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26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 07:53
Élise Foliot présente un portrait de son père. (Le Télégramme/Delphine Tanguy)

Élise Foliot présente un portrait de son père. (Le Télégramme/Delphine Tanguy)

À 89 ans, Élise Foliot a eu tout le loisir de mesurer que le temps passe. Mais sa mémoire est encore vive au souvenir de son père Alain Signor, instituteur et militant communiste, entré dans la Résistance avant de devenir député du Finistère.

Une rue de Pont-l’Abbé porte son nom. « Ce n’est pas lui qui l’a demandé. C’était après sa mort », s’empresse de préciser Élise Foliot, sa fille, qui souhaite raviver le souvenir de son père, un homme intègre, trop tôt disparu à l‘âge de 65 ans.

« C’était un homme très simple qui a passé une grande partie de sa vie à Pont-l’Abbé où il est né et qui a fait deux mandats de député », expose cette dernière qui tient à effectuer ce devoir de mémoire avant d’elle-même disparaître. « Il était instituteur et il a été arrêté dans sa classe, devant ses élèves, par la police pétainiste, avant que les Allemands n’arrivent, puis interné à l’île d’Yeu. N’avait-il pas le droit d’avoir ses idées comme tout un chacun ? », s’interroge encore aujourd’hui la vieille dame à propos de ce père qui a créé une section des jeunes communistes en 1924 à Pont-l’Abbé et a adhéré au PCF en 1927.

Depuis l’âge de 20 ans, il était communiste et nous, sa femme et ses quatre filles, on a dû se cacher.

Il rejoint La Résistance en zone sud

 

« Depuis l’âge de 20 ans, il était communiste et nous, sa femme et ses quatre filles, on a dû se cacher », se souvient Élise. Révoqué de son poste d’instituteur par le régime de Vichy le 28 octobre 1940, il rejoint les rangs de la Résistance en zone sud après s’être évadé du camp de Saint-Augeau, dans le Cantal. « Nous étions seules, ma petite mère et ses quatre filles. Il a bien fallu qu’on nous accueille quelque part. La résistance était déjà organisée et s’est occupée de nous trouver une famille, ma sœur aînée et moi, à Plougonvelin, dans une ferme. En Bretagne il y avait des gens vraiment bien, raconte Élise avec émotion. J’avais 10-11 ans et pendant une année, on n’est pas allé à l’école. Une fois les vacances finies, on faisait attention de ne pas faire de bruit pour que les gens ne posent pas de question sur notre présence. Il y avait de la délation », complète celle-ci qui avait 15 ans à la Libération et sa sœur Monique 17 ans. Sa mère s’était quant à elle réfugiée avec les deux plus jeunes chez sa sœur dans le 14e arrondissement de Paris.

 

Un séjour de six mois en URSS

 

« Il a repris ses fonctions d’instituteur après la guerre, à Issy-les-Moulineaux puis à Brest, et il a enseigné jusqu’à sa retraite. C’est à ce moment-là qu’il a commencé à écrire sur son Pays bigouden qu’il adorait avant tout », raconte encore Élise à propos de son père qui est l’auteur d’un livre sur la révolution à Pont-l’Abbé. Elle se souvient également de son séjour en URSS, accompagné de sa femme. « C’est ma grand-mère bigoudène qui est venue s’occuper des quatre filles à Issy-les-Moulineaux ». Une grand-mère qui tenait un commerce de bières, boissons gazeuses et confiserie au n° 5 de la rue Lamartine à Pont-l’Abbé avec son fils Pierre. « Il est resté six mois là-bas et il a vu des choses qu’il n’aurait pas dû voir mais il ne pouvait pas rester sans parler », ajoute Élise. Il séjourna à Moscou de septembre 1945 à mars 1946 comme correspondant de l’Humanité et représentant du PCF et milita après son retour en France au sein de l’association France URSS.

 

Un député très actif

 

« Le 10 novembre 1946, Alain Signor fut élu député du Finistère en troisième position sur la liste « d’Union républicaine et résistante », avec Pierre Hervé et Gaby Paul. Lors de ses mandats, il fut membre des commissions de l’agriculture (1946-1947), de l’Éducation nationale (1949-1951), et surtout de la Marine marchande et des pêches (1946-1951). À la Chambre, il fut très actif : défense des agriculteurs, des pêcheurs, des normaliens et des écoles normales dont il devint le spécialiste, tout en protestant contre la guerre d’Indochine » détaille le site internet « Guerre et résistance en Pays bigouden » créé en 2016 par trois enseignants à la retraite dont Jean Kervision, ancien instituteur qui a connu la rafle du 12 août 1944. « Signor fit partie des 26 membres (15 titulaires et 11 suppléants) écartés lors du XIIe Congrès du PCF en avril 1949. Ses liens avec Charles Tillon inquiétaient la direction du PCF », apprend-on également sur ce site dédié aux anciens résistants


Le Télégramme, 25 janvier 2019 - Delphine Tanguy
Alain Signor avec Pierre Le Rose, Rol-Tanguy et Paul Le Gall et des résistantes du Pays Bigouden à une fête de la Bretagne dans les années 50

Alain Signor avec Pierre Le Rose, Rol-Tanguy et Paul Le Gall et des résistantes du Pays Bigouden à une fête de la Bretagne dans les années 50

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26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 07:47
Aide alimentaire; Faux steaks hachés - Un rapport pointe la responsabilité de l'Etat - Interwiew de Fabien Gay, sénateur communiste de Seine St Denis, dans L'Humanité, 25 juillet
Fabien Gay, parlementaire communiste de Seine St Denis : « Cette affaire pourrait être l’arbre qui cache la forêt »
 
Jeudi, 25 Juillet, 2019
 
Audrey Loussouarn - L'Humanité
 
Fabien Gay, sénateur PCF de Seine-Saint-Denis, rapporteur au Sénat sur le scandale des faux steaks hachés destinés aux associations caritatives décrypte les carences de traçabilité de la viande et le manque de considération pour la santé des plus démunis.
 
 
 
Quel a été votre premier constat en enquêtant sur ce scandale des steaks hachés ?
 
Fabien Gay Il existe un double scandale. Le premier est qu’il touche les plus pauvres, soit 5 millions de bénéficiaires du Fonds européen d’aide aux plus démunis (Fead). Le deuxième est qu’il s’agit d’argent public. Au sein de mon groupe parlementaire, nous avons voulu comprendre le mécanisme qui a conduit à ce scandale. Pour tenter d’éviter qu’il se reproduise. Et après audition des associations, des services de l’État et des entreprises, d’énormes négligences ont été mises au jour.
 
D’où viennent les dysfonctionnements pointés par le rapport ?
 
Fabien Gay Il est impossible de déterminer l’origine des viandes, alors qu’on demande à nos agriculteurs des normes sur la traçabilité pour chaque bête. Dans cette affaire, on confie à un fabriquant 1 400 tonnes de steaks hachés, soit 10 000 bêtes possiblement polonaises, ukrainiennes ou même brésiliennes. Tout le monde reconnaît qu’il est possible de remporter un marché public sans que soit établie cette traçabilité. Ensuite, il existe un incroyable défaut de contrôle puisque, si 60 % des entreprises fabricantes sont censées être contrôlées chaque année, on voit que l’entreprise Biernacki (à l’origine du scandale des steaks hachés frelatés – NDLR) n’en a jamais subi depuis 2013, année de ses premières obtentions de marchés publics.
 
