fidèles: "Le site de la paix et de l'amitié entre les peuples".

L'antiphrase et la contradiction comme loi de ces esprits dérangés. 

Cet "article" ignoble du site internet daté du 15 février dernier détourne une photo de presse de La Dépêche suite à une intervention scolaire dans le cadre du programme d'histoire de Lucienne Nayet dans un établissement scolaire du Béarn, le collège Jean Bouzet de Lourdes, en accolant une étoile jaune de sinistre mémoire, symbole de discrimination, d'inégalité, d'humiliation et pour finir de déportation et de mort, sur la photo de Lucienne Nayet, entourée d'élèves de 3ème. Le titre en dit long sur les intentions des auteurs: "Lourdes: la youpine fanatique Lucienne Nayet incite à la haine antiblanche dans une école". 

Il est assorti de commentaires à l'avenant:

"Cette vieille youpine fanatique est gorgée d'une haine sémitique écumante et génocidaire. Et son arme, comme toujours, est le mensonge pour porter la confusion dans les esprits de sa victime à son paroxysme. A charge, ensuite, pour les masses de nègres et de crouilles de faire ce qu'elles font naturellement: violer, voler, tuer, brutaliser". 

Le renversement des rôles de victimes et persécuteurs est un classique du discours de haine  génocidaire, comme l'animalisation de l'ennemi, ici la porteuse de la mémoire de la Shoah, qu'elle a vécu dans sa chair et son enfance, et d'idéaux antiracistes et humanistes. 

Suit un développement tout aussi stupide sur "ces curés amis de la juiverie qui ont pavé la voie de leur propre destruction en aidant les envoyés du Diable à s'infiltrer et établir leurs quartiers généraux en France" 

Ce tissu d'immondices qui montre que le ventre de la bête est encore fécond d'avortons nostalgiques de l'ère des monstres nazis s'accompagne de commentaires, de caricatures et de photo-montages antisémites d'une haine délirante et abjecte présentant Lucienne Nayet en "vermine juive", exaltant l'éradication des "indésirables" juifs, présentant une image de juif transperçant un hexagone aux couleurs tricolores avec une épée sur laquelle est gravé le mot "Islam" (???).

Il fait l'apologie, avec des photos de nazis en camp d'extermination légendées de manière cynique et cruelle, des crimes contre l'Humanité dont ont été victimes environ six millions de personnes d'origine juive en Europe et 75 000 en France, parmi lesquels le père de Lucienne, déporté car déclaré officiellement (c'est sur son acte de déportation signé par les autorités françaises) "en surnombre dans l'économie nationale", sous un article qui raconte l'histoire tragique de Lucienne, victime de la politique criminelle et antisémite de "l'Etat français" de Vichy et des Nazis, des crimes contre l'Humanité les plus méthodiquement et massifs jamais perpétrés. 

Plusieurs "contributeurs" d'extrême-droite semblent avoir participé à un concours d'immondices pour déverser leur bêtise crasse digne des plus grands ratés que la société peut produire à la suite de l'article sur le site. 

Il est question évidemment de "gènes juifs", de "haine raciale contre les Blancs", de "sorcière", de joie à torturer des personnes d'origine juive... Les sous-entendus sont à la fois ceux de la glorification du génocide et du négationnisme qui en nie la réalité: ces salauds ne sont pas à un paradoxe près.  

Michel Lerman, le père de Lucienne, né en 1910, a été enfermé jeune, parce que juif, dans les ghettos en Ukraine, il s'est enfui vers 1930 en Pologne où régnait déjà l'antisémitisme. Il s'est alors enfui en France, qu'ils voyaient comme la patrie des Droits de l'Homme, avec la maman de Lucienne, polonaise d'origine juive. Il a été arrêté sur dénonciation et sur ordre des autorités françaises, le 15 mai 1941, alors que son épouse était enceinte de Lucienne, lors de la rafle dite "du billet vert", puis interné à Drancy, à Beaune-la-Rolande et à Pithiviers, avant d'être envoyé à Auschwitz et d'y partir en fumée. Née le 4 août 1941, Lucienne à l'hôpital Rotschild, Lucienne a pu être cachée grâce à un réseau de Résistance dans un petit village vendéen à Pouzauges chez un prêtre, et elle vivra cachée pendant quatre ans dans une pièce minuscule tandis que sa sœur sera cachée dans une ferme. La plupart de ses oncles, tantes, grands-parents, cousins, ont été victimes de la politique antisémite des nazis et de leurs alliés et du génocide. A leur retour à Paris, la mère et ses deux filles découvriront que leur ancien logement est occupé par d'autres personnes. Sa mère refera sa vie avec un rescapé d'Auschwitz.     

A la mort de sa mère, qui se taisait sur cette période trop sombre et douloureuse, en 1988, Lucienne a entrepris des recherches pour retrouver l'histoire de sa famille. Chez elle, pas de rancœur ni de haine, mais au contraire une volonté de parler à l'intelligence, au sens de la liberté et de la dignité des hommes et des jeunes pour qu'ils ne cèdent pas aux facilités du racisme, pour qu'ils soient capables de lutter contre les injustices et les atteintes à la dignité humaine de leur temps et de se battre pour un monde habitable fait de liberté, de solidarité, de paix.   

Depuis plusieurs années, retirée de ses fonctions d'adjointe à Champigny-sur-Marne, Lucienne Nayet anime dans un grand esprit de rassemblement le réseau du Musée de la Résistance Nationale, soucieuse d'agréger toutes les énergies, par delà les différences de sensibilités, pour cette oeuvre politique et éthique de mémoire collective basée sur la connaissance historique, et participe avec des rencontres avec les scolaires avec toujours le souci d'échanger avec les jeunes, et de leur parler comme à des grands qui doivent connaître l'histoire pour bâtir leur conscience critique et leur citoyenneté. 

Elle est devenue amie avec de nombreux résistants et anciens déportés, enfants de résistants et déportés, et veille à maintenir la flamme des idéaux humanistes et de progrès de la résistance.  

Nous sommes bien placés pour connaître son sens de l'humanité, sa hauteur morale et intellectuelle, son rationalisme, son universalisme, son républicanisme, sa volonté de refuser toutes les assignations identitaires, nationalistes, tous les raccourcis réducteurs, et de mettre au premier plan: l'intérêt de l'Humain et l'intérêt général. 

La section du pays de Morlaix du PCF et la fédération du Finistère du PCF témoignent à Lucienne de toute notre amitié, de toute notre estime et de notre admiration pour son travail de transmission et de mémoire de ce type de sites néo-nazis appelant à la haine raciale et à la violence qui rappellent aussi ce qu'a pu produire Boris Le Lay avec son site raciste "Breiz Atao". 

Nous ne surestimons pas ce que représentent aujourd'hui ces pauvres types aveuglés de haine raciste et antisémite, heureusement largement minoritaires, mais nous ne sous-estimons pas non plus les blessures qu'ils peuvent causer, le danger qu'ils peuvent représenter avec des idées aussi haineuses, ni ne méconnaissons le terreau xénophobe et de désarroi politique et moral qui peut les faire prospérer chez nous, où l'extrême-droite est arrivée au second tour des élections présidentielles pour la deuxième fois en seize ans, comme dans bien d'autres pays d'Europe et du monde.  

Nous demandons aux autorités de la République de tout mettre en oeuvre pour retrouver et condamner les auteurs de ces propos racistes, négationnistes, faisant l'apologie de la persécution des juifs, reconnus comme criminels depuis la loi Gayssot de 1990, et pour faire fermer le site "democratie.biz".      

Nous allons saisir par courrier la préfecture du Finistère en ce sens et lui demander une audience. 

Pour le Parti Communiste Français, section de Morlaix et Fédération du Finistère

Ismaël Dupont, 21 février 2018

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23 février 2018 5 23 /02 /février /2018 07:23
Gilbert Brustlein

Gilbert Brustlein

Henri Krasucki

Henri Krasucki

Marcel Rayman

Marcel Rayman

Ils ont combattu pour la liberté, la fraternité, l'égalité, les droits de l'Homme, la France, l'espoir du communisme et d'une société sans classes, face aux Nazis et à leurs valets de l'extrême-droite française.

L’engagement dans la Résistance des jeunes d'origine juive parisiens avec la MOI (1940-1945)

par Robert Endewelt, témoignage lors d'un colloque organisé le 15 décembre 2006 à l'hôtel de ville de Paris par l’Association des amis de la commission centrale de l’enfance. repris par les "Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique" (2015)

La conclusion de Robert Endewelt est importante:  

" Je voudrais conclure en soulignant que les raisons de notre engagement dans la Résistance ne furent pas seulement motivées par la nécessité de nous opposer à l’entreprise nazie contre les juifs, ce qui aurait été amplement suffisant. Dès le début de cet engagement, ce fut aussi pour nous la volonté clairement affirmée de nous battre pour la liberté de notre pays, pour ses valeurs humanistes et républicaines étranglées par le fascisme hitlérien et par celui de Vichy. Notre combat ne fut jamais un repli sur nous-mêmes, distinct de l’objectif final de tous ceux qui combattaient en France. Avec notre spécificité, compte tenu des circonstances, nous avons fait partie intégrante de la Résistance nationale".

 

Témoignage présenté par Robert Endewelt lors d’un colloque organisé le 15 décembre 2006 à l’Hôtel de ville de Paris sur le thème : « Les juifs ont résisté en France (1940-1945) », par l’Association des amis de la commission centrale de l’enfance. Ce texte a été publié initialement dans les actes de ce colloque

Je suis sans doute l’un des derniers anciens jeunes ayant appartenu à la Résistance des jeunes juifs de la FTP-MOI (Francs-tireurs et Partisans-Main d’œuvre immigrée) à Paris à pouvoir témoigner de notre engagement dans la capitale sur toute la période de 1940 à 1945.

 

L’organisation clandestine de résistance des jeunes communistes juifs s’est constituée au cours de l’été 1940 sous l’égide du secteur juif de la MOI. C’est vers la fin de cette année que je l’ai rejointe dans le Xe arrondissement où j’habitais. Plus tard, je suis devenu membre de sa direction régionale parisienne jusqu’aux arrestations de mars 1943, où plus d’une cinquantaine de jeunes résistants de notre organisation clandestine sont tombés aux mains des Brigades spéciales de la préfecture de police de Paris.

