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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 08:20
Conférence de Renaud Faroux sur l'oeuvre de Picasso pour les adhérents du PCF - 1er novembre 2017, Landerneau
Conférence de Renaud Faroux sur l'oeuvre de Picasso pour les adhérents du PCF - 1er novembre 2017, Landerneau
Conférence de Renaud Faroux sur l'oeuvre de Picasso pour les adhérents du PCF - 1er novembre 2017, Landerneau

Picasso est né en 1881 à Malaga. Il passe sa jeunesse en Espagne. 

La légende raconte que ses premiers mots furent "lapiz" (crayon). En 1891, son père, peintre (mince, blond sensible, mélancolique, qu'on appelait "l'anglais") accepte un poste d'enseignant à l'école de dessin "La Corogne". Il est spécialiste des pigeons (il les élève avant de les peindre).

Picasso a dix ans et il s'exerce au dessin alors qu'il sait à peine lire. 

En 1895, il s'installe avec sa famille à Barcelone, son père enseigne à l'école des Beaux-arts et grâce à lui, Picasso, âgé de 14 ans, peut passer exceptionnellement le concours d'entrée. Il se révèle un véritable prodige et il est tout de suite admis. L'enseignement de l'école est classique et Picasso maîtrise très vite et parfaitement le dessin et la peinture. 

Deux ans plus tard, il se présente au concours de l'Académie Royale de Madrid. Son succès y est aussi éclatant qu'à Barcelone. A 16 ans, Picasso atteint le plus haut niveau artistique des meilleures écoles d'art d'Espagne. 

A 19 ans, il expose pour la première fois à Barcelone, dans la taverne du "4 Gats" et part pour Paris. 

   

Jeune homme debout - Picasso (1900)

Jeune homme debout - Picasso (1900)

La première exposition de Picasso en février 1900 au cabaret "El Quatre Gats" de Barcelone montre un ensemble de 150 effigies de ses amis peintres et poètes modernistes. On pouvait aisément mettre un nom sur chacun: Sabartès, Casagemas, Reventos, Pallarès, entre autre. Cette galerie de portraits réunissait deux parties distinctes: des visages dont un autoportrait cadré en gros plan par un habile cerné qui rappelle les Nabis, ou des personnages saisis dans de grandes variétés de poses (en pied, assis, de face ou de trois quart). Ici, ce dandy fin de siècle sur fond parme, les mains dans les poches et à l'air songeur, nous toise. Le traitement du visage est sensible, la silhouette est cintrée de façon sèche par le tracé anguleux du fusain qui en accentue le raidissement. A souligner, le jeu des drapés et le mouvement de la veste.   

l'enfant à la colombe - Picasso

l'enfant à la colombe - Picasso

L'enfant à la colombe. Voici un tableau frais et tendre réalisé à Paris. On y lit l'influence de Gauguin et de Van Gogh. Il se sauve de la mièvrerie par la facture et par l'utilisation du cerne épais. Il n'y a pas de modelé, ni d'ombre mais un jeu de couleur compliqué marqué par des oppositions entre la dureté de la technique et le sujet traité.   

Picasso le vieux guitariste aveugle 1903

Picasso le vieux guitariste aveugle 1903

 Pablo Picasso, Angel F. de Soto, et Casagemas photographiés par Manuel Pallarès à Barcelone

Pablo Picasso, Angel F. de Soto, et Casagemas photographiés par Manuel Pallarès à Barcelone

De la période bleue à la période rose

Picasso vient de perdre son cher ami Carlos Casagemas avec qui il avait quitté l'Espagne pour rejoindre Paros et avec qui il partageait son atelier. Carlos vient de se suicider pour une histoire de coeur. C'est une période difficile pour Picasso qui manque d'argent et qui n'est pas encore connu. Il dira: "C'est en pensant à Casagemas que je me suis mis à peindre en bleu". Cette couleur est le symbole de sa tristesse et de sa mélancolie. Il dit aussi que c'est sa couleur préférée. 

Gertrude Stein attribue ce changement de style de Picasso à son retour à Barcelone et à des influences purement espagnoles: Greco, Murillo, Velasquez, Zurbaran. 

La période bleue correspond aux années 1901-1903. 

Le vieux guitariste fait penser au Maniérisme du Greco avec ses membres allongés, la pose contournée et les gestes affectés. Construit autour de l'axe central de la guitare, il préfigure les compositions des natures mortes de la période cubiste.  

1905 - Picasso période rose - "Acrobate et sa balle"

1905 - Picasso période rose - "Acrobate et sa balle"

Fernande Olivier, maîtresse de Picasso pendant la période rose et le début de la période cubiste( ici photographiée en 1904)

Fernande Olivier, maîtresse de Picasso pendant la période rose et le début de la période cubiste( ici photographiée en 1904)

De retour à Paris, avec la période dite Rose, apparaît le monde du cirque et le personnage de l'Arlequin auquel Picasso s'identifie (avant qu'il s'identifie avec le Minotaure un peu plus tard, dans l'entre deux-guerres et jusqu'à la fin de sa vie). C'est aussi la période où il vient de rencontrer la belle Fernande qui sera sa muse au Bateau Lavoir. On la retrouve dans "l'acrobate et sa balle" en petite fille en collant bleu en équilibre sur une grosse boule. Au premier plan un personnage massif de lutteur en maillot rose et bleu. Au loin, dans un paysage sans arbre, une femme et son enfant regardent paître un cheval... Un tableau empli de mélancolie et de douceur... 

La leçon de Cézanne/ Portrait de Gertrude Stein  

Picasso s'installe dans le quartier de Montmartre, dans les ateliers du "Bateau-Lavoir" appelé ainsi par Max Jacob pour sa ressemblance avec les bateaux lavoir des bords de Seine. On embarquait de la rue par une sorte de pont, descendait des escaliers compliqués, des couloirs obscurs pour atteindre les étages inférieurs... L'eau et l'hygiène y sont complètement absents. Etrange demeure qui ne semblait comprendre que des greniers et des caves. Gauguin et les symbolistes y avaient déjà séjournés. 

C'est là que va naître le cubisme en 1907.

Les Stein sont les premiers mécènes de Picasso. Frère et soeur américains installés à Paris, Léo est collectionneur, sa soeur écrivain. Ils vont découvrir Cézanne à la galerie Vollard, Van Gogh, Gauguin. Piloté par un jeune auteur Henri-Pierre Roché (Jules et Jim), Léo Stein sera le premier découvreur de Picasso. Forts hospitaliers, les Stein organisaient des dîners où tout le monde intellectuel se rencontrait dans leur appartement de la rue de Fleurus. C'est là que Matisse et Picasso vont se rencontrer la première fois.    

Portrait de Gertrude Stein- Picasso

Portrait de Gertrude Stein- Picasso

"Le portrait de Gertrude Stein": au printemps 1906, Gertrude Stein fut très surprise quand Picasso lui demanda de faire son portrait. Elle avait une silhouette trapue et massive... Picasso, très exigeant avec son modèle, exige plus de 80 séances de pose pour ce portrait. Fernande distrayait le modèle en lui lisant des fables de La Fontaine. Le tableau n'avançait pas jusqu'au jour où Picasso peignit toute la tête. Il dit alors en colère: "Je ne vous vois plus quand je vous regarde". Il part alors en Espagne et laisse le portrait inachevé. A son retour, il redessine le contour de la tête sans avoir revu son modèle. Le visage est traité comme un masque. 

Picasso voyait plus exactement, plus profondément, avec l'oeil de son imagination que devant son modèle. Le "portrait de Gertrude Stein" illustre sa recherche de construction par la forme. Cézanne travaillait sur la simplification et transformation des formes naturelles en formes géométriques essentielles. "Dans la nature, tout est sphères, cônes et cylindres". C'est donc la forme qui vient en premier, et non le sujet ou le couleur.

L'égal de Matisse  

Au salon des Indépendants de 1906, Matisse provoque un scandale en exposant une peinture révolutionnaire "La joie de Vivre". Les aplats de couleur lumineuse rompent avec l'impressionnisme et le pointillisme et effrayent la critique. Matisse simplifie les formes et supprime la perspective pour ne construire un tableau que grâce à la couleur. Le tableau est tout de suite acheté par Léo et Gertrude Stein et c'est dans leur collection que Picasso le voit pour la première fois. 

La réponse de Picasso sera: Les demoiselles d'Avignon.  

