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5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 06:00
Gare de Morlaix - manif intersyndicale des Cheminots le 23 mai 2019 (photo Ismaël Dupont)

Gare de Morlaix - manif intersyndicale des Cheminots le 23 mai 2019 (photo Ismaël Dupont)

SNCF Les cheminots défilent en masse pour défendre le service public
Mercredi, 5 Juin, 2019

Hier, 15 000 cheminots (selon la CGT) ont défilé dans les rues de Paris, contre la casse du service public SNCF, en colère contre la souffrance au travail qui gagne les agents de tous les collèges et de tous les secteurs, pour dénoncer, aussi, les conséquences d’une réforme ferroviaire « mal préparée », imposée à coups d’ordonnances il y a tout juste un an. À l’appel de la CGT, de l’Unsa, de SUD et de la CFDT, ils ont réussi leur pari de mobiliser massivement. Démissions et ruptures conventionnelles en cascades, mobilités forcées, perte du sens du travail, isolement… les cheminots souffrent des réorganisations à la chaîne imposées par une direction obsédée par la réduction du « coût du travail » alors que se profile l’ouverture à la concurrence généralisée. Hier, salariés de la RATP et cheminots étrangers – belges et allemands – ont rejoint, en solidarité, la manifestation des cheminots.

Transport. Les cheminots font le bilan de la réforme dans la rue
Mardi, 4 Juin, 2019

Un an après le vote du pacte ferroviaire, les salariés de la SNCF manifestent aujourd’hui à Paris pour dénoncer ses conséquences sur leur travail et le service public ainsi que les mensonges du gouvernement.

Ils devraient à nouveau déferler en masse dans les rues de Paris. Un an après le vote de la réforme ferroviaire, les cheminots se sont donné rendez-vous, aujourd’hui, à l’appel de toutes les organisations syndicales (CGT, SUD, Unsa et CFDT). Un combat unitaire, dans la foulée d’une des plus grandes mobilisations sociales à la SNCF, au printemps 2018, contre le pacte ferroviaire porté par un exécutif coutumier du passage en force. « Cette réforme était mauvaise », expliquent les syndicats, sa mise en application est pire. « Les objectifs fixés par le gouvernement l’année dernière, en matière de développement du service public et de simplification du système n’ont tout simplement pas été suivis d’effet », explique Erik Meyer, secrétaire fédéral SUD rail. Pour le syndicaliste, le bilan est alarmant : « Aucune des garanties sociales mises sur la table pour faire passer la pilule de la réforme n’est à l’ordre du jour. Cette loi est dogmatique et a simplement servi au gouvernement à faire passer ses trois marqueurs politiques : concurrence, privatisation et casse du statut des cheminots. »

Évolutions de carrières empêchées, mobilités forcées...

Si la réforme de 2014 avait déjà scindé le système ferroviaire en trois établissements publics distincts, celle de 2018 consacre « l’atomisation du rail », accuse Laurent Brun, secrétaire général de la CGT cheminots. Ainsi, la séparation par activités et par produits, renforcée par la transformation juridique de la SNCF en différentes sociétés anonymes et filiales, isole les cheminots qui « perdent le sens de leur travail ». Évolutions de carrières empêchées, mobilités forcées, compétition entre activités, le cloisonnement à l’œuvre « menace le groupe de dislocation », insiste Laurent Brun. « L’ambition de Guillaume Pepy (président de la SNCF – NDLR), c’est que chaque société anonyme gagne en autonomie et devienne totalement indépendante l’une de l’autre, jusqu’à gérer sa propre politique salariale, son organisation du travail, etc. », poursuit Erik Meyer, qui dénonce une SNCF « gérée comme une multinationale classique ».

Ouvertes en parallèle sur trois fronts, dans l’entreprise, au niveau de la branche et au niveau national en amont de la publication des décrets d’application de la réforme, les négociations censées fixer des garanties sociales à la transformation du système, elles, patinent. « Le gouvernement n’a toujours pas pris l’ensemble des mesures prévues par cette loi », rappellent les syndicats, qui taclent les promesses de concertation non tenues et des engagements financiers non respectés. Résultat, dénoncent les organisations, « des lignes ferment par manque de moyens pour les régénérer ». « Et ce que le gouvernement n’a pas pu faire rentrer dans sa réforme, il l’a imposé dans la LOM (la loi d’orientation des mobilités actuellement en débat au Parlement – NDLR), en ouvrant, par exemple, la possibilité de confier la gestion de l’infrastructure à un opérateur privé », explique Laurent Brun.

