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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 05:55

 

Dans le Trou noir du capitalisme, l’économiste se réclamant de Marx, Polanyi et Keynes dresse un tableau critique du capitalisme contemporain et de l'impasse où il se trouve. Il propose aussi trois voies de bifurcation possibles dans lesquelles l’humanité se trouve dans l’obligation de s’engager d’urgence face à la crise sociale, économique, environnementale actuelle.

 

Que signifie la qualification de « trou noir » pour analyser le capitalisme mondial aujourd’hui ?

Jean-Marie Harribey. Je procède à une analogie avec les trous noirs découverts par les astrophysiciens. Un trou noir est un corps astrophysique dont le noyau absorbe toute matière et tout rayonnement lumineux à cause de sa force gravitationnelle. On le dit noir parce qu’aucune lumière provenant de lui ne peut nous parvenir. En ce début de XXI e siècle, le capitalisme mondialisé a porté sa logique d’extension jusqu’à vouloir tout engloutir, de la moindre activité humaine jusqu’aux éléments naturels et tout le vivant, en passant par les connaissances. Engloutir, c’est-à-dire tout soumettre à la loi de la rentabilité, du profit et de l’accumulation du capital. Tout est promis à la marchandisation. Et pour cela, des droits de propriété doivent être instaurés sur toutes matières, naturelles ou produites, ou, sinon, sur leur usage, comme celui de l’air pour y envoyer sans retenue des gaz à effet de serre modifiant le climat.

 

Pourquoi insistez-vous sur le fait que « c’est bien le capitalisme qui est en crise » et non pas le « productivisme », en général, ou le « néolibéralisme » en particulier ?

Jean-Marie Harribey. Dans la première partie de mon livre, que j’annonce comme résolument marxienne parce que, utilisant les outils théoriques critiques de Marx, je montre que ce qui fait la spécificité de la crise mondiale actuelle, c’est la conjonction inédite dans l’histoire humaine (et donc du capitalisme) de contradictions sociales et écologiques qui minent la rentabilité du capital et donc la dynamique même de l’accumulation. D’un côté, malgré l’essor de nouvelles techniques, de l’informatique, de la robotique, le capital ne réussit pas à faire croître significativement la productivité du travail. Pire, cette productivité connaît une progression qui diminue d’année en année partout dans le monde. En moyenne, elle ne dépasse guère plus, dans les pays développés, 1 % par an. Or, au final, c’est toujours la productivité du travail qui commande la rentabilité du capital dans un contexte donné du rapport de forces. D’un autre côté, le gigantisme du productivisme et du consumérisme saccage la planète, épuise ou pollue les ressources et modifie le climat. Le capitalisme se heurte donc à des limites infranchissables. Pour ne prendre qu’un exemple, le taux de retour énergétique (énergie produite par rapport à l’énergie utilisée pour la produire) décline pour toutes les énergies fossiles. Alors, la conjonction de l’impossibilité de pousser l’exploitation de la force de travail jusqu’au point où les marchandises ne peuvent plus trouver suffisamment de demandeurs avec l’impossibilité de pousser l’exploitation de la nature au-delà des limites de la Terre explique le caractère systémique de la crise du capitalisme.

"Le coronavirus a mis le feu, mais la poudre a été répandue par un demi-siècle d’un capitalisme de plus en plus dément, c’est-à-dire conforme à son « idéal type »".

Il ne reste plus à celui-ci que la fuite en avant de la financiarisation, surfant sur le grossissement d’un capital fictif qui est, tôt ou tard, frappé de nullité. La dynamique même du capitalisme est contradictoire avec une responsabilité sociale et écologique parce qu’elle ne peut durer qu’en exploitant les humains et la nature. C’est dans ce contexte-là que survient la pandémie du Covid-19, qu’il faut prendre comme un déclencheur de catastrophe mais non comme la cause profonde de celle-ci. Le virus a mis le feu à la poudre, mais la poudre avait été répandue par un demi-siècle d’un capitalisme de plus en plus dément, c’est-à-dire conforme à son « idéal type ». Nous sommes davantage dans la période du capitalocène que dans celle de l’anthropocène qui dédouane la logique du système et qui place abusivement tous les humains à égalité de responsabilité dans la dégradation écologique.

 

Vous référant à la fois à Marx, Polanyi et Keynes, vous mettez en avant la nécessité d’engager diverses « bifurcations possibles » pour sortir de l’impasse historique actuelle. Quelles sont-elles ?

Jean-Marie Harribey. La première partie de mon livre appliquait les concepts de Marx pour comprendre cette réalité. La seconde tire parti de l’avertissement prémonitoire de l’anthropologue Karl Polanyi au milieu du XX e siècle : si le travail, la terre et la monnaie étaient marchandisés, ce serait la mort de la société. Alors, j’esquisse trois voies pour sortir de la nasse et amorcer une grande bifurcation : réhabiliter le travail, instituer les communs et socialiser la monnaie. Réhabiliter le travail, c’est dire que, parce que le travail est « vivant », il est central dans la vie des individus, pour leur intégration dans la société et par son rôle de médiateur de relations sociales. Il est central aussi, bien sûr, dans la production de valeur économique, et la répartition de celle-ci est un indicateur-clé de l’état du rapport de forces avec le capital. Or, le capitalisme dans sa phase néolibérale, parce que les ressorts de sa rentabilité étaient grippés, n’a eu de cesse que de dévaloriser le travail, amoindrir ses droits et exiger des travailleurs qu’ils adhèrent aux objectifs de l’entreprise pour servir des dividendes aux actionnaires. Il s’ensuit que réhabiliter le travail reposerait sur trois moyens principaux. Le premier est que les salaires et les prestations sociales ne progresseraient jamais moins vite que la productivité du travail, une fois que le chômage est drastiquement abaissé par la réduction du temps de travail. Le deuxième moyen est la restauration d’un droit du travail protecteur. Le troisième est l’instauration de la démocratie dans les entreprises, par la création de conseils économiques et sociaux, de telle sorte que le pouvoir de décision du type de production, des investissements, des conditions d’emploi et de travail soit dissocié de la propriété du capital. Les finalités du travail seraient redéfinies pour cerner quels sont les besoins essentiels à satisfaire et les activités vraiment utiles.

"Le capitalisme dans sa phase néolibérale, parce que les ressorts de sa rentabilité étaient grippés, n’a eu de cesse que de dévaloriser le travail."

On rejoint alors le deuxième volet des bifurcations. Celui-ci concerne l’institution des « communs » de façon à mettre en cohérence les objectifs sociaux et les objectifs écologiques de transformation de la société. La notion de commun(s), utilisée au singulier et au pluriel, vise, d’une part, à renouveler de fond en comble la conception traditionnelle des biens publics et des services collectifs. Il s’agit de transformer le mode de gestion de ce qui est aujourd’hui réalisé sous l’égide de l’État et des collectivités territoriales pour en faire une chose commune autogouvernée et autogérée par les populations concernées au plus près possible de leur existence. Ce n’est pas une mise en cause de la propriété publique mais c’est la transformer pour qu’elle devienne véritablement sociale. D’autre part, il s’agit de donner le statut de biens communs à tous les éléments essentiels à la vie, qui doivent être soustraits à la marchandisation. Cela concerne les ressources naturelles comme l’eau, l’air, le vivant, tout ce que Polanyi désignait par « la terre », ainsi que les connaissances, les institutions sociales donnant accès à l’éducation, à la protection sociale. L’objectif est donc double : instituer une gestion commune de biens érigés au rang de communs.

 

Pouvez-vous préciser ce que vous appelez la « socialisation de la monnaie » et nous indiquer ce que seraient ses mécanismes ?