Conférence de Renaud Faroux sur l'oeuvre de Picasso pour les adhérents du PCF - 1er novembre 2017, Landerneau
La Joie de Vivre - de Matisse (1906)

La Joie de Vivre - de Matisse (1906)

Les demoiselles d'Avignon (1907)

Les demoiselles d'Avignon (1907)

Picasso étudie les arts primitifs au Louvre à Paris en suivant les traces de Gauguin. Il construit ses tableaux avec des éléments très simples mais contrairement à Matisse ou Gauguin, qui construisent leurs tableaux par des aplats de couleurs, Picasso construit son tableau par des volumes à la façon de Cézanne. 

Les Demoiselles d'Avignon, un grand tableau de 6 mètres carrés, apparaît au printemps 1907. Picasso a pris un soin inaccoutumé à préparer sa toile.

5 nus féminins rayonnent sur le fond d'un rideau bleu, des femmes hiératiques qui vous fixent de leurs yeux noirs grands ouvert. Au sol, des fruits et un chapeau d'Arlequin renversé paraissent sans rapport avec la scène. La figure de gauche retient le rideau comme pour montrer les formes anguleuses de ses soeurs. Son profil est comme égyptien.

(...)

Les Demoiselles d'Avignon sont un champ de bataille. Ce tableau témoigne de la lutte intérieure de Picasso. on voit au premier coup d'oeil que les figures de droite sont traitées d'une manière totalement différente des autres. Sinistres comme des vampires, elles font paraître dignes et presque douces les traits pourtant rébarbatifs de leurs compagnes. Le visage du haut est dominé par un nez énorme. Une ombre lourde, hachurée de vert, s'étend de la crête du nez jusqu'à la mâchoire. Avec une étonnante économie et l'emploi de moyens révolutionnaires, l'affeuse asymétrie de ce visage pareil à un masque prend vie.

Il faut signaler la découverte de Picasso au Musée du Trocadéro de l'Art dit primitif qu'on appelle à cette époque "l'Art Nègre". Picasso a compris le sens caché des fétiches et des statues africaines et a voulu apporter cette magie à sa peinture. Avec ses Demoiselles, il remet en question tout l'art occidental. Comme pour les plus beaux Picasso cette oeuvre est la somme de contradictions. L'apparence barbare de ses figures avec leur mépris de toute beauté classique donne un démenti à des idées telles que: "La beauté est la vérité, la vérité est la beauté". Le titre "Les demoiselles d'Avignon" est donné par le poète André Salmon, et fait référence à la rue d'Avignon de Barcelone où se trouvaient les femmes de mauvaise vie et une fameuse maison close que fréquentait Picasso. 

Matisse est furieux, il dit que cette toile est un attentat pour ridiculiser le mouvement moderne. 

Le critique d'art Felix Fénéon conseille à Picasso de se consacrer à la caricature. Mais ce sera là un des principaux apports de l'art du XXe siècle que d'avoir transformé la caricature en grand art. 

Derain lui dit: "Un jour nous apprendrons que Picasso s'est pendu derrière sa grande toile..."

Ce tableau restera dans son atelier presque invisible. Il est montré une fois en 1916 à la galerie d'Antin mais pendant des années la toile restera roulée sur le plancher de l'atelier de Picasso. Le collectionneur Jacques Doucet l'achète en 1920 grâce aux conseils d'André Breton. La toile est reproduite dans la Révolution Surréaliste de 1925. Elle est exposée au Petit Palais en 1937. Le tableau est acheté deux ans après par le MOMA de New-York. 

Le cubisme

Le cubisme est un mouvement artistique apparu en 1907 avec Picasso et Braque. Le nom du mouvement vient d'une expression donnée par le critique d'art Louis Vauxcelles qui voyait dans ces tableaux une construction à partir de "petits cubes". Le cubisme apparaît dans la continuité de Cézanne et de son travail sur la création d'un espace pictural basé sur des formes géométriques et non plus sur la copie de la réalité. La découverte et l'étude des arts primitifs contribuent également à la remise en question de l'art traditionnel occidental et ouvrent aussi les portes au cubisme. Les sujets choisis restent les mêmes (portrait, paysage, nature-morte...) mais la façon dont ils sont traités est révolutionnaire et annonce l'art moderne. C'est un art d'avant-garde.             

Portrait d'Ambroise Vollard (1910)

Portrait d'Ambroise Vollard (1910)

Portrait d'Ambroise Vollard: peint pendant l'hiver 1909-1910, et acheté peu de temps après par Chtoukine (les premiers acheteurs et collectionneurs de Picasso sont souvent américains et russes), malgré son traitement vigoureusement cubiste, il est d'une ressemblance remarquable. Le museau de bouledogue du marchand de tableaux et le dôme de son crâne chauve se détacheznt dans un ton chaud sur le gris monochrome et les rythmes continus du fond. 

La Grande Guerre, de la belle Fernande à Olga...

Rencontrée au Bateau-lavoir, Fernande va partager les privations et les premiers fruits de la glore de Picasso pendant 6 ans. Elle ne put se marier avec lui car elle était déjà mariée avec un sculpteur, devenu fou. La guerre 14-18 met fin à la vie de bohême parisienne de Picasso. Ses amis sont mobilisés. Il trouve un nouveau souffle avec sa rencontre avec Cocteau qui l'amène en Italie où il rencontre Olga. Son style pictural change. Son ami Guillaume Apollinaire meurt. C'est la fin du cubisme pour Picasso et le retour à la figuration classique jusqu'en 1925 et son passage au surréalisme. 

Picasso épouse Olga Kokhlova le 12 juillet 1918. C'est une danseuse des Ballets Russes dont il a fait la connaissance à Rome en février 1917, travaillant au décor de Parade. Picasso a fait plusieurs portraits d'Olga dans la vie quotidienne: en peignoir, en train de coudre, de lire. Olga a une beauté classique qui va conduire Picasso à un académisme proche de la statue antique.    

Olga Kokhlova

Olga Kokhlova

Portrait d'Olga

Portrait d'Olga

Ce "Portrait d'Olga" n'est pas mondain car les yeux sont sans regard, les mains sont simplifiées et le modèle semble comme pétrifié dans la blancheur qui recouvre la toile. Femme bourgeoise Olga renouvelle l'inspiration du peintre pour le corps féminin. Ils auront un enfant, Paul. Mais au bout de dix ans, cette inspiration s'affaiblit. Olga s'ennuie et ne partage pas la passion pour la peinture. Picasso étouffe dans un cadre trop familial.  

La danse et le Surréalisme

"La danse" bouleverse le monde artistique. A l'origine de ce changement brutal, son couple qui se disloque et l'apparition du mouvement surréaliste l'année précédente avec les poètes Breton, Aragon et Eluard. "La beauté sera convulsive" dit le surréalisme. Ce courant convient parfaitement à Picasso qui peint à nouveau "au-delà des choses", dans une "réalité sur-rélle". Le tableau "Trois danseurs" a été peint en 1925 et marque la désintégration du style classique sobre adopté par Picasso devient la fin de la première guerre mondiale. C'est une transition vers un style nouveau, fait de violence psychologique et de distorsion, plein de dramaturgie et d'émotions. Dans "La Danse", la présence bouleversante des trois corps féminins anguleux, lacérés, en mouvements syncopés avec une femme inclinée, à la tête renversée et une autre, à la jambe relevée, illustre l'affirmation d'une tension intérieure assez violente. On assiste comme à la crucifixion du couple.  

Picasso - La Danse, 1925: Tableau surréaliste

Picasso - La Danse, 1925: Tableau surréaliste

Marie-Thérèse: l'amour fou

Picasso se remet à la sculpture, inspiré par la figure de la jeune Marie-Thérèse Walter, avec qui il a une liaison secrète depuis 1927. Il a rencontré la jeune femme de 17 ans à Paris, il en a 45, elle va être sa muse à Boisgeloup, le château près de Gisors en Normandie où il va travailler intensément jusqu'en 1935. Flash de l'homme mûr pour la jeune Marie-Thérèse, sa blondeur, sa jeunesse, un puits de sensualité à explorer. Il l'a rencontré par hasard dans le quartier où il vit avec Olga. Elle va devenir sa muse et sa maîtresse et restera son inspiratrice jusqu'en 1935. A partir de 1931, ils vivent ensemble à Boisgeloup. Les toiles représentant Marie-Thérèse à partir de 1932 sont des explosions de couleurs, d'un érotisme intense et exprime une plénitude dans la vie de Picasso. Une période aussi où il expérimente de nouveaux matériaux et un nouveau langage. Il réalise de puissants bustes et visages dans lesquels on reconnaît les traits caractéristiques de Marie-Thérèse Walter: formes rondes, nez busqué, yeux en amandes, coiffure en coque qui inspire à l'artiste une série de bustes impressionnants. Il la peint souvent couchée, offerte, figure ronde et solaire, parfois associée à la fertilité de la nature, avec ses fruits. Certains sont tout à fait figuratifs, d'autres plus abstraits, recomposant une figure à partir d'éléments de corps féminin. La période Marie-Thérèse va durer 8 ans de 1927 à 1935. Le 5 octobre 1935, naît leur fille Maya Picasso. Marie-Thérèse se donnera la mort en 1977, quatre ans après la mort de Picasso.   

