Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
19 juillet 2018 4 19 /07 /juillet /2018 05:27

Dans son dernier rapport biennal publié lundi, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture donne à voir une situation qui empire.

Certains sont trop petits ou indésirables, d’autres pourrissent trop vite. Et le résultat est sans appel : un poisson pêché sur trois n’arrive jamais dans nos assiettes. Le tiers perdant finit généralement à la poubelle ou bien retourne dans l’eau, sans vie. C’est l’un des enseignements majeurs à tirer de « La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture », le préoccupant rapport biennal de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) publié lundi. Où l’on apprend aussi que, paradoxalement, la production halieutique n’a jamais été aussi élevée. En 2016, elle atteignait 171 millions de tonnes, soit 150 millions de plus qu’en 1950. Une « valeur record », pour reprendre les mots de la FAO, qui s’explique par le développement croissant de l’aquaculture. Les poissons d’élevage dépassent pour la première fois ceux issus de la pêche, et cette tendance n’est pas près de s’inverser. Les auteurs du rapport notent que les captures de pêche sont « relativement stables depuis la fin des années 1980 ». Preuve que les réserves halieutiques s’épuisent pour Frédéric Le Manach, directeur scientifique de l’association Bloom, dont l’objectif premier est de sensibiliser à la protection des écosystèmes marins : « Chaque année, on invente des manières et des technologies plus efficaces pour aller chercher le poisson, c’est assez dramatique. »

Au-delà de cette avalanche de chiffres, deux gros problèmes ressortent du rapport. D’un côté, le gaspillage, principalement en raison d’un manque de connaissances ou de moyens dans certaines parties du globe. Une fois le poisson pêché, encore faut-il pouvoir le conserver et le garder frais. Pour enrayer ce fléau, la FAO travaille aux côtés des pays en développement. Par exemple, l’utilisation de casiers surélevés pour faire sécher les poissons a permis de réduire les pertes après capture de 50 % en deux ans dans des pays comme le Burundi, la Tanzanie et la République démocratique du Congo, tous riverains et très dépendants du lac Tanganyika.

LE CHANGEMENT CLIMATIQUE VA RENDRE LA SITUATION ENCORE PLUS INJUSTE

L’autre danger, plus difficile à contrer, est celui de la surexploitation de certaines espèces. Et le constat est affligeant. « On observe une tendance à la baisse de la proportion de stocks de poissons exploités à un niveau biologiquement durable », avancent les auteurs du rapport. Une formulation alambiquée pour dire que la pêche est, globalement, de moins en moins responsable. À l’inverse, le nombre d’espèces surexploitées a triplé au cours des 40 dernières années, pour atteindre 33 % des stocks surpêchés en 2015. Une conjoncture préoccupante pour Frédéric Le Manach : « Le rapport de la FAO est centré sur la réalisation des objectifs de développement durable des Nations unies (l’objectif 14 concerne la vie aquatique et prévoit notamment de mettre fin à la surpêche d’ici à 2020 – NDLR). Mais les tendances décrites dans ce rapport montrent qu’on n’y arrivera pas. Au contraire, cela empire. » Et pour ne rien arranger, le changement climatique va rendre la situation encore plus injuste, selon le directeur scientifique de Bloom : « Les pays qui dépendent le plus de la pêche, dans la ceinture intertropicale notamment, vont voir leur stock de poissons remonter vers les pôles, où les eaux sont moins chaudes. Et ce sont les pays qui sont le plus responsables du changement climatique qui vont en profiter. »

Partager cet article
Repost0
19 juillet 2018 4 19 /07 /juillet /2018 05:24

 

La plateforme rouvrait le 26 juin à la fin des épreuves du bac. À cette date, ils étaient plus de 170 000 sans proposition de place : Eolia, Louis, Salomé et Thomas témoignent d’une attente insupportable.

Tous les jours, c’est le même rituel. Ouvrir l’ordinateur. Se connecter sur Parcoursup. Regarder la progression de sa place, ou pas. Salomé Vella est dépitée. D’emblée refusée dans les écoles d’art qu’elle convoitait, ainsi que dans les prépas, elle doit tout miser aujourd’hui sur une filière arts plastiques à l’université parisienne très convoitée de la Sorbonne. « Mais je suis 600e en attente et il n’y a que 350 places », explique l’élève du lycée de Domont, dans le Val-d’Oise. Pourtant, depuis longtemps, elle se voyait travailler plus tard dans le design, la mode. Encouragée par ses professeurs, elle avait mis tous ses espoirs dans Parcoursup. Quand on lui pose la question : et ce bac, comment ça s’est passé ? Elle fait la moue. « Je me suis dit qu’il valait peut-être mieux ne pas l’avoir. Redoubler pour avoir une seconde chance », soupire-t-elle. Mais la plateforme n’aime pas trop les redoublants. « Parcoursup, c’est bien plus stressant que le bac. Avec la peur au ventre de se retrouver sans rien l’année prochaine. » Elle le sait : avec une réponse positive, elle se serait bien plus accrochée pour réussir son examen. « On est beaucoup à être déçus, dit-elle. À ne pas avoir la filière que l’on souhaitait. » Pour elle, les vacances rimeront avec une attente insupportable. Son père parle de lui payer une école privée. « Mais comment va-t-il faire pour débourser 8 000 euros par an ? »

 

SALOMÉ VELLA, ÉLÈVE EN TERMINALE ES, DOMONT (95)

"JE ME SUIS DIT QU'IL VALAIT PEUT ÊTRE MIEUX NE PAS AVOIR MON BAC. REDOUBLER POUR AVOIR UNE SECONDE CHANCE."

