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4 janvier 2018 4 04 /01 /janvier /2018 09:42
Point de vue: un appel pour abolir les armes atomiques (Ouest-France, 29 janvier 2017)

Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire.

Par un collectif créé à l'appel de l'association Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN).

Les bombes atomiques, 70 000 à l'apogée de la Guerre froide, 15 000 aujourd'hui, peuvent provoquer la guerre, en Corée par exemple, et anéantir l'humanité. Un espoir cependant : le prix Nobel de la Paix couronne la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (Ican) et son action en faveur du Traité sur l'Interdiction des Armes Nucléaires (Tian), traité que 122 États de l'Onu ont voté le 7 juillet 2017.

Voulu pour abolir les armes nucléaires, ce traité est à la fois nécessaire et insuffisant. Nécessaire, car il fallait les interdire comme les armes biologiques et chimiques, les mines antipersonnel et les bombes à sous-munitions qui frappent indistinctement civils et militaires, commettant des crimes contre l'humanité.

Ce traité est insuffisant. Il entrera en vigueur quand cinquante États l'auront ratifié. Mais il n'engagera qu'eux. Aucun des neuf États dotés d'armes nucléaires n'a annoncé son intention de le signer. Pour les États nucléaires, deux procédures d'adhésion sont prévues : avant ou après avoir désarmé. Mais rien n'est prévu pour un désarmement multilatéral, seul moyen, pour des États qui croient à l'efficacité dissuasive des armes, d'accepter de les éliminer.

Il interdit « à jamais » les armes nucléaires sous tous leurs aspects : possession, fabrication, acquisition, hébergement, transfert, menace d'emploi, emploi « en toutes circonstances »... Mais il autorise un État à s'affranchir de ces interdictions un an après avoir invoqué des circonstances « extraordinaires » qui, soit existent déjà, soit peuvent se présenter à tout moment. Il admet donc les « politiques de dissuasion » qu'il condamne par ailleurs.

« Créer un mouvement citoyen »

Il souligne que l'emploi d'armes nucléaires serait catastrophique, mais néglige de rappeler que, selon une résolution de l'Onu du 24 novembre 1961, ce serait un crime contre l'humanité - rappel qui aurait fait de leur interdiction une norme impérative du droit international.

Enfin, il outrepasse son objet lorsqu'il affirme, comme le TNP (Traité de non-prolifération des armes nucléaires), un « droit inaliénable de tous les États parties de développer la recherche, la production et l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins pacifiques », « droit » que le Traité sur l'interdiction des armes nucléaires (Tian) n'avait pas à interdire, mais pas non plus à proclamer.

Il n'existe aucun droit de contaminer la planète, même pacifiquement. En outre, les centrales, stocks et transports de matières nucléaires sont autant de « bombes sales » à la merci d'attentats ou d'accidents.

Continuant à moderniser ses armes pour quatre et bientôt six milliards par an, la France ne signera pas ce traité. Mais elle est tenue par le traité de non-prolifération des armes nucléaires de négocier avec les autres États l'élimination planifiée de leurs armes, sous un contrôle strict. Et mutuel. Elle doit donc s'engager sans délai pour un traité d'abolition à deux volets : l'interdiction universelle, et l'élimination totale, définitive et contrôlée des armes nucléaires.

Car il ne suffit pas d'interdire les armes nucléaires, il faut les abolir. Seul un vaste mouvement citoyen se fixant clairement cet objectif pourra y parvenir. Nous appelons à le créer.

Le collectif des signataires :

Jean-Marie Matagne, président d'ACDN ; Patrick Viveret, philosophe ; Bruno Boussagol, metteur en scène ; Françoise Boman, médecin chercheur ; Stéphane Lhomme, directeur de l'Observatoire du nucléaire ; Jean-Jacques Delfour, philosophe ; Pierre Peguin, docteur ès-sciences ; Kolin Kobayashi, journaliste indépendant ; Chantal Bourry, écrivaine ; Jacques Terracher, officier mécanicien navigant.

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4 janvier 2018 4 04 /01 /janvier /2018 08:36

Selon les calculs de Libération, la ministre du Travail est la plus avantagée au sein du gouvernement par la suppression de l'ISF sur les biens mobiliers. Elle empochera tous les ans quelque... 62.000 euros supplémentaires. Avant de les réinvestir dans l'économie française ?

Les ministres sont des contribuables comme les autres. A ce titre, les plus fortunés d'entre eux vont pouvoir bénéficier... de la suppression de l'impôt sur la fortune (ISF) concernant les produits mobiliers, votée par la majorité macroniste fin 2017. D'après les calculs de CheckNews de Libération, le "moteur de recherche humain" du journal, la grande gagnante de cette réforme est Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, qui devrait économiser quelque 62.000 euros.

La locataire de la rue de Grenelle fait partie des "premiers de cordée", ces détenteurs de biens mobiliers invités par Emmanuel Macron à investir dans l'économie française. Le patrimoine de la ministre présente en effet la particularité d'être très minoritairement constitué de biens immobiliers. Sur ses 7,7 millions d'euros de biens, seul 1,8 million concerne les deux maisons que possède l'ex-directrice de Business France. En revanche, Muriel Pénicaud détient beaucoup d'actions, d'assurances vie et de produits d'épargne. Le tout pour un total impressionnant de 5,9 millions d'euros. Cette somme échappera désormais au calcul de l'Impôt sur la fortune immobilière (IFI), l'ISF "light" concocté par le gouvernement. Concrètement, Libération, qui a pris conseil auprès de l'avocat fiscaliste Marc Uzan, assure que la ministre économisera désormais 62.000 euros par an. Reste à savoir si elle investira cette manne dans l'économie du pays...

