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23 juillet 2019 2 23 /07 /juillet /2019 07:08
Bertolt Brecht Combattre la bête immonde
Lundi, 22 Juillet, 2019

Lanceurs d'alerte en 1939 1/29. Dans son œuvre théâtral et poétique, le dramaturge allemand a combattu sans relâche nazisme et fascisme comme avatars de la barbarie capitaliste.

 

«Les peuples en ont eu raison, mais il ne faut pas chanter victoire, il est encore trop tôt : le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde », écrit Bertolt Brecht dans l’épilogue de la Résistible Ascension d’Arturo Ui. Contemporaine du grand Dictateur de Charlie Chaplin, la pièce, écrite lors de l’exil de son auteur en Finlande en 1941, satire de l’ascension du parti d’Adolf Hitler, transfiguré en chef de gang au service du trust des choux-fleurs de Chicago, ne sera mise en scène qu’à la fin de l’année de 1958, soit deux ans après la mort du dramaturge allemand.

Né à Augsbourg en 1898, Bertolt Brecht a 20 ans quand il est mobilisé en tant qu’aide-soignant. Sa haine de la guerre et du militarisme allemand, dépeint par George Grosz et Otto Dix, l’engagent dans ses premiers combats artistiques teintés d’anarchisme et de révolte individuelle dont témoignent Baal (1918), Tambours dans la nuit (1919) et Dans la jungle des villes (1923).

La révolution allemande, marquée par les mutineries de Kiel en novembre 1918, la révolte spartakiste de Berlin en janvier 1919, l’expérience de la République des conseils de Bavière au printemps 1919 réprimées dans le sang par la social-démocratie de Friedrich Ebert et Gustav Noske à l’aide des Corps francs de Georg Ludwig, Rudolf Maercker et Franz von Epp, futur gouverneur de la Bavière sous le IIIe Reich, aboutissent à la mise en place d’une République parlementaire tiraillée, sur fond de crise économique, entre une tendance révolutionnaire et une contre-révolutionnaire, qui s’exprimeront jusqu’en 1924. La première avec le soulèvement de la Rhur de 1920, l’action de mars 1921 et l’octobre allemand de 1923. La seconde avec le putsch de Kapp en 1920 et celui de la Brasserie de Munich en 1923, mené par Hermann Göring, Ernst Röhm, Rudolf Hess, Heinrich Himmler et Julius Streicher sous les ordres d’Adolf Hitler, qui, à la suite de cet événement, rédigera Mein Kampf pendant les quelques mois qu’il passera dans sa prison dorée de Landsberg am Lech.

Ses livres brûlés en place publique en mai 1933

« Les opposants au fascisme, sans être contre le capitalisme, se plaignent de la barbarie engendrée par la barbarie », écrit Brecht. La deuxième partie des années 1920 est pour lui la période de son adhésion au communisme et au marxisme. Elle est aussi celle pendant laquelle il élabore les linéaments de sa théorie théâtrale fondée sur le principe de la distanciation – Verfremdungseffekt. Influencé tout d’abord par Erwin Piscator, membre du Parti communiste allemand et fondateur du théâtre prolétarien, il est engagé comme conseiller littéraire en 1923 à Munich et rejoint le Deutsches Theater de Max Reinhardt à Berlin en 1924. Sa rencontre du compositeur Kurt Weil en 1928 donnera lieu à une collaboration qui aboutira à plusieurs de ses chefs-d’œuvre, dont Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny (1930) et, en 1928, l’Opéra de quat’sous dont le succès populaire propulsera Brecht aux sommets de l’avant-garde artistique internationale. Avec la Décision, Celui qui dit oui, celui qui dit non, l’Exception et la Règle, la Mère ou encore Sainte Jeanne des Abattoirs, il fera partie des livres de Brecht brûlés en place publique par les nazis, en mai 1933. Prenant le chemin de l’exil, au lendemain de la prise de pouvoir par Adolf Hitler, pour Prague, Vienne, Paris, Zurich, puis Copenhague (1933-1939), la Suède (1939), la Finlande (1940-1941) et les États-Unis (1941-1947), le poète et dramaturge redouble d’activité à la fois littéraire et théorique dans un contexte de vives controverses dans le champ du marxisme de l’époque, opposant à l’esthétique du réalisme socialiste ses idées du théâtre épique.

Parmi ses œuvres antifascistes de l’époque – Têtes rondes et têtes pointues, les Fusils de la mère Carrar –, Grand-peur et misère du IIIe Reich (1938) dresse un tableau de l’Allemagne des années trente et dévoile les rouages sociaux d’un régime qui, jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale et malgré ses exactions en Allemagne, en Espagne, en Autriche et en République tchèque, fut non seulement toléré mais soutenu par la plupart sinon tous les gouvernements des grandes démocraties occidentales de l’époque.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Brecht sera de nouveau conduit à l’exil par les dévots du maccarthysme. Quittant les États-Unis pour la Suisse, il s’installe finalement à Berlin-Est en juin 1949 pour fonder, avec sa compagne Helene Weigel, la compagnie du Berliner Ensemble.

Dans la Cantate, qu’il écrit en mémoire de Koloman Wallisch, dirigeant social-démocrate autrichien pendu le 19 février 1934 pendant le coup d’État des fascistes conservateurs aboutissant à la dictature d’Engelbert Dollfuss, Bertolt Brecht écrit : « Celui qui reste à la maison quand le combat commence/Et laisse les autres se battre pour sa cause/Il doit savoir ceci/Qui n’a pas partagé le combat partagera la défaite/Il n’évite pas le combat/Celui qui veut éviter le combat/Il combattra pour la cause de l’ennemi/Celui qui n’a pas combattu pour sa propre cause. »

À l’heure du réveil, partout dans le monde, de la Bête immonde, l’œuvre de Brecht rappelle, douloureusement mais lucidement, notre époque à ses responsabilités.

Jérôme Skalski
Bertholt Brecht: Combattre la bête immonde - L'Humanité, Jérôme Skalski, lundi 22 juillet 2019
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23 juillet 2019 2 23 /07 /juillet /2019 05:11
Les grands textes de Karl Marx - 2  - La religion comme opium du peuple

Philosophie: La critique de la religion

Karl Marx (1818-1883)

"Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel" - 1844

" Voici le fondement de la critique irreligieuse: c'est l'homme qui fait la religion, et non la religion qui fait l'homme. A la vérité, la religion est la conscience de soi et le sentiment de soi de l'homme qui, ou bien ne s'est pas encore conquis, ou bien s'est de nouveau perdu. Mais l'homme, ce n'est pas un être abstrait recroquevillé hors du monde. L'homme, c'est le monde de l'homme, c'est l’État, c'est la société.

Cet État, cette société produisent la religion, une conscience renversée du monde , parce qu'ils sont eux-mêmes un monde renversé. La religion est la théorie générale de ce monde, son compendium encyclopédique, sa logique sous forme populaire, son point d'honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément cérémoniel, son universel motif de consolation et de justification.

Elle est la réalisation chimérique de l'essence humaine, parce que l'essence humaine de possède pas de réalité véritable. Lutter contre la religion, c'est donc indirectement, lutter contre ce monde-là, dont la religion est l'arôme spirituel.

La misère religieuse est tout à la fois l'expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l'âme d'un monde sans cœur, de même qu'elle est l'esprit d'un état de choses où il n'est point d'esprit. Elle est l'opium du peuple.

