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21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 19:32
Ian Brossat veut en finir avec les règles absurdes de l’Europe du fric (L'Humanité, 19 avril 2019)
Ian Brossat veut en finir avec les « règles absurdes de l’Europe du fric»
Vendredi, 19 Avril, 2019
« Journée marathon » ce jeudi dans le Val-de-Marne pour la tête de liste communiste aux européennes, Ian Brossat. Au programme,  incarner « l’Europe des gens » face à « l’Europe de l’argent », aux côtés des salariés et citoyens mobilisés du département. 
Faire le tour d’un département et de ses luttes: un challenge pour un candidat en campagne. Un défi qu’a voulu relever Ian Brossat, la tête de liste communiste pour les européennes, avec une « journée marathon » dans le Val-de-Marne ce jeudi. Première étape, le centre d’hébergement de migrants d’Ivry-sur-Seine. L’endroit n’est pas choisi au hasard. « Ce lieu est emblématique de l’accueil digne des migrants que nous défendons », explique Philipe Bouyssou, le maire communiste de la ville, peu avant le démarrage de la visite du candidat accompagné de ses colistiers, d’élus et parlementaires du département de ce centre qui en 2 ans a accueilli 3200 personnes. Le seul à disposer d’un centre de soin si développé et d’une école intégrée, rappelle Bruno Morel, directeur général d’Emmaüs, entre les allées de chalets qui composent les « six villages » du centre. Ici, Ian Brossat a un message à envoyer : « Depuis 2000, l’UE a consacré 5 milliards d’euros a renforcé les frontières. Non seulement ça ne fonctionne pas  mais si cet argent avait été utilisé pour l’accueil nous n’en serions pas là », défend le candidat, en référence aux campements où des migrants vivent dans des conditions déplorables, et plaidant également pour l’ouverture de « voies légales et sûres ». 
 
Un passage par le centre de soins et l’école, où le dialogue se noue avec quelques uns des 74 salariés, puis le cortège prend la direction de l’aéroport d’Orly. En route, le passage en tram devant Rungis donne l’occasion d’évoquer une autre lutte. En effet,  le train de Perpignan qui dessert le marché d’intérêt national  est menacé de suppression au risque de mettre 250 camions de plus sur les routes, dénonce Fabien Guillaud Bataille, secrétaire fédéral du PCF et élu régional. En cause, les 25 millions d’investissements nécessaires. « La banque centrale européenne a déversé 3000 milliards d’euros en 10 ans aux banques sans condition, réplique Ian Brossat. Nous, nous proposons  que cet argent serve à un fonds de financement de la transition énergétique et des services publics". C'est d'ailleurs le leitmotiv de la journée : l’argent est le nerf de la guerre. 
 
C’est la même logique que dénonce le candidat quelques minutes plus tard après avoir rejoint le cortège des salariés mobilisés contre la privatisation d’ADP (lire ici). « Ce n’est plus un président que nous avons c’est un commissaire priseur, il veut tout vendre », fustige-t-il avant de prendre la direction de Limeil-Brévannes. Là aussi des salariés sont en lutte : « L’austérité tue l’Hôpital. En grève », peut-on lire sur les grilles de l’établissement, principalement gériatrique, où 150 lits sont menacés. A l’initiative de la CGT et de Sud, les soignants mobilisés ont organisé un pique-nique. « On a de plus en plus de personnes âgées et de moins en moins de places pour accueillir. Il est hors de question de laisser la main au privé », tempête une syndicaliste CGT. Les événements des derniers jours ont encore fait grimper l’exaspération d’un cran, explique Barbara Filhol en marge du rendez-vous : « Quand je suis arrivée à la maison de retraite hier, raconte la candidate également cadre en Ehpad, mes collègues avaient toutes mis un gilet jaune. Alors qu’on nous dit qu’il n’y a pas d’argent, elles sont en colère de voir qu’en quelques minutes des centaines de millions ont été débloqués par les milliardaires et les grandes entreprises pour Notre-Dame. Il faut reconstruire, mais il y a encore une fois une forme de mépris à dégager si vite des thunes pour des pierres quand il n’y a jamais rien pour nous ». « Il n’y a pas une ville, un département, une région où je me suis rendu où je n’ai pas croisé de luttes pour défendre les services publics », constate Ian Brossat mettant en cause les « règles absurdes », comme celle des 3% de déficits « imposée par le traité de Maastricht », au nom desquelles « on casse les hôpitaux, les écoles, les gares, les maternités… ». 
 
Au pied du chantier du Grand Paris express à Champigny, il n’est pas question d’autre chose. « On a le chantier, on veut aussi un métro qui fonctionne correctement à la fin », explique Fabien Martin, membre d’un collectif d’habitants pendant le rassemblement qui s’est formé autour de la délégation communiste. « Cinq ans après la décision et 3 ans après le début du chantier, on remet en cause les dessertes voire le tracé de la ligne 15 sous prétexte de réduire de 3 milliards le coût total du Grand paris express. Or c’est un enjeu aussi bien pour la vie quotidienne des habitants, des salariés, que pour l’environnement », précise Christian Favier, président communiste du département. 
 
« Tous les jours, à chaque fois que nous réclamons des services publics supplémentaires ou un coup de pousse pour une aide social, on nous dit ce n’est pas possible il n’y a pas d’argent.  C’est comme cela que la France en 20 ans a perdu 40% de ses maternités. Sauf que la réalité c’est que de l’argent il y en a beaucoup », abonde Ian Brossat à Villejuif, devant la LCL dont le groupe, Crédit agricole, est « une des 30 banques systémiques qui font la pluie et le beau temps », précise Denis Durand, économiste du PCF. Un meeting s’organise en pleine rue. Reprendre le pouvoir dans les entreprises comme sur l’argent est ici au menu.  Après l’intervention d’une syndicaliste CGT, le vice-président du département, Pierre Garzon prend l’exemple du budget du Val-de-Marne : pour financer de nouvelles places en crèche ou encore les collèges « il a fallu emprunter. Les intérêts de cette dette représentent 17 millions pour 2019 seulement. C’est inacceptable, c’est une contre-partie non nécessaire à des dépenses indispensables. » Pour réorienter les crédits de la  BCE vers les services publics et la transition énergétique comme le propose le PCF, « il faudra  changer les traités européens, rappelle Denis Durand, mais cette bataille se mène aussi dans chacune de nos luttes ».
 
Après cinq rendez-vous en à peine sept heures, comment résumer le fil rouge de la journée ? « C’est celui de notre liste, on veut l’Europe des gens pas l’Europe de l’argent, on est au diapason du monde du travail, des luttes et des exigences de justice sociale », assure Benjamin Amar, candidat val-de-marnais. Malgré le seuil des 5% qui n’est pas encore attend dans les sondages,  ce prof d’histoire géo engagé à la CGT garde confiance : « pour le moment, notre voix passe certes au second rang mais il y a encore quelques temps on ne l’entendait pas du tout, elle pourrait finir par devenir un cri. » Pour mobiliser, Ian Brossat a encore un argument : « Saisissez-vous du bulletin rouge pour mettre un carton rouge à Macron et à l’ensemble des politiques libérales. »
Ian Brossat « Quand on accueille dignement, tout se passe bien »
Vendredi, 19 Avril, 2019

Alors que la mobilisation grandit contre les conditions faites aux migrants, Ian Brossat a défendu jeudi un modèle à l’inverse de la politique européenne de renforcement des frontières.

Peu avant de rejoindre les salariés d’ADP mobilisés à Orly (lire ci-contre), la tête de liste communiste pour les élections européennes, Ian Brossat, a fait halte à quelques kilomètres, à Ivry-sur-Seine. Première étape d’une « journée marathon » dans le Val-de-Marne, le centre d’hébergement de migrants de la ville a accueilli le candidat entouré de ses colistiers, des élus et parlementaires PCF du département. « Ce lieu est emblématique de l’accueil digne des migrants que nous défendons. C’est une sorte de sas qui leur permet de réparer les dégâts d’un parcours migratoire souvent terrible », explique Philippe Bouyssou, le maire communiste de la ville, peu avant le démarrage de la visite de ce centre qui, en deux ans, a accueilli 3 200 personnes. « Cette belle expérience prouve que, quand on accueille dignement, les choses se passent très bien. Encore faut-il l’organiser. Or, aujourd’hui, on se retrouve dans la pire des situations parce que le gouvernement ne le fait pas. Il faut multiplier sur l’ensemble du territoire ce type de structures », assure Ian Brossat.