Marie-Thérèse Walter

Marie-Thérèse Walter

Figures au bord de mer - Picasso, 1931

Figures au bord de mer - Picasso, 1931

Figures au bord de mer - 1931

Ces deux figures, homme et femme, aux dents acérées, aux langues pointées comme des dards, aux formes disloquées, aux appétits insatiables, ont subi l'un des traitements les plus radicaux que Picassi a pu faire subir à la figure humaine. Pourtant, l'atmosphère pacifique de la plage composée par une bande de sable, une bande de ciel et une petite cabine de plage tend à transformer cette scène d'amour en une simple étreinte puissamment érotique. La toile, relativement importante (130x 195 cm) se rapproche de la représentation à l'échelle humaine. On a l'impression de tourner autour d'une sculpture, imaginée par addition de fragments, de parties du corps. Nous sommes à hauteur des corps. On passe de la vision d'un moment intime et solitaire sur la plage à l'image de la sculpture sur la place publique. L'amour dévorant, l'amour fou, la confusion et le déchirement de la passion et des rapports amoureux sont véritablement le sujet du tableau. 

 

Picasso et Dora Maar à Antibes - 1937

Picasso et Dora Maar à Antibes - 1937

Dora Maar: l'amour passion

En 1935 ou 1936, nouveau flash de Picasso pour une nouvelles muse et maîtresse.  Ce sera Dora Maar. Elle a 29 ans. Picasso en a maintenant 53. Elle est tout aussi brune que Marie-Thérèse était blonde. Il entame une liaison avec Dora tout en restant pour quelques années encore avec Marie-Thérèse Walter. Certaines toiles représentent Marie-Thérèse et Dora de la même manière, comme deux facettes d'une même femme. Il rencontre Dora Maar à Saint-Germain-des-prés. C'est une amie de Paul Eluard et de Georges Bataille. Peintre et photographe, elle est proche des surréalistes. Elevée en France, fille d'un riche yougoslave, elle parle aussi espagnol. A l'opposé de sa compagne d'alors, la blonde Marie-Thérèse, Picasso perçoit Dora Maar comme une personnalité "kaflaesque". "Pour moi, c'est une femme qui pleure. Pendant des années je l'ai peinte en formes torturées, non par sadisme ou par plaisir. Je ne pouvais que donner la vision qui s'imposait à moi. C'était la réalité profonde de Dora". 

Très vite, Pablo Picasso représente le visage de Dora Maar partitionné de face et de profil, suggérant l'introspection, voire le déséquilibre. A l'inverse des rondeurs douces de Marie-Thérèse, Dora Maar est toute en lignes brisées, angles aigus et couleurs heurtées, ses ongles sont rouges et acérés sur de longues mains souples, son visage traité en reliefs marqués, ses cheveux sont sombres, ses grands yeux présentent un regard fixe. La représentation du visage de Dora Maar, d'abord en femme qui pleure, puis en femme-chien, puis en cadavre révèle aussi les sentiments de l'artiste vis-à-vis d'un monde qui va vers la guerre.           

Portrait de Dora Maar - Picasso, 1937

Portrait de Dora Maar - Picasso, 1937

La femme qui pleure - portrait de Dora Maar - Picasso

La femme qui pleure - portrait de Dora Maar - Picasso

Guernica

1936 - La guerre civile éclate en Espagne. Picasso, bouleversé, prend cause auprès de Républicains espagnols contre le parti fasciste de Franco. Guernica a été réalisé en 1937. Celui-ci s'est inspiré du bombardement de la petite ville basque de Guernica, le 26 avril 1937, par l'aviation allemande au service de Franco (2000 victimes). Guernica était une commande (coûteuse) du gouvernement républicain espagnol pour le pavillon de la République à l'Exposition Universelle de Paris de juillet 1937. 

Guernica est une huile sur toile mesurant 7 m52 de long et 3m51 de largeur. Ce tableau évoque l'art primitif. La toile est découpée en plans triangulaires et se présente comme un montage de l'actualité de l'époque en noir et blanc. Les forts contrastes de lumière accentuent la violence du tableau où les corps démembrés, les visages tordus par la peur ou la douleur, et l'esthétique cubiste travaillent en ce sens. Les références à la presse, au regard de l'observateur, l'oeil, et de la communauté internationale, incarnée par le fantôme qui porte en main la bougie, abondent. Le taureau de corrida incarne la brutalité du nationalisme militaire franquiste.  Le cheval incarne la victime innocente de cette corrida qu'est la guerre civile: il représente le peuple opprimé et les Républicains. La mère à gauche a le sein dénudé et tient un enfant mort dans ses bras, sa présence évoque Poussin, le massacre des innocents. Elle se rapproche d'une piéta, de la vierge à l'enfant (...). 

 

Guernica (1937)

Guernica (1937)

Picasso - Le Charnier, 1945

Picasso - Le Charnier, 1945

Le Charnier: 

Une autre toile "engagée", en prise sur l'horreur du moment, le monde et la politique, peut être rapprochée de Guernica. Le Charnier, qui se présente comme une "suite" à Guernica. C'est un tableau de grande dimension (190 x 250 cm), en nuance de noir, gris, blanc, et inspiré lui aussi par les photos de journaux qui révèlent aux yeux du monde l'horreur des camps de concentration. Le Charnier montre une pyramide de trois cadavres composée d'un homme, d'une femme et d'un enfant tassé sur le sol d'une pièce nue à la porte entrouverte. L'amas que forme ces trois corps est surmonté, curieusement, d'une esquisse de nature morte, donnant à l'ensemble, par ce décalage, une impression d'étrangeté aux allures de cauchemar. Si Guernica préfigurait la guerre moderne livrée par les armes de la technique, c'en est avec le Charnier, l'aboutissement: la mort blanche et atroce des victimes d'Auschwitz, Buchenwald, Dachau, Ravensbrück...    

L'Aubade - Picasso, 1942

L'Aubade - Picasso, 1942

L'Aubade

Cette toile a été préparée avec de nombreuses esquisses pendant presque un an. Picasso y reprend le thème classique de la sérénade, en s'inspirant en particulier de la "Venus écoutant de la musique" du Titien, au musée du Prado à Madrid. Mais à ce thème se superpose celui des conditions historiques de l'Occupation. A Paris, où Picasso se réfugie dans son atelier, l'Occupation impose le couvre-feu et menace toute liberté. C'est pourquoi le salon de musique devient chambre sombre, est plongé dans une atmosphère carcérale. Le corps de la Venus, boursouflé, désarticulé, et comme saisi de convulsions, contrastant avec le visage presque souriant de la joueuse de mandoline, qui apparaît moins comme une musicienne que comme un geôlier ou un tortionnaire, peut évoquer un sentiment d'oppression face à l'occupation et au triomphe du fascisme.     

 

Conférence de Renaud Faroux sur l'oeuvre de Picasso pour les adhérents du PCF - 1er novembre 2017, Landerneau

"Ce dessin compte parmi les plus importants de l'histoire de la presse". 

Picasso est adhérent du Parti Communiste depuis 1945. Il a adhéré sous l'influence de son anti-fascisme, et anti-franquisme, et d'amis comme Aragon et plus encore Paul Eluard. 

Il a soixante-trois ans. Il déclare au magazine américain New Masses: 
 

"Je suis allé au parti communiste sans la moindre hésitation, car, au fond, j'étais avec lui depuis toujours (....). Ces années d'oppression terrible m'ont démontré que je devais combattre non seulement par mon art, mais par ma personne. J'avais tellement hâte de retrouver ma patrie! J'ai toujours été un exilé. Maintenant que je ne le suis plus; en attendant que l'Espagne puisse enfin m'accueillir, le parti communiste m'a ouvert les bras et j'y ai trouvé tous ceux que j'estime (...) et tous ces visages d'insurgés parisiens si beaux que j'ai vus pendant les journées d'août sur les barricades. Je suis de nouveau parmi mes frères..."

