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28 février 2018 3 28 /02 /février /2018 07:25
Poste à Quimper: le bureau Saint-Mathieu va fermer: réaction du PCF Quimper

Poste : le bureau Saint-Mathieu va fermer

/ Ouest-France / 24 février 2018

 

Le bureau de poste Saint-Mathieu fermera d'ici la fin du mois de juin. Il sera remplacé par un commerce servant de Poste relais.

La Poste a annoncé, vendredi, la fermeture du bureau de poste Saint-Mathieu. Ce petit bureau de poste est implanté place Saint-Mathieu, dans le centre-ville. La date de la fermeture n'est pas encore connue. La Poste indique que ce sera effectif « avant la fin du premier semestre ». La fermeture du bureau, constatée vendredi, n'est donc pas définitive. Et pour cause, le bureau ne devrait fermer qu'une fois la solution de remplacement validée. Le bureau sera remplacé par un « Poste relais ». Il s'agit d'un « point de services installé chez un commerçant des environs ». La Poste ne communiquera sur ce commerce que lorsque la convention sera signée.

Moins de clients au guichet

Cette évolution « sera réalisée sans aucun impact sur l'emploi. Les agents concernés feront l'objet d'un accompagnement spécifique et seront redéployés au sein des bureaux environnants », assure La Poste.

Avec ce changement, Quimper comptera cinq bureaux de poste et un « Poste relais ». Les « six points de contact postaux », pour reprendre la terminologie postière, seront donc les bureaux de poste de Quimper recette principale, Penhars, Kermoysan, Kerfeunteun et Ergué-Armel. Avec le futur « Poste relais ».

La Poste justifie son choix. « Les Français qui utilisent les services de la Poste sont de plus en plus nombreux à préférer consommer depuis leur domicile et ne viennent en bureau que pour des opérations simples ou à la recherche de conseils qualifiés. Entre 2012 et 2017, le nombre de clients se présentant quotidiennement au guichet des 6 bureaux de poste quimpérois a baissé de 27 %.

*********************

Communiqué du PCF Quimper: 

Le massacre du service public postal de proximité continue dans la région quimpéroise.
Après la disparition des bureaux de poste de Pluguffan et Ergué-Gabéric, c'est maintenant l'annonce de la fermeture du bureau de poste Saint-Mathieu, au centre-ville de Quimper, qui s'était substitué à celui du Chapeau-Rouge. Il sera remplacé par un point-relais dans un commerce.
Selon la direction de La Poste, les Français ne viendraient plus dans les bureaux de poste que "pour des opérations simples ou à la recherche de conseils qualifiés". Parce que c'est sans doute dans un commerce qu'ils trouveront ces conseils qualifiés?
Alors que La Poste a été l'un des premiers bénéficiaires du CICE (plus d'un milliard d'euros en 5 ans), cet argent public a accompagné une politique de suppression d'emplois et de réduction du service aux usagers, et de financiarisation de ses activités!

Grand silence du maire de Quimper sur cette nouvelle dévitalisation du centre ville, qui vient s'ajouter aux fermetures des écoles Jules Ferry et Pommiers, à celle du Quartier, à l'annonce de la transformation des Halles en centre commercial, à la vente au privé du patrimoine immobilier de la ville.

La majorité municipale est en train de tuer le centre-ville de Quimper où seul se développe l'immobilier de luxe.

Ne laissons pas faire !

Poste à Quimper: le bureau Saint-Mathieu va fermer: réaction du PCF Quimper
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28 février 2018 3 28 /02 /février /2018 07:14
Ouest-France, 27 février 2018

Ouest-France, 27 février 2018

Soutien à la grève des facteurs de Rennes !

Communiqué de presse du PCF 35 :

La fédération d’Ille-et-Vilaine du PCF soutient la lutte des facteurs de Rennes.

Depuis le 9 janvier, ils sont majoritairement en grève soutenus par les syndicats CGT et SUD. Ils refusent la réorganisation décidée par la direction de La Poste : suppressions d emplois, modification importante des horaires de travail, dégradation des conditions de vie et de travail pour les salariés et dégradation du service rendu à la population.

La lutte des facteurs est aussi notre lutte, c est la lutte de tous les citoyens pour défendre un service public de proximité et de qualité. La direction de La Poste doit accepter d ouvrir des négociations sur les revendications décidées démocratiquement par les facteurs.

Les communistes d Ille-et-Vilaine appellent la population à soutenir les facteurs en participant aux initiatives proposées (à commencer par le rassemblement du mardi 27 janvier à 15h place de la République à Rennes) et en versant à la caisse de solidarité financière. Pour sa part, la fédération d’Ille-et-Vilaine du PCF a décidé de verser 1000 euros en solidarité avec les facteurs de Rennes en grève.

Le PCF Ille-et-Vilaine soutient la grève des facteurs de Rennes
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28 février 2018 3 28 /02 /février /2018 07:08
Salah Hamouri, graphisme collage, par mustapha Boutadjine. I-Labo

Salah Hamouri, graphisme collage, par mustapha Boutadjine. I-Labo

Israël-palestine. Netanyahou humilie la France
PIERRE BARBANCEY
MARDI, 27 FÉVRIER, 2018
L'HUMANITE
 

Emprisonné depuis six mois sans preuve avancée, le Franco-Palestinien Salah Hamouri voit sa détention renouvelée pour quatre mois. Silence du président français.

La nouvelle est tombée hier matin. Dure, raide, inhumaine : Salah Hamouri, placé en détention administrative pour six mois et qui devait sortir demain, le 28 février, s’est vu signifier par le ministre d’extrême droite israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, qu’il resterait quatre mois de plus en prison. Pourquoi ? Nul ne le sait. Pas même les avocats de Salah Hamouri, puisque « détention administrative » signifie dossier secret et l’impossibilité pour les défenseurs, et donc pour le prisonnier, de savoir ce qui lui est reproché. L’arbitraire le plus total. Au mois d’août, Salah Hamouri, avocat franco-palestinien, écope de six mois. Cette fois-ci, c’est quatre mois, toujours renouvelables. La volonté d’humilier est patente. Humiliation de notre compatriote, mais aussi humiliation de la France puisque, selon l’Élysée, le président de la République, Emmanuel Macron, était intervenu personnellement auprès du premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, lorsqu’il l’a accueilli à Paris, le 10 décembre dernier.

l’arbitraire de l’État israélien et les responsabilités de la France

La France peut-elle permettre qu’un autre État, Israël en l’occurrence, puisse bafouer les droits élémentaires d’un Français ? La réaction d’Emmanuel Macron a d’ailleurs été bien tardive. Le ministre des Affaires étrangères, interpellé la semaine dernière par les députés du PCF et ceux de FI sur le cas de Salah Hamouri, s’en est tiré par une pirouette, sans même prononcer le mot de « libération ». Or, il s’agit bien de cela : Salah Hamouri doit être libéré immédiatement et sans condition. Une tout autre attitude reviendrait à accepter, dans les faits, ce qui est officiellement refusé en paroles : l’utilisation de la détention administrative, dont se sont servis les Britanniques en Irlande du Nord et les racistes du régime d’apartheid en Afrique du Sud, comme moyen de briser toute résistance.

Comment s’étonner d’une telle attitude du gouvernement israélien lorsque siège en son sein un Avigdor Lieberman, ancien videur de boîte de nuit, auteur de déclarations des plus haineuses et des plus racistes, dont voici un florilège : « Les Arabes israéliens qui sont contre nous méritent de se faire décapiter à la hache » ; « Je propose de transporter les prisonniers palestiniens en autocars jusqu’à la mer Morte pour les noyer » ; « L’Europe suit une politique hostile aux juifs, comme à la fin des années 1930 »…

Aussitôt connue la nouvelle, le Comité pour la libération de Salah Hamouri a dénoncé « l’arbitraire de l’État israélien (auquel) s’ajoutent les responsabilités de la France qui, au-delà de ses affirmations, n’a pas mis en œuvre des moyens conséquents dont elle dispose pour faire libérer un Français ». Le comité appelle « à manifester vers la présidence française notre mécontentement légitime et notre volonté d’action à la hauteur de l’enjeu : il en va du destin d’un homme, du droit, mais aussi de celui de notre pays. ».