La deuxième phase d’admission Parcoursup a démarré le 26 juin et 20 % des candidats n’avaient toujours pas de place garantie à la rentrée prochaine. Il reste encore plus de 130 000 candidats en attente d’une place en enseignement supérieur. Et 40 000 se sont désinscrits du système. Parmi eux, 30 000 n’avaient que des refus sur tous leurs vœux. Au total donc, 170 000 lycéens n’ont pas eu satisfaction. Bien plus en réalité, car beaucoup ont préféré accepter un vœu qui ne correspondait pas à leur choix, dans une filière qui n’est pas sous tension, comme leur avaient souvent conseillé leurs professeurs.

RÊVE BRISÉ

 

THOMAS THEBAULT, ÉLÈVE EN TERMINALE S, LILLE (59)

"CERTAINS SONT PRIS DANS CE QU'ILS VOULAIENT. ILS ONT DES MAILLEURES NOTES QUE MOI, CELA CRÉE UNE AMBIANCE TRÈS PARTICULIÈRE. IL FAUT ÊTRE EXCELLENT MAINTENANT POUR SUIVRE LES ÉTUDES DE SON CHOIX ?"

Jeudi 28 juin. Dans les rues de Paris, la colère gronde. Les cheminots, retraités, étudiants ont répondu à l’appel de l’intersyndicale CGT-FO. Thomas Thebault manifeste sous la banderole de l’Union nationale des lycéens. Élève en terminale S dans un lycée de Lille, il avait choisi histoire par sécurité. En 85e position d’attente sur 3 000, il a de fortes chances d’intégrer cette filière. « Mais ce ne sont pas les études que je souhaite mener », dit-il. Il acceptera par défaut, car il se voyait bien dans un BTS audiovisuel, ou une prépa. Rêve brisé. S’il arpente cet après-midi les pavés parisiens, c’est parce « les cheminots aussi sont contre la sélection à l’université, ils sont avec nous ! Comme nous, ils défendent le service public ». Il avoue avoir très mal vécu un système qui « met les uns les autres en compétition ». Il explique : « Certains sont pris dans ce qu’ils voulaient. Ils ont des meilleures notes que moi, ça crée une ambiance très particulière. Il faut être excellent maintenant pour suivre les études de son choix ? » La phase complémentaire ? Il ne s’est pas encore penché dessus. De toute façon, il sait qu’il ne pourra pas accepter une université dans une autre académie que la sienne. « Mes parents n’ont pas les moyens de me payer un logement, des frais de transport. Ils sont très stressés, eux aussi, et Parcoursup revient tous les jours dans nos conversations. »

GÉNÉRATION SACRIFIÉE

 

EOLIA, ÉLÈVE EN TERMINALE S, GAGNY (93)

"DES ÉLÈVES MOINS BONS ONT ÉTÉ PRIS... C'EST UN TIRAGE AU SORT ORGANISÉ CE TRUC"

Christelle Gokpon comprend très bien. Sa fille, Eolia, en terminale S option SVT dans un lycée de Gagny (Seine-Saint-­Denis), est toujours en attente. « Au stress du bac se rajoute celui de l’incertitude de la poursuite de ses études », déplore la maman. Elle parle d’une anxiété permanente, le nez collé sur l’ordinateur via Parcoursup matin et soir. « Une amie de ma fille m’a même avoué : “en libérant des places, j’ai l’impression d’avoir sauvé des vies” ! » S’il le faut, c’est sûr, elle y ira au culot. À la rentrée, elle frappera aux portes des universités pour défendre le dossier de sa fille. Avec 13 de moyenne, Eolia pensait avoir au moins une réponse positive dans ses choix, en biologie. Mais non. « Des élèves moins bons ont été pris… » souffle-t-elle. Dès le 26 juin, Eolia cliquait sur ce que proposait la phase complémentaire. Eh oui, on brade aussi chez Parcoursup ! Mais il faut faire vite : huit jours pour se décider et répondre. Elle découvre « deux ou trois propositions à Lille, mais tout le reste, c’est en Guyane ou à La Réunion » ! Elle décroche un sourire face à l’absurdité. « C’est un tirage au sort organisé ce truc ! » Si rien ne bouge, elle pense partir une année en Espagne. Aller à l’étranger, histoire de ne pas perdre son temps. Comment va-t-elle payer ? Ou sera-t-elle logée ? Elle n’en sait rien, avoue-t-elle, un peu perdue. Les projets d’été, les vacances semblent tellement loin… Bien loin de ce qui les préoccupe aujourd’hui. Christelle Gokpon, elle, a la désagréable sensation d’une génération sacrifiée au profit des seules élites.

 

LOUIS BOYARD, ELEVE EN TERMINALE ES DANS UN LYCEE DU VAL DE MARNE

VIVRE DU BON CÔTÉ DU PÉRIPH

Louis Boyard, avant d’être président de l’Union nationale des lycéens, est avant tout lycéen. En terminale ES dans un lycée du Val-de-Marne, il se passionne pour l’histoire et les sciences politiques. Avec 17 de moyenne dans ces deux matières, il espérait pouvoir intégrer Sciences-Po, ou une fac d’histoire. « Le 22 juin, jour de l’ouverture de la plateforme, j’ai découvert que je n’aurai pas mon projet de vie. » Même s’il pensait s’y être préparé, le choc est brutal. Partout, en attente avec un positionnement qui ne lui laissait guère d’espoir. Il a choisi des facs parisiennes « car c’est un fait admis que les diplômes y ont une plus grande valeur », mais il ne vit pas du bon côté du périph. Alors, « il faut passer à autre chose », assure-t-il, puisqu’il se sait condamné à ne pas suivre une formation qu’il aura choisie. « Je vais étudier, car aujourd’hui c’est une nécessité. Là où je peux. Mais de toute façon, je sais que ça ne me plaira pas. » Les études qu’il convoitait définissaient la suite de sa vie. Alors, à cet instant précis, il veut juste ne plus réfléchir. S’échapper de tout ça. « C’est notre avenir qui est condamné », tempête-t-il.

