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28 juillet 2019 7 28 /07 /juillet /2019 06:00
Les grands textes de Karl Marx - 7 - Le Manifeste du Parti communiste - Les conditions du communisme se développent dans le développement du capitalisme et de la domination de la bourgeoisie

Karl Marx (1818-1883) - Philosophie de l'histoire et théorie révolutionnaire

Karl Marx, Le Manifeste du Parti communiste (1848)

"Un spectre hante l'Europe: c'est le spectre du communisme. Pour le traquer, toutes les puissances de la vieille Europe se sont liguées en une sainte chasse à courre: le Pape et le Tsar, Metternich et Guizot, des radicaux français et des policiers allemands.

Quel est le parti d'opposition que ses adversaires au pouvoir n'ont pas exécré comme communiste? Quel parti de l'opposition n'a pas renvoyé l'accusation flétrissante de communisme à plus oppositionnel que soi, tout comme à ses adversaires réactionnaires?

Ce fait suggère une double conclusion:

Le communisme est reconnu, dès maintenant, et par tous les gouvernements européens, comme une puissance.

Il est grand temps que les communistes exposent publiquement, à la face du monde entier, leurs conceptions, leurs buts et leurs tendances; qu'ils opposent à la légende du spectre du communisme un manifeste du parti lui-même.

C'est à cette fin que les communistes des nationalités les plus diverses se sont réunis à Londres, et ont rédigé et publié le manifeste que voici, qui sera publié en français, allemand, italien, flamand et danois.

Bourgeois et prolétaires

L'histoire de toute société, jusqu'à nos jours, c'est l'histoire de la lutte de classes.

Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande et compagnon, en un mot: oppresseurs et opprimés, se sont trouvés en constante opposition; ils ont mené une lutte sans répit, tantôt cachée, tantôt ouverte, une guerre qui chaque fois finissait soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la ruine commune des classes en lutte. 

Aux époques historiques anciennes, nous trouvons presque partout une organisation complète de la société en ordres distincts, une hiérarchie variée de positions sociales. Dans la Rome antique, nous avons des patriciens, des chevaliers, des plébéiens, des esclaves; au Moyen-âge, des seigneurs, des vassaux, des maîtres de guilde, des compagnons, des serfs; et, dans presque chacune de ces classes, de nouvelles divisions hiérarchiques.

La société bourgeoise moderne, qui est issue des ruines de la société féodale, n'a pas surmonté les antagonismes de classes. Elle a mis seulement en place des classes nouvelles, de nouvelles conditions d'oppression, de nouvelles formes de lutte à la place des anciennes.

Toutefois, notre époque - l'époque de la bourgeoisie - se distingue des autres par un trait particulier : elle a simplifié les antagonismes de classes. De plus en plus, la société se divise en deux grands camps ennemis, en deux grandes classes qui s'affrontent directement: la bourgeoisie et le prolétariat.

Des serfs du moyen âge naquirent les bourgeois des premières agglomérations urbaines; de cette population municipale sortirent les premiers éléments de la bourgeoisie.

La découverte de l'Amérique, la circumnavigation de l'Afrique offrirent à la bourgeoisie naissante un nouveau champ d'action. Les marchés des Indes Orientales et de la Chine, la colonisation de l'Amérique, le commerce colonial, la multiplication des moyens d'échange et, en général, des marchandises donnèrent un essor jusqu'alors inconnu au négoce, à la navigation, à l'industrie et assurèrent, en conséquence, un développement rapide à l'élément révolutionnaire de la société féodale en dissolution.

L'ancien mode d'exploitation féodal ou corporatif de l'industrie ne suffisait plus aux besoins qui croissaient sans cesse à mesure que s'ouvraient de nouveaux marchés. La manufacture prit sa place. La moyenne bourgeoisie industrielle supplanta les maîtres de jurande; la division du travail entre les différentes corporations céda la place à la division du travail au sein de l'atelier même.

Mais les marchés s'agrandissaient sans cesse : la demande croissait toujours. La manufacture, à son tour, devint insuffisante. Alors, la vapeur et la machine révolutionnèrent la production industrielle. La grande industrie moderne supplanta la manufacture; la moyenne bourgeoisie industrielle céda la place aux millionnaires de l'industrie, aux chefs de véritables armées industrielles, aux bourgeois modernes.

La grande industrie a créé le marché mondial, préparé par la découverte de l'Amérique. Le marché mondial accéléra prodigieusement le développement du commerce, de la navigation, des voies de communication. Ce développement réagit à son tour sur l'extension de l'industrie; et, au fur et a mesure que l'industrie, le commerce, la navigation, les chemins de fer se développaient, la bourgeoisie grandissait, décuplant ses capitaux et refoulant à l'arrière-plan les classes léguées par le moyen âge.

La bourgeoisie, nous le voyons, est elle-même le produit d'un long développement, d'une série de révolutions dans le mode de production et les moyens de communication.

A chaque étape de l'évolution que parcourait la bourgeoisie correspondait pour elle un progrès politique. Classe opprimée par le despotisme féodal, association armée s'administrant elle-même dans la commune ici, république urbaine indépendante; là, tiers état taillable et corvéable de la monarchie, puis, durant la période manufacturière. contrepoids de la noblesse dans a monarchie féodale ou absolue, pierre angulaire des grandes monarchies, la bourgeoisie, depuis l'établissement de la grande industrie et du marché mondial, s'est finalement emparée de la souveraineté politique exclusive dans L’État représentatif moderne. Le pouvoir d’État moderne n'est qu'un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière.

La bourgeoisie a joué dans l'histoire un rôle éminemment révolutionnaire.

Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l'homme féodal à ses "supérieurs naturels", elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt, les dures exigences du "paiement au comptant". Elle a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d'échange; elle a substitué aux nombreuses libertés, si chèrement conquises, l'unique et impitoyable liberté du commerce. En un mot, à la place de l'exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a mis une exploitation ouverte, éhontée, directe, brutale.

La bourgeoisie a dépouillé de leur auréole toutes les activités qui passaient jusque-là pour vénérables et qu'on considérait avec un saint respect. Le médecin, le juriste, le prêtre, le poète, le savant, elle en a fait des salariés à ses gages.

La bourgeoisie a déchiré le voile de sentimentalité qui recouvrait les relations de famille et les a réduites à n'être que de simples rapports d'argent.

La bourgeoisie a révélé comment la brutale manifestation de la force au moyen âge, si admirée de la réaction, trouva son complément naturel dans la paresse la plus crasse. C'est elle qui, la première, a fait voir ce dont est capable l'activité humaine. Elle a créé de tout autres merveilles que les pyramides d’Égypte, les aqueducs romains, les cathédrales gothiques; elle a mené à bien de tout autres expéditions que les invasions et les croisades.

La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c'est-à-dire l'ensemble des rapports sociaux. Le maintien sans changement de l'ancien mode de production était, au contraire, pour toutes les classes industrielles antérieures, la condition première de leur existence. Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l'époque bourgeoise de toutes les précédentes. Tous les rapports sociaux, figés et couverts de rouille, avec leur cortège de conceptions et d'idées antiques et vénérables, se dissolvent; ceux qui les remplacent vieillissent avant d'avoir pu s'ossifier. Tout ce qui avait solidité et permanence s'en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont forcés enfin d'envisager leurs conditions d'existence et leurs rapports réciproques avec des yeux désabusés.

Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s'implanter partout, exploiter partout, établir partout des relations.

Par l'exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l'industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplantées par de nouvelles industries, dont l'adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées, industries qui n'emploient plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les parties du globe. A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits des contrées et des climats les plus lointains. A la place de l'ancien isolement des provinces et des nations se suffisant à elles-mêmes, se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations. Et ce qui est vrai de la production matérielle ne l'est pas moins des productions de l'esprit. Les œuvres intellectuelles d'une nation deviennent la propriété commune de toutes. L'étroitesse et l'exclusivisme nationaux deviennent de jour en jour plus impossibles et de la multiplicité des littératures nationales et locales naît une littérature universelle.

Par le rapide perfectionnement des instruments de production et l'amélioration infinie des moyens de communication, la bourgeoisie entraîne dans le courant de la civilisation jusqu'aux nations les plus barbares. Le bon marché de ses produits est la grosse artillerie qui bat en brèche toutes les murailles de Chine et contraint à la capitulation les barbares les plus opiniâtrement hostiles aux étrangers. Sous peine de mort, elle force toutes les nations à adopter le mode bourgeois de production ; elle les force à introduire chez elle la prétendue civilisation, c'est-à-dire à devenir bourgeoises. En un mot, elle se façonne un monde à son image.

La bourgeoisie a soumis la campagne à la ville. Elle a créé d'énormes cités; elle a prodigieusement augmenté la population des villes par rapport à celles des campagnes, et par là, elle a arraché une grande partie de la population à l'abrutissement de la vie des champs. De même qu'elle a soumis la campagne à la ville, les pays barbares ou demi-barbares aux pays civilisés, elle a subordonné les peuples de paysans aux peuples de bourgeois, l'Orient à l'Occident.

La bourgeoisie supprime de plus en plus l'émiettement des moyens de production, de la propriété et de la population. Elle a aggloméré la population, centralisé les moyens de production et concentré la propriété dans un petit nombre de mains. La conséquence totale de ces changements a été la centralisation politique. Des provinces indépendantes, tout juste fédérées entre elles, ayant des intérêts, des lois, des gouvernements, des tarifs douaniers différents, ont été réunies en une seule nation, avec un seul gouvernement, une seule loi, un seul intérêt national de classe, derrière un seul cordon douanier.

