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28 avril 2019 7 28 /04 /avril /2019 07:06
Alaa El Aswany, grand écrivain égyptien : Je dirai encore ce que je pense, je n'ai pas peur du maréchal Sissi (entretien avec Muriel Steinmetz, L'Humanité - 26 avril 2019)

A lire - J'ai couru vers le Nil - de Alaa El Aswany: le roman des illusions perdues de la révolution egyptienne

Alaa El Aswany : « Je dirai encore ce que je pense, je n’ai pas peur du maréchal Sissi »
Vendredi, 26 Avril, 2019

Le grand romancier égyptien, censuré dans son pays, est sous le coup de poursuites devant un tribunal militaire. Il évoque ici sa situation et en appelle à la solidarité internationale. Samedi 27 avril, il participe à un débat à la Grande Halle de la Villette, sur le thème « Changer d’histoires pour changer l’Histoire ».

L’écrivain égyptien Alaa El Aswany (né en 1957) est à ce jour l’un des romanciers les plus connus du monde arabe, où sa voix est écoutée par tous. L’Immeuble Yacoubian (paru en français en 2006 chez Actes Sud) l’a rendu célèbre à l’échelle internationale, d’autant plus qu’il a été porté à l’écran. Lorsqu’il vivait encore en Égypte, il y a peu, il exerçait la profession de dentiste (en tant que spécialiste de la porcelaine et de la chirurgie des tissus). C’est dire s’il connaît de l’intérieur le peuple de son pays, ouvriers y compris. Dans les années 1990, il a travaillé six ans durant, à raison de deux ou trois fois par semaine, comme dentiste à l’usine. Malgré la censure, si ses livres sont lus par beaucoup, c’est surtout par des jeunes gens et des femmes voilées. Lors d’un entretien paru à l’occasion de la sortie de son recueil de nouvelles J’aurais voulu être égyptien (Actes Sud, 2009), où il affirmait clairement sa philosophie sous la forme d’une profession de foi anti-obscurantiste, il nous révélait son rituel du matin au Caire : « Je m’impose une discipline de fer. À six heures trente, je glisse la clé dans la serrure. Je prépare trois tasses de café d’avance pour garder la concentration. Je me mets à écrire jusqu’à dix heures trente environ. Je ne peux pas créer sans musique, donc j’écoute soit Oum Kalsoum, soit Édith Piaf. Quand j’écris des nouvelles, elles me tombent sur la tête comme des pommes. Avec le roman, c’est différent. Il faut écrire tous les jours pour le découvrir. »

Chroniqueur et romancier engagé, Alaa El Aswany a pris une part active lors des printemps arabes. Membre fondateur du mouvement d’opposition Kifaya (ça suffit !), il a participé avec ferveur au mouvement dit de la place Tahrir. J’ai couru vers le Nil (Actes Sud), son dernier roman, objet de toutes les censures, brasse avec vigueur la réalité contradictoire des événements de 2011, soit un grand élan d’espoir né dans la partie éclairée de la jeunesse, suivi d’une terrible désillusion et d’une répression féroce. Toutes les strates de la population y sont présentes ; jeunes amoureux révolutionnaires épris de liberté, général tortionnaire qui se rend fidèlement à la mosquée, ouvriers occupant leur usine, tableaux de groupes… Héritier d’une grande lignée de conteurs arabes, Alaa El Aswany, écrivain d’une trempe exceptionnelle, répond à nos questions.

Vous êtes poursuivi pour vos écrits par un tribunal militaire égyptien. Quels sont les motifs invoqués ?

Alaa El Aswany Dès que Abdel Fattah Al Sissi est arrivé au pouvoir, les problèmes ont commencé. La semaine même de son arrivée, j’ai été interdit d’antenne à la télévision. Quinze jours plus tard, je n’ai plus pu écrire dans les journaux égyptiens. Très vite, ils ont suspendu le séminaire littéraire que j’organisais depuis vingt ans. Je n’ai pu publier mon dernier roman en Égypte, il est sorti au Liban. On m’attaque sans cesse dans les médias. On me présente comme un homme qui serait contre l’État et toutes sortes de bêtises du même ordre. Dès 2016, j’ai commencé à accepter des invitations pour enseigner la littérature dans les universités américaines. J’apprends maintenant que, pour la première fois, il y a un tribunal militaire.

Que cherche le pouvoir militaire en s’attaquant à vous ainsi ?

Alaa El Aswany Je suis privé de publication dans tous les journaux égyptiens sans aucune décision officielle. Ils ont dû penser qu’en m’interdisant partout, c’en serait fini pour moi, sauf que je continue à avoir une influence. J’écris des articles dans Deutsche Welle Arabisch en Allemagne. Sur Twitter, j’ai 3 250 000 followers. C’est plus que la diffusion de tous les journaux égyptiens confondus. Quant à mon roman, prohibé dans tous les pays arabes sauf en Tunisie, au Maroc et au Liban, sa circulation sur Internet est considérable. Sissi, qui est en train de modifier la Constitution pour rester au pouvoir jusqu’en 2030, essaie de m’effrayer mais je n’ai pas peur.

Le 9 avril, trois avocats français ont saisi sur votre cas, de leur propre chef, le rapporteur spécial sur la promotion et la protection de la liberté d’expression des Nations unies. Que peut-on attendre de cette démarche ?

Alaa El Aswany Cette solidarité me touche infiniment. Je suis traduit en trente-sept langues et je suis soutenu partout, mais j’avoue que le soutien de la France me touche particulièrement car c’est un pays que j’aime. Je suis fier de cette solidarité. À quoi cela sert-il ? À ce que soit donnée une explication officielle claire, car le jeu du régime de Sissi consiste à ne jamais être clair sur rien. Par exemple, je suis poursuivi devant un juge militaire mais aucun document n’a été fourni. J’ai décidé de ne pas envoyer mon avocat égyptien sur place. Cela ne servirait à rien. Le ministre de la Défense a le droit de doubler, de réduire ou d’annuler la peine. Il peut faire ce qu’il veut. Ce processus, qui consiste à poser une question au gouvernement égyptien aux Nations unies, est donc très important car il sera obligé de donner une réponse claire.

Pensez-vous que votre dernier roman, J’ai couru vers le Nil, soit la cause essentielle des poursuites ? Y a-t-il, à votre avis, d’autres raisons supplémentaires ?

Alaa El Aswany J’ai été interdit d’écrire bien avant sa parution. Ce roman-ci, c’est trop pour eux. Il s’agit d’une fiction, mais il y a aussi un aspect documentaire, avec des témoignages sur les massacres commis par les autorités contre les jeunes révolutionnaires. Ils m’accusent non seulement d’avoir insulté le président, mais aussi les institutions de l’État, la police, l’armée, les juges. Ce type d’accusation n’existe pas dans la vraie législation égyptienne.

Dans le véritable combat qui s’engage contre le maréchal Al Sissi, pouvez-vous envisager que puissent encore s’élever, dans votre pays, des voix en votre faveur ?

Alaa El Aswany Oui, mais le problème c’est que monsieur Sissi a construit une République de la peur. Les violations des droits de l’homme sont pires que jamais. Pire même qu’à l’époque de Nasser. Deux exemples. Un jeune a écrit sur son tee-shirt, « l’Égypte sans torture ». Il est descendu dans la rue et en l’espace de deux minutes, il a été arrêté par la police. Il est resté deux ans en prison ! Le jeune Khaled Lofty a vendu un seul exemplaire d’un livre interdit par l’armée, ce qu’il ne savait pas. On l’a poursuivi devant un juge militaire. Il a écopé de cinq ans de prison ! Sissi a construit cette République de la terreur. Il va changer la Constitution pour rester au pouvoir au moins jusqu’en 2030 et devenir ainsi le chef de tous, y compris des juges. Cela n’est encore jamais arrivé en Égypte. Il sera président et chef des juges, et il pourra donc les punir ! Les Égyptiens sont nombreux à être contre ce qu’il se passe, mais que peuvent-ils faire ?

Votre notoriété, en Égypte et bien au-delà, peut-elle vous protéger quelque peu ou vous nuire encore plus dans cette occurrence ? N’est-ce pas une question de rapport de forces ?

Alaa El Aswany Ce soutien, cette solidarité partout dans le monde ont empêché mon arrestation depuis que Sissi est au pouvoir, c’est-à-dire depuis cinq ans, sauf qu’actuellement, les choses changent. Les calculs de Sissi se modifient. En ce qui me concerne aussi, les choses changent. Au début, quand ils ont interdit mon séminaire, j’ai protesté en anglais sur Twitter et il y a eu un article dans The Guardian, entre autres. La télévision, qui est actuellement entièrement contrôlée par la sécurité, a dit à l’époque que j’étais un grand écrivain, que mon séminaire ne pouvait être supprimé.

