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4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 13:09

 

C’est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris le décès, à 59 ans, de notre camarade Stéphane Mayer.

Je me souviens encore de cette fête de l’Unité où ce jeune couple de tourtereaux partageait l’hébergement de l’équipe de la section de Morlaix dans la très rustique Auberge de Jeunesse de Brest. Le début d’une longue histoire.

Secrétaire de la section du Pays de Morlaix du PCF, membre du Comité Fédéral puis du secrétariat Fédéral du Finistère et enfin Secrétaire Fédéral, Stéphane n’aura mesuré ni son temps ni son énergie pour combattre cette société si injuste, si dure, si violente qui le révulsait. Que ce soit comme responsable de la jeunesse ou comme premier responsable départemental, il avait à cœur de ne pas se cantonner à la dénonciation de ce système injuste qui broie tant de vie. Il voulait aussi, par le rassemblement de toutes les victimes de l’exploitation capitaliste, trouver le chemin de son dépassement et de l’émergence d’une société ou la primauté serait donnée à la satisfaction des besoins humains sur l’ensemble de la planète comme à la préservation de cette Terre qui est notre bien commun.

Homme de verbe et de débat, le temps n’était jamais trop long lorsque s’engageait avec Stéphane une discussion où les exemples concrets voisinaient avec les envolées lyriques où le temps n’était pas compté. Car Stéphane était un homme de conviction… qui adorait convaincre quels que soient l’heure et le lieu.

Dans le cadre de ses responsabilités politiques comme dans son activité de démarcheur pour la presse Stéphane a rencontré, côtoyé un nombre incalculable de personnes. Dans le cadre privé aussi car il avait le sens de la convivialité et le goût de la vie chevillé au corps. Tous étaient unanimes à reconnaître sa gentillesse, son sens du contact et de l’amitié. Ce qui n’empêchait pas évidemment la fermeté sur ses opinions. Même si sa propension à faire confiance lui a joué quelques tours. 

Cet engagement auprès de la population s’est aussi traduit au niveau municipal. A Saint-Martin des Champs comme  à Morlaix, où il siégeait dans les deux communes, Stéphane fut un élu de proximité, toujours proche de la population, ouvert à la rencontre, à l’échange et à la discussion… et, ce qui n’est pas toujours si fréquent, tenant compte des avis exprimés.

Un élu de gauche, dévoué à la population et loyal avec ses partenaires. Mais ferme sur ses convictions même si cela devait, comme ce fut parfois le cas, créer quelques problèmes au sein de la majorité.

Avec les difficultés de la vie auxquelles il a été confronté nous voyions moins Stéphane. Mais, à chacune de nos rencontres, et ce fut aussi le cas de nombreux camarades, nous avons longuement échangé sur l’histoire de notre parti bien sûr, mais surtout sur la brutalité de la politique menée par le gouvernement. Sur les dégâts qu’elle fait subir à la population et surtout aux plus faibles. Sur la nécessité de retrouver le chemin du rassemblement pour y faire face et dégager une alternative.

C’est ce combat, qui fut celui de Stéphane, que ses camarades vont continuer avec la population.

                                                                                                                                       Alain DAVID

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4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 07:31

Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, appelle tous ceux qui ne peuvent pas faire grève à manifester le 1er mai. Malgré le refus de FO et de la CFDT d’organiser des cortèges communs, il ne désespère pas de parvenir à l’unité. Il dénonce la tentative de passage en force du gouvernement à la SNCF et promet des suites au 1er mai.

 

Humanité Dimanche. Selon vous, la mobilisation a grossi et s’est élargie le 19 avril, un seuil supplémentaire peut-il être franchi le 1er mai prochain ?

Philippe Martinez. La période reste compliquée en raison des congés scolaires. Mais notre ambition est de permettre à tous ceux qui, par peur de représailles ou parce qu’ils sont précaires ou intérimaires, ne peuvent pas faire grève en temps normal, de manifester le 1er mai puisque c’est un jour férié pour la plupart des salariés.

 

Humanité Dimanche. Dans les entreprises, les syndicalistes constatent un profond mécontentement de la part des salariés mais celui-ci peine à se traduire en mobilisation. Pourquoi ?

Philippe Martinez. Cela dépend de la démarche. Si des salariés se mobilisent dans leur entreprise mais ne participent pas à une mobilisation interprofessionnelle, cela veut dire que le mot d’ordre ne leur convient pas. Si le mot d’ordre est de se mobiliser pour obtenir le départ d’Emmanuel Macron, nous n’allons pas rassembler beaucoup de monde. Emmanuel Macron est là pour cinq ans. Et, en tant que syndicat, notre rôle n’est pas de débarquer qui que ce soit. Nous sommes là pour mettre en avant des revendications. Notre démarche est de partir des réalités de l’entreprise tout en organisant des temps forts interprofessionnels. Ces moments permettent de donner confiance aux salariés en lutte et de lever les oppositions. Laissez les cheminots se mobiliser seuls, c’est cultiver l’idée qu’ils défendent des privilèges. Comme le 19 avril, le 1er mai doit permettre aux salariés d’exprimer leurs revendications tout en démontrant qu’elles ont des points communs. La lutte des retraités pour l’augmentation de leur pension n’est pas différente de celles pour la hausse des salaires. Il s’agit de la même bataille pour le pouvoir d’achat. À la SNCF, à l’hôpital, à l’école ou chez EDF, c’est la même lutte pour le service public.

 

Humanité Dimanche. Quel sera le mot d’ordre du 1er mai ?

Philippe Martinez. C’est à la fois permettre d’exprimer les mécontentements et de défendre des propositions alternatives. C’est exiger une meilleure répartition des richesses pour augmenter les salaires, créer des emplois et développer des services publics dignes d’un pays comme le nôtre. C’est exiger des droits collectifs. On le vérifie à nouveau avec le statut des cheminots, ce que Macron vise, c’est la casse de tous les repères collectifs. Il essaie d’imposer une société individualiste où chacun se débrouille comme il peut. C’est pour cette raison qu’il s’est d’abord attaqué au Code du travail via les ordonnances. On en voit les conséquences. Dans le cadre de la négociation de la convention collective de la métallurgie, le patronat vient de proposer de travailler 11 heures de plus par semaine. Son plan est de passer à 46 heures en proposant un volume d’heures supplémentaires annuelles de 510 heures dont 280 seraient obligatoires. 280 heures obligatoires, c’est un samedi sur deux au travail.

