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20 mars 2018 2 20 /03 /mars /2018 19:09
Pierre Darhéville, député PCF des Bouches-du-Rhône

Pierre Darhéville, député PCF des Bouches-du-Rhône

« La politique doit reprendre ses droits sur les forces financières et sur la production de richesses »
Pierre Dharréville

Député PCF, membre de la commission des affaires sociales à l’Assemblée nationale. Il a publié, en 2016, Un printemps pour la République (Les éditions de l’Atelier, 144 p.).

 

Alors qu’elle est la plus grande invention sociale du XXe siècle, la Sécurité sociale est mise à mal par des injonctions d’ordre financier. Entre la pression du patronat pour l’augmentation de la CSG, la progressive diminution des cotisations et la pression d’une dette largement fabriquée, la question de la réponse aux besoins peine à s’imposer dans le débat politique. L’amenuisement des moyens et la multiplication des fermetures d’établissements accroissent la souffrance au travail des soignants et empêchent de faire face convenablement aux défis sanitaires. Le diagnostic est pourtant simple : on consacre une part trop faible des richesses produites à notre santé. Pierre Dharréville veut faire porter la voix de celles et ceux « qui ont besoin d’une sécurité sociale forte et solidaire », et appelle à une appropriation sociale de cet enjeu majeur.

 

Depuis des décennies, la Sécurité sociale est minée par des réformes ou des mesures visant à restreindre sa portée. En quoi consistent-elles dans la période actuelle ? Quel est l’impact de la suppression programmée des cotisations salariales et de l’augmentation de la CSG ?

La sécurité sociale est la plus grande invention sociale du siècle dernier. Elle est née de cette puissante volonté issue de la Libération : porter et construire une vision solidaire de notre société. Il faut incessamment en rappeler le principe : « de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins ». La sécurité sociale donne vie aux principes d’égalité des droits et de justice sociale. Si elle n’a pas été un long fleuve tranquille, sa naissance est la résultante de longs combats du mouvement ouvrier et elle est marquée par une intuition communiste. Et dès le début, elle s’est mise en place dans l’adversité. Imaginez : elle socialise de l’argent issu des richesses du travail pour garantir des droits à chacune et chacun. Elle était conçue pour être une propriété des salariés, mais le patronat ne l’entendait pas de cette oreille. Celui-ci a tout fait pour gagner le plus qu’il pouvait de pouvoir en son sein. Supprimer la cotisation salariale, cela revient à vouloir trancher ce lien de propriété entre les salariés et la sécurité sociale, entre le travail et la protection sociale, entre les salaires et les droits. C’est cela qui est gravissime. En s’attaquant à ce lien, on élargit la remise en cause possible de l’universalité des droits : la sécurité sociale pourra ne plus être qu’un socle minimum de solidarité nationale et non plus l’ambition des meilleurs droits pour toutes et tous. Enfin, c’est une arnaque. Parce que la mesure est vendue comme un gain de pouvoir d’achat, alors qu’elle est compensée par la hausse de la CSG. Le financement de la sécurité sociale est ainsi noyé dans le budget de l’État, à l’heure de l’austérité, de la dérèglementation, du dumping social, du libéralisme… Une belle prise pour le capitalisme.

 

Dans ce contexte, la situation du secteur hospitalier ou encore des Ehpad suscite de grandes inquiétudes parmi les populations. Quel est votre diagnostic à ce propos ?

La situation est grave. Nous sommes dans une crise dont le pouvoir ne prend pas la mesure. Sous la pression d’une dette fabriquée par le système savamment déréglé, les déficits se creusent, les moyens s’amenuisent et les fermetures en tous genres se multiplient. Les personnels sont pris en étau et la souffrance au travail se développe tandis que l’on peine à faire face aux défis sanitaires de façon acceptable. C’est d’autant plus vrai dans les EHPAD où l’on a le sentiment d’une capitulation publique plus forte encore. Le diagnostic est simple : on consacre une part trop faible des richesses produites à notre santé. Or, pour ce budget 2018, une nouvelle fois la sécurité sociale, on continue la compression, avec de nouveaux efforts à hauteur de 4,5 milliards, tout en augmentant le reste à charge pour les familles avec l’augmentation de 2 euros du forfait hospitalier. Désormais, on va nous expliquer que la solution passe par une alliance avec le privé, qui a déjà pompé plus que sa part et que l’on va installer en plein cœur du système de santé. La puissance publique doit assumer son rôle, porter un projet ambitieux pour l’hôpital et lancer un grand plan pour le soutien à l’autonomie qui doit commencer par les EHPAD. Il n’y en a pas assez avec trop peu de personnel, trop peu payé et pour des factures trop élevées pour les familles. On ne pourra pas faire l’économie d’un véritable investissement public face à la perte d’autonomie et au vieillissement de la population. Si l’on accepte que la santé devienne une marchandise, que l’on puisse s’y fabriquer des dividendes, alors nous nous enfoncerons dans une crise de civilisation profonde, car la dignité humaine sera menacée.

 

Alors qu’on ne cesse de présenter de manière alarmiste la question des déficits, que faire pour replacer la réponse aux besoins au cœur de la gestion de la sécurité sociale ?

La politique doit reprendre ses droits sur les forces financières et sur la production de richesses, sur le travail lui-même. Nous sommes au cœur d’une question politique centrale, parce que la santé n’a jamais cessé d’être l’un des enjeux majeurs de la lutte des classes. Le discours dominant est d’asséner partout qu’il faut réduire le déficit public. Or, de l’argent il y en a. Lors du débat budgétaire pour 2018, les députés communistes ont fait la démonstration, à travers un contre budget, que d’autres choix sont possibles. Le gouvernement a choisi de distribuer les milliards aux plus riches et aux rentiers. Et il s’est appliqué à prendre du pouvoir à celles et ceux qui vivent de leur travail.

C’est la raison pour laquelle, nous avons décidé avec l’ensemble des députés et sénateurs communistes d’engager un Tour de France des hôpitaux. L’objectif est de relayer les mobilisations des personnels et des usagers et de défendre, avec eux, des propositions de revalorisation de l’hôpital public. Nous voulons inventer ensemble l’hôpital et la sécurité sociale de demain. Nous voulons que les salariés, retraités, chômeurs, usagers, assurés reprennent du pouvoir sur cet enjeu.

Emmanuel Macron porte un projet de société, qui accentue les difficultés d’accès à des soins de qualité pour les millions d’habitantes et d’habitants. Ce projet, nous sommes nombreux à ne pas l’accepter. Il faut donc engager la contre-offensive, redessiner la sécurité sociale qu’ils ont empêchée, aller chercher du salaire à partager, revendiquer des droits universels…

 

Comme député, en quoi consiste votre action sur ces différents sujets?

Le budget de la sécurité sociale est abordé dans la commission des affaires sociales, dont je suis membre. Dans le cadre de la préparation du budget 2018 de la sécurité sociale, j’ai rencontré, échangé avec des associations, des syndicalistes, des mutualistes pour examiner et analyser ensemble les mesures du gouvernement. Je suis profondément attaché au travail collectif. Mon objectif est de faire entendre, de faire raisonner à l’Assemblée nationale la voix de toutes celles et de tous ceux qui ont besoin d’une sécurité sociale forte et solidaire. J’ai utilisé tous les espaces possibles pour faire résonner des idées alternatives et imposer un débat public exigeant. Mon action, comme celle des députés communistes consiste à s’opposer à toute mesure d’injuste sociale, à proposer inlassablement, pour être utile. Ce sont des enjeux sur lesquels la sensibilité est à vif, car chacun se sent concerné dans son être ou par ses proches. Ce sont des enjeux tout ce qu’il y a de plus charnel. Et c’est là que peuvent se fortifier les idées. À notre place, nous pouvons contribuer à faire grandir des mouvements populaires dans notre pays, de nouveaux mouvements d’appropriation sociale. C’est une bataille tous-terrains.

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20 mars 2018 2 20 /03 /mars /2018 18:54
Chômage: le gouvernement adoucit le discours, mais durcit le contrôle (Médiapart, 20 mars 2018 - Mathilde Gloanec et Dan Israël)
Chômage: le gouvernement adoucit le discours, mais durcit le contrôle
 PAR  ET 

Le ministère du travail a enfin expliqué aux syndicats ses intentions sur le contrôle des chômeurs. Échelle des sanctions, redéfinition des « offres raisonnables d’emploi », le gouvernement stigmatise les demandeurs d'emploi, tout en communiquant sur un prétendu renforcement de « l’accompagnement ».

Le gouvernement dévoile enfin son jeu, mais en partie seulement. Lundi 19 mars en fin d’après-midi, les syndicats et les organisations patronales avaient rendez-vous au ministère du travail pour connaître les orientations qui seront retenues sur le contrôle et l’accompagnement des chômeurs, dans le projet de loi de réforme de l’assurance-chômage et de la formation professionnelle. Ce n’est pas trop tôt. Le texte devrait arriver au Parlement fin avril, et sera envoyé dans les prochains jours au Conseil d’État. Au départ, ces mesures devaient être dévoilées autour du 20 janvier, mais l’exécutif a finalement pris son temps, sans doute conscient de leur caractère explosif.