Nier la religion, ce bonheur illusoire du peuple, c'est exiger son bonheur réel. Exiger qu'il abandonne toute illusion sur son état, c'est exiger qu'il renonce à un état qui a besoin d'illusions. La critique de la religion contient en germe la critique de la vallée des larmes dont la religion est l'auréole.

La critique a saccagé les fleurs imaginaires qui ornent la chaîne, non pour que l'homme porte une chaîne sans rêve ni consolation, mais pour qu'il secoue la chaîne et qu'il cueille la fleur vivante. La critique de la religion détrompe l'homme, afin qu'il pense, qu'il agisse, qu'il forge sa réalité en homme détrompé et revenu à la raison, afin qu'il gravite autour de lui-même, c'est à dire autour de son véritable soleil. La religion n'est que le soleil illusoire, qui gravite autour de l'homme tant que l'homme ne gravite pas autour de lui-même".

Karl Marx, Philosophie, "Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel"(1844) - Folio Gallimard (p. 89-90)

lire aussi:

Les grands textes de Karl Marx - 1 : la critique des libertés formelles de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dont le pivot est le droit de propriété - une critique des déterminants bourgeois de la Révolution Française

Marx et Engels: les vies extravagantes et chagrines des deux théoriciens du communisme!

 

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22 juillet 2019 1 22 /07 /juillet /2019 08:14
Le jeune Karl Marx

Le jeune Karl Marx

Philosophie politique -

Déconstruction de l'idéologie du droit et du droit naturel de la Révolution Française

Critique du caractère bourgeois de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et des libertés formelles

A propos de la question juive, 1844 -

Karl Marx (1818-1883)

"On distingue les droits de l'homme comme tels des droits du citoyen. Quel est cet homme distinct du citoyen? Nul autre que le membre de la société civile. Pourquoi le membre de la société civile est-il nommé "homme", homme tout court; pourquoi ses droits sont-ils dits droits de l'homme? Comment expliquons-nous ce fait? Par la relation entre l’État politique et la société civile, par la nature de l'émancipation politique.

Avant tout, nous constatons que ce qu'on appelle les "droits de l'homme", les droits de l'homme distingués des droits du citoyen, ne sont autres que les droits du membre de la société civile, c'est à dire de l'homme égoïste, de l'homme séparé de l'homme et de la communauté. Laissons parler la constitution la plus radicale, la constitution de 1793:

Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

Art 2. "Ces droits, etc. (les droits naturels et imprescriptibles) sont: l'égalité, la liberté, la sûreté, la propriété".  

En quoi consiste la liberté?

Art. 6. "La liberté est le pouvoir qui appartient à l'homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'autrui", ou, d'après la Déclaration des droits de l'homme de 1791: "La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui".

Ainsi, la liberté est le droit de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Les limites dans lesquelles chacun peut se mouvoir sans préjudice pour autrui sont fixées par la loi, comme les limites de deux champs le sont par le piquet d'une clôture. Il s'agit de la liberté de l'homme comme monade isolée et repliée sur elle-même. (...) Le droit humain de la liberté n'est pas fondé sur l'union de l'homme avec l'homme, mais au contraire sur la séparation de l'homme d'avec l'homme. C'est le droit de cette séparation, le droit de l'individu borné, enfermé en lui-même. 

L'application pratique du droit de l'homme à la liberté, c'est le droit de l'homme à la propriété privée.

En quoi consiste le droit de l'homme à la propriété privée?

Art. 16 (Constitution de 1793): " Le droit de propriété est celui qui appartient à tout citoyen de jouir et de disposer à son gré de ses biens, de ses revenus, du fruit de son travail et de son industrie. "

Par conséquent, le droit de l'homme à la propriété privée, c'est le droit de jouir de sa fortune et d'en disposer à son gré, sans se soucier d'autrui, indépendamment de la société: c'est le droit de l'intérêt personnel. Cette liberté individuelle, tout comme sa mise en pratique constituent la base de la société civile. Elle laisse chaque homme trouver dans autrui non la réalisation mais plutôt la limite de sa propre liberté. Mais ce qu'elle proclame avant tout, c'est le droit pour l'homme, de jouir et de disposer à son gré de ses biens, de ses revenus, du fruit de son travail et de son industrie.

Restent les autres droits de l'homme, l'égalité et la sûreté.

L'égalité, dépourvue ici de signification politique, n'est rien d'autre que l'égalité de la liberté définie plus haut, à savoir: chaque homme est considéré au même titre comme une monade repliée sur elle-même.  La Constitution de 1795 définit la notion de cette égalité conformément à sa signification:

Art.3 (Constitution de 1795): "L'égalité consiste en ce que la loi est la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse." 

Et la sûreté?

Art.8 (Constitution de 1793): "La sûreté consiste dans la protection accordée à la société à chacun de ses membres pour la conservation de sa personne, de ses droits et de ses propriétés". 

La sûreté est la plus haute notion sociale de la société civile, la notion de police d'après laquelle la société toute entière n'existe que pour garantir à chacun de ses membres la conservation de sa personne, de ses droits, de ses propriétés. (...) Par la notion de sûreté, la société civile ne s'élève pas au-dessus de son égoïsme. La sûreté, c'est plutôt l'assurance de son égoïsme.

Ainsi, aucun des prétendus droits de l'homme ne s'étend au-delà de l'homme égoïste, au-delà de l'homme comme membre de société civile, savoir un individu replié sur lui-même, sur son intérêt privé et son caprice privé, l'individu séparé de la communauté. Bien loin que l'homme ait été considéré, dans ces droits-là, comme un être générique, c'est au contraire la vie générique elle-même, la société, qui apparaît comme un cadre extérieur aux individus, une entrave à leur indépendance originelle. Le seul lien qui les unisse, c'est la nécessité naturelle, le besoin et l'intérêt privé, la conservation de leur propriété et de leur personne égoïste.

Il est déjà mystérieux qu'un peuple, qui commence à peine à s'affranchir, à renverser toutes les barrières séparant les divers membres du peuple, à fonder une communauté politique, que ce peuple proclame solennellement les droits de l'homme égoïste, séparé de son prochain et de la communauté (Déclaration de 1791), et renouvelle même cette proclamation à un moment où l'on réclame impérieusement le dévouement héroïque, seul capable de sauver la nation, au moment où le sacrifice de tous les intérêts de la société civile est mis à l'ordre du jour, et où l'égoïsme doit être puni comme un crime (Déclaration des droits de l'homme, etc, de 1793). Ce fait devient encore plus mystérieux quand nous voyons que les émancipateurs politiques réduisent la citoyenneté, la communauté politique, à un simple moyen, pour conserver ces prétendus droits de l'homme, que le citoyen est donc déclaré serviteur de l'homme égoïste, que la sphère où l'homme se comporte en être communautaire est rabaissée à un rang inférieur à la sphère où il se comporte en être fragmentaire, et qu'enfin ce n'est pas l'homme comme citoyen, mais l'homme comme bourgeois, qui est pris pour l'homme proprement dit, pour l'homme vrai".   

Karl Marx, Philosophie, "A propos de la question juive"(1844) - Folio Gallimard (p. 71-74)

lire aussi:

Marx et Engels: les vies extravagantes et chagrines des deux théoriciens du communisme!