La majorité présidentielle se veut rassurante sur le Ceta. Peut-on la croire, quand éclate ce type d’affaires au sein de l’Union européenne ?
 
Fabien Gay Effectivement, concernant la ratification du traité de libre-échange avec le Canada voté à l’Assemblée, la majorité présidentielle assure que les marchés seront sécurisés et la viande tracée au même niveau d’exigence que pour les agriculteurs français. On voit que tout ceci est faux. C’est du baratin : ce n’est même pas respecté au sein de l’UE.
 
Ce scandale n’interroge-t-il pas sur l’égalité face à l’offre alimentaire ?
 
Fabien Gay Oui, et ça démarre dès l’appel d’offres, où seul compte le critère prix. Par conséquent, les traders et les négociants, qui gagnent 95 à 100 % des marchés publics, assument de rechercher le meilleur prix, au détriment de la qualité. Ils le savent, mais pour eux ce n’est pas grave : c’est pour les plus démunis. Cette viande, qui était parfois réemployée (réintroduite après avoir été déjà transformée en vue d’autres usages – NDLR), contenait tout de même de l’amidon, du soja, de l’os ou encore du cœur ! Nous avons un débat avec nos agriculteurs sur la qualité de l’alimentation, sur la souffrance animale… et on laisse complètement de côté 5 millions de personnes qui, elles, n’ont pas le droit au bio.
 
Qu’attendez-vous du gouvernement après la publication de ce rapport ?
 
Fabien Gay Un rapport n’a d’utilité que si on le fait vivre. Nous avons tout intérêt à faire connaître les 18 recommandations. Mais nous demandons également au gouvernement de se pencher sur l’ensemble du Fead car il pourrait y avoir des problèmes sur d’autres types d’aliments. Nous ne l’espérons pas mais il se pourrait que ces steaks hachés soient l’arbre qui cache la forêt. Grâce aux associations, laissées seules face à cette crise, cette viande n’a pas été consommée mais il y aurait pu y avoir un grave problème sanitaire.
 
Entretien réalisé par Audrey Loussouarn
Fabien Gay

Fabien Gay

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26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 06:00
Les grands textes de Karl Marx - 5: le matérialisme historique théorisé dans l'Idéologie allemande (1845)

Les grands textes de Karl Marx - 6

Le matérialisme historique

Karl Marx (1818-1883)

"L'idéologie allemande" (Manuscrit, 1845-1846)

"Voyons donc les faits: des individus déterminés, exerçant une activité productive déterminée, nouent des relations sociales et politiques déterminées. L'observation empirique doit, dans chaque particulier, faire ressortir empiriquement et sans aucune mystification ni spéculation le lien de la structure sociale et politique avec la production. La structure sociale et l’État se dégagent constamment du processus vital d'individus déterminés - non pas tels qu'ils peuvent apparaître dans leur propre imagination et dans celle d'autrui, mais tels qu'ils sont en réalité , c'est-à-dire tels qu'ils s'activent dans des limites, des circonstances préalables et des conditions matérielles déterminées, indépendantes de leur volonté.

La production des idées, des représentations, de la conscience est, de prime abord, directement mêlée à l'activité et au commerce matériels des hommes: elle est le langage de la vie réelle. Ici, la manière d'imaginer et de penser, le commerce intellectuel des hommes apparaissent encore comme l'émanation directe de leur conduite matérielle. Il en va de même de la production intellectuelle, telle qu'elle se manifeste dans le langage de la politique, des lois, de la morale, de la religion, de la métaphysique, etc., d'un peuple. Ce sont les hommes qui sont les producteurs de leurs représentations, de leurs idées, etc., mais ce sont les hommes réels, œuvrants, tels qu'ils sont conditionnés par un développement déterminé de leurs forces productives et du commerce qui leur correspond jusque dans ses formes les plus étendues. (...) 

Si dans toute l'idéologie, les hommes et leur condition apparaissent sens dessus dessous comme dans une camera obscura, ce phénomène découle de leur processus de vie historique, tout comme l'inversion des objets sur la rétine provient de leur processus de vie directement physique.

Tout au contraire de la philosophie allemande, qui descend du ciel sur la terre, on s'élève ici de la terre jusqu'au ciel; autrement dit, on ne part pas de ce que les hommes disent, s'imaginent, se représentent, ni non plus de ce que l'on dit, pense, s'imagine, se représente à leur sujet, pour en arriver à l'homme en chair et en os; c'est à partir des hommes réellement actifs et de leur processus de vie réel que l'on expose le développement des reflets et des échos idéologiques de ce processus. Les formations brumeuses du cerveau humain sont elles aussi des sublimés nécessaires du processus matériel de leur vie, empiriquement vérifiable et lié à des circonstances matérielles préalables. Par conséquent, la morale, la religion, la métaphysique et tout le reste de l'idéologie, ainsi que les formes de conscience qui leur correspondent, ne conservent plus leur semblant d'indépendance. Elles n'ont ni histoire, ni développement; ce sont, au contraire, les hommes qui, en même temps qu'ils développent leurs production et leur communication matérielles, transforment, avec cette réalité qui leur est propre, et leur pensée et les produits de celle-ci. Ce n'est pas la conscience qui détermine la vie, c'est la vie qui détermine la conscience".

Karl Marx, Philosophie,  - "L'idéologie allemande" (Manuscrit, 1845-1846)- Folio Gallimard (p. 307-308)

Lire aussi:

Les grands textes de Karl Marx - 1 : la critique des libertés formelles de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dont le pivot est le droit de propriété - une critique des déterminants bourgeois de la Révolution Française

Les grands textes de Karl Marx - 2 - La religion comme opium du peuple

Les grands textes de Karl Marx - 3: l'aliénation produite par la propriété privée et le capitalisme dans les Manuscrits de 1844

Les grands textes de Marx - 4: Les pouvoirs de l'argent (Ebauche d'une critique de l'économie politique, 1844)

Marx et Engels: les vies extravagantes et chagrines des deux théoriciens du communisme!

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26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 05:30

 

Des cris d’alerte, de colère et de souffrance résonnent dans tout le pays. Les établissements de santé vont mal, les personnels sont épuisés, éreintés, à bout de souffle. Aujourd’hui, 183 services d’urgences sont en grève, depuis plusieurs mois pour certains d’entre eux. Les urgences sont un miroir grossissant du dysfonctionnement du système de santé. L’été risque d’être catastrophique, avec plusieurs pics caniculaires annoncés. Ce que réclament les syndicats et les personnels, ce sont des moyens humains et matériels supplémentaires, mais aussi la valorisation des métiers et la revalorisation des salaires.