La réunion de lundi a laissé les syndicats sur leur faim. Car si les grandes lignes du projetont été dévoilées, on ne sait pas encore grand-chose des évolutions concrètes qui vont toucher les demandeurs d’emploi. « Nous aurons le projet de loi écrit seulement la semaine prochaine, indique Denis Gravouil, le négociateur en chef de la CGT. Nous n’avons eu aucun document, tout a été présenté oralement, c’est un scandale en soi. »« Ça devait se faire sous forme de multilatérale, c’est-à-dire de débat. Or, ça n’a pas été un débat, mais une simple présentation, sans aucun écrit. À ce stade, on a presque plus de questions que de réponses », a confirmé la numéro deux de la CFDT Véronique Descacq sur Radio Classique. Et la présentation de la ministre du travail Muriel Pénicaud de cette réforme ne permet pas de lever l’épais voile de brouillard qui entoure les intentions réelles du gouvernement.

Bien sûr, la ministre prend bien soin de communiquer sur les mesures d’accompagnement de sa réforme, mais dans les faits, il s’agit d’abord de durcir le mode de contrôle. Au menu dévoilé lundi 19 mars, pas une ligne pour alléger le nombre de demandeurs d’emploi suivi par chacun des agents, privilégier le face-à-face aux rendez-vous téléphoniques, ou revoir le mode de classement des chômeurs, qui laissent certains très loin de l’institution Pôle emploi. En fustigeant « un système injuste », le gouvernement masque avant tout un tour de passe-passe budgétaire.

Les agents qui seront spécifiquement chargés du contrôle, qui sont 200 aujourd’hui, seront 600 d’ici le premier semestre 2019, et 1 000 d’ici 2020. Mais sans que les effectifs de Pôle emploi ne soient revus à la hausse pour faire face à cette montée en charge. Au contraire, même : cette année, le budget prévoit déjà 300 suppressions de postes, notamment dans les agences de proximité, et quatre milliards d’euros d’économies sont demandés au total au ministère du travail sur la durée du quinquennat.

 

Où Pôle emploi va donc trouver ces 800 postes supplémentaires ? Dans les rangs des conseillers à l’accompagnement, qui vont voir le temps consacré à chaque demandeur d’emploi se réduire encore, et leur portefeuille de chômeurs s’alourdir (la plupart des conseillers accompagnent aujourd’hui des centaines de demandeurs d’emploi chacun). De quoi donner raison au chercheur Jean-Marie Pillon, qui, interrogé par Mediapart en février, estimait que « le contrôle n’est pas forcément une mesure idéologique, mais plutôt gestionnaire dans le sens où il s’agit d’une division du travail à moyens constants ».

 

La méthode peut cependant surprendre : dans l’immense majorité des cas, les agents de contrôle, implantés depuis deux ans dans des services dédiés, pallient une relation distendue entre le conseiller en agence et un demandeur d’emploi découragé, même si la menace de radiation peut servir à remobiliser la personne au chômage. Comme le montre notre reportage à Nancy, la pratique des services de contrôle confirme ce que tout le monde sait, chiffres à l’appui, depuis la publication d’une étude détaillée deux ans après la création de services de contrôle sur tout le territoire national : ce que les demandeurs d'emploi réclament, c'est bel et bien un soutien de l'institution, et la fraude aux allocations-chômage est très largement un mythe. Certes, à la suite de cette étude, réalisée sur un panel extrêmement réduit de cent demandeurs d’emploi, on a établi que 14 % des dossiers contrôlés ont abouti à une radiation. Mais en fait, 60 % de ces chômeurs radiés ne touchaient plus aucune allocation de Pôle emploi. Autrement dit, seuls moins de six demandeurs d’emploi sur cent « trichaient » réellement…

Mais la ministre du travail persiste et signe dans les médias, au lendemain de la rencontre avec les syndicats pour leur présenter la réforme, en employant des mots qui assument leur part de stigmatisation : « Pôle emploi a fait des tests : deux demandeurs d’emplois sur trois font les meilleurs efforts ; 20 % se découragent. Il faut les aider à se remobiliser. Et 14 % ne font aucun effort, a-t-elle dit sur Europe 1. Cette minorité crée un sentiment d’injustice. » Même discours dans L’Opinion, où elle critique « la petite minorité de ceux qui abusent » et « jettent l’opprobre sur les autres demandeurs d’emploi ».

En dépit des études, du terrain et des chiffres, le gouvernement reste donc fidèle à la promesse du candidat Macron : concentrer ses efforts sur la radiation de chômeurs. Dans un souci louable de rééquilibrage de l’échelle des sanctions, les radiations pour absence à rendez-vous avec le conseiller, qui représentent aujourd’hui près de 70 % des motifs de sanction, verront leur durée de radiation passer de deux mois à deux semaines, mesure saluée par les syndicats. En revanche, les radiations consécutives à une insuffisance de recherche d’emploi seront allongées. De combien ? Elles iront sans doute jusqu’à quatre mois maximum, mais le détail sera précisé dans le projet de loi.

Le conseiller Pôle emploi, « juge et partie »

La vraie nouveauté réside dans la définition des « offres raisonnables d’emploi », et les sanctions en cas de refus de ces offres. La règle actuelle veut qu’un demandeur d’emploi ne peut pas, sans raison valable, refuser deux offres raisonnables, définies précisément par la loi : une heure de trajet maximum depuis le domicile, ou une distance de 30 kilomètres maximum. Dans les faits, ces données sont difficiles à évaluer, et les radiations très rares.

Cela est d'autant plus vrai que les offres d’emploi faites par les entreprises sont parfois bancales, voire financièrement insuffisantes au regard des qualifications des demandeurs d'emploi. L'idée que les chômeurs ne candidateraient pas alors que des emplois existent est par ailleurs démentie par une étude publiée en 2017 par Pôle emploi, selon laquelle sur les 300 000 offres restées non pourvues en 2016, 87 % avaient« suscité des candidatures » que les employeurs n'avaient pas jugées satisfaisantes.

D'après le projet de loi, le conseiller de Pôle emploi sera désormais le capitaine, chargé de définir en fonction du demandeur d’emploi qu’il a en face de lui quelles sont les offres d’emploi raisonnables qu’il lui faudra accepter, dans un cadre néanmoins fixé par le conseil d’administration paritaire de Pôle emploi. « Ce n’est pas du contrôle bureaucratique, c’est humain, a insisté la ministre sur Europe 1, on tient compte de la situation de la personne, des bassins d’emplois. L’intelligence n’est pas interdite. »

Actuellement, c’est au cours du premier entretien après inscription, réalisé dans un temps contraint, que se définissent le type de métier exercé et envisagé pour la suite, le niveau de salaire exigé et les possibilités de mobilité géographique. À l’avenir, le conseiller pôle emploi sera amené à revoir cette définition au prisme du besoin local de main-d’œuvre. « On accentue ce qui préexistait, déplore Guillaume Bourdic de la CGT Pôle emploi, soit une adaptation du demandeur d’emploi au besoin du patronat localement. Bien sûr que le contexte économique compte mais nous défendons l’idée que l’emploi recherché et occupé doit être un emploi désiré et qui réponde aux qualifications du demandeur d’emploi. »

Outre les risques d'individualiser la relation et donc d'accroître la part de subjectivité, le gouvernement revient sur un élément fondateur de la culture professionnelle des agents de Pôle emploi : la séparation étroite entre le conseil et le contrôle. À l’avenir, le conseiller suivra le demandeur d’emploi, évaluera ce qu’il considère comme une offre raisonnable, et demandera éventuellement des sanctions en cas de recours. Il devient« juge et partie » selon les organisations syndicales.

Enfin, cette mesure arrive alors même que le mécontentement monte contre le renforcement de l’évaluation individuelle des agents (appelée en jargon Pôle emploi « l'observation de la relation de service »), et notamment le comportement du conseiller vis-à-vis de l’usager. « Si on renforce la position coercitive des agents, et qu’ils sont évalués sur cette compétence par leur hiérarchie, ils risquent d’arbitrer dans le sens de la sanction au détriment des usagers », poursuit Guillaume Bourdic.

L’ambiguïté est similaire concernant le « journal de bord » que devront tenir les chômeurs pour garder la trace de leurs démarches de recherche d’emploi, et qui sera« expérimenté » dans deux régions à partir de 2019 : au moment de l’actualisation de sa situation sur internet, le demandeur d’emploi devra remplir les cases dédiées.

Le principe de ce journal de bord est déjà appliqué de façon empirique par certains demandeurs d’emploi, comme Roselyne, cette stakhanoviste de la recherche que nous avions rencontrée il y a deux ans. Et il peut être un réel outil de soutien pour les démarches à effectuer. Mais il pourra tout aussi bien se retourner contre celui qui le tient, si les contrôleurs de Pôle emploi l’examinent de près. Difficile de ne pas imaginer que si les cases sont jugées peu remplies, le conseiller juge que les démarches de recherche d’emploi ne sont pas assez fournies, alors même que certaines, comme l’activation de son réseau, laissent peu de traces. 