Muriel Pénicaud n'est pas la seule ministre à bénéficier de cette réforme. En raison de la structure de leur patrimoine, les autres membres du gouvernement les plus fortunés économiseront toutefois beaucoup moins d'argent. Nicoas Hulot, qui possède surtout de biens immobiliers et professionnels (de toute façon pas taxés par l'ISF), pourra garder 11.500 euros supplémentaires. Quant à la ministre de la Culture Françoise Nyssen, elle se révèle gagnante à hauteur de "seulement" 3.000 euros annuels. Les autres ministres aisés, comme Edouard Philippe ou Bruno Le Maire, empocheront eux... zéro euro supplémentaire. Ils n'étaient pas imposables à l'ISF.

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4 janvier 2018 4 04 /01 /janvier /2018 08:12
Christine Prunaud, sénatrice communiste des Côtes d'Armor

Christine Prunaud, sénatrice communiste des Côtes d'Armor

Sénatrice communiste bretonne, Christine Prunaud annonce une rentrée parlementaire délicate mais combative sur la question du droit des étrangers. 

Sénatrice du groupe CRCE (communiste, républicain, citoyen et écologiste), membre de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, Christine Prunaud a envoyé le 8 décembre dernier, un courrier au ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, dans lequel elle dénonce l'intensification de la logique répressive à l'égard des étrangers et de leurs soutiens. 

Trop occupé sans doute à rédiger son projet de loi, ce dernier n'a toujours pas répondu à l'élue de la nation. Laquelle invite à amplifier les actions de solidarité avec les exilés, afin de donner de la force au combat parlementaire qui s'annonce sur le droit des étrangers.

Les citoyens solidaires des exilés font l'objet d'une criminalisation accrue. Quelle peut être l'action des parlementaires pour contrer cette logique répressive? 

Christine Prunaud: Tous les parlementaires du groupe CRCE sont intervenus individuellement sur la question du "délit de solidarité". Nous prévoyons de le faire collectivement à la rentrée. Il faut parvenir à imposer son abrogation, bien sûr. Mais, là-dessus, les rapports de forces dans l'Hémicycle ne sont pas en notre faveur. La majorité semble ne rien vouloir lâcher et le projet de loi sur l'immigration est inquiétant sur beaucoup d'autres points. 

Lesquels?  

Christine Prunaud: L'allongement de la durée de rétention, les contrôles dans les centres d'hébergement d'urgence, le sort réservé aux mineurs non accompagnés... On se dirige vers une rentrée terrible sur les droits des étrangers. D'autant qu'il va falloir aussi combattre la proposition de loi présentée par la droite sur le placement en rétention des "dublinés"... 

Vous n'affichez pas un grand optimisme. 

Christine Prunaud: Parce que sur le terrain il est de plus en plus difficile d'agir. Les préfets, par exemple, veulent un durcissement de la loi. Mais il ne faut pas lâcher. Partout, de nombreuses personnes accueillent chez elles des exilés en bravant la répression. Dans les Côtes-d'Armor, j'interviens régulièrement pour soutenir les associations, batailler aussi sur le sort des mineurs étrangers isolés. Le gouvernement veut sortir ces jeunes de la protection de l'enfance. Tout en se défaussant complètement sur la société civile pour les prendre en charge, et en mettant des bâtons dans les roues à ceux qui les aident. C'est inacceptable.

Entretien de L'Humanité (Emilien Urbach) avec Christine Prunaud, paru dans L'Humanité du 3 janvier 2018  

 

Migrants et réfugiés. Le gouvernement fait le choix du durcissement (Christine Prunaud, sénatrice PCF des Côtes d'Armor - L'Humanité, 3 janvier 2018)
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4 janvier 2018 4 04 /01 /janvier /2018 06:32

Pour les 100 jours d'emprisonnement du militant franco-palestinien, un rassemblement était organisé pour demander sa libération, le 2 décembre dernier, à Paris. M. Bragard

 

L'avocat franco-palestinien, en détention en Israël depuis le 23 août, a été transféré dimanche dans une prison de sinistre réputation. Et Macron est aux abonnés absents.

Emprisonné jusqu'à présent dans une prison du Néguev, l'avocat franco-palestinien Salah Hamouri a été transféré ce dimanche 31 décembre dans la prison de Megiddo, de sinistre réputation, au sud-est d'Haïfa. Selon l'association palestinienne des droits de l'homme et de défense des prisonniers Addameer, il s'agirait rien de moins que d'une « punition ». L'information de son transfert a été confirmée indirectement par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en charge des visites aux prisonniers palestiniens et qui a annoncé que la famille de Salah ne pourrait le voir le 1er janvier, la rencontre étant annulée.

Il y a deux semaines environ, des hommes ­ peut-être des services de renseignements ­ ont fait irruption dans la cellule de Salah Hamouri avec, dans leurs mains, un exemplaire de l'Humanité. On sait que, par l'intermédiaire de ses avocats, nous avions publié une interview de Salah Hamouri le 30 novembre. Ces agents ont alors indiqué à Salah Hamouri qu'il allait être placé à l'isolement. Une forme de punition régulièrement utilisée par les autorités israéliennes contre les détenus palestiniens, mesure particulièrement inhumaine. Les représentants des prisonniers sont alors intervenus auprès de l'administration pénitentiaire pour empêcher l'application de cette décision. Mais, ce dimanche matin, les renseignements israéliens sont revenus à la charge en annonçant à Salah Hamouri son transfert à la prison de Megiddo. Il pourrait très bien se retrouver immédiatement à l'isolement.