Jean-Marie Harribey. Oui, c’est le troisième volet du triptyque de la grande bifurcation. Le capitalisme néolibéral a procédé à une sorte de privatisation de la monnaie, qui est pourtant une institution sociale à part entière. Dans le cadre de la liberté qui a été accordée aux capitaux de circuler dans le monde et du développement sans entrave des marchés financiers, le rôle dévolu aux banques centrales a été, depuis quarante ans, de veiller à la stabilité de la rente financière. C’est particulièrement vrai pour la Banque centrale européenne (BCE), rendue totalement indépendante du reste de la société et du pouvoir politique. Ce dogme est en train heureusement de voler en éclats. Aujourd’hui, on peut et on doit resocialiser la monnaie, c’est-à-dire retrouver la maîtrise du crédit et donc de la création monétaire pour financer les énormes investissements de transition écologique. La crise du coronavirus montre à quel point on a besoin d’un pôle bancaire public, d’un contrôle social sur celui-ci et d’une banque centrale qui soit celle de l’ensemble de la société.

"Aujourd’hui, on peut et on doit resocialiser la monnaie, c’est-à-dire retrouver la maîtrise du crédit et donc de la création monétaire pour financer les énormes investissements de transition écologique."

Au lieu d’obliger les États à emprunter sur les marchés financiers soit directement, soit indirectement via le Mécanisme européen de stabilité, la BCE devrait financer directement les dépenses publiques. C’est-à-dire étendre ce que la Banque d’Angleterre vient de décider pour financer les seules dépenses liées au redémarrage de l’économie paralysée par la pandémie. Ainsi, on utilise l’énorme avantage d’une banque centrale qui, seule, a la possibilité de créer à volonté de la monnaie s’il faut effectuer des dépenses et des investissements publics essentiels. Le risque d’inflation est nul lorsque des forces de travail et des équipements productifs sont inemployés et donc disponibles.

 

Un autre des points sur lesquels vous insistez est le caractère nécessairement démocratique et pluriel que doivent prendre les chemins de l’alternative que vous appelez de vos vœux. Pourquoi ?

Jean-Marie Harribey. Parce que les chemins de la révolution aboutissent à des impasses quand elle n’est pas pensée comme un processus démocratique. C’est toute la leçon du XXe siècle. C’est en ce sens que la planification de la transition écologique et sociale peut servir de boussole de transformation. Loin d’une étatisation de l’économie et d’une centralisation des décisions, la planification peut prouver son efficacité si elle s’insère dans le processus de socialisation, c’est-à-dire de remise dans les mains de collectifs de travailleurs et de citoyens des décisions d’orientation de la vie collective.

"Les chemins de la révolution aboutissent à des impasses quand elle n’est pas pensée comme un processus démocratique. C’est toute la leçon du XXe siècle."

L’épidémie du Covid-19 a mis sur la table ce qu’on croyait impossible : distinguer les besoins essentiels des futiles ou nocifs, et donc désigner quelles sont les activités les plus utiles à la société : produire du soin par des soignants ou de la publicité par des agences de com, produire de l’éducation par des enseignants ou de l’e.commerce sur des plateformes, mener de la recherche scientifique ou de la spéculation par des traders ? En bref, le confinement vient de prouver que la vraie richesse, ce n’est pas la marchandise et sa valeur d’échange, mais la valeur d’usage des biens et services essentiels.

 

La crise sanitaire mondiale actuelle ne met-elle pas également en évidence la nécessité d’une réponse universelle concrète, en opposition à la dérive mortifère du capitalisme ?

Jean-Marie Harribey. La mondialisation capitaliste est en cause. Elle a abouti à un désastre social, écologique, économique et aujourd’hui sanitaire. Et elle nous menace de déflagrations géopolitiques, voire guerrières. Tout ce qu’elle a construit doit être démantelé : circulation effrénée des capitaux, marchés dérégulés, droits fondamentaux de la personne humaine bafoués, notamment ceux des migrants. L’heure est à la construction de solidarités et de coopérations aux échelons régionaux, à la restauration d’une régulation internationale sous l’égide de l’ONU, dont les décisions doivent être respectées. Les scientifiques donnent l’exemple d’une coopération pour le « bien commun » : c’est le cas des climatologues du Giec, c’est celui de tous les virologues qui échangent en ce moment leur savoir librement, hors de toute contrainte de brevets lucratifs.

Entretien réalisé par Jérôme Skalski

 

 

La valeur et l’inestimable

Auteur ou coauteur d’une vingtaine d’ouvrages dont le Trou noir du capitalisme. Réhabiliter le travail, instituer les communs et socialiser la monnaie pour ne pas y être aspiré, publié aux éditions Le Bord de l’eau, en ce printemps, Jean-Marie Harribey, économiste et maître de conférences honoraire, a coprésidé l’association Attac de 2006 à 2009. Coprésident de son conseil scientifique depuis 2014 et membre de l’association des Économistes attérés, il a créé et anime la revue les Possibles.

 

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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 05:53

 

Accaparement des richesses, marchandisation des services publics, perte de souveraineté industrielle… Les boussoles du président ont affaibli le pays face au coronavirus. Le tout au nom d’une recherche de rentabilité déshumanisée. La preuve en 7 méfaits capitaux.

La crise du coronavirus aurait pu être moindre en France. Plusieurs choix politiques ont rendu le pays plus fragile face à ce défi, aggravant les dégâts et conséquences. Il y a bien sûr les coups portés à l’hôpital et à la recherche publics, en état de crise avant l’arrivée du virus, sans oublier le refus d’améliorer la situation dans les Ehpad. Le tout au nom d’une recherche de rentabilité déshumanisée. Il y a la détérioration de notre souveraineté industrielle, douloureusement mis en lumière avec la gestion erratique de stocks de masques. L’austérité budgétaire, couplée à une volonté de jouer toujours plus selon les règles de la compétition internationale, a amené le pays à délocaliser et à s’affaiblir. Il y a enfin l’objectif de détruire toujours plus l’État providence et les solidarités, en baissant les aides sociales et la fiscalité sur les plus fortunés. Autant de choix, déjà dénoncés à l’époque, dont la dangerosité est décuplée en tant de crise.

 

1 Masques : la pénurie qu’on a laissée venir

La pénurie de masques que vit l’Hexagone n’était pas une fatalité. En 2009, pour prévenir l’épidémie de grippe H1N1, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot commande 1 milliard de masques chirurgicaux et un peu plus de 700 millions de masques FFP2. Mais, en 2011 et 2013, la Direction générale de la santé décide de ne pas reconstituer les réserves de masques, notamment les FFP2, jugés trop coûteux. Malgré un rapport sénatorial de 2015 pointant les risques sanitaires, la politique de gestion restera inchangée. « À partir de 2011, après la grippe H1N1, il a été décidé que nous n’avions plus de besoin de stock de cette nature, car les productions mondiales étaient suffisantes pour assurer le coup en quelque sorte, en cas de pandémie », explique la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye. La Chine, notamment, devait assurer l’essentiel de la demande française en cas d’épidémie. Résultat, en décembre 2019, la France ne disposait que de 140 millions de masques face au coronavirus.

 

2 Des secteurs stratégiques délocalisés

Le cas des masques témoigne de la dépendance de l’économie française aux productions de pays où la main-d’œuvre est moins chère. Emmanuel Macron a lui-même admis devoir relocaliser des emplois pour regagner en souveraineté économique et sanitaire. Sacré retournement de veste de la part de celui qui, ministre, a autorisé nombre cessions d’actifs d’entreprises stratégiques françaises, à commencer par la branche énergie d’Alstom à General Electrics, ou d’Alcatel-Lucent à Nokia. Dans le secteur médical, on attend une décision quant à la liquidation prochaine de l’entreprise Peters Surgical, à Bobigny. L’activité du site, qui produit des sondes pour les services de réanimation, doit être délocalisée en Inde cet été.

