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1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 11:49
Collaboration. 1989, fin de cavale en soutane pour Paul Touvier
Vendredi, 31 Mai, 2019

Nourri et logé pendant 40 ans par une faction traditionaliste de l’Église, gracié par le président Pompidou, l’ex-milicien, arrêté le 24 mai 1989 à Nice, est le premier Français condamné pour « complicité de crimes contre l’humanité ».

Portant Lacroix (!) comme pseudonyme, l’ancien chef milicien à Lyon est arrêté au prieuré Saint-Joseph, un ensemble immobilier (chapelle, couvent, jardin) au cœur du Vieux Nice, concédé en 1987 par la municipalité Médecin à la Fraternité Saint-Pie-X, constituée par l’évêque « traditionaliste » Marcel Lefebvre.

Dans cette planque, Paul Touvier, à 74 ans passés, pouvait se sentir comme un ange (1) dans la célèbre baie. En 1989, Nice, jumelée avec Le Cap (Afrique du Sud), capitale de l’apartheid, est choisie par le FN pour y tenir l’année suivante son premier congrès national, qui aura comme invité d’honneur un ancien SS, Franz Schönhuber. Nice fut aussi, selon le vœu de Pétain, la « fille aînée de la Révolution nationale ». C’est dans ses arènes antiques de Cimiez que, le 22 février 1942, est porté sur les fonts baptismaux le Service d’ordre légionnaire (SOL), une organisation paramilitaire dévouée au maréchal. Elle est dirigée par Joseph Darnand (2), qui, en janvier 1943, fondera la Milice, sinistre police chargée de combattre la Résistance.

Élevé dans le culte du royaliste Charles Maurras

En chemise kaki et béret bleu, mille légionnaires font le serment de « lutter pour la civilisation chrétienne, contre le bolchevisme, la lèpre juive et la franc-maçonnerie ». Un programme qui convient parfaitement au jeune Touvier, né en 1915 dans une famille catholique et élevé dans le culte de l’écrivain royaliste Charles Maurras, pour qui la victoire allemande de mai 1940 est « une divine surprise ». Pour le modeste employé de gare, en mal d’ascension sociale après avoir raté son entrée au séminaire, ce contexte tragique de la défaite offre aussi l’opportunité d’entamer une carrière de gangster sous couvert de militantisme politique. Démobilisé à Chambéry, il adhère dès octobre 1940 à la maréchaliste Légion française des combattants, puis, en 1942, au SOL, dont il devient le secrétaire général pour la Savoie. Remarqué par Darnand pour son zèle policier, il est bombardé, fin 1943, chef du 2e service (renseignement et répression) de la Milice, d’abord pour Chambéry, puis à partir de janvier 1944 pour toute la région lyonnaise. Son quotidien de flic au service de la Gestapo est fait de rackets de prisonniers et de pillages dans des logements réquisitionnés appartenant à des juifs. Et il est impliqué dans l’arrestation suivie de l’assassinat, en janvier 1944, de Victor Basch, fondateur de la Ligue des droits de l’homme, et de son épouse Hélène, tous deux octogénaires, ainsi que dans l’exécution de sept otages juifs qu’il a personnellement sélectionnés.

À la Libération il prend la fuite, les poches pleines, avec l’aide de l’abbé collabo Vautherin, fondateur de l’ordre des Chevaliers de Notre-Dame, un groupement de scouts anticommunistes. Recrutant après guerre parmi les nostalgiques des croisades, c’est cette même secte qui prendra en charge l’ex-milicien durant ses derniers mois de clandestinité. Dans l’intervalle, bien que condamné à mort par contumace, à Lyon en 1946 et à Chambéry en 1947, le « chef Paul » a bénéficié de la protection d’une partie de la hiérarchie catholique. Autant d’ailleurs par « connivence idéologique » que par application du droit d’asile, ainsi que le soulignent les conclusions de la commission d’historiens formée, en juillet 1989, par l’archevêque de Lyon, Mgr Decourtray.

La commission épingle entre autres Mgr Rodhain, fondateur du Secours catholique, qui a fourni une aide financière mensuelle à la famille Touvier. Elle établit la (longue) liste des abbayes, monastères et autres chartreuses de diverses obédiences qui ont offert un abri au criminel antisémite, souvent déguisé en curé, ainsi que celle des associations religieuses et des nombreux mitrés qui se sont « mis à son service ». Parmi ces derniers, Mgr Duquaire, ancien secrétaire du cardinal pétainiste de Lyon Mgr Gerlier, puis, au Vatican, du cardinal Villot, qui réussit, en 1971, à convaincre Georges Pompidou d’accorder sa grâce présidentielle au fuyard. Lequel, dès lors, revient tranquillement habiter, en famille, à Chambéry !

Révélée par l’Express, cette infamie se retourne contre Touvier, obligé de replonger dans la clandestinité après le dépôt de plaintes pour « crimes contre l’humanité ». En 1979, une nouvelle instruction est ouverte. L’enquête est confiée à la gendarmerie nationale, plutôt qu’à la police, qui, en 1947, avait laissé s’échapper le condamné à mort, après l’avoir interpellé à Paris à la suite du cambriolage d’une boulangerie !

C’est en pistant une certaine Geneviève P., ancienne secrétaire de l’abbé Duben (lequel avait remarié Touvier en 1947) en lien avec le Secours catholique et les Chevaliers de Notre-Dame, que le gendarme Recordier a pu, après plusieurs années de traque, mettre fin à la cavale de Touvier, le 24 mai 1989, à Nice. Ce dernier, finalement jugé et condamné, est mort d’un cancer à la prison de Fresnes, le 17 juillet 1996.

Auteur de Nice. Un siècle d’histoire populaire, 1860-1960, Gilletta, 2017. (1) Poisson apparenté au requin. (2) Entrepreneur à Nice, ministre de l’Intérieur en juin 1944, fusillé le 10 octobre 1945.
 