LA DÉTENTION ADMINISTRATIVE EST, EN SOI, UN ACTE DE TORTURE MENTALE

Salah Hamouri se trouve incarcéré dans le cadre d'une détention administrative depuis le 23 août. Pour six mois, renouvelables autant de fois qu'en décide l'arbitraire de la « justice » israélienne. L'ordre a été donné par le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, qui mentionnait déjà la prison de Megiddo. La détention administrative est, en soi, un acte de torture mentale. Cité dans un livre (1), un prisonnier en fait mesurer la portée dans une lettre à l'écrivain nigérian Wole Soyinka, en décembre 1996 : « Si je dois décrire ce que nous sommes, je dirai que nous sommes des otages politiques, écrivait-il. Nous ne pouvons jamais savoir à quel moment nous allons rentrer chez nous. Ce jeu cruel du "espoir/pas d'espoir", je l'ai une fois décrit comme un mélange de roulette russe "elle m'aime/elle ne m'aime pas" et (...) une variante du thème familier "En entrant ici, abandonnez tout espoir". »

Rien ne permet d'espérer une libération prochaine puisque l'arbitraire règne. Développer l'espoir, c'est s'exposer à une terrible désillusion en cas de renouvellement de la détention administrative. Ce cercle vicieux s'apparente bien à de la torture, ce qu'avait souligné en 1998, puis en 2003 le Comité des Nations unies pour les droits de l'homme, qui s'était penché plus précisément sur la détention administrative pratiquée par Israël. Ainsi, la députée palestinienne Khalida Jarrar, membre du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), qui a été placée en détention administrative le 2 juillet 2017, devait être libérée 1er janvier 2018. Mais, le 27 décembre, sans aucun motif et toujours au nom d'un dossier secret, sa détention administrative a été reconduite pour six mois. Ils sont près de 453 dans ce cas, sur les 6 154 prisonniers palestiniens (dont 311 enfants et 59 femmes), selon Addameer.

Contacté dimanche par l'Humanité concernant le sort de Salah Hamouri, le service de presse de l'Élysée n'a toujours pas répondu. La question est simple : le président de la République française intervient-il personnellement auprès des autorités israéliennes, et plus particulièrement de Benyamin Netanyahou, pour exiger la libération de notre compatriote, comme le lui demandent des dizaines de parlementaires nationaux et européens et tout autant de conseils municipaux dans l'Hexagone ? Emmanuel Macron, qui a le verbe haut s'agissant d'autres pays, est silencieux sur ce dossier. Or, la diplomatie discrète a ses limites. Il a maintenant le devoir d'informer les Français : oui ou non intervient-il ?

(1) Threat. Palestinian political prisoners in Israel. Abeer Baker et Anat Matar. PlutoPress Editions.

 

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4 janvier 2018 4 04 /01 /janvier /2018 06:30

Entre le 20 octobre et le 20 novembre 1947, la commission des Activités anti-américaines auditionne onze réalisateurs, scénaristes et producteurs d'Hollywood. L'accusation n'a qu'un seul but : prouver l'appartenance de ces hommes au Parti communiste américain et l'infiltration communiste dans les studios. Condamnés, emprisonnés, les Dix sont interdits de travail. L'Humanité publie des extraits des auditions, souvent musclées, de ces hommes qui signèrent les plus beaux films d'Hollywood.

 

La liste des scénarios écrits par Lester Cole pour les studios américains est impressionnante. On lui doit Rivaux, de Raoul Walsh, le Retour de l'homme invisible ou encore Vivre libre, de James Hill. 

 

Audition de Lester Cole

 

M. STRIPLING M. Cole, êtes-vous membre de la Guilde des scénaristes ? M. COLE Je voudrais répondre à cette question et je serais très heureux de le faire. Je crois que la raison pour laquelle une question est posée est d'aider à éclairer...

LE PRÉSIDENT Non, non, non, non, non. M. COLE Je vous entends M. le président, je vousentends, je suis désolé mais...

LE PRÉSIDENT Si vous répondez par oui ou par non, alors vous pourrez donner quelques explications. M. COLE Bien, M. le président, je dois vraiment répondre à ma façon. LE PRÉSIDENT Vous refusez de répondre à la question ?

M. COLE Non, pas du tout, pas du tout. M.

STRIPLING Êtes-vous membre de la Guilde des scénaristes ?

M. COLE Je comprends la question, et je ne crois pas savoir comment je peux y répondre de façon satisfaisante pour la commission. J'aimerais pouvoir le faire.

LE PRÉSIDENT Êtes-vous capable de répondre à la question par oui ou non ou êtes-vous incapable de répondre par oui ou non ?

M. COLE Je ne suis pas capable de répondre par oui ou non. Je pourrais et je voudrais répondre à ma manière. Suis-je privé de ce droit ?

LE PRÉSIDENT Donc vous refusez de répondre à la question ?

M. COLE Non, je ne refuse pas de répondre à la question. Au contraire, j'aimerais beaucoup y répondre, donnez-moi juste une chance.

LE PRÉSIDENT Supposons que nous vous donnions l'occasion de faire une explication, combien de temps vous prendrait cette explication ?

M. COLE Oh, je dirais d'une à vingt minutes, je ne sais pas.

LE PRÉSIDENT Vingt ? Et est-ce que tout cela aura à voir avec la question ?

M. COLE Ce serait certainement le cas.

LE PRÉSIDENT Alors, répondriez-vous finalement oui ou non ?

M. COLE Eh bien, je ne pense vraiment pas que c'est la question qui nous occupe maintenant, n'est-ce pas ?

LE PRÉSIDENT Alors, passez à la question suivante.

