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31 juillet 2018 2 31 /07 /juillet /2018 06:02

 

Ce dimanche, la marine israélienne a commis l’acte de piraterie dont elle est coutumière depuis maintenant 10 ans : une intervention en eaux internationales pour intercepter la Flottille de la Liberté et s’en prendre à son équipage. L’Awda, le navire amiral de la flottille partie cette année de Suède et de Norvège, a été intercepté par la marine israélienne, et détourné vers le port israélien d’Ashdod. Son équipage et ses passagers ont été arrêtés et sont actuellement détenus en Israël.

L’Awda apportait une cargaison de médicaments dont la Bande de Gaza manque cruellement, et devait elle-même être remise en cadeau aux pêcheurs palestiniens de Gaza. Rien, absolument rien, qui puisse porter atteinte à la « sécurité d’Israël » au nom de laquelle tant de crimes sont commis. Mais ses 22 passagers et membres d’équipage, de 16 nationalités différentes dont la militante française Sarah Katz, apportaient un message bien plus dangereux pour la politique israélienne : la solidarité et l’espoir. Un espoir qu’Israël cherche méticuleusement à tuer, jour après jour, en continuant à réprimer dans le sang les Marches du retour, et en étranglant chaque jour un peu plus la Bande de Gaza.

Avec la fermeture, puis la réouverture limitée et sporadique du dernier point de passage pour les marchandises, la situation à Gaza, dans la chaleur étouffante de l’été, empire jour après jour. Et après les réductions des salaires payés aux fonctionnaires de Gaza, décrétées par l’Autorité palestinienne, ce sont maintenant les salariés et les services d’éducation et de santé de l’UNRWA, l’agence de l’ONU en charge des services aux camps de réfugiés, qui sont menacés par la coupure unilatérale de la part de financement des Etats-Unis. Gaza est devenue, au fil des années, un laboratoire ignoble : celui des techniques pour tuer une société et lui faire perdre tout espoir en l’avenir.

Celles et ceux qui connaissent la population palestinienne de Gaza, sa créativité, son engagement, sa profonde humanité, ne sont pas surpris par sa résistance à ce blocus inhumain. Mais rien ne sera possible sans une intervention concertée des Etats.

Nous demandons constamment et avec insistance au gouvernement français et au président de la République d’agir pour que cesse le scandale que constitue ce blocus. Et pour commencer, d’agir pour que le gouvernement israélien laisse passer la Flottille. Nous n’avons eu aucune réponse, pas plus que nous n’avons eu d’explication à l’inexcusable attitude de la police fluviale de la préfecture de police, qui a empêché par la force deux petits bateaux de la flottille d’accoster à Paris.

La Flottille doit passer, l’Awda doit être restituée pour pouvoir aller à Gaza, et son équipage et ses passagers libérés. Et la « Freedom », le voilier qui va la suivre dans quelques heures, ne doit pas faire l’objet d’un acte de piraterie similaire. Nous demandons au gouvernement français d’agir dans ce sens, de toute urgence et publiquement, en prélude à une indispensable intervention, ferme et assortie de sanctions, pour la levée du blocus de Gaza.

Nous renouvelons toute nos félicitations et notre solidarité aux équipages et passager.e.s courageux de la Flottille. Nous adressons toute notre solidarité à nos amis palestiniens de Gaza, et notamment aux animateurs des Marches du Retour, qui ont aussi publié un communiqué de solidarité avec la Flottille, et à toutes les femmes et les hommes de Gaza qui continuent à se battre pour la vie et pour l’espoir. Nous sommes et resterons mobilisés à leurs côtés.

 

Le Bureau national de l’AFPS
30 juillet 2018

 

 

 

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31 juillet 2018 2 31 /07 /juillet /2018 06:00

 

L’adolescente palestinienne, qui avait été filmée  en train de frapper des soldats israéliens en Cisjordanie en décembre 2017, a été libérée après avoir été condamnée à huit mois de prison.

Elle a fêté ses 17 ans en prison, mais elle est désormais libre. Au terme d'une peine de huit mois de prison en Israël, Ahed Tamimi a été libérée dimanche 29 juillet. Elle a pu rejoindre la Cisjordanie accompagnée de sa mère, également incarcérée après la diffusion d'une vidéo, devenue virale, où l'on voit Ahed Tamimi gifler deux soldats israéliens à Nabi Saleh, un village du territoire palestinien occupé par Israël depuis plus de 50 ans.

 

Nous republions ci-dessous notre article publié le 22 mars, au lendemain du procès de l'adolescente alors âgée de 16 ans.

 

__________________________________________________________________

 

 

Jérusalem,  de  notre  correspondante.  -   L’affaire très médiatisée d’Ahed Tamimi promettait un procès fleuve. Mais coup de théâtre, ce mercredi 21 mars, le tribunal militaire israélien d’Ofer, en  Cisjordanie, a approuvé un accord conclu entre le procureur et la famille de la jeune Palestinienne. L’adolescente de 17 ans écopera finalement de huit mois de prison, dont trois déjà effectués, et d’une amende de 5 000 shekels, soit un peu moins de 1 200 euros.

Une sentence jugée « indulgente ». Certains commentateurs avaient prédit à la jeune femme jusqu’à sept ans d'enfermement. En échange,     Ahed Tamimi a accepté de plaider coupable pour quatre chefs d’accusation pour agression contre des soldats israéliens. Les faits concernent la vidéo devenue virale dans laquelle on la voit bousculer puis frapper deux militaires dans son village de Nabi Saleh en Cisjordanie le 15 décembre dernier, ainsi que trois autres incidents antérieurs du même acabit.

La mère d’Ahed Tamimi et sa cousine, qui ont respectivement filmé et participé à la fameuse vidéo, ont également conclu un accord avec le procureur militaire. La première écope également de huit mois de prison pour incitation à la violence sur les réseaux sociaux, et la seconde de 16 jours de prison, un temps d’incarcération qu’elle a déjà effectué.

À l’origine, la justice militaire israélienne avait retenu douze chefs d’accusation contre Ahed Tamimi. Huit charges, incluant jets de pierre ou encore incitation à la violence, ont donc été abandonnées par le tribunal. Selon l’avocate de la jeune Palestinienne, Gaby Lasky, ce retournement montre qu’Ahed Tamimi, arrêtée chez elle le 19 décembre 2017, n’aurait jamais dû être maintenue en détention dans l’attente de son   procès.