Les choses ont donc changé depuis. Sissi jouit aujourd’hui d’un soutien international. Il se fiche pas mal de son image à l’extérieur puisqu’il peut compter sur le soutien, par exemple, de monsieur Trump, ainsi que sur celui de nombreux autres leaders occidentaux, et ce, en raison d’intérêts purement économiques. Tout le monde l’a accueilli. Lorsqu’il est venu en Égypte, Macron a certes critiqué les violations des droits de l’homme, sauf qu’à la fin, seuls les intérêts comptent. La politique internationale se moque bien des principes.

Le gouvernement français, qui vend des armes à l’Égypte, s’honorerait en prenant parti. Qu’en pensez-vous ?

Alaa El Aswany La France n’est pas seulement un pays occidental. La France représente un symbole de liberté et de culture. Elle a inspiré la plupart des écrivains égyptiens, y compris moi-même. On attend toujours d’elle un soutien particulièrement fort. Soutien pour la liberté, à commencer par la liberté d’expression. Or, le président représente aussi les intérêts de la France. Il veut bien vendre ce qu’il veut. C’est plus voyant dans ce pays qu’ailleurs, pour les raisons que je viens d’énoncer.

Qu’en est-il, en Égypte même, de la défense de vos droits du fait de vos avocats sur place ? Ont-ils encore les mains libres ?

Alaa El Aswany J’ai donc refusé que mon avocat se présente devant le tribunal militaire d’Égypte. Je refuse le principe, l’idée même d’être poursuivi par un tribunal militaire à cause de ce que j’ai écrit. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent. Les autorités égyptiennes peuvent tout. Il n’y a plus aucune barrière, y compris législative. Ils ont toutes les cartes en main, les médias, la police, l’armée et les juges.

Craignez-vous que le régime s’attaque à votre famille ?

Alaa El Aswany Oui. Ils ont déjà fabriqué un procès contre ma fille. Elle a eu un accident. Elle n’était pas en tort mais ils ont changé le rapport de police. Elle est allée devant le juge qui n’a posé aucune question hormis : « Es-tu la fille d’Alaa El Aswany ? » Elle a écopé d’une peine d’une semaine de prison. On s’est démenés pendant quatre mois pour annuler ce jugement. Ce n’est pas la première fois. Ils peuvent tout faire. Mon message au régime égyptien est le suivant : il y a des limites. C’est pourquoi cette solidarité et cette réaction internationale ont été si utiles. Il faut que le régime sache que tout n’est pas permis.

Vos enfants vont-ils rester en Égypte ?

Alaa El Aswany Ma fille finit ses études sur place d’ici quelques semaines. Elle et sa mère, ma femme donc, vont venir au mois de juin à New York. Mon autre fille est avec moi. Elle a fini ses études. Elle travaille à New York.

Le 27 avril, vous serez à Paris, à la Grande Halle de la Villette, pour un échange sur le thème « Changer d’histoires (au pluriel) pour changer l’Histoire ». Votre histoire sera certainement évoquée… Un maillon de plus dans la solidarité et la protestation qui s’organisent…

Alaa El Aswany Je suis honoré par cette solidarité. En France, je dis toujours ce que je pense. J’ai des milliers de lecteurs français qui s’intéressent à ce qui m’arrive. Je suis fier d’eux. J’ai toujours dit ce que je pensais et je vais continuer à le faire. Je n’ai pas peur et je n’aurai jamais peur.

 
Entretien réalisé par Muriel SteinmetZ
Alaa El Aswany, grand écrivain égyptien : Je dirai encore ce que je pense, je n'ai pas peur du maréchal Sissi (entretien avec Muriel Steinmetz, L'Humanité - 26 avril 2019)
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28 avril 2019 7 28 /04 /avril /2019 07:03
Vente d'armes au Yemen: l'exécutif fait donner la DGSI - Pierre Barbancey, L'Humanité, 26 avril 2019
Vente d’armes. Contre la presse, l’exécutif fait donner la DGSI
Vendredi, 26 Avril, 2019

Le ministère des Armées a déposé une plainte après la publication d’une note classée « confidentiel défense » évoquant l’utilisation d’armes françaises au Yémen.

Au ministère des Armées, à Paris, un seul mot d’ordre : « Branle-bas de combat ! » La Grande Muette, comme on surnomme l’armée française, n’aime pas qu’on mette le nez dans ce qu’elle considère être « ses » affaires. Quoi, de vulgaires civils voudraient avoir leur mot à dire sur les opérations extérieures et les ventes d’armes aux pays amis ? Pas question. Les biffins vont montrer de quel bois ils se chauffent à ces insolents de journalistes qui osent enquêter sur leurs activités. Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris pour « compromission du secret de la défense nationale » après la transmission à un média d’une note classée « confidentiel défense » évoquant l’utilisation d’armes françaises au Yémen.

Des chars Leclerc utilisés

Cette enquête a été initiée le 13 décembre 2018 à la suite d’une plainte du ministère des Armées, et les investigations ont été confiées à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), a précisé une source judiciaire. Elle vise une compromission impliquant une personne dépositaire et par un tiers. La note en question – un rapport d’une quinzaine de pages révélé le 15 avril par le média en ligne Disclose, qui dit l’avoir reçu en octobre 2018 – aurait été rédigée le 25 septembre 2018 par la Direction du renseignement militaire (DRM). Elle répertorie notamment les armes vendues par la France qui seraient déployées par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis au Yémen, théâtre d’un conflit meurtrier depuis 2015.

La révélation faite par Disclose, en partenariat avec Arte Info, la cellule investigation de Radio France, Konbini, Mediapart et The Intercept, montre notamment que des chars Leclerc, l’un des fleurons de l’armement français, sont utilisés dans les offensives menées par les Saoudiens et les Émiratis. Outre les chars Leclerc (dont l’utilisation aurait fait au moins 55 morts civils), il faut ajouter les 48 canons Caesar (35 morts civils au moins), les pods Damoclès (dispositifs de ciblage), les avions de chasse Mirage 2000-9, les hélicoptères Cougar et Dauphin, ainsi qu’une frégate et une corvette lance-missiles (de fabrication française) qui participent au blocus naval du port d’Hodeïda, affamant ainsi la population.

On comprend que le gouvernement d’Édouard Philippe soit d’autant plus monté au créneau, sabre au clair si l’on peut dire, sous l’œil attentif du général en chef Emmanuel Macron, que jusqu’ici Paris affirme que ces armements ne sont utilisés que de manière défensive « et pas sur la ligne de front », dans cette guerre qui a fait au moins 10 000 morts. Toute personne normalement constituée se doute bien que si Riad achète des armes alors qu’elle est engagée dans un conflit, ce n’est pas pour les garder dans des caisses ou des hangars, mais bien pour s’en servir et tuer. C’est à cela que servent des armes.

L’Élysée et Matignon sont gênés aux entournures. Ils sont pris la main dans le pot à miel. Pour que le remarquable travail de nos confrères ne fasse pas école, il convient donc d’utiliser la force de dissuasion. En l’occurrence, Geoffrey Livolsi et Mathias Destal, cofondateurs de Disclose, ainsi que Benoît Collombat, de la cellule investigation de Radio France, sont convoqués le 14 mai par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Avec cette précision inscrite noir sur blanc dans la convocation : l’infraction dont sont soupçonnés les journalistes est « un délit puni d’une peine d’emprisonnement ». Pour Geoffroy Livolsi, « cette enquête judiciaire n’a qu’un seul objectif : connaître les sources qui nous ont permis de faire notre travail. C’est une atteinte à la liberté de la presse et à la protection des sources des journalistes ». De leur côté, les rédactions des médias incriminés notent que « les documents confidentiels révélés par Disclose et ses partenaires présentent un intérêt public majeur. Celui de porter à la connaissance des citoyens et de leurs représentants ce que le gouvernement a voulu dissimuler ». La quasi-totalité des sociétés de journalistes (SDJ) en France ont apporté leur soutien à leurs trois confrères et rappellent « à quel point il est indispensable de renforcer en France la protection des sources ».

Le PCF plaide pour un embargo

Il s’agit bien de liberté de la presse. Mais aussi d’opacité de la politique étrangère de la France, qui voudrait faire commerce de la mort sans rendre de comptes à quiconque. Car, si les journalistes mènent de telles investigations, c’est d’abord parce que même la représentation nationale est tenue à l’écart. Ni les députés ni les sénateurs, particulièrement ceux qui siègent à la commission Défense, ne peuvent faire état des informations dont ils disposent. Et « l’attribution des licences d’exportation est entièrement aux mains de l’exécutif », comme le rappellent des parlementaires communistes, socialistes et FI dans une tribune publiée le 19 avril dans Libération, en demandant « la mise en place d’une délégation parlementaire qui participera au processus de décision » pour l’attribution de ces licences d’exportation. Rappelons qu’entre 2015 et 2017, ce sont près de 3,4 milliards d’euros d’armement qui ont été livrés à l’Arabie saoudite. Dès octobre 2018, le PCF plaidait pour un embargo à effet immédiat des ventes d’armes françaises aux membres de la coalition conduite par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis au Yémen. Des dizaines d’ONG réclament également l’arrêt des ventes d’armes à l’Arabie saoudite. Si l’argent n’a peut-être pas d’odeur, les corps déchiquetés des enfants yéménites en ont assurément une.