 

En 1943 se formaient en France, dans les deux zones, l’UJRE (Union des juifs pour la Résistance et l’entraide) et L’UJJ (Union de la jeunesse juive). Ayant échappé à toutes les arrestations, c’est à cette date que j’ai été nommé à la direction de l’UJJ pour Paris par mes responsables hiérarchiques « adultes » ; c’est ainsi que nous appelions nos aînés dans la Résistance. Cette activité s’est poursuivie jusqu’à l’insurrection et la Libération de Paris, et ensuite jusqu’à la victoire et la capitulation de l’Allemagne nazie par notre engagement dans l’armée française. C’est donc au titre de cette expérience et des responsabilités que j’ai assumées à Paris durant toutes ces années de guerre et d’occupation que j’apporterai mon témoignage sur l’engagement dans la Résistance de ces jeunes Parisiens, issus de familles juives immigrées, nés en France ou venus très jeunes avec leurs parents de Pologne et d’autres pays d’Europe centrale et orientale.

 

Je veux dire d’abord que le groupe de langue yiddish de la MOI fut certainement l’un des principaux initiateurs de la Résistance dans la population juive. C’est lui qui a jeté très rapidement les bases de l’organisation clandestine « Solidarité ». Dès l’été 1940, les jeunes juifs communistes et sympathisants furent eux aussi appelés par le groupe de langue à venir s’organiser dans la Résistance sur une base spécifiquement juive, ce qui n’allait pas forcément de soi. Beaucoup de ces jeunes militaient en dehors de la MOI, dans des organisations françaises telles que les JC où ils avaient beaucoup de leurs camarades non juifs. Ces jeunes étaient intégrés dans le pays et assez éloignés de tout esprit communautaire. Ils ont accepté, presque tous, de se retrouver dans une organisation de résistance spécifiquement juive, sans précédent. Henri Krasucki, fils d’immigrés polonais, l’un des premiers organisateurs et dirigeants des jeunes juifs MOI, aimait répéter aux journalistes qui l’interrogeaient après la guerre : « Nous étions devenus des petits Français, que nous soyons nés en France ou que nous y soyons venus bambins avec nos parents ». Il ajoutait : « En même temps, nous étions liés à notre milieu d’origine, nous savions d’où nous venions ». Beaucoup de ces jeunes appartenaient à des familles militantes, actives à la section juive de la MOI et dans le mouvement social et associatif. Il faut dire aussi que, parmi ces jeunes, certains fréquentaient des patronages laïques ouverts à la culture yiddish progressiste et aux idéaux humanistes, ce qui a certainement déterminé leur engagement. Il ne fallut donc pas longtemps à ces jeunes, déjà très motivés, de plus brutalement confrontés à leur judéité, pour s’engager dans la Résistance. Leur destin était devenu commun à celui de leurs parents et de toute leur famille.

Dès l’été 1940, la mise en place d’une organisation juive de résistance dans la jeunesse fut donc au départ le fait des jeunes communistes et des sympathisants. Je fais appel ici aux souvenirs de Roger Trugnan qui en fut l’un des premiers organisateurs. Je le cite :

 

« Alors que je me promenais sur le boulevard Saint-Martin en août 1940, je reconnus Albert Youdine, un ami de mon père, responsable parisien de la MOI. Il m’apprit qu’une structure de la JC se mettait en place sur Paris afin de regrouper les jeunes de l’immigration. Il me demanda si je souhaitais en être. Je répondis affirmativement. Il me proposa de m’envoyer un camarade et de commencer à prospecter autour de moi avec la plus grande prudence. Je révélai ces informations à deux amis dont j’étais absolument sûr : Marcel Rayman et Maurice Lubczanski. Ainsi débuta pour nous la grande aventure pour la libération de la France. En quatre mois, à la fin de 1940, nous étions dans un bon morceau du XIe arrondissement plus de quarante JC-MOI ».

 

Ce fut le même itinéraire pour moi dans le Xe arrondissement.

 

Nombre de jeunes juifs étaient déjà avant la guerre des militants de la JC. Je me souviens de Robert Bourstin, de Bernard Grimbaum et de Charles Feld, tous trois animateurs du cercle des JC de la porte Saint-Martin et qui furent parmi les premiers à organiser l’action clandestine de la Résistance. Maurice Feld aussi, le jeune frère de Charles, qui vendait L’Avant-Garde dans le faubourg Saint-Denis. Le club sportif de la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT), le CPS 10, dont le secrétaire était Bernard Grimbaum, et la salle de gymnastique du YASK, rue de Paradis, étaient des lieux de rencontre pour les jeunes de l’arrondissement et des environs. J’en connaissais beaucoup qui rejoignirent la Résistance dès qu’elle fut mise en place : Anna Wolmach, Simon Tyszelman, Henri Schlos, Denise et Bernard Grimberg, Thérèse et Georges Ghertman, Raymonde Royal et j’en oublie malheureusement. La plupart d’entre eux y perdirent la vie, fusillés ou déportés.

 

Le 10 mai 1942, Maurice Feld et son inséparable compagnon d’armes Maurice Feferman, tous deux engagés avec les premiers FTP, tombèrent au cours d’une attaque contre un hôtel de la Wehrmacht situé square Montholon. Bernard Grimbaum, arrêté en décembre 1940 au cours d’une distribution de tracts, fut fusillé comme otage à Poitiers le 30 avril 1942. Raymonde Royal et sa mère moururent à Auschwitz. Thérèse et Georges Ghertman connurent la prison et y perdirent leur nouveau-né interné avec sa mère. Je veux rendre ici un hommage tout particulier à Georges Ghertman, qui fut pour beaucoup dans mon engagement personnel et qui joua un rôle considérable dans la mise en place de la Résistance des jeunes juifs MOI dans le Xe et les arrondissements alentour. Le premier groupe auquel j’ai été affecté dans le Xe comprenait deux autres jeunes, Henri Mendzilewski et David Spiro. Tous deux furent arrêtés et disparurent dans les camps de la déportation. Jeanne List, une jeune femme de la section juive MOI, nous apportait conseils et informations et suivait l’activité du groupe.

 

Dans le XXe, Henri Krasucki avait pris la tête de ce mouvement. Paulette Schlifka, venue du XIe, y contribua activement aussi. Parmi ces jeunes du XXe, je me souviens notamment de Simon Fiszof, qui avait mené à bien avec son groupe une première récupération d’arme sur un soldat allemand. D’un autre aussi, tout jeune, Victor Cygelman. Il était particulièrement doué pour le graphisme et j’ai appris plus tard que c’était lui qui, le 20 septembre 1942, avait réalisé à la main un grand nombre d’affiches pour célébrer le 150e anniversaire de la bataille de Valmy. Cette célébration pleine de symboles n’avait pas été prise à notre initiative, mais nous tenions beaucoup à nous y associer. Comme quoi notre combat ne fut jamais celui d’un groupe isolé et replié sur lui-même. D’autres arrondissements, où vivaient d’importantes communautés juives immigrées, connurent une mobilisation semblable. Il ne m’est pas possible, malheureusement, d’énumérer ici tous ceux et toutes celles qui participèrent aux premiers pas de notre résistance.

 

La mise en place de notre organisation clandestine ne fut pas une chose aisée : il fallut demander à nos jeunes d’obéir à des règles contraignantes de sécurité. Le cloisonnement de l’organisation en groupe de trois exigeait et imposait de limiter nos relations et de faire preuve d’une grande discrétion. C’était beaucoup demander à des adolescents. Il fallait d’abord nous faire connaître des jeunes du quartier, et nous avions édité un petit journal fabriqué avec les moyens rudimentaires de cette époque, c’est-à-dire ronéoté ou reproduit sur des feuilles polycopiées à l’alcool. « En avant ! » était le journal des jeunes communistes juifs. En ce début d’année 1941, l’activité de notre organisation ne se distinguait pas beaucoup de celle des autres JC non juifs. Elle était encore presque entièrement insérée dans celle de la JC. Nous allions lancer des tracts à la sortie des cinémas de quartier, nombreux à cette époque, sur des marchés ou à partir des rames du métro aérien, par exemple au dessus de la station Jaurès. Ces tracts et ces journaux étaient souvent ceux du PC clandestin ou de la JC. Nous faisions aussi beaucoup d’inscriptions sur les murs et collions des papillons un peu partout.

 

Trois manifestations de rue ont été organisées en 1941, auxquelles nous avons tous participé. Je me souviens de la première, qui remonta le faubourg du Temple jusqu’au métro Goncourt, applaudie par la population de ce quartier populaire qui s’était précipitée aux fenêtres ou rassemblée sur les trottoirs en entendant nos cris, nos chants et nos slogans patriotiques. Le 14 juillet 1941, nous avons participé à une autre manifestation sur les Grands Boulevards en direction de Richelieu-Drouot, à l’occasion de la fête nationale, puis à celle du mois d’août entre les portes Saint-Denis et Saint-Martin. Cette dernière fut tragique : Samuel Tyszelman et Henri Gautherot furent arrêtés. Une affichette rouge apposée par la Kommandantur et signée d’un tribunal militaire nous informait quelques jours plus tard, que « le juif Szmul Tyszelman et le nommé Henri Gautherot » avaient été fusillés le 19 août 1941 pour aide à l’ennemi, ayant pris part à une manifestation dirigée contre les troupes allemandes d’occupation. Nous avons mesuré ce jour-là à quelle impitoyable répression nous allions être confrontés.

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Nous avons aussi à cette époque mené des actions à coups de pavés contre les vitrines des permanences des collabos. C’était une façon de stigmatiser la collaboration avec l’ennemi par le saccage de ces boutiques de la honte. Mais c’est à la suite des mesures découlant du statut des juifs que notre activité s’est aussi rapidement reportée sur le terrain de la solidarité, de l’entraide et de l’action résistante contre les persécutions. Notre action spécifique a alors pris toute sa dimension.

 

De jeunes juifs qui souhaitaient se soustraire à cette situation, de plus en plus périlleuse, ont trouvé grâce à nous les moyens d’entrer dans la clandestinité et de nous rejoindre. Nous-mêmes, à un certain moment, nous étions presque tous devenus clandestins, munis de fausses cartes d’identité et logés dans des planques sous des noms d’emprunt. Lorsque le moment de la lutte armée est venu, nous étions déjà fortement organisés. Quelques-uns d’entre nous ont très tôt participé aux premières actions armées avec « l’Organisation spéciale ». Ce fut le cas de Jean Capiévic qui en fut l’un des organisateurs avec Gilbert Brustlein dans le XIe. Mais c’est dans les débuts de l’année 1942 que furent crées les FTP. Il avait été convenu que 10 % de nos effectifs y seraient versés. Nous voulions tous en être, et il a fallu choisir ! Henri Krasucki eut cette tâche délicate à accomplir : vérifier l’aptitude de chacun à remplir cette mission. Il devint le point de passage entre nous et les FTP jusqu’à son arrestation en 1943.