En parcourant les lieux, on comprend pourquoi ils pourraient faire figure de modèle. Entre les logements en bois, on croise des yourtes dédiées aux activités sociales et aux trois repas servis par jour. « Organisé en six villages, c’est le seul centre à disposer d’un pôle santé si développé et d’une école intégrée », ajoute Bruno Morel, directeur général d’Emmaüs Solidarité. À l’instar des associations qui ont interpellé en début de semaine les candidats aux européennes sur le sauvetage des migrants en Méditerranée, il a aussi son message : « C’est un enjeu de solidarité européenne, il faut revoir les accords de Dublin ! lance-t-il. On n’est pas envahis, il faut le répéter, on est face à des personnes qui ne viennent pas pour consommer mais parce qu’elles fuient des drames. »

Une vision partagée par Ian Brossat : « On n’est pas moins digne de venir ici parce qu’on crève de faim que pour des raisons d’asile. Depuis 2000, l’UE a consacré 5 milliards d’euros à renforcer les frontières. Non seulement ça ne fonctionne pas, mais si cet argent avait été utilisé pour l’accueil, nous n’en serions pas là », a défendu le candidat, plaidant également pour l’ouverture de « voies légales et sûres ».

Julia Hamlaoui
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21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 17:38
Ouvrier métallurgiste à Saint-Saulve (Nord), représentant syndicaliste sur son lieu de travail.

Ouvrier métallurgiste à Saint-Saulve (Nord), représentant syndicaliste sur son lieu de travail.

Nacim Bardi, c’est « une des figures d’Ascoval, dit de lui La Voix du Nord. Il était en première ligne dans le combat des aciéristes ». Le journal parle encore d’ « ouvrier emblématique ». Dans son planning, Nacim Bardi accorde la priorité à la sauvegarde de son entreprise. Deux groupes (un anglais, un italien) ont fait des offres qui vont être mises à l’étude la semaine prochaine. Une nouvelle entrevue est prévue à Bercy avec Bruno Le Maire. Puis il y aura la décision du tribunal de Strasbourg. Et dans le même temps, le candidat Nacim Bardi est à fond dans la campagne des européennes. Sa candidature intéresse les médias. L’AFP a fait de lui un portrait qui est appelé à une large diffusion. Paris-Match est venu le rencontrer à l’usine. Vendredi il sera à France2 Nord. Il multiplie rencontres et porte-à-porte. Dimanche dernier il était à la braderie de Denain, présent sur le stand du PCF. Une ville ouvrière, Denain, où le FN a fait un carton. Alors il faut batailler, sur l’immigration et ce qu’elle apporte au pays, sur le caractère antisocial de Le Pen, sur les dangers de l’abstention aussi. Un porte-à-porte est prévu à Bruay. « Avec Marie-Hélène, avec Simon Agnoletti, on n’arrête pas de bouger, on a une équipe de campagne très dynamique, mobile. Faut assurer notre visibilité à tous les instants. » Un planning chargé, donc. Et des rencontres de « qualité », dit-il. Car il ne manque pas d’arguments, sur l’argent gaspillé par l’Europe, sur l’argent à mobiliser, des milliers de milliards, sur l’utilisation d’un fonds social européen. « Je ne suis pas carté, dit Nacim Bardi, mais le PCF, c’est le vrai parti de gauche », ajoute-t-il.

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21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 17:30
L'Humanité Dimanche: Ian Brossat à la Une, entretien exceptionnel sur les trois ruptures à engager pour sauver l'Europe!

La une de l'Humanité dimanche parue aujourd'hui.
Entretien avec Ian Brossat : trois ruptures pour sauver l'Europe.
➡️ A retrouver en kiosque ou à commander sur la boutique en ligne de l'Humanité : https://humanite.aboshop.fr/

Ian Brossat :  Trois ruptures pour sauver l'Europe
Jeudi, 18 Avril, 2019
Cédric Clérin - L'Humanité Dimanche

Alors que l’élection européenne a lieu le 26 mai, entretien avec la tête de liste de la liste PCF, Ian Brossat.

Ian Brossat, tête de liste communiste pour l’élection européenne, sillonne la France depuis plusieurs mois. Mais c’est le débat à 12 sur France 2, le 4 avril, qui l’a fait connaître du grand public. Claires, précises, concrètes, ses interventions et ses propositions lors de cette soirée l’ont imposé dans le paysage politique. Rencontre.

Après des mois de campagne, qu’est-ce que vous retenez de vos multiples rencontres ?

Ce qui me frappe le plus, c’est l’ampleur des mobilisations un peu partout dans notre pays sur l’enjeu des services publics. La question des maternités qui ferment, celles des hôpitaux, des bureaux de poste, des lignes de train qui disparaissent sont devenues un enjeu qui anime un nombre très important de nos concitoyens et qui permet de mesurer concrètement les conséquences des politiques d’austérité qui ont été appliquées depuis une vingtaine d’années dans notre pays. Et tout l’enjeu maintenant, c’est de faire le lien entre cette réalité vécue par des millions de gens et ces politiques d’austérité appliquées à l’échelle de l’Europe et de la France depuis trop longtemps.

Pour l’instant, ce lien ne se fait pas forcément, quand on voit le taux d’abstention qui s’annonce, comment mobiliser notamment les classes populaires ?

La première chose à rappeler, c’est que la règle des 3 % au maximum de déficit public qu’on nous a imposée depuis le traité de Maastricht conduit directement à la disparition des services utiles au quotidien. Moins de dépense publique, c’est moins de services publics.

Je rencontre aussi beaucoup de Français qui sont également dégoûtés par le cours actuel de l’Union européenne, mais se disent que c’est le combat de David contre Goliath et que le rôle du Parlement européen est assez dérisoire. Or la réalité, c’est que toutes les dispositions prises à l’échelle de l’Europe passent par un vote majoritaire au Parlement européen. Le rapport de forces à l’intérieur même du Parlement européen est absolument décisif. Un exemple : le traité budgétaire qui avait été négocié par Sarkozy et Merkel puis ratifié par François Hollande, contrairement à ses engagements de campagne, en 2012, avait une validité de cinq ans. Il est désormais caduc. Il sera à nouveau soumis au Parlement européen. Ce sera l’un des premiers votes sur lequel les futurs eurodéputés se prononceront.

Ce traité budgétaire sanctuarise les politiques d’austérité puisqu’il nous impose la fameuse règle d’or : pas plus de 0,5 % de déficit structurel. S’il est adopté, ce sera donc une nouvelle cure d’austérité. Une question concrète se pose donc : y aura-t-il des députés européens demain pour s’y opposer ? Y aura-t-il une majorité au Parlement européen pour rejeter ces politiques d’austérité en France ?

Au vu des critiques contre l’UE, pourquoi ne pas en sortir ?

Les règles actuelles de l’Union européenne ne nous conviennent pas. Cela dit, l’expérience britannique et les premiers pas vers le Brexit ne nous encouragent pas à emprunter une voie qui consisterait à sortir de l’Union européenne. Évidemment, il faut respecter le vote des Britanniques. Mais leur difficulté à sortir de l’UE témoigne du fait que les liens entre nos États sont si puissants qu’on n’en sort pas sans casse. Pour autant, il faut s’interroger sur les raisons qui font que les peuples d’Europe éprouvent de plus en plus de défiance vis-à-vis de l’Union européenne. Elle est devenue au fur et à mesure des années une gigantesque machine à produire de la régression sociale et à pourrir la vie des peuples. L’Union européenne ne pourra de toute façon pas continuer comme aujourd’hui. Soit elle change, soit elle mourra parce que le divorce entre les peuples de l’Union européenne sera tel qu’elle ne s’en remettra pas.

Face à la montée de l’extrême droite, pourquoi ne pas répondre à l’appel de la majorité à s’unir contre elle ?

Tout simplement parce que le nationalisme est l’enfant des politiques libérales. Ce sont les politiques libérales imposées à coups de latte par nos dirigeants européens qui conduisent les peuples à se tourner vers les nationalistes.

Il est par ailleurs mensonger de nous faire croire que l’extrême droite serait une alternative « sociale » aux libéraux. Il est temps de mener une opération vérité sur le vrai programme de l’extrême droite. Quand on regarde les positions défendues par Mme Le Pen en France, on s’aperçoit qu’elle est contre l’augmentation du Smic et qu’elle est contre l’augmentation de l’ISF.