Pierre Barbancey
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28 avril 2019 7 28 /04 /avril /2019 06:57
Fabien Roussel au Portugal pour le 45 ème anniversaire de la révolution des oeillets à la rencontre du parti communiste portugais et de la  Coalition démocratique unitaire (CDU) - L'Humanité, Cathy Dos Santos, 26 avril
Fabien Roussel : « La mobilisation populaire est
déterminante pour la poursuite des réformes »
Vendredi, 26 Avril, 2019
 
Lors de la manifestation de Lisbonne, Fabien Roussel, secrétaire national du PCF était accompagné de João Ferreira, tête de liste de la Coalition Démocratique Unitaire(CDU)/ Parti communiste Portugais (PCP), l'écrivaine Ana Margarida de Carvalho, Jeronimo de Sousa, secrétaire général du PCP.

Pour sa première visite à l’étranger en tant que secrétaire national du PCF, Fabien Roussel s’est rendu au Portugal qui célébrait le 25 avril, le 45ème anniversaire de la révolution des œillets. Une occasion également pour échanger avec son homologue portugais des politiques de changement à l’œuvre depuis 2015.

Vous étiez présent au Portugal, lors de la manifestation à Lisbonne, célébrant la révolution des œillets du 25 avril 1974. Quarante-cinq ans après ce soulèvement civico-militaire qui a renversé la dictature de Salazar, quelle en est l’actualité ?

Fabien Roussel. Pour ma première visite officielle à l’étranger, j’ai tenu à me rendre au Portugal pour célébrer cette belle révolution. J’ai assisté à un défilé populaire où se sont retrouvés des syndicats, des partis politiques, ainsi que des associations qui se battent en faveur de la paix, de la culture, de la fonction publique. C’est toute la société civile qui s’est mobilisée ce 25 avril. Cette mobilisation était d’autant plus importante qu’elle a lieu à un moment où le gouvernement socialiste hésite dans les réformes à poursuivre, et surtout, à quelques mois des élections législatives d’octobre 2019.

Le Portugal a terriblement souffert des politiques d’austérité imposées par la troïka (UE, BCE, FMI) et l’exécutif de droite de Pedro Passos Coelho. Qu’en est-il aujourd’hui avec le gouvernement socialiste d’Antonio Costa? La page de l’austérité a-t-elle été tournée ?

Fabien Roussel. Les Portugais ont énormément souffert des injonctions de la troïka. Elle a imposé une taxe sur tous les salaires pour financer la réduction de la dette nationale. Elle a ainsi volé de l’argent aux salariés portugais. L’une des premières mesures du gouvernement socialiste, qui est arrivé au pouvoir en 2015, a été de supprimer cette taxe. Le Smic et les pensions ont été augmentés. La gratuité des livres scolaires a été imposée. Dans certaines villes, le prix des tickets de transports a été réduit de 50%. Le capital a également été taxé avec une taxe sur les dividendes reversés par les grandes entreprises. La croissance a doublé et le chômage a été divisé par deux. Ces réformes n’auraient pu voir le jour sans la pression des députés communistes et du Bloc de gauche. Pour rappel, l’exécutif socialiste est minoritaire. Les communistes n’ont accepté de voter le budget que si ces réformes étaient mises en place. Elles ont permis de tourner le dos aux politiques d’austérité. Elles ont démontré qu’il est possible de relancer la consommation, donc la croissance, en redonnant du pouvoir d’achat aux Portugais.  

A l’occasion de votre visite, vous avez rencontré Jéronimo de Sousa, le secrétaire général du Parti communiste Portugais (PCP). Quelle a été la teneur de vos échanges ?

Fabien Roussel. Cela a été pour moi  l’occasion d’échanger sur la politique menée depuis quatre ans. En 2015, le PCP s’est battu pour faire entendre l’idée que la gauche était majoritaire à l’issue des législatives. En ce sens, le PCP a été à l’initiative de l’expérience actuelle. Quatre ans plus tard, le bilan est mitigé. Il y a eu beaucoup d’avancées en faveur du pouvoir d’achat et des services publics, comme me l’ont confirmé nombre de Portugais  avec lesquels j’ai pu échanger. Mais, dans le même temps, la vie reste chère. La précarité de l’emploi s’est développée. L’une des revendications fortes du PCP est justement d’avoir un droit du travail qui protège davantage les salariés.

Et concernant les élections européennes du 26 mai ?

Fabien Roussel. Nous avons parlé de l’enjeu de conserver un groupe au parlement européen. Un groupe original du fait de sa diversité mais également des enjeux qui rassemblent les parlementaires de la GUE. J’ai rencontré João Ferreira, la tête de liste de la Coalition démocratique unitaire (CDU)/PCP. Ils mènent une belle campagne de terrain. Ils mettent beaucoup en avant la défense de la souveraineté nationale dans les choix économiques. Je le comprends au regard des politiques très dures imposées par la troïka, comme cette taxe de la honte. A cause de ces orientations, le Portugal a subit un exode massif de la jeunesse, quasi aussi important que celui qui a eu lieu durant la dictature de Salazar, et qui explique le fort rejet que l’UE suscite.

Entretien réalisé par Cathy Dos Santos
Fabien Roussel au Portugal pour le 45 ème anniversaire de la révolution des oeillets à la rencontre du parti communiste portugais et de la  Coalition démocratique unitaire (CDU) - L'Humanité, Cathy Dos Santos, 26 avril
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28 avril 2019 7 28 /04 /avril /2019 06:55
Algérie.  Ni État militaire, ni pouvoir mercenaire ! - Nadjib Touaibia, L'Humanité, 27 avril 2019
Algérie. « Ni État militaire, ni pouvoir mercenaire !»
Samedi, 27 Avril, 2019

Les Algériens ne désespèrent pas de provoquer un changement radical et d’ouvrir la voie à une deuxième République dans un Etat de droit. Toujours et encore dans la rue le vendredi, ils dénoncent l’attitude de l’armée qui protège les résidus du régime d’Abdelaziz Bouteflika.

Plus que jamais déterminé à provoquer la chute du régime de Bouteflika, toujours en place malgré la démission de ce dernier, le mouvement populaire Algérien, boucle sa 10ème journée de mobilisation nationale depuis le 22 février.
Ils sont encore des millions dans la rue ce vendredi 26 avril, dans les capitales régionales, dans les villes moyennes et jusque dans les petites agglomérations. 
Pas d’affrontements avec les forces de police, pas de casse, pas d’incidents notables… les marches se déroulent partout dans le calme, rythmées seulement par les slogans.
A Alger, la foule est aussi dense que les vendredis précédents. Les gendarmes sont pourtant positionnés sur toutes les voies d’accès à la ville depuis l’aube. La tentation répressive reste perceptible, mais les agents ne passent pas à l’acte. Ils ne reçoivent sans doute pas d’ordres, mais sont aussi comme neutralisés par le pacifisme des manifestants et les élans de sympathie dont ils font preuve.
Sur la place-Audin, au cœur d’Alger, des « gilets orange » forment un cordon de sécurité empêchant tout contact avec les policiers amassés à l’entrée du tunnel des facultés. C’est à cet endroit qu’avaient eu lieu, il y a quinze jours, des jets de gaz lacrymogènes provoquant des mouvements de foules où se trouvaient des familles avec des enfants. 
Ces agissements soulèvent l’indignation dans l’opinion. « Nous protègeront les marches » promet alors le chef d’Etat-major, vice-ministre de la Défense, Gaïd Salah. Et c’est précisément lui qui fait depuis lors l’actualité.
Ses sorties médiatiques entre deux vendredis sont très écoutées. Les Algériens en attendent des décisions fortes. Ils espèrent voir l’institution militaire pousser vers la sortie le président par intérim, Abdelkader Bensalah (ex-président du Sénat) et le Premier ministre Noureddine Bedoui, tous deux fidèles inconditionnels d’Abdelaziz Bouteflika, posés là comme des mines sur le chemin de la deuxième République. 
Mais le général laisse tout juste percer de vagues espoirs d’une telle rupture. Il évoque abondamment les liens entre le peuple et son armée dans une superbe langue de bois, sans plus. Il espère à l’évidence que la poignée d’oligarques embastillés ces derniers jours, pour des soupçons de corruption, va refroidir le mouvement, que les citoyens vont fermer l’œil sur le maintien du système. 
Du coup, la colère monte. De nombreux maires annoncent qu’ils n’organiseront pas le scrutin présidentiel fixé au 4 juillet prochain. Les ministres en visite sur le terrain sont accueillis à coup de « dégage ». Les étudiants sont de plus en plus nombreux à manifester tous les mardis, malgré la forte policière. 
Les Algériens ont en fait le sentiment d’être floués, d’être menés en bateau. Ce vendredi 26 avril le général en prend pour son grade. « L’armée nous appartient et Gaïd Salah nous a trahi ! », « Gaïd Salah assez de mensonges et de malheur !», dénonce-t-on dans les rangs des manifestants à Alger. 
« Ni Etat militaire, ni pouvoir mercenaire », scande-t-on surtout, soupçonnant le patron de l’armée, proche des Emirats et l’Arabie Saoudite, de se rêver dans la peau de l’Egyptien Abdel Fatah al-Sissi. La révolution algérienne est à un tournant.
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27 avril 2019 6 27 /04 /avril /2019 18:07
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27 avril 2019 6 27 /04 /avril /2019 17:36
700 personnes à la marche de soutien au Centre Hospitalier du Pays de Morlaix à l'appel de l'intersyndicale (photos et vidéo par Pierre-Yvon Boisnard)
700 personnes à la marche de soutien au Centre Hospitalier du Pays de Morlaix à l'appel de l'intersyndicale (photos et vidéo par Pierre-Yvon Boisnard)
700 personnes à la marche de soutien au Centre Hospitalier du Pays de Morlaix à l'appel de l'intersyndicale (photos et vidéo par Pierre-Yvon Boisnard)
700 personnes à la marche de soutien au Centre Hospitalier du Pays de Morlaix à l'appel de l'intersyndicale (photos et vidéo par Pierre-Yvon Boisnard)
700 personnes à la marche de soutien au Centre Hospitalier du Pays de Morlaix à l'appel de l'intersyndicale (photos et vidéo par Pierre-Yvon Boisnard)
700 personnes à la marche de soutien au Centre Hospitalier du Pays de Morlaix à l'appel de l'intersyndicale (photos et vidéo par Pierre-Yvon Boisnard)
Photos manif Morlaix
 