Philippe Jérôme

 

 

Collaboration. 1989, fin de cavale en soutane pour Paul Touvier - Philippe Jérôme, L'Humanité, 31 mai 2019
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1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 06:30
Europe: et maintenant? - Par Francis Wurtz, ancien président du groupe communiste au Parlement Européen - L'Humanité Dimanche, 30 mai 2019

EUROPE: ET MAINTENANT ?
Par Francis Wurtz
https://franciswurtz.net/2019/05/31/europe-et-maintenant/

Inutile de se le cacher : les résultats de ces élections européennes sont les plus préoccupants enregistrés depuis 40 ans que le Parlement de Strasbourg et de Bruxelles est élu au suffrage universel. Le premier problème est naturellement le poids sans précédent des partis d'extrême-droite qui se traduira par un escalade dans la démagogie nationaliste, sécuritaire et anti-migrants. Une deuxième source d'inquiétude est liée à l'affaiblissement et à la division des forces qui se réclamaient jusqu'ici de la gauche. Quelle sera la proportion de membres du groupe de "l'Alliance des socialistes et démocrates" (ex-groupe socialiste et social-démocrate) prête à s'engager sur de vraies options progressistes ? Comment évoluera le groupe des "Verts" désormais dominé par un parti allemand n'hésitant pas à s'allier à la droite dans certains "Länder" et comprenant des élus, notamment français, qui se disent "ni de droite ni de gauche" ? Et puis, il y a le crève-cœur de l'absence de tout parlementaire communiste ou apparenté français dans le groupe que le PCF a contribué à fonder et qu'il a présidé pendant dix ans ! Dans le contexte actuel, cette absence est dramatique. Il faudra réfléchir sereinement et sans apriori aux raisons multiples qui ont conduit à cette situation, mais cette chronique n'est pas le lieu pour cela.
Une chose apparaît sûre, cependant : les enjeux européens actuels et prévisibles exigent qu'une formation politique comme le PCF -qu'aucune autre force ne remplacera à gauche- se donne les moyens d'une triple reconquête. Celle de ses positions dans le Parlement européen -une institution bien plus importante que beaucoup ne le pensent. Celle d'une popularisation approfondie de sa vision actualisée du combat pour changer l'Europe. Celle, enfin, d’une capacité à contribuer au rassemblement des forces de gauche pour arracher des succès concrets sur les enjeux européens.
Pour ce faire, nous ne partirons pas de zéro, loin s'en faut ! Par sa clarté, sa modernité et sa dignité, l'excellente campagne de Ian Brossat a grandement favorisé l’écoute de nos idées sur l’Europe . Le bilan et l'expérience de nos anciens députés et députées au Parlement européen, la constance de leur positionnement « pour une Europe des gens, pas de l’argent » sont également de précieux atouts à valoriser. L’apport de nos candidates et candidats, reconnus pour être au diapason du monde du travail dans toutes ses composantes et des luttes sociales et sociétales de notre époque , a creusé un sillon à même de porter au-delà de l'élection elle-même. Les soutiens remarquables recueillis par la liste présentée par le PCF constituent un autre atout potentiellement durable. La campagne dynamique et au plus près des gens menée par les communistes a bien plus semé que ce que leur liste a récolté dans l’immédiat. Notre coopération permanente avec nos partenaires progressistes européens au sein de notre groupe GUE-NGL, du Parti de la Gauche Européenne (PGE) et au-delà, est un bien précieux, à préserver coûte que coûte . Sans oublier les acquis d’une expérience exemplaire de démocratie citoyenne appliquée aux questions européennes dont les communistes furent les initiateurs et le fer de lance, et qui reste, à mes yeux -au prix, naturellement, des mises à jours nécessaires- une référence toujours actuelle en la matière : la campagne pour le "NON de gauche" au projet de traité constitutionnel européen de 2005. L'après-26 mai commence maintenant !

Lire aussi:

Après les Européennes, le combat continue! - éditorial de L'Humanité Dimanche par Patrick Le Hyaric, 30 mai 2019

Élections européennes : Déclaration du PCF

Europe: et maintenant? - Par Francis Wurtz, ancien président du groupe communiste au Parlement Européen - L'Humanité Dimanche, 30 mai 2019

Le groupe de la Gauche unitaire européenne comptera moins de 40 députés, ce qui devrait en faire le plus petit groupe au Parlement européen. Il devrait se composer comme suit (selon les estimations du Parlement européen du mardi 28 mai à 14 heures): Allemagne: 6 députés, Die Linke. Belgique: 1 député, PTB. Chypre: 2 députés, AKEL. Danemark: 1 député, ARV. Espagne: 5 députés répartis entre Podemos et Izquierda Unida. Finlande: 1 député, Parti de gauche. France: 6 députés, LFI. Grèce: 6 députés, Syriza. Irlande: 3 députés Sinn Fein (auxquels il faut ajouter 1 élu dans les 6 comtés du Nord durant la période transitoire du Brexit) et 1 Independant for change. Pays-Bas: 1 député, Parti des animaux. Portugal: 4 députés répartis entre le Bloco (2) et le PCP (2). Suède: 1 député, Parti de gauche. République Tchèque: 1 député, KSCM.

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1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 06:22
Bravo aux dockers de la CGT à Marseille! - Nouvelle victoire: le Bahri Tabuk repart sans armements pour l'Arabie Saoudite ! (communiqué ACAT France, 30 mai 2019)

BRAVO AUX DOCKERS DE LA CGT !
"En effet, les dockers jouent ici un rôle important. De Gènes à Fos-sur-Mer, leur mobilisation a permis de faire pression, contribuant ainsi à empêcher tout chargement d’équipements militaires à destination de l’Arabie saoudite. Et si les dockers du port de Fos-sur-Mer ont confirmé qu’il n’y avait pas d’armes à charger sur le Bahri Tabuk, c’est que le chargement de munitions prévu a été redirigé vers une destination inconnue, indique Disclose. L’armateur Shipping Agency Service, représentant la compagnie Bahri en France, a beau jeu de parler de « fake news » pour les transferts d’armes prévues au Havre et à Fos-sur-mer, alors que la ministre des armées avait elle-même reconnu le chargement d’armes françaises au Havre, chose dont elle s’est bien gardé cette fois lorsque la question lui a été posée mardi, au cours de la séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale."

 

Nouvelle victoire: le Bahri Tabuk repart sans armements !
Arrivé mardi dernier au port de Fos-Sur-Mer près de Marseille où il devait effectuer un chargement d'armes françaises à destination de l’Arabie saoudite, le cargo Bahri Tabuk a finalement repris le large hier soir, les cales vides. Informée de l’arrivée du cargo, l’ACAT a immédiatement déposé un référé devant le tribunal administratif de Paris, visant à bloquer cet acheminement d’armes. Elle se réjouit que son action ainsi que la mobilisation citoyenne aient à nouveau contraint un cargo saoudien à quitter un port français sans sa cargaison d’armes à bord.