La bourgeoisie, au cours de sa domination de classe à peine séculaire, a créé des forces productives plus nombreuses; et plus colossales que l'avaient fait toutes les générations passées prises ensemble. La domestication des forces de la nature, les machines, l'application de la chimie à l'industrie et à l'agriculture, la navigation à vapeur, les chemins de fer, les télégraphes électriques, le défrichement de continents entiers, la régularisation des fleuves, des populations entières jaillies du sol - quel siècle antérieur aurait soupçonné que de pareilles forces productives dorment au sein du travail social ?

Voici donc ce que nous avons vu : les moyens de production et d'échange. sur la base desquels s'est édifiée la bourgeoise, furent créés à l'intérieur de la société féodale. A un certain degré du développement de ces moyens de production et d'échange, les conditions dans lesquelles la société féodale produisait et échangeait, l'organisation féodale de l'agriculture et de la manufacture, en un mot le régime féodal de propriété, cessèrent de correspondre aux forces productives en plein développement. Ils entravaient la production au lieu de la faire progresser. Ils se transformèrent en autant de chaînes. Il fallait les briser. Et on les brisa.

A sa place s'éleva la libre concurrence, avec une constitution sociale et politique appropriée, avec la suprématie économique et politique de la classe bourgeoise.

Nous assistons aujourd'hui à un processus analogue. Les conditions bourgeoises de production et d'échange, le régime bourgeois de la propriété, la société bourgeoise moderne, qui a fait surgir de si puissants moyens de production et d'échange, ressemblent au magicien qui ne sait plus dominer les puissances infernales qu'il a évoquées. Depuis des dizaines d'années, l'histoire de l'industrie et du commerce n'est autre chose que l'histoire de la révolte des forces productives modernes contre les rapports modernes de production, contre le régime de propriété qui conditionnent l'existence de la bourgeoisie et sa domination. Il suffit de mentionner les crises commerciales qui, par leur retour périodique, menacent de plus en plus l'existence de la société bourgeoise.

Chaque crise détruit régulièrement non seulement une masse de produits déjà créés, mais encore une grande partie des forces productives déjà existantes elles-mêmes. Une épidémie qui, à toute autre époque, eût semblé une absurdité, s'abat sur la société, - l'épidémie de la surproduction. La société se trouve subitement ramenée à un état de barbarie momentanée; on dirait qu'une famine, une guerre d'extermination lui ont coupé tous ses moyens de subsistance; l'industrie et le commerce semblent anéantis.

Et pourquoi ? Parce que la société a trop de civilisation, trop de moyens de subsistance, trop d'industrie, trop de commerce. Les forces productives dont elle dispose ne favorisent plus le régime de la propriété bourgeoise; au contraire, elles sont devenues trop puissantes pour ce régime qui alors leur fait obstacle; et toutes les fois que les forces productives sociales triomphent de cet obstacle, elles précipitent dans le désordre la société bourgeoise tout entière et menacent l'existence de la propriété bourgeoise. Le système bourgeois est devenu trop étroit pour contenir les richesses créées dans son sein. 

Comment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises ? D'un côté, en détruisant par la violence une masse de forces productives; de l'autre, en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus à fond les anciens. A quoi cela aboutit-il ? A préparer des crises plus générales et plus formidables et à diminuer les moyens de les prévenir. Les armes dont la bourgeoisie s'est servie pour abattre la féodalité se retournent aujourd'hui contre la bourgeoisie elle-même.

Mais la bourgeoisie n'a pas seulement forgé les armes qui la mettront à mort; elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes, les ouvriers modernes, les prolétaires.

A mesure que grandit la bourgeoisie, c'est-à-dire le capital, se développe aussi le prolétariat, la classe des ouvriers modernes qui ne vivent qu'à la condition de trouver du travail et qui n'en trouvent que si leur travail accroît le capital. Ces ouvriers, contraints de se vendre au jour le jour, sont une marchandise, un article de commerce comme un autre; ils sont exposés, par conséquent, à toutes les vicissitudes de la concurrence, à toutes les fluctuations du marché.

Le développement du machinisme et la division du travail, en faisant perdre au travail de l'ouvrier tout caractère d'autonomie, lui ont fait perdre tout attrait. Le producteur devient un simple accessoire de la machine, on n'exige de lui que l'opération la plus simple, la plus monotone, la plus vite apprise. Par conséquent, ce que coûte l'ouvrier se réduit, à peu de chose près, au coût de ce qu'il lui faut pour s'entretenir et perpétuer sa descendance. Or, le prix du travail, comme celui de toute marchandise, est égal à son coût de production. Donc, plus le travail devient répugnant, plus les salaires baissent. Bien plus, la somme de labeur s'accroît avec le développement du machinisme et de la division du travail, soit par l'augmentation des heures ouvrables, soit par l'augmentation du travail exigé dans un temps donné, l'accélération du mouvement des machines, etc.

L'industrie moderne a fait du petit atelier du maître artisan patriarcal la grande fabrique du capitalisme industriel. Des masses d'ouvriers, entassés dans la fabrique, sont organisés militairement. Simples soldats de l'industrie, ils sont placés sous la surveillance d'une hiérarchie complète de sous-officiers et d'officiers. Ils ne sont pas seulement les esclaves de la classe bourgeoise, de l’État bourgeois, mais encore, chaque jour, à chaque heure, les esclaves de la machine, du contremaître et surtout du bourgeois fabricant lui-même. Plus ce despotisme proclame ouvertement le profit comme son but unique, plus il devient mesquin, odieux, exaspérant.

(...)

Une fois que l'ouvrier a subi l'exploitation du fabricant et qu'on lui a compté son salaire, il devient la proie d'autres membres de la bourgeoisie : du propriétaire, du détaillant, du prêteur sur gages, etc., etc.

Petits industriels, marchands et rentiers, artisans et paysans, tout l'échelon inférieur des classes moyennes de jadis, tombent dans le prolétariat; d'une part, parce que leurs faibles capitaux ne leur permettant pas d'employer les procédés de la grande industrie, ils succombent dans leur concurrence avec les grands capitalistes; d'autre part, parce que leur habileté technique est dépréciée par les méthodes nouvelles de production. De sorte que le prolétariat se recrute dans toutes les classes de la population.

Le prolétariat passe par différentes phases d'évolution. Sa lutte contre la bourgeoisie commence avec son existence même.

La lutte est engagée d'abord par des ouvriers isolés, ensuite par les ouvriers d'une même fabrique, enfin par les ouvriers d'une même branche d'industrie, dans une même localité, contre le bourgeois qui les exploite directement. Ils ne dirigent pas seulement leurs attaques contre les rapports bourgeois de production : ils les dirigent contre les instruments de production eux-mêmes; ils détruisent les marchandises étrangères qui leur font concurrence, brisent les machines, brûlent les fabriques et s'efforcent de reconquérir la position perdue de l'artisan du moyen age.

A ce stade, le prolétariat forme une masse disséminée à travers le pays et émiettée par la concurrence. S'il arrive que les ouvriers se soutiennent par l'action de masse, ce n'est pas encore là le résultat de leur propre union, mais de celle de la bourgeoisie qui, pour atteindre ses fins politiques propres, doit mettre en branle le prolétariat tout entier, et qui possède encore provisoirement le pouvoir de le faire. Durant cette phase, les prolétaires ne combattent donc pas leurs propres ennemis, mais les ennemis de leurs ennemis, c'est-à-dire les vestiges de la monarchie absolue, propriétaires fonciers, bourgeois non industriels, petits bourgeois. Tout le mouvement historique est de la sorte concentré entre les mains de la bourgeoisie; toute victoire remportée dans ces conditions est une victoire bourgeoise.

Or, le développement de l'industrie, non seulement accroît le nombre des prolétaires, mais les concentre en masses plus considérables; la force des prolétaires augmente et ils en prennent mieux conscience.

Les intérêts, les conditions d'existence au sein du prolétariat, s'égalisent de plus en plus, à mesure que la machine efface toute différence dans le travail et réduit presque partout le salaire à un niveau également bas. Par suite de la concurrence croissante des bourgeois entre eux et des crises commerciales qui en résultent, les salaires deviennent de plus en plus instables; le perfectionnement constant et toujours plus rapide de la machine rend la condition de l'ouvrier de plus en plus précaire; les collisions individuelles entre l'ouvrier et le bourgeois prennent de plus en plus le caractère de collisions entre deux classes. Les ouvriers commencent par former des coalitions contre les bourgeois pour la défense de leurs salaires. Ils vont jusqu'à constituer des associations permanentes pour être prêts en vue de rébellions éventuelles. Çà et là, la lutte éclate en émeute.

Parfois, les ouvriers triomphent; mais c'est un triomphe éphémère. Le résultat véritable de leurs luttes est moins le succès immédiat que l'union grandissante des travailleurs Cette union est facilitée par l'accroissement des moyens de communication qui sont créés par une grande industrie et qui permettent aux ouvriers de localités différentes de prendre contact. Or, il suffit de cette prise de contact pour centraliser les nombreuses luttes locales, qui partout revêtent le même caractère, en une lutte nationale, en une lutte de classes. Mais toute lutte de classes est une lutte politique, et l'union que les bourgeois du moyen âge mettaient des siècles à établir avec leurs chemins vicinaux, les prolétaires modernes la réalisent en quelques années grâce aux chemins de fer.