Vous renvoyez le problème à plus tard, avec un rapport sur les urgences annoncé pour l’automne : un rapport de plus, qui rejoindra ceux, couverts de poussière, que l’on empile dans les placards.

Voilà résumée, en quelques mots, la réalité vécue au quotidien par un personnel professionnel qui tient encore debout – mais pour combien de temps ? Vos réponses, madame la ministre, consistent à renvoyer le problème à plus tard, avec un rapport sur les urgences annoncé pour l’automne : un rapport de plus, qui rejoindra ceux, couverts de poussière, que l’on empile dans les placards. Le meilleur rapport qui puisse exister, c’est l’expression même des personnels soignants. Je crois à l’intelligence syndicale, citoyenne et collective.

Vous avez confié une mission à M. le député Thomas Mesnier, rapporteur du projet de loi « ma santé 2022 » – et, fidèle à ses convictions, il ne pourra pas démentir ce qu’il a écrit ou co-écrit – et au professeur Carli, qui a déjà rendu des conclusions en 2013, dans un rapport dont voici un extrait : « Le problème de l’aval des urgences dépasse largement la difficulté exprimée par les urgentistes de "trouver des lits". Ce n’est pas un problème d’organisation ou une défaillance des équipes médicales d’urgence. La saturation des urgences est avant tout un problème de l’établissement de santé. Elle est le plus souvent la conséquence et non la cause d’un défaut d’organisation de l’établissement. »

L’hôpital ne doit pas être géré comme une entreprise. Il faut redonner la priorité aux humains.

En 2013, il est donc écrit noir sur blanc que le problème ne tient pas à un défaut d’organisation ; en 2019, le projet de loi que vous présentez s’intitule : « Organisation et transformation du système de santé ». Cherchez l’erreur !

Pour en revenir aux urgences, vous allez certainement me dire que vous avez débloqué 70 millions d’euros, dont 15 millions pour renforcer les effectifs là où les services sont sous tension et 55 millions pour la prime de 100 euros versée aux personnels, médecins exceptés. C’est véritablement une goutte d’eau dans l’océan, quand on sait que, pour les années 2018 et 2019, vous demandez aux établissements de santé de se serrer la ceinture en consentant un effort de 2,5 milliards, alors que la population et l’espérance de vie continuent de progresser en France. Plus d’humains, plus de vies à soigner, mais moins d’argent de l’État : nul besoin d’être mathématicien pour connaître les résultats d’avance. Cela ne peut pas fonctionner.

Vous avez dit et répété, madame la ministre, que vous connaissiez la situation. Le 12 janvier 2018, sur Europe 1, vous avez même déclaré : « Stop à l’hôpital entreprise, à la pression administrative, aux pressions budgétaires. » Vous avez raison : l’hôpital ne doit pas être géré comme une entreprise. Il faut redonner la priorité aux humains.

Quand on parle de vies humaines, on ne devrait pas parler de rapports, de plans, de chiffres, de pourcentages et de théories à long terme. Aujourd’hui, dans les hôpitaux, on entend résonner la souffrance et la colère face à l’absence de réponse. Ce qu’il faut, c’est « ma santé 2019 », non « ma santé 2022 » ! C’est tout de suite qu’il faut agir !

Depuis plusieurs mois, les parlementaires communistes ont déposé une proposition de loi visant à instaurer un moratoire sur toutes les fermetures de services et de lits dans les hôpitaux. Nous vous suggérons de sortir ce texte des tiroirs pour l’inscrire à l’ordre du jour de notre assemblée.

Vous l’avez compris, madame la ministre, et je l’ai d’ailleurs répété assez souvent dans les médias dernièrement, le groupe de la Gauche démocrate et républicaine votera contre le projet de loi. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, FI et SOC.)

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans POLITIQUE NATIONALE
26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 05:27

Orientation des finances publiques, règlement du budget et approbation des comptes de l’année 2018 - Eric Bocquet  -  11 juillet 2019

 

Monsieur le président, messieurs les ministres, mes chers collègues, l’examen du projet de loi de règlement du budget et d’approbation des comptes de l’année 2018 n’est pas qu’un exercice technique consistant à vérifier la bonne exécution du budget de l’année antérieure. C’est surtout, selon nous, l’occasion de jauger l’efficacité et la pertinence des choix budgétaires faits par le Gouvernement.

Au cours du temps de parole – six minutes – qui m’est imparti, je n’entrerai pas dans le détail des recettes et des dépenses de cette loi de finances pour 2018. Je me bornerai donc à évoquer quelques faits et constats saillants de cet exercice.

Je souhaite d’abord revenir sur la suppression de l’ISF, décision idéologique très emblématique de ce gouvernement. L’un des arguments justifiant ce choix était de dire que la France était le seul État du monde à l’appliquer. Or, curieusement, ce débat a lieu aux États-Unis en ce moment même. M. Bill Gates, fondateur de Microsoft et deuxième fortune du monde, a ainsi déclaré dans un show télévisé américain en février dernier : « Le système fiscal pourrait prélever beaucoup plus sur les grandes fortunes. »

Il est évidemment un peu tôt pour évaluer les effets de ce choix, mais il est d’ores et déjà possible de relever ici et là quelques indications. Deux sondages réalisés auprès d’anciens redevables de l’ISF confirment que l’élan vertueux espéré au service de l’économie productive se fait attendre. Ces personnes répondent avoir profité de cette mesure pour consommer un peu plus, peut-être en homards et en vins fins, mais surtout en voyages et en œuvres d’art. Fort peu nombreux sont les anciens redevables à avoir investi dans des entreprises. Très grande sécheresse du côté du ruissellement escompté donc.

Un économiste du MIT de Boston, évaluant les effets de la suppression des impôts sur la fortune dans d’autres pays que la France, à savoir le Danemark depuis 1996, l’Allemagne depuis 1997, la Suède depuis 2007, déclare : « Il n’y a aucune démonstration d’un effet visible et traçable sur l’économie ».

Quelque chose me dit que le débat sur ce sujet n’est pas définitivement enterré, monsieur le ministre.

Une loi de finances, un budget, est un outil indispensable pour garantir à chacun de nos concitoyens l’accès aux droits fondamentaux ; un outil, aussi, pour atténuer les inégalités criantes rongeant notre société, créant une situation d’injustice sociale qui a été relevée de manière spectaculaire depuis novembre dernier sur nos ronds-points et dans les rues de nos villes. La pauvreté sévit dans notre pays et les inégalités s’y aggravent. Citons les constats établis dans le dernier rapport de l’Observatoire des inégalités : en moyenne, les 10 % des Français les plus aisés perçoivent des revenus 8,7 fois supérieurs à ceux des 10 % les plus pauvres après impôts et prestations sociales.

Notre pays est, après la Suisse – excusez du peu ! –, le pays d’Europe où les riches sont les plus riches. En bas de l’échelle, 5 millions de personnes pauvres vivent avec moins de 855 euros par mois. Franchement, ce n’est pas la prime d’activité concédée au mouvement social qui va résorber ces écarts.

