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24 juillet 2018 2 24 /07 /juillet /2018 05:23

« Le jour de la disparition de Nelson Mandela, le prisonnier politique palestinien Marwan Barghouti avait adressé une lettre d’hommage à celui qu’il considérait comme “bien plus qu’une inspiration.” Il y écrivait : “ Vous disiez : Nous savons trop bien que notre liberté n’est pas complète car il lui manque la liberté des Palestiniens. Et depuis l’intérieur de ma cellule, je vous dis que notre liberté semble possible parce que vous avez atteint la vôtre. L’apartheid n’a pas survécu en Afrique du Sud et l’apartheid ne survivra pas en Palestine.”Mandela a en effet été une source d’inspiration pour une génération de militants qui, non seulement se reconnaissaient dans le combat pour la liberté qu’il symbolisait, mais aussi dans l’humanité qui le caractérisait et dont il était devenu un repère. La gestion de l’après-apartheid n’a pas été une chose facile tant les frustrations dues à des décennies d’injustice et de domination raciale étaient immenses. Mais Mandela et l’ANC ont su gérer le passage de l’apartheid vers une société libre et démocratique. C’était une mission très importante qui a donné encore plus d’éclat à la victoire contre l’apartheid. Reste que cet apartheid, qui a été vaincu en Afrique du Sud et qu’on pensait définitivement derrière nous, est en train d’être institutionnalisé en Israël. Le gouvernement de Netanyahou veut, avec le projet de loi sur l’“État-nation du peuple juif”, créer de nouvelles localités exclusivement réservées aux juifs, autrement dit interdites aux Palestiniens d’Israël. Ceci s’appelle l’apartheid et mérite d’être combattu. Il y a des similitudes entre la lutte contre la ségrégation raciale en Afrique du Sud et celle pour la solidarité avec le peuple palestinien. Mon engagement en faveur des Palestiniens a tout naturellement puisé ses ressources dans le combat de Mandela. Il nous a appris l’essentiel : pour une cause juste, la résistance et la solidarité peuvent transformer un rapport de forces défavorable en une victoire politique. Ceci a renforcé ma détermination à continuer mon combat avec la certitude que l’apartheid ne survivra pas en Palestine. »

 

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24 juillet 2018 2 24 /07 /juillet /2018 05:22

Avec le Benallagate, le navire LREM connaît sa première grande tempête politique. Alors que l'onde de choc est encore en train de déferler sur l'exécutif, ce scandale nous invite d'ores et déjà à nous interroger sur la place du chef de l'Etat et de la règle de droit dans la société française contemporaine, et sur le rapport que nous entretenons avec la chose policière.

Elle est de retour. La crise de régime larvée qui couve depuis des décennies, celle qui se matérialise par le désamour structurel des Français à l’égard des institutions de l’Etat et par leur désertion du champ électoral, celle que la victoire de Macron et ses promesses de changement avait mise au second plan, est donc revenue au galop.

Ce ne sont pas les « affaires », aussi fréquentes en Macronie (Ferrand, Bayrou, Pénicaud, les comptes de campagne...) que sous Hollande ou Sarkozy, ni les réformes rétrogrades de la fiscalité, du droit du travail ou des institutions qui l’ont provoquée. C’est sur la question de la police que le gouvernement du « renouveau politique » et du « dépassement des clivages partisans » est en train de se casser les dents, en se retrouvant contraint de gérer un scandale dont l’ampleur ne peut manquer d’étonner même les adversaires les plus résolus du régime macronien.

De quoi parle-t-on? Alexandre Benalla, adjoint du chef de cabinet du président en charge de la sécurité, a participé aux opérations de « maintien de l’ordre » du 1er mai dernier en se déguisant en CRS et a frappé sans motif des jeunes manifestants désarmés et inoffensifs en marge de la marche parisienne. A ces faits déjà graves s’ajoute le fait que M. Benalla n’en est pas à son coup d’essai et n’a pas agi de son propre chef. Ainsi, il aurait pris l’habitude de « jouer au flic » au cours d’opérations de police avec l’assentiment des plus hautes autorités de l’Etat: préfet, ministre de l’Intérieur, et président lui-même.

Notons au passage que ce qui s’apparente désormais à un scandale d’Etat n’a pu être révélé que grâce aux images filmées sur le moment par deux jeunes militants de la France Insoumise, Taha Bouhafs et Nicolas Lescaut. Régulièrement brutalisés lors des mouvements sociaux sans que cela ne suscite un quelconque émoi, les militants ont systématisé l’usage des caméras lors des affrontements avec la police. Au vu du résultat aujourd’hui, nous ne pouvons que les en féliciter, car ils ont réalisé ce qui s’apparente aujourd’hui à un acte de salubrité publique.

Comme d’habitude, il y a deux types d’enseignements à retirer de cet épisode: ceux qui sont visibles à l’oeil nu, et ceux qui ne sont pas immédiatement perceptibles mais qui sont en réalité bien plus parlants.

 

Alexandre Benalla, allégorie de la supercherie macronienne

Ce qui saute aux yeux, c’est donc qu’en Macronie, on se fiche de l’Etat de droit comme d’une guigne. Il suffirait donc d’être un proche du chef de l’Etat pour s’improviser baqueux, enfiler un casque de policier, mettre un brassard de police, porter un pistolet (c’était le cas de Vincent Crase, autre « faux flic » de 1er mai démasqué grâce aux vidéos militantes) et jouer les caïds pendant les manifestations. Un peu comme dans ces monarchies de droit divin où le chef d’Etat, officiellement reconnu comme étant au-dessus des lois, transmet son inviolabilité à tous ses proches, le régime présidentiel de la 5e République à la sauce macronienne semble instituer un état des choses où le patron de l’exécutif et ses obligés ne sont plus tenus de se soumettre à la règle de droit. Macron se sent libre de s’entourer de barbouzes payés pour semer la terreur dans les cortèges militants de France. Et non seulement on peut transgresser la loi si l’on procède de la légitimité présidentielle, mais on pourra également compter sur la fidélité d’un appareil d’Etat qui, dans un réflexe défensif caractéristique de celui qui cherche par tous les moyens à défendre les « siens », va dissimuler la réalité et mentir sans scrupule pour empêcher la manifestation de la vérité.

Autre enseignement immédiat de cette affaire: le mépris du pouvoir en place pour la chose publique est total. Ainsi, à côté du démantèlement du service public ferroviaire ou de la destruction de l’hôpital public au nom de la lutte contre les déficits, nous découvrons avec stupeur un autre aspect de la casse de l’Etat : son noyautage furtif par des privés autorisés à faire ce qui est interdit aux agents dépositaires de l’autorité publique, avec pour effet de salir la réputation de l’institution policière et de jeter le discrédit sur les agents du maintien de la paix.