 

Le 30 / 05 / 2019

Le cargo Bahri Tabuk a finalement pris la route du port d’Alexandrie en Égypte hier soir sans son chargement d’armes françaises, comme le Bahri Yanbu au Havre deux semaines plus tôt. Selon Disclose, il s’agissait de munitions pour les Canons Caesar, dont une note de la Direction du renseignement militaire (DRM) a déjà attesté de leur utilisation par l’Arabie saoudite dans le conflit yéménite. Face à l’illégalité de ces livraisons au regard du TCA (Traité sur le commerce des armes, signé et ratifié par la France), en raison de la forte probabilité que ces armes soient utilisées au Yémen contre des populations civiles, l’ACAT a mandaté le cabinet Ancile Avocats pour déposer un référé afin de bloquer leur livraison et par voie de conséquence, leur acheminement vers l’Arabie Saoudite.

« Une nouvelle fois, face à la mobilisation citoyenne et notre action en justice, un cargo saoudien a dû renoncer à charger des armes françaises, cette fois-ci à Fos-sur-Mer, alors qu’il est clair que cette livraison contrevenait au Traité sur le commerce des armes » indique Nathalie Seff, déléguée générale de l’Acat-France. « Nous nous réjouissons de voir que la société civile française a encore répondu présent, et félicitons tout particulièrement les dockers de Fos-sur-Mer pour leur engagement humaniste dans cette lutte contre ces transferts d’armes illégaux.» ajoute Bernadette Forhan, présidente de l’ACAT-France.

En effet, les dockers jouent ici un rôle important. De Gènes à Fos-sur-Mer, leur mobilisation a permis de faire pression, contribuant ainsi à empêcher tout chargement d’équipements militaires à destination de l’Arabie saoudite. Et si les dockers du port de Fos-sur-Mer ont confirmé qu’il n’y avait pas d’armes à charger sur le Bahri Tabuk, c’est que le chargement de munitions prévu a été redirigé vers une destination inconnue, indique Disclose. L’armateur Shipping Agency Service, représentant la compagnie Bahri en France, a beau jeu de parler de « fake news » pour les transferts d’armes prévues au Havre et à Fos-sur-mer, alors que la ministre des armées avait elle-même reconnu le chargement d’armes françaises au Havre, chose dont elle s’est bien gardé cette fois lorsque la question lui a été posée mardi, au cours de la séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale.

Actuellement en route pour Alexandrie en Egypte, le Bahri Tabuk avait initialement pour destination Cagliari en Sardaigne, comme l’indique encore le site de la capitainerie du port de Marseille-Fos. Cagliari est en effet une destination régulière pour les cargos de la compagnie Bahri, qui y chargent régulièrement des armes, pour certaines produites par RWM Italia, une filiale de l’allemand Rheinmetall. Ce changement de destination interroge une nouvelle fois et pourrait être le résultat de la pression croissante de la société civile dans les différents pays européens concernés.

Une décision de justice cynique

Une nouvelle fois, le tribunal administratif de Paris a rejeté hier après-midi le référé déposé par l’ACAT, en considérant que « l’autorisation de sortie douanière de ces armements ne crée pas un danger caractérisé et imminent pour la vie des personnes. »» L’ACAT s’indigne devant cette décision cynique, qui se révèlera lourde de conséquences, lorsque ces armes se trouveront entre les mains d’un pays de la coalition dont on sait qu’elle commet des crimes de guerre à l’encontre des populations civiles yéménites.

 « Le tribunal administratif n’a même pas pris la peine d’étudier notre demande puisqu’il s’est contenté de faire un copier-coller de la précédente décision sur le Bahri Yanbu et le port du Havre » dénonce Me Laurence Craig du cabinet Ancile Avocats. En effet, alors qu’il n’est fait mention que de munitions pour des canons Caesar dans le référé déposé mardi dernier, l’ordonnance de rejet mentionne de manière erronée le chargement de canons Caesar, ce qui était le cas avec le Bahri Yanbu au Havre uniquement.

Il faut rappeler le caractère illégal du transfert d’armes dès lors que la France « a connaissance, au moment où l'autorisation est demandée, que ces armes ou ces biens pourraient servir à commettre un génocide, des crimes contre l'humanité, des violations graves des Conventions de Genève de 1949, des attaques dirigées contre des civils ou d'autres crimes de guerre » (Traité sur le commerce des armes, article 6 alinéa 3).  Le 2ème critère de la position commune 2008/944/PESC indique également que « les états membres refusent l’autorisation d’exportation s’il existe un risque manifeste que la technologie ou les équipements militaires dont l’exportation est envisagée, servent à commettre des violations graves du droit humanitaire international ».

L’absence de transparence et de contrôle parlementaire

Cette nouvelle affaire de chargement d’armes françaises à destination de l’Arabie saoudite est un rappel lancinant de l’opacité et du secret qui continuent de planer sur les transferts d’armements. Depuis mars 2018l’ACAT est engagée sur cette question, et demande plus de transparence de la part du gouvernement et un véritable contrôle parlementaire sur le commerce des armes. Un engagement que le gouvernement semble encore avoir du mal à prendre.

En témoigne les convocations par la Direction générale de la sécurité intérieur  (DGSI) de plusieurs journalistes ayant enquêté sur la question de ventes d’armes, dont ceux de Disclose qui avaient révélé à cette occasion cette fameuse note de la Direction du renseignement militaire (DRM). L’ACAT et ses partenaires ont dénoncé ces atteintes à la liberté de la presse et au droit à l’information dans un domaine qui est pourtant d’intérêt public et sur lequel règne une opacité totale.

« Il est temps pour le gouvernement français de changer de mentalité et d’évoluer vers plus de transparence et de redevabilité. On ne peut être une démocratie digne de ce nom et continuer à contourner le débat public et les représentants du peuple sur des questions aussi fondamentales d’un point de vue éthique et moral » explique Elias Geoffroy, responsable programme et plaidoyer Afrique du Nord et Moyen-Orient à l’ACAT.

