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28 mars 2018 3 28 /03 /mars /2018 11:50

Doux, la fin d’un mythe !

Une nouvelle fois, les salariés du groupe Doux sont les premières victimes d’une stratégie industrielle qui n’a que trop durée.

Depuis longtemps, la preuve était faite que l’activité ne pouvait trouver sa rentabilité sans les énormes aides publiques qui ont contribuées à bâtir la fortune du propriétaire historique. Malgré les alertes depuis une dizaine d’années pour réorienter la production, les directions successives n’ont pas voulu écouter.

C’est un véritable gâchis industriel, économique et social avec près de 5000 salariés licenciés et de multiples éleveurs abandonnés sur cette longue période.

A plusieurs reprises, la Cgt a été force de proposition pour trouver des alternatives industrielles pour préserver les activités et l’emploi dans les différents bassins d’emploi où le groupe s’était implanté.

Ces propositions portées par les salariés dans de nombreuses manifestations, particulièrement le 2 août 2013 à Quimper, et mises en avant lors des discussions sur le Pacte d’Avenir pour la Bretagne n’avaient pas, à l’époque, retenu l’attention des décideurs.

La Cgt apprécie le fait qu’aujourd’hui, enfin, des dispositions pour réorienter l’activité principale du groupe, soient à l’ordre du jour avec l’appui du Conseil Régional et de l’Etat.

La préservation des emplois actuels, par une reprise collective du groupe volailler, la réorientation sur des créneaux qui répondent aux besoins, le recentrage sur le marché intérieur, sont autant de pistes qui peuvent permettre de redynamiser une activité et des bassins d’emploi. Les politiques publiques doivent être mises au service des activités industrielles et des emplois dans une logique maitrisée, concertée et raisonnée.

Ce n’est pas ce qui a été fait jusqu’à présent ; la transition d’un modèle à un autre est donc solution. En tout état de cause, la Cgt œuvrera pour permettre une reprise qui favorise une réorientation industrielle ainsi qu’une stratégie de formation qui permette au personnel de garder leur emploi.

Communiqué de la CGT Bretagne sur Doux
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28 mars 2018 3 28 /03 /mars /2018 11:46
Indigestion de canons - par Yvon Huet (28 mars 2018)

Indigestion de canons

J'ai pu suivre hier un documentaire sur la chaîne LCP relatif à l'affaire Sarkozy, "le Dictateur et le Président". J'en tire une première impression, celle de ce pouvoir hallucinant qu'on donne aux présidents, notamment celui de déclarer des guerres comme on jouerait au poker.

Les conséquences désastreuses que nous connaissons aujourd'hui, nous les subissons sans que le président en exercice ait eu à rendre des comptes, sauf sur un soupçon de corruption, grave certes, mais moins encore que l'irresponsabilité. N'oublions pas que Sarkozy a fait une guerre sous couvert de l'OTAN, force de frappe d'une puissance dite "occidentale" qui croie pouvoir encore régenter les équilibres géopolitiques comme au bon vieux temps de la colonisation. Certes Kadhafi était un dictateur, comme bien d'autres qui ont servi de couverture pendant la guerre froide pour empêcher l'émancipation des peuples d'Afrique et du Moyen-Orient. Les couvertures ont été en partie débarquées, et elles ont laissé un champ de ruine et de désolation en prime dans lequel les dites "Grandes" puissances se disputent le leader sheap sans aucun égard pour les populations.

Les champions de l'OTAN préfèrent, pour ces pays, la misère et son contrôle, sous une forme ou une autre, que le développement et la sortie du mouroir. C'est sur ce terreau de douleur que se propage l'islamisme, notamment en Libye et aux alentours et a fortiori, dans le monde entier, partout où les frustrations ne trouvent pas la sortie d'un tunnel de plus en plus étroit et étouffant.

Et si on choisissait la vie

Si nous voulions tuer ce mal à la racine, plutôt que de se lamenter sans rien pouvoir faire d'autre que de crier "vengeance" comme on ferait pipi dans un violon, il faudrait remettre en cause cette logique et couper les vivres aux marchands de canons, notamment français, qui prennent les peuples en otage pour faire leurs courses monstrueuses. Ainsi, plutôt que de dépenser des fortunes pour la tuerie, on les consacrerait au développement d'un monde affamé et esclavagisé qui, demain, demandera des comptes avec raison.

Raison de plus, aussi, pour accueillir dignement les migrants qui fuient le cadre d'une impossibilité de vivre dans laquelle nos gouvernants ont une responsabilité majeure, même si elle n'est pas unique. Et c'est par cet accueil digne que nous pourrions recréer des liens vertueux dans un esprit de solidarité avec le monde dont ils sont issus et qu'il faut aider sur des bases de coopération entièrement nouvelles, où les citoyens devraient avoir leur mot à dire et l'État une vraie responsabilité à tenir.

La barbarie n'est pas une "vertu" occidentale. L'Occident n'est pas le dernier de la classe en la matière. C'est l'inventeur de l'Holocauste, ne l'oublions pas. A la croisée des chemins d'une humanité qui n'arrive pas à sortir de ses réflexes prédateurs, imposons la citoyenneté mondiale contre les replis, qu'ils soient identitaires ou religieux. Mine de rien, c'est plus qu'une question de survie, c'est une question de vie tout simplement.

Yvon Huet, 28 mars 2018 

 

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28 mars 2018 3 28 /03 /mars /2018 10:11
Elsa Faucillon, députée communiste de Seine St Denis

Elsa Faucillon, députée communiste de Seine St Denis

Maternelle obligatoire: les communistes se réjouissent, mais demandent des moyens.