Picasso dit encore à propos de son adhésion au PCF en 45 dans L'Humanité: "Mon adhésion au Parti communiste est la suite logique de toute ma vie, de toute mon oeuvre. Car, je suis fier de le dire, je n'ai jamais considéré la peinture comme un art de simple agrément, de distraction. J'ai voulu par le dessin et par la couleur, puisque c'était là mes armes, pénétrer toujours plus avant dans la connaissance du monde et des hommes, afin que cette connaissance nous libère chaque jour davantage. J'ai essayé de dire, à ma façon, ce que je considérais comme le plus vrai, le plus juste, le meilleur, et c'était naturellement toujours le plus beau: les plus grands artistes le savent bien".    

6 mars 1953 - 21h50: Radio Moscou annonce la mort du maréchal Staline

Pierre Daix envoie un télégramme à Picasso de la part d'Aragon accompagné de la revue Regards avec des photos de Staline: "Nous faisons un numéro spécial des Lettres Françaises en hommage à Staline - stop - envoie ce que tu voudras texte ou dessin avant mardi. Affectueusement. Aragon"

Françoise Gilot déniche dans l'atelier une photo de Staline à 40 ans. Comme c'est Aragon qui demande, le maître ne veut pas dire non. Un fusain de 25x30 cm arrive à la rédaction de l'Humanité à la dernière minute. Aragon est soulagé. Le 12 mars, l'Huma annonce la sortie du numéro spécial des Lettres Françaises avec le portrait fait par Picasso. Mais très vite l'affaire tourne au vinaigre. Un groupe de rédacteurs de France Nouvelle, l'hebdomadaire du comité central, en brandissant le dessin de Picasso, crie à l'agression contre Staline. Le portrait est jugé très peu ressemblant, donnant une image fort peu pieuse, plutôt grotesque ou patibulaire de Staline. 

Daix dit qu'il a eu une révélation d'un portrait de Staline jeune "une facture à la fois naïve et étonnament décidée". Aragon dit qu'il "a vu Staline jeune avec le caractère géorgien très marqué".  

Malgré tout, le portrait de Staline par Picasso est condamné deux jours plus tard par le PCF "sans mettre en doute les sentiments du grand artiste Picasso dont chacun connaît l'attachement à la classe ouvrière".

L'Huma met aussi en cause Aragon à travers le courrier des lecteurs. Le PCF contraignit Aragon à publier dans Les Lettres françaises un dossier de lettres de condamnation outragées. Picasso et Aragon étaient mis au banc des accusés par une direction communiste de formation stalinienne profitant du fait que Thorez, en URSS, n'était plus là pour protéger les intellectuels. Thorez, rentré d'URSS, fit savoir qu'il désapprouvait la condamnation du "Portrait de Staline". Une photographie titrée "Picasso rend visite à Maurice Thorez" en une de L'Humanité du 23 mars 1953 servit à cet effet.      

Portrait de Nush Eluard - 1937

Portrait de Nush Eluard - 1937

Les amis des copains

Nush Benz est la deuxième femme de Paul Eluard. Elle le rencontre en 1930 et l'épouse en 1934. Son visage aux traits fins et délicats inspirera de très nombreux portraits, tous différents, qui montrent le vaste registre d'émotions de cet être transparent, irradiant une étrange lumière. Dans ce tableau réalisé pendant l'automne 1937, Picasso arrive à rendre toute la subtilité de la personnalité de Nush: son élégance, traduite par le manteau aux lignes nettement découpées, et par le petit chapeau pointu décoré d'un fer à cheval, signe de chance; la dualité de sa personnalité, exprimée par le double visage solaire et lunaire, lumière du jour et de la nuit, force et fragilité, vie et mort; dualité suggérée aussi par les petits amours sur le revers de la veste, portant tête de mort et flambeau. Le dessin particulier de la bouche et les longs yeux bleus bien découpés permettent de la reconnaître.

Françoise Gilot et Picasso en 1948

Françoise Gilot et Picasso en 1948

La Femme-Fleur, Picasso

La Femme-Fleur, Picasso

Françoise Gilot: la femme fleur 

En 1943, Picasso rencontre Françoise Gilot. Ils ne vivent ensemble qu'à partir de 1946, et elle n'entre véritablement dans sa peinture qu'à partir de mai 46 avec le célèbre tableau de la Femme-Fleur. Il va développer le thème dans une série de dessin et de tableaux qui représentent tous la même morphologie, une tête ronde, une tige fine pour le corps, et de lourds seins ronds. Il y a du Matisse dans La femme fleur, du moins la tentation d'un art aussi charmeur. Toutes les formes sont courbes et simplifiées en arabesques. Françoise représente pour Picasso la femme-fleur, qui s'épanouit en soleil ou en pétales. Avec elle et pendant la période d'Antibes, Picasso inaugure un style de dessin simplifié et dépouillé, avec des formes géométriques élémentaires et des lignes pures.     

Jacqueline

Jacqueline Rocque est née à Paris le 24 février 1926 dans le 14e. C'est une vraie parisienne. Elle se marie avec André Hutin, ingénieur des Ponts et Chaussées. Ils ont une fille Catherine Blanche qui naît en 1948. A la fin de l'année 48, ils partent en Afrique. En 1952, elle quitte son mari, demande le divorce et part sur la côte avec sa fille à la maison du Ziquet (petite chèvre en provençal). A 27 ans, elle rencontre Picasso une première fois au restaurant Le Catalan par l'intermédiaire d'Alain de Cuny. Elle est amie avec les Ramié de la poterie Madoura et va aider au magasin: c'est là que la dernière idylle de Pablo Picasso va démarrer. 

  

Portrait de Jacqueline aux mains croisées - 3 juin 1954

Portrait de Jacqueline aux mains croisées - 3 juin 1954

Portrait de Jacqueline: Ce tableau célèbre marque l'entrée en peinture de Jacqueline Roque, sa nouvelle compagne. C'est le pendant d'un autre portrait, Jacqueline aux fleurs peint le même jour, le 3 juin 1954. "Sphynx moderne" avec l'air mystérieux et ses grands yeux verts en amande, son long cou. Ces oeuvres préfigurent la série des Odalisques. Quand Picasso rencontre Jacqueline, il est frappé par sa ressemblance avec la femme au narguilé des Femmes d'Alger de Delacroix. Il découvre avec elle le type de la beauté classique, méditerranéenne, qu'il privilégie depuis son séjour à Gosol. Il tracera d'ailleurs de Jacqueline un portrait au fichu noir qui fait d'elle une digne héritière des paysannes catalanes. 

Jacqueline est le modèle et la femme des vingt dernières années, de 1954 à 1973, omnipérsente dans sa peinture.  

Portrait de Jacqueline aux fleurs - 3 juin 1954

Portrait de Jacqueline aux fleurs - 3 juin 1954

Mousquetaires

Picasso appelait ces toiles, figures plates et frontales de mousquetaires ou de rois semblables à des rois et des reines de cartes à jouer, des "tarots". Emblématiques, symboliques, elles vous regardent avec des grands yeux sombres. Cette comédie humaine se déploie dans des couleurs chatoyantes. Très mal comprise à l'époque de son exposition au Palais des Papes d'Avignon, cette ultime série va être redécouverte dans les années 1980 avec la Figuration Libre, le Bad Painting et le Street Art.

Dernier tableau  

La peinture 

Mousquetaire à la pipe, Picasso - 1968

Mousquetaire à la pipe, Picasso - 1968

Dernier tableau  

La peinture de Picasso a évolué en fonction de sa vie, de ses drames, de ses rencontres et de ses amours. Picasso peignait sans relâche, de façon acharnée. Partagé entre l'Espagne et la France, il déménagea de nombreuses fois, il connu de nombreuses femmes, il rencontra énormément d'artistes et de poètes. Sa vie fut riche et la seule constance tout au long de sa vie fut sa peinture. Elle fut variée et même si elle ne fut pas toujours fidèle à un courant artistique particulier, elle fut toujours sincère vis à vis de l'artiste, du spectateur et du sujet. Pour continuer à se nourrir de ce mystère Picasso, je vous invite à regarder en boucle le film d'Henri Georges Clouzot, le fameux "Mystère Picasso". "Tu tiens la flamme entre tes doigts et tu peins comme un incendie", écrivait Paul Eluard de Pablo Picasso. Mais il ne faut pas oublier non plus de rire avec la peinture de Picasso. Car rire c'est résister au désespoir. Aimer, c'est dire non à la guerre. Peindre c'est vivre. L'homme qui rit, qui aime et qui peint est un homme libre qui échappe à l'histoire. A ta santé Picasso! 

Renaud Faroux, Landerneau - 1er novembre 2017     

Lire aussi: 

L'engagement communiste de Pablo Picasso

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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 08:18
L'appel du chef d'oeuvre...