 

3 Saignées pour l’hôpital public

Ceux qui portent au rang de « héros » le personnel hospitalier sont les mêmes qui votent les budgets austéritaires qui sapent leurs ressources et ont ignoré leur mobilisation tout au long de l’année écoulée. La loi de financement de la Sécurité sociale votée en 2019 a supprimé la compensation par l’État des pertes de financement de l’assurance-maladie dues aux baisses de cotisations. Cette perte de financement a eu des traductions matérielles immédiates. En 2018, 4 172 lits d’hospitalisation complète avaient déjà été supprimés en France. Le pays fait figure de mauvais élève face à un voisin comme l’Allemagne, qui dispose de 6 lits de soins aigus pour 1 000 habitants, contre 3 pour l’Hexagone. La cure frappe aussi le personnel : 400 postes d’infirmiers restaient vacants en 2018, uniquement sur les Hôpitaux de Paris. Avec des bas salaires peu valorisés, l’hôpital public peine aussi à être attractif face aux cliniques privées et professions libérales.

 

4 Une rétention administrative indigne

Promulguée en 2018, la loi asile et immigration durcit la politique migratoire française et augmente la durée légale pendant laquelle un étranger peut être écroué dans un centre de rétention administrative (CRA) de 45 à 90 jours. Elle maintient aussi la possibilité d’y enfermer des mineurs. Mais elle ne prévoit pas d’améliorer les conditions de rétention, régulièrement critiquées pour cause de promiscuité et d’absence d’intimité. En pleine pandémie, difficile de respecter la « distanciation sociale » quand on dort à deux dans 9 mètres carrés. Il n’y a « pas de masque, pas de savon pour se laver régulièrement les mains » et on déplore « une absence totale de gel hydroalcoolique », pointe Cyrille de Billy, secrétaire général de la Cimade. En résulte un désastre sanitaire. La demande des associations de fermer tous les CRA, appuyée par le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a été rejetée.

 

5 Les ressources fiscales asséchées

Attractivité. C’est le maître mot de la politique fiscale de la Macronie, qui se vante d’attirer à nouveau les investisseurs sur le sol français. Au prix de cadeaux fiscaux qui manquent cruellement aux recettes de l’État – particulièrement lorsqu’il doit débourser un plan d’urgence à 110 milliards d’euros. Le crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice), créé sous François Hollande puis pérennisé sous forme d’allègements de cotisations par Macron, a coûté 100 milliards d’euros à l’État entre 2012 et 2019, pour une très faible création d’emplois. La suppression de l’ISF et la flat tax sur les produits financiers représentent un manque à gagner annuel de 4,5 milliards pour les finances publiques. Contre-productif, à l’heure des plans de sauvetage et de relance.

 

6 Les aides sociales dans le viseur

Un « pognon de dingue ». Voilà comment Macron résume les aides sociales, qu’il malmène depuis 2017. Pourtant, plus d’un Français sur cinq basculerait dans la pauvreté s’il n’y avait pas le RSA, les minima sociaux, les prestations familiales, les allocations logement. Pas de quoi émouvoir le président, qui veut fusionner ces aides pour les réduire. Et faire plus de pauvres, particulièrement démunis face au coronavirus, sur le plan sanitaire et financier. La Macronie, qui a déjà baissé les aides personnalisées au logement (APL) sitôt élu et gravement affaibli le logement social, voulait aussi réduire les droits des chercheurs d’emploi en sabrant l’assurance-chômage. Le coronavirus lui a fait faire machine arrière. Tout comme pour la suppression de 1 000 euros d’APL pour 1,2 million de ménages. Reste que, depuis 2017, nombre d’aides et de pensions n’ont pas été indexées sur l’inflation, à tel point que, pour l’année 2020, le gouvernement s’est fait retoquer sa copie par le Conseil constitutionnel.

 

7 Manque de crédits pour la recherche publique

Si tous les grands laboratoires pharmaceutiques se sont lancés dans une course effrénée pour trouver un vaccin contre le coronavirus, potentielle poule aux œufs d’or, les « Big Pharma » s’étaient jusqu’ici désintéressés de la recherche contre les maladies infectieuses, jugée peu rentable. D’où l’importance de la recherche publique, capable de mener des investissements de long terme. Or, en France, les politiques pour favoriser ce secteur, comme le crédit d’impôt recherche, sont tournées vers le privé. Quant aux efforts de recherche publique sur les coronavirus, ils ont été minés par la fonte des crédits. Les chercheurs du public sont de plus en plus soumis à la logique des appels à projets pour obtenir des financements au coup par coup, plutôt que réguliers. Or, ceux-ci sont chronophages et rognent sur les études de long terme. La loi de programmation pluriannuelle de la recherche devait renforcer cette tendance. Pour le moment en suspens, elle a provoqué un mouvement de grève des chercheurs et universitaires début mars.

 

Cyprien Caddeo et Aurélien Soucheyre

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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 05:28
1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 81/ Eric Texier (1902-1941)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère:

81/ Eric Texier (1902-1941)

Né le 30 octobre 1902 à Lusignac (Dordogne), fusillé le 18 septembre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ajusteur ; militant syndicaliste CGTU ; militant communiste ; résistant.

Fils de cultivateurs (propriétaires sur l’acte de naissance), ajusteur, Éric Texier fréquenta l’école primaire jusqu’à douze ans et demi et obtint le certificat d’études primaires. Il adhéra au Parti communiste en 1933, mais il s’occupait de la trésorerie du parti avant même d’en être membre. Il fut envoyé en Bretagne par le Parti communiste afin de travailler à la création de la région bretonne Morbihan-Finistère.
De 1934 à 1939, membre du bureau régional, il exerça les fonctions de trésorier. En 1936, il était secrétaire de la cellule de Quimper (Finistère). Secrétaire du syndicat CGTU des Métaux de cette ville, il fut ensuite, jusqu’en 1939, secrétaire du syndicat réunifié.
Interrogé sur ses lectures, il déclara dans son autobiographie de 1937 : « ce n’est pas les livres qui m’ont instruit c’est la vie ». Il militait au Secours populaire français, aux Loisirs ouvriers de Quimper et aux Locataires.
Membre de l’Organisation spéciale (OS) du Parti communiste depuis juin 1940, Éric Texier fut arrêté par la police française d’Argenteuil (Seine-et-Oise, Val-d’Oise) le 20 août 1941. Il était alors domicilié à Versailles (Seine-et-Oise, Yvelines). Interné à la prison du Cherche-Midi à Paris (VIe arr.), il écrivit une dernière lettre à sa femme le 17 septembre : « je suis mort pour que la France soit libre et qu’il n’y ait plus de guerre [...] nous [avec Raymond Gandon] serons enterrés au cimetière d’Ivry je te demande par la suite de nous faire transporter à Argenteuil [...] Vive la France et l’idéal pour lequel je meurs ». Il fut condamné à mort par le tribunal militaire de Saint-Cloud (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine) le 18 septembre 1941 « pour aide à l’ennemi », dont il s’était rendu coupable « en participant à des manifestations dirigées contre l’armée allemande ». Il a été fusillé au Mont-Valérien le jour même.
Sa dernière lettre, adressée à sa femme Jeanne, fut saisie par la police au domicile d’un militant nommé Heurtematte et conservée dans les scellés des dossiers de la Section spéciale de la cour d’appel de Paris.
À la Libération, il fut déclaré « Mort pour la France ».
La cellule du centre ville du PCF Quimper portera le nom d'un des premiers résistants fusillés de France.
 
https://fusilles-40-44.maitron.fr/?article132277

SOURCES : RGASPI, 495 270 3271, autobiographie, 07/08/1937, classé A. – Arch. de Paris, 1466 W 3, scellés des dossiers de la Section spéciale de la cour d’appel de Paris. – Eugène Kerbaul, Dictionnaire biographique des militants ouvriers du Finistère, 1918-1944, déposé à l’Institut Maurice Thorez et aux Arch. Dép. Finistère, 1re version, 1974. – Renseignements ministère des Anciens Combattants et Victimes de guerre. – G. Krivopissko, La vie à en mourir, op. cit., p. 49. – Ouest-éclair, septembre 1941. – Notes Jean-Pierre Besse.