AFP - mardi 27 mars 2018

Les députés communistes ont approuvé mardi la décision d'Emmanuel Macron d'abaisser l'âge de la scolarité obligatoire de six à trois ans, à condition que cela ne se fasse pas "à moyens constants".

L'abaissement de l'âge de la scolarité obligatoire de six à trois ans est une mesure "que l'on porte depuis longtemps", a déclaré mardi Elsa Faucillon lors d'un point-presse à l'Assemblée nationale, en réaction à l'annonce du chef de l'Etat mardi en ouverture des "Assises de la maternelle", organisées à Paris.

La députée a néanmoins souligné l'importance de mettre à disposition à l'échelle locale les moyens humains, logistiques et financiers nécessaires à cette réforme. "On ne peut pas penser que ça se fera à moyens constants", a-t-elle estimé.

Cette mesure, qui devra passer par une loi, concernera quelque 26.000 enfants. Actuellement 97,6% des petits âgés de trois ans sont déjà scolarisés (et quasiment 100% des enfants de 4 et 5 ans).

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28 mars 2018 3 28 /03 /mars /2018 10:06
Espagne : Préserver les libertés et droits démocratiques (PCF, 27 mars 2018)

Espagne : Préserver les libertés et droits démocratiques

Les nouvelles décisions prises par le Tribunal Suprême espagnol de placer en détention préventive les principaux dirigeants des partis indépendantistes catalans constituent de graves atteintes aux libertés démocratiques. Toute question politique doit être abordée et résolue par la voie du dialogue et non par une répression judiciaire et policière démesurées.

Cette décision inique intervient alors que, dans le même temps, plusieurs décisions de la justice espagnole qui bafouent la liberté d'expression et les droits démocratiques citoyens, justifieraient que ces questions - comme le demandent les forces de la gauche progressiste espagnole, dont la Gauche Unie et les communistes dans « Unidos Podemos » - puissent déboucher sur « une homologation du Code pénal espagnol aux règlements internationaux et à la jurisprudence européenne » qui doit elle-même être démocratisée.

Le Parti communiste français est en cela solidaire des forces démocratiques de l’état espagnol qui cherchent une réponse unitaire pour mettre fin à l'autoritarisme et à la répression du gouvernement de Mariano Rajoy. Nous demandons la libération des prisonniers politiques, la non extradition de Carles Puidgemont par l'Allemagne et une prise de position de la France en ce sens.

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27 mars 2018 2 27 /03 /mars /2018 13:07
Tilly Sabco International dépose le bilan (Ouest-France, mardi 27 mars 2018)

L’entreprise Tilly Sabco International a été placée en redressement judiciaire, ce mardi 27 mars, par le tribunal de commerce de Brest. Elle est placée en période d'observation pour deux mois avant une nouvelle audience, le 22 mai. Un nouveau coup dur pour les 64 salariés.

La société néerlandaise Wegdam Food Link qui a repris Tilly Sabco International, en janvier 2017, a déposé le bilan de l’entreprise (qui emploie 64 personnes et confectionne des saucisses de poulet, à Guerlesquin), ce mardi matin, au tribunal de commerce de Brest.

Au terme de l’audience, qui s’est tenue à huis clos, l’avocate de la société, Valérie Léger, a indiqué qu’une procédure de redressement judiciaire avait été ouverte. Tilly-Sabco International a été placée en période d’observation pour deux mois. Une nouvelle audience est prévue le 22 mai.

« Un moment douloureux pour toute l’équipe »

« C’est une décision que nous avons demandée mais c’est une décision difficile parce que ce n’était pas du tout ce qui était projeté au départ. C’est un moment douloureux pour toute l’équipe de Tilly-Sabco tant pour les dirigeants que les salariés », a souligné Me Léger, évoquant un marché « extrêmement difficile » et une « concurrence très rude ».

Recherche de repreneur ?

Interrogée pour savoir si l’entreprise, qui produit des saucisses de poulet à Guerlesquin (Finistère), allait rechercher un repreneur, Me Léger a simplement indiqué : « Ca fait partie des options possibles ».

Wegdam Food Link avait repris en décembre 2016 l’usine, à l’époque Tilly-Sabco Bretagne, laissant 134 salariés sur le carreau sur les près de 200 qu’elle comptait à l’époque.

Wegdam est spécialisé dans la production et la distribution de produits congelés alimentaires.

Trois plans sociaux en quatre ans

Pour rappel, l’ancien abattoir de poulets de Guerlesquin a déjà été sauvé de la faillite, en décembre 2014, par trois investisseurs : la CCI de Morlaix, le britannique MS Foods et un fonds d’investissement, le Breizh Algae Invest, lancé par le groupe Olmix spécialisé dans les biotechnologies.

 

Ce rachat avait permis la sauvegarde de près de 200 emplois sur les plus de 320 que comptait l’entreprise.

« Nous en sommes à trois plans sociaux en quatre ans », a souligné Nadine Le Guen, déléguée CGT de l’usine de saucisses, au terme de l’audience.

Chômage technique et « ras-le-bol »

« Les salariés sont fatigués et en ont ras-le-bol », a-t-elle ajouté, précisant qu’une partie d’entre-eux était au chômage technique partiel depuis trois semaines.

 

La semaine dernière, après une réunion à l’issue d’un comité d’entreprise, ces derniers confiaient ne plus avoir d’espoir.