L'appel du chef d'oeuvre...

Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Landerneau 1er novembre: l'attente avant l'ouverture des Capucins pour la dernier jour de l'exposition Picasso. 60 adhérents et sympathisants du PCF avaient fait le déplacement pour participer à deux visites guidées, certains venant même d'Ille-et-Vilaine et du Morbihan.

Landerneau 1er novembre: l'attente avant l'ouverture des Capucins pour la dernier jour de l'exposition Picasso. 60 adhérents et sympathisants du PCF avaient fait le déplacement pour participer à deux visites guidées, certains venant même d'Ille-et-Vilaine et du Morbihan.

Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Renaud Faroux, critique d'art, participant à la visite guidée avec les adhérents du PCF, avant de faire sa conférence à la salle Toul an Gok, ici avec Erwan Rivoalan

Renaud Faroux, critique d'art, participant à la visite guidée avec les adhérents du PCF, avant de faire sa conférence à la salle Toul an Gok, ici avec Erwan Rivoalan

Une visite guidée de grande qualité pour les adhérents du PCF lors du dernier jour de l'exposition Picasso aux Capucins. Il y avait foule, et on ne s'est attardé que sur quelques tableaux, mais cela permis de mesurer les évolutions et ruptures de l'art de Picasso, et son génie protéiforme.

Une visite guidée de grande qualité pour les adhérents du PCF lors du dernier jour de l'exposition Picasso aux Capucins. Il y avait foule, et on ne s'est attardé que sur quelques tableaux, mais cela permis de mesurer les évolutions et ruptures de l'art de Picasso, et son génie protéiforme.

Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017

Nous avons vécu un moment très rare et précieux ce mercredi 1er novembre, d'abord lors des deux visites guidées de très bonne qualité avec les guides-conférenciers des Capucins organisées à l'exposition Picasso pour les 60 adhérents du PCF présents, ensuite avec la conférence lumineuse et passionnante sur des grands moments de l'évolution artistique de Pablo Picasso du critique et historien d'art Renaud Faroux, entre 12h et 13h30, à la salle Toul an Gok de Landerneau.

Le rendez-vous est déjà pris pour renouveler des initiatives d'éducation populaire et artistique semblable, sans doute avec Renaud Faroux une nouvelle fois pour la prochaine exposition du fonds Edouard Leclerc. 

 

Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Expo Picasso à Landerneau: un grand moment d'éducation populaire avec le critique d'art Renaud Faroux pour les adhérents communistes à la clôture de l'exposition le 1er novembre 2017
Avec la délégation morbihanaise

Avec la délégation morbihanaise

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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 07:05
Suppression des emplois aidés, vaste plan social dans le monde associatif: le Resam appelle à manifester le vendredi 10 novembre à 11h devant la mairie de Morlaix

Communiqué de presse du RESAM
Vendredi 10 novembre
Deuxième journée « noire » des associations

Le RESAM vous invite à vous rassembler dès 11h devant la mairie de
Morlaix afin de manifester votre soutien aux associations et
d'organiser ensemble cette lutte jusqu'à l'abandon de ce
gigantesque plan social.

http://www.resam.net/association-resam-finistere-morlaix-le…

Cet été, avec une violence inouïe, le gouvernement a décidé la suppression de 150 000 emplois aidés dès 2017, et 110 000 supplémentaires en 2018. Compte tenu de la fragilité des associations, beaucoup déboucheront sur des licenciements.

Cet immense plan social a été décidé sans aucune concertation et dans une approche strictement comptable. C’est un nouveau coup dur pour nombre d’associations. Car cela s’ajoute aux baisses régulières et conséquentes des subventions, à la complexification des procédures administratives, à la mise en concurrence des associations entre elles par la généralisation des appels à projets…

Et la situation des Communes, des Départements et des Régions ne nous donnent pas beaucoup d’espoir. Les budgets sont toujours plus serrés, et par expérience les associations sont souvent les premiè- res à en faire les frais. Alors imaginez notre vie sans les associations, Sans les services pour votre famille, Sans les activités éducatives pour vos enfants, Sans les loisirs pour vous et vos proches !

Peut-être demain, nous serons obligés d’augmenter les tarifs pour compenser la baisse de financements par l’Etat ou les collectivités. Peut-être demain, ces services ou activités ne pourront pas être mis en place car nous n’aurons plus les moyens de les assurer. Pour se rendre compte de ce que pourrait être la vie sans association, prenez votre journal et rayez tout ce qui est fait par les associations sportives, culturelles, environnementales, d’insertion, d’éducation populaire … par les MJC, les ULAMIR, les Centres sociaux, les Maisons Pour Tous, et toutes les autres associations socioculturelles.

Nous nous mobilisons aujourd’hui pour montrer notre inquiétude grandissante, et surtout pour défendre la vie associative créatrice de liens sociaux, d’engagement, d’action citoyenne et d’émancipation.

Nous nous associons au mouvement impulsé dans le Finistère par l’Espace Associatif de Quimper, le SEMA’FOR de Brest et le RESAM de Morlaix, mais aussi au niveau national par des collectifs et des ré- seaux associatifs.

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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 07:02
Un paese di Calabria - ciné-débat le dimanche 19 novembre à St Pol dans le cadre de la semaine de la solidarité internationale

Le Collectif de soutien aux migrants et réfugiés de Roscoff organise un Ciné-Débat avec la projection du documentaire

UN PAESE DI CALABRIA

Dimanche 19 Novembre à 17h30
au Majestic de St Pol de Leon, Place Michel Colombe
ouverture billetterie à 17h00 - tarif unique 5€

Voir affiche en pièce jointe.

Nous vous attendons nombreux et comptons sur vous nous aider à diffuser cet événement ( y compris auprès de vos élus ! ). Merci !

Le Collectif de Soutien aux Migrants de Roscoff

Suivez nous sur Facebook :
https://www.facebook.com/collectifroscoff

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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 06:45
"La Sécu en danger"! - éditorial de Jean Emmanuel Ducoin dans l'Humanité du 2 novembre 2017

" La Sécu en danger " !, l'éditorial de Jean Emmanuel Ducoin dans l'Humanité du 2 novembre 2017

Une question mérite d’être posée assez brutalement: les Français ont-ils vraiment conscience de ce qui vient de se passer à l’Assemblée nationale. Avec l’adoption en première lecture du budget de la Sécurité sociale, savent-ils ce qui les attend et ce qui, à terme pourrait jeter bas la protection sociale à la française, dont les fondements universels plongent loin leurs origines dans l’histoire des luttes populaires nationales. Ont-ils la moindre idée de ce qu’ils risquent de perdre en se laissant déposséder de ce formidable projet de société, qui, selon l’ouvrier communiste devenu ministre Ambroise Croizat, devait « mettre fin à l’obsession de la misère » et voulait que « chacun cotise selon ses moyens et reçoive selon ses besoins » ? Pour parvenir à anéantir ce conquis de civilisation jalousé dans le monde, Macron et son gouvernement viennent d’enfoncer l’un des fondements essentiels de notre solidarité : les cotisations sociales. Depuis soixante-dix ans, un continuum de plans de casse n’a cessé de mettre à mal cette pierre angulaire de notre pacte social, qui s’adosse à un principe général consistant à ce que les prestations de Sécurité sociale bénéficient à toutes et tous, sans distinction de revenus, puis que ses recettes sont précisément assises sur des cotisations calculées sur les revenus.

Le rêve du patronat se transforme en arme gouvernementale ! N’écoutez pas les discours dominants. Supprimer les cotisations sociales, ce serait exonérer le patronat de l’augmentation des salaires – dont la cotisation est partie intégrante – et ainsi tarir la source permettant d’assurer en commun la protection sociale, qui n’est ni un coût ni une dépense, mais une production de santé. D’autant que la destination de cette « économie » patronale ne servira qu’à nourrir les actionnaires. À cette atteinte aux salaires s’ajoute une double peine, terrible elle aussi : la hausse de la CSG, qui va alourdir la feuille d’impôt en fiscalisant la protection sociale. Par la fin du mécanisme de solidarité, la mort de la cotisation sociale signifierait celle de la Sécu, ni plus ni moins. Une coquille vide livrée aux requins des assurances privées. La fin de l’égalité et le droit de vivre dignement.

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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 06:40
Jean-Paul Lecoq, Elsa Faucillon, et Pierre Darhéville...

Jean-Paul Lecoq, Elsa Faucillon, et Pierre Darhéville...