Cette organisation du prolétariat en classe, et donc en parti politique, est sans cesse détruite de nouveau par la concurrence que se font les ouvriers entre eux. Mais elle renaît toujours, et toujours plus forte, plus ferme, plus puissante. Elle profite des dissensions intestines de la bourgeoisie pour l'obliger à reconnaître, sous forme de loi, certains intérêts de la classe ouvrière : par exemple le bill de dix heures en Angleterre.

En général, les collisions qui se produisent dans la vieille société favorisent de diverses manières le développement du prolétariat. La bourgeoisie vit dans un état de guerre perpétuel; d'abord contre l'aristocratie, puis contre ces fractions de la bourgeoisie même dont les intérêts entrent en conflit avec le progrès de l'industrie, et toujours, enfin, contre la bourgeoisie de tous les pays étrangers. Dans toutes ces luttes, elle se voit obligée de faire appel au prolétariat, de revendiquer son aide et de l'entraîner ainsi dans le mouvement politique. Si bien que la bourgeoisie fournit aux prolétaires les éléments de sa propre éducation, c'est-à-dire des armes contre elle-même.

De plus, ainsi que nous venons de le voir, des fractions entières de la classe dominante sont, par le progrès de l'industrie, précipitées dans le prolétariat, ou sont menacées, tout au moins, dans leurs conditions d'existence. Elles aussi apportent au prolétariat une foule d'éléments d'éducation.

Enfin, au moment où la lutte des classes approche de l'heure décisive, le processus de décomposition de la classe dominante, de la vieille société tout entière, prend un caractère si violent et si âpre qu'une petite fraction de la classe dominante se détache de celle-ci et se rallie à la classe révolutionnaire, à la classe qui porte en elle l'avenir. De même que, jadis, une partie de la noblesse passa à la bourgeoisie, de nos jours une partie de la bourgeoisie passe au prolétariat, et, notamment, cette partie des idéologues bourgeois qui se sont haussés jusqu'à la compréhension théorique de l'ensemble du mouvement historique.

De toutes les classes qui, à l'heure présente, s'opposent à la bourgeoisie, le prolétariat seul est une classe vraiment révolutionnaire. Les autres classes périclitent et périssent avec la grande industrie; le prolétariat, au contraire, en est le produit le plus authentique.

Les classes moyennes, petits fabricants, détaillants, artisans, paysans, tous combattent la bourgeoisie parce qu'elle est une menace pour leur existence en tant que classes moyennes. Elles ne sont donc pas révolutionnaires, mais conservatrices; bien plus, elles sont réactionnaires : elles cherchent à faire tourner à l'envers la roue de l'histoire. Si elles sont révolutionnaires, c'est en considération de leur passage imminent au prolétariat : elles défendent alors leurs intérêts futurs et non leurs intérêts actuels; elles abandonnent leur propre point de vue pour se placer à celui du prolétariat.

Quant au lumpenprolétariat, ce produit passif de la pourriture des couches inférieures de la vieille société, il peut se trouver, çà et là, entraîné dans le mouvement par une révolution prolétarienne; cependant, ses conditions de vie le disposeront plutôt à se vendre à la réaction.

Les conditions d'existence de la vieille société sont déjà détruites dans les conditions d'existence du prolétariat. Le prolétaire est sans propriété; ses relations avec sa femme et ses enfants n'ont plus rien de commun avec celles de la famille bourgeoise; le travail industriel moderne, l'asservissement de l'ouvrier au capital, aussi bien en Angleterre qu'en France, en Amérique qu'en Allemagne, dépouillent le prolétaire de tout caractère national. Les lois, la morale, la religion sont à ses yeux autant de préjugés bourgeois derrière lesquels se cachent autant d'intérêts bourgeois.

Toutes les classes qui, dans le passé, se sont emparées du pouvoir essayaient de consolider leur situation acquise en soumettant la société aux conditions qui leur assuraient leurs revenus propres. Les prolétaires ne peuvent se rendre maîtres des forces productives sociales qu'en abolissant leur propre mode d'appropriation d'aujourd'hui et, par suite, tout le mode d'appropriation en vigueur jusqu'à nos jours. Les prolétaires n'ont rien à sauvegarder qui leur appartienne, ils ont à détruire toute garantie privée, toute sécurité privée antérieure.

Tous les mouvements historiques ont été, jusqu'ici, accomplis par des minorités ou au profit des minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement spontané de l'immense majorité au profit de l'immense majorité. Le prolétariat, couche inférieure de la société actuelle, ne peut se soulever, se redresser, sans faire sauter toute la superstructure des couches qui constituent la société officielle.

La lutte du prolétariat contre la bourgeoisie, bien qu'elle ne soit pas, quant au fond, une lutte nationale, en revêt cependant tout d'abord la forme. Il va sans dire que le prolétariat de chaque pays doit en finir, avant tout, avec sa propre bourgeoisie.

En esquissant à grands traits les phases du développement du prolétariat, nous avons retracé l'histoire de la guerre civile, plus ou moins larvée, qui travaille la société actuelle jusqu'à l'heure où cette guerre éclate en révolution ouverte, et où le prolétariat fonde sa domination par le renversement violent de la bourgeoisie.

Toutes les sociétés antérieures, nous l'avons vu, ont reposé sur l'antagonisme de classes oppressives et de classes opprimées. Mais, pour opprimer une classe, il faut pouvoir lui garantir des conditions d'existence qui lui permettent, au moins, de vivre dans la servitude. Le serf, en plein servage, est parvenu a devenir membre d'une commune, de même que le petit-bourgeois s'est élevé au rang de bourgeois, sous le joug de l'absolutisme féodal. L'ouvrier moderne au contraire, loin de s'élever avec le progrès de l'industrie, descend toujours plus bas, au-dessous même des conditions de vie de sa propre classe. Le travailleur devient un pauvre, et le paupérisme s'accroît plus rapidement encore que la population et la richesse. Il est donc manifeste que la bourgeoisie est incapable de remplir plus longtemps son rôle de classe dirigeante et d'imposer à la société, comme loi régulatrice, les conditions d'existence de sa classe. Elle ne peut plus régner, parce qu'elle est incapable d'assurer l'existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu'elle est obligée de le laisser déchoir au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui. La société ne peut plus vivre sous sa domination, ce qui revient à dire que l'existence de la bourgeoisie n'est plus compatible avec celle de la société.

L'existence et la domination de la classe bourgeoise ont pour condition essentielle l'accumulation de la richesse aux mains des particuliers, la formation et l'accroissement du Capital; la condition d'existence du capital, c'est le salariat. Le salariat repose exclusivement sur la concurrence des ouvriers entre eux. Le progrès de l' industrie, dont la bourgeoisie est l'agent sans volonté propre et sans résistance, substitue à l'isolement des ouvriers résultant de leur concurrence, leur union révolutionnaire par l'association. Ainsi, le développement de la grande industrie sape, sous les pieds de la bourgeoisie, le terrain même sur lequel elle a établi son système de production et d'appropriation. Avant tout, la bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs. Sa chute et la victoire du prolétariat sont également inévitables".

Lire aussi:

Les grands textes de Karl Marx - 1 : la critique des libertés formelles de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dont le pivot est le droit de propriété - une critique des déterminants bourgeois de la Révolution Française

Les grands textes de Karl Marx - 2 - La religion comme opium du peuple

Les grands textes de Karl Marx - 3: l'aliénation produite par la propriété privée et le capitalisme dans les Manuscrits de 1844

Les grands textes de Marx - 4: Les pouvoirs de l'argent (Ebauche d'une critique de l'économie politique, 1844)

Les grands textes de Karl Marx - 5: le matérialisme historique théorisé dans l'Idéologie allemande (1845)

Les grands textes de Karl Marx - 6 - L'idéologie, antagonismes de classes sociales et idées dominantes

Marx et Engels: les vies extravagantes et chagrines des deux théoriciens du communisme!

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27 juillet 2019 6 27 /07 /juillet /2019 07:30
Anna Seghers - crédit photo L'Humanité

Anna Seghers - crédit photo L'Humanité

Anna Seghers L’humanisme en transit
Vendredi, 26 Juillet, 2019
Série 1939 - Les lanceurs d'alerte

Allemande, juive et communiste, l’écrivaine, Netty Reiling de son vrai nom, choisit de dénoncer le nazisme sur les chemins de l’exil. Son arme fut la littérature.

 

En 1942, au Mexique et aux États-Unis, paraît un roman appelé à connaître un grand retentissement. La Septième Croix décrit les atrocités perpétrées dans les camps de concentration nazis avant le déclenchement de la guerre. C’est l’œuvre d’Anna Seghers, femme de lettres allemande contrainte à l’exil depuis 1933. Sa rédaction remonte à 1937, alors que l’écrivaine vivait à Paris avec sa famille. La Septième Croix (titre allemand : Das Siebte Kreuz) raconte la fuite de sept détenus du camp de concentration de Westhoffen, au bord du Rhin. Les SS se lancent à leur recherche et le commandant du camp annonce qu’ils seront crucifiés sur sept platanes dès qu’ils seront découverts. Une croix restera vide. Un seul évadé, Georg Heisler, échappera à la traque. Ce livre est un des rares de l’époque qui révélèrent la réalité des camps. Le premier chapitre avait été publié à Moscou en 1939 dans une revue littéraire internationale que dirigeait le poète allemand Johannes R. Becher.