M. STRIPLING M. Cole, êtes-vous ou avez-vous déjà été membre du Parti communiste ?

M. COLE Je voudrais également répondre à cette question. Je serais très heureux de le faire. Je crois que la raison pour laquelle la question est posée est que, à l'heure actuelle, il y a une élection à la Guilde des scénaristes à Hollywood et que pendant quinze ans, M. McGuinness et d'autres...

LE PRÉSIDENT Je ne savais même pas qu'il y avait des élections là-bas. Poursuivez et répondez à la question. Êtes-vous membre du Parti communiste ?

M. COLE Puis-je répondre à ma façon, s'il vous plaît ? Puis-je s'il vous plaît ? Puis-je avoir ce droit ?

LE PRÉSIDENT Vous êtes américain, n'est-ce pas ?

M. COLE Oui, je le suis certainement, et cela figure dans ma déclaration.

LE PRÉSIDENT Vous devriez être très fier de répondre à la question.

M. COLE Je suis très fier de répondre à la question, et je le ferai au moment que je jugerai approprié.

LE PRÉSIDENT Ce serait très simple de répondre.

M. COLE C'est très simple de répondre à la question...

LE PRÉSIDENT Vous jouez.

M. COLE Et quand je le jugerai bon, je le ferai, mais je souhaite défendre mes droits d'association...

LE PRÉSIDENT Nous allons déterminer si c'est le moment approprié.

M. COLE Non monsieur. Je pense que je dois le déterminer, aussi bien.

LE PRÉSIDENT Nous déterminerons si c'est approprié. Vous êtes excusé. Témoin suivant, M. Stripling.

TRADUCTION ROSA MOUSSAOUI

 

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4 janvier 2018 4 04 /01 /janvier /2018 06:28

L'annonce de la visite du président turc Erdogan à Paris, le 5 janvier 2018, tonne comme une provocation. Elle se déroulera la veille d'une manifestation commémorant l'assassinat de trois militantes kurdes il y a cinq ans. La justice française avait pourtant mis en évidence l'implication des services secrets turcs dans ce crime.

La rencontre entre Emmanuel Macron et Recep Tayyip Erdogan constitue un nouvel outrage à l'égard des familles des victimes et des Kurdes qui subissent une impitoyable guerre meurtrière. Les parlementaires et les maires du HDP ont vu leur immunité levée, ont été destitués et croupissent désormais en prison après avoir été condamnés dans des procès iniques.

La Turquie d’Erdogan est dans une situation de chaos, dans une fuite répressive permanente.

L'opposition est réduite au silence tandis que des purges gigantesques peuplent les prisons. La politique est devenue un champ de vengeance dans lequel des milices islamo-fascistes jouissent de l'impunité pour tuer et lyncher ceux qui protestent encore.

Comment dans ces circonstances affirmer que la Turquie demeure "un partenaire essentiel" ? Le devoir de la France est d'être aux côtés des défenseurs des droits humains en Turquie.

Le PCF condamne la visite du dictateur R.T. Erdogan et exprime sa solidarité totale avec tous les démocrates de Turquie. Il appelle à faire de la manifestation du 6 janvier 2018 à Paris un succès pour que Vérité et Justice soient rendues à Leïla, Sakine et Rojbin.

 

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3 janvier 2018 3 03 /01 /janvier /2018 19:52
Pendant près d’un an, l’artiste subira tortures, humiliations et menaces dans la plus totale promiscuité. Julien Jaulin/Hanslucas

Pendant près d’un an, l’artiste subira tortures, humiliations et menaces dans la plus totale promiscuité. Julien Jaulin/Hanslucas

Témoignage. Autoportrait d’un prisonnier d’Assad
STÉPHANE AUBOUARD
MERCREDI, 3 JANVIER, 2018
L'HUMANITÉ

Le peintre syrien Najah Albukaï, réfugié politique en France depuis dix-huit mois, tente de faire connaître une œuvre majeure et bouleversante sur son expérience carcérale.

"Je suis né deux mois avant le coup d'Etat de Hafez el Assad en 1970. Année après année le pire s'est invité, dans nos quartiers, dans nos maisons. Et quand le pire s'invite, le pire s'installe". 

Au milieu des piliers de béton de l'université Diderot transformé le temps d'un week-end en galerie, les mots du peintre et dessinateur syrien Najah Albukaï résonnent de tout leur poids. C'est la première fois, depuis son arrivée en France il y a 18 mois, que l'artiste expose à Paris, en catimini, une oeuvre aussi majeure que nécessaire, vestiges enfouis de sa propre expérience dans le milieu carcéral syrien. Autour de lui, dans un espace qui rappelle l'enceinte d'une prison, une quarantaine d'encres, de gouaches et d'aquarelles peintes sur de simples feuilles cartonnées recouvrant les murs. Extraite à coup de kalam (crayon utilisé en calligraphie) et de pinceau, la souffrance humaine s'étale devant nos yeux comme autant de clichés photographiques en noir et blanc pris de l'intérieur.