Un mot, à ce stade, sur le choix de mettre en place le prélèvement forfaitaire unique, ou PFU, la bien nommée flat tax. Cette décision a été l’un des piliers de la politique du Gouvernement. Le PFU de 30 % sur les revenus du capital n’a pas pesé sur le budget en raison d’une envolée des dividendes distribués en 2018. Notre pays, de ce point de vue, est devenu champion d’Europe ! L’augmentation de versement des dividendes a atteint 24, 34 % en un an, à hauteur de 37,11 milliards d’euros. À l’évidence, les entreprises ont décidé de verser davantage de dividendes pour profiter d’une aubaine fiscale. De fait, le Gouvernement a subventionné le transfert des richesses vers les classes les plus élevées de la population. Vous appliquez le vieil adage libéral « trop d’impôt tue l’impôt », l’idée étant qu’un taux d’imposition bas peut rapporter au moins autant qu’un taux important, dans la mesure où la pression fiscale a des effets désincitatifs sur l’activité. C’est la fameuse courbe de Laffer, chère aux spécialistes.

Cette théorie n’a jamais fait la preuve de sa pertinence.

M. Vincent Delahaye. Si !

M. Éric Bocquet. Les nombreuses expériences de baisses d’impôts, aux États-Unis comme ailleurs, en France notamment, ne se sont jamais traduites par une augmentation des recettes fiscales, bien au contraire. Elles ont davantage contribué à dégrader les comptes publics, sans compter l’effet des niches fiscales, qui permettent aux plus riches d’échapper à l’impôt. Monsieur le ministre, les baisses d’impôts et de cotisations ont un revers : elles affaiblissent singulièrement le système de redistribution et mettent la pression sur le budget de l’État.

Au titre du bilan de l’année 2018, il conviendra aussi d’ajouter au passif la diminution des recettes du contrôle fiscal pour la troisième année consécutive. Les sommes notifiées par le fisc ont effectivement chuté, passant de 17,9 milliards d’euros en 2017 à 15,2 milliards en 2018. On apprend également, dans un article du journal Les Échos du 20 juin dernier, que le fisc a abandonné un redressement de 1,4 milliard d’euros adressé au groupe Vivendi.

La lutte contre la fraude fiscale ne fut pas évoquée un seul instant dans le discours de politique générale de M. le Premier ministre, prononcé à cette tribune, voilà quelques semaines. Ce silence ne manque pas d’interroger sur la volonté de ce gouvernement de s’attaquer de la plus forte des manières à ce scandale de notre temps. L’idée de création de l’Observatoire de la fraude fiscale garde toute sa pertinence. Faisons en sorte qu’elle ne disparaisse pas dans les limbes du renoncement et des influences.

Ces résultats budgétaires ne sont pour nous en rien une surprise. Ils découlent mécaniquement des choix budgétaires et fiscaux que nous avions combattus lors du débat sur la loi de finances pour 2018. Ils ne prennent pas en compte la réalité économique et sociale de notre pays.

Je citerai, pour conclure les propos que M. Jean-Marc Sauvé, ancien vice-président du Conseil d’État, a tenus dans une interview récente : « Il faut aussi avoir une vision claire du rôle de l’État dans la période actuelle de globalisation économique, de défis environnementaux et de fracturation de nos sociétés. Face à ces enjeux, l’État n’a jamais été autant concurrencé, subordonné, fragmenté, banalisé et paupérisé. Et pourtant, il reste ce qui fait que la société tient debout et ensemble. C’est le socle sur lequel la Nation s’est construite, dans un monde où les souverainetés sont battues en brèche par des entreprises multinationales qui se jouent des frontières ».

En conclusion, M. Sauvé nous dit : « L’État a été victime de la doxa libérale ».

Cette doxa, monsieur le ministre, nous ne la partageons pas, et c’est donc fort logiquement que le groupe CRCE votera contre le projet de loi de règlement 2018.

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans POLITIQUE NATIONALE
26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 05:17
Droits humains. Colombie, rouge du sang des acteurs sociaux
Jeudi, 25 Juillet, 2019

Depuis les accords de paix de 2016, on compte 482 assassinats politiques. Des ONG parlent de 700 victimes. Journée de mobilisation, le 26 juillet.

 

Ces cris d’effroi ont noué les tripes. On y entend la peur, le désespoir et la tristesse d’un garçon de 9 ans qui vient d’assister à l’assassinat de sa mère. Ce matin du 21 juin, Maria del Pilar Hurtado Montano s’apprête à quitter le domicile familial situé dans la municipalité de Tierralta, dans le sud du département de Cordoba. Deux sicaires à moto se plantent alors devant elle. Après deux détonations, la femme de 34 ans s’écroule à terre. Le gamin, lui, explose de douleur. La vidéo où on le voit gémir a fait l’effet d’un uppercut. Le crime a été qualifié d’« odieux » par Ivan Duque, le chef de l’État de droite extrême, tandis que des membres de son gouvernement cherchaient à en réduire la portée politique. Aussitôt, le mouvement Défendons la paix a appelé à la tenue de marches « pour la vie », le 26 juillet (1).

la toute-puissance des paramilitaires

L’homicide de Maria del Pilar a profondément choqué ses voisins qui connaissaient bien cette mère de famille de quatre enfants. Elle était arrivée sur ces terres du nord-ouest du pays, il y a quatre ans, fuyant le département du Cauca où l’on enregistre encore aujourd’hui le taux le plus effrayant de meurtres politiques, en dépit de la signature des accords de paix, en 2016, entre l’ancienne guérilla des Farc-EP et l’État présidé alors par Juan Manuel Santos. À Tierralta, elle s’était impliquée dans la récupération de terres afin d’y faire construire des habitations pour les trop nombreux déshérités de cette région. Elle n’était pas syndicaliste, ni militante d’un parti politique ; c’était une leader communautaire, comme l’on dit en Colombie. Son engagement lui avait valu des menaces de mort de la part des Autodefensas Gaitanistas de Colombie, connues également comme Clan du golfe, un groupe armé qui tient la ville entre ses mains et contrôle jusqu’au moindre détail de la vie de ses 100 000 habitants. Ces paramilitaires, comme les autres qui sévissent ailleurs, vivent du commerce de la drogue et des trafics en tout genre, du racket de la population… Dans cette zone où les forces publiques ne maîtrisent rien, les « paracos » font la pluie et le beau temps au détriment des droits les plus élémentaires.