«  Le  fait  que  l'accord  de  plaider-coupable prévoit l'abandon de tous les chefs d'accusation qui ont permis de la détenir jusqu'à la fin de la procédure judiciaire est la preuve que l'arrestation de Tamimi au milieu de la nuit et les poursuites judiciaires contre elle étaient des mesures conçues pour régler des comptes », a-t- elle déclaré mercredi devant le tribunal d’Ofer.

Alors que la vidéo d’Ahed Tamimi, érigée en icône de la résistance palestinienne, a fait le tour  du monde, la droite israélienne  était  en  effet  accusée de vouloir conjurer l’humiliation infligée aux deux soldats, et par extension à l’armée de l’État hébreu, en  multipliant  les  charges  contre  la  jeune  femme.

Après son arrestation, le ministre de la  défense et chef du parti ultranationaliste « Israël notre maison », Avigdor Liberman, avait notamment qualifié la jeune Palestinienne de « terroriste ».

Mais depuis plusieurs mois, l’ampleur prise par l’affaire avait semblé produire l’effet inverse, galvanisant les critiques à l’égard d’Israël, particulièrement concernant l’incarcération des mineurs palestiniens par l’armée. Plusieurs membres de la communauté internationale et d'organisations de défense des droits de l’homme réclamaient la remise en liberté immédiate de la Palestinienne.

Selon une source citée par le journal Haaretz, l’armée israélienne aurait donc finalement « intensivement encouragé » à une peine allégée pour mettre un terme à cette affaire qui « portait atteinte à [sa] réputation dans les médias et au niveau international ». « Cette source ne  sait absolument pas de quoi elle parle », objecte le lieutenant-colonel réserviste Maurice Hirsch, ancien procureur en chef militaire de Cisjordanie et membre de l'association pro-israélienne NGO Monitor. « Un accord de plaider-coupable repose sur la décision de la défense. Je ne crois pas que l’armée ait approché Gaby Lasky et lui ait suggéré d’accepter une sentence plus légère pour sa cliente. Ce n’est pas comme cela que ça marche. »

De fait, lors d’une première audience le 13 février dernier, l’avocate d’Ahed Tamimi avait annoncé vouloir faire du procès de la jeune Palestinienne celui de l’occupation israélienne. À ses yeux, sa cliente, en tant que résistante contre l’occupation israélienne, n’avait rien à se reprocher et le tribunal militaire d’Ofer n’était pas légitime pour la juger. Il n’était donc pas évident qu’Ahed Tamimi accepte finalement de plaider coupable.

Interrogée par la radio militaire israélienne jeudi, Gaby Lasky a cependant argué  que  le  refus  du  tribunal de rendre le procès de la jeune Palestinienne public n’avait pas laissé d’autre choix à la défense. « Nous avons compris qu'il n'y avait aucune chance qu'Ahed puisse bénéficier d'un procès équitable. À cause  de la façon dont le procès a été géré par le système judiciaire, nous avons pensé que c'était la meilleure façon d'avancer », a-t-elle expliqué.

L’avocate  d’Ahed  Tamimi  a  également dénoncé les  pressions  qui  ont  entouré  ce  qu’elle  appelle le « procès-spectacle » de sa cliente. Pour dédouaner Ahed Tamimi, sa famille avait invoqué l’ambiance particulièrement électrique qui régnait dans son village le jour des faits. Quelques heures avant l’enregistrement de la vidéo, au cours d’affrontements avec l’armée israélienne, le cousin de la jeune Palestinienne avait été gravement blessé à la tête par une balle en caoutchouc.

Fin février, un haut représentant militaire du COGAT, l’organisme israélien chargé de l'application de la politique d'Israël dans les territoires palestiniens, avait contesté cette version des faits dans un post Facebook, affirmant que le jeune garçon s’était simplement blessé en tombant de son vélo. Une réécriture de l’histoire catégoriquement démentie par les médias israéliens.

« Nous avons vu ce que nous avons vu dans la vidéo [d’Ahed Tamimi], mais il n’empêche, quand on entend des déclarations folles [sur son cousin] […] alors nous voyons qu’il y a bien plus que ce qui s’est passé dans cette vidéo », a souligné Gaby Lasky.

En fin de compte, l’accord de plaider-coupable passé par Ahed Tamimi n’a rien  d’une  exception. Selon un rapport publié mardi par l’ONG israélienne de défense  des  droits  de  l’homme  B’Tselem,  plus de 70 % des jeunes Palestiniens accusés comme elle acceptent des négociations de plaider-coupable dans les tribunaux militaires pour mineurs israéliens, qui ont un taux de condamnation de plus de 95 %. Ce chiffre élevé s’explique par l’usage récurrent de la détention préventive par les autorités israéliennes.

Les mineurs palestiniens sont ainsi face à un dilemme : soit se battre contre les faits qu’on leur reproche mais rester en prison pendant leur procès, soit consentir à un accord et ainsi bénéficier d’une réduction de peine. Dans son cas, Ahed Tamimi avait déjà passé trois mois en prison avant même que son procès ne s’ouvre réellement et de nombreux mois auraient encore pu s’écouler avant l’intervention d’un verdict.

De ce point de vue, plusieurs organisations de défense des droits de l’homme pointent du doigt l’inégalité de traitement réservée aux Israéliens et aux Palestiniens par la justice militaire en vigueur  en  Cisjordanie. Par exemple, le soldat franco-israélien Elor Azaria, qui avait tué d’une balle dans la tête un assaillant palestinien à terre, déjà blessé, en mars 2016, sera libéré en mai après seulement neuf mois de prison. Initialement condamné à 18 mois d’incarcération pour homicide, le militaire avait vu sa peine ramenée à

14 mois en septembre dernier. Cette semaine, la commission de libération conditionnelle de l’armée a ordonné qu’il soit relâché après n’avoir effectué que les deux tiers de sa peine.

 

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30 juillet 2018 1 30 /07 /juillet /2018 05:47

 

Détenue depuis décembre 2017, la jeune femme de 17 ans a recouvré hier la liberté en même temps que sa mère. Mais des centaines de jeunes Palestiniens croupissent toujours dans les geôles israéliennes. Plus de la moitié subissent des violences durant leur arrestation.