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27 mars 2018 2 27 /03 /mars /2018 05:31
Université. Peste brune à la fac de Montpellier (L'Humanité, Emilien Urbach, lundi 26 mars 2018)
Université. Peste brune à la fac de Montpellier
ÉMILIEN URBACH
LUNDI, 26 MARS, 2018
L'HUMANITÉ
Mobilisation des étudiants à la fac de droit de Montpellier, au lendemain de l’agression. Richard de Hullessen/Le Midi libre/Maxppp
Mobilisation des étudiants à la fac de droit de Montpellier, au lendemain de l’agression. Richard de Hullessen/Le Midi libre/Maxppp
 

À la suite des violences de jeudi contre des étudiants mobilisés, syndicats et associations dénoncent les collusions entre la direction de l’UFR de droit et l’extrême droite locale.

Sur le mur du rectorat, face à la faculté de droit et de sciences politiques de Montpellier (Hérault), de nouveaux graffitis mentionnent en lettres rouges le nom de certains enseignants et chargés de travaux dirigés (TD) suivis de « Fascistes » et de « Maréchal Pétel », du nom du doyen démissionnaire Philippe Pétel. Ce dernier est suspecté d’avoir participé à l’intrusion d’un groupe ultraviolent sur son campus, dans la nuit de jeudi à vendredi, pour en déloger à coups de bâton les étudiants et travailleurs réunis en assemblée générale à la suite de la manifestation du 22 mars. Une enquête judiciaire est en cours et l’inspection générale des services doit également mener des investigations dans la capitale héraultaise.

« Nous étions un certain nombre d’étudiants opposés à l’occupation de la fac et le ton est, en effet, monté vers 22 h 15 avec les occupants mais c’est resté “folklorique” et tout est redevenu calme, explique un doctorant en droit, chargé de TD, joint par téléphone et qui souhaite conserver l’anonymat. Puis, ces types ont déboulé. C’était terrible, d’une extrême violence. Ça faisait vraiment très peur. Le doyen a voulu noyer le poisson en disant qu’il s’agissait d’étudiants et de professeurs de la fac. C’est complètement irresponsable. Moi et mes collèges n’avons rien à voir avec tout ça. »

Plusieurs témoignages impliquent pourtant des personnels de l’UFR parmi le groupe d’hommes cagoulés et armés de planches de bois qui se sont rués sur les militants occupant pacifiquement un amphithéâtre. Le doyen lui-même pourrait avoir joué un rôle majeur. Un étudiant, qui souhaite lui aussi rester anonyme, assure avoir reconnu un professeur en histoire du droit parmi un groupe intervenu pendant l’assemblée générale, en fin d’après-midi, et qui aurait crié : « Cette nuit ne dormez que d’un œil ! Faudra pas se plaindre une fois aux urgences. »

« C’est le doyen qui a ouvert la porte. Je l’ai vu de mes propres yeux »

Octave, un étudiant syndiqué, va plus loin encore : « C’est le doyen qui a ouvert la porte. Je l’ai vu de mes propres yeux. » Ironie de l’histoire, un site d’extrême droite, Réseau libre, qui a également publié sa version des faits, laisse entendre la même chose. « Une petite colonne arrive : le doyen de la fac et les vigiles de l’université ouvrent le chemin à une quinzaine de costauds, cagoulés, planches de bois et barres de fer en main, qui donnent une sévère raclée aux merdes gauchistes. (…) Ce sont des petits gars du GUD qui ont fait le boulot, à la demande du doyen que nous félicitons pour sa détermination ! » Les enquêtes en cours devront déterminer les responsabilités réelles de chacun. Cinq étudiants ont porté plainte pour violence en bande organisée. Le Syndicat des avocats de France s’est associé à leur démarche. « Aucune reprise de cours ne s’effectuera de manière sécurisée pour les étudiants tant que les responsabilités ne seront pas établies et les mesures administratives de suspension provisoire prises, insiste Sophie Mazas, présidente de la section départementale de la Ligue des droits de l’homme, et avocate des jeunes victimes. La démission du doyen ne doit pas masquer l’implication des autres personnels de la fac. »

La militante, elle-même ancienne étudiante de l’UFR, décrit Philippe Pétel comme un juriste de droite « condescendant avec le bas peuple » et dénonce « la limite très ténue » qui existe entre la droite conservatrice et l’extrême droite au sein de la fac de droit de Montpellier. Depuis quelques années y sévit, par exemple, un groupe nommé la Cocarde qui rassemble des jeunes gaullistes proches de l’Union nationale interuniversitaire (UNI) et d’autres plus proches de mouvances néofascistes.

L’influence de la droite nationaliste et raciste pourrait s’être développée au sein de l’université montpelliéraine de façon plus inquiétante encore. « On sait que des groupes identitaires agissent en sous-marins au sein de l’UNI ou de la Fage, explique José-Louis Torres, secrétaire départemental de l’union locale Solidaires. Ils ont à plusieurs reprises proféré des menaces contre des étudiants étrangers ou syndiqués. Cet événement révèle la complaisance des responsables de la fac de droit à leur égard en leur concédant, de surcroît, un pouvoir de cogestion. Le doyen a clairement participé à cette droitisation de l’UFR en nommant certains professeurs appartenant à cette mouvance à des postes clés. » Vendredi, des mails ont d’ailleurs été envoyés par les directions de la plupart des centres de recherche de l’UFR de droit à l’attention de tous les thésards, afin de les enjoindre à ne plus faire de déclaration publique.