Tant que le gouvernement continuera de jouer au chat et à la souris en matière de livraisons d’armes illégales, l’ACAT continuera à répliquer et à saisir la justice autant de fois qu’il le faudra. « Il est regrettable que le gouvernement français ne cherche pas à engager un dialogue constructif avec la société civile et les représentants du peuple, sur ce sujet des ventes d’armes » ajoute Luisa Fenu, Directrice du Pôle Programmes et Plaidoyer à l’ACAT.

L’ACAT reste et restera vigilante sur le parcours du cargo saoudien, ainsi que sur les prochaines livraisons de canons Caesar prévues dans les mois à venir.

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1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 06:15
Moyen-Orient. Les Etats-Unis freinés par l'échec de Netanyahou (Pierre Barbancey, L'Humanité, 31 mai 2019)
Moyen-orient. Les États-Unis freinés par l’échec de Netanyahou
Vendredi, 31 Mai, 2019

Le premier ministre sortant n’est pas parvenu à former un gouvernement alors que Trump s’apprêtait à lancer le volet économique de son « plan de paix ». Analyse.

Donald Trump, son gendre Jared Kushner et le va-t-en-guerre John Bolton ne s’attendaient certainement pas à ce nouvel obstacle. Depuis des mois, ils annoncent la publication d’un « plan de paix » pour le Proche-Orient, tout en multipliant des décisions favorables à Tel-Aviv. C’est le cas de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël et de l’annexion du plateau du Golan occupé, ainsi que de l’arrêt de toute aide à l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens, l’UNRWA, pour en finir avec la question du droit au retour. La présentation de ce plan avait été retardée en raison des élections israéliennes du 9 avril, mais aussi à cause des difficultés à obtenir un consensus parmi les pays arabes. Ces derniers n’y sont pas opposés, déjà engagés dans un rapprochement régional stratégique avec Israël et contre l’Iran, mais doivent tenir compte de leurs opinions publiques échaudées. C’est sans doute pourquoi, dans une première étape, la Maison-Blanche a annoncé qu’elle coorganiserait avec Bahreïn une conférence, les 25 et 26 juin, sur les aspects économiques du plan de paix américain. Il s’agirait, selon la présidence américaine, d’une « opportunité charnière » pour « partager des idées, évoquer des stratégies et encourager le soutien à des investissements et initiatives économiques potentiels qui pourraient être rendus possibles par un accord de paix ».

Les dindons de la farce sont les Palestiniens

Mais les nouveaux développements de politique intérieure en Israël risquent de repousser aux calendes grecques l’annonce de ce plan. Pivot du plan, Benyamin Netanyahou n’est pas parvenu à former un gouvernement. De nouvelles élections sont convoquées pour le mois de septembre (lire ci-contre). Ces derniers jours, pourtant, l’administration américaine n’a pas ménagé ses efforts pour baliser le chemin et lever toutes les (faibles) réticences des pays arabes, alors que la Russie et la Chine ont annoncé qu’elles ne participeraient pas à la conférence. Jared Kushner s’est ainsi rendu au Maroc. Avec le roi Mohammed VI, les discussions ont porté sur « les évolutions et les développements que connaît la région de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient », ainsi que sur le partenariat stratégique entre les États-Unis et le Maroc. Autant dire que, dans le panier, figuraient la question du Sahara occidental comme monnaie d’échange, de même que le rapprochement du royaume chérifien avec Israël. Destination ensuite la Jordanie, pour une rencontre avec le roi Abdallah II, dont le régime est affaibli et pourrait être le prochain sur la liste des révoltes arabes. Au-delà des déclarations d’intention du souverain sur « la nécessité de multiplier les efforts pour aboutir à une paix globale et durable fondée sur la solution à deux États », sa marge de manœuvre face aux États-Unis est en réalité nulle.

L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis étant déjà tout acquis à la stratégie américaine, à John Bolton, le conseiller sécurité de Trump, la mission purement guerrière. En visite mercredi à Abu Dhabi, il a accusé l’Iran d’être derrière les actes de sabotage du 12 mai contre quatre navires à l’entrée du golfe. En réalité, les tensions régionales se sont exacerbées depuis que l’administration Trump a inscrit, en avril, les Gardiens de la Révolution iraniens sur sa liste noire d’« organisations terroristes » et a renforcé en mai les sanctions économiques contre Téhéran après avoir quitté, il y a un an, l’accord international sur le nucléaire iranien. Cette visite de Bolton intervient d’ailleurs à la veille de trois sommets (OCI, Ligue arabe et Conseil de coopération du golfe) organisés à La Mecque, en Arabie saoudite, à la demande de Riyad, qui veut isoler davantage son grand rival iranien au Moyen-Orient.

À ce jeu dangereux, les dindons de la farce sont bien les Palestiniens. Ils ont fait savoir, par la voix de Saëb Erekat, secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), qu’ils rejetaient toute tentative visant à promouvoir « une normalisation économique de l’occupation israélienne de la Palestine. (Leur) objectif n’est pas d’améliorer les conditions de vie sous l’occupation, mais d’atteindre le plein potentiel de la Palestine en mettant fin à l’occupation israélienne ».

Pierre Barbancey
Moyen-Orient. Les Etats-Unis freinés par l'échec de Netanyahou (Pierre Barbancey, L'Humanité, 31 mai 2019)
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1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 06:11
Fabien Roussel, député, secrétaire national du PCF, et Ian Brossat

Fabien Roussel, député, secrétaire national du PCF, et Ian Brossat

Fabien Roussel : « L’État doit agir pour préserver l’outil industriel »
Mercredi, 29 Mai, 2019

Le député PCF du Nord Fabien Roussel a été secrétaire de la commission d’enquête sur les décisions de l’État en matière de politique industrielle dans les cas d’Alstom, d’Alcatel et de STX. Entretien.
 

General Electric (GE) a attendu la fin des élections européennes pour annoncer des suppressions d’emplois. Peut-il y avoir un lien de cause à effet ?

Fabien Roussel De fait, je ne serais pas étonné d’apprendre que le gouvernement ait usé de pressions auprès des dirigeants de GE pour qu’ils diffèrent leur annonce. Reste que ces nouvelles suppressions d’emplois contredisent les discours de la majorité et de la tête de liste LaREM, Nathalie Loiseau, sur la « bonne politique » du gouvernement en matière de politique industrielle. Et d’autant plus que s’ajoute au désastre de GE la fusion, ou plutôt la vente, de Renault à Fiat, donc à la famille Agnelli, rendue publique il y a deux jours. Je m’attends au pire dans les semaines qui viennent.