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22 juillet 2019 1 22 /07 /juillet /2019 07:39
 
 
Conférence de Renaud Faroux - "Tal Coat" - vidéo
Né à Clohars-Carnoët, près de Pont-Aven, Pierre Tal Coat, né Jacob (1905-1985), dit "Tal Coat", est fils de pêcheur. D'abord apprenti forgeron, une bourse lui permet de devenir brièvement clerc de notaire, à Arzano (Finistère). En 1924, il est mouleur et peintre sur céramique à la faïencerie Henriot....
 
Grâce à notre équipe communication du PCF 29, toujours très efficace et compétence - un grand merci à Karo Bérardan et Mikaël Theng !-  la  vidéo de la conférence du 6 avril de notre conférencier préféré Renaud Faroux, historien et critique d'art, sur le peintre Tal Coat exposé de manière temporaire à Pont-Aven est disponible sur la chaîne YouTube voici le lien.
 
Une prochaine conférence-visite guidée autour de la prochaine exposition d'art contemporain au FHEL de Landerneau (après "Cabinet de curiosités") aura lieu cet hiver 2019-2020.

A revoir aussi:

Education populaire.
A l'invitation du PCF Finistère, samedi 2 février l'historien d'art Renaud Faroux a fait cette magnifique conférence en images sur les origines de l'abstration dans l'art contemporain pour faire comprendre l’œuvre de Jean-Marie Riopelle et Joan Mitchell, exposée aux Capucins à Landerneau. Merci à Mikaël et Karo pour le film de ce moment privilégié!

Prochaine Conférence de Renaud Faroux à l'invitation du PCF Finistère, en avril, pour l'expo Tal Coat au musée de Pont-Aven.  

Conférence de l’historien d’art, Renaud Faroux, spécialiste et ami de Ladislas Kijno, au Mille-Club de Landerneau, organisée par le PCF Finistère: aux sources des œuvres de Jean-Michelle Riopelle et Joan Mitchell, aux origines de l’abstraction.

Vidéo de la conférence de Renaud Faroux sur les origines de l'abstraction à Landerneau (Mitchell et Riopelle) 2/02/2019

PCF 29: Conférence de Renaud Faroux sur les origines de l'abstraction et visite guidée de l'expo Jean-Michel Riopelle et Joan Mitchell au FHEL des Capucins à Landerneau: du pur bonheur!

PCF 29, samedi 2 février: visite de l'exposition Mitchell et Riopelle à FHEL de Landerneau et conférence de Renaud Faroux

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22 juillet 2019 1 22 /07 /juillet /2019 07:14
Alberto Giacometti: Les Lettres françaises, août 1964

Alberto Giacometti: Les Lettres françaises, août 1964

LES LETTRES françaises (n°1041, du 6 août au 19 août 1964)

Fondées en 1942 par Jacques Decour (fusillé par les nazis)

Directeur: Aragon

ALBERTO GIACOMETTI: "Moi, je suis à contre courant..."

Marie-Thérèse Maugis: Giacometti, pensez-vous que ce que représente sûrement une époque est son art?

Alberto Giacometti: Bien sûr. Que reste t-il de la préhistoire sinon des œuvres d'art? Que reste t-il de l'Egypte sinon des œuvres d'art? Dès que les peuples possèdent une écriture, il reste aussi une écriture... Si on parle de la Grèce, il y a la philosophie, la poésie et l'art. L'art est toujours l'expression de son époque.

Marie-Thérèse Maugis: Mais la connaissance que l'on a actuellement de l'art n'est-elle pas particulièrement développée?

Alberto Giacometti: Bien sûr aussi. A travers la photo et les voyages, on connaît tout l'art depuis toujours. Les impressionnistes, Cézanne, avaient une connaissance de l'art qui commençait avec la Renaissance. Pour eux, le reste, c'était l'archéologie. Pour les Vénitiens, pour les Flamands, l'art byzantin était à peine de l'art. Aujourd'hui, on possède une vision différente: on connait l'art nègre, l'art océanien, l'art préhistorique, etc... On sait qu'il subsiste des œuvres d'art de toute civilisation. On sait faire la différence entre une sculpture grecque et un chariot grec... Si une sculpture de n'importe quelle civilisation disparaît momentanément, elle peut resurgir et influencer l'art actuel. C'est ce qui s'est passé pour l'art archaïque il y a vingt ans. Ce n'est pas le même processus pour les objets: la voiture moderne abolit le char traîné par un cheval. Or, une oeuvre d'art, elle, n'est jamais dépassée. Dans ce domaine, on ne peut pas parler de progrès... Dire quel art aujourd'hui est l'expression de notre époque est bien difficile... Il y a des peintres qui reproduisent le Moulin-Rouge ou la place Saint-Marc, d'autres qui font des paysages de Bretagne ou des bouquets de roses, il y a des abstraits, des constructivistes, des tachistes, des sous-impressionnistes, des post-impressionnistes, tout cela a l'air contraire, à vrai dire tous sont l'expression de notre époque...

Marie-Thérèse Maugis: Pensez-vous que la multiplicité des expressions dites artistiques entraîne un intérêt plus grand pour ces activités?

Alberto Giacometti: Actuellement, ça va très mal. Les arts aujourd'hui deviennent de plus en plus informels. Il y a le pop'art en outre. Il y a aussi tous ceux qui exposent à la Palette, ceux qu'on appelle peinards et qui de nouveau plaisent à une certaine bourgeoisie rétrograde. Il y a l'art officiel aussi qui est l'art d'avant-garde. Mais depuis les cubistes, une très petite partie de la civilisation s'intéresse à l'art. Le reste s'intéresse aux cartes postales. Pour l'énorme majorité des gens l'art est bel et bien la télévision, le cinéma, une poupée, les affiches, les objets publicitaires, tout ce qui justement n'est pas considéré comme de l'art... J'ai fait partie du jury de la Biennale des Jeunes et je ne sais pas si vous vous souvenez qu'il y avait un Italien qui avait fait un tableau tout rouge. Bon. Deux ouvriers qui découpaient des planches là étaient stupéfaits. C'était une rigolade pour eux de voir des gens sérieux considérer ce tableau rouge et le juger... Lorsque Schoëffer fait des objets lumineux qui tournent, c'est bien dépassé, un juxe box en donne autant et davantage, c'est lumineux, c'est amusant, ça bouge. C'est je crois ce qui explique l'intérêt pour le pop'art. Le pop'art est plus intéressant pour le public que des taches sur une toile. Il met en valeur les affiches, les photos. Mais vous croyez que Rauschenberg peut continuer à coller des Kennedy sur une toile? Vous avez remarqué que le pop'art rejoint tout à coup le réalisme soviétique. A part le sujet, il n'y a qu'un pas d'écart. Vous allez voir les russes évoluer aussi... Il y a deux ans, un mouvement s'est amorcé avec la poésie. Vous allez voir faire des photos-montage d'ici peu...

Marie-Thérèse Maugis: Croyez-vous que ce bouillonnement d'activité artistique ou para-artistique soit une spécialité de notre temps?

Alberto Giacometti: L'art a toujours avancé à grande vitesse. Dans la sculpture égyptienne qui semble immobile pendant trois ou quatre millénaires, il est possible de distinguer des époques malgré la rigidité apparente des formes, on note un renouvellement extraordinaire de 50 ans en 50 ans. A l'inverse, on fait aujourd'hui comme s'il y avait un gouffre énorme entre les tableaux dévalorisés de La Palette, et les cubistes et l'art moderne. Ils sont beaucoup plus proches qu'on le croit... Par exemple, la vision des couleurs reste impressionniste. Les peintres n'ont pas fait un pas au-delà. Ils accordent tous une suprématie énorme à la couleur et donc mettent en couleurs.. Quant à moi, je regarde rigoureusement avec le même intérêt le tableau le plus pompier accroché dans un restaurant qu'une toile de ceux qu'on appelle les grands peintres d'aujourd'hui!