Cet éventail de nouvelles mesures peut globalement laisser craindre une différence d’appréciation, et donc de traitement des cas, en fonction des conseillers de Pôle emploi qui jugent, des régions où ils sont examinés, ou de la période elle-même. Une crainte renforcée par le dernier versant de la réforme, également annoncé lundi par le gouvernement : la réforme de la gestion de l’assurance-chômage. Après en avoir agité la menace, l’exécutif a renoncé à retirer cette gestion aux partenaires sociaux. Si ces derniers continueront d’établir les règles selon lesquelles les Français touchent des allocations, syndicats et patronat le feront désormais dans un cadre contraint, comme c’est déjà le cas pour l’assurance-maladie.  

En effet, avant chaque négociation, le gouvernement leur enverra un document« précisant la trajectoire financière à respecter et fixant des objectifs pour l’évolution des règles de l’assurance-chômage ». Et si les règles fixées par les syndicats et le patronat ne lui conviennent pas, « l’État pourra définir par décret les paramètres du régime ». Autrement dit, l’État aura la main sur l’enveloppe à distribuer dans le cadre des allocations chômage. En cas de restrictions budgétaires, les agents de Pôle emploi pourraient donc être enclins à distribuer plus facilement sanctions et radiations, afin de ne pas dépasser le budget fixé.

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20 mars 2018 2 20 /03 /mars /2018 16:03
PROPOSITIONS CGT POUR FAIRE CONFIANCE AUX SALARIES PRIVES D'EMPLOI
  1. DROIT AU TRAVAIL

Toute personne a le droit d'obtenir la possibilité de gagner sa vie par un travail librement choisi ou accepté. Les organisations syndicales et patronales s'assurent que les salariés actifs ou privés d'emploi, qu'ils soient en recherche d'emploi ou de mobilité géographique ou professionnelle aient régulièrement accès, en nombre suffisant, à des offres d'emploi valables et légales. Ces offres devront être conformes au métier, à la qualification, au niveau de rémunération et au projet défini entre le demandeur d'emploi et son conseiller. Elles ne devront pas donner lieu à un temps de trajet ou des horaires jugés incompatibles avec ses contraintes par le demandeur d’emploi.

La légalité des offres devra être contrôlée par Pôle Emploi qui s’en porte garant avant toute publication. L’Etat français en tant que signataire du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, est garant du droit au travail. Les organisations syndicales et patronales s'adresseront à l’État pour qu'il fasse appliquer les sanctions encourues en cas de publication d'offres d'emploi mensongères ou incomplètes.

  1. DROIT À L'INDEMNISATION

Les organisations syndicales et patronales travaillent à étendre d’ici 2020 le droit à indemnisation de façon à assurer à terme à travers la sécurité sociale professionnelle un revenu de remplacement, basé sur la cotisation, pour toutes celles et tous ceux qui sont privés d’emploi, à un moment où un autre de leur vie professionnelle.

Elles s'assurent qu'aucun salarié ne soit privé de revenu de remplacement –, temporairement ou durablement, du fait d'un manquement de son employeur à ses obligations légales, par exemple la non remise des documents sociaux.

  1. DROIT À L’ERREUR

Aucun allocataire ne peut être pénalisé, notamment pour les périodes non déclarées, suite à une erreur de bonne foi, une erreur de Pôle Emploi, ou lorsque l’employeur est en tort. Les signataires proposent que Pôle Emploi acte les déclarations des salariés, prenne en compte les prises d’acte et mène les investigations en direction des employeurs défaillants.

Pôle Emploi est chargé d’apporter la preuve, devant les juridictions compétentes, des fraudes supposées, avant toute retenue ou sanction.

  1. DROIT À LA FORMATION QUALIFIANTE

La formation professionnelle est un droit pour l’ensemble des salariés actifs ou privés d’emploi. Par ailleurs, la qualification est la meilleure garantie pour le maintien dans l’emploi tout en étant un élément pour la bonne activité des entreprises.

 

Fort de ces constats lorsqu’un demandeur d’emploi s’inscrit à Pôle Emploi et peut justifier d’au moins 24 mois de travail dans les 5 dernières années dans son ou ses précédents emplois, sans avoir bénéficié de formation qualifiante ou diplômante pendant cette période, il doit bénéficier d’un droit à une formation diplômante ou qualifiante de son choix. Cette formation sera financée par le dernier employeur si l’ancienneté dans cette dernière entreprise est au moins de 24 mois. A défaut, si l’ancienneté est inférieure à 24 mois dans cette dernière entreprise ou si l’entreprise est fermée, la formation sera financée à hauteur de 50% par l’OPCA de branche dont dépendait le demandeur d’emploi lorsqu’il travaillait. Pôle Emploi et les autres opérateurs habituels abonderont la partie restante.

  1. DROIT DE RECOURS

Les organisations syndicales et patronales s'assurent de l'effectivité des droits des salariés actifs ou privés d'emploi, notamment ceux définis dans le Code des relations entre le public et l'administration.

Ils conviennent de la nécessité de mettre en œuvre les procédures qui garantissent :

  • que les demandeurs d'emploi sont informés sans délai des contrôles et des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent,
  • qu'ils ont accès à une procédure contradictoire en cas de décision défavorable à leur encontre ou de sanction,
  • que les voies, les délais de recours et la juridiction auprès de qui ils doivent exercer ce droit soient mentionnés sans ambiguïté sur toutes les décisions administratives individuelles qui leur sont envoyées.
  • qu’ils puissent rencontrer un agent formé à l’aide à la recherche d’emploi ou à l’indemnisation, à leur demande et à tout moment. Une étude contradictoire sera menée pour constater l’effectivité des droits des salariés privés d'emploi à l'information, l'orientation et l'indemnisation, prévus dans les textes nationaux et internationaux.
  • Dans le cadre du projet réalisable pour les démissionnaires (art 1), il est institué le droit à faire réexaminer par une instance indépendante un refus de reconnaissance dudit projet.
  1.  DROIT D’ACCÈS NUMÉRIQUE

Les outils numériques sont des compléments qui peuvent améliorer le service rendu à un grand nombre de salariés privés d’emploi. Les organisations syndicales et patronales sont attentives à ce qu’aucune fracture numérique ne se développe. Tous les usagers du service public doivent avoir un accès égal aux outils numériques et à l’accueil physique. Ils doivent pouvoir décider de l’utilisation des outils numériques et y être formés ou accompagnés dès l’inscription et à chaque fois qu’ils en font la demande. La mise à disposition d’outils numériques ne justifie aucune restriction de l’accueil en agence, par téléphone ou par courrier. Nul ne peut être pénalisé pour ne pas avoir répondu à des messages dont Pôle Emploi n’a pas la preuve de sa réception.

  1. DROIT AU SOUTIEN

Il est institué des aides à la garde d’enfants, d’appui aux aidants familiaux et une indemnisation des déplacements pour la recherche d’emploi et pour assister aux entretiens d’embauche.

  1. DROIT À L’ACCOMPAGNEMENT

L’allocataire peut être accompagné-e par un-e conseiller-ère du salarié, ou un avocat (avec accès à l’aide juridictionnelle) lors de ses démarches, et notamment lorsqu’il/elle conteste un trop- perçu, une radiation ou lors d’un passage en IPR ou IPT.

  1. DROIT DE REPRÉSENTATION        

Les salarié-e-s privé-e-s d’emploi ne pouvant participer aux mesures de représentativité, il est proposé de rétablir le droit de vote aux élections professionnelles, supprimé par la Loi sur la formation professionnelle de 2014 (suppression des élections prud'homales).

Les droits des Comités de liaison et le CESI (comité d’écoute des salariés intermittents du spectacle) seront confortés : possibilité de demander des études à Pôle Emploi, et respect des travaux des groupes de travail.

10- TRANSPARENCE

Une étude sera menée à grande échelle (10% des effectifs des inscrits à Pôle Emploi) sur l’effectivité ou le non recours des droits, et la réalité par ailleurs de la fraude et du non recouvrement.

 

 

Montreuil le 19 mars 2018

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20 mars 2018 2 20 /03 /mars /2018 15:54

Plusieurs formations de gauche, d'EELV au PCF en passant par le NPA, Génération.s ou les députés FI, ont rendu public ce lundi un appel à riposter à la casse du service public orchestrée par Emmanuel Macron.

« Défendons tous les services publics ! Solidarité avec les cheminots et les cheminotes ! » Le mot d’ordre rassemble, autour d’un appel commun à la mobilisation, nombre de formations de gauche. Alternative Libertaire, Europe-écologie-Les Verts, Ensemble, la Gauche démocratique et sociale, Géneration.s, le groupe parlementaire France Insoumise, le NPA, le  PCF et ses parlementaires, le  PCOF, le Parti de gauche, et République et socialisme sont ainsi signataires d’un texte commun rendu public ce lundi. Fustigeant un gouvernement « qui veut parachever la transformation d’un service public censé être guidé par l’intérêt général en une entreprise du CAC 40 » et qui « accable les cheminot.tes, les faisant passer pour des privilégié.es qui, comme les retraité.es, les étudiant.es ou les chômeurs.ses, ruineraient la France », ils y estiment qu’au contraire ils « se battent pour sauver l'emploi des générations qui viennent » et « ne sont comptables de rien ». « Pas plus que les étudiant.es qui perdent une partie de leurs APL, les retraité.es qui voient la CSG augmenter, les personnels de soins, les enseignant.es, les chômeurs.ses ou l'ensemble des fonctionnaires. Pas plus que les migrant.es qui subissent une politique indigne », ajoutent ces formations de gauche pour conclure sur un appel à l’unité. « Ils nous veulent désunis ? Nous répondons que nous serons dans la rue le 22 mars pour défendre l’accès au service public, à commencer par le ferroviaire, les cheminot-e-s, mais aussi l’ensemble des fonctionnaires et l’intérêt des usager-e-s ».