 

Humanité Dimanche. Votre proposition de 1er mai unitaire a été rejetée, notamment par la CFDT et FO. Pourquoi, selon vous ?

Philippe Martinez. Je ne me l’explique pas. Je viens de lire la tribune de Laurent Berger et du secrétaire général des cheminots CFDT. C’est un texte que la CGT peut signer. Je ne comprends pas les faux prétextes que l’on nous oppose comme celui selon lequel la CGT mènerait un combat politique. Ce n’est pas le cas. Il n’est pas compréhensible qu’il y ait unité syndicale chez les cheminots, à Air France ou encore dans la fonction publique, et que les confédérations ne parviennent pas à surmonter leur différence pour permettre ensemble aux salariés de se mobiliser. Du côté de FO, j’ai noté que le futur secrétaire général se dit favorable à des mobilisations.

 

Humanité Dimanche. Donc, vous ne désespérez pas de parvenir à réaliser l’unité…

Philippe Martinez. Il n’y aucune raison objective aujourd’hui qui justifie que les confédérations ne soient pas en soutien aux luttes en cours qui sont quasiment toujours unitaires.

Humanité Dimanche. Depuis le 22 mars où cheminots et agents de la fonction publique ont convergé place de la Bastille, les syndicats des entreprises ou des secteurs en lutte ne parviennent pas à trouver des dates communes de mobilisation. Pourquoi ?

Philippe Martinez. Cela fait partie des discussions que nous avons avec les autres organisations syndicales. Les luttes professionnelles doivent être visibles. Il est donc normal que les organisations syndicales adoptent leurs propres calendriers. Mais, nous pensons aussi que, pour éviter que les salariés soient opposés entre eux, il faut des mobilisations communes et des journées interprofessionnelles. C’était le sens du 19 avril, ce sera le sens du 1er mai et c’est le sens que nous voulons donner aux suites du 1er mai.

 

Humanité Dimanche. Il y aura d’autres journées interprofessionnelles après le 1er mai…

Philippe Martinez. Nous y réfléchissons et nous voulons en discuter avec les autres organisations syndicales. Avant d’organiser le 19 avril, nous les avions invitées à se réunir le 19 mars pour faire le point sur la mobilisation et examiner les possibilités d’organiser une journée d’action interprofessionnelle. C’était un ordre du jour clair mais les autres organisations n’y ont pas répondu. Par contre, deux jours plus tard, lorsque la CFDT a proposé une réunion de secrétaires généraux, nous avons accepté. La CGT est unitaire. La situation est suffisamment difficile aujourd’hui pour que chacun mette de côté ses susceptibilités.

 

Humanité Dimanche. La CGT est-elle isolée aujourd’hui ?

Philippe Martinez. À la SNCF, je ne crois pas. Chez Air France, je ne crois pas. Dans la fonction publique, je ne crois pas.

 

Humanité Dimanche. De nombreux secteurs sont peu mobilisés malgré le fait que les raisons ne manquent pas, comme le démontre l’exemple de la tentative du patronat d’allonger le temps de travail dans la métallurgie. Comment y remédier ?

Philippe Martinez. Il y a un travail d’information et d’explication à mener auprès des salariés. Dans des secteurs comme la métallurgie, il existe de très nombreuses entreprises, dont beaucoup n’ont pas de syndicats. Cela impose de poursuivre notre effort pour aller à leur rencontre. Il y a aussi beaucoup de luttes qui ne sont pas connues car peu ou pas médiatisées. Ainsi les salariés de Daunat, le fabricant de sandwiches, se sont mis récemment en grève reconductible pour obtenir entre autres, de l’eau chaude dans les douches. C’est la preuve que, quand les salariés sont motivés, ils savent y aller.

 

Humanité Dimanche. La mobilisation ne souffre-t-elle pas d’un doute sur la possibilité de faire reculer le gouvernement ?

Philippe Martinez. J’ai l’habitude de dire que l’appétit vient en mangeant. Quand on parvient à marquer un point, cela donne envie d’en marquer un second. Il faut donner confiance. Cela passe par gagner et par montrer que d’autres autour de toi se mobilisent. Le 1er mai est l’occasion de se donner confiance.

 

Humanité Dimanche. Le gouvernement n’hésite pas à recourir à la force pour faire évacuer les universités comme celle de Paris-X Tolbiac. Pourquoi ces démonstrations de force ?

Philippe Martinez. Le gouvernement veut passer en force. Il l’a aussi démontré avec la tentative des CRS d’entrer dans le carré de tête le 19 avril. Nous avons eu plusieurs blessés, dont une camarade qui a passé la nuit à l’hôpital. C’est une façon de dire, c’est moi qui décide. Ce gouvernement ne veut pas négocier. Il fait mine de consulter. L’exemple des cheminots le démontre. Les syndicats se réunissent avec la ministre mais ils apprennent par voie de presse la filialisation du fret ou la fin du recrutement au statut à partir de 2020.

 

Humanité Dimanche. Pourquoi cette attitude ?

Philippe Martinez. Je vais rester poli. Disons qu’Emmanuel Macron pense que les syndicats ne servent à rien. Mais ils ne sont pas les seuls à ses yeux à ne servir à rien. Tous les corps intermédiaires pour lui sont inutiles. C’est une dérive autoritaire. Macron, c’est un peu Louis XIV. « L’État c’est moi. »

Son gouvernement refuse tout débat de fond. C’est flagrant sur le ferroviaire. Je trouve dramatique qu’un gouvernement écarte tout débat public sur cette question, qui implique pourtant de nombreux enjeux : qu’est-ce qu’une entreprise publique, quelles sont les missions d’un service public, comment préserver la planète… J’ai entendu Nicolas Hulot défendre la réforme du gouvernement. Mais je ne l’ai jamais vu dénoncer le fait que la SNCF était le premier transporteur routier de France ! Ce refus du débat vise à masquer les conséquences dramatiques qu’aura cette réforme.

 

Humanité Dimanche. C’est-à-dire ?

Philippe Martinez. La concurrence. Je ne connais aucun investisseur privé qui investisse dans une ligne utile aux usagers mais qui ne rapporte pas d’argent. Prenez le cas de la ligne des Alpes, qui va de Grenoble jusqu’à Digne. Elle n’est pas rentable, mais des milliers d’usagers l’empruntent chaque jour pour traverser les Alpes. Elle sera pourtant condamnée par la réforme. Autre exemple, la dette. C’est l’État qui en est responsable, en raison de ses choix passés. C’est aussi une volonté de la direction de la SNCF d’avoir un groupe présent partout dans le monde. Qu’est-ce qui justifie qu’un service ferroviaire français investisse dans des transports urbains à Las Vegas ? Pourquoi la SNCF devrait privilégier une croissance externe, posséder 1 000 filiales à l’étranger ? Tout cela coûte une fortune, mais ne rapporte rien. Il s’agit simplement de démonter que le groupe est mondialisé. C’est bien une logique importée du privé. La dette est une dette d’État, qui doit être reprise par l’État.

 

Humanité Dimanche. Peut-on mettre en échec le gouvernement ?

Philippe Martinez. Je ne connais aucun pouvoir qui puisse résister à une large mobilisation des salariés.

 

Humanité Dimanche. Constatez-vous une recrudescence des adhésions dans la période ?

Philippe Martinez. Oui, partout où on fait le boulot ! En Aveyron, par exemple, la CGT a réalisé autant d’adhésions sur les trois premiers mois de l’année 2018 que tout au long de l’année 2017. À Lille, les camarades m’expliquaient que des salariés venaient spontanément à plusieurs pour créer un syndicat. Je ne prétends pas que c’est partout ainsi. Mais quand on fait le boulot, ça paie.

 

Humanité Dimanche. Vous avez évoqué le 5 mai. La CGT ne veut pas faire la fête à Macron ?

Philippe Martinez. Quelles sont les revendications concrètes derrière ce mot d’ordre ? Nos objectifs, à la CGT, sont sociaux, il n’est pas question de dégager Macron. D’ailleurs, qui mettrait-on à la place ? Proposer une mobilisation quatre jours après une journée inscrite dans le paysage depuis longtemps (le 1er mai – NDLR), ce n’est pas le plus efficace pour rassembler le monde du travail. Le risque est que l’on parle plus de l’existence de ces deux dates que des travailleurs et de leurs problèmes. Cela génère des divisions.

 

Humanité Dimanche. Ce qui s’est passé à Marseille le 14 avril, où des partis politiques comme la FI et le NPA ont défilé aux côtés de syndicats (CGT, FSU…), est-il porteur d’espoir ?

Philippe Martinez. À Marseille, cela fait au moins quatre ans qu’ils font cela, tenter de faire converger les opposants à la politique du gouvernement. Ils menaient déjà ce genre de journées d’action sous le quinquennat Hollande.

 

Humanité Dimanche. Mais que pensez-vous de ce type d’initiatives, visant à réunir partis politiques et syndicats sous une même bannière ?

Philippe Martinez. Sur le principe, je n’ai rien contre rassembler le plus large possible, au contraire. Mais chacun doit jouer son rôle en conservant son identité. Des partis, associations et syndicats peuvent se retrouver ensemble, mais cela doit se faire à partir des champs d’intervention de chacun. Les syndicats et les partis politiques n’interviennent pas dans le même champ.

À la CGT, nous portons un projet social, de transformation de la société : nous voulons des services publics de qualité, davantage de pouvoir d’achat, des droits collectifs… Mais nous ne portons pas le projet d’un parti politique. Notre objectif à nous n’est pas de dégager Macron ! Ce n’est pas aux syndicats d’élaborer des alternatives politiques, c’est aux partis politiques. Par exemple, cela fait deux fois qu’un membre de la famille Le Pen est au second tour de la présidentielle, je suis inquiet pour la troisième fois. Nous alertons, à la CGT, sur les dangers de la montée de l’extrême droite, mais c’est aux partis politiques de dégager des alternatives…

 

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4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 07:16

La 54ème fête organisée le 1er mai par la section du P.C.F. du Pays de Morlaix a connu un grand succès (250 personnes à l’inauguration, 180 repas servis au restaurant sur la fête, au moins 400 personnes au cours de la journée)

POL HUELLOU (chant, flûtes, sanza) et GILLES LE BIGOT (guitare) se sont produit sur la fête devant une nombreuse assistance.

Pol Huellou, originaire du Finistère est connu pour sa participation à de nombreuses aventures musicales, The Roving Laddies, Escale-Dédale, etc.

Gilles Le Bigot, (ex- l’Héritage des Celtes, Barzaz) s’est produit avec des artistes tels que Yann Fanch Kemener, Marthe Vassalo, Denez Prigent, Gilles Servat… Compositeur et arrangeur, il est l’auteur de  récentes créations sous le titre « Empreintes »

Ensemble, ce duo s’est régulièrement produit depuis les années 90, en Bretagne, Irlande, Allemagne et  se sont également retrouvés sur de nombreux projets tel Elixir, Hommages Vagabonds, etc.

On les retrouvent tout dernièrement sur le nouveau CD de Pol Huellou & Friends : The Lost Agenda,  et nous aurons  le plaisir de les retrouver sur un certain nombre de titres extraits de ce dernier opus.

PCF MORLAIX - Fête du Viaduc
PCF MORLAIX - Fête du Viaduc
PCF MORLAIX - Fête du Viaduc
Monna JAOUEN a rejoint Pol HUELLOU et Philippe LE BIGOT

Monna JAOUEN a rejoint Pol HUELLOU et Philippe LE BIGOT

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4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 07:15

 

Lettres de motivation, CV, attendus… Les nouvelles règles instaurées par la plate-forme d’accès à l’enseignement supérieur font le beurre des officines privées de « coaching scolaire ». Ce marché florissant, qui surfe sur l’angoisse et les promesses de sélection, menace l’égalité entre élèves.

«Vive Parcoursup ! » Stéphane Boiteux est ravi. Enchanté, même, de la nouvelle plate-forme d’accès à l’enseignement supérieur. Sur son compte Facebook, il ne tarit pas d’éloges. Parcoursup ? « C’est une démarche responsable et engageante », s’enflamme-t-il. Bien plus « réfléchie, sérieuse et argumentée » que son célèbre et décrié prédécesseur ­Admission postbac (APB). Un vrai plaidoyer. Il faut dire que Stéphane Boiteux ne cherche pas à rejoindre la fac. Lui n’est plus un lycéen en quête d’avenir. Mais le patron intéressé de Motivsup.fr, une de ces multiples officines privées de « coaching scolaire » qui promettent aux élèves de terminale de les guider vers la filière de leur rêve, moyennant finance. Chez Motivsup, on reste relativement modeste. Il vous en coûtera 49,90 euros pour obtenir un questionnaire d’auto­évaluation sur les « dix compétences clés identifiées par le World Economic Forum » et un entretien téléphonique avec un « expert ». Le résultat n’est pas garanti. Moins, en tout cas, que le chiffre d’affaires de Stéphane Boiteux et de tout le secteur du « conseil en orientation » qui fait son beurre des nouvelles règles d’entrée à l’université.

Un marché juteux et peu réglementé

Avec ses exigences et sa logique sélective, le portail Parcoursup, ouvert depuis mi-janvier, s’est révélé une aubaine pour ce marché florissant et peu réglementé qui surfe sur l’angoisse des familles. Fondatrice en 2009 de Tonavenir.net, Sophie Laborde-Balen assure que son activité a progressé ces dernières semaines « de 25 % à 30 % » par rapport à 2017. Studyrama, Diplomeo, Quiétude, Recto Versoi… Tous se frottent les mains également. « Clairement, les candidats sont inquiets de ne pas obtenir la formation qu’ils veulent », résume Clotilde du Mesnil, fondatrice de Cowin Coaching, pour expliquer cet afflux. Alors que les quelque 800 000 lycéens ont encore jusqu’au 31 mars pour compléter leur dossier d’inscription, les offres et communications criardes vont continuer d’envahir les réseaux sociaux et autres salons d’orientation…

Présents, pour la plupart, depuis des années sur le créneau, les acteurs privés ont, cette année, tiré un sacré profit des nouvelles règles qui accompagnent Parcoursup. En plus de formuler ses vœux, chaque élève doit désormais rédiger, pour toutes les formations demandées, y compris universitaires, une sorte de lettre de motivation (« projet de formation motivé ») et parfois un curriculum vitae, avec l’obligation de prouver qu’il répond aux « attendus » fixés par la filière visée. Des exigences dont peu de lycéens ont l’habitude. Et qui donnent à la procédure d’inscription des allures de compétition entre postulants, le tout sur fond d’universités aux capacités d’accueil incertaines.

40 % des jeunes orientés vers le privé

Les boîtes de « coaching » en ont fait illico un argument de vente. Et se proposent de « booster » les dossiers afin de mieux se « démarquer » de la concurrence de son voisin. À ce jeu-là, les tarifs et le grotesque marketing atteignent des sommets. Le site Tonavenir.net vend ainsi une « box cadeau dédiée à l’orientation scolaire », qui propose des formules allant de 250 à 620 euros… Mais son produit phare reste le « Pass sérénité ». Une « prise en charge totale » des inscriptions à Parcoursup, avec deux heures d’entretien, l’écriture des lettres de motivation et même la rédaction des vœux sur le portail, le tout pour… 560 euros. Le site va jusqu’à « garantir » l’inscription, tout en précisant, filou, qu’il ne s’agit pas là d’une garantie « au sens juridique du terme ».

D’autres acteurs du marché sont plus subtils pour grossir leur chiffre d’affaires. Prenez Study Advisor. Cette plate-forme Internet, créée en 2016, permet au lycéen d’avoir au téléphone un étudiant inscrit dans la filière qu’il vise, d’écouter les conseils éclairés de son aîné et d’obtenir, à la fin, une recommandation d’orientation. Le tout gratuitement. Où est l’embrouille ? Tout simplement dans la suggestion faite par l’étudiant. Study Advisor est rémunéré à chaque fois que le client, pardon, l’élève, est envoyé vers un établissement privé avec lequel a été conclu, au préalable, un partenariat. Devinez quoi ? 40 % des quelque 40 000 jeunes orientés par cette plate-forme en vogue ont atterri dans le privé, qui ne pèse normalement que 18 % au niveau national…

Autant de pratiques dénoncées par le Syndicat général des lycéens (SGL). « Toutes ces entreprises surfent sur le désespoir des parents et profitent de ce que ne fait pas ou mal l’éducation nationale », déplore Thomas Le Corre, porte-parole de l’organisation. Aujourd’hui, les centres d’information et d’orientation (CIO) ferment en nombre. Et chaque conseiller d’orientation-psychologue (Copsy) doit s’occuper en moyenne de 1 500 à 2 000 élèves. « On a calculé que cela représentait environ 5 minutes par élève au cours de sa scolarité, relève le jeune homme, lui-même en première ES à Chartres. Pour s’orienter dans l’enseignement supérieur et ses 13 000 formations, c’est pas top… »

« Il faut des moyens pour le service public »

Dans les faits, la mission d’orientation retombe sur les professeurs principaux. Officiellement, cette aide est incluse dans les deux heures hebdomadaires « d’aide personnalisée », organisées en classe et principalement consacrées au soutien scolaire… « Ce n’est pas sérieux, les profs principaux ne sont pas formés pour ça, relève Claire Jaboulay, la présidente de l’Union nationale des lycéens (UNL). Ils n’ont pas le temps et ne peuvent pas connaître l’ensemble du système. Comment voulez-vous qu’un prof de philo vous aiguille si vous voulez faire de l’informatique ? Il faut absolument plus de moyens pour que le service public fasse enfin son boulot, avec notamment des Copsy qui interviennent dans les classes. »

En attendant, les heures d’entretien individuel et autres bilans personnalisés proposés par les officines privées apparaissent comme des solutions alléchantes pour les familles. Du moins, celles qui peuvent se le permettre. Sans surprise, les clients du coaching scolaire sont en majorité des jeunes dont les parents sont cadres du secteur privé. Le creusement des inégalités a la part belle. Quant aux boîtes de soutien privé, elles ont toutes les raisons de croire en l’avenir. « Avec Parcoursup, mais aussi la future réforme du lycée, on est dans un système de moins en moins lisible et de plus en plus tourné vers la compétition scolaire entre élèves, analyse Erwan Lehoux, membre de l’institut de recherche de la FSU et auteur de Payer pour réussir ? (1). Si le service public ne remplit pas son rôle dans l’orientation et l’accompagnement, il est clair que l’argent apparaîtra comme un facteur de plus en plus crucial pour accéder à des conseils éclairés et faire les bons choix. »

Un marché privé encouragé par l’État

Une perspective qui ne semble pas tournebouler outre mesure le gouvernement. Face à l’explosion de ce marché privé de l’orientation, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche envisage de créer un label « pour aider les familles à y voir plus clair ». Label qui garantit la gratuité de la prestation et le but non lucratif de l’entreprise. Pour l’instant, seuls deux plates-formes ont été retenues (Inspire et Les cordées de la réussite). Bref, pas de quoi inquiéter la multitude de start-up qui arpentent, avec plus ou moins de compétences, ce nouvel eldorado. Au contraire. Loin d’être régulé, le marché privé du soutien scolaire est encouragé – et subventionné – par l’État. Depuis 2006, le recours à ces entreprises, dont l’activité est assimilée à la catégorie des « tâches ménagères ou familiales », donne droit à un crédit d’impôt égal à 50 % des sommes engagées. Le taux de TVA est également réduit à 10 %. En clair, rien n’est fait pour calmer les ardeurs des vendeurs d’orientation scolaire. Et peu de chance de voir l’exécutif s’atteler sérieusement au problème. « Au fond, décrypte Erwan Lehoux, le développement de ce secteur colle bien à la philosophie néolibérale et individualiste de ce gouvernement qui voudrait que chaque élève soit “entrepreneur de sa vie”, qu’il construise, dès la fin du collège, son parcours dans une optique utilitariste qui serve le marché. » En attendant, c’est le business des coachs qui est bien servi. 

(1) Payer pour réussir ? Le marché du soutien scolaire. Erwan Lehoux. Éditions Syllepse, 7 euros.

Les handicapés, oubliés de parcoursup ?

Les étudiants en situation de handicap sont-ils les grands oubliés de Parcoursup ? Avant la refonte de cette plateforme, des commissions médicales étaient mises en place dans plusieurs académies (notamment en Île-de-France, où se concentrent les filières en tension) afin d’examiner les dossiers, d’entendre le jeune et d’évaluer ses besoins spécifiques. Avec Parcoursup, plus de commission ! Les besoins de l’étudiant doivent juste être mentionnés dans la lettre de motivation expédiée à l’établissement visé. Une perspective inquiétante pour l’Association des paralysés de France (APF), qui redoute une sélection officieuse face à ces besoins spécifiques, forcément contraignants pour des établissements parfois sous pression financière. « Des familles nous ont raconté que les services d’orientation avaient même conseillé à leur enfant de ne pas inscrire le handicap », assure l’APF. Interpellé, le gouvernement s’est contenté de promettre que les jeunes évincés pourront demander un réexamen de leur dossier. Sans plus pour l’instant.

 

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4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 07:13

 

Habilement, pour que le rideau ne s’entrouvre pas, le maître des horloges se doit d’amuser le chaland. Il lui faut une mise en scène de circonstance. Quoi de mieux que de se construire un personnage de Commedia dell’arte : manipulateur, un brin provocateur… mais déterminé, impressionnant par sa force de caractère et sa puissance d’action. Puis un scénario très simple.

Une muleta que l’on agite pour animer le bon peuple et canaliser son énergie : pour exemple, la réduction à 80 km/h de la vitesse sur les départementales. Un sujet facile à traiter : quelques tirades bien amenées sur les conséquences supposées de la vitesse à 90 km/h ; la culpabilisation des galeux obligés de faire des dizaines de kilomètres pour se rendre au travail ou accéder aux services de première nécessité ; quelques images de fond sur ces accidents mortels qui seraient l’apanage des routes de campagne. Tous les artifices pour déclencher une colère saine de ces ruraux qui se sentent aussi impuissants que méprisés. Ce spectacle a fait l’ouverture du 20 Heures de France 2. Le jour même où le premier ministre annonçait une réforme de nos institutions qui portera un coup fatal à la démocratie de proximité.

Derrière le rideau de fumée, en habile bateleur, le maître des horloges occulte ainsi la terrible réalité des multiples mesures qui sont autant d’attaques contre un peuple qu’il faut anesthésier : hausse des prix des carburants, du forfait hospitalier, de la CSG, des péages, suppression des contrats aidés, de classes, de services déconcentrés de l’État, de services publics, de lignes ferroviaires… autant de coups qui viennent s’ajouter aux attaques incessantes que connaissent nos territoires et leur population depuis trente ans.

Avec les habitants des quartiers les plus populaires, les ruraux sont au cœur de cette violence. Aussi faut-il cacher, par quelques jeux de scène, que ces dispositions portent une cohérence idéologique : celle d’un néolibéralisme entièrement mobilisé en faveur de la concentration sociale et territoriale des richesses.

On ne compte plus les déclarations des ministres, des cabinets ministériels et des services déconcentrés de l’État qui s’appuient sur un nouveau sens commun territorial : l’échelle communale ne peut plus « fonctionner », elle ne peut plus créer de la richesse sans « pilotage » des métropoles, incapable qu’elle est de raisonner, d’agir et de faire société en dehors de la feuille de route technocratique libérale.

De ce fait, les réalités de la vie des ruraux en matière d’accès aux services les plus élémentaires, avec les surcoûts et les privations qui en découlent, ne sont plus traitées qu’au travers du prisme de l’efficacité et d’une échelle d’intervention à revoir. La discrimination territoriale qui s’exerce sur les habitants des ruralités est comme transformée en inadaptation quasi naturelle, justifiant toutes les politiques publiques et tous les discours de l’État.

Peu importe que les choix de gestion qui sont faits soient contraires aux principes de solidarité de notre République sociale. Peu importe qu’ils alimentent le repli des consciences et le rejet. Peu importe… pourvu qu’il y ait l’ivresse de « l’efficacité » et de la « compétitivité » ! Face à des inégalités territoriales de plus en plus criantes, le seul remède résiderait dans le dogme du toujours plus aux métropoles au détriment des espaces périphériques. La théorie du « ruissellement métropolitain » n’est pas très loin.

Cette politique de punition rurale et périurbaine passe aussi par la décrédibilisation des femmes et des hommes qui font le choix de vivre dans les espaces ruraux. C’est leur capacité à organiser au mieux et au plus près du terrain l’intérêt des populations de ces territoires qui est en cause. Il n’est qu’à tendre l’oreille dans les couloirs des cabinets ministériels, des préfectures et métropoles pour comprendre que l’offensive politique à l’encontre de la ruralité et des zones périurbaines est aussi une guerre des mots. Cette « façon de parler » de la ruralité n’est autre qu’une contestation du choix d’y vivre. Et la capacité d’imposer cette idéologie est d’autant plus forte que l’est la capacité à forger, dans l’inconscient des ruraux et de leurs représentants, un consentement à renoncer et à « accompagner » des mesures qui leur sont hostiles.

« Il ne faut pas opposer rural et urbain », entend-on par ailleurs. Présentée comme un argument de « bon sens », cette sentence sert avant tout à stériliser toute construction d’un vrai champ de résistance de la ruralité et de ses habitants. De tels arguments, dénués de lien avec les attentes réelles des ruraux – qui ne demandent jamais de déshabiller « l’urbain » pour habiller « le rural » – visent à diluer le rapport de forces collectif qui pourrait naître.

Dans la résistance à ces attaques tous azimuts, la grande difficulté tient au fait que le « monde rural », la population et la majorité de ses représentants ne saisissent pas suffisamment les fondements idéologiques qui sous-tendent les mesures autoritaires et austéritaires dont ils sont victimes. Aussi n’est pas perçu le fait qu’il s’agit de la simple mise en application d’une idéologie, le néolibéralisme, qui a intégré dans son programme politique le principe d’une concurrence internationale et métropolitaine comme un objet de rationalisation territoriale du capitalisme.

Il nous faut donc expliquer sans relâche pourquoi la théorie libérale combat systématiquement et méthodiquement une dépense qu’elle considère comme inutile : les moyens nécessaires au développement endogène des territoires pour relocaliser des activités et assurer une égalité réelle des citoyens en matière de droits et d’accès aux services publics, aux soins, à l’éducation, à l’offre de transports… Et il faut dire et redire que le vaste « plan d’ajustement territorial » appliqué à notre pays (comme à d’autres précédemment !) ne vise en réalité qu’à répondre à des objectifs de rentabilité et de concentration des richesses.

Si nous devons admettre que la conversion spectaculaire de l’action publique territoriale à ces objectifs est d’ores et déjà un fait, il est encore temps de lever le rideau pour que se développent les résistances et s’ouvrent des perspectives d’avenir renouvelées à partir des luttes du quotidien. Certes, comme le disait fort justement le dramaturge allemand Bertolt Brecht : « Celui qui lutte peut perdre. » Mais il ajoutait toujours : « Celui qui renonce a déjà perdu. »

Par André Chassaigne Député PCF, président du groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR) à l’Assemblée nationale

 

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4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 07:09

Meeting unitaire du 30 avril place de la République avec Pierre Laurent (PCF), Sandra Regol (EELV), Guillaume Balas (Génération.s) et Olivier Besancenot (NPA)

Intervention de Pierre Laurent (Meeting unitaire 30 avril 2018)

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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 05:43

La marche forcée vers la privatisation des services publics depuis bientôt trente ans a signé la fin des investissements, la hausse des prix, la dégradation des prestations. Les effectifs ont drastiquement baissé et les conditions de travail se sont détériorées… Décryptage.

«Je dis aux syndicats : n’ayez pas de craintes illégitimes, la SNCF restera publique, ce sera dans la loi et les cheminots resteront cheminots », a encore une fois promis Emmanuel Macron lors de son passage au JT de 13 heures de Jean-Pierre Pernaut, sur TF1. Sauf que les syndicats n’ont pas la mémoire courte. Ils se souviennent de Paul Quilès, qui disait à propos de France Télécom en 1990 : « Le service public est notre bien commun, tout idée de privatisation est totalement étrangère à ma démarche et celle du premier ministre. » Et de Nicolas Sarkozy, promettant en 2004 qu’« EDF-GDF ne sera pas privatisé ». Ou encore de Christine Lagarde, qui jurait en juillet 2008 que « La Poste restera, et ce n’est pas négociable, une entreprise publique ». Chaque fois, le schéma est le même. Ouverture du secteur à la concurrence, ouverture du capital du service public, transformé en société anonyme, et désengagement progressif de l’État jusqu’à la privatisation complète.

1 Des prix en hausse et un service rendu en baisse

« Depuis 2004 et l’ouverture du marché de l’énergie à la concurrence, et le passage de GRDF en société anonyme, le prix du gaz a augmenté de 70 % pour tous les Français et de 30 % pour l’électricité. Résultat, aujourd’hui, 12 millions de personnes sont en situation de précarité énergétique », assure Cédric Liechti, secrétaire général de la CGT énergie à Paris. De quoi mettre du plomb dans l’aile à l’argument premier avancé par le gouvernement selon lequel l’ouverture à la concurrence permettrait de faire baisser les prix. « Sur les 25 dernières années, la part de la facture des télécoms dans le budget des ménages est passée de 3 % à 6 % », confirme Thierry Franchi, délégué syndical central (DSC) adjoint CGT chez Orange. Autre exemple, si les autoroutes n’ont jamais été des infrastructures publiques à 100 %, mais des sociétés d’économie mixte, la privatisation totale des concessions en 2006 a entraîné une hausse des tarifs de plus de 20 % en douze ans. Vinci et Eiffage se sont partagé le gros du gâteau.

La privatisation fait en outre peser de nouveaux coûts sur les usagers. « Grâce à la charte de garantie de remise en service de l’énergie, lorsque quelqu’un n’avait pas d’électricité, soit parce qu’il déménageait ou qu’il y avait un problème sur le réseau, l’énergie devait lui être rétablie dans les quatre heures, gratuitement, explique Cédric Liechti. Aujourd’hui, c’est une option payante et, depuis 2004, les durées de coupure ont au minimum doublé. » Ces changements profonds touchent désormais aussi les facteurs : « Quand vous leur demandez de s’arrêter sur leur tournée pour discuter quelques minutes avec une personne âgée moyennant une contrepartie financière, le métier perd tout son sens », déplore Christian Mathorel, secrétaire général de la CGT postes et télécommunications. Une allusion au dispositif « Veiller sur mes parents » mis en place par La Poste : une visite par semaine du facteur coûte 39,90 euros par mois.

Les pratiques commerciales ont été bousculées. Engie, par exemple, est en contrat avec Darty, l’enseigne d’électroménager proposant des prestations de l’énergéticien – d’autant que toutes les anciennes boutiques EDF-GDF auront fermé fin 2019. « On reçoit des appels dénonçant des situations ubuesques, dans lesquelles des personnes âgées achètent des multiprises chez Darty et se retrouvent avec un contrat gaz, alors qu’elles n’ont pas de gaz chez elles ! s’insurge Cédric Liechti. Plus de 50 % des plaintes au médiateur de l’énergie au niveau national relèvent de la vente forcée, c’est digne d’un service public, ça ? »

2 Moins d’emplois et un travail dégradé

« Pour faire partir les gens, la direction de France Télécom utilisait le même graphique que les médecins qui traitent des patients incurables, celui où la phase de désespoir précède l’acceptation de son sort, se souvient Thierry Franchi. C’était terrible, on faisait des minutes de silence à chaque comité d’entreprise pour les collègues suicidés. » Si, depuis 1990, les gouvernements successifs ont promis que l’ouverture à la concurrence allait favoriser l’emploi, c’est tout l’inverse qui s’est produit. « La direction disait aux managers : il faut que tu fasses partir ton équipe, mais on te prévient, tu es aussi sur la liste ! » raconte le DSC adjoint CGT d’Orange. En quinze ans, l’entreprise a perdu plus de 84 000 fonctionnaires, beaucoup sont partis car ils ne se reconnaissaient plus dans le service public qu’ils avaient connu. Le secteur a détruit plus de 70 000 emplois. La Poste aussi fait la chasse aux moindres coûts. Le deuxième employeur public de France (224 000 salariés) a supprimé en dix ans 100 000 postes, selon les syndicats. « Son objectif n’est plus de servir la population, mais de servir au maximum ses profits en réduisant les coûts », dénonce Nicolas Galépides, secrétaire général de SUD PTT. Du côté des salariés des autoroutes, les conditions de travail et les emplois ont aussi largement trinqué. « On a perdu 2 000 emplois depuis la privatisation », estime Patrick Gadbin, délégué syndical CGT chez Autoroutes du Sud de la France (ASF), filiale de Vinci. « Et ce n’est pas uniquement dû à l’automatisation des péages, mais aussi au développement de la mutualisation et de la polyvalence, ce qui a un impact négatif sur nos conditions de travail », précise-t-il.

Le changement de statut des entreprises crée en outre un véritable dumping social en leur sein, où plusieurs conventions collectives cohabitent. Chez Orange, il n’y aura plus de fonctionnaires en 2025. Il n’y a plus que 10 % de statutaires chez Engie. La grande tendance est de recruter à travers des filiales, pour ne pas se voir soumis aux conventions collectives de branche jugées encore trop favorables aux employés…

Avec la fermeture des lieux d’accueil physiques, les centres d’appels et plateformes téléphoniques prennent une place prépondérante. Chez Engie, 95 % de ses plateformes sont sous-traitées, pour la majorité au Maroc et à Madagascar, et plus récemment au Sénégal et en Côte d’Ivoire. « On se retrouve avec des gens exploités dans des pays à bas coût qui vont gérer des factures d’abonnés en France. On est au bout de ce système », déplore Cédric Liechti.

3 Baisse de la Qualité des réseaux et de la sécurité

La réduction des effectifs liée à la privatisation a d’énormes conséquences sur la qualité des réseaux. « Avant 2000, les plans d’alerte en cas de gros incident de gaz comme des coupures du réseau, cela n’existait pas, à part ceux que l’on déclenchait en exercices de simulation. Aujourd’hui, à Paris, on en a trois ou quatre par an. Le réseau est pourri à cause du sous-investissement », explique Cédric Liechti. Les fuites de gaz sont désormais assignées en trois catégories, selon leur urgence présumée… 30 000 kilomètres de conduites de gaz en fonte grise datant des années 1950 devaient être remplacés dans les dix ans, s’étaient engagés les dirigeants du service public dans les années 1990. Sauf que la privatisation est passée par là entre-temps. Depuis, il y a eu plus de vingt morts. « Ils savaient que c’était dangereux, mais une grosse partie de l’argent est allée à l’actionnariat et pas à la rénovation du réseau », poursuit le syndicaliste gazier.

Après une tempête, tous les énergéticiens du territoire français sont mobilisés. « Demain, avec l’ouverture à la concurrence, si c’est Bouygues Énergie qui gère le réseau sur la zone sinistrée, pourquoi les salariés de Total Énergie iraient aider leurs concurrents ? C’est aussi ce qui attend la SNCF », prévient Cédric Liechti. « Pour rétablir le téléphone dans les zones rurales ou périurbaines après un orage, il faut attendre quinze jours et payer, confirme le DSC CGT d’Orange. On est tellement en sous-effectifs sur le réseau que ce qui était un plan d’urgence il y a vingt ans est désormais la norme. »

La sécurité des travailleurs pose aussi question. Les accidents graves se multiplient sur les réseaux d’électricité et de gaz. « Des techniciens disent qu’ils craignent d’aller travailler pour leur sécurité », assure Cédric Liechti. Et si les chiffres des blessés du travail ont diminué chez Orange, c’est que 95 % des interventions sur le réseau sont sous-traitées.

4La financiarisation contre l’investissement

« Cette année, Enedis a remonté 659 millions d’euros à EDF, c’est 83 % de son résultat net qui part en dividendes pour les actionnaires de la maison mère », explique le secrétaire général de la CGT énergie de Paris. Pour maintenir son taux de marge supérieur à 14 %, la filiale emprunte à EDF, avec des taux d’intérêt. « C’est absurde, on crée de la dette, et après la maison mère explique : vous êtes trop endettés, on fait un plan social », déplore Cédric Liechti, alors que plus de 2 000 nouveaux emplois sont sur la sellette. GRDF a de son côté rapporté 550 millions d’euros à Engie. En près de quinze ans, l’ancien service public de l’énergie a reversé 60 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires. Des milliards qui ne sont pas allés dans le renouvellement du réseau, ni dans la recherche sur les énergies alternatives et renouvelables.

La même logique financière prévaut chez Orange. « Résultat, on prend un retard phénoménal sur l’installation de la fibre optique, le plan très haut débit est repoussé d’année en année », explique Thierry Franchi. Ce technicien a été embauché chez France Télécom à la fin des années 1970, lorsqu’un investissement massif a été consenti pour raccorder tout le territoire, sans exception, au réseau cuivre. Ce qui n’est plus possible avec la privatisation. « On est à la remorque dans le domaine de la recherche, aussi. On avait inventé la fibre optique, la commutation asynchrone, la tablette tactile… Aujourd’hui, plus rien, déplore-t-il. Avec Alcatel et Sagem, le service public entretenait un tissu industriel florissant, qui s’est effondré. J’ai peur qu’il n’arrive la même chose à Alstom sans le soutien d’un acteur public comme la SNCF », conclut le DSC CGT d’Orange.

 

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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 05:26

 

La chronique économique de Pierre Ivorra.

Que l’on prenne l’espérance de vie à la naissance, au-delà de 65 ans, l’espérance de vie en bonne santé, le taux de mortalité, les mesures d’accès aux soins… notre pays est le plus souvent dans le haut du classement. Pourtant, plusieurs signes font craindre qu’il ne bascule et ne connaisse dans les dix ou quinze ans à venir une véritable crise sanitaire dont nombre de facteurs sont déjà à l’œuvre.

Selon les données de l’OCDE, la France, avec 3,3 médecins pour 1 000 habitants, est juste en dessous de la moyenne de ces pays (3,4) pour la plupart développés. Elle est très en dessous de la Grèce (6,3), du Portugal (4,6), de la Norvège (4,4), de la Suisse (4,2), de l’Allemagne (4,1), de l’Espagne (3,9), de l’Italie (3,8)… Elle est l’un des plus mauvais élèves de l’Union européenne. Par ailleurs, la moyenne d’âge des médecins y est l’une des plus élevées : le pourcentage de médecins âgés de 55 ans et plus est de 46,6 %, contre 35,1 % aux États-Unis, 34,1 % en Suisse, 32,7 % en Suède, 31,6 % en Espagne, 25,6 % aux Pays-Bas…

L’un des signes les plus clairs de cette crise sanitaire qui se dessine, c’est évidemment l’extension des déserts médicaux. Et ces derniers ne sont pas toujours là où on croit. Ils ne sont plus seulement en Lozère ou dans le Haut Var, ils ont gagné les agglomérations et pas seulement les quartiers et banlieues pauvres. Une bonne partie de la population est désormais concernée. « Entre 2012 et 2016, écrivaient en 2016 les auteurs d’une enquête d’UFC-Que choisir, l’accès géographique aux médecins généralistes (à moins de 30 minutes du domicile) s’est dégradé pour plus du quart de la population.

Pire, l’accès aux médecins spécialistes a diminué pour 38 % des Français en ce qui concerne les ophtalmologistes, 40 % pour les pédiatres et même 59 % pour les gynécologues. La situation est encore plus alarmante pour les spécialistes au tarif de la Sécurité sociale, dont l’offre a reculé pour plus de la moitié des usagers, quelle que soit la spécialité étudiée. » Et ce ne sont pas les coups portés contre l’hôpital public par les gouvernements successifs qui vont arranger les choses.

La question peut paraître incongrue. Les Français jouissent d’une espérance de vie élevée : 85 ans pour les femmes, 78,9 ans pour les hommes. En l’espace de dix ans, celle-ci a progressé de 1,2 an pour les premières et de 2,2 ans pour les seconds. Le taux de mortalité, lui, continue de baisser, il est inférieur à la moyenne européenne. La France est ainsi l’un des pays au monde où la population se porte le mieux. Des critères objectifs permettent de ne pas en douter.

 

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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 05:25

Comment des forces de l’ordre ont-elles pu laisser se rassembler 1 200 individus cagoulés, casqués, bien « équipés », porteurs de sac à dos, sans intervenir ?

On attend d’un ministre de l’Intérieur, non pas qu’il vienne, par calcul, condamner les incidents « en marge » de la manifestation, mais qu’il les anticipe. Il a laissé, disent de nombreux responsables politiques et syndicaux, y compris de la police, dégénérer (volontairement ?) une situation qui va permettre à certains d’opérer allègrement l’amalgame entre les manifestants et les « casseurs ». Comment des forces de l’ordre ont-elles pu laisser se rassembler 1 200 individus cagoulés, casqués, bien « équipés », porteurs de sac à dos, sans intervenir ? Comment a-t-on pu laisser un Mc Do, une agence Renault, être saccagés et incendiés par des voyous, en toute impunité ? Qui a donné ces ordres, et permis le désordre ?

Ces images de violence, reprises en boucle, sont délibérées et instrumentalisées. Le pouvoir entend ainsi discréditer l’essentiel du message du 1er mai 2018 : la manifestation parisienne a été puissante, nombreuse, jeune, créative, diverse, pacifique, et très critique du macronisme. Là est l’essentiel. Et tout aura été fait par le pouvoir, et son ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, pour faire diversion à cette réalité : le succès, le dynamisme et le sang-froid de la manifestation.

Depuis plusieurs jours, les services gouvernementaux savaient que des « casseurs » se préparaient à une action forte et coordonnée. Pourquoi ces services n’ont-ils pas anticipé, pourquoi ne sont-ils pas intervenus « préventivement » ? Pourquoi avoir tenu les dispositifs de sécurité si loin des « black blocks » ? Pourquoi avoir (délibérément ?) avoir sous-estimé le danger ? Avoir déployé des effectifs sans doute insuffisants ? Et donné des ordres qui n’étaient pas à la hauteur de la situation ? De nombreux syndicalistes policiers ont fait part de leur incompréhension.

Il reste que parmi ces 1 200 cagoulés, il y avait beaucoup de « casseurs », mais également des jeunes dont on a sans doute dévoyé la colère. Les anarchistes que je connais parlent et agissent à visage découvert. Qui sont donc ces casseurs encagoulés ? Qui les manipule ?

Collomb, démission !

 

 

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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 05:16

Olivier DARTIGOLLES, porte-parole national du PCF, élu communiste d’opposition à PAU, auteur de « Macron, entreprise de démolition. Forces, failles et supercheries » (édition de l’atelier, 10 €) et d’une vie de François Moncla, éphémère capitaine de l’équipe de France de Rugby communiste, a été présent sur notre fête au cours de l’après-midi.

Il y a dédicacé son livre et fait une intervention politique

Olivier DARTIGOLLES et Ismaël DUPONT

Olivier DARTIGOLLES et Ismaël DUPONT

PCF MORLAIX - FETE DU VIADUC (1er Mai) : Olivier DARTIGOLLES présent sur la fête
Olivier DARTIGOLLES dédicace son livre

Olivier DARTIGOLLES dédicace son livre

PCF MORLAIX - FETE DU VIADUC (1er Mai) : Olivier DARTIGOLLES présent sur la fête
PCF MORLAIX - FETE DU VIADUC (1er Mai) : Olivier DARTIGOLLES présent sur la fête
PCF MORLAIX - FETE DU VIADUC (1er Mai) : Olivier DARTIGOLLES présent sur la fête
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