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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 07:05
Suppression des emplois aidés, vaste plan social dans le monde associatif: le Resam appelle à manifester le vendredi 10 novembre à 11h devant la mairie de Morlaix

Communiqué de presse du RESAM
Vendredi 10 novembre
Deuxième journée « noire » des associations

Le RESAM vous invite à vous rassembler dès 11h devant la mairie de
Morlaix afin de manifester votre soutien aux associations et
d'organiser ensemble cette lutte jusqu'à l'abandon de ce
gigantesque plan social.

http://www.resam.net/association-resam-finistere-morlaix-le…

Cet été, avec une violence inouïe, le gouvernement a décidé la suppression de 150 000 emplois aidés dès 2017, et 110 000 supplémentaires en 2018. Compte tenu de la fragilité des associations, beaucoup déboucheront sur des licenciements.

Cet immense plan social a été décidé sans aucune concertation et dans une approche strictement comptable. C’est un nouveau coup dur pour nombre d’associations. Car cela s’ajoute aux baisses régulières et conséquentes des subventions, à la complexification des procédures administratives, à la mise en concurrence des associations entre elles par la généralisation des appels à projets…

Et la situation des Communes, des Départements et des Régions ne nous donnent pas beaucoup d’espoir. Les budgets sont toujours plus serrés, et par expérience les associations sont souvent les premiè- res à en faire les frais. Alors imaginez notre vie sans les associations, Sans les services pour votre famille, Sans les activités éducatives pour vos enfants, Sans les loisirs pour vous et vos proches !

Peut-être demain, nous serons obligés d’augmenter les tarifs pour compenser la baisse de financements par l’Etat ou les collectivités. Peut-être demain, ces services ou activités ne pourront pas être mis en place car nous n’aurons plus les moyens de les assurer. Pour se rendre compte de ce que pourrait être la vie sans association, prenez votre journal et rayez tout ce qui est fait par les associations sportives, culturelles, environnementales, d’insertion, d’éducation populaire … par les MJC, les ULAMIR, les Centres sociaux, les Maisons Pour Tous, et toutes les autres associations socioculturelles.

Nous nous mobilisons aujourd’hui pour montrer notre inquiétude grandissante, et surtout pour défendre la vie associative créatrice de liens sociaux, d’engagement, d’action citoyenne et d’émancipation.

Nous nous associons au mouvement impulsé dans le Finistère par l’Espace Associatif de Quimper, le SEMA’FOR de Brest et le RESAM de Morlaix, mais aussi au niveau national par des collectifs et des ré- seaux associatifs.

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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 07:02
Un paese di Calabria - ciné-débat le dimanche 19 novembre à St Pol dans le cadre de la semaine de la solidarité internationale

Le Collectif de soutien aux migrants et réfugiés de Roscoff organise un Ciné-Débat avec la projection du documentaire

UN PAESE DI CALABRIA

Dimanche 19 Novembre à 17h30
au Majestic de St Pol de Leon, Place Michel Colombe
ouverture billetterie à 17h00 - tarif unique 5€

Voir affiche en pièce jointe.

Nous vous attendons nombreux et comptons sur vous nous aider à diffuser cet événement ( y compris auprès de vos élus ! ). Merci !

Le Collectif de Soutien aux Migrants de Roscoff

Suivez nous sur Facebook :
https://www.facebook.com/collectifroscoff

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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 06:45
"La Sécu en danger"! - éditorial de Jean Emmanuel Ducoin dans l'Humanité du 2 novembre 2017

" La Sécu en danger " !, l'éditorial de Jean Emmanuel Ducoin dans l'Humanité du 2 novembre 2017

Une question mérite d’être posée assez brutalement: les Français ont-ils vraiment conscience de ce qui vient de se passer à l’Assemblée nationale. Avec l’adoption en première lecture du budget de la Sécurité sociale, savent-ils ce qui les attend et ce qui, à terme pourrait jeter bas la protection sociale à la française, dont les fondements universels plongent loin leurs origines dans l’histoire des luttes populaires nationales. Ont-ils la moindre idée de ce qu’ils risquent de perdre en se laissant déposséder de ce formidable projet de société, qui, selon l’ouvrier communiste devenu ministre Ambroise Croizat, devait « mettre fin à l’obsession de la misère » et voulait que « chacun cotise selon ses moyens et reçoive selon ses besoins » ? Pour parvenir à anéantir ce conquis de civilisation jalousé dans le monde, Macron et son gouvernement viennent d’enfoncer l’un des fondements essentiels de notre solidarité : les cotisations sociales. Depuis soixante-dix ans, un continuum de plans de casse n’a cessé de mettre à mal cette pierre angulaire de notre pacte social, qui s’adosse à un principe général consistant à ce que les prestations de Sécurité sociale bénéficient à toutes et tous, sans distinction de revenus, puis que ses recettes sont précisément assises sur des cotisations calculées sur les revenus.

Le rêve du patronat se transforme en arme gouvernementale ! N’écoutez pas les discours dominants. Supprimer les cotisations sociales, ce serait exonérer le patronat de l’augmentation des salaires – dont la cotisation est partie intégrante – et ainsi tarir la source permettant d’assurer en commun la protection sociale, qui n’est ni un coût ni une dépense, mais une production de santé. D’autant que la destination de cette « économie » patronale ne servira qu’à nourrir les actionnaires. À cette atteinte aux salaires s’ajoute une double peine, terrible elle aussi : la hausse de la CSG, qui va alourdir la feuille d’impôt en fiscalisant la protection sociale. Par la fin du mécanisme de solidarité, la mort de la cotisation sociale signifierait celle de la Sécu, ni plus ni moins. Une coquille vide livrée aux requins des assurances privées. La fin de l’égalité et le droit de vivre dignement.

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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 06:40
Jean-Paul Lecoq, Elsa Faucillon, et Pierre Darhéville...

Jean-Paul Lecoq, Elsa Faucillon, et Pierre Darhéville...