 

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20 mars 2018 2 20 /03 /mars /2018 15:45

Cachez cette guerre que nous ne saurions voir. Dans une note adressée ce vendredi aux rédactions, le ministère français des Affaires étrangères demande aux médias de « bien vouloir renoncer à tout projet éventuel » d’envoyer des équipes de reportages en Syrie, en raison d’une « recrudescence de la violence », particulièrement dans la Ghouta orientale et le canton d’Afrin, théâtre d’une offensive de l’armée turque.


Sous l’apparence de simples « recommandations », cette note du Quai d’Orsay consiste en réalité à inciter les rédactions à rester à distance, et pire, à les inciter à ne pas acquérir et diffuser les reportages des journalistes indépendants qui couvrent le conflit sur place. « Une vigilance particulière devrait s’exercer lors de l’acquisition des reportages de journalistes indépendants s’ils ont été réalisés dans des conditions les exposant à des risques disproportionnés » précise en effet dans sa note la porte-parole du Quai d’Orsay Agnès Von der Mühll.


Ce faisant, le ministère fragilise la position de ces reporters, et ouvre la voie à une culpabilisation des confrères qui seraient tentés de faire leur travail, dans les conditions extrêmes qui sont toujours celles des conflits armés.


Les syndicats français de journalistes SNJ, SNJ-CGT et CFDT-Journalistes, membres de la fédération internationale des journalistes (FIJ), dénoncent cet appel à l’autocensure, et une vision rétrograde d’une profession qui serait condamnée, au nom de la sécurité, à se cantonner aux sentiers bien balisés de la communication et du journalisme embarqué.


Le Quai d’Orsay va jusqu’à rappeler aux rédactions « la nécessité de respecter les conditions juridiques d’entrée sur le territoire et d’exercice du métier de journaliste des pays voisins de la Syrie », comme pour donner raison aux autocrates qui ne cherchent qu’à cacher leurs exactions aux yeux du monde, qui emprisonnent et condamnent des journalistes coupables d’avoir voulu simplement exercer leur profession.


Les syndicats SNJ, SNJ-CGT et CFDT-Journalistes appellent les rédactions françaises à prendre leurs responsabilités comme elles l’ont toujours fait, pour informer au mieux les citoyens sur la situation très complexe de ce conflit au long cours dans le nord-ouest syrien.


Paris, le 18 mars 2018
SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes

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20 mars 2018 2 20 /03 /mars /2018 15:40

Table ronde avec Nicolas Matyjasik, politologue, Sciences-Po Lille, Gérard Aschieri, professeur honoraire, représentant de la FSU au Conseil économique social et environnemental et Claudine Boisorieux, maire (DVG) de Clamecy (Nièvre).

Rappel des faits. Réformes de l’hôpital, du baccalauréat et de l’accès à l’université, casse de la SNCF par ordonnances… le gouvernement démantèle un à un les services publics, citoyens et syndicats se préparent à une forte mobilisation.

Réformes de l’hôpital, du baccalauréat, de la SNCF… comment analysez vous la politique du gouvernement en matière de service public ?

MAYJASYK Nicolas - ASCHIERI Gérard - BOISERIEUX ClaudineMAYJASYK Nicolas - ASCHIERI Gérard - BOISERIEUX ClaudineMAYJASYK Nicolas - ASCHIERI Gérard - BOISERIEUX Claudine

MAYJASYK Nicolas - ASCHIERI Gérard - BOISERIEUX Claudine

Nicolas Matyjasik On remarque une certaine urgence à agir : il faut être dans la démonstration de la modernité. Aller vite, utiliser un champ lexical qui induit la rationalisation, la transformation, allumer différents feux pour être en mouvement et insaisissable pour ses adversaires. Un engrenage de réformes, pointillistes et peu coordonnées, qui manque d’une vision globale sur ce que doivent être les services publics au XXIe siècle. Cette question de l’État, de nos services publics est pourtant essentielle car elle est au carrefour de la réflexion sur notre avenir commun. Elle conditionne ce que nous souhaitons pour le vivre-ensemble, le maillage de nos liens sociaux et de nos territoires. Depuis une soixantaine d’années, les gouvernements successifs se sont empressés de vouloir moderniser l’État, ce que montrent très bien les travaux du politiste ­Philippe Bezes (Réinventer l’État. Les réformes de l’administration française), sans penser ce que devait être l’État. Avec en toile de fond, depuis les années 1980, cette fameuse saillie de Reagan : « L’État est plus le problème que la solution. » Il faut donc réduire les périmètres d’intervention, libéraliser. C’est l’ère des méthodes privées appliquées aveuglément à la sphère publique, le new public management. Les fonctionnaires sont trop souvent et depuis bien longtemps des boucs émissaires, ils sont des chiffres que l’on pourrait baisser à l’infini. Ce culte du chiffre est absurde, il faut le désacraliser. Les fonctionnaires, ce sont des femmes et des hommes engagés, ce sont des visages, ce sont les artisans de la République du quotidien. Car ce sont des métiers et des vocations qui, s’ils étaient supprimés, réduits ou transférés au privé, rendraient notre vie plus coûteuse, plus angoissante. Imaginez si nous devions payer directement, par nous-même, pour notre santé, notre sécurité, l’éducation de nos enfants ou le régime de retraite de nos parents.

Gérard Aschieri Les réformes sont de nature diverse, mais selon moi, elles sont sous-tendues par deux constantes : d’une part la volonté de réduire à tout prix les dépenses publiques, d’autre part la promotion de l’initiative privée et de la concurrence, y compris entre les individus, considérées a priori comme plus efficaces pour répondre aux besoins. Cela ignore ou minore délibérément ce que sont les fonctions des services publics : permettre à chacun où qu’il soit de bénéficier de l’effectivité de ses droits, droit à l’éducation, à la santé, à la sécurité, à la mobilité, etc. ; prendre en compte le temps long, contribuer à l’aménagement du territoire et au développement durable, bref prendre en charge l’intérêt général. C’est pour cela qu’ils se sont construits autour d’un certain nombre de principes, comme l’égalité, la continuité, l’adaptabilité, la laïcité. Et s’ils ont un coût, il ne faut pas oublier ce qu’ils apportent en termes aussi bien économiques, sociaux, environnementaux que politiques : ils sont un des éléments centraux de la cohésion de la société. Certes, ces bénéfices sont difficilement évaluables, mais on ne peut les ignorer.

Claudine Boisorieux Nous constatons au niveau national et plus particulièrement au niveau rural les difficultés de fonctionnement de plus en plus grandes de nos services publics, auxquels nous sommes attachés. Cette notion recouvrant la participation de tous au service de chacun. Quel que soit le secteur, nos services ne correspondent plus aux besoins, à notre époque, à la demande de la population. Des réformes sont nécessaires. Encore faut-il ne pas précipiter les décisions et ne pas supprimer avant d’avoir trouvé les solutions de remplacement. Ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne la santé, l’enseignement et les transports. Ces réformes, qui mettent en jeu non seulement le service public mais l’organisation de notre société, sont particulièrement complexes. Dans le domaine de la santé par exemple, chaque débat nous montre une complémentarité nécessaire mais difficile à trouver entre service public et médecine libérale.

Justement, face à sa disparition dans les territoires, que reste-t-il de l’esprit du « service public » ?

Claudine Boisorieux Fixer des seuils de fréquentation pour des installations en secteur d’isolement géographique, peu urbanisé, hors de l’influence des grands pôles donne aux habitants le sentiment d’être abandonnés et de voir diminuer de plus en plus la sécurité à laquelle ils ont droit, comme sur le reste des territoires plus urbanisés. Ceci est un constat et une solution n’est pas facile à trouver. Elle demande discussions, concertation avec les différents partenaires. Ne donnons pas le sentiment aux habitants de nos campagnes qu’ils sont abandonnés par l’État et que leur vie a moins d’importance que celle des habitants des métropoles. Dans notre territoire, où les médecins ne s’installent pas, généralistes ou spécialistes, les urgences de jour et de nuit sont le recours de notre population.

Gérard Aschieri La réduction des moyens des services publics, leur disparition d’un certain nombre de territoires mais aussi la gestion managériale qui s’y est déployée leur rendent de plus en plus difficile d’assurer efficacement ces missions dans le respect de ces principes. L’égalité de traitement est souvent mise à mal, aussi bien pour les agents que pour leurs usagers. Cela fait perdre de vue le sens de leurs missions, sape les fondements du vivre-ensemble et mine la confiance de la société. Le gouvernement est en train de faire voter une loi intitulée « Pour un État au service d’une société de confiance » : la politique qu’il mène envers les services publics va à l’encontre de cette intention affichée. Or, comme le rappelait le Cese dans un avis récent sur ce projet de loi (1), notre « pacte social (…) plonge ses racines dans les principes constitutifs des services publics et de la fonction publique qu’il s’agit de réaffirmer ».