Quand on regarde les votes des députés du Rassemblement national au Parlement européen, on s’aperçoit qu’ils ont défendu la directive sur le secret des affaires qui protège les multinationales contre les investigations, notamment celles des journalistes qui enquêtent sur la fraude fiscale. Leurs amis autrichiens ont mis en œuvre la semaine de 60 heures de travail et leurs amis italiens, Salvini en tête, grands patriotes devant l’Éternel, viennent de vendre le port de Gênes et le port de Trieste aux Chinois ! Et l’extrême droite voudrait nous faire croire que c’est avec eux qu’elle va, demain, construire l’Europe sociale et défendre la souveraineté des peuples ?

On voit là tout le danger qu’il y aurait à limiter le débat européen à un affrontement entre l’extrême droite et les libéraux.

Quelles propositions principales faites-vous pour changer cette Europe-là ?

Je dirais d’abord qu’il y a une logique globale avec laquelle il faut rompre. Aujourd’hui, l’Union européenne fonctionne à partir de deux dogmes. Le premier, c’est l’austérité et la fameuse règle des 3 % de déficit public à laquelle il est interdit de déroger, faute de quoi on peut être sanctionné. La deuxième, c’est la concurrence libre et non faussée. C’est d’ailleurs une drôle d’idée d’avoir créé une Union dans laquelle les peuples et les États ne sont pas là pour se serrer les coudes, mais dans laquelle ils passent le plus clair de leur temps à se tirer dans les pattes. Donc, il faut rompre avec les traités européens. Et c’est pour nous une exigence absolument majeure parce que ces traités européens portent en eux un ADN libéral.

Et concrètement, sur quels thèmes faut-il agir ?

D’abord, nous souhaitons que les travailleurs d’Europe puissent enfin vivre de leur travail. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas puisque, depuis dix ans, le taux de travailleurs pauvres en Europe est passé de 7 % à 10 %. Alors même que le produit intérieur brut au sein de l’Union européenne est passé de 15 000 milliards d’euros à 17 000 milliards d’euros. Nous avons produit plus des richesses et, dans le même temps, nous nous sommes appauvris.

Nous faisons une proposition très simple : un Smic européen fixé à 60 % du salaire moyen de chaque pays, ce qui reviendrait à un Smic français à 1 400 euros net. On est très loin de la proposition de Mme Loiseau qui, elle, reviendrait à établir le Smic français à 900 euros ! Notre volonté, c’est de construire une Europe dans laquelle on tire les travailleurs vers le haut.

Ensuite, nous voulons une Europe dans laquelle les services publics se développent, au lieu d’être en permanence sacrifiés. C’est la raison pour laquelle nous proposons une clause de non-régression sociale. La France avait développé, après la Seconde Guerre mondiale, un secteur public puissant, adossé à des entreprises publiques qui disposaient d’un monopole. C’était le cas dans le secteur de l’énergie, dans le secteur des transports, dans le secteur des télécoms. Tout cela a été sacrifié parce qu’on nous a imposé des directives de libéralisation. C’est un pan de notre identité nationale qui a été saccagé. On nous a imposé un moule libéral qui ne correspond ni à nos traditions, ni à nos valeurs.

Ils nous ont expliqué à l’époque que les usagers, désormais appelés « clients », bénéficieraient de cette libéralisation. Aujourd’hui, nous avons suffisamment de recul pour faire le bilan de ces directives de libéralisation. Et nous constatons que, par exemple, dans le domaine de l’énergie, cela a conduit à une hausse des tarifs de 70 %.

Confrontés à ce type de disposition, nous devrions pouvoir faire valoir une forme de droit de veto, une clause de non-régression. L’Union européenne doit accepter qu’en son sein puissent coexister des modèles économiques différents. Je suis persuadé que d’autres peuples, d’autres États européens profiteraient d’une telle disposition.

Vous évoquez régulièrement le rôle de la BCE…

Il faut en effet une troisième rupture sur la question de l’argent et de la répartition des richesses. La BCE, a versé depuis dix ans 3 000 milliards d’euros aux banques privées, sans la moindre condition. Cet argent-là serait beaucoup plus utile s’il allait vers les services publics, vers le bien-être des populations et vers la transition énergétique.

Par ailleurs, nous souhaitons une politique de fermeté absolue vis-à-vis de l’évasion et de la fraude fiscales, qui représentent 1 000 milliards d’euros à l’échelle de l’Europe. Il est temps que le Luxembourg, les Pays-Bas, Malte et l’Irlande, tous ces États qui nous pillent en nous privant de nos recettes fiscales, figurent sur la liste des paradis fiscaux établie par l’Union européenne. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas.

Quel rôle doit, selon vous, jouer l’Europe sur le plan international ?

L’UE nous a été vendue comme un moyen de faire face à la mondialisation libérale. Aujourd’hui, elle est devenue un accélérateur de cette mondialisation. Notamment en multipliant ces fameux traités de libre-échange qui conduisent à ouvrir nos frontières à n’importe quel produit, dans n’importe quelle condition sociale et environnementale. Donc, l’Union européenne serait utile si précisément elle remplissait sa promesse et si elle nous permettait, au contraire, de faire valoir un autre modèle que le modèle libéral défendu par les États-Unis.

Nous nous opposerons, comme nous l’avons toujours fait, aux traités de libre-échange. Nous proposons au contraire de relocaliser les activités en instituant une clause de proximité dans les marchés publics. Ce qui peut être produit en France doit être produit en France, et la commande publique doit y contribuer.

L’Europe, ça devait être également la paix. Aujourd’hui, c’est l’inverse : c’est la course aux armements. L’Union européenne impose aux États membres de consacrer 2 % de leur produit intérieur brut aux dépenses militaires. C’est bien la seule fois d’ailleurs que l’Union européenne nous fixe un objectif de dépenses. Jusqu’à présent, elle nous fixait essentiellement des objectifs d’économies dans le domaine de l’éducation ou de la santé, par exemple !

D’autre part, la fameuse défense européenne indépendante des États-Unis… est une vaste supercherie. La réalité, c’est que c’est Trump qui nous demande d’augmenter les dépenses militaires. Nous, nous sommes cohérents. Nous voulons l’indépendance. Et donc, la rupture avec l’Otan.

La droite a fait du refus de l’accueil des migrants son cheval de bataille…

L’Union européenne passe son temps à ériger des frontières et dépense des sommes colossales pour empêcher les migrants d’y entrer. En revanche, elle laisse les frontières grandes ouvertes aux fraudeurs fiscaux. Je propose l’inverse. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La fraude fiscale coûte 100 milliards d’euros par an en France. L’immigration nous rapporte 4 milliards d’euros par an. Car les étrangers présents en France travaillent, paient des impôts et des cotisations. Ce que je veux, c’est qu’on ferme les frontières aux fraudeurs fiscaux qui se comportent en parasites.

En revanche, pour ce qui est des humains, en l’occurrence des réfugiés, je considère que notre devoir est de les accueillir. Pas n’importe comment, pas de manière anarchique, mais de manière organisée, avec une clé de répartition à l’échelle de l’Union européenne.

Il n’est pas acceptable qu’un pays comme la Pologne, qui touche 12 milliards d’euros cash de l’Union européenne chaque année, puisse se dérober à toute forme de solidarité et laisse les pays du Sud gérer seuls une situation comme celle-là. Donc, oui. Il faut accueillir, il faut héberger. Il faut s’organiser pour cela.

Les électeurs de gauche sont dubitatifs devant la multiplication des listes et craignent que tout le monde ne soit perdant, qu’en pensez-vous ?

Je regrette cette dispersion. Le Parti communiste a tendu la main aux autres forces politiques de la gauche anti-austérité. Je regrette que cela n’ait pas abouti. Nous n’avons pas réussi le rassemblement par le haut. Nous avons donc cherché à construire un rassemblement par le bas. Nous avons décidé d’ouvrir très largement notre liste à des figures du mouvement social et associatif, puisqu’un tiers des membres de notre liste n’ont pas leur carte au Parti communiste. Ce sont des gilets jaunes, des cols bleus, des blouses blanches, des stylos rouges, des hommes et des femmes engagés dans le mouvement social.

Il faut néanmoins avoir l’honnêteté de reconnaître que toutes ces listes de gauche ne disent pas la même chose et n’ont en tout cas pas dit ou fait la même chose sur les enjeux européens. Le Parti communiste a ce grand atout dans cette campagne d’être constant et cohérent. Nous sommes une force politique qui, sur cette question, n’a jamais menti, ni jamais trahi, jamais fait croire à personne que nous construirions l’Europe sociale avec des traités ultralibéraux.