Depuis la mort de Maria del Pilar, Défendons la paix dénonce les décès de dix autres responsables sociaux – politiques, syndicalistes, paysans, Indiens, environnementalistes, défenseurs des droits humains –, du fait de leurs activités. « Les assassinats de ces dix leaders sociaux constituent dix raisons supplémentaires pour sortir dans les rues et les places publiques (…) pour la vie de ceux qui défendent la vie et la paix dans les territoires », déclare cette ONG. Les voyants sont au noir. Entre janvier 2016 et mai 2019, la Defensoria del Pueblo – une institution gouvernementale chargée de la protection des droits civils – a recensé 482 assassinats. Pas moins de 982 leaders sociaux ont été la cible de menaces entre avril 2018 et avril 2019. L’ONG Indepaz estime, quant à elle, que les victimes s’élèvent à plus de 700. « La persistance des violences armées est étroitement liée à la stigmatisation et aux discours de haine contre une vraie paix, sans impunité et comportant des alternatives aux modèles violents d’accumulation de richesses. Elle est également liée à la lenteur des réponses de l’État dans les territoires directement visés par des groupes armés irréguliers, là où les Farc-EP détenaient une grande influence et où l’appareil militaire a cessé d’être présent en raison de la démobilisation. Dans ces territoires, beaucoup de groupes d’intérêts ont renforcé leurs actions pour défendre leur position et des avantages dans une réorganisation des dynamiques d’accumulation des richesses et de la reproduction du pouvoir », analyse Camilo Gonzalez Posso, le directeur d’Indepaz, dans un document rendu public le 10 juillet, à l’occasion de la visite d’une délégation onusienne chargée de vérifier la mise en œuvre des accords de paix.

Derrière la guerre des chiffres, la guerre sale...

Depuis, les membres du Conseil de sécurité des Nations unies ont fait part de « leur sérieuse préoccupation quant aux assassinats persistants de leaders sociaux et communautaires, ainsi que des ex-membres des Farc-EP », qui s’élèvent désormais à plus de 140, leurs anciens responsables désormais reconvertis à la vie politique parlant même d’un plan d’extermination. Au terme des rencontres sur le terrain, la délégation a certes reconnu « les efforts du gouvernement pour aborder ce problème », avec la mise en place d’un « plan de protection » de ces acteurs, mais elle insiste sur « la nécessité que les mesures se traduisent par des résultats concrets pour prévenir les attaques et traduire les responsables en justice ».

Dans un récent entretien accordé à El Espectador, le président Ivan Duque faisait, lui, valoir un bilan positif de son programme, revendiquant une réduction de 30 % des assassinats des acteurs sociaux durant les six premiers mois de l’année. Il s’agit là d’un « mirage », a rétorqué sèchement Human Rights Watch. L’ONG rappelle que les autorités ne comptabilisent pas l’ensemble des cas d’homicides politiques tant qu’ils font l’objet d’une enquête des Nations unies. Une guerre des chiffres pour ne pas évoquer la guerre sale et ses raisons.

(1) Des rassemblements sont également prévus en France : à Paris, parvis du Trocadéro, à 18 h 30, ainsi qu’à Lyon, place Bellecour, à la même heure.
Cathy Dos Santos
Droits humains. Colombie, rouge du sang des acteurs sociaux - Cathy Dos Santos, jeudi 25 juillet - L'Humanité
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25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 15:12
Aragon

Aragon

Paul Eluard

Paul Eluard

Neruda en 1951

Neruda en 1951

"La chance voulut que j'ai en France, et pour longtemps, comme amis intimes, les deux plus grands représentants de sa littérature: Paul Eluard et Aragon. C'étaient - ce sont toujours - deux curieux classiques de la désinvolture, que leur authenticité vitale situe au plus haut de la forêt française. En même temps, ils sont les partisans naturels et inébranlables de la morale historique. Peu d'êtres différent autant entre eux comme ces deux hommes. 

Avec Paul Eluard, je pus souvent jouir du plaisir poétique de perdre mon temps. Si les poètes répondaient avec franchise aux enquêtes, ils révéleraient le secret: rien n'est plus beau que de perdre son temps. Chacun a son style pour ce goût vieux comme le monde. Avec Paul je perdais la notion du jour et de la nuit qui s'écoulaient et je n'ai jamais si si nos propos avaient ou non de l'importance.

Aragon, lui, est une machine électronique de l'intelligence, de la connaissance, de la virulence, de la rapidité éloquente. J'ai toujours quitté la maison d'Eluard en souriant sans savoir pourquoi. De quelques heures passées avec Aragon je ressors épuisé car ce diable d'homme m'a obligé à réfléchir. Les deux ont été d'irrésistibles et loyaux amis et leur grandeur antagonique est peut-être ce qui me plaît le plus en eux. 

(...)

En 1937, nous étions à Paris, et notre principale activité était la préparation d'un congrès mondial d'écrivains antifascistes qui devait se tenir à Madrid. C'est là que je commençait à connaître Aragon. Ce qui me surprit d'abord chez lui c'était son incroyable capacité de travail et d'organisation. Il dictait toutes les lettres, les corrigeait, s'en souvenait. Pas un détail ne lui échappait. Il restait de longues heures à travailler dans notre petit bureau. Et après, on le sait, il écrit de gros livres en prose et sa poésie est la plus belle de la langue française. Je l'ai vu corriger les épreuves des traductions qu'il venait de faire du russe et de l'anglais, et les refaire sur le même papier d'imprimerie. Il s'agit, en vérité, d'un homme prodigieux, et je m'en rendis compte dès cette époque".

Lire aussi:

COMMUNIST'ART: Louis Aragon par Hector Calchas

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18 novembre 1952, mort de Paul Eluard

Miguel Hernandez: La poésie reste une arme chargée de futur - Jean Ortiz, L'Humanité, 23 juillet 2019 - suivi de Miguel Hernandez par Neruda

1970-1973 : Salvador Allende par Neruda (J'avoue que chez vécu)

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25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 13:25
En Irlande du Nord, l’inquiétude accompagne le tracé de la future frontière européenne (Audrey Parmentier, Médiapart, 24 juillet 2019)
En Irlande du Nord, l’inquiétude accompagne le tracé de la future frontière européenne
Par Audrey Parmentier

En cas de Brexit, leur destin au sein de l’Union européenne prendra fin et ces villes resteront à seulement quelques mètres de la forteresse bruxelloise. Un coup dur pour les frontaliers. Balade nord-irlandaise à Newry, Belcoo et Strabane. 

Newry, Belcoo et Strabane (Irlande du Nord), envoyée spéciale.–  « Je veux mourir européen. Voilà ce que j’ai répondu à ma femme lorsqu’elle m’a demandé pourquoi je voulais un passeport irlandais. » Donal O’Donnell est un ancien journaliste nord-irlandais. Il sillonne le marché de Newry, petite ville de 27 000 habitants à cheval sur la frontière avec l’Eire. Lorsqu’il évoque le Brexit, le regard du petit homme chauve s’allume. « C’est un véritable bordel au Parlement, je n’ai jamais vu ça ! »

Donal O’Donnell raconte avoir couvert les remous de la politique nord-irlandaise « pendant plus de 30 ans ». À cette époque, le conflit – les Troubles (1968-1998) – entache la province britannique. Durant cette guerre civile, les protestants unionistes attachés à la couronne britannique étaient opposés aux nationalistes républicains en faveur d’une réunification des deux Irlandes. « Les Anglais penseront toujours qu’ils sont au sommet de tout le monde. Ils se sentent même au-dessus des Français », s’exclame Donal O’Donnell avant de trancher : « Aujourd’hui, il faut combattre le nationalisme anglais. »

Le journaliste à la retraite critique vivement le Parti unioniste nord-irlandais (DUP). Cette formation très conservatrice s’est positionnée il y a maintenant trois ans en faveur d’une sortie de l’Union européenne (UE). Devenu un allié du gouvernement minoritaire, le DUP est la clé de voûte des négociations sur le Brexit. Lors des trois votes sur l’accord négocié par la première ministre britannique Theresa May, le parti unioniste s’est distingué par son refus du backstop – filet de sécurité qui permettrait à l’Irlande du Nord de rester dans le marché unique européen en cas de Brexit.