Là, sous le regard éteint des cadavres, une centaine d'hommes décharnés attendent pour aller aux toilettes. Ici, un mégot fumant aux lèvres, un militaire pose ses pieds sur le dos d'un homme nu et agenouillé ployant sous le poids des bottes. Plus loin, un grand tableau rectangulaire raconte la promiscuité des corps tête-bêche, par centaine enchevêtrés, rappelant La Porte de l'enfer de Rodin, mais reflétant simplement la nuit sans sommeil de prisonniers allongés sur le lit de ciment. Là encore, un homme attaché par les mains et les pieds est encastré dans une chaise. "On nommait cette torture la chaise allemande" , se souvient Najah en "hommage" au nazi Aloïs Brunner, responsable du camp de Drancy près de Paris et responsable de l'assassinat de quelque 130 000 juifs d'Europe. "Un jour, un prisonnier m'a appris que lorsque le parti Baas était arrivé au pouvoir en 1966 en Syrie, Brunner avait été embauché par le régime pour enseigner son savoir-faire en matière de maintien de l'ordre", évoque celui qui fut aussi professeur d'arts plastiques à Damas. La puissance du trait traverse aussi l'histoire de l'art. Formé aux Beaux-Arts de Damas puis à Paris, Najah Albukaï en est imbibé. Sur certaines gouaches qui évoquent les camps de concentration nazis, les visages aveugles rappellent l'univers de Munch. Des fusains aux corps suspendus font écho à des études de crucifixion du 16e siècle italien. Otto Dix et ses masques à gaz s'invitent également. Des saillies dignes de caricatures de périodique se mêlent aussi à ce musée de l'horreur humaine. Mais le tout n'imite jamais et s'impose dans une unité personnelle par la force même du peintre dont les souvenirs brûlants refont surface.

"J'ai été incarcéré une première fois en 2011 pendant le printemps arabe. J'avais soutenu une manifestation d'étudiants. Mais l'expérience de la prison, je l'avais vécue une première fois enfant. Mon père, qui était ouvrier dans une raffinerie de pétrole, était communiste mais discret sur ses engagements auprès de nous. Un jour, il ne revint pas à la maison pendant une semaine. Quand il fut de retour, il avait le visage souriant mais tuméfié et ses pieds étaient gonflés. Ce n'est que bien plus tard que je compris ce qui s'était passé". En mai 2011, Najah est relâché, mais en juillet 2012, le couperet tombe à nouveau. "Je revenais de l'université en bus. Il y avait un check-point. Un soldat a pris nos passeports, il avait une liste de noms inscrits sur une feuille, le mien en faisait partie". 

L'artiste, qui avait osé moqué l'Etat syrien via ses dessins sur internet passe cette fois-ci un mois dans les geôles du régime.  "J'étais accusé de troubles à l'ordre public et affaiblissement du sentiment national!" se souvient-il. Après que sa femme a pu trouver les 1000 dollars nécessaires pour que le juge le libère, il passe les deux années suivantes en quasi-clandestinité, mais continue, sous pseudonyme, de publier ses textes et dessins sur un compte Facebook.  

"En 2014, j'ai été dénoncé. J'ai voulu partir. Un passeur m'a demandé 4000 dollars pour sortir du pays. J'ai été arrêté". Commence alors une plongée de onze mois au cœur de la folie ordinaire...." 

Procès expédié et bâclé : « Un juge me posait des questions et il notait l'inverse de mes réponses. Vous filmez des manifs, Monsieur ? Vous philosophez beaucoup, Monsieur ? » Puis l'incarcération dans la prison principale d'Aadra de Damas. « Imaginez que tous ces lieux de torture- les centres 227, 48 ou 215 – dont la simple évocation fait trembler tout Syrien, sont situés à 100 mètres de la faculté de lettres, à 60 mètres du ministère de l'Education, à 500 mètres de l'opéra ! » Pendant près d'un an, Najah subira tortures, humiliations, et menaces dans la plus totale promiscuité. « Nous étions 3000 personnes dans des espaces ne pouvant en contenir que 300. A moitié nus pour ne pas s'échapper. Mal nourris, objets de toutes sortes de maladies. Nous nous occupions tous les matins de porter les cadavres et souvent nous nous demandions quand notre tour arriverait ». Seul l'amour indéfectible de sa famille et de son épouse en particulier a permis aujourd'hui à Jajah Albukaï de nous offrir ce témoignage essentiel à la mémoire des hommes. « Ma femme a dû réunir 20 000 dollars – 100 fois son salaire- pour réussir à convaincre juges et geôliers de me sortir de là. Et obtenir l'exil. ». En octobre 2015, le peintre et sa famille ont obtenu pour 10 ans le statut de réfugié politique en France. Aujourd'hui cet artiste au talent immense tente de faire connaître son œuvre. Ce serait l'honneur de la France de l'y aider.

Stéphane Aubouard

          

 

Témoignage. Autoportrait d'un prisonnier d'Assad (Stephane Aubouard, L'Humanité - mercredi 3 janvier 2017)
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3 janvier 2018 3 03 /01 /janvier /2018 19:48

Un petit moment d’insolence sur France Inter, cela arrive, avec une fulgurance pleine d’humour de Pierre Lemaitre, auteur d’Au revoir là haut ! à l’occasion des vœux 2018

C’est réjouissant !

 

https://www.youtube.com/watch?v=VyKh17VM-Zg

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3 janvier 2018 3 03 /01 /janvier /2018 19:38
Politique migratoire: le musée des horreurs français (Médiapart, Carine Fouteau, 3 janvier 2017)
Politique migratoire: le musée des horreurs français
 PAR 

La politique migratoire menée par Emmanuel Macron est-elle la « pire » qu’ait connue la France depuis la Seconde Guerre mondiale ? Un retour en arrière montre qu’elle ne surgit pas de nulle part, mais s’inscrit au contraire dans un durcissement continu qui s’est accéléré au début des années 2000 avec l’arrivée place Beauvau de Nicolas Sarkozy.

