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17 juillet 2019 3 17 /07 /juillet /2019 05:59
Glenn Le Saoût, Catherine Grall, Michel-Thierry Atangana, Ismaël Dupont, René Grall - Saint-Pol-de-Léon, 13 juillet 2019

Glenn Le Saoût, Catherine Grall, Michel-Thierry Atangana, Ismaël Dupont, René Grall - Saint-Pol-de-Léon, 13 juillet 2019

Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
Nous avons vécu une rencontre marquante et émouvante avec Michel Thierry Atangana, né en 1964 à Yaoundé au Cameroun, français depuis 1988, ce samedi 13 juillet à Saint-Pol-de-Léon, ville dont Michel Atangana est devenu le citoyen d'honneur. Il était accueilli au départ ado à Perharidy où il se faisait soigner au centre héliomarin pour des problèmes de dos et chez la famille Grall qui hébergeait des enfants en soins éloignés de leur famille pour leur apporter de la chaleur humaine. Catherine Grall travaillait à ce moment-là justement avec les enfants à Perharidy.
 
Glenn Le Saoût avait participé à l'émouvante cérémonie organisée par le maire de Saint-Pol-de-Léon Nicolas Floch durant laquelle Michel-Thierry Atangana a été fait citoyen d'honneur de la ville de Saint-Pol-de-Léon le samedi 29 juin dernier. Le chroniqueur Afrique du journal "Le Monde", Daniel Le Bigot, en a tiré un article très documenté au titre sans ambiguïté:
"La France doit se racheter d'avoir abandonné Michel-Thierry Atangana durant 17 ans" (Le Monde, 2 juillet).
 
RFI qui avait défendu Michel pendant son emprisonnement a aussi soutenu la demande de réhabilitation, comme d'autres grands médias africains comme "Jeune Afrique".
Glenn Le Saoût et moi avions rencontré déjà dans la semaine au local du PCF à Morlaix René et Catherine Grall. Ce sont les très courageux animateurs du comité de soutien de cet économiste et financier français travaillant pour des investisseurs internationaux emprisonné de manière arbitraire et inhumaine sous de faux prétexte et par cupidité par des ministres du président Biya, avec le soutien du dictateur, et laissé pendant 17 ans dans une cellule de 7m2 sans fenêtre, de 1997 à 2014, sans guère de soutien des politiques français malgré une condamnation du Cameroun par la commission d'enquête internationale de l'ONU dans cette affaire et le soutien d'ONG comme Amnesty international.
Catherine et René n'ont eu de cesse pendant des années, quand ils ont appris l'apprisonnement de Michel Thierry Atangana, d'interpeller l’État, les médias, l'opinion publique, pour que pression soit faite sur les autorités camerounaises, puis, à la libération de Michel, pour qu'il soit pleinement réhabilité. Il faut dire que jusqu'en 2013, Hollande, qui rencontrera plus tard Michel Thierry Atangana et sera impressionné par la valeur de cette homme et sa résolution, maintient encore officiellement sa croyance au "crime" de corruption et d'abus de bien public prétendument commis par l'économiste.
Manière de ne pas contrarier l'ami Paul Biya, chez lequel des groupes français, et en particulier Bolloré, ont tant d'intérêts?
Pourtant l'avis n°38 du groupe de travail sur la détention arbitraire du Conseil des droits de l'homme de l'Assemblée Générale de l'ONU (avis arrêté après aller-retour avec l’État concerné, à vrai dire sans réponse du Cameroun) est formel: 
"Le 12 mai 1997, M. Atangana a été interpellé, sans mandat d'arrêt, par des éléments des forces spéciales du Groupement spécial d'opération puis détenu par la police judiciaire à Yaoundé. M. Atangana est détenu depuis le jour de son arrestation... dans une cave du secrétariat d'Etat à la défense, en isolement total, sans accès aux soins et sans communication avec le monde extérieur et en particulier avec sa famille, mettant gravement en danger sa santé physique et mentale..." .
L'avis laisse entendre que le lien fait par le pouvoir entre l'administrateur financier chargé de piloter un gros projet d'investissement dans les routes camerounaises et un candidat d'opposition (lien toujours nié par Michel Atangana) n'est pas sans rapport avec son arrestation et que les procédures juridiques normales n'ont pas été respectées. En réalité, des ministres du président Biya ont saisi le prétexte d'un lien supposé avec un challenger politique pour faire main basse sur l'argent des sociétés dont Michel Thierry Atangana était le mandataire pour un gros projet d'investissement en travaux publics, et sur l'argent de Michel-Thierry Atangana, tout en l'accusant lui-même de corruption alors qu'il gérait des fonds privés, et non publics. 
Il a été condamné après plusieurs semaines de détention administrative après un procès expédié de nuit, sans avocat ni possibilité de se défendre, à 15 ans de prison. Malgré une ordonnance de non-lieu en 2008, il est resté en détention et a été à nouveau condamné pour les mêmes faits à 20 ans de prison en 2012.  Du côté des autorités françaises, il faudra attendre l'implication de Bruno Gain, ambassadeur de France au Cameroun (2009-2013) pour que Michel-Therry Atangana bénéficie enfin de la protection consulaire à laquelle tout citoyen français détenu à l'étranger a droit mais qu'aucun prédécesseur n'avait jugé utile de faire appliquer. Et c'est le président Hollande qui va obtenir sa libération, après des mois de silence et de tergiversations, le 24 février 2014. 
René et Catherine Grall, et Michel Thierry Atangana nous ont remis les dossiers d'une grande partie des démarches effectuées par le comité de soutien, des correspondances avec l'ex président Hollande, le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, le rapport de l'ONU sur cette affaire, les preuves du caractère extrêmement tardif de la prise en compte par la France de l'innocence et de l'enfermement arbitraire de son ressortissant, Michel, français depuis 1988.
Michel Atangana réclame aujourd'hui un décret de réhabilitation, une indemnisation par l'état camerounais (aujourd'hui, ses biens ont été confisqués, ses comptes bancaires français bloqués suite à une commission rogatoire camerounaise) et une loi qui protège mieux les ressortissants français a l'étranger en créant notamment une possibilité d'alerte et de démarche auprès de la commission Droits de l'Homme de l'ONU pour leurs municipalités de résidence, afin que la protection diplomatique ne soit pas à géométrie variable et dépendant essentiellement des intérêts financiers et stratégiques de la France et de la seule realpolitik.
Nous allons travailler a ce que cette juste cause soit entendue et puisse aboutir.
Trois députés communistes de Seine Maritime s'associent déjà à un appel (pas encore publié) "pour que la France n'abandonne plus jamais les siens", comme Michel Atangana: Sébastien Jumel, Jean-Paul Lecoq, et Hubert Wulfranc.
Avec d'autres parlementaires de droite, du centre et de gauche... Une quarantaine en tout à ce stade.
Cet appel des parlementaires est le suivant:
"Pour que la France n'abandonne jamais plus les siens!
Il y a cinq ans, Michel-Thierry Atangana était libéré de sa geôle camerounaise. (...)
Malgré la décision prise à son profit par les Nations-Unies, Michel-Thierry Atangana a certes retrouvé sa liberté mais pas sa vie.
Sa réputation est entachée par une condamnation inique entravant sa carrière de financier de haut vol. Ses comptes bancaires français sont bloqués parce que notre pays n'applique pas les décisions de l'ONU et répond favorablement aux commissions rogatoires camerounaises visant à geler les avoirs de M. Atangana en France.
(...)
Le cas emblématique de Michel-Thierry Atangana doit servir de point de départ à une réflexion collégiale sur un renforcement de la protection juridique des Français à l'étranger.
(...)
Désormais, nous devons aller plus loin, plus vite.
- Prendre en commission des lois cet avis déclaratif qui consacrerait en droit interne l'Avis rendu par les Nations-Unies préconisant la réhabilitation et l'indemnisation intégrales de Michel-Thierry Atangana.
- Faire adopter la proposition de loi en cours de rédaction qui renforcerait la protection des Français à l'étranger contre l'arbitraire. Nous prémunissant de violation des droits de nos concitoyens par instrumentalisation judiciaire.
..."
 
Cette sombre affaire éclaire aussi certains aspects peu reluisants de la françafrique et des intérêts français qui y font bon ménage avec les dictatures.
Pour Michel-Thierry Atangana, il n'y a pas de pire ennemi pour l'homme et notre époque que l'indifférence qui nous fait tout accepter. "L'indifférence est un cancer qui tue la vie".
Lui aurait pu accepter un poste pépère "de dédommagement modique pour se taire", de la part du Cameroun (on lui a proposé un poste de ministre à sa libération!!!) ou de la France, mais Michel n'a qu'un souhait: que justice et réparation soient enfin effectuées, que les mêmes injustices contre des ressortissants français abandonnés par leur État ne puissent se reproduire aussi facilement.
 
Ismaël Dupont, le 14 juillet 2019
Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 08:38
Moscou: 1936. Costante Masutti avec Othello et Gisèle. Photo volée dans une correspondance privée par les services de renseignement fascistes

Moscou: 1936. Costante Masutti avec Othello et Gisèle. Photo volée dans une correspondance privée par les services de renseignement fascistes

Costante Masutti, l'étrange destin d'un ouvrier antifasciste et communiste italien réfugié en France et en URSS - Le Livre de Nella et archives Bérénice Manac'h
Costante Masutti, l'étrange destin d'un ouvrier antifasciste et communiste italien réfugié en France et en URSS

Source unique pour l'ensemble de l'article (avec sa permission):

Bérénice Manac'h, Le livre de Nella, 2019, Skol Vreizh

et Documents d'archives: Bérénice Manac'h, la petite-fille en ligne maternelle de Costante Masutti

Tous nos remerciements à Bérénice, d'abord pour son beau et passionnant livre, la conférence qu'elle a donné pour les Mardis de l'éducation populaire du PCF Morlaix le 2 juillet 2019, ensuite pour la mise à disposition de ces documents, rares et précieux.  

Costante Masutti: une jeunesse ouvrière marquée par la précarité et la Grande Guerre

L'histoire commence à Pordenone, une ville du Frioul dans le nord-est de l'Italie non loin des derniers contreforts des Dolomites. C'est une vieille région d'industrie cotonnière et de filatures, une des plus pauvres d'Italie, une des principales terres d'émigration.

Costante Masutti naît en 1890 dans une famille nombreuse du bourg de Prata. Il doit quitter l'école à l'âge de 9 ans ou 10 ans pour aller travailler avec un de ses frères dans les fours à brique de Rivattora. Lever à 4 heures du matin pour rejoindre le lieu de travail. On ne rentre le soir que vers 21 heures.

Une tante de Costante le prend avec elle à Pordenone et lui trouve une place d'apprenti coiffeur à 12 ans puis il est employé à la grande cotonnerie Amman où il fait les trois-huit avec l'équipe de nuit pour gagner quelques centimes de plus. 

" Avant même son 15e anniversaire, Costante part pour la Suisse où il occupe un emploi de manœuvre à  Saint-Gall. Il devient plâtrier. Pendant l'hiver, lorsque les chantiers s'interrompent, il rentre chez sa tante à Pordemone qui lui a trouvé une place de domestique dans un hôtel. Au printemps, il repart pour la Suisse où son emploi est assuré. Là-bas, il se syndique, fréquente des associations ouvrières et, déjà, s'engage en faveur de ce qui sera sa cause pendant toute sa vie: défendre les exploités contre les exploiteurs".

A 19 ans, il fait la cour à une orpheline qui vit chez sa tante Giovanna, une femme austère qui entend lui donner une bonne éducation: Teresa Gaudenzio.  Teresa travaille comme couturière.

Les noces ont lieu en mars 1912, Teresa a 20 ans et Costante 22 ans. Les époux, brouillés avec la tante de Teresa qui n'accepte pas ce mariage, prennent le chemin de la Suisse. Leur première fille Gemma, née à Saint-Gall, mourra prématurément, atteinte de poliomyélite, à 3 ans et demi, un après la naissance d'un petit frère, en 1915.  

Teresa est rentré à Pordemone avec son frère et sa petite, tandis que Costante a rejoint la Ruhr en Allemagne où il espérait pouvoir trouver du travail, avant d'être mobilisé comme soldat dans une section d'assaut en 1915.

La région du Frioul est dévastée par la guerre, le front s'établit à quelques kilomètres de Pordenone. Après l'effroyable défaite de l'armée italienne à Caporetto, Costante se retrouve à l'arrière près de Brescia avec les troupes en déroute. Il fait venir Teresa et leur petit Angelo, leur troisième enfant, Nella, naît le 23 août 1918 à Castenedolo de Brescia en pleine épidémie de "grippe espagnole". 