En définitive, cette affaire donne à voir ce que les faiseurs d’opinion avaient tant bien que mal réussi à cacher depuis l’élection présidentielle de mai 2017 : le macronisme est une gigantesque supercherie. En lieu et place du renouveau promis avec grandiloquence, la présidence Macron reconduit tout ce que le capitalo-parlementarisme en général et la 5e République en particulier contiennent de plus détestable : les privilèges, le mépris du citoyen ordinaire, la stigmatisation du prolétaire et la police utilisée comme outil de répression pure et simple des mécontents.

A ce compte-là, il n’y a donc rien de surprenant au fait que les Français rejettent chaque jour un peu plus fort ceux qui prétendent parler en leur nom : plus que jamais, le divorce entre les représentants et les représentés est consommé. Ce gouvernement nous apporte la énième preuve qu’il n’y a aucune raison de lui faire plus confiance que tous ceux qui l’ont précédé, si peu que ce soit. Le délitement de la légitimité et de l’autorité de l’Etat ressemblent décidément à un long fleuve tranquille…

 

Un révélateur du rapport malsain de la société française à la "police"

Ces enseignements sont importants, mais ils ne sont pas les seuls. En réalité, l’affaire Alexandre Benalla est intéressante pour ce qu’elle ne dit pas, ou du moins pas immédiatement. Car ce qui a suscité l’indignation générale et le scandale d’Etat, ce n’est pas le fait qu’en France, en 2018, on moleste des jeunes gens inoffensifs et non armés, ne présentant aucun danger et dont le seul tort aura été de se réunir après la manifestation du 1er mai pour prendre un verre ensemble à plusieurs kilomètres de l’endroit où le cortège s’était dissous. Ce qui a fait fureur, c’est juste que les violences aient été perpétrées par des faux policiers. A l’époque de sa publication, le soir du 1er mai, la vidéo de Taha Bouhafs n’avait en effet suscité aucune réaction particulière en dehors des réseaux militants.

Que l’on en soit arrivé au stade où l’on peut tolérer le déchaînement régulier de la violence policière à l’encontre de personnes n’ayant rien fait de spécial ne peut qu’interpeller. Tout au long des 30 dernières années, l’approfondissement de la logique néolibérale s’est accompagné d’un durcissement sécuritaire tout bonnement effarant, qui a amené le corps social français à prendre le pli de la brutalité policière. Historiquement, celle-ci s’est d’abord focalisée sur les « quartiers sensibles » et les populations issues de l’immigration postcoloniale, au nom de la prétendue lutte contre la délinquance petite et moyenne et contre le « péril islamiste » à partir des années 1990. Ainsi, le principal visage de la police dans les banlieues aujourd’hui, la Brigade Anti Criminalité (BAC) a été créée en 1971 par Pierre Bolotte, un ancien commissaire aux colonies, sur le modèle des techniques de répression contre-insurrectionnelle testées au cours de la guerre d’Algérie contre les « Français de Souche Musulmane » : fichage, surveillance, provocation, humiliation, répression physique systématique.

Comme le décrit brillamment le sociologue Mathieu Rigouste dans ses différents ouvrages, la BAC et les autres brigades de choc instituent un nouveau paradigme policier, radicalement différent du précédent : la police n’a plus pour fonction première de préserver la tranquillité publique, mais de gérer le conflit de basse intensité mené contre l’ennemi intérieur. Quadrillage quasi-militaire des banlieues, présence ostensible sur le terrain, rondes incessantes, contrôles au faciès à longueur de journée, recherche systématique du flagrant délit, insultes, agressions physiques facilitées par la banalisation de l’usage d’armes dites sublétales (flashballs, tasers, lanceurs de balles en caoutchouc) : rien n’est épargné aux « damnés de l’intérieur ». Désormais, il s’agit pour la police de maintenir les populations des banlieues dans la tension permanente, n’importe quel prétexte justifiant ensuite la répression et l’interpellation dans le cadre d’une politique du chiffre ravageuse et directement inspirée des principes néolibéraux du new public management. On ne cherche plus à maintenir la paix, mais à générer un désordre qui restera gérable et justifiera la brutalité.

Les banlieues ont servi de terrain d’expérimentation d'une certaine pratique de la police. L’ennemi intérieur jadis incarné exclusivement par le jeune de banlieue est désormais partout, et les franges supérieures des classes dominées, celles que la gentrification n’a pas encore expulsées des centre-ville, découvrent aujourd’hui avec stupéfaction ce qu’est devenue la police après 35 ans de néolibéralisme : un outil crypto-militaire de mise au pas du corps social, la partie visible du projet de « société de contrôle » décrit par Gilles Deleuze et mis en place avec constance par les classes dirigeantes depuis les années 1980, par-delà les pseudo-alternances.

 

Voir Alexandre Benalla comme un symptôme

Le véritable enjeu de cette affaire, c’est donc celui de notre rapport à la police: quel sens entend-t-on lui donner? Car s’il est tout à fait légitime aujourd’hui de réclamer à cor et à cri la démission du ministre de l’Intérieur et de brocarder le chef de l’Etat, il est également fondamental de ne pas perdre de vue qu’ils ne sont que les symptômes d’un mal bien plus profond. La France est profondément malade de cette police que les gouvernants s’efforcent de transformer en vulgaire milice chargée de réduire au silence les gouvernés les plus récalcitrants à l’acceptation de l’ordre établi néolibéral. Heureusement pour nous, les expérimentations des dirigeants ne sont pas toujours auréolées de succès. L’affaire Alexandre Benalla pourrait bien être un cadeau que nous fait l’Incertitude, cette grande alliée de tous les combattants du progrès. A nous d’en tirer toutes les leçons qui s’imposent.

 

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24 juillet 2018 2 24 /07 /juillet /2018 05:21

Avec le vote de la loi, le contrôle de l’action du gouvernement est constitutionnellement l’autre grande prérogative du Sénat. Celle-ci s’exerce notamment au travers des questions d’actualités (deux jeudis par mois), des questions orales, avec ou sans débat, et des questions écrites. Le 11 Juillet 2018, Pierre-Yves COLLOMBAT s’est adressé au gouvernement sur la question du « partage des richesses ».

 

Monsieur le porte-parole du Gouvernement, « Si l’on veut partager le gâteau », a rappelé hier le Président de la République à un Congrès avide de l’entendre (Rires sur plusieurs travées du groupe Les Républicains), la première condition est qu’il y ait un gâteau. »

M. Roger Karoutchi (Les Républicains). Eh oui !

M. Pierre-Yves Collombat (Groupe CRCE). Si j’en crois le dernier numéro de Challenges, ce gâteau existe. Il augmente même, puisque, ces dix dernières années, la fortune des cinq cents Français les plus riches – 650 milliards d’euros – a doublé, celle des dix plus riches quadruplant !