Les victimes des violences subies dans la nuit de jeudi à vendredi peuvent, elles, compter sur une large mobilisation. Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant la fac dès vendredi après-midi et ont obtenu la démission du doyen. Les associations et syndicats locaux doivent être rapidement reçus par la préfecture. Tandis que la solidarité au niveau national commence à s’organiser. Quelque 150 étudiants de Lille-II se sont rassemblés vendredi soir devant leur université en signe de soutien. Ils appellent à la mobilisation nationale mercredi dans les facultés, contre la sélection à l’université et « les interventions policières » sur les campus. « Nous attendons que le préfet assume toutes ses responsabilités, prévient de son côté la direction de la CGT, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Ces faits ne sont pas sans lien avec la montée en puissance de la contestation sociale. (…) Cette tentative d’intimidation n’entamera pas notre détermination à poursuivre les luttes sociales en cours. »

Journaliste
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27 mars 2018 2 27 /03 /mars /2018 05:26
Services publics: bataille culturelle (Jean-Emmanuel Ducoin, L'Humanité, 26 mars 2018)
Services publics : bataille culturelle
 
 
Le 22 mars...
 
À la vérité, il est impossible de prédire avec exactitude ce qui se produira dans les semaines à venir, à la SNCF comme ailleurs. Les raisons ne manquent pas de croire que quelque chose d’important peut se profiler.
 
Sans surprise, Emmanuel Macron a donc répliqué  à sa manière aux grandes mobilisations du 22 mars pour la défense des services publics et de la SNCF, expliquant, lors d’un déplacement à Bruxelles, que les mouvements sociaux n’avaient pas d’«impact» sur les «réformes en cours». Beaucoup diront qu’« il est dans son rôle » ; d’autres qu’il montre une « évidente arrogance » à balayer si vite ce qui, pour lui, devient un problème majeur. Officiellement, l’exécutif «reste attentif à un effet de contagion», si l’on en croit un conseiller de l’Élysée. Officieusement, tout est mis en œuvre pour éviter une«convergence des luttes». Raison pour laquelle l’opinion est travaillée au moral, quitte à opposer les usagers aux citoyens – tiens, ce ne sont pas les mêmes? – et à expliquer, ou à faire expliquer par la cohorte d’«experts» en tout genre qui trustent les médias, que les grèves et les manifestations à venir sont évidemment vouées à l’échec, et que,  bien sûr, «2018 n’est pas 1995» et encore moins un certain «mois de mai»… comme s’il s’agissait de comparer ce qui ne saurait l’être!
 
À la vérité, il est impossible de prédire avec exactitude ce qui se produira dans les semaines à venir, à la SNCF comme ailleurs. Ce que nous savons, en revanche, c’est que le matraquage idéologique va se poursuivre, massivement, jusqu’à l’énumération sans fin de contrevérités, à savoir que la «modernité» et le «changement» seraient du côté des gouvernants et des patrons, et que «l’archaïsme» et «l’inertie» se trouveraient du côté du peuple, des syndicats et même des intellectuels critiques… Invitons néanmoins les commentateurs zélés de la propagande ordinaire à la prudence. Car les raisons ne manquent pas de croire que quelque chose d’important peut se profiler. La conscience de l’enjeu – colossal pour l’à-venir – en est le ressort essentiel. D’autant qu’il s’agit d’une bataille culturelle autant que sociale: celle des services publics. La bataille  s’annonce longue, certes. Mais elle doit être l’occasion d’un large et vrai débat qui déconstruise point par point les arguments fallacieux du gouvernement et du  patronat. Ce qui se joue, c’est la destruction par la noblesse d’État de notre «civilisation» sociale, comme le disait Pierre Bourdieu... en 1995.
Services publics: bataille culturelle (Jean-Emmanuel Ducoin, L'Humanité, 26 mars 2018)
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27 mars 2018 2 27 /03 /mars /2018 05:00
Egypte: enquête sur un régime de terreur et de torture (Médiapart, 26 mars 2018)
Egypte: enquête sur un régime de terreur et de torture
- Médiapart

Abdel Fatah al-Sissi est assuré d’être réélu à la présidence de l’Égypte. Depuis 2013, son régime exerce une répression féroce, où la torture et les disparitions forcées sont devenues des pratiques courantes. Les diplomaties occidentales, au premier rang desquelles la France, se taisent.

Assis au rez-de-chaussée du centre d’accueil fermé dans lequel il réside depuis six mois, S.* enchaîne les cigarettes et soupire. « Je me sens encore un peu en prison ici, je ne suis pas libre. Mais c’est quand même mieux que la prison égyptienne ! » plaisante-t-il (lire notre Boîte noire à la fin de cet article).

Arrivé en Belgique en novembre 2017, le jeune homme a demandé l’asile politique après avoir subi plusieurs mois d’enfermement et de tortures dans son pays d’origine. Révolutionnaire de la première heure, il explique avoir « comme tous les jeunes hommes de son âge, suivi le mouvement » pendant le soulèvement populaire égyptien de 2011 et les années qui ont suivi. Pacifiste, il était de tous les rassemblements. Jusqu’au 16 août 2014.

Quelques mois auparavant, Abdel Fatah al-Sissi, le nouvel homme fort du pays, a gagné la présidentielle avec 96,4 % des voix. Populaire pour avoir renversé le président islamiste Mohamed Morsi en juin 2013, l’ex-maréchal réinstalle aussitôt un régime militaire à la tête du pays, que beaucoup d’Égyptiens avaient pourtant tant combattu trois ans auparavant.