Claude Pennetier

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 42/ Pierre Corre (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 41/ Daniel Le Flanchec (1881-1944)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 40/ Joséphine Pencalet (1886-1972)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 39/ Sébastien Velly (1878-1924)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 38/ Edouard Mazé (1924-1950)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 37/ Guy Liziar (1937-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 36/ Henri Moreau (1908-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 34/ Michel Mazéas (1928-2013)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 33/ Pierre Guéguin (1896-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 32/ Jean-Louis Primas (1911-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 31/ François Paugam (1910-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 30/ Angèle Le Nedellec (1910-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 29/ Jules Lesven (1904-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 28: Raymonde Vadaine, née Riquin

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 27/ Jeanne Goasguen née Cariou (1901-1973)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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24 avril 2020 5 24 /04 /avril /2020 15:34
 Fabien Roussel à l'Assemblée nationale: Il est temps de mettre à contribution la finance et le capital car leurs réserves sont énormes !
PLFR : Il est temps de mettre à contribution la finance et le capital car leurs réserves sont énormes ! (Fabien Roussel)
 
Projet de loi de finances rectificatif n°2 CMP -  jeudi 23 avril 2020
 
Intervention de Fabien Roussel – Gauche Démocrate Républicaine (député PCF du Nord, secrétaire départemental du PCF)
 
 
Cette pandémie révèle chaque jour un peu plus l’écrasante responsabilité de notre modèle économique, du poids de la finance, des logiques de profits qui ont prospéré sur l’exploitation des Hommes et de la planète.
Nous avons été bien seuls, avec d’autres, ces dernières années à alerter sur la déshumanisation de la société, sur les risques écologiques ou sur la casse de nos services publics, notamment celui de la santé.
Et aujourd’hui, tout le monde y va de sa petite note pour dire qu’il faut tout changer. Tout le monde veut plus de souveraineté économique, d’industrie, de service public, et nos soignants sont devenus des héros.
Mais comment voulez-vous être crédibles quand il y a tant de revirements!!
Alors, quand nous avons à débattre d’un plan d’urgence pour le pays, doté de 110 milliards d’euros, - excusez du peu - permettez que nous soyons exigeants.
110 Milliards d’euros, ce n’est pas une paille ! Nous aurions aimé pouvoir en bouger les lignes, tous ensemble, pour répondre à l’urgence tout en préparant le monde d’après.
Un amendement communiste, républicain, oserai-je, prévoyait d’interdire les aides aux multinationales logées dans les paradis fiscaux. Adopté au Sénat, il est rejeté à l’Assemblée !
Un autre, proposait une taxe sur les assurances permettant de récupérer 1,9 milliard d’euros pour venir en aide à nos petites entreprises : rejeté aussi !
L’urgence, c’était de pouvoir apporter une aide à toutes celles et ceux qui sont ou qui vont tomber dans la pauvreté. Or il n’y a eu aucun débat sur ce sujet. Nous savons juste que ça sera 880 millions de crédits sur
un total de 110 milliards.
L’urgence, c’était d’aider ces salarié-es qui perdent 16% de leur salaire, les pourboires et les primes, qui subissent les hausses des prix et voient leurs factures augmenter.
L’urgence, c’était aussi d’augmenter le fonds de solidarité pour que 100% des demandes des TPE-PME impactées soient satisfaites, dont celles des artisans sans salarié ou les entreprises ayant 11 à 20 salariées. Au contraire, vous allez être bien généreux avec les grandes entreprises : 20 Milliards de crédits, mais nous ne savons pas qui est concerné et à quelles conditions. Le débat viendrait après coup !
 
Mais nous savons déjà que Luxfer, Famar et d’autres ne sont pas concernées.
Aucun amendement accepté visant à conditionner ces aides en faveur d’objectifs sociaux ou environnementaux. Comme si la revendication du MEDEF, qui a votre oreille, et qui se permet de vous demander ouvertement de repousser la transition écologique, était déjà entendue.
L’urgence, c’était enfin d’apporter une aide plus importante aux territoires ultra marins qui dénoncent le fossé entre vos discours et la réalité des aides apportées.
L’autre absence de ce texte, ce sont les recettes fiscales, introuvables alors que le pays s’apprête à débourser 110 milliards. Qui va payer Monsieur le ministre ?
C’est la dette dites-vous. Mais à la fin qui va payer la dette ? Ses intérêts ? Le gouverneur de la Banque de France comme le Patron du Medef l’annoncent déjà: « il faudra rembourser cet argent » dit l’un et « il
faudra travailler plus » dit l’autre !! Nous, nous demandons que La Banque centrale européenne annule une partie des dettes publiques qu’elle détient et qu’elle finance directement les investissements des Etats comme cela commence à se faire dans d’autres pays.
Ce n’est pas aux peuples de payer la crise, surtout quand ils en subissent déjà les effets dramatiques aujourd’hui !
Oui les traités européens sont dépassés par cette crise, contaminés par le virus. Il est temps d’en écrire de nouveaux, respectueux des peuples, de leur souveraineté et organisant la coopération entre les nations plutôt que la concurrence libre et non faussée !
Enfin, la mobilisation de toute la nation est essentielle, et pas seulement celle qui travaille.
Il est temps de mettre à contribution la finance et le capital dans le redressement du pays car leurs réserves sont énormes !
Les 358 000 familles les plus riches détiennent un patrimoine qui s’élève à 1028 milliards d’euros !
Les assurances ont des réserves de plusieurs dizaines de milliards d’euros.
Les impôts sur les revenus financiers sont plafonnés à 30%.
Les banques continuent en ce moment même à se gaver des intérêts que nous leur versons : 36 milliards d’euros encore cette année dans le budget de l’Etat !!
C’est pourquoi nous vous avions demandé de mettre des critères à l’utilisation de l’argent public, de rétablir l’ISF, de rétablir un juste impôt sur les revenus financiers, de taxer la spéculation, de donner plus de pouvoirs aux salarié-es dans les entreprises. Et vous avez tout rejeté en bloc.
Oui avec vous, le monde d’après n’est pas pour demain !
Pour toutes ces raisons, les députés communistes votent contre ce projet de loi de finance. D’autres députés du groupe GDR, ultra marins, s’abstiennent.
 
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24 avril 2020 5 24 /04 /avril /2020 15:27
Ne lâchons plus Macron sur la dette africaine ! - Francis Wurtz, ancien député européen communiste, L'Humanité Dimanche, 23 avril 2020
 

« Nous devons aussi savoir aider nos voisins d’Afrique sur le plan économique en annulant massivement leurs dettes » : cette « petite phrase » du Président de la République lors de son allocution télévisée du 13 avril dernier, près de 37 millions de personnes en France -et bien d’autres par ailleurs, notamment en Afrique…- l’ont entendue ! N’acceptons pas qu’on puisse faire d’un enjeu de cette importance un hyper-coup de com’ sans lendemain ! Certes, les 20 pays les plus riches du monde (G20) ont décidé, dans la foulée, de…suspendre pour un an le paiement des intérêts de cette dette. Mais cette mesure -une bouffée d’oxygène indispensable- est notablement insuffisante. Et surtout, bien que le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, ait présenté un peu vite l’acte du G20 comme « un succès important pour la France  et pour ses partenaires », il ne faudrait pas que le Chef de l’Etat s’estime quitte de son engagement ! Retour sur un enjeu vieux de plus de trente ans qui , dans le contexte de la crise actuelle, devient explosif.