Des parlementaires de tous les groupes ont appelé à sa libération

Pour Patrick Le Hyaric, député européen et directeur de l’Humanité, ce qui se passe est « insupportable ! C’est inadmissible ! C’est la France qu’on moque, qu’on humilie ainsi. Qu’un État étranger se permette de maintenir l’un de nos compatriotes, sans le moindre procès et sans même dire ce qu’on lui reproche, est plus proche de la prise d’otage que de la justice ». Il appelle à « porter le combat auprès des institutions européennes ». Pour Clémentine Autain, députée, « cette décision arbitraire et injuste est un véritable pied de nez des autorités israéliennes adressé à notre pays ». Des parlementaires de tous les groupes, y compris la République en marche (LRM), ont également appelé à la libération de Salah Hamouri. Le président de l’Association France-Palestine solidarité (AFPS), Bertrand Heilbronn, dit attendre « une réaction du gouvernement français et du président de la République à la hauteur de l’insulte qui est faite à notre pays par ce déni absolu du droit ».

Sollicités par e-mail par l’Humanité, ni la présidence française ni le ministère des Affaires étrangères n’avaient, hier en fin d’après-midi, réagi au renouvellement de la détention administrative de Salah Hamouri. Quant aux médias, à quelques exceptions près, c’est le silence.

 
Grand reporter
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27 février 2018 2 27 /02 /février /2018 12:04
Venise Gosnat, alias Georges, inter-régional responsable de la résistance communiste en Bretagne (décembre 1940- décembre 1942)

Venise Gosnat est né le 30 novembre 1887 à Bourges.

Son père et sa mère étaient respectivement ouvrier charpentier, ancien compagnon, et couturière. Ses parents avaient 32 ans à sa naissance, mais il fut orphelin très jeune, son père mourant à 34 ans et sa mère à 36 ans, ses deux parents mourant des suites de maladie contractées à cause notamment d'un travail harassant pour nourrir leurs quatre enfants. Venise va être accueilli par ses grands-parents maternels, humbles travailleurs de la terre, et ne peut en raison de leur pauvreté fréquenter l'école communale de manière très assidue. Venise est berger toute une partie du temps scolaire. Il sert aux offices religieux dans son village d'Asnières-les-Bourges et assiste au catéchisme, ses grands-parents étant catholiques pratiquants.

Le certificat d'études primaire obtenu, Venise se fait embaucher pour aider ses grands-parents comme manœuvre aux établissements "Le Panama", fabrique de sellerie, de bourrellerie, de cordonnerie. Il y apprend à travailler le cuir. Ses sœurs Rachel et Clélie deviennent religieuses à Bourges. Clélie décède de maladie au début de la guerre 14-18. Venise Gosnat a 27 ans au déclenchement de la Grande guerre.  

Adhérent de la CGT depuis 1907, membre du Parti Socialiste (SFIO) depuis 1911, il est marqué au carnet B comme "rouge" dangereux depuis les années 1908-1910. A l'époque, quoique artisan cordonnier de formation, il travailleur comme poseur de lignes pour les PTT.  Venise, grand admirateur de Jaurès, accepte difficilement le ralliement des cadres socialistes, y compris Jules Guesde et Edouard Vaillant, en août 1914, à l'Union Sacrée. Pendant la guerre, il est mobilisé à l'arsenal de Bourges. Après la révolution russe de février, en juin 1917, 1700 ouvriers de l'arsenal de Bourges font grève pour des augmentations, plus de jours de repos et aussi avec des mots d'ordre politique contre la guerre. Venise, organisateur du mouvement syndical, a été éloigné de l'Arsenal de Bourges et du Cher, et renvoyé au front en mai 1917. Durant cette deuxième période au front, Venise fut gazé, commotionné par une bombe qui le projeta en l'air, lors d'une mission de ravitaillement, et eut le tympan crevé.    

En novembre 1917, il adhère à l'Association Républicaine des Anciens Combattants qu'ont fondé Henri Barbusse, Paul Vailland-Couturier, Raymond Lefebvre, Georges Bruyère. 

La révolution d'Octobre stimule le mouvement ouvrier. 100 000 métallurgistes font grève le 1er mai 1918 malgré la décision de la CGT, dirigée par Jouhaux, de ne pas chômer ce jour-là. A Bourges, le mot d'ordre de Jouhaux ne sera pas suivi. Les dragons à cheval sont lancés contre les hommes et les femmes qui défilent en chantant "l'Internationale" et en criant "A bas la guerre, vive la paix!". Venise est toujours mobilisé au 1er Parc d'Artillerie comme soldat et rêve de revenir à l'arsenal pour agir politiquement. A sa démobilisation, en avril 1919, il intègre l'Arsenal de Bourges mais est révoqué en 1922 pour lui faire payer son action syndicale et politique dans l'entreprise et dans le département du Cher. 

Venise a choisi la IIIe Internationale pendant et à l'issue du Congrès de Tours et il est un membre actif du Parti Communiste. Il est très actif dans les grèves de 1920 dans le Cher et cherche à empêcher, en vain, la division syndicale. En 1923, il préside le congrès extraordinaire de la CGTU à Bourges. En 1925, Venise Gosnat est réintégré sous conditions à l'Arsenal et prend part à l'action de propagande contre la guerre coloniale du Rif au Maroc et aux grèves politiques de l'Arsenal contre cette guerre.  

En décembre 1925, le Parti communiste appelle Venise à Paris et celui-ci l'encourage à s'embaucher comme forgeron aux Ateliers de Suresnes pour y mener la bataille politique et syndicale, puis aux forges de Clichy, dépendant de la société anonyme André Citroën. 

Venise est actif dans le mouvement social de solidarité avec l'Espagne Républicaine, pour le Front populaire et les conquêtes sociales de 36, il dénonce les accords de capitulation anglo-française face à l'impérialisme nazi de Munich. Seuls au Parlement, les 72 députés communistes et deux autres parlementaires votèrent contre la ratification de ce honteux traité.

Pendant la drôle de guerre, Venise Gosnat vit la persécution contre les communistes après le pacte germano-soviétique à Ivry, la circonscription où Maurice Thorez est élu député. Venise est président de l'office du logement social H.B.M à Ivry et travaille à la mairie en même que le secrétaire de la Région du Parti Communiste Clandestin. 

Son fils et celui d'Alice, son épouse, Georges est mobilisé. Il ne reverra sa famille qu'après la victoire du 8 mai 1945, et 5 ans de captivité... Georges était officier, sous-lieutenant de réserve, et Maurice Thorez lui avait confié la responsabilité de la Compagnie "France-Navigation" qui ravitaillait en vivres et en armes l'Espagne républicaine avec 22 navires et 2000 marins. Cette compagnie effectuera aussi plusieurs transports de réfugiés républicains espagnols en Amérique Latine. 

Alors que "Ce soir", "L'Humanité" sont interdits depuis le 27 août 1939, Venise Gosnat fait tirer l'Huma clandestine et les tracts du PCF à partir d'octobre-novembre 1939 dans les bureaux de l'office H.B.M de Vitry. Venise est déchu officiellement de son mandat de maire-adjoint de Vitry le 21 janvier 1940, mais garde curieusement ses fonctions de président de l'office public H.B.M de Vitry.       

En mai 1940, néanmoins, Venise est arrêté, embarqué au camp du Baillet en Seine-et-Oise à destination de l'Ile d'Yeu. Venise décide de s'évader à la première occasion avec André Marrane, frère de Georges Marrane, maire d'Ivry. L'évasion de la prison de Riom réussie a lieu le 24 octobre 1940 à l'occasion d'une corvée en forêt. Venise Gosnat et André Marrane rejoignent Bourges, puis Paris. 

A Paris, il fut demandé à Venise de prendre quelques semaines de repos avant de succéder à Marcel Paul, comme responsable de l'Inter 4, c'est-à-dire de la Bretagne. 

Venise Gosnat va réorganiser l'action de résistance des communistes en Bretagne (les cinq départements, y compris donc la Loire-Inférieure) pendant deux ans, de décembre 1940 à décembre 1942. Dans un aussi vaste territoire, l'INTER PR 4, il fallait mettre en place des directions efficaces par départements, ou par secteurs de départements, dans les villes et les campagnes. Venise sera le fondateur du Front national et des premiers groupes de Francs Tireiurs et Partisans français dont il jeta les bases dès le début de 1941. 