Renault, GE… Quels sont les enjeux pour la France ?

Fabien Roussel La France n’a ni politique ni stratégie industrielle. D’un côté, elle vend ses bijoux de famille, de l’autre, elle laisse brader ses grandes entreprises à des fonds d’investissement ou à des capitaux étrangers. Il y a eu l’affaire Alstom-Siemens, le soi-disant champion européen, qui devait se solder par la vente de la filière ferroviaire à Siemens (et que la Commission européenne a bloquée – NDLR). Je pense également aux filières sidérurgique, électrique, et notamment à Ascoval. Il est urgent de nationaliser même temporairement une partie de ce secteur qui, sinon, risque de disparaître. La filière automobile est structurante pour notre industrie. L’emploi de dizaines de milliers de salariés en dépend. Il y aurait besoin de consolider le groupe Renault, or le gouvernement fait l’inverse.

L’État peut-il encore garder la main ? S’opposer par exemple aux situations que vous évoquez ?

Fabien Roussel L’État, non seulement peut, mais doit agir pour préserver ses outils industriels, ses savoir-faire, ses compétences. L’État ne peut pas se plaindre d’un côté que la balance commerciale est déficitaire et, de l’autre, fermer des filières industrielles et importer encore plus. Cela est mauvais pour l’emploi et pour notre industrie. C’est également mauvais pour le climat d’augmenter nos importations de biens manufacturés que nous pouvons produire en France. Nous ne sommes pas les seuls à dire qu’il faut produire local, mais cela nécessite d’avoir une politique industrielle offensive. Ce qui n’est pas le cas.

Quels pourraient être ces outils ?

Fabien Roussel Dans l’urgence : nationaliser temporairement les filières, les entreprises stratégiques pour notre pays. Se doter d’une banque systématiquement présente auprès des industriels pour accompagner les investissements et les projets de reprises, et capable de prêter à taux zéro pour alléger les coûts financiers. La Banque publique d’investissement ne joue pas ce rôle. Il y a également besoin de donner plus de pouvoir aux salariés, qui sont les lanceurs d’alerte et qui n’ont aucun poids dans les décisions face aux choix des actionnaires majoritaires qui peuvent être dévastateurs. Je pense à Vallourec, où les salariés ont alerté depuis longtemps sur ce qui se passait au sein du groupe, sans que cela ait eu d’effet sur une stratégie dramatique pour l’emploi. Ce ne sont là que quelques propositions, des dizaines d’autres sont envisageables.

Entretien réalisé par Sylvie Ducatteau
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31 mai 2019 5 31 /05 /mai /2019 06:54
Respiration - le billet d'Yvon Huet, journaliste à la rédaction de Vie Nouvelle et Présence, après les élections européennes

RESPIRATION

Après un tsunami de mauvaises nouvelles, on a tendance à se replier sur soi, se coucher comme un boxeur qui s'est pris un coup sur le foie... Réflexe naturel, certainement... Mais une fois réveillé, il est temps de remettre en lice notre belle machine à rêver un monde meilleur.

Ce qui a manqué, nous le savons, c'est la participation active des plus touchés par la crise pour que quelque chose change dans le scénario usant relayé par les médias. Dès le début, on avait éliminé les communistes dans des sondages directifs et des censures systématiques, et ce n'est pas pour rien.

La bourgeois sait que nous avons perdu pied dans l'écrasante majorité des milieux populaires laissés à l'abandon de puis des dizaines d'années. Les anciens comme moi savent ce qu'était le PCF qui faisait vivre la fraternité dans les pieds d'immeubles, à la campagne, partout où il y avait de la vie.

Le recul, nous l'avons vécu de générations en générations et les solutions pour s'en sortir ont toujours été des fuites en avant. Pour la première fois, j'insiste, depuis 2007, nous avons eu le courage, avec Ian, Marie-Hélène et les autres, d'affronter le dur, avec les prémices, c'est vrai, des dernières élections législatives qui ont donné le sens du vent avec son résultat, une chambre élue de coucous présidentiels. On pouvait rêver mieux. Mais nous avons fait un pas énorme contre le fatalisme de l'effacement.

La bourgeoisie et ses relais continueront à nous censurer certes, mais nous avons gagné un énorme point, celui du rassemblement des communistes autour de leurs valeurs, de leur envie de revenir aux sources de ce qui fait leur utilité réelle, n'en déplaise à ceux qui continuent à nous dire qu'il faut se faire hara-kiri pour faire semblant d'exister dans un ailleurs manipulés par des assoiffés de pouvoir.

On ne fera le rassemblement avec les autres qu'en étant ce que nous sommes vraiment, pas en calculateurs de places à prendre ici et là. Si nous prenons notre place, c'est pour ce que nous sommes avec les idées que nous défendons. Le chemin est certes difficile, mais il vaut le coup et je n'en vois pas d'autres, parce que les autres n'ont pas marché. L'histoire nous le confirme.

LA LONGUE MARCHE...

On a envie parfois de dire aux fonctionnaires déclassés, aux ouvriers licenciés, aux paysans déplacés, aux jeunes précarisés et aux anciens matraqués qui n'ont pas voté ou qui ont voté pour les animaux de Macron, Le Pen et quelques autres qu'ils n'ont que ce qu'ils méritent. Cela ne sert à rien. A nous de savoir nous faire comprendre. Ce sera long certes, mais n'oublions pas parfois que des victoires trop courtes amènent des retours douloureux...

Pour se consoler ? Non, parce que c'est vrai. Les grands changements, en France, n'ont duré que deux ans au plus. Ils ont suffi certes à imposer des acquis énormes (sécu, retraite, etc.) mais la bourgeoisie a toujours repris le terrain perdu en accélérant le rythme comme c'est le cas aujourd'hui...

La patience révolutionnaire est un mot un peu galvaudé certes, mais c'est quand même le meilleur moyen de ne pas se laisser berner, y compris quand on se paye aussi les déconvenue de la débâcle soviétique qui affichait le beau et cachait sa misère mentale voire plus...