Anna Seghers est le nom de plume choisi par une jeune femme de Mayence, Netty Reiling. Elle est née en 1900, dans une famille bourgeoise et intellectuelle d’origine juive. Fille unique du marchand d’art Isidor Reiling, Netty connaîtra pendant son adolescence la boucherie de la Première Guerre mondiale. Elle entreprend des études d’art, son sujet de thèse aura pour thème « Juifs et judéité dans l’œuvre de Rembrandt ». Netty épouse en 1925 le sociologue communiste hongrois Laszlo Radvanyi et en 1926 le jeune couple s’installe dans un premier temps à Berlin. Son premier roman portant la signature d’Anna Seghers, la Révolte des pêcheurs de Sainte-Barbara, obtient le prix Kleist. En 1928, Anna Seghers adhère au Parti communiste (KPD) et participe à la fondation de l’Union des écrivains prolétaires révolutionnaires, visite l’Union soviétique en 1930.

L’engagement politique d’Anna Seghers sera celui d’une vie. Antifascisme et communisme sont à ses yeux un même combat. Arrêtée par la Gestapo dès 1933, puis relâchée, elle quitte le Reich avec son mari et ses enfants pour la Suisse, puis gagne Paris. Elle se dépense sans compter, écrit dans la presse d’immigration Neue Deutsche Blätter, fonde avec d’autres intellectuels l’Union de défense des écrivains allemands. Ces années d’exil dans la France du Front populaire sont marquées par la mobilisation et la solidarité antifascistes. Puis, avec la déclaration de guerre, suivie de l’entrée des troupes allemandes à Paris, tout bascule pour les antifascistes allemands. Laszlo est interné au camp de Vernet, dans le sud de la France. Anna se rend à Marseille pour obtenir sa libération et trouver les moyens de quitter l’Europe. Cet épisode est la trame de son roman Transit. Aux yeux de l’écrivain Heinrich Böll, Transit « est le plus beau roman d’Anna Seghers, en raison de la situation historique et politique atrocement unique qu’elle a choisie comme modèle référent ».

Dans le grand port de la Méditerranée, des anciens des Brigades internationales, des écrivains, des juifs, des militants communistes harcelés par le régime de Vichy tentent de fuir la souricière, à la recherche d’un bateau qui leur permettra d’échapper à la mort. En 1941, la famille Radvanyi est réunie à Mexico. Anna Seghers y fonde le club Heinrich-Heine, lance le comité Freies Deutschland.

En 1947, elle revient dans son pays natal, après quatorze ans d’exil. Elle s’installe à Berlin, dans la partie occidentale puis orientale, en 1950, et se fixe définitivement dans la capitale de la République démocratique allemande, fondée le 7 octobre 1949. Elle devient avec Bertolt Brecht la personnalité la plus célèbre du monde de la culture dans la nouvelle Allemagne. Ses livres sont publiés à des centaines de milliers d’exemplaires : Les morts restent jeunes (1949), la Confiance (1968)… En 1952, elle devient présidente de l’Union des écrivains de RDA. Elle le restera jusqu’en 1978. Personnalité officielle, membre du Parti socialiste unifié d’Allemagne, sa proximité avec le pouvoir politique la conduira à se montrer discrète quand des intellectuels eurent maille à partir avec des autorités aux conceptions rigides. Cela lui fut reproché. Ce fut une intellectuelle partagée entre son idéal d’émancipation et de justice et les désillusions d’une politique qui s’en éloignait. Elle meurt en 1983, laisse une œuvre considérable habitée par un humanisme combatif, forgé dans ses longues années d’exil.

Jean-Paul Piérot
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27 juillet 2019 6 27 /07 /juillet /2019 07:19

 

Installés à Londres, où Boris Johnson s’apprête à devenir, aujourd’hui, premier ministre, les géants de la banque et de l’assurance ont mis toutes leurs capacités d’influence pour supprimer les règles au profit de la haute finance.

La City revient dans la course. Le célèbre centre financier de Londres avait été pris à contre-pied par le Brexit, qu’il avait combattu initialement, le considérant comme un empêcheur d’étendre son emprise sur une Europe où il a acquis une place prépondérante. Il s’inquiétait des conséquences de la perte du passeport qui lui permettait de vendre librement ses services financiers sur le grand marché européen. Mais la City s’est adaptée. Elle a même tiré parti de la situation, dans la plus grande discrétion. Au point de faire de ce Brexit non plus un handicap, mais une opportunité. Son secret : le déploiement d’un réseau d’influence de très gros calibre. Un rapport publié en juin par une association d’ONG spécialisées de longue date dans l’observation des lobbys en Europe et regroupées sous le sigle Enco (European Network of Corporate Observatories, Réseau européen des observatoires du très grand patronat) (1) révèle ses redoutables méthodes pour prendre la main sur l’après-Brexit et booster encore au passage une financiarisation qui lui est si favorable.

Tout d’abord, il faut bien cerner ce qu’est le nom du mastodonte basé à Londres. Il est loin de constituer une entité purement britannique. Les figures de proue des services financiers qui y sont regroupés appartiennent au monde global de la finance. Et, parmi eux, ceux qui ont acquis le poids le plus prépondérant viennent de l’autre côté de l’Atlantique. Ils s’appellent Goldman Sachs, Morgan Stanley ou BlackRock. Des acteurs européens comme l’allemand Deutsche Bank ou le français BNP Paribas figurent aussi dans l’organigramme de la « City of London Corporation », « l’organe de gouvernance » de la City, relèvent les enquêteurs du réseau Enco, mais ils sont loin d’y avoir la « place décisive » des champions de la finance états-unienne. Ce sont ces derniers qui y font la pluie et le beau temps.

La principale « avancée », la « coopération réglementaire »

L’engagement des lobbyistes de la City est monté en puissance après le référendum de 2016 qui a scellé le Brexit. Ils ont multiplié les interventions dans toutes les capitales, augmentant leurs dépenses ad hoc de quelque 175 %. Au chapitre des inflexions obtenues, les enquêteurs du réseau Enco relèvent singulièrement combien la France d’Emmanuel Macron a été réceptive à leurs « arguments » en baissant la fiscalité sur les plus grandes fortunes, les actionnaires et les entreprises. Sans que cet effort, qui fut parfois présenté comme le moyen d’attirer les traders vers la Place de Paris dans une course à la récupération du rôle de la City, n’ait jamais été vraiment suivi de transferts massifs des activités financières des rives de la Tamise vers celles de la Seine. Autrement dit : si les géants de la finance ont profité à plein des nouvelles réglementations françaises, ils restent persuadés que Londres, en prise avec Wall Street, saura continuer de leur offrir les meilleures garanties.

La principale « avancée » obtenue par les lobbyistes de la City pour gérer la période post-Brexit au mieux de leurs intérêts porte un nom : la « coopération réglementaire ». Derrière le vocable un peu aride se cache la recherche de moyens destinés à rendre compatibles, voire à harmoniser des normes en vigueur dans les différents marchés et systèmes financiers. Les géants de la City possèdent un outil très performant pour imposer le type de régulation qui leur soit le plus profitable : l’International Regulatory Strategy Group (IRSG ou Groupe international de stratégie régulatrice).

Omniprésents parmi les « conseillers » du gouvernement de Londres mais aussi de Paris, Berlin et d’autres capitales européennes, les représentants de l’IRSG ont réussi à se tailler une place de choix auprès de Michel Barnier, le commissaire européen chargé pour l’UE de la négociation du Brexit. Dans leurs investigations, les ONG observatrices de l’action des lobbys ont comptabilisé « pas moins de 67 rencontres entre l’équipe du négociateur français » et des organismes « d’experts » directement issus du monde de la City. Soit, soulignent-ils, « plus encore que les meetings consacrés par les mêmes aux ministres et officiels du Royaume Uni ».

La coopération réglementaire offre un avantage considérable pour façonner les futures relations entre les marchés et les grandes places financières de la planète. Elle garantit là encore la discrétion, cette seconde nature cultivée par la City. Intervenant a posteriori du tumulte médiatique autour des futures relations, politiques et commerciales entre le Royaume-Uni et ses anciens partenaires européens, elle pourra permettre de prendre des décisions mûries dans le secret d’un monde de spécialistes opportunément dépêchés par les géants de la finance.

Les enquêteurs de l’ONG Enco tirent la sonnette d’alarme

La méthode de la coopération réglementaire offre de plus l’avantage non négligeable qu’elle semble être frappée au coin du bon sens. N’est-il pas souhaitable de gérer au mieux les divergences apparues entre différentes zones ? D’autant que le Royaume-Uni et l’UE étaient autrefois membres d’une même entité. Le problème, c’est que, pilotée de fait par la finance, la recherche de deals réglementaires « pragmatiques » risque de s’apparenter à un massacre des garde-fous et autres protections des consommateurs, mis en place ici et là pour essayer de tirer enseignement des dérives qui ont conduit au krach de 2007-2008.