A son retour à Pordenone à la fin de la guerre, la famille Masutti trouve une région dévastée. Dans les usines, les machines ont été emportées par l'occupant ou détruites. Les voies de chemin de fer et les ponts sont démolis. Les étables sont vides, l'outillage agricole brisé. Le chômage atteint un niveau catastrophique en raison du retour de dizaines de milliers de réfugiés, de l'afflux des démobilisés et de la suspension temporaire de l'émigration.

Costante devient l'organisateur et le responsable de la puissante Ligue Socialiste du bâtiment qui compte plus de 10 000 adhérents dans la région. Il préside aussi la Ligue prolétarienne , une organisation d'anciens combattants qui s'oppose à l'Association nationale, jugée chauvine et militariste. Il est secrétaire de la section socialiste de Pordenone et conseiller municipal après les élections d'octobre 1920. Il se rallie dès le mois de décembre 1920 à ceux qui veulent créer le nouveau parti communiste, finalement officialisé début 1921 par la scission de Livourne.   

Photo de la fiche de police et de l'avis de recherche de Constante Masutti  - vers 1920

Photo de la fiche de police et de l'avis de recherche de Constante Masutti - vers 1920

Costante Masutti et Pietro Sartor (à gauche), premier dirigeant du Parti Communiste de Pordemone - 1921 - ils se sont exilés ensemble en Suisse après l'affaire Salvato

Costante Masutti et Pietro Sartor (à gauche), premier dirigeant du Parti Communiste de Pordemone - 1921 - ils se sont exilés ensemble en Suisse après l'affaire Salvato

Le combat contre les fascistes et l'affaire Arturo Salvato  

"Cette année 1921 est un tournant crucial pour Pordenone la rouge, qui résiste de toutes ses forces aux agressions des fascistes, dont les bandes armées terrorisent le pays. A la veille des élections parlementaires de mai 1921 a lieu la journée historique des barricades de Torre, un faubourg de Pordemone. Ce sera un des premiers exemples de la résistance armée au fascisme en Italie. L'armée et les forces de sécurité interviennent. Il y aura des arrestations, parmi lesquelles figure le nom de Costante. Déjà, les autorités ne cachent pas leurs sympathies et laissent les fascistes libres de brutaliser et d'humilier leurs adversaires qui se sont rendus. Mais les ouvriers des filatures se mettront en grève pour réclamer la libération de leurs camarades" (Bérénice Manac'h, Le Livre de Nella)

Le 8 juin 1921, Costante Masutti croise à nouveau la route d'Arturo Salvato, 25 ans. Employé à l'agence des Impôts de Pordenone depuis quelques mois, Arturo est à la tête du commando fasciste des Lupi Neri  (les Loups noirs), spécialisé dans les expéditions punitives. Costante et Arturo avaient l'habitude de se défier. Ce jour-là, c'est spécial. Costante rentre à bicyclette d'un meeting de chômeurs qu'il a organisé à Puia di Prata. La route est déserte. Il fait déjà presque sombre. Et un camion de fascistes armés s'arrête à sa hauteur, le chef Arturo Salvato lui demandant de monter dans le camion. Costante sait ce qui l'attendrait, il sort son revolver à cinq coups acquis deux mois plus tôt et fait feu sur Salvato avant de prendre la fuite. Cette nuit-là, tandis que Costante se cache dans un lieu sûr, les fascistes mettent sa maison à sac après avoir jeté à la rue sa femme enceinte et ses deux enfants, dont Nella, la future mère de Bérénice Manac'h qui fait ce récit dans Le livre de Nella, Nella qui avait trois ans mais qui se souviendra du froid du métal du pistolet mis sur sa tempe par des fascistes furieux à la recherche de Costante.  

A sa mort, Salvato deviendra un héros un martyr du fascisme. Lors de ses obsèques, il aura droit aux honneurs officiels de la part du commissaire chargé de se substituer à la municipalité socialiste de Pordenone en ces temps de crise.  Et pourtant, Mussolini n'a pas encore pris le pouvoir à Rome. A l'inverse, Costante Masutti sera célébré dans l'après-guerre comme un héros précurseur de la lutte anti-fasciste dans le Frioul.

Carte du Parti Socialiste Italien, 1920 - Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Socialiste Italien, 1920 - Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Socialiste Italien, 1920 - Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Socialiste Italien, 1920 - Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste Italien, 1921 - rabat extérieur -Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste Italien, 1921 - rabat extérieur -Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste Italien, 1921 -intérieur -Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste Italien, 1921 -intérieur -Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste Italien, 1921 - rabat extérieur avec cachet du Comité de Secours parisien -Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste Italien, 1921 - rabat extérieur avec cachet du Comité de Secours parisien -Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Première fuite, premier exil

Costante se cache d'abord une dizaine de jours dans le grenier d'une maison en construction, avec son pistolet, quelques grenades incendiaires et un mousqueton autrichien datant de la Grande Guerre. Dans la journée, il lit les journaux locaux que les camarades lui apportent, caché dans un fossé asséché par des broussailles épaisses. A l'annonce de la mort de Salvato, les bandes fascistes mettent le feu à la Chambre du Travail de Pordenone et dévastent les maisons des principaux responsables socialistes et communistes de la ville. Costante se résigne à quitter la région et c'est l'avocat socialiste Ellero, qui vient d'être élu député de Pordenone, qui met à sa disposition une voiture avec chauffeur pour l'éloigner et l'évacuer discrètement, à 24 kilomètrres de là. Costante est accompagné par deux camarades armés: le communiste Oliva et son jeune beau-frère. D'abord, Costante ne veut pas quitter le pays. Il dirige pendant quelques semaines le syndicat du bâtiment de Trente, mais, apprenant qu'il a été repéré par la police, il rejoint la Suisse en traversant les Alpes sous une identité d'emprunt d'entrepreneurs en bois avec Pietro Sartor, fondateur du Parti communiste de Pordenone.  

  Après tant d'années, Costante est donc de retour à Saint-Gall où il trouve du travail. Pendant sa femme Teresa et ses deux enfants sont secouru par des camarades. En raison des crises économiques de 1920-1922, la Suisse est toutefois moins accueillante pour l'immigration de travail et Constante est obligé de s'expatrier en France en 1922. 

Dans l'exil, il adhère au Parti communiste suisse d'abord, puis français, comme en témoignent ses cartes d'adhérent du Parti Communiste que Bérénice Manac'h nous a confiées pour les lecteurs du Chiffon Rouge.

Costante trouve à s'employer au noir comme maçon à Paris. La famille - Teresa, Angelo et Nella- le rejoint début 1923 et s'installe avec Costante à l'hôtel de Savoie, rue de l'Orillon, dans un quartier populaire du 11e arrondissement. Teresa travaille comme couturière pour un grossiste juif du voisinage, elle coud des pantalons. Finalement, Costante fait l'acquisition d'un bout de terrain à Savigny-sur-Orge, un village en plein essor au sud de Paris et y construit une modeste baraque en bois pour y installer les siens. Le sol est en terre battue, le toit n'est pas imperméable, le tout est produit par des matériaux de récupération. Les Masutti restent là un ou deux ans avant de s'installer dans une baraque un peu plus confortable, aux allures de chalet de bois. 

Costante poursuit son action syndicale auprès des ouvriers du Bâtiment. Il est repéré par la police à ce titre. Or, les immigrés sont surveillés de près. Le 28 septembre 1924, à la grande manifestation organisée pour le soixantième anniversaire de la création de la Première Internationale, les communistes italiens font sensation à Puteaux: derrière les militants chinois et les travailleurs d'Afrique du Nord, un millier d'entre eux défilent en chemises rouge et chantent Bandiera rossa

A partir de cet évènement, les autorités françaises multiplient les arrestations parmi les étrangers suspects de sympathies communistes.

"Un arrêté du ministère de l'intérieur suffit désormais pour expulser dans les 24 heures un militant communiste, généralement vers la Belgique ou le Luxembourg - en raison d'une simple activité syndicale ou politique. Il n'est plus besoin de jugement d'extradition. C'est ce qui arrive à Costante. Il est finalement repéré à cette occasion par la police fasciste italienne qui n'a cessé de le rechercher. Heureusement, une convention franco-italienne de 1870 interdit de l'extrader vers l'Italie puisqu'il est poursuivi pour un crime politique.  

Costante Masutti est donc expulsé vers la Belgique. Sa carte d'adhérent du PCF de Savigny ne porte d'ailleurs plus de timbre mensuel de cotisation à partir du mois d'octobre 1924. Il est probable qu'il a été expulsé de France plus d'une fois. " (Bérénice Manac'h, Le livre de Nella, 2019, Skol Vreizh)

La mère de Bérénice Manac'h lui a raconté qu'un jour son père était revenu à Paris dans le même train que les gendarmes qui venaient de le conduire à la frontière.

A cette période, Costante se procure de faux papiers et se dissimule sous une barbe peu habituelle chez lui.

Il devient entrepreneur du bâtiment sous un faux nom à Mitry-Mory, au nord-est de Paris: il s'appelle désormais Ronci Eaunello, né à Trevise, et construit des pavillons et maisonnettes bon marché, mettant des annonces publicitaires dans L'Humanité. Ce n'est qu'en 1932 que la police italienne, dont toutes les enquêtes et questionnements sur Costante sont consultables (un dossier que Bérénice a récupéré intégralement en photos) aux archives de l'Etat fasciste à Rome, fait de nouveau le rapprochement entre Ronci et le communiste Masutti.   

Même s'ils sont pauvres, Costante est ambitieux pour ses enfants, il paie des études de violon à son fils Angelo, l'envoie fréquenter les écoles complémentaires à Paris, est attentif au soin vestimentaire. "Plus tu es miséreux, mieux tes chaussures doivent être cirées", leur enseigne Costante.

" Les Italiens formaient à cette époque de loin le groupe le plus important des immigrés en France. Parmi eux se trouvaient de nombreux antifascistes, souvent communistes, qui se sont bientôt intégrés aux organisations françaises du mouvement ouvrier. En 1923, conformément à une directive du IVe congrès de l'Internationale, la fédération communiste italienne en France est dissoute et ses sections fusionnent avec celles du PCF. En revanche, des "Groupes de langue" sont créés pour représenter les différentes nationalités au sein du parti français, qui garde la mainmise sur elles. Parallèlement se forment des "Centuries prolétariennes", des organisations paramilitaires destinées à combattre un jour en Italie contre les fascistes. Ce sont elles qui ont défilé en septembre à Puteaux, impressionnant les badauds par leur discipline, leurs chemises rouges et leurs drapeaux. Le Parti communiste d'Italie, né peu avant la prise du pouvoir par les fascistes de Mussolini à Rome, ne connaît finalement que l'action secrète et l'émigration. Ses dirigeants sont en prison, ses congrès se réunissent discrètement à l'étranger. A la tête du parti, Palmiro Togliatti succède à Antonio Gramsci, arrêté en 1926. La clandestinité est désormais complète et la nouvelle direction du parti, "bolchevisée", s'installe alors à Paris avant de finir par émigrer à Moscou. (...)" - Bérénice Manac'h, Le livre de Nella, 2019, Skol Vreizh

Costante était lui affilié au PC- SFIC même s'il a sans doute fréquenté les groupes de langue du PCF et de la CGTU. 

De Mitry, il continue à correspondre par messages cryptées, lettres écrites à l'encre sympathique, avec ses camarades de Pordenone, et il accueille parfois des dirigeants du PCI, comme des dirigeants du PCF, comme Duclos et Marty. Les réunions ont lieu quasiment clandestinement, rideaux tirés et volets clos.     

 

Carte du Parti Communiste Suisse en 1921 - Costante Masutti, "Gessatore" (archives Bérénice Manach)

Carte du Parti Communiste Suisse en 1921 - Costante Masutti, "Gessatore" (archives Bérénice Manach)

Carte du Parti Communiste Suisse en 1921 - Costante Masutti (archives Bérénice Manach)

Carte du Parti Communiste Suisse en 1921 - Costante Masutti (archives Bérénice Manach)

Carte du Parti Communiste Suisse en 1921 - Costante Masutti (archives Bérénice Manach)

Carte du Parti Communiste Suisse en 1921 - Costante Masutti (archives Bérénice Manach)

Carte du Parti Communiste Français en 1923 - Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste Français en 1923 - Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste (SFIC) en 1924 - Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste (SFIC) en 1924 - Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste (SFIC) en 1924 - Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Carte du Parti Communiste (SFIC) en 1924 - Costante Masutti (archives Bérénice Manac'h)

Costante Masutti, 1923 ou 1924 - un port de la barbe pour échapper à la vigilance inquisitrice des autorités françaises?