Les députés communistes :

"Le président de la République et son gouvernement ont choisi de faire plus de 20 milliards d’euros de cadeaux aux plus riches. Un choix parfaitement clair en faveur de celles et ceux qui ont déjà tout ! A contre-courant de ces choix, nous proposons de consacrer :
- 28 milliards d’euros pour le pouvoir d’achat.
- 10 milliards d’euros en soutien aux TPE, PME, l’Artisanat, l’Industrie en contrepartie d’engagements pour l’emploi et l’investissement et pour les grands projets (10 Milliards sur 5 ans).
- 6,5 milliards d’euros pour les hôpitaux et la Sécurité sociale avec comme objectif d'aller vers la couverture des soins à 100% par la Sécurité sociale.
- 3 milliards d’euros pour nos collectivités et les services publics.
- 2,5 milliards d’euros pour accompagner les agricultrices et les agriculteurs, protéger l’environnement et améliorer les transports publics.
- 2,5 milliards d’euros pour un pacte pour le logement.
- 1,5 milliard d’euros pour le développement du très haut débit.

 

Budget. « L’Humain d’abord » contre « la finance d’abord »
AURÉLIEN SOUCHEYRE
MERCREDI, 25 OCTOBRE, 2017
L'HUMANITE

Les députés PCF ont présenté hier un contre-budget dans le but de prouver que la purge antisociale imposée par le gouvernement n’a rien d’obligatoire ou de pragmatique, et que d’autres choix sont possibles.

L’Assemblée nationale a été hier le théâtre d’événements inédits. Le matin, les onze députés communistes ont fait bloc en point presse afin de présenter un contre-budget radicalement différent de celui du gouvernement. L’après-midi, les députés LREM ont, eux, tenu leur tout premier point presse – il était temps – depuis le début de la législature dans le but de défendre leur action. Entre les deux, deux visions du monde et deux visions des textes budgétaires votés hier dans l’Hémicycle. « Le budget du gouvernement est au bonheur des riches. Il est fait par les riches et pour les riches. Aucun gouvernement, même de droite, n’est jamais allé aussi loin. Eux, c’est la finance d’abord. Nous, c’est l’humain d’abord. Notre budget va leur faire beaucoup de mal, car il prouve qu’un autre chemin est possible ! » lance d’emblée Fabien Roussel, député PCF du Nord.

Une taxe sur le chiffre d’affaires des grands groupes

Afin de ne laisser aucun argument à la majorité, les députés PCF se sont même astreints à respecter la règle européenne d’un déficit à 3 % du PIB au maximum, derrière laquelle se réfugie l’exécutif pour imposer l’austérité. « Cette règle n’est qu’un prétexte pour baisser la dépense publique, mettre en concurrence les entreprises et vendre une part de nos services publics au marché. Même en visant un déficit à 0 % du PIB pour 2022, il est inutile de tout sacrifier à l’austérité », précise le parlementaire. Quelle est la recette ? Là où le gouvernement se prive de 8,4 milliards d’euros en se livrant à des cadeaux pour les plus riches, les communistes reprennent tout (3,2 milliards d’euros de suppression de l’ISF, 1,9 milliard lié au PFU, 2 milliards de baisse de la taxe sur les transactions financières, 1,2 milliard de baisse du taux de l’impôt sur les sociétés, et 100 millions de suppression de la taxe sur les salaires de plus de 152 000 euros par an). Ils récupèrent également les 4 milliards alloués au renforcement de l’arme nucléaire, et même 28 milliards de plus en supprimant Cice et « niches fiscales inefficaces ». Enfin, ils vont chercher 6 milliards avec une taxe sur le chiffre d’affaires des grands groupes, 5,8 milliards en renforçant la fiscalité sur les dividendes et les revenus financiers, 1,8 milliard avec un impôt sur les géants du numérique, et même 7 milliards grâce à un plan national de lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, pensé pour récupérer entre 30 et 40 milliards sur le quinquennat.

Trois priorités : emploi, justice fiscale et pouvoir d’achat

Tout cela permet de constituer une cagnotte de 61 milliards d’euros par an, que le gouvernement refuse de constituer au motif que les plus riches et les grandes entreprises sont les mieux placés pour les « réinvestir » dans l’économie réelle. « L’argent coule à flots dans notre pays, mais toujours au profit des mêmes privilégiés, en circuit fermé. Ce n’est plus tenable », répondent les communistes. C’est pourquoi ils proposent de le prendre là où il est, avant de l’utiliser pour « répondre aux besoins des concitoyens », en visant trois priorités : « Emploi, justice fiscale et pouvoir d’achat. » 8 milliards sont ainsi prévus en soutien aux TPE, PME, à l’artisanat et à l’industrie, avec des engagements en contrepartie, loin du chèque en blanc du Cice. « Nous voulons épargner les entreprises qui investissent et embauchent, et taxer celles qui spéculent », développe Fabien Roussel. Partant du constat que la dépense publique permet à la fois de créer des services, mais aussi de soutenir l’activité économique et l’emploi, les députés PCF proposent un plan de 10 milliards d’euros pour les collectivités locales sur cinq ans, là où le gouvernement veut leur retirer 13 milliards. Cette option permettrait de transformer les emplois aidés en emplois pérennes, plutôt que de les supprimer. Ils souhaitent aussi investir 2,5 milliards dans le logement social, là où l’exécutif veut retirer 1,8 milliard de crédits, en plus de baisser les APL.

Pas moins de 28 milliards d’euros dans ce contre-budget sont consacrés à faire baisser la TVA à 19 % et celle sur les produits de première nécessité en dessous de 5 % (en visant à terme 0 %). Le rétablissement de la demi-part des veuves et des veufs est aussi de la partie. Un rehaussement des pensions de retraite à 1 000 euros au minimum est proposé, tout en annulant la hausse de la CSG. Le point d’indice des fonctionnaires est augmenté avec 2 milliards, 5 autres viennent soutenir l’école et 10 sur cinq ans sont consacrés à l’agriculture, l’environnement et les transports. Enfin, 6,5 milliards sont fléchés vers la santé et la Sécurité sociale, là où le gouvernement veut casser cette « propriété commune », selon Pierre Dharréville, et lui retirer 4,2 milliards de budget, en plus d’augmenter le forfait hospitalier. En outre, les communistes défendent aussi une échelle des salaires de 1 à 20 en entreprise et une hausse du Smic.