Pour ce qui est de la branche, « aucune des promesses n’est tenue », affirme le secrétaire général de la CGT cheminots. Le patronat du rail fait blocage et la convention collective de haut niveau vantée par le gouvernement ne verra pas le jour. Preuve en est, « le gouvernement a anticipé l’échec de la négociation en préparant un décret qui lui permettra de fixer lui-même le contenu de la convention collective nationale », poursuit Laurent Brun. Sans compter que « des pans entiers de métiers, aujourd’hui cheminots, pourraient être sortis de cette convention collective pour être rattachés à celles du bâtiment, des travaux publics, de l’informatique, et même, des remontées mécaniques », note Didier Aubert, secrétaire général de la CFDT cheminots.

Quant à l’accord d’entreprise, « les négociations sont au point mort », déplorent les syndicats. Le dialogue social à la SNCF est « impossible », selon la CFDT, et l’ambiance dans l’entreprise « détestable », dénonce la CGT. Les syndicats actionnent l’alarme sociale : « Le malaise est grand et profond. Le corps social est heurté et les protections disparaissent. L’inquiétude est là, palpable (…) et le mépris est pour l’instant la seule réponse de la direction. »

Marion d’Allard
Réforme ferroviaire. Les cheminots fondent l’acte II de la riposte
Mercredi, 29 Mai, 2019

Près d’un an après le vote du pacte ferroviaire, les syndicats dénoncent ses conséquences et renouent avec l’unité d’action en mobilisant les cheminots le 4 juin.

Les cheminots ont fait le bilan et il est alarmant. D’une seule voix, les syndicats appellent à nouveau leurs troupes à la mobilisation le 4 juin contre l’application d’une réforme qu’ils ont combattue, dans l’unité et pendant plus de trois mois, il y a tout juste un an. « C’est l’acte II », une « nouvelle étape », c’est « bien plus qu’un coup de semonce », ont indiqué hier face à la presse les représentants des quatre organisations représentatives à la SNCF (CGT, SUD, Unsa et CFDT). « Ce que nous suspections (…) est désormais en train de se réaliser, dans toute la violence sociale que cela représente pour les cheminots et les usagers », a déclaré Laurent Brun, secrétaire général de la CGT cheminots, dénonçant, à plusieurs reprises, « l’ambiance détestable » qui règne dans l’entreprise.

« Ce sont les salariés qui paient la facture »

Alors que le pacte ferroviaire imposé par l’exécutif à coups d’ordonnances consacre l’ouverture à la concurrence, la transformation juridique de l’entreprise publique en sociétés anonymes à multiples filiales et l’abandon du recrutement des cheminots au statut, « ce sont les salariés qui paient la facture. On nous avait promis un pacte social et une convention collective de haut niveau, mais rien n’a avancé. Rien », s’est indigné Erik Meyer, secrétaire fédéral SUD rail. Face à un patronat qui « fait blocage » sur la négociation de branche, face à une direction qui laisse au point mort les négociations sur l’accord d’entreprise et face à un gouvernement qui ne respecte ni ses engagements financiers, ni ses promesses de concertation sociale préalable à la publication des décrets d’application de la réforme, les cheminots tirent la sonnette d’alarme. « La manifestation du 4 juin est déjà un succès, 9 000 cheminots se sont inscrits dans le mouvement pour la seule CGT », a insisté Laurent Brun. Des cheminots « laissés pour compte et qui éprouvent un très fort sentiment de casse de leur outil de travail et de destruction programmée du service public ferroviaire », a enchaîné Didier Aubert, secrétaire général de la CFDT cheminots. Et le responsable syndical va même plus loin. « Nous avons à la SNCF les mêmes ingrédients en termes de risques psychosociaux qu’à France Télécom à l’époque de la vague de suicides. » Même discours chez SUD rail, qui fait « clairement le parallèle entre la situation à la SNCF et l’actuel procès Lombard (ancien dirigeant de France Télécom mis en examen pour harcèlement moral – NDLR) ».