Marie-Thérèse Maugis: Vous pensez qu'ils appartiennent au même domaine de l'art?

Alberto Giacometti: Bien sûr qu'on doit limiter les domaines... Un vase, aussi beau qu'il soit, n'est pas une sculpture: c'est un objet. C'est un autre domaine. Ce vase ne se réfère qu'à lui-même. Mais quand on amène une peinture à ne présenter qu'elle-même, tôt ou tard elle disparaît. Lorsque Duchamp exposait une chaise, pour lui l'art était fini... (...)

Marie-Thérèse Maugis: Mais vous, Giacometti, qui peignez et sculptez des visages, des êtres vivants dont l'image vous poursuit, avez-vous le sentiment de représenter notre époque?

Alberto Giacometti: Pour moi, le problème est différent. J'ai commencé très jeune à faire des dessins et des sculptures parce que mon père était peintre. Je ne saurai jamais si je serais devenu ce que je suis, si j'aurais fait ce que je fais, si mon père n'avait pas été peintre. On en revient au problème du milieu, de la classe. Mais je n'ai jamais voulu faire de la peinture une profession.

Jusque dans ma jeunesse l'art c'était forcément la présentation du monde extérieur ou de quelque chose en tout cas. Il y a deux filons dans l'art. Soit tâcher de rendre le monde extérieur tel qu'on le voit, soit raconter des histoires... Et cela depuis toujours. Et ces deux filons sont aussi valables l'un que l'autre. Chez Rembrandt, un portrait qui est une image la plus fidèle, la plus ressemblante est tout aussi valable que les illustrations pour l'Ancien Testament. Rousseau qui faisait des forêts tropicales avec des singes est aussi valable que Matisse qui faisait le portrait de sa fille. Ces deux courants sont toujours valables. Ceux qui poussent leurs recherches uniquement d'un côté sont rares. Chardin, lui, à travers ses natures mortes, ne poursuit que la représentation la plus proche possible de la réalité. Delacroix ou Géricault sont déjà doubles. L'un peut peindre le "Radeau de la Meduse" ou faire le portrait d'une folle. Ces deux directions se continuent jusqu'à Picasso qui peut exécuter le portrait d'une personne précise ou représenter des scènes qui s'approchent de la mythologie. Je le répète: une direction vaut l'autre. Les impressionnistes, dans l'ensemble, restent uniquement orientés sur la vision du monde extérieur.

Marie-Thérèse Maugis: Mais vous, dans quel courant vous situez-vous?

Alberto Giacometti: Jusqu'en 1925, malgré mon intérêt pour l'art moderne, ce qui m'intéressait, c'était la vision du monde extérieur, strictement, au plus proche possible. En 1925, je me suis rendu compte qu'il m'était impossible de reproduire une tête. Influencé par l'art moderne, j'ai subi une évolution. J'ai été successivement exotique, surréaliste, abstrait... En 1935, ayant tout oublié, j'ai éprouvé de nouveau le besoin de faire des études d'après nature: je suis revenu à des travaux d'essai. Le problème pour moi est de savoir pourquoi il m'est impossible de faire ce que je veux faire. J'essaie tous les soirs de faire une tête et je n'y arrive pas. Tous les soirs, je tente de savoir ce que je vois et pourquoi je n'arrive pas à le représenter.

Une fois de plus, dans une certaine société, on ne me laisserait pas ces loisirs-là. Je ne travaille pas pour communiquer quelque chose aux autres, mais pour savoir si je pourrai un jour faire de la sculpture ou de la peinture. Ce que je fais est probablement périmé d'avance. Je ne suis pas sûr qu'il y ait un avenir dans la sculpture de cette façon là. Mais si je copie un modèle comme je le fais, même si je suis à côté, et étant donné que j'ai la possibilité de le faire, c'est pour la curiosité de savoir ce que je vois à travers une tête. Je suis obligé de faire la sculpture ou la peinture pour savoir ce que je vois. Je ne pense pas être ainsi l'expression de notre époque. Je ne peux même pas le dire...

Marie-Thérèse Maugis: Ces visages que vous copiez sans fin ne sont pas anonymes. Ils ne peuvent que vous donner, à travers eux-mêmes, une connaissance du monde actuel...

Alberto Giacometti: Sans doute, mais un visage vaut n'importe quel autre visage. Ceux que je peins sont choisis au hasard des rencontres. N'importe quel visage est bon. Et moi immobile devant un visage immobile, cherchant à savoir ce que je vois, cela pourrait se passer à n'importe quelle époque non? Entre votre tête devant ce mur et celles de la Préhistoire, il n'y a probablement aucune différence. La relation entre ce qui caractérise une époque et une autre est plutôt précaire. Moi je suis tout à fait à contre-courant. Je suis un des seuls qui ne s'essaye qu'à copier. Et ce que je copie est ce petit résidu qui me reste conscient à travers la vue. Copier est la chose la plus bébête du monde, copier un verre par exemple: il n'y a rien de plus difficile. D'ailleurs c'est impossible. Cézanne a dit à peu près, copier la nature c'est impossible on ne peut que l'interpréter. Cela ne l'a pas empêché de la copier jusqu'à sa mort... Comme je sais que je n'arriverai jamais à copier la tête comme je la vois, ça a l'air d'une aberration d'insister, ça l'est probablement d'ailleurs. C'est même une absurdité totale ce que j'essaye de faire. Ainsi il m'est impossible d'imaginer ce que serait un tableau fini et c'est en quoi je suis à contre-courant des autres peintres de l'art moderne qui finissent toujours leurs tableaux, et même dans une journée. Je sais que je peux travailler toute ma vie un tableau sans le terminer jamais. Et en admettant que je vive 300 ou 400 ans, je n'arriverai jamais à l'achever.

(...).

Avez-vous déjà vu des tableaux parfaits? Moi je n'en ai jamais vu. C'est une des caractéristiques de l'art d'ailleurs. Une hélice d'avion, pour fonctionner doit être parfaite, un verre à vin pour être utilisable ne doit pas être ébréché. Par contre, une oeuvre d'art n'est toujours qu'une vision partielle du monde extérieur, toujours précaire aussi. En peinture, en sculpture, ou en poésie, il ne peut y avoir de perfection. C'est cela qui fait leur intérêt, leur virulence, ou leur violence. Je vous l'ai dit mais les mauvais tableaux d'un peintre m'intéressent autant que les bons. Il n'y a pas pour moi de différence. De toute manière, on exagère l'importance que l'on donne à l'Art avec un grand "A". La majorité des vivants s'en passe royalement.

(...).

Mais oui, l'art n'est plus une nécessité. Les peintures vont directement de l'atelier au musée. C'est bien précaire comme parcours non? Et le petit cheval blanc publicitaire du whisky Withe est plus une nécessité que les œuvres d'art des grands artistes. Moi-même je ne me considère pas plus utile à la société que le petit bricoleur passionné dans son coin. Je ne donne pas une telle importance à ma peinture. Tout m'intéresse mais on ne fait bien les choses qu'en se limitant à l'extrême. Que ce que je fais serve ou non, c'est le dernier de mes soucis. C'est là aussi que j'ai une position opposée à celle des peintres actuels qui estiment avoir un rôle dans la société. Je suis aussi contre le chômage aux artistes: on ne fait de l'art qu'à ses risques et périls et je sais aussi que la société se passe largement de ce que je fais".