Richard Ferrand réfute que son budget soit pour les plus riches

« On le voit bien, une autre voie est possible, insiste le député PCF Jean-Paul Dufrègne, au lieu de quoi le gouvernement signe un chèque en blanc aux plus riches et à l’économie spéculative. » Même constat du côté de la France insoumise, qui présentera à son tour un contre-budget, le 2 novembre. « Pas une fois le capitalisme ne s’est régulé, gendarmé, sans être contraint par la puissance publique », a insisté hier Éric Coquerel. Le mouvement, en conformité avec son programme l’Avenir en commun et avec les amendements présentés, devrait proposer la création d’un impôt universel et la mise en place de 14 tranches d’imposition (le PCF en propose 9). L’impôt serait ici payé symboliquement dès le premier euro de revenu, puis de plus en plus élevé, proportionnellement aux richesses, là où le gouvernement veut casser cette progressivité puisque seuls les plus fortunés pourront accéder au plus bas des taux, situé à 12,8 %. Un cadeau, voté comme la suppression de l’ISF entre vendredi et samedi, durant « la nuit des privilèges », selon le député PS Boris Vallaud (le groupe Nouvelle Gauche a lui aussi proposé un contre-budget, principalement composé d’amendements de suppression des mesures les plus antisociales).

Autant de critiques, à gauche, qui n’ont pas ému Richard Ferrand, président du groupe LREM, lors de son premier point presse à l’Assemblée. « Il n’y a pas un gouvernement qui soit assez stupide pour consacrer un budget aux plus riches. Ça n’a pas de sens », a-t-il plaidé. « Ce que nous voulons, c’est que notre pays soit plus attractif pour les investissements privés. (…). Notre budget est un budget pour l’investissement et pour le pouvoir d’achat. Tout ce que l’on fait, c’est pour augmenter le salaire net. Pour muscler la feuille de paie et alléger la feuille d’impôt », a-t-il ajouté. Pourtant, augmenter le salaire net et augmenter le pouvoir d’achat sont deux choses différentes, à plus forte raison quand on prend d’une main ce que l’on donne de l’autre. « Quand on fait la somme de toutes les mesures antisociales, des cotisations sociales amputées, des tarifs qui vont augmenter pour la santé, le logement, la vie de tous les jours avec la purge contre les collectivités, le compte n’y est pas. C’est même l’inverse », accusent les députés PCF.

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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 06:34
Cice: un rapport dénonce le trésor caché des patrons (Sébastien Crépel - L'Humanité, 31 octobre 2017)

Le montant de ce crédit d’impôt aux entreprises atteindra 21 milliards d’euros en 2018, un record. Alors que ses effets sur l’emploi sont quasi nuls, les parlementaires n’ont pas accès aux données qui permettraient de retracer son utilisation.

L’année 2018 sera celle du record absolu des remboursements et dégrèvements d’impôts divers accordés aux entreprises et aux ménages. Au total, 115,2 milliards d’euros, soit une perte sèche pour l’État équivalant à 28,5 % du total de ses recettes brutes, devraient être « restitués » au bénéfice principal des entreprises, celles-ci captant près de neuf dixièmes de ces sommes, soit environ 100 milliards. « C’est 5 points de plus qu’en 2013, et 12 milliards de plus que l’an dernier », explique le sénateur communiste Pascal Savoldelli, rapporteur pour la commission des Finances de la Haute Assemblée du chapitre « Remboursements et dégrèvements » du projet de loi de finances pour l’an prochain.

Si toutes ces dépenses ne sont pas illégitimes, loin de là – à l’instar de mesures soutenant les ménages modestes ou aidant les PME en difficulté –, ce poste est le premier budget de l’État alors que « la traçabilité de l’usage que font les entreprises d’une part importante des fonds publics fait défaut », indique l’élu du Val-de-Marne. Visés dans son rapport, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice) et le crédit d’impôt en faveur de la recherche (CIR), qui pèsent ensemble pour 26,8 milliards d’euros, et dont la montée en puissance est responsable dans une large mesure de l’inflation des remboursements et dégrèvements.

Pour le sénateur Pascal Savoldelli, le Cice et le CIR représentent « 27 milliards de recettes évaporées pour l’État, car on n’en connaît ni l’usage, ni la destination, ni les objectifs. Cela équivaut quand même à deux fois le montant total de l’aide personnalisée au logement (APL), trois fois le budget de la police nationale ou encore au recrutement de 300 000 enseignants chaque année » !

1. Un coût en constante augmentation

Pour l’année 2018, le coût du Cice pour les finances publiques devrait s’élever à 21 milliards d’euros, dont 19,8 milliards de moins-values pour l’impôt sur les sociétés, une hausse de 4,3 milliards d’euros (+ 27,7 %) sur 2017 et de 7,8 milliards sur l’an dernier (+ 65 %). Si on le rapporte à la prévision de recettes nettes de l’impôt sur les sociétés pour 2018 (25,3 milliards), la perte induite par le Cice représente quelque 78 % de ces recettes. Depuis la création de ce crédit d’impôt, le total des « restitutions » d’impôt sur les sociétés (hors indus et contentieux) a été ainsi multiplié par 2,5 en cinq ans, passant de 12,45 milliards d’euros en 2013 à 31,6 milliards en 2018.

La montée en charge du Cice est due non seulement à l’augmentation de son taux (passé de 4 % des rémunérations brutes versées par les entreprises dans la limite de 2,5 Smic en 2013, à 6 % en 2014, 7 % en 2017, puis 6 % à nouveau en 2018), mais aussi au mécanisme complexe du versement aux entreprises, qui peut s’étaler jusqu’à quatre années pour un seul exercice.