 

Ce soir d’août 2014, des policiers en civils viennent interroger le voisinage de S. Est-il révolutionnaire ? Gauchiste ? Islamiste ? « J’ai alors arrêté toute activité militante, raconte-t-il. J’ai fermé mon compte Facebook, j’ai quitté mon domicile et me suis caché pendant huit mois. »

Le 28 mars 2015, il commet une erreur. Après des mois de planque, le jeune homme rend visite à sa mère. Dénoncé, il est arrêté sur-le-champ par « des hommes en noir, masqués, avec leurs mitraillettes pointées sur ma gueule, se souvient-il. À ce moment-là, j’ai cru que c’était le pire jour de ma vie. Je ne savais pas encore ce qui m’attendait. » Jeté à l’arrière d’un pick-up, il est emmené au commissariat de Sharkeyyia, près des pyramides, en bordure du Caire. Sous les coups de bottes et de barre de fer, une voix lui lance : « Bienvenue en enfer. »

Après 24 heures de détention, le parquet décide de sa libération « faute de preuves tangibles prouvant son implication dans des actes répréhensibles ». Mais ses geôliers en ont décidé autrement. À minuit, il est sorti du commissariat par une porte dérobée et emmené dans les bureaux d’Al-Laghzoly, un QG policier utilisé comme centre de détention non-officiel, à deux pas des ambassades américaine et anglaise.

Entièrement déshabillé, frappé, abusé sexuellement une longue partie de la nuit, on lui promet de faire subir les mêmes sévices à sa famille s’il ne livre pas rapidement ses copains. Le lendemain matin, il est mis à genoux dans une pièce pendant plusieurs heures. « Là, je me suis dit que j’allais me prendre une balle dans la tête. »

Mais cest « le barbecue » qui commence : « Ils m’ont attaché les mains et les pieds ensemble, comme quand on fait griller un poulet sur une broche, et ils ont commencé les électrocutions. Je hurlais, je leur disais d’arrêter. Ils me criaient un truc que tous les gens torturés connaissent : “Efdi nasfak.” Ça veut dire : “Épargne-toi, choisis de quel côté tu veux être, en enfer ou au paradis. Dis-nous tout sur tout le monde et on te lâche” », raconte le jeune homme.

« Ils m’électrocutaient les parties génitales, me versaient des liquides brûlants sur le corps, je leur demandais d’arrêter, je leur disais : je sens que mon cœur va lâcher, je vais mourir, j’ai des problèmes cardiaques ! Mes doigts avaient triplé de volume, ils étaient devenus bleus. À un moment, l’un d’eux a dit aux autres : “Arrêtez, il va claquer.” Ils m’ont retiré de la broche et ont fait venir un médecin pour contrôler si je pouvais encore tenir le choc. Il leur a dit : “C’est bon.” Ils m’ont remis sur le barbecue. Là, je me suis dit que j’allais direct à la mort. »

Humiliations, électrocutions, brûlures, abus sexuels avec des objets. S. ne veut pas que tout son récit soit mentionné. Par peur pour ses proches restés en Égypte. Par honte aussi de tout dire. Le calvaire dure 12 heures par jour. Pendant 16 jours. Le reste du temps se passe dans le noir, dans une minuscule cellule. « Tu n’as le droit d’aller aux toilettes qu’une fois par jour, à minuit, donc tu dois te retenir et si tu ne peux pas, tu te pisses dessus et tu restes comme ça. Pour déféquer, le problème ne se pose pas trop, tu n’as pas envie d’aller aux toilettes puisqu’on ne te donne pas à manger. »

Une source proche des services de sécurité égyptiens le confirme. Les détenus sont entassés, avec l’impossibilité de bouger, de se lever ou de marcher, et ils sont alimentés avec le strict minimum, 40 grammes de riz et deux tranches de pain. « La cellule est très sale, il fait froid, tu n’as aucun vêtement, tu n’as pas le droit de parler aux autres, pas le droit de manger, de boire, de dormir. Le pire, c’est les cris des gens que tu entends se faire torturer, témoigne S. Quand tu entends les autres, tu réalises. Et tu attends ton tour. »

Détenu dans le secret pendant deux semaines, accusé de « participation à un groupe illégal qui planifie des attaques contre le pays avec la complicité d’ennemis de l’étranger », S. a perdu 20 kilos quand il est officiellement mis en état d’arrestation et transféré à Scorpion, une prison de haute sécurité située à Tora. Ce complexe gouvernemental situé sur le Nil, au sud du Caire, était, dans les années 1980 et 1990, un lieu dédié à la détention des prisonniers considérés comme les plus dangereux dÉgypte, les membres présumés dAl-jama’ah al-islamiyah et du Jihad islamique égyptien.

S. est enfermé dans l’un des quatre « blocs H » contenant chacun 320 cellules. Mal nourri, quotidiennement tabassé, plusieurs fois menacé d’être exécuté, il partage une pièce de sept mètres carrés avec cinq personnes. On estime à plus de 1 000 le nombre de prisonniers présents dans ce complexe, qualifié de « charnier » par d’anciens détenus.

Parmi eux, des dirigeants des Frères musulmans, emprisonnés aux côtés de membres présumés de l’État islamique, mais aussi des opposants politiques, comme le révolutionnaire Alaa Abdel Fatah, le journaliste Hisham Gaafar ou le médecin activiste Ahmed Saïd.