C'est Venise Gosnat qui met en place le service de liaisons avec les internés du camp de Châteaubriant et organise entre autre les évasions retentissantes de Léon Mauvais, Fernand Grenier, Eugène Hénaff, Henri Reynaud, tous membres du Comité central du PCF. Le Front National prend naissance en Loire-Atlantique avec des personnalités du Parti socialiste et du Parti radical. 

La fiche de signalement de la Gestapo et de la police de Vichy indique sur Venise Gosnat, le responsable du Parti Communiste clandestin en Bretagne: 

"Vieux Georges, alias Pitard Georges, taille 1,80 m; 55 ans environ; cheveux grisonnants; légère calvitie frontale, assez forte corpulence, parfois des lunettes, se sert d'une canne canée; médaille du Travail, responsable politique inter-région. Doit se trouver en liaison directe ou faire partie du Comité central du parti communiste". 

En réalité, Venise Gosnat se faisait appeler "Pichart" et non "Pitard". 

Pierre Corre, qui sera fusillé ensuite avec 18 autres camarades, de l'arsenal de Brest, le convainc de rentrer à l'arsenal de Brest, occupé par les Allemands pour recruter et encourager à la Résistance. Après son départ, 5 des 7 transformateurs électriques de l'arsenal ont sauté. Une des planques bretonnes de Venise Gosnat se trouve à Brest, rue de Bohar, actuellement rue du Commandant Drogou. Il avait d'autres planques, à Nantes, Saint-Nazaire, et Quimper.

"Toutefois, Brest et le Finistère, souligne Jean Chaumeil, furent au centre de l'action générale dirigée par Venise Gosnat. Il y a laissé un très grand nombre d'amis, sans oublier les familles et dizaines de compagnons d'armes fusillés ou déportés dans les camps de la mort".

Pendant ce temps, Venise Gosnat vit comme un grand-père tranquille en apparence avec sa petite-fille, Raymonde, la fille aînée de son fils, en captivité, à qui il apprend à lire et à écrire, alors que sa mère a été arrêtée par la Gestapo. 

Envers et contre tout, l'action dirigeante de Venise se poursuivit de plus belle en Bretagne. Jean Chaumeil a retrouvé dans ses archives personnelles une:

 lettre adressée par Venise Gosnat à Corentin André, alors responsable des Anciens résistants en Côtes-du-Nord, datée du 11 mars 1963: 

"(...) J'ai été envoyé fin décembre 1940 à Nantes, comme inter-régional politique, avec mission d'achever la réorganisation du Parti dans les cinq départements bretons. Sous le nom de Georges Pichard ou Georges tout simplement, j'étais accompagné de ma femme et de la petite fille endimanchée dont parle Fernand Grenier dans son livre "C'était ainsi". 

Je parcourais seul la Bretagne tous les mois, pendant une vingtaine de jours, ayant des rendez-vous avec les responsables... 

Mon séjour en Bretagne se prolongea jusqu'à la fin 1942. Dénoncé et traqué pendant plusieurs jours dans le Finistère, je fus généreusement aidé pour m'échapper, par le patron du Bar de l'Arrivée à Quimper, le jeune Bernard, également de Quimper, à qui sa mère, téléphoniste, avait donné les renseignements communiqués à toutes les autorités policières et allemandes, et enfin par le vaillant camarade David, de Huelgoat. 

A noter que c'est à Nantes que j'avais pris contact, au début de ma mission, avec les camarades du département, dans des conditions qui faillirent tourner au tragique. Un camarade devait me présenter dans un café du Petit-Chantilly. Ce camarade étant en retard, je me trouvais seul dans la salle. Une jeune femme vint me demander ce que je voulais. Je commandais une consommation qu'on ne me servait pas. Enfin le camarade arrive, et tout s'éclaira. Les responsables, qui m'avaient pris pour un flic, étaient dans une salle à côté, et s'apprêtaient à me liquider. 

C'est donc dans ce café du Petit-Chantilly que je pris contact avec Robert Ballanger qui, après être passé par la Loire-Atlantique, son département, fut responsable du Finistère, puis d'Ille-et-Vilaine, avant d'être rappelé à des fonctions plus importantes dans la région parisienne; avec Pierre Charrier, fusillé dans la Gironde; Jean Vigneau, tué au combat dans les FTPF et sa soeur Zazeth Le Guyader, dont le fils, tué au combat dans la Côte-d'Or, à l'âge de 16 ans, repose avec son oncle Jean Vigneau au cimetière d'Ivry, au milieu des héros de cette localité de banlieue; puis avec Millot, professeur, fusillé, et sa femme actuellement institutrice à Paris, qui devait être chargée, avec le dentiste de Châteaubriant, de mettre au point l'évasion de nos camarades Fernand Grenier, Léon Mauvais, Henri Reynaud et Eugène Hénaff; Marcelle Baron, la boîte aux lettres, déportée par la suite; Georges Divet, qui a été maire-adjoint du 14e arrondissement de Paris, avant la révocation de tous nos représentants dans les mairies de Paris, par le gouvernement; les frères Hervé, fusillés; Trovallet, le courageux boulanger de Treffieux; les trois frères Delouche, de Saffré et Notre-Dame-des-Langueurs; Le Goff de Nort, mort des suites des tortures; et de Nantes encore: les camarades Pinard, Joseph, Auvin, Marrec, Tintin; les responsables de Saint-Nazaire, dont j'ai toujours ignoré les noms, qui firent un magnifique travail, en liaison avec les Républicains espagnols, etc., etc. 

Dans les Côtes-du-Nord, le responsable était Le Quennec, qui devait par la suite organiser et diriger les FTPF de l'inter-région, Le Hénaff, de Guingamp, Marzin de Lannion, et quantité d'autres anonymes (pour moi) qui participaient à l'action. A Paimpol, habitait notre cher Marcel Cachin à qui je rendis visite au nom du Parti. 

En Ille-et-Vilaine, Robert Ballanger dirigeait l'action avec Antoine et un bon camarade qui, après la guerre, fut secrétaire de l'Union des syndicats. 

Dans le Morbihan, le camarade Lelay, ancien secrétaire de la mairie de Concarneau que nous avions affecté dans le Morbihan par mesure de sécurité, et qui fut reconnu et arrêté par l'ancien commissaire de police de Concarneau, lui aussi muté dans ce département; le camarade Conan, cheminot d'Auray, arrêté à la suite d'une fouille dans les placards du dépôt, fusillé; Marie Le Fur, d'Hennebont, un autre cheminot d'Auray, mari d'une institutrice d'un village voisin, un imprimeur de Pontivy et de nombreux inconnus.

Dans le Finistère, le camarade Larnicol, ancien maire de Léchiagat, resté fidèle au Parti, le jeune et courageux Albert Abalain, fusillé, sa tante Jeanne Goasguen, adjointe au maire de Brest après la Libération, Pierre Corre, ouvrier de l'arsenal de Brest et organisateur de la lutte au sein de l'Etablissement, mort au combat par la suite, la camarade Salou, déportée; Le Nedelec; Georges Abalain; Cadiou (Charlot); le camarade et la camarade Lijour (déportée) de Concarneau; David, de Huelgoat, mort au combat; Guyomarch, aujourd'hui capitaine, qui faussa compagnie aux gendarmes alors qu'il avait les menottes aux mains; François et sa mère, bouchers à Scaër, les frères Le Pape, de Pont de Buis, Jojo (?), pêcheur de Douarnenez, une sabotière de Rosporden, Bernard, de Quimper, et sa mère, le cheminot Halle (je crois) de Quimper, fusillé, et beaucoup d'autres...". 

Près de 1000 patriotes communistes sont ainsi organisés par le parti en 1941 et 1942 dans les cinq départements bretons, par groupes de trois, sans compter les nombreuses liaisons avec d'autres organisations, notamment le Front National. 

"Un des premiers coups de main, écrit toujours Goisnat à Corentin André, fut dirigé sur les carrières de Pelerin, en Loire-Atlantique, ce qui nous procura de la dynamite pour les cinq départements. L'approvisionnement fut assuré par la suite par les pêcheurs de Concarneau, Léchiagat, Douarnenez, qui récupéraient en mer les tonnelets amenés par les Anglais; Marcel Paul était venu sur place donner des leçons d'utilisation de la dynamite. A partir de ce moment-là, la destruction des pylônes et des foyers de locomotives fut permanente et à grande échelle. 

A Saint-Nazaire, un prototype d'hydravion sévèrement gardé, est pulvérisé le jour même où il devait être essayé. 