 

« Le DUP ne prend pas en compte le souhait des Nord-Irlandais. La population a voté pour rester dans l’Union européenne », déplore Donal O’Donnell. Mais le DUP est le seul parti nord-irlandais à se faire entendre à Westminster. De l’autre côté de l’échiquier politique, l’historique Sinn Fein, nationaliste et républicain, favorable à la réunification des deux Irlandes, refuse de siéger au Parlement. « Il n’y a personne pour se lever et défendre notre cause », proteste l’ex-reporter avant de s’arrêter devant l’un des maraîchers. « Vous ne pourrez pas parler à un homme plus raisonnable », s’arrête-t-il en pointant du doigt John Bradley.

Cet ancien professeur des écoles, sexagénaire, tient depuis une vingtaine d’années un stand d’antiquaire au marché de Newry. Anciennes revues, médaillons et bibelots sont disposés sur une table en bois dépliée devant lui. « Je pense que l’Union européenne devrait dire au DUP de dégager », fustige John Bradley, qui quitte son stand quelques instants pour exprimer ses craintes : « Le retour d’une frontière dure serait un pas en arrière. J’ai peur de ce qu’il peut se passer en cas de Brexit. » Et il n’est pas le seul.

Financée par l’Union européenne, l’organisation Action Mental Health suit de près les avancées du Brexit. Situé à quelques mètres du marché, cet organisme accompagne les personnes atteintes de troubles mentaux. Dirigé par Brian Huge, le centre accueille actuellement 145 personnes. « La moitié de nos financements provient de l’Union européenne », déclare le directeur. En cas de Brexit, l’organisation perdra ces fonds européens. « Cependant, le gouvernement britannique a promis de débloquer de l’argent d’ici 2020-2022 », rassure Brian Huge. Mais cela n’empêche pas les patients du centre d’être très inquiets, à l’instar de Dell Rogers : « Où allons-nous aller si le centre vient à fermer ? »

À une dizaine de kilomètres de Newry, les pêcheurs de moules de Warrenpoint, deuxième port de l’Irlande du Nord, voyagent eux aussi en eaux troubles. Hank Waverton, un marin hollandais, fume une cigarette à l’entrée d’un pub. « Ici, il n’y a que des pêcheurs de moules. Mais la plupart des compagnies sont irlandaises ou hollandaises. Je crois que 95 % des revenus de la pêche sont reversés aux entreprises hollandaises », explique-t-il en regardant le port.

Hank Waverton témoigne des changements apportés par le Brexit. « Depuis quelque temps, la frontière est plus surveillée. Il y a deux mois, un bateau de Kilkeel, premier port d’Irlande du Nord, a été attrapé par la marine irlandaise », raconte le Hollandais. Les contrôles à répétition des deux côtés de la frontière font fuir les pêcheurs irlandais, « qui ne se rendent plus en Irlande du Nord ». Hank Waverton prend pour exemple ce qui est arrivé à l’un de ses amis : « Il avait amarré son bateau au port alors qu’il n’était pas référencé. Ça lui a coûté plus de 15 000 euros ! » Il marque une pause pour jeter son mégot : « Malheureusement, personne ne sait où se trouve la frontière. »

À l’instar des pêcheurs, les agriculteurs seront en première ligne en cas de Brexit dur. John Sheridan en est conscient. Ce fermier nord-irlandais habite à Belcoo, un petit village frontalier niché dans le comté de Fermanagh, au nord-ouest de Newry. Ce comté nord-irlandais dépend économiquement du tourisme et de l’agriculture. Depuis trois ans, cet éleveur de moutons avoue avoir gelé tout investissement pour faire face à l’incertitude liée au Brexit.

« On ne mord pas la main qui nous a nourris »

« Pour vendre de la viande, nous avons besoin d’une vingtaine de marchés pour une seule carcasse. Et ces vingt marchés n’existent pas au Royaume-Uni », se plaint John Sheridan. Il estime qu’en cas de no deal « ses moutons pourraient être taxés à 75 % ». Au volant de sa Jeep, cet éleveur de moutons roule sur les sentiers escarpés. « On traverse la frontière au niveau du pont entre Belcoo et Blacklion, en République d’Irlande. Quand j’étais enfant, les forces britanniques étaient postées au niveau de la frontière », raconte le fermier de 56 ans, sans quitter la route des yeux. Né au début des années 1960, John Sheridan a connu les Troubles, dont il garde un souvenir impérissable. « Dès qu’on voyait une boîte en carton sur la route, on se demandait s’il s’agissait d’un colis piégé », se remérore le fermier protestant.

En 1998, l’accord du Vendredi saint met fin à une guerre qui aura marqué l’Irlande du Nord pendant trente ans. « C’est un accord fantastique, très rare et unique. J’espère qu’il va continuer à nous protéger », confie John Sheridan, qui remercie l’Union européenne pour avoir facilité le processus de paix. « Bruxelles a injecté plus de 7 milliards de livres entre 2007 et 2020. C’est en partie grâce à Michel Barnier – à l’époque ministre délégué aux affaires européennes – si tout cet argent a été débloqué. On ne mord pas la main qui nous a nourris. » L’éleveur confie que sa ferme a été financée par l’Union européenne. « Je me considère comme un bébé européen », dit-il en souriant.

Un peu plus loin, il y a la bourgade de Ballyshannon, de l’autre côté de la frontière, en République d’Irlande. C’est là que vit Patrick Rooney, éleveur de moutons et de vaches laitières. « Je ne suis pas d’accord avec tout ce que l’UE a fait mais je pense que Bruxelles a coopéré correctement avec l’Irlande », estime-t-il. Le fermier irlandais craint l’arrivée sur le marché britannique des bœufs sud-américains. « Ce sont des produits inférieurs aux nôtres et dotés d’une moins bonne traçabilité », maugrée-t-il.

« En Irlande, nous avons des produits uniques et si le Royaume-Uni impose des tarifs à hauteur de 15 à 30 %, alors cela devrait détruire l’agriculture irlandaise », prédit Patrick Rooney, qui se revendique comme « européen mais irlandais dans le sang ». Lui aussi traverse régulièrement la frontière. Pour l’éleveur, son contrôle total serait impossible sans fermer les routes secondaires. « Nous allons devenir le seul pays européen qui partage une frontière terrestre avec le Royaume-Uni », continue-t-il.

Une frontière qui pourrait de nouveau séparer les villes de Strabane et Lifford. La première est nord-irlandaise et la seconde appartient à la République d’Irlande. Aujourd’hui, les voitures circulent librement entre les deux villages frontaliers. Certaines se garent au supermarché Asda implanté à Strabane. L’enseigne accueille 40 % d’Irlandais parmi sa clientèle. « S’il venait à y avoir une frontière européenne, ça nous affecterait directement, car les clients auront besoin de leur passeport pour venir faire leurs courses », explique l’une des gérantes du magasin, qui tient à rester anonyme.