 

Partager cet article
Repost0
18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 05:51

 

l’idéologie de la dette

Comment et quand en sommes-nous arrivés là ? Comment ce qui était le champ du débat démocratique, et qu’on nommait politique, a-t-il soudain été remplacé par une comptabilité vétilleuse jalonnée de « reportings », d’évaluations et de contrôles de gestion qui infantilisent les peuples ?

À ces questions, l’économiste Jacques Rigaudiat, qui fut conseiller social de Jospin et de Rocard, apporte des réponses d’une grande clarté. Le tour de passe-passe s’opère autour du concept de dette. Et le grand tournant est l’entrée en vigueur du traité de Maastricht, en 1993, qui a transformé en code disciplinaire le nouveau rapport de force résultant de la mondialisation. L’arnaque – car c’en est une – a consisté, nous dit Rigaudiat, à identifier la « dette publique » à ce qu’il nomme « dette maastrichtienne » dont « nulle créance n’est défalquée ». En oubliant les actifs d’un État ou d’un service public, les magiciens de l’ordolibéralisme parviennent rapidement à faire exploser l’endettement. Ils n’ont ensuite aucun mal à démontrer que les peuples « vivent au-dessus de leurs moyens » et à contraindre les gouvernements aux fameuses réformes «qui s’imposent ».

Rigaudiat parle, à la manière de La Boétie, de « servitude volontaire ». Une fois le système en place, un discours culpabilisant invoquant le bon sens bourgeois («on ne vit pas au-dessus de ses moyens ») fait le reste. Or, un véritable nœud coulant antisocial ne cesse de se resserrer. Les États, et par conséquent les peuples, ne sont pas seulement montrés du doigt pour leur irresponsabilité dispendieuse, ils perdent leur autonomie. Le traité de Maastricht les soumet directement au diktat des marchés. Son article 104, que confirmera par la suite le traité de Lisbonne de 2007, interdit à la Banque centrale européenne « d’accorder des découverts ». Les prêteurs seront désormais privés. Pour lutter contre l’endettement, l’État n’a plus de prêteurs institutionnels. Ce sont les marchés qui deviennent ses seuls créanciers. Rigaudiat a une formule dont la justesse fait froid dans le dos : « L’État devient privé. » La corporate gouvernance remplace la politique.

On voit combien, dans un tel paysage, un personnage comme Macron est l’homme de la situation. Entre l’État et les marchés, nous dit Rigaudiat, « c’est le vide ». Et c’est aussi le vertige qui s’est emparé des démocraties. L’auteur étend ensuite sa démonstration aux administrations. Les pages consacrées au déficit de la Sécurité sociale sont particulièrement édifiantes. Où l’on voit que ce déficit, en partie artificiel, sert in fine à financer des entreprises. La dette est bien devenue une « arme de dissuasion massive » pour le modèle social français.Rigaudiat n’élude pas la question politique, la nécessaire remise en cause des traités avec, comme corollaire, un affrontement que l’auteur croit inévitable avec l’Allemagne.

La Dette, arme de dissuasion sociale massive, Jacques Rigaudiat, éditions du Croquant, 212 p., 12 euros.

Source : Denis Sieffert (Journal Politis)

 

Partager cet article
Repost0
18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 05:47

Ils sont quatre – PWC, EY, KPMG et Deloitte – dominant le monde de l’audit, mais aussi celui de l’industrie de l’évasion fiscale. Pourtant, c’est à eux que la Commission européenne fait appel pour l’aider à écrire les règles fiscales. Un rapport de l’ONG Corporate Europe Observatory révèle un univers de conflits d’intérêts.

D’eux, on ne connaît souvent que les sigles : PWC, EY, KPMG et Deloitte. Le monde financier les a surnommés les Big Four, tant ils semblent indissociables : ils forment à quatre un cartel mondial de la comptabilité et de l’audit. Toutes les multinationales font appel à eux pour les conseiller et approuver leurs comptes. Leur place incontournable leur permet d’échapper à toute remise en cause sérieuse, bien qu’ils se retrouvent acteurs de nombreux scandales financiers comme la crise de 2008 l’a illustré.

Ces mêmes quatre acteurs sont les rouages indispensables de l’industrie de l’évasion fiscale. Ils se retrouvent comme conseillers, comme facilitateurs, comme artisans de tous les schémas d’optimisation, d’évasion, de fuite dans les paradis fiscaux, comme l’ont prouvé les LuxLeaks, les Panama Papers, les Paradise Papers, les Malta Files ou encore les Offshore Leaks.

Pourtant, c’est à ces mêmes groupes que la Commission européenne fait appel pour élaborer les règles fiscales européennes, comme le révèle une enquête de l’ONG Corporate Europe Observatory (CEO) publiée le 10 juin. « Ensemble avec un petit groupe de sociétés de conseil financier, les quatre grands ont conçu certains des plus importants dispositifs de sauvetage européens. Voir les Big Four, qui ne cessent de vider les coffres publics en facilitant l’évasion fiscale, concevoir en même temps les réponses politiques pour y répondre ajoute l’insulte à la blessure », s’emporte l’ONG, qui rappelle que l’évasion fiscale coûte des milliards d’euros par an aux États, ce qui les prive d’autant de moyens pour financer les hôpitaux, l’éducation ou les services publics.

« Comment les Big Four peuvent-ils justifier le conflit d’intérêts en conseillant les multinationales sur les façons d’éviter de payer l’impôt et, dans le même temps, en jouant un rôle majeur dans l’élaboration des lois fiscales des pays ? », s’est interrogé le député européen irlandais Matt Carthy, lors d’une discussion sur les règles fiscales européennes. On a envie d'ajouter : comment la Commission européenne peut-elle expliquer qu’elle fasse appel, pour élaborer le cadre fiscal européen, à des cabinets qui font profession de faciliter l’évitement de l’impôt ?