Les prévisions très alarmantes concernant l’Afrique se multiplient depuis quelques temps sur tous les plans : sanitaire, économique, alimentaire, écologique…Les économistes s’attendent à la première récession sur ce continent depuis un quart de siècle du fait de l’effondrement de la croissance mondiale, de la chute des cours des matières premières et du tarissement des transferts d’argent des travailleurs émigrés . Dans ce contexte, le paiement du service de la dette des pays pauvres, qui ne cesse de s’alourdir, apparaissait à tous les observateurs avertis tout simplement impossible. Songeons qu’avant l’épidémie, 49 pays du Sud à faibles revenus -particulièrement en Afrique-  consacraient déjà plus d’argent au paiement de la dette qu’à la santé ! Dans certains pays, comme le Ghana, la charge de la dette était, selon OXFAM,…11 fois supérieure aux dépenses de santé ! Ignominieux hier, absolument intenable aujourd’hui ! Aussi, de nombreuses voix se sont-elles levées à travers le monde pour appeler à des actions significatives sur la dette du continent : depuis  l’Union africaine et le Secrétaire général des Nations-Unis, Antonio Gutterrez, le mois dernier, en passant par le Pape François dans son message de Pâques, jusqu’au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale, plus récemment. Ainsi, donc, que le Président français. Le grand mérite de l’annonce de ce dernier est finalement d’avoir catapulté une exigence de premier plan dans le débat public : ne le lâchons plus sur le sujet ! Annuler la dette -mieux : éradiquer le mécanisme diabolique de la dette à perpétuité pour les plus démunis- voilà l’objectif à atteindre ! C’est l’intérêt de millions d’Africains, mais c’est aussi le nôtre : la crise actuelle rappelle à qui l’ignorait encore qu’il n’y a qu’un monde et qu’une humanité.

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24 avril 2020 5 24 /04 /avril /2020 06:30
Cocos, confinés et actifs: Fréderic L'aminot, morlaisien, élu CGT pour le groupe Celtys-Queguiner à Landivisiau

Cocos, confinés et actifs: Fréderic L'aminot, morlaisien, élu CGT pour le groupe Celtys-Queguiner à Landivisiau

Jusqu'au 15 mars, Fréderic L'aminot, militant du PCF et de l'UL CGT sur Morlaix, menait la campagne activement pour la liste d'union de la gauche "Morlaix Ensemble" (Génération.s, PCF, PS, Citoyens engagés morlaisiens) conduite par Jean-Paul Vermot qui est arrivée en tête du premier tour des élections Municipales, avec 37%, devant la liste de droite de la maire sortante Agnès Le Brun. Une campagne intense, avec une douzaine de réunions publiques organisées sous forme d'échanges participatifs (ateliers et forums participatifs) sur plusieurs thématiques (jeunesse, santé-social, vie des quartiers, monde associatif, économie, centre-ville, etc) puis dans les deux dernières semaines sous une forme plus classique, et des visites de quartiers avec une consultation des Morlaisiens.

Fréderic L'aminot aura des responsabilités dans la municipalité si notre liste arrive en tête au second tour quand les élections auront lieu à nouveau, soit fin juin, soit en septembre ou octobre prochain.

Fréderic a été membre de l'association des Anciens élèves et amis du Lycée Tristan Corbière, président de l'APE de l'école Jean Piaget à Kerfraval, membre du Conseil d'administration du collège Mendès France et de l'association de l'APE du collège Mendès France, et est toujours trésorier de l'association des Jardins Familiaux.

Des engagements nombreux dans l'associatif, le syndical, et le politique pour cet ouvrier travaillant à Celtys à Landivisiau depuis des années, habitant de le quartier de Kerfraval à Morlaix, et qui nous raconte ici la manière dont il a vécu depuis un mois et demi la crise du Covid-19 et le confinement imposé aux salariés en tant trésorier CSE chez Celtys, et représentant CGT (la CGT est ultra-majoritaire chez Celtys, où travaille Fréderic, 260 salariés) dans le comité de groupe Queguiner (1200 salariés) responsable de la mise en sécurité des salariés mais également des négociations avec la direction d'entreprise pour les conditions d'indemnisation, de reprise.  

Lire aussi, cet interview réalisé en 2013:

Parole de syndicaliste: Fréderic L'aminot, délégué CGT à Celtys Landivisiau

 

Propos recueillis par Ismaël Dupont

Fréderic, en tant que élu CGT pour CELTYS (groupe Quéguiner), quel a été ton rôle dans l'adaptation de ton entreprise à la crise du Covid-19? 

Depuis le début de la crise sanitaire, les élus de la société ont été associés à la fermeture de l’entreprise. Le PDG voulait mettre les salariés en confinement dès le 16 mars. Il a fallu expliquer à nos collègues la situation, le chômage partiel, les indemnités... Ça a été très particulier car on n’était pas préparé à cela. 


Il y a t-il eu des sujets de négociation particuliers pour négocier le chômage partiel, les congés, les conditions du retour à l'activité?

Pour le chômage partiel ça a été un peu compliqué car le gouvernement change régulièrement les règles.

Au départ, le gouvernement annonçait un chômage partiel a 100 %, puis on est passé à 84 % du net.

Puis le gouvernement, par le biais du préfet du Finistère, a mis la pression sur les entreprises du bâtiment pour éviter la mise au chômage des salariés.

Pour éviter un refus, l’entreprise a demandé aux salariés de prendre leurs congés qui leurs restaient et leurs heures supplémentaires.

Puis il a fallu rouvrir des dépôts pour alimenter les entreprises qui travaillaient encore.

Par contre, nous n’avons pas été d’accord sur le fait que la direction nous propose un accord sur une prise de congés anticipée.

Nous avons une à deux réunions de CSE par semaine. Les élus CGT se concertent régulièrement pour faire des propositions à la direction.

En ce moment, nous sommes consultés au sujet d’une reprise partielle de l’activité. Nous avons plusieurs réunions pour que les salariés reprennent en toute sécurité.
 

Comment allez-vous adapter les postes et conditions de travail pour mettre les salariés en sécurité, respecter les distances qui protègent?

Après un travail coopératif du responsable de l’hygiène et de la sécurité, des responsables et des membres du CSE, les membres de la CSSCT se sont rendus sur place pour faire le point, atelier par atelier, et régler les mesures de distanciation sociale, les approvisionnement en matériel sanitaire, les heures différées de début et fin de journée...

 

Tu es en lien quotidien avec les salariés du groupe, quel est l'état d'esprit de tes collègues? Quelles sont leurs craintes dans le contexte de crise du Covid et de la reprise d'activité?

Au départ, personne ne pouvait savoir combien de temps cela pourrait durer. Donc, j’ai commencé à donner des nouvelles aux adhérents, mais j'ai vite compris qu'il y avait une demande des salariés.

Donc, avec le secrétaire du CSE, nous donnons des nouvelles à tous les salariés qui ont bien voulu nous communiquer leurs adresses mails. Au début, ce virus ne faisait pas très peur, mais au fil des semaines beaucoup de salariés ont commencé à craindre l’agressivité de celui-ci. Les changements de cap quasi journaliers du gouvernement n’étaient pas non plus pour les rassurer.

Il est toujours nécessaire de continuer à soutenir nos collègues et nous les informons également de l’état d’esprit de notre direction.

 

Quel temps quotidien tes activités syndicales t'ont pris pendant le quotidien?

Au départ, il y avait pas mal de réunions en visioconférence, des réunion avec les élus de notre syndicat, des réunions téléphoniques avec le secrétaire du CSE qui a été également très sollicité durant cette période. Entre le CSE et mon rôle de délégué syndical, je passe à peu près 3 à 4 heures par jour avec des pics à 8 heures les jours de réunions car les salariés me téléphonent pour prendre des nouvelles.

 

As-tu eu d'autres gestes de solidarité pendant la période avec ton voisinage ?

Pendant le confinement, j'ai aussi fait les courses de personnes qui ne voulaient pas sortir de chez elles.

J’aurais voulu en faire plus, mais j’ai été très sollicité par mes collègues de travail.

 

Le 23 avril 2020

 

Lire aussi:

Cocos, confinés, et actifs: Jean Dréan, le militant infatigable d'une société plus humaine avec les personnes âgées et les EHPAD

Cocos, confinés et actifs!: Témoignage de Pierre-Yves Liziar au Relecq-Kerhuon

Cocos, confinés et actifs ! - Témoignage de Christian Beaumanoir dans la presqu'île de Crozon

 

 

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24 avril 2020 5 24 /04 /avril /2020 06:26
Madame la ministre du Travail, retirez intégralement la réforme de l’assurance chômage ! - Députés communistes, 22 avril 2020

Lire aussi:

André Chassaigne demande le retrait total de la réforme de l’assurance chômage à Muriel Penicaud, ministre du travail

 

Communiqués de presse - Députés communistes

Madame la ministre du Travail, retirez intégralement la réforme de l’assurance chômage !