Monsieur le porte-parole du Gouvernement, à quand un nouveau plan « pauvreté » pour ces malheureux ? (Sourires et applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste. – Plusieurs sénateurs du groupe Les Républicains sourient également. – M. Jean-Pierre Sueur applaudit également.)

M. le président. La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement.

Mme Éliane Assassi (groupe CRCE). Le gâteau !

M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’État auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement. Monsieur le sénateur Pierre-Yves Collombat, la question du partage des richesses n’est pas infondée dans notre pays.

M. Roger Karoutchi (Les Républicains). Oui !

M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’État. Nous en avons deux conceptions très différentes. (Mme Cécile Cukierman s’exclame.) Vous considérez que le gâteau, une fois produit, doit être entièrement mangé, pour que les meilleurs boulangers et pâtissiers du pays aillent ensuite produire des gâteaux à l’extérieur de nos frontières nationales (Exclamations sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste et du groupe socialiste et républicain et sur quelques travées du groupe Les Républicains.)…

Mme Cécile Cukierman (Groupe CRCE). Ce n’est pas la question !

M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’État. … et que nous nous retrouvions affamés. Notre conception, c’est au contraire de faire en sorte que les boulangers, pâtissiers et apprentis de ce pays aient envie d’entreprendre, de cuisiner, de se dépasser (Mme Cécile Cukierman s’exclame) et puissent produire plus de gâteaux dans notre pays, afin que nous puissions les redistribuer. (Applaudissements sur quelques travées du groupe Les Indépendants – République et Territoires.)

M. Emmanuel Capus (LREM). Très bien !

M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’État. Ce travail-là a été engagé par la majorité, par exemple dans le cadre de la suppression des cotisations sur le travail, pour faire en sorte que le travail des boulangers et pâtissiers de ce pays paye mieux.

M. David Assouline (PS). Vous gardez le beurre pour Paris ?

M. Fabien Gay (Groupe CRCE). Et la brioche à Versailles !

M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’État. Vous m’interrogez sur le plan Pauvreté : je n’ai aucun doute que, par souci vis-à-vis de ceux qui travaillent dans ce pays, vous soutiendrez la proposition du Gouvernement qui sera étudiée dans le cadre du projet de loi PACTE de supprimer le forfait social pour les entreprises de moins de 250 salariés pour leur permettre de bénéficier du partage de la richesse. (Mme Cécile Cukierman et M. Fabien Gay s’exclament.)

Là, vous seriez en pleine cohérence avec ce que vous dénoncez habilement. (Mme Cécile Cukierman s’exclame de nouveau.) D’ailleurs, vous avez gardé une minute vingt de temps de parole pour pouvoir réagir à la réponse que je vous donne.

M. Roger Karoutchi (Les Républicains). Ah !

M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’État. Je ne doute pas, monsieur le sénateur, que vous ferez une bonne recette des éléments que je vous ai livrés à l’instant.

Mme Cécile Cukierman (Groupe CRCE). Votre gâteau est indigeste !

M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’État. Trêve de plaisanterie, monsieur le sénateur : la richesse dans ce pays a été inégalement répartie depuis un demi-siècle. Nous travaillons à sa meilleure répartition. Nous y avons consacré un projet de loi qui sera débattu ici même. Il mérite que, loin des caricatures, nous le traitions avec intérêt et avec acuité afin que le maximum des salariés de ce pays puissent bénéficier du fruit de la croissance. (MM. François Patriat, Claude Haut et Jean-Marc Gabouty applaudissent.)

M. François Patriat (LREM). Très bien !

M. Ladislas Poniatowski (Les Républicains). Non ! Ce n’est pas vrai !

M. Roger Karoutchi (Les Républicains). C’est Top Chef ! (Sourires sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. Marc-Philippe Daubresse (Les Républicains).  On vous a parlé du gratin ?

M. le président. La parole est à M. Pierre-Yves Collombat, pour la réplique.

M. Pierre-Yves Collombat (Groupe CRCE). Monsieur le porte-parole du Gouvernement, votre rhétorique ne change rien à l’affaire : la politique que vous menez n’est que la poursuite de celle qui est menée depuis vingt ans dans ce pays. Sa seule modernité, c’est son dogmatisme.

Ses conséquences sociales et politiques sont inscrites dans les résultats électoraux, scrutin après scrutin. Les consultations sont devenues de véritables « émeutes électorales ». Si vous avez des doutes sur leur signification et sur leur issue, je vous invite à regarder ce qui se passe partout en Europe. Les institutions de la Ve République, les mesures à la marge comme celles que vous nous préparez, comme toutes les autres, ne feront que reculer l’heure de vérité. Elles ne la feront pas disparaître. (Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste.)

M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’État. Belle spontanéité !

 

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23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 05:51

La suspension, jusqu'à nouvel ordre, du débat parlementaire sur la révision constitutionnelle, que réclamaient les communistes, est un premier recul de l'Élysée obtenu sous la pression parlementaire.
Maintenant, la vérité doit être établie en urgence sur le scandale Benalla. Les député-es, les sénateurs et les sénatrices communistes s'y emploieront notamment dans le cadre des commissions d'enquête parlementaire.
Le débat constitutionnel ne pourra reprendre sur les bases sur lesquelles il était engagé, en tenant les citoyens à l'écart. Il ne faut plus renforcer mais diminuer le pouvoir personnel du Président de la République. C'est à une véritable République démocratique qu' il faut retravailler, une VIème République citoyenne.


 

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23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 05:49

 

Le masque tombe. Et cette fois-ci, le roi est nu. L’affaire Benalla révèle l’État Macron « tel qu’il est », un appareil qui se pense au-dessus de tout, du Parlement, des syndicats, de la police et des lois. Le butin de délinquant en col blanc d’Alexandre Benalla est si élevé qu’il n’est déjà plus possible d’expliquer la casse par la storytelling individuelle d’un garde du corps abusant de sa position dominante. Tous les agissements de l’homme de confiance d’Emmanuel Macron mettent au contraire en évidence l’arrogance d’un pouvoir qui cadenasse la démocratie, s’infiltre dans les rouages de l’administration, distribue les consignes, protège les siens et travaille à mettre la Constitution en conformité avec une conception toute monarchique des institutions. En se percutant, les deux événements font sens.

Comment imaginer en effet, à partir de révélations qui laissent K.-O. debout la « République exemplaire » du chef de l’État, que la réforme constitutionnelle se poursuive ? Hier, les protestations des députés ont eu raison de l’acharnement des petits soldats de la Macronie à vouloir coûte que coûte continuer l’examen du texte. Les débats ont été suspendus « jusqu’à nouvel ordre ». On peine aujourd’hui à croire qu’il est encore possible d’inscrire dans la Loi fondamentale des principes qui renforcent le pouvoir présidentiel, abaissent ceux des parlementaires et tiennent à distance les citoyens. En plein mois de juillet. Et sans référendum.