Hier matin, au petit jour, l’émotion le disputait à la dignité lorsque Ahed Tamimi et sa mère sont sorties de l’enfer carcéral israélien au terme de huit mois d’emprisonnement. Émotion, donc, avec les larmes de cette jeune femme d’à peine 17 ans, heureuse de retrouver ses proches et un environnement encore humain malgré l’occupation. Dignité, parce que les clones des deux soldats qu’elle avait giflés avec courage en décembre dernier (elle n’avait alors que 16 ans) pour leur signifier qu’ils n’avaient rien à faire devant chez elle ont été forcés, cette fois, de la raccompagner jusqu’à sa maison, dans le village de Nabi Saleh, en Cisjordanie. Sans menottes aux poignets ni aux pieds. Sans bandeau sur les yeux comme il est de coutume pour l’armée d’occupation, qu’il s’agisse d’un(e) mineur(e) ou d’un(e) adulte. Ses boucles blondes flottaient sur un keffieh noir et blanc, semblable à celui que portait Yasser Arafat. Un symbole de la Palestine comme un air de liberté.

La vidéo de l’abject ordre colonial

En réalité, les autorités israéliennes voulaient se débarrasser d’Ahed et de sa mère sans trop de publicité. La vidéo montrant la scène en décembre était devenue virale, faisant le tour du monde entier via les réseaux sociaux et montrant l’abjecte réalité du quotidien des Palestiniens : des hommes en armes, dominateurs, faisant régner un ordre colonial. Le combat des Palestiniens avait un visage. Et quel visage. Certains ne s’y sont pas trompés. « Vous ne pouvez pas prendre une petite terroriste et en faire une héroïne, mais c’est ce que nous avons fait, regrette Oren Hazan, un député du Likoud (droite), le parti du premier ministre, Benyamin Netanyahou. Elle est très dangereuse. La plupart des Israéliens vous diront qu’ils voudraient la voir en prison pour vingt ans. » Il fallait donc éviter de nouvelles images contredisant l’allégation selon laquelle l’armée israélienne serait « la plus morale au monde ». Pour ce faire, les Israéliens avaient, hier, brouillé les pistes. Ou pensaient l’avoir fait en diffusant des informations contradictoires sur l’endroit par lequel elles étaient censées rentrer en Cisjordanie occupée. C’est son père, résistant pacifique de toujours, qui les a accueillies alors que les habitants, regroupés, scandaient : « Nous voulons vivre libres ! »

On comprend mieux le système d’occupation mis en place dans tous les domaines par les gouvernements israéliens successifs quand on sait qu’Ahed a été condamnée à huit mois de prison le 21 mars à l’issue d’un accord dit de plaider coupable. En clair, si l’accusé(e) ne reconnaît pas sa culpabilité, sa peine peut être double, voire plus. C’est ce qui s’était déjà passé avec le Franco-Palestinien Salah Hamouri, qui risquait quatorze ans de prison s’il ne plaidait pas coupable, alors qu’il avait tout juste 18 ans. Par la suite, faisant comme si cet odieux chantage n’existait pas, Israël utilise ce type de condamnation comme preuve de culpabilité ! Pis, l’adolescente s’est vu infliger une peine presque aussi lourde – huit mois de prison – que le soldat israélien et de nationalité franco-israélienne Elor Azaria, qui n’a purgé que neuf mois pour avoir abattu un assaillant palestinien blessé, au sol, qui ne posait plus aucun danger.

Ahed Tamimi est libre. Mais il reste des milliers de prisonniers palestiniens. Ils seraient près de 6 000 actuellement. Parmi eux, près de 300 mineurs (lire ci-contre). Imaginons un instant ce que vit une famille palestinienne dans un village de Cisjordanie. Au beau milieu de la nuit, on frappe violemment à la porte. Des soldats entrent, tiennent en joue tous les habitants de la maison et emmènent violemment l’un des adolescents. La mère crie, le père proteste. Ils sont repoussés sans ménagement. Dans la Jeep dans laquelle l’enfant est emmené, les coups pleuvent. Arrivé au lieu de détention, la bastonnade reprend, souvent avec un tuyau en caoutchouc. C’est une mise en condition avant l’interrogatoire. À ce compte-là, on peut tout avouer.

Tortures et aveux forcés pour tous

Selon l’Association du club des prisonniers, 60 % des enfants arrêtés ont été physiquement ou psychologiquement torturés. Les interrogatoires durent souvent des heures pour leur faire signer un procès-verbal en hébreu qu’ils ne comprennent pas et qui comporte parfois des confessions extorquées. Ces mineurs peuvent rester de longues périodes sans qu’on leur donne à boire ou à manger, sans même avoir l’assistance d’un avocat. On les effraie en leur disant qu’ils ne reverront plus leurs parents… Des pratiques contraires à la convention de l’ONU pour les droits des enfants, qui date de 1991 et que Tel-Aviv a acceptée. Sans parler de l’emprisonnement en Israël même, contraire aux conventions de Genève.

En s’attaquant ainsi aux mineurs, le gouvernement et l’armée israélienne cherchent à obtenir des renseignements sur les dirigeants palestiniens qui mènent les manifestations contre l’occupation. Mais surtout ils veulent empêcher la nouvelle génération de se révolter. C’est aussi pour cela que, chaque année, plusieurs centaines de jeunes Palestiniens de Jérusalem-Est sont arrêtés. Des tentatives israéliennes sans effet, comme le montrent les manifestations qui se déroulent à Gaza et en Cisjordanie ces dernières semaines, malgré les morts. Malgré la répression.

Pierre Barbancey

 

 

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30 juillet 2018 1 30 /07 /juillet /2018 05:46

 

La consommation excessive de viande et de produits laitiers a un impact dangereux sur le réchauffement climatique. Et la situation risque de s’accentuer sous la pression des industriels, avertit une étude, qui encourage les gouvernements à agir.

On le sait : au niveau mondial, la consommation de viande et de produits laitiers pèse lourdement dans les émissions de gaz à effet de serre. Mais la tendance pourrait encore s’intensifier, alerte un nouveau rapport publié hier par l’Institut pour l’agriculture et la politique commerciale (IATP) et l’ONG Grain, qui soutient les luttes des paysans. Celui-ci évalue certes les émissions des gaz à effet de serre (GES) du secteur de la viande et des produits laitiers à l’horizon 2050 mais surtout il analyse la façon dont les entreprises de ces deux secteurs clés de l’agroalimentaire communiquent sur ce sujet. « C’est la première fois qu’on regarde en détail comment ces sociétés s’engagent sur le climat. Et en la matière, leur stratégie est claire : priorité est donnée à la croissance ! Ce qui est incompatible avec les objectifs climatiques », précise Devlon Kuyek, l’un des auteurs du rapport, chargé de suivre l’évolution de l’agrobusiness au sein de l’ONG Grain.

