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12 novembre 2021 5 12 /11 /novembre /2021 06:49

Des millions de familles peinent à se chauffer. Pour alerter sur les conséquences sociales, sanitaires et écologiques qui en découlent, la Fondation Abbé-Pierre s’associe à 19 partenaires pour faire de ce 10 novembre la Journée contre la précarité énergétique.

Certains allument le chauffage quand la température des chambres tombe sous les 14 degrés. D’autres sont contraints de choisir entre manger et payer leur facture d’électricité. La précarité énergétique concerne aujourd’hui en France 12 millions de personnes, prises en étau entre logements mal isolés et hausse des prix de l’énergie.

1. Une urgence sociale

Concrètement, cela signifie qu’elles n’arrivent pas à se chauffer correctement en hiver faute de moyens et/ou d’un logement bien isolé. Cela signifie que deux familles sur dix consacrent plus de 8 % de leurs revenus aux dépenses d’énergie. Ils sont même 53 % à devoir restreindre leur consommation d’énergie, au risque d’avoir froid, pour limiter leur facture énergétique. En 2019, le nombre de sollicitations d’étalement des factures auprès du médiateur de l’énergie a bondi de 17 % par rapport à l’année précédente et 280 000 coupures d’électricité pour impayés ont été effectuées. « Si, en 2020, le nombre de coupures a un peu baissé du fait de l’allongement de la trêve hivernale (durant laquelle les coupures ne sont pas autorisées), on constate depuis 2021 une forte augmentation », précise Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre.

 

Une situation qui risque encore de s’aggraver avec l’augmentation du prix du gaz, de l’électricité et du fioul, depuis le début de l’année. « Le chèque de 100 euros ne compense pas du tout l’augmentation du prix de l’énergie, note Christophe Robert. Il faudrait, dans un premier temps, une aide substantielle de l’ordre de 700 euros pour aider les 2,3 millions de ménages modestes à régler leurs factures. » Durant la dernière décennie, la précarité énergétique s’est accrue en même temps que la pauvreté. Le coût de l’énergie, évalué aujourd’hui à 1 600 euros par an et par foyer en moyenne, n’a cessé de croître. Améliorer la qualité thermique des logements est une solution efficace pour regagner confort et pouvoir d’achat, mais pas forcément accessible aux plus précaires, freinés par le reste à charge qu’ils ne peuvent assumer. « Il faudrait arriver à une prise en charge intégrale de la rénovation pour ceux qui vivent dans des passoires énergétiques mais ne peuvent pas payer 5 000 à 10 000 euros pour isoler leur logement », explique le délégué général de la Fondation Abbé-Pierre. Sachant que l’habitat pavillonnaire représente plus de la moitié des logements français et que l’essentiel des maisons individuelles construites avant 1975 sont très consommatrices en énergie, le parc à rénover est colossal.

2. Des conséquences délétères sur la santé

La précarité énergétique a des conséquences sur la santé des personnes, tant sur le plan physique que moral. « Les plus précaires qui n’arrivent pas à se chauffer se cachent. Ils ont honte de leur situation, ce qui les rend d’ailleurs difficiles à repérer et à aider », illustre Jean-Pierre Goudard, coprésident du Cler-Réseau pour la transition énergétique, qui l’a constaté à Grandris (Rhône), le village dont il est maire. Outre les problèmes psychiques liés à l’isolement social, souffrir du froid en hiver et de la chaleur en été favorise les allergies et les maladies respiratoires chroniques. Les risques d’accident augmentent quand des expédients ou des appareils défectueux sont utilisés. La santé des personnes qui doivent choisir entre se chauffer et manger correctement est aussi mise à mal, tout comme celle des personnes qui renoncent à des soins faute de moyens. Selon un calcul du collectif Rénovons !, la remise aux normes de toutes les passoires thermiques permettrait d’économiser 800 millions d’euros de dépenses de santé.

3. Un désastre sur le plan climatique

Si les transports restent le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre sur le territoire français, les bâtiments représentent 20 % de ces émissions, le fioul et gaz étant encore largement utilisés. « L’impact climatique des maisons si mal isolées que leurs occupants chauffent autant l’extérieur que l’intérieur est désastreux. Sans un vrai programme de rénovation, il sera impossible d’atteindre la neutralité carbone en 2050 », prévient Anne Bringault, coordinatrice des programmes au Réseau Action Climat.

Le problème, c’est que les occupants des logements les moins performants énergétiquement seront ceux qui risquent de souffrir le plus du réchauffement climatique, via l’augmentation des épisodes caniculaires et des phénomènes météorologiques violents. L’enjeu climatique se cumule donc avec l’enjeu de justice sociale, à l’échelle globale, mais aussi européenne. «  La transition énergétique ne peut se résumer à une augmentation du prix de l’énergie carbonée, qui pénalise les plus pauvres, plaide Anne Bringault . Il faut absolument que ces publics soient prioritaires en ce qui concerne la rénovation énergétique, sinon ils subissent une double peine intolérable. »

4. Des subventions publiques difficilement accessibles

Difficile de s’y retrouver dans la jungle des aides à la rénovation du logement. Pourtant, celles-ci représentent 4 milliards d’euros par an, répartis sur une quinzaine de dispositifs. Mais, pour les précaires qui ne savent pas à qui s’adresser, il est quasiment impossible d’en bénéficier. « La prime Rénov’ , par exemple, n’est accessible que via Internet. Les victimes de la fracture numérique ne peuvent y accéder  », regrette Jean-Pierre Goudard. Pour pallier ce problème, le Réseau des acteurs contre la pauvreté et la précarité énergétique dans le logement (Rappel) et le service local d’insertion pour la maîtrise de l’énergie (Slime) mobilisent un millier de travailleurs sociaux pour repérer et accompagner les ménages vivant dans des passoires énergétiques. Depuis trois ans, 52 000 foyers ont été aidés. «  On fait du porte-à-porte pour repérer les personnes en grande précarité, qui n’ont pas forcément conscience que rénover leur logement peut leur permettre de faire des économies et ne savent pas qu’elles peuvent être accompagnées », précise Jean-Pierre Goudard. Mais ce dernier reconnaît que les moyens mis en œuvre pour multiplier ces dispositifs d’accompagnement sont encore largement insuffisants.