L’élection européenne, ce n’est pas non plus la fin de l’histoire. Une fois l’élection passée, il faudra bien que la gauche se reparle, si nous voulons construire une alternative à Macron et Le Pen. Il va bien falloir retrouver le chemin de l’unité et du rassemblement.

Après le premier débat télévisé, le 4 avril, que vous avez réussi selon tous les observateurs, sentez-vous une nouvelle dynamique sur le terrain ?

Je sens que depuis ce débat, il y a plus de monde dans les meetings, une mobilisation de terrain qui s’accroît, des sondages qui commencent à s’améliorer. Il va cependant falloir déployer une mobilisation puissance 10 d’ici le 26 mai, car beaucoup de Français vont se décider dans les derniers jours. Depuis 1979, il y a toujours eu des députés communistes au Parlement Européen et ils ont fait la preuve de leur utilité. Ils ont joué un rôle indispensable de lanceurs d’alerte.

Sans eux, le projet de Constitution européenne n’aurait jamais été diffusé dès 2003, soit deux ans avant le référendum victorieux. Sans eux, qui aurait relayé la mobilisation des dockers en 2003 et 2006 pour faire échec aux directives de libéralisation des services portuaires ? Sans eux, le programme européen d’aide alimentaire qui profite à 3 millions de Français aurait été purement et simplement supprimé. Et si nous avions été un peu plus nombreux, nous aurions fait échec au quatrième paquet ferroviaire, adopté à seulement 24 voix près, qui a abouti à la funeste loi sur la SNCF et à la fermeture des petites lignes. Il faut donc jeter toutes nos forces dans la bataille pour renforcer notre présence au Parlement européen.

Entretien réalisé par Cédric Clérin cclerin@humadimanche.fr

Comité de soutien finistérien à la liste aux élections européennes du PCF conduite par Ian Brossat: rejoignez le comité de soutien!

Ian Brossat: the best of du débat politique Européennes du 4 avril sur France 2 à revoir en vidéo

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21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 17:22
Portrait de candidate sur la liste du PCF conduite par Ian Brossat: Sarah Chaussy, 34 ans, agricultrice, conseillère municipale d'un village de 150 habitants en Ardèche
Portrait de candidate : Sarah Chaussy

Paysanne, elle est également conseillère municipale à Sceautres, petit village de 150 habitants en Ardèche.

Je précise que mon nom de jeune fille est Lamoine (il sera écrit à côté de mon nom d’épouse sur les bulletins de vote), et je pourrai même ici rajouter Schmer, le nom de ma grand-mère paternelle, pour la petite histoire que les communistes d’Ivry et Vitry reconnaîtront ! Car j’en suis originaire, mais l’amour m’a fait prendre un virage à 360°C il y a quinze ans maintenant ! Diplômée en travail social, je suis aujourd’hui éleveuse en Ardèche de porcs et brebis en plein air, avec lesquels je produits des charcuteries traditionnelles et innovantes, ainsi que de la viande d’agneau (d’actualité en cette veille de Pâque !), je commercialise en vente directe sur les marchés et magasins de producteurs. Je co-préside également une association de développement de l’agriculture durable : « autonome et économe », comme le veut la devise des CIVAM (Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural).

Du haut de ma montagne, la campagne pour les élections européennes fait son chemin au quotidien, à travers les sollicitations et les échanges avec mes voisin·e·s, des ruraux, dans mon réseau personnel bien sûr et professionnel, des paysan·ne·s, ainsi qu’avec mes clients. Cela donne lieu à de nombreuses prises de conscience chez ces citoyens de tous bords ! Ils connaissent mes principes humanistes et mes pratiques respectueuses de l’environnement. Cela développe une confiance en ce que le PCF défend aujourd’hui en matière d’agriculture de qualité et de maintien des services publics ! J’ai donc beaucoup d’espoir pour les résultats du 26 mai prochain !

J’ai assisté à plusieurs débats locaux et suis conviée, dans le courant du mois de mai, à rencontrer des camarades et des âmes encore à convaincre dans l’Ain et en Isère. Mes déplacements se jouxtent souvent à des visites de fermes inscrites dans une démarche d’agriculture durable et plus largement dans un projet de société plus social et solidaire ! Car, en effet, l’agriculture fait partie d’un tout, elle est le maillon qui relie nos campagnes à nos villes et qui nous rappelle sans cesse nos interactions, notre interdépendance ! Nous avons besoin d’eux pour vivre. Ils ont besoin de nous pour manger ! Cette complémentaire doit se réfléchir plus que jamais en bonne intelligence, à condition, bien sûr, de toujours garder comme grande finalité le principe de « l’humain d’abord ».

NON à l’Europe de l’argent, OUI à l’Europe des gens ! Alors votons le 26 mai pour la liste du PCF conduite par Ian Brossat et ses 79 candidats !

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21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 07:14

La fédération du Finistère du PCF organise un banquet pour la sauvegarde de l'Humanité le samedi 11 mai au Relecq-Kerhuon (salle de l'Astrolabe) entre 11h et 17h. 

De 11h à 13h: interventions sur l'actualité, l'importance, l'histoire de l'Humanité.

Expositions de Unes, d'Archives sur l'Humanité.

13h: repas (couscous, 14€)

14h-17h: Partie festive et musicale avec notamment la présence de CLAUDE COUAMME, PATRICIA PAULUS... 

Toutes les dons, les abonnements sont les bienvenus pour assurer l'avenir de notre journal, outil de culture, d'éducation populaire, de visibilité des luttes et des classes populaires absolument indispensable.

Réservation du repas: dupont.ismael@yahoo.fr / 06 20 90 10 52

 

1904-2019: 115 ans du journal de la gauche sociale, internationaliste, humaniste, marxiste: Les 1001 naissances de l'Humanité, par Cédric Clérin

Les 1 001 naissances de l’Humanité

Jeudi, 18 Avril, 2019

Cédric Clérin

Le journal fête ses 115 ans d’une histoire jalonnée de difficultés financières. La solidarité a permis de déjouer les multiples embûches politiques et économiques.

Dès le premier jour, Jaurès avait prévenu : « Faire vivre un grand journal sans qu’il soit à la merci d’autres groupes d’affaires est un problème difficile mais non pas insoluble. » Depuis 115 ans le journal, qui naît une première fois le 18 avril 1904, ne cesse de démontrer la pertinence des avertissements fondateurs.

À peine plus d’un an après sa première édition, l’Humanité connaît, à l’été 1905, ses premières difficultés. Tombé à 12 000 exemplaires vendus, l’existence du journal est déjà en question. La banque Rothschild fait même une proposition d’achat, rejetée par Jaurès. La direction est cependant contrainte à un projet de suppression de 15 postes et une réduction de moitié de l’enveloppe dédiée au paiement du personnel. Les salariés doivent consentir une réduction de salaire importante. Le congrès du Globe, qui a unifié les socialistes, s’est tenu en avril et sert de toile de fond à l’histoire éditoriale naissante. Objet de vifs débats, l’Humanité est alors dans le giron du Parti socialiste unifié sans en être l’organe central.

La seconde naissance en 1906

Situation politique instable, la situation économique est très difficile. Jules Renard, l’une des plumes du journal, écrit le 17 janvier 1906 dans son journal : « L’Humanité. C’est la fin : on lui a coupé l’électricité. Trois hommes font le journal. À la nuit tombante, ils attendent qu’on apporte les bougies. » Le 3 octobre 1906, soit à peine trente mois après le fameux « Notre but », Jaurès rédige un « Notre crise » qui lui fait douloureusement écho. « Maintenant, nos forces sont à bout, et si nous ne recevons pas une aide immédiate, nous succomberons au fardeau », écrit-il. « La brutalité de l’annonce suscite une importante émotion. On se mobilise en faveur du journal. Un nouveau regard est porté sur le quotidien », raconte l’historien Alexandre Courban. La mobilisation permet une seconde naissance : le 22 décembre 1906, la Société nouvelle du journal l’Humanité, qui édite encore le journal aujourd’hui, voit le jour. En janvier 1907, la première souscription individuelle est lancée pour ouvrir l’Humanité à « toutes les tendances, à toutes les idées, à toutes les forces du socialisme et du prolétariat organisé ». Les souscriptions des ouvriers, syndicats et coopératives sauvent le journal du naufrage. L’évolution du contenu éditorial avec davantage d’informations et d’actualité sociale lui permet d’élargir son public. De 40 000 exemplaires en janvier 1907, il passe à 88 000 exemplaires en décembre. Sous le contrôle éditorial de son directeur, le journal repart avec désormais le Parti socialiste comme actionnaire principal auquel il devient organiquement lié en 1911.