Côté chiffres, ce nouveau rapport met en effet en évidence la place croissante de ces produits dans les émissions mondiales. Ainsi, les émissions de GES des cinq premières entreprises du secteur de la viande et des produits laitiers – JBS (Brésil), Dairy Farmers of America, Tyson, Cargill (États-Unis) et Fonterra (Nouvelle-Zélande) – sont supérieures à celles des géants des énergies fossiles comme Exxon, BP ou Shell.

Les plus grosses firmes manquent de transparence

Et le top 20 des producteurs de viande et de produits laitiers dans le monde pèse davantage que les émissions totales de pays tels que l’Allemagne ou le Royaume-Uni ! Le plus inquiétant, c’est que si la croissance de ces deux secteurs se poursuit au même rythme, ceux-ci pourraient absorber, en 2050, plus de 80 % du « budget » annuel de gaz à effet de serre compatible avec la limitation du réchauffement climatique à 1,5 °C. « Ces chiffres ne sont pas vraiment nouveaux. Il faut dire aussi qu’on a du mal à les obtenir. Ainsi, Cargill ne donne aucun chiffre, mais il évoque, dans son rapport annuel, une hausse de la production dans sa division bœuf. Qui dit plus de bœuf dit mécaniquement davantage d’émissions de GES », illustre Devlon Kuyek, tout en soulignant l’absence de transparence de ces géants de l’agro.

De fait, à l’exception de quatre entreprises qui fournissent des estimations complètes de leurs émissions de GES, une majorité ne les mentionnent même pas. Les 35 plus grosses firmes des secteurs observés excluent carrément leur chaîne d’approvisionnement de leurs études sur leur empreinte carbone, alors que celles-ci pèsent « entre 80 et 90 % des émissions réelles du secteur ». Le cas de Danone est parfaitement éclairant à ce sujet : « Ils ont un plan qui correspond avec l’accord de Paris. Mais quand on regarde de près, on s’aperçoit qu’il n’y a rien de concret. Ils disent “nous allons baisser les émissions de GES tout au long de notre chaîne d’approvisionnement”, mais ils ne disent pas comment. On comprend que l’exigence est reportée sur les fournisseurs. Comment y parviendront-ils ? Point d’interrogation… Les rapports annuels parlent durabilité, jouent sur l’image verte. Mais beaucoup ne font même pas mention du changement climatique. C’est un langage destiné aux seuls investisseurs », analyse le militant.

Les ONG pour une réduction significative de la production

Sans surprise, les ONG militent pour une « transformation majeure » et une réduction significative de la production de viande et de lait, notamment dans les pays où sont massivement implantées ces sociétés. « Alors que le monde est traversé par un certain nombre de crises (alimentaires, sanitaires, environnementales, agricoles), la question, aujourd’hui, est de savoir quel système alimentaire nous voulons », assène Devlon Kuyek, qui pointe la responsabilité des États : « Quelles sont les stratégies des gouvernements, qui défendent les intérêts de leurs entreprises, soutiennent les accords de libre-échange sans réfléchir aux conséquences de ces exportations sur le climat, l’environnement, la santé… ? Car ces accords augmenteront les exportations, et donc les émissions, sapant des solutions qui profiteraient aux fermiers, aux travailleurs et aux consommateurs. »

Alexandra Chaignon

 

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30 juillet 2018 1 30 /07 /juillet /2018 05:45

 

Israël est, aujourd’hui, un pays où deux fractions de l’extrême droite au pouvoir rivalisent quant à l’objectif d’atteindre la position la plus extrême possible. Elles pensent ainsi conserver ce pouvoir, chacune à leur seul profit. C’est dans ce cadre que le Premier ministre israélien a obtenu le vote, le 19 juillet 2018, d’une nouvelle loi. Celle-ci constitue le cadre institutionnel, très difficilement réversible, d’une discrimination générale à l’encontre de toutes les personnes non-juives. Aucune définition précise de la qualité de « juif » n’est fournie. Est ainsi ouverte la voie à une conception ethno-religieuse susceptible d’élargissements ou de restrictions infinis, selon l’arbitraire du gouvernement du moment.

Les pratiques discriminatoires directes (définies par la loi, notamment en matière foncière) ou indirectes (non prévues par les textes mais factuellement constatées) ne sont pas nouvelles en Israël. Mais jusqu’aujourd’hui, elles étaient limitées dans leur extension par la loi fondamentale de 1948, qui proclamait déjà le caractère juif de l’État. Néanmoins, elle affirmait le principe d’égalité de tous ses citoyens car il découlait du caractère démocratique de l’État. La mise en œuvre de ces principes était, dans chaque cas donnant lieu à conflit, de la compétence de la Cour suprême. Ces deux bornes (égalité et contrôle juridictionnel de celle-ci) sont désormais, balayées. De plus, ce texte a été mis à l’abri du contrôle de constitutionnalité par la Cour suprême puisque cette dernière est (par une loi antérieure) privée de ce contrôle, dès lors que la Knesset confirme par un deuxième vote majoritaire ses décisions législatives.

Cette loi prévoit, entre autres, que :

  • l’immigration soit réservée aux juifs ;
  • le droit à l’autodétermination nationale israélienne soit réservé aux juifs ;
  • la capitale d’Israël soit le grand Jérusalem réunifié ;

Ce durcissement du refus de la revendication palestinienne de Jérusalem-Est comme capitale est contraire au droit international, qui prévoit que Jérusalem fasse l’objet d’un statut et, par conséquent, de négociations spécifiques en raison de la présence des Lieux saints de tous les monothéismes dans cette ville, notamment l’islam à son Est.

  • l’État encourage la colonisation juive ;

Cette disposition n’est accompagnée d’aucune indication de limite territoriale, ce qui aggrave l’absence constante d’auto-définition des frontières d’Israël et équivaut à un refus de principe de la reconnaissance d’un futur État palestinien. Elle s’inscrit dans un projet d’annexion territoriale pure et simple.

  • la langue arabe cesse d’être langue officielle alors que 18 % des Israéliens sont des Palestiniens de langue arabe ;
  • les liens avec les juifs du monde entier doivent être resserrés ;

Les juifs hors d’Israël deviendraient ainsi ou apparaîtraient, éventuellement à leur corps défendant, des parties prenantes, soutiens ou complices de la politique du gouvernement israélien. Or, celle-ci est perçue, par une opinion publique croissante, comme plus injuste que jamais. Est ainsi créé un risque de mise en danger des juifs.