Ces programmes ont aussi pour mission de déployer une ingénierie financière pour mobiliser toutes les aides exceptionnelles possibles afin d’absorber les 10 à 20 % de reste à charge, une fois les subventions usuelles acquises. Autre solution : convaincre les banques d’accorder plus de prêts sur la base des économies futures. «  Une rénovation performante permet de diviser par 4 à 8 les factures de chauffage. On pourrait imaginer des prêts bancaires dont les mensualités n’excèdent pas la facture d’énergie d’avant rénovation. Une famille qui payait 200 euros de factures payerait 150 euros de remboursement de prêt et 50 euros pour sa consommation énergétique », avance Vincent Legrand, directeur général de Dorémi, une entreprise à but d’intérêt général, qui aide à la rénovation des maisons individuelles.

5. Des rénovations partielles inefficaces

Adosser le financement des rénovations aux économies futures ne peut fonctionner que si ces dernières sont effectives. Le problème, c’est que 75 % des travaux de rénovation énergétique ne permettent même pas d’améliorer le classement énergétique des habitations (une maison classée F ou G n’atteint pas la classe E)… En cause : la mauvaise qualité des travaux effectués, faute d’artisans compétents. Et aussi des rénovations réalisées au coup par coup, non de manière globale. Les aides cumulées sont plus importantes si les ménages les sollicitent séparément. Ce qui ne produit aucun résultat tangible sur les factures de chauffage. « Sans rénovation globale, en isolant l’ensemble du bâtiment, les murs, le toit, en changeant les menuiseries, mais aussi la chaudière et le système de ventilation, on ne peut espérer des résultats probants », prévient Vincent Legrand. Sylvain, retraité de 65 ans, peut en témoigner. Confronté à un problème d’isolation de l’humidité, une chaudière énergivore et une toiture dégradée, il a fait le choix de tout rénover. « On ne voulait pas peler de froid l’hiver . » Remplacement de toutes les fenêtres par du double vitrage, pose d’une chaudière à condensation à basse température, pose de 14 centimètres de laine de roche pour isoler les murs et rénovation de la toiture. Le couple a bénéficié de 8 000 euros d’aides sur un total de 30 000 euros de travaux, dont le paiement a été étalé sur plusieurs années. Aujourd’hui, ils ne regrettent en rien l’investissement, d’autant qu’ils « consomment moins ». Leur facture mensuelle de gaz a été divisée de plus de la moitié, passant de 260 à 105 euros, et ce en chauffant davantage leur logement.

6. Des ambitions à réévaluer

La loi du 8 novembre 2019, relative à l’énergie et au climat, impose un seuil maximal de consommation énergétique, au-delà duquel un logement doit être considéré comme indécent. Le gouvernement l’a fixé à 500 kWh/m2/an, à partir du 1er janvier 2023. Cette limite est jugée si faible qu’un nombre limité de passoires thermiques seront interdites à la location à cette date. Aucune sanction n’est prévue pour les propriétaires bailleurs proposant des logements indécents. Leur imposer des amendes dès 2025 pourrait pourtant permettre d’abonder un fonds de soutien aux locataires les plus en difficulté.Enfin, pour que les sommes considérables investies dans la rénovation énergétique atteignent leurs objectifs, il faudrait que les pouvoirs publics ne les considèrent pas uniquement comme un instrument de soutien au secteur du bâtiment. La mise en place d’un réel système de contrôle des travaux permettrait que ceux-ci bénéficient aux occupants des logements et servent l’intérêt général à travers la préservation du climat. Un changement de paradigme.

Faire de l’accès à l’énergie un droit constitutionnel

Pour la CGT, si l’accès à l’énergie est à ce point entravé aujourd’hui, c’est d’abord à cause de la confiance aveugle qui a été placée dans les prétendues vertus du marché. « Vingt ans de libéralisation du secteur ont abouti au doublement du prix du gaz, et à une hausse presque similaire pour l’électricité, souligne Fabrice Coudour, secrétaire fédéral FNME-CGT, chargé de l’action revendicative. Or, 10 % de hausse aboutissent à 400 000 personnes de plus en situation de précarité énergétique. » Pour contrer ce phénomène, le syndicat propose que l’accès à l’énergie devienne un droit constitutionnel, de revenir à des tarifs régulés, ou encore de passer à une TVA à 5,5 %, et non plus 20 % comme aujourd’hui. « En clair, il faut sortir l’énergie du marché, qui n’a eu que des effets délétères », insiste Fabrice Coudour.

 

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12 novembre 2021 5 12 /11 /novembre /2021 06:43

 

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11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 13:13
Tribune de Fabien Roussel dans le Monde

Tribune de Fabien Roussel dans le Monde

Le 2 décembre 2021, dans le cadre de notre niche parlementaire, nous défendrons une proposition de résolution pour rendre inéligibles les individus condamnés pour incitation à la haine. Être élu est un honneur et une responsabilité qui implique de respecter les valeurs qui constituent le socle de notre modèle républicain.

Lire la tribune de Fabien Roussel au Monde

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11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 07:20

Les mardis de l’Education Populaire : conférence sur Marcel CACHIN le mardi 14 décembre (18 h – local PCF Morlaix)

Une belle conférence sur le Chili s’est tenue le mardi 21 septembre à Plourin les Morlaix.

Un beau succès.

Une nouvelle conférence se tiendra le mardi 14 décembre (18 h – local PCF Morlaix) avec l’écrivain, journaliste, historien Georges CADIOU autour de son livre sur Marcel CACHIN, un breton émancipé, une des grandes figures des premières décennies du PCF, directeur de l’Humanité, breton et amoureux de la Bretagne, de sa langue et de sa culture.

Georges Cadiou nous parlera aussi de son livre publié en 2021 aux éditions Yoran Embanner, "Marcel Cachin, un breton émancipé", le dimanche 28 novembre à l'espace livres de la fête de l'Humanité Bretagne à 15h (parc des expositions de Lorient)

Georges Cadiou présent pour les Mardis de l'éducation populaire à Morlaix le 14 décembre (conférence sur Marcel Cachin, un breton émancipé) et à la fête de l'Humanité Bretagne le dimanche 28 novembre

Présentation du livre de Georges Cadiou:

Marcel Cachin, un breton émancipé

Yoran Embanner, 2021 - 16€

Compagnon de Jean Jaurès, directeur de « L’Humanité » pendant 40 ans, député, sénateur, Marcel Cachin est surtout connu pour avoir été le principal fondateur du Parti communiste français lors du célèbre Congrès de Tours à la fin du mois de décembre 1920. Né à Paimpol, Marcel Cachin fut, tout au long de sa vie, un fervent anticolonialiste, ardent défenseur de la République espagnole, antifasciste militant, soutien de la cause arménienne et de la création de l’état d’Israël à ses débuts. Il fut aussi un militant breton, défenseur acharné de la langue bretonne qu’il parlait. En 1947, avec Pierre Hervé, député communiste du Finistère, originaire de Lanmeur, il présenta à l’Assemblée nationale un projet de Loi sur l’enseignement du breton à l’école publique, projet qui fut ensuite dénaturé par la coalition dite de Troisième force, socialistes et centristes, pour donner la pâle Loi Deixonne. Marcel Cachin savait que la Bretagne était davantage qu’une région, il l’a dit et écrit dans ses carnets personnels publiés voici quelques années par le CNRS. Marcel Cachin n’a évidemment pas échappé aux dérives du siècle dernier. Il croyait fermement aux promesses de la Révolution d’Octobre, ce qui l’amena, comme beaucoup d’autres, à cautionner le stalinisme qui enterra bien des espoirs de libération humaine. Marcel Cachin n’avait pas encore de biographie. On se demande pourquoi lorsque l’on voit le nombre de publications sur d’autres hommes politiques qui furent ses contemporains !

Georges Cadiou, déjà connu pour avoir dénoncé les dérives du Mouvement breton au moment de l’Occupation dans son livre « L’hermine et la croix gammée » revient ici sur la vie foisonnante de Marcel Cachin, ce « Breton émancipé » qui fut à l’origine d’une association de Bretons de la Région parisienne portant ce nom dans les années 1930. Une réflexion sur un siècle tragique d’espoirs et de désillusions pour mieux appréhender les défis qui nous attendent. Un livre salutaire, une biographie que l’on attendait !

Georges Cadiou présent pour les Mardis de l'éducation populaire à Morlaix le 14 décembre (conférence sur Marcel Cachin, un breton émancipé) et à la fête de l'Humanité Bretagne le dimanche 28 novembre
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11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 07:17
Retraites: pourquoi nos régimes spéciaux sont bénéfiques à tous? - Thierry Durand (CGT Cheminots), Benoît Teste (FSU), Catherine Mills (maîtresse de conférence)
Retraites. Pourquoi les régimes spéciaux sont-ils bénéfiques à tous ?
Mardi 9 Novembre 2021

Les libéraux présentent les statuts spécifiques comme étant défavorables à l’ensemble de la population et multiplient les idées reçues.  Benoît Teste, secrétaire général de la FSU ;  Catherine Mills, maîtresse de conférences honoraire, directrice de la revue Économie & Politique ; et Thierry Durand, secrétaire fédéral de la CGT cheminots, en charge de la protection sociale, nous expliquent pourquoi il importe au contraire de les défendre.

 

Ils compensent les inégalités face au travail

Benoît Teste, FSU. © Julien Jaulin/Hans Lucas

Benoît Teste Secrétaire général de la FSU

Défendre les régimes spéciaux de retraite fait partie de la lutte contre la régression néolibérale qui, prétendant agir au nom de l’égalité, vise en réalité un alignement vers le bas et au final la destruction de tout ce qui peut ressembler à un droit social.

Historiquement, les régimes spéciaux ont fait figure de modèle, servant de point d’appui tant pour conquérir la reconnaissance d’un droit à la retraite que pour obtenir la mise en place d’une couverture vieillesse généralisée à l’ensemble des actifs, à la Libération, puis son amélioration dans les années 1960-1970. Pionniers, créés pour certains dès le XVIIIe siècle (invalides de la marine, Opéra de Paris), particuliers à certains statuts (fonctionnaires) ou branches d’activité (chemins de fer, mines, industries électriques et gazières), ce sont des régimes par répartition, ils garantissent souvent un taux de remplacement élevé pour une carrière complète, et ils ne font pas ou très peu de distinction régime de base/régime complémentaire : pour l’essentiel, la pension servie repose donc sur le nombre d’années cotisées au régime en référence à un salaire de fin de carrière.

Ce sont aussi des régimes où, pour des raisons de sécurité (contrôle aérien, conduite de train), ou du fait de leurs sujétions particulières (dangerosité, horaires décalés), l’âge d’ouverture des droits peut être plus précoce. Ce dispositif est toutefois de plus en plus contrecarré par l’augmentation du nombre de trimestres requis et la mise en place de la décote.

Reproche courant : en offrant des niveaux de pension élevés – par exemple, la Cour des comptes chiffre la pension moyenne des nouveaux retraités à 2 636 euros brut à la SNCF –, ces régimes phagocyteraient les ressources des autres. Or, il faut se garder des comparaisons hâtives : les chiffres sont donnés pour un assuré qui justifierait d’une carrière complète, ce qui est loin de correspondre désormais à la réalité. Si l’on regarde les montants réels, les chiffres sont déjà moins spectaculaires, on n’est déjà plus qu’à 2 271 euros brut à la SNCF (Drees, 2019). Et s’ils peuvent encore paraître élevés au regard de la pension moyenne tous régimes confondus (1 474 euros par mois), il ne faut pas oublier qu’ils reflètent aussi des niveaux de qualification plus élevés.

Les besoins de financement de ces régimes sont en grande partie liés à des évolutions démographiques défavorables (certains régimes n’ont plus de cotisant.e.s), voire à des décisions politiques (la fin du recrutement sous statut, le gel du point d’indice et le développement de l’indemnitaire non pris en compte dans l’assiette des cotisations dans la fonction publique). Et certains de ces régimes spéciaux – notamment celui des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers – sont même contributeurs nets.

Qualifier de privilèges des régimes qui, grâce à leurs spécificités, contribuent mieux que les autres à compenser les inégalités face au travail et à donner un niveau de vie décent à leurs retraité.e.s, c’est chercher à diviser les travailleurs pour masquer la régression sociale que provoquerait pour tous, y compris ceux qui n’en relèvent pas, la suppression de ces régimes.

Un apport pour toute la société

Catherine Mills, économiste. © Joël Lumien

Catherine Mills Maîtresse de conférences honoraire, directrice de la revue Économie & Politique

Pourquoi cet acharnement contre les régimes spéciaux de retraite ? On les présente comme un boulet, invoquant même 42 régimes, alors qu’il y en a 9 au sens strict – on peut y ajouter les régimes de la fonction publique. Ce sont des régimes dont bénéficient les salariés de grandes entreprises publiques (SNCF, RATP), ou de branches comme celle des industries électriques et gazières (EDF, GDF). Ils ne représentent que 1,5 % des actifs et 3 % des retraités. Leur disparition n’apporterait aucune solution au financement global des retraites.