Républicaine socialiste à ses débuts puis socialiste, l’Humanité devient « journal communiste » après le congrès de Tours en 1920. « Il est une chose qui est restée immuable : c’est l’indépendance absolue du journal à l’égard des puissances d’argent », note Étienne Fajon, qui sera plus tard directeur du journal (1). Au long de cette décennie, le journal dénonce la guerre du Rif, l’occupation de la Ruhr, et se fait l’écho en France de la révolution d’Octobre. De saisies en procès, d’amendes en emprisonnements de ses dirigeants (Paul Vaillant-Couturier, son rédacteur en chef, est emprisonné pour avoir critiqué Mussolini), l’Humanité est assaillie de toutes parts.

En 1929, le gouvernement Tardieu fait occuper la Banque ouvrière et paysanne par la police, la met en liquidation et fait exiger par administrateurs judiciaires le paiement des dettes du journal. Rien ne semble pouvoir alors sauver l’Humanité. Son directeur, Marcel Cachin, lance l’appel à la constitution des comités de défense de l’Humanité (CDH). 1,5 million de francs sont collectés en quatre mois. Le journal est sauvé une nouvelle fois par ses lecteurs et ses soutiens.

La première Fête de l’Humanité en 1930

Les CDH se retrouveront l’année suivante lors de la première Fête de l’Humanité. Créée en pleine crise, elle deviendra un élément fondamental de rayonnement pour le journal en réunissant plusieurs centaines de milliers de participants au début septembre de chaque année au long de ses 83 éditions.

En 1939, la méthode pour faire taire l’Humanité est encore plus brutale : elle est interdite le 26 août en même tant que le Parti communiste. Qu’à cela ne tienne. L’Huma clandestine parait dès le 26 octobre 1939 et publiera 317 numéros tout au long de la guerre. « Huma ! Une pauvre Huma, un papelard, mal ronéotypé, mais l’Huma », comme le fait dire Aragon à Guillaume Vallier dans les Communistes. Ceux-ci font vivre leur journal au péril de leur vie tout comme les équipes du journal, dont une grande partie est assassinée par l’occupant ou la police de Vichy, dont Gabriel Péri et Lucien Sampaix. L’Huma renaît à nouveau au grand jour le 21 août 1944 sous forme d’une feuille recto verso qui coûte 2 francs. Au lendemain de la guerre, la loi Bichet permet une certaine égalité dans la diffusion de la presse et sanctionne les trusts d’avant-guerre, dont la plupart ont collaboré. Le pluralisme de la presse devient principe constitutionnel et l’Humanité comme les journaux de la Libération se voient garantir une place dans le débat public. Les grands éditeurs auront cependant tôt fait d’affaiblir la loi par un intense lobbying auprès des parlementaires (2).

Le 3 octobre 1948, la famille s’agrandit : la naissance de l’Humanité Dimanche permettra de donner la pleine mesure des CDH. En 1963 on en comptera 40 000 à travers le pays et un demi-million d’exemplaires vendus de l’hebdomadaire. Malgré de tels résultats, l’économie de la presse reste très compliquée et une souscriptio n est lancée cette même année pour boucler les comptes du journal. « La fabrication du journal (papier et impression) représente 60 % de ses dépenses. Il s’agit de frais incompressibles. Ni l’esprit d’initiative et la rigueur d’une administration scrupuleuse, ni le dévouement désintéressé de nos employés ne peuvent les compenser. L’Humanité a donc besoin d’aide », écrit Étienne Fajon en 1964. Pour garantir le pluralisme, son successeur, Roland Leroy, obtiendra de l’Etat, l’aide aux quotidiens à faibles ressources publicitaires.

Le défi des révolutions technologiques

En 1989, la chute du mur de Berlin sera un nouveau défi de taille pour le quotidien né quatre-vingt-cinq ans plus tôt et qui déjà doit affronter une crise de la presse qui s’aggrave. C’est par un plan social que le journal entame une décennie qui le verra cesser d’être l’organe central du PCF en 1994. Cinq ans plus tard, l’Humanité Dimanche est supprimée, un nouveau projet dont l’ambition affichée était d’élargir le lectorat de l’Humanité échoue et entraîne une nouvelle crise, avec à nouveau des conséquences sociales en 2001. La période qui s’ouvre alors est marquée notamment par de grands mouvements sociaux, le centenaire de 1904 et par la bataille contre le TCE (traité établissant une constitution pour l’Europe) de 2005, dans laquelle le titre se distingue. Le magazine, disparu, renaît en 2006 grâce à quelque 8 000 cofondateurs et touche plus de 70 000 lecteurs quelques mois après un lancement réussi. Un succès éditorial et financier qui n’empêchera pas l’Humanité de crouler sous les dettes qui l’obligent à vendre son siège, construit par Oscar Niemeyer en 1989. Grâce à la vente et à une souscription exceptionnelle, le journal est une nouvelle fois sauvé.

En 2019, placé en redressement judiciaire, le défi du journal de Jaurès est de réussir à trouver sa place dans une révolution technologique qui bouleverse les habitudes de lectures et nécessite des fonds importants. 90 % des médias sont possédés par 9 milliardaires qui peuvent éponger les pertes d’un modèle économique pour l’instant difficile à trouver. Comme, depuis 115 ans, l’Humanité peut survivre grâce aux efforts conjoints de ses équipes et du soutien indéfectible de ses lecteurs.

(1) En feuilletant l’Humanité 1904-1964. (2) L’Âge d’or de la corruption parlementaire 1930-1980, de Jean-Yves Mollier. Perrin, 2018.

Cédric Clérin

http://www.humanite.fr/

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21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 06:51
Le poète palestinien Tarik Hamdan au bar des Deux rivières samedi 20 avril - un échange sur la résistance des Palestiniens à l'invitation de l'AFPS et du Festival Les Possibles
Le poète palestinien Tarik Hamdan au bar des Deux rivières samedi 20 avril - un échange sur la résistance des Palestiniens à l'invitation de l'AFPS et du Festival Les Possibles
Le poète palestinien Tarik Hamdan au bar des Deux rivières samedi 20 avril - un échange sur la résistance des Palestiniens à l'invitation de l'AFPS et du Festival Les Possibles
Le poète palestinien Tarik Hamdan au bar des Deux rivières samedi 20 avril - un échange sur la résistance des Palestiniens à l'invitation de l'AFPS et du Festival Les Possibles
Le poète palestinien Tarik Hamdan au bar des Deux rivières samedi 20 avril - un échange sur la résistance des Palestiniens à l'invitation de l'AFPS et du Festival Les Possibles
Le poète palestinien Tarik Hamdan au bar des Deux rivières samedi 20 avril - un échange sur la résistance des Palestiniens à l'invitation de l'AFPS et du Festival Les Possibles

Avec le jeune poète palestinien Tarik Hamdan, né en 1984, également musicien et journaliste activiste d'une revue culturelle, poétique et politique de résistance à l'occupation (Filistin Ashabab), invité du festival "Les possible(s)" organisé par les éditions poétiques Isabelle sauvage de Plouneour-Ménez, et par l'AFPS au Bar des Deux rivières à Morlaix.

Son premier recueil de poésie en arabe a été publié en 2011: Hayna Kuntu Haywanam Mânâwiyam (Quand j'étais un spermatozoïde). Ses poèmes ont été traduits en espagnol, en français, en coréen, ainsi qu'en néerlandais. Son premier recueil en français, Rire et gémissement, a paru en mai 2018 aux éditions Plaine Page.

Rachel et François Rippe co-animaient la rencontre avec Tarik, et Claude Bonnard a lu deux très beaux poèmes du jérusalemite en exil contraint qui a eu des mots très durs sur l imposture des accords d'Oslo et sur l'autorité palestinienne actuelle qui n'obtient rien de sérieux pour son peuple et collabore avec l'occupant ou du moins lui facilite le travail de contrôle.