Car chaque année, la Commission européenne verse des dizaines de millions aux quatre grands cabinets pour s’abreuver de leurs conseils, expertises, recommandations, en vue d’élaborer les règles futures. En 2016, selon le recensement réalisé par CEO, elle a ainsi versé 51,4 millions d’euros à KPMG, 23,8 millions à EY, 17,5 millions à PWC, 12,3 millions à Deloitte, soit un total de 105 millions d’euros juste pour une année. Manifestement, leurs apports sont précieux.

 

Mais quels sont-ils exactement ? En octobre 2014, relate le rapport, la DG Taxud (direction de la commission chargée de la fiscalité) a versé 7 millions d’euros de commissions à PWC, Deloitte et EY pour mener des études comparatives sur les différents systèmes fiscaux et de douanes. « Les plus grands facilitateurs de l’évitement fiscal étaient payés pour fournir les analyses destinées à servir de base pour élaboration des mesures fiscales futures », ne peut s’empêcher de s’étonner l’ONG, en concluant que, toutefois, « c’était en octobre 2014. En novembre 2014, LuxLeaks démontrera le rôle joué par PWC, EY, Deloitte et KPMG pour aider les multinationales à ne pas payer des millions d’impôt en utilisant les schémas d’évasion au Luxembourg ».

 

Pourtant, après LuxLeaks, après toutes les autres révélations, rien n’a changé. La Commission européenne continue de s’alimenter régulièrement auprès des quatre grands pour l’aider à établir ces nouvelles réglementations. Et elles sont nombreuses. En 2014, il y a eu l’accord sur la transparence fiscale, qui comprend un échange automatique des informations entre les États sur les accords fiscaux passés avec les multinationales. En 2015, ce fut l’élaboration d’un texte établissant la base fiscale commune pour les multinationales, afin de fixer des règles pour les prix de transfert, principal mécanisme utilisé par les multinationales pour éviter l’impôt dans certains pays. En 2016, ce fut un nouveau plan pour tenter d’élaborer des règles en vue de lutter contre l’évitement fiscal, faciliter la transparence et permettre l’établissement de règles communes pour définir les bases taxables dans chaque pays de l’Union, en liaison avec les travaux de l’OCDE sur les mêmes sujets.

À chaque fois, les Big Four ont été invités à donner leurs lumières, leurs analyses, leurs conseils. Et pendant qu’ils étaient payés pour conseiller la Commission européenne, ils monnayaient leur influence au travers de leurs réseaux et bataillaient, tant à l’OCDE qu’à la Commission européenne, pour obtenir les mesures les moins contraignantes possible, pour abattre les dispositifs censés être trop contraignants et trop coûteux pour les multinationales.

Sans que cela ne semble leur poser le moindre problème apparent, les quatre grands se retrouvent ainsi dans les réseaux de lobbying, très actifs à la Commission européenne, note le rapport. Ils figurent naturellement dans le groupe des auditeurs européens et le groupe européen de contact, censés l’un comme l’autre éclairer la Commission sur les principes et les standards de la comptabilité et l’environnement réglementaire et prudentiel. Mais ils sont aussi membres assidus au sein du lobby européen des affaires sur la fiscalité (European Business Initiative on Taxation) qui regroupe les principales multinationales, tout comme de la chambre américaine de commerce auprès de la Commission européenne, l’un comme l’autre militant pour l’effacement de toutes les barrières faisant obstacle aux affaires.

Ce sont eux qui, par exemple, ont recommandé l’unanimité des membres de l’Union pour l’adoption des nouvelles mesures sur la lutte contre l’évasion fiscale, la transparence comptable ou l’unité des bases taxables. En poussant à une telle mesure, les Big Four connaissaient parfaitement ce qui allait en résulter : la paralysie.

Plus besoin, après une telle mise en lumière du système, de s’interroger sur les raisons de l’impuissance de la Commission en matière de lutte contre l’évasion fiscale, sur la pantalonnade de la liste noire des paradis fiscaux ou sur l’impossible taxation des multinationales du Net et des plateformes numériques. Tout est organisé pour qu’il en soit ainsi.

Tant au sein des grands cabinets d’audit qu’à la Commission européenne, personne ne semble voir quelque problème à ce mélange des genres, à ces conflits d’intérêts multiples et institutionnalisés, à cette capture des institutions par des intérêts privés. Il est vrai que les frontières sont très poreuses entre les deux mondes, que la pratique des allers et retours entre les Big Four et la Commission européenne est désormais elle aussi devenue un usage normal.

Pas moins de huit fonctionnaires travaillant à la DG Taxud ou à la DG Finance sont d’anciens consultants de KPMG, Deloitte, EY ou PWC. De même, quatre représentants des pays membres, désignés pour siéger dans les commissions finances et fiscalité, sont aussi d’anciens consultants des quatre grands cabinets. Mais le mouvement peut être inverse. De nombreux fonctionnaires européens trouvent un accueil chaleureux dans les grands cabinets pour entamer une deuxième carrière. Et on ne compte plus les échanges de stagiaires, naviguant de l’un à l’autre pour faire leur apprentissage du dur monde des affaires.

« Alors que les services publics sont étranglés par l’austérité, les milliards de recettes fiscales manquantes ont un impact sur la vie réelle, privant les systèmes de santé et d’éducation de beaucoup d’argent public. C’est immoral. Le contournement des lois fiscales qui s’appliquent à tous dans un État démocratique montre le mépris pour les citoyens », conclut l’ONG. Mais ce sont des considérations qui ne semblent pas atteindre le monde des décideurs.