Si une frontière européenne venait entraver les échanges entre Lifford et Strabane, le supermarché s’en trouverait affaibli. En effet, une partie des produits vendus dans le magasin viennent de l’Union européenne. Le retour à une frontière dure inquiète un certain nombre de commerçants à Strabane. Cette ville de 18 000 habitants est la deuxième du comté de Tyrone, après la cité d’Omagh. À Strabane, les rues du centre-ville sont bordées d’affiches électorales à l’effigie du Sinn Fein.

Le centre-ville se concentre autour de deux ou trois rues principales. Dans l’une d’elles, à l’entrée d’un magasin d’électroménager, un vendeur éclate de rire quand on lui parle du Brexit : « Ça n’arrivera pas, c’est impossible ! » Il part à la recherche du propriétaire de l’échoppe, Conor Devan. La trentaine passée, le directeur raconte l’impact du retour d’une frontière dure. « On livre beaucoup d’électroménager de l’autre côté. Avec le Brexit, on risque de connaître des difficultés en termes d’assurances. »

Mais comment se préparer au pire ? C’est la question à laquelle ne peut pas répondre Conor Doherty, le fils d’une fleuriste, à quelques pas du magasin d’électroménager. « C’est dur de se préparer car il y a trop d’incertitudes, du moins jusqu’à ce qu’une décision soit prise », explique le jeune Nord-Irlandais de 24 ans. Il reprend : « Le débat à Westminster est une vaste blague. Personne ne sait ce qu’il veut », poursuit-il.

À l’instar de Conor Devan, le fils de la fleuriste craint pour le commerce de sa mère, dont une partie se trouve en Irlande. « Nous livrons des bouquets dans le comté de Donegal [dans le nord de la République d’Irlande – ndlr] et une grande partie de nos fleurs viennent des Pays-Bas », explique le jeune homme. Il réajuste ses lunettes et reprend : « Déjà qu’on lutte contre les supermarchés qui proposent des fleurs à des prix très bas, alors le Brexit ne risque pas d’arranger les choses. »

Comme beaucoup de villages frontaliers, la ville de Strabane a voté massivement pour rester dans l’UE. Le 30 mars dernier, une centaine de personnes ont marché jusqu’à la frontière pour protester contre le Brexit. Conor Doherty aurait aimé faire partie du cortège « mais [il avait] un empêchement ». Né après les Troubles, le jeune homme avoue vouloir vivre dans l’unité. « J’ai grandi après la guerre civile et cela a affecté ma vision des choses, dit-il. Dans ma tête, je suis irlandais. Et davantage européen que britannique. »

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25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 06:47
Les grands textes de Marx - 4: Les pouvoirs de l'argent (Ebauche d'une critique de l'économie politique, 1844)

Philosophie: Les pouvoirs de l'argent

Karl Marx (1818-1883)

"Ébauche d'une critique de l'économie politique" (1844)

"L'argent, qui possède la qualité de pouvoir tout acheter et tout s'approprier, est éminemment l'objet de la possession. L'universalité de sa qualité en fait la toute-puissance, et on le considère comme un pouvoir dont le pouvoir est sans bornes. L'argent est l'entremetteur entre le besoin et l'objet, entre la vie et les moyens de vivre. Mais ce qui sert de médiateur à ma vie médiatise aussi l'existence des autres pour moi. Pour moi, l'argent, c'est autrui.

" Allons donc! tes mains, tes pieds, ta tête et ton derrière t'appartiennent sans doute, mais ce dont je jouis allégrement m'en appartient-il moins? Si je puis me payer six étalons, leurs forces rudes ne sont-elles pas miennes? Je galope, et me voici un rude gaillard, comme si j'avais vingt-quatre jambes" (Goethe, Faust)

Shakespeare dans Timon d'Athènes :

" De l'or, ce jaune, brillant et précieux métal! Non, dieux bons! je ne fais pas de vœux frivoles: des racines, cieux sereins! Ce peu d'or suffirait à rendre blanc le noir; beau le laid; juste, l'injuste; noble, l'infâme; jeune, le vieux; vaillant, le lâche... Et bien! cet or écartera de votre droite vos prêtres et serviteurs, arrachera l'oreiller au chevet des malades. Ce jaune esclave tramera et rompra les vœux, bénira le maudit, fera adorer la lèpre livide, placera les voleurs, en leur accordant titre, hommage et louange, sur le banc des sénateurs; c'est lui qui décide la veuve éplorée à à se remarier. Celle qu'un hôpital d'ulcérés hideux vomirait avec dégoût, l'or l'embaume, la parfume, et lui fait un nouvel avril... Allons! poussière maudite, prostituée à tout le genre humain, qui mets la discorde dans la foule des nations..."

Et plus loin:

"Ô toi, doux régicide! cher agent de divorce entre le fils et le père! brillant profanateur du lit le plus pur d'Hymen! vaillant Mars! séducteur toujours jeune, frais, délicat et aimé, dont la rougeur fait fondre la neige consacrée qui couvre le giron de Diane! Dieu visible qui rapproches les incompatibles et les obliges à s'embrasser! qui parles par toutes les bouches dans tous les sens! ô pierre de touche des cœurs! traite en rebelle l'humanité, ton esclave, et par ta vertu jette-la dans un chaos de discordes, en sorte que les bêtes puissent avoir l'empire du monde!"

Shakespeare décrit parfaitement la nature de l'argent. Pour le comprendre, commençons d'abord par expliquer le passage de Goethe:

Ce que je peux m'approprier grâce à l'argent, ce que je peux payer, c'est-à-dire ce que l'argent peut acheter, je le suis moi-même, moi le possesseur de l'argent. Telle est la force de l'argent, telle est ma force. Mes qualités et puissance de mon être sont les qualités de l'argent; elles sont à moi, son possesseur. Ce que je suis, et ce que je puis, n'est nullement déterminé par mon individualité.

Je suis laid, mais je puis m'acheter la plus belle femme; aussi ne suis-je pas laid, car l'effet de la laideur, sa force rebutante, est annulée par l'argent. Je suis, en tant qu'individu, un estropié, mais l'argent me procure vingt-quatre pattes; je ne suis donc plus estropié; je suis un homme mauvais, malhonnête, sans scrupule, stupide: mais l'argent est vénéré, aussi le suis-je de moi-même, moi qui en possède. L'argent est le bien suprême, aussi son possesseur est-il bon; que l'argent m'épargne la peine d'être malhonnête, et on me croira honnête; je manque d'esprit, mais l'argent étant l'esprit réel de toute chose, comment son possesseur pourrait-il être un sot? De plus, il peut acheter des gens d'esprit, et celui qui en est le maître n'est-il pas plus spirituel que ses acquisitions? Moi qui, grâce à mon argent, suis capable d'obtenir tout ce que le cœur désire, n'ai-je pas en moi tous les pouvoirs humains? Mon argent ne transforme t-il pas toutes mes impuissances en leur contraire?