« C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser : il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites », écrivait Montesquieu, père de la démocratie représentative, dans l’Esprit des lois. Pour le chef de l’État, subitement devenu mutique, la « limite » a pris la force de l’ouragan avant même que la tempête se lève. En quelques heures, l’affaire Benalla est devenue une crise politique majeure. Qui va devoir livrer sa vérité.

 

 

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23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 05:47

 

Entendu lundi par la commission d’enquête sur l’affaire, le ministre de l’intérieur devra dire ce qu’il sait des missions confiées à Alexandre Benalla par Emmanuel Macron. Selon nos informations, Gérard Collomb a rencontré le conseiller présidentiel le soir même du 1er mai à la préfecture de police de Paris. Officiellement informé dès le 2 mai des violences de la Contrescarpe, il n’a pas averti la justice.

Le ministre de l’intérieur Gérard Collomb est au pied du mur. Il doit prêter serment de dire la vérité, lundi, devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale dans l’affaire Benalla. Dire la vérité ou renvoyer la balle peut-être vers le préfet de police, comme il l’a déjà fait devant le Sénat, jeudi. À défaut de pouvoir renvoyer sur l’Élysée, pourtant au cœur de l’affaire.

Si le ministre de l’intérieur n’a été informé qu’a posteriori des violences commises place de la Contrescarpe par Alexandre Benalla et son compère Vincent Crase, gendarme réserviste et vacataire de l’Élysée, le ministre de l’intérieur était parfaitement informé du rôle dévolu au conseiller d’Emmanuel Macron en matière de sécurité.

Selon nos informations, Gérard Collomb a rencontré Alexandre Benalla, le soir du 1er mai, lors de sa venue dans les locaux de la préfecture, quelques heures à peine après les incidents de la Contrescarpe. Il lui aurait même fait l’accolade. Une fois informé des incidents, il a, comme les supérieurs hiérarchiques de Benalla à l’Élysée, et les fonctionnaires de la préfecture de police, couvert de facto ces faits de violences, en se gardant bien d’en référer à l’autorité judiciaire.

Le chargé de mission d’Emmanuel Macron était officiellement accueilli en tant « qu’observateur » aux opérations de maintien de l’ordre du 1er mai à Paris. Pourtant, il a pris part régulièrement à des réunions de débriefing de la Direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC). On peut supposer que le ministre de l’intérieur était parfaitement informé de sa présence et qu’il l’a tolérée.

Dimanche, une information judiciaire a été ouverte et un juge d’instruction a été désigné, à l’issue des gardes à vue d’Alexandre Benalla, de Vincent Crase, et des trois fonctionnaires de la DOPC mis en cause pour avoir transmis un enregistrement de la vidéosurveillance de la Contrescarpe, après avoir été, pour deux d’entre eux, présents sur les lieux.

Pour l’heure, l’enquête judiciaire vise les faits de violence et d’interpellation abusive – « violences en réunion n’ayant pas entraîné d’incapacité temporaire de travail », « immixtion dans l’exercice d’une fonction publique en accomplissant des actes réservés à l’autorité publique » – mais aussi l’équipement porté par les faux policiers interpellateurs – « port sans droit d’insignes réglementés par l’autorité publique », « port d’arme prohibé de la catégorie B ». Les fonctionnaires de la DOPC se voient reprocher une « violation et recel de violation du secret professionnel » et de « détournement et complicité de détournement d’images issues d’un système de vidéoprotection ». Les cinq suspects ont été mis en examen et placés sous contrôle judiciaire dimanche soir.

La venue de Gérard Collomb à la préfecture, le soir du 1er mai, est connue. Une photo du ministre dans la salle de commandement de la PP, aux côtés du préfet Michel Delpuech et d’Alain Gibelin, le patron de la DOPC, est d’ailleurs postée sur Twitter. Alexandre Benalla n’apparaît pas sur ce cliché, mais il est présent lors cette visite, ainsi que le rapportent plusieurs fonctionnaires.

En voyage officiel en Australie, le président de la République poste ce jour-là sur Twitter un message condamnant « les violences qui ont dévoyé les cortèges du 1er Mai ». Il évoque les violents incidents provoqués par les Black Blocs autour de la gare d’Austerlitz, à Paris, qui ont été suivis sur place par son conseiller, alors équipé, selon les images, d’un brassard « Police ». « Cette année, la manifestation du 1er Mai était un gros test pour Macron, commente un proche du dossier. Il ne voulait sans doute pas de plusieurs heures d’affrontement dans le Quartier latin. Avoir un homme comme Benalla sur le terrain pouvait lui permettre de suivre la situation ainsi que d’intervenir au cas où les CRS seraient trop passifs. »

Mise en évidence par plusieurs images à différents moments de la journée, la présence du conseiller élyséen, escorté par un salarié d’En marche, Vincent Crase, et un commandant de police de la DOPC chargé de la liaison avec l’Élysée, reste à expliquer. La justification livrée au Monde par Patrick Strzoda, le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, selon laquelle Alexandre Benalla souhaitait « voir comment se gérait une grande manifestation, à l’occasion du 1er Mai », ne convainc pas. D’autant que le conseiller semble avoir disposé sur le terrain d’une radio Acropole, lui permettant un contact effectif avec l’état-major de la préfecture, et qu’il était régulièrement invité à participer à ses réunions de maintien de l’ordre.

 

«Un acte inadmissible»

Jeudi, lors d’une courte intervention au Sénat, Gérard Collomb a condamné « sans ambiguïté » l’intervention d’Alexandre Benalla et de Vincent Crase place de la Contrescarpe. « Un acte inadmissible », d’après lui. Les deux hommes « avaient été autorisés par la préfecture de police de Paris, à assister en tant qu’observateurs, et observateurs seulement, au déroulement d’un service de maintien de l’ordre d’une manifestation ».

Or, selon plusieurs fonctionnaires, le ministre a été averti dès le 2 mai de l’action de Benalla place de la Contrescarpe. Vraisemblablement, lors de la réunion d’État-major tenue en début de matinée, au ministère. Aucune suite judiciaire ou administrative n’est alors donnée aux violences exercées par Alexandre Benalla, et aucune sanction n’est prise contre les fonctionnaires de police qui ont accompagné et assisté le conseiller dans cette action, tombant pourtant sous le coup de la loi.

Alexandre Benalla avec Emannuel Macron. © Reuters

Selon une source proche du dossier, le lendemain de la manifestation, Alain Gibelin, le patron de la DOPC, demande au commissaire Maxence Creusat de faire une réquisition pour obtenir toutes les vidéos des manifestations en vue de procéder à un « Retex », retour d’expérience visant à analyser les incidents de la manifestation du 1er Mai dans la capitale. Une démarche classique.