Giacometti - HOMME ET FEMME (Bronze), 1926-1927

Giacometti - HOMME ET FEMME (Bronze), 1926-1927

Giacometti, Biennale de Venise, 1962, qui lui valut le grand prix de sculpture

Giacometti, Biennale de Venise, 1962, qui lui valut le grand prix de sculpture

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22 juillet 2019 1 22 /07 /juillet /2019 06:17
Giacometti, forçat de l'art - à propos de la biographie de Catherine Grenier - Sabine Gignoux, dans La Croix, 16 février 2018
Giacometti, « forçat » de l’art

 

Art. La biographie de Catherine Grenier fait revivre la figure de ce sculpteur acharné, pétri de doutes, aussi sociable que séducteur malgré lui.

Sabine Gignoux, La Croix - 16 février 2018

Alberto Giacometti

de Catherine Grenier

Flammarion, 350 p., 25 €

Sur Alberto Giacometti. Ses amis, Jean Genet, Isaku Yanaihara ou Michel Leiris ont laissé de précieux témoignages, puis le poète Yves Bonnefoy une magistrale monographie, après celle – plus controversée – de James Lord.

Cette nouvelle biographie, signée par la directrice de la Fondation Giacometti à Paris depuis 2014, apporte toutefois un témoignage plus précis sur l’homme et sa vie. L’auteure s’est en effet plongée dans les archives, et dans sa correspondance avec ses proches, dont ses parents restés à Stampa, en Suisse.

« Ne pas avoir peur de détruire pour refaire »

Au fil des pages s’esquisse ainsi le portrait d’un artiste précoce, encouragé par son père peintre, mais rapidement en butte à la difficulté de saisir le réel dans son entier mystère. « Il ne faut pas (…) avoir peur de détruire pour refaire, mais de la même façon qu’on ne peut pas rejoindre le sommet d’une montagne d’un seul jet, (…) on ne peut pas atteindre dans une seule œuvre la perfection (…) », lui écrit alors son père, en bon montagnard.

Ce conseil-là, Alberto Giacometti le suivra toute sa vie, dans ses portraits cernés de traits infinis comme dans des sculptures épurées jusqu’à l’os.

« Une vie de forçat »

« Je travaille tout le temps. Ce n’est pas par volonté, c’est parce que je n’arrive pas à décrocher. (…) Alors ça fait une vie de forçat », confiait ainsi le sculpteur filmé en 1963, trois ans avant sa mort, dans son atelier misérable de la rue Hippolyte-Maindron à Paris, qu’il n’avait pas quitté malgré la fortune venue.

Pourtant, au-delà de cette image d’un solitaire entièrement dévoué à son art, assisté par son frère Diego, Catherine Grenier montre combien Alberto, causeur ironique et paradoxal, vivait en réalité entouré à Montparnasse d’un important réseau d’amis. Sympathisant communiste, il s’était lié d’abord aux deux bandes surréalistes rivales, celle de Breton et celle de Bataille, avant d’être exclu de la première pour délit de retour à la figuration.

Un artiste mondain

Après des collaborations avec le décorateur Jean-Michel Frank, il avait noué aussi des amitiés avec le couple Sartre-Beauvoir, Samuel Beckett et des artistes comme Laurens, Braque, Picasso, Balthus, Derain… Intransigeant et très attaché à sa liberté, Giacometti rompit quelques fois ses liens, notamment avec ses galeristes.

Le livre évoque aussi ses liaisons amoureuses, donnant chair à plusieurs de ses modèles, dont son épouse Annette, rencontrée en Suisse pendant la guerre.

Le sculpteur hésitera toute sa vie à quitter son atelier et ce cercle chaleureux, hormis pour des visites à Stampa. Malgré de grandes expositions dès les années 1950 dans les musées américains, il attendra la toute fin de sa vie pour traverser l’Atlantique.

« L’aventure, disait-il, la grande aventure, c’est de voir surgir quelque chose d’inconnu chaque jour, dans le même visage. Ça vaut tous les voyages autour du monde. »

 

Giacometti, forçat de l'art - à propos de la biographie de Catherine Grenier - Sabine Gignoux, dans La Croix, 16 février 2018

Giacometti et Rol Tanguy

Au moment de la Libération, l’artiste crée, à l’initiative de Louis Aragon, une série de portraits d’Henri Tanguy (1908-2002), dit Colonel Rol-Tanguy, militant communiste et héros de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale : chef des Forces Françaises de l’Intérieur de la région Île-de-France en 1943, il mène la Libération de Paris avant l'arrivée des blindés du général Leclerc. 

 Sa sensibilité de gauche antifasciste, ses liens avec les différentes mouvances du surréalisme et avec l’Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires seront ainsi rappelés par la série de six dessins politiques exécutés vers 1932 par le sculpteur, qui déclare alors dans une lettre à Breton : « Je ne conçois pas la poésie et l’art sans sujet. J’ai fait pour ma part des dessins pour La Lutte, dessins à sujet immédiat et je pense continuer, je ferai dans ce sens tout ce que je peux qui puisse servir dans la lutte de classes ». 

D’après Alberto Giacometti lui-même, les séances de pose avec Rol-Tanguy furent un moment fort dans les rencontres faites après son retour à Paris après la guerre : « Il n’a rien à faire avec le type du militaire, l’allure des jeunes généraux de Napoléon, il est très vif et intelligent, nous parlons de livres de guerre, etc. » 

(Fondation Giacometti)

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21 juillet 2019 7 21 /07 /juillet /2019 16:46
Formation professionnelle. L’Afpa en danger malgré ses bons résultats
Vendredi, 19 Juillet, 2019 - L'Humanité

Représentants des personnels et élus se mobilisent pour sauver l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes (Afpa). Ils soulignent l’importance, le bon bilan de l’agence et alertent le gouvernement.

 

La casse des services publics continue quel que soit le domaine. L’Afpa, Agence de formation professionnelle publique, est désormais sur la sellette. « Cela fait des mois que j’essaie de mobiliser sur cette situation sur le terrain et à l’Assemblée nationale », lance Pierre Dharréville. Le député PCF a ainsi réuni parlementaires de tous bords et représentants des personnels de l’Afpa (CGT et SUD), mardi, à l’Assemblée. Tous s’alarment de la destruction programmée d’un outil qui fonctionne. Alors que la direction de l’organisme prévoit la suppression d’environ 1 500 postes, soit un quart des effectifs, et de 34 centres de formation sur les 202 existants, l’État regarde ailleurs. Les résultats de l’Afpa sont pourtant excellents. Avec 125 000 stagiaires chaque année, dont 75 000 demandeurs d’emploi, l’agence présente « des résultats supérieurs aux autres organisations », insiste Sylvain Bego-Ghina, de la CGT Afpa.

Plutôt que de saigner l’Afpa, mieux vaudrait la relancer

Fondée en 1949, elle propose plus de 900 formations professionnelles. Un actif sur huit en France a été formé en son sein. « Le taux de retour à l’emploi après un passage à l’Afpa est de 68 % dans les six mois. Il s’agit du plus élevé de tous les centres de formation. On a vraiment un outil de qualité », abonde Pierre Dharréville. Ces très bons chiffres sont pourtant ignorés au sommet. Sur les 34 centres dans la ligne de mire de la direction, plus des deux tiers ont un excédent brut d’exploitation positif. Quant aux arguments concernant les structures déficitaires, ils ne sont pas recevables, selon les représentants des salariés. « L’Afpa est bénéficiaire compte tenu des embauches et donc des créations de richesses. Les demandeurs d’emploi formés sortent du coût du chômage », argumente Sylvain Bego-Ghina.

