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9 mai 2018 3 09 /05 /mai /2018 05:39

 

Les communistes  de la région de Morlaix vous invitent à une Conférence - Débat qui se tiendra le mardi 29 mai à Lanmeur (20 h - Salle Stérédenn) avec Gérard Le PUILL, journaliste à l'Humanité.

Son thème : "Assurer notre souveraineté alimentaire face au réchauffement climatique. Quels enjeux pour l'agriculture en Bretagne ?"

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Ce  samedi, se déroulent « Les assises communistes de l’écologie » au siège du PCF à Paris (1). Militants communistes et spécialistes des dossiers ayant trait à l’écologie et au réchauffement  confronteront leurs points de vue  afin de mieux travailler sur les politiques à mettre en œuvre concernant des sujets comme « une alimentation saine et accessible pour tous », la  « qualité de vie dans les quartiers populaires », la composition du « mix énergétique à venir », la «politique d’aménagement du territoire », les « nouveaux pouvoirs dans l’entreprise », sans oublier le sujet majeur qu’est « l’urgence climatique», plus que jamais d’actualité.

On dit parfois que le hasard fait bien les choses quand telle ou telle initiative programmée de longue date se trouve justifiée et confortée par l’actualité du jour. C’est vraiment le cas pour ces « Assises communistes de l’écologie». Elles se tiennent alors que les ONG WWF-France et le Global Footprint Netwoek publient hier un rapport sur le déficit écologique planétaire qui est surtout celui des pays capitalistes développés et des monarchies pétrolières. Grosso modo, les terriens que nous sommes consomment annuellement 1,7 fois ce que la planète peut reconstituer en un an comme ressources renouvelable. Voilà comment on arrive à prélever dès le début du mois d’août la somme des ressources renouvelables consommables du 1er janvier au 31 décembre.

Dans le tableau des mauvais élèves dressé par ce rapport, la pétromonarchie du Qatar consomme sa part annuelle de ressources dès le 9 février. Mais les Etats Unis, le Canada et l’Australie, pays modèles pour Emmanuel Macron, ne sont pas loin derrière. Ils sont déficitaires dès le mois d’avril. Ce que la France peut renouveler en douze mois est consommé dès le 5 mai.

La France est devenue un très mauvais élève

Faut-il s’étonner que la France soit devenue un si mauvais élève ? Bien que sa production électrique d’origine nucléaire atténue son bilan  carbone, notre pays n’est guère vertueux. Pour s’en rendre compte, il faut examiner comment se déroule la vie quotidienne imposée à la population par les équipes gouvernementales qui se succèdent au servie quasi exclusif du grand patronat et autres nantis rebaptisés « premiers de cordée » par le président Macron. Alors que la SNCF transporte 11% des gens qui se déplacent en France  en n’émettant que 2% du CO2 imputable aux transports quotidiens de voyageurs, le gouvernement  veut démanteler le service public des transports ferroviaires pour donner les lignes rentables au secteur privé et fermer les autres lignes quand les régions ne pourront plus les subventionner.

Alors qu’il faudrait construire des logements à faible consommation d’énergie, le nouveau projet du gouvernement vise à rabaisser les normes pour réduire le prix de revient de la construction. Ce qui revient à construire de logements énergivores. Alors qu’il conviendrait de réduire la distance entre la fourche et la fourchette, les produits agricoles bruts et transformés voyagent sur des distances de plus en plus longues  n camion. Tout cela au nom de la libre concurrence tandis que la déforestation ne cesse d’augmenter alors qu’il faudrait planter des arbres pour stocker du carbone afin de freiner le réchauffement climatique.

Réinventer le fonctionnement de l’économie

La question qui nous est posée aujourd’hui implique que nous réinventions le fonctionnement de l’économie dans un monde fini. Ce n’est pas du tout le cas depuis l’élection d’Emmanuel Macron à l’Elysée. Ca ne l’était pas davantage avec François Hollande, Nicolas Sarkozy ou Jacques Chirac. Débattre des enjeux climatiques pour promouvoir une économie faiblement émettrice de gaz à effet de serre est devenu impératif. Mais rien n’a encore été entrepris depuis la tenue de la Cop 21 à Paris en décembre 2015. On peut même dire que presque rien de positif n’a été fait depuis l’accord de Kyoto en ….1997!

En revanche  les choses vont de mal en pis. Ce vendredi matin, une dépêche de l’Agence France Presse nous apprend qu’un « tiers des espèces  menacées d’Australie ne font l’objet d’aucun suivi», selon des scientifiques de ce pays tandis que le gouvernement australien veut réduire leur budget de 30%. « Quand on se rend compte qu’il y a un problème, il se peut qu’il soit trop tard pour agir. De nombreuses personnes ne se rendent pas compte du caractère vital du suivi pour gérer la biodiversité menacée », dénonce la scientifique Sarah Legge.

Quand la sécheresse fait proliférer la chenille mercenaire

En Inde, des tempêtes de sable ont fait une centaine de morts cette semaine. Le vent a déraciné de arbres, abattu des pylônes électriques et de murs de maisons. Mercredi dernier, « un voile blanc a enveloppé la capitale New Delhi, brouillant la visibilité avant de laisser place à des orages ». Selon  les prévisionnistes, « cette situation est due  à la collision des systèmes météorologiques  occidentaux et orientaux au dessus des plaines du nord du pays »  marqué par le réchauffement climatique.

En Afrique, la sécheresse favorise  actuellement la prolifération de la « chenille légionnaire » un insecte originaire d’Amérique du sud qui provoque actuellement d’énormes dégâts sur 80 cultures différentes dans 40 pays, les plantes les plus affectées étant le maïs, le sorgho et le millet pour l’alimentation humaine.

Telles sont les conséquences les plus visibles de réchauffement climatique à travers le monde au moment où les communistes français tiennent leurs assises de l’écologie.

(1) 2 place du colonel Fabien à Paris. Métro : Colonel Fabien, ligne 2, vendredi de 18 à 21 heures, samedi de 9 à 18 heurs.

Le nouveau livre de Gérard Le Puill vient de paraître

Collaborateur du site internet de l’Humanité et auteur d’une chronique hebdomadaire dans l’Humanité-Dimanche sur les enjeux climatiques, Gérard Le Puill vient de publier un nouveau livre aux éditions du Croquant. On peut le trouver en librairie où le commander à son libraire. Sous le titre Réinventons l’économie dans un monde fini, cet ouvrage de 208 pages coûte 15€. Outre l’introduction et la conclusion, il  est divisé en 11 chapitres ainsi intitulés :

1 Quelle planète en 2050 et après pour les enfants de nos enfants ?

2 l’Europe et la France naviguent sur un océan de contradiction. 

3 Quatre présidents et un mauvais bilan sur 20 ans.

4 Comment mettre en place une économie « décarbonée » ?

5 Rendre notre bol alimentaire climato-compatible.

6 Agriculture : des fermes plutôt que des firmes.

7 Plantons des arbres et stockons de l’eau pour verdir la France au XXIème siècle.

8 Faire de la politique au service du bien commun en ce XXIème siècle.

9 Partir des enjeux climatiques pour bâtir un projet politique.

10. La France en commun doit d’abord  préserver   sa terre nourricière.

11 Promouvoir le changement par des actes militants.

 

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9 mai 2018 3 09 /05 /mai /2018 05:37

Le président de la République a trop assuré faire ce qu’il dit, en oublie les libertés prises avec ses annonces et son propre programme.

Emmanuel Macron le répète à chaque fois qu’il s’agit de défendre sa politique : il tient ses promesses. Il l’a rappelé en décembre à Laurent Delahousse : « Je fais ce que j’ai dit. Avec détermination. » Puis de nouveau en avril devant Jean-Pierre Pernaut : « Je fais ce que je dis. Peut-être qu’on n’était plus habitué. » Si le président de la République le martèle tant, c’est sans doute parce qu’il a été le tout dernier des candidats à présenter son programme pendant la course à l’Élysée, l’an dernier. Après une longue série de discours faussement bienveillants et bourrés de poncifs, il s’y est résolu le 2 mars 2017. À l’époque, cela l’arrangeait d’avancer dans l’ombre. « C’est une erreur de penser que le programme est le cœur d’une campagne », expliquait-il, ajoutant que « la politique, c’est mystique ».

Mais, maintenant qu’il a été élu par défaut, le voilà qui cite son programme pour légitimer son action. Fait-il pour autant ce qu’il dit, ou prend-il de sacrées libertés vis-à-vis de sa parole et de son « contrat avec la nation » ? Le plus emblématique de ses engagements non tenus est sans doute celui du 27 juillet 2017 : « Je ne veux plus, d’ici à la fin de l’année, avoir des femmes et des hommes dans les rues », lançait-il. Au 1er janvier 2018, il restait pourtant des milliers de sans domicile fixe et de réfugiés dans les rues. Et ce n’est pas tout : souvent accusé d’être le président des riches, Macron se réfugie derrière son fameux « projet » pour défendre la fin de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Son programme de 2017 stipule pourtant noir sur blanc que « la réforme de la fiscalité se fera à coût nul ». La création du prélèvement forfaitaire unique (PFU) devait ici permettre « de compenser la perte de recettes dues au remplacement de l’ISF » par l’IFI (impôt sur la fortune immobilière). Mais, loin de rapporter les 3,25 milliards d’euros ici perdus, le PFU a en réalité fait perdre 1,3 milliard de plus à l’État !

Cela, Macron ne l’avait pas dit, tout comme il n’avait pas annoncé la baisse des aides personnalisées au logement (APL), ou la fin de nombre d’emplois aidés. Devant les maires de France pendant la campagne, il leur proposait de renoncer à 10 milliards d’euros. Désormais président, l’addition est montée à 13 milliards… Et les plans à 5 milliards qui émaillent sa feuille de route, tantôt pour la santé, tantôt pour l’écologie, ou enfin pour les agriculteurs, n’ont encore trouvé aucune traduction concrète dans le plan budgétaire courant jusqu’en 2022. La promesse d’aider « les agriculteurs à être payés au prix juste » n’a de son côté même pas survécu aux états généraux de l’alimentation.

La liste est loin d’être complète : la première loi du quinquennat, dite de moralisation de la vie politique, devait interdire aux parlementaires d’exercer une activité de conseil en parallèle de leur mandat. Il devait aussi être impossible de se présenter à une élection en cas de casier judiciaire (niveau B2). Tout cela est finalement autorisé. Le gouvernement ne devait pas toucher « au niveau des pensions » de retraites, mais les a de fait attaquées, avec la hausse de la CSG… Enfin, la réforme qui devait « libérer le travail » a été faite dans le cadre d’une blitzkrieg sociale et parlementaire que n’aurait pas reniée François Fillon. Quant à la loi asile et immigration, elle consacre hors programme l’internement des mineurs, le délit de solidarité et la fin de l’inconditionnalité de l’accueil en centre d’hébergement d’urgence, pour le plus grand plaisir de Marine Le Pen. Soit les deux épouvantails qui ont permis à Macron de gagner.

 

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9 mai 2018 3 09 /05 /mai /2018 05:36

Non content de céder à Washington au souhait de Donald Trump de piétiner l’accord sur le nucléaire iranien au risque d’allumer de nouvelles tensions guerrières, le président Macron s’est voulu complice du «nouvel ordre mondial» désiré par le Président nationaliste des États-Unis, analyse Bruno Odent, journaliste de l’Humanité.

Réalisation : Abrahim Saravaki

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9 mai 2018 3 09 /05 /mai /2018 05:35

Un an après son élection, le président Macron offre en bilan des riches courtisés, un chômage en baisse insuffisante pour être perçue, et une brutalité de l’exercice du pouvoir. Sous l’apparence de rupture, un ancien monde persiste.

Assuré d’être élu face à Marine Le Pen, le candidat avait tout loisir pour mettre en scène son accession au pouvoir, et il ne s’en était pas privé. Le cadre du Louvre, la longue marche solitaire jusqu’au pupitre, toute cette pompe bien peu républicaine avait pour but d’effacer le soir même de l’élection les conditions hors normes de la campagne. Le symbole, vu alors comme simplement grandiloquent, apparaît différemment un an plus tard, et passe désormais pour ce qu’il est : la marque, au fond, qu’un ancien monde a réussi en fait à supplanter le « nouveau » qu’était censé incarner Emmanuel Macron. Car c’est un ancien monde fait de solutions libérales, de conquêtes sociales en matière de travail mises à bas, de zadistes empêchés d’alternative, d’un contrôle des chômeurs en même temps qu’une attention extrême aux soucis des plus fortunés, qu’incarne depuis le 7 mai l’hôte de l’Élysée. Tolérance zéro pour les premiers, absolue pour les seconds. Il est loin le candidat de la bienveillance. Le président a pris goût à l’autoritarisme permis par le recours aux ordonnances. Selon un sondage Ifop, 73 % des personnes interrogées le jugent ainsi « autoritaire », et seulement 30 % « proche des Français ».

« tout est dédié à la croissance du capital. De ceux qui en ont »

Alain Deneault, philosophe québécois, auteur de la Médiocratie et du Totalitarisme pervers, inventeur de l’expression « extrême centre » qui caractérisa les débuts du macronisme, relevait récemment dans un entretien au Média que « tout est dédié à la croissance du capital. De ceux qui en ont ». Déjà, le futur plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises – la future loi Pacte, seul projet dont étrangement rien ne fuite jusqu’ici – répondra à la demande récurrente des patrons de suppression de contraintes réglementaires, en particulier les seuils sociaux, a confirmé le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire.

Comble, Emmanuel Macron réserve au magazine des businessmen américains Forbes une annonce fiscale qui devrait concerner les Français au premier chef : doit-on conserver la mesure mise en place par Nicolas Sarkozy pour dissuader la domiciliation fiscale hors de France ? Sarkozy, au moins, assumait sa politique sans prétendre la déguiser.

«Macron n’a pas honte d’insulter les classes populaires»

Macron, à l’inverse, dissimule sous des mots anodins une violence inédite. L’« exit tax », une peccadille pour les finances publiques ? S’agissant d’une taxe dissuasive, si elle rapporte peu, c’est donc… qu’elle fonctionne. En outre, « les 800 millions de manque à gagner avec la suppression de l’exit tax, c’est deux fois le coût de la revalorisation des retraites agricoles proposée par les parlementaires communistes. Pas d’argent magique, pas d’argent pour le social ? C’est une question de choix ! » s’emporte le sénateur PCF Éric Bocquet, quand le gouvernement exige dans le même temps un milliard d’économies à l’hôpital public. Choix également de se montrer attentiste sur les questions de mœurs, comme la PMA. Le chef de l’État peut aussi être à la manœuvre pour freiner des avancées, quand Paris ne se montre guère pressé sur la directive européenne favorable à l’égalité femmes-hommes sur le congé parental.

Aux étudiants indiens, burkinabés ou américains – le président Macron voyage beaucoup, une façon d’occuper le terrain sans devoir rendre de compte au pays –, il répète : « Ne respectez jamais les règles. » Il se garde bien d’encourager de la sorte les étudiants français. Il y a quelque chose de schizophrène à vouloir courir après une cohérence du discours chez Emmanuel Macron, comme en témoigne celui prononcé devant les évêques de France. Là, le président de tous les Français a singulièrement marqué sa distance d’avec la loi de 1905, pour suggérer que seule la spiritualité comblait les manques de l’existence. Pour le romancier Édouard Louis, il y a en outre « une violence extrême chez Macron, qu’on n’avait jamais vue avant. Ce à quoi on assiste avec lui, c’est la fin de la honte : Macron est quelqu’un qui n’a pas honte d’insulter les classes populaires. Pour lui, ce sont des fainéants ». « L’élite française a perdu toute aptitude à la honte », dit en écho Alain Deneault. Exemple avec Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, qui peut affirmer sans ciller que « notre modèle social est là pour protéger, mais aussi pour émanciper. Émanciper par le travail, mieux rémunéré. Émanciper par l’école, où chaque enfant retrouve une chance. Émanciper en choisissant librement son avenir professionnel, par la formation et l’apprentissage ». Pour Alain Deneault, Macron ou un autre, au fond peu importe. Macron est interchangeable, « la force de ce système est de n’avoir pas de tête », poursuit le philosophe. Ajoutant : « C’est aussi sa faiblesse, ce système ne sait plus où il va, tient par intimidation et propagande effrénée, sur le plan du chantage aux conditions de vie. » En 2017, 24 % des électeurs votaient au premier tour pour Macron. Un an plus tard, selon un sondage Ipsos sur sa première année à l’Élysée, la France « va mieux » pour à peu près autant, 27 % des personnes sondées. Elle va en revanche « moins bien » pour 36 %, et « rien ne change » pour 37 %. Selon l’institut Odoxa, 72 % des Français jugent la politique économique d’Emmanuel Macron « injuste ». La cote d’alerte est atteinte pour le pouvoir. Où est passée la « disruption » ? Les réformes lancées à tour de bras, sélection à l’université, SNCF, formation professionnelle, retraites, droit d’asile, ne sont pas majoritairement perçues comme utiles.

La base électorale du président s’est déportée à droite

L’action d’Emmanuel Macron pour ce qui est du pouvoir d’achat et de la réduction des inégalités sociales, toujours selon Ipsos, est jugée particulièrement sévèrement, 78 % des Français estimant qu’elle va dans le mauvais sens. Avec les premiers déçus du macronisme (lire page 6), la base électorale du président s’est déportée à droite. Les sympathisants des « Républicains » sont désormais majoritairement satisfaits du président de la République : 53 % (+ 14 points en un mois). L’électorat de droite est, juste après celui de la République en marche, le second pilier de Macron. Les effets du macronisme tardent à venir, pourtant. Pour 2018, la Commission européenne place la France dans le peloton de queue, avec une prévision de croissance du PIB de 2 %, et tandis qu’elle est de 0,3 % pour le premier trimestre. Tout ça pour ça ? Même la recomposition politique que Macron appelle de ses vœux est résistible, quand huit Français sur dix se positionnent encore spontanément « à gauche » ou « à droite ».

Le mépris des corps intermédiaires par le gouvernement, ce que reconnaît même l’interlocuteur privilégié qu’était Laurent Berger à la CFDT, rend le pouvoir solitaire, et sans amortisseur avec la base sociale du pays. Le profil de gestionnaire exigé des ministres fait par conséquent remonter à Matignon ou à l’Élysée toutes les questions politiques. La technostructure au pouvoir se coupe du pays, et n’a guère d’antennes pour comprendre ses attentes. Année électorale blanche, 2018 n’en est pas moins porteuse de dangers pour l’exécutif. Dans la Fin de l’innocence, le documentaire réalisé par un proche, Bertrand Delais, à l’occasion du premier anniversaire de l’élection du chef de l’État, et diffusé sur France 3 ce soir, Macron confie son dédain pour « les gens qui pensent que la France est une espèce de syndic de copropriété où il faudrait défendre un modèle social qui ne sale plus, une République dont on ne connaît plus l’odeur ». La marche forcée des réformes ouvrira-t-elle un an II des difficultés ?

 

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 05:42

Le Parti communiste organise ce week-end ses premières assises de l’écologie, avec la volonté affichée de passer à l’action. Entretien avec Hervé Bramy, responsable du dossier.

 

Le Parti communiste tient demain, à Paris, ses premières assises de l’écologie. De quoi sont-elles le signe ?

Hervé Bramy Elles s’inscrivent en préparation de notre congrès extraordinaire (en novembre prochain – NDLR), lequel a pris le parti de se pencher sur les attentes exprimées par les adhérents et les sympathisants lors de deux consultations organisées l’an passé. Or, l’une et l’autre ont hissé les questions environnementales en deuxième ou troisième priorité. Cela nous pousse à appréhender plus nettement les défis environnementaux et à nous placer sur le terrain de l’action.

 

Le lien entre lutte écologique et lutte des classes est-il devenu évident ?

Hervé Bramy Ces assises vont nous permettre de l’affirmer fortement : la question de la lutte des classes frappe à la porte de l’écologie et nous avons la responsabilité d’en comprendre l’étendue. Car, dans cette histoire comme dans d’autres, nous ne sommes pas tous égaux. Entre les 1 % qui monopolisent les richesses, et ont les moyens de se protéger, et les 99 % autres qui subissent les conséquences du système capitaliste mondialisé, l’écart est grand. Nous avons besoin de mener des batailles de sens. Il y a longtemps que la question écologique est présente dans l’histoire du Parti communiste – on la retrouve singulièrement dans les textes d’orientation. Aujourd’hui, nous voulons résolument l’intégrer à nos projets politiques du XXIe siècle.

 

Est-ce cela l’« écommunisme », une contribution singulière apportée à l’écologie politique ?

Hervé Bramy Depuis les années 1970, l’écologie politique a apporté beaucoup à l’environnement. Longtemps, nous sommes restés à l’écart de ce mouvement, parce que nous considérions que cela pouvait être vécu comme une opposition à la question sociale. Cette opposition est dépassée. Aujourd’hui, le fait de se considérer écologiste et communiste est de bon sens. Avec ces assises, nous souhaitons aller au bout du processus, débattre de nos partis pris écologistes, définir un ensemble de pensées cohérent. Ce sera cela, l’« écommunisme ». Beaucoup de communistes s’engagent déjà sur ce terrain, mais ils le font à l’initiative d’autres. Nous devons être capables d’impulser nos propres actions, sur la base de ce que nous sommes, et sortir d’une hésitation à le faire, qui nous vaut de ne pas être identifiés comme des acteurs de l’écologie.

 

Les zones de conflit entre le social et l’environnemental ont-elles toutes disparu ?

Hervé Bramy Je ne crois pas qu’elles soient encore le cœur du débat, même s’il perdure une confusion entre productivisme et production. Nous avons bien avancé sur la définition de nos besoins et des réponses à y apporter. Encore une fois, ce qui nous manque, ce n’est pas tant la réflexion que le passage à l’acte. Nos débats de ce week-end vont devoir se conclure sur des actions concrètes. À l’image, par exemple, de l’initiative que nous avons enclenchée le 8 avril au Sautet, contre la privatisation des barrages hydroélectriques (lire l’Humanité du 9 avril). Nous avons réussi à rassembler largement autour du refus de la privatisation des ressources et de la préservation de l’eau. Nous devons réussir à faire de même sur la question des transports en zone urbaine.

 

La question du nucléaire continue de diviser à gauche. Se pose-t-elle aujourd’hui au Parti communiste ?

Hervé Bramy Bien sûr. Certains camarades défendent clairement une sortie du nucléaire. Je pense d’ailleurs que le Parti communiste n’est pas fondamentalement pro-nucléaire. Ce que nous disons, c’est que nous ne savons pas faire autrement que de l’utiliser pour résoudre l’équation qui, d’une part, nous oblige à sortir des énergies fossiles, et, d’autre part, nous commande de répondre aux besoins énergétiques pour l’ensemble de la population. Le jour où nous résoudrons cette équation, nous devrons nous passer de nucléaire. Pour l’heure, je n’ai rien lu qui me laisse penser qu’il sera possible de le faire à l’horizon 2050.

Hervé Bramy

Responsable de la commission écologie du Parti communiste

 

Les 4 et 5 mai : l’écologie en débat

Les assises de l’écologie du Parti communiste se tiendront en son siège, place du Colonel-Fabien, à Paris. Elles s’ouvriront vendredi par un débat autour de l’écommunisme et des enjeux de classe (18 heures-21 heures). Des ateliers se tiendront samedi matin sur l’alimentation, l’énergie, les inégalités, l’urgence climatique, l’Europe environnementale, les politiques d’aménagement et les nouveaux modes de production (à partir de 9 heures), dont les synthèses seront rendues l’après-midi (jusqu’à 18 heures). à 12 h 30, un happening : « Pollution, climat : on étouffe ! ».

 

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 05:41

La stratégie des «passions tristes»

 

Chaque fois qu'un mouvement social se profile, la réaction se développe en trois phases: théâtralisation, désarticulation, criminalisation...

 

Le ciel bas, la lumière évanouie d'un soleil de réserve, le sombre murmure des bruits de bottes, le sourd rugissement des tambours de la guerre, rien n'est dit de la fin, tant on ignore tout du commencement des choses.

 

Pour déceler ce qui se joue dans « l'ici et maintenant », considérons la situation sociale comme un théâtre de guerre, l'odeur du gaz s'étant substituée à celle de la poudre. Le rapport de forces se fonde alors sur l'intimidation psychologique à canon scié d'un système politico-médiatique bien rodé. Le corps politique entretient avec le spectre médiatique des rapports incestueux. Toutes les radiographies révèlent ce que les commandes de l'Elysée aux terminaisons nerveuses des « réformes » doivent à la discipline des cellules médiatiques.

 

Chaque fois qu'un mouvement social se profile, la réaction se développe en trois phases : théâtralisation, désarticulation, criminalisation.

 

D'abord, extirper les revendications des minorités du réel commun, présentées comme les acteurs désincarnés d'un drame qui les dépasse et dont elles ne sauraient comprendre l'intrigue. C'est ce que M. Macron explique au personnel hospitalier – au manque cruel de moyens, l'évidence des hautes sphères : «réorganisation», «dette» et «argent magique» – infantilisé, ravalé au dernier rang de sujets. Le président se fait monarque d'opérette. L'espace scénique et l'espace médiatique se confondent alors où, dans son drapé neuf, le souverain a la « courtoisie » de deviser avec ceux qui n'ont pas voulu lui « serrer la main». Dans ce flottement où deux langages, deux mondes se confrontent, le principe de fictionnalisation doit opérer une désorientation de la conscience érigeant un quatrième mur entre les spectateurs et les acteurs pour enrayer tout processus d'identification.

 

Ensuite, si plusieurs faisceaux de résistance commencent à éprouver un désir de convergence, le système s'emploie à en oxyder sur-le-champ les mécanismes. La focalisation sur le statut « privilégié » des cheminots, cependant que tout respire une colère profonde et systémique, relève de la stratégie de la diversion. Pour désarticuler, il faut verrouiller les structures sociales, opposer les intérêts des grévistes criminalisés à ceux des usagers victimisés, les étudiants aux bloqueurs, distinguer « les colères légitimes» des autres, mettre en place des contre-feux afin que, dans un jeu de miroirs déformants, les colères ne se reconnaissent pas, se retournent les unes contre les autres et finissent par se neutraliser.

 

Mais, jouer la stratégie des « passions tristes », c'est jouer avec le feu. La tristesse, la peur, la méfiance, la haine, l'acédie (*), la compétition permanente, le sentiment d'impuissance instillés partout intiment aux individus de succomber aux rapports extérieurs défavorables ; or les mouvements sociaux sont de ces puissances imprévisibles et sauvages, par nature rétives aux pronostics. Si l'acte de criminalisation arrive tôt dans le scénario, voilà le signe que le pouvoir s'inquiète. Cette stratégie de l'extinction des feux dans les consciences se liquéfie à mesure que dans nos sociétés contemporaines se répandent les huiles de la colère et les « passions joyeuses » de l'intérêt commun.

 

(*) Dans la théologie catholique, affection spirituelle qui atteint principalement les moines et qui se manifeste par l'ennui, le dégoût de la prière et le découragement.[NDLR]

 

 

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 05:40

Fin de partie pour le PDG de la compagnie, qui avait lié son sort au résultat d’une consultation d’entreprise sur les salaires. Les syndicats sortent renforcés de cette séquence houleuse.

Tel est pris qui croyait prendre. En voulant contourner les organisations syndicales et s’en remettre directement aux salariés via une consultation d’entreprise, le PDG d’Air France-KLM s’est vu infliger, vendredi, un camouflet. Il avait mis son mandat dans la balance. Jean-Marc Janaillac quittera donc ses fonctions le 15 mai, après moins de deux ans à la tête de la compagnie aérienne.

«Pour permettre une issue positive au conflit en cours, êtes-vous favorable à l’accord salarial proposé le 16 avril 2018 ? » La question était ainsi formulée, les résultats sont sans appel : 80,33 % des 46 771 salariés d’Air France se sont prononcés. Le non l’emporte à plus de 55 %. « Les salariés ont clairement légitimé l’action des syndicats pour porter leurs revendications », résume Vincent Salles, cosecrétaire général de la CGT Air France. Pour le syndicaliste, non seulement la tentative de contournement des organisations syndicales a échoué, mais « le non l’a emporté alors même que les syndicats n’ont pas eu les moyens de la direction pour faire campagne ». Et de lister « le bombardement de mails internes » pour convaincre du bien-fondé de la proposition de la direction, les envois de courriers postaux au domicile des salariés « pour expliquer pourquoi il fallait voter oui », ou, pire encore, le « chantage auprès des apprentis ou des salariés en CDD » sur leur avenir dans l’entreprise. Pari perdu. « Ce qui nous réjouit, c’est d’avoir la confirmation que les syndicats représentent toujours les salariés. On a essayé de mettre en doute cette constante, elle se révèle fausse », a réagi Philippe Evain, président du SNPL (pilotes). Même constat du côté de l’Unsa aérien ou du syndicat d’hôtesses et de stewards SNPNC (affilié à FO), qui estime que la « légitimité » de l’intersyndicale s’en trouve « renforcée ».

Une politique austéritaire désavouée

Pour autant, loin de constituer l’épilogue d’une séquence sociale chargée pour la compagnie aérienne, la démission de son PDG n’a pas répondu à la revendication phare de l’intersyndicale, celle d’une revalorisation générale des salaires, gelés depuis 2011. Alors que dix syndicats intercatégoriels estiment à 6 % l’augmentation qui permettrait de rattraper le gel et l’inflation, la direction reste sourde et le ton monte depuis le mois de janvier. Arc-boutée sur une augmentation générale de 0,6 % des salaires assortie de 1 % d’augmentation individuelle pour les agents au sol, la direction – qui entre-temps a annoncé un résultat d’exploitation en hausse de 42 %, à près de 1,5 milliard d’euros pour 2017 – refuse obstinément d’ouvrir de réelles négociations. Las, le 22 février, les salariés entrent dans l’action, une grève intercatégorielle inédite depuis 1993. Onze autres journées de grève suivront. Finalement, le 16 avril dernier, Jean-Marc Janaillac met sur la table une proposition « améliorée » d’augmentation de 2 % immédiatement et de 5 % étalées sur la période 2019-2021 à laquelle il lie son avenir à la tête du groupe. Mais le diable se niche dans les détails et Vincent Salles rappelle que ces augmentations, en plus d’être très éloignées des revendications de l’intersyndicale, restent hypothétiques puisque « corrélées aux résultats de l’entreprise ». En sus, poursuit le syndicaliste, « l’article 7 du projet de la direction stipule que les syndicats signataires s’engagent à ne pas appeler à la grève durant toute la durée de l’accord ». Les salariés ne s’en sont pas laissé conter et ont donc majoritairement refusé ce qui s’apparente à « un coup politique » de la part de Jean-Marc Janaillac. « La direction allait chercher une légitimation de la politique austéritaire qu’elle mène depuis 2009 et un chèque en blanc sur son plan Trust Together (dernier plan stratégique de la compagnie, présenté en novembre 2016 – NDLR) qui consiste à inscrire la croissance du groupe en dehors d’Air France et sans ses salariés », poursuit Vincent Salles.

Et maintenant ? Le conseil d’administration de la compagnie devrait nommer une « gouvernance de transition ». Les syndicats, eux, en appellent à l’État, premier actionnaire d’Air France (15 %). « Il serait aberrant que le ou la futur(e) numéro 1 poursuive cette politique », estime la CGT. En attendant, les directions passent, les revendications restent. Deux nouvelles journées de grève pour les salaires sont prévues aujourd’hui et demain.

Consultation sans base légale

Mis en place par les ordonnances Macron, le système référendaire en entreprise prévoit des règles précises. Mais la direction d’Air France n’a pas choisi cette option. Il s’agit donc d’une simple consultation des salariés de la compagnie aérienne sur un accord salarial, un processus « sans base légale », précise Vincent Salles, de la CGT Air France. « Un oui majoritaire n’aurait d’ailleurs par eu non plus de valeur juridique », poursuit le syndicaliste. Selon lui, Jean-Marc Janaillac a voulu « dramatiser l’enjeu en mettant sa carrière sur la table, passer outre les syndicats et jouer sur les peurs » pour briser le mouvement social. Échec.

 

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 05:34

 

Les mesures participant au bien des peuples sont méprisées par la minorité la plus aisée.

Sur le fond de crise sociale qui s'installe, d'aucuns prétendent que la longévité du néolibéralisme s'explique par l'absence d'alternative crédible. Ne s'agirait-il pas plutôt des termes d'un rapport social dont l'abandon est impensable pour la minorité qu'elle avantage ?

Les élites préfèrent privatiser la chose publique au détriment de son utilité. À l'utilité sociale se substitue la distribution de dividendes aux actionnaires, deux fois plus importante que les nouveaux investissements réalisés par les entreprises du CAC 40. De même, en refusant de perdre 170 millions d'euros que produirait la fuite des riches, l'État a choisi de perdre 3,5 milliards en exonérant une partie de l’ISF.

 

Les théories économiques néolibérales qui font fi de la notion d'œuvre et du sens attaché au travail ont enterré l'esprit de Philadelphie. L'attention disponible se focalise sur les bas de bilan et les ratios de rentabilité, transformant rapidement l'or en plomb. Nos systèmes juridiques évoluent sous la pression de sociétés multinationales désormais émancipées de la tutelle des États. Feu des logiques industrielles paternalistes. Les sociétés de capitaux réticulaires soumettent les salariés à des donneurs d'ordres difficilement identifiables, jetant des milliers de familles dans le désarroi quand tombe le couperet des licenciements boursiers.

 

Cette logique détruit les collectivités de travail en sacrifiant ceux qui ne peuvent s*adapter ou dont on n'a pas besoin. Êtres surnuméraires ou inutiles abandonnés à leur désespoir, à qui les États récusent leur qualité de victimes, incriminant en revanche leur manque de combativité. Expliquer la dette sur des fondements spécieux est un épouvantail social. La véritable origine de la dette due au fait que les États se sont eux-mêmes contraints à emprunter à des taux importants aux banques d'affaires, alors qu'ils empruntaient auparavant auprès de leurs banques nationales à des taux minimes, est passée sous silence. En tout état de cause, comme le patrimoine public couvre les dettes de la France, l'État ne serait pas obligé de couper dans les dépenses liées au service public quand, de l'autre main, il donne 24 milliards aux entreprises les plus riches.

 

Les « élites » refusent de voir que le primat de la compétition et de la concurrence confronte les populations aux catastrophes produites par une logique fondée sur l'aveuglement néolibéral. Le libre-échange supposé est avant tout un jeu inégal de domination. Assumer les fonctions de l'État comme on administre une entreprise est un leurre dont le point aveugle consiste dans le rejet de l'incommensurable humain, qui échappe au calcul. Sauf à repenser l'organisation de la société en renonçant à la rémunération de l'argent pour se concentrer sur la production de richesses réelles et sauf à remédier aux conséquences écologiques de ses actes, l'agir humain sera de plus en plus incontrôlable. Le saccage suicidaire de la nature, l'incapacité à renoncer au trading haute fréquence et aux paradis fiscaux, l'incapacité de la science à pouvoir refroidir le climat ou à résorber les déchets nucléaires toxiques pour des centaines de milliers d'années nous donnent un petit aperçu d'une servitude engluée dans la pulsion de mort consubstantielle au capitalisme.

 

Les mesures participant au bien des peuples sont méprisées par la minorité la plus aisée. La liberté des puissants est bien réelle, quant à l'égalité et à la fraternité...

 

 

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7 mai 2018 1 07 /05 /mai /2018 05:40

 

Avec la suppression de l'exit tax, Macron offre 800 millions d'euros aux ultra-riches

Emmanuel Macron ? “Le président des très riches”. Avec sa blagounette, François Hollande était en dessous de l’étiage. Forbes, magazine des millionnaires américains, le sacre en couv' « leader de l’économie de marché ». Avec la fin de l’exit tax en 2019, annoncée à l'occasion d'un entretien avec le mensuel libéral, le mardi 1er mai, le Président fait surtout les affaires des ultra-riches. Le cadeau est sans précédent : il s'approche du milliard d'euros.

Comme le montre un rapport du Conseil des prélèvements obligatoires, institution associée à la Cour des comptes, publié en janvier 2018, le rendement de l'exit tax s'est en effet élevé à 803 millions d’euros en 2016, selon les derniers chiffres officiels disponibles. Une peccadille pour Emmanuel Macron, semble-t-il. Auprès de Forbes, le chef de l'Etat a décrit un impôt... « pas particulièrement bénéfique pour les finances publiques ».

L'exit tax, c'est quoi ?

Créée sous Nicolas Sarkozy, en 2011, l'exit tax a pour objectif de freiner l’exil fiscal des entrepreneurs fortunés. Elle prévoit qu’en cas de transfert du domicile fiscal en dehors de la France, le contribuable doit acquitter une taxe sur ses plus-values mobilières égale à 34,5% (19% d'impôt de plus-value majoré de 15,50% de contributions sociales). Depuis la mise en place à l'automne 2017 du PFU (*), ce taux de 19% est passé à 12,8%.

Tous les résidents français qui déménagent à l’étranger ne sont évidemment pas concernés : la taxe touche seulement les contribuables qui détiennent un patrimoine mobilier supérieur à 800.000 euros ou au moins 50% du capital d’une entreprise. Concrètement, et depuis le PFU, le citoyen en partance doit acquitter une taxe qui s’élève à 28,3% de la différence entre la valeur actuelle de ses actions et leur valeur d’achat.

Il est particulièrement intéressant de rapprocher ces 800 millions du nombre de personnes touchées par la taxe. Le Conseil détaille leur nombre entre 2011 et 2014 : selon les années, ces ménages désireux d'aller vivre sous des cieux fiscaux plus cléments étaient entre 200 et 400. La taxe a donc rapporté environ... deux millions d'euros par contribuable. Une vraie machine à sous d'ultra-riches ! Cet âge d'or est désormais révolu : les prochains foyers tentés par un déménagement à l'étranger garderont toutes leurs plus-values dans leur poche. Voilà qui rappelle le milliard des émigrés de la Restauration, quand Charles X avait indemnisé les nobles ayant fui la Révolution. En matière de « nouveau monde », on repassera.

En l’occurrence, Emmanuel Macron est pourtant logique avec lui-même. Cette suppression est la conséquence prévisible de la fin de l’Impôt sur la Fortune (ISF), mise en œuvre dès son entrée à l'Elysée. Avec la fin de l’exit tax, qui avait été instaurée par Nicolas Sarkozy, le compteur des cadeaux aux bienheureux et aux biens nés se montera à 6 milliards en 2019.

Le président de la République assume. Fidèle à ses idées libérales, il voit en cette juteuse exit tax « une grave erreur pour nos start-up parce que nombre d’entre elles, quand elles considéraient la France moins attractive, décidaient de lancer leurs projets en partant de zéro à l’étranger dans le but d’éviter cet impôt ».

Un raisonnement particulièrement tordu qui voudrait qu'un entrepreneur décide de se lancer à l'étranger plutôt qu'en France, par crainte d'être trop taxé si, dans un second temps, il décidait de partir à l'étranger ! Un sacré sens de l'anticipation de la part des start-uppeurs.

(*) PFU : prélèvement forfaitaire unique [NDLR]

(Journal Marianne)

 

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7 mai 2018 1 07 /05 /mai /2018 05:37

Gérard LE PUILL sera présent, pour une conférence débat le mardi 29 Mai

20 h - Salle Stérédenn à Lanmeur

 

 

Un minimum d’informations a été diffusé depuis l’Elysée sur le contenu de la rencontre d’hier entre le président de la République et les jeunes agriculteurs. Pire encore, tout semble avoir été filtré par le service communication de la présidence de la République. « Je ne suis pas là pour plaire, je suis là pour faire», a sèchement déclaré Emmanuel Macron à ses invités. Mais faire quoi au juste ? Il apparaît que la franchise du chef de l’Etat fut à géométrie variable devant ces jeunes paysans et paysannes de moins de 35 ans installés tout récemment. Reste à voir quelle sera demain la teneur de ses échanges avec toute la profession lors de l’inauguration officielle du Salon international de l’agriculture.

Chez les jeunes éleveurs de bovins, comme d’ailleurs chez les moins jeunes, on souhaitait être mieux informé sur l’offre européenne concernant le projet d’accord que l’Europe entend conclure dans les tous prochains jours avec les pays du Mercosur. On sait que ces derniers veulent vendre toujours plus de viande bovine, porcine et de volaille sur le vieux Continent. Hier, à l’Elysée, Emmanuel Macron n’a abordé le sujet que de manière détournée. Selon lui, « il n’y aura jamais de bœuf aux hormones en France, il ne faut pas faire peur aux gens. S’il y en a aujourd’hui, c’est parce que les contrôles sont mauvais, c’est parce qu’il y en a qui fraudent » a-t-il ajouté.

Admettons qu’il n’y ait plus de fraude à l’avenir. Pour autant, cette certitude présidentielle ne répond nullement à une question fondamentale. Autant que l’on sache, la Commission n’a pas reçu de mandat des Etats membres de l’Union pour négocier un contingent de viande aux hormones. Les pays du Mercosur sont capables de produire de la viande bovine sans hormones pour l’Europe. Il suffit pour cela de ne pas imposer au bétail ce traitement qui accélère la prise de poids au jour le jour. La question que se posent les éleveurs français est la suivante : combien de tonnes de viande bovine seront importées dans les 28 pays membres de l’Union européenne si cet accord de libre échange est signé dans les prochains jours et quelle sera l’influence de ces importations inutiles sur les prix de marché dans un pays comme la France qui compte 4,2 millions de vaches dans les seules races à viande en plus des 3,7 millions de vaches laitières? 

 

On ne sait plus où sont les lignes rouges de la France 

 Emmanuel Macron a évité de répondre à cette question. Selon lui, « en décembre, on aurait pu conclure un accord mais comme la France avait mis des lignes rouges, la Commission ne l’a pas signé ». Il s’est gardé de préciser si les lignes rouges de février 2018 sont toujours les mêmes que celles de décembre 2017. En théorie, le mandat donné à la Commission jusqu’en décembre consistait à ne pas dépasser l’importation de 70.000 tonnes de viande bovine par an des pays du Mercosur. Mais il s’est dit depuis que la Commission avait été autorisée à faire une offre de 99.000 tonnes par an. Selon Bruno Dufayet, président de la Fédération nationale bovine (FNB) de la FNSEA, la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, serait prête à accorder un contingent annuel de 130.000 tonnes aux pays du Mercosur. Comme il s’agit ici de viande bovine désossée ne comptant que des pièces nobles à rôtir et à griller, cette viande entrerait en concurrence frontale avec les viandes françaises de haut de gamme, à savoir les races charolaise, limousine et quelques autres qui feront la fierté du Salon de l’agriculture à partir de demain .

L’arrivée de ces viandes en Europe conduirait aussi des pays comme l’Italie et l’Espagne à moins acheter de broutards français, ces veaux de huit mois que ces pays engraissent au maïs et au soja. D’où un risque de baisse sensible du prix des broutards, faute de débouchés.

Emmanuel Macron a également déclaré « qu’il n’y aura aucune réduction de nos standards de qualité, sociaux, environnementaux, ou sanitaires à travers cette négociation», ajoutant que la France fera de sorte qu’il soit possible de « bien contrôler aux frontières, la traçabilité et les normes environnementales et sociales » .Dire cela, c’est se moquer du monde ou ne pas connaître ses dossiers quand on sait que la traçabilité des animaux est inexistante au Brésil. Dans ce pays, 98% des animaux de sont pas identifiés alors qu’en Europe chaque bovin, caprin et ovin est identifié par une fiche sanitaire et une boucle d’oreille portant le numéro correspondant à cette fiche.

 

Comment partir des coûts de production pour fixer les prix ?

Pour bien saisir toute l’ambigüité du discours d’Emmanuel Macron sur ce dossier, il convient de se remémorer ce qu’il avait dit lors de ses vœux aux paysans le 25 janvier dernier à Saint-Gegnès- Champanelle dans le Cantal : « Sur les accords commerciaux, nous serons toujours clairs sur les lignes rouges que nous donnons à l’Europe lorsqu’elle négocie. Nous l’avons été sur le Mercosur (…) Une fois que j’ai dit ça sur la situation actuelle, je ne sais ce que donneront les négociations sur le Mercosur mais mon souhait est que les lignes rouges françaises soient respectées » affirmait le président de la République avant de poursuivre à demi-mots : « Cet accord peut être bon si nos lignes rouge sont tenues. Il est clair que ce sera un défi porté, en particulier par la filière bovine, puisqu’il permettra de faire entrer des volumes(…) Et donc quelle est la meilleure réponse si nous finalisons cet accord avec le Mercosur ? C’est d’avoir une stratégie défensive en France pour valoriser notre filière, l’origine France et faire que nos concitoyens auront de la vraie traçabilité, que ceux qui veulent acheter de la viande française pourront le savoir et, en quelque sorte, savoir défendre dans un marché ainsi ouvert, selon les règles que nous aurons négociées ,nos propres intérêts et être très offensifs à l’extérieur dans les marchés que nous avons rouverts ».

Ce jour là, de manière détournée, Emmanuel Macron déclarait aux éleveurs français, qu’il était favorable aux importations de viandes d’Amérique du sud pour que certains industriels français puissent vendre plus de marchandises comme des voitures et des avions aux pays du Mercosur. Mais il a laissé entendre aux éleveurs qu’ils devront se débrouiller pour vendre à la Turquie, au Japon et à la Chine la viande française qu’ils ne pourront plus vendre sur notre marché intérieur à cause de la place que prendre celle du Mercosur sur ce marché. Alors que près de 80% des viandes consommée en France dans la restauration privée et la restauration collective des écoles, des entreprises, des hôpitaux et autres services publics, ministères compris, est importée, on imagine qu’un accord avec le Mercosur va encore fermer des débouchés pour la viande produite en France.

On peut aussi se demander comment la loi promise par le gouvernement suite aux Etats généraux de l’alimentation parviendra à « inverser cette construction du prix qui doit partir des coûts de production », comme le promettait Emmanuel Macron dans son discours de Rungis le 11 octobre 2017.

 

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