Même le conservateur Washington Post l’affirme : malgré l’image humaniste et progressiste dont il aime se parer, Emmanuel Macron mène une politique migratoire d’une dureté « sans précédent », digne du Front national, à l’encontre des migrants. En France, le concert de louanges ne tarit pas… à droite et à l’extrême droite.« La droite n’est jamais allée aussi loin », s’est réjoui Christian Estrosi (LR), le 3 janvier sur France Inter, dans le sillage de Marine Le Pen, qui, dès le 18 décembre, s’est félicitée d’une « victoire politique » de son camp.

Il y a encore quelques semaines, les associations de défense des droits des étrangers s’en tenaient à la critique de l’action du ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, espérant secrètement que le président de la République finirait par redresser la barre. Les mesures ne cessant de se durcir, c’est désormais directement au chef de l’État, qui avait pourtant fait l’éloge du sens de l’hospitalité d’Angela Merkel lors de la campagne présidentielle, qu’elles adressent leurs griefs, ayant conclu que, plutôt qu’une répartition des rôles, une seule et même politique est en train de prendre forme sous leurs yeux.

Emmanuel Macron continue de cultiver un double langage : lors de ses vœux aux Français, le 31 décembre, il a déclaré qu’« accueillir les femmes et les hommes qui fuient leur pays parce qu’ils y sont menacés » est un « devoir moral, politique », avant d’ajouter que « nous ne pouvons accueillir tout le monde » et que les « contrôles » sont une nécessité. Plus aucun doute, pourtant, ne subsistait depuis son discours devant la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg, le 31 octobre, lorsqu’il a promis une« petite révolution » consistant à « être intraitable avec celles et ceux qui ne relèvent pas du droit d’asile » et à « accélérer nos procédures de manière drastique pour qu’en six mois, recours compris, nous puissions y voir clair, que la décision prise soit notifiée »afin de « pouvoir efficacement reconduire dans leur pays celles et ceux qui n’ont pas ces titres à l’issue de la procédure ».

En quelques mois, effectivement, la France a retrouvé des réflexes rappelant les heures de la droite la plus raide au pouvoir, lorsque Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux et Claude Guéant se sont succédé place Beauvau. Lacirculaire du 12 décembre a mis le feu aux poudres, en autorisant les contrôles d’identité dans les centres d’hébergement d’urgence, remettant ainsi en cause le principe de l’accueil inconditionnel. Le tout-répressif est à l’honneur, avec la priorité donnée à l’enfermement et à l’expulsion, non seulement des étrangers en situation irrégulière, mais aussi des demandeurs d’asile déboutés et des demandeurs d’asile relevant de la convention de Dublin. Le projet de loi en préparation, qui prévoit le doublement de la durée de l’enfermement dans les centres de rétention, ne prend pas le chemin d’un assouplissement.

 

Cette ligne dure se ressent depuis plusieurs mois sur le terrain : à Calais et à Paris, les migrants vivant à la rue sont maltraités par les forces de l’ordre qui jettent leurs affaires à la benne, lacèrent leurs tentes et les privent de leurs couvertures, alors que les températures glissent en dessous de zéro. Les consignes sont claires : les empêcher de reformer des campements de fortune, au risque de les laisser dans le dénuement le plus total. Dans les Alpes et du côté de Menton, des adultes et des mineurs sont reconduits, de nuit, à la frontière, sans qu’ils aient eu la possibilité de demander l’asile. Partout en France, les centres de rétention sont remplis de familles, malgré l’engagement pris lors de la précédente mandature de leur éviter ce calvaire.

Face à ce mur qui s’élève, les associations de défense des droits des étrangers réagissent vertement. Lors de la journée internationale des droits de l’homme, le 10 décembre, Médecins du monde a répondu sèchement à un tweet du président de la République qui se félicitait de faire des libertés fondamentales son « combat, chaque jour » : « Au-delà des postures‪@EmmanuelMacron, vous organisez le tri entre les sans-abri, vous harcelez les migrants à Calais et ailleurs, vous poursuivez les citoyens solidaires. Vous vous apprêtez à ouvrir des brèches dans le droit d’asile. Difficile de célébrer ce jour. » Le ministre de l’intérieur a été contraint de renoncer à introduire la notion de « pays tiers sûr » dans le Code de l’entrée et du séjour des étrangers en France, mais cela n’a pas suffi à calmer les esprits.

« Nous avons d’abord cru à un partage des rôles entre Emmanuel Macron et Gérard Collomb. Nous avons désormais compris qu’il n’en est rien : ils partagent avec cynisme la même conception d’une politique hyper brutale envers les migrants », nous indiquait Nathalie Péré-Marzano, déléguée générale d’Emmaüs International, à l’occasion de la publication d’un article relatant la forte mobilisation des associations et des « citoyens solidaires » en vue de l’organisation d’états généraux des migrations.

En réaction à la circulaire du 12 décembre, Patrick Weil, spécialiste des questions d’asile et d’immigration, a poussé la critique à son plus haut niveau, en affirmant sur Europe 1 qu’« aucun gouvernement depuis la Seconde Guerre mondiale n’avait osé aller jusque-là ». « On a un principe, qui nous vient peut-être de nos traditions chrétiennes : un enfant, on ne lui demande pas ses papiers quand on l’accueille à l’école, un malade, on ne lui demande pas ses papiers quand il a besoin d’être soigné à l’entrée de l'hôpital, et quelqu’un qui n’a pas de quoi se loger, on ne lui demande pas ses papiers à l’entrée d’un centre d’hébergement d’urgence. Monsieur Macron et monsieur Collomb ont violé ce principe », a insisté le chercheur.

Qualifier cette politique de « sans précédent » est toutefois discutable. Est-elle « pire »ou dans la continuité de celles mises en œuvre par ses prédécesseurs ?