Fermer ces centres reviendrait à renoncer aux missions centrales de l’agence publique : lutter contre le chômage, former tout au long de la vie et garantir l’accès à l’emploi pour les personnes les plus éloignées du monde du travail. Yann Cherec, de la CGT, insiste sur ce service de proximité : « On fait partie du service public de l’emploi, on ne peut pas réduire ce maillage territorial. » Si le plan aboutit, des départements entiers se retrouveront « sans aucun centre de formation, ni public ni privé », s’indignent les délégués syndicaux. Selon eux, l’Afpa doit continuer de répondre à une demande d’accessibilité à la formation, notamment dans les secteurs d’avenir.

« L’Afpa a toutes les qualités pour relever le défi de la sécurisation des parcours et des transitions professionnelles indispensables à la transition écologique. Dès lors, pourquoi la casser ? » interroge Pierre Dharréville. Yann Cherec a bien une idée. Il dénonce « un gouvernement de techniciens » qui ne regarde que « les chiffres négatifs des tableaux Excel ». Plutôt que de saigner l’Afpa, mieux vaudrait la relancer. « L’État a une responsabilité majeure dans cette situation. Un certain nombre de commandes publiques pourraient être faites à l’Afpa. Quinze millions d’euros sont prévus sur cinq ans pour le plan d’investissement sur les compétences. L’Afpa peut être utile et y répondre », propose l’élu communiste. Dans sa circonscription des Bouches-du-Rhône, le centre Afpa menacé « est celui qui accueille le plus de stagiaires de la région. Il est de plus bénéficiaire. Il serait complètement incohérent et insensé de le fermer », s’indigne-t-il. Plusieurs députés LaREM s’inquiètent également, d’autant plus quand ils sont issus de territoires qui risquent de se retrouver sinistrés avec la disparition de leurs centres Afpa. « Nous avons besoin d’un service public de la formation professionnelle dans ce pays. Il faut prendre la mesure de l’urgence de la situation », assène Catherine Ribot. La secrétaire adjointe de la CGT Afpa demande un vrai projet « plutôt que de nous laisser crever à petit feu ».

Des députés ont en ce sens écrit au premier ministre et demandé à être reçus ensemble. Ils n’ont pour l’instant pas reçu de réponse. La direction de l’Afpa a de son côté décidé de retirer son plan et d’en présenter un autre qui prenne en compte la prévention des risques psychosociaux pour les salariés. Elle fait en parallèle appel de la décision du tribunal de grande instance de Bobigny, qui a suspendu le premier plan.

Carl Bouché et Ilona Cler
Formation professionnelle. L’Afpa en danger malgré ses bons résultats (L'Humanité, Carl Bouché et Ilona Cler,19 juillet 2019)
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21 juillet 2019 7 21 /07 /juillet /2019 15:40
Violences policières contre les jeunes, les gilets jaunes, les habitants des quartiers populaires - L'Humanité s'engage
Goulven Boudic « Pour la police nantaise, le jeune est un ennemi »
Mercredi, 17 Juillet, 2019

Répression.  Steve Caniço l’homme de 24 ans reste introuvable depuis la nuit du 21 juin. Goulven Boudic, politologue à l’université de Nantes, analyse l’omerta et la stratégie locale du maintien de l’ordre.

 

Nantes (Loire-Atlantique), envoyée spéciale.

Les vidéos montrant les policiers, en équipement anti-émeute, charger les jeunes, le soir du 21 juin, sont implacables. On parle souvent de Nantes comme d’un laboratoire de la stratégie du maintien de l’ordre. Est-ce votre avis ?

Goulven Boudic En tout cas, Nantes s’inscrit dans un contexte de profonde modification du maintien de l’ordre en France, qui a vu, depuis une décennie, une réorganisation des équipes, le développement d’un véritable arsenal, cette idée de devoir faire de l’interpellation… Et avant ça, il y a eu Tarnac et la mise en scène de l’ultra-gauche. Dans ce cadre, Nantes a souvent été vue comme un laboratoire de cette mouvance. Il ne s’agit pas de dire que ça n’existe pas, mais les pouvoirs publics ont clairement manipulé cette catégorie pour justifier tout un ensemble de durcissements : en 2012, la première tentative d’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes a été une véritable opération militaire ! À l’époque, les services du CHU ont été les premiers à parler de blessures de guerre, entre traumatismes faciaux et mains arrachées.

Au moment des différentes mobilisations des gilets jaunes, les mêmes techniques ont été appliquées. On s’aperçoit désormais que, sur cette question du maintien de l’ordre, il est très difficile de mettre en place une réelle surveillance démocratique, alors même que l’on assiste à une escalade. Au fond, ce qui s’est passé le 21 juin n’a fait que confirmer les craintes que nous formulons depuis des années déjà. Ce n’était que des gamins qui faisaient la fête, mais ils ont été vus, indistinctement, comme une de ces catégories dangereuses créées artificiellement.

C’est-à-dire ?

Goulven Boudic La tradition à Nantes, c’est la force du syndicalisme anarcho-libertaire. Les manifestations ne sont jamais déposées en préfecture – une illégalité totalement structurée. Dans le contexte récent, cette spécificité a pu servir à la police pour justifier ses opérations. En constituant un groupe hétéroclite d’observateurs en manifestation, on a voulu sortir du face-à-face dans lequel la parole des policiers gagne toujours. Leur point d’accroche : la construction de cette catégorie du « zadiste-terroriste » qui casse tout dans la ville, qui mène à justifier de lui taper dessus. Et nous avons pu constater que, dans les manifestations contre Parcoursup, par exemple, il y avait d’emblée de l’intimidation, de la provocation et ce n’était pas toujours très propre. Les techniques sont relativement connues ici, avec un recours systématique aux lanceurs de balles et gaz lacrymogènes. Il faut rappeler que nous avons eu, en 2007, les premiers blessés français au Flash-Ball. C’est un souvenir qui pèse ici et qui a tendu les rapports entre police et jeunes, donnant naissance au collectif Nantes révoltée.

Comment analysez-vous la communication sur la disparition de Steve ?

Goulven Boudic Il y a eu d’abord la médiatisation de la version officielle. La stratégie de défense reposait sur un argument : c’était une intervention classique et les policiers ont été agressés – or, les vidéos et témoignages ont démontré le contraire. Puis, il y a eu un moment de flottement et de sidération avant que cela ne devienne vraiment un événement. Il y a trente ans, une bavure policière faisait la une du 20 heures… Cette affaire me rappelle ce qu’écrit l’historien Alain Dewerpe sur Charonne et la stratégie du pouvoir gaulliste qui revenait à dire que « les manifestants sont morts d’avoir manifesté », qu’ils ont, en quelque sorte, collaboré à ce qui leur est arrivé alors que la manifestation est un droit. Ici, c’est encore autre chose. Ce n’était pas une manifestation et c’était organisé. Pourquoi y avait-il des Zodiac qui ont permis de sauver la vie de 14 jeunes (eux aussi tombés à l’eau ce soir-là – NDLR) ? Parce que le risque est connu et que ça arrive régulièrement. En dehors de Nantes, on ne se rend peut-être pas compte, mais la Loire n’est pas une piscine. Il y a deux bras qui se rejoignent, des siphons et des courants.