Vidéo manif Morlaix
 
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27 avril 2019 6 27 /04 /avril /2019 17:14
Ian Brossat à Rennes (photo France Chapa)

Ian Brossat à Rennes (photo France Chapa)

Ian Brossat est tête de liste du PCF pour les élections européennes. Une tache compliquée dans un contexte de morcèlement des candidatures considérées comme étant de gauche, après des élections difficiles et un congrès tumultueux pour sa formation. L’aisance médiatique et la prestation remarquée de cet ancien professeur de français redonnent pourtant le sourire aux militants communistes puisqu’il a pratiquement remporté un premier pari : redonner un peu de visibilité au PCF. (...)

Le Vent Se Lève – Dans le cadre des élections européennes, il y a toute une série de candidats classés à gauche : Jadot, Hamon, Aubry ou encore Glucksmann. Quelle est la particularité de votre candidature par rapport à ces différents candidats ? Dans les débats on ne voit pas forcément de démarcation franche.

IB – D’abord, ce ne sont pas des candidatures, ce sont des listes. Ce sont des listes qui sont constituées de 79 noms, d’hommes et de femmes. Personnellement, je conçois cette campagne comme une campagne collective. Pour le reste, j’ai d’abord une première remarque. Il y a effectivement beaucoup de dispersion à gauche avec une multiplication du nombre de listes, sans doute liée au mode de scrutin. C’est un scrutin proportionnel, à un tour, et c’est le seul scrutin national de ce type. Ceci ne favorise pas les rassemblements. La deuxième remarque, c’est que la particularité du parti communiste dans cette campagne, c’est sa cohérence sur la question européenne. Le PCF a rejeté tous les traités européens sans exception. C’est une constance que personne ne pourra nous enlever. Nous avons voté contre l’Acte unique en 1986. Nous avons voté contre le Traité de Maastricht. Nous avons voté contre le Traité constitutionnel européen. Pour nous c’est une position constante, non pas par refus de l’Europe mais parce que nous avons perçu très tôt l’ADN libérale de cette Union européenne. Ainsi sur cette question européenne, nous n’avons jamais menti, jamais fait croire que l’on pourrait construire une Europe sociale avec des traités européens qui disent tout l’inverse, de manière explicite. Troisièmement, c’est le choix de présenter une liste à l’image de la société française : 50 % d’ouvriers et d’employés, avec une représentation très forte du monde du travail tel qu’il est aujourd’hui. Nous avons en deuxième position de notre parti une ouvrière textile, Marie-Hélène Bourlard ; des ouvriers en lutte comme Franck Saillot, de la papeterie Arjo Wiggins, ou Nacim Bardi d’Ascoval ; et puis aussi des secteurs ubérisés que l’on voit peu dans le monde politique comme Arthur Hay, qui est livreur à vélo et qui a créé le premier syndicat des livreurs ; ou encore un salarié d’Amazon Khaled Boucharjra. Nous avons eu la volonté de représenter le monde du travail sur notre liste pour une raison simple : depuis trop longtemps maintenant, l’UE est la propriété des banques et de la grande bourgeoisie. Il nous semble important d’envoyer au Parlement des combattants et des hommes et femmes qui sont très différents des personnes qui ont l’habitude de siéger au Parlement européen.

LVSL – Le PCF a connu des mouvements récents avec l’élection de Fabien Roussel. L’analyse habituelle de du dernier congrès est qu’il a confirmé la volonté du PCF d’exister par lui-même. Partagez-vous cette analyse ?

IB – Oui. Le PCF a vocation à exister dans le paysage politique. Il a souffert ces dernières années de n’avoir pas été suffisamment investi. On peut ne pas aimer l’élection présidentielle, mais c’est l’élection structurante de la vie politique française. Le fait d’avoir été absent à deux reprises de l’élection présidentielle nous a compliqué la tâche. Je suis militant communiste depuis l’âge de 17 ans. Dans le cadre de cette campagne, je parcours le territoire. J’ai fait plus de 5 ans de déplacements dans des centaines de départements et à chaque fois que je suis au contact des militants de notre parti, je me dis que le PCF mérite mieux que l’image que beaucoup de gens en ont. C’est un parti d’une richesse incroyable composé d’hommes et de femmes désintéressés, généreux, qui se battent pour leurs idées, qui ne cherchent pas à faire carrière. Dans un monde politique où chacun pense d’abord à lui, j’ai une admiration sans bornes pour ces militantes et militants. Ce que nous souhaitons effectivement, c’est que cette force militante là puisse se voir à l’échelle nationale. Cela suppose que le PCF soit présent aux élections nationales.

LVSL – Cela implique donc une candidature du PCF seul…

IB – Seul, je n’en sais rien. En tous cas le PCF a vocation à être présent à toutes les élections nationales et a vocation à retrouver sa place dans le paysage politique. Ça j’en suis convaincu. Je ne le dis pas avec un raisonnement opportuniste. Mais je suis convaincu que le PCF peut être utile pour la période que nous traversons. C’est une période politiquement très confuse. Le PCF peut être un repère, car composé d’hommes et de femmes fiables qui ne changent pas d’avis comme de chemise, qui n’ont pas de convictions à géométrie variable. L’autre jour, je me suis fait la réflexion lorsque j’étais au débat de France 2. J’étais entouré de gens qui appartiennent à des partis qui, soit n’existaient pas il y a quelques mois, ou soit ont changé de nom. Finalement, j’étais le seul à être représentant d’un parti qui n’est pas né hier et qui ne disparaitra pas demain. Le PCF défend ses convictions dans la durée.

LVSL – À propos de ce débat, une grande partie des français vous a découvert. Les observateurs ont signalé une bonne prestation de votre part. On sait que l’aisance médiatique a longtemps fait défaut au PCF, du moins ces dernières années. On l’a vu aussi au dernier Congrès, avec une bifurcation stratégique qui consiste à vouloir remettre un peu d’incarnation dans votre projet. Quelle a été votre stratégie auprès des grands médias audiovisuels ?

IB – Ce serait prétentieux de dire que l’on a élaboré une stratégie pour être médiatisé. En l’occurrence pour France 2, on s’est surtout battus pour être présents, ce qui n’était pas prévu au départ. Or moi j’étais convaincu qu’il fallait qu’on y soit et que ce débat serait structurant puisque même s’il a été peu regardé, c’était le premier débat des élections européennes. Si nous avions été absents de ce premier débat, cela aurait engendré une multiplication de débats dont nous aurions été absents par la suite. La stratégie que nous avons eue à ce moment-là a été de le traiter par l’humour plus que par l’agressivité, notamment par des vidéos avec des chats qu’ont diffusées les militants communistes. Cela a été une stratégie payante. Nous avons bien fait de faire comme ça.