« Les licenciements finissent par devenir un outil de régulation »

Toute à ses obsessions de réductions des coûts de production, la direction laisse se généraliser les pressions sur les agents, dénoncent les syndicats. Ainsi, « les cheminots subissent restructuration sur restructuration, détruisant les collectifs de travail, le contenu des métiers, les compétences et le sens même de nos engagements professionnels », note Laurent Brun. Pis, poursuit le cégétiste, « les salariés dont l’employabilité n’est pas maximale, à savoir les plus anciens, ceux qui ont des inaptitudes ou des handicaps, ou encore ceux dont les compétences ne sont plus recherchées, sont de plus en plus brutalement poussés vers la sortie ». Et pour couronner le tout, rappelle Roger Dillenseger, secrétaire général de l’Unsa ferroviaire, « les négociations annuelles obligatoires s’orientent vers une cinquième année consécutive de gel des salaires ».

Dans ce paysage chaotique, « la séparation par activités et la segmentation des métiers détruisent le service public ferroviaire », poursuit Roger Dillenseger. Et chaque nouvelle réorganisation se traduit « sans exception par des suppressions de postes ». Fermetures de guichets, de dessertes, multiplication de la sous-traitance, c’est « l’atomisation du réseau » qui se trame, pointe Laurent Brun, qui redoute qu’à l’instar du privé, « les licenciements finissent par devenir un outil de régulation ». En somme, résument en lettres capitales les tracts appelant à la mobilisation du 4 juin, « la coupe est pleine ».

Marion d’Allard
Gare de Morlaix - manif intersyndicale des Cheminots le 23 mai 2019 (photo Ismaël Dupont)

Gare de Morlaix - manif intersyndicale des Cheminots le 23 mai 2019 (photo Ismaël Dupont)

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5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 06:00
La France de Macron sous-traite t-elle la condamnation à mort des djihadistes français en Irak? - Henri Leclerc - L’horreur d’un crime ne justifie pas tout (L'Humanité, Alexandre Fache, 4 juin 2019)
Henri Leclerc « L’horreur d’un crime ne justifie pas tout »
Mardi, 4 Juin, 2019

Dans une tribune publiée hier, 45 avocats protestent contre l’inaction coupable de l’État, après la condamnation à mort de djihadistes français en Irak. Entretien avec Me Leclerc.
 

 

La peine de mort pour tous, par pendaison. Voilà le verdict infligé par la justice irakienne aux onze Français jugés depuis une semaine, après leur transfert de Syrie, pour « appartenance au groupe “État islamique” » (EI). « Je ne peux pas vous donner le chiffre précis mais on (en) aura d’autres », avait assuré dimanche Laurent Nunez, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, alors que 450 Français liés à l’EI environ seraient encore retenus en Syrie. Si le gouvernement dit intervenir « au plus haut niveau » pour éviter que ces hommes soient pendus, il défend aussi l’indépendance de la justice irakienne, assurant que les prévenus avaient bénéficié de « procès équitables ». Pas l’avis de Human Rights Watch, qui dénonce des procédures avec « de graves lacunes », autorisant le recours à de la « torture ». Hier, 45 avocats français ont publié sur franceinfo.fr une tribune fustigeant l’inaction de l’État dans ce dossier. Président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme, Me Henri Leclerc s’explique.

Laisser condamner à mort des Français en Irak serait un « immense déshonneur », écrivez-vous. Pourquoi ?

HENRI LECLERC L’honneur de la France, c’est d’être le pays des droits de l’homme. Un pays qui, comme toutes les nations du monde, protège ses ressortissants. L’interdiction de la peine de mort est par ailleurs un principe fondamental de notre droit, au cœur de la Constitution, avec l’article 66-1, comme de la Convention européenne des droits de l’homme. Dans une telle situation, la France ne peut pas se contenter de protestations de principe, encore moins d’une absence de protestations. Dire « on préférerait qu’il n’y ait pas d’exécution» ne suffit pas.

Une grande partie de l’opinion considère qu’il est normal que ces Français partis faire le djihad en Syrie ou en Irak soient jugés là-bas. Pourquoi refusez-vous cette logique ?