Les enquêteurs d’Enco tirent la sonnette d’alarme. Ils soulignent combien une certaine coopération réglementaire, instaurée au milieu de la décennie 2000, a contribué à l’effondrement financier de l’époque. Ils pointent les circonstances de la descente aux enfers de l’assureur états-unien AIG (American International Group), qui avait pu accumuler des produits à haute teneur spéculative baptisés « credit default swaps » (CDS, contrats d’échange sur défaillance de crédit). Ce qui a conduit à la seconde plus grosse faillite de l’époque après celle de Lehman Brothers. Signe particulier, relèvent les auteurs de l’enquête d’Enco, un deal dit de « reconnaissance mutuelle » passé au nom de la coopération réglementaire avait permis à l’assureur de se saisir des « normes » financières les plus « permissives ». Au prix du gonflement de monstrueuses bulles spéculatives.

Parmi les outils que les lobbyistes voudraient accrocher à la coopération réglementaire post-Brexit figure une extension du recours potentiel à des tribunaux d’arbitrage privés pour « régler » des litiges opposant un des géants de la finance à l’UE ou à un État. On irait ainsi plus loin que dans l’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada (Ceta), qui exclut encore les services financiers de la possibilité de se pourvoir en justice contre la puissance publique.

Les recommandations des lobbyistes de la City peuvent cadrer parfaitement avec les choix du très faussement hétérodoxe Boris Johnson, champion hors catégorie dans l’usage de la démagogie et de la xénophobie durant la campagne du référendum qui a conduit au Brexit. Quant à Donald Trump, qui le soutient bruyamment, ne présente-t-il pas lui aussi de grands avantages, aux yeux des financiers londoniens ? N’a-t-il pas contribué à créer une dynamique sur les marchés quand il a liquidé aux États-Unis les modestes tentatives de régulation, comme la loi Dodd-Frank, instaurée à la suite du krach de 2007-2008... La convergence des deux chefs d’État désireux d’entraîner le monde vers un tournant national-libéral ne fait assurément plus peur à la City.

(1) Ont coopéré à cette enquête au sein d’Enco les ONG : Observatoire des multinationales, Spinwatch, Corporate Europe Observatory (CEO) et Lobby Control. Elle est disponible en intégralité à l’adresse Internet suivante : https://multinationales.org/IMG/pdf/brexit.pdf

Bruno Odent

 

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans INTERNATIONAL
27 juillet 2019 6 27 /07 /juillet /2019 06:35
Charlie Chaplin. Et Charlot fit entendre sa voix - L'Humanité, Christophe Deroubaix, jeudi 25 juillet
Charlie Chaplin Et Charlot fit entendre sa voix…
Jeudi, 25 Juillet, 2019
Série 1939 - Les lanceurs d'alerte

Le Dictateur, sorti en 1940, fut le premier film parlant de Charlot, le plus politique aussi. Ce qui lui valut l’accusation de « sympathie pour le communisme » dans l’Amérique de la chasse aux sorcières des années d’après-guerre.

 

Et Charles Spencer Chaplin parla. Il avait jusqu’alors résisté à la vague du cinéma parlant. Dans la scène finale des Temps modernes, Charlot avait bien concédé un peu de terrain sur l’air de Titine avec un salmigondis néo-espérantiste. Mais, cette fois-ci, Charles Spencer Chaplin parla vraiment. En 1936, les spectateurs entendirent sa voix. En 1940, Chaplin fit entendre la sienne. Les annales du cinéma retiendront que, la première fois que l’un des plus grands génies du 7e art parla intelligiblement à l’écran, ce fut pour s’incarner dans le personnage d’un barbier juif en butte à la brutalité nazie. Puis, pour ridiculiser la figure centrale de celle-ci : le dictateur.

Si, 79 ans après sa sortie sur les écrans des États-Unis (les Français ne purent le voir qu’en 1945), l’œuvre fait consensus, le projet s’avérait beaucoup moins mainstream dans l’Amérique des années 1930. L’opinion publique voit majoritairement les tensions montantes comme un problème interne au Vieux Continent.  L’extrême droite instrumentalise ce sentiment pacifiste aux tendances isolationnistes. Elle s’organise, à partir de septembre 1940, autour d’un comité baptisé America First qui fait de Charles Lindbergh sa figure de proue. L’aviateur a déjà reçu, en 1938, des mains de Göring une médaille offerte par Hitler lui-même. Sur incitation de l’ambassadeur des États-Unis à Londres – un certain Joseph Kennedy –, il plaide la non-intervention dans un mémo secret envoyé au gouvernement britannique.

Il veut ridiculiser Hitler et il le fera

Chaplin a commencé à écrire le scénario dès 1937, avant même les accords de Munich. Le clap de début du tournage retentit en septembre 1939, alors que l’Allemagne vient d’envahir la Pologne. Son film paraît sur les grands écrans en octobre 1940, alors que les nazis sont dans Paris.

Voilà le contexte dans lequel Charles Chaplin a préparé puis tourné The Great Dictator. Indépendant financièrement, il dispose d’une marge de manœuvre totale. Et il l’exploite. Il veut faire un film politique et il le fera. Il veut ridiculiser Hitler et il le fera. Son Adenoïd Hynkel est un personnage mégalomaniaque, colérique, méprisable et… dangereux. Car Chaplin ne cède pas à la farce. Le cinéaste avait d’ailleurs étudié avec soin le film de Leni Riefenstahl, le Triomphe de la volonté, visionné pour la première au Moma de New York en compagnie de René Clair. S’il fait presque s’étouffer le dictateur de Tomanie dans sa propre haine, lors de la célèbre scène du discours, la volonté de faire prendre conscience du danger prend manifestement le dessus sur celle de se payer sa tête. La scène finale au cours de laquelle le barbier juif délivre un discours humaniste ne laisse plus l’ombre d’un doute : le film est totalement politique.

Cela lui valut sans doute l’accueil tiède des professionnels de la profession, à rebours de celui, enthousiaste, du public. Lors de la cérémonie des oscars qui se déroule début 1941, Chaplin repart bredouille malgré cinq nominations. Il n’est lui-même pas nommé dans la catégorie « meilleur réalisateur ». « Dorénavant, aucun admirateur ne pourra séparer la dimension politique de sa star de cinéma », selon l’historien du cinéma Charles Maland, qui y voit le début du déclin de la popularité de Chaplin. À voir.

En tout cas, le Dictateur marque, sans aucun doute, le début de ses ennuis avec le pouvoir américain. John Edgar Hoover, le directeur du FBI, a tendance à voir un communiste dans chaque antifasciste de la première heure. Chaplin est inculpé dès 1943 par la police fédérale dans une affaire tout à fait personnelle et intime : une relation avec une starlette, Joan Barry, et la procédure en reconnaissance de paternité lancée par celle-ci. Il aggrave, peu après, son cas en épousant, à 54 ans, Oona O’Neill, âgée de 18 ans.

Mais la « turpitude morale » dont l’accuse le procureur ne constituait qu’une sorte de préface à l’accusation ultime, politique : celle de sympathie pour le communisme. En septembre 1952, alors que Chaplin navigue vers l’Angleterre pour l’avant-première de son nouveau film (les Feux de la rampe), le ministre de la justice révoque son visa. À 63 ans, il laisse derrière lui une Amérique rongée par le maccarthysme. Songeait-il alors, en voguant vers sa terre natale, aux premiers mots du monologue final du Dictateur : « Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n’est pas mon affaire. Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, Blancs et Noirs. Nous voudrions tous nous aider, les êtres humains sont ainsi. Nous voulons donner le bonheur à notre prochain, pas le malheur. Nous ne voulons ni haïr, ni humilier personne. Dans ce monde, chacun de nous a sa place, et notre Terre est bien assez riche pour nourrir tout le monde. Nous pourrions tous avoir une belle vie libre, mais nous avons perdu le chemin. »

Christophe Deroubaix
Charlie Chaplin. Et Charlot fit entendre sa voix - L'Humanité, Christophe Deroubaix, jeudi 25 juillet
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27 juillet 2019 6 27 /07 /juillet /2019 06:00
Les grands textes de Karl Marx - 6 - L'idéologie, antagonismes de classes sociales et idées dominantes

Les grands textes de Karl Marx - 6

Le matérialisme historique

Karl Marx (1818-1883)

"L'idéologie allemande" - Classes et idées dominantes (Manuscrit, 1845-1846)

" A toute époque, les idées de la classe dominante sont les idées dominantes; autrement dit, la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est en même temps la puissance spirituelle dominante.  La classe qui dispose des moyens de production matérielle dispose en même temps, de ce fait, des moyens de la production intellectuelle, si bien qu'en général, elle exerce son pouvoir sur les idées de ceux à qui ces moyens font défaut. Les pensées dominantes ne sont rien d'autre que l'expression en idées des conditions matérielles dominantes, ce sont ces conditions conçues comme idées, donc l'expression des rapports sociaux qui font justement d'une seule classe la classe dominante, donc les idées de la suprématie. Les individus qui composent la classe dominante ont aussi, entre autres choses, une conscience et c'est pourquoi ils pensent.

Il va de soi que, dans la mesure où ils dominent en tant que classe et déterminent une époque dans tout un champ, ils le font en tous domaines; donc, qu'ils dominent aussi, entre autres choses, comme penseurs, comme producteurs de pensées; bref qu'ils règlent la production et la distribution des idées de leur temps, si bien que leurs idées sont les idées dominantes de l'époque.

A un moment, par exemple, et dans un pays où la puissance royale, l'aristocratie et la bourgeoisie se disputent la suprématie et où, par conséquent, le pouvoir est partagé, la pensée dominante se manifeste dans la doctrine de la séparation des pouvoirs que l'on proclame alors "loi éternelle".