 

Les motivations des jeunes pour se battre les armes à la main étaient très fortes, car beaucoup d’entre eux avaient vu leurs parents déportés. Je me souviens de Wolf Wajsbrot, du IIIe arrondissement, né en Pologne en 1925, arrivé très jeune à Paris. Le 16 juillet 1942, ses parents furent arrêtés, envoyés à Drancy et déportés à Auschwitz. Lui-même réussit à échapper à cette rafle et il n’avait qu’un désir : venger ses parents, se battre contre les nazis. Il avait dix-sept ans à peine lorsqu’il prit la décision de rejoindre les FTP-MOI. Je peux citer aussi, parmi d’autres, Léon Goldberg, qui fit ce choix pour les mêmes raisons, et Maurice Radzinski, engagé à seize ans, tombé au combat en plein Paris le 10 février 1943. Nous avions tous la rage au cœur et nous voulions saisir cette chance qui nous était offerte de pouvoir enfin faire payer leurs crimes aux hitlériens. Nous étions informés des faits d’armes accomplis par les FTP-MOI dans Paris, de la solidarité qui unissait tous ces combattants de nationalités différentes, parmi lesquels ceux du 2e détachement juif, dont nous avons appris l’existence exacte après la guerre. Nous connaissions bien Marcel Rayman, il était devenu pour nous un véritable héros, un exemple d’audace et de courage qui nous remplissait d’admiration.

 

Le sabotage contre la production destinée aux troupes allemandes a pris aussi une grande importance pour nous. Il faut savoir qu’à Paris tous les ateliers et toutes les entreprises appartenant aux professions de l’habillement, des cuirs et peaux, de la ganterie, de la fourrure et de la chaussure, étaient réquisitionnés pour les besoins de l’armée allemande. Il était crucial pour nous d’intervenir dans ce secteur, car une partie importante de la main-d’œuvre était juive, beaucoup travaillant à domicile. Ce fut pour nous, dans cette période, un objectif majeur que de ralentir et de saboter cette production. Ce n’était pas une affaire simple, car pour nombre de familles il n’y avait pas d’autre alternative pour vivre que d’y travailler. Il y avait aussi chez certains l’illusion d’être provisoirement épargnés et protégés par le système d’Ausweis délivrés par les autorités d’occupation. Nous avons donc engagé une grande bataille d’explications, appelant à briser les machines, à saboter la production et à quitter les entreprises. Des familles ont abandonné leur travail et se sont réfugiées en zone Sud ; nous avons offert à des jeunes de quitter leurs entreprises en leur remettant des faux papiers, et certains nous ont rejoints dans la lutte ; nous avons aussi fait embaucher ponctuellement des jeunes résistants pour saboter, subtiliser des pièces de machines, couper des fils électriques, déposer de l’acide ou des engins incendiaires dans des ateliers et des dépôts de cuir, de peaux de mouton et de peaux de lapin. Je me souviens de quelques expéditions auxquelles j’ai participé, effectuées notamment dans certains ateliers de tricoteurs où, à coups de marteaux, nous mettions hors d’usage les aiguilles des machines. Ces actions, comme toutes les autres, comportaient des dangers. C’est au cours de l’une d’elles qu’Élie Wallach et Léon Pakin furent arrêtés et fusillés le 27 juillet 1942, que Georges Ghertman connut la prison et que Victor Cygelman, au cours d’une opération d’intimidation contre le patron d’une importante entreprise de la rue Martel, faillit connaître le même sort. Certes, notre action n’a pas pu arrêter cette machine de guerre, mais elle a permis de la ralentir, de la perturber et surtout d’ouvrir à ces travailleurs juifs d’autres choix plus conformes à l’intérêt général et à celui de leur survie.

Léon Golberg

Léon Golberg

Maurice Radzinski

Maurice Radzinski

Samuel Tyzelman

Samuel Tyzelman

Olga Bancic et sa fille

Olga Bancic et sa fille

Organigramme de direction de la FTP - MOI en 1943

Organigramme de direction de la FTP - MOI en 1943

C’est sans doute cette activité qui nous a permis aussi de nouer des relations avec les jeunes qui travaillaient dans ces entreprises. Nous avions de nombreux contacts avec eux dans les ateliers de chez Révillon, TouMain, Fisher, Grundel (rue Martel), Pilain (rue d’Enghien) et d’autres firmes. Bien des jeunes de ces ateliers ont renforcé nos rangs après les arrestations de mars 1943. Les clivages idéologiques qui avaient été les nôtres au début de l’Occupation s’étaient estompés au fur et à mesure que s’affirmaient les buts communs à tous. Les jeunes qui venaient à nous savaient qui nous étions, mais seul importait le sort commun qui était le nôtre. La grande rafle du 16 juillet, qui avait emporté nombre de familles, femmes, enfants, vieillards, devait encore accélérer ce rapprochement et cet élargissement. Nos appels à se cacher et à fuir avaient amené des jeunes à suivre leur famille, décidée à franchir la ligne de démarcation vers la zone Sud. Des jeunes de notre organisation prirent le même chemin avec leurs parents. Nous avons appris par la suite que presque tous avaient rejoint les groupes de combat de l’UJJ à Lyon, Grenoble, Toulouse et autres villes de la zone Sud. D’autres jeunes, restés à Paris, sont entrés dans la clandestinité et sont venus renforcer nos rangs.

 

Je veux parler maintenant de la répression qui nous a frappés, et tout particulièrement des arrestations de mars 1943. Malgré toutes les précautions prises, malgré les constants conseils de prudence et de vigilance, la catastrophe est arrivée. C’est le 23 mars 1943, au petit matin, que s’abattit sur nous le coup de filet des Brigades spéciales de la Préfecture de police. Des semaines et des mois de filature avaient permis de repérer des dizaines de nos jeunes dans leurs planques. Il a été possible après la guerre de mesurer, à partir des archives de la police, l’ampleur des filatures et des moyens mis en œuvre pour parvenir à nous atteindre. Une cinquantaine de jeunes furent arrêtés le même jour. Parmi eux figuraient les principaux dirigeants de notre organisation : Henri Krasucki, Roger Trugnan, Samuel Radzinski, Thomas Fogel, le responsable du XIXe. Henri fut arrêté le matin du 23 mars en sortant de sa planque du 8 rue Stanislas-Meunier, dans le XXe. Après trois semaines de tortures aux mains des Brigades spéciales, il fut remis aux services allemands de sécurité, le SD de la rue des Saussaies à Paris. L’attitude de tous les jeunes arrêtés fut digne et courageuse devant leurs tortionnaires. À la veille du départ d’un convoi de déportés vers Auschwitz, ils furent tous envoyés à Drancy, d’où ils furent déportés. Nous avons appris ce que fut leur calvaire comme celui de tous les déportés des camps. Seuls six revinrent de cette déportation.

 

Je voudrais ici lire une page du livre d’Henri Bulawko, le président de l’Amicale d’Auschwitz, Les jeux de la mort et de l’espoir. Son témoignage sur trois de nos camarades, dont il fut le compagnon d’infortune, est poignant. Il s’agit de Thomas Fogel et de deux autres jeunes, que malheureusement nous n’avons pas pu identifier :

 

« La faim domine notre vie, mais certains semblent parvenir à la dominer. Ainsi, les trois inséparables : Lucien, Henri et Thomas. Quel âge avaient-ils lors de leur arrestation ? Vingt ans à peine. Ils étaient tous trois membres des jeunesses communistes clandestines à Paris. Ils eurent la chance de se retrouver ensemble dans le train de la déportation. Ils luttèrent pour ne pas être séparés à Birkenau (camp d’accueil d’Auschwitz) et à Jaworzno. Ils se retrouvèrent dans mon bloc. Nous devînmes amis. En hiver, nous dormions à deux sur une couchette pour avoir moins froid : Lucien et Henri dormaient ensemble et Thomas avec moi. Ces trois garçons donnaient un spectacle étrange dans cette jungle. Ils avaient décidé de tout mettre en commun. Et chaque jour, on les voyait soupeser le pain avec une balance improvisée, faite de deux bouts de bois et d’une ficelle, mesurer leur margarine et leur saucisson pour que chacun ait une part égale. Certains se moquaient d’eux. Ils n’y prirent garde, continuant à respecter les principes de solidarité et de collectivité dont ils étaient imprégnés. Il semblait même que les trois souffraient quand l’un d’eux était frappé. Un jour, l’un d’eux manqua à l’appel. Ce jour-là, en mon for intérieur, je pensai que c’était la fin du groupe. Peu après, les deux autres disparurent à leur tour. Étrange destin que le leur. Ensemble ils avaient combattu, ensemble ils furent arrêtés et déportés, ensemble ils luttèrent chaque jour contre la faim et les coups. Ensemble ils dépérirent, jusqu’à ressembler à trois squelettes ambulants. Ils n’étaient plus que l’ombre d’eux-mêmes. Mais jamais ils ne perdirent la tête. Jusqu’au dernier instant, leurs yeux conservèrent leur lueur d’intelligence et de bonté. Ils vivaient dans un monde qu’ils avaient du mal à comprendre. Ils ne pouvaient s’y adapter. Ils n’avaient plus la force physique pour lui résister. Ils tombèrent non comme des moutons que l’on mène à l’abattoir, mais comme des combattants, ayant épuisé leur dernière cartouche, mais qui savent que d’autres poursuivront le combat. »

 

Nous avons appris aussi plus tard que certains d’entre eux, comme Henri Krasucki, Roger Trugnan, Sam Radzinski et d’autres, avaient pu reprendre le chemin de la résistance à l’intérieur même des camps grâce à la solidarité internationale des détenus.