HENRI LECLERC L’opinion n’est pas la seule boussole en matière de principes fondamentaux. En 1981, quand le Parlement a abrogé la peine de mort à l’initiative de Robert Badinter, 63 % des Français étaient hostiles à cette réforme. Personne ne conteste aujourd’hui que, ce jour-là, la France a fait un pas en avant considérable. Par ailleurs, quelle que soit l’horreur d’un crime, son auteur n’est pas destitué de la nationalité française automatiquement. Donc ces personnes restent françaises. Certes, leurs crimes sont parmi les plus lourds qui existent. Mais l’horreur d’un crime ne justifie pas l’abandon d’un principe fondamental : notre opposition à la peine de mort. La France est déjà intervenue, avec vigueur, pour des Français condamnés à mort pour trafic de stupéfiants en Indonésie, ou au Mexique. Quand de tels principes sont en jeu, elle ne peut pas donner l’impression de regarder ailleurs.

Le gouvernement assure que les procès ont été « équitables ». Cela ne vous convainc pas ?

HENRI LECLERC Pas tout à fait. Des confrères avocats, comme des journalistes ou des associations, assurent que la justice irakienne est expéditive, que les procès ne se déroulent pas toujours dans des conditions qui respectent les droits de l’homme. on parle même de tortures…

Vous évoquez dans la tribune la « résignation coupable » et même le « cynisme d’État » du gouvernement dans cette affaire. Quelle est sa responsabilité ?

HENRI LECLERC Sa responsabilité serait d’intervenir. Lorsqu’un pays comme la France veut quelque chose sur le plan diplomatique, elle a des arguments à faire valoir. Si la réponse qui lui est donnée est le mépris, elle doit montrer sa détermination.

Cette attitude serait le paroxysme d’un affaiblissement plus général de notre droit. Quelles en ont été les précédentes manifestations ?

HENRI LECLERC On l’a vu en matière d’antiterrorisme, mais pas seulement. Notre pays a voté une succession de lois sécuritaires, qui ont développé l’action de la police, en rognant parfois de manière inquiétante sur les libertés. Tout récemment, on peut citer l’interdiction préventive de manifester, finalement censurée par le Conseil constitutionnel, ou la création du délit « collectif de participation à un groupe violent ». Cela fait des années que nous tirons la sonnette d’alarme sur cet affaiblissement de notre droit.

Entretien réalisé par Alexandre Fache
« J’ÉTAIS SUPER BÊTE »
Ce lundi, deux nouveaux Français ont été  condamnés à la mort par pendaison, portant à onze le nombre de peines capitales prononcées depuis le 26 mai.
Défendus par des avocats commis d’office, qui ne les ont pas rencontrés et n’ont consulté leur dossier que quelques minutes avant l’audience, ces prévenus ont tenté
eux-mêmes de s’expliquer maladroitement. Mourad Delhomme, 41 ans, a ainsi raconté avec moult détails être entré en Syrie pour sauver la femme d’un ami. Bilel Kabaoui, 32 ans, a, lui, plaidé l’erreur de jeunesse : « Il y a cinq ans, j’étais super bête, j’étais convaincu que je pourrais ressortir de Syrie quand je le voudrais. » Tous ont trente jours pour faire appel. 
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5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 05:58
Inégalités. Derrière les discours sur l’assistanat, une France favorisée qui défend ses privilèges
Mercredi, 5 Juin, 2019

Les écarts de richesse continuent de se creuser en France, relève le nouveau rapport de l’Observatoire des inégalités, publié aujourd’hui. Le haut de l’échelle est de plus en plus favorisé, notamment en matière fiscale et scolaire, alors que les catégories populaires sont heurtées par la précarité. Tendance renforcée depuis l’arrivée du président Macron.

C’est un bilan sévère que dresse l’Observatoire des inégalités (OI) dans son troisième rapport annuel sur les inégalités en France. Certes, ces dernières n’explosent pas. Notre système de redistribution, le fameux « pognon de dingue » dénoncé par le président Macron, offre encore un filet de sécurité aux plus pauvres et permet à la France d’être, au niveau européen, un élève moyen en matière d’écart entre les riches et les pauvres. Pour autant, le paysage est loin d’être satisfaisant. Même après les impôts dont ils se plaignent, les catégories les plus aisées – les 10 % les plus riches – continuent d’accumuler les avantages. Bons salaires, conditions de vie favorables, accès aux meilleures formations : leurs capitaux financier et culturel les protègent de l’insécurité sociale.