LVSL – Mais jusqu’alors, il y avait au PCF un certain refus de la personnalisation. Or aujourd’hui il y a un retour de la visibilisation par l’incarnation du projet, ce qui semble être une rupture vis-à-vis des dernières années…

IB – C’est une question redoutable. Le PCF se bat pour que le pouvoir soit partagé entre un nombre de mains plus important. Et donc marier cette conviction là avec la nécessaire incarnation politique, cela vous confronte à des contradictions importantes. Je pense que l’on est contraint de tenir compte des règles du jeu. On ne joue pas au tennis avec un ballon de football. Il faut tenir compte des réalités. Moi j’assume la part d’incarnation qu’il y a dans la politique. Parce que la politique est ainsi faite aujourd’hui, on ne peut pas passer à côté de cette réalité-là si on veut changer la société.

LVSL – Sur des aspects plus programmatiques, nous avons noté lors du débat sur France 2 que vous aviez déclaré que la pratique libérale de l’UE n’était pas compatible avec les traditions et les valeurs françaises. Selon vous, il ne faut pas que l’UE entraîne les peuples sur une voie qu’ils n’ont pas choisie en matière économique et sociale. Et dans un tout autre domaine, c’est justement un argument qui est employé aussi par des gouvernements d’extrême droite, lorsqu’ils refusent d’accueillir des migrants. Est-ce que le droit européen est à géométrie variable sur les questions économiques et non sur les droits fondamentaux ?

IB – Tel que je le conçois moi, oui bien sûr. Je dirais qu’on ne peut pas traiter la question des droits fondamentaux de la même manière que les questions économiques. Mais surtout je voudrais insister sur un point. La France, au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale, a élaboré un modèle économique différent avec un secteur public puissant adossé à des entreprises puissantes qui disposaient d’un monopole dans certains secteurs. Dans le domaine de l’énergie, dans le domaine du transport ferroviaire et dans le domaine des télécoms, par exemple. Parce que, à l’époque, le gouvernement, sous l’impulsion du Conseil National de la Résistance, avait considéré que ces secteurs n’avaient pas vocation à être livrés aux marchands, parce que ce sont des réponses à des besoins fondamentaux. À partir de là, on a considéré qu’il appartenait aux pouvoirs publics de prendre en charge ces secteurs. Ce système donnait satisfaction : il permettait un – relatif – égal accès à ces droits fondamentaux ; il permettait un maillage territorial. Et là-dessus est intervenue l’UE. De manière dogmatique, l’UE nous a contraints de mettre en concurrence ces services publics. L’UE va au bout de cette démarche puisque d’autres secteurs qui avaient jusque-là échappé à cette mise en concurrence risquent d’y être confronté, notamment les barrages hydrauliques.

Cela pose une question : est-ce que nous acceptons que l’UE nous fasse entrer de force dans un moule libéral ? Je me dis que c’est insupportable. Tout pays dans ce cas-là devrait faire valoir une clause spéciale de non régression. C’est-à-dire que nous devrions pouvoir dire à la Commission européenne : « vous nous pourrissez la vie avec vos directives, nous avons un système qui fonctionne bien et donc laissez nous développer notre propre modèle économique ». En somme, l’UE doit accepter l’idée qu’en son sein puissent cohabiter des modèles économiques différents. Et je pense que l’UE se meurt aujourd’hui d’être incapable d’accepter cette diversité. La voie que nous proposons est donc la plus pragmatique. J’insiste sur un point. Ça ne peut marcher qu’à une seule condition, c’est que nos entreprises publiques ne doivent pas elles-mêmes, dans le modèle que je propose, aller chercher à récupérer des marchés dans d’autres pays de l’UE. C’est ça qui doit cesser. Le cœur de métier de ces entreprises doit être de s’occuper de ces services publics, en France. Si nous faisons valoir ce système de clause de non régression, il faut évidemment qu’il y ait une réciprocité. C’est-à-dire que la SNCF devrait pouvoir disposer d’un monopole en France mais ne doit pas elle-même concurrencer des entreprises publiques ailleurs. J’en viens à l’autre question qui pointait une éventuelle contradiction. Comment peut-on, dans ce contexte, dire à la Pologne qu’elle doit prendre sa part à l’accueil des réfugiés ? La Pologne reçoit 12 milliards d’euros chaque année de l’UE. Dès lors elle ne peut pas considérer que les pays du Sud devraient assumer seuls la charge d’accueillir les réfugiés. Là encore le principe qui s’applique est celui de la solidarité. Elle fonctionne dans les deux sens : si l’UE verse 12 milliards d’euros à la Pologne, la Pologne se doit en échange d’assumer sa part de l’accueil des réfugiés.

LVSL – À propos de la possibilité de développer un modèle différent au sein de l’UE, outre les services publics, quels domaines pourraient être concernés ? En termes de directives, nous pensons par exemple aux travailleurs détachés ou à la question du protectionnisme ; les GAFAS, les investissements chinois ou américains… quel est le modèle que vous proposez ? À quelle échelle envisager le protectionnisme ?

IB – Le PCF s’est longtemps battu autour du slogan Produisons français. J’assume parfaitement ce slogan. Et je veux que la France reste une terre de production agricole comme de production industrielle. Or force est de constater que le fonctionnement de l’UE conduit au fait que la France risque d’être, demain, un pays sans usines. Et nous voyons bien à quel point les règles qui s’appliquent à l’échelle de l’UE, par exemple la règle de la concurrence libre et non faussée, conduisent à une désindustrialisation de notre pays en l’absence d’harmonisation sociale. Je suis donc favorable à ce qu’au moins dans les marchés publics, nous puissions instituer une clause de proximité. Il devrait être possible de choisir de privilégier les entreprises qui produisent en France. Typiquement, j’ai rencontré en début de semaine les salariés de Saint-Gobin, en Meurthe et Moselle, cette entreprise ne fonctionne que par la commande publique (ils fabriquent des canalisations d’eau). Et aujourd’hui dans les marchés publics ils sont mis en concurrence avec des entreprises qui produisent en Inde ou en Europe de l’Est. Or pour le moment nous n’avons pas la possibilité d’instituer des clauses de distance. Idem dans les cantines scolaires où on ne peut pas privilégier des produits alimentaires issus d’exploitations à proximité du lieu où ils vont être mangés, ce qui est absurde. Ce serait, à mon sens, juste et légitime de rompre avec ces règles de libre concurrence non-faussée.

LVSL – Et sur les travailleurs détachés par exemple ?

IB – Sur les travailleurs détachés, il y a eu un certain nombre d’avancées malheureusement trop timides bien que le principe « à travail égal salaire égal » soit censé être respecté. En revanche la question des cotisations sociales n’est toujours pas réglée puisque l’ouvrier polonais qui travaille en France paie ses cotisations sociales à la mode polonaise, comprendre moins élevées qu’en France. Donc il y a toujours une forme de concurrence déloyale qui s’applique. Le principe auquel je suis favorable est le suivant : un travailleur polonais qui travaille en France devrait être protégé de la même manière qu’un travailleur français.

LVSL – Vous n’êtes donc pas pour l’abolition du travail détaché tout court ?

IB – Je suis favorable au principe suivant : travail en France, contrat français. Ce qui revient à son abolition.

LVSL – Est-ce que la clause de distance s’appliquerait en intra européen ou vis-à-vis de l’extérieur de cette zone ?

IB – En intra européen. Parce que j’ai bien vu la gigantesque arnaque de la proposition de Macron, dans sa lettre aux citoyens d’Europe. Non content de s’être adressé aux citoyens français, dans le cadre du grand débat national, il s’est aussi adressé aux citoyens d’Europe dans une belle missive. Il dit qu’il faut une préférence européenne dans les marchés. Mais ça ne règle rien puisque, aujourd’hui, notre industrie se délocalise en Pologne ou en Roumanie. Vous pouvez instituer une préférence communautaire, mais ça ne change rien.

LVSL – C’est probablement parce que c’est plus facile à faire passer qu’en intra-européen…

IB – C’est logique. Dès lors qu’il ne veut pas rompre avec les traités européens, il est logique qu’il dise cela. Mais cela ne règle rien. Quand je vois que les rames de métros et de RER qu’on vient de lancer dans le cadre d’un marché public confié à Alstom, vont en réalité être fabriquées en Pologne et en Tchéquie, c’est du délire. L’argent du contribuable devrait permettre de développer ceci en France. D’un point de vue environnemental, quel est le sens de promener des rames de métro de Pologne en France, et inversement ?

LVSL – Ces élections européennes ont lieu dans un contexte qui est un peu inédit. On voit du côté des américains des signaux très protectionnistes avec Trump qui veut taxer le vin, le fromage, les voitures… qui met des freins à la mondialisation telle qu’elle s’était construite jusqu’ici d’une certaine façon. D’autre part la situation au Royaume Uni avec le Brexit qui a encore été reporté. Ce report a provoqué une montée de Farage qui est donné à plus de 25 % dans les sondages pour les européennes. Enfin, on voit l’Italie faire un virage illibéral après la Pologne et la Hongrie. Il y a une vague réactionnaire très forte qui touche un certain nombre de pays européens. Ce sont des nouvelles menaces d’instabilité qui se généralisent partout dans le monde. Dans ce contexte de demande de protection, quelle doit être l’attitude des parlementaires européens, mais aussi de la France ?