A l'arsenal de Brest, tous les transformateurs, sauf deux, sautent le même jour, paralysant l'arsenal pendant plusieurs jours. 

A Pont-de-Buis, le téléphérique de la poudrerie saute. 

A Brest, des navires et des sous-marins furent immobilisés pendant des mois, parce qu'il était impossible aux Allemands de faire provision d'eau potable, toutes les analyses étant mauvaises, malgré les précautions les plus strictes. 

Un jour d'été, à 18 heures, en pleine ville à Brest, au moment où des milliers de personnes étaient dans la rue, un acte d'une audace inouïe fut accompli: une petite bonne femme, la camarade Salou, avec de gros boulons, fit voler en éclats les glaces de la devanture du bureau d'embauche allemande (à proximité de la préfecture maritime), traversa la rue, et gagna tranquillement la rue Pasteur, protégée par un groupe armé de grenades qui n'eut pas à intervenir. L'opération qui avait duré deux à trois minutes, fut spectaculaire et mobilisatrice pour les masses laborieuses de la ville.  

A Nantes, un petit groupe alla chercher le jeune Hervé, arrêté, dans le cabinet du juge d'instruction, abattant ce dernier. En octobre 1941, le chef de la Kommandantur fut tué et une terreur sans nom s'abattit sur la région: exécution de 27 camarades à Châteaubriant et 21 à Nantes. 

"Il faudrait un volume" écrit Venise "pour retracer tous les actes des patriotes bretons. Les cheminots de toutes les grandes gares continuellement sur la brêche, les pêcheurs, avec leurs actions périlleuses en mer; les pompiers de Nantes, qui ne sont pas responsables si Doriot leur a échappé au Théâtre Graslin; les groupes qui faisaient flamber la paille réquisitionnée, les actes individuels, etc, etc.

Population magnifique où j'ai été fraternellement accueilli pendant les années 1941-1942, dans des centaines de maisons, avidement questionné pendant une partie de la nuit, lumières éteintes, d'où je repartais le matin avec une provision de crêpes. J'ai gardé de cette époque un souvenir inoubliable...."

Le 12 janvier 1969, Venise Gosnat est venu à la Maison du Peuple de Brest rendre hommage aux 19 fusillés brestois du 17 septembre 1943 au Mont Valérien (après leur jugement par le tribunal militaire de Rennes en décembre 1942 et par le Conseil de guerre allemand). 

La femme de Venise, Alice née Morand, parcourt elle aussi la Bretagne et le Finistère, recherchée elle aussi par la police française, privée de carte d'alimentation comme Venise Gosnat. Elle a participé à de nombreuses distributions de tracts anti-allemands dans le secteur de Brest entre janvier 1941 et la fin de l'année 42 et a organisé durant toute la période de 41 et 42 les femmes patriotes du Finistère pour protester contre l'insuffisance du ravitaillement et contre la vie chère. Elle a dirigé une manifestation de ménagères en 1941 et deux au début de 1942. Pierre Berthelot de Brest a témoigné de ses activités de résistance après la guerre.  

Fin 1942, le Parti Communiste rappelle à Paris Venise Gosnat, qui vient d'échapper de peu à une arrestation, avec Alice et Raymonde, leur petite-fille. Jacques Duclos lui confie la responsabilité du choix et de la sécurité des cadres sous la direction de Jean Chaumeil. Des milliers de documents sont passés entre les mains de Venise Gosnat qui, s'ils étaient tombés aux mains de l'Etat français d'extrême-droite, ou des Allemands, auraient conduit à des rafles monstres. En août 44, Venise fut nommé président du Comité de Libération d'Ivry, puis premier adjoint au maire d'Ivry sous la direction de Georges Marrane avec lequel il va mettre en place un plan de construction de 5000 logements sociaux.        

Venise Gosnat est décédé en 1970.    

 

   Extraits de Venise Gosnat par Jean Chaumeil, éditions sociales, 1975 (exemplaire dédicacé à Pierre Le Rose, ancien résistant communiste de Concarneau, par Jean Chaumeil)          

Lire aussi:

"Les communistes et la Résistance": un appel d'anciens résistants, membres du PCF, à l'occasion d'un hommage à Venise Gosnat à Concarneau le 12 octobre 1975 au CAC (mémoire de la résistance finistérienne, Archives Pierre Le Rose)

Résistance et répression des communistes brestois de 1939 à 1943 (à partir des souvenirs et des enquêtes d'Eugène Kerbaul, résistant communiste)

Contribution à l'histoire de la libération de Concarneau - par Alphonse Duot, ancien responsable du Front National de lutte pour la Libération et l'indépendance de la France, adjoint au commandement de la 7ème Compagnie F.T.P.F: un document exceptionnel des archives Pierre Le Rose

Un document exceptionnel sur le Parti Communiste dans le Finistère au début de la IVe République: le livret de la 10ème conférence fédérale du Parti Communiste à Brest en mai 1947 (archives Jean-Claude Cariou)

Rol-Tanguy: 1994, à l'occasion des 50 ans de la libération de Paris, la presse revient sur ses actes de résistance: un Brestois né à Morlaix dirige l'insurrection de Paris

Albert Rannou: Lettres de prison d'un résistant communiste brestois né à Guimiliau fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien

Lettre à ses parents de la prison de Rennes du résistant communiste brestois Albert Abalain, fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943 (fonds d'archives ANACR 29)

Dernière lettre de Paul Monot, résistant brestois fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943 avec Albert Rannou et 17 autres résistants brestois dont André Berger et Henri Moreau

Dernière lettre à sa femme de Jules Lesven, dirigeant de la résistance communiste brestoise, ouvrier et syndicaliste à l'Arsenal, fusillé le 1er juin 1943,

Communistes de Bretagne (1921-1945)

L'audience du Parti Communiste à la libération dans le Finistère

 

 

 

 

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27 février 2018 2 27 /02 /février /2018 12:00
Edouard Daladier, septembre 1939

Edouard Daladier, septembre 1939

Maurice Thorez

Maurice Thorez

Leur drôle de guerre contre les rouges: septembre 1939- mai 1940: La persécution des communistes par le gouvernement Daladier après le pacte germano-soviétique (Pierre Juquin, Aragon un destin français, tome 2)
Leur drôle de guerre contre les rouges: septembre 1939- mai 1940: La persécution des communistes par le gouvernement Daladier après le pacte germano-soviétique (Pierre Juquin, Aragon un destin français, tome 2)
"Le 9 avril 1940, le socialiste Albert Sérol, ministre de la Justice, signe un décret qui prévoit la peine de mort pour les communistes".

"Le 9 avril 1940, le socialiste Albert Sérol, ministre de la Justice, signe un décret qui prévoit la peine de mort pour les communistes".

26 août 1939 - dernier numéro légal de L'Humanité qui reparaîtra clandestinement le 26 octobre 1939

26 août 1939 - dernier numéro légal de L'Humanité qui reparaîtra clandestinement le 26 octobre 1939

"Les premiers jours qui suivent le pacte germano-soviétique, l'Internationale communiste subit le choc. Tandis qu'à Paris, le groupe des députés communistes, réuni au Palais-Bourbon, sous la présidence de Maurice Thorez, "rappelle la volonté de tous les communistes de lutter contre le fascisme et le nazisme" (1er septembre 1939), puis vote les crédits demandés par Daladier pour la défense nationale (3 septembre), à Moscou, les plus hauts responsables kominterniens, Dimitrov et Manouilski, mis à gêne, se permettent de suggérer à Staline que le Parti communiste français garde sa ligne de résistance "à l'agression de l'Allemagne fasciste". 

Staline coupe court, on l'a vu, le 7 septembre, recevant Dimitrov: que les partis communistes des pays capitalistes renoncent aux mots d'ordre de Front populaire et se dressent contre leur propre gouvernement, contre la guerre! A partir du 20 septembre, le Parti communiste français, appliquant les nouvelles consignes, commence à dénoncer la "guerre impérialiste" et à exiger l'arrêt des hostilités; mais le manifeste qu'il adopte, en l'absence de Thorez, mobilisé, sous le titre, "Il faut faire la paix", n'est pas diffusé. 

Le 26 septembre, le gouvernement de la France excipe du pacte pour dissoudre par décret le parti et les organisations qui se rattachent à lui.