Ainsi, en 2018, l’État aura à verser la créance due au titre de l’année 2017 (13,1 milliards), mais également des reliquats des sommes dues au titre des années 2013 à 2016 (6,7 milliards). « Depuis le début de l’opération Cice et jusqu’en 2019 (année de son remplacement par un allégement pérenne de cotisations sociales voulu par Emmanuel Macron – NDLR), ce dispositif aura coûté plus de 70 milliards d’euros aux finances de l’État », calcule Pascal Savoldelli.

2. Un effet plus qu’incertain sur l’emploi

L’emploi était l’une des justifications premières du crédit d’impôt, avec le « redressement de la compétitivité ». Le comité de suivi du Cice, placé sous la responsabilité de France Stratégie (ex-commissariat général au Plan), a lui-même toutes les peines du monde à mesurer son impact réel sur la création ou la préservation de postes, son dernier rapport, en date du 4 octobre, estimant « vraisemblable » un effet de l’ordre de « 100 000 emplois sauvegardés ou créés sur la période 2013-2015 », mais dans une fourchette si large, « allant de 10 000 à 200 000 emplois », que la mesure n’a guère de sens.

Même en retenant le haut de fourchette, rapporté aux 45 milliards versés pour le Cice au titre des années 2013 à 2015, chaque emploi « sauvegardé ou créé » aurait représenté un coût exorbitant de 225 000 euros sur la période. Quant au bas de la fourchette, le coût serait alors multiplié par 20. À ce prix-là, « il eût donc mieux valu – sur un strict plan économique – créer directement des emplois publics », ironisent (ou pas d’ailleurs) les auteurs d’une note sur le budget 2018 au nom des Économistes atterrés.

3. Une traçabilité inexistante

Pascal Savoldelli a fait la cuisante expérience de l’opacité du Cice en tentant d’obtenir la répartition géographique des entreprises bénéficiaires par département pour nourrir son rapport. Impossible de collecter ces données, lui a répondu l’administration des finances publiques. « Je ne demandais pas la levée du secret bancaire mais une simple carte géographique pour faire un comparatif des sommes versées avec la situation de l’emploi par département », relate l’élu du Val-de-Marne. Pour son collègue, le sénateur communiste du Nord Éric Bocquet, « de deux choses l’une : soit les données n’existent pas, soit on refuse de les transmettre à un parlementaire – la deuxième hypothèse me paraissant inquiétante. J’avais adressé un courrier il y a trois ans au préfet de mon département et l’on m’avait répondu que le secret des affaires s’opposait à la transmission d’une telle information »…

Dès juillet 2016, un rapport de l’ex-sénatrice communiste Marie-France Beaufils relevait que « l’insuffisance des données empêche une analyse territoriale fine, pourtant nécessaire, (car) tous les territoires présentent des particularités en termes de concurrence ou de positionnement à l’international », l’une des justifications du Cice étant de cibler en particulier les entreprises exposées à l’export. Or les estimations de l’élue avaient permis d’établir que « les entreprises réalisant plus de 10 % de leur chiffre d’affaires à l’exportation reçoivent seulement un cinquième de la créance », les autres bénéficiaires des quatre cinquièmes n’étant pas confrontées à ce problème.

4. Un défaut de contrôle théorisé

À quoi donc a servi le Cice, si ce n’est pas à l’emploi ou à s’ajuster face à la concurrence ? Savoir si l’argent public a été utilisé à ces fins n’est pas le problème des pouvoirs publics. Sur le site Internet du ministère de l’Économie, on peut ainsi lire noir sur blanc que « l’administration fiscale ne contrôlera pas l’utilisation du Cice », et qu’il « ne fera donc l’objet d’aucune remise en cause » en cas d’usage non conforme. Les entreprises comme Nokia, qui supprime 600 postes en France après avoir touché 67 millions d’euros en Cice et CIR en 2016 – ce qui « revient à dire que les actionnaires de Nokia auront reçu 100 000 euros d’argent public par poste supprimé », note le pôle économique de la CGT – peuvent dormir tranquilles.

« C’est le profit qui commande l’État, dans lequel les fonctionnaires sont réduits au rôle de débiteurs », s’insurge Pascal Savoldelli. Pour lui, cette « omerta organisée » constitue un « déni de démocratie », qui non seulement porte atteinte à la « fonction constitutionnelle des parlementaires de contrôle de l’usage des deniers publics », mais aussi à « la démocratie dans l’entreprise, les salariés et les représentants du personnel devant pouvoir disposer de tous les éléments sur l’utilisation du Cice ».

5. Une demande d’outils de suivi

Au moment où le gouvernement fait de la réduction de la dette et des dépenses publiques sa priorité, le sénateur s’interroge : « La dette publique, on nous en parle tous les jours, mais quid de la dette privée, qui atteint 72 % du PIB pour les sociétés non financières ? On n’en parle jamais, mais nous sommes en train de la payer. Si l’on doit mener l’exercice critique sur les dépenses publiques, il faut aussi le conduire sur les recettes dont se prive l’État. »

Cet exercice critique assumé par le rapporteur a d’ailleurs en partie porté ses fruits. La commission des Finances du Sénat a réservé son vote sur les crédits de ce chapitre du budget dans l’attente de plus amples informations, et le sénateur communiste confie avoir perçu « l’assentiment des membres de la commission à la demande d’outils de suivi du Cice ». Il y a urgence, car si le Cice est intégré de façon pérenne au barème des cotisations, « il n’y aura plus aucune traçabilité » des sommes versées, relève Pascal Savoldelli, celles-ci perdant leur caractère d’aide publique soumise à évaluation.