Or, la division du travail, dans laquelle nous avons déjà reconnu l'un des facteurs les plus importants de l'histoire, prend aussi, dans la classe dominante, la forme de la division du travail intellectuel et du travail matériel, de sorte que, à l'intérieur de cette classe, l'une des parties présente ses penseurs attitrés (les idéologues actifs et conceptifs dont le principal gagne-pain consiste à entretenir l'illusion que cette classe nourrit à son propre sujet), tandis que l'autre partie garde, à l'égard de ces idées et de ces illusions, une attitude plutôt passive et réceptive: ce sont, en réalité, les membres actifs de cette classe, et ils ont moins de loisir pour se faire des illusions et des idées sur eux-mêmes. 

Cette division peut même dégénérer, au sein de cette classe, en un certain antagonisme, une certaine rivalité entre les deux parties. Toutefois, cette opposition disparaît automatiquement dès qu'un conflit pratique met en danger la classe elle-même. On voit alors disparaître l'illusion que les idées dominantes ne seraient pas les idées des classes dominantes et qu'elles auraient une puissance indépendante du pouvoir de cette classe.

L'existence d'idées révolutionnaires à une époque déterminée suppose l'existence préalable d'une classe révolutionnaire...

Si l'on détache, en observant le déroulement de l'histoire, les idées dominantes de la classe dominante elle-même; si on les rend indépendantes; si l'on se persuade qu'à telle époque telles ou telles pensées ont prévalu, sans se préoccuper des conditions de production ni des producteurs de ces pensées; bref, si on fait table rase des individus et des circonstances mondiales qui sont à la base de ces pensées, on peut dire, par exemple, qu'au temps où l'aristocratie régnait, c'était les idées d'honneur, de fidélité, etc., qui prédominaient, tandis que sous le règle de la bourgeoisie, c'étaient les idées de liberté, d'égalité, etc. Voilà ce que la classe dominante elle-même se figure le plus souvent. Cette conception commune à tous les historiens, surtout depuis le XVIIIe siècle, aura nécessairement à affronter le phénomène que voici: ce sont des pensées de plus en plus abstraites qui prévalent, c'est-à-dire des pensées qui revêtent de plus en plus la forme de l'universalité. En effet, toute nouvelle classe qui prend la place d'une classe précédemment dominante est obligée, ne serait-ce que pour parvenir à ses fins, de présenter ses intérêts comme l'intérêt commun de tous les membres de la société; c'est-à-dire, pour parler idées, de prêter à ses pensées la forme de l'universalité et de les proclamer les seules raisonnables, les seules qui aient une valeur universelle".    

Karl Marx, Philosophie, "L'idéologie allemande" (Manuscrit, 1845-1846) - Folio Gallimard (p. 338-341)

Lire aussi:

Lire aussi:

Les grands textes de Karl Marx - 1 : la critique des libertés formelles de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dont le pivot est le droit de propriété - une critique des déterminants bourgeois de la Révolution Française

Les grands textes de Karl Marx - 2 - La religion comme opium du peuple

Les grands textes de Karl Marx - 3: l'aliénation produite par la propriété privée et le capitalisme dans les Manuscrits de 1844

Les grands textes de Marx - 4: Les pouvoirs de l'argent (Ebauche d'une critique de l'économie politique, 1844)

Les grands textes de Karl Marx - 5: le matérialisme historique théorisé dans l'Idéologie allemande (1845)

Marx et Engels: les vies extravagantes et chagrines des deux théoriciens du communisme!

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26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 07:53
Élise Foliot présente un portrait de son père. (Le Télégramme/Delphine Tanguy)

Élise Foliot présente un portrait de son père. (Le Télégramme/Delphine Tanguy)

À 89 ans, Élise Foliot a eu tout le loisir de mesurer que le temps passe. Mais sa mémoire est encore vive au souvenir de son père Alain Signor, instituteur et militant communiste, entré dans la Résistance avant de devenir député du Finistère.

Une rue de Pont-l’Abbé porte son nom. « Ce n’est pas lui qui l’a demandé. C’était après sa mort », s’empresse de préciser Élise Foliot, sa fille, qui souhaite raviver le souvenir de son père, un homme intègre, trop tôt disparu à l‘âge de 65 ans.

« C’était un homme très simple qui a passé une grande partie de sa vie à Pont-l’Abbé où il est né et qui a fait deux mandats de député », expose cette dernière qui tient à effectuer ce devoir de mémoire avant d’elle-même disparaître. « Il était instituteur et il a été arrêté dans sa classe, devant ses élèves, par la police pétainiste, avant que les Allemands n’arrivent, puis interné à l’île d’Yeu. N’avait-il pas le droit d’avoir ses idées comme tout un chacun ? », s’interroge encore aujourd’hui la vieille dame à propos de ce père qui a créé une section des jeunes communistes en 1924 à Pont-l’Abbé et a adhéré au PCF en 1927.

Depuis l’âge de 20 ans, il était communiste et nous, sa femme et ses quatre filles, on a dû se cacher.

Il rejoint La Résistance en zone sud

 

« Depuis l’âge de 20 ans, il était communiste et nous, sa femme et ses quatre filles, on a dû se cacher », se souvient Élise. Révoqué de son poste d’instituteur par le régime de Vichy le 28 octobre 1940, il rejoint les rangs de la Résistance en zone sud après s’être évadé du camp de Saint-Augeau, dans le Cantal. « Nous étions seules, ma petite mère et ses quatre filles. Il a bien fallu qu’on nous accueille quelque part. La résistance était déjà organisée et s’est occupée de nous trouver une famille, ma sœur aînée et moi, à Plougonvelin, dans une ferme. En Bretagne il y avait des gens vraiment bien, raconte Élise avec émotion. J’avais 10-11 ans et pendant une année, on n’est pas allé à l’école. Une fois les vacances finies, on faisait attention de ne pas faire de bruit pour que les gens ne posent pas de question sur notre présence. Il y avait de la délation », complète celle-ci qui avait 15 ans à la Libération et sa sœur Monique 17 ans. Sa mère s’était quant à elle réfugiée avec les deux plus jeunes chez sa sœur dans le 14e arrondissement de Paris.

 

Un séjour de six mois en URSS

 

« Il a repris ses fonctions d’instituteur après la guerre, à Issy-les-Moulineaux puis à Brest, et il a enseigné jusqu’à sa retraite. C’est à ce moment-là qu’il a commencé à écrire sur son Pays bigouden qu’il adorait avant tout », raconte encore Élise à propos de son père qui est l’auteur d’un livre sur la révolution à Pont-l’Abbé. Elle se souvient également de son séjour en URSS, accompagné de sa femme. « C’est ma grand-mère bigoudène qui est venue s’occuper des quatre filles à Issy-les-Moulineaux ». Une grand-mère qui tenait un commerce de bières, boissons gazeuses et confiserie au n° 5 de la rue Lamartine à Pont-l’Abbé avec son fils Pierre. « Il est resté six mois là-bas et il a vu des choses qu’il n’aurait pas dû voir mais il ne pouvait pas rester sans parler », ajoute Élise. Il séjourna à Moscou de septembre 1945 à mars 1946 comme correspondant de l’Humanité et représentant du PCF et milita après son retour en France au sein de l’association France URSS.

 

Un député très actif

 

« Le 10 novembre 1946, Alain Signor fut élu député du Finistère en troisième position sur la liste « d’Union républicaine et résistante », avec Pierre Hervé et Gaby Paul. Lors de ses mandats, il fut membre des commissions de l’agriculture (1946-1947), de l’Éducation nationale (1949-1951), et surtout de la Marine marchande et des pêches (1946-1951). À la Chambre, il fut très actif : défense des agriculteurs, des pêcheurs, des normaliens et des écoles normales dont il devint le spécialiste, tout en protestant contre la guerre d’Indochine » détaille le site internet « Guerre et résistance en Pays bigouden » créé en 2016 par trois enseignants à la retraite dont Jean Kervision, ancien instituteur qui a connu la rafle du 12 août 1944. « Signor fit partie des 26 membres (15 titulaires et 11 suppléants) écartés lors du XIIe Congrès du PCF en avril 1949. Ses liens avec Charles Tillon inquiétaient la direction du PCF », apprend-on également sur ce site dédié aux anciens résistants


Le Télégramme, 25 janvier 2019 - Delphine Tanguy
Alain Signor avec Pierre Le Rose, Rol-Tanguy et Paul Le Gall et des résistantes du Pays Bigouden à une fête de la Bretagne dans les années 50

Alain Signor avec Pierre Le Rose, Rol-Tanguy et Paul Le Gall et des résistantes du Pays Bigouden à une fête de la Bretagne dans les années 50

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26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 07:47
Aide alimentaire; Faux steaks hachés - Un rapport pointe la responsabilité de l'Etat - Interwiew de Fabien Gay, sénateur communiste de Seine St Denis, dans L'Humanité, 25 juillet
Fabien Gay, parlementaire communiste de Seine St Denis : « Cette affaire pourrait être l’arbre qui cache la forêt »
 
Jeudi, 25 Juillet, 2019
 
Audrey Loussouarn - L'Humanité
 
Fabien Gay, sénateur PCF de Seine-Saint-Denis, rapporteur au Sénat sur le scandale des faux steaks hachés destinés aux associations caritatives décrypte les carences de traçabilité de la viande et le manque de considération pour la santé des plus démunis.
 