Le commissaire Creusat s’exécute immédiatement. Le jeune fonctionnaire, à peine âgé de 30 ans, mais qui bénéficie déjà d’une solide réputation au sein de la police, était aux premières loges des affrontements de la manifestation. Y compris sur la place Contrescarpe, où il a lui-même participé à l’interpellation du manifestant frappé quelques minutes plus tôt par Alexandre Benalla, le conseiller d’Emmanuel Macron (relire nos enquêtes ici et ).

Les faux policiers de l'Elysée lors de la manifestation du 1er mai. © Document Mediapart

D’après la même source, Gibelin demande également à Creusat de transmettre, en complément du « Retex », les images des violences de la Contrescarpe, dont la hiérarchie policière a rapidement besoin… Ces vidéos ont ensuite été transmises le jour même au ministre de l’intérieur Gérard Collomb, ainsi qu’à Patrick Strzoda, le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, qui en a rendu compte dans la foulée au président de la République.

C’est à la suite de cette alerte que l’Élysée a décidé de suspendre Alexandre Benalla pendant quinze jours, mais sans faire le moindre signalement à la justice. Dans l’espoir que cette affaire ne sortirait pas.

Le contenu de ces vidéos a ensuite été conservé jusqu’au 18 juillet, jour des révélations du Monde, alors que, en dehors de toute procédure judiciaire, la durée de conservation des images de vidéosurveillance est en théorie limitée à un mois. Qui a donné l’ordre de conserver les bandes au-delà du délai autorisé ? Pour quelles raisons ? L’enquête judiciaire et celle de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) devront le déterminer.

Le 18 juillet, au soir de la publication du premier article révélant les violences perpétrées par Alexandre Benalla, la DOPC se remet en branle. Le commissaire Creusat appelle, selon nos informations, le chef d’état-major de permanence, Laurent Simonin, pour le prévenir de la teneur du papier. Quelques instants plus tard, sans qu’il soit encore possible d’en établir la justification précise, Maxence Creusat échange par téléphone avec un membre de la sécurité de l’Élysée, pour organiser la transmission des bandes de la place Contrescarpe. Le fonctionnaire de police s’exécute à nouveau, interprétant cette demande comme un ordre hiérarchique.

Selon le Journal du dimanche, Alexandre Benalla a expliqué aux enquêteurs s’être rendu comme « observateur » à la manifestation, et que « son référent policier », un major de la DOPC assurant la liaison avec l’Élysée, lui aurait « fourni casque, brassard et radio ». Le chargé de mission d’Emmanuel Macron se serait par ailleurs retranché derrière l’article 73 du code de procédure pénale pour justifier d’avoir « prêté main-forte aux forces de l’ordre » face à un flagrant délit. Pendant plus de deux mois, le ministre de l’intérieur semble avoir épousé cette version.

Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr.

 

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23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 05:44

SPOLIATION !

L'information est semble-t-il passée complètement sous les radars la semaine dernière. La dépêche de l'AFP annonçant que « l'État pourrait récupérer jusqu'à 24 milliards EUR d'excédents de la Sécu en 2022 » n'a été republiée que sur un site et sans aucun commentaire ni aucune mise en perspective.

Pourtant, il y aurait beaucoup à dire car voici qu'après nous avoir asséné durant des années le fameux « trou de la Sécu » pour justifier toutes les mesures de déremboursements, les reculs de la protection sociale et notamment la branche retraite on nous annonce désormais, selon une autre dépêche de l'AFP du 5 juin dernier, une « Sécu "quasiment à l'équilibre" avant les grandes réformes ». « Presque sortie du rouge et à moitié dans le vert, la Sécu reprend des couleurs. Après un déficit de 5,1 milliards d'euros en 2017, son solde sera "en nette amélioration" à moins de 300 millions en 2018, selon le dernier rapport de la Commission des Comptes de la Sécurité sociale ».

Au lendemain de cette annonce, une autre dépêche venait doucher les éventuelles espoirs ou revendications d'une amélioration de la couverture sociale grâce à ce retour à « bonne fortune » : l'AFP titrait alors : « le gouvernement a nié mercredi l'existence d'une "cagnotte" liée à la forte réduction du déficit de la Sécurité sociale, qui devrait dégager des excédents à partir de 2019, excluant de "redistribuer" l'argent économisé sur le champ de la "Sécu" ».

Chemin faisant, nous en arrivons à cette dernière dépêche du 27 juin lorsque sort le rapport de la Cour des Comptes qui annonce que « les excédents dégagés par les administrations de Sécurité Sociale seront "plafonnés" à partir de 2019, le surplus devant servir à réduire le déficit de l'État pour un montant qui pourrait atteindre 24 milliards d'euros en 2022, selon la Cour des Comptes ».

Tiens donc ? On nous annonce ainsi un véritable hold-up sur nos cotisations à la Sécurité Sociale. On nous estime même le montant du préjudice... Et puis fermez le ban... Rappelons au passage que ce forfait à venir a été inscrit dans la loi de programmation des finances publiques (LPFP), adoptée en décembre avec le budget 2018 qui a prévu que ces excédents servent « à la réduction du déficit de l'État ». En clair, Macron va faire payer les milliards de cadeaux aux plus riches, les primes aux premiers de cordée, l'abandon de l'ISF en piquant l'argent de la protection sociale.

C'est un « pognon de dingue » sur lequel va faire main basse le gouvernement. Le pire de ce hold-up auquel il fallait s'attendre depuis que Bercy et Matignon ont la haute main sur la Sécu, est que le retour à l'équilibre s'explique par l’augmentation globale de la masse salariale (qui accroît automatiquement les rentrées de cotisations sociales). Mais aussi et peut-être surtout par les économies drastiques au détriment de l’accès aux soins et de leur qualité. « Peut-on se satisfaire d’un résultat comptable alors que l’actualité fait état de dysfonctionnements majeurs liés au manque de moyens ? » a interrogé la CGT lors de la publication des comptes de la Sécu début juin.

Qu'on se réjouisse de ces excédents mais que l'on s'offusque des déficits des hôpitaux publics a quelque chose d'indécent. Que l'on renonce à satisfaire des besoins de protection sociale nouveaux ou non couverts, pour ristourner cet argent aux entreprises et aux plus fortunés relève d'une spoliation.

Et l'on voit bien de quel ruissellement on nous rebat les oreilles.

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

Source : Blog de l’Ugict-CGT (Blogs Mediapart)

 

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23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 05:40

Le débat sur la réforme de la constitution est en débat à l'Assemblée nationale. 

face au scandale Benalla, cette discussion parlementaire a été suspendu.

L'article de l'Humanité figurant ci-dessous garde néanmoins toute sa validité.

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L’Assemblée nationale examine en ce moment le premier texte d’une réforme qui vise à soumettre définitivement le Parlement aux desiderata de l’exécutif. Face à ce projet, qui menace aussi la Sécurité sociale, les parlementaires PCF réclament un référendum.