Globalement, ces dispositions sont un abandon, par les dirigeants israéliens, de toute référence aux valeurs démocratiques. Ils préfèrent adopter un néo-conservatisme autoritaire. Ce choix est confirmé par l’opération consistant à donner un vernis de respectabilité aux gouvernements autrichiens, polonais et hongrois. Ceux-ci s’appuient, pourtant, sur des forces ouvertement antisémites. La même logique a conduit à la déclaration du Premier ministre israélien consistant à rendre le mufti de Jérusalem responsable du génocide des juifs, ce qui blanchit l’Allemagne nazie de ce massacre pourtant largement entamé au moment où le dirigeant musulman a exprimé son antisémitisme.

Pour toutes ces raisons, l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide, UJRE*, condamne avec la plus grande fermeté la nouvelle loi fondamentale votée par le Parlement israélien le 19 juillet 2018.

L’UJRE exige du gouvernement français et des autorités européennes qu’ils fassent connaître leur opposition résolue à ces dispositions.

L’UJRE demande que soient prises à l’égard d’Israël toutes sanctions économiques adéquates en commençant par la suspension des dispositions permettant aux produits exportés d’Israël vers l’Union européenne de bénéficier des mêmes avantages que ceux dont disposent les produits en provenance de membres de l’Union européenne jusqu’au moins le retrait de cette nouvelle loi, sans préjudice d’autres sanctions à envisager en raison d’autres obstacles sur la voie d’une paix juste et durable. • 

Jacques Lewkowicz

Président de l’UJRE

Paris, le 25 juillet 2018

* L’UJRE, issue du mouvement de résistance « Solidarité », naît en 1943, dans la clandestinité, dans et par la Résistance à l’occupant nazi. 

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30 juillet 2018 1 30 /07 /juillet /2018 05:43

Fait rarissime. Après des déclarations sur l'absence de dialogue social et l'autoritarisme du ministère, les syndicats ont quitté ensemble le Conseil supérieur de l'enseignement (CSE) du 12 juillet qui devait examiner les nouveaux programmes. La Fcpe et des organisations de lycéens et élèves les ont accompagné. Le ministre doit faire face à une crise sans précédent. Il a répondu par la diffusion d'une publicité vantant les nouveaux programmes.

 

Le bulletin scolaire salé de JM Blanquer

 

Personne ne se rappelle avoir vu cela au CSE. Le 12 juillet, les syndicats Fsu, Unsa (sauf le Snpden), Cgt, Sud, Solidaires, Fnec IP FO, les organisations Fcpe, SGL et Unef, ont dit chacun ce qu'ils avaient sur le coeur avant de quitter ensemble le CSE. Ils ont ainsi démontré que les réformes lancées par le ministre se heurtent à un refus quasi unanime et qu'il n'y a pas de confiance envers le ministre. Seuls le Snalc, syndicat proche du ministre, et la CGC sont  restés.  Il n'aura fallu qu'une année à JM Blanquer pour créer cette situation.

 

Lors de ce CSE le ministère avait fait un geste en remettant à plus tard l'examen des textes portant sur le bac. Le départ des organisations s'est fait en réaction à l'examen des textes portant sur le calendrier scolaire 2019-2020 et les nouveaux programmes de l'école et du collège.

 

Mais c'est une sorte de bulletin de fin d'année que les syndicats ont envoyé de façon très ostentatoire à JM Blanquer. Un bulletin particulièrement salé où sa façon de faire est condamnée. Dans un communiqué commun, ils dénoncent "la méthode de travail, l'absence de concertation, de consultation comme  la politique autoritaire et la vision idéologique de l'école qui entre en contradiction avec l'école de la confiance ou le pragmatisme prôné dans les médias. Depuis un an la distance entre le discours et la manière de procéder de ce ministère constitue un empêchement à une évolution  de l’École qui permettrait d'enrayer les inégalités et de faire réussir tous les élèves. La communauté éducative réclame que l’école ne soit pas l’affaire de partis pris mais l'objet de débats appuyés sur les travaux de la recherche et la concertation avec ceux qui sont directement concernés".

 

Une vision idéologique

 

De façon plus imagée, le SIEN Unsa, syndicat des inspecteurs Unsa, parle de "Diafoirus de la pédagogie". L'Unsa éducation évoque la "logique solitaire et de précipitation" dans la conception des réformes. Pour le Se Unsa, Stéphane Crochet met en évidence "la contradiction entre un discours qui valorise l’autonomie des établissements et des écoles et une pratique autoritaire qui tente d’imposer LA bonne méthode". Il évoque "un autoritarisme du ministre qui semble convaincu que lui seul sait ce qu’il faut faire et comment il faut le faire… Il s’agit en fait d’imposer une vision idéologique de l’acte d’apprendre qui ne tient pas compte de l’état de la science... Au-delà du fond, que dire de la méthode et du calendrier, sinon qu’ils ne respectent pas les personnels chargés de mettre en œuvre les enseignements à l’école et au collège ? Aucune consultation ou enquête large pour objectiver les éventuelles difficultés de mise en œuvre des programmes, aucune consultation du comité de suivi des programmes,  aucune rencontre des représentants des personnels par le Conseil Supérieur des Programmes, des modifications qui seront publiées pendant l’été accompagnées de repères annuels totalement inconnus à ce jour, le tout devant s’appliquer à la rentrée. Les personnels voient en tout cela, le mépris de leur travail".

 

Le mépris des enseignants

 

Du coté de la Fsu, pour le Snuipp "les ajustements de programmes "qui s’appuient sur les programmes de 2008 sanctionnés par les évaluations PIRLS, ne diminueront pas les inégalités et n’amélioreront  pas les résultats des élèves. Ils peuvent même être préjudiciables à ceux qui sont les plus éloignés de la culture scolaire. Sur la forme, acter de telles modifications une semaine après la fin des classes et alors que l'application de ces textes est prévue pour cette rentrée est un véritable mépris à l’égard des enseignants. Enseigner ce n’est pas exécuter, cela nécessite du temps pour s’approprier les changements et les traduire dans les pratiques de classe. Enfin, en transformant le dialogue social en un exercice formel, le ministère vide de son sens une instance qui réunit pourtant l’ensemble de la communauté éducative. L’idéologie, les partis pris, l’autoritarisme, le manque d’appui sur les travaux de la recherche ne peuvent guider l’école". Le communiqué lu en séance est plus clair quand il dénonce "les effets d'annonce pour faire croire que la méthode globale persiste, que les enseignants ne feraient plus ni dictée ni calcul mental, qu'il faudrait restituer le respect d'autrui car les enseignants tout à leur anarchie pédagogique auraient oublié de s'en soucier". Il dénonce "les parti pris faussement appuyés sur la science que seuls quelques neuro-scientifiques installés rue de Grenelle ou d'anciens amis de l'Institut Montaigne peuvent approuver".