IB – D’abord je partage l’idée que nous vivons un moment particulier avec une remise en cause de la fable de la mondialisation heureuse. Ceux qui chantaient les louanges de la mondialisation ont bien du mal aujourd’hui à continuer sur ce ton-là, parce que cela ne convainc plus personne. Cela dit, Macron continue malgré tout à défendre son modèle libéral. Face à Trump, le cœur du message qu’il a développé, c’est la défense du libre-échange. La manière dont Macron cherche à structurer le débat en vue des élections européennes, avec d’un côté l’extrême droite qu’il désigne comme son principal adversaire, et de l’autre lui et ses amis libéraux, me laisse penser que c’est une alternative un peu faussée. Disons que la remise en cause de la mondialisation heureuse peut conduire au pire comme au meilleur. La voie que nous propose Trump est une voie réactionnaire. En même temps, cette remise en cause pourrait ouvrir la voie à une autre idée, celle que nous devons défendre un nouveau modèle de société à l’échelle de la France et de l’Europe. La souveraineté européenne défendue par Macron est quand même une vaste fumisterie à mes yeux. Il ne propose rien d’autre que la soumission au marché.

LVSL – La France a pourtant récemment voté contre l’ouverture de négociations de libre-échange avec les États-Unis…

IB – Oui enfin la France continue de négocier tous les jours des accords de libre-échange. C’est le principe même du libre-échange, qui est d’ailleurs contraire à la défense du climat. Il faudrait renoncer à ces traités avec l’ensemble des pays et non pas seulement avec les pays qui refusent de signer les accords sur le climat.

LVSL – Revenons à la campagne. Vous avez dit tout à l’heure que votre candidature était plus une liste qu’une candidature. De votre côté, vous êtes un urbain et un lettré qui a fait l’ENS, et vous êtes adjoint à la Mairie de Paris. Tandis que Marie-Hélène, numéro deux sur la liste, est une ouvrière du Nord. Comment comptez-vous parler à ces deux électorats très différents ?

IB – Tout simplement, parce que les couches moyennes sont elles aussi les victimes des politiques libérales. Ce qu’on appelle les couches moyennes urbaines ce sont les enseignants, les agents de la fonction publique, les intermittents du spectacle. Et donc à mon sens la grande question qui se pose à nous, à gauche, une question stratégique qui n’est pas nouvelle, est l’alliance entre ces couches moyennes et les catégories populaires. Moi je ne pense pas que nous ayons quoi que ce soit à gagner à construire un mur entre les catégories populaires et les couches moyennes urbaines. Je ne partage pas l’analyse selon laquelle ces deux électorats seraient incompatibles. Parce que nous sommes confrontés au même ennemi, aux mêmes politiques libérales. Nous devons au contraire tout faire pour construire une alliance !

LVSL – Mais comment ? Si l’on part du postulat que les demandes de ces catégories de populations sont a priori différentes… Par exemple la question de l’arrêt de la taxation de l’essence est une revendication qui parle moins aux classes urbaines qu’aux classes populaires des périphéries.

IB – Certes, mais les deux catégories ont intérêt à ce qu’on développe des transports publics qui fonctionnent et que ceux-ci soient moins chers. Je ne dis pas que les réalités sont les mêmes. Mais je ne pense pas pour autant que l’on puisse considérer que leurs sorts sont antinomiques.

LVSL – En parlant des tensions éventuelles entre ces deux catégories, on a vécu des mois exceptionnels avec le mouvement des gilets jaunes, qui a remodelé le champ politique. Parmi les revendications, il y a eu le RIC, une remise en cause de la représentation telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, et un rejet du clivage gauche-droite. À l’inverse, vous êtes très attachés à votre identité de gauche. Ne craignez-vous pas justement que cela ne vous empêche de vous adresser à cette France qui ne supporte plus la politique institutionnelle ?

IB – Le terme de gauche a été évidemment galvaudé et sali au cours des dernières années parce que certains ont appliqué une politique qui n’avait rien de gauche, tout en se prétendant de gauche, notamment au cours du quinquennat Hollande. Dans ce contexte, deux stratégies sont possibles : soit on décide de renoncer à ce terme, considérant qu’il est mort à jamais ; soit on considère qu’il est de notre devoir de lui redonner vie. Cela ne veut pas dire que je pointe du doigt ceux qui ont une autre stratégie, mais celle du PCF est qu’il faut redonner du sens à la gauche. Ceci n’est possible qu’à la condition de renouer avec les catégories populaires. Ma ligne est que nous sommes populaires pas populistes. Il nous faut nous adresser aux ouvriers, aux employés à ceux qui souffrent de ces politiques libérales appliquées à l’échelle de l’UE et de la France depuis 30 ans. Cela passe forcément par une représentation de ces catégories, y compris dans les institutions. Le PCF a ceci de particulier qu’il a été le premier dans l’histoire de France à permettre à des ouvriers d’entrer à l’Assemblée nationale, au Sénat, de devenir ministre. Nous cherchons à renouer avec cette tradition. Notre liste a été conçue comme cela. J’ai dit un peu vite que Marie Hélène serait la première femme à entrer au parlement européen. En réalité, ce serait la deuxième puisqu’il y a eu Jackie Hauffman qui a été élue au Parlement européen en 1979. Ce serait donc la deuxième fois. Je suis convaincu que le rôle du PCF c’est de travailler ça.

LVSL – Dans le numéro spécial du Monde Diplomatique sur la caractérisation des populismes, il y a une citation de Maurice Thorez en 1936 qui dit : « nous sommes le parti du peuple français », et non pas « de la gauche en France ». N’est-ce donc pas dans la racine du PCF de dépasser ce clivage ?

IB – Le PCF a fait les deux, parce que la construction du Front populaire a rassemblé jusqu’au parti radical de gauche. Il était basé sur l’idée du rassemblement de la gauche. On peut faire les deux. Je ne vois pas pourquoi on renoncerait à l’idée que la gauche a vocation à rassembler le peuple.

LVSL – Autre sujet. Au Parlement européen, pour l’instant, il y a un groupe qui s’appelle GUE-NGL dans lequel siège le PCF, aux côtés notamment d’autres partis européens comme SYRIZA ou la France Insoumise. Est-il possible et souhaitable de continuer dans un groupe commun avec ces deux formations politiques ?

IB – Si elles le souhaitent, oui ! Ce groupe est un groupe qui compte 52 membres, et qui a été long à construire. C’est le résultat d’un travail acharné de Francis Wurtz [ndlr, ancien député européen PCF de 1979 à 2009, président de la GUE-NGL]. Ce n’est pas facile de rassembler des formations de la gauche radicale qui ont des cultures, des identités et des positions diverses. Malgré tout, ce groupe a mené des batailles cohérentes comme sur le dumping social. Certaines batailles ont été couronnées de succès, comme par exemple sur la question des travailleurs de la honte. Notre combat a fait avancer des choses permettant d’éviter le pire. Donc ce groupe doit continuer à exister. Je préfère faire de la politique par addition plutôt que par soustraction. Malgré notre grande diversité, je pense qu’il est souhaitable que ce groupe continue d’exister.

LVSL – Souhaitable, oui, mais possible ?

IB – Cela je n’en sais rien. C’est en tout cas une question importante. Que gagnerait-on d’une dispersion supplémentaire à l’intérieur du Parlement européen ?

LVSL – Certaines personnes pensent qu’il y a un manque de cohérence au sein de ce groupe…

IB – Peut-être mais on est déjà tellement faible au sein de ce Parlement – ceci va peut-être évoluer suite aux élections, mais enfin aujourd’hui on est 52 sur 751 eurodéputés ! Que pèserions-nous si au lieu d’être 52 dans un groupe nous étions 52 dans deux groupes ? L’attachement à la cohérence ne doit pas conduire à un affaiblissement important face aux rapports de force présents dans le Parlement européen.

LVSL – Une de vos propositions est de réorienter l’investissement monétaire de la BCE des banques vers le financement public et l’écologie. Le fait est que la BCE est indépendante, et que le Parlement n’a aucun poids sur elle. Comment reprendre la main sur ce type d’institution ?