Le Journal officiel du 29 septembre annonce la constitution, à la Chambre, d'un Groupe ouvrier et paysan français (GOPF), qui rassemble 42 députés communistes, rejoints par quelques autres les 4 et 5 octobre. Un député sur trois a fait défection! L'un des premiers actes du GOPF est d'envoyer au président Herriot une lettre datée du 1er octobre, qui réclame un débat sur la paix avec l'Allemagne. 

L'IC exige de Thorez, qui a rejoint son unité, qu'il déserte et quitte la France. Thorez regimbe. Puis cède. Le 4 octobre, il est secrètement exfiltré en Belgique, où le noyau de l'Internationale l'initie à la nouvelle ligne. Après un mois d'attente clandestine, le 8 novembre, il arrive à Moscou, avec sa femme, Jeannette Vermeersch. Pendant toute la guerre, il va ronger son frein en URSS. Dès avant son arrivée dans la capitale soviétique, le Présidium de l'IC a critiqué la direction du parti français -sauf Marty qui partage l'analyse de Staline et se confronte avec Thorez. Le 14 novembre, dans une réunion du secrétariat consacrée à la France, Thorez consent péniblement à son autocritique; il a fallu près de douze semaines. La ligne soviétique reste en vigueur jusqu'à la ruée allemande de mai 1940. Thorez accepte de l'exprimer, mais seulement dans un article confidentiel d'une publication de l'Internationale (Die Welt) en allemand (!), puis dans Les Cahiers du bolchevisme clandestins". 

Ce soir, Commune, Europe, et 79 publications communistes au total sont interdites. La Maison de la Culture est fermée, les réunions communistes sont interdites. Le Parti est désorganisé par la mobilisation. 

"Le décret du 26 septembre 1939 dissout non seulement le parti communiste, mais aussi toutes les organisations prétendument satellites. La ceinture rouge de Paris est visée, la vie culturelle ouvrière démantelée: sont dissous les Bourses du travail, des clubs sportifs, des patronages municipaux, des harmonies municipales, des amicales de locataires, l'Aéro-Club des Aiglons à Ivry, l'Amicale des pêcheurs de Gentilly, l'Oeuvre des vacances populaires enfantines de Malakoff, les amis de la boule ferrée de la même ville ("En raison de son caractère nettement communiste (...) elle a groupé jusqu'à 20 adhérents", note le rapport de police). On n'en finit plus d'énumérer. 

Le 18 novembre 1939, un autre décret permet l'arrestation et l'internement administratif, sans jugement, de tout individu considéré comme dangereux pour la défense nationale.

Une loi du 20 janvier 1940 porte déchéance "de tout membre d'une assemblée élective qui faisait partie de la IIIe Internationale".

Suivant un bilan ministériel établi le 19 mars 1940, 60 députés et un sénateur ont été déchus; 11 000 perquisitions opérées (par exemple le 3 octobre 1939, au domicile des Aragon, rue de la Sourdrière, les documents saisis n'étant récupérés au greffe correctionnel qu'en janvier 1949); 3400 militants ont été arrêtés, 1500 condamnations prononcées. En pleine déroute de l'armée française, la police passera encore son temps à traquer des communistes: au 31 mai 1940, on en est à 15 000 perquisitions et 5553 arrestations. On a trop oublié cela.      

Daladier allègue le pacte. Or, dès le 3 décembre 1936, une dépêche très secrète, qu'il a signée comme ministre de la Guerre du gouvernement Blum, a enjoint aux généraux commandants de Paris et aux Régions militaires de préparer des unités pour mater on ne sait quel coup de force communiste, en particulier des chars et des troupes coloniales. Après Munich, Daladier a reprimé une grève générale lancée par la CGT. Le 17 décembre 1938, un appel signé par 432 journaux a demandé l'interdiction du parti communiste, alors accusé non pas de soutenir le pacte germano-soviétique, mais de pousser à la guerre contre Hitler! 

La répression de 1939-1940, c'est avant tout la revanche de 1936, y compris de la part de nombreux participants au Front populaire.  

Le 20 mars 1940, le 3e tribunal militaire permanent ouvre le procès, à huis clos, de 44 députés communistes qui n'ont pas lâché leur parti, dont 35 présents. En avril, ces élus écopent de plusieurs années de prison ferme, de lourdes amendes, et t'interdiction des droits civiques et politiques. A tous les prévenus, le capitaine de Moissac, juge d'instruction, a demandé s'ils reniaient leur appartenance au "PC mondial (sic) dont le PCF n'est qu'une section", s'ils désavouaient la discipline de l'Internationale, le pacte germano-soviétique, la lettre à Herriot (procès-verbaux d'interrogatoires conservés aux archives de Fontainebleau). Vichy continuera Daladier: dans les dossiers des communistes emprisonnés ou recherchés, l'approbation du pacte restera un test discriminant. 

Mais cette persécution a un effet inattendu. Sans le vouloir, Daladier fait de la question du pacte une épreuve de vérification des cadres communistes. Certains doutent ou ne sont pas d'accord. Mais, face à la répression, la fidélité prend le pas sur toute autre considération, chez ceux-là mêmes qui, comme Gabriel Péri, tourmenté et mystérieux, ont pu avoir in petto des désaccords graves. Fidélité contre persécution, fierté contre déni de justice, confiance contre panique, de très nombreux cadres communistes, sélectionnés et formés dans les années 1930, tiennent bon dans le désastre. Leur solidité aura des conséquences considérables quand la mouvance communiste se reprendra et que le parti sortira de sa ligne erronée et de son discrédit pour se place en tête de la Résistance. 

(...)

Le 7 septembre 1939, Daladier nomme le général Pierre Héring gouverneur militaire de Paris. En vertu de l'état de siège Héring est responsable de la sécurité de la capitale. Hanté, soixante-dix ans après, comme beaucoup de généraux, par la peur de la Commune, il vise les communistes; le 15 septembre, il exige que les tribunaux militaires soient, contre eux, fermes et rapides; cadres et troupes participent, sous sa direction personnelle, à des exercices de guerres de rue et de répression d'émeutes; en guise d'avertissement, des défilés et des revues montrent la "force" aux Parisiens. Héring essaie d'obtenir du gouvernement que des "indésirables", arrêtés et parqués au stade Roland-Garros, soient expédiés dans des camps, en province ou aux colonies. Il fait surveiller les ouvriers des usines métallurgiques par des détachements de soldats. Il "épure" le contingent des "affectés spéciaux". Dans un rapport adressé au gouvernement en janvier 1940, il qualifie le communisme d'"ennemi numéro un". Et Hitler dans cela?"

La loi punit toute propagande communiste d'amendes et de prison, et bientôt de mort.

"Le 9 avril 1940, le socialiste Albert Sérol, ministre de la Justice, signe un décret qui prévoit la peine de mort pour les communistes".    

Voir: http://pcf-1939-1941.blogspot.fr/2014/03/decret-loi-du-9-avril-1940-dit-decret_26.html

L'Humanité clandestine n° 38 du 10 avril 1940 dénoncera avec vigueur ce "décret scélérat" pris par un "gouvernement social-fasciste" en soulignant que le Parti communiste ne renoncera pas à son combat contre "la guerre impérialiste" :

 

Le décret scélérat
[...] Mardi, le ministre "socialiste" de la justice, Sérol, a soumis son décret-loi à la signature du président de la République !
Il est vrai que dans la forme, le décret diffère un peu de celui annoncé par l'agence Havas. Au lieu de dire cyniquement que seule sera réprimée la propagande communiste, on parle "d'entreprises de démoralisation de l'armée et de la nation".
Cette hypocrisie dévoile le père spirituel du décret : c'est Blum ! si ce n'était pas de l'hypocrisie, il faudrait commencer par l'appliquer à la racaille des Munichois et des amis de l'espion Abetz, à tous ceux dont les crimes d'hier ont préparé les massacres d'aujourd'hui. Il faudrait l'appliquer aux profiteurs de guerre et aux spéculateurs qui ramassent des fortunes dans le sang et les privations des travailleurs. Il faudrait l'appliquer à Paul Reynaud [président du Conseil et ancien ministre des Finances], auteur d'une fiscalité qui ruine les commerçants et les paysans et affame les familles des mobilisés, aux malfaiteurs du gouvernement qui ont aboli toutes les libertés et qui prétendent maintenant bâillonner le peuple sous la menace de mort !
Ce sont eux qui démontrent à la nation et à l'armée qu'elles ne souffrent et ne se battent ni pour la liberté, ni pour l'indépendance nationale. Leurs actes prouvent que cette guerre est une guerre des riches, une guerre contre le peuple !
S'ils veulent effrayer les communistes, le coup est manqué ! [...]
Vous avez beau prendre des décrets copiés sur ceux de Hitler, vos jours sont comptés messieurs les ennemis du peuples ! [...]
La France de 89, de 48 et de la Commune saura débarrasser le pays de votre tyrannie et laver la honte de vos décrets scélérats !
Avec, à sa tête, un parti trempé comme le Parti communiste, elle sûre de la victoire !
 