Costante Masutti, 1923 ou 1924 - un port de la barbe pour échapper à la vigilance inquisitrice des autorités françaises?

Teresa et Constante Masutti en 1925

Teresa et Constante Masutti en 1925

Costante est l'homme au chapeau et aux lunettes de soleil en haut au centre- La famille Masutti avec des camarades communistes dans le parc de l'orphelinat de la Villette-aux-Aulnes, un quartier de Mitry-Mory: en 1923, l'association l'AVENIR SOCIAL y a acquis une propriété pour ouvrir un orphelinat ouvrier passé sous contrôle communiste. Le beau parc accueille des fêtes champêtres qui rassemblent de nombreux communistes.

Costante est l'homme au chapeau et aux lunettes de soleil en haut au centre- La famille Masutti avec des camarades communistes dans le parc de l'orphelinat de la Villette-aux-Aulnes, un quartier de Mitry-Mory: en 1923, l'association l'AVENIR SOCIAL y a acquis une propriété pour ouvrir un orphelinat ouvrier passé sous contrôle communiste. Le beau parc accueille des fêtes champêtres qui rassemblent de nombreux communistes.

 archives Bérénice Manac'h: deux familles d'amis immigrés italiens sont avec les Masutti. En région parisienne dans les années 20 avec les "Coquelicots Prolétariens du 20e". Le militant communiste et antifasciste italien Costante Masutti derrière au centre. Teresa sa femme devant lui, avec Gisèle et Othello juste devant elle. Au premier plan à droite : Angelo et Nella, les deux autres enfants de Constante et Teresa (Le Livre de Nella, Skol Vreizh, 2019, Bérénice Manac'h)

archives Bérénice Manac'h: deux familles d'amis immigrés italiens sont avec les Masutti. En région parisienne dans les années 20 avec les "Coquelicots Prolétariens du 20e". Le militant communiste et antifasciste italien Costante Masutti derrière au centre. Teresa sa femme devant lui, avec Gisèle et Othello juste devant elle. Au premier plan à droite : Angelo et Nella, les deux autres enfants de Constante et Teresa (Le Livre de Nella, Skol Vreizh, 2019, Bérénice Manac'h)

Le grand départ pour l'URSS et Moscou

En 1930, Costante est arrêté à la manifestation du Mur des Fédérés, ce grand cortège qui conduit chaque année des organisations de gauche au cimetière du Père-Lachaise, pour y commémorer les massacres de la Commune en 1871. Il est arrêté sous le nom de Ronci que repèrent les autorités italiennes. Elles croient ce Ronci expulsé de France suite à la manifestation. Mais c'est plutôt un nouveau zèle des autorités françaises pour expulser les immigrés et ressortissants étrangers dans un contexte de crise qui fait que Costante Masutti, sa femme Teresa, et leurs enfants Angelo, Nella, Gisèle et Othello vont partir secrètement pour l'URSS le 11 février 1932. On dit qu'ils firent don de leur maison au Parti communiste puis, s'arrêtant à Berlin, Costante porteur d'un faux passeport espagnol au nom de Tedro Garatti, il déposera l'argent qui lui reste au siège du Parti communiste allemand avant de recevoir des consignes pour la suite de son voyage. 

Des centaines d'italiens résident alors à Moscou. "Il y a l'appareil du Parti communiste en exil et ceux qui ont été désignés pour suivre les cours de l'école léniniste mais il y a surtout de simples militants qui ont fuit les persécutions de la dictature fasciste avec leurs familles, ou qui, comme Costante, ont dû quitter les pays où ils s'étaient réfugiés pour rejoindre ce qui représente pour chacun d'eux une patrie idéale. (...) Ils sont pour la plupart communistes, mais il y a aussi quelques socialistes, des anarchistes, des gens sans parti. Ils travaillent dans les usines de la capitale. Les maçons sont nombreux aussi et l'on a besoin d'eux sur les chantiers de la nouvelle Moscou. Il y a vraiment du travail pour tout le monde. 

A son arrivée, chacun remet aux autorités son passeport en échange d'un permis de séjour qui doit être régulièrement renouvelé. Dans quelques années, l'on exigera de chacun qu'il demande à bénéficier de la citoyenneté soviétique. Tous les arrivants ne sont pas reconnus comme émigrés politiques. C'est un privilège qui donne droit aux magasins spéciaux pour étrangers, au logement, au travail, aux cartes de ravitaillement.

Tandis que les dirigeants du Parti italien sont logés, plutôt confortablement, au grand hôtel Lux de la rue Tverskaya ou ailleurs, les réfugiés les plus humbles sont dirigés vers le Secours rouge international. Cette institution (le MOPR en russe), qui dépend de l'Internationale communiste, a été créée pour venir en aide aux révolutionnaires emprisonnés et persécutés dans le monde. Elle organise l'immigration vers l'Union soviétique des militants menacés ou méritants, accueille les Italiens et les autres, organise leur séjour. C'est elle qui gère le foyer de la Maison des Émigrés et le Club International des Émigrés." 

( Bérénice Manac'h, Le livre de Nella, 2019, Skol Vreizh)

Les dossiers de la police italienne sur Constante Masutti: des centaines de pages, de documents volés ou recopiés dans les correspondances privées, d'indications données par des informateurs et délateurs

Les dossiers de la police italienne sur Constante Masutti: des centaines de pages, de documents volés ou recopiés dans les correspondances privées, d'indications données par des informateurs et délateurs

Costante Masutti, l'étrange destin d'un ouvrier antifasciste et communiste italien réfugié en France et en URSS - Le Livre de Nella et archives Bérénice Manac'h

La crise du logement fait rage et la famille est d'abord séparée provisoirement, hébergée auprès de trois familles d'immigrés italiens. Costante se démène pour trouver du travail et un logement. Il ne veut pas être à la charge du MOPR et du pays qui l'accueille. Il est très difficile de trouver un logement pour six personnes, et sans logement, pas de droit au travail.

"Au bout de trois mois, la chance sourit enfin: l'architecte Boris Iofan - celui qui construira le pavillon soviétique à l'Exposition universelle de Paris en 1937 - est prêt à engager Costante dans son équipe et lui signale un logement que ce dernier qualifiera de "soue à cochon": c'est dans la Bolotnaïa (le "marécage"), sur l'île formée par les deux bras de la Moskova en plein centre de Moscou, face au Kremlin. Il s'agit d'une vaste construction ovale sans étages, un ancien marché du temps des tsars qui comprend quelques logements et des resserres entourant une grande cour en terre battue encombrée de tout un bric-à-brac. Le logement dont il est question occupe une surface de 23 ou 24 mètres carrés. Il a servi d'écurie, il est plein de fumier et envahi de punaises"...  

Un logement rudimentaire et étroit donc, pour une famille de six personnes, séparé des voisins par des cloisons de planches, avec quelques lits de camps, une armoire, une table. Costante ne cessera d'envoyer des suppliques aux autorités les plus diverses pour obtenir un logement plus confortable et moins malsain mais en vain.  A côté de ce bâtiment bas de la Bolotnaïa, le long de la Moskova, il y a des édifices bien plus précieux: le grand cinéma Oudarnisk, et la Maison du gouvernement dont la construction vient à peine d'être terminée par Iofan.  Un millier de privilégiés du régime y vivent avec leurs familles, hauts fonctionnaires du Parti, artistes, hauts gradés de l'armée. Dans quelques années, un grand nombre d'entre eux seront arrêtés, plus de trois cent seront fusillés. Les enfants de ces cadres dirigeants de l'URSS fréquentent la même école que les enfants de Costante Masutti.

Costante commence par travailler comme plâtrier stucateur à Moscou. Bientôt, ses compétences, son expérience et son exigence professionnelle l'amènent à devenir chef d'équipe et formateur dans le bâtiment. Il obtient le titre d'oudarnik, c'est à dire de travailleur de choc, puis celui de stakhanoviste. 

"Il décrochera même, écrit Bérénice Manac'h, le premier prix de la Conférence régionale de Moscou des stakhanovistes pour le travail en crépi, et son portrait sera porté en grande procession sur la place Rouge en novembre 1935 au milieu des autres héros du travail. Il finira par être chargé de dispenser des cours de formation dans toute la Russie d'Europe et enseignera les méthodes de travail."

Son fils aîné Angelo devient ami de Tina Modotti, de vingt ans plus âgée que lui, qui lui confie son appareil photo Leica et l'aide à intégrer l'Institut du Cinéma: 

"Angelo, qui a un peu plus de 16 ans, travaille d'abord pendant quelques mois au service de presse et de propagande du MOPR où il fait la connaissance de la grande artiste frioulane Tina Modotti. Celle-ci a définitivement abandonné la photographie pour se consacrer à son activité de révolutionnaire. Ils dînent ou déjeunent plusieurs fois ensemble au restaurant de l'hôtel Lux ou ailleurs, parfois en compagnie de son compagnon, le révolutionnaire Vittorio Vidali, le futur commandant Carlos Contreras de la guerre d'Espagne. Angelo traduit en français et dactylographie avec deux doigts des textes pour eux. Il est chargé des statistiques sur les brutalités policières envers les ouvriers dans les pays capitalistes. Il parlera de Tina comme d'une femme "un peu spéciale", fascinante, donnant envie de parler de choses sérieuses, que tout le monde aimait bien. Dans notre famille, on racontait qu'Angelo avait dû être un peu amoureux d'elle, qui était de 20 ans son aînée.... Tina est souvent absente de Moscou pour de mystérieuses missions à l'étranger. Un jour, comme Angelo lui rend visite dans la chambre qu'elle partage avec Vidali à l'hôtel Soyouznaïa de la rue Tverskaïa, elle lui fait admirer le magnifique appareil Leica qu'elle vient d'acheter à Berlin. Le garçon s'émerveille devant le premier 24 x 36 qu'il ait jamais vu, avec posemètre intégré. Tina lui tend l'appareil et lui demande de la photographier avec son compagnon. Quelques jours plus tard, elle lui confie le Leica pour une durée indéterminée. Angelo le gardera pendant plus de trois ans. C'est à lui que l'on doit les très rares clichés que l'on connaisse de Tina Modotti à l'époque de son séjour à Moscou, qui sont sans doute les dernières photos d'elle qui existent. Tina ne lui redemandera l'appareil qu'en 1936 lorsqu'elle quittera l'URSS pour s'engager dans les Brigades Internationales avec Vidali, devenant alors la "camarade Maria". Mais, comme le dira poétiquement Pablo Neruda dans ses mémoires, "elle avait jeté son appareil photographique dans la Moskova et s'était juré à elle-même de consacrer sa vie aux tâches les plus humbles du parti communiste". (Le livre de Nella, Bérénice Manac'h, Skol Vreizh, 2019, 22€, , p.47-48)

Journal moscovite dans les années 36-37 où Costante Masutti à l'honneur de voir son portrait d'ouvrier méritant en une parmi d'autres stakhanovistes (Costante est au troisième rang en partant du bas à gauche, avec la casquette)

Journal moscovite dans les années 36-37 où Costante Masutti à l'honneur de voir son portrait d'ouvrier méritant en une parmi d'autres stakhanovistes (Costante est au troisième rang en partant du bas à gauche, avec la casquette)

Costante Masutti à Moscou

Costante Masutti à Moscou

La famille Masutti à Moscou en 1937 avec Costante, Teresa, Angelo, Othello, Nella - Mars 1937, sur la Moscova gelée

La famille Masutti à Moscou en 1937 avec Costante, Teresa, Angelo, Othello, Nella - Mars 1937, sur la Moscova gelée

Costante vers 1936 au milieu de ses apprentis en URSS

Costante vers 1936 au milieu de ses apprentis en URSS

Quitter l'URSS

Nella, la fille de Costante et Teresa, tombe amoureux d'Emilio,bel ouvrier communiste italien qui ne tarde pas à être déporté à Pinega, à 1000 kilomètres de Moscou, où elle le rejoint pendant des mois contre l'avis de son père. Elle rejoint l'Italie quand Emilio est déporté une seconde fois vers la Kolyma où il sera exécuté. Elle quitte l'URSS en août 1936, deux jours après la condamnation à mort des 16 accusés du premier des grands "Procès de Moscou". 

La terreur commence à faire rage en URSS. Dès le mois d'août 1934, Costante avait demandé au Parti communiste d'Italie l'autorisation de quitter l'URSS pour reprendre la lutte contre le fascisme en Italie, à Pordemone. En vain. Puis il demande à pouvoir rentrer en France pour s'engager dans les Brigades Internationales. A sa grande déception, la direction du Parti italien l'invite à s'adresser directement à l'ambassade d'Italie fasciste à Moscou. Le Parti communiste ne veut pas lui fournir de faux papiers pour rentrer en France et la fréquentation de l'ambassade est dangereuse dans le contexte de l'installation de la terreur stalinienne. Constante ne veut pas non plus demander la citoyenneté soviétique qui l'immobiliserait lui et sa famille en URSS dans un contexte très incertain.