Depuis la victoire des Bleus en finale de la Coupe du monde, des montages montrant un Emmanuel Macron qui exulte dans les gradins à l’idée de pouvoir dorénavant faire passer n’importe quelle réforme tournent en boucle sur les réseaux sociaux. Tout y passe : retraites à 75 ans, explosion de la TVA, suppression de la Sécurité sociale… Ce qui pourrait ici ressembler à une bonne blague sur l’opportunisme et le cynisme du président de la République n’en est pourtant pas une : depuis le 10 juillet, l’Assemblée nationale examine en séance publique un projet de réforme des institutions. En catimini, en plein été, souvent au cœur de la nuit, la Macronie se livre à une réécriture de la Constitution. Elle ne fait absolument rien – bien au contraire – pour provoquer et nourrir le grand débat public et citoyen nécessaire et indispensable, en démocratie, lorsqu’il s’agit de toucher à la loi fondamentale d’un pays. C’est pourquoi les parlementaires communistes, députés et sénateurs, ont fait le serment, le 9 juillet à Versailles, devant la salle du Jeu de paume, de tout faire pour obtenir un référendum (voir ci-contre). « Nous pétitionnerons dans tout le pays jusqu’à obtenir satisfaction », a prévenu Pierre Laurent, secrétaire national du PCF. Car le projet de réforme en cours entend s’attaquer frontalement au cœur même du fonctionnement démocratique de la République, à la séparation des pouvoirs, et même à la Sécurité sociale, comme l’ont démontré les débats au Parlement.

Une diminution de 30% du nombre de parlementaires

Certes, tout le monde s’est entendu, ou presque, pour supprimer le mot « race » de la Constitution, comme le proposaient les communistes depuis des années, et pour y assurer l’égalité de tous « sans distinction de sexe ». L’action pour « la préservation de l’environnement » a également été consacrée. Mais le torchon a très vite brûlé lorsque plusieurs groupes d’opposition ont souhaité fixer le nombre actuel de parlementaires dans la loi fondamentale, afin d’empêcher le gouvernement d’amputer demain les effectifs de la représentation nationale. L’exécutif considère en effet que la démocratie sera plus « représentative, responsable et efficace » avec beaucoup moins de députés et de sénateurs. Il souhaite faire adopter trois textes pour 2019 : un constitutionnel, un organique et un ordinaire, qui, additionnés, composeront une réforme globale des institutions. Et l’une des mesures phares prévoit justement une diminution de 30 % du nombre de parlementaires, soit la plus drastique depuis Napoléon III, qui ferait de la France le pays comptant le moins de parlementaires par habitants en Europe. Une autre propose de restreindre fondamentalement le droit d’amendement. Soit en ne l’autorisant qu’en commission, soit en augmentant la possibilité de les considérer comme « hors sujet », réduisant de fait considérablement le rôle législatif des parlementaires. Raccourcir le temps d’examen des projets de loi au Parlement, inclure une dose homéopathique de proportionnelle aux législatives, redessiner à la hache les circonscriptions, transformer le Conseil économique, social et environnemental (Cese) en « chambre de la société civile », en plus de l’amputer d’un tiers de ses membres, sont aussi, entre autres, au menu.

Face à un tel programme, la majorité des députés LR a dénoncé « la domestication, la décomposition et la démolition de l’Assemblée nationale », dans une tribune publiée par le Journal du dimanche. Valérie Rabault, présidente du groupe Nouvelle Gauche (PS), y voit aussi une « réduction du pouvoir parlementaire » impossible à cautionner. André Chassaigne, chef de file des députés PCF, a tancé lors du Congrès de Versailles un régime « brutalisant la démocratie », dont l’objectif est de constitutionnaliser une « dérive oligarchique » afin de mettre en place une « technocrature ». Le coprésident du groupe UDI-Agir, Jean-Christophe Lagarde, a, lui, annoncé qu’il ne votera qu’en fonction de la globalité des trois textes, à condition que le Parlement en sorte renforcé. « La présidentialisation, ça veut dire un vrai Parlement. Sinon, c’est une monarchisation », a-t-il prévenu.

« Une atteinte gravissime, à la séparation des pouvoirs »

Fait inédit, Emmanuel Macron lui-même, en plein Congrès, le 9 juillet, a annoncé un amendement présidentiel visant la réforme de la Constitution, afin qu’il puisse écouter les réponses des parlementaires avant d’avoir le dernier mot à Versailles. « Une atteinte sans précédent, gravissime, à la séparation des pouvoirs », s’indigne le député PCF Sébastien Jumel. Au motif que le premier ministre est normalement seul responsable devant le Parlement, de nombreux groupes parlementaires ont dans la foulée accusé Macron de vouloir devenir « président-premier ministre ». Non seulement parce que le président n’a pas à amender les lois, mais aussi parce qu’il n’a pas à débattre avec le Parlement. Macron pensait ici répondre à ses détracteurs. À l’instar des députés FI, qui ont boycotté le Congrès, refusant d’assister à un discours du trône unilatéral. Mais le président s’est au final enfoncé davantage, selon Jean-Luc Mélenchon. « S’il écoute et répond, c’est un discours de politique générale. Cela le met à un doigt d’un vote de confiance », c’est-à-dire d’une possible censure par le Parlement, a ironisé l’insoumis.

L’hôte de l’Élysée maîtrise en tout cas ses troupes à l’Assemblée, totalement caporalisées et allongées devant ses desiderata, ce qui est en soi déjà un grave problème démocratique. La preuve, c’est que Richard Ferrand, président du groupe LaREM et rapporteur général du texte constitutionnel, s’était, plusieurs jours avant le Congrès, opposé à ce que le président de la République puisse écouter et répondre lors d’un Congrès. Lors des débats en commission des Lois, il estimait que cela revenait à remettre « en jeu la position de non-responsabilité devant le Parlement ». Mais ça, c’était avant que le monarque ne dise l’inverse. Depuis, Ferrand soutient l’idée d’un débat au Congrès, et a fort opportunément appuyé un amendement allant en ce sens en séance publique. Les députés LaREM n’ont même pas eu à le rédiger, puisque c’est Jean-Christophe Lagarde qui l’a déposé. Le député UDI s’est d’ailleurs défendu d’être « le poisson-pilote » de Macron sur cette question, argumentant qu’il est favorable à un débat au Congrès depuis 2008, et qu’il avait rédigé cet amendement avant la parole du roi…

Des tractations de couloirs entre le gouvernement et le Sénat

Reste que des questions fondamentales d’équilibre et de concentration des pouvoirs sont actuellement débattues dans le plus grand silence de juillet. « Nous allons tout droit vers un système présidentialiste à l’américaine, mais avec un Parlement français beaucoup moins fort que le Congrès américain. Nous allons cumuler tous les défauts de ces deux systèmes », s’alarme le député FI Éric Coquerel. Le tout grâce à des tractations de couloirs entre le gouvernement et le Sénat, dont le président, Gérard Larcher (LR), a obtenu qu’il y ait demain au moins un sénateur et un député par département. En matière de représentativité des territoires, de lien avec les citoyens et de garantie de pluralisme, on a sans doute vu mieux…