A BAS LE DECRET SCELERAT !
A BAS LE GOUVERNEMENT SOCIAL-FASCISTE !
A BAS LA GUERRE !
Le décret Sérol ne fera l'objet d'aucune application entre sa publication en avril 1940 et la fin de la guerre franco-allemande en juin 1940.


Les quatre ouvriers communistes qui seront condamnés à la peine de mort le 27 mai 1940 pour les sabotages des moteurs d'avion de l'usine Farman le seront sur la base de l'article 76 (2°) qui prévoit cette sanction pour "Tout Français qui détruira ou détériorera volontairement un navire, un appareil de navigation aérienne, un matériel, une fourniture, une construction ou une installation susceptibles d'être employés pour la défense nationale, ou pratiquera sciemment, soit avant, soit après leur achèvement, des malfaçons de nature à les empêcher de fonctionner, ou à provoquer un accident".

Un communiste sera amnistié par le président de la République le 18 juin 1940 en raison de son âge. Les trois autres seront exécutés le 22 juin 1940 à Pessac, près de Bordeaux.

   

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27 février 2018 2 27 /02 /février /2018 11:59
Hubert Wulfranc Député PCF, membre de la commission du Développement durable et de l’Aménagement du territoire

Hubert Wulfranc Député PCF, membre de la commission du Développement durable et de l’Aménagement du territoire

Hubert Wulfranc. « Une volonté de condamner le Parlement à l’inaction »
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AURÉLIEN SOUCHEYRE
MARDI, 27 FÉVRIER, 2018
L'HUMANITÉ

Pour les députés PCF, ce second recours aux ordonnances est « un coup de force contre les services publics et les salariés de la SNCF ».

Que pensez-vous de ce nouveau recours aux ordonnances en tant que député ?

Hubert Wulfranc C’est désormais une caractéristique de ce gouvernement : quand il s’adresse aux élus, salariés et citoyens de ce pays, il le fait comme un véritable commandeur maniant les aspects les plus terribles du bonapartisme et de l’autoritarisme. Il y a dans ce nouveau recours aux ordonnances la volonté de condamner le Parlement à l’obéissance et en réalité à l’inaction, mais aussi celle de casser des acquis publics et sociaux, à la manière de ce qui a été fait avec la loi Pénicaud sur le Code du travail. Je vois l’annonce d’Édouard Philippe comme un coup de force contre le Parlement, les services publics et les salariés de la SNCF. Son objectif est de prendre de vitesse la représentation nationale, les cheminots dans toutes leurs représentations syndicales, et les usagers. Je note que le ton de sa déclaration est particulièrement belliqueux. Je pense qu’il choisit délibérément l’épreuve de force, en pensant que le parti godillot de la République en marche et le recours aux ordonnances lui permettront d’assommer le mouvement social. Il ne mesure sans doute pas l’attachement des cheminots et des usagers au service public, aux côtés desquels nous serons.

Le gouvernement estime que la situation nécessite une action rapide…

Hubert Wulfranc Le fait de vouloir prendre à bras-le-corps la situation de la SNCF est une nécessité, mais pour en faire quoi ? Désigner le statut des cheminots et la nature publique de l’entreprise SNCF comme source des difficultés et des dysfonctionnements remarqués est profondément malhonnête. L’exécutif cherche à escamoter les véritables responsabilités. Il veut faire l’impasse sur le rôle des gouvernements successifs dans l’affaiblissement de la SNCF et de la politique du rail en général, avec un sous-investissement chronique qui vise à accélérer une libéralisation rampante. C’est aussi mettre de côté la politique « sociale » de la SNCF, où 40 000 emplois de cheminots ont été supprimés en quinze ans environ. Cette communication est démagogique, et vise à faire avaler le dépeçage de l’entreprise SNCF et du réseau ferré français.

Quels sont les dangers liés à cette réforme ?

Hubert Wulfranc C’est un nouveau cadeau fait au marché, aux entreprises et actionnaires du privé, au détriment de l’intérêt général. On sait très bien que, quand cette ouverture à la concurrence va se traduire en actes, les « partenaires » et filiales privés entrés sur le réseau vont se mener une guerre d’enfer et une concurrence acharnée, dont le maître mot sera la rentabilité. Les lignes et services non rentables seront à terme abandonnés. Ce qu’a annoncé Édouard Philippe sur les petites lignes est un recul temporaire. Il peut tranquillement en parler, dans la mesure où elles seront transférées aux régions. Mais il est bien évident que livrer les lignes au marché revient à faire voter une loi d’éclatement des égalités territoriales. Là où il n’y aura pas de bénéfices à faire, on en viendra à des fermetures. Cette déréglementation annoncée est de plus très grave en matière d’accès à la mobilité, d’aménagement du territoire, et sur le plan écologique et environnemental : ceux qui se frisent les moustaches aujourd’hui sont très certainement les animateurs du lobby routier, dont l’activité est bien plus polluante.

Hubert Wulfranc: une volonté de condamner le Parlement à l'inaction (L'Humanité, 27 février 2018)
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27 février 2018 2 27 /02 /février /2018 06:47
Antisémitisme. La présidente du musée de la résistance nationale visée (Le Télégramme, 26 février 2018)

Le Télégramme, pages France, Monique Keromnès, 27 février 2018

 

Lucienne Nayet, présidente du musée de la Résistance nationale, a été visée, la semaine dernière, par une attaque sur un site négationniste et antisémite de la mouvance néo-nazie. Cette fille de déporté, qui habite aujourd’hui dans le Pays de Morlaix, a, en effet, découvert une photo d’elle détournée, accompagnée d’insultes.

 

« J’ai fait, récemment, une intervention dans un collège du côté de Pau (Pyrénées-Atlantiques). Le site internet en question a repris l’article paru dans La Dépêche du Midi. Sur la photo, où l’on me voit au côté des élèves, ils m’ont placardé une étoile jaune ! Quant aux commentaires qui suivent l’article, ils sont clairement antisémites. C’est la première fois que je suis visée de cette façon. Mon cœur est meurtri… C’est nauséabond et odieux », a réagi Lucienne Nayet qui a déposé plainte à la gendarmerie de Saint-Pol-de-Léon, près de Morlaix (29). Le musée de la Résistance Nationale a également constitué un dossier, envoyé au procureur de la République, afin de « faire interdire ce site et de faire condamner ses rédacteurs, ses hébergeurs, ses financeurs ». Sachant qu’il est hébergé aux États-Unis. Le PCF du Pays de Morlaix a, lui, alerté la préfecture. 

Quatre ans cachée 

Depuis dix ans, Lucienne Nayet ne cesse de témoigner de son histoire et de celle de ses parents qui ont fui l’Ukraine puis la Pologne avant de trouver refuge en France, à la fin des années 30. Elle est née en 1941, alors que son père avait déjà été déporté à Auschwitz, où il trouvera la mort. Elle vivra cachée pendant quatre ans, le temps de la guerre. « Le site sur lequel je suis visée est bien la preuve qu’il y a encore, de nos jours, des relents de cette époque. Il faut témoigner, notamment auprès des jeunes, pour qu’ils développent leur esprit critique. Surtout aujourd’hui, où ils ont accès à beaucoup d’informations ».