IB – C’est une honte. Notre argent échappe totalement au contrôle démocratique des citoyens d’Europe et même des parlementaires. Que peut faire le parlement ? Seuls, les parlementaires ne peuvent pas reprendre le contrôle sur la BCE. C’est un combat politique à mener. Ce doit être une revendication populaire. Cela doit devenir une question politique et que les députés européens de notre groupe ne soient pas les seuls à en parler au Parlement. On parle de 3000 milliards d’euros qui ont été prêtés aux banques privées au cours des 10 dernières années, sans aucune condition. On est dans un système fou avec une BCE qui continue avec les mêmes recettes qu’avant 2008. Il faut faire en sorte que cette question-là soit connue par d’autres. Mais on a quand même quelques expériences de batailles portées par nos députés européens, au départ minoritaires, et qui ont finies par devenir des batailles dont se sont emparés d’autres gens – l’évasion fiscale par exemple. C’était une question au départ assez limitée au cénacle d’experts. Cette question, portée par des députés et sénateurs français Eric et Alain Boquet, portée par des députés européens, est aujourd’hui une bataille dont on parle sur les ronds-points et dans les manifestations. Tout le monde en parle. Cela a conduit la Commission européenne, qui n’était pas toujours combattive sur le sujet, à faire en sorte qu’Apple rende de l’argent aux Irlandais, qui pourtant ne le souhaitaient pas.

LVSL – Il y a deux façons d’aborder la question de la démocratie au sein de l’UE : est-ce que l’on considère que c’est au Parlement de prendre le pouvoir et de contraindre la BCE, ou est-ce que c’est aux États membres d’avoir plus de pouvoir démocratique et donc de restreindre les marges de manœuvre de la BCE ? En d’autres termes, la question c’est celle-ci : faut-il renforcer le pouvoir du Parlement ?

IB – Nous sommes favorables à un renforcement du pouvoir du Parlement. Il faudrait que la BCE soit sous le contrôle démocratique du Parlement européen.

LVSL – À propos de votre vision de l’Europe. Le parti communiste parle « d’une union des nations et des peuples souverains, libres et associés ». N’y-a-t-il pas une contradiction dans ce slogan avec le fait de refuser une sortie des traités ? Quelle est votre stratégie ?

IB – Nous sommes favorables à une sortie des traités. Le PCF n’a voté aucun des traités européens. Aujourd’hui nous avons une stratégie en deux temps : premièrement il faut s’affranchir des traités européens. Les États devraient conduire leurs politiques indépendamment des contraintes contenues dans ces traités européens…

LVSL – Mais sortir des traités, n’est-ce pas sortir de l’UE ?

IB – C’est plutôt mener notre propre politique. Je suis convaincu que si la France pouvait mener sa propre politique, personne ne ferait sortir la France de l’UE. Nous devons mener notre propre politique. Si la France décidait de s’affranchir de ces traités européens, la question de la renégociation des traités irait de soi. Mais il faut quand même partir d’un constat : jamais les dirigeants français n’ont choisi d’emprunter la voie du rapport de force vis-à-vis de l’UE. Parce que les politiques de l’UE leur allaient comme un gant. C’est le cas pour Nicolas Sarkozy, c’est le cas pour François Hollande, et c’est le cas pour Emmanuel Macron qui est très favorable aux politiques libérales. Donc si nous nous sommes soumis à l’UE depuis plus de 20 ans, ça n’est pas parce que l’UE est puissante, c’est parce que nos chefs d’Etat étaient faibles. Ils ne cherchaient même pas à imposer leurs objectifs.

LVSL – Quand on regarde les négociations entre la France et l’Allemagne sur le Brexit, qui ont eu lieu au dernier Conseil le 10 avril, Macron a été extrêmement ferme. On sait aujourd’hui que les rapports entre la France et l’Allemagne se sont dégradés au Conseil. D’un côté Macron voulait un report qui soit le plus court possible, voire même pas de report du tout puisqu’il est partisan du No Deal. De l’autre côté, l’Allemagne veut vraisemblablement faire annuler le Brexit. Malgré sa volonté, Macron a dû reculer alors que la position de la France était soutenue par plusieurs États dont l’Espagne, la Belgique et l’Autriche. Comment envisager une nouvelle construction de l’UE, qui semble très difficile à faire bouger ?

IB – La position que défendait Macron, c’est-à-dire pousser à une sortie rapide sans deal, n’était de mon point de vue pas la bonne. C’est une bonne question. Sa stratégie à lui est de punir les britanniques. Je suis favorable à un Brexit avec deal. Je suis favorable à ce qu’on respecte le vote des Britanniques mais je ne suis pas favorable à ce que l’on punisse les britanniques, en faisant tout pour que le Brexit ait des conséquences catastrophiques.

LVSL – Mais les brexiters appelaient Macron à mettre son veto, le comparaient à De Gaulle…

IB – Mais lorsqu’on défend de telles positions, on n’est pas défendu par le peuple. Du coup, il ne crée pas un rapport de force qui est soutenu par tout le monde. Alors que si l’on avait en France un Président qui menait une belle politique de justice sociale – augmentation des salaires, retour des services publics, envoyer balader la Commission européenne avec sa règle des 3 %, instituer une clause de proximité dans les marchés publics… – il aurait un soutien populaire formidable. Il aurait alors un rapport de force vis-à-vis de la Commission européenne qui n’aurait rien à voir avec celui d’aujourd’hui.

LVSL – Si on prend le cas italien, le gouvernement a voulu négocier sur son budget à l’automne avec un appui dans les sondages d’environ 60 %, parce que la coalition a essayé de vendre, du moins médiatiquement, des dépenses budgétaires supplémentaires, des investissements dans les infrastructures… ils se sont aussi cassé les dents ! Ils ont réussi à grappiller 1,2 point de PIB de déficit supplémentaire, mais doivent rester sous les 3 %. Finalement, qu’est-ce que construire un rapport de force ?

IB – D’abord l’Italie n’est pas la France. Avec le mouvement des gilets jaunes, ce n’est pas Macron qui institue un rapport de force, c’est bien le peuple français. Certes, on aurait pu aller plus loin. Mais l’Allemagne aussi s’est un peu écrasée.

LVSL – Nous voulions juste mettre le doigt sur la dureté des relations à l’intérieur de l’Union européenne et donc sur la difficulté de subvertir une telle construction…

IB – Si la France menait une bonne politique, nous serions soutenus par une partie des Allemands.

 

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27 avril 2019 6 27 /04 /avril /2019 14:00
PCF MORLAIX - Fête du 1er Mai 2019 (Le télégramme)
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26 avril 2019 5 26 /04 /avril /2019 19:15
Photo France Chapa, meeting de Rennes, 24 avril: cadeau d'anniversaire de Ian Brossat pour ses 39 ans

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Rennes: 24 Avril: quelques photos du magnifique meeting de Ian Brossat et des candidats de l'Europe des gens devant 1000 personnes
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Gilbert Garrel, responsable CGT Cheminots, président de l'institut d'histoire sociale de la CGT, et Pascal Pontac, responsable CGT dockers, ont pris la parole en tant que candidats sur la liste aux Européennes, pour parler du rôle des députés européens communistes en soutien aux luttes des travailleurs contre les privatisations et les directives de libéralisation

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Une franco allemande Katja Kruger, comédienne chanteuse, élue a Rennes, ouvre le meeting de Ian Brossat et du PCF pour les européennes a Rennes. Une intervention très profonde sur l Europe et l internationalisme, la paix et la fraternité entre les peuples. une introduction a la hauteur des enjeux cruciaux du moment.

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Excellent Glenn le Saout candidat finisteriens sur la liste de Ian Brossat disseque la politique universitaire et scolaire profondément inégalitaire de Macron et de Blanquer et plaide pour une université et un lycée de haut niveau et accessible pour toutes et tous, y compris pour les étudiants étrangers. Bravo pour le baptême du feu devant 800 a 1000 personnes! Notre candidat finisterien a assuré:5 minutes incisives de propos essentiel et juste!

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Rennes: 24 Avril: quelques photos du magnifique meeting de Ian Brossat et des candidats de l'Europe des gens devant 1000 personnes
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Christelle Dumont aide soignante a Belle île, candidate morbihannaise, raconte le combat des salariés des EHPAD, sa grève de la faim de 6 jours contre la fermeture de services dans son hôpital de proximité, le ratio personnel personnes âgées qui se dégrade considérablement. Bravo Christelle, fiers de t avoir sur notre liste contre la maltraitance institutionnelle infligée aux anciens.

Christelle Dumont aide soignante a Belle île, candidate morbihannaise, raconte le combat des salariés des EHPAD, sa grève de la faim de 6 jours contre la fermeture de services dans son hôpital de proximité, le ratio personnel personnes âgées qui se dégrade considérablement. Bravo Christelle, fiers de t avoir sur notre liste contre la maltraitance institutionnelle infligée aux anciens.