Quant aux électeurs, il n’est absolument pas prévu qu’ils soient consultés. Certes, il serait pour le moins surprenant de voir la majorité LaREM lancer un processus constituant. « Nous n’avons pas été élus pour ça », rappelait en novembre le président de l’Assemblée nationale, François de Rugy. Mais examiner au milieu de la nuit des amendements rédigés le plus discrètement possible est plus que problématique, surtout quand ils concernent, par exemple, la Sécurité sociale, qui touche de très près la vie de tous les jours des Français. Après avoir écrit une proposition de suppression de quasiment toutes les mentions de la Sécurité sociale dans la Constitution, le député LaREM Olivier Véran a reformulé un amendement qui vise toujours à transformer fondamentalement ce pilier de notre modèle social, sans prévenir, et « sans mener les débats nécessaires dans la société », regrette le communiste Pierre Dharréville. Voilà pourquoi les parlementaires PCF lancent une pétition pour un référendum. « On ne peut pas imaginer de changer notre Constitution sans organiser un référendum (…). Nous exigeons donc que les Français et les Français, toutes celles et ceux qui vivent et travaillent dans notre pays, soient consultés », insiste Pierre Laurent.

Aurélien Soucheyre

 

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23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 05:38

Avant d’être débattu et voté en séance publique, chaque projet ou proposition de loi est examiné par l’une des sept commissions permanentes du Sénat : lois, finances, affaires économiques, affaires étrangères et Défense, affaires culturelles, affaires sociales, aménagement du territoire et du développement durable. Classées par commissions, retrouvez ici les interventions générales et les explications de vote des sénateurs CRC.

 

Orientation des finances publiques et règlement du budget 2017 – Pascal SALVODELLI

 

Monsieur le président, monsieur le ministre, monsieur le président de la commission, messieurs les rapporteurs généraux, mes chers collègues, le budget et les comptes, ce sont des chiffres. (Exclamations.)

M. Albéric de Montgolfier, rapporteur général de la commission des finances. C’est bien vrai !

M. Philippe Dallier (LR). Nous sommes d’accord !

M. Pascal Savoldelli (CRCE). En voici un : 20,32.

M. Albéric de Montgolfier, rapporteur général de la commission des finances. Qui dit mieux ? (Sourires.)

M. Pascal Savoldelli (CRCE). Ce chiffre n’est pas celui du déficit de la sécurité sociale, ni celui du déficit de l’État. Il s’agit seulement de la moyenne obtenue, lors des épreuves du baccalauréat, par une jeune fille de dix-huit ans, scolarisée en Polynésie, et qui, par la grâce de Parcoursup, se retrouve aujourd’hui sur liste d’attente dans un lycée métropolitain pour intégrer une classe préparatoire de mathématiques, faute de proposition en concordance avec ses attentes. (Protestations sur les travées du groupe La République En Marche.)

M. Julien Bargeton (LREM). C’est démagogique !

M. Gérald Darmanin, ministre. Et c’est totalement faux !

M. Julien Bargeton (LREM). Fake news !

M. Pascal Savoldelli (CRCE). Tout cela résume la politique menée depuis un an par votre gouvernement.

M. Gérald Darmanin, ministre. N’importe quoi !

M. Julien Bargeton (LREM). Quel rapport avec le débat ?

M. Pascal Savoldelli (CRCE). Monsieur le ministre, chers collègues, vous empiétez sur mon temps de parole ! Si vous ne me laissez pas parler, j’aiguiserai le propos... (Exclamations.)

M. Julien Bargeton (LREM). Vous aiguiserez le couteau ? (Sourires.)

M. Gérald Darmanin, ministre. Le couteau entre les dents !

M. Philippe Dallier (LR). Comme au bon vieux temps !

M. le président. Un peu de calme, mes chers collègues. Veuillez poursuivre, monsieur Savoldelli.

M. Pascal Savoldelli (CRCE). Ce projet de loi inamendable, nous en convenons tous, traduit le bilan d’une année de transition entre une majorité libérale qui s’est éloignée du social et une majorité qui organise le coup d’État de la finance contre le social et contre la démocratie. Il nous faut bien en dresser le bilan.

Coup de tabac sur le prix de l’essence et du gaz, désencadrement des loyers, explosion de la précarité au travail avec le développement des plateformes et les effets conjugués des lois El Khomri et des ordonnances Pénicaud. Ainsi, 29 % des contrats de travail signés depuis le début de l’année sont des contrats d’un jour, monsieur le ministre – un seul jour !

Pour faire bonne mesure, les prix recommencent à augmenter, pendant que l’on gèle le point d’indice, que l’on bride la progression du SMIC, que l’on maintient la rémunération du livret A sous l’évolution de l’indice des prix, que l’on compresse la dépense publique, que l’on diminue les APL et que l’on ponctionne les retraités avec la CSG !

M. Julien Bargeton (LREM). Mais quel est le rapport ?

M. Pascal Savoldelli (CRCE). N’allons pas chercher ailleurs les motifs de l’insatisfaction relative de l’opinion publique devant la politique menée…

Si l’on considère le rapport de la Cour des comptes ou que l’on se souvient des déclarations du gouverneur de la Banque de France, on comprend vite qu’il ne suffira pas d’habiller ce capitalisme de vertus populaires pour qu’il porte enfin les remèdes opératoires nécessaires à sortir la France de l’ornière de la crise.

On nous dit que les déficits ne baisseraient pas assez vite, mais est-il seulement venu à l’idée des brillants experts en politique économique et budgétaire que ce sont précisément les recettes qu’ils appliquent qui repoussent sans cesse le moment où nous retrouverons l’équilibre ?

Vous avez voulu alléger les cotisations sociales sur les bas salaires ? Fort bien, l’objectif est atteint ! Nous dépensons plus ou moins 30 milliards d’euros par an à entretenir ce que j’appelle le « tiers secteur » de la population active, ces millions de salariés à temps partiel, journaliers et autres, qui seront bientôt dépossédés de droits syndicaux, de droit à la formation et à la promotion sociale. Et nous avons dépensé, depuis 2012, quelque 60 milliards d’euros de CICE pour restaurer les marges des entreprises – objectif atteint, je vous rassure –, mais sans relance de l’investissement ni création massive d’emplois, sinon d’emplois précaires.

Il est temps de dire « stop », d’autant que la Banque de France nous indique que la dette privée, notamment celle des ménages, s’accroît, et ce malgré la faiblesse des taux d’intérêt : 140 % du PIB, monsieur le ministre, ce qui est très inquiétant.