Plus de 60.000 personnes emprisonnées depuis 2013

Combien d’Égyptiens ont-ils été emprisonnés et torturés dans les geôles du pays ces cinq dernières années ? Cette vieille habitude du régime a pris des proportions industrielles. Au mois de septembre 2017, Human Rights Watch estimait que l’ampleur des violences orchestrées par le régime pourrait constituer un crime contre l’humanité. « Le président al-Sissi a donné aux policiers et aux agents de la sécurité nationale un blanc-seing pour se livrer à la torture quand bon leur semble, commentait Joe Stork, directeur adjoint de la division Moyen-Orient de l’ONG. L’impunité qui recouvre le recours systématique à la torture a privé les citoyens d’espoir et de justice. »

Si les Frères musulmans, désormais placés sur la liste des organisations terroristes, sont les cibles favorites de ces persécutions, des militants laïcs et libéraux, des défenseurs des droits de l’homme, des journalistes, des avocats, des homosexuels, des petits criminels, des supporters de football ultras ou des badauds arrêtés par erreur sont également les proies de cette machine répressive infernale.

Les organisations internationales estiment à plus de 60 000 le nombre de personnes emprisonnées pour des raisons politiques depuis 2013.

« La police fait payer l’humiliation qu’elle a subie lors de la première révolution, elle est de retour et elle se venge, note un diplomate européen en poste au Caire. Rien n’a changé en Égypte, la police continue à avoir des pratiques au-delà de l’inacceptable. Les autorités ont beaucoup plus peur de la société civile que des Frères musulmans ou des milieux terroristes. Ils ont une peur bleue des jeunes. »

Le pouvoir martèle depuis cinq ans que le pays est la cible d’attaques. Abdel Fatah al-Sissi estime que des « forces du mal » cherchent à ébranler la nation. « Nous avons payé le prix fort pour être là où nous sommes aujourd’hui et nous ne laisserons personne affaiblir la sécurité de l’Égypte, sa stabilité et ses institutions », grondait-il en avril 2016. Le 31 janvier dernier, il affirmait même : « Je ne laisserai jamais quelqu’un manipuler la sécurité de l’Égypte tant que je suis vivant. »

Les témoignages recueillis parlent d’eux-mêmes. Le récent rapport de Human Right Watch, intitulé « Torture et sécurité nationale dans l’Égypte d’al-Sissi », aussi (la version anglaise est ici, la version française est ici). Après sa diffusion en septembre 2017, le gouvernement a convoqué en urgence la presse pour se défendre des accusations portées par l’ONG. Il a dénoncé « la position politique biaisée de l’organisation ». Dans un communiqué, le service d’information d’État notait même que « si l’on considère que tout le contenu de ce rapport est avéré, le petit nombre de cas recensés (19) prouve bien le faible recours à la torture, sauf pour de rares cas individuels ». Dans le même temps, le site internet de l’ONG rejoignait la liste des 497 sites bloqués en Égypte.

Durant notre enquête, Karim Taha est le seul qui ait accepté de témoigner sous son vrai nom, depuis la République tchèque où il a réussi à fuir en 2015. En Égypte, ce membre du bureau politique du Mouvement du 6-Avril, à gauche, aujourd’hui à la tête de l’ONG Le Front égyptien pour les droits humains (FEDH), a été condamné par contumace à 25 ans de prison. Avant son exil, il a connu à trois reprises la détention et la torture. En novembre 2013, en janvier 2014 et en août 2015. Plus de quatre mois au total. Il décrit les mêmes scènes d’humiliations et de sévices.

« Tout ça pour quoi ? Parce que je manifestais contre la corruption », dit-il. Lors du troisième anniversaire de la révolution, le 25 janvier 2014, les militants du Mouvement du 6-Avril savent que la situation est dangereuse. « Mais nous avons décidé d’organiser une marche. Nous voulions protester contre une loi infâme interdisant les manifestations. Nous voulions continuer à réclamer la justice sociale, et aussi exprimer notre refus du coup d’État militaire du 3 juillet [date de l’arrestation du président islamiste Mohamed Morsi – ndlr]. »

Ce jour-là, quelques minutes seulement après les premiers slogans, les tirs de chevrotines et les gaz lacrymogènes contre les manifestants créent un mouvement de panique. Karim et deux amis sautent dans un taxi et demandent au chauffeur d’éviter les checkpoints de la police. « Il nous a répondu : “Bien sûr, vous êtes comme mes enfants”, mais il nous a conduits directement vers les véhicules des forces de sécurité pour nous dénoncer. C’était un informateur. » Battu dans la rue, il est jeté à l’arrière d’un camion. « Les gens étaient contents de ce qui nous arrivait », se souvient-il, amer.

Au commissariat de Dokki, menotté et mis à genoux, un officier écrase sa cigarette sur son épaule. Le lendemain, il est transféré dans une prison à dix kilomètres du Caire, sur la route qui mène à Alexandrie. Il s’agit d’un camp de la sécurité centrale d’État qui, officiellement, n’est pas un lieu détention. À son arrivée à « Kilomètre 10,5 », nom de cette prison secrète, les conscrits forment une « haie d’horreur » : deux rangs entre lesquels chaque détenu doit passer avant d’entrer dans la prison en encaissant les coups de rangers et de matraques. « Ils appellent ça “la fête de bienvenue”. Ils essayent de te casser pour que tu ne te rebelles pas pendant ta détention. »

Karim se retrouve avec neuf codétenus dans une cellule de confinement prévue pour une personne. « J’ai passé 2 mois à vivre sur 1 m². Les interrogatoires de la sécurité d’État avaient lieu toutes les 48 heures, ils m’électrocutaient dans le dos, me fouettaient les jambes avec une ceinture. Dans ces moments-là, tu ne sais même pas à qui tu parles, tu as toujours les yeux bandés. » Le jeune militant est ensuite transféré dans la prison de haute sécurité de Wadi Natrun. La « fête de bienvenue », encore.