 

Ce 23 mars fut un coup très dur pour nous. Notre triangle de direction avait été atteint par l’arrestation d’Henri Krasucki. Nous étions deux rescapés, une jeune camarade, Renée Wilezenski, qui fut mutée en zone Sud, et moi-même. Notre responsable direct, Adam Raïski, avait échappé lui aussi aux arrestations. C’est dans ces conditions qu’il me fut demandé de rester à Paris et de prendre la direction de l’organisation des jeunes et de poursuivre le combat avec les objectifs qui devenaient ceux de l’UJJ et de son journal Jeune Combat. Cette mutation existait déjà dans les faits. Comme je l’ai dit, les clivages idéologiques des débuts de notre organisation étaient loin dernière nous, et les jeunes qui venaient à nous contribuaient, eux aussi, à lui donner un caractère différent, ouvert à tous les jeunes juifs. Notre activité fut ralentie. Le cloisonnement de nos structures avait permis de limiter les arrestations, mais il fallait nous réorganiser et renouer les fils avec des jeunes qui avaient perdu le contact. Cela a pris un certain temps.

 

Quelques mois plus tard, nous apprenions la chute des FTP-MOI, l’arrestation du « groupe Manouchian » et, par ailleurs, d’autres arrestations importantes qui s’étaient produites dans les rangs du secteur des adultes. Je me souviens de ce matin, où, sortant de ma planque pour me rendre à un rendez-vous, je suis tombé sur l’affiche allemande dénonçant « l’armée du crime ». Une immense affiche rouge. Trois de mes camarades, Wajsbrot, Rayman et Fingercwajg, y figuraient parmi d’autres avec leurs noms et leurs visages meurtris.

 

En 1944, malgré les pertes, nous étions en mesure de donner une nouvelle perspective de combat à nos jeunes. Sur tous les fronts, les armées allemandes subissaient, après Stalingrad, des revers importants qui présageaient de la proximité d’un débarquement allié en France et du déclenchement de l’insurrection nationale. C’est à cette éventualité que nous devions nous préparer, et la directive est venue de nous constituer en milice patriotique juive. Jean Tancerman, dit Jean Drappier, fut détaché de la zone Sud pour cette tâche d’encadrement et de préparation militaire des jeunes résistants juifs de Paris. La première rencontre entre Jean et notre direction s’est tenue à Paris, je crois me souvenir de la présence de Georges Tachnof, Jean-Claude Schwartz, Guy Birenbaum, Jacques Adler et moi-même. Jean Capiévic n’était plus avec nous à ce moment, muté pour d’importantes responsabilités nationales auprès de la MOI. En avril 1944, nous avions édité un tract dans lequel nous appelions à former ces milices. Cet appel signé de l’UJJ se terminait ainsi : « Jeunes juifs, quittez vos logements, passez à l’illégalité ! Entrez en masse dans la milice patriotique qui, en union avec toute la population, contribuera à abattre notre ennemi mortel et libérer la France. L’insurrection libératrice approche ! Soyons prêts pour le grand combat ! ». Un double objectif nous avait été fixé : récupérer des armes et détruire les panneaux indicateurs qui servaient pour la circulation des convois militaires.

 

J’ai évoqué, au début de mon témoignage, une récupération d’arme sur un soldat allemand. Ce fut la première du genre. Désarmer un soldat allemand en plein Paris était une entreprise des plus périlleuses, il nous fallait trouver des moyens moins risqués. Nous avions observé, en ces mois ensoleillés, que nombre de militaires se baignaient dans la Marne aux environs de Paris. Un groupe composé de Jean-Claude Schwartz, de Simon Fiszof et d’André Radzinski est parti aux abords d’une de ces baignades. Ils ont repéré un soldat nageant dans la rivière et une femme allongée sur le bord, les vêtements du soldat et une arme avec son ceinturon sous la tête. C’était une situation inespérée et des plus favorables pour nos jeunes de s’en emparer et de s’enfuir. C’est ainsi que nous avons commencé à nous préparer pour le grand jour.

 

Jean Tancerman, notre chef militaire, avait fixé avec nous les premières dispositions à prendre dès le début de l’insurrection. Il fallait occuper d’anciens locaux communautaires dans lesquels nous pourrions nous installer pour organiser nos forces au grand jour. C’est ce que nous avons fait en occupant les locaux de la rue des Tournelles dans le IIIe arrondissement, où nous avons installé notre quartier général et une partie de nos forces. D’autres jeunes furent installés dans l’ancienne école de l’ORT, située rue Georges Lardennois dans le XIXe et dans les locaux du dispensaire de la rue Julien Lacroix, dans le XXe. Ces jeunes furent mis à la disposition des FFI de ces arrondissements. Le 120 boulevard de Belleville fut ouvert pour y tenir les premières réunions publiques avec des populations qui sortaient comme par miracle de leurs cachettes. Quelque deux cents jeunes juifs, jeunes gens et jeunes filles, étaient ainsi disponibles pour participer aux combats de la Libération. Nous avons pu obtenir quelques armes en plus de celles que nous avions et des brassards FFI. Une partie de nos effectifs a pu participer aux combats aux abords de la préfecture de police, autour de la caserne de la place de la République et dans le XIXe. Les armes n’étaient malheureusement pas en nombre suffisant, mais tous nos jeunes se sont rendus utiles sur les barricades aux côtés des Parisiens.

 

Je me souviens du dernier jour de l’insurrection. Nous étions en patrouille à proximité de la caserne de la République. Celle-ci était devenue silencieuse et refermée sur elle-même. Les tirs avaient cessé de toutes parts. Jean-Claude Schwartz, intégré à un groupe de FFI et de policiers patriotes, était parvenu à pénétrer dans une partie de la caserne et en ressortir avec une impressionnante quantité d’armes abandonnées par les Allemands. C’est là, sur la place de la République, que nous avons vu arriver les premiers chars de la division Leclerc et, comme par miracle, une foule énorme en liesse arrivant de toutes parts. Le grand portail de la caserne s’est alors ouvert sur un officier allemand brandissant un drapeau blanc. C’était la fin, mais pas encore la fin de la guerre.

 

Les résistants de la MOI, toutes nationalités confondues, décidèrent immédiatement de former un bataillon FFI intégré à l’armée régulière française et de s’y engager comme volontaires pour la durée de la guerre. C’est ainsi que le bataillon FFI 51/22 a été crée et qu’il s’est installé dans les bâtiments de la caserne de Reuilly, dans le XIIe arrondissement. Avec l’UJJ, devenue organisation légale au grand jour, nous avions appelé les jeunes juifs à s’engager et à former avec nous une compagnie à laquelle fut donné le nom de Marcel Rayman. Cent soixante volontaires répondirent à notre appel et nous aurions pu être le double si les jeunes filles avaient eu la possibilité de le faire. À la tête du bataillon se trouvait le commandant Boris Holban, dit Olivier, l’un des chefs des FTP-MOI de la région parisienne. Le lieutenant Jean Tancerman était notre commandant de compagnie. La plupart des engagés étaient des résistants venus des FTP-MOI et de l’UJJ clandestine, mais d’autres jeunes étaient venus aussi nous rejoindre.

 

Nous avions hâte d’être aux côtés des armées du front, malheureusement les autorités militaires ne répondirent jamais à notre attente. Finalement, le bataillon, après bien des périples de caserne en caserne, fut dissous et ses effectifs mutés et dispersés dans diverses unités de l’armée, sans combattre. Pour ma part, je me suis retrouvé en Allemagne dans un régiment de tirailleurs algériens de la 1re armée avec le grade de sergent-chef. J’y ai fêté la victoire le 8 mai 1945. Je n’ai été démobilisé que le 18 avril 1946, car entre temps les jeunes français de ma classe avaient été appelés sous les drapeaux.

J’arrive à la fin de mon témoignage. J’ai essayé de résumer notre histoire dans le temps limité qui m’était imparti. Mon témoignage n’est donc évidemment qu’un survol très rapide d’un combat qui a duré plus de quatre ans. Je voudrais conclure en soulignant que les raisons de notre engagement dans la Résistance ne furent pas seulement motivées par la nécessité de nous opposer à l’entreprise nazie contre les juifs, ce qui aurait été amplement suffisant. Dès le début de cet engagement, ce fut aussi pour nous la volonté clairement affirmée de nous battre pour la liberté de notre pays, pour ses valeurs humanistes et républicaines étranglées par le fascisme hitlérien et par celui de Vichy. Notre combat ne fut jamais un repli sur nous-mêmes, distinct de l’objectif final de tous ceux qui combattaient en France. Avec notre spécificité, compte tenu des circonstances, nous avons fait partie intégrante de la Résistance nationale.

 

Lire aussi: 

 

21 février 1944: 23 étrangers et nos frères pourtant - Il y a soixante-treize ans, le 21 février 1944, les nazis exécutaient au Mont-Valérien les héros de l'Affiche rouge.

Résistance : Arsène Tchakarian, à 100 ans, il est le dernier rescapé des Manouchian (Le Parisien, Lucile Métout, 25 décembre 2016)

Olga Bancic, une héroïne de la résistance juive communiste FTP-Moi en France

L'Affiche rouge: "Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant" (numéro spécial de L'Humanité, février 2007- Jean de Leyzieu)

Les communistes français dans la résistance avant l'invasion de l'URSS en juin 1941: relisons Albert Ouzoulias et ses "Bataillons de la jeunesse"

une conférence importante de Léon Landini prouvant que, quoiqu'en disent les révisionnistes, la résistance communiste a débuté bien avant le printemps 1941

 

 

Robert Endelwet pendant la guerre

Robert Endelwet pendant la guerre

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23 février 2018 5 23 /02 /février /2018 07:10
photo de Chahla Chafiq - PCF Bouches-du-Rhône

photo de Chahla Chafiq - PCF Bouches-du-Rhône

Les mouvements du foulard blanc, rythmés par une jeune femme sans voile, debout sur une armoire électrique d'un trottoir de Téhéran, pourraient bien être une performance symbolique.

L'action se passe dans une rue qui porte le nom de « Révolution ». Sans qu'il s'agisse de cela, l'harmonie des gestes de sa main leur donne l'aspect d'une danse.

Le foulard n'est plus un foulard ; il se mue en un drapeau blanc et en une aile d'oiseau. Un chant de liberté et de paix. Bien que l'action se passe fin décembre, avant l'éclosion des contestations populaires qui vont ébranler plusieurs villes iraniennes en janvier, la diffusion de la photo fait de Vida Movahed une des icônes de ces contestations. La révélation de la date et du nom de la femme, désormais surnommée la « fille de la rue de la Révolution », ne parviendra pas à effacer cette dimension iconique. Pourquoi ? La réponse se trouve dans la réalité éprouvée durant des décennies de pouvoir islamiste en Iran : le voile des femmes constitue pour l'idéologie islamiste un étendard politique. En 1979, un des premiers actes de Khomeyni, après sa prise de pouvoir, est d'appeler les femmes à porter le voile sur les lieux de travail. Les Iraniennes protestent massivement. Mais les troupes islamistes écrasent ces contestations auxquelles les acteurs politiques opposés au régime de Khomeyni n'apportent pas un soutien actif, considérant la question du voile des femmes comme socialement et politiquement secondaire.