 

Partager cet article
Repost0
18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 05:45

 

Un rapport de plusieurs ONG dénonce les exportations d'armes vers le régime d’Abdel Fattah al-Sissi. En sept ans, les livraisons ont été multipliées par 33 alors que la répression envers l'opposition s'est intensifiée.

C’est la ligne Alliot-Marie qui l’a emporté. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il semble qu’en matière d’exportations d’armes, la France ait adopté la ligne de conduite de l’ancienne baronne de l’UMP et ex-ministre des affaires étrangères qui, au plus fort des manifestations en Tunisie contre la dictature de Ben Ali en décembre 2010 et janvier 2011, avait proposé « le savoir-faire, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité » pour aider le régime à mater les contestataires. Comment parvenir à une autre conclusion, à la lecture du rapport publié lundi 2 juillet 2018 par la FIDH sur les exportations d’armes et de technologies de surveillance françaises en Égypte ?

Ce document, intitulé de manière volontairement provocante « Égypte : une répression made in France », représente le fruit du travail de plusieurs ONG (la Fédération internationale des droits de l’homme, l’Observatoire des armements et le Cairo Institute for Human Rights Studies) qui se sont coltiné l’obscurité et le flou des différents rapports que le gouvernement est tenu de livrer au Parlement et à l’ONU, ainsi que les annonces de divers contrats militaires par les entreprises elles-mêmes. S’il ne fallait en retenir que quelques chiffres, ce serait ceux-ci : en 2010, la France a livré pour 39 millions d’euros d’armes à l’Égypte, en 2014 pour 838 millions d’euros et en 2016, dernière année connue, pour 1,3 milliard d’euros. Soit une multiplication par 33 en l’espace de sept années. Et c’est sans compter sur les commandes à venir puisqu’en 2015, Paris a conclu un contrat de 5,3 milliards d’euros prévoyant la livraison de 24 Rafale, une frégate furtive et différents assortiments de missiles.

Campagne de la FIDH sur le thème : « En Égypte, exportons nos valeurs, pas nos armes ! » © International Federation for Human Rights

Mais ce qui attire davantage l’œil des ONG, ce sont moins ces gros engins de guerre que toute la batterie de petits matériels militaires et sécuritaires qui ne servent pas tant à se défendre contre des ennemis étrangers qu’à encadrer et réprimer les Égyptiens eux-mêmes : armes légères et de petits calibres, munitions, machines-outils pour confectionner des balles, véhicules blindés légers, drones d’observation et technologies sécuritaires informatiques (interception de masse, collecte de données individuelles, contrôle des foules). Les fournisseurs de ces différents matériels répondent aux noms grand public de Renault, Manurhin, Thales, Safran ou, plus discrets, de Nexa, Amesys, Suneris…

Fait saillant de cette augmentation des livraisons d’armes et de technologies de Paris au Caire, la période 2010-2016 où elle se produit voit la chute de la dictature de Moubarak, son remplacement par le président démocratiquement élu, issu des rangs des Frères musulmans, Mohamed Morsi, puis le coup d’État militaire de 2013 d’Abdel Fattah al-Sissi, et enfin la répression tous azimuts qui s’ensuit et qui fait aujourd’hui de l’Égypte l’un des régimes les plus autoritaires du monde.

Autrement dit, au moment où l’Égypte passait d’une dictature à une dictature encore plus sévère, avec un bref passage par la case libertés, la France lui a fourgué trente-trois fois plus d’armements en tous genres.

Selon Tony Fortin, de l’Observatoire des armements, « la France a saisi l’opportunité d’un léger retrait américain sous l’administration Obama au moment du coup d’État de 2013 pour augmenter son commerce avec l’Égypte, mais aussi avec l’Arabie saoudite. Aujourd’hui, le Moyen-Orient représente 50 % des ventes d’armes françaises. Paris engrange les profits d’une situation de répression ». Cela découle aussi des nouvelles filières de fournitures d’armes via les Émirats arabes unis, où se sont établis ces dernières années plus de 80 entreprises étrangères dans le domaine de l’armement, dont des françaises, qui permettent une relation plus proche et plus soutenue avec les différents acheteurs moyen-orientaux.

Selon Bahey Eldin Hassan, du Cairo Institute for Human Rights Studies, « ces achats d’armes à la France se font sous le couvert de la lutte antiterroriste, mais ce n’est qu’une façade. Il s’agit en fait de lutter contre l’opposition politique. Dans le Sinaï par exemple, l’armée égyptienne annonce avoir tué des milliers de terroristes, mais n’en apporte aucune preuve puisque aucune instance indépendante ne peut le vérifier. Par ailleurs, il ne s’agit qu’en partie de commerce, il s’agit aussi d’acheter des appuis politiques. Alors que les relations de l’Égypte avec les pays occidentaux étaient au plus mal entre 2011 et 2013, Sissi les a restaurées par le biais des achats de matériels militaires : la France, le Royaume-Uni ou les États-Unis le soutiennent désormais fermement. S’agissant de ces derniers, Donald Trump a beau assurer Sissi de son amitié, le Congrès américain est plus regardant et il a plusieurs fois bloqué des ventes d’armes prévues. Sissi a été très malin en choisissant de s’équiper en France, où le contrôle parlementaire est bien moindre ».