Dans le contexte de crise sanitaire et face à la crise économique qui s’annonce, notre groupe a demandé ce jour par courrier à la Ministre du Travail le retrait intégral de la réforme de l’assurance chômage. La situation de l’emploi est particulièrement préoccupante et nous devons nous attendre à une forte hausse du chômage dans les prochains mois.

Si des premières décisions ont été prises par le Gouvernement pour suspendre certaines mesures (report au 1er septembre des nouvelles règles d’indemnisation et de la dégressivité des allocations pour les cadres), le premier volet de la réforme restreignant l’accès à l’indemnisation chômage est toujours en vigueur. Il prévoit notamment un durcissement des règles d’affiliation pour les salariés qui doivent désormais avoir travaillé 6 mois sur une période de référence de 24 mois pour bénéficier d’une ouverture de droit.

Ces règles ont commencé à produire leurs effets en faisant sortir de l’indemnisation chômage des dizaines de milliers de travailleurs : intérimaires, saisonniers, travailleurs enchaînant des contrats très courts dans les secteurs de la restauration, de l’hôtellerie ou la culture... Si rien n’est fait rapidement, c’est un véritable drame social qui s’annonce.

Dans les périodes de récession économique, le droit au chômage doit au contraire être le plus large possible afin que notre modèle social joue pleinement son rôle d’amortisseur et de protection à l’égard des plus fragiles.

C’est pourquoi nous appelons le Gouvernement à retirer sans plus attendre cette réforme régressive dont le seul objectif était de faire des économies. Une nouvelle convention Unédic, négociée entre les partenaires sociaux, doit permettre d’urgence le renforcement des droits au chômage des travailleurs.

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24 avril 2020 5 24 /04 /avril /2020 06:10
Christine Prunaud

Christine Prunaud

Mardi, 21 Avril, 2020 - L'Humanité
Le manque de masques et la casse de l’outil industriel

Par Christine Prunaud  Sénatrice PCF des Côtes d'Armor

Cette crise sanitaire illustre malheureusement les conséquences du déclin industriel de notre pays. Exemple le plus saisissant avec l’usine Honeywell de fabrique de masques à Plaintel (Côtes-d’Armor) pourtant rentable mais fermée en 2018.

200 millions de masques étaient produits dans cette entreprise qui a changé plusieurs fois de propriétaires mais qui ont toujours bénéficié des différentes aides publiques de l'état via le CIR ou le CICE pour laisser au final 300 salariés sur la touche.

La production a été délocalisée en Tunisie et en Chine et les outils de production ont été démantelés par un ferrailleur en février dernier alors que les signes d'une pandémie mondiale étaient plus que pressants.

Le syndicat Solidaires par son secrétaire général des Côtes d'Armor Serge Lequeau pointe très justement avec cette usine, « un condensé édifiant de tout ce que le capitalisme financier international, soutenu par des politiques néolibérales peut produire comme horreur, comme absurdité, comme aveuglement ».

En effet, des deniers publics ont servi à casser un outil industriel dont on ressent aujourd'hui l'impériosité. Ils ont aussi broyé des hommes et des femmes avec un savoir faire technique de haut niveau dans un domaine touchant à la sécurité sanitaire de tous.

Le gouvernement actuel disait encore au sujet des délocalisations il y a quelques mois : « Garder ces usines n’est pas un enjeu d’intérêt public. Laissons faire les lois du marché ! Si, un jour, nous avons des besoins, nous les importerons de Chine ! ». Mais aujourd'hui nous payons toutes et tous les prix de cette confiance aveugle dans le seul marché mondial. La France manque toujours de masques, plus de deux mois après le début de la crise. Les soignants manquent de tout et nos ministres nous demandent de faire preuve de solidarité en fabriquant des masques maison ou en faisant appel à des dons pour aider nos hôpitaux.

Comme toujours face à ce scandale, la solidarité prime avec le projet de créationd’une société coopérative industrielle qui reprendrait les activités. Cette structure reste la plus adaptée à la situation puisqu'elle permet d’associer tous les acteurs du territoire régional, à commencer par les salarié.es, mais aussi d'autres acteurs comme les structures sanitaires et médico-sociaux, ou tout collectif citoyen régionaux.... Le Conseil Départemental des Côtes d'Armor et le Conseil Régional de Bretagne ont fait part de tout leur soutien à ce projet de relance.

Mais le gouvernement par la voie de sa secrétaire d'état à l'industrie vient de doucher les espoirs en indiquant cyniquement « je sais que l'équipe est motivée. Le projet est peut-être une bonne idée mais il ya des alternatives ». Or nous constatons tous au quotidien les effets désastreux de ces alternatives.

Ainsi face au dogme néolibéral du gouvernement, c'est mon rôle de parlementaire d'accompagner cette appropriation collective des moyens de production. L'avenir est là, notre présent confiné nous le prouve bien.

Le manque de masques et la casse de l’outil industriel  - Par Christine Prunaud  Sénatrice PCF des Côtes d'Armor (L'Humanité, 21 avril 2020)

À propos de la réouverture de l’usine de fabrication de masques de Plaintel

Le contexte d’urgence sanitaire que nous connaissons au plan mondial met, aujourd’hui, particulièrement en lumière les responsabilités des décisions prises sur le plan économique et social par les États.


A l’instar de l’entreprise Luxfer dans le Puy de Dôme, unique fabricant de bouteilles d’oxygène médical en Europe, aujourd’hui en cessation d’activité, la fermeture de l’usine de fabrication de masques de Plaintel (Giffard, Dalloz puis Honeywell) en 2018 montre aujourd’hui les conséquences d’un abandon des savoir-faire et des outils industriels.

Comme pour d’autres entreprises malheureusement, ces abandons tiennent toujours à deux causes essentielles :
- la non-prise en compte des alertes des salarié·e·s et la non-anticipation des besoins industriels en matière médicale et sanitaire,
- la recherche du profit maximum et la loi du marché.

À ces causes, il faut ajouter le désengagement de l’État et des gouvernements successifs causant
irrémédiablement la chute de l’entreprise liée au marché sanitaire.

En effet, selon un article signé de Benoît Collombat et de la Cellule investigation de Radio France (1), « l’activité d’Honeywell de masques respiratoires jetables en Europe, dont celle de HSP (Honeywell Safety Products) Armor, est une activité rentable. » est-il écrit dans un rapport d’audit du groupe qui conclut : « la rentabilité économique [de l’usine] est avérée mais trop faible pour les standards du groupe Honeywell ». D’où la délocalisation vers la Tunisie et la Chine. C’est à la lumière de ces causes et de ces responsabilités qu’il est nécessaire d’envisager la reprise d’une activité industrielle sur ce secteur d’activité.

- L’outil industriel est aujourd’hui cassé et inexistant. Certes, mais l’expérience montre la nécessité de « relocaliser » certaines productions « décisives » et « vitales » afin d’en garantir la maîtrise. Le savoir-faire détenu par les salariés de Plaintel est, de ce point de vue, un atout sur lequel il faut s’appuyer.

- Il est donc également nécessaire de penser un « modèle économique » qui ne soit pas sous la coupe de la seule « concurrence libre et non faussée » et de la loi du seul profit ainsi que la garantie d’une gestion des commandes et des stocks qui permettent la viabilité du projet.

- Enfin, l’expérience le montre avec une particulière acuité : cette production doit être mise sous « surveillance » démocratique afin que de telles situations ne puissent se reproduire. Cette surveillance devra être conférée aux salariés en tout premier lieu (si on les avait écoutés, nous n’en serions pas là...), mais également à la population et ses représentants au plan local (les réponses du ministère de l’Économie sur le caractère « non stratégique » de l’entreprise sont lourds de conséquences).

La relance de l'activité engage la responsabilité de l’État à qui une part essentielle des productions de la nouvelle entreprise sera destinée. Il doit veiller à la mise à disposition des financements nécessaires à la reprise de l'activité, par l'intermédiaire de Banque Publique d’Investissement France. La Banque de France doit déclarer cette avance de fonds éligible au refinancement de la Banque Centrale Européenne au taux de - 0,75 %, actuellement pratiqué pour ses refinancements de long terme ciblés.