Qu’avons-nous à faire de l’équilibre des comptes sociaux si celui-ci se fait sur les déserts médicaux, sur l’encombrement aux urgences, sur la mise en question des prestations familiales ou sur le gel des retraites et sur la hausse des prix ? Quand cessera ce procès instruit à l’encontre de la sécurité sociale, accusée d’être une charge pour la société, alors qu’elle constitue, au contraire, l’un des atouts du redressement économique et social du pays ?

Il est temps de mettre de côté le traité budgétaire et la loi de programmation des finances publiques ; il est temps de stopper cette confusion que l’on entend régulièrement, y compris ici, entre économie et financiarisation ; il est urgent de remettre au cœur du débat la question de la croissance et de son contenu, question très bien illustrée dans le document. Selon nous, la croissance n’a pas de sens lorsque sa visée se réduit à gonfler les actifs du CAC 40 ; elle a en revanche du sens quand elle fait de l’emploi sa priorité.

Non pas l’emploi déqualifié, maintenu sous perfusion par injection d’argent public à fonds perdu depuis trente ans, au grand bonheur des détenteurs de dette publique et de chefs d’entreprise à courte vue, non, l’emploi qualifié, reconnu par une véritable qualification et un salaire à la hauteur des besoins du temps !

Nous avons, mes chers collègues, 6 millions de salariés dans le halo du chômage et de la précarité, ayant une vie en pointillé, faite de difficultés quotidiennes, et nous avons entre 800 000 et 900 000 jeunes partis pour l’étranger pour travailler, faute de trouver en France l’emploi qu’ils méritent au regard de leur formation initiale.

Ce sont l’absence totale d’audace d’une partie du patronat, l’innovation réduite au minimum et la recherche chiche qui sont à la base de cette situation, dont l’économie française souffre. Ajoutez à cela un secteur bancaire qui, bien que solide du point de vue systémique, continue, depuis sa privatisation, à rechercher les investissements à retour rapide, et nous avons les vecteurs de la crise en cours et des catastrophes à venir.

Il est temps que la puissance publique prenne la main dans cette affaire, ne serait-ce que pour donner une impulsion à l’activité. Les taux d’intérêt demeurent faibles ; mais qu’attend la France pour négocier, au plus haut niveau européen, les enveloppes financières nécessaires à la mise en œuvre de projets fondamentaux pour l’aménagement du territoire de notre pays comme de celui de l’Europe de demain ?

Qu’attend la France pour relancer l’investissement ? Nous avons examiné les comptes de 2017. Êtes-vous fiers du résultat ? Le niveau de notre pays est exceptionnellement médiocre ; monsieur le ministre, si vos chiffres sont sincères. On parle de 3 % du PIB ! C’est ça un haut niveau d’investissement ?

M. Gérald Darmanin, ministre. En 2017, je n’étais pas là…

M. le président. Veuillez conclure, mon cher collègue.

M. Pascal Savoldelli (CRCE). Pour ce qui concerne l’investissement mis à mal des collectivités, la mise en cause de leurs ressources et de leur autofinancement, je vous fais une suggestion, monsieur le ministre : prenez l’engagement clair et définitif, au nom du Gouvernement, de consentir un dégrèvement total au titre de la suppression de la taxe d’habitation. Ce serait un message de confiance envoyé par le Gouvernement à l’ensemble des collectivités territoriales.

Nous avons mieux à faire avec l’encours du livret A que de le mobiliser sur les marchés financiers à financer des start-up ou autres shut-up à durée de vie limitée à trois ans, avant cession ou fusion.

Je termine en répétant qu’il faut apporter une réponse aux besoins collectifs. Je vous le dis, nous trouverons des terrains d’accord à partir du moment où nous déciderons de remettre du droit commun partout dans la société.

 

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22 juillet 2018 7 22 /07 /juillet /2018 08:04

 

Non « l’affaire d’Alexandre Benalla » ne résume pas à une coupable « amitié romantique » entre un Président de la République imprudent et un jeune homme ambitieux un peu trop pressé, qui aurait pété un plomb.

Oui, il s’agit d’une affaire politique qui dépasse le destin personnel d’Alexandre Benalla. Rappelons d’abord le contexte du 1er mai : un mouvement social hétérogène et multiforme allant de la SNCF aux hydrauliciens en passant par les étudiants, qui se cherchait et dont les manifs du 1er mai pouvaient constituer une 1ère étape vers sa convergence vers une contestation générale de la politique d’Emmanuel Macron. Dans ce contexte le pouvoir a procédé dans les jours précédents à l’évacuation manu militari d’un certain nombre d’universités occupées, dont la fac de Tolbiac. 

À Paris, la manif du 1er mai fait l’objet de provocations majeures : le cortège syndical et politique est bloqué, coupé en deux puis copieusement gazé (je peux en témoigner comme nombre de mes camarades), alors que dans le même temps pendant plusieurs dizaines de minutes des centaines de casseurs très organisés se livrent tranquillement au saccage du boulevard de l’Hospital, sans intervention faute d’ordres des forces de police. Des clients d’un fast food incendié sont même mis en situation critique sans que les forces de l’ordre reçoivent l’ordre d’intervenir.

Pendant ces événements qui ressemblent fort à une provocation destinée à casser le mouvement social, Alexandre Benalla est vu et filmé avec un talkie-walkie au milieu du dispositif de police. Or ce type d’engin ne sert qu’à deux choses : donner des ordres et en recevoir. Questions quels ordres a reçu Alexandre Benalla et quels ordres a-t-il donné et à qui ?

Arrive l’affaire de la place de Contrescarpe : un rendez-vous apéro après la manif de militants libertaires et autres y était donné y compris via des sites Internet publics. Là aussi l’intervention de Benalla ne ressemble pas à un pétage de plomb, mais plutôt à une provocation réfléchie puisque l’individu n’intervient pas seul, mais de concert avec son collègue Vincent Crase, membre du SO de LREM, qui est armé d’un pistolet automatique à la ceinture. Dans la soirée d’autres provocations se produisent dans le quartier latin autour du lycée Henri IV et du Mdo du Luxembourg où de mystérieux groupes d’extrême droite attaquent et blessent des étudiants à coup de club de golf. Enfin dans la nuit un groupe de « policiers » (ou peut être de pseudo policiers avec Vincent Crase et Alexandre Benalla ?) tente au mépris de la loi de pénétrer dans les locaux occupés des EHESS, un chercheur sortant des locaux est passé à tabac.
L’affaire Alexandre Benalla n’est peut-être que la face visible d’une provocation d’État orchestrée contre le mouvement social et exécutée par des nervis dépendant directement de l’Élysée ? Espérons que les différentes enquêtes parlementaires et la presse permettront de faire toute la clarté sur ces événements très graves pour l’avenir de notre démocratie

 

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