Tarik a parlé de la volonté des Israéliens d'effacer les traces de la culture et de la vie palestinienne, du mythe sioniste de la "table rase" (un désert avec quelques bédouins) sur lequel se serait construit Israël, il a défendu le boycott de L’État colonial et de ses représentants comme seule arme efficace avec l'effort d'unification des palestiniens et la résistance culturelle pour contrer l'oppression coloniale. Il a parlé des centaines d'intellectuels et artistes, poètes, tués par les Israéliens depuis 1948, la culture de l'ennemi étant une cible privilégiée pour asseoir une fausse supériorité. 

Une rencontre très intéressante avec un artiste engagé dans la résistance culturelle et ouvert sur le monde qu'il juge globalement peu sensible a la cause des droits bafoués du peuple palestinien. Tarik Hamdan fera des lectures de ses poèmes ce dimanche à 14h30 au café librairie "L'autre rive" à Berrien.

Photos Ismaël Dupont, 20 avril 2019

Le poète palestinien Tarik Hamdan au bar des Deux rivières samedi 20 avril - un échange sur la résistance des Palestiniens à l'invitation de l'AFPS et du Festival Les Possibles
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21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 06:29
L'Humanité a 115 ans - lui construire un chemin d'avenir, par Patrick Le Hyaric, 17 avril 2019
L’Humanité a 115 ans 

Il y a 115 ans aujourd’hui l’Humanité imaginé par Jean Jaurès et son ami, le bibliothécaire de l’Ecole Normale Lucien Herr sortait pour la première fois des presses. Le « journal socialiste quotidien » avait alors pour mission de seconder et d’appuyer l’effort d’unification du mouvement ouvrier, éclaté en chapelles et tendances, quand la classe ouvrière gagnait en cohérence et cohésion. Dès les premiers mois et premières années, fidèle à son serment d’indépendance, le journal dû faire face à d’immenses difficultés, manquant de disparaitre à plusieurs reprises. Trait d’union entre les mains ouvrières pour donner à comprendre le monde et pouvoir le transformer, il parvint malgré les difficultés à réaliser ses missions.

La dynamique historique et mondiale du communisme que l’Humanité épousa dès les lendemains du congrès de Tours en 1920, contribua à relancer ce journal qui s’engagea ardemment et souvent en première ligne dans les luttes égalitaires et libératrices du siècle dernier : Front populaire, Résistance, luttes anticoloniales… Acteur de victoires décisives dont la libération de Nelson Mandela, creuset des combats contre le capitalisme dévastateur, l’Humanité a toujours cherché à donner corps et chair au souhait formulé par Jean Jaurès de « travailler à la réalisation de l’humanité ».

L’Humanité renoue aujourd’hui avec ses difficultés originelles, manquant cruellement des ressources nécessaires pour faire vivre, avec l’ambition dont nous ne nous sommes jamais départis, ses titres, son site internet et sa grande fête annuelle. C’est au fond le destin d’un journal de lutte et d’alternative que d’affronter les embuches et les pièges. Mais aujourd’hui ceux-ci redoublent d’intensité. C’est la notion même de pluralisme qui s’effondre devant l’offensive capitalistique dans le secteur des médias et la pusillanimité de la puissance publique. La procédure de redressement judicaire à laquelle nous faisons face en est la traduction inédite et brutale.

Mais nous ne manquons pas d’atouts pour affronter les périls, au premier rang desquels la communauté de nos lecteurs fidèles, précieux, attentifs et dévoués qui contribuent régulièrement à abonder les campagnes de souscriptions indispensables pour assurer notre trésorerie et permettre nos parutions quotidiennes et hebdomadaires. Nous ne saurons jamais assez les en remercier.

Aujourd’hui, dans un secteur de l’information et de la presse écrite chamboulé, L’Humanité, ce trésor du mouvement émancipateur, relai des idées communistes, et foyer des débats critiques, continue d’œuvrer au rassemblement des forces sociales, politiques, syndicales associatives et citoyennes qui refusent la fatalité d’un monde inhumain et travaillent à l’émergence d’un alternative. Garantir la pérennité de ce combat est un travail de longue haleine entamé au cœur des rédactions mais aussi avec nos lecteurs et amis engagés dans la grande campagne d’abonnement que nous venons de lancer et qui commence à porter ses fruits.

L’avenir de l’Humanité est, en somme, l’affaire de toutes et tous. C’est l’utilité de ses combats et l’originalité de ses choix éditoriaux qui doivent permettre sa diffusion la plus large possible, notamment auprès des jeunes générations avides de construire un monde d’égalité sociale, politique, écologique et démocratique. Notre engagement commun est la plus sûre garantie pour que vive l’Humanité et souffler avec elle de nombreuses autres bougies d’anniversaire.
Éditorial. Un chemin d’avenir pour l’Humanité
Jeudi, 18 Avril, 2019

L’Humanité fête aujourd’hui ses 115 ans en affrontant de redoutables difficultés financières. Ce n’est certes pas la première fois qu’elle combat pour sa survie, de l’appel poignant de Jean Jaurès, le 5 octobre 1906, contre le « déficit qui nous écrase », à celui de Marcel Cachin, en 1929, quand le gouvernement d’alors prend « l’Humanité à la gorge », en passant par celui de Roland Leroy alors que s’avance « une crise de la presse ». À chaque fois, les lectrices et lecteurs, des syndicats, des mutuelles, des associations, des personnalités diverses, les organisations communistes se sont portés au chevet du journal, lui permettant de continuer à vivre.

C’est la force de l’Humanité d’être ainsi adossée à une force militante et, plus généralement, au mouvement populaire et culturel. Elle se manifeste en ce moment même avec une collecte de souscriptions qui dépasse 2,2 millions d’euros depuis la mi-janvier, la réalisation de plus de 4 000 nouveaux abonnements, une augmentation de 3 % des ventes chez les marchands de journaux, l’organisation dans tous les départements de rencontres festives, banquets et débats publics sur l’utilité de la lecture de nos journaux.

Cet effort doit être poursuivi et amplifié. Être placé sous la protection du tribunal de commerce et devoir présenter un « plan de redressement » n’a rien de banal. Le contexte de production des journaux est bouleversé : pillage des contenus par les géants du numérique combiné à la baisse drastique des recettes publicitaires, augmentation régulière des coûts de production, baisse des recettes de ventes et d’abonnements, mutation profonde du secteur de la presse entre concentrations et rachats par des puissances industrielles et financières extérieures à la France, changement des modes de lecture de l’information avec les développements numériques, crise de la distribution, diminution depuis neuf ans des aides publiques au titre de quotidien à faibles ressources publicitaires.

C’est dans cet environnement hostile que doit se mouvoir, se débattre et combattre l’Humanité, seul organe de presse quotidienne nationale non adossé à un groupe financier ou industriel. Ce contexte oblige l’Humanité à se réinventer pour être plus et mieux au service des combats des peuples pour leur émancipation, porter la voix des invisibles, promouvoir l’unité populaire contre les divisions et la guerre organisée de tous contre tous, faire circuler les idées alternatives et animer l’offensive contre les idées néoconservatrices et d’extrême droite.

Pour être plus efficace, les rédactions de l’Humanité et de l’Humanité Dimanche vont travailler ensemble pour alimenter chacun de nos supports, à commencer par la plateforme numérique appelée à être plus réactive. L’Humanité décryptera les informations et devrait accueillir plus de reportages. L’Humanité Dimanche s’attachera à donner plus de recul, plus de profondeur aux sujets sociaux, politiques, culturels, internationaux, tout en étant plus proche de la vie quotidienne.

Notre objectif est de mieux servir les lectrices et lecteurs, tout en se lançant l’impérieux défi de conquérir un lectorat nouveau. Nous tentons également de créer pour les prochains mois une « plateforme collaborative » sur les enjeux du travail, avec la participation de syndicalistes, de salariés, d’une multitude de penseurs et de chercheurs de différentes disciplines.

115 ans, c’est l’heure pour l’Humanité de surmonter ses lourdes difficultés et de tracer de nouveaux chemins pour son avenir. Le combat est difficile. L’amplification de la campagne de dons et la proposition faite à chacune et chacun de réaliser un abonnement vont permettre d’ouvrir la voie du redressement. L’Humanité a un avenir grâce à son indépendance et sa spécificité de journal de création communiste, hérité d’une histoire riche au service de la classe ouvrière, des créateurs, de la souveraineté populaire et de la paix. Le mouvement populaire a plus que jamais besoin de l’Humanité, car, comme l’écrivait Jaurès, « la réalisation de l’humanité » est plus que jamais à l’ordre du jour.