Les députés communistes :

"Le président de la République et son gouvernement ont choisi de faire plus de 20 milliards d’euros de cadeaux aux plus riches. Un choix parfaitement clair en faveur de celles et ceux qui ont déjà tout ! A contre-courant de ces choix, nous proposons de consacrer :
- 28 milliards d’euros pour le pouvoir d’achat.
- 10 milliards d’euros en soutien aux TPE, PME, l’Artisanat, l’Industrie en contrepartie d’engagements pour l’emploi et l’investissement et pour les grands projets (10 Milliards sur 5 ans).
- 6,5 milliards d’euros pour les hôpitaux et la Sécurité sociale avec comme objectif d'aller vers la couverture des soins à 100% par la Sécurité sociale.
- 3 milliards d’euros pour nos collectivités et les services publics.
- 2,5 milliards d’euros pour accompagner les agricultrices et les agriculteurs, protéger l’environnement et améliorer les transports publics.
- 2,5 milliards d’euros pour un pacte pour le logement.
- 1,5 milliard d’euros pour le développement du très haut débit.

 

Budget. « L’Humain d’abord » contre « la finance d’abord »
AURÉLIEN SOUCHEYRE
MERCREDI, 25 OCTOBRE, 2017
L'HUMANITE

Les députés PCF ont présenté hier un contre-budget dans le but de prouver que la purge antisociale imposée par le gouvernement n’a rien d’obligatoire ou de pragmatique, et que d’autres choix sont possibles.

L’Assemblée nationale a été hier le théâtre d’événements inédits. Le matin, les onze députés communistes ont fait bloc en point presse afin de présenter un contre-budget radicalement différent de celui du gouvernement. L’après-midi, les députés LREM ont, eux, tenu leur tout premier point presse – il était temps – depuis le début de la législature dans le but de défendre leur action. Entre les deux, deux visions du monde et deux visions des textes budgétaires votés hier dans l’Hémicycle. « Le budget du gouvernement est au bonheur des riches. Il est fait par les riches et pour les riches. Aucun gouvernement, même de droite, n’est jamais allé aussi loin. Eux, c’est la finance d’abord. Nous, c’est l’humain d’abord. Notre budget va leur faire beaucoup de mal, car il prouve qu’un autre chemin est possible ! » lance d’emblée Fabien Roussel, député PCF du Nord.

Une taxe sur le chiffre d’affaires des grands groupes

Afin de ne laisser aucun argument à la majorité, les députés PCF se sont même astreints à respecter la règle européenne d’un déficit à 3 % du PIB au maximum, derrière laquelle se réfugie l’exécutif pour imposer l’austérité. « Cette règle n’est qu’un prétexte pour baisser la dépense publique, mettre en concurrence les entreprises et vendre une part de nos services publics au marché. Même en visant un déficit à 0 % du PIB pour 2022, il est inutile de tout sacrifier à l’austérité », précise le parlementaire. Quelle est la recette ? Là où le gouvernement se prive de 8,4 milliards d’euros en se livrant à des cadeaux pour les plus riches, les communistes reprennent tout (3,2 milliards d’euros de suppression de l’ISF, 1,9 milliard lié au PFU, 2 milliards de baisse de la taxe sur les transactions financières, 1,2 milliard de baisse du taux de l’impôt sur les sociétés, et 100 millions de suppression de la taxe sur les salaires de plus de 152 000 euros par an). Ils récupèrent également les 4 milliards alloués au renforcement de l’arme nucléaire, et même 28 milliards de plus en supprimant Cice et « niches fiscales inefficaces ». Enfin, ils vont chercher 6 milliards avec une taxe sur le chiffre d’affaires des grands groupes, 5,8 milliards en renforçant la fiscalité sur les dividendes et les revenus financiers, 1,8 milliard avec un impôt sur les géants du numérique, et même 7 milliards grâce à un plan national de lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, pensé pour récupérer entre 30 et 40 milliards sur le quinquennat.

Trois priorités : emploi, justice fiscale et pouvoir d’achat

Tout cela permet de constituer une cagnotte de 61 milliards d’euros par an, que le gouvernement refuse de constituer au motif que les plus riches et les grandes entreprises sont les mieux placés pour les « réinvestir » dans l’économie réelle. « L’argent coule à flots dans notre pays, mais toujours au profit des mêmes privilégiés, en circuit fermé. Ce n’est plus tenable », répondent les communistes. C’est pourquoi ils proposent de le prendre là où il est, avant de l’utiliser pour « répondre aux besoins des concitoyens », en visant trois priorités : « Emploi, justice fiscale et pouvoir d’achat. » 8 milliards sont ainsi prévus en soutien aux TPE, PME, à l’artisanat et à l’industrie, avec des engagements en contrepartie, loin du chèque en blanc du Cice. « Nous voulons épargner les entreprises qui investissent et embauchent, et taxer celles qui spéculent », développe Fabien Roussel. Partant du constat que la dépense publique permet à la fois de créer des services, mais aussi de soutenir l’activité économique et l’emploi, les députés PCF proposent un plan de 10 milliards d’euros pour les collectivités locales sur cinq ans, là où le gouvernement veut leur retirer 13 milliards. Cette option permettrait de transformer les emplois aidés en emplois pérennes, plutôt que de les supprimer. Ils souhaitent aussi investir 2,5 milliards dans le logement social, là où l’exécutif veut retirer 1,8 milliard de crédits, en plus de baisser les APL.

Pas moins de 28 milliards d’euros dans ce contre-budget sont consacrés à faire baisser la TVA à 19 % et celle sur les produits de première nécessité en dessous de 5 % (en visant à terme 0 %). Le rétablissement de la demi-part des veuves et des veufs est aussi de la partie. Un rehaussement des pensions de retraite à 1 000 euros au minimum est proposé, tout en annulant la hausse de la CSG. Le point d’indice des fonctionnaires est augmenté avec 2 milliards, 5 autres viennent soutenir l’école et 10 sur cinq ans sont consacrés à l’agriculture, l’environnement et les transports. Enfin, 6,5 milliards sont fléchés vers la santé et la Sécurité sociale, là où le gouvernement veut casser cette « propriété commune », selon Pierre Dharréville, et lui retirer 4,2 milliards de budget, en plus d’augmenter le forfait hospitalier. En outre, les communistes défendent aussi une échelle des salaires de 1 à 20 en entreprise et une hausse du Smic.

Richard Ferrand réfute que son budget soit pour les plus riches

« On le voit bien, une autre voie est possible, insiste le député PCF Jean-Paul Dufrègne, au lieu de quoi le gouvernement signe un chèque en blanc aux plus riches et à l’économie spéculative. » Même constat du côté de la France insoumise, qui présentera à son tour un contre-budget, le 2 novembre. « Pas une fois le capitalisme ne s’est régulé, gendarmé, sans être contraint par la puissance publique », a insisté hier Éric Coquerel. Le mouvement, en conformité avec son programme l’Avenir en commun et avec les amendements présentés, devrait proposer la création d’un impôt universel et la mise en place de 14 tranches d’imposition (le PCF en propose 9). L’impôt serait ici payé symboliquement dès le premier euro de revenu, puis de plus en plus élevé, proportionnellement aux richesses, là où le gouvernement veut casser cette progressivité puisque seuls les plus fortunés pourront accéder au plus bas des taux, situé à 12,8 %. Un cadeau, voté comme la suppression de l’ISF entre vendredi et samedi, durant « la nuit des privilèges », selon le député PS Boris Vallaud (le groupe Nouvelle Gauche a lui aussi proposé un contre-budget, principalement composé d’amendements de suppression des mesures les plus antisociales).

Autant de critiques, à gauche, qui n’ont pas ému Richard Ferrand, président du groupe LREM, lors de son premier point presse à l’Assemblée. « Il n’y a pas un gouvernement qui soit assez stupide pour consacrer un budget aux plus riches. Ça n’a pas de sens », a-t-il plaidé. « Ce que nous voulons, c’est que notre pays soit plus attractif pour les investissements privés. (…). Notre budget est un budget pour l’investissement et pour le pouvoir d’achat. Tout ce que l’on fait, c’est pour augmenter le salaire net. Pour muscler la feuille de paie et alléger la feuille d’impôt », a-t-il ajouté. Pourtant, augmenter le salaire net et augmenter le pouvoir d’achat sont deux choses différentes, à plus forte raison quand on prend d’une main ce que l’on donne de l’autre. « Quand on fait la somme de toutes les mesures antisociales, des cotisations sociales amputées, des tarifs qui vont augmenter pour la santé, le logement, la vie de tous les jours avec la purge contre les collectivités, le compte n’y est pas. C’est même l’inverse », accusent les députés PCF.