Nous sommes déterminés à nous associer à la recherche de solutions avec toutes les parties qui s’engagent pour construire un projet répondant aux besoins sanitaires en France.

Christine Prunaud - Sénatrice des Côtes d’Armor
Cinderella Bernard - Présidente du groupe des élus communistes au Conseil départementall
Christiane Caro – Membre de la commission nationale santé du PCF
Yannick Le Cam – Secrétaire de la fédération du PCF des Côtes d’Armor

Saint-Brieuc, le 13 avril 2020

(1) L’usine bretonne qui alimentait la France en masques : histoire secrète d’un saccage industriel - Par Benoît
Collombat et Cellule investigation de Radio France - 03/04/2020

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24 avril 2020 5 24 /04 /avril /2020 06:01
Grand âge. La bataille invisible pour éviter le pire dans les Ehpad (L'Humanité, Eugénie Barbézat, 21 avril 2020)
Grand âge. La bataille invisible pour éviter le pire dans les Ehpad

Les médecins et les soignants des établissements pour personnes âgées se sont organisés pour pallier les retards de l’exécutif et parvenir à endiguer une épidémie qui va encore faire des victimes dans les rangs des résidents.

 

Depuis quelques jours, la communication gouvernementale semble se concentrer sur le désengorgement des hôpitaux, éludant le nombre de morts quotidiens qui reste élevé, y compris dans les Ehpad. Ces établissements où résident des personnes âgées dépendantes, longtemps oubliées des statistiques, ont pourtant été le théâtre d’une flambée de l’épidémie. Même si les situations diffèrent d’un établissement et d’une région à l’autre, quand le virus pénètre dans un Ehpad, on constate en moyenne 30 % de décès chez les résidents et 50 % du personnel atteint par la maladie. La moitié des établissements de l’Hexagone étant touchés, la gravité de la situation ne fait plus de doute.

Pascal Champvert, le président de l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA), refuse d’être alarmiste car « la peur de la maladie pourrait avoir des conséquences désastreuses et 98 % des personnes âgées placées en établissement seront épargnées ». Mais il ne nie pas l’importance du nombre de victimes. « D’autant plus qu’il n’y a aucune statistique officielle pour les personnes âgées mortes à domicile du Covid-19 », tient-il à souligner. Pour le docteur Gaël Durel, président de l’Association nationale des médecins coordonnateurs du secteur médico-social (Mcoor), les décès dus au Covid-19 sont largement sous-estimés dans ces lieux. « Il faut au moins les multiplier par 1,3 puisque nous ne sommes autorisés à déclarer morts par Covid que les résidents testés positifs. Sachant que les tests ne sont pas fiables (30 % environ sont de faux négatifs) et que la consigne reste de ne tester que les trois premiers cas. Les autres sont automatiquement suspectés d’être Covid mais ne sont pas considérés comme tels s’ils décèdent ! » s’indigne-t-il. Indignation partagée par sa collègue Nathalie Maubourguet, présidente de la Fédération française des associations de médecins coordonnateurs en Ehpad (Ffamco), qui peste contre la plateforme censée recenser les décès. « Elle fonctionne un jour sur deux. Du coup, on déclare quand et comme on peut. L’État pourrait quand même nous donner des outils corrects pour compter nos morts… »

Des situations catastrophiques dans tout l’Hexagone

Apparemment, protéger les 725 000 résidents en Ehpad et les 250 000 soignants qui s’occupent d’eux ne semblait pas une priorité. Alors même que les hôpitaux étaient saturés dans le Grand-Est, les établissements de la région ont vécu des situations catastrophiques. « Des collègues m’ont raconté que le 15 leur raccrochait au nez quand ils appelaient pour une personne de plus de 80 ans : il n’y avait plus de place aux urgences. Des personnes âgées sont mortes dans des conditions effroyables, faute de médicaments de sédation en quantité suffisante et de matériel pour les aider à respirer, déplore Nathalie Mauboutguet. On n’est pas du tout équipés pour gérer des détresses respiratoires, en particulier en grand nombre et sur un temps long. On n’a pas assez de respirateurs, pas assez de réserve d’oxygène, pas de médicaments… » La docteure avoue s’être préparée psychologiquement à vivre « des situations dignes de la médecine de guerre ». Heureusement, en Gironde, où elle exerce, cela n’a pas été le cas. Pour l’instant.

Ce sont les soignants du Grand-Est qui ont alerté leurs confrères des régions moins impactées. Les agences régionales de santé ont mis, elles, beaucoup plus de temps à réagir. « Nous, les médecins, avons été les premiers à lancer l’alerte, avant même le confinement et l’interdiction des visites : certains confrères ont mis en jeu leur démission si les directeurs, qui attendaient les consignes des ARS, continuaient à ouvrir les salles de restaurant aux résidents. Il y a eu un gros retard concernant les mesures barrières dans certaines régions », regrette Gaël Durel. À la Villa Evora, à Chartres, là aussi, on a anticipé le confinement : « On a pris les devants une semaine avant les directives du gouvernement », témoigne Françoise, une aide-soignante de l’établissement. Même constat sur les masques : « En récupérer a été notre premier combat, se souvient Nathalie Maubourguet. Au départ, seuls les soignants des hôpitaux étaient prioritaires. On a été un peu oubliés. » Si, aujourd’hui, les masques sont disponibles en quantité suffisante, des difficultés de distribution persistent dans certaines régions et il manque toujours certains équipements comme les charlottes, les lunettes, etc. « C’est surtout la solidarité des communes et des entreprises qui a permis de faire face dans beaucoup d’endroits », précise Gaël Durel.

L’entraide et la débrouille ont été à l’œuvre à peu près partout. Certaines équipes ont même décidé dès le début de l’épidémie de rester confinées avec leurs résidents pour les préserver. D’autres ne comptent plus leurs heures : « Parmi les soignants, aucun n’a déserté, souligne Nathalie Maubourguet. Les jeunes femmes qui travaillent dans les établissements dont je m’occupe sont formidables. Elles déploient une énergie fantastique alors même que les tâches à accomplir se sont multipliées. » Servir les repas en chambre en veillant à ce qu’ils arrivent chauds, aider les personnes atteintes d’Alzheimer, qui ont l’habitude de déambuler, à rester dans leur chambre, initier les résidents et parfois même leurs enfants, qui ne sont plus tout jeunes, aux nouveaux outils de communication… autant de travail supplémentaire qui met les équipes à rude épreuve.

« Ne voir personne, c’est un peu comme être déjà mort »

« Nos taux d’encadrement ne nous permettent pas de travailler correctement en temps normal, alors imaginez en temps de crise, résume Gaël Durel. Depuis trente ans, notre politique de santé oublie les Ehpad, on le paye cruellement aujourd’hui. Il a fallu enfermer dans leur chambre des gens qui le supportaient mal, avec des conséquences psychologiques importantes car personne n’était disponible pour passer un peu de temps avec eux. Ce confinement a eu des conséquences en termes de santé : anorexie, dépression, décompensation, comportements s uicidaires… S’ils ne meurent pas du Covid, ils vont mourir du confinement. Et ils seront totalement ignorés. »

Les effets de l’isolement peuvent en effet être dramatiques, comme le confirme Diane Levesque, administratrice d’une association de bénévoles qui intervient dans cinq établissements du Finistère. « Comme il n’y a pas de malades pour l’instant, on a beaucoup de mal à faire admettre des mesures de prévention à des personnes pour qui c’est uniquement le moment présent qui compte : un sourire, un moment partagé. Pour ceux à qui j’ai pu parler, rester dans leur chambre sans voir personne, c’est un peu comme être déjà morts. »