Erreur de jugement fatale, comme le prouve ce qui se passe ensuite. L'imposition du port du voile, qui va s'étendre à tous les lieux publics, installe la religion comme une idéologie et un programme politique. Le double caractère régressif et répressif de ce plan ne tarde pas à se mettre en scène : le respect de l'islam va justifier le piétinement des droits humains, la censure de toute expression libre et la sacralisation des violences et des discriminations. La ségrégation entre les musulmans et les autres est légitimée.

L'athéisme est banni, la laïcité n'a pas droit de cité et les minorités religieuses, des zoroastriens aux juifs, en passant par les chrétiens, sont surveillées et réprimées, pendant que les bahaïs sont privés de tout droit. Quant au sexisme et à l'homophobie, l'instauration de la charia les justifie et les soutient. Le pouvoir islamiste range par ailleurs les musulman-e-s qui n'adhèrent pas à son idéologie parmi les égarés du droit chemin. En se proclamant le représentant du « véritable islam », le régime assimile toute opposition à l'oeuvre des « ennemis de Dieu », méritant de ce fait une répression implacable.

Dans ce contexte, la République islamique d'Iran étouffe continuellement les actions et revendications des ouvriers, des ensei\gnants, des étudiants et des lycéens... tout comme elle réprime divers peuples qui font pourtant partie intégrante de la mosaïque du peuple iranien (Kurdes, Arabes, Baloutches...). Les femmes, présentes dans ces catégories, subissent les mêmes méfaits sociopolitiques et culturels que les hommes, mais elles sont aussi discriminées « parce que femmes » et donc doublement réprimées.

À ce sujet, il est essentiel de saisir le rôle central de la hiérarchisation sexuée dans le projet islamiste d'une « société musulmane véritable » qui s'appuie sur le fantasme d'une oumma unifiée sous la loi divine. La cellule de base de cette oumma est la « famille islamique », dont la supériorité de l'homme-chef-mari-père sur la femme-fille-épouse-mère fait écho à la suprématie de Dieu sur les humains, les islamistes s'octroyant une place intermédiaire de délégués de Dieu sur terre. Une sorte de ruissellement du pouvoir du haut vers le bas... Le contrôle de la sexualité des femmes va de pair avec une division sexuée de l'espace et la non-mixité avec la soumission du peuple aux dirigeants. Et le voile symbolise tout le dispositif, d'où l'insistance des islamistes sur le voilement des femmes. La République islamique mobilise maintes mesures de propagande, de contrôle et de répression pour faire « respecter » le voile. Sans parvenir à faire reculer la résistance des Iraniennes au voile obligatoire.

L'ampleur du phénomène du « mauvais voile » (porté de manière non conforme) en est un exemple. Les châtiments prévus et exercés n'y font rien. Les chiffres officiels de la police, en 2007, rapportent l'arrestation de 14 000 Iraniennes dans le pays et l'arrestation journalière de 150 femmes à Téhéran. Ces chiffres renseignent en même temps sur un autre fait : l'imposition du jeune journaliste iranienne exilée), la campagne des « Mercredis blancs » débute en 2016 : chaque mercredi, des femmes descendent dans la rue avec un foulard, un sac ou un vêtement de couleur blanche (emblème de la non-violence) pour dire non au voile obligatoire. Avec l'arrestation et la détention provisoire de Vida Movahed, d'autres femmes ont repris son geste partout en Iran, faisant naître la campagne « Filles de la rue de la Révolution ».

Et les hommes défenseurs des droits et des libertés les ont rejointes. La couleur du foulard varie, mais le message reste le même : dire non au voile pour réclamer la liberté et l'égalité, indissociables de la fin de la tyrannie exercée au nom du divin.

 

TRIBUNE LIBRE LES « MERCREDIS BLANCS » EN IRAN - FILLES DE LA «REVOLUTION» [L’HUMANITE – MERCREDI 21 FEVRIER 2018 - CHAHLA CHAFIQ ÉCRIVAINE, SOCIOLOGUE)
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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 22:01
LOI COLLOMB: LA MACHINE A EXPULSER LES IMMIGRES (L’HUMANITE – MERCREDI 21 FEVRIER 2018 - LAURENT MOULOUD)

Le ministre de l'Intérieur présente aujourd'hui son projet asile et immigration en Conseil des ministres. Un texte contesté qui, sous couvert d'accélérer les procédures, vise à accroître les renvois et à entraver l'accès aux droits des exilés.

 

Première grosse épreuve du feu pour Gérard Collomb. Le ministre de l'Intérieur présente ce matin en Conseil des ministres son très controversé projet de loi « pour une immigration maîtrisée et un droit d'asile effectif ». Un texte de tous les dangers, autour duquel le gouvernement fait corps en s'échinant à le dépeindre comme « solide et équilibré », articulant « tradition d’accueil » et « juste sévérité ». Des éléments de langage qui peinent à couvrir le concert de critiques et d’alertes dont le « projet Collomb » fait l’objet depuis des mois. Parmi ces nombreux détracteurs, on trouve des élus de gauche et les associations d’aide aux migrants qui parlent du « pire texte qu’on ait vu depuis longtemps ». Mais aussi – chose plus rare – les professionnels de l’Offi ce français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), les agents de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), le Défenseur des droits et une pléiade de chercheurs et d’avocats. Même certains députés de la majorité LREM sont tenaillés par quelques scrupules… Cette relative unanimité, qui laisse pour l'instant de marbre l'exécutif, ne doit rien au hasard. Loin de l'« équilibre » proclamé, tous les observateurs des questions migratoires constatent que ce projet de loi penche largement à droite. Et que, sous couvert d'accélérer les procédures, il vise, avant toute chose, à accroître les expulsions et à entraver l'accès aux droits des migrants.

 

 

Collomb remet du carburant dans la machine à expulser

 

L'ensemble du texte est guidé par ce double argumentaire, où derrière le prétexte de « l'efficacité » se cache la volonté de dissuader. Premier à en faire les frais : l'asile. Le titre I et ses neuf articles entendent ainsi « garantir l'effectivité » de ce droit fondamental, notamment en réduisant à six mois les délais d'instruction, recours en justice compris. Une volonté d'aller plus vite qui pouvait se comprendre lorsque ce délai moyen tournait autour de deux ans. Mais voilà: ce n'est plus le cas. Il est actuellement de onze mois. « Un temps de traitement nécessaire», explique Sylvie Charvin, responsable de la CGT à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra). Quand vous devez instruire le cas d'un potentiel tortionnaire rwandais ou d'une personne persécutée pour son homosexualité, vous croyez que ça prend deux jours?» À ses yeux, en voulant arriver arbitrairement à six mois, on confond vitesse et précipitation. « On fragilise clairement une procédure qui demande un temps incompressible, dit-elle. On va non pas vers un droit d'asile effectif mais fictif ! »

« LE PROJET NIE LE DROIT DE RECOURS »

D'autant plus que, pour réduire ce temps d'instruction, le projet de loi propose de tailler à tous les étages de la procédure. Le délai pour déposer une demande d'asile après l'entrée en France est ainsi réduit de 120 à 90 jours (60 jours en Guyane). Au-delà, les personnes verront leur situation examinée en «procédure accélérée», c'est-à-dire sans droit à l'hébergement, ni à la moindre allocation. Et avec des chances d'aboutir bien moindres... « Contrairement à ce que semble penser le gouvernement, 120 jours, ce n'est pas de trop pour des exilés souvent traumatisés par leur parcours, fragiles psychologiquement, qui arrivent seuls en France, sans parler la langue, ne connaissant rien des procédures, souligne Sylvie Charvin. En réduisant ce temps de la demande, on réduit clairement leurs chances de se voir reconnaître une protection. »

JUSQU'À 135 JOURS DE RÉTENTION

 

Mais le projet de loi va encore plus loin. Certaines personnes déboutées de leur demande d'asile auprès de l'Ofpra pourront être expulsées avant même que la CNDA n'ait rendu sa décision ! Ce sera notamment le cas pour les migrants venus de pays considérés comme « sûrs ». Une notion éminemment contestable. « Le Bénin, par exemple, est un pays classé comme "sûr" alors que là-bas, l'homosexualité est un délit pénal, raconte Sylvie Chardin. On pourrait donc y renvoyer une personne persécutée avant même que son recours ne soit tranché par la CNDA... Et si celle-ci lui donne finalement raison, on fait quoi ? On va rechercher la personne là-bas ? » Toutes ces mesures, assurent associations et professionnels, auront un impact négatif sur l'accès au droit d'asile. « Sous couvert d'efficacité administrative, il ne s'agit que d'exclure les personnes les plus fragiles, les moins entourées, les plus hésitantes, celles qui ont justement besoin de la protection de la France », analyse la Cimade.

Cette première partie du projet de loi s'articule parfaitement avec l'autre grand axe du texte ­ le titre II ­ visant explicitement à augmenter l'efficacité des reconduites à la frontière. Pour le gouvernement, les quelque 100 000 demandes d'asile enregistrées en 2017 pèsent comme une menace insupportable sur le pays. Surtout que, dans le même temps, moins de 20 000 procédures d'éloignement ont été exécutées (une sur cinq environ). Un bilan jugé « insuffisant» par Gérard Collomb, qui souhaite durcir la législation à toutes les étapes du processus. À commencer par les interpellations et la détection. Le projet prévoit d'allonger la durée de « retenue » dans les commissariats de 16 à 24 heures (article 16), histoire de donner plus de temps à la police pour vérifier si la personne possède ou non un titre de séjour. Une privation de liberté alignée sur la durée d'une garde à vue que la Cimade juge « disproportionnée » pour des personnes qui n'ont commis aucun délit. D'autant que cette retenue s'accompagnera de pouvoirs élargis pour la police, notamment une prise d'empreinte qui vaudra, en cas de refus du migrant, une interdiction de territoire pure et simple.