Apprenant son intention de quitter l'URSS, les dirigeants du PCI en exil excluent Costante du Parti communiste. En mai 1937, Costante et sa famille quittent l'URSS sans passeport, avec un simple certificat provisoire de nationalité italienne établi par l'ambassade et visé par les autorités soviétiques. 

A Paris, dans le 13e arrondissement, les Masutti sont pris en charge par le Secours rouge international. Les enfants ont du mal à se réacclimater à la France, qu'ils ont quitté 5 ans et demi plus tôt. Ils parlent et écrivent plutôt le russe que le français désormais. Au bout de quelques semaines, un représentant italien du Secours Rouge International déniche pour la famille Masutti un petit deux-pièces à l'Haÿ-les-Roses, dans la banlieue sud de Paris. Ils vivent misérablement dans un petit logement. Teresa s'engage comme couturière pour une patronne italienne. Costante souffre d'avoir été exclu du parti suite à ses mésententes avec les dirigeants du PCI en exil à Moscou. Il se rapproche alors d'Angelo Tasca qui dirige le PSI en exil. Redevenu socialiste, il est ciblé comme traître par ses ex-camarades italiens communistes en France. Toujours communiste de conviction, il entend publier un appel à ses camarades pour leur dévoiler la vraie nature du régime stalinien et de l'URSS: il y accuse Staline d'avoir trompé le peuple russe et la classe ouvrière internationale. Il y revèle dans un texte de 40 pages daté de décembre 1938 l'ampleur de la répression contre des militants sincères en URSS. Il écrit dans cet "Ardent appel à toutes les personnes de coeur éprises de justice":

"Nous taire, ce serait trahir toute la masse fanatisée des ouvriers qui, de bonne foi, croient encore aux laquais opportunistes et arrivistes de Staline. Ce serait trahir aussi tous ces malheureux ouvriers russes fusillés ou condamnés par centaines de milliers aux travaux forcés ou à la déportation. Ce serait trahir tous les militants allemands, polonais, hongrois, italiens et autres qui souffrent dans les cachots et les camps de concentration de Staline, situés dans les régions les plus sauvages et les plus désertiques de l'URSS. Nous ne pouvons plus nous taire, ce serait un crime..."    

Constante y dresse un premier inventaire de 60 noms des victimes italiennes des purges staliniennes.

Au début de juin 40, les Masutti, sauf Nella, avec Etienne Manac'h à Istanbul en Turquie, sont arrêtés et incarcérés à la prison de Fresnes. Teresa et ses enfants n'y restent que deux semaines, mais Costante est condamné à six mois. Angelo est appellé à la Légion étrangère, dans un bataillon disciplinaire du désert algérien. Après un bref passage à Dordogne au début de l'occupation, Costante revient revient à l'Haÿ-les-Roses et travaille pour toute la durée de la guerre comme vitrier sur le terrain d'aviation de Villacoublay, occupé par les Allemands. Dans l'antre du loup, peut-être, mais aussi une manière de ne pas se faire remarquer comme antifasciste, communiste ou ex-communiste, pouvant être extradé en Italie fasciste ou être victime de la répression politique en France, de Vichy ou des Allemands.  

Le procès pour le meurtre d'Arturo Salvato est révisé en avril 46 et après 25 ans d'exil Costante peut enfin revenir au pays et à Pordemone. A la première manifestation du Premier Mai organisée depuis la période fasciste, on le prie même d'être un des trois orateurs officiels.

Certificat de nationalité italienne qui permet à Costante Masutti de sortir miraculeusement d'URSS

Certificat de nationalité italienne qui permet à Costante Masutti de sortir miraculeusement d'URSS

Polenta frioulane en 1938

Polenta frioulane en 1938

L'après-guerre et le retour éphémère à Pordemone en tant que militant socialiste

Le procès pour le meurtre d'Arturo Salvato est révisé en avril 46 et après 25 ans d'exil Costante peut enfin revenir au pays et à Pordenone. A la première manifestation du Premier Mai organisée depuis la période fasciste, on le prie même d'être un des trois orateurs officiels. Avec des militants communistes locaux, il va organiser les campagnes de la gauche dans la région de Pordenone de 1947 à 1949, pour le Front populaire démocratique (la coalition formée par le Parti Communiste et le Parti Socialiste). C'est de cette période que date cette photo assez célèbre de lui en bicyclette. Costante est nommé candidat du Front populaire démocratique à la députation mais il ne tarde pas à se heurter avec un jeune intellectuel ambitieux du Parti socialiste, Bisol. De justesse, à quelques voix près, il n'est pas élu sénateur de Pordenone. Les relations avec les chrétiens-démocrates sont aussi très houleuses. Costante fait scandale en troublant une représentation d'activistes catholiques édifiant contre les dangers de la gauche. Les pères missionnaires portent plainte contre lui et il est condamné à un mois de prison, puis à quinze jours.

Costante se résigne alors à rentrer en France. C'est un retour définitif même s'il se rendra encore chaque année en Italie pour y exercer son droit de vote lorsqu'il y a des élections et pour participer aux congrès nationaux du PSI. Il est élu secrétaire permanent de la section parisienne du PSI en France avant de prendre la tête de toute la fédération socialiste italienne de France en 1957.

Il meurt à l'hôpital Cochin le 12 octobre 1960.    

Costante Masutti à Pordemone en 1948

Costante Masutti à Pordemone en 1948

Congrès mondial pour la Paix où Costante Masutti représente le PSI

Congrès mondial pour la Paix où Costante Masutti représente le PSI

Costante Masutti à une réunion du PSI en 1955

Costante Masutti à une réunion du PSI en 1955

Bérénice Manac’h LE LIVRE DE NELLA - Des vies d’exil  Ce livre n’est ni un manuel d’histoire ni un roman. II tient pourtant de l’un et de l’autre. II raconte la vie d’une famille ouvrière d’origine italienne écartelée entre plusieurs pays et plusieurs langues. C’est une histoire d’exils, de départs et de retours, qui se mêle plus ou moins étroitement à bien des drames que l’Europe a vécus au cours du 20e siècle. Les gens simples ont rarement été là pour dire ce qu’ils ont vécu. Ce récit retrace la vie de ces témoins et leur donne la parole, de l’Italie fasciste à l’immigration clandestine en région parisienne, de l’expatriation à Moscou sous la terreur stalinienne au retour en France, où ils seront finalement de ceux qui, avec tous les autres, composent aujourd’hui le peuple de ce pays. Mais ce livre est aussi et surtout l’histoire de Nella, la fille aînée. Plus encore que les siens, elle sera marquée par ces bouleversements. Sa vie, déchirée entre ses deux amours, sera placée tout entière sous le signe des tourments de la mémoire, de la trahison commise et subie, du remords et du combat pour la vérité.  Éd. Skol Vreizh (Morlaix) 304 pages, 22€ - plus de 120 photographies originales en noir et blanc ISBN 978-2-36758-096-8

Bérénice Manac’h LE LIVRE DE NELLA - Des vies d’exil Ce livre n’est ni un manuel d’histoire ni un roman. II tient pourtant de l’un et de l’autre. II raconte la vie d’une famille ouvrière d’origine italienne écartelée entre plusieurs pays et plusieurs langues. C’est une histoire d’exils, de départs et de retours, qui se mêle plus ou moins étroitement à bien des drames que l’Europe a vécus au cours du 20e siècle. Les gens simples ont rarement été là pour dire ce qu’ils ont vécu. Ce récit retrace la vie de ces témoins et leur donne la parole, de l’Italie fasciste à l’immigration clandestine en région parisienne, de l’expatriation à Moscou sous la terreur stalinienne au retour en France, où ils seront finalement de ceux qui, avec tous les autres, composent aujourd’hui le peuple de ce pays. Mais ce livre est aussi et surtout l’histoire de Nella, la fille aînée. Plus encore que les siens, elle sera marquée par ces bouleversements. Sa vie, déchirée entre ses deux amours, sera placée tout entière sous le signe des tourments de la mémoire, de la trahison commise et subie, du remords et du combat pour la vérité. Éd. Skol Vreizh (Morlaix) 304 pages, 22€ - plus de 120 photographies originales en noir et blanc ISBN 978-2-36758-096-8

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 08:32
Bretagne, Mouvement de la Paix: Il y a 2 ans nous avons gagné le Traité d’Interdiction des Armes nucléaires (TIAN). Ensemble gagnons sa ratification par la France
Bretagne, Mouvement de la Paix: Il y a 2 ans nous avons gagné le Traité d’Interdiction des Armes nucléaires (TIAN). Ensemble gagnons sa ratification par la France

https://www.mvtpaix.org/…/il-y-a-2-ans-nous-avons-gagne-le…/
Il y a 2 ans nous avons gagné le Traité d’Interdiction des Armes nucléaires (TIAN). Ensemble gagnons sa ratification par la France
Pour éloigner la menace sur l’humanité d’une destruction volontaire (guerre nucléaire)
ou involontaire (par erreur humaine ou technologique). 

Déclaration du Mouvement de la paix – France –
à l’occasion du deuxième anniversaire
de l’adoption du Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires à l’ONU

Résumé de la déclaration

Il y a deux ans le 7 juillet 2017 le long combat contre l’arme nucléaire engagé par le Mouvement de la Paix à travers l’appel de Stockholm en 1950 a été marqué par un succès historique à savoir l’adoption aux Nations Unies d’un Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires (1)

Ce succès a été acquis grâce à la mobilisation de millions de personnes dans le monde, de centaines d’associations, d’organisations mais aussi la détermination politique d’institutions internationales comme l’ONU et d’Etats dont les 122 Etats qui ont voté le TIAN. La pertinence de la Campagne mondiale ICAN (pour l’abolition de l’arme nucléaire), fondée sur le respect du droit international humanitaire, dont le Mouvement de la Paix a assuré la promotion en France dès le début, a été reconnue par l’attribution du Prix Nobel de la Paix à cette campagne en décembre 2017.

Aujourd’hui un vaste front mondial s’est constitué pour l’élimination des armes nucléaires, 122 Etats à l’ONU, le Vatican, la Croix-Rouge internationale, la Conférence syndicale Internationale (CSI) qui regroupe toutes les organisations syndicales au plan mondial, le réseau mondial de maires pour la Paix, le réseau des parlementaires pour la paix, la campagne mondiale ICAN ,le réseau international des médecins pour la prévention des guerres nucléaires – Prix Nobel de la Paix en 1985, le mouvement international Pugwash de scientifiques prix Nobel de la paix 1995  etc..

Dans ce contexte, Le Mouvement de la Paix appelle à développer tous azimuts les actions pour la ratification du TIAN par la France en s’appuyant sur les succès déjà obtenus et en multipliant les actions au cœur de la société et au plus près des gens dans les communes, les quartiers, les entreprises, les fêtes et festivals populaires qui auront lieu durant l’été, afin de mobiliser toutes les composantes de l’opinion publique.

Au 6 juillet 2019, 70 Etats ont signé le TIAN, 24 Etats l’ont déjà ratifié.  Il entrera en vigueur lorsque 50 États l’auront signé et ratifié.

Il est encourageant de constater que des villes comme Paris, Washington, Berlin ont approuvé l’appel mondial des villes en faveur du Traité des Nations Unies sur l’interdiction des armes nucléaires.

Nous pouvons gagner !

Il y a 2 ans nous avons gagné le Traité d’Interdiction des Armes nucléaires (TIAN).

Ensemble gagnons sa ratification par la France, pour éloigner la menace sur l’humanité d’une destruction volontaire (guerre nucléaire) ou involontaire (par erreur humaine ou technologique).

 


Le 6 juillet 2019
Le Mouvement de la Paix

 

Déclaration dans sa globalité

Il y a deux ans, le 7 juillet 2017, le long combat contre l’arme nucléaire engagé par le Mouvement de la Paix à travers l’appel de Stockholm en 1950 a été marqué par un succès historique à savoir l’adoption aux Nations Unies d’un Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires (1)

Ce succès a été acquis grâce à la mobilisation de millions de personnes dans le monde, de centaines d’associations,  d’organisations mais aussi la détermination politique d’institutions internationales comme l’ONU et d’Etats dont les 122 Etats qui ont voté le TIAN. La pertinence de la Campagne mondiale ICAN (pour l’abolition de l’arme nucléaire), fondée sur le respect du droit international humanitaire, dont le Mouvement de la Paix a assuré la promotion en France dès le début, a été reconnue par l’attribution du Prix Nobel de la Paix à cette campagne en décembre 2017.