Vingt-cinq ans de baisses de « charges » jamais évaluées
Le diagnostic établi le 7 juillet dernier par  le comité de suivi des aides publiques aux entreprises et des engagements (Cosape), un organisme placé sous la responsabilité de France Stratégie, est édifiant. Selon le comité, « on ne dispose à ce jour d’aucune  évaluation des effets sur l’emploi » des exonérations de cotisations patronales  sur les bas salaires « sur l’ensemble des  vingt-cinq dernières années ». De même, « on sait peu de chose sur la nature des  emplois créés ou sauvegardés », et « les  conséquences à moyen et long termes (…)  sur l’appareil productif sont largement  inconnues ». Enfin, « on ne dispose d’aucune  étude sur leurs effets sur la formation, les  investissements, l’innovation, la montée   en gamme de l’économie française et la  croissance potentielle », conclut le comité.
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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 06:30

Le plan d'accès aux soins présenté par le gouvernement : démantèlement de la santé

 

Le plan dit « Egal accès aux soins dans les territoires » présenté par le gouvernement le 13 octobre dernier s’inscrit dans les politiques menées ces dernières décennies. Il consiste à réduire l’offre de soins (numérus clausus, restructuration hospitalière, virage ambulatoire) pour réduire la part des cotisations de l’Assurance Maladie au seul profit du Patronat et du capital.

Il s’inscrit aussi dans la poursuite et l’accélération du démantèlement de la Sécurité Sociale et du service public de santé concrétisées par le prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale.

Ce plan est la marque de la négation des besoins de plus en plus grands qui s’expriment dans les territoires et du déni de la démocratie. L’élaboration dans la plus grande opacité et secret des Plans régionaux de santé par les Agences Régionales de Santé (ARS) en est le plus éclatant témoignage, alors que ceux-ci vont s’imposer pour les 5 à 10 prochaines années.

Ce plan est un aveu d’échec des politiques conduites jusqu’alors, mais n’a d’autre ambition que d’éteindre les incendies par des effets d’annonce.

Les communistes réclament un plan d’urgence autour de trois axes :

  • Définir les besoins de santé par bassin de vie, en mobilisant les professionnels de santé, les associations, les organisations syndicales, les élus locaux, afin de travailler aux Plan régionaux de santé.

  • Lancement d’un plan d’urgence de développement du service public de santé avec notamment l’arrêt du déploiement des GHT et des restructurations hospitalières, l’abrogation du numérus clausus et le lancement d’un plan de formation médicale et paramédicale ;

  • Financement d’un plan pour un maillage des territoires de santé, dans chaque bassin de vie ou canton, dont le pivot serait un centre de santé public travaillant en coordination avec un hôpital public de proximité et une maternité associée.

Libérer la Sécurité sociale du carquant imposé par son étatisation et la fiscalisation de ses recettes. Les moyens financiers existent, la remise en cause de l’ISF ou la poursuite du CICE le montre bien.

Le plan d'accès aux soins présenté par le gouvernement: démantèlement de la santé (PCF, 2 novembre 2017)
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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 06:11
Communiqué du Parti Communiste de Catalogne suite à l'arrestation ou à la convocation devant la justice des responsables politiques catalans: "Ne jugez pas la démocratie"!

Communiqué du Parti Communiste de Catalogne suite à la convocation des membres du Bureau du Parlement de Catalogne par la Cour Suprême pour des crimes présumés de rébellion, de sédition et de détournement de fonds.

Le Secrétaire général des Communistes de Catalogne, Joan Josep Nuet fait parti des inculpés. 

Un petit extrait pour mes camarades si prompte à condamner un peuple a la soumission : "Les Communistes de Catalogne appellent tous les partis communistes du monde à dénoncer la répression réactionnaire du gouvernement du Parti populaire contre le peuple de Catalogne et la persécution politique des élus. Nous appelons le gouvernement espagnol à libérer les prisonniers politiques, a annuler le processus de suspension de l'autonomie et à engager un dialogue pour trouver une solution démocratique au conflit en Catalogne, dans le respect du droit à l'autodétermination, que depuis des années, veulent la grande majorité des gens."

 

Communiqué complet - traduit par Nicolas Maury: 

Les Communistes de Catalogne dénoncent l'instrumentalisation politique des tribunaux par le gouvernement réactionnaire du Parti Populaire contre les membres du Bureau du Parlement de Catalogne. 

Nous croyons que les infractions qui leur sont imputées ne sont pas fondées et que les accusations sont absolument disproportionnées. 

Nous croyons que ces accusations cachent un conflit politique, ce dernier doit être résolu par le dialogue politique et l'approbation démocratique populaire. 

Nous sommes tous le Bureau 

Les Communistes de Catalogne appellent à la solidarité et à la mobilisation de tous les secteurs démocratiques de la société catalane et espagnole contre cette instrumentalisation politique de la justice. 

Nous appelons à la défense de Carme Forcadell, Lluís Coromines, Anna Simó, Louis fox Ramona Barrufet et Joan Josep Nuet, qui sont les officiers du Parlement de Catalogne injustement accusé d'avoir permis le débat démocratique au sein d'un Parlement souverain. Nous appelons à la solidarité avec les responsables et leurs familles pour faire face à ces temps difficiles pleins d'injustice. Nous appelons à la libération de toutes les personnes emprisonnées pour des raisons politiques en Espagne. 

Nous appelons à l'unité de la classe ouvrière et des classes populaires pour défendre les principes démocratiques, les institutions catalanes, les droits humains, sociaux et nationaux, contre la répression politique et la violence fasciste. Il est temps de construire un front démocratique majoritaire démocratique et républicain avec le peuple de Catalogne et tous les peuples d'Espagne. 

Avec le camarade Nuet 

Les Communistes de la Catalogne expriment leur soutien inconditionnel au camarade Joan Josep Nuet, Secrétaire général de notre parti, qui porte tous nos combats pour la solidarité, le respect, la défense de la dignité, l'intégrité, l'humilité, l'honnêteté, la démocratie et la justice sociale. L'accusation portée contre le camarade Nuet est une accusation contre tous les communistes qui se battent pour une démocratie égalitaire. 

Les Communistes de Catalogne appellent tous les partis communistes du monde à dénoncer la répression réactionnaire du gouvernement du Parti populaire contre le peuple de Catalogne et la persécution politique des élus. Nous appelons le gouvernement espagnol à libérer les prisonniers politiques, a annuler le processus de suspension de l'autonomie et à engager un dialogue pour trouver une solution démocratique au conflit en Catalogne, dans le respect du droit à l' autodétermination, que depuis des années, veulent la grande majorité des gens. 