Si l'argent est le lien qui m'unit à la vie humaine, qui unit à moi la société et m'unit à la nature et à l'homme, l'argent n'est-il pas le lien de tous les liens? Ne peut-il pas nouer et dénouer tous les liens? N'est-il pas, de la sorte, l'instrument de division universel? Vrai moyen d'union, vraie force chimique de la société, il est aussi la vraie monnaie "divisionnaire".

Shakespeare signale surtout deux propriétés de l'argent:

1° Il est la divinité manifestée, la transformation de toutes les qualités humaines et naturelles en leur contraire, l'universelle confusion et perversion des choses, il harmonise les incompatibilités;

2° Il est la prostituée universelle, l'universel entremetteur des hommes et des peuples. 

La perversion et la confusion de toutes les qualités humaines et naturelles, l'harmonisation des incompatibilités - la force divine - de l'argent sont inhérentes à sa nature en tant que nature générique aliénée et aliénante des hommes, en tant que nature qui se livre à autrui. Il est la puissance aliénée de l'humanité. 

(...) Il apparaît alors comme la puissance corruptrice de l'individu, des liens sociaux, etc, qui passent pour être essentiels. Il transforme la fidélité en infidélité, l'amour en haine, la haine en amour, la vertu en vice, le vice en vertu, le valet en maître, le maître en valet, la bêtise en intelligence, l'intelligence en bêtise.

Notion existante et agissante de la valeur, l'argent confond et échange toute chose; il est la confusion et la conversion générales. Il est le monde à l'envers, la confusion et la conversion de toutes les qualités naturelles et humaines".

Karl Marx, Philosophie, (1844) - "Ébauche d'une critique de l'économie politique" Folio Gallimard (p. 189-192)

 

Lire aussi:

Les grands textes de Karl Marx - 1 : la critique des libertés formelles de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dont le pivot est le droit de propriété - une critique des déterminants bourgeois de la Révolution Française

Les grands textes de Karl Marx - 2 - La religion comme opium du peuple

Les grands textes de Karl Marx - 3: l'aliénation produite par la propriété privée et le capitalisme dans les Manuscrits de 1844

Marx et Engels: les vies extravagantes et chagrines des deux théoriciens du communisme!

 

 

 

 

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25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 06:21
Territoires palestiniens. Bulldozers israéliens contre droit des Palestiniens (Pierre Barbancey, L'Humanité, 25 juillet 2019)
Territoires palestiniens. Bulldozers israéliens contre droit des Palestiniens
Mercredi, 24 Juillet, 2019

Israël a détruit, lundi, des logements jugés illégaux au sud de Jérusalem, alors qu’ils sont sous l’administration de l’Autorité palestinienne. La communauté internationale condamne, mais n’agit pas.

 

Depuis lundi, les autorités israéliennes procèdent à la démolition de plusieurs immeubles à Wadi Houmous dans le village de Sur Baher, quartier résidentiel à cheval entre Jérusalem-Est et la Cisjordanie, territoires palestiniens occupés depuis 1967. Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha), 10 bâtiments, dont la plupart sont encore en construction, sont concernés par l’opération israélienne de démolition. Un immeuble inachevé de huit étages a été partiellement détruit à l’explosif. Environ 350 personnes sont impactées et 17 autres seront déplacées, toujours selon l’Ocha. « Je veux mourir ici ! » criait un homme, après avoir été évacué de force.

A priori, malheureusement, rien de très nouveau, puisque, dans le cadre de sa politique de judaïsation de Jérusalem, Israël installe de force des colons dans la partie orientale, notamment dans les quartiers de Silwan et de Cheikh Jara’h, et refuse tout permis de construire aux familles palestiniennes, forcées de détruire elles-mêmes leurs maisons sous peine de devoir payer en plus l’utilisation des bulldozers par l’occupant.

Une opération « destinée à couper Jérusalem de Bethléem »

Ce qui se passe à Sur Baher est pourtant encore plus grave. Wadi Houmous a une situation administrative particulière : il se trouve à la fois dans les zones A, B, sous contrôle civil de l’Autorité palestinienne, et C, sous contrôle israélien comme défini par les accords d’Oslo. De plus, bien que considéré comme appartenant à la Cisjordanie, il se trouve du « bon » côté du mur de séparation construit par les Israéliens, c’est-à-dire que les habitants peuvent se rendre sans entrave à Jérusalem même. Ce que les Palestiniens considèrent comme un « mur de l’apartheid », constitué de barbelés, de clôtures électroniques et de blocs de béton atteignant jusqu’à neuf mètres de haut, est jugé illégal par la Cour internationale de justice et doit s’étendre sur 712 kilomètres. Son tracé se trouve à 85 % en Cisjordanie occupée et isole 9,4 % du territoire palestinien, selon les cartes de l’ONU.

Israël affirme maintenant que les immeubles visés ont été construits trop près du mur (sic). Les Palestiniens accusent de leur côté Tel-Aviv d’utiliser la sécurité comme prétexte pour les contraindre à abandonner la zone, ce qui semble totalement en adéquation avec les plans ­israéliens d’expulsion, voire de nettoyage ethnique dans le cadre d’une reconfiguration de la Cisjordanie (notamment l’annexion de la zone C) et de Jérusalem-Est. Le président palestinien, Mahmoud Abbas, a condamné ces démolitions comme « une dangereuse escalade contre le peuple palestinien sans défense ». Pour sa part, le ministre palestinien chargé de la surveillance des colonies israéliennes, Walid Assaf, dénonce une opération « destinée à couper Jérusalem de Bethléem », dans le sud de la Cisjordanie.

Une vingtaine de diplomates, pour la plupart de pays européens, se sont bien rendus, le 16 juillet, dans le quartier touché, où des responsables palestiniens les avaient appelés à empêcher Israël de démolir ces habitations. Mais, visiblement, Benyamin Netanyahou et son gouvernement considèrent que les lois internationales n’existent que pour les autres pays (notamment l’Iran), tout comme les mesures coercitives. La question se pose pourtant avec acuité. À quoi sert, pour l’ONU, de déclarer que « la politique d’Israël de détruire une propriété palestinienne n’est pas compatible avec ses obligations au regard du droit humanitaire international », si rien n’est fait pour l’y contraindre ? Que vaut l’injonction de l’Union européenne à Israël d’« arrêter immédiatement les démolitions en cours », estimant que la politique israélienne « affaiblit la viabilité de la solution à deux États et les perspectives d’une paix durable », si elle ne se donne pas les moyens de faire cesser ce déni du droit du peuple palestinien ? Que vaut l’action de la France qui « condamne » ces démolitions, quand Emmanuel Macron reçoit en grande pompe Benyamin Netanyahou, et Anne Hidalgo, le maire israélien de la Jérusalem occupée ? Seuls des actes forts, politiques et économiques, comme la suspension de l’accord UE-Israël ou le développement de la campagne BDS, seront à même de faire plier le gouvernement israélien.

Pierre Barbancey
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