 
 
Quel a été votre premier constat en enquêtant sur ce scandale des steaks hachés ?
 
Fabien Gay Il existe un double scandale. Le premier est qu’il touche les plus pauvres, soit 5 millions de bénéficiaires du Fonds européen d’aide aux plus démunis (Fead). Le deuxième est qu’il s’agit d’argent public. Au sein de mon groupe parlementaire, nous avons voulu comprendre le mécanisme qui a conduit à ce scandale. Pour tenter d’éviter qu’il se reproduise. Et après audition des associations, des services de l’État et des entreprises, d’énormes négligences ont été mises au jour.
 
D’où viennent les dysfonctionnements pointés par le rapport ?
 
Fabien Gay Il est impossible de déterminer l’origine des viandes, alors qu’on demande à nos agriculteurs des normes sur la traçabilité pour chaque bête. Dans cette affaire, on confie à un fabriquant 1 400 tonnes de steaks hachés, soit 10 000 bêtes possiblement polonaises, ukrainiennes ou même brésiliennes. Tout le monde reconnaît qu’il est possible de remporter un marché public sans que soit établie cette traçabilité. Ensuite, il existe un incroyable défaut de contrôle puisque, si 60 % des entreprises fabricantes sont censées être contrôlées chaque année, on voit que l’entreprise Biernacki (à l’origine du scandale des steaks hachés frelatés – NDLR) n’en a jamais subi depuis 2013, année de ses premières obtentions de marchés publics.
 
La majorité présidentielle se veut rassurante sur le Ceta. Peut-on la croire, quand éclate ce type d’affaires au sein de l’Union européenne ?
 
Fabien Gay Effectivement, concernant la ratification du traité de libre-échange avec le Canada voté à l’Assemblée, la majorité présidentielle assure que les marchés seront sécurisés et la viande tracée au même niveau d’exigence que pour les agriculteurs français. On voit que tout ceci est faux. C’est du baratin : ce n’est même pas respecté au sein de l’UE.
 
Ce scandale n’interroge-t-il pas sur l’égalité face à l’offre alimentaire ?
 
Fabien Gay Oui, et ça démarre dès l’appel d’offres, où seul compte le critère prix. Par conséquent, les traders et les négociants, qui gagnent 95 à 100 % des marchés publics, assument de rechercher le meilleur prix, au détriment de la qualité. Ils le savent, mais pour eux ce n’est pas grave : c’est pour les plus démunis. Cette viande, qui était parfois réemployée (réintroduite après avoir été déjà transformée en vue d’autres usages – NDLR), contenait tout de même de l’amidon, du soja, de l’os ou encore du cœur ! Nous avons un débat avec nos agriculteurs sur la qualité de l’alimentation, sur la souffrance animale… et on laisse complètement de côté 5 millions de personnes qui, elles, n’ont pas le droit au bio.
 
Qu’attendez-vous du gouvernement après la publication de ce rapport ?
 
Fabien Gay Un rapport n’a d’utilité que si on le fait vivre. Nous avons tout intérêt à faire connaître les 18 recommandations. Mais nous demandons également au gouvernement de se pencher sur l’ensemble du Fead car il pourrait y avoir des problèmes sur d’autres types d’aliments. Nous ne l’espérons pas mais il se pourrait que ces steaks hachés soient l’arbre qui cache la forêt. Grâce aux associations, laissées seules face à cette crise, cette viande n’a pas été consommée mais il y aurait pu y avoir un grave problème sanitaire.
 
Entretien réalisé par Audrey Loussouarn
Fabien Gay

Fabien Gay

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26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 06:00
Les grands textes de Karl Marx - 5: le matérialisme historique théorisé dans l'Idéologie allemande (1845)

Les grands textes de Karl Marx - 6

Le matérialisme historique

Karl Marx (1818-1883)

"L'idéologie allemande" (Manuscrit, 1845-1846)

"Voyons donc les faits: des individus déterminés, exerçant une activité productive déterminée, nouent des relations sociales et politiques déterminées. L'observation empirique doit, dans chaque particulier, faire ressortir empiriquement et sans aucune mystification ni spéculation le lien de la structure sociale et politique avec la production. La structure sociale et l’État se dégagent constamment du processus vital d'individus déterminés - non pas tels qu'ils peuvent apparaître dans leur propre imagination et dans celle d'autrui, mais tels qu'ils sont en réalité , c'est-à-dire tels qu'ils s'activent dans des limites, des circonstances préalables et des conditions matérielles déterminées, indépendantes de leur volonté.

La production des idées, des représentations, de la conscience est, de prime abord, directement mêlée à l'activité et au commerce matériels des hommes: elle est le langage de la vie réelle. Ici, la manière d'imaginer et de penser, le commerce intellectuel des hommes apparaissent encore comme l'émanation directe de leur conduite matérielle. Il en va de même de la production intellectuelle, telle qu'elle se manifeste dans le langage de la politique, des lois, de la morale, de la religion, de la métaphysique, etc., d'un peuple. Ce sont les hommes qui sont les producteurs de leurs représentations, de leurs idées, etc., mais ce sont les hommes réels, œuvrants, tels qu'ils sont conditionnés par un développement déterminé de leurs forces productives et du commerce qui leur correspond jusque dans ses formes les plus étendues. (...) 

Si dans toute l'idéologie, les hommes et leur condition apparaissent sens dessus dessous comme dans une camera obscura, ce phénomène découle de leur processus de vie historique, tout comme l'inversion des objets sur la rétine provient de leur processus de vie directement physique.

Tout au contraire de la philosophie allemande, qui descend du ciel sur la terre, on s'élève ici de la terre jusqu'au ciel; autrement dit, on ne part pas de ce que les hommes disent, s'imaginent, se représentent, ni non plus de ce que l'on dit, pense, s'imagine, se représente à leur sujet, pour en arriver à l'homme en chair et en os; c'est à partir des hommes réellement actifs et de leur processus de vie réel que l'on expose le développement des reflets et des échos idéologiques de ce processus. Les formations brumeuses du cerveau humain sont elles aussi des sublimés nécessaires du processus matériel de leur vie, empiriquement vérifiable et lié à des circonstances matérielles préalables. Par conséquent, la morale, la religion, la métaphysique et tout le reste de l'idéologie, ainsi que les formes de conscience qui leur correspondent, ne conservent plus leur semblant d'indépendance. Elles n'ont ni histoire, ni développement; ce sont, au contraire, les hommes qui, en même temps qu'ils développent leurs production et leur communication matérielles, transforment, avec cette réalité qui leur est propre, et leur pensée et les produits de celle-ci. Ce n'est pas la conscience qui détermine la vie, c'est la vie qui détermine la conscience".

Karl Marx, Philosophie,  - "L'idéologie allemande" (Manuscrit, 1845-1846)- Folio Gallimard (p. 307-308)

Lire aussi:

Les grands textes de Karl Marx - 1 : la critique des libertés formelles de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dont le pivot est le droit de propriété - une critique des déterminants bourgeois de la Révolution Française

Les grands textes de Karl Marx - 2 - La religion comme opium du peuple

Les grands textes de Karl Marx - 3: l'aliénation produite par la propriété privée et le capitalisme dans les Manuscrits de 1844

Les grands textes de Marx - 4: Les pouvoirs de l'argent (Ebauche d'une critique de l'économie politique, 1844)

Marx et Engels: les vies extravagantes et chagrines des deux théoriciens du communisme!

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26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 05:30

 

Des cris d’alerte, de colère et de souffrance résonnent dans tout le pays. Les établissements de santé vont mal, les personnels sont épuisés, éreintés, à bout de souffle. Aujourd’hui, 183 services d’urgences sont en grève, depuis plusieurs mois pour certains d’entre eux. Les urgences sont un miroir grossissant du dysfonctionnement du système de santé. L’été risque d’être catastrophique, avec plusieurs pics caniculaires annoncés. Ce que réclament les syndicats et les personnels, ce sont des moyens humains et matériels supplémentaires, mais aussi la valorisation des métiers et la revalorisation des salaires.

Vous renvoyez le problème à plus tard, avec un rapport sur les urgences annoncé pour l’automne : un rapport de plus, qui rejoindra ceux, couverts de poussière, que l’on empile dans les placards.

Voilà résumée, en quelques mots, la réalité vécue au quotidien par un personnel professionnel qui tient encore debout – mais pour combien de temps ? Vos réponses, madame la ministre, consistent à renvoyer le problème à plus tard, avec un rapport sur les urgences annoncé pour l’automne : un rapport de plus, qui rejoindra ceux, couverts de poussière, que l’on empile dans les placards. Le meilleur rapport qui puisse exister, c’est l’expression même des personnels soignants. Je crois à l’intelligence syndicale, citoyenne et collective.

Vous avez confié une mission à M. le député Thomas Mesnier, rapporteur du projet de loi « ma santé 2022 » – et, fidèle à ses convictions, il ne pourra pas démentir ce qu’il a écrit ou co-écrit – et au professeur Carli, qui a déjà rendu des conclusions en 2013, dans un rapport dont voici un extrait : « Le problème de l’aval des urgences dépasse largement la difficulté exprimée par les urgentistes de "trouver des lits". Ce n’est pas un problème d’organisation ou une défaillance des équipes médicales d’urgence. La saturation des urgences est avant tout un problème de l’établissement de santé. Elle est le plus souvent la conséquence et non la cause d’un défaut d’organisation de l’établissement. »

L’hôpital ne doit pas être géré comme une entreprise. Il faut redonner la priorité aux humains.