Et de nouvelles humiliations. Les matons lui rasent la moitié de la tête. D’un côté, ses cheveux longs qui lui tombent sur les épaules, de l’autre, un crâne tondu. « Quand je leur ai demandé de me couper tous les cheveux, il m’ont battu encore plus fort. » Dans la nouvelle prison, ils sont 52 dans 25 m², « la situation était bien meilleure qu’à Kilomètre 10,5 ». Au bout de quelques semaines, Karim se plaint de ne pas pouvoir recevoir de visites, alors que des défenseurs des droits de l’homme, Sana Seif, Gihan Shaaban et Mohamed Elbaker, tentent de prendre de ses nouvelles. Il exige de parler au responsable du bureau procédural de la prison.

La torture est aussi « un message adressé à la société »

En réponse, Karim est roué de coups, a l’obligation de signer un rapport indiquant qu’il a attaqué un officier. Il est placé en cellule d’isolement. « C’était horrible, rester debout dans une cellule de moins de deux mètres carrés, sans lumière, sans toilettes. Ils ne m’ont donné qu’une bassine, une bouteille d’eau et une couverture puante. J’ai perdu le sens du temps, seul un rai de lumière, à un certain moment de la journée, me faisait comprendre que le temps ne s’était pas arrêté. »

Quelques jours plus tard, une mutinerie éclate dans la prison. Les forces spéciales répliquent à coups de grenades assourdissantes lancées dans les cellules. Ces policiers choisissent 11 détenus qui seront alignés contre le mur dans la position « six get ready », les poignets et les mollets liés dans le dos. Karim est l’un d’eux. On le déshabille, lui bande les yeux. « Ils nous ont plongé la tête dans un seau à l’odeur horrible, utilisé pour les besoins des prisonniers, et puis ils m’ont forcé à chanter une chanson pro-régime : “Al-Sissi est mon président et le peuple et l’armée ne font qu’un !” Je devais répéter ces paroles. Ils rigolaient et expliquaient que j’exerçais mon “droit de l’homme”, le droit à la survie. »

Karim est transféré dans un autre établissement, placé dans une cellule de confinement. Onze jours, sans aucune visite, si ce n’est un sous-officier qui lui amène une fois par jour un morceau de pain et un cube d’halawa, une pâte au sésame sucrée. « Cette fois, je devenais fou. J’essayais de résister à la folie, alors je me parlais à moi-même, je chantais ou fondais en larmes. J’ai trouvé un bout de fourchette en plastique par terre et je passais des heures à racler le mur gris pour écrire ce qui m’arrivait. »

Au bout de plusieurs semaines, il apprend qu’il est dans une zone montagneuse du désert occidental proche de l’oasis du Fayoum. C’est une prison de très haute sécurité, réservée aux criminels dangereux. Après son procès, le 11 juin 2014, il retrouve la liberté et sombre dans la dépression. En août 2015, il est de nouveau arrêté alors qu’il se rend avec des camarades au domicile d’un militant, tué un an plus tôt, pour adresser ses condoléances à la famille. Le supplice reprend.

Les histoires se ressemblent mais les profils des victimes sont variés, révélant la paranoïa qui a gagné le régime ces dernières années. Comme S. et Karim, Bishoy a lui aussi subi les coups de botte. Accusé de préparer des attaques terroristes, le jeune homme est pourtant bien connu pour son activisme pour la défense des droits des minorités, notamment de la communauté copte dont il est issu.

« Franchement, c’était risible. On m’accusait de faire partie des Frères musulmans et dans les pièces à conviction pour prouver ma culpabilité, il y avait l’un de mes carnets. Dedans, il y avait des numéros de téléphone de journalistes, une photo de ma mère et une photo de la Vierge Marie. » Bishoy, pourtant soumis pendant un mois et demi aux interrogatoires et aux pressions, assure « avoir eu plus de chance que les autres ».

« Ils m’ont maltraité, frappé, mais je n’ai pas subi des choses aussi graves que ce qu’on entend tout le temps. Je crois qu’ils voulaient juste savoir qui j’étais et ce que je faisais, pour leur liste de gens politiquement actifs. Je pense que c’est la seule raison pour laquelle j’ai été arrêté. Ils n’avaient rien de spécial à obtenir de moi. Ils me connaissaient déjà, ils savaient tout », assure-t-il.

Pour Gerald Staberock, secrétaire général de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), la torture a des objectifs autres que la simple collecte d’informations. « Il y a la peur que cela engendre dans les pays où la torture est systématisée. Elle n’est peut-être pas efficace comme moyen des renseignement, mais pour intimider une population, elle l’est. C’est aussi et surtout un message pour la société », explique-t-il.

En juillet 2015, Amnesty International s’alarmait d’ailleurs d’un autre fléau, étroitement lié à la pratique de la torture, qui glace la population et la rend docile : le kidnapping par les forces de sécurité et la détention secrète. Ce que les spécialistes appellent « les disparitions forcées ». Elles s’affichent quotidiennement sur les réseaux sociaux, où les hashtags #oùestIslam? #oùestEzzat? #oùestAbdelrahman? se multiplient.