De quelle façon appréhendez-vous le moment où le corps remontera à la surface ?

Goulven Boudic Ce sera forcément un moment délicat et difficile, pour la famille en premier lieu. Statistiquement, on sait que ça peut prendre un peu de temps pour que le corps ressorte. Pour l’heure, les marches pour Steve ne réunissent pas une grande partie de la population, comme s’il existait une forme de fatalité. Seulement, peut-être n’a-t-on pas intégré les nouvelles formes de mobilisation plus virtuelles, qui finalement occupent une grande partie de la vie des gens. Le mot-dièse « #où est Steve » est très partagé. Les personnalités politiques devraient y être très attentives, au lieu de minimiser la mobilisation physique. Tout le monde en parle à Nantes, sans trouver encore le moment, possiblement exutoire, du deuil. Dans l’histoire de la mémoire ouvrière nantaise, une manifestation de 1951 s’est traduite par la mort d’un manifestant, Rigoulet, tué par un garde républicain. Son nom figure comme un marqueur de la mémoire locale. De même, je suis sûr que, dans vingt ans, le nom de Steve restera.

Comment expliquer, pour l’heure, le silence ambiant ?

Goulven Boudic Il peut y avoir une forme de prudence, certains imaginant que Steve l’a peut-être cherché. Pour le reste, ce n’est pas qu’avec la police que les relations se sont tendues : la voiture de la maire a été incendiée, certains élus sont pris à partie directement… Une méfiance s’est installée entre un réseau militant libertaire et parfois réfractaire à toute discipline partisane et la municipalité, qui n’engage aucune confrontation politique, au sens noble du terme. Le fait que ce soit Nantes révoltée qui ait diffusé les premières vidéos a provoqué une mise à distance de la part des pouvoirs publics. L’un des paradoxes est que ces jeunes qui faisaient la fête sur le quai Wilson ne sont pas, dans leur grande majorité, des politisés ou des militants. C’est la police, par son intervention, qui les a construits comme des ennemis parce que jeunes. Car, pour la police nantaise, le jeune est devenu un ennemi. Alors qu’on a tous dans notre entourage des gamins qui étaient présents ce soir-là.

Beaucoup évoquent une responsabilité dans la chaîne de commandement…

Goulven Boudic Tout s’inscrit dans une omerta totale. Les rares policiers qui ont pris la parole (certains parlent d’un ordre « absurde » – NDLR) sont à deux doigts de se faire sanctionner. On peut être pessimistes, à terme, puisque ces logiques d’institutions, qui renvoient aussi à ce qu’est la police aujourd’hui, ne peuvent pas changer du jour au lendemain. Mais, alors que les premiers éléments sont relativement connus et identifiés, il faudrait, au moins, un signe de la part de l’État qui dise « on a merdé ». Au minimum, l’expression d’une empathie, d’un regret ou d’une prise de conscience. La question de l’impunité est importante dans cette société très compartimentée. Il y a comme un espoir d’une forme d’oubli et de silence. Mais on ne peut plus se satisfaire de cette dissociation dans le temps entre les enquêtes forcément longues (enquête ouverte par le parquet pour disparition inquiétante et une autre par l’IGPN sur les conditions de l’intervention – NDLR) et l’idée, qu’en attendant, on continue comme avant.

Entretien réalisé par Audrey Loussouarn
Droits. Le parcours du combattant des victimes de violences policières
Lundi, 22 Juillet, 2019

Procédures interminables, expertises médicales douteuses, manque d’investigations : dans l’affaire Adama Traoré comme dans bien d’autres cas semblables, le chemin des familles pour obtenir « vérité et justice » est toujours semé d’embûches.

 

Trois ans après le décès d’Adama Traoré, le jour de ses 24 ans, dans la cour de la gendarmerie de Persan (Val-d’Oise), on ne sait toujours pas dans quelles conditions le jeune homme est mort. Dire et répéter, jusqu’à ce jour, qu’il a été asphyxié sous le poids de trois gendarmes lors d’une brutale interpellation, c’est le combat acharné d’Assa Traoré, la sœur de la fratrie, et du Comité Adama, qui organisait, samedi, une marche contre les violences policières (lire notre reportage en page 6). Cette lutte, devenue emblématique, fait écho au véritable parcours du combattant auquel se livrent mutilés et familles.

La bataille commence dès les premières heures après les violences. « Les familles sont perdues, car elles vivent un drame, témoigne Amal Bentounsi, la sœur d’Amine, tué d’une balle dans le dos par un agent, et cofondatrice de l’association Urgence, notre police assassine. Elles ignorent les démarches juridiques à engager et peuvent tomber dans les pièges tendus par les autorités, comme accepter d’enterrer rapidement le corps du défunt. » D’où l’importance de bénéficier des conseils de militants habitués à ces problématiques de violences policières. Car, très vite, il faut tenter de rassembler des preuves. En cas de blessures ou de décès, il revient aux victimes ou à leurs proches d’exiger un certificat médical précis, établi par un médecin légiste. Les familles peuvent aussi mener une enquête de voisinage pour retrouver une personne ayant entendu, vu, voire filmé la scène. « En fait, on fait le travail que les flics ne font pas, alors qu’on devrait pouvoir faire notre deuil tranquillement ! » s’indigne Amal Bentounsi. Cette quête de preuves n’est jamais de tout repos. Dans des quartiers où la pression policière est forte, les témoins craignent parfois des représailles d’agents, notamment si les accusations de violences visent un collègue du même commissariat. Persuader ces témoins de verser des images au dossier est capital, même si cela ne suffit pas toujours à établir l’illégitimité des violences.

Comme le rappellent plusieurs avocats, en France, lorsqu’un habitant des quartiers populaires porte plainte contre un policier, sa parole n’est pas toujours prise au sérieux par la justice. « Leur crédibilité n’est pas la même que quand il s’agit d’une victime blanche, habitant un centre-ville, résume Me Arié Alimi, avocat et membre de la Ligue des droits de l’homme (LDH). Un doute apparaît dans le regard de l’interlocuteur policier ou judiciaire du simple fait que le plaignant vient d’un de ces quartiers, qu’il est arabe ou noir. Ce sont des victimes invisibles. » Régulièrement aussi, les victimes font face à des tactiques policières redoutables pour décrédibiliser leur parole. « Il y a une criminalisation quasi systématique : les policiers poursuivent les plaignants pour “outrage”, “rébellion” ou “violences”, constate Me Alice Becker, avocate de plusieurs gilets jaunes. On assiste à une inversion des rôles : le plaignant doit se justifier sur tout, comme s’il était le mis en cause. » Or, quand un policier dit avoir subi des violences, la justice ne traîne pas des pieds. « Les personnes sont souvent déférées, en comparution immédiate, en quatre jours au maximum et écoperont d’une condamnation. Alors que, pour les fonctionnaires mis en cause, on va attendre des années », pointe Me Becker. Du temps perdu, pour pas grand-chose : le plus souvent, les plaintes déposées par les victimes aboutissent à des classements sans suite par les parquets.