Les classes défavorisées et, de plus en plus, les classes moyennes sont, elles, soumises à une précarisation croissante. Leur vie, et surtout celles de leurs enfants, qui entrent sur le marché du travail, se caractérise par l’insécurité sociale. « Le mouvement des gilets jaunes est un signe d’impatience des classes populaires et moyennes, prévient Louis Maurin, directeur de l’OI. À trop tirer sur la corde des privilèges tout en faisant miroiter l’“égalité pour tous”, le risque est énorme que cet état de fait n’entraîne des mouvements de contestation de grande ampleur et que d’autres forces, bien plus conservatrices, prennent les choses en main, comme c’est le cas dans un nombre croissant de pays occidentaux. »

des écarts en hausse, freinés par la redistribution sociale

La France évite le pire. Son système social permet encore de limiter l’explosion des inégalités. « La répartition des revenus en France est très inégalitaire, mais elle est en partie compensée par la redistribution et, au bout du compte, avec l’accès aux services publics, nous nous situons au milieu du classement par rapport à nos partenaires européens », analyse Louis Maurin. Sur la période 2012-2016, les écarts de niveau de vie (après impôts et prestations sociales) se sont stabilisés. Ça n’empêche pas le revenu moyen des 10 % les plus riches d’être 6,7 fois plus élevé que celui des 10 % les plus pauvres. Surtout, la stabilisation récente ne modifie pas la tendance à long terme. « Jusque dans les années 1990, les revenus des pauvres et des riches avaient tendance à se rapprocher. Désormais, ils s’éloignent. Les hiérarchies se renforcent », note l’OI. Les chiffres de l’Insee s’arrêtent en 2016. Pour la période écoulée du quinquennat Macron, Louis Maurin parie sur une stabilité des écarts. « Les premières décisions politiques ont été très favorables aux riches avec les réductions fiscales. Mais il y a eu des mesures de compensation obtenues par les gilets jaunes, comme l’augmentation de la prime d’activité et de l’allocation adulte handicapé. Surtout, la baisse du chômage, amorcée sous François Hollande, devrait limiter l’accroissement du fossé entre les riches et les pauvres. »

Des riches qui cumulent les avantages

Signe de cette inversion de tendance, la pauvreté, sans avoir explosé, est repartie à la hausse depuis les années 1990. Entre 2006 et 2016, le nombre de personnes pauvres (dont les revenus sont inférieurs à 855 euros mensuels pour une personne seule et à 1 796 euros pour un couple avec deux enfants) a augmenté de 630 000, pour atteindre 5 millions, dont 1,1 million qui travaillent. Reste que, avec ces chiffres, « la France est un des pays d’Europe où le taux de pauvreté est parmi les plus faibles ». Surtout, on y reste moins longtemps dans la pauvreté qu’ailleurs. Un tiers des pauvres en 2015 l’avaient été deux années de suite. Ils sont la moitié dans ce cas à l’échelle européenne et jusqu’à 60 % dans des pays du Sud ou de l’Est.