« Nous ne pouvons pas dire que la politique migratoire menée actuellement par le gouvernement français est pire que celles menées par les gouvernements précédents. Ce qui ne veut pas dire bien évidemment qu’elle soit plus hospitalière », estime Olivier Clochard, membre du réseau européen et africain Migreurop, et chercheur-géographe à Migrinter (CNRS). « Employer le terme de “pire”, ajoute-t-il, renvoie nécessairement à comparer des politiques sur une période donnée. L’analyse ne doit pas se limiter à une vision à un court terme, souvent liée à un positionnement politique ; elle doit élargir le regard aux trente dernières années, période durant laquelle on a assisté à une succession de mesures et de dispositifs répressifs soulignant une continuité des politiques migratoires mises en place. Concernant l’accueil des migrants, les mesures mises en place actuellement sont toutes aussi nuisibles que celles établies par Brice Hortefeux ou Éric Besson avec le ministère de l’immigration et de l’identité nationale, ou avec Nicolas Sarkozy lorsqu’il était ministre de l’intérieur en 2002. »

Sans doute n’est-il pas inutile de remonter dans le temps et de rappeler quelques-unes des mesures les plus régressives prises au cours des dernières années pour comprendre à quel point la “ligne” Macron-Collomb s’inscrit dans un processus de longue durée de fermeture des frontières débuté dès le milieu des années 1970, après le choc pétrolier. Sauf à écrire une thèse, impossible de revenir sur l’ensemble de cet édifice législatif.

Quelques jalons toutefois : la décennie Sarkozy, depuis son entrée place Beauvau en 2002 jusqu’à la fin de son mandat comme président en 2012, a été particulièrement noire pour les migrants. Comme ministre de l’intérieur, l’ex-chef de l’État n’a eu de cesse de bannir l’immigration familiale, réduisant fortement les possibilités d’accès au sol français des familles d’étrangers ou de Français, quitte à remettre en cause le principe constitutionnel du « droit à mener une vie familiale normale ». Pas assumée comme telle, la portée de cette politique s’est avérée raciste puisque c’est en réalité l’immigration maghrébine et africaine, jugée trop nombreuse, qui était visée.

« Les gouvernements successifs – de droite comme de gauche – ont employé des méthodes similaires »

Instaurée à partir de 2003, la politique du chiffre concernant l’expulsion des sans-papiers a été menée telle une guerre. Elle a abouti à une suractivité des services de police qui se sont mis à “chasser” les sans-papiers, dans les centres d’hébergement d’urgence, déjà, mais aussi aux guichets des préfectures et jusque dans les écoles ! Les reconduites à la frontière se sont multipliées, déchirant des familles, et poussant des enfants à se cacher pour empêcher le retour forcé de leurs parents.

À deux reprises, dans ses lois de 2003 et 2006, Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à toucher au Code civil, pour rendre plus difficile l’accès à la nationalité française, au nom de la lutte contre les mariages blancs.

En 2007, après avoir fait campagne sur son slogan « La France, on l’aime ou la quitte », le candidat de l’UMP a remporté l’élection présidentielle et créé, dans la foulée, un ministère de l’immigration et de l’identité nationale aux relents vichyssois. Cette décision a eu un effet dévastateur sur l’opinion publique, en légitimant une méfiance généralisée à l’égard des étrangers. À cette occasion, huit universitaires, parmi lesquels Nancy Green, Gérard Noiriel, Patrick Simon et Patrick Weil, avaient démissionné des instances de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration pour signifier leur profond désaccord. « Les mots, écrivaient-ils alors, sont pour le politique des symboles et des armes. Or il n’est pas dans le rôle d’un État démocratique de définir l’identité. Associer “immigration” et “identité nationale” dans un ministère n’a jamais eu de précédent dans notre République : c’est, par un acte fondateur de cette présidence, inscrire l’immigration comme “problème” pour la France et les Français dans leur être même. Ce rapprochement s’inscrit dans la trame d’un discours stigmatisant l’immigration et dans la tradition d’un nationalisme fondé sur la méfiance et l’hostilité aux étrangers, dans les moments de crise. »

C’est au cours de cette période, sous la houlette de Patrick Stefanini, alors secrétaire général du ministère de l’immigration et de l’identité nationale, que le ministère des affaires sociales et le quai d’Orsay ont été exclus de la tutelle de la politique migratoire, celle-ci ne relevant plus dès lors que du ministère de l’intérieur, chargé originellement d’assurer l’ordre public et la gestion des frontières. Le pouvoir discrétionnaire de l’État s’en est retrouvé renforcé, ce qui a provoqué une multiplication des décisions arbitraires.

Certes, Nicolas Sarkozy n’est pas parvenu à faire entrer dans la législation les tests ADN ni les quotas, mais il a réussi à imposer dans l’espace public une distinction entre “bons” et “mauvais” migrants, qui persiste encore aujourd’hui, même si les rôles ont changé.