Du côté des familles, l’inquiétude gagne également. « Pendant toute une semaine, je n’ai pas pu parler à ma mère, raconte Didier. Personne ne décrochait, ni dans sa chambre, ni à l’accueil. » Inquiet, le fils de cette dame, qui vient de fêter ses 89 ans, appelle la direction. Là, il apprend que sa mère est « probablement atteinte du Covid-19 ». Un résident de son établissement situé dans l’agglomération nantaise est décédé après avoir été infecté par le virus. Très inquiet, Didier a très peu de nouvelles. Sa mère, désorientée et affaiblie, s’exprime très peu et le médecin n’a pas été très rassurant.  « Il a simplement demandé si, en cas d’aggravation, la famille souhaitait ou pas qu’elle soit transportée à l’hôpital pour être placée en réanimation. Mon frère et moi n’avons pas su quoi répondre. Nous avons dit au médecin de faire ce qu’il estimait le mieux pour elle… »

Après la crise, il faudra tirer des leçons de cette épidémie

Pour pallier le désarroi des résidents enfermés et des familles qui ne peuvent assister aux derniers moments de leurs parents à cause des procédures sanitaires très strictes, Pascal Champvert préconise « l’embauche massive de psychologues, pour maintenant et pour après ». Le président de l’AD-PA estime aussi qu’un geste symbolique pourrait être fait : « Nommer un ministre des personnes âgées, cela augurerait une meilleure prise en compte de leurs problématiques spécifiques pour l’avenir. » S’il n’a pas encore été entendu à ce sujet, Pascal Champvert semble avoir eu l’oreille de l’exécutif, auprès duquel il a plaidé depuis plusieurs semaines pour que les bénévoles et les familles puissent de nouveau entrer dans les Ehpad « avec, bien sûr, des dispositifs adaptés ». Chez les médecins coordonnateurs, on prend aussi des initiatives : « Malgré le confinement, j’ai demandé à un kiné de revenir au sein d’un établissement, explique ainsi Nathalie Maubourguet. Sans cela, certains résidents risquaient de ne plus jamais pouvoir marcher… »

De l’avis de tous, après la crise, il faudra tirer des leçons de cette épidémie. Le fait que les soignants se soient vus reconnus leur a fait prendre conscience de l’utilité sociale de leur métier. « Il y a une humanité qui est encore plus importante que d’habitude. Le directeur lui-même est là tous les jours depuis un mois. On est tous très solidaires, à tous les niveaux. Il y a un climat de confiance, de rapprochement, qui est vraiment important », se félicite Françoise, 63 ans, aide-soignante depuis vingt-neuf ans à la Villa Evora de Chartres. Bien sûr, il faudra aussi que cela se traduise sur les feuilles de paye. « Pour des personnels qui gagnent à peine le Smic, une prime ne suffira pas », note Pascal Champvert. Quant à Nathalie Maubourguet, elle ne peut imaginer que rien ne change. « Nous avons démontré que ce sont les gens de terrain qui ont réussi à endiguer l’hémorragie dans les Ehpad. Il va falloir enfin nous faire confiance. Et arrêter de soumettre nos budgets à des contraintes bureaucratiques qui amputent le temps précieux que nous devrions consacrer à nos résidents. »

Eugénie Barbezat
 
Un droit de visite pas encore effectif

Deux heures quinze de conférence de presse… et une seule information concrète. Dimanche, Édouard Philippe et Olivier Véran ont annoncé le rétablissement, à partir du lundi 20 avril, d’un «  droit de visite pour les familles » dans les Ehpad et les établissements accueillant des personnes en situation de handicap. Dans des conditions « extrêmement limitées », de façon « très encadrée », a précisé le ministre de la Santé. Comment ? « Ce sera à la demande du résident », avec « pas plus de deux personnes de la famille » et « sous la responsabilité des directions d’établissement », a énuméré M. Véran. Bien sûr, les contacts physiques resteront proscrits. L’AD-PA, Association de directeurs d’Ehpad, a salué cette décision du gouvernement, « très encourageante, compte tenu du nécessaire prolongement du confinement sur les semaines à venir ». Et souhaité que les nouvelles modalités puissent être « adaptées » aux visites de kinésithérapeutes et de bénévoles « pour préserver et accompagner l’autonomie à la marche et le temps de vie sociale ». Concrètement, rares étaient hier les Ehpad en capacité de rendre effectif ce droit de visite, la plupart réclamant du temps – et du matériel –, pour pouvoir le mettre en place. Samedi, le département du Bas-Rhin avait déjà annoncé son intention de permettre aux familles de rendre visite aux personnes âgées hébergées en Ehpad.

 
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24 avril 2020 5 24 /04 /avril /2020 06:00
1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 80/ Théophile Kerdraon ( 1891-1984)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère:

80/ Théophile Kerdraon ( 1891-1984)

Né et mort à Brest (Finistère), 30 septembre 1891-11 avril 1984 ; ouvrier mécanicien à l’Arsenal de Brest puis ouvrier du bâtiment ; militant syndicaliste et communiste ; secrétaire de la Fédération nationale CGTU Marine-État.

Fils d’un journalier, Théophile Kerdraon, militant du Parti socialiste puis du Parti communiste après le congrès de Tours (décembre 1920), était secrétaire général du syndicat ouvrier CGT (puis CGTU à partir de 1922) de l’Arsenal de Brest. Le syndicat CGT aurait groupé, en 1921, 650 syndiqués (350 en fin d’année) sur 6 800 ouvriers pour l’ensemble du port. Le bureau renouvelé en janvier, comprenait avec Théophile Kerdraon, secrétaire général, Charles Berthelot, secrétaire adjoint sortant, Yves Kerdraon trésorier général, Quentel, trésorier adjoint, Émile Even, archiviste, Gourmelen, bibliothécaire et un certain nombre de conseillers dont Jaffrenou. Secrétaire adjoint de l’Union départementale CGT en 1921, il fut à ce titre un de ceux qui fit pencher le bureau de l’UD vers le ralliement à la CGTU. Il resta secrétaire adjoint de l’UD unitaire.

La Fédération nationale CGTU Marine-État réunie pour la première fois en congrès, à Paris, les 5 et 6 mars 1922, élut Théophile Kerdraon au secrétariat général et transféra son siège à Brest. Kerdraon était assisté de Quentel, trésorier, Yves Kerdraon, trésorier adjoint, Henri Cadec, secrétaire adjoint. Une autre source indique Yves Kerdraon comme trésorier général et Pierre Carnblan comme trésorier adjoint. Le deuxième congrès se tint à Paris du 23 au 30 juillet 1923. Le bureau fédéral comprenait : Théophile Kerdraon secrétaire, H. Cadec secrétaire adjoint et Jean Bodenan trésorier. Il ne fut remplacé par Pierre Dadot* qu’après sa révocation de l’arsenal en 1925.

Il avait subi cette sanction après avoir été condamné, le 4 mai 1925, à trois mois de prison et 100 F d’amende pour distribution de tracts contre la guerre du Maroc, peine que la cour d’appel de Rennes, le 31 du même mois, éleva à dix mois de prison et 500 F d’amende. Il purgea finalement six mois de prison.

Théophile Kerdraon assista aux congrès nationaux de la CGTU à Saint-Étienne (juin-juillet 1922), Bourges (novembre 1923), Paris (août 1925), Bordeaux (septembre 1927), Paris (septembre 1929). Il fut secrétaire de l’Union départementale CGTU en 1925 puis de la 16e Union régionale de 1926 à 1930. Mais Jean Lapart lui succéda après qu’il eut été accusé de sectarisme lors de la grève du bâtiment de Concarneau en 1929. Il travailla alors comme peintre en bâtiment.

Toujours trésorier d’une cellule de Brest, il aurait désapprouvé la politique de Front populaire adoptée au congrès de Villeurbanne (janvier 1936). Kerdraon resta à Brest sans jouer de rôle dans le mouvement ouvrier.

Il s’était marié à Brest le 9 juillet 1910 et le 8 avril 1946.

Source: Notice du Maitron

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article97278, notice KERDRAON Théophile, Florentin par Jean Maitron et Claude Pennetier, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 2 novembre 2010.

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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