Cindérella Bernard très applaudie dénonce les politiques d austérité, de restructuration des services publics de proximité, défend le logement public, la lutte contre la précarité, la défense des réfugiés mineurs isolés, les droits des femmes souvent précarisés. L Europe c est notre quotidien, c est l aménagement du territoire, les services publics, la lutte nécessaire contre la desertification.Elle défend la culture bretonne, les langues régionales, et même ... Nantes en Bretagne! Merci bras Cinderella pour ta force de conviction

Cindérella Bernard très applaudie dénonce les politiques d austérité, de restructuration des services publics de proximité, défend le logement public, la lutte contre la précarité, la défense des réfugiés mineurs isolés, les droits des femmes souvent précarisés. L Europe c est notre quotidien, c est l aménagement du territoire, les services publics, la lutte nécessaire contre la desertification.Elle défend la culture bretonne, les langues régionales, et même ... Nantes en Bretagne! Merci bras Cinderella pour ta force de conviction

La fougue d'Elena Dumont, ancienne SDF pendant 15 ans, chroniqueuse aux Grandes Gueules, candidate sur la liste de Ian Brossat, dont elle a loué le combat pour les classes populaires et le logement social

La fougue d'Elena Dumont, ancienne SDF pendant 15 ans, chroniqueuse aux Grandes Gueules, candidate sur la liste de Ian Brossat, dont elle a loué le combat pour les classes populaires et le logement social

Rennes: 24 Avril: quelques photos du magnifique meeting de Ian Brossat et des candidats de l'Europe des gens devant 1000 personnes
Rennes: 24 Avril: quelques photos du magnifique meeting de Ian Brossat et des candidats de l'Europe des gens devant 1000 personnes
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Rennes: 24 Avril: quelques photos du magnifique meeting de Ian Brossat et des candidats de l'Europe des gens devant 1000 personnes
Rennes: 24 Avril: quelques photos du magnifique meeting de Ian Brossat et des candidats de l'Europe des gens devant 1000 personnes
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Photo Christine Prunaud: nos candidats bretons Glenn Le Saoût, Cindérella Bernard, Katja Krüger, Christelle Dumont, avec Pascal, candidat et responsable de la CGT des dockers, présent lui aussi à Rennes le 24 avril avec Gilbert Garrel et Elena Dumont

Photo Christine Prunaud: nos candidats bretons Glenn Le Saoût, Cindérella Bernard, Katja Krüger, Christelle Dumont, avec Pascal, candidat et responsable de la CGT des dockers, présent lui aussi à Rennes le 24 avril avec Gilbert Garrel et Elena Dumont

Rennes: 24 Avril: quelques photos du magnifique meeting de Ian Brossat et des candidats de l'Europe des gens devant 1000 personnes
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Avec France Chapa, militante de Saint Malo

Avec France Chapa, militante de Saint Malo

Ian Brossat avec France Chapa, militante de Saint Malo

Ian Brossat avec France Chapa, militante de Saint Malo

Rennes: 24 Avril: quelques photos du magnifique meeting de Ian Brossat et des candidats de l'Europe des gens devant 1000 personnes
Rennes: 24 Avril: quelques photos du magnifique meeting de Ian Brossat et des candidats de l'Europe des gens devant 1000 personnes
Glenn Le Saout et Ian Brossat (Rennes, 24 avril)

Glenn Le Saout et Ian Brossat (Rennes, 24 avril)

Ismaël Dupont Glenn Le Saout et Ian Brossat (photo Cindérella Bernard, Rennes, 24 avril)

Ismaël Dupont Glenn Le Saout et Ian Brossat (photo Cindérella Bernard, Rennes, 24 avril)

"Magnifique meeting ce mercredi 24 avril qui a rassemblé près de 1000 personnes sous la halle des Lices à Rennes, avec IAN BROSSAT, c'était, très sincèrement ,une superbe soirée !

Il est important POUR NOUS-MEMES d'envoyer au Parlement Européen des élus qui nous représentent réellement, nous les gens du peuple, qui défendent NOS intérêts et qui réorientent l'EUROPE pour qu'elle ne soit pas qu'un marché économique qui ne profite qu'aux privilégiés mais une EUROPE DES PEUPLES qui amène plus de justice sociale pour les gens modestes que nous sommes." 

(France Chapa)

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26 avril 2019 5 26 /04 /avril /2019 16:16
Elections européennes: Ian Brossat veut redonner de l'oxygène au PCF (Le Monde,  25 avril, Sylvia Zappi)
Elections européennes : Ian Brossat veut redonner de l’oxygène au PCF

A 39 ans, la tête de liste du Parti communiste français incarne un nouvel espoir pour ses militants qui veulent sortir de l’ombre de La France insoumise.

Ian Brossat n’en démord pas : avec sa liste à 50 % ouvrière, que le communiste vient de déposer, il veut que le Parti communiste français (PCF) retrouve sa place. « Si je peux contribuer à redonner un peu de fierté aux militants communistes… », avance-t-il. Avec le souvenir encore vif des deux campagnes présidentielles de 2012 et 2017, derrière Jean-Luc Mélenchon, la tête de liste PCF aux Européennes ne compte plus s’effacer à une élection.

Mercredi 24 avril, dans les halles Martinot, à Rennes (Ille-et-Vilaine), M. Brossat vient présenter son programme « pour l’Europe des gens, contre l’Europe de l’argent ». Mais derrière, il y a aussi ce fol espoir de faire réexister le parti de Fabien Roussel.

Le premier débat télévisé des élections européennes sur France 2 et France Inter a redonné des ailes à l’adjoint au logement de la maire de Paris, Anne Hidalgo. Il avait alors crevé l’écran et surpris même ses concurrents par son argumentation simple et efficace. Depuis il a enchaîné les interviews où il lâche ses réparties et construit son image de gauche sans complexe. Dopés par cette petite éclaircie, alors que, relégués à rester dans l’ombre de La France insoumise (LFI), ils broyaient du noir, les militants sont partis en campagne en tentant de se déployer partout.

« Il nous redonne de l’oxygène. Cela fait tellement longtemps qu’on n’a pas attiré autant de monde ! », s’émeut Jean-Claude, vieux militant bardé d’autocollants. M. Brossat joue le jeu, enchaînant trois meetings par semaine. Dans les grandes métropoles, comme ce mercredi soir, ou dans des villes plus modestes mais emblématiques de l’implantation du parti, comme Denain (Nord) ou Le Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), comme ceux prévus dans les semaines à venir.

Le gouvernement « n’entend pas la grande colère »

Peu importent les sondages qui lui donnent encore à 2 % à 2,5 % des voix. « Nos arguments et les atouts de notre liste sont encore peu connus de nos électeurs. Beaucoup vont se décider dans les quinze derniers jours, avec les trois prochains grands débats télévisés », assure le communiste. D’ici là, il va déployer son programme sans tirer dans les pattes de ses adversaires à gauche, s’engage-t-il : « On est déjà très divisés, il n’est pas nécessaire d’ajouter des bisbilles à la dispersion. Car il faut qu’on se reparle à gauche après le 26 mai. »

Mais il avertit : « Personne ne peut jouer les gros bras », en allusion aux déclarations de M. Mélenchon invitant la gauche à une « fédération populaire » autour de son programme, s’il est devant au soir du 26 mai.

Devant quelque six cents personnes, le candidat ne s’est en revanche pas privé de taper sur le gouvernement « qui n’entend pas la grande colère » qui s’exprime dans le pays. « Comme réponse, il veut nous imposer une journée de travail gratuit ! On a affaire à des génies », lance-t-il, faisant référence aux propositions de financement de la dépendance, dans les cartons d’Edouard Philippe. Lui veut proposer « une journée du patrimoine des plus riches », soit 3 milliards d’euros prélevés sur les « ultra-riches ».

Un SMIC à 1 400 euros net

Pour Ian Brossat, il faut en finir avec la règle des 3 % et « une vie qui se dégrade dans nos territoires ruraux comme dans nos quartiers populaires ». « L’Europe des gens » que la tête de liste veut promouvoir, passe par l’harmonisation sociale avec un « smic européen » – pas celui de Nathalie Loiseau qui est « en dessous du seuil de pauvreté » – mais à 1 400 euros net. Il entend aussi porter la « rupture avec la machine de guerre européenne contre les services publics » : cela passe par une « clause de non-régression sociale » permettant aux gouvernements nationaux de refuser les directives de libéralisation, assène-t-il.

Enfin le communiste veut une autre utilisation de l’argent de la Banque centrale européenne (BCE) pour financer la transition écologique, un grand plan ferroviaire, ou encore un « service public dédié à la rénovation des bâtiments ». M. Brossat se permet même de fixer une priorité à ses députés : faire de la lutte contre la fraude fiscale « la grande cause des parlementaires communistes ». Car l’élu en est persuadé, « on peut atteindre les 5 % qui nous permettront d’envoyer des députés au Parlement européen ». « Il nous reste un mois pour y arriver », conclut-il. Reste à convaincre les électeurs.

Sylvia Zappi

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans ACTUALITE NATIONALE DU PCF POLITIQUE NATIONALE

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