Aujourd’hui un vaste front mondial s’est constitué pour l’élimination des armes nucléaires, 122 Etats à l’ONU, le Vatican, la Croix-Rouge internationale, la Conférence syndicale Internationale (CSI) qui regroupe toutes les organisations syndicales au plan mondial, le réseau mondial de maires pour la Paix, le réseau des parlementaires pour la paix, la campagne mondiale ICAN , le réseau international des médecins pour la prévention des guerres nucléaires – Prix Nobel de la Paix en 1985, le réseau Pugwash de scientifiques – prix Nobel de la paix 1995- etc..

Tous, ensemble, nous avons gagné non seulement le TIAN mais aussi des traités pour l’interdiction des autres armes de destruction massive tels que le traité d’interdiction des armes chimiques et le traité d’interdiction des armes bactériologiques. Nous sommes maintenant en mesure de gagner l’élimination totale des armes nucléaires.

Cependant il faut être conscient des obstacles et des adversaires qui se dressent devant nous et qui portent le nom des lobbies militaro-industriels et des Etats dotés de l’arme nucléaire y compris la France.

Dans ce contexte les USA jouent un rôle extrêmement grave en essayant de casser tout ce qui a été obtenu de positif dans ce combat pour l’élimination des armes nucléaires comme par exemple le retrait des USA du traité ABM (2), du Traité INF ( 3), de l’accord sur le nucléaire iranien et la relance de la course aux armes nucléaires par les USA, la non ratification du Traité d’interdiction des essais nucléaires etc.

Hélas, la France est engagée dans un processus similaire sur certains points comme l’a montré la conférence de presse commune des USA, du Royaume Uni , de la France le 27 mars 2017 à New York, à l’initiative des USA (Dépêche AFP) pour s’opposer à l’adoption du TIAN à l’Onu, mais aussi le quasi doublement des crédits consacrés aux armes nucléaires en France (de 3,5 à 6 milliards d’euros par an, contre une petite centaine de millions d’euros contre le réchauffement climatique) pour le renouvellement quasi complet de l’arsenal en armes atomiques de la France dans le cadre de la loi de programmation militaire.

Les neuf prochains mois qui précèdent la conférence d’examen du Traité de Non-Prolifération Nucléaire (TNP) (4) qui aura lieu à New York en avril/mai 2020 seront déterminants pour gagner la mise en œuvre du TIAN et le développement du processus d’élimination des armes nucléaires face aux obstacles et à la volonté de certaines puissances en particulier celles dotées de l’arme nucléaire (et leurs alliés) d’empêcher le succès de cette conférence comme ils l’ont déjà réussi parfois dans le passé.

Dans ce contexte, Le Mouvement de la Paix appelle à développer tous azimuts les actions pour la ratification du TIAN par la France en s’appuyant sur les succès déjà obtenus et en multipliant les actions au cœur de la société et au plus près des gens dans les communes, les quartiers, les entreprises, les fêtes et festivals populaires qui auront lieu durant l’été, afin de mobiliser toutes les composantes de l’opinion publique.

Nous entendons favoriser toutes les expressions et actions possibles en tous lieux et selon toutes les modalités possibles et en particulier:

  • autour du 7 juillet 2019 pour fêter l’adoption du TIAN le 7 juillet 2017 à l’ONU
  • les 6 et 9 aout à l’occasion de l’anniversaire des bombardements des USA sur Hiroshima et Nagasaki
  • le 21 septembre dans le cadre de la journée internationale de la paix et des marches pour la Paix qui auront lieu le samedi 21 Septembre dans toute la France
  • le 26 septembre lors de la journée international de l’ONU pour l’élimination des armes nucléaires
  • lors des manifestations sociales pour souligner que la fin de la course aux armements nucléaires et la réorientation des ressources qui y sont consacrées libéreront des moyens considérables pour gagner la « bataille » pour le climat.
  • Lors de la semaine de la solidarité internationale 15 novembre au dimanche 1er décembre 2019
  • Lors de la semaine de l’ONU pour le désarmement du 24 au 30 octobre
  • Le 10 Décembre pour le droit de l’Homme à la Paix
  • lors de toutes les marches pour le climat ; car comme l’a rappelé le Secrétaire Général de l’ONU, 100 jours avant la Journée internationale de la paix 2019, action pour la paix et action pour le climat sont liées et aussi urgente l’une que l’autre.

Durant les 9 mois qui viennent le Mouvement de la paix appelle donc à l’action et, sur la base des actions conduites au niveau local, s’engage dès à présent dans la constitution d’une délégation importante d’une centaine d’ambassadeurs (drices) pour la paix et le désarmement nucléaire qui, devant l’Onu et au sein de la conférence mondiale d’examen du TNP (3) à New York en Avril 2020 ,exprimera l’exigence du désarmement nucléaire, exigence partagée par 76% de l’opinion publique en France selon le sondage IFOP/La Croix/Mouvement de la Paix de juin 2018.

Au 6 juillet 2019, 70 Etats ont signé le TIAN, 24 Etats l’ont déjà ratifié.  Il entrera en vigueur lorsque 50 États l’auront signé et ratifié. Il est encourageant de constater que des villes comme Paris, Washington, Berlin ont approuvé l’appel mondial des villes en faveur du Traité des Nations Unies sur l’interdiction des armes nucléaires Nous pouvons gagner. Mais il faut accélérer le processus en développant la pression sur le Président de la République, les parlementaires et le gouvernement pour que la France ratifie le TIAN. Nous devons être de plus en plus nombreux et unis autour de cet objectif.

Il y a 2 ans nous avons gagné le Traité d’Interdiction des Armes nucléaires (TIAN).

Ensemble gagnons sa ratification par la France, pour éloigner la menace sur l’humanité d’une destruction volontaire (guerre nucléaire) ou involontaire (par erreur humaine ou technologique).

 


Le 6 juillet 2019
Le Mouvement de la Paix

Roland Nivet

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 08:27
Sans-Papiers. Comment les gilets noirs ont pris le Panthéon (L'Humanité, 15 juillet 2019 - Nadège Dubessay)
Sans-papiers. Comment les gilets noirs ont pris le Panthéon
Lundi, 15 Juillet, 2019

Ils veulent « des papiers pour tous ». Vendredi, les gilets noirs ont occupé le monument parisien et demandé à être reçus par le premier ministre. En guise de réponse, les CRS ont chargé.

 

Le rendez-vous était fixé ce vendredi à 12 h 30 à la sortie de la station Luxembourg du RER B. On avait informé l’Humanité d’une occupation coup de poing des gilets noirs. Tout devait rester secret. Aux portes du jardin du Luxembourg, dans les beaux quartiers de Paris, Michel Rimbert et Jean-Claude Amara, deux piliers de l’association Droits devant !, discutent tranquillement avec un petit groupe. Où sont donc les centaines de sans-papiers annoncés ? « T’inquiète, ils vont arriver », rassure Jean-Claude Amara. L’objectif ? Pénétrer dans le Panthéon, nécropole des grands personnages de France, « là où nombre de figures qui y reposent, de Victor Hugo à Aimé Césaire, auraient soutenu notre combat d’aujourd’hui », explique le militant. Au Panthéon, on s’assoit sur les marches. Quelques groupes épars sont déjà là. Mais toujours pas de sans-papiers en vue, ou si peu. Hakim, lui, prend des photos. « C’est beau, hein ? dit-il avec un large sourire. Regarde le toit, c’est de l’ardoise, et là, c’est du zinc. » Il faut dire qu’il s’y connaît, Hakim. Depuis six ans qu’il est en France, il accumule les boulots de couvreur. Dans une autre vie, en Kabylie, il créait des bijoux. À ses côtés, Patricia nous explique, elle, comment elle survit depuis deux ans. « Je garde une petite fille une fois par semaine. » Au Cameroun, elle avait décroché un master. Et puis elle a voulu rejoindre sa mère en France. « Mais, sans papiers, tu ne vis pas. » On arrête là les présentations. Car un passant glisse à voix basse : « Dans 20 secondes… » Tout s’accélère alors. Quelques-uns bloquent les vigiles à l’entrée, des centaines de sans-papiers venus d’on ne sait où envahissent les lieux. Tout le monde court. Certains s’arrêtent et se prosternent devant la statue de la Convention nationale. L’image est forte. La joie se lit sur tous les visages. On se sourit, on se parle, on fait des selfies. Ils ont réussi ! « Gilets noirs ! Gilets noirs ! » scandent les sans-papiers alors que des calicots se déploient autour des colonnes corinthiennes.

Cet hiver, ils avaient déjà envahi la Comédie-Française

Très vite, les touristes sont évacués et les CRS arrivent. Ils encerclent les 700 gilets noirs, qui se sont tous assis dans le calme. Beaucoup veulent aller aux toilettes. Des négociations s’entament. « Ils se croient où ? À l’hôtel ? » s’énerve un CRS. Hakim est là, en pleine discussion sur Skype avec son cousin, « un sans-papiers lui aussi ». Soutenu par les associations de lutte pour les droits des migrants et des sans-papiers la Chapelle debout et Droits devant !, le mouvement des gilets noirs regroupe des sans-papiers issus de dizaines de foyers de travailleurs d’Île-de-France. Ils se présentent comme « des sans-papiers, des sans-voix, des sans-visage pour la République française » et demandent « des papiers et des logements pour toutes et tous » ainsi que la réquisition des 200 000 logements vides à Paris. Ils n’en sont pas à leur premier coup d’essai. Cet hiver, ils avaient envahi la Comédie-Française. En mai, investi un terminal de l’aéroport de Roissy contre la collaboration d’Air France dans les expulsions. En juin, occupé le siège du groupe Elior (restauration collective, propreté), à La Défense, pour dénoncer son sale business avec les sans-papiers. « La CGT était venue nous soutenir », se souvient Houssam El Assimi, militant de la première heure à la Chapelle debout. « Suite à cette action, 203 certificats de concordance ont été délivrés, qui donneront des Cerfa (formulaires administratifs réglementés – NDLR) en vue de régularisations. »

« Maintenant, on veut frapper plus haut »

Ce vendredi, tous étaient venus sous la coupole du Panthéon, devenue la caisse de résonance de leurs vies maltraitées, pour obtenir un rendez-vous avec le premier ministre. Rendez-vous demandé il y a un mois par courrier, sans réponse. « Édouard Philippe a dénoncé notre action, mais il a bien été obligé de nous reconnaître », avance Houssam El Assimi. « Pendant trois ans, nos négociations avec le ministère du Travail n’ont jamais abouti, explique Michel Rimbert. Nous avions pourtant des centaines de dossiers, où l’on apportait des preuves que les sans-papiers travaillaient. Alors maintenant, on veut frapper plus haut. » Aïcha approuve d’un signe de la tête. Arrivée de Côte d’Ivoire il y a quinze ans, elle donne aujourd’hui des cours de français, d’alphabétisation. Mais n’a toujours pas de papiers. « Nous, on est des moins que rien. Pourtant, les Européens qui viennent dans mon pays vivent dans de belles maisons, on les appelle les “expats”… Écris ça, hein ! » nous glisse-t-elle. « Hier colonisés, aujourd’hui exploités, demain régularisés », reprennent en chœur les gilets noirs, alors que les témoignages affluent. Ils racontent les patrons voyous. Les boulots de merde pour 20 euros. Le travail sans protection. La nuit, dehors, porte de la Chapelle. La queue devant la préfecture. Les contrôles au faciès. La peur. Boubou sait qu’il peut être embarqué par la police. Mais il n’a plus peur. En Mauritanie, il a été torturé, emprisonné pour avoir simplement manifesté. Ici, il survit. Mais, dit-il, « depuis qu’il y a le collectif, ensemble, nous sommes forts ». Il n’est pas 17 heures. Les CRS évacuent tout le monde par la porte arrière. Dehors, d’autres gilets noirs, des députés, des syndicalistes sont venus soutenir l’action. Deux heures plus tard, les CRS chargeront, frapperont à l’aveugle avec une violence rare sur des gens totalement pacifiques. Une quarantaine de sans-papiers sont alors menottés, embarqués au commissariat. D’autres contrôlés. Une jeune femme en état de choc s’approche. Elle ne peut plus arrêter de pleurer, de trembler. Les CRS viennent de lui foncer dessus.

Nadège Dubessay
Occupation du Panthéon : le sort des gilets noirs se règle au tribunal
Lundi, 15 Juillet, 2019

Une quarantaine d’immigrés et leurs soutiens se sont rassemblés lundi 15 juillet devant le palais de justice de Paris pour soutenir seize de leurs camarades interpellés vendredi dernier, suite à leur action coup de poing dans le célèbre monument.