Le Télégramme, 26 février 2018 

Lire aussi: 

Attaques antisémites ignobles contre Lucienne Nayet: communiqué des administrateurs du Musée de la Résistance Nationale, 23 février 2018

Notre amie et camarade Lucienne Nayet, fille de déporté à Auschwitz et ex enfant cachée, militante de la mémoire, ciblée par un ignoble site antisémite et néo-nazi

 

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27 février 2018 2 27 /02 /février /2018 06:42
Lucienne Nayet (photo Ouest-France)

Lucienne Nayet (photo Ouest-France)

Ouest-France du 27 février 2018
 
 Delphine Van Hauwaert 
 
Lucienne Nayet, la présidente des musées de la Résistance nationale, a découvert qu’un site internet de la mouvance néonazie a détourné un article relatant une de ses interventions en milieu scolaire. Une plainte a été déposée, mais le site est basé aux États-Unis.
« Quand l’histoire vous revient à la figure comme ça, le cœur est meurtri. » Lucienne Nayet, présidente du réseau des musées de la Résistance nationale, a fait l’objet d’attaques antisémites sur un site internet de la mouvance néo-nazi.
 
« Par hasard, alors qu’une personne a tapé mon nom dans un moteur de recherche, on a découvert, au 3e résultat seulement, un article de ce site. » Il reprend un article paru dansLa dépêche, relatant une intervention de Lucienne Nayet dans un collège près de Lourdes. Sur la photo, une étoile jaune a été placardée sur l’intervenante. Le titre accompagnant l’article est clairement antisémite.

« Difficile de voir l’inhumanité ressurgir »

« Quelle que soit la force qu’on a, c’est difficile de s’endormir après ça. Quand on voit que l’inhumanité peut ressurgir », raconte cette enfant cachée durant la guerreSon père a été tué à Auschwitz, victime de l’antisémitisme.
Une plainte a été déposée à la gendarmerie de Saint-Pol-de-Léon, pour "injure publique à raison de l’originel’ethnie, la nation, la race ou la religion". Une infraction sanctionnée à hauteur de 6 mois de prison et 22 500 € d’amende maximum.

Identifier les personnes derrière les pseudos

Le problème, c’est que le site est basé aux États-Unis. « On a envoyé une réquisition pour essayer d’identifier les personnes derrière les pseudos », indique le capitaine Cyrille Geslin. Il n’exclut pas qu’une ou plusieurs de ces personnes se trouvent sur le territoire national. Pour Lucienne Nayet, c’est presque une certitude : « Le site doit disposer de rédacteurs en France. »
La présidente du réseau des musées de la Résistance nationale intervient très régulièrement dans les établissements scolaires, en particulier dans le pays de Morlaix, où elle réside. « J’utilise mon histoire pour avoir une discussion avec les jeunes. Pour qu’ils aient l’esprit critique face à la masse d’informations à laquelle ils ont accès. De voir des choses comme ça, ça m’encourage encore plus à poursuivre ce combat. »

Le PCF en soutien

Dans un communiqué, les administrateurs du réseau des musées de la Résistance nationale condamnent ces faits et indiquent qu’ils accompagneront Lucienne Nayet « dans toutes les démarches qu’elle a entreprises afin de faire interdire ce site et de faire condamner ses rédacteurs, ses hébergeurs, ses financeurs ».
 
 
Quant au PCF local, qui a dévoilé l’affaire sur son blog, il a demandé « une rencontre au sous-préfet de Morlaix et au préfet du Finistère pour que soit menée l’enquête sur les auteurs anonymes de ces propos abjects ».
 
 
 
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27 février 2018 2 27 /02 /février /2018 06:30
Pour réformer la SNCF, une nouvelle loi à trop grande vitesse (Manuel Jardinaud, Médiapart, 26 février 2018)
Pour réformer la SNCF, une nouvelle loi à trop grande vitesse
 PAR 

Le premier ministre a présenté, ce 26 février, le plan gouvernemental pour le ferroviaire qui reprend les grands axes du rapport Spinetta prônant mise en concurrence des trains, fin de l'entreprise publique et abandon du statut des cheminots. La réforme, qui passera par la voie des ordonnances, doit être adoptée avant l'été alors qu'elle ne faisait pas partie du programme d’Emmanuel Macron.

 

La bataille du rail ne fait que commencer. Le premier ministre Édouard Philippe a présenté ce lundi 26 février le projet gouvernemental sur la réorganisation de la SNCF à la suite du rapport de Jean-Cyril Spinetta sur l’avenir du transport ferroviaire, rendu public dix jours auparavant.

Dans les grandes lignes, le pouvoir fait siennes les propositions de l’ancien PDG d’Air France sur la situation du ferroviaire en France, qui préparait les esprits à un big bang du réseau ferré. Le discours est, à majorité, identique : « Une situation alarmante, pour ne pas dire intenable », affirme le premier ministre. Selon lui, le diagnostic du rapport Spinetta « est sévère, mais malheureusement juste ».

Une société surendettée, un service défaillant et une obligation de préparer à l’ouverture à la concurrence dès 2019 : ces trois éléments doivent mener à une évolution du statut des cheminots, au motif qu'il entraverait toute transformation sociale et économique. Mais la raison sociale de l’entreprise publique évoluera aussi, pour porter une stratégie offensive et des investissements. Et une nouvelle organisation est au programme, pour déployer la « nouvelle SNCF ».

Seule concession – de taille néanmoins – faite pour ne pas s’attirer les foudres des élus locaux, et des Régions en particulier : le gouvernement n’entend pas dans l’immédiat s’attaquer à la fermeture des lignes dites « petites », déficitaires et peu fréquentées, dont le rapport Spinetta proposait de fermer une grande partie. Selon le rapport, elles mobilisent actuellement 16 % des moyens financiers, voient passer moins de 10 % des trains et transportent seulement 2 % des voyageurs.

Dans le bras de fer précédant le projet de loi, qui devrait être déposé mi-mars selon Édouard Philippe, les Régions ont donc gagné une manche. C’est d’ailleurs le sens du communiqué que leur association n’a pas manqué de diffuser sitôt le discours du premier ministre terminé. « Les Régions se réjouissent de cette décision. Elles resteront néanmoins très vigilantes sur le financement de ce réseau capillaire, nécessaire à l’irrigation des territoires, en particulier au respect des Contrats de Plan État Régions permettant sa rénovation », a-t-elle déclaré.

Les syndicats, en revanche, sortent groggy de cette présentation, même si l’exécutif assure que cette loi n’inclura pas la réforme du régime spécial des retraites des cheminots, laquelle attendra celle du régime général d’ici à 2020. Sans surprise, Édouard Philippe a annoncé la fin du statut des salariés propre à l’entreprise publique pour tous les nouveaux entrants. Les organisations syndicales maison ont appelé à manifester au cours du mois à venir afin de s’opposer à cette mesure déjà évoquée.

La gauche a vivement réagi à l’annonce des propositions gouvernementales. Une partie des élus de La France insoumise a prestement tweeté son opposition farouche au projet d’Édouard Philippe. Adrien Quatennens, député du Nord, évoque « l’assaut final du libéralisme effréné », alors que son collègue de Seine-Saint-Denis Éric Coquerel indique que privatiser la SNCF est « socialement et écologiquement une catastrophe ».

Chacun pointe aussi l’un des aspects les plus problématiques de cette réforme : la décision d’utiliser la voie législative par ordonnances, confirmée par le premier ministre.« Face à l’urgence, le gouvernement est déterminé à en faire voter les principes clés avant l’été. [...] C’est pourquoi, à la mi-mars, nous déposerons un projet de loi d’habilitation au Parlement », a-t-il annoncé en fin de discours. Une loi TGV en somme, en tout cas une volonté d'aller vite, principe macronien par excellence.

La méthode, en tout point, relève de celle utilisée pour réformer le code du travail durant l’été 2017, le premier ministre promettant « des concertations méthodiques sur les différents aspects de la réforme » tout au long du processus législatif. « Les ordonnances Travail ont prouvé que cette méthode ne confisque aucunement le débat, bien au contraire – sauf à considérer que 300 heures de concertation et une centaine de réunions n’auraient pas laissé assez de temps à l’expression des opinions contradictoires », a argué le chef du gouvernement.

Une réforme absente du programme d’Emmanuel Macron

Là se niche peut-être une faute politique, ou du moins une erreur de stratégie que l’exécutif pourrait payer dans l’avenir. D’abord parce que considérer que les concertations sont l’alpha et l’oméga du consensus autour d’une réforme relève évidemment d’une chimère. À l’issue de celle organisée pour la réforme du code du travail, et malgré le bon a priori formulé au long du processus par FO et la CFDT, force est de constater que l’ensemble des syndicats en est ressorti au moins déçu, sinon véritablement en colère quant au contenu présent dans les ordonnances.