Pour les libertés, ne jugez pas la démocratie: nous sommes tous le Bureau !

 

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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 18:54
Budget 2018: lettre-pétition aux parlementaires pour la ratification du traité d'interdiction des armes nucléaires
Budget 2018 : lettre-pétition aux parlementaires pour la ratification du traité d’interdiction des armes nucléaires

jeudi 2 novembre 2017

Appel du Le Collectif "en Marche pour la paix" :

Madame, Monsieur

Les parlementaires seront appelés le 7 novembre à s’exprimer sur les orientations du budget de la défense, dans un nouveau contexte marqué par l’adoption aux Nations Unies, d’un traité d’interdiction des armes nucléaires.

Le prix Nobel de la paix 2017 a été attribué à la campagne ICAN pour soutenir le désarmement nucléaire et l’action des sociétés civiles en faveur du désarmement nucléaire.

Or la Ministre des armées a confirmé, à Brest le 21 septembre 2017, l’objectif d’affecter rapidement 6 milliards d’Euros (2020) de dépenses par an pour une nouvelle modernisation des armes nucléaires et plus particulièrement pour un nouveau renouvellement de la flotte de sous-marins nucléaires de la base de Crozon (29).

Le budget de la défense 2018 avec une augmentation de crédits de 1,8 milliards d’Euros s’inscrit dans cette logique.

C’est la raison pour laquelle, le collectif "En marche pour la paix" a décidé de lancer une campagne d’alerte en direction des parlementaires en utilisant la lettre pétition ci-après qui sera adressée aux parlementaires de votre département.

Signez la lettre-pétition.

Cordialement,
Le Collectif en Marche pour la paix
Coordination : Le Mouvement de la Paix

Budget 2018: lettre-pétition aux parlementaires pour la ratification du traité d'interdiction des armes nucléaires
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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 18:52
Pierre Darhéville

Pierre Darhéville

Budget de la Sécurité sociale : "Encore des ristournes aux plus fortunés et au tout petit monde de la finance"

jeudi 2 novembre 2017

Le 31 octobre dernier, l’Assemblée nationale a adopté par 354 voix contre 192 le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018.

Les députés communistes ont voté contre et ont dénoncé, par la voix de Pierre Dharréville, "un nouvel affaiblissement injustifiable de la Sécurité sociale."

"Vous imposez là 4,2 milliards d’euros de restrictions, dont 1,2 milliard à l’hôpital, exsangue et qui multiplie les appels à l’aide. Et vous n’avez jamais rien répondu face à cette situation. Votre seul argument pour continuer a été de pointer du doigt 30 % de prescriptions non pertinentes, ce qui constitue une sérieuse mise en cause des praticiens et un nouvel appel à réduire la voilure.

Les besoins de santé sont si criants et votre politique d’austérité si forte que, à la suite de ces choix, il y aura sans doute des drames...

 Le scrutin

 Le dossier législatif

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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 10:42
Utopies réelles - Erik Olin Wright, éditions La Découverte, 2017 - 18€ - Pourquoi et comment sortir du capitalisme ? Quelles sont les alternatives d’ores et déjà présentes ? Peut-on, doit-on réinventer les socialismes par des réalisations concrètes ? Avec quels outils, quelles formes d’action, quelles institutions ? Telles sont les vastes questions, solidaires les unes des autres, auxquelles répond ce livre original et magistral, synthèse d’une enquête internationale et collective de plusieurs années sur les théories les plus actuelles de l’émancipation ainsi que sur de nombreux projets vivants de transformation radicale, ou plus graduelle, déjà observables dans les domaines sociaux, économiques et politiques. À partir d’un regard rigoureux et acéré, appelé à fonder un nouveau programme de recherche sur les expérimentations postcapitalistes contemporaines, se détachent une conception neuve du progrès et de ses instruments potentiels ainsi qu’une vision scientifique des modalités de dépassement du capitalisme. Les utopies réelles ne sont ni pour les idéalistes ni pour les réalistes. Ce sont les expériences vécues, les projections audacieuses qui créent dès maintenant les conditions comme les formes d’un avenir meilleur, d’un autre futur possible. Traité savant, arme au service d’un renouveau nécessaire de l’imagination politique, Utopies réelles figure déjà parmi les classiques de la pensée sociale du XXIe siècle.

Utopies réelles - Erik Olin Wright, éditions La Découverte, 2017 - 18€ - Pourquoi et comment sortir du capitalisme ? Quelles sont les alternatives d’ores et déjà présentes ? Peut-on, doit-on réinventer les socialismes par des réalisations concrètes ? Avec quels outils, quelles formes d’action, quelles institutions ? Telles sont les vastes questions, solidaires les unes des autres, auxquelles répond ce livre original et magistral, synthèse d’une enquête internationale et collective de plusieurs années sur les théories les plus actuelles de l’émancipation ainsi que sur de nombreux projets vivants de transformation radicale, ou plus graduelle, déjà observables dans les domaines sociaux, économiques et politiques. À partir d’un regard rigoureux et acéré, appelé à fonder un nouveau programme de recherche sur les expérimentations postcapitalistes contemporaines, se détachent une conception neuve du progrès et de ses instruments potentiels ainsi qu’une vision scientifique des modalités de dépassement du capitalisme. Les utopies réelles ne sont ni pour les idéalistes ni pour les réalistes. Ce sont les expériences vécues, les projections audacieuses qui créent dès maintenant les conditions comme les formes d’un avenir meilleur, d’un autre futur possible. Traité savant, arme au service d’un renouveau nécessaire de l’imagination politique, Utopies réelles figure déjà parmi les classiques de la pensée sociale du XXIe siècle.