Par Patrick Le Hyaric Directeur de l’Humanité
Patrick Le Hyaric à Roscoff avec Glenn Le Saoût et Cindérella Bernard, candidats aux Européennes du PCF comme lui, et le propriétaire du restaurant bar C'est ici sur le Port de Plaisance

Patrick Le Hyaric à Roscoff avec Glenn Le Saoût et Cindérella Bernard, candidats aux Européennes du PCF comme lui, et le propriétaire du restaurant bar C'est ici sur le Port de Plaisance

L'Humanité a 115 ans - lui construire un chemin d'avenir, par Patrick Le Hyaric, 17 avril 2019
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21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 06:18
Commerce. Un accord avec Trump discuté en catimini
Jeudi, 18 Avril, 2019

En pleine campagne pour les élections européennes, les ministres de l’Agriculture de l’Union européenne ont décidé la reprise de pourparlers avec les États-Unis.

Le traité transatlantique, cet accord de libre-échange et libre investissement abandonné à l’arrivée de Donald Trump au pouvoir en 2016, revient par la petite porte. Un accord commercial entre les États-Unis et l’Union européenne sera discuté, comme l’exige le locataire de la Maison-Blanche depuis un an. Et les émissaires de l’Union européenne (UE) négocieront le pistolet sur la tempe. La semaine dernière, Donald Trump avait signifié qu’il taxerait pour 11 milliards de dollars de produits européens, notamment dans le secteur automobile, une activité cruciale pour l’Allemagne. Lundi, cédant à la menace protectionniste de Washington, les ministres de l’Agriculture de l’UE ont voté à la majorité qualifiée le lancement de tels pourparlers, qui ne concerneront cette fois-ci que le volet du commerce des biens – en sont exclus les services et les investissements. Seul le ministre français, Didier Guillaume, a voté contre, tandis que son homologue belge s’abstenait (voir encadré).

Les Européens sont sur la défensive. Ce n’est pas nouveau. En 2018, Donald Trump augmente les droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium. Un mois plus tard, le 25 juillet, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, tente d’amadouer Donald Trump pour qu’il n’aille pas plus loin. Il lui promet des discussions sectorielles, l’augmentation des importations de soja américain ainsi que de gaz naturel liquéfié. Il obtient alors un sursis sur d’autres hausses de droits de douane. C’est ce délai qui a été remis en cause par Washington la semaine dernière.

Si jusqu’alors il n’y avait pas de tractations, c’est que Washington avait fixé, comme préalable à des discussions sur les produits industriels, l’ouverture de pourparlers en matière agricole. Les Européens se sont rangés, lundi, aux arguments de Donald Trump. Tout le problème est qu’ils n’ont pas défini de lignes rouges.

Or, cela aura des répercussions, s’inquiète la porte-parole de l’association altermondialiste Attac, Aurélie Trouvé. Cela pourrait se traduire par de « nouvelles importations de soja OGM » – qui ont déjà bondi de plus de 100 % depuis juillet 2018 et qui fournissent le bétail en protéines végétales. La feuille de route des autorités américaines est claire : ils entendent mettre fin aux droits de douane en matière agricole, mais également tordre le bras des Européens pour faire accepter les normes américaines… Bienvenue au bœuf aux hormones et autres bizarreries made in USA. À cela s’ajoute, selon la dirigeante d’Attac, le forcing de Washington pour accroître ses exportations énergétiques, au détriment d’une transition verte sur le Vieux Continent.

Membre du parti italien de la Refondation communiste et engagée contre le traité transatlantique, l’eurodéputée Eleonora Forenza voit dans ces discussions une « blessure pour la démocratie et la santé des citoyens ». Au cœur des accords commerciaux de nouvelle génération, on trouve une remise en cause des normes européennes. Si accord il y a, ces dernières ne seront plus définies « par le Parlement, mais par des comités bilatéraux techniques ».

Tout à sa technique du « deal », Donald Trump se fera fort d’imposer ses conditions, face à des Européens désarmés et qui restent engoncés dans une stratégie de libre-échange dont n’ont que faire les puissances américaine et chinoise. La décision de lundi s’inscrit dans « l’accélération des logiques de marché », dénonce Marie-Pierre Vieu, députée européenne PCF. Lors des cinq dernières années, le PCF, la France insoumise, les Verts et Génération.s se sont opposés aux traités de libre-échange. Et cette question sera à nouveau au centre des élections européennes. Élire « des députés européens communistes est un moyen d’adresser une fin de non-recevoir aux traités néolibéraux et de libre-échange », assure Marie-Pierre Vieu. Bloquer les accords de libre-échange n’est pas impossible. En mars, déjà, le Parlement actuel n’a pas trouvé de majorité pour voter le mandat de négociations de la Commission. Outrepassant cette absence de consensus, les ministres ont donné le feu vert aux pourparlers lundi. La Commission, qui discutera avec les émissaires américains en catimini pendant l’été, espère, elle, une entente avec Washington d’ici au 31 octobre. Le Parlement aura alors à se prononcer. Le 26 mai, chaque voix comptera pour empêcher le retour du traité transatlantique.

Gaël De Santis

La pirouette de Macron

Le ministre de l’Agriculture français a été le seul, lundi, à voter contre l’ouverture de négociations commerciales avec les États-Unis. Il s’agirait, selon Emmanuel Macron, de tenir une promesse : ne pas signer de traité de libre-échange avec un pays qui ne respecte pas l’accord de Paris sur le climat. En réalité, les émissaires français à Bruxelles n’ont pas cherché à former un bloc pour empêcher l’ouverture de pourparlers. Maxime Combes, qui suit les négociations pour l’association Attac, voit dans la démarche du président français une « manœuvre électoraliste ».

Commerce. Un accord avec Trump discuté en catimini
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21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 06:15
Alexandrie, août 2018 - photo Ismaël Dupont

Alexandrie, août 2018 - photo Ismaël Dupont

Moyen-orient. Al Sissi assoit sa dictature en Égypte
Mercredi, 17 Avril, 2019

Les députés égyptiens ont offert hier les pleins pouvoirs au maréchal-président, qui pourrait régner jusqu’en 2030. Un référendum sur le sujet sera soumis au peuple.

Le Parlement égyptien, très largement acquis au président Abdel Fattah Al Sissi, a voté hier matin, au Caire, une révision constitutionnelle donnant la possibilité au maréchal, arrivé au pouvoir via un coup d’État militaire en juillet 2013, de prolonger son bail jusqu’en 2030. L’article 140 lui permet en effet d’étendre son second mandat (1) de quatre à six ans, portant son terme de 2022 à 2024. Le texte offre aussi au dirigeant égyptien le choix de se représenter une troisième fois. Pour beaucoup d’observateurs, ce tour de passe-passe juridico-politique ouvre la voie à une véritable dictature dans un pays qui en porte déjà tous les stigmates. Chantre de la stabilité et de la lutte antiterroriste auprès des chancelleries occidentales, Abdel Fattah Al Sissi, 64 ans, est souvent accusé par les ONG de graves violations des droits humains : torture, disparitions forcées, record d’exécutions capitales, emprisonnement d’opposants, musellement de la presse.

Au siège de la Fédération internationale des droits de l’homme (Fidh) de Paris, où se tenait à la même heure une conférence de presse, c’était tout l’enjeu des débats. D’après les chiffres de Human Rights Watch, 60 000 « prisonniers d’opinion remplissent les geôles égyptiennes », a rappelé Claire Talon, spécialiste du monde arabe. La chercheuse basée au Caire est aussi revenue sur d’autres points chauds de cette révision constitutionnelle, notamment la nomination du procureur général qui se fera désormais à la discrétion du président. Sissi conduira aussi le Conseil judiciaire, lui permettant d’influer sur la nomination des juges. « Autrement dit, d’État autoritaire, l’Égypte glisse petit à petit vers un État totalitaire », conclut Claire Talon.

Également présent dans les bureaux de la Fidh, Alain Gresh, spécialiste de l’Égypte et fondateur du journal en ligne Orient XXI, en a profité pour rappeler que la consultation populaire à venir sur le sujet n’était qu’un cache-sexe utilisé par le régime égyptien. « Si vous allez au Caire aujourd’hui, vous y verrez bon nombre d’affiches promouvant le référendum et l’amendement constitutionnel. En revanche, toute distribution de tracts anti-réforme est prohibée. Quiconque s’y risque termine en prison », précise-t-il. Près de 120 personnes appartenant à des partis d’opposition légaux et à d’autres groupes pro-démocratie auraient été arrêtées ces derniers jours.