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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 06:34
Cice: un rapport dénonce le trésor caché des patrons (Sébastien Crépel - L'Humanité, 31 octobre 2017)

Le montant de ce crédit d’impôt aux entreprises atteindra 21 milliards d’euros en 2018, un record. Alors que ses effets sur l’emploi sont quasi nuls, les parlementaires n’ont pas accès aux données qui permettraient de retracer son utilisation.

L’année 2018 sera celle du record absolu des remboursements et dégrèvements d’impôts divers accordés aux entreprises et aux ménages. Au total, 115,2 milliards d’euros, soit une perte sèche pour l’État équivalant à 28,5 % du total de ses recettes brutes, devraient être « restitués » au bénéfice principal des entreprises, celles-ci captant près de neuf dixièmes de ces sommes, soit environ 100 milliards. « C’est 5 points de plus qu’en 2013, et 12 milliards de plus que l’an dernier », explique le sénateur communiste Pascal Savoldelli, rapporteur pour la commission des Finances de la Haute Assemblée du chapitre « Remboursements et dégrèvements » du projet de loi de finances pour l’an prochain.

Si toutes ces dépenses ne sont pas illégitimes, loin de là – à l’instar de mesures soutenant les ménages modestes ou aidant les PME en difficulté –, ce poste est le premier budget de l’État alors que « la traçabilité de l’usage que font les entreprises d’une part importante des fonds publics fait défaut », indique l’élu du Val-de-Marne. Visés dans son rapport, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice) et le crédit d’impôt en faveur de la recherche (CIR), qui pèsent ensemble pour 26,8 milliards d’euros, et dont la montée en puissance est responsable dans une large mesure de l’inflation des remboursements et dégrèvements.

Pour le sénateur Pascal Savoldelli, le Cice et le CIR représentent « 27 milliards de recettes évaporées pour l’État, car on n’en connaît ni l’usage, ni la destination, ni les objectifs. Cela équivaut quand même à deux fois le montant total de l’aide personnalisée au logement (APL), trois fois le budget de la police nationale ou encore au recrutement de 300 000 enseignants chaque année » !

1. Un coût en constante augmentation

Pour l’année 2018, le coût du Cice pour les finances publiques devrait s’élever à 21 milliards d’euros, dont 19,8 milliards de moins-values pour l’impôt sur les sociétés, une hausse de 4,3 milliards d’euros (+ 27,7 %) sur 2017 et de 7,8 milliards sur l’an dernier (+ 65 %). Si on le rapporte à la prévision de recettes nettes de l’impôt sur les sociétés pour 2018 (25,3 milliards), la perte induite par le Cice représente quelque 78 % de ces recettes. Depuis la création de ce crédit d’impôt, le total des « restitutions » d’impôt sur les sociétés (hors indus et contentieux) a été ainsi multiplié par 2,5 en cinq ans, passant de 12,45 milliards d’euros en 2013 à 31,6 milliards en 2018.

La montée en charge du Cice est due non seulement à l’augmentation de son taux (passé de 4 % des rémunérations brutes versées par les entreprises dans la limite de 2,5 Smic en 2013, à 6 % en 2014, 7 % en 2017, puis 6 % à nouveau en 2018), mais aussi au mécanisme complexe du versement aux entreprises, qui peut s’étaler jusqu’à quatre années pour un seul exercice.

Ainsi, en 2018, l’État aura à verser la créance due au titre de l’année 2017 (13,1 milliards), mais également des reliquats des sommes dues au titre des années 2013 à 2016 (6,7 milliards). « Depuis le début de l’opération Cice et jusqu’en 2019 (année de son remplacement par un allégement pérenne de cotisations sociales voulu par Emmanuel Macron – NDLR), ce dispositif aura coûté plus de 70 milliards d’euros aux finances de l’État », calcule Pascal Savoldelli.

2. Un effet plus qu’incertain sur l’emploi

L’emploi était l’une des justifications premières du crédit d’impôt, avec le « redressement de la compétitivité ». Le comité de suivi du Cice, placé sous la responsabilité de France Stratégie (ex-commissariat général au Plan), a lui-même toutes les peines du monde à mesurer son impact réel sur la création ou la préservation de postes, son dernier rapport, en date du 4 octobre, estimant « vraisemblable » un effet de l’ordre de « 100 000 emplois sauvegardés ou créés sur la période 2013-2015 », mais dans une fourchette si large, « allant de 10 000 à 200 000 emplois », que la mesure n’a guère de sens.

Même en retenant le haut de fourchette, rapporté aux 45 milliards versés pour le Cice au titre des années 2013 à 2015, chaque emploi « sauvegardé ou créé » aurait représenté un coût exorbitant de 225 000 euros sur la période. Quant au bas de la fourchette, le coût serait alors multiplié par 20. À ce prix-là, « il eût donc mieux valu – sur un strict plan économique – créer directement des emplois publics », ironisent (ou pas d’ailleurs) les auteurs d’une note sur le budget 2018 au nom des Économistes atterrés.

3. Une traçabilité inexistante

Pascal Savoldelli a fait la cuisante expérience de l’opacité du Cice en tentant d’obtenir la répartition géographique des entreprises bénéficiaires par département pour nourrir son rapport. Impossible de collecter ces données, lui a répondu l’administration des finances publiques. « Je ne demandais pas la levée du secret bancaire mais une simple carte géographique pour faire un comparatif des sommes versées avec la situation de l’emploi par département », relate l’élu du Val-de-Marne. Pour son collègue, le sénateur communiste du Nord Éric Bocquet, « de deux choses l’une : soit les données n’existent pas, soit on refuse de les transmettre à un parlementaire – la deuxième hypothèse me paraissant inquiétante. J’avais adressé un courrier il y a trois ans au préfet de mon département et l’on m’avait répondu que le secret des affaires s’opposait à la transmission d’une telle information »…

Dès juillet 2016, un rapport de l’ex-sénatrice communiste Marie-France Beaufils relevait que « l’insuffisance des données empêche une analyse territoriale fine, pourtant nécessaire, (car) tous les territoires présentent des particularités en termes de concurrence ou de positionnement à l’international », l’une des justifications du Cice étant de cibler en particulier les entreprises exposées à l’export. Or les estimations de l’élue avaient permis d’établir que « les entreprises réalisant plus de 10 % de leur chiffre d’affaires à l’exportation reçoivent seulement un cinquième de la créance », les autres bénéficiaires des quatre cinquièmes n’étant pas confrontées à ce problème.

4. Un défaut de contrôle théorisé

À quoi donc a servi le Cice, si ce n’est pas à l’emploi ou à s’ajuster face à la concurrence ? Savoir si l’argent public a été utilisé à ces fins n’est pas le problème des pouvoirs publics. Sur le site Internet du ministère de l’Économie, on peut ainsi lire noir sur blanc que « l’administration fiscale ne contrôlera pas l’utilisation du Cice », et qu’il « ne fera donc l’objet d’aucune remise en cause » en cas d’usage non conforme. Les entreprises comme Nokia, qui supprime 600 postes en France après avoir touché 67 millions d’euros en Cice et CIR en 2016 – ce qui « revient à dire que les actionnaires de Nokia auront reçu 100 000 euros d’argent public par poste supprimé », note le pôle économique de la CGT – peuvent dormir tranquilles.

« C’est le profit qui commande l’État, dans lequel les fonctionnaires sont réduits au rôle de débiteurs », s’insurge Pascal Savoldelli. Pour lui, cette « omerta organisée » constitue un « déni de démocratie », qui non seulement porte atteinte à la « fonction constitutionnelle des parlementaires de contrôle de l’usage des deniers publics », mais aussi à « la démocratie dans l’entreprise, les salariés et les représentants du personnel devant pouvoir disposer de tous les éléments sur l’utilisation du Cice ».

5. Une demande d’outils de suivi

Au moment où le gouvernement fait de la réduction de la dette et des dépenses publiques sa priorité, le sénateur s’interroge : « La dette publique, on nous en parle tous les jours, mais quid de la dette privée, qui atteint 72 % du PIB pour les sociétés non financières ? On n’en parle jamais, mais nous sommes en train de la payer. Si l’on doit mener l’exercice critique sur les dépenses publiques, il faut aussi le conduire sur les recettes dont se prive l’État. »

Cet exercice critique assumé par le rapporteur a d’ailleurs en partie porté ses fruits. La commission des Finances du Sénat a réservé son vote sur les crédits de ce chapitre du budget dans l’attente de plus amples informations, et le sénateur communiste confie avoir perçu « l’assentiment des membres de la commission à la demande d’outils de suivi du Cice ». Il y a urgence, car si le Cice est intégré de façon pérenne au barème des cotisations, « il n’y aura plus aucune traçabilité » des sommes versées, relève Pascal Savoldelli, celles-ci perdant leur caractère d’aide publique soumise à évaluation.