La suite n'est pas moins tendre. En l'état actuel, si la personne est en situation irrégulière, elle se voit notifier une «obligation de quitter le territoire » (OQTF) et peut être placée en centre de rétention pour une durée maximale de 45 jours, le temps que l'administration obtienne du pays d'origine un « laissez-passer consulaire » nécessaire à l'expulsion. Cette durée de rétention est jugée trop faible par Gérard Collomb, qui souhaite l'étendre jusqu'à 90 jours, voire à 135 jours dans certains cas !

« ON CRÉE BEAUCOUP DE SOUFFRANCE »

 

Son argumentaire est basique : à l'heure actuelle, seules 46 % des demandes de laissez-passer aboutissent actuellement au bout des 45 jours, beaucoup de pays d'origine rechignant à coopérer pour délivrer le précieux sésame. En allongeant ce délai, ça irait donc mieux. Sauf que c'est faux. «La durée de rétention n'a aucune incidence significative sur le nombre d'expulsions», soutient David Rohi, de la Cimade. Et les chiffres lui donnent raison. En 2011, ce délai était déjà passé de 32 à 45 jours, sans pratiquement aucune incidence. En 2016, l'Allemagne et le Royaume-Uni, où l'on peut enfermer jusqu'à 18 mois, ont expulsé respectivement 26654 et 10971 personnes, quand la France en renvoyait 37362... «La plupart des mesures d'éloignement en centre de rétention sont exécutées dans les 30 premiers jours ou ne le sont pas du tout», résume David Rohi. De fait, en 2016, seuls 170 laissez-passer consulaires sont arrivés hors délai. Autant dire que la mesure envisagée par Gérard Collomb n'aura pas «l'efficacité» proclamée. En revanche, elle aura un impact délétère sur les personnes retenues. « La rétention s'apparente à de la prison, souligne le Gisti. Priver de liberté quelqu'un n'est pas anodin, cela crée beaucoup de souffrance.»

Évidemment, tout n'est pas à jeter dans ce texte. Mais même certaines mesures appréciables n'apparaissent que comme des alibis. Le «renforcement de la protection des jeunes filles exposées à un risque d'excision» se résume, en fait, à autoriser simplement les médecins à transmettre directement à l'Ofpra le certificat médical attestant que la jeune fille suivie n'a pas été excisée... «Ce n'est pas inutile mais une simple circulaire aurait suffi», sourit Sylvie Charvin, qui reste, en revanche, sidérée par cette obstination du gouvernement à vouloir traiter de la question migratoire dans une optique répressive. Pas un mot sur le délit de solidarité ou sur les enfants en rétention. « En revanche, le gouvernement fait un battage sur les expulsions... Mais vous savez ce que pèsent les réfugiés en France ? Il y en a 4 pour 1000 habitants, contre 8 en Suisse, 15 en Suède et 209 au Liban. Il faut remettre les choses dans leur contexte.»

Tract du PCF - février 2018 - pour une politique d'accueil digne

Tract du PCF - février 2018 - pour une politique d'accueil digne

LOI COLLOMB: LA MACHINE A EXPULSER LES IMMIGRES (L’HUMANITE – MERCREDI 21 FEVRIER 2018 - LAURENT MOULOUD)
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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 21:59
UNE RADICALISATION DES DIRIGEANTS ACTUELS - ISRAËL: UN GOUVERNEMENT COMME LES AUTRES ?  [L’HUMANITE – MERCREDI 21 FEVRIER – DOMINIQUE VIDAL JOURNALISTE, HISTORIEN ET AUTEUR DE « ANTISIONISME = ANTISEMITISME ? REPONSE A EMMANUEL MACRON » (LIBERTALIA, 2018)]

RAPPEL DES FAITS Après la publication dans le Monde de la tribune de Zeev Sternhell, l'historien spécialiste du fascisme, membre de l'Académie israélienne des sciences et lettres, le débat fait rage.

 

Beaucoup de lecteurs auront été surpris de découvrir, sous la plume de l'historien Zeev Sternhell, spécialiste éminent du fascisme, une comparaison entre son pays, Israël, et l'Allemagne des débuts du nazisme (le Monde, 18 février 2018). C'est que la plupart des grands médias ont peu couvert la radicalisation des actuels dirigeants israéliens, y compris ceux qui aspirent à succéder à Benyamin Netanyahou.

Ainsi, le chef du Foyer juif, Naftali Bennett, ministre de l'Éducation et de la Diaspora, prône-t-il l'annexion de la Cisjordanie. Il a déjà fait voter une loi en ce sens par la Knesset, le 6 février 2017. Netanyahou prépare un nouveau texte étendant la souveraineté d'Israël aux cinq blocs de colonies situés à l'est de Jérusalem.

En attendant d'en débattre, Bennett a fait adopter un amendement à la loi sur Jérusalem de 1980, rendant plus difficile la cession de zones de la ville à un éventuel État palestinien et plus facile l'exclusion de quartiers palestiniens situés à l'extérieur du mur.

Autrement dit, ces gens ont décidé, violant ouvertement le droit international, d'enterrer la solution dite « des deux États » au profit d'un seul : un État d'apartheid, où les Palestiniens annexés ne voteraient pas. Il faut dire que le « Grand Israël » compte autant d'Arabes que de Juifs : 6,58 millions...

Ministre de la Justice, Ayelet Shaked a été plus loin : pendant la dernière guerre de Gaza, elle a posté sur sa page Facebook un texte qualifiant « l'ensemble du peuple palestinien (d')ennemi d'Israël » et justifiant ainsi « sa destruction, y compris ses vieillards, ses femmes, ses villes et ses villages », comme l'a rapporté le Parisien le 12 mai 2015.

Qui se ressemble s'assemble : Netanyahou recrute ses meilleurs amis parmi les pires populistes. Comme Viktor Orban, le premier ministre hongrois, grand défenseur du régent Horthy, qui a livré 600 000 juifs hongrois à Adolf Eichmann. Et Jaroslaw Kaczynski, inspirateur d'une récente loi interdisant d'évoquer les ­ nombreux ­ Polonais qui ont collaboré à l'extermination des juifs. Sans oublier les partis d'extrême droite, qui ont presque tous leurs entrées à Tel-Aviv, sous couvert de lutte contre l'islam.

Cette fuite en avant, Netanyahou et ses alliés-rivaux le savent, ne pourra qu'accentuer leur isolement. Déjà, l'État de Palestine est entré à l'Unesco (2011), aux Nations unies (2012) et à la Cour pénale internationale (2015). Et l'Assemblée générale a voté, fin 2017, en faveur du droit du peuple palestinien à l'autodétermination et à un État, par 176 voix contre 7 (dont les îles Marshall, la Micronésie, Nauru et Palaos). Dans les enquêtes d'opinion internationales, Israël arrive dans le peloton de queue, devant la Corée du Nord, l'Iran et le Pakistan.

Voilà pourquoi le gouvernement israélien s'efforce de faire taire les critiques de sa politique. D'où sa volonté de criminaliser la campagne Boycott, désinvestissement, sanctions (BDS), qualifiée par Netanyahou de « menace stratégique majeure ». À défaut de loi interdisant le boycott, les inconditionnels français d'Israël s'appuient sur une circulaire ministérielle, que très peu de parquets ont appliquée, et sur un avis de la Cour de cassation, que la Cour européenne des droits de l'homme pourrait retoquer.

Autre tentative : l'interdiction de l'antisionisme, absurdement assimilé à l'antisémitisme. S'appuyant sur une petite phrase d'Emmanuel Macron lors de la commémoration de la rafle du Vél d'Hiv, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) exige une loi en ce sens.

Comme si les autorités françaises pouvaient créer ­ et le Conseil constitutionnel valider ­ un délit d'opinion !

Paradoxalement, l'extrême droite israélienne s'inquiète aussi des réactions de sa propre opinion. Si l'absence d'alternative à gauche a poussé les Israéliens vers la droite, cette évolution a des limites : seul un tiers des électeurs accepte l'idée d'annexion. C'est pourquoi, à titre préventif, la Knesset a adopté une dizaine de lois liberticides : elles interdisent notamment le boycott et la commémoration de la Nakba (1), étranglent financièrement les ONG et permettent de refouler les partisans de BDS. La plus incroyable permet à 90 députés d'exclure du Parlement... les 30 autres !

Et voilà ce qu'on appelle « la seule démocratie du ProcheOrient ».

(1) Nom donné par les Palestiniens à l'expulsion des deux tiers d'entre eux, en 1947-1949.

 

« EN ISRAËL POUSSE UN RACISME PROCHE DU NAZISME À SES DÉBUTS. » ZEEV STERNHELL

UNE RADICALISATION DES DIRIGEANTS ACTUELS - ISRAËL: UN GOUVERNEMENT COMME LES AUTRES ?  [L’HUMANITE – MERCREDI 21 FEVRIER – DOMINIQUE VIDAL JOURNALISTE, HISTORIEN ET AUTEUR DE « ANTISIONISME = ANTISEMITISME ? REPONSE A EMMANUEL MACRON » (LIBERTALIA, 2018)]
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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 21:56
Tokyo, fin juin 1950. Interdit en 1935 mais reparu en 1945, Akahata fut à nouveau censuré de 1950 à 1952 par le général MacArthur, pendant la guerre de Corée. AP Photo/Sipa

Tokyo, fin juin 1950. Interdit en 1935 mais reparu en 1945, Akahata fut à nouveau censuré de 1950 à 1952 par le général MacArthur, pendant la guerre de Corée. AP Photo/Sipa

Le journal communiste japonais célèbre son 90e anniversaire. Plusieurs fois interdit par les militaristes japonais et américains, Akahata a toujours revendiqué l'indépendance dans le cadre de la construction de son identité révolutionnaire.

Être antimilitariste dans le Japon des années 1930 pouvait aboutir au choix à la prison, la torture ou la mort.

À cette époque, la guerre était «seisen», une croisade sacrée, prétendument destinée à conduire le reste de l'Asie vers le développement, sous la houlette de l'empereur. Dans ce contexte, il fallait une certaine audace pour imaginer sortir, à partir du 1er février 1928, un journal communiste alors même que le parti était interdit depuis sa création, en 1922. Akahata (le drapeau rouge), alors appelé Sekki, consacre ainsi l'une de ses éditions datées de février 1933 à la mort de l'écrivain communiste Takiji Kobayashi, lors de son interrogatoire par la Tokko, la police politique.