En 2013, il est donc écrit noir sur blanc que le problème ne tient pas à un défaut d’organisation ; en 2019, le projet de loi que vous présentez s’intitule : « Organisation et transformation du système de santé ». Cherchez l’erreur !

Pour en revenir aux urgences, vous allez certainement me dire que vous avez débloqué 70 millions d’euros, dont 15 millions pour renforcer les effectifs là où les services sont sous tension et 55 millions pour la prime de 100 euros versée aux personnels, médecins exceptés. C’est véritablement une goutte d’eau dans l’océan, quand on sait que, pour les années 2018 et 2019, vous demandez aux établissements de santé de se serrer la ceinture en consentant un effort de 2,5 milliards, alors que la population et l’espérance de vie continuent de progresser en France. Plus d’humains, plus de vies à soigner, mais moins d’argent de l’État : nul besoin d’être mathématicien pour connaître les résultats d’avance. Cela ne peut pas fonctionner.

Vous avez dit et répété, madame la ministre, que vous connaissiez la situation. Le 12 janvier 2018, sur Europe 1, vous avez même déclaré : « Stop à l’hôpital entreprise, à la pression administrative, aux pressions budgétaires. » Vous avez raison : l’hôpital ne doit pas être géré comme une entreprise. Il faut redonner la priorité aux humains.

Quand on parle de vies humaines, on ne devrait pas parler de rapports, de plans, de chiffres, de pourcentages et de théories à long terme. Aujourd’hui, dans les hôpitaux, on entend résonner la souffrance et la colère face à l’absence de réponse. Ce qu’il faut, c’est « ma santé 2019 », non « ma santé 2022 » ! C’est tout de suite qu’il faut agir !

Depuis plusieurs mois, les parlementaires communistes ont déposé une proposition de loi visant à instaurer un moratoire sur toutes les fermetures de services et de lits dans les hôpitaux. Nous vous suggérons de sortir ce texte des tiroirs pour l’inscrire à l’ordre du jour de notre assemblée.

Vous l’avez compris, madame la ministre, et je l’ai d’ailleurs répété assez souvent dans les médias dernièrement, le groupe de la Gauche démocrate et républicaine votera contre le projet de loi. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, FI et SOC.)

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26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 05:27

Orientation des finances publiques, règlement du budget et approbation des comptes de l’année 2018 - Eric Bocquet  -  11 juillet 2019

 

Monsieur le président, messieurs les ministres, mes chers collègues, l’examen du projet de loi de règlement du budget et d’approbation des comptes de l’année 2018 n’est pas qu’un exercice technique consistant à vérifier la bonne exécution du budget de l’année antérieure. C’est surtout, selon nous, l’occasion de jauger l’efficacité et la pertinence des choix budgétaires faits par le Gouvernement.

Au cours du temps de parole – six minutes – qui m’est imparti, je n’entrerai pas dans le détail des recettes et des dépenses de cette loi de finances pour 2018. Je me bornerai donc à évoquer quelques faits et constats saillants de cet exercice.

Je souhaite d’abord revenir sur la suppression de l’ISF, décision idéologique très emblématique de ce gouvernement. L’un des arguments justifiant ce choix était de dire que la France était le seul État du monde à l’appliquer. Or, curieusement, ce débat a lieu aux États-Unis en ce moment même. M. Bill Gates, fondateur de Microsoft et deuxième fortune du monde, a ainsi déclaré dans un show télévisé américain en février dernier : « Le système fiscal pourrait prélever beaucoup plus sur les grandes fortunes. »

Il est évidemment un peu tôt pour évaluer les effets de ce choix, mais il est d’ores et déjà possible de relever ici et là quelques indications. Deux sondages réalisés auprès d’anciens redevables de l’ISF confirment que l’élan vertueux espéré au service de l’économie productive se fait attendre. Ces personnes répondent avoir profité de cette mesure pour consommer un peu plus, peut-être en homards et en vins fins, mais surtout en voyages et en œuvres d’art. Fort peu nombreux sont les anciens redevables à avoir investi dans des entreprises. Très grande sécheresse du côté du ruissellement escompté donc.

Un économiste du MIT de Boston, évaluant les effets de la suppression des impôts sur la fortune dans d’autres pays que la France, à savoir le Danemark depuis 1996, l’Allemagne depuis 1997, la Suède depuis 2007, déclare : « Il n’y a aucune démonstration d’un effet visible et traçable sur l’économie ».

Quelque chose me dit que le débat sur ce sujet n’est pas définitivement enterré, monsieur le ministre.

Une loi de finances, un budget, est un outil indispensable pour garantir à chacun de nos concitoyens l’accès aux droits fondamentaux ; un outil, aussi, pour atténuer les inégalités criantes rongeant notre société, créant une situation d’injustice sociale qui a été relevée de manière spectaculaire depuis novembre dernier sur nos ronds-points et dans les rues de nos villes. La pauvreté sévit dans notre pays et les inégalités s’y aggravent. Citons les constats établis dans le dernier rapport de l’Observatoire des inégalités : en moyenne, les 10 % des Français les plus aisés perçoivent des revenus 8,7 fois supérieurs à ceux des 10 % les plus pauvres après impôts et prestations sociales.

Notre pays est, après la Suisse – excusez du peu ! –, le pays d’Europe où les riches sont les plus riches. En bas de l’échelle, 5 millions de personnes pauvres vivent avec moins de 855 euros par mois. Franchement, ce n’est pas la prime d’activité concédée au mouvement social qui va résorber ces écarts.

Un mot, à ce stade, sur le choix de mettre en place le prélèvement forfaitaire unique, ou PFU, la bien nommée flat tax. Cette décision a été l’un des piliers de la politique du Gouvernement. Le PFU de 30 % sur les revenus du capital n’a pas pesé sur le budget en raison d’une envolée des dividendes distribués en 2018. Notre pays, de ce point de vue, est devenu champion d’Europe ! L’augmentation de versement des dividendes a atteint 24, 34 % en un an, à hauteur de 37,11 milliards d’euros. À l’évidence, les entreprises ont décidé de verser davantage de dividendes pour profiter d’une aubaine fiscale. De fait, le Gouvernement a subventionné le transfert des richesses vers les classes les plus élevées de la population. Vous appliquez le vieil adage libéral « trop d’impôt tue l’impôt », l’idée étant qu’un taux d’imposition bas peut rapporter au moins autant qu’un taux important, dans la mesure où la pression fiscale a des effets désincitatifs sur l’activité. C’est la fameuse courbe de Laffer, chère aux spécialistes.

Cette théorie n’a jamais fait la preuve de sa pertinence.

M. Vincent Delahaye. Si !

M. Éric Bocquet. Les nombreuses expériences de baisses d’impôts, aux États-Unis comme ailleurs, en France notamment, ne se sont jamais traduites par une augmentation des recettes fiscales, bien au contraire. Elles ont davantage contribué à dégrader les comptes publics, sans compter l’effet des niches fiscales, qui permettent aux plus riches d’échapper à l’impôt. Monsieur le ministre, les baisses d’impôts et de cotisations ont un revers : elles affaiblissent singulièrement le système de redistribution et mettent la pression sur le budget de l’État.

Au titre du bilan de l’année 2018, il conviendra aussi d’ajouter au passif la diminution des recettes du contrôle fiscal pour la troisième année consécutive. Les sommes notifiées par le fisc ont effectivement chuté, passant de 17,9 milliards d’euros en 2017 à 15,2 milliards en 2018. On apprend également, dans un article du journal Les Échos du 20 juin dernier, que le fisc a abandonné un redressement de 1,4 milliard d’euros adressé au groupe Vivendi.

La lutte contre la fraude fiscale ne fut pas évoquée un seul instant dans le discours de politique générale de M. le Premier ministre, prononcé à cette tribune, voilà quelques semaines. Ce silence ne manque pas d’interroger sur la volonté de ce gouvernement de s’attaquer de la plus forte des manières à ce scandale de notre temps. L’idée de création de l’Observatoire de la fraude fiscale garde toute sa pertinence. Faisons en sorte qu’elle ne disparaisse pas dans les limbes du renoncement et des influences.

Ces résultats budgétaires ne sont pour nous en rien une surprise. Ils découlent mécaniquement des choix budgétaires et fiscaux que nous avions combattus lors du débat sur la loi de finances pour 2018. Ils ne prennent pas en compte la réalité économique et sociale de notre pays.

Je citerai, pour conclure les propos que M. Jean-Marc Sauvé, ancien vice-président du Conseil d’État, a tenus dans une interview récente : « Il faut aussi avoir une vision claire du rôle de l’État dans la période actuelle de globalisation économique, de défis environnementaux et de fracturation de nos sociétés. Face à ces enjeux, l’État n’a jamais été autant concurrencé, subordonné, fragmenté, banalisé et paupérisé. Et pourtant, il reste ce qui fait que la société tient debout et ensemble. C’est le socle sur lequel la Nation s’est construite, dans un monde où les souverainetés sont battues en brèche par des entreprises multinationales qui se jouent des frontières ».

En conclusion, M. Sauvé nous dit : « L’État a été victime de la doxa libérale ».

Cette doxa, monsieur le ministre, nous ne la partageons pas, et c’est donc fort logiquement que le groupe CRCE votera contre le projet de loi de règlement 2018.

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