Leur histoire originale articule leurs conquêtes liées aux luttes et le besoin de développement du pays. La réponse aux luttes des cheminots ou des mineurs s’explique par l’importance de ces secteurs pour l’économie et la nécessité de fidéliser et de qualifier ces salariés. C’est aussi une réponse à la pénibilité, la fréquence des astreintes et les conditions de travail difficiles. Les régimes spéciaux jouent ainsi le rôle des dispositifs de préretraite des salariés du privé. La retraite est intégrée dans la négociation salariale, un certain niveau de retraite compensait le refus de relever les salaires. Ces régimes spéciaux ne calculaient pas la future pension sur une moyenne de vingt-cinq années mais le plus souvent sur la moyenne des six derniers mois (parfois sur le dernier mois de salaire).

Le financement des régimes spéciaux de retraite est assuré par des cotisations sociales des salariés et du patronat. Mais la baisse importante du nombre d’actifs explique que les cotisations ne couvrent plus complètement les prestations. Des subventions d’État et des transferts de recettes du régime général ou de certains régimes spéciaux comme celui des industries électriques et gazières assurent la compensation du déséquilibre démographique structurel de certaines caisses de retraite. Le régime général (Cnav) y contribue pour la moitié des ressources.

Détruire ces régimes spéciaux de retraite est une obsession libérale. Après les tentatives du plan Juppé en 1995-1996, qui se heurtent à une grève historique. Les réformes Fillon de 2003 et de 2010 concernent d’abord les régimes de fonctionnaires pour lesquels on aligne progressivement la durée de cotisation sur celle des salariés du privé (de 37,5 ans à 40 ans). Puis, tous les régimes (41 ans en 2012), avec la création d’une décote douloureuse. En 2010, ce sera le cas des établissements publics à caractère industriel et commercial. Mais la réforme Macron va beaucoup plus loin, c’est une attaque systémique avec la volonté de les faire disparaître dans le régime dit universel, en réalité unique. Cependant, la gravité de ces attaques serait contre-productive. La durée de cotisation serait portée à 172 trimestres, soit 43 ans, avec l’instauration d’une décote par trimestre manquant. On cherche à opposer les catégories de salariés les unes aux autres, au lieu de résoudre les vraies inégalités et le financement des retraites.

C’est la destruction de l’emploi et du service public, liée à la politique de l’État et des entreprises du secteur public, qui est le cœur de cette réforme et conduit à la catastrophe. Avec la réforme en cours, les recrutements ne se feront plus au statut.

Il faut passer des attaques contre-productives au besoin d’alternatives. La question fondamentale est celle de l’augmentation des effectifs cotisants. Des réformes novatrices pourraient harmoniser les régimes de retraite vers le haut, en élargissant les avancées sociales des régimes spéciaux de retraite à l’ensemble des métiers et salariés d’une branche, à l’ensemble des régimes. Les principes doivent être ceux de la répartition, à prestations définies, en garantissant le financement. Il s’agirait de prendre en compte les meilleures années de salaire, les années d’études, de reconnaître la pénibilité du travail avec un départ avant 60 ans à taux plein, ainsi que pour ceux qui ont commencé à travailler tôt. Cela permettrait d’améliorer la retraite minimale, la situation des précaires, des femmes, celle des familles, par exemple, en alignant les annuités pour enfants dans le public sur le privé.

Une réforme de progrès de ces régimes pourrait être un apport à toute la société, pour sortir de la crise systémique et marcher vers une nouvelle civilisation. Elle s’inscrit dans le besoin de développer les services publics, de renouveler la force de travail en quantité et en qualité, de sécuriser l’emploi et la formation.

[Catherine Mills a coordonné l’ouvrage « les Retraites, un bras de fer avec le capital », Delga, 2019.]

Élargir l’intervention de la Sécurité sociale

Thierry Durand, CGT cheminots. © Allaoua Sayad

Thierry Durand Secrétaire fédéral de la CGT cheminots, en charge de la protection sociale

La définition de la retraite pourrait être la suivante : le droit d’arrêter de travailler, à un âge donné, en conservant les moyens de vivre dignement et sans dégradation de son niveau de vie. Ces besoins, cette aspiration des travailleurs sont aussi anciens que le travail lui-même. C’est en ce sens que les premiers régimes de retraite ont été mis en place afin de fidéliser la main-d’œuvre. Des régimes pionniers, par répartition, se sont constitués avant la Seconde Guerre mondiale (fonctionnaires, cheminots, marins, mineurs…). Les droits de ces régimes reposent sur des conditions d’exercice particulières des métiers (pénibilité, contraintes du service public, déplacements…) et sont financés par des contributions spécifiques.

En parallèle, les régimes par capitalisation de retraites ouvrières et paysannes s’écroulent pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est dans ce contexte et au vu de cette expérience que le programme « Les jours heureux » du Conseil national de la Résistance envisage un « plan complet de Sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail ».

Le projet de Sécurité sociale se veut un système national poursuivant l’objectif de couvrir l’ensemble des travailleurs, y compris artisans, commerçants… Les non-salariés (artisans, commerçants, agriculteurs…) refusent cependant d’y être affiliés, pour ne pas cotiser pour les salariés. Ils demanderont finalement à y entrer dans les années 1950. On créera pour eux des régimes spéciaux (différents des régimes historiques) qui seront très rapidement déficitaires et compensés par le régime général des salariés.

L’unification des régimes se révèle donc impossible, s’y ajoutant le fait pour les salariés de mécanismes différents justifiés par des logiques de carrières différentes, mais également au regard du taux de remplacement (retraite) envisagé de 40 % à 65 ans, moins favorable que les prestations servies par les régimes historiques. Le choix est alors fait de maintenir les régimes dits « spéciaux », en attendant que la Sécurité sociale élève le niveau de ses prestations jusqu’au niveau des régimes préexistants. Le caractère « spécial » des régimes dits « spéciaux » réside donc dans le fait qu’ils diffèrent du régime général dans leur origine, leur construction, leurs mécanismes et dans leur financement.

De tout temps, le patronat s’est attaché à se dégager de ses obligations et à remettre en cause la Sécurité sociale, qui échappe à la spéculation et au capital.