Transfuge du PS, Éric Besson s’est évertué, en tant que ministre de l’immigration et de l’identité nationale, à rendre « étanche » le Calaisis aux exilés. Après avoir détruit, déjà, la « jungle » en septembre 2009, il a fait renvoyer plusieurs Afghans, ce qui lui a valu des critiques jusque dans sa majorité, les députés Étienne Pinte (UMP) et Françoise Hostalier (UMP) dénonçant l’« illégalité » de « méthodes fascisantes » et de « pratiques coloniales ». « La situation des exilés dans le Calaisis est un exemple notoire, indique Olivier Clochard. Les gouvernements successifs – de droite comme de gauche – ont employé des méthodes similaires : destruction du camp de Sangatte en 2002 et d’une grande partie de la jungle en 2009, fermeture des squats et campements éparpillés dans la ville de Calais durant l’hiver 2015, évacuation à l’automne 2016 du bidonville de Calais que les autorités avaient accepté, quelques mois auparavant, de créer, en poussant les migrants à se regrouper autour de l’espace Jules-Ferry. »

Au bout du compte, à force de mesures répressives, Nicolas Sarkozy a construit le socle d’une politique hostile aux étrangers suffisamment solide pour résister… au manque de volonté de son successeur socialiste. Malgré la rupture annoncée par François Hollande, c’est en effet sur les mêmes bases que s’est poursuivie la politique migratoire lors de son mandat, à partir de 2012. Débuté en 2010, le débat sur la déchéance de la nationalité a trouvé sa traduction cinq ans plus tard avec un projet de loi porté par Manuel Valls, auquel il a dû toutefois renoncer sous la pression des opposants à cette mesure.

La politique anti-Roms n’a pas non plus connu d’interruption, au contraire. Lancée symboliquement en septembre 2010 par une circulaire, signée par Brice Hortefeux, ciblant expressément cette population, elle a été reprise tambour battant par le mêmeManuel Valls, qui a élevé à son plus haut niveau le rythme des expulsions.

Face, enfin, à l’exode de réfugiés syriens fuyant la guerre, la France n’a pas su se montrer à la hauteur de cet enjeu international. Laissant l’Allemagne en première ligne, elle n’a fait qu’entrouvrir la porte, et en a profité pour justifier de supposées indispensables contreparties : c’est comme cela qu’est née la distinction, désormais hégémonique dans le débat public, entre « réfugiés » qu’il faudrait accueillir sous peine de perdre « notre honneur » et « migrants économiques » devenus indésirables.

Les fondations sur lesquelles s’appuie Emmanuel Macron sont donc profondément ancrées. La surprise aurait été que le chef de l'État fasse le pari de s’en dégager.

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3 janvier 2018 3 03 /01 /janvier /2018 07:12

 

En ces temps si incertains, si troublés, nos souhaits de bonheur, de santé et de paix pour l'année nouvelle ne peuvent qu'être accompagnés de vœux combatifs et fraternels. En effet, si le bonheur reste une idée neuve, elle s'évanouit vite lorsqu'elle est éprouvée au cœur d'un océan de malheurs et qu'une infime minorité conditionne la vie des autres.

Nier le fort mouvement de reflux des idées et combats progressistes n'aurait aucun sens. Mais refuser de voir que germent des luttes nouvelles porteuses d'émancipation non plus. Un mouvement mondial des femmes, inédit, se lève. L'aspiration à la justice sociale et écologique contre les paradis fiscaux et l'enfer d'une planète qui se consume grandit. La solidarité, et l'hospitalité, avec les migrants, malgré des gouvernements sans cœur, est là. Le refus des guerres et des tensions alors qu'un peu partout retentissent les bruits des canons se fait entendre. Des expériences nouvelles pour des projets sociaux, coopératifs, écologiques, numériques alternatifs, portés par des salariés, ouvriers, cadres, ingénieurs, chercheurs comme par des paysans, des jeunes nourris d'audace et d'inventivité, se multiplient. Oui, l'aspiration à « autre chose », à inventer la société et le monde de demain, est bien réelle mais pas encore assez puissante. Qui peut, en effet, accepter ou justifier que les plus riches de la planète viennent d'engranger mille milliards de dollars supplémentaires quand galopent les inégalités, que se répand la pauvreté et que le chômage est une plaie béante sur le front du capitalisme financier ? Une large unité de l'immense majorité de celles et ceux qui subissent ce système peut être possible. Elle est d'autant plus indispensable que, dans les semaines à venir, les travailleurs, les privés d'emploi, les retraités, les collectivités locales vont commencer à subir les effets des premières décisions désastreuses du pouvoir macronien. C'est maintenant qu'il nous faut être à leurs côtés pour réagir dans l'unité et mettre d'autres choix en débat.

Le cynique jeu du président de la République, cherchant l'unité nationale derrière les puissances d'argent, peut être mis en échec. Il compte sur une vie politique anémiée, un débat public sclérosé, une gauche divisée, des syndicats affaiblis pour avoir les coudées franches afin de s'attaquer au salaire minimum, ouvrir la chasse aux chômeurs, brader à nouveau les actifs publics, laisser pourrir la situation à l'hôpital ou dans les transports publics pour les offrir au privé, présenter une loi scélérate sur l'immigration, renforcer l'Europe de l'argent et provoquer une révision constitutionnelle qui vise à réduire le périmètre d'une démocratie déjà bien malade. Nous pouvons compter sur notre nombre, notre aspiration démocratique et notre soif de justice.

Malgré ses difficultés et ses moyens trop insuffisants, l'Humanité veut non seulement vous accompagner dans l'année qui vient et vous être utile, mais se portera au-devant des débats et des combats à venir. Elle veut être plus et mieux le journal du rassemblement de toutes celles et ceux qui ont pour ambition d'imposer des reculs et de changer le système. Source originale d'informations, d'analyses et force de propositions, l'Humanité s'efforcera de décupler le retentissement des combats pour l'émancipation sociale, écologique, démocratique, politique, culturelle.

Formons pour cette année nouvelle des vœux qui nous obligent toutes et tous : celui de l'unité populaire, dans la riposte sociale et politique, pour que reculent pauvreté et inégalités, et celui d'entendre le silence des armes pour écouter, enfin, le si beau chant du monde. Bonne année !

 

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