Selon Hiroshi Yonezawa, responsable du secteur international du Parti communiste japonais (PCJ), « ce drapeau rouge est celui de la souveraineté nationale et de la paix, un drapeau visant la libération de l'humanité ». Le journal paraît alors bien isolé.

Lorsque le reste de la presse célèbre l'invasion de la Mandchourie, Akahata prend fermement position contre la guerre. À la même époque, pour servir la propagande impériale, le Tokyo Nichi Nichi Shimbun, depuis renommé Mainichi Shimbun, dépeint des «soldats chinois diaboliques et brutaux».

Akahata demande, lui, l'arrêt d'envoi de soldats au front. Il va même plus loin en plaidant pour l'abolition de la monarchie, pour la liberté d'expression, de publication, de réunion et d'association mais aussi pour l'indépendance des nations colonisées par le Japon. En 1935, le journal est interdit. Sa publication ne reprendra qu'après la guerre mais il est désormais identifié comme à la pointe du combat démocratique dans le camp progressiste.

 

LES ÉDITIONS QUOTIDIENNES ET DOMINICALES SONT DIFFUSÉES À 1,13 MILLION D'EXEMPLAIRES

 

Aujourd'hui, les militants communistes estiment que cette ligne de conduite a été validée par l'histoire. Dans sa Constitution de 1947, le Japon stipule qu'il « renonce à jamais à la guerre ». Le fait est inédit. Dans l'éditorial du numéro célébrant le 90e anniversaire, le journal souligne que « de plus en plus de citoyens dirigent leur attention la diffusion année après année ». Akahata possède des correspondants à Pékin, Hanoi, Le Caire, Berlin et Washington.

vers Akahata » du fait des tentatives actuelles de révision de la constitution pacifiste. Les éditions quotidiennes et dominicales sont diffusées à 1,13 million d'exemplaires, un record alors que le journal n'est pas vendu en kiosques. « La vente et la diffusion d'Akahata aux abonnés sont une activité difficile. Les militants qui s'en occupent au quotidien sont respectés au même niveau que des héros. Ce n'est pas obligatoire mais le Parti attache beaucoup d'importance à cette activité et il s'efforce d'augmenter

Au Japon, où la remise en cause de la parole des dirigeants n'est pas naturelle, le journal assume une mission originale et presque jaurésienne : « Certains géants médiatiques diffusent les assertions du gouvernement Abe comme s'ils étaient l'organe du régime, ils ne remplissent plus leur rôle de surveillance. A contrario, Akahata s'engage dans une confrontation frontale avec le plan Abe et assume une mission décisive dans la divulgation de la vérité, sans crainte de couvrir des sujets tabous. » Après la catastrophe de Fukushima, en 2011, le journal est l'un des premiers à révéler les mensonges de Tepco, l'opérateur de la centrale accidentée concernant le respect des normes de sécurité. Un rôle apprécié audelà des rangs communistes.

L'ancien diplomate Magosaki Ukeru expliquait ainsi : « Alors que la plupart des médias traditionnels se compromettent, Akahata est le seul média qui essaie de révéler la vérité et, pour de nombreux citoyens, c'est le journal qui garantit leur droit d'avoir accès à cette vérité. »

Dans le contexte de la guerre froide, Akahata mène déjà bataille contre la présence américaine, alors que les bases de l'Oncle Sam disséminées sur l'archipel servent de porteavions pour les expéditions militaires de Washington. De 1950 à 1952, alors que la guerre de Corée bat son plein, le général MacArthur, en tant qu'administrateur du Japon, prend de nouveau l'initiative d'interdire Akahata. La démocratie a ses limites. À cette époque, l'armée américaine teste à une douzaine de reprises ses armes biologiques dans les rizières d'Okinawa et stocke également ses défoliants destinés à être déversés sur le maquis vietnamien. Les campus japonais sont alors en ébullition et les anciens étudiants se souviennent encore du rôle alors joué par le journal. Plus récemment, en 2003, Akahata mène une grande campagne contre l'expédition militaire en Irak et appelle à la prudence contre les prétendues armes de destruction massives de Saddam Hussein. Cet effort pour préserver la paix est consubstantiel de la lutte pour préserver une politique étrangère et nationale indépendante. Le journal ouvre également le débat sur l'identité du courant communiste japonais. «Akahata joue un rôle indispensable, alors que l'URSS et la Chine tentent toutes deux de créer des fractions au sein du Parti afin de l'influencer, analyse encore Hiroshi Yonezawa. Le journal affirme que les Japonais doivent décider seuls du cours qu'ils souhaitent donner au mouvement révolutionnaire. »

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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 21:37

Lamentable!

Cela va rendre plus compliquées les conditions d'enseignement et d'apprentissage dans les écoles publiques morlaisiennes.

3 postes supprimés pour le public à Morlaix, cela fait quand même un peu beaucoup pour une ville qui connaît déjà des difficultés!  

On voudrait favoriser l'école privée que l'on ne s'y prendrait pas autrement.

Merci MACRON, merci BLANQUER, il est vrai que ces gens là ne mettent pas leurs enfants dans les écoles publiques populaires des quartiers populaires ! 

Ouest-France, 22 février 2018 

Le document indiquant les ouvertures et les fermetures de classes vient d’être dévoilé par l’inspection d’académie du Finistère. Voici le détail école par école.

Une partie des syndicats avait claqué la porte avant la fin de la réunion. Le comité technique spécial départemental se réunissait ce jeudi 22 février à Quimper (Finistère), afin de valider la carte scolaire. Ce document qui indique les ouvertures et les fermetures de classes à la rentrée 2018.

 

Ouvertures de classes

Écoles élémentairesConcarneau, Beuzec-Conq (1 poste), Pleyber-Christ Jules-Ferry (1), Saint-Yvi du bourg (1)

Écoles primairesBrest, Auguste-Dupouy (1), Brest Kerhallet (1), Brest Lucie-et-Raymond-Aubrac (1), Brest Paul-Dukas (1), Brest Pen-ar-Streat (1), Guipavas Louis-Pergaud (1), Le Folgoët Paul-Gauguin (1), Mellac Pierre-Jakez-Helias (1), Plouegat-Moysan Lucien-Prigent (0,5), Quimper Kergoat-ar-Lez (1), Quimper Paul-Langevin (1), Quimper Penanguer (1),

Classes bilinguesBrest Queliverzan (1), Carhaix-Plouguer Kerven (1), Milizac-Guipronvel Marcel-Aymé (1)

Enseignement spécialiséQuimper MDPH (1)

 

Service militaire volontaireBrest SMV (1)

RemplacementBrigade de remplacement - monolingue (2), Brigade de remplacement - bilingue (1).

Fermetures de classes

Écoles maternellesBrest Queliverzan (1), Brest Jacques-Prévert (1), Brest Robert-Desnos (2), Carhaix Kerven (1), Quimper Les Pommiers (1), Quimperle rue Bisson (1), Scaër Joliot-Curie (1)

Écoles élémentairesBrest Jean-Macé (1), Daoulas Josette-Cornec (1), Lesneven Jacques-Prévert (1), Quimperlé Brizeux (1), Rosporden Les Étangs (1)

Écoles primairesAudierne Pierre-Le-Lec (1), Brest Le Questel (1), Brest Paul-Langevin (1), CléderPierre-Jakez-Helias (1), Clohars-Carnoët Saint-Maudet (1), Crozon Jean-Jaures (1), Dirinon Jean-Rouxel (1), Douarnenez Laennec (1), Hopital-Camfrout Renée-Le-Nee (1), La Roche-Maurice du bourg (0,5), Lanmeur Les Quatre-Vents (1) Le Faou du bourg (1), Milizac-Guipronvel Marcel -Aymé (1), Morlaix Corentin-Caer (1), Morlaix Gambetta (1), Morlaix Jean-Jaurès (1), Plogastel-Saint-Germain du bourg (1), Ploudalmezeau Keribin (1), Plouescat Anita-Conti (1), Plougonvelin Roz-Avel (1), Plouguerneau du Phare (1), Plouigneau de Lannelvoëz (1), Plouzané Croas-Saliou (1), Plozevet Georges-Le Bail (1), Pont-Aven Nizon (1), Quimper Léon-Blum (1), Quimper Victor-Hugo (1), Tréméoc Jean-Bideau (1).

 

Dispositif plus de maîtres que de classes Brest école publique Kerhallet (1), Brest école publique Paul-Dukas (1), Commana école publique La Pierre-Bleue (0,5), Confort-Meilars école publique du bourg (0,5), Guiler-sur-Goyen école publique du bourg (1 poste partagé avec la commune de Pont-Croix, Plouyé école publique du bourg (0,5).

La réunion paritaire du comité technique spécial départemental, qui doit valider la carte scolaire du Finistère, a lieu ce jeudi matin 22 février. Quatre syndicats ont quitté la réunion avant la fin.

"On ne peut pas valider cela, c’est inacceptable." Ce sont les mots de Sabrina Manuel, co-secrétaire du syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles (SNUipp-FSU) pour le Finistère. Son syndicat a décidé, ce jeudi 22 février, de quitter la réunion qui se tient aujourd’hui et qui doit valider la carte scolaire - le document indiquant les ouvertures et fermetures de classes dans les écoles primaires publiques du département -.

Après un report de la publication de la carte scolaire la semaine dernière, le comité technique spécial départemental se réunissait ce jeudi matin. "La directrice des services départementaux de l’Éducation nationale ne nous donne pas la possibilité de travailler,poursuit Sabrina Manuel. À part la fermeture de l’école Desnos à Brest, dont les deux postes sont transférés à Landévennec, la carte proposée est exactement la même que la semaine dernière."

Or, plusieurs changements ne passent pas aux yeux des syndicats. Comme le cas de l’école Saint-Maudet, à Clohars-Carnoët, où une suppression de classe est prévue.

 
 

Sud, FO et la CGT ont également quitté la réunion. Sgen-CFDT et l'Unsa sont en revanche restés. La carte scolaire devrait être connue en fin de journée.

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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 20:08
Le service public - Au service de l'intérêt commun, une certaine idée de la société française (Rouge Finistère n°2, mars 2018)

Rouge Finistère – Numéro 2 - Mars 2018

PCF Finistère

AU SERVICE DE L’INTÉRÊT COMMUN,

UNE CERTAINE IDÉE DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE

 

Le service public en France mais aussi en Europe est au cœur des attaques conduites par les milieux conservateurs. Alors que chacun s’accorde à reconnaître son rôle « d’amortisseur social », on peut légitimement se poser la question : « Pourquoi tant de haine ? »

Il ne s'écoule pas une semaine sans que la presse départementale ne se fasse l'écho des mobilisations nombreuses et désormais récurrentes pour défendre le service public. Certains d'entre nous ont été témoins et parfois acteurs de ces mobilisations qui souvent s'inscrivent dans la durée.