 

Le Sgen Cfdt et la Fep Cfdt avaient pris les devants en boycottant le CSE. C Nave Bekhti nous a expliqué que c'est le refus de toute modification des nouveaux programmes annoncé en amont de la réunion qui a décidé le Sgen à ne pas y participer. "Publier des programmes profondément remaniés le 12 juillet c'est aussi de l'irrespect envers le travail des enseignants".

 

Et maintenant ?

 

Que va-t-il se passer maintenant ? Le départ des syndicats n'implique pas l'annulation de ce CSE. Les textes mis en discussion vont donc paraitre probablement très rapidement. Et les syndicats participeront aux prochains CSE. "Nous n'appellerons pas à la désobéissance sur ces programmes", nous a dit S Crochet.

 

Leur condamnation vise précisément le ministre et son entourage. Mais, comme nous l'a confié Stéphane Crochet, "les propos du président de la République portent la même philosophie de l'école que JM Blanquer". Le 9 juillet il a déclaré devant le Congrès " nous avons ces dernières décennies brisé la dignité de la transmission, abîmé le prestige des professeurs, discrédité l’utilité du diplôme, aggravant en cela la pire des inégalités, celle dont nul n’est responsable, l’inégalité de naissance, l’inégalité de condition sociale". Des formules qui le classent dans le camp des traditionalistes de l'Ecole.

 

La réaction des syndicats n'est donc qu'une étape. Elle expose clairement aux yeux de l'opinion le fait que le ministre et la politique suivie n'ont pas la confiance des enseignants et d'une partie des parents. Et cela au bout d'une année seulement.

 

Le ministère semble n'avoir rien entendu. Il a répondu avec insolence en publiant le 12 juillet une vidéo publicitaire vantant les nouveaux programmes.

 

François Jarraud

 

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30 juillet 2018 1 30 /07 /juillet /2018 05:41

Le président français Emmanuel Macron s'adresse aux médias après avoir signé une loi sur la réforme du rail avec le ministre française des Transports, Elisabeth Borne, à l'Elysée, à Paris, le 27 juin 2018.

A peine promulguée, la réforme du secteur ferroviaire français produit déjà ses premiers effets : l’agence de notation Fitch a abaissé la note de l'EPIC SNCF mobilités. A la clé : une situation financière dégradée à plus ou moins brève échéance.

C’est une gifle pour le gouvernement et Les Républicains qui l’ont soutenu au Parlement lors de l’examen de la «Loi pour un nouveau pacte ferroviaire». L’agence de notation Fitch ratings, basée à Londres, vient de confirmer en partie l’analyse des députés communistes sur le risque financier que constitue la transformation du statut de la SNCF, ainsi que sur les limites des bénéfices à attendre d’une ouverture à la concurrence.

Lors de l’examen de la loi, ils affirmaient que le changement de statut de la SNCF d’établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) en société anonyme par actions, loin de «faire évoluer l’organisation du groupe public […] afin d’en améliorer la performance» comme l’affirmait le ministre des Transports Elisabeth Borne en mars, aboutirait mécaniquement à une dégradation de sa situation financière.

En effet, en passant du statut d’entreprise d’Etat à celui de société anonyme, la SNCF change de catégorie d’emprunteur. Compte tenu de la très bonne réputation de solvabilité de l’Etat français, ce changement aboutit mécaniquement à une dégradation de l’appréciation de celle de l’entreprise publique vouée à devenir une société anonyme comme une autre.

Moins d’un mois après la promulgation de la loi par le président de la République Emmanuel Macron, le 28 juin, un communiqué de Fitch explique que l'agence de notation a «abaissé les notes de défaut émetteur (Issuer Default Ratings - IDR) à long terme en devises et en monnaie locale attribuées à SNCF Mobilités de AA à A+ et la note IDR à court terme de F1+ à F1».

La dégradation de deux crans reflète la transformation de SNCF Mobilités en une société anonyme à capitaux publics dans le contexte d'ouverture progressive à la concurrence

L’agence de notation précise : «La dégradation de deux crans reflète la transformation de SNCF Mobilités en une société anonyme à capitaux publics dans le contexte d'ouverture progressive à la concurrence. […] Bien qu'un soutien important de l'Etat soit attendu en cas de besoin, Fitch considère que la perte du statut d'EPIC dans le contexte d'ouverture à la concurrence est une indication d'un relâchement des liens de SNCF Mobilités avec l'Etat, incompatible avec le maintien de l'égalisation des notes avec celles de l'Etat.»

Fitch estime enfin que le contexte d'ouverture à la concurrence, en autorisant les appels d'offres sur les lignes domestiques, «amoindrit l'incitation pour l'Etat à prévenir un défaut sur une obligation financière». En revanche les notes de SNCF Réseau (AA/Stable/F1+), gestionnaire d'infrastructure non exposé à la concurrence, demeurent alignées sur celles de l'Etat.

Le risque d’une contagion sur les autres entreprises publiques

Toutefois, au chapitre «conséquences financières d'un défaut (Elevé)», l’agence considère qu'un défaut de SNCF Mobilités sur ses obligations financières pourrait également avoir un effet de contagion sur le coût de financement d'autres entreprises publiques, «au premier rang desquelles SNCF Réseau qui partage avec SNCF Mobilités son actionnariat et son secteur d'activité économique».  

Une analyse globalement déjà faite par une autre agence de notation de réputation mondiale. Dès juillet 2017, la synthèse de S&P Global (Standard & Poors) consacrée à SNCF Mobilités avait déjà envisagé l'effet produit par les mêmes causes, dans ses scénarios de dégradation de la note de l'EPIC : «En outre, nous pourrions envisager une action de notation négative si nous pensons que le soutien du gouvernement est susceptible de se réduire. Cela pourrait résulter, par exemple, de changements défavorables dans la structure de SNCF Mobilités, dans le cadre réglementaire national ou européen, ou d’un recul du rôle de service public de l'entreprise du point de vue du gouvernement.»