 

Assis sur un rebord du parvis du tribunal de grande instance de Paris, S. attend la décision du juge. Le jeune Malien lève les yeux vers le bâtiment en verre où se reflète le soleil de midi. « Je n’ai pas pu fermer l’œil de la nuit, souffle-t-il. Normalement je dors à côté de lui mais là, de voir sa place vide dans le lit, ça me rendait trop nerveux. » « Lui », c’est son petit frère de 20 ans. Vendredi 12 juillet, il faisait partie des quelque 700 immigrés gilets noirs qui ont occupé pacifiquement le Panthéon pour réclamer « des papiers pour tous ». En guise de réponse, trente-sept ont été interpellés manu militari. Et seize d’entre eux incarcérées au centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes, avec le risque d’être expulsées du territoire français.

Le sort du frère de S. se jouera mardi 16 juillet, face au juge des libertés et de la détention (JLD) qui doit statuer sur le maintien, ou non, en CRA. Mais dès ce lundi, S. a tenu à être présent pour soutenir les huit premiers camarades convoqués aujourd’hui. A ses côtés, une quarantaine de gilets noirs et membres du collectif La Chapelle debout discutent entre eux, à l’affût des dernières nouvelles de la salle d’audience. « Cette situation est absurde, voilà un mot auquel je pense souvent, glisse S. Ce sont des criminels qui devraient être au tribunal et pas des innocents venus revendiquer leurs droits. » Une logique qui n’est visiblement « pas celle de l’Etat français ».

Trois avocats sont chargés de plaider pour leur libération. Me Sophie Weinberg fait valoir, entre autres, que ces contrôles d’identité n’ont pas de fondements légaux et que les interpellations ne pouvaient avoir comme motif l’occupation du Panthéon. « Elles ont toutes été effectuées à l’extérieur du monument », précise une des membres du collectif La Chapelle Debout, présente sur le lieu des arrestations vendredi. « Juste parce que ce sont des étrangers, ils ne sont pas considérés comme des manifestants ou des sujets politiques, à l’inverse des gilets jaunes par exemple », s’agace un membre de La Chapelle Debout.

Devant le TGI des Batignolles, tous les gilets noirs rencontrés assurent vivre et travailler en France. « Nous sommes légitimes à demander des droits », insiste S. En face de lui, un homme plus âgé tient une pochette bleue dans ses mains. C’est le dossier administratif d’un de ses amis, sénégalais, lui aussi retenu au CRA de Vincennes. « On dit que c’est un ‘’sans-papiers’’, mais il en a des papiers, un passeport, un acte de naissance… c’est juste que pour ce pays, ce ne sont pas les bons ! », relève une jeune femme, qui connait bien son cas.

En début d’après-midi, l’attente prend fin. Deux femmes, membres de La Chapelle Debout, sortent du tribunal en souriant, les bras en l’air. Immédiatement, un petit groupe se presse autour d’elles pour entendre la décision du juge. « Il a déclaré que les contrôles d’identité et les arrestations étaient illégales », annonce l’une des militantes. Le procureur n’a pas fait appel de la décision, les huit personnes sont libres. « C’est important, cela veut dire qu’on ne peut pas nous arrêter parce qu’on revendique nos droits », poursuit-elle. Toute l’assistance applaudit, soulagée, et scande « Libérez nos camarades ! ». Une liesse de courte durée. Les audiences des huit autres incarcérés doivent avoir lieu ce mardi. « Malgré tout, maintenant, nous continuerons sans peur notre combat et nous ne nous découragerons plus », assure un gilet noir. 

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 08:18
Nucléaire militaire - la sécurité des Français en danger - Jean-Marie Collin, porte-parole de l'ICAN France

Tribune de Jean-Marie Collin, porte-parole de l'ICAN France, publiée dans Ouest-France de lue sur le site internet du PCF Pays Bigouden, Le Travailleur Bigouden: http://pcbigouden.over-blog.com

 

Le risque de guerre et d'emploi d'arme nucléaire n'a jamais été aussi élevé. Les accords de contrôle des armes nucléaires s'érodent et perdent en crédibilité. Face à cette situation alarmante, la diplomatie française contribue avec les autres puissances nucléaires à déstabiliser la pierre angulaire du régime de non-prolifération nucléaire et, en même temps, les parlementaires sont aux abonnés absents !

Depuis 1945, les relations internationales sont fondées sur l'équilibre de la terreur. Autrement dit, sur le pari qu'aucun État ne va employer en premier l'arme nucléaire. Pendant combien de temps ce pari est-il tenable ?

Cet « ordre » nucléaire est principalement fondé sur le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) qui vient de tenir son dernier comité préparatoire (28 avril-10 mai), avant la Conférence d'examen quinquennal de 2020. L'échec de ce comité, à se mettre d'accord sur le futur de ce traité, annonce la perte de crédibilité du régime de non-prolifération et donc d'une plus grande insécurité.

Alors à qui la faute ? Aux 186 États qui n'ont pas la bombe ou aux États qui ont adopté le Traité d'interdiction des armes nucléaires pour renforcer la norme internationale d'interdiction de cette arme de destruction massive ? Ces derniers estimant qu'il est de leur devoir d'agir contre le risque d'une utilisation – accidentelle, volontaire ou malveillante – de l'arme nucléaire aux conséquences catastrophiques pour l'ensemble de l'humanité. Évidemment non !

« Un petit gang »

L'ambassadeur sud-africain – dont l'État a volontairement éliminé son arsenal nucléaire – a apporté la réponse : « Certains États parties ne peuvent pas fonctionner comme un petit gang Ce « gang » est composé des États-Unis, de la Russie, du Royaume-Uni, de la France et de la Chine.

Ces cinq États, aux régimes politiques opposés, sont en effet dans une attitude des plus incohérentes qui risque d'entraîner le TNP vers sa fin. Tous ont refusé, avec des argumentaires communs, les recommandations exprimées par la majorité de ce comité qui constituaient pourtant un bon point de départ pour la conférence de 2020. Pire, ces cinq États renoncent à leurs obligations de désarmement (article 6 du TNP et multiples autres engagements acceptés en 1995, 2000, 2010) en poursuivant la modernisation et le renouvellement de leurs arsenaux nucléaires. La France, par exemple, augmente son budget nucléaire de 60 %, soit 37 milliards d'euros qui seront dépensés entre 2019 et 2025. Comme l'a clamé la ministre des Armées : « Nous affûtons nos armes, toutes nos armes ! »

Une menace constante

L'objectif du TNP est d'amener plus de sécurité. Or, par leur refus de mettre fin à leurs arsenaux nucléaires, ils renforcent l'insécurité mondiale. Le plus incompréhensible est qu'ils se menacent les uns les autres à travers des exercices simulant une frappe nucléaire !

Les parlementaires sont censés contrôler l'action du gouvernement (article 24 de la Constitution), mais, dans ce domaine, nous observons tout le contraire. Il est inquiétant de voir que la réflexion engagée l’an dernier, avec la mission des députés Fanget et Lecoq, a disparu. Cela fait en effet près d'une année que nous attendons la création de la « délégation permanente à la dissuasion nucléaire, à la non-prolifération, à la maîtrise de l'armement et au désarmement », adoptée à l'unanimité par la commission des Affaires étrangères. Pourquoi n'est-elle pas encore en place ? Il est largement temps que les parlementaires prennent leur responsabilité.

La France, qui possède le troisième arsenal nucléaire au monde, doit arrêter de fuir ses engagements. Oui, il est possible de la complimenter pour ses efforts passés. Mais ils ne servent à rien, si son discours et ses actions restent figés dans une politique de défense datant du siècle dernier.

Les armes nucléaires représentent un problème de sécurité qui doit trouver une fin définitive autre que celles de la menace constante et du risque de leur utilisation. Croire que nous échapperons éternellement à une détonation nucléaire est une vision stratégique naïve et une erreur politique grossière !

(Ican - Campagne Internationale pour Abolir les Armes Nucléaires)

Tribune publiée par Ouest-France

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 08:10
Commandement militaire : Macron à la course aux armements et à la « guerre des étoiles » (PCF, 15 juillet 2019)
Commandement militaire : Macron à la course aux armements et à la « guerre des étoiles »

Ce 13 juillet, le discours aux armées du Président de la République a marqué un nouvel infléchissement guerrier et atlantiste de la politique militaire française.

Officiellement, la création en septembre prochain d’un « Grand commandement de l’espace », le renouvellement du parc des satellites français, ou le lancement du nouveau sous-marin nucléaire d’attaque s’inscrivent dans la perspective d’une future défense européenne. En pratique, celle-ci n’est que l’alibi d’une adaptation sans cesse plus poussée d’Emmanuel Macron à la course aux armements et à la « guerre des étoiles » initiées par Donald Trump.

La présence, le 14 juillet, au côté du chef de l’État, du secrétaire général de l’Otan, la nomination à la tête de la direction des affaires politiques et de sécurité du ministère des Affaires étrangères d’une figure du néoconservatisme à la française, les postures belliqueuses adoptées récemment à l’égard de la Russie ou de l’Iran, vont toutes dans ce sens.

De même, l’annonce de la constitution d’un commandement militaire dédié à l’espace ne fait qu’emboîter le pas à l’administration nord-américaine. Elle remet en cause le Traité international de l’espace, pourtant signé par la France et les États-Unis, lequel en son article 4 prohibe la mise en orbite d’armes nucléaires ou de destruction massive. À l’inverse, les annonces présidentielles s’inspirent de l’armée de l’espace chère à la Maison Blanche et elles aboutissent à laisser libre cours au Space Act de 2015, qui autorise les entreprises américaines à s’emparer des ressources de l’espace.

Non seulement la doctrine militaire de Monsieur Macron va amputer les finances publiques de 37 milliards d’euros rien que pour la modernisation de l’arme nucléaire (inscrits dans la loi de programmation militaire 2019-2025), alors que l’austérité saigne déjà à blanc les services publics et le pouvoir d’achat des Français. Mais elle entraîne notre pays dans la folle stratégie de tensions internationales mise en œuvre par Trump.

La France doit plutôt recouvrer son indépendance et se faire porteuse de propositions de paix. Ce qui implique qu’elle se désengage de l’Alliance atlantique, qu’elle agisse en défense du droit international, qu'elle signe et ratifie le Traité international d'interdiction des armes nucléaires (TIAN), pour le respect de tous les traités internationaux aujourd’hui violés par les États-Unis.

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 08:02
16 juillet 1942 - La rafle du Vel d'Hiv! - N'oublions jamais l'implication de l'Etat français dans les crimes contre l'humanité antisémites !
16 juillet 1942 - La rafle du Vel d'Hiv! - N'oublions jamais l'implication de l'Etat français dans les crimes contre l'humanité antisémites !

16 juillet 1942 : La rafle du Vel d'Hiv !
À l'aube du 16 juillet 1942 débute à Paris la « rafle du Vel d'Hiv ». Elle voit l'arrestation par surprise de plus de treize mille Juifs parisiens de 2 à 60 ans.
13.152 personnes sont appréhendées par la police française les 16 et 17 juillet 1942, y compris 4.000 enfants de moins de 16 ans.
C'est beaucoup... et néanmoins deux fois moins que le quota fixé par les Allemands et la préfecture de police ! Les actes de solidarité heureusement n'ont pas manqué : quelques policiers ont laissé fuir leurs victimes, des concierges, des voisins, des anonymes ont ouvert leurs portes et caché des Juifs...
Embarqués dans des autobus, les personnes seules et les couples sans enfants sont convoyés vers le camp de Drancy, au nord de Paris.
Les familles avec enfants sont quant à elles dirigées vers le Vélodrome d'Hiver, rue Nélaton, dans le XVe arrondissement de Paris (aujourd'hui disparu).
Plus de 8.000 personnes dont une majorité d'enfants vont s'y entasser pendant plusieurs jours, parfois jusqu'au 22 juillet, dans des conditions sordides : pas de couchage, ni nourriture, ni eau potable, avec un éclairage violent jour et nuit, au milieu des cris et des appels de haut-parleurs. Seuls trois médecins et une dizaine d'infirmières de la Croix-Rouge sont autorisés à intervenir.
Les familles du Vel d'Hiv sont transférées de la gare d'Austerlitz vers les camps d'internement de Pithiviers et Beaune-la-Rolande, dans le Loiret. Au mois d'août suivant, les mères sont enlevées à leurs enfants par les gendarmes et convoyées vers les camps d'extermination de Pologne. Les enfants seront à leur tour envoyés deux semaines plus tard à Auschwitz-Birkenau qui, depuis le début juillet, s’est transformé de camp de travail forcé en camp d'extermination à l'échelle industrielle.
Aucun n'en reviendra. Les internés de Drancy prennent également le chemin d'Auschwitz-Birkenau. Quelques dizaines tout au plus reviendront de l'enfer.
La rafle accentue la collaboration entre Vichy et l'occupant allemand dans le domaine de la «question juive». Mais elle entraîne aussi un début de fracture dans l'opinion française, jusque-là massivement indifférente ou attentiste. Peu à peu, certains citoyens basculent dans la Résistance, plus ou moins active ; d'autres, à l'inverse, se radicalisent et basculent dans l'antisémitisme et la collaboration.
Il a fallu attendre le 16 juillet 1995 pour qu'à la faveur d'un très beau et très émouvant discours, un président, Jacques Chirac, reconnaisse officiellement « que ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l’État français ».