Erik Olin Wright : « Les rapports de classe se sont historiquement complexifiés »
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR PIERRE CHAILLAN TRADUCTION VINCENT FARNEA
VENDREDI, 20 OCTOBRE, 2017
L'HUMANITÉ

Après avoir longtemps travaillé sur une redéfinition des classes sociales à partir des transformations contemporaines et des apports sociologiques à Marx, le professeur de sociologie à l’université du Wisconsin (États-Unis) cherche, dans son ouvrage Utopies réelles(1), une voie scientifique pour des alternatives afin d’« éroder le capitalisme ».

Avec votre livre Utopies réelles, vous cherchez à penser un monde nouveau. Pourquoi utilisez-vous cette expression ?

Erik Olin Wright Le terme d’« utopies réelles » est un oxymore. Il s’agit surtout d’une forme de provocation délibérée qui nous oblige à réfléchir sur les deux composantes de cet oxymore. Pris séparément, le terme d’utopie signifie que nous devrions nous consacrer à nos aspirations émancipatrices les plus élevées et ne pas nous limiter seulement à nos aspirations concrètes. Le terme « réel » vient plutôt nous rappeler que nous devons rester lucides et nous intéresser à la question pratique de la transformation, et plus particulièrement aux conséquences non intentionnelles de nos actions. Lorsqu’il s’agit de penser des alternatives concrètes au capitalisme, il est en effet souhaitable de saisir la nature et le devenir des obstacles qui interfèrent sur nos stratégies de transformation.

Vous en faites la démonstration dans cet ouvrage : en quoi le capitalisme est-il nuisible ?

Erik Olin Wright Pour produire une critique profonde du capitalisme, il faut commencer par clarifier les valeurs qui nous permettent d’évaluer les différents systèmes. La démarche qui consiste à porter un jugement normatif sur le système capitaliste est un problème difficile en soi car nous avons besoin de cibler clairement ce qui le caractérise. Certains problèmes sociaux relèvent spécifiquement de la domination capitaliste, d’autres non. Dans le livre, je me suis concentré sur deux dimensions bien distinctes qui n’épuisent en rien la question de l’oppression et de la domination sociale. Il y a d’autres formes de domination qui ne relèvent pas intrinsèquement de la domination capitaliste de classe. De la même manière, la question de l’émancipation est multidimensionnelle. Il ne s’agit pas seulement de limiter cette question aux seuls rapports de classe mais de l’ouvrir, notamment, aux rapports de genre et de race. Toutes ces questions sont interconnectées. Et on ne peut plus dire aujourd’hui que l’émancipation de classe constitue la condition suffisante et nécessaire de l’émancipation humaine.

Quelles sont ces deux dimensions ?

Erik Olin Wright La première dimension se centre sur la question des inégalités, c’est-à-dire la question classique de l’exploitation capitaliste. Le capitalisme génère des formes spécifiques et intrinsèques d’inégalités qui entravent l’épanouissement humain. La seconde dimension se concentre davantage sur la question de la démocratie. Le capitalisme bloque intrinsèquement la démocratisation de la démocratie. Ce système pose une limitation au mode de vie démocratique. À partir de ces deux dimensions centrales, la thèse fondamentale du livre consiste à dire qu’il est possible de réaliser les valeurs d’égalité et de démocratie, si nous sommes capables de transformer durablement la structure de base des relations de classe capitalistes en nous appuyant sur une critique scientifique de cette structure de base. Ma démarche intellectuelle est donc motivée par un idéal scientifique : sortir du capitalisme suppose de construire scientifiquement cette voie de sortie.

La « science sociale émancipatrice » que vous définissez rompt-elle avec le marxisme ? Ou est-ce une manière de revigorer la tradition marxiste qui se réclame du « socialisme scientifique » ?

Erik Olin Wright Je suis ravi que vous utilisiez l’expression « tradition marxiste » plutôt que le terme plus doctrinaire de « marxisme ». Je pense que c’est la bonne manière de nommer les choses lorsque nous souhaitons élaborer et enrichir cet espace intellectuel et théorique. Bien que mes travaux de recherche s’inscrivent encore dans le cadre de cet espace intellectuel, je ne conçois plus le marxisme comme une théorie englobante, par essence incompatible avec d’autres approches sociologiques. Certes, la tradition marxiste partage un certain nombre de problèmes et de concepts, mais elle a produit des types différents de théorisations. Une science sociale émancipatrice cherche selon moi aujourd’hui à produire une connaissance scientifique des différentes formes d’oppression que subissent les individus. La dimension « émancipatrice » contient donc incontestablement une dimension morale.

Vous parlez d’« éroder le capitalisme » ?

Erik Olin Wright La question est en effet de savoir comment envisager une transformation post-capitaliste d’un système économique et social dominé par des rapports de classe capitalistes. La théorie de la transformation que je propose est un début de réponse. Tout d’abord, il faut distinguer trois formes de transformations sociales complémentaires : les transformations par la rupture, les transformations interstitielles et les transformations symbiotiques. Chacune d’entre elles se réclame d’une tradition politique, mobilise des acteurs collectifs différents et développe une stratégie particulière par rapport à l’État et à la classe capitaliste. La première, associée au socialisme révolutionnaire, mobilise des classes sociales organisées en partis politiques et vise à renverser l’État en affrontant violemment la bourgeoisie. La deuxième, assez proche des stratégies anarchistes, construit des alternatives émancipatrices dans les niches et les marges de la société capitaliste en dehors de l’État et ignore les classes dirigeantes. Et la troisième, plus proche de la social-démocratie, favorise la création de coalitions de forces sociales issues du monde du travail afin de lutter à l’intérieur des institutions en faisant alliance avec les classes dirigeantes. Les utopies réelles s’élaborent principalement à travers le jeu entre les stratégies interstitielles et symbiotiques, même s’il existe des circonstances au cours desquelles des stratégies de rupture peuvent aussi intervenir. Le but, pour moi, n’est pas de stabiliser ou de domestiquer le capitalisme, mais de destituer à long terme les rapports de domination capitaliste au sein de l’économie.

Pourriez-vous donner des exemples plus précis de ces « utopies réelles » ?