Être communiste, aujourd'hui, c'est savoir tirer les leçons de l'histoire et NE PAS EN RESTER LÀ... On continue. Le communisme reste une idée neuve, parce que ce n'est pas un système qui boucle un projet mais un élément de rêve nécessaire pour une humanité qui subit les mauvais plans des bâtisseurs de charniers et doit gagner sa liberté de vivre dans la paix et la solidarité collective.

C'est notre différence avec ceux qui sont restés nostalgiques d'un faux miracle qui s'est écroulé tout seul et a permis aux capitalistes de s'éclater à un point tel que la terre ne leur suffit pas pour se goinfrer sur le dos des peuples.

Yvon Huet, 29 et 30 mai 2019 

 

Lire aussi:

MORT POUR LA FRANCE : Paul, lieutenant de la Résistance - par Yvon Huet, journaliste à la rédaction de Vie nouvelle et Présence

MORT POUR LA FRANCE

Paul, lieutenant de la Résistance

Par Yvon Huet

Retraité, journaliste à la rédaction de Vie Nouvelle et Présence

 

Paul Couesnon, mon grand-oncle, fut militant de la CGT, secrétaire du syndicat des photograveurs entre 1935 et 1938 et militant du PCF. Son parcours de militant et de résistant a été gravé dans le marbre par Claude Pennetier, directeur du Maitron, au chapitre des fusillés, de 1940-1944.

Je dois en grande partie mon engagement personnel de syndicaliste et de communiste au récit que ma mère, Yvonne Huet, fille de Lucie Couesnon et Moïse Orlovski, me fit de l’histoire de cet homme qui m’inspire toujours le respect et l’affection, non seulement parce qu’il s’est sacrifié pour la cause que nous défendons, mais aussi parce qu’il a été porteur de valeurs humaines qui se sont transmises sur trois générations. Je ne calcule pas le nombre d’heures où ma mère m’a parlé de son oncle, de son grand cœur, de son romantisme et de son aspiration à voir le monde proscrire les guerres et la barbarie, qui servaient de grand marché au capitalisme prédateur dont il fallait trouver le moyen de se débarrasser (lire la suite de cet article passionnant en cliquant sur le lien: MORT POUR LA FRANCE : Paul, lieutenant de la Résistance - par Yvon Huet, journaliste à la rédaction de Vie nouvelle et Présence )

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31 mai 2019 5 31 /05 /mai /2019 06:45
Les observateurs internationaux du procès de Madrid contre les indépendantistes catalans, avec Dominique Noguères, venue à Morlaix en février pour nos mardis de l'éducation populaire et une conférence avec la LDH, 2e en partant de la droite

Les observateurs internationaux du procès de Madrid contre les indépendantistes catalans, avec Dominique Noguères, venue à Morlaix en février pour nos mardis de l'éducation populaire et une conférence avec la LDH, 2e en partant de la droite

Toujours toutes et tous,
 
Je ne vous ennuierai pas aujourd'hui par le grincement de dents d'un lendemain d'élection qui va accentuer le poids des misères dans notre pays. je ne m'y résous pas. Il faut regarder l'avenir et ne pas en vouloir toujours à ceux qui ne savent pas ce qu'ils font. Il faut continuer à essayer de les sortir de l'aveuglement...C'est un moment pesant de notre vie européenne (j'y crois, mais en tant que citoyen du monde de culture française et non en apôtre d'une grande puissance toute aussi prédatrice que les autres...)
 
Dominique Noguères suit depuis le début le procès de Madrid avec une belle brochette d'avocats et juristes internationaux, belges, italiens, américains et bien sûr espagnols (castillans et catalans, pour préciser), dont le but n'est pas de faire l'apologie de l'indépendance mais de défendre l'État de droit dans une Europe qui se dit "civilisée"... 
 
Je vous transmets son dernier post et une photo. La démocratie et le respect des cultures, c'est un combat de toute l'Europe, qu'on se le dise. Nous savons à quoi jouent les juges nostalgiques du franquisme qui mettent de l'huile sur le feu en maintenant malgré les preuves leur demande de sentence, appuyés par le parti d'extrême droite Vox qui fait le paon sur les bancs de l'accusation. Il n'y a pas d'État d'urgence permanent en Espagne et c'est heureux. On n'arrête pas n'importe qui pour n'importe quoi comme en France. Mais il y a les traces de ces 40 ans de dictature qui sont bien difficiles à éradiquer. Dominique Noguères, en humaniste convaincue, se mobilise toujours là où ça fait mal. Grâce à elle et à tant d'autres aussi méritants, notre Europe n'est pas encore complètement laide et c'est heureux.
 
Yvon Huet
 
ON NE LÂCHE RIEN !
 
Son dernier post :
 

Madrid toujours 

Étrange journée.
Outre le fait d'avoir ingurgité pendant près de 6 heures près de 150 vidéos montrant toutes plus ou moins la même chose c'est à dire les interventions violentes de la garde civile sur les lieux de vote face à des gens paisibles, un flot de nouvelles contradictoires nous est tombé dessus. 

Le procès se termine dans quelques jours, arrive l'heure des conclusions définitives de chacune des parties avant les plaidoiries. Coté accusation maintien total des peines envisagées lors de l'ouverture de ce procès. Comme si les 1- semaines de débat n'avaient en rien pu influencer les demandes. Les peines demandées sont extrêmement lourdes, plusieurs dizaines d'années de prison ( je ne fais pas le détail ici) pour chacun des protagonistes.
en même temps nous avons appris cet après midi que le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU demandait la libération immédiate des prisonniers considérant après une analyse juridique extrêmement pointue que les délits reprochés ne sont pas constitués.
Le Président en a pris acte et nous attendons sa décision. 

Tout ceci devient surréaliste et pourrait faire sourire si la liberté des personnes n'était en jeu.
Quelle expérience !!
Pour le reste toujours aussi dingue d'entrer au Tribunal on se fait surveiller rabrouer sans cesse , nous ne sommes pas les bienvenus, mais tant pis on est là et on observe et on témoigne. A bientôt.... bonne nuit Je vais rédiger mon rapport

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31 mai 2019 5 31 /05 /mai /2019 06:39
Duopole(s)
 
 
Emmanuel Macron, vainqueur caché des élections européennes?  