Robert Clément - sur sa page Facebook

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 07:54
PCF: Gironde. L'ancien résistant et déporté Georges Durou (1924-2019), militant de la paix et de la mémoire, vient de nous quitter
PCF: Gironde. L'ancien résistant et déporté Georges Durou (1924-2019), militant de la paix et de la mémoire, vient de nous quitter

Georges Durou, vient de nous quitter.
A l'annonce de cette triste nouvelle, la direction du PCF, au nom de tous les communistes tient à rendre hommage à ce grand résistant, militant de la Paix, passeur de mémoire et s'associe à la peine de nos camarades de Gironde.
Communiqué de Sébastien Laborde, secrétaire départemental PCF Gironde :
C'est avec tristesse que nous apprenons la disparition de notre camarade Georges Durou. Résistant et déporté, Jo aura eu toute sa vie la volonté de transmettre la mémoire de ce que fut la résistance à Bègles, sa ville, et en Gironde.

Arrêté à quinze ans pour distribution de tract, il est interné au fort du Hâ de Bordeaux puis au camp de Mérignac duquel il tentera de s'évader par trois fois. Il est ensuite envoyé au camp d’Oranienbourg-Sachsenhausen puis à l’usine-camp de concentration Heinkel.
Il en reviendra à jamais marqué par l'épreuve de l'internement mais aussi, et peut être surtout, par les formidables gestes de solidarité et de résistance auxquels il aura participé durant ces années d'horreur qu'il racontera au travers d'un livre "Mes printemps de barbelés".

Georges de retour des camps militera à l'UJFP et au PCF, puis ensuite au plan syndical, aux PTT dont il sera un responsable de l'organisation CGT en Gironde.
Il sera un des fondateurs de l'Institut d'histoire sociale d'Aquitaine.

Il n'aura eu de cesse jusqu'à la fin de sa vie de raconter la résistance communiste en Gironde avec notamment un énorme travail de recherche autour de l'appel de Charles Tillon lancé à Gradignan le 17 octobre 1940 depuis le moulin de Moulineau.
Comment évoquer le travail de mémoire de Georges sans parler de l'association des familles de fusillés de Souge. 256 hommes fusillés entre 1940 et 1944 à Merignac dont la mémoire reste vive.

Georges aura toute sa vie été un militant acharné pour la justice et la paix.

J'adresse au nom de la fédération de Gironde du PCF à sa famille et à ses proches mes sincères et fraternelles condoléances.

Sébastien Laborde

PCF: Gironde. L'ancien résistant et déporté Georges Durou (1924-2019), militant de la paix et de la mémoire, vient de nous quitter
Hommage de Stephane Bailanger (sur sa page Facebook)
 
Georges Durou (1924-2019)

Mon camarade et ami Jo (Georges Durou) nous a quitté, il avait 95 ans. Il était communiste, résistant, déporté et pacifiste.

Issu d'une famille ouvrière, Jo fut très tôt sensibilisé à la lutte antifasciste dans les années 1930. Jeune communiste, il a 16 ans lorsqu'il est arrêté pour distribution de tracts à la gare Saint-Jean en 1940. Condamné, il passe alors plusieurs mois en prison, au Fort du Hâ. Considéré par les services de la police et de la préfecture de Bordeaux comme un militant actif jugé "dangereux", il n'est pas libéré après avoir purgé sa peine. Au contraire, il est envoyé au camp de Mérignac, camp d'internement. Là, il verra partir nombre de ses amis vers le camp de Souge où l'Occupant fusillait résistants et otages, au gré de sa politique répressive et avec la complicité active de la police et de la préfecture de Bordeaux. Toute sa vie, il ne cessera d'honorer la mémoire de ses amis, il passa bien des journées aux archives départementales pour cela à l'heure de la retraite.

Mais en 1943, après trois tentatives d'évasion, il est déporté dans un camp de concentration en Allemagne, à Sachenhausen (au nord de Berlin). Deux années où il vécu le quotidien des déportés politiques au triangle rouge, les brimades, les coups, la faim et la soif jusqu'à ces fameuses "marches de la mort". Lorsqu'il rentra en France en 1945, sa jeunesse était déjà bien abîmée. C'est aussi l'une des raisons du choix du titre de ses mémoires, "Mes printemps de barbelés", qu'il écrivit à 88 ans.

Comme ses compagnons d'infortune ayant survécu, il travailla à la Reconstruction. Militant cégétiste, il participa dans les années 1950 à de nombreux conflits syndicaux, son emploi aux PTT fut menacé à ce titre. Le militantisme au PCF est de famille chez Jo, dont la soeur Simone Rossignol, fut maire de Bègles de 1971 à 1984.

A partir de la seconde moitié des années 1990, il oeuvra pour le devoir de Mémoire, en participant à des conférences, à des rencontres avec les publics scolaires. C'est à ce titre qu'il est intervenu 4 années de suite dans mes classes au Collège Lapierre à Lormont. Président de l'Association du Souvenir des fusillés de Souge, il participa à toutes ses activités jusqu'à ce que ses forces l'abandonnent. Pacifiste, il reçu le bâton de "pèlerin de la paix" au cours d'une cérémonie à la bourse du travail.

J'ai salué Jo une dernière fois l'an dernier à la fête girondine de l'Humanité, à Villenave d'Ornon. Ses jambes ne le portaient plus mais il se souvenait de notre travail auprès des scolaires. Toute sa vie fut hantée par les souvenirs de sa jeunesse dramatique, c'était pour lui un fardeau autant qu'un honneur. Jo disait aux élèves, en commentaire des photographies de ses camarades fusillés, qu'ils étaient aussi sa famille. Aujourd'hui, il vient de les rejoindre dans l'éternité. C'est donc à nous, désormais, de reprendre le flambeau.

C'est avec émotion que je termine ces lignes. J'ai des bobines de camescopes et des photographies de nos activités qu'il me faudra bien exploiter un jour ou remettre à l'Association du Souvenir.

Je reviendrai prochainement sur le parcours de Jo. Ses obsèques auront lieu lundi 22 juillet à 11h45 à Mérignac.
 
Stephane Bailanger (sur sa page Facebook)
 
 
 
 
 
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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 07:50
Afrique. Affaire des missiles en Libye : le double jeu de Paris
Jeudi, 11 Juillet, 2019

Des armes achetées par la France aux États-Unis ont été retrouvées dans un camp abandonné par le maréchal Haftar, le chef de guerre qui attaque la capitale Tripoli.

 

L’affaire est pour le moins embarrassante pour le gouvernement français. Le New York Times vient de révéler que les quatre missiles antichars découverts par les forces loyales au gouvernement d’union nationale (GNA) sur une base reprise fin juin au maréchal Haftar (qui a lancé en avril une offensive sur la capitale) étaient la propriété de la France.

« Les missiles Javelin trouvés à Gharyan (ouest) appartiennent effectivement aux armées françaises, qui les avaient achetés aux États-Unis, a déclaré le ministère français des Armées, confirmant les assertions du quotidien américain. Ces armes étaient destinées à l’autoprotection d’un détachement français déployé à des fins de renseignement en matière de contre-terrorisme. » Toutefois, ces munitions, « endommagées et hors d’usage », étaient « temporairement stockées dans un dépôt en vue de leur destruction » et « n’ont pas été transférées à des forces locales », assure Paris, qui se défend de les avoir fournies aux troupes du maréchal Haftar, sans pour autant expliquer comment elles ont fini sur cette base. « Il n’a jamais été question ni de vendre, ni de céder, ni de prêter ou de transférer ces munitions à quiconque en Libye », insiste le ministère français des Armées, qui ne dit pas non plus pourquoi ces munitions, stockées dans un pays en guerre, n’ont pas été rapidement détruites.

Le nœud gordien libyen

En réalité, l’affaire aurait pu en rester là. Mais dans le dossier libyen, depuis la guerre menée en 2011 sur volonté de la France de Sarkozy entraînant avec elle les États-Unis d’Obama et bien d’autres pays dont le Royaume-Uni, mais également les Émirats arabes unis, les antagonismes sont forts. Emmanuel Macron cherche à être le deus ex machina pour trancher le nœud gordien de cette Libye déchirée, affirmant soutenir le GNA mais aidant, en sous-main, les forces du maréchal Haftar, ce que montre la découverte de ces missiles. Ce n’est pas du goût de Washington, qui appuie, comme Moscou, au grand jour le maréchal et n’apprécie pas le double jeu de Paris. D’autant que le GNA bénéficie de l’aide de Doha et d’Ankara. D’où les révélations du New York Times. Selon l’agence de coopération pour la défense et la sécurité du Pentagone, la France a bien donné son accord, en 2010, pour l’acquisition de 260 missiles Javelin de fabrication américaine et les éléments associés, pour un coût total estimé à 69 millions de dollars (soit au cours actuel un peu plus de 61 millions d’euros).

Ces missiles particulièrement efficaces ont été utilisés notamment lorsque le maréchal Haftar a lancé la bataille pour reprendre Benghazi (est) aux islamistes épaulés par le Qatar et la Turquie. Haftar était alors soutenu par les Émirats, l’Égypte et… la France, qui avait dépêché des forces spéciales, comme l’a révélé François Hollande après qu’un hélicoptère dans lequel se trouvaient trois soldats français d’élite a été abattu lors d’une « dangereuse opération de renseignement », selon ses propres paroles. C’était en juillet 2016.

Yémen même salade

Autre fait troublant, ces Javelin auraient été retrouvés dans des caisses sur lesquelles il était indiqué qu’ils avaient été vendus en 2008 aux Émirats, important partenaire militaire des États-Unis. Ce qu’a démenti Abou Dhabi. Volonté de dissimulation pour masquer l’aide de Paris ou imbroglio international comme les armes françaises utilisées au Yémen par l’Arabie saoudite et dont une partie était officiellement destinée (et payée par Riyad) à l’armée libanaise ? Dans ce domaine, tout est possible. Pour notre part, nous avions constaté en avril 2011 alors que les combats faisaient rage entre la rébellion et les troupes de Mouammar Kadhafi dans la localité de Ras Lanouf qu’avaient été abandonnés par les troupes gouvernementales des missiles rangés dans des caisses en provenance de Corée du Nord qui étaient censées renfermer des « pièces détachées pour bulldozer ».

La France a reconnu tardivement avoir apporté du renseignement au maréchal Haftar dans la lutte antidjihadiste dans l’est et le sud du pays mais continue à réfuter tout soutien militaire dans son offensive contre Tripoli lancée il y a trois mois, tuant plus de 1 000 personnes, dont plus d’une centaine de civils et, parmi eux, des dizaines de migrants.

Pierre Barbancey
Afrique. Affaire des missiles en Libye: le double jeu de Paris (L'Humanité, Pierre Barbancey, 11 juillet 2019)
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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 06:50
1970-1973 : Salvador Allende par Neruda (J'avoue que chez vécu)

Les mémoires en prose de Pablo Neruda (1904-1973), mises en forme de manière posthume par Miguel Otero Silva et Mathilde Urrutia, sous le titre "J'avoue que j'ai vécu", sont d'une richesse et d'une beauté bouleversante.

Elles s'achèvent par des portraits politiques, et notamment celui de Salvador Allende, le président socialiste qui au moment où Neruda écrit vient d'être liquidé par la junte d'extrême-droite appuyée par Nixon et la CIA. A Neruda lui-même, il ne reste plus que quelques heures à vivre.