 

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30 juillet 2018 1 30 /07 /juillet /2018 05:40
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29 juillet 2018 7 29 /07 /juillet /2018 05:19

 

L’adoption cette nuit par la Knesset (le parlement israélien) de la loi sur « l’État-nation du peuple juif » est un événement majeur : c’est une loi « fondamentale » (l’équivalent de la constitution), et le vote, précipité ces derniers jours, survient aux termes de 7 ans de débat au cours desquels le président israélien s’est lui-même opposé au gouvernement.

Cette loi comporte plusieurs aspects d’une gravité exceptionnelle :

  • Elle officialise l’État d’apartheid en Israël même, en affirmant l’inégalité des droits de ses citoyens palestiniens arabes par rapport aux citoyens juifs : rétrogradation du statut de la langue arabe, possibilité de réserver des localités aux seuls citoyens juifs, droit à l’autodétermination réservé au seul « peuple juif ».
  • Elle foule aux pieds les dispositions du « plan de partage » définies par la résolution 181 de l’Onu, acceptée par Israël (de même que la résolution 194 sur le retour des réfugiés palestiniens) comme condition de son admission à l’ONU.
  • Elle met en danger les citoyens juifs dans le monde entier, en en faisant les parties prenantes de son projet suprémaciste et colonial : c’est un danger qui a été bien vu par 14 organisations juives américaines qui appellent à s’opposer à cette loi.
  • Elle officialise l’annexion de Jérusalem (y compris Jérusalem Est) ; elle cite dès la première ligne la « terre d’Israël » en même temps que l’« État d’Israël », renforçant l’ambiguïté sur ses frontières, qui n’ont toujours pas été définies ! Dans ce contexte, la phrase qui définit l’« implantation juive » comme une « valeur nationale » est lourde de menaces en termes systématisation de la politique d’annexion, de colonisation, de vols de terres, comme aujourd’hui à Khan Al-Ahmar.

Tout autre État adoptant ce type de loi fondamentale aurait été immédiatement mis au ban des nations. Dans le cas présent, seul l’ambassadeur de l’Union européenne, bien isolé, a fait publiquement entendre sa voix.

Lorsque le droit international et les résolutions de l’ONU sont ouvertement violées par une loi fondamentale, lorsque des conceptions racistes et suprémacistes entrent dans la constitution, lorsque l’apartheid est érigé en système, il faut réagir.

Nous appelons nos concitoyens à renforcer leur mobilisation contre ce système qui est en train de miner toutes nos valeurs, en participant à toutes nos campagnes dont nos campagnes BDS.

Au moment où l’on célèbre le centenaire de la naissance de Nelson Mandela et alors que la France est signataire de la convention internationale contre le crime d’apartheid, nous appelons le président de la République et le gouvernement français, bien mal engagés ces derniers temps, au sursaut qui s’impose face à une politique de plus en plus ouvertement affirmée qui devient une menace pour le monde entier.

>>Lire aussi l’interview de l’AFPS avec Dominique Vidal (4 avril 2018) : "Le projet de loi israélienne sur l’« État-nation du peuple juif » : une rupture ?"

Le Bureau national de l’AFPS


19 juillet 2018

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29 juillet 2018 7 29 /07 /juillet /2018 05:17

 

Après un nouveau report accordé aux experts médicaux, deux ans après la mort d’Adama Traoré dans une gendarmerie, la famille crie au déni de justice et appelle à une marche anniversaire, ce samedi, à Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise).

Depuis trois semaines, Assa Traoré court les ­quartiers. Grigny, Ivry-sur-Seine, Sarcelles, Clichy-sous-Bois… Une tournée auprès des habitants pour mobiliser contre les violences policières et dénoncer une justice à deux vitesses. Il y a deux ans, le 19 juillet 2016, son frère Adama Traoré mourrait par asphyxie à la gendarmerie de Persan (Val-d’Oise), après une interpellation. Pendant quelques heures, les gradés tairont son décès. Et le quartier Boyenval prendra feu, rappelant à tous les émeutes de 2005 après la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

Deux ans plus tard, la justice est au point mort. Mais Bagui, Yacouba, Youssouf, Serene et Samba, cinq des frères d’Adama, ont été condamnés pour bagarre, trafic ou outrage. Sans traîner. « Un acharnement judiciaire » dénoncé par le comité Justice pour Adama. « On se bat contre les institutions les plus puissantes qui sont l’État et la justice. Ils ont déclaré la guerre à la famille Traoré et ils ont fait de nous des soldats malgré nous. Pour casser le combat, pour qu’on puisse arrêter, on a mis mes frères en prison et on leur a donné les peines maximales », accuse sans relâche leur sœur, Assa Traoré.

Du côté des uniformes, le temps ne s’est pas écoulé avec la même rapidité. Deux ans après le drame, les gendarmes présents lors de la mort d’Adama n’ont pas encore été auditionnés par la justice. Malgré la révélation par la presse de rapports divergents entre pompiers et gendarmes sur la position de la victime au moment de sa mort. Malgré la contre-expertise médicale ne faisant plus le lien entre une anomalie cardiaque décelée et sa mort après compression thoracique. Malgré la mutation du procureur de la République de Pontoise, mais aussi le dépaysement de l’affaire à Paris, obtenu par Me Yassine Bouzrou, avocat de la famille Traoré.