Paris accompagne l’architecture du régime répressif égyptien

Le politologue a également rappelé les responsabilités de la France dans cette dérive dictatoriale. « Je ne dis pas qu’il faille couper les ponts avec l’Égypte d’Al Sissi. Mais il y a des lignes à ne pas dépasser. Il y a dix ans, Alain Juppé exprimait son regret de ne pas avoir plus insisté sur les droits humains avec certains pays. Aujourd’hui pourtant, au nom de la lutte contre le terrorisme, Paris commet la même faute. Pour ma part, je ne cesse de m’étonner de voir un homme, Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, se muer en VRP de nos industries militaires… Cet homme semble porter un amour sans bornes à l’égard d’Al Sissi, qui d’ailleurs le lui a bien rendu en le décorant en 2017… »

Depuis sa prise de pouvoir en 2013, le despote égyptien a, il est vrai, largement profité de l’« accompagnement » de l’Élysée. « Paris a littéralement coconstruit l’architecture du régime répressif d’Al Sissi », rappelait dans nos colonnes, le 27 février dernier, Tony Fortin, de l’Observatoire des armements. « Par exemple, la France a privilégié la fabrication de blindés Sherpa, qui ont été testés dans les rues du Caire lors de manifestations pacifistes. »

Un soutien que le peuple égyptien n’attendait pas venant du pays des droits de l’homme. « N’êtes-vous devenus que des vendeurs d’armes ? Êtes-vous bien sûrs de vouloir continuer à soutenir une dictature ? Tout cela est-il véritablement en corrélation avec vos valeurs ? » Telle fut la triple question posée hier par l’acteur égyptien Amr Waked, de passage à Paris avec le comédien Khaled Abol Naga. Les deux hommes sont venus présenter le lancement officiel d’une nouvelle ONG égyptienne, regroupant activistes des droits humains et de la société civile en exil, l’Egyptian Human Rights Forum. Une initiative dont ils paient déjà le prix fort. Pour avoir voulu critiquer le régime de Sissi, les deux artistes sont sous la menace d’une déchéance de nationalité.

(1) Sissi a été élu pour la première fois en 2014. Et une seconde fois avec 97 % des voix en 2018.
Stéphane Aubouard
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21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 06:12
Union européenne. Juncker, le charlatan de l’Europe sociale
Vendredi, 19 Avril, 2019

À l’heure des adieux, le président de la Commission se gargarise de « progrès en matière sociale » qu’il est tout de même assez seul à déceler…

Il vaut toujours mieux écrire sa légende soi-même. Roublard comme il est, Jean-Claude Juncker le sait pertinemment. À quelques semaines des élections européennes et, dans la foulée, de la mise en place d’une nouvelle Commission, le président de l’institution bruxelloise s’est, entre embrassades, accolades et bises à l’heure des adieux, employé à le faire, mercredi, dans l’hémicycle du Parlement européen, délivrant son propre éloge en guise de bilan. « Dans l’histoire parlementaire de l’Europe, jamais autant de progrès ne furent faits en matière sociale, qui fut pendant de trop longues années le parent pauvre de la construction européenne », ose ainsi le chrétien-démocrate luxembourgeois devant les députés. Début avril, au micro de la RTBF, la radio de service public belge, Juncker ajustait déjà un maquillage le repeignant en héraut du peuple en souffrance face à des élites indifférentes : « Tout le monde dit que l’Europe doit être sociale, mais le courage politique d’aller au-delà n’est pas là », regrettait-il en appuyant bien sur son amertume.

En 2014, en arrivant au Berlaymont, le siège de la Commission à Bruxelles, après les mandats de José Manuel Barroso, Jean-Claude Juncker a décelé le champ sur lequel il entendait se couvrir d’honneurs. Rattaché au grand groupe de droite (PPE) où les ordolibéraux allemands de la CDU et de la CSU sont hégémoniques, longtemps responsable des politiques de concurrence fiscale parmi les plus agressives en tant qu’ex-ministre des Finances puis premier ministre du Grand-Duché du Luxembourg, il a choisi, au prix d’un faux paradoxe, de s’inscrire dans les pas du socialiste français Jacques Delors, grand artisan de l’Acte unique dans les années 1980. Sur fond de crises des dettes souveraines et de l’euro, endiguées au prix d’une austérité générale et d’une casse sociale dans de nombreux pays de l’Union européenne, Juncker a eu cette trouvaille : au triple A, économique et financier, des agences de notation, il allait opposer, croix de bois, croix de fer, un « triple A social » pour l’Europe.

Aucune harmonisation sociale par le haut pour les Européens

Mais, derrière ce concept de marketing politique aussi alambiqué que fumeux, cinq ans plus tard, les résultats sont très minces pour le champion autoproclamé de « l’Europe sociale ». La grande œuvre de Jean-Claude Juncker demeurera le « socle européen des droits sociaux ». Proclamé en grande pompe, malgré la défection notable d’Angela Merkel, lors d’un « sommet social » de l’Union européenne à Göteborg (Suède) en novembre 2017, ce texte n’a pas la portée que son titre, un brin fallacieux, lui donne. Ce que pressent d’ailleurs le président de la Commission sur le moment. « C’est une longue liste d’intentions, de convictions et de principes, admet-il à l’époque. Mais je ne voudrais pas que ce sur quoi nous nous sommes mis d’accord soit considéré par les beaux esprits, qui sont nombreux, comme un poème. Ce n’est pas un poème, c’est un programme : programme de principe d’abord, programme d’action ensuite. »

Dans les faits, sur les 20 « principes et droits » qui composent ce nouveau « pilier social » de l’Union européenne, aucun n’a de caractère contraignant, donc ne permet d’avancer vers une réelle harmonisation sociale par le haut pour tous les citoyens européens. Tout un poème, donc, au bout du compte, comme feignait de le redouter le président de la Commission ! En dehors de cet affichage, Juncker ne peut guère se prévaloir de grandes réussites, bien au contraire. Alors que, dans le secteur des transports routiers, la dérégulation continue de mettre en danger des milliers de travailleurs sur les routes, il n’a globalement rien contré du dumping social à travers le travail détaché. Sur l’égalité entre les hommes et les femmes, son congé parental a été largement vidé de sa substance sous la pression de la France d’Emmanuel Macron, au motif qu’il pourrait être trop coûteux… Aujourd’hui, dans la dernière ligne droite de son mandat, la Commission qu’il préside envisage, pour contourner les obstacles, d’essayer de faire passer certaines compétences sociales, comme la lutte contre les discriminations ou les politiques en matière de protection sociale – ce qui inquiète, d’ailleurs, les Scandinaves qui, attachés à leur niveau élevé de protection sociale, redoutent un nivellement par le bas –, de l’unanimité à la majorité qualifiée des États membres.

Loin de son storytelling flûté, un épisode, en particulier, permet de mesurer la profondeur de l’esbroufe sociale du président de la Commission : c’est évidemment le sort réservé au gouvernement Syriza en Grèce, au premier semestre 2015. Dès qu’Alexis Tsipras prend le pouvoir, avec ses ambitions de rupture avec l’austérité et de mise en avant d’une Europe refondée sur la base des aspirations sociales et populaires, Juncker éructe dans le Figaro : « Dire que tout va changer parce qu’il y a un nouveau gouvernement à Athènes, c’est prendre ses désirs pour des réalités. Il ne peut pas y avoir de choix démocratique contre les traités européens. »

Le président de la Commission – partie prenante de la troïka – tiendra la ligne de l’étranglement du gouvernement récalcitrant. Quelques années plus tard, Juncker finira par admettre qu’en imposant dans le mémorandum austéritaire infligé aux Grecs des restrictions drastiques en matière de négociation collective, il foulait aux pieds la Charte européenne des droits fondamentaux et il ne l’ignorait même pas, se réfugiant derrière des arguties juridiques sur le fait que les programmes d’austérité ne découlent pas directement du droit européen et n’ont donc pas l’obligation de respecter ses principes fondamentaux… Une manière, au fond, de renvoyer le social à sa juste place en Europe, selon lui : celle d’un mirage qui s’estompe toujours à l’horizon…

Thomas Lemahieu
Union européenne. Juncker, le charlatan de l'Europe sociale (Thomas Lemahieu, L'Humanité, 19 avril 2019)
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