Usagers, salariés élus locaux se rassemblent, s'organisent pour défendre un bureau de poste à Bannalec, les tournées des facteurs à Quimperlé, des postes d'enseignants et des classes supprimés, (27 postes de professeurs des écoles supprimés dans l'élémentaire à la rentrée 2018 dans le Finistère!),,des services hospitaliers à Morlaix, Douarnenez, Concarneau, Carhaix, la perception à Rosporden, les trains du quotidien sur le réseau ferré Breton. Et ce ne sont que des exemples parmi d'autres !

Il faut dire que depuis des décennies ce que nous appelons « Le Service Public » est l'objet de multiples attaques, qu'elles viennent des directives européennes ou qu'elles soient purement franco-françaises.

Ce service au public serait ringard, peuplé de feignants et au-dessus de nos moyens.

Tiens donc. !..Mais qu'ont ils donc tous ces « libéraux » ou « sociaux-libéraux » à s'acharner contre ce mode d'organisation de la société qui la rend un peu moins inégalitaire, un peu plus fraternelle, plus universelle en soustrayant un partie non négligeable de son fonctionnement à la logique du marché.

Et si c'était ça leur problème ?

Le Service public ; produit d'une longue histoire, est depuis toujours un véritable enjeu politique. Son existence même est insupportable à ceux qu font de logique du marché et des profits un horizon indépassable

Avec 5 500 000 salariés en France - 280 000 en Bretagne dont 86 500 dans le Finistère- dans les trois fonctions publiques ,celle d’État, celle des Territoires, celle du secteur Hospitalier, de la Recherche et des Entreprises Publiques, un quart de la population active travaille dans ce secteur non marchand.

Ces trois fonctions publiques se fondent comme le précisait dans une récente interview Anicet Le Pors, ancien Ministre communiste, sur l’égalité des citoyens, l’indépendance vis à vis du pouvoir politique et des intérêts privés que confère le statut des fonctionnaires, la responsabilité.

C'est une vision nouvelle des rapports sociaux et sociétaux toute entière tournée vers l’intérêt général.

C'est bien là où le bât blesse. Les libéraux, comme ils se nomment, les conservateurs en fait, ne supportent pas qu'il puisse exister, même dans une société capitaliste - de larges îlots qui échappent à la loi du marché, à la loi du plus fort. Ils veulent réduire l’État à ses missions régaliennes au sens le plus strict du terme, des missions d'ancien régime pourrait-on dire, qui se résumeraient à la Police, la Justice et l'Armée. Surveiller, punir et faire la guerre.

Tout le reste serait livré au jeu de la concurrence libre et non faussée

Non merci !

On a vu ce que ça donnait en France avec le démantèlement d'EDF-GDF, de la Poste et des Télécoms, de l’ouverture à la concurrence du fret ferroviaire en France et de la privatisation de British Railways chez nos voisins Grands Bretons.

Ce qui est en jeu dans la confrontation de ces points du vue radicalement antagoniques c'est le principe même d’égalité d'accès aux droits quelque soit notre position sur « l'échelle sociale » (l'expression n'est pas très heureuse, mais elle est explicite!). C'est la mise en commun d'une part des richesses produites par tous, à laquelle chacun contribue selon ses moyens et utilise selon ses besoins.

Et ça concerne tous les secteurs de notre vie, l’accès à la santé, à l'éducation,aux transports, aux services postaux...

La défense des services publics jamais autant menacés est un impératif du combat progressiste.

Ce n'est pas un hasard si le statut des fonctionnaires et le développement des grands services publics voient le jour en 1946. Ils naissent de la Libération du pays, mais aussi de l'influence grandissante du mouvement progressiste et communiste, au coeur de la Résistance populaire. Ils signent la défaite de la droite et de l'extrême-droite française, championnes de la très pétainiste Révolution Nationale.

Aujourd'hui, ce sont ces « îlots de société socialiste » dans la société française qui font la particularité de notre pays, moins inégalitaire que bien d'autres, que Macron cherche à réduire à balayer, pour faire du marché, de la finance, et de la concurrence les seuls maîtres de nos vies.

 

Gabriel Riou Collorec.

 

 

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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 17:39
L’homme du jour : « Pierre Dharréville »
 

 

 
Le député communiste des Bouches-du-Rhône défendait hier en commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale la proposition de loi de son groupe sur la reconnaissance sociale de « ces 8 millions de Français qui, de façon régulière et non professionnelle, apportent leur aide à un proche en situation de handicap ou dépendant ». 
 
Le texte prévoit la reconnaissance de l’indemnisation du congé, l’extension à un an de la durée du congé ainsi qu’un alignement des droits sur ceux des aidants de personnes handicapées. Les députés LREM, Modem et LR se sont trouvés d’accord pour refuser cette avancée sociale. 
 
Droite et majorité présidentielle se sont également retrouvées dans la même commission pour s’opposer à l’autre proposition de loi du groupe GDR défendue par Marie-George Buffet et Huguette Bello, visant à lutter contre la précarité professionnelle des femmes. Il n’empêche, elles poursuivront leur chemin dans l’Hémicycle, grâce à la « niche parlementaire » prévue le 8 mars.

 

La proposition de loi de Pierre Dharréville a été rejetée mercredi en commission. L'élu communiste a critiqué l'attitude des députés de la majorité, évoquant un "problème institutionnel" et les exhortant à sortir du calendrier imposé par le gouvernement.

Le député communiste Pierre Dharréville a présenté mercredi en commission des affaires sociales sa proposition de loi "pour une reconnaissance sociale des aidants".

Son texte, dont les propositions sont issues de la "mission flash" qu'il a menée sur le sujet, partent du constat qu' "il existe en France au moins huit millions de personnes aidantes qui apportent une aide régulière, non professionnelle, à une personne de leur entourage en situation de handicap ou une personne âgée en perte d'autonomie".

"Un coût 13 fois inférieur à la suppression de l'ISF..."

Or, précise l'élu des Bouches-du-Rhône, "près d'un tiers des personnes aidantes en emploi doivent aménager leur vie professionnelle". Pierre Dharréville propose ainsi d'indemniser le congé de proche aidant : le montant serait fixé par décret mais il pourrait, précise l'élu, "être identique à celui de l’allocation journalière de présence parentale, soit 43,14 euros par jour".

30.000 personnes pourraient bénéficier du dispositif, pour un montant de 250 millions d'euros par an. Un "coût treize fois inférieur à celui de la suppression de l'ISF, annoncée à 3,2 milliards d'euros par an", a insisté le député.

Le texte propose également de fixer la durée maximale du congé de proche aidant à un an par personne aidante pour chaque personne aidée (contre un an sur l'ensemble de la carrière auparavant). Autres propositions : "Permettre au salarié concerné de transformer son congé en période d’activité à temps partiel ou de le fractionner, sans que l’accord de l’employeur ne soit nécessaire" et "aligner les droits des aidants de personnes dépendantes sur ceux des aidants de personnes handicapées" vis-à-vis de l'assurance vieillesse.

Autant de propositions assez rapidement balayées par la députée La République en Marche du Loiret, Caroline Janvier. Si elle a "salué la qualité du travail de Pierre Dharréville", la députée a mis en avant la"question du financement" pour justifier son refus de voter le texte :

Ce sont des questions qui méritent que l'on prenne le temps de la réflexion.Caroline Janvier

Comme elle a pu le faire par le passé notamment lors de l'examen de la proposition de loi de François Ruffin sur le burn-out, la majorité a donc préféré temporiser : Caroline Janvier a ainsi rappelé qu'une mission sur la question des aidants a été confiée par le gouvernement à l'ancienne ministre socialiste Dominique Gillot et que son rapport était attendu pour le printemps.

"La colère" de Pierre Dharréville

Une attitude attentiste qui a agacé le député Nouvelle Gauche Boris Vallaud, soutien "sans réserves" de la proposition de loi communiste :

Nous ne nous contenterons pas de saluer la qualité du travail fourni, de dire que les pistes ouvertes sont intéressantes et de reporter le tout à plus tard.Boris Vallaud

Pierre Dharréville a lui aussi fait part de son incompréhension : "On ne peut pas se contenter simplement d'attendre que le gouvernement ait reçu les rapports qu'il a commandé, qu'il ait décidé de mettre à l'ordre du jour telle ou telle proposition de loi (...) sans quoi, je crois qu'il y aurait un problème institutionnel qui deviendrait très important", a lancé le député communiste, exhortant ses collègues à"s'émanciper un petit peu de cette logique là".

Une critique vaine, puisque aucun des articles du texte n'a été adopté, provoquant ainsi le rejet de la proposition de loi : elle sera toutefois étudiée en séance publique le 8 mars. Comme François Ruffin, Pierre Dharréville n'a pas pu que constater son impuissance et exprimer, à l'issue des débats, sa"colère" devant ses collègues.

 

Pierre Darhéville

Pierre Darhéville

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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 17:12
Rassemblement au kiosque à Morlaix pour dénoncer la loi Collomb ce 21 février 2018 à l'appel des Utopistes et des associations de défense des migrants (photos JL Le Calvez)
Rassemblement au kiosque à Morlaix pour dénoncer la loi Collomb ce 21 février 2018 à l'appel des Utopistes et des associations de défense des migrants (photos JL Le Calvez)

Ce mercredi 21 janvier avait été décrété « jour de deuil national pour le droit des étrangers », par les associations et particuliers soutenant les migrants, dont une vingtaine était rassemblée devant le kiosque de la place des Otages, à 18 h. Ils avaient déjà dit non à la circulaire Collomb, qui prévoit le recensement des migrants dans les centres d'hébergement. Cette fois, ils dénonçaient le projet de loi « pour une immigration maîtrisée et un droit d'asile effectif », présenté le jour même en conseil des ministres. Car il ne comporte, selon eux, aucun élément relatif à l'amélioration des délais d'enregistrement et d'accès aux droits. Et de réclamer « une politique d'asile digne et humaine » et « un soutien des hébergeants ».
Gwendal Hameury, Le Télégramme, 22 février 2018

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