Vingt-cinq ans de baisses de « charges » jamais évaluées
Le diagnostic établi le 7 juillet dernier par  le comité de suivi des aides publiques aux entreprises et des engagements (Cosape), un organisme placé sous la responsabilité de France Stratégie, est édifiant. Selon le comité, « on ne dispose à ce jour d’aucune  évaluation des effets sur l’emploi » des exonérations de cotisations patronales  sur les bas salaires « sur l’ensemble des  vingt-cinq dernières années ». De même, « on sait peu de chose sur la nature des  emplois créés ou sauvegardés », et « les  conséquences à moyen et long termes (…)  sur l’appareil productif sont largement  inconnues ». Enfin, « on ne dispose d’aucune  étude sur leurs effets sur la formation, les  investissements, l’innovation, la montée   en gamme de l’économie française et la  croissance potentielle », conclut le comité.
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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 06:30

Le plan d'accès aux soins présenté par le gouvernement : démantèlement de la santé

 

Le plan dit « Egal accès aux soins dans les territoires » présenté par le gouvernement le 13 octobre dernier s’inscrit dans les politiques menées ces dernières décennies. Il consiste à réduire l’offre de soins (numérus clausus, restructuration hospitalière, virage ambulatoire) pour réduire la part des cotisations de l’Assurance Maladie au seul profit du Patronat et du capital.

Il s’inscrit aussi dans la poursuite et l’accélération du démantèlement de la Sécurité Sociale et du service public de santé concrétisées par le prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale.

Ce plan est la marque de la négation des besoins de plus en plus grands qui s’expriment dans les territoires et du déni de la démocratie. L’élaboration dans la plus grande opacité et secret des Plans régionaux de santé par les Agences Régionales de Santé (ARS) en est le plus éclatant témoignage, alors que ceux-ci vont s’imposer pour les 5 à 10 prochaines années.

Ce plan est un aveu d’échec des politiques conduites jusqu’alors, mais n’a d’autre ambition que d’éteindre les incendies par des effets d’annonce.

Les communistes réclament un plan d’urgence autour de trois axes :

  • Définir les besoins de santé par bassin de vie, en mobilisant les professionnels de santé, les associations, les organisations syndicales, les élus locaux, afin de travailler aux Plan régionaux de santé.

  • Lancement d’un plan d’urgence de développement du service public de santé avec notamment l’arrêt du déploiement des GHT et des restructurations hospitalières, l’abrogation du numérus clausus et le lancement d’un plan de formation médicale et paramédicale ;

  • Financement d’un plan pour un maillage des territoires de santé, dans chaque bassin de vie ou canton, dont le pivot serait un centre de santé public travaillant en coordination avec un hôpital public de proximité et une maternité associée.

Libérer la Sécurité sociale du carquant imposé par son étatisation et la fiscalisation de ses recettes. Les moyens financiers existent, la remise en cause de l’ISF ou la poursuite du CICE le montre bien.

Le plan d'accès aux soins présenté par le gouvernement: démantèlement de la santé (PCF, 2 novembre 2017)
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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 06:11
Communiqué du Parti Communiste de Catalogne suite à l'arrestation ou à la convocation devant la justice des responsables politiques catalans: "Ne jugez pas la démocratie"!

Communiqué du Parti Communiste de Catalogne suite à la convocation des membres du Bureau du Parlement de Catalogne par la Cour Suprême pour des crimes présumés de rébellion, de sédition et de détournement de fonds.

Le Secrétaire général des Communistes de Catalogne, Joan Josep Nuet fait parti des inculpés. 

Un petit extrait pour mes camarades si prompte à condamner un peuple a la soumission : "Les Communistes de Catalogne appellent tous les partis communistes du monde à dénoncer la répression réactionnaire du gouvernement du Parti populaire contre le peuple de Catalogne et la persécution politique des élus. Nous appelons le gouvernement espagnol à libérer les prisonniers politiques, a annuler le processus de suspension de l'autonomie et à engager un dialogue pour trouver une solution démocratique au conflit en Catalogne, dans le respect du droit à l'autodétermination, que depuis des années, veulent la grande majorité des gens."

 

Communiqué complet - traduit par Nicolas Maury: 

Les Communistes de Catalogne dénoncent l'instrumentalisation politique des tribunaux par le gouvernement réactionnaire du Parti Populaire contre les membres du Bureau du Parlement de Catalogne. 

Nous croyons que les infractions qui leur sont imputées ne sont pas fondées et que les accusations sont absolument disproportionnées. 

Nous croyons que ces accusations cachent un conflit politique, ce dernier doit être résolu par le dialogue politique et l'approbation démocratique populaire. 

Nous sommes tous le Bureau 

Les Communistes de Catalogne appellent à la solidarité et à la mobilisation de tous les secteurs démocratiques de la société catalane et espagnole contre cette instrumentalisation politique de la justice. 

Nous appelons à la défense de Carme Forcadell, Lluís Coromines, Anna Simó, Louis fox Ramona Barrufet et Joan Josep Nuet, qui sont les officiers du Parlement de Catalogne injustement accusé d'avoir permis le débat démocratique au sein d'un Parlement souverain. Nous appelons à la solidarité avec les responsables et leurs familles pour faire face à ces temps difficiles pleins d'injustice. Nous appelons à la libération de toutes les personnes emprisonnées pour des raisons politiques en Espagne. 

Nous appelons à l'unité de la classe ouvrière et des classes populaires pour défendre les principes démocratiques, les institutions catalanes, les droits humains, sociaux et nationaux, contre la répression politique et la violence fasciste. Il est temps de construire un front démocratique majoritaire démocratique et républicain avec le peuple de Catalogne et tous les peuples d'Espagne. 

Avec le camarade Nuet 

Les Communistes de la Catalogne expriment leur soutien inconditionnel au camarade Joan Josep Nuet, Secrétaire général de notre parti, qui porte tous nos combats pour la solidarité, le respect, la défense de la dignité, l'intégrité, l'humilité, l'honnêteté, la démocratie et la justice sociale. L'accusation portée contre le camarade Nuet est une accusation contre tous les communistes qui se battent pour une démocratie égalitaire. 

Les Communistes de Catalogne appellent tous les partis communistes du monde à dénoncer la répression réactionnaire du gouvernement du Parti populaire contre le peuple de Catalogne et la persécution politique des élus. Nous appelons le gouvernement espagnol à libérer les prisonniers politiques, a annuler le processus de suspension de l'autonomie et à engager un dialogue pour trouver une solution démocratique au conflit en Catalogne, dans le respect du droit à l' autodétermination, que depuis des années, veulent la grande majorité des gens. 

Pour les libertés, ne jugez pas la démocratie: nous sommes tous le Bureau !

 

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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 18:54
Budget 2018: lettre-pétition aux parlementaires pour la ratification du traité d'interdiction des armes nucléaires
Budget 2018 : lettre-pétition aux parlementaires pour la ratification du traité d’interdiction des armes nucléaires

jeudi 2 novembre 2017

Appel du Le Collectif "en Marche pour la paix" :

Madame, Monsieur

Les parlementaires seront appelés le 7 novembre à s’exprimer sur les orientations du budget de la défense, dans un nouveau contexte marqué par l’adoption aux Nations Unies, d’un traité d’interdiction des armes nucléaires.

Le prix Nobel de la paix 2017 a été attribué à la campagne ICAN pour soutenir le désarmement nucléaire et l’action des sociétés civiles en faveur du désarmement nucléaire.

Or la Ministre des armées a confirmé, à Brest le 21 septembre 2017, l’objectif d’affecter rapidement 6 milliards d’Euros (2020) de dépenses par an pour une nouvelle modernisation des armes nucléaires et plus particulièrement pour un nouveau renouvellement de la flotte de sous-marins nucléaires de la base de Crozon (29).

Le budget de la défense 2018 avec une augmentation de crédits de 1,8 milliards d’Euros s’inscrit dans cette logique.

C’est la raison pour laquelle, le collectif "En marche pour la paix" a décidé de lancer une campagne d’alerte en direction des parlementaires en utilisant la lettre pétition ci-après qui sera adressée aux parlementaires de votre département.

Signez la lettre-pétition.

Cordialement,
Le Collectif en Marche pour la paix
Coordination : Le Mouvement de la Paix

Budget 2018: lettre-pétition aux parlementaires pour la ratification du traité d'interdiction des armes nucléaires
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