Nicolas Matyjasik Une certaine forme de schizophrénie est palpable : les Français sont attachés à leurs services publics mais ils sont toujours défiants à l’endroit de ceux qui les délivrent. Aujourd’hui, les services publics sont notre bien commun, garants de l’intérêt général. Chaque citoyen doit se retrouver en eux et se sentir considéré. Soyons clairs : quand les services publics faiblissent, la France recule, la République perd du terrain. On le voit bien dans nos territoires, avec une montée du Front national, qui joue sur cet abandon.

En quoi est-il urgent de préserver les services publics et comment les développer ?

Gérard Aschieri Les réactions aux suppressions des services publics montrent l’attachement envers eux et les arguments avancés dans les batailles locales renvoient précisément à la conception des services publics que je viens de développer : derrière ces mobilisations, ces protestations, on perçoit la conscience qu’il existe des besoins collectifs et un intérêt général qui dépasse la somme des intérêts particuliers et que la concurrence ne permet pas d’y répondre de façon efficace. En même temps, il ne faut pas se cacher que les Français sont sensibles à l’idée de réduction des déficits publics et qu’ils ont parfois le sentiment que les services publics ne répondent pas assez bien à leurs attentes, ne prennent pas assez en compte leur situation spécifique. Les batailles à mener doivent en tenir compte : il est urgent de défendre les services publics mais aussi de débattre et d’agir pour qu’ils aient les moyens d’assurer l’ensemble de leurs missions et de s’adapter aux besoins dans leur diversité et leur évolution. Cela implique notamment d’agir pour une fiscalité juste et véritablement redistributive. Et je suis également convaincu qu’il faut en démocratiser la gestion en associant mieux les personnels et les usagers, qui doivent pouvoir faire entendre leur expérience professionnelle et leur expérience d’usage dans les décisions à prendre.

Claudine Boisorieux Je ne me crois pas capable seule de proposer une solution mais je suis convaincue de la nécessité de sauver nos campagnes. Dans un futur proche, sans doute les habitants des villes seront-ils bien heureux de pouvoir s’y réinstaller. Encore faut-il qu’ils y trouvent les écoles pour leurs enfants et les transports en commun indispensables. Arrêtons l’exclusivité des TGV, pensons aux TER et, en règle générale, équilibrons les efforts du pays sur l’ensemble de nos territoires.

Nicolas Matyjasik Il y a une urgence démocratique, celle de reconnecter les citoyens avec la chose publique. Plutôt que de s’enfermer dans des discours techniciens sur le volume de la dépense publique ou le statut des fonctionnaires, il serait préférable de créer un espace public où nous pourrions échanger, dialoguer sur l’action publique de demain, celle du XXIe siècle, la bâtir avec les citoyens. Les collaborations entre services publics et société civile se développent, il faut y être attentif. Sans pour autant que cela soit synonyme d’une diminution irréfléchie du rôle de l’État, comme cela a été le cas au Royaume-Uni avec le programme de Big Society de David Cameron. Il y a une culture nouvelle de l’interaction entre public et privé, de l’expérimentation, de l’évaluation et de l’innovation publique à construire. Se connecter davantage sur les initiatives de la société civile qui viennent compléter et améliorer les politiques publiques. La préservation de nos services publics et leur amélioration sont un enjeu essentiel. Nous devons lutter contre cette « phobie d’État », pour reprendre les mots du philosophe Michel Foucault. L’étendue des possibles est vaste, propulsée par les potentialités numériques. 

(1) Avis « Avant-projet de loi pour un État au service d’une société de confiance », rapporteure Nicole Verdier-Naves, novembre 2017.

Au service de l’intérêt général

En 1911, selon les mots du juriste Léon Duguit, le service public recouvre « toute activité dont l’accomplissement doit être assuré, réglé et contrôlé par les gouvernants parce que l’accomplissement de cette activité est indispensable à la réalisation et au développement de l’interdépendance sociale, et qu’elle est de telle nature qu’elle ne peut être réalisée complètement que par l’intervention de la force gouvernante ».

 

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20 mars 2018 2 20 /03 /mars /2018 15:38

Alors que le gouvernement a décidé de passer en force en recourant aux ordonnances pour engager des transformations sans précédent de la SNCF, le débat fait rage.
Table ronde avecc Didier Le Reste, Président de la Convergence nationale rail et Daniel Coffin Responsable du Collectif de développement du rail de la région de Montluçon, Thomas Portes Responsable national du PCF en charge du collectif cheminots, Paul Ariès Collectif des syndicalistes et usagers pour un plan B écolo et social à la SNCF et  Matthieu Orphelin Député LREM du Maine- et-Loire.

 

Pour un contrôle démocratique et citoyen

Il s’agit d’une grande question de société. Face aux enjeux environnementaux, d’aménagement du territoire et de mobilité qui se trouvent face à nous, la France a besoin d’un grand service public ferroviaire, de voyageurs comme de marchandises, qui soit sorti de la soumission à l’économie de marché avec pour objectif unique de répondre à l’intérêt général. Après les grands discours sur l’écologie (Grenelle de l’environnement, COP21), il est urgent pour l’avenir de notre planète de mettre les actes en adéquation avec les paroles. Nous devons réfléchir sur le long terme à la façon dont nous transporterons les personnes et les biens. Depuis plus de vingt ans, les réformes qui se succèdent à la SNCF n’ont pas réglé le problème fondamental de la dette du ferroviaire. Pire, en refusant de traiter cette question, les gouvernements successifs ont aggravé la situation, à tel point qu’aujourd’hui la SNCF, du fait qu’elle paie chaque année 1,6 milliard d’euros d’intérêts, n’a plus les moyens d’investir.

Développer le rail public, c’est un choix politique. Un choix qui demande des moyens. Aussi, l’État doit, dans un premier temps, reprendre la dette dans son intégralité. Dans un second temps, il faut engager un grand plan de financement pour la régénération et le développement du réseau, afin de répondre aux besoins toujours plus importants de mobilité. Des solutions existent. En appliquant la taxe locale sur les bureaux et la taxe sur les parkings d’hypermarché à l’ensemble du pays, en créant un versement transport payé par les entreprises à toutes les régions et en relançant l’écotaxe poids lourds, ce sont plus de 3 milliards d’euros par an qui pourront être investis dans la SNCF pour assurer la desserte de tout le territoire.

Le réseau ferré français, dont le développement est une priorité incontournable, doit être en capacité d’irriguer l’intégralité du pays, et ainsi jouer son rôle dans l’aménagement du territoire. Cela est incompatible avec une ouverture à la concurrence. Italie, Angleterre… Tous les exemples en attestent, là ou il y a eu ouverture à la concurrence, nous avons constaté une atrophie du réseau. Contrairement à l’entourloupe de communication gouvernementale, qui laisse croire que les 9 000 kilomètres de lignes seront sauvés, rien n’est réglé !

Avec l’évolution des modes de vie, qui éloigne les citoyens des métropoles et entraîne un rallongement des temps de transport entre le domicile et le travail, le rail public doit bénéficier de plus de moyens financiers, matériels et humains pour assurer un service de qualité et sécurisé. Avoir des gares ouvertes, des horaires de train qui répondent aux besoins des usagers, des cheminots qui travaillent en proximité sont autant de conditions pour assurer une prestation élémentaire à la population : le droit au transport.

Nous sommes au pied du mur. Nous avons besoin de faire du fret ferroviaire une priorité. On parle beaucoup d’écologie. Jamais de trains. Or, il s’agit du transport le plus écologique. Il n’y a pas eu un mot là-dessus pendant la COP21. Quant au Grenelle de l’environnement, il plaçait à 25 % l’objectif de transport de marchandises par rail. Nous sommes à moins de 10 % ! Un train de 35 wagons, c’est 55 camions de 32 tonnes en moins sur les routes. Le PCF demande un état des lieux du fret. Tout cela ne sera possible qu’avec le retour à une entreprise unique et intégrée, assortie d’une gouvernance 100 % publique et placée sous un contrôle démocratique et citoyen.

 

Un plan B écologiste et social

Salariés et syndicalistes de la SNCF et usagers de ce service public, mais aussi signataires de l’appel à la convergence antiproductiviste, nous exigeons un grand débat public sur le devenir du chemin de fer. Le statut des cheminots, loin d’être un obstacle à la transition écologique, est la condition du développement d’un grand service public ferroviaire. La France compte déjà deux fois moins de lignes ferroviaires (30 000 km) qu’à la création de la SNCF (60 000 en comptant les lignes locales). La France est en retard par rapport aux autres pays comparables. Le rail ne représente plus que moins de 10 % des trafics de personnes et de marchandises alors que ce mode de transport est le plus écologique, le moins dangereux et, potentiellement, le plus juste socialement. Le rail ne représente que 2 % de l’énergie consommée par les transports et 1 % seulement des émissions de gaz à effet de serre. Au moment où le gouvernement abandonne le projet de Notre-Dame-des-Landes, il est incompréhensible qu’il s’en prenne aux chemins de fer. Nous proposons d’ouvrir un grand débat national autour de dix questions :

1) Le développement prioritaire du fret ferroviaire. La part du ferroutage est passée sous les 10 % en raison des choix politiques favorables au transport routier. Nous défendons le transport combiné rail-routes comme nous défendons le transport fluvial et par oléoduc.