Le diplomate poète Pablo Neruda a adhéré au Parti Communiste en 1945, après avoir joué un rôle important pour faciliter l'exil des républicains espagnols pendant la guerre d'Espagne. Il a été sénateur des provinces minières du nord du Chili, puis a dû rentrer dans la clandestinité et l'exil avec la dictature de Videla, radical populiste qui s'est retourné contre les populistes qui avaient contribué à son élection (1946). En 1970, Pablo Neruda est le candidat du Parti communiste aux élections présidentielles chiliennes, avec l'option partagée par le parti et par le poète mondialement connu, prix Nobel de littérature, et immensément populaire au Chili, de pouvoir se retirer si l'unité populaire est possible à réaliser entre les six ou sept partis qui peuvent défendre un projet et des intérêts communs à gauche et qui en 1969 encore avancent chacun dans leur couloir.

"La seule façon de précipiter l'unité, écrit Neruda trois ou quatre ans plus tard, était que les communistes désignent leur propre candidat. Quand j'acceptai la proposition, nous rendîmes public le point de vue du parti. Notre appui irait au candidat qui réunirait l'ensemble des suffrages. Si l'accord se révélait impossible, je maintiendrais ma candidature jusqu'aux élections. C'était un moyen héroïque d'obliger les autres partis à se mettre d'accord. En acceptant, je dis au camarade Corvalan qu'il allait de soi qu'on ne refuserait pas mon désistement futur, étant personnellement convaincu qu'il serait inévitable. Il était fort improbable que l'unité pût se faire autour d'un communiste. En termes clairs, tous avaient besoin de nos voix (y compris quelques candidats de la démocratie chrétienne) mais aucun n'entendait nous donner la sienne.

Pourtant, l'annonce de ma candidature, sortie de ce matin marin de l'Ile-Noire, se répandit comme une traînée de poudre. On me demandait partout. J'étais très ému de voir des centaines ou des milliers d'hommes et de femmes du peuple me serrer sur leur cœur, m'embrasser et pleurer. A tous, habitants des faubourgs de Santiago, mineurs de Coquimbo, hommes du cuivre et du désert, paysannes qui m'attendaient durant des heures avec leurs enfants dans les bras, travailleurs qui vivaient leur détresse du Bio-Bio jusqu'au détroit de Magellan, à tous je leur parlais ou lisais mes poèmes, sous la pluie battante, dans la boue des rues et des chemins, contre le vent austral qui fait grelotter les gens.

L'enthousiasme me gagne. Il y avait de plus en plus de monde à mes réunions, de plus en plus de femmes. Fasciné et terrorisé, je commençai à penser à ce que j'allais devenir si j'étais élu président de la république la plus farouche, la plus dramatiquement sans solutions, la plus endettée et, sans doute, la plus ingrate. On y acclamait les présidents le premier mois; puis, justement ou injustement, on les martyrisait durant les cinq ans et onze mois qui les séparaient de nouvelles élections. 

Par bonheur, la nouvelle arriva: Allende surgissait comme candidat unique possible de l'Unité populaire".

Neruda connaît déjà Allende et l'admire. Il admire sa santé, sa vigueur et sa résistance physique, sa capacité à supporter un rythme de vie et de campagne démentiel  Ils ont fait des campagnes électorales ensemble. Il a de la sympathie pour lui.

En 1958, Allende était déjà le candidat commun du FRAP (Front de l'action populaire, regroupant Parti socialiste et Parti communiste) contre Jorge Alessandri, fils de l'ancien président de la République, homme de l'affairisme, du libéralisme et de l'oligarchie. Il était arrivé en seconde position. Quand il se présente aux élections présidentielles de septembre 1970, Salvador Allende est âgé de 62 ans. Trapu, d'une rondeur trompeuse mais rassurante, le regard vif derrière de grosses lunettes d'écaille, le docteur Salvador Allende est une figure politique de premier plan depuis plus de 30 ans. Son style de vie bourgeois ne lui vaut pas que des sympathies. C'est un ami de jeunesse d'Edouardo Frei, le président de droite chrétienne modérée de 1964 à 1970. Il habite dans un des quartiers résidentiels cossus de Santiago. Il a possédé un yacht. Sa femme et ses deux filles élégantes fréquentent la bonne société. C'est un esthète collectionneur d’œuvres d'art. C'est la quatrième élection présidentielle de l'ancien médecin de l'Assistance publique et des hôpitaux de Valparaiso, qui fut élu député dès 1939 et organisa la campagne de Pedro Aguirre Cerda, le premier président de front populaire au Chili, à cette époque. Cet ancien ministre de la santé (1942), fondateur du Parti socialiste chilien (1943) est décrit par les conservateurs chiliens comme un "redoutable communiste prêt à transformer le Chili en démocratie populaire et à supprimer toutes les libertés". Kissinger et le département américain, avec la CIA et des compagnies capitalistes transnationales comme ITT (International Telegraph and Telephone), feront tout pour empêcher l'élection d'Allende, et ensuite pour faire chuter le gouvernement d'unité populaire.          

Le reste, laissons Neruda le raconter lui-même dans les dernières lignes de J'avoue que j'ai vécu, et de sa vie.

Pablo Neruda va mourir le 24 septembre 1973, 13 jours après le putsch militaire du 11 septembre, 13 jours après la mort de son "ami" Allende.

1970-1973 : Salvador Allende par Neruda (J'avoue que chez vécu)

 

Allende

Mon peuple a été le peuple le plus trahi de notre temps. Du fond des déserts du salpêtre, des mines du charbon creusées sous la mer, des hauteurs terribles où gît le cuivre qu'extraient en un labeur inhumain les mains de mon peuple, avait surgi un mouvement libérateur, grandiose et noble. Ce mouvement avait porté à la présidence du Chili un homme appelé Salvador Allende, pour qu'il réalise des réformes, prenne des mesures de justice urgentes et arrache nos richesses nationales des griffes étrangères.

Partout où je suis allé, dans les pays les plus lointains, les peuples admiraient Allende et vantaient l'extraordinaire pluralisme de notre gouvernement. Jamais, au siège des Nations unies à New York, on n'avait entendu une ovation comparable à celle que firent au président du Chili les délégués du monde entier. Dans ce pays, dans son pays, on était en train de construire, au milieu de difficultés immenses, une société vraiment équitable, élevée sur la base de notre indépendance, de notre fierté nationale, de l'héroïsme des meilleurs d'entre nous. De notre côté, du côté de la révolution chilienne, se trouvaient la constitution et la loi, la démocratie et l'espoir.

De l'autre côté il ne manquait rien. Ils avaient des arlequins et des polichinelles, des clowns à foison, des terroristes tueurs et geôliers, des frocs sans conscience et des militaires avilis. Tous tournaient dans le carroussel du mépris. Main dans la main s'avançaient le fasciste Jarpa et ses neveux de Patrie et Liberté, prêts à casser les reins et le coeur à tout ce qui existe, pourvu qu'on récupère l'énorme hacienda appelée Chili. A leur Côté, pour égayer la farandole, évoluait un grand banquier danseur, éclaboussé de sang. Gonzalez Videla, le roi de la rumba, lequel, rumba par-ci, rumba par-là, avait depuis belle lurette livré son parti aux ennemis du peuple. Maintenant c'était Frei qui livrait le sien aux mêmes ennemis, et qui dansait au son de leur orchestre, avec l'ex-colonel Viaux, son complice ès forfaiture. Ils étaient tous tètes d'affiche dans cette comédie. Ils avaient préparé le nécessaire pour tout accaparer, les miguelitos, les massues et les balles, ces balles qui hier encore avaient blessé notre peuple à mort à Iquique, Ranquil, Salvador, Puerto-Montt, José Maria Caro, Frutillar, Puente Alto et autres nombreux endroits. Les assassins d'Hernan Mery dansaient avec ceux qui auraient dû défendre sa mémoire. Ils dansaient avec naturel, avec leurs airs de bondieusards. Ils se sentaient offensés qu'on leur reproche ces «petits détails».

Le Chili a une longue histoire civile qui compte peu de révolutions et beaucoup de gouvernements stables, conservateurs et médiocres. De nombreux présidaillons et deux grands présidents : Balmaceda et Allende. Curieusement, l'un et l'autre sortent du même milieu: la bourgeoisie riche, qui se fait appeler chez nous «aristocratie». Hommes de principes, obstinés à rendre grand un pays amoindri par une oligarchie médiocre, ils eurent la même fin tragique. Balmaceda fut contraint au suicide parce qu'il refusait de livrer aux compagnies étrangères nos riches gisements de salpêtre. Allende fut assassiné pour avoir nationalisé l'autre richesse du sous-sol chilien : le cuivre. Dans les deux cas, les militaires pratiquèrent la curée. Les compagnies anglaises sous Balmaceda, les trusts nord-américains sous Allende, fomentèrent et soulèvements d'état-major.

Dans les deux cas, les domiciles des présidents furent mis à sac sur l'ordre de nos distingués «aristocrates». Les salons de Balmaceda furent détruits à coups de hache. La maison d'Allende, avec le progrès, fut bombardée par nos héroïques aviateurs.

Pourtant, les deux hommes se ressemblent peu. Balmaceda fut un orateur fascinant. Il avait une nature impérieuse qui le rapprochait chaque jour davantage du pouvoir personnel. Il était sûr de la noblesse de ses intentions. Les ennemis l'entouraient à chaque instant. Sa supériorité sur son entourage était si grande, et si grande sa solitude, qu'il finit par se replier sur lui-même. Le peuple qui aurait dû l'aider n'existait pas en tant que force, c'est-à-dire n'était pas organisé. Ce président était condamné à agir comme un illuminé, comme un rêveur : son rêve de grandeur resta à l'état de rêve. Après son assassinat, les trafiquants étrangers et les parlementaires du cru s'emparèrent du salpêtre , les étrangers, en concessions; les représentants du cru, en pots-de-vin. Les trente deniers perçus, tout rentra dans l'ordre. Le sang de quelques milliers d'hommes du peuple sécha vite sur les champs de bataille. Les ouvriers les plus exploités du monde, ceux des zones du nord du Chili, ne cessèrent plus de produire d'immenses quantités de livres sterling pour la City de Londres.

 

Allende ne fut jamais un grand orateur. Gouvernant, il ne prenait aucune décision sans consultations préalables. Il était l'incarnation de l'anti-dictateur, du démocrate respectueux des principes dans leur moindre détail. Le pays qu'il dirigeait n'était plus ce peuple novice de Balmaceda, mais une classe ouvrière puissante et bien informée. Allende était un président collectif; un homme qui, bien que n'étant pas issu des classes populaires, était un produit de leurs luttes contre la stagnation et la corruption des exploiteurs. C'est pourquoi l'oeuvre réalisée par Allende dans un temps si court est supérieure à celle de Balmaceda ; mieux, c'est la plus importante dans l'histoire du Chili. La nationalisation du cuivre fut une entreprise titanique. Sans compter la destruction des monopoles, la réforme agraire et beaucoup d'autres objectifs menés à terme sous son gouvernement d'inspiration collective.

Les œuvres et les actes d'Allende, d'une valeur nationale inappréciable, exaspérèrent les ennemis de notre libération. Le symbolisme tragique de cette crise se manifeste dans le bombardement du palais du gouvernement; on n'a pas oublié la Blitzkrieg de l'aviation nazie contre des villes étrangères sans défense, espagnoles, anglaises, russes; le même crime se reproduisait au Chili; des pilotes chiliens attaquaient en piqué le palais qui durant deux siècles avait été le centre de la vie civile du pays.

J'écris ces lignes hâtives pour mes Mémoires trois jours seulement après les faits inqualifiables qui ont emporté mon grand compagnon, le président Allende. On a fait le silence autour de son assassinat; on l'a inhumé en cachette et seule sa veuve a été autorisée à accompagner son cadavre immortel. La version des agresseurs est qu'ils l'ont découvert inanimé, avec des traces visibles de suicide. La version publiée à l'étranger est différente. Aussitôt après l'attaque aérienne, les tanks - beaucoup de tanks - sont entrés en action, pour combattre un seul homme : le président de la République du Chili, Salvador Allende, qui les attendait dans son bureau, sans autre compagnie que son cœur généreux, entouré de fumée et de flammes.

L'occasion était belle et il fallait en profiter. Il fallait mitrailler l'homme qui ne renoncerait pas â son devoir. Ce corps fut enterré secrètement dans un endroit quelconque. Ce cadavre qui partit vers sa tombe accompagné par une femme seule et qui portait toute la douleur du monde, cette glorieuse figure défunte s'en allait criblée, déchiquetée par les balles des mitrailleuses. Une nouvelle fois, les soldats du Chili avaient trahi leur patrie.


Neruda, J'avoue que j'ai vécu, traduction de Claude Couffon

 

 

La dernière photographie de Salvador Allende inspectant le Palacio de La Moneda.

La dernière photographie de Salvador Allende inspectant le Palacio de La Moneda.

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