« La France de tout en haut va très bien. Elle a, certes, subi en 2011 et 2012 une nette baisse de son niveau de vie du fait notamment de la hausse des prélèvements. Elle s’est cependant vite ressaisie et a obtenu de la nouvelle majorité de 2017 le jackpot, avec la quasi-suppression de l’impôt sur la fortune et, surtout, le passage à un impôt forfaitaire sur les revenus financiers », rappelle Louis Maurin. Pour les 10 % les plus riches, même s’il y a une grande différence d’un bout à l’autre de l’échelle, les avantages se cumulent. À eux seuls, ils perçoivent 25 % de la masse des salaires de toute la population et possèdent la moitié de l’ensemble du patrimoine national. En vingt ans, leur niveau de vie annuel a progressé de 11 300 euros, pour atteindre 56 000 euros. De quoi se projeter dans l’avenir et mettre leurs enfants à l’abri. Moins touchés par le chômage (3,3 % des cadres supérieurs en 2017, contre 18,4 % des ouvriers qualifiés), ils exercent aussi des professions moins flexibles, moins dangereuses et sont en meilleure santé. La perpétuation de leur avantage est sanctuarisée par un système scolaire basé sur la notation, la mémorisation et la culture générale, qui avantage leurs enfants. « L’“élitisme républicain” de notre système éducatif est un élitisme social déguisé », résume Louis Maurin. Les écarts entre enfants des catégories sociales apparaissent dès les petites classes. Ils s’accroissent au fil des années, aboutissant à une surreprésentation des catégories sociales supérieures dans les filières générales (84,8 % d’entre elles accèdent en seconde générale et technologique, contre 42,4 % des catégories défavorisées) puis à l’université, où l’on retrouve seulement 12,2 % d’enfants d’ouvriers. Plus on monte dans la hiérarchie scolaire, plus la reproduction sociale est forte. Les conséquences de cette accumulation du capital culturel sont particulièrement graves dans un pays où le diplôme, survalorisé, est quasiment l’unique accès à l’emploi. Le taux de chômage des sans-diplôme s’élève à 18,3 % en 2017, contre 5,5 % pour les titulaires du niveau bac + 2.

Les classes populaires fragilisées

Chômage, précarité, mais aussi renchérissement du coût des produits de première nécessité, à commencer par le logement… Les catégories populaires, mais aussi moyennes, sont gagnées par une « insécurité sociale » généralisée, constate le rapport. Entre les 2,8 millions de chômeurs, les 3,7 millions de précaires et le 1,6 million qui ont renoncé à chercher un emploi, l’OI compte plus de 8 millions de personnes affectées par la dégradation du marché du travail, sans compter la catégorie en pleine expansion des autoentrepreneurs. L’emploi précaire est passé de 4,8 % de l’emploi total en 1980 à 13,6 % en 2017. « Le mal-emploi ne frappe pas au hasard, rappelle l’OI, il concerne une population peu organisée collectivement, dont les intérêts sont mal représentés. » Les enfants des catégories populaires, sans diplôme et migrants sont les premiers concernés par les horaires flexibles, les emplois du temps imprévisibles et le travail physiquement pénible. « Une partie des représentants politiques qualifient les chômeurs d’assistés pour tenter de gagner les faveurs des catégories populaires, souvent précaires et mal rémunérées. Ils oublient, ce faisant, que chômeurs, précaires et travailleurs pauvres sont très souvent les mêmes personnes, principalement des ouvriers et employés non qualifiés », note l’OI. En bas de l’échelle se trouvent les immigrés. Plus au chômage que les autres (16,3 %, contre 8,6 % des personnes nées en France), plus mal logés, ils sont aussi plus pauvres (niveau de vie mensuel médian à 1 152 euros, contre 1 762 euros pour un ménage sans personne d’origine étrangère). Eux aussi sont pourtant désignés comme responsables de la dégradation de la situation sociale des catégories moyennes et populaires.

Camille Bauer
Inégalités. Derrière les discours sur l’assistanat, une France favorisée qui défend ses privilèges (Camille Bauer, L'Humanité, 5 juin 2019)
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5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 05:52
Immigration. La France, championne d’Europe de la rétention
Mercredi, 5 Juin, 2019

Six associations accompagnant les étrangers placés en centre de rétention administrative ont rendu un rapport accablant sur l’enfermement des immigrés en situation irrégulière.

La France est devenue la championne européenne de l’enfermement des étrangers en situation irrégulière. C’est le triste record annoncé, hier matin, par les six associations intervenant dans les centres et locaux de rétention administrative (CRA), lors de la publication d’un nouveau rapport faisant la lumière sur une « pratique trop souvent irrespectueuse des droits fondamentaux des personnes » et « portant atteinte à leur dignité et leur intégrité ».

En choisissant d’enfermer 45 851 exilés, en 2018, le gouvernement a décidé de banaliser la rétention comme outil systématiquement employé dans sa chasse tous azimuts aux exilés. Enfants, familles, personnes malades, demandeurs d’asile, tout le monde est dans le viseur et souvent de façon abusive. Pour preuve : 56,2 