Erik Olin Wright Je mentionnerai trois exemples d’utopie réelle : Wikipédia, les coopératives de travailleurs autogérées et le revenu universel de base. L’exemple que j’aime donner à mes étudiants est celui de Wikipédia. Wikipédia est un moyen anticapitaliste et collaboratif de produire et de diffuser du savoir à l’échelle mondiale. C’est une entreprise intellectuelle hors normes, qui réunit plus de 700 000 personnes collaborant gratuitement selon le principe marxien « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » pour produire la meilleure encyclopédie mondiale possible. Wikipédia a anéanti la concurrence. Plus personne n’oserait se lancer ou acheter une encyclopédie commerciale. L’accès est libre pour tout le monde, même dans les pays les plus pauvres. Il suffit d’avoir Internet dans un lieu public. Wikipédia est une combinaison intéressante de transformations interstitielles et de stratégies volontaristes. Les coopératives de travailleurs autogérées – je signale le conglomérat de coopératives Mondragon qui se situe au Pays basque espagnol – constituent également une manière alternative d’organiser la production.

Pour définir ce que vous nommez le socialisme, vous dites qu’il faut renforcer le « pouvoir d’agir social ». De quoi s’agit-il ?

Erik Olin Wright Le socialisme, que je distingue du capitalisme et de l’étatisme, est une structure économique dans laquelle les moyens de production appartiennent collectivement à la société, c’est-à-dire le pouvoir social. Ce pouvoir social est enraciné dans la capacité de mobiliser des individus dans des actions collectives et de coopération volontaire au sein de la société civile. Le pouvoir social est ici à distinguer du pouvoir économique, fondé sur la propriété et le contrôle des ressources économiques, et du pouvoir étatique, fondé sur le contrôle de la production de règles collectives. Ainsi, l’idée d’un socialisme enraciné dans le pouvoir social diffère des définitions déjà admises dans la mesure où il ne se limite pas seulement à organiser politiquement la classe ouvrière, mais vise également à renforcer ce que j’appelle le pouvoir d’agir social, c’est-à-dire la capacité collective des individus à s’auto-organiser démocratiquement et à contrôler efficacement la production et la distribution des biens et des services.

L’affrontement de classe demeure une clé essentielle dans ce processus de renforcement du pouvoir d’agir social. Selon vous, est-ce toujours le moteur de l’histoire ?

Erik Olin Wright L’affrontement de classe demeure une structure fondamentale pour penser les possibilités d’un changement social émancipateur. Néanmoins, cet affrontement polarisé s’est densifié. Il existe, pour reprendre votre terme, plusieurs moteurs contradictoires du changement historique. Le marxisme traditionnel a tenté de fusionner deux problèmes bien distincts, mais il faut selon moi les séparer analytiquement. C’est premièrement l’analyse des structures de pouvoir dans une société donnée et la manière dont ces structures bloquent ou favorisent des formes de changement social. Les rapports de classe se sont historiquement complexifiés. En particulier, les positions de classe contradictoires des cadres et des managers contiennent des propriétés relationnelles qui relèvent à la fois de la classe capitaliste et des travailleurs. Et deuxièmement, c’est la question d’une théorie de la trajectoire historique. Marx avait élaboré une solution brillante en proposant une théorie de l’impossibilité du capitalisme à long terme. Mais la vision marxienne de la trajectoire historique du capitalisme était trop déterministe. Je pense qu’il faut l’abandonner au profit d’une théorie plus modeste que j’appelle « théorie de la possibilité structurelle ». Cette théorie non prédictive revient à construire une feuille de route qui nous indiquerait les destinations possibles. Une cartographie du champ des possibles qui tiendrait compte des conditions sociales favorisant le développement historique d’alternatives durables au capitalisme.

Dans vos précédents travaux non traduits en France (Class Counts, Reconstructing Marxism) , vous cherchez à redéfinir les classes sociales à l’aune des transformations du capitalisme. Pourriez-vous résumer vos analyses sociologiques ?

Erik Olin Wright Dans l’histoire des sciences sociales, il existe plusieurs manières de parler des classes sociales. En France, les travaux de Pierre Bourdieu ont largement contribué à enrichir cette question. Certaines théories sociales utilisent le même concept de « classe » pour décrire des phénomènes sociaux différents. Il est donc important de distinguer quatre sous-problèmes : la question de la structure de classe, celle de la sociogenèse, celle de l’affrontement abordée précédemment et celle de la conscience de classe. Au sens sociologique, parler de classe sociale, c’est parler d’antagonismes et de conflits ; c’est distinguer vos amis, vos ennemis et vos potentiels alliés. Mais, si on veut comprendre la pertinence actuelle d’une approche sociologique en termes de classe, il ne faut pas hésiter à recourir à une métaphore sportive. Si nous raisonnons en ces termes, nous avons trois possibilités : nous pouvons décider quel jeu jouer entre nous, nous pouvons décider de discuter les règles du jeu et nous pouvons développer des stratégies à l’intérieur même de ces règles fixées par le jeu. Pour faire simple, l’analyse marxiste de classe s’est intéressée à la nature même du jeu. L’analyse wébérienne de classe s’est davantage intéressée aux règles du jeu capitalistes. Et l’approche néo-durkheimienne s’est penchée sur les stratégies des acteurs. La connexion entre l’analyse de classe et les utopies réelles est donc facile à voir : le but consiste à créer des stratégies pour produire de nouvelles règles du jeu et déstabiliser les participants en proposant un jeu alternatif où tout le monde est gagnant, contrairement à la métaphore sportive.

(1) Utopies réelles, La Découverte, 613 pages, 28 euros.
De l’étude des classes sociales aux utopies réelles

Jeune étudiant, en France en 1967, Erik Olin Wright assiste aux débats qui secouent les intellectuels marxistes français. Cette expérience fera de lui un sociologue marxiste des plus actifs aux États-Unis. Il est président de l’American Sociological Association en 2012. Ses travaux traitent de l’étude des classes sociales. Dans Class Counts : Comparative Studies in Class Analysis

(Cambridge, 1997), il utilise les données collectées dans plusieurs pays industrialisés. Il dirige un projet de recherche collectif international sur les utopies réelles.

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