2) Le retour au maillage du territoire. Nous exigeons l’abandon du projet de suppression de 9 000 km de lignes, la réouverture des lignes locales abandonnées et la création de nouvelles.

3) L’instauration de la gratuité des transports dans les TER. L’instauration de la gratuité dans les TER, comme dans les transports en commun urbains, est la bonne solution, car les transports collectifs sont le seul choix écologiquement et socialement responsable, la gratuité étant la seule façon de réussir la transition écologique dans l’égalité. L’augmentation constante des tarifs a abouti en effet à écarter les milieux populaires, déjà victimes de la gentrification urbaine, du ferroviaire, TER compris, et à privilégier les milieux aisés.

4) L’abandon du système hypercapitaliste de tarifs variables (« yield management »).

5) Le retour aux trains de nuit contre la grande vitesse. Les pays du nord de l’Europe comme la Norvège, la Suède mais aussi l’Autriche prouvent le succès de ces trains. Le train de nuit est la meilleure alternative à l’avion. Nous soutenons le réseau européen au train de nuit Back on track.

6) La démocratisation de la SNCF avec une réelle participation des cheminots et des usagers aux choix d’équipements ferroviaires afin d’avancer vers une société des usagers maîtres de leurs usages.

7) la priorité absolue aux trains locaux sur les TGV. La SNCF doit être un vecteur de la relocalisation nécessaire. Une rame TGV coûte entre 40 et 50 millions d’euros. Une rame TER coûte entre 1,5 et 15 millions d’euros. Moins de grande vitesse mais plus de ferroviaire.

8) Le retour du TER au ferroviaire contre l’autobus. On compte aujourd’hui 260 lignes trains et 240 autobus.

9) Le maintien de la SNCF comme établissement public.

10) La défense des droits des salariés de la SNCF et d’ailleurs, contre la division créée par le pouvoir et la majorité des médias.

 

Osons la transformation

Nous avons besoin d’un service public du rail enfin centré sur les mobilités du quotidien, soutenable financièrement, innovant et répondant aux enjeux de la transition écologique. Les Français sont profondément attachés au service public ferroviaire, qui transporte chaque jour plus de 4 millions de voyageurs. Il est un gage de la cohésion entre les territoires, de la compétitivité de nos entreprises, de l’attractivité du pays. Il est urgent d’engager sans tarder une refondation de notre système ferroviaire. Sortons des postures et regardons en face la réalité de la situation du système ferroviaire. Les trains circulent sur un réseau vieux et inadapté au transport de masse qui explique les retards fréquents (nos voisins européens font mieux) et les grands incidents de ces derniers mois. Après quarante ans où seules les lignes TGV semblaient compter aux yeux des grands élus, accordons enfin la priorité à la modernisation du réseau pour améliorer la qualité de service. C’est pourquoi SNCF Réseau va consacrer 36 milliards d’euros en dix ans pour la modernisation et la rénovation du réseau : c’est 50 % de plus que la dernière décennie.

On a souvent entendu ces derniers jours que le gouvernement voulait fermer « les petites lignes » : c’est faux ! Chaque ligne répondant à un besoin particulier, il faut une analyse locale et une discussion avec les territoires. Renforçons certaines lignes, envisageons pour d’autres des moyens d’améliorer le service public (par exemple avec des navettes électriques avec des fréquences plus nombreuses).

Pour être durable, le service public doit être soutenable, ce n’est pas le cas aujourd’hui. La dette de SNCF Réseau a augmenté de 15 milliards d’euros entre 2010 et 2016, pour atteindre 45 milliards d’euros fin 2016. Elle augmente mécaniquement de 2,5 milliards par an (dont 1,3 milliard d’euros juste pour les intérêts financiers, ce qui pose question sur le rôle des banques…) : cette situation n’est plus tenable, ceux qui prétendent le contraire prennent une lourde responsabilité.

Repenser la mobilité de demain, c’est aussi faciliter la multimodalité, en connectant de façon simple l’ensemble des services de transport accessibles sur un territoire donné, y compris pour la billettique. La gare doit devenir un lieu privilégié d’échanges intermodaux et un lieu de services multiples. Les plateformes de services ont besoin de lieux physiques (lieux de rendez-vous pour le covoiturage notamment, aménagements vélo) qui doivent devenir une composante de l’espace public urbain. La mobilité de demain doit être mise au service de la vie quotidienne des Français, et notamment de l’emploi : l’an dernier, un jeune sur quatre a refusé un emploi faute de moyen de transport, cela n’est pas admissible !

Enfin, l’innovation sera au cœur de la mobilité de demain, avec notamment le déploiement du train hydrogène et du train solaire, des « RER des grandes aires urbaines », ou encore avec la révolution des véhicules autonomes, en priorité pour les zones rurales. Comme nous l’avons recommandé dans le rapport du Conseil d’orientation des infrastructures remis à la ministre Borne en février, il est urgent d’expérimenter dès les prochains mois la circulation de véhicules autonomes en sites propres entre des gares sur d’anciennes voies de chemin de fer. Cela permettra une offre nouvelle de mobilité, en particulier dans les zones rurales, où la voiture est trop souvent la seule solution.

Osons cette transformation vers un nouveau service public du rail ! Dans dix ans, les citoyens diront que la SNCF est redevenue notre fleuron national, le modèle d’un service public performant et d’une société publique qui a su se remettre en question et innover.

 

Sauvons notre bien commun : la SNCF !

Dans la société du libéral Macron où la norme doit être pour le monde du travail la précarité et l’ubérisation, le mensonge est érigé en mode de communication. Si certains ont encore des doutes sur la nature des politiques poussées à marche forcée par Emmanuel Macron et son gouvernement, celles-ci s’inspirent grandement de celles qu’ont conduites Reagan aux États-Unis et Thatcher au Royaume-Uni. Bien que la SNCF, qui fête ses 80 ans aujourd’hui, transformée en groupe public ferroviaire (GPF), soit à peine sortie de la réforme de 2014, devant régler les dysfonctionnements récurrents et s’attaquer à l’endettement du système, Macron décrète l’urgence, en appui du rapport Spinetta, pour pousser une nouvelle réforme à coups d’ordonnances.

Alors que des associations d’usagers, des syndicats de cheminots, des élus n’ont pas manqué ces dernières années de dénoncer l’abandon du réseau classique, la détérioration de la qualité du service, les opérations capitalistiques à risques à l’étranger du groupe SNCF, aujourd’hui Macron-Philippe-Pepy, veulent faire payer aux usagers et aux cheminots les « erreurs » des politiques passées.

L’enfumage du premier ministre à propos de l’avenir des « petites lignes » (9 000 km !), dont le futur, dit-il, ne peut se décider à Paris, masque mal la volonté de l’État de confier la gestion de celles-ci aux collectivités territoriales… ou du moins à celles qui le pourront !

Dans le sillage de Guillaume Pepy qui développe depuis des années les activités routières au détriment du train, Emmanuel Macron met en marche une politique antiferroviaire, anti-service public. Transformer la SNCF en société anonyme, faisant passer l’État de propriétaire à actionnaire, ce sont là les conditions d’une future privatisation partielle ou totale… au seul bénéfice des intérêts privés !

Face à cette entreprise de démolition du bien commun, il y a lieu de se mobiliser pour la mettre en échec et imposer les conditions d’un véritable plan de développement du service public ferroviaire porté par une entreprise publique, unique, intégrée, permettant de répondre aux enjeux d’aménagement du territoire, de mobilité, de développement économique, d’environnement, de réponse aux besoins sociaux. Comme l’a fait l’Allemagne à deux reprises, l’État doit reprendre sa dette (46 milliards d’euros) et s’attaquer à la concurrence déloyale entre les modes de transport.

Afin d’être en adéquation avec nos engagements en matière de lutte contre le réchauffement climatique, il nous faut relancer le transport de marchandises par rail, réactiver les trains de nuit et le dispositif auto-train ainsi qu’il convient de revitaliser les trains d’équilibre du territoire (TET, trains Corail…). Une stratégie de volume, à savoir que plus de personnes utilisent le train, suppose de mettre en œuvre une politique tarifaire de service public basée sur la référence kilométrique et de revenir à une TVA à 5,5 %.

Nos associations soutiennent un certain nombre de propositions de financement comme la création d’un versement additionnel pour les régions, ou encore la création d’un fonds de développement européen financé par la BCE dont une des missions serait de financer les investissements nécessaires.

Ce qui se joue aujourd’hui ne concerne pas que les cheminots et les usagers du rail : c’est d’un choix de société dont il est question ! Si on veut éviter la casse d’un bien commun, vital, une catastrophe sociale, écologique, tout commande à se mobiliser pour défendre le chemin de fer, le rail public.