Comme l’avait documenté Mediapart, dès la fin juillet 2017, la confiance entre organisations syndicales et gouvernement avait commencé à se fissurer. Des consultations en silo, le refus d’organiser des rencontres plénières réunissant l’ensemble des partenaires sociaux et un jeu de chat et de la souris entre le cabinet de Muriel Pénicaud et certaines centrales avaient rapidement entamé la belle façade du dialogue social moderne sauce Macron.

À l’époque, le chef de file de la CGT, Fabrice Angeï, déclarait à Mediapart : « Il y a plus une volonté d’habillage que de dialogue réel. Nous n’avons pas vraiment discuté : chacun a seulement présenté ses intentions et ses positions. Là où la ministre parle de changement de paradigme, nous pensons que le projet gouvernemental va créer un bouleversement, une véritable destruction du droit du travail. » Une analyse qui ne plaide pas forcément pour renouveler une telle méthode, pour une réforme par ailleurs hautement inflammable.

La stratégie d'asphyxie, en place depuis le début du quinquennat, est une nouvelle fois à l’œuvre avec quatre thèmes de discussion mis au débat, en même temps et à la fois. De quoi déconcerter à nouveau tous les acteurs du secteur qui pourront, certes, se sentir écoutés, mais pas forcément entendus. D'autant que les concertations auront lieu en concomitance avec les débats parlementaires sur le projet de loi d'habilitation…

De toute façon, le premier ministre aura prévenu : « Si certains sujets s'enlisent, au cours des concertations, en pâtissant de tentatives d'obstruction ou de rapports de force verrouillés, si certains tentent de confisquer le débat ferroviaire pour le pervertir en un débat idéologique déconnecté des besoins de mobilité des Français, alors le gouvernement prendra ses responsabilités. »

Demain concernant la SCNF, comme hier pour le code du travail, le gouvernement a posé un cadre strict de discussions à l'intérieur duquel il est difficile de voir en quoi les organisations syndicales pourront influer pour conserver des protections propres à l’entreprise et aux métiers du ferroviaire. Pour parer à la critique de destruction du contrat social au sein de la SNCF, et prendre en compte les spécificités des différentes professions, le premier ministre a indiqué qu’il demanderait « qu’une négociation s’ouvre au niveau de la branche, sur les garanties qui seront données en contrepartie de ces contraintes ».

Un discours censé rassurer les futurs salariés de l’entreprise publique. Oubliant néanmoins que, justement, la réforme du code du travail a amenuisé le pouvoir de l’accord de branche sur celui de l’entreprise, au sein de laquelle les organisations syndicales ont également perdu en influence. L'effet « perdant-perdant » est patent.

Autre écueil de la stratégie gouvernementale : opérer par ordonnances sur une réforme qui n’a pas – ou peu – été annoncée durant la campagne présidentielle. Et ce bien qu’Édouard Philippe affirme : « Sur ce sujet comme sur d’autres, le président de la République a fixé le cap durant la campagne. »

Or il n’y a nulle trace d’une telle réforme d’ampleur dans le programme, tel qu’il est encore aujourd’hui accessible par chacun. Au chapitre « Mobilité », il est fait mention« d’un plan d’urgence d’investissement de rénovation (rail et route) ». En aucun cas une transformation de la SNCF de fond en comble n’est indiquée, ni même sous-entendue.

La véritable déclaration du président de la République sur cette réforme ne date que du 1er juillet 2017, soit après son accession à l’Élysée. Comme le rappelait récemment Mediapart, Emmanuel Macron avait annoncé ses intentions à bord du TGV qui inaugurait la ligne Le Mans-Rennes. Il promettait un big bang pour la SNCF. « Pour être franc, je pense que le modèle sur lequel on a vécu, le mythe de la SNCF, n’est pas celui sur lequel on construira la SNCF du XXIe siècle. Votre défi sera de ne pas rester sur la protection du passé […]. Le vrai défi sera de dire : si vous voulez défendre votre entreprise, il faut la réinventer », avait-il déclaré à des cheminots conviés à faire partie du voyage.

 

Sur la réforme du code du travail, l’exécutif appuyait sa légitimité sur le fait qu'Emmanuel Macron en avait déjà rendu les grands axes publics avant son élection. Point d’une telle légitimité dans les urnes aujourd’hui, concernant la SNCF. Même si le premier ministre en appelle aux citoyens pour justifier cette transformation radicale –« Il est temps d’oser mener la réforme que tous les Français savent nécessaire » –, l’argument du passage en force pourra, cette fois, obtenir un large écho.

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27 février 2018 2 27 /02 /février /2018 06:25
Proche-orient. L’appel de Mahmoud Abbas pour la reconnaissance de l'Etat Palestinien et une conférence internationale relayé à l’Assemblée
Proche-orient. L’appel de Mahmoud Abbas relayé à l’Assemblée
THOMAS LEMAHIEU
VENDREDI, 23 FÉVRIER, 2018
L'HUMANITE

Les députés communistes et FI réclament la reconnaissance immédiate de l’État palestinien. Mais, pour le gouvernement, il semble toujours urgent d’attendre.

Mardi, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, Mahmoud Abbas a réclamé la reconnaissance de l’État palestinien et l’invention d’un « mécanisme multilatéral » permettant l’organisation d’une conférence internationale pour ne pas laisser les coudées franches à Netanyahou et Trump. Jeudi, l’appel du président de l’Autorité palestinienne a été relayé par les parlementaires communistes et France insoumise lors d’un débat sur « l’évolution de la situation au Moyen-Orient et la reconnaissance de l’État palestinien ». Malgré l’intitulé de la séance, les députés macronistes ont, eux, soigneusement évité de se prononcer explicitement sur la reconnaissance de l’État palestinien.

« La France ne peut plus attendre »

S’appuyant sur la résolution, votée en décembre 2014, qui invitait le gouvernement français à reconnaître l’État palestinien – une résolution visant à obtenir le règlement définitif du conflit, mais que les exécutifs ont choisi d’ignorer jusqu’à présent –, Jean-Paul Lecoq appelle avec vigueur la France à « redevenir, en tant que membre permanent au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, mais aussi entourée des grandes nations européennes au sein de l’Union, un acteur de premier plan pour la paix au Proche-Orient ». « La reconnaissance de l’État palestinien par la France donnerait sans conteste du poids à notre diplomatie dans la résolution de ce conflit, appuie-t-il. Loin d’être un geste unilatéral, le fait de rejoindre les 138 pays qui reconnaissent cet État serait un geste diplomatique d’envergure. Cette reconnaissance par la France serait un signal positif envoyé à l’ONU avant la mise en place de la conférence internationale que Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, appelle de ses vœux. Paris pourrait être le siège de cette grande conférence. Ce geste diplomatique enverrait un signal fort à Israël en lui signifiant que la France, bien que pays ami, pourrait se montrer plus ferme quant aux agissements militaires israéliens en Palestine. »

Pour Clémentine Autain, « la France ne peut plus attendre ». Et de souligner : « Seul le peuple palestinien continue de respecter les règles de droit international, renouvelant son attachement à une solution à deux États et aux résolutions de l’ONU. Mahmoud Abbas l’a rappelé devant le Conseil de sécurité mardi, en demandant une conférence de paix internationale et multilatérale. Reconnaître l’État palestinien n’est pas une prise de position pour l’un ou l’autre peuple. C’est la simple application du droit, de la justice, de l’humanité. C’est garantir la paix et la stabilité d’une région fortement menacée. »

Dans ses réponses, Jean-Yves Le Drian veut bien admettre que la question de la reconnaissance de l’État palestinien « connaît une actualité nouvelle » après l’intervention de Mahmoud Abbas devant le Conseil de sécurité de l’ONU, mais refuse d’aller plus avant. Dans une référence à la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par les États-Unis de Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères renvoie toute décision sur le sujet à plus tard : « Reconnaître l’État palestinien aujourd’hui, ce serait une réaction unilatérale à une position unilatérale qui a créé du trouble dans la région », estime-t-il en réponse à Jean-Paul Lecoq. Se retranchant par ailleurs derrière l’attente d’un « plan de paix américain » – ce qui a vraiment de quoi préoccuper –, Jean-Yves Le Drian renvoie à la position jupitérienne d’Emmanuel Macron : « Le président de la République reconnaîtra l’État palestinien au moment où il le jugera opportun. »

Rubrique Monde
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