OPA. «Le vainqueur caché des européennes? Inutile de le chercher… il est à l’Élysée!» Au téléphone, ce mardi 28 mai, un conseiller d’État qui maîtrise les arcanes du pouvoir au point d’avoir trusté les cabinets ministériels socialistes jusqu’à Matignon décide de secouer les certitudes du bloc-noteur, contredisant avec véhémence en forme de désespoir son constat d’après-scrutin européen. «C’est tout sauf une défaite. C’est même, d’un certain point de vue, une sorte de victoire qui entretient l’illusion d’une demi-défaite…» La parole tombe, le constat avec. Mac Macron, vainqueur caché, alors que la liste LaREM pour laquelle il a tant mouillé la chemise n’arrive que deuxième, comme un désaveu apparent? «Avec la menace de l’extrême droite, il maintient le pays crispé, poursuit notre homme. Et il réussit un exploit, que nous ne percevons pas bien pour l’instant et que moi-même je n’imaginais pas possible: après sept mois de crise sociale inédite, qui aurait pu imaginer que sa candidate affidée réussirait plus de 22% à des élections jamais favorables au pouvoir?» En somme, Mac Macron aurait obtenu ce qu’il était venu chercher. Primo: maintenir le parti de Fifille-la-voilà assez haut, de quoi perpétuer ce mortifère face-à-face et profiter, d’ici à 2022, de l’«idiot utile» du système, à savoir le Rassemblement nationaliste. Secundo: après avoir entériné son OPA sur les sociaux-démocrates du pays, il entérine cette fois celle sur la droite, renvoyée, avec le candidat Bellamy, à moins de 10% – un score historiquement bas. Tertio: son premier ministre, l’Édouard, accusé dans certains cercles élyséens d’avoir imposé le choix de Nathalie Loiseau à une partie de «l’appareil» LaREM, sort renforcé des batailles d’ego et des équilibres (anciennement) droite-gauche de sa majorité, renvoyant au rencart toutes les rumeurs de remaniement de grande ampleur. Quarto: la gauche dite radicale, qui avait flirté avec le second tour de la présidentielle en 2017 avec Jean-Luc Mélenchon, est renvoyée à ses chères études en désunion, flirtant désormais avec les scores des socialistes. Notre conseiller d’État ne tourne donc pas autour du pot: «La stratégie de Macron est validée. En s’engageant comme il l’a fait dans cette campagne, il a non seulement sauvé les meubles mais préservé, pour le moment, son socle électoral, à défaut d’emporter l’adhésion des Français. Surtout, il installe, avec un certain cynisme, le duopole RN/LaREM dans la durée…»
 
Gauche. La fin présumée du clivage de la droite et de la gauche a, sans surprise, exténué le balancier: il penche définitivement à droite. Inutile de le cacher, d’autant que le bloc-noteur l’avait déjà suggéré, l’un des mouvements populaires les plus originaux des dernières années – celui des gilets jaunes– se traduit, vu le contexte à gauche, par une victoire totale de l’extrême droite française. Résumons la situation. La crise politique est (encore) devant nous, sans que nous puissions imaginer dans quel mur elle nous conduira. La division des forces de transformation sociale bénéficie pleinement au pouvoir, tandis que Fifille-la-voilà offre des triangulations impossibles à ses adversaires (imbéciles!) en continuant d’imposer ses thématiques. Bref, le peuple est divisé, «éparpillé territorialement en un archipel que seul le “récit’’ d’exclusion de l’extrême droite est capable de réunir politiquement», comme l’écrit l’historien Roger Martelli. Si l’on osait, on penserait que ce champ de ruines ressemble à s’y méprendre aux fractures nées de l’élection de Trump aux États-Unis, où l’éclatement entre «deux mondes» semble irréconciliable. Tel est le pari de Mac Macron. Que cette faille dure… pour servir non pas seulement ses intérêts, mais ceux de sa classe. «Il ne faudrait pas que la gauche, a fortiori sa part la plus à gauche, s’imagine qu’elle pourra en faire autant avec l’air du temps imposé par l’extrême droite», résume Roger Martelli. Comment le dire mieux? Mac Macron, vainqueur caché des européennes?
 
[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 31 mai 2019.
Duopole (s) - Emmanuel Macron, vainqueur caché des élections européennes?  - Le Bloc-Notes de Jean-Emmanuel Ducoin dans L'Humanité du 31 mai 2019
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31 mai 2019 5 31 /05 /mai /2019 06:32
Contre-feux. L’Élysée veut des fonctionnaires à sa botte (L'Humanité, Aurélien Soucheyre, 31 mai 2019)
Contre-feux. L’Élysée veut des fonctionnaires à sa botte
Vendredi, 31 Mai, 2019

Sitôt la réforme de la fonction publique adoptée, Macron a appelé les hauts fonctionnaires à se soumettre à sa volonté.

Il y a des tempos qui ne doivent rien au hasard. Mardi, l’Assemblée nationale vote la réforme de la fonction publique, qui prévoit l’embauche massive de contractuels de droit privé en lieu et place des fonctionnaires. Le lendemain, l’Élysée annonce son envie de faire le ménage parmi les hauts fonctionnaires. « Le président de la République a souhaité que les nominations à la tête des administrations centrales puissent refléter notre volonté », a argumenté la porte-parole du gouvernement, Sibeth N’Diaye, juste après la tenue du Conseil des ministres. L’objectif est d’écarter dès le mois de juin tous ceux considérés comme récalcitrants pour les remplacer par d’autres, au motif qu’ils seraient plus loyaux. « Le déploiement des politiques publiques nécessite que les responsables des administrations centrales soient parfaitement en accord avec ces déploiements », justifie l’Élysée, qui veut des hauts fonctionnaires à sa botte. En totale contradiction avec le principe même de la fonction publique, et le sens du statut, qui vise à protéger le fonctionnaire du népotisme et de l’arbitraire politique. « Le fonctionnaire doit effectuer les tâches qui lui sont confiées dans le cadre de l’intérêt général. Il dispose d’une marge d’appréciation. Si une consigne est illégale ou contraire à sa mission, il doit refuser de l’executer. Il doit être fonctionnaire citoyen et non fonctionnaire sujet », défend Anicet Le Pors, ancien ministre communiste de la Fonction publique. Telle n’est pas l’avis d’Emmanuel Macron, qui assume d’intimider les hauts fonctionnaires, et n’a pas l’intérêt général pour boussole. Le nombre de ministres adeptes du pantouflage, avec tous les risques de collusion liés, en témoigne. Mercredi, le Canard enchaîné a en outre révélé que 60 % des membres du gouvernement avaient fait l’objet d’un redressement fiscal en 2018. D’où l’intérêt d’avoir une administration fiscale indépendante…

Aurélien Soucheyre
Contre-feux. L’Élysée veut des fonctionnaires à sa botte (L'Humanité, Aurélien Soucheyre, 31 mai 2019)
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31 mai 2019 5 31 /05 /mai /2019 06:28
Sur terre et sur mer, Paris favorise le business de la mort
Vendredi, 31 Mai, 2019

Industrie militaire. S’il n’a pas chargé d’armes françaises, le cargo saoudien arrivé mardi à Marseille serait rempli de blindés canadiens. En l’accueillant, la France viole le traité sur le commerce des armes.