Qu’attend donc aujourd’hui la juge d’instruction pour entendre enfin les gendarmes ? Une dernière synthèse des expertises médicales. Une attente intenable pour la famille, dans une affaire qui piétine depuis deux ans. Or, cette semaine, la justice vient de tousser à nouveau. Quelques jours avant la date anniversaire de la mort du jeune Traoré, qui aurait 26 ans aujourd’hui, cette fameuse conclusion vient encore d’être repoussée. « La juge bloque l’affaire », s’indigne Assa Traoré, qui défend inlassablement la mémoire de son frère. Commandée en janvier 2018, la synthèse devait être réalisée avant le 15 mai. Une première prorogation avait été acceptée et devait prendre fin à la mi-juillet, juste quelques jours avant la marche anniversaire réclamant « Justice et vérité pour Adama », à Beaumont-sur-Oise, qui se tiendra ce samedi 21 juillet. Mais une source proche de l’enquête nous informait mercredi qu’un nouveau délai avait été autorisé par les magistrats instructeurs, jusqu’au 30 septembre 2018. Une procédure très longue, hors norme. « C’est déplorable, honteux. Les gendarmes sont encore en liberté, s’offusque Assa Traoré. Ils n’ont toujours pas été entendus par la juge, ni mis en examen. Judiciairement, il ne se passe toujours rien. Dans l’affaire de mon frère, on connaît la vérité, il y a des expertises qui sont sorties. Nous en sommes à la troisième. Vous imaginez trois gendarmes, 240 kilos, sur le corps d’un seul homme ? »

ASSA TRAORÉ DANS LES FACS OCCUPÉES ET AUX CÔTÉS DES POSTIERS

Si la conclusion attendue des experts conditionnait l’audition nécessaire des gendarmes, elle devait également entraîner une reconstitution enfin acquise par la famille de la victime, constituée partie civile dans l’affaire. Magistrats et experts ont préféré prendre leur temps. Une décision périlleuse dans le contexte actuel, où violences policières et bavures réapparaissent à la une des journaux. Le 3 juillet dernier, un policier, à Nantes, tuait Aboubakar Fofana, 22 ans, d’une balle dans la gorge. Après avoir évoqué la légitime défense, le CRS mis en examen a parlé de « tir accidentel ». Une enquête a été ouverte… mais à la suite de plusieurs jours d’émeutes. Une semaine plus tôt, l’IGPN publiait pour la première fois, contrairement à de nombreux pays aux statistiques plus transparentes, le nombre de personnes blessées ou tuées par la police nationale, soit 14 morts et une centaine de blessés entre le 1er juillet 2017 et le 31 mai 2018. L’IGPN remarque aussi cette année une hausse de 54 % de l’usage d’armes à feu par les policiers. Or, depuis février 2017, une loi a élargi le périmètre autorisant un agent à tirer dans le cadre de la légitime défense. La police des polices refuse d’y voir une relation de cause à effet.

De son côté, depuis un an, le comité Justice pour Adama agit sur le terrain, franchit le périphérique pour alerter et rassembler autour de son combat. On pouvait rencontrer Assa Traoré sur les bancs de Tolbiac ou de Saint-Denis pendant l’occupation des universités, l’écouter dans les manifestations contre la loi travail avec le front social, en soutien aux postiers en lutte, dans la marche des fiertés, « braquer » le cortège de tête lors de la marée populaire anti-Macron ou encore plus récemment aux côtés de la féministe américaine Angela Davis. « Le combat Adama, c’est un combat rassembleur, qui doit être porté par toute la France, par toutes les classes sociales, explique Assa Traoré. Qu’importe d’où tu viens. Dans les quartiers populaires, cela fait longtemps qu’on tue. Quand elle atteint aussi vos classes sociales, ne soyez pas spectateurs de ce qui nous arrive. »

« LE COMPORTEMENT POLICIER N’A PAS CHANGÉ EN TRENTE ANS »

Aux militants associatifs ou syndicaux victimes de violences policières qui évoquent la convergence des luttes, Assa Traoré dit préférer le mot « alliance ». Chacun peut ainsi sauvegarder l’identité de son combat et rester son « propre porte-parole », tout en partageant une cause commune contre l’État répressif : « Nous venons dans vos luttes, déplacez-vous et venez nous rejoindre dans nos luttes. » Et le message porte ses fruits. La Fondation Copernic, FI, le PCF, le NPA, Génération.s, la Fête à Macron appellent à franchir le périph pour rejoindre la marche pour Adama, ce samedi. Des personnalités comme l’écrivain Édouard Louis ou le philosophe Geoffroy de Lagasnerie veulent aussi accompagner « ce mouvement très important, qui aujourd’hui redéfinit la gauche, redéfinit le présent, et redéfinit la politique ».

« Ce qui a changé, c’est que ce mouvement des quartiers est plus proche aujourd’hui des partis politiques, analyse Yazid Kherfi, consultant en prévention urbaine. S’il y a plus de personnes concernées, on peut faire bouger les choses. Mais le problème reste le comportement policier qui, lui, n’a pas changé en trente ans. On remet en cause toutes les institutions, sauf la police ! Créer la police de sécurité du quotidien ne changera rien si la formation initiale ne bouge pas. On a tous besoin de la police, mais d’une police sans préjugés, qui respecte la loi, son code déontologique, et qui est sanctionnée. C’est une histoire de justice. » Mais ce combat collectif et fédérateur est bien issu des quartiers. Après le ramadan, Assa Traoré a sillonné la banlieue pour raconter et toujours mobiliser. « On rentrait comme ça dans les quartiers, parfois on connaissait des habitants, on tournait. On voit qu’ils suivent, qu’ils connaissent l’affaire Adama. Samedi, ce ne sera pas la marche d’Adama Traoré, mais de tous les Adama Traoré, tous ces jeunes hommes tués par ce système-là, par ces gendarmes-là, comme si ils étaient nuisibles, et qu’il fallait les faire disparaître. Si aujourd’hui on doit faire lever tous les quartiers de France pour cette marche, il s’agit aussi de leur donner de la visibilité. Ils existent, respirent, ont un cœur. Ce sont des personnes à part entière qui veulent participer au changement de ce monde, renverser un système injuste pour participer à la construction de cette France-là. » Une France qui demandera des comptes et la justice pour Adama, ce 21 juillet, à 14 heures, en marchant à Beaumont-sur-Oise.

La sœur d’Adama, Assa Traoré, interpelle le président de la république

Dans cette lettre ouverte à Emmanuel Macron, publiée dans l’Obs ce 18 juillet, Assa Traoré s’exclame : « Je ne demande rien, monsieur le président, madame la garde des Sceaux, que ce dont vous êtes les garants. La justice. Le droit de savoir ce qui est arrivé à mon frère. Le droit de comprendre ce qui a conduit à sa mort. » Elle insiste également sur le fait que « ces questions ne sont pas seulement celles d’une famille qui considère que la vérité est une issue au deuil. Ce sont aussi les vôtres, celle de tout un pays qui doit comprendre comment il est possible de mourir à 24 ans dans une gendarmerie en France, au XXIe siècle, pour rien. Les principes fondamentaux dont vous êtes les garants vous obligent. La vie d’Adama Traoré, citoyen français, ne valait pas moins qu’une autre. Sa mort mérite des réponses ».

Kareen Janselme

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