L’âge de départ en retraite doit permettre de pleinement profiter de la vie après la vie professionnelle, ce qui sous-tend un état de santé le moins dégradé possible et un départ anticipé pour les professions exposées à des contraintes particulières. Le patronat, quant à lui, est tenté de considérer que l’âge retenu doit être celui auquel le salarié n’est plus en capacité de travailler…

Le régime spécial de retraite des cheminots est un régime dit « intégré », qui inclut, au sein d’un régime de base, les cotisations et prestations correspondant au régime de base + complémentaire. Les cheminots ont depuis toujours fait le choix de consacrer une part plus importante de la contrepartie de leur travail (cotisations sociales) à leur protection sociale : 47,22 %, contre environ 25,47 % régime général + retraite complémentaire Arrco.

Ce niveau de cotisations permet théoriquement de financer les droits spécifiques, mais pas le déséquilibre démographique actifs/retraités. Le régime spécial de retraite des cheminots compte, au 1er janvier 2021, 126 400 cotisants pour 246 400 pensionnés, dont 76 000 réversions. La suppression massive d’emplois cheminots décidée par les gouvernements successifs affecte le financement des pensions servies car les cheminots ne sont plus suffisamment nombreux pour financer les pensions des retraités actuels. À ce titre, l’État verse de son propre budget environ 3 milliards d’euros de contribution d’équilibre démographique pour financer les pensions des cheminots qui ont travaillé toute leur vie. Supprimer le régime spécial ne résoudrait donc rien à cette dette envers les retraités. Le supprimer, ce serait faire peser cette dette sur le régime général plutôt que sur l’État. Supprimer les régimes dits « spéciaux », c’est donc affaiblir encore davantage les pensions des salariés du régime général.

Le projet du patronat et de ses soutiens gouvernementaux ou parlementaires est de réduire le champ d’intervention de la Sécurité sociale pour ouvrir la porte aux assurances et autres institutions financières, et de remettre ainsi au goût du jour le principe de la capitalisation.

La réponse aux besoins de retraite repose au contraire sur la prise en compte des besoins généraux et des contraintes d’exercice spécifiques des métiers. C’est l’essence même du projet de Sécurité sociale !

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11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 07:13
« On dirait qu’ils veulent la mort du service public Pôle emploi » - Cécile Rousseau, L'Humanité, 4 novembre 2021
« On dirait qu’ils veulent la mort du service public Pôle emploi »
Jeudi 4 Novembre 2021 - L'Humanité

Avec la nouvelle réforme de l’assurance-chômage, les agents, en sous-effectif constant, craignent l’afflux de précaires toujours plus en détresse avec la perte de leurs allocations. Face à une situation déjà explosive, la direction de l’organisme se complaît dans le sécuritaire.

 

Les chômeurs trinquent et les conseillers de Pôle emploi sont sommés de temporiser. Alors que des milliers de chômeurs vont se retrouver victimes de baisses d’allocation dès le mois de novembre avec l’entrée en vigueur de la réforme de l’assurance-chômage, les agents appréhendent l’échéance qui se rapproche. « Ça nous inquiète tous, explique Élisabeth (1), conseillère depuis quinze ans dans une agence parisienne. Nous travaillons déjà en permanence dans une situation d’urgence. Mon emploi du temps est tellement plein que je ne peux pas donner de rendez-vous aux chômeurs avant le 22 novembre. Depuis la rentrée, nous avons également eu affaire à une recrudescence des incivilités sans trop savoir pourquoi. Nous avons lancé une pétition sur ce point. »

La pénalisation des intérimaires

L’année 2021 a été éprouvante au sein de l’établissement public. Le meurtre d’une conseillère de Pôle emploi le 28 janvier dernier à Valence (Drôme) reste un vif traumatisme. Partout, la charge de travail et la souffrance continuent d’aller crescendo, alors que le gouvernement ne cesse de brandir des chiffres du chômage à la baisse. Pour les agents d’indemnisation, devoir démêler ces nouvelles règles faisant perdre des droits à 1,15 million de chômeurs entrant dans le ­système la première année est donc la goutte d’eau. « Nous avons suivi une formation il y a un an et demi, puis des ­piqûres de rappel. Mais beaucoup de salariés sont en colère, ils trouvent la réforme supercompliquée et ont peur de devoir annoncer aux usagers qu’ils vont perdre pour certains 300 euros par mois, souligne Sofyen Ben Mahmoud, conseiller indemnisation à Vincennes (Val-de-Marne) et élu SNU au conseil économique et ­social central (Csec). Les agents de placement, eux, ont seulement reçu une formation en e-learning de deux heures. Ce qui est très dangereux car ils se retrouvent plus souvent à l’accueil que nous. »

Dans la plupart des agences de Pôle emploi en Île-de-France, l’accueil dédié à l’indemnisation a en effet disparu. Pour ces techniciens de l’assurance-chômage, la philosophie même de cette convention pose problème : « Nous devons intégrer dans le calcul de l’allocation les jours non travaillés, ce qui est une absurdité totale et profondément injuste, s’indigne-t-il. Nous allons pénaliser les intérimaires et les personnes alternant les petits contrats. » Hasard du calendrier, ce plan percute la généralisation du conseiller référent indemnisation (CRI). Les demandeurs d’emploi pourront désormais connaître son nom et auront un accès direct. Pour ces agents quatre fois moins nombreux que leurs collègues du placement, la charge va devenir ingérable. « L’automatisation devait soi-disant faire disparaître notre métier mais, comme le prestataire de Pôle emploi est toujours aussi mauvais dans la saisie des bulletins de salaire, nous devons repasser derrière, ce qui nous fait perdre un temps phénoménal. Sans compter qu’il faut répondre au 39 49 (numéro d’appel de Pôle emploi – NDLR)… » égrène Sofyen Ben Mahmoud.