Le message est plus clair encore que les mers sur lesquelles voguent des cargos saoudiens remplis d’armes : l’Élysée ne veut pas que les Français se mêlent de sujets qui ne les concernent pas. Après avoir bâillonné le Parlement où toute discussion sur l’industrie de l’armement est systématiquement renvoyée, Emmanuel Macron et ses sbires ont décidé de s’en prendre aux journalistes qui mettent le nez dans leurs affaires. Récemment, Mathias Destal, Geoffrey Livolsi et Michel Despratx, du média-ONG Disclose, ont été convoqués par la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) au sujet de leur enquête sur l’usage au Yémen d’armes françaises vendues à l’Arabie saoudite.

Le mois dernier (lire l’Humanité du 16 avril), le site Web – en partenariat avec France Info, Mediapart, The Intercept, Konbini et Arte – avait publié une note de la direction des renseignements militaires (DRM) mentionnant que des armes made in France étaient bien utilisées sur le territoire yéménite par Riyad et Abu Dhabi, en guerre contre les rebelles houthistes soutenus par l’Iran. Parmi ces armes : des canons Caesar, dont la portée de tir peut potentiellement atteindre des civils yéménites.

En début de semaine, à Marseille, ce seraient ces mêmes canons ainsi que des munitions qui pouvaient, d’après Disclose, embarquer sur le Bahri Tabuk. Ce que dément fermement l’armateur saoudien Bahri. « Le navire va charger (mercredi), pour le compte de (l’entreprise allemande) Siemens, des stations mobiles d’électricité à usage civil, et cela représente 100 % de sa marchandise. Les informations sur un chargement d’armes ou d’explosifs sont complètement bidon », a ainsi affirmé à l’AFP un porte-parole de l’entreprise saoudienne. Ce à quoi Disclose répond sans détour : « Selon nos informations, les charges modulaires parties en containers depuis l’usine d’Eurenco de Bergerac ont été redirigées vers une destination inconnue », évoquant « un changement de stratégie au sommet de l’État ».

La CGT des dockers du golfe de Fos ne confirme ni n’infirme cette version. « À notre connaissance, aucune cargaison d’armes ou de munitions n’était prévue à Fos ce mercredi. Et s’il y avait le moindre doute sur le sujet, croyez-moi que nous l’aurions bloquée ! » explique l’un des responsables du syndicat à l’Humanité.

Mais alors pourquoi autant d’énergie déployée ces derniers jours par le gouvernement pour noyer le poisson ? Jean-Yves Le Drian, super-VRP de l’armement français, ressort inlassablement la même antienne : « Oui c’est une sale guerre, oui il faut l’arrêter, oui il faut être extrêmement vigilant sur les ventes d’armes à l’égard de ces pays. C’est ce que nous faisons », a déclaré mardi sur France Inter le ministre des Affaires étrangères, oubliant de rappeler qu’un bombardement avait encore tué sept civils, dont trois enfants, la semaine précédente. « Nous respectons scrupuleusement le traité sur le commerce des armes », s’est-il en revanche empressé de rajouter, ne sachant manifestement pas de quoi le texte retourne.

La France n’en est pas à une inconséquence près dans ce dossier

« Dans cette affaire marseillaise, la France sait pertinemment qu’elle viole encore et toujours le traité sur le commerce des armes (TCA) », explique Benoît Muracciole, président de l’ONG Action sécurité éthique républicaines (Aser). « S’il n’y a peut-être pas eu de livraisons françaises, nous sommes quasiment sûrs en revanche que le bateau est rempli de blindés fabriqués au Canada et destinés aux soldats de la coalition située à la frontière du Yémen. » Si l’on se réfère aux paragraphes 2 et 3 de l’article 6 du TCA, la France est par conséquent hors des clous. Le texte s’applique en effet aux transferts d’armes classiques. D’après la définition du registre des Nations unies, cela inclut les imports, les exports, les prêts, les dons et… les transits. La présence du Bahri Tabuk au port de Marseille entre dans cette dernière catégorie.

Mais la France n’en est pas à une inconséquence près dans ce dossier. Interpellée mardi après-midi à l’Assemblée nationale sur la possible livraison, la ministre de la Défense, Florence Parly, s’est une fois encore emmêlé les pinceaux. « Et quand bien même ce serait le cas, cela serait-il étonnant ? Non, car nous avons un partenariat avec l’Arabie saoudite », avait-elle osé lancer avant d’être interrompue par un lapidaire « vous mentez ! » de François Ruffin, député de la France insoumise. Le 8 mai dernier, le député communiste de Seine-Maritime Jean-Paul Lecoq avait tenté lui aussi de questionner le premier ministre en dénonçant la complicité de la France, qui – bien que hors la loi – continuait à vendre des armes à l’Arabie saoudite et ses amis. Le député avait alors demandé au gouvernement les moyens de donner au Parlement le pouvoir de contrôler la vente d’armes. Pour toute réponse, il a reçu une fin de non-recevoir. Depuis, les journalistes qui tentent de prendre le relais sont désormais menacés.

Seuls aujourd’hui les membres de la société civile trouvent encore le moyen de faire entendre la voix des Français sur le sujet. Mercredi soir, sur le port de Marseille, outre les syndicats de dockers et Aser, des membres de l’association Marseille en commun et le Mouvement de la paix étaient montés au créneau pour dénoncer les mauvais « faits d’armes » de la France macronienne. Mais pour combien de temps encore…

Stéphane Aubouard
Sur terre et sur mer, Paris favorise le business de la mort (Stephane Aubouard, L'Humanité, 31 mai 2019)
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