« La France se compromet auprès d’une dictature militaire »

Cette question de la transparence est en train de prendre de l’ampleur s’agissant de la définition de la politique étrangère française. Un député LREM, Sébastien Nadot, essaie de faire la lumière sur les ventes d’armes à l’Arabie saoudite qui auraient pu servir dans la guerre au Yémen : il a déjà rassemblé plusieurs dizaines de signataires pour la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le sujet, mais sa proposition est pour l’instant bloquée. Mais plutôt que de se concentrer sur les différents pays acheteurs et la manière dont ils utilisent les matériels français les uns après les autres, la FIDH plaide pour une véritable réforme des ventes d’armes qui passerait par la création d’une commission parlementaire permanente, qui aurait droit de regard sur les exportations de ces équipements et qui en organiserait la transparence, comme cela existe dans d’autres pays : États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Italie…

Un véhicule blindé Sherpa fabriqué par Renault fonce dans des manifestants, avant d'être contraint de reculer et de basculer du haut d'un pont en 2013. © Spi0n

« Nous constatons la faillite du système français d’exportation des armes », assène Antoine Madelin, responsable du plaidoyer à la FIDH. « La France a signé des conventions par lesquelles elle s’engage à ne pas vendre de matériel militaire pouvant servir à des pays pour réprimer la population et les voix dissidentes, et pourtant, elle le fait. » En illustration de ses propos, il cite des exemples contenus dans le rapport. En particulier celui des véhicules blindés Sherpa fabriqués par Renault, qui ont servi à plusieurs reprises dans la répression de manifestants en Égypte depuis 2013, sachant que plusieurs ONG avaient déjà documenté l’usage de camions blindés dans la mort de protestataires de rue. Le 14 août 2013, lorsque 500 à 1 000 manifestants ont été tués sur la place Rabia-El-Adaouïa du Caire par les forces de l’ordre, des camions Sherpa ont été aperçus à plusieurs endroits. Et pourtant, leur exportation à destination de l’Égypte a continué au moins jusqu’en 2015.

Autre exemple : les douanes françaises avaient suspendu en 2013 l’exportation d’une machine-outil de Manurhin servant à fabriquer des cartouches, craignant que ce matériel ne soit utilisé dans la confection de balles en caoutchouc et de bombes lacrymogènes. Pourtant, le Secrétariat général de la défense et la sécurité nationale (SGDSN), sous l’autorité du premier ministre, est passé outre les douanes et, depuis, plusieurs dizaines de machines ont été acheminées en Égypte.

Dernier exemple enfin : l’exportation de nombreuses technologies à « double usage », civil comme militaire. Ces dernières années, la France a vendu à l’Égypte des systèmes informatiques de contrôle des foules, des logiciels d’interception des communications et des données personnelles, des serveurs de centralisation des données individuelles, comme celles contenues sur les cartes d’identité biométriques, dont l’Égypte est en train de se doter. Sachant que le régime de Sissi est engagé dans une répression farouche de tout le tissu associatif, militant, politique et même journalistique qui pourrait le contester, il ne fait guère de doute que ce matériel civil trouvera une application sécuritaire pour ce que certains décrivent comme une « architecture orwellienne ».

« La France se compromet auprès d’une dictature militaire qui ressemble à celles qui existaient en Amérique du Sud dans la seconde moitié du XXe siècle, dénonce Bahey Eldin Hassan. Il n’est pas encore trop tard pour qu’Emmanuel Macron change de politique et devienne le président qui aura fait primer les idéaux français. » À moins qu’il ne préfère que l’on se souvienne de lui comme d’un Michèle Alliot-Marie 2.0, le président qui arme les oppresseurs et les tortionnaires ?

 

Partager cet article
Repost0
18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 05:44

 

Les principales coupes prévues concernent deux ministères : Travail et Cohésion des territoires.

D’un côté, des annonces propres à flatter le citoyen : le gouvernement va supprimer 25 petites taxes d’ici à 2020 – comme la « taxe sur les farines » ou la « taxe ski de fond » servant à financer les sports nordiques –, « dont une vingtaine l’année prochaine », pour un montant total de 400 millions d’euros, a annoncé le ministre des Comptes publics, Gérald ­Darmanin. De l’autre, des baisses de crédits dans le cadre du budget 2019 qui vont concerner le ministère du Travail et celui de la Cohésion des territoires, selon le premier débat d’orientation budgétaire, tenu hier matin à l’Assemblée. Comme si le chômage n’était plus une préoccupation et alors qu’un plan pauvreté se fait attendre, et que l’idée d’un « plan banlieues » a été repoussée par le chef de l’État au profit de mesures non financières. Et là, l’impact se comptera en milliards.

Selon le document remis aux parlementaires, neuf « missions » verront leurs crédits diminuer par rapport au budget 2018, avec des baisses de budget pour le Travail de 2,07 milliards, et de 1,16 milliard d’euros pour la Cohésion des territoires. Parmi les missions gagnantes des arbitrages, on trouve, selon le document, la Défense, qui percevra 1,70 milliard d’euros de plus qu’en 2018, la Solidarité, l’insertion et l’égalité des chances, qui gagnera 1,33 milliard et l’Enseignement, qui ­bénéficiera de 750 millions d’euros supplémentaires.

DES « PREMIERS DE CORDÉE » FAVORISÉS DANS LE BUDGET NATIONAL

Tandis qu’Emmanuel Macron avait annoncé au cours de sa campagne 120 000 suppressions de postes au cours du quinquennat, le document est muet sur les suppressions de postes de fonctionnaires pour 2019. Le député PCF Fabien Roussel l’a réclamé en vain jeudi à Bruno Le Maire, brocardant « ces premiers de cordée » favorisés dans le budget national, « qui, contrairement aux alpinistes, n’échangent jamais leur place », et défendant par ailleurs une hausse du salaire minimum. « Cette augmentation du Smic, c’est une machine à détruire des emplois », a rétorqué le ministre de l’Économie. Portée également par la France insoumise et désormais une partie des « Républicains » – qui entend échanger une hausse du Smic contre des baisses de cotisations patronales drastiques –, elle traduit « une dérive totale, économique et idéologique », a martelé Bruno Le Maire, ajoutant : « Jamais nous ne nous engagerons dans cette voie. » Il n’y a donc aucun « coup de pouce » à attendre d’ici à la fin du quinquennat.