Dans le bureau d’une ONG égyptienne, les dossiers s’accumulent. « Toutes les personnes qui disparaissent sont torturées. On n’a pas de chiffre exact sur la pratique de la torture. En revanche, on a recensé plus de 3 000 cas de disparitions forcées ces trois dernières années. Sans aucun doute, toutes ces personnes ont été torturées », explique Asna*, militante et spécialiste de cette question.

« Les disparitions forcées sont devenues un des instruments de l’État en Égypte. Toute personne qui ose exprimer des critiques est en danger », déplore aussi Amnesty International, qui notait récemment « une recrudescence de ces rapts depuis l’arrivée au ministère de l’intérieur de Magdi Hamid Abdel Ghaffar, ex-membre du SSI, l’ancienne police secrète du président déchu Hosni Moubarak. »

L’endroit emblématique de ces pratiques se situe dans le désert du Sinaï, à Ismaïlia, une ville située à 100 kilomètres au nord-est du Caire, dans la prison secrète d’Al-Azouly. Installée à l’intérieur du vaste camp militaire du quartier général de l’armée égyptienne, son seul nom fait frémir nos interlocuteurs. « C’est du suicide d’en parler », lâche une avocate spécialisée. Ses détenus sont appelés « les survivants » tant les conditions de détention y sont difficiles. Aucun avocat, observateur ou civil libre, n’a jamais pu y rentrer. Peu de détenus en sont ressortis.  

« On sait très peu de choses sur cet endroit puisque c’est un centre de détention illégal. Il est en dehors de tout système judiciaire, c’est comme s’il n’existait pas. Le seul moyen d’avoir des informations, c’est lorsqu’un survivant est transféré dans une autre prison. Il essaye de se souvenir par cœur des noms des détenus qu’il a vus, des numéros de téléphone de leur familles qu’il essaye de transmettre quand il réapparaît dans une prison légale », explique-t-elle.

Les sévices sexuels et les tortures y sont monnaie courante mais « améliorés », raconte l’avocate. « Les détenus passent entre les mains de nombreux officiers qui les abusent. L’électricité, moyen le plus souvent utilisé, est omniprésente avec une technique particulière : ils font boire un liquide huileux aux détenus et leur en recouvrent le corps pour augmenter la conduction de l’électricité. »

 

Les autorités égyptiennes continuent de nier. « Ce n’est pas le genre de sujet qu’on peut évoquer facilement, elles sont dans le déni permanent », assure un diplomate en poste au Caire. L’Égypte bénéficie d’une impunité presque totale : personne ne lui demande des comptes sur ces violations systématiques, pourtant largement documentées par les ONG. Le silence le plus assourdissant vient des diplomaties étrangères, et notamment européenne et française, qui ferment les yeux à la faveur de contrats et de la stabilité à tout prix de la région.

Egypte: enquête sur un régime de terreur et de torture (Médiapart, 26 mars 2018)
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25 mars 2018 7 25 /03 /mars /2018 12:39
Mardi 27 mars, 18h - Conférence-débat avec Greg Oxley sur la Révolution Française au local du PCF à Morlaix, 2 petite rue de Callac
Mardi 27 mars, 18h - Conférence-débat avec Greg Oxley sur la Révolution Française au local du PCF à Morlaix, 2 petite rue de Callac

EDUCATION POPULAIRE

LES CONFÉRENCES-DÉBAT DU PCF PAYS DE MORLAIX

Ouvertes à toutes les personnes intéressées

Greg Oxley

militant communiste à Paris, traducteur, animateur du journal La Riposte, qui était venu faire une conférence-débat très intéressante au local du PCF Morlaix le 26 février 2015, sur l'actualité de la pensée de Karl Marx, et une autre conférence passionnante le 15 février 2017 sur la Révolution Russe de 1917 reviendra pour une conférence-débat sur:

la Révolution Française: 
Les étapes, les hommes, et les logiques de cet événement considérable (1789-1794).  

LE MARDI 27 MARS de 18h à 20h au local du PCF 

2 petite rue de CALLAC 

Conférence suivie d'un apéritif convivial

 

Greg Oxley à Morlaix, local du PCF, en février 2017 (conférence sur la Révolution Russe de 1917) - photo Ismaël Dupont

Greg Oxley à Morlaix, local du PCF, en février 2017 (conférence sur la Révolution Russe de 1917) - photo Ismaël Dupont

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25 mars 2018 7 25 /03 /mars /2018 12:39
Samedi 14 avril, 16h-22h à Plourin-les-Morlaix: 6 heures pour la Palestine à Morlaix, débat avec Claude Léostic, présidente de la plateforme des ONG pour la Palestine, et Jean-François Chevallier, d'Amnesty International

Un message du collectif "Liberté pour Salah" du Pays de Morlaix
TOUS ET TOUTES A PLOURIN LES MORLAIX LE SAMEDI 14 AVRIL 
à PARTIR DE 16 H

Après la prolongation de la détention administrative de Salah Hamouri, la condamnation de Ahed et Nariman Tamimi à 8 mois de prison, celle de Munther Amira à 6 mois, avec les arrestations quotidiennes en Palestine et la répression coloniale qui s'abat violemment sur le peuple palestinien et en particulier sa jeunesse, plus que jamais notre engagement solidaire est indispensable et utile.
Partout en France, cette solidarité doit s'exprimer et exiger du gouvernement français qu'il agisse fermement pour faire sortir Salah Hamouri de prison et intervenir auprès des israéliens pour que cesse la répression.

(et surtout n'oubliez de réserver pour le repas- merci)

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