À l’accueil des agences, où les personnels en service civique et en CDD sont nombreux, la crainte d’une explosion des tensions est forte. Pour l’instant, la seule réponse de la direction a été d’annoncer le 30 septembre dernier la commande pour l’Île-de-France de 695 bracelets permettant de déclencher l’alerte en cas de danger et d’une centaine de boîtiers munis d’une sirène et d’un flash. « Les incivilités ont certes augmenté de 37 % entre 2019 et 2021 mais les menaces de tentative de suicide des chômeurs ont, elles, bondi de 166 % en Île-de-France ! Plutôt que de stigmatiser les demandeurs d’emploi comme violents, la direction ferait mieux de recruter, estime Francine Royon, représentante régionale de la CGT. Nous avons demandé l’abandon de ces dispositifs car nous pensons qu’ils vont encore aggraver les choses. »

Pressions pour tenir les objectifs

Une étude menée par la CFDT entre le 12 avril et le 15 juin auprès de 327 agents d’accueil majoritairement issus de Pôle emploi a confirmé ce niveau de malaise. 29,5 % des agents trouvent les relations avec les usagers tendues ou agressives. 42,3 % jugent leur équipe désabusée et 66 % estiment leur charge mentale trop lourde. « Les violences dans les accueils et le drame de Valence nous ont poussés à poser ces questions, souligne Cyril Peltriaux, secrétaire général adjoint de la fédération protection sociale, travail, emploi à la CFDT. Il y a une perte de sens au travail. Nous n’avons jamais eu les effectifs suffisants pour répondre correctement aux besoins des chômeurs. Avec l’entrée en vigueur de la réforme, nous allons donc relancer cette enquête. »

Faisant fi de ce contexte troublé, le gouvernement a en plus annoncé l’arrivée de 1,4 million de demandeurs d’emploi en formation en 2022. Les conseillers doivent convoquer un maximum de chômeurs de longue durée d’ici au 31 décembre. « Les plans nous tombent dessus en permanence alors qu’il n’y a pas de boulot pour les demandeurs d’emploi, on dirait qu’ils veulent la mort du service public, constate Yoan Piktoroff, agent à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) et délégué syndical CGT Île-de-France. Sur 1 million d’offres disponibles sur le site de Pôle emploi, seules 8 % sont des CDI à temps plein. » Dévastateur pour les demandeurs d’emploi, le Covid a également bouleversé le quotidien des conseillers. Si la majorité reste au moins deux jours par semaine en travail à distance, c’est aussi pour s’extraire de la pression des managers et des objectifs à tenir. Dans l’agence d’Aubervilliers, c’est le cas de 75 personnes sur un total de 80. « Comme les conditions de travail se dégradent et que les temps de transport sont longs, la plupart préfèrent être chez eux », précise le syndicaliste.

Face à cette situation explosive, les postes supplémentaires espérés dans le projet de loi de finances ne sont pas arrivés : « Nous devrions avoir 53 équivalents temps plein en moins pour 2022 alors que nous sommes en pleine crise économique et sociale, dénonce Guillaume Bourdic, élu CGT au CSE central de Pôle emploi. Il faudrait mettre le paquet en termes de moyens humains sur l’accueil et l’indemnisation, recruter en CDI, mais la direction préfère miser sur une logique sécuritaire. Ils demandent même aux agents de porter une attention à la problématique de la ­radicalisation… Cette culture de la sûreté est en train d’être généralisée au détriment du suivi des usagers. »

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11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 06:38
COP 26 de Glasgow - dernière chance pour le climat? - Pierre Laurent
#COP26Glasgow : dernière chance pour le climat ?
Jusqu'au 12 novembre, se tient à Glasgow la COP 26, où chefs d’états et de gouvernements des 191 pays signataires de l’accord de Paris auront l’occasion d’afficher leurs nouvelles ambitions pour la planète.
Cette COP 26 s’est ouverte dans un contexte climatique alarmantet alors que l’Humanité n’a jamais été dans une situation aussi menaçante. Le rapport du GIEC d’août dernier prévoit une hausse des températures de 1,5 °C pour 2030, soit une décennie plus tôt que la précédente estimation publiée il y a 3 ans. D’autres scénarios présentés par le GIEC, beaucoup plus pessimistes, prévoient quant à eux un réchauffement compris entre 3,3 et 5,7 °C.
Ces modifications climatiques, sous-tendant des conséquences environnementales, peuvent avoir des impacts sur la sécurité nationale des Etats, en fragilisant leurs territoires, leurs populations ou leurs organisations. Elles peuvent également avoir des conséquences importantes sur la sécurité internationale. Certes, il est très rare qu’un problème environnemental soit directement lié à un conflit, mais il est clair qu’il contribue à l’instabilité de la zone.
Parmi un millier d’autres, prenons l’exemple du Lac Tchad. Soumis à une sécheresse importante, il laisse place aujourd’hui à des zones humides exploitées par l’agriculture. Les villages de pêcheurs nigérians se trouvant au bord du lac subissent de plein fouet la sécheresse, qui les conduit à se déplacer vers le Cameroun, où se développent des tensions avec les populations locales. Lorsque la faim, la soif et la recherche de moyens de subsistance frappent les être humains, il n’y a plus ni frontières ni raison qui tiennent, provoquant inéluctablement des problèmes géopolitiques.
Cette même étude du GIEC prévoit une élévation du niveau de la mer d’un mètre d’ici 2100, voire de 2 mètres dans les pires scénarios, en raison de l’incertitude liée aux calottes glaciaires. Cela suppose d’incessantes modifications et contestations territoriales. La montée des eaux pourrait ainsi, dans certains cas, mettre en péril la permanence d’un Etat en le privant, purement et simplement, de son territoire. Certains Etats du Pacifique achètent déjà d’autres territoires, à l’instar des Maldives.
La montée des eaux mènerait également à une modification importante du périmètre des Zones Economiques Exclusives. Par exemple dans la zone Arctique où, du fait de la fonte des glaces, s’ouvrent de nouvelles perspectives d’exploitation et d’extraction, avec les tensions et la concurrence que cela sous-tend.
Par conséquent, il est indispensable de prendre des mesures fortes et contraignantes contre le réchauffement climatique, afin de prévenir les conflits de demain.
Ce diagnostic sur le réchauffement climatique et la responsabilité de l’être humain dans ce dernier est aujourd’hui très largement partagé, au-delà des différences politiques. Pourtant, les solutions pour y répondre sont diverses et nous, communistes, pensons que certaines d’entre-elles, mises en avant par les libéraux, concourent même à l’aggravation du phénomène.
Ainsi, nous assistons à une nouvelle offensive du monde économique en matière de « greenwashing ». Nombre d’entreprises, en développant une rhétorique de la « décarbonisation » compatible avec leur modèle de croissance, évitent ainsi de parler de « défossilisation » comme le dénonce le chercheur et militant Maximes Combes dans son ouvrage « Sortons de l’âge des fossiles ».
Le meilleur exemple de cette supercherie reste le « marché du carbone ». L’impasse fondamentale du capitalisme se définit comme suit : à chaque problème, un prix. Les pays ayant de trop fortes émissions carboniques sont invités à « compenser » leur niveau de pollution en versant de généreuses contributions aux pays à faibles émission. Cet entêtement dans le modèle libéral, sans aucune remise en question de nos modes de productions, des impacts sociaux et écologiques, est irresponsable. Plutôt que de contourner l’enjeu climatique, nous serions mieux inspirés de réfléchir à des changements dans nos mobilités, nos modes de consommation, nos logements, nos systèmes de production, notre système alimentaire…
C’est bien l’aspect systémique de la question que je souhaite poser ici. Il est primordial de rester lucides sur les premiers responsables du réchauffement climatique. De la même manière que en 2008, où l’on a voulu faire porter la responsabilité de la crise sur le surendettement des travailleurs alors même que le coupable était le système spéculatif, les libéraux tentent de culpabiliser les modes de consommation des gens ordinaires, afin d’éluder une fois de plus la nécessité d’une bifurcation économique.
Pourtant, la Convention citoyenne pour le climat, constituée d’un panel citoyen représentatif de la population française, avait débouché sur des propositions de mesures contraignantes, à la fois pour l’Etat mais aussi pour les consommateurs. Voilà bien la preuve que les citoyens peuvent accepter de s’engager dans la construction d’une société durable, sociale et responsable, lorsque celle-ci est basée sur un processus véritablement démocratique, dans lequel les règles sont les mêmes pour tous.
C’est véritablement un des enjeux majeurs des prochaines années : la délibération collective, le dialogue sont indissociables du déploiement de solutions techniques pour faire face au changement climatique. Sans pression citoyenne et populaire, sans actes démocratiques forts dans chacun des Etats et au plan international, aucune COP, aussi ambitieuse soit-elle, ne pourra se mettre réellement au niveau du défi climatique. Et aucun peuple n’acceptera de s’engager dans des changements aussi profonds de son mode de vie.
Face au changement climatique, la démocratie reste notre meilleure arme.
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11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 06:35

 

 

 

 

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11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 06:34
Zemmour ou le retour du maurrassisme, par Patrick Le Hyaric

Non content d’avoir été condamné pour propos racistes, non content de traiter les femmes comme des « sous êtres humains », après la réhabilitation de la collaboration et de l’Algérie française, voici que M. Zemmour s’en prend au capitaine Dreyfus dont il réfute l’innocence, pourtant clairement établie, déjà par Zola et Jaurès, puis par le travail de générations d’historiens.
Méthodiquement, l’éditorialiste agitateur révise chacun des événements historiques en réponse desquels s’est construite la droite républicaine. La stratégie est clairement établie de réunir les droites par un discours national-capitaliste, mais aussi par l’invention d’un récit historique expurgé des graves errements de la grande bourgeoisie française, et pire, de les revendiquer. Jusqu’à l’infamie d’accuser la Résistance communiste d’avoir inauguré une « guerre civile » en engageant le combat contre les nazis et leurs supplétifs vichystes…

Tout ceci est pensé. L’affaire Dreyfus n’est pas le moindre de ces épisodes qui auront déchiré le pays. Il aura également été l’un des moments fondateurs du clivage entre la droite et la gauche, sur fond d’antisémitisme virulent. Contester l’innocence du capitaine Dreyfus aujourd’hui, c’est remettre en selle ceux qui la contestaient hier, ces penseurs et acteurs du « nationalisme intégral » que furent les Maurras, Daudet ou Barrès, nommant le capitaine Dreyfus « Judas » à longueur de colonnes, hurlant à « l’anti-France », et excitant la veine nationaliste jusqu’aux charniers de 14-18. Ces mêmes courants qui ont applaudi à la constitution des fascismes en Europe.

L’hégémonie gaulliste sur la droite française pendant près d’un demi-siècle aura eu tendance à faire oublier les racines profondes des forces conservatrices, qui plongent dans le nationalisme le plus belliqueux, le racisme, l’antisémitisme, et un corporatisme qui réunirait possesseurs du capital et salariés dans « la magie » du travail exploité. Maurras et l’Action française n’étaient pas des épiphénomènes mais, au contraire, des courants qui ont structuré le discours et les pratiques de la droite jusqu’à la Libération.

Aux considérations stratégiques de cette attaque contre Dreyfus, s’ajoute sans nul doute une considération tactique. Les origines juives de M. Zemmour pourraient freiner l’adhésion à son entreprise politique des courants les plus extrêmes, traditionalistes, cléricaux et antisémites de la droite. Qu’à cela ne tienne ! Quel meilleur brevet d’acceptabilité leur offrir que de s’attaquer à la figure honnie du « juif Dreyfus » ?

Ainsi, selon ses termes, Zemmour compte sceller l’alliance de « la bourgeoisie patriote » des catégories supérieures et les masses populaires. Cette alliance de classe a présidé au bonapartisme comme, dans un contexte différent, au gaullisme. Elle a pour principale fonction d’ôter toute autonomie d’action aux classes populaires chloroformées par les vapeurs nationalistes et laissées à la merci du grand capital pour en devenir la piétaille. Vieux rêve des classes possédantes et du capitalisme national aujourd’hui à la manœuvre dans de nombreux pays, comme en témoigne le cas Trump aux Etats-Unis ou Bolsonaro au Brésil.
La nouveauté, concernant la France, tient au point d’équilibre de cette alliance, que M. Zemmour tente de faire tenir très à droite, par la réconciliation de Maurras et de Gaulle, de l’OAS et du RPF, du RPR et du FN, de Barrès et de Péguy. Y parviendra-t-il ? C’est aussi l’affaire d’une droite qui se laisse voler son histoire récente.
Des courants conséquents sont tentés par le projet zemmourien, d’autres l’ont déjà intégré, comme en témoigne le vibrant accueil de l’ancien journaliste du Figaro et de Cnews à l’université de rentrée du « Mouvement conservateur », nouveau nom de « Sens commun », mouvement de droite intégriste affilié aux « Républicains ». En témoigne également le parcours de membres de son équipe de campagne qui, pour l’essentiel, viennent de « LR » travaillent ou ont travaillé comme assistants parlementaires ou collaborateurs de maires de droite. Se retrouvent enfin dans ce cénacle des cadres importants des jeunes LR ou du syndicat UNI.

En voulant réunir les droites, Zemmour tente donc de ressusciter tout un courant réactionnaire qui a structuré la vie politique française avant guerre, et que les contradictions du gaullisme auront mis en sourdine. Une réaction qui plonge aussi certaines de ses racines dans certains courants minoritaires du mouvement ouvrier emprunts de proudhonisme et de corporatisme, qui auront fait les « riches heures » de Vichy. Il n’y a dès lors rien d’étonnant à ce que le proudhonien Onfray « n’exclut pas de voter Zemmour » selon ses propres termes.

Ces courants ont pour point commun la détestation du marxisme et du communisme et, partant, refusent de reconnaitre la lutte de classes comme force motrice de l’histoire. Que des éditorialistes ou dirigeants politiques qui se réclament du souverainisme « de gauche » refusent de porter la revendication historique de la baisse du temps de travail, accusé de dévaloriser la « valeur travail », en dit long sur les glissements à l’œuvre et le refus d’affronter le capital dans toutes ses logiques. Cela dit aussi la persistance, en France, d’un vieux courant corporatiste qui se réinvente perpétuellement. Sans être, pour l’heure, allié à l’entreprise Zemmour, il crée les conditions de son acceptation.

Un léger regard dans le rétroviseur permettra de voir combien le terrain a été préparé ces dernières années : de la participation du personnage à de multiples émissions de télévisions et de radio depuis vingt ans dans le rôle du procureur et sans contradicteurs, à la table ouverte à des commentateurs de droite extrême et aux dirigeants du parti d’extrême droite dans les télévisions d’informations en continue, jusqu’au nauséabond débat de ces derniers mois autour « du séparatisme » » de la « subversion migratoire », de « l’islamogauchisme » de la « destruction de la civilisation occidentale », du « délitement de la nation française » ; les attaques contre l’UNEF ou encore cet entretien accordé par le président de la République à « Valeurs Actuelles »… Le terreau pour faire germer et grandir le monstre a été bien fécondé.

M. Zemmour fait ainsi la démonstration de son appartenance à un courant philosophique et politique qui, plus d’une fois, a causé un tort considérable à la nation française ; celui de la contre-révolution et des anti-Lumières qui a prospéré à l’ombre de la bourgeoise industrielle, réfutant avec une admirable constance la déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen, la République sociale, le Front populaire, le Conseil national de résistance, la décolonisation, mai 68 et aujourd’hui toute forme de progrès social. Sa ligne de mire est bien 1789 et les suites qui surent lui donner le mouvement ouvrier, socialiste et communiste. C’est Goebbels qui avait résumé l’intérêt de ce point de jonction entre les extrêmes droites et les droites traditionalistes en affirmant que les nazis avaient « effacé 1789 de l’histoire ».

La mise sur orbite de ce personnage est un défi lancé au courant progressiste dans ses multiples expressions. Les forces du capital et leurs mandataires ont besoin de réactiver cette « union-fusion » des droites pour éloigner toute perspective de rupture avec l’ordre existant, alors que les contestations sociales, les aspirations à défendre et améliorer les conquis sociaux du Conseil national de la résistance sont puissantes.

Dans le temps long de l’Histoire, c’est ce courant et sa pointe avancée communiste qui est directement menacé. Cette offensive appelle à faire revivre ce progressisme à la française, dans un processus de dépassement du système capitaliste, et à construire patiemment son hégémonie. Les forces militantes, syndicales et communistes ont un rôle déterminant à y jouer. Car nul ne peut douter que le zemmourisme aurait la destinée funèbre de ses ancêtres. Les classes populaires, d’où qu’elles viennent, une nouvelle fois et comme toujours en paieraient chèrement le prix. L’ignorer reviendrait à ne pas le combattre !

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11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 06:30
Brimades, harcèlement, catastrophes : les conséquences des politiques migratoires en Europe ! - Cécile Dumas, PCF
Brimades, harcèlement, catastrophes : les conséquences des politiques migratoires en Europe !

Un TER heurte un groupe de migrants proche des voies ferrées, 1 mort et plusieurs blessés. 400 migrants secourus in extremis en Méditerranée lors d’une seule opération de sauvetage. Au Sénégal, la marine nationale a réussi à secourir 82 personnes qui partaient vers l’Espagne sur une simple pirogue. 4 enfants morts sur la route migratoire vers les Canaries

Au centre de rétention administrative de Mesnil-Amelot, un homme passe toute la nuit sur le toit pour éviter l’expulsion. Au centre de rétention administrative de Palaiseau, un homme de nationalité colombienne en France depuis 10 ans enfermé à cause d’un patron qui ne lui fait pas de contrat de travail alors qu’il travaille pour lui depuis plus de 3 ans. Un jeune apprenti malien en France se retrouve du jour au lendemain sans hébergement, sans avoir le droit de travailler car il vient d’avoir 18 ans. Un médiateur de l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration) en déplacement à Calais repart en annonçant avec un certain cynisme que les personnes délogées après les démantèlements réguliers de la police auront le droit de récupérer leurs affaires. 2 militants de la solidarité encore en grève de la faim à Calais, bras de fer entre associations et État au sujet de la fermeture d’un refuge d’accueil pour migrants à Briançon, etc.

Cette énumération est une partie de l’actualité des 15 derniers jours. On pourrait rajouter la situation en Île-de-France où des centres d’hébergement d’urgence dans des lieux transitoires « réquisitionnés » il y a affiche-mimmo.jpgun an et demi pour mettre à l’abri de la pandémie une partie des personnes en attente de demande d’asile ou autres risquent de fermer sans que l’État propose des solutions pérennes d’hébergement.

Voici les conséquences des politiques migratoires de la France et de l’Europe et il faudrait laisser parler sans contradiction possible les Pécresse, Ciotti, Barnier, Bertrand, Zemmour, Le Pen, Valls, Darmanin, etc.

Une nouvelle fois, répétons qu’il n’y a pas « d’invasion » migratoire, répétons que les personnes déplacées sont pour la plupart déplacées dans les pays voisins et les pays du Sud, répétons que l’immigration ne coûte rien ou presque aux pays d’accueil. En effet, un rapport de l’OCDE rendu public le 28 octobre explique que dans tous les pays d’accueil, la contribution des immigrés sous la forme d’impôts et de cotisations est supérieure aux dépenses que les pays consacrent à leur protection sociale, leur santé et leur éducation.

Répétons que le monde s’est construit avec les mouvements de population et que les politiques migratoires en France comme en Europe n’ont pas besoin d’être de plus en plus dures, elles le sont déjà beaucoup trop. Elles ont besoin de courage, de voies légales et sécurisées, de montrer que la solidarité et l’accueil digne peuvent être plus forts que la haine, le mépris et la construction de murs.

Cécile Dumas
responsable adjointe du secteur international
chargée des enjeux migratoires

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