Des enquêtes biaisées, une justice compromise

Lorsque la plainte arrive jusqu’au palais de justice, débutent de nouvelles épreuves pour les parties civiles. Comme, par exemple, celle de devoir faire face à des mensonges patents, même après des années de combat. Il en aura fallu sept pour prouver la responsabilité du fonctionnaire Jean-Yves Césaire dans la blessure au visage de Geoffrey Tidjani, visé en 2010 par un tir de lançeur de balles de défense (LBD) devant son lycée, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Au procès, l’agent ment en invoquant la légitime défense à la suite d’une « pluie de projectiles » dans un contexte d’« émeutes urbaines ». Des vidéos contrediront les explications du policier : le lycéen ne faisait que pousser une poubelle… En 2017, l’homme est condamné en appel à 18 mois de prison avec sursis pour « violences volontaires », mais aussi « faux et usage de faux », pour avoir menti sur procès-verbal. La cour annulera pourtant l’interdiction professionnelle prononcée en première instance. « En France, on peut mutiler un jeune devant son lycée avec une arme de guerre, faire un faux en écriture pour l’envoyer en prison et continuer son métier de policier avec la bénédiction de la justice », dénonce Christian Tidjani, le père de la victime. De fait, les peines, quand il y en a, restent la plupart du temps légères et peu dissuasives.

Car la justice est timide en matière de violences policières. « C’est compliqué d’obtenir des investigations détaillées », estime Me Jean-Louis Borie, avocat de la famille de Wissam El-Yamni, ce Clermontois de 30 ans décédé en 2012 après une violente interpellation. Sept ans après l’ouverture d’une information judiciaire, l’enquête ignore encore des faits troublants, comme la disparition de 26 photos prises par les enquêteurs au début de l’hospitalisation du jeune homme. Quant aux ordinateurs des policiers, l’un a été détruit, l’autre a vu son disque dur effacé. Et la ceinture que portait Wissam cette nuit-là s’est volatilisée… Ce qui fait beaucoup de mystères pour une seule instruction. « L’enquête a été biaisée dès le départ, en étant réalisée par la sûreté départementale, c’est-à-dire des proches des collègues concernés. Dans leurs premières déclarations, les policiers répètent tous les mêmes mots. Ça interroge », analyse Me Borie. Il y a aussi les cas où la justice regarde carrément ailleurs. Dans le dossier Ali Ziri, un retraité algérien de 69 ans mort en 2009 après un contrôle, les trois juges d’instruction successifs n’ont même pas estimé utile d’auditionner les fonctionnaires concernés. Ni les témoins présents au commissariat. Ni de visionner les caméras de la cour du commissariat. « C’est proprement scandaleux ! assène Me Stéphane Maugendre, l’avocat de la famille Ziri à l’époque. Lorsque des policiers sont mis en cause, on ne doit pas instruire a minima. La justice doit être irréprochable. » Malgré cette enquête bâclée, la cour d’appel avait confirmé en 2014 le non-lieu.

Et quand les instructions ne sont pas enterrées, c’est souvent grâce à la persévérance des familles. Commandée par les proches d’Adama Traoré, la dernière expertise médicale a relancé une affaire passablement enlisée. Ses résultats ont contredit les conclusions de l’enquête rendue en décembre par les juges, en pointant « l’asphyxie mécanique » due aux méthodes d’interpellation. De quoi convaincre les juges de ne pas en rester là, alors que l’hypothèse d’un non-lieu se profilait. La lenteur des procédures ajoute néanmoins aux difficultés des plaignants. « La justice est volontairement longue ! s’indigne Assa Traoré. On ne lâchera rien, même si ce système essaye de nous essouffler. » Cette mère de famille a mis entre parenthèses sa vie professionnelle pour mener son combat, qui entraîne des frais financiers colossaux. « La vente des tee-shirts et les dons nous permettent de tenir », précise-t-elle. Il n’est pas rare que les familles de victimes, aux faibles ressources, soient obligées d’ouvrir des cagnottes en ligne pour payer les frais d’avocats, les expertises médicales et l’organisation des rassemblements.

Aujourd’hui, trois ans après la mort de son frère, Assa Traoré entend faire du dossier Adama une tribune pour les habitants des quartiers frappés par les violences. Au-delà de l’affaire, « c’est un système que nous voulons briser : celui de la machine à fabriquer les non-lieux ». « Un pays sans justice est un pays qui appelle à la révolte », prévient Assa Traoré.

Lola Ruscio
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21 juillet 2019 7 21 /07 /juillet /2019 06:55
Le Carhaix de Daniel Laporte (Ouest-France, 20 juillet 2019)

Pas tous les jours que la presse met à l'honneur des camarades. Ouest-France l'avait déjà fait il y a deux ans avec Pierre-Yves Thomas, animateur de la section PCF de Carhaix, aujourd'hui c'est notre ami Daniel Laporte, militant CGT et communiste, figure de Carhaix, qui répond aux questions du journal. Cette fois-ci, l'interview de Daniel Laporte est clairement centrée sur les questions sociales et l'histoire sociale de Carhaix, avec une dénonciation de l'omerta sur l'usine à lait Synutra aux méthodes de management brutales et plus que douteuses.

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20 juillet 2019 6 20 /07 /juillet /2019 08:51
Quimper. L'avenir de la maison de Max Jacob inquiète l'élu PCF Piero Rainero (Ouest-France, 19 juillet 2019)

Piero Rainero, conseiller municipal communiste de Quimper, s’inquiète de l’avenir de la maison Max Jacob, qui pourrait être vendue à des promoteurs immobiliers. Il avait proposé d’en faire un lieu culturel.

La maison natale du célèbre poète Max Jacob, située au 8, rue du Parc, à Quimper (Finistère), est-elle en passe d’être vendue à des promoteurs immobiliers ? C’est la crainte du conseiller municipal communiste Piero Rainero, qui affirme qu’une visite a eu lieu jeudi 18 juillet. Il critique l’attitude de la Ville dans ce dossier.

Un musée

« J’avais demandé au maire, Ludovic Jolivet, de transformer ce lieu symbolique en lieu culturel qui aurait pu attirer de nombreux touristes,

déclare l’élu. Une commission municipale a planché sur la question. Elle s’est réunie récemment, mais je n’en faisais malheureusement pas partie. Il n’y avait d’ailleurs aucun membre de l’opposition présent. »

Dans une lettre adressée au maire au printemps, le conseiller municipal avait demandé à la Ville de préempter. « Un musée pourrait y être implanté, des expositions, des conférences pourraient y être organisées autour de l’œuvre de ce grand poète et du message humaniste qu’elle porte », avait imaginé l’élu, qui estime que l’achat aurait pu être financé, en partie, avec des subventions du Département et de la Région.

Piero Rainero regrette le manque de concertation. « J’ai entendu dire qu’il y aurait un projet de brasserie. Des logements pourraient également être aménagés. Bref, je constate que le maire est prêt à vendre ce bâtiment, estimé à plus d’un million d’euros. C’est pourtant un symbole pour la Ville. Et c’est encore un bout de notre patrimoine qui s’en va. »

Maison des illustres

« Immeuble XIXe dans l’alignement d’immeubles semblables, à vendre en partie. » C’est le texte de l’annonce immobilière, publiée en mars sur internet. Dans les 550 m² à vendre, se trouve la maison où est né le poète Max Jacob, en 1876.

Cette maison avait été achetée, en 2007, par Geneviève et Éric Perennou. Abandonnée pendant un demi-siècle, elle a dû être rénovée entièrement. Le couple a décidé d’en faire un restaurant, Chez Max, mais aussi un lieu culturel d’expositions et de rencontres. Dix ans plus tard, la bâtisse a reçu le label Maison des illustres, une distinction décernée par le ministère de la Culture.

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