Didier Le Reste

Président de la Convergence nationale rail et Daniel Coffin Responsable du Collectif de développement du rail de la région de Montluçon

Thomas Portes

Responsable national du PCF en charge du collectif cheminots

Paul Ariès

Collectif des syndicalistes et usagers pour un plan B écolo et social à la SNCF

Matthieu Orphelin

Député LREM du Maine- et-Loire

 

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20 mars 2018 2 20 /03 /mars /2018 06:32
Syrie. La ville d’Afrin occupée par l’armée turque et les islamistes
PIERRE BARBANCEY
LUNDI, 19 MARS, 2018
L'HUMANITÉ
Depuis mercredi soir, près de 250 000 personnes ont quitté Afrin, empruntant un couloir dans le sud de la ville menant vers des territoires tenus par les Kurdes ou le pouvoir syrien. Bulent Kilic/AFP
 

Les troupes d’Erdogan et ses supplétifs ont pris possession de la ville. Les combattants kurdes annoncent qu’ils vont passer d’une guerre de confrontation directe à une tactique d’attaques éclairs.

Que veut Ankara ? Hier, l’armée et ses supplétifs islamistes ont pris le contrôle de la ville d’Afrin et le premier geste des militaires a été de hisser le drapeau turc sur l’un des bâtiments principaux de cette cité du nord-ouest de la Syrie. Les soldats turcs et les djihadistes se sont déployés dans l’ensemble des quartiers, tirant en l’air et paradant pour célébrer leur victoire, ont rapporté des correspondants de l’AFP. Perchés sur le balcon d’un bâtiment public, des soldats ont fièrement brandi le drapeau turc. Plus loin, des rebelles syriens se sont rassemblés au pied d’une statue d’une figure historique de la résistance kurde, déboulonnée.

Plus de 1 500 combattants kurdes auraient été tués

Il s’agit donc bel et bien d’une occupation au terme d’une opération lancée le 20 janvier. Près de 250 000 personnes ont quitté Afrin depuis mercredi soir, empruntant un couloir dans le sud de la ville menant vers des territoires tenus par les Kurdes ou le pouvoir syrien. Les communications téléphoniques ainsi qu’Internet ont été coupés, et il est difficile de savoir exactement ce qui se passe. Des informations ont fait état du bombardement d’un convoi de bus dans lequel se trouvaient près de 300 personnes. Le bilan serait des plus lourds. La veille, l’hôpital central de la ville avait été visé, faisant au moins 16 morts. Des exactions contre les civils ont été rapportées. Un « grand nombre » des combattants kurdes ont « fui la queue entre les jambes ! » a lancé le président turc, Recep Tayyip Erdogan. « Notre travail n’est pas fini (...). Mais les terroristes sont finis à Afrin », a renchéri le porte-parole du gouvernement turc, Bekir Bozdag. Dimanche matin, l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a indiqué que plus de 1 500 combattants kurdes auraient été tués, ainsi que 400 islamistes. L’armée turque a de son côté fait état de 46 soldats tués et 225 blessés dans ses rangs.

« Pendant 58 jours, l’armée turque a attaqué la population et la région d’Afrin, dans un objectif de génocide et de dépopulation. C’est une attaque commune, préparée et soutenue par la Russie et les pouvoirs internationaux, a dénoncé Osman Cheikh Issa, coprésident du comité exécutif du canton d’Afrin. Ce n’est pas une attaque seulement sur Afrin, mais sur tout le peuple du nord de la Syrie. La résistance des peuples du nord de la Syrie a été une résistance commune. » Pour sa part, Brusk Hesêkê, porte-parole des Unités combattantes kurdes (YPG), a insisté : « Nous ne nous sommes pas retirés d’Afrin, nous avons pris des précautions pour sauver la vie des civils qui ont été soumis à des massacres illimités. Des combattants des YPG YPJ sont présents dans tous les districts d’Afrin et vont continuer le combat. » Il a également prévenu que, « dans tous les secteurs d’Afrin, nos forces vont devenir un cauchemar permanent » pour les soldats turcs et leurs alliés. « Notre guerre contre l’occupation turque (...) est entrée dans une nouvelle étape : nous passons d’une guerre de confrontation directe à une tactique d’attaques éclairs. »

L’incapacité et la lâcheté de l’Union européenne

Depuis le début de l’opération militaire, la Turquie a bénéficié de la mansuétude des puissances internationales et régionales, laissant bien seules les populations de ce canton alors qu’il y avait moyen d’empêcher l’armée turque d’entrer en Syrie. La Russie a laissé les avions d’Erdogan bombarder Afrin et l’armée syrienne n’est pas intervenue malgré la demande des dirigeants civils et militaires du canton. Quant aux États-Unis, ils préfèrent renforcer leurs positions à Manbij, au plus près des puits de pétrole. Ce faisant, les uns et les autres ont laissé se dégarnir le front existant encore dans la vallée de l’Euphrate où demeurent des poches de Daech, combattues par les YPG. Et l’Union européenne (UE), elle, a une fois de plus fait preuve de sa lâcheté et de son incapacité, se bornant à quelques vagues et frileuses déclarations à l’encontre d’Ankara. Seul le ministre des Affaires étrangères du Luxembourg, Jean Asselborn, s’est ému de la situation à Afrin et s’en est ouvert au secrétaire général de l’Otan – dont est membre la Turquie –, rappelant notamment dans une lettre « qu’il n’y a pas de solution militaire pour le conflit en Syrie ».

Censure sur les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux pratiquent la censure contre les Kurdes. Les informations diffusées sur compte Twitter @ICafrinresist sont ainsi inaccessibles sous prétexte qu’elles comporteraient « un contenu potentiellement offensant ». Régulièrement les messages du Conseil démocratique kurde en France (CDKF) sont censurés. Enfin, Facebook vient de fermer, pour trente jours, la page de Sylvie Jan, présidente de l’association France-Kurdistan.

Grand reporter
Syrie. La ville d’Afrin occupée par l’armée turque et les islamistes (L'Humanité, Pierre Barbancey, 19 mars 2018)
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18 mars 2018 7 18 /03 /mars /2018 19:31
Grève dans la fonction publique le jeudi 22 mars, les rassemblements bretons: ensemble, résistons à la politique de casse des services publics de Macron!
Grève dans la fonction publique le jeudi 22 mars, les rassemblements bretons: ensemble, résistons à la politique de casse des services publics de Macron!
  • Grève dans la fonction publique le 22 mars

L’Intersyndicale fonction publique CFTC, CGC, CGT, FAFP, FO, FSU et Solidaires appelle à la grève et à participer aux manifestations le jeudi 22 mars pour défendre un service public de qualité, l’emploi et le pouvoir d’achat des fonctionnaires. Dans le secteur de l’éducation, c'est toujours moins de moyens (-33 emplois pour la rentrée 2018 en Bretagne pour le second degré public). Les réformes se succèdent, au collège, au lycée, avec un renoncement aux objectifs de démocratisation, avec une autonomie accrue des chefs d'établissements, avec un bac « local », avec un frein à l’accès de tous à l’enseignement supérieur...

Le temps de la riposte est venu : agissons dans l’unité, faisons converger les luttes déjà engagées (étudiants, lycéens, EHPAD, cheminots...). Tous ensemble, montrons à la population que ce qui se passe dans la Fonction publique et dans l’éducation est alarmant tant les changements envisagés sont profonds et touchent non seulement aux conditions de rémunération et de travail de 20% des salariés, mais aussi au modèle de société. 

Les organisations CFTC, CGC, CGT, FAFP, FO, FSU et Solidaires appellent les agent-es à se mobiliser massivement le 22 mars pour :

  • Une négociation salariale immédiate pour le dégel de la valeur du point d’indice, le rattrapage des pertes subies et l’augmentation du pouvoir d’achat ;

  • L’arrêt des suppressions d’emplois et les créations statutaires dans les nombreux services qui en ont besoin et non un plan destiné à accompagner de nouvelles et massives suppressions ;

  • Un nouveau plan de titularisation des contractuel.le.s, de nouvelles mesures pour combattre la précarité et non pour favoriser son extension comme le préconise le gouvernement ;

  • Des dispositions exigeantes pour faire respecter l’égalité professionnelle ;

  • L’abrogation du jour de carence ;

  • La défense et la pérennisation du système de retraite par répartition et des régimes particuliers ;

  • La défense du statut général des fonctionnaires, et des statuts particuliers, qui permet de répondre aux besoins de la population sur l’ensemble du territoire et qui garantit l’égalité
    entre les usagers.

  • Les appels, lieux et horaires des rassemblements et manifestations en Bretagne 

      Cotes d’Armor    Grève, rassemblements et manifestations à l’appel de CFE-CGC, CGT, FO, FSU et Solidaires

  • Saint-Brieuc, 10h30 parc des Promenades

  • Lannion, 11h devant l’ancien Tribunal

  • Dinan, 11h esplanade de la Résistance

      Finistère          Grève, rassemblements et manifestations à l’appel de CFTC, CFE-CGC, CGT, FO, FSU, Solidaires et UNSA Territoriaux. 

                                 Les quatre parcours feront étape devant les gares SNCF.

  • QUIMPER 10h30 place de la Résistance

  • BREST 10h30 place de la Liberté

  • MORLAIX 10h30 place de la Otages

  • QUIMPERLE 10h30 place des Écoles

               Ille-et-Vilaine     Grève, rassemblements et manifestations à l’appel de CGT, FSU, FO et Solidaires

 

  • RENNES 10 h 30 esplanade Charles de Gaulle.

  • SAINT MALO 10h30 médiathèque

  • REDON 17h sous-Préfecture

                Morbihan    Grève, rassemblements et manifestations à l’appel de CFTC, CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES et UNSA Territoriaux

  • VANNES 10h30 départ Hôpital – Préfecture

  • LORIENT 10h30 départ Maison des syndicats- Sous-préfecture

  • BELLE-ILE 10h30 Le Palais

 

 

 

 

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18 mars 2018 7 18 /03 /mars /2018 18:14
Le Comité du Tregor des Amies et amis de la Commune - 1871 organise une visite du Château du Taureau où fut enfermé Blanqui le 18 avril 2018
Inscription pour la visite du Château de Taureau le 18 avril et réservation pour le concert du 3 juin à Lannion de la chorale "Peuple et chansons" ouvertes sur le site.
Nombre de places pour la visite : 30 maximum (Tarif = 50 euros).
Nombre de places pour le concert : 300 (PT = 10 euros).
 
Exposition à la Médiathèque ; Les Décrets de la Commune du 3 au 8 avril.
 
 

Blanqui "l'Enfermé", selon le surnom que lui donne son biographe Gustave Geffroy, ami de Monet, critique et théoricien d'art de l'impressionnisme, proche de Jaurès, qui fréquenta assidûment la région de Morlaix (sa biographie de Blanqui date de 1892). 

Blanqui (février 1805- janvier 1881) , théoricien et homme politique socialiste ou communiste (à l'époque, ces concepts sont souvent interchangeables) naît à Puget-Théniers dans les Alpes-Maritimes où son père est sous-préfet. Il fut élevé à Paris dans une institution où enseignait son frère aîné Adolphe (futur économiste libéral).

Etudiant en droit et en médecine, il adhéra en 1824 à la Charbonnerie autrement appelée la société secrète des Carbonari (organisation subversive qui complotait contre la monarchie); il fut blessé en 1827 dans les manifestations d'étudiants au Quartier Latin... 

En 1830, lors des barricades de juillet, il prend le fusil et arbore la cocarde tricolore révolutionnaire contre Charles X. 

Deux ans plus tard, il entra au journal "Le Globe", mais sa vie militante se partagea entre conspirations et emprisonnements... (1832, 1836-1837, condamné à mort en 1840, il fut finalement emprisonné au Mont-Saint-Michel puis à Tours jusqu'en 1844). 

En 1848, après avoir fondé la Société Républicaine Centrale que fréquente Baudelaire. Il prône une"République égalitaire" qui fera "disparaître la dernière forme d'esclavage, le prolétariat". Il s'oppose au gouvernement provisoire bourgeois de la IIe République, réclame l'ajournement des élections qui pourraient donner une majorité au camp réactionnaire en organisant des manifestations en mars et avril 1848.   

Il est de nouveau arrêté et passe dix ans en prison à la citadelle de Belle-Ile...

A la prison de Sainte-Pélagie, en 1861, il reçoit de nombreux jeunes dont Gambetta, Clémenceau. Certains de ses disciples vont l'aider, après son évasion et son exil à Bruxelles, à jeter les bases d'un parti clandestin, véritable armée secrète composée de professionnels de la révolution.  

Après la chute de Napoléon III, il revient à Paris pour créer le journal: "La Patrie en danger". Son organisation révolutionnaire compte en septembre 1870 entre 2000 et 3000 membres et recrute dans tous les milieux, inspirée par la figure charismatique du Vieux.  

Sa filiation: la Révolution Française, le Manifeste des Egaux de Babeuf et Philippe Buonarotti qu'il côtoie. Mais Blanqui se méfie des constructions échafaudées par le socialisme utopique. Si la dictature révolutionnaire qui doit naître de la révolution a pour but ultime d'instaurer le "communisme", celui-ci ne saurait être le produit d'un système conçu d'avance: "Le Communisme est une résultante générale et non un oeuf pondu et couvé dans un coin de l'espace humain par un oiseau à deux pieds". 

Thiers le fait arrêter dans le Lot où il se repose... le 17 mars 1871 à la veille du début de la Commune.

Il était en fuite, pourchassé après sa participation aux émeutes du 30 octobre 1870 à Paris. 

Il est enfermé dans la prison de Cahors, puis au château du Taureau où il occupe une pièce voûtée appelée "salle de discipline".

C'est là que Blanqui rédige L'Eternité par les astres, un essai philosophique sur l'univers et la condition humaine, le seul livre publié de son vivant. 

Blanqui est élu membre du comité d'honneur de la Commune de Paris pendant qu'il est au château du Taureau mais Thiers, chef du gouvernement de Versailles, refuse de le rendre contre 74 otages de la Commune, dont l'archevêque Darboy. 

En 1872, Blanqui est condamné par le Conseil de guerre et enfermé à la centrale de Clairvaux, sa dernière prison, pendant sept ans. Finalement amnistié, il se consacrera jusqu'à sa mort à son journal Ni Dieu, ni maître fondé en 1840. 

Blanqui passera en tout dans sa vie 37 ans en prison. Il sort de prison à 74 ans après avoir été élu député de Bordeaux sous les barreaux, mais le scrutin a été invalidé. 

A sa mort, une foule de plus de 100 000 personnes se présente au père Lachaise.  

 

Extrait de l'Eternité par les astres de Blanqui qui nie la nécessité d'un progrès irréversible et rejoint ainsi, en dépit de l'exotisme de la thèse de la pluralité des mondes, des perspectives très contemporaines sur l'histoire:   

" Et puis, jusqu'ici, le passé nous représentait la barbarie, et l'avenir signifiait progrès, science, bonheur, illusion! Ce passé a vu sur tous nos globes-sosies les plus brillantes civilisations disparaître sans laisser une trace, et elles disparaîtront encore sans en laisser davantage. 

L'avenir reverra sur des milliards de terres les ignorances, les sottises, les cruautés de nos vieux âges! (...).

Ce que nous appelons le progrès est claquemuré sur chaque terre, et s'évanouit avec elle. Toujours et partout, dans le champ terrestre, le même drame, le même décor, la même scène étroite, une humanité bruyante, infatuée de grandeur, se croyant l'univers et vivant dans sa prison comme dans une immensité, pour sombrer bientôt avec le globe qui a porté dans le plus profond dédain, le fardeau de son orgueil.

Même monotonie, même immobilisme dans les astres étrangers. L'univers se répète sans fin et piaffe sur place. L'éternité joue imperturbablement dans l'infini les mêmes représentations".  

Extrait de la défense de Blanqui en Cour d'Assise en 1832:

"Oui, Messieurs, c'est la guerre entre les riches et les pauvres: les riches l'ont voulu ainsi; ils sont en effet les agresseurs. Seulement, ils considèrent comme une action néfaste le fait que les pauvres opposent une résistance; ils diraient volontiers, en parlant du peuple: cet animal est si féroce qu'il se défend quand il est attaqué". 

Autre extrait de l'oeuvre de Blanqui qui prône la voie révolutionnaire et la grève générale par opposition à l'idéal d'une transformation progressive par la voie des coopératives de production: 

"Jamais le capital ne consentira à l'abandon de la moindre parcelle de sa puissance. Moins traitable et moins résigné que les rois absolus, il ne veut pas, il ne peut pas faire des concessions. Il entend ne connaître que la loi de son bon plaisir. 

Désarmer la bourgeoisie, armer le peuple, c'est la première nécessité, le seul gage de salut de la révolution (...)

La grève, malgré ses inconvénients, est le moyen naturel, à la portée de tous, auquel tous participent. La coopération n'est qu'un moyen accessible seulement aux plus instruits, suspects ou indifférents, ou même inconnus de tout le reste. La grève est la seule arme vraiment populaire dans la lutte contre le Capital. Appuyées provisoirement sur la grève comme moyen défensif contre l'oppression du Capital, les masses populaires doivent concentrer tous leurs efforts vers les changements politiques, reconnus seuls capables d'opérer une transformation sociale et la répartition des produits selon la justice.

L'état social étant gangrené, pour passer à un état sain, il faut des remèdes héroïques; le peuple aura besoin, pendant quelques temps, d'un pouvoir révolutionnaire".    

Et encore cet "Avis au peuple, le toast de Londres" (25 février 1851): 

"Le devoir d'un révolutionnaire, c'est la lutte toujours, la lutte quand même, la lutte jusqu'à l'extinction. " Qui a du fer, a du pain" (...) Pour les prolétaires qui se laissent amuser par les promenades ridicules dans les rues, par des plantations d'arbres de la liberté, par des phrases sonores d'avocat, il y aura de l'eau bénite d'abord, des injures ensuite, enfin de la mitraille, de la misère toujours" 

 

Sources: 

Article de Bernard Duraud dans le numéro spécial de L'Humanité "1871-2011: Ils étaient les Communards"

Revue de la Bibliothèque du Travail (BT 2), décembre 1973: "Utopistes et précurseurs du communisme"

Le Taureau Forteresse Vauban- Baie de Morlaix - Guillaume Lécuillier, avec les dessins du dessinateur de BD Pellerin (chez Skol Vreizh)

Le Comité du Tregor des Amies et amis de la Commune - 1871 organise une visite du Château du Taureau où fut enfermé Blanqui le 18 avril 2018
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