 

Partager cet article
Repost0
17 juillet 2018 2 17 /07 /juillet /2018 05:33

 

« Premier de cordée, une conception ultra réductrice »

 Louis Maurin, Directeur de l'Observatoire des inégalités

 

Dans Comprendre les inégalités (1), vous examinez le concept d'« égalité des chances ». De quelle vision est-il porteur lorsqu'il est utilisé dans le monde politique, à l'instar d'Emmanuel Macron et des « premiers de cordée» ?

 

LOUIS MAURIN Dans l'ordre des discours, son utilisation relève parfois d'une absence de réflexion, égalité des chances est employé comme synonyme de l'égalité dans son ensemble. D'autres l'utilisent à dessein parce qu'ils pensent que notre monde est bien tel qu'il est et que d'une compétition juste naîtra une saine émulation. Comme dans une course, ils considèrent que, si tout le monde a la même distance à parcourir, les écarts à l'arrivée ne sont pas graves. C'est une analyse individualiste des inégalités. Elle est valable parce que dans nos sociétés modernes on accepte très largement les inégalités. Dans une entreprise, on ne trouvera pas juste de payer celui qui sort de l'école de la même façon que celui qui a vingt ans d'expérience. L'égalité des chances est nécessaire, sinon on ne sait pas départager les gens. Les notes à l'école, par exemple, le permettent, mais le fait qu'elles soient considérées comme justes est une fiction. Ne serait-ce que parce que les élèves n'ont pas les mêmes conditions d'étude à la maison. L'égalité des chances ne fonctionne ainsi que de façon très partielle, car l'égalité de concurrence est biaisée dès le départ. Pendant la course, certains ont des chaussures à crampons et d'autres n'en ont pas. Le problème global, lui, est occulté : le monde est pris pour acquis. Comme lorsqu'on considère qu'il faut que les femmes arrivent aux postes de direction, sans se préoccuper de la précarité.

 

La finalité de la société, dites-vous, n'est ainsi jamais interrogée...

 

LOUIS MAURIN Même en cas d'égalité des chances pure et parfaite, comme diraient les économistes, reste la question : l'égalité des chances « de quoi » ? Si elle consiste à se marcher les uns sur les autres, c'est un non-sens. L'image du premier de cordée employée par Emmanuel Macron est une conception ultra réductrice de la vie en société. Il y a bien d'autres valeurs – les qualités humaines, le partage, les solidarités, etc. – qui nous motivent pour exercer tel ou tel travail. C'est un discours médiatique qui tente de frapper par des images, mais la défense de la loi du plus fort peut se retourner contre son auteur. C'est arrivé à Nicolas Sarkozy.

 

Les protections et statuts sociaux sont mis sur la sellette par le gouvernement. Cela relève-t-il de la même logique ?

 

LOUIS MAURIN Dans une société de compétition, il faut par définition être le plus compétitif possible. Bien sûr, rendre encore plus flexible le marché du travail est une façon de rendre la compétition encore plus grande entre les personnes. Pour le moment, les remises en cause se font encore par petites touches, même si elles commencent à prendre de l'importance. Mais le gros souci de ceux qui défendent cette conception, c'est le Smic. Ils voudraient bien toucher à ce niveau de rémunération sous lequel on ne peut pas tomber avec toujours le même objectif : plus de flexibilité. Et on voit bien comment celle-ci est distribuée entre un univers de flexibles composés surtout de jeunes de milieu populaire et un univers de stables qui sont en réalité les diplômés.

 

Vous mettez cependant en garde contre la dramatisation des inégalités. Pourquoi ?

 

LOUIS MAURIN Pour peu qu'on sorte des beaux quartiers, on est très vite choqué par l'injustice. Mais la dramatisation – dire que les inégalités, le chômage, la précarité explosent en permanence – peut avoir deux effets pervers. Le premier, c'est de déprécier le modèle social. Toute une partie des commentateurs s'appuie sur le discours critique pour le remettre en cause. Le président de la Cour des comptes, Didier Migaud, ne fait que ça. Il passe son temps à nous dire qu'on dépense trop au regard de l'efficacité. Le deuxième effet pervers, c'est d'induire un fatalisme généralisé, l'intériorisation d'une situation sans futur possible, notamment parmi les jeunes. Cela ne signifie pas qu'il faille baisser les bras, bien au contraire. Sans critique sociale, la remise en cause des inégalités est impossible. Mais un regard lui-même critique sur ce travail est nécessaire.

 

Entretien réalisé par Julia Hamlaoui (L’Humanité)

 

(1) Comprendre les inégalités. Louis Maurin, éditions de l'Observatoire des inégalités, juin 2018.

Partager cet article
Repost0
17 juillet 2018 2 17 /07 /juillet /2018 05:31

Édouard Philippe a présenté ce matin le nouveau plan anti-terrorisme. A la veille d'un week-end marqué par des rassemblements populaires importants (14 juillet, finale de la coupe du monde...) et où le souvenir traumatisant de l'attentat de Nice continue d'hanter les esprits, le gouvernement n'annonce rien de fondamentalement neuf.

La perspective d'un Parquet anti-terroriste reste critiquée dans la magistrature. La crainte d'un affaiblissement des moyens judiciaires dévolus à la lutte contre le terrorisme par la césure de l'anti-terrorisme, avec les autres services judiciaires notamment du Parquet de Paris, reste forte et les annonces du Premier Ministre sont peu précises de ce point de vue.

Toutes les mesures concernant les capacités de recherche et de prévention, semblent s'inscrire dans la droite ligne de la loi anti-terroriste du début d'année : le retour de l’État d'Urgence dans le droit commun sans traiter ni répondre aux critiques, interrogations et craintes qui s'expriment sur le caractère liberticide de ces mesures.

L'annonce de l'implication des maires et la possibilité de communiquer des informations avec les secteurs privés ou publics de défense et de transport autour du fichier FSPRT est très inquiétant. Il s'agit de leur donner des informations qu'ils ne sauraient traiter, ni en terme de sécurité ni en terme sociaux, sur des individus fichés et ce, sur la base d'un fichier dont les conditions d'inscription et de signalement ne sont pas complètement cadrées et claires.

Enfin, la mission centrale et les moyens renforcés annoncés pour le renseignement intérieur posent les questions de l'encadrement et du contrôle des pratiques.

Au final, sans rien annoncer donc de fondamentalement nouveau, il s'agit une nouvelle fois de renforcer des mesures qui interrogent. La lutte nécessaire contre le terrorisme ne doit pour autant pas servir de prétexte pour faire reculer la liberté en général et le respect des libertés civiques et publiques en particulier

 

Partager cet article
Repost0
17 juillet 2018 2 17 /07 /juillet /2018 05:30

1200€/mois, après 20 ans d'ancienneté et 40 heures/semaine ? Il est largement temps de revaloriser le Smic. C'est ce que propose Fabien Roussel, député communiste du Nord.

Partager cet article
Repost0
17 juillet 2018 2 17 /07 /juillet /2018 05:28

Dans la nuit de samedi à dimanche, les bombardements israéliens ont tué 2 adolescents et fait au moins 25 blessés dans la bande de Gaza. Un lourd climat de tension règne aussi en Cisjordanie, entre ratissages et affrontements.

Partie de l’hôpital central al-Shifa de Gaza, une longue procession funéraire accompagnait hier les dépouilles des deux adolescents tués la veille dans les bombardements. Amir Al Nimra, 15 ans, et Louay Kahil, 16 ans : encore deux jeunes vies fauchées par les missiles largués depuis les F-16 israéliens. Au moins 25 autres Palestiniens ont été blessés dans la destruction d’un immeuble de cinq étages aux abords d’un parc très fréquenté. L’armée israélienne prétend avoir pris pour cible, avec cet édifice, un « camp d’entraînement ». Elle a « infligé au Hamas le coup le plus dur depuis l’opération “Bordure protectrice” et nous allons augmenter la force de nos attaques si nécessaire », s’est réjoui le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, en référence à l’agression dévastatrice contre la bande de Gaza qui avait tué 2 016 Palestiniens, dont 541 enfants, en 2014. Pour justifier ce nouveau raid contre l’enclave palestinienne assiégée, devenue une prison à ciel ouvert, Tel-Aviv accuse le Hamas d’avoir tiré 200 roquettes et obus de mortier vers Israël. Pour la plupart interceptés par le système antimissiles Dôme de fer, ces projectiles ont fait quatre blessés côté israélien, à Sdérot.

Le Hamas s’était dit prêt à mettre fin au conflit avec le Fatah

Du Caire, où le mouvement islamiste participe depuis vendredi à des pourparlers censés relancer les efforts de « réconciliation » avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), l’un des porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum, a annoncé, samedi soir, la conclusion d’un accord de cessez-le-feu, rendu possible par une médiation égyptienne. Annonce démentie, hier, par Benyamin Netanyahou. « J’ai entendu dire qu’ils disent que nous étions d’accord pour un cessez-le-feu qui permettrait la poursuite du terrorisme incendiaire. Ce n’est pas vrai. Nous ne sommes pas disposés à accepter des attaques contre nous et nous réagirons en conséquence », a-t-il insisté, en accusant les Palestiniens de lancer vers Israël des ballons et des cerfs-volants incendiaires.

Cette nouvelle séquence guerrière ne doit rien au hasard : les autorités israéliennes sont déterminées à entraver par tous les moyens le moindre pas vers l’unité palestinienne. Or, vendredi, au Caire, la délégation du Hamas s’était dite prête à mettre fin au conflit avec le Fatah, à condition que l’Autorité palestinienne lève les sanctions prises il y a un an, comme l’arrêt du versement des salaires de milliers de fonctionnaires. Quant à l’Autorité palestinienne, elle voit dans son retour à Gaza, conditionné à une réconciliation avec le Hamas, un indispensable point d’appui pour résister à l’inquiétant plan Trump enterrant toute réelle perspective de création d’un État palestinien viable. Benyamin Netanyahou, cerné par les scandales de corruption, prépare-t-il un nouvel été meurtrier ? En fait, l’escalade se poursuit depuis des mois, avec, à Gaza, les massacres de participants aux grandes marches pour la levée du blocus et le droit au retour des réfugiés (141 Palestiniens tués et plus de 4 000 blessés depuis le 30 mars). Vendredi, encore, un adolescentde 15 ans, Othman Rami Halles, a été tué par balles et 25 autres manifestants ont été blessés dans les mêmes circonstances.

La tension règne aussi en Cisjordanie, où les forces israéliennes répriment violemment les manifestations contre la destruction programmée du village bédouin de Khan al Ahmar, à l’est de Jérusalem, finalement suspendue jusqu’au 15 août par la Cour suprême à la suite de protestations internationales. Les territoires occupés sont le théâtre d’affrontements quotidiens. Aux jets de pierres des jeunes Palestiniens, les forces d’occupation répondent par une féroce répression. Ces derniers jours, à Jérusalem, à Naplouse, à Ramallah, à Tulkarem, les arrestations se multiplient, elles ciblent, souvent, des mineurs. Depuis le début de l’année, d’après l’agence de presse palestinienne Wafa, plus de 3 500 Palestiniens ont été arrêtés par l’armée israélienne. Parmi eux, plus de 650 enfants. Pour le gouvernement israélien, il s’agit de tuer dans l’œuf la révolte de la jeune génération palestinienne et d’inscrire dans la réalité les volontés américaines de faire disparaître la lutte des Palestiniens pour leurs droits au profit d’une vague solution humanitaire. Traduction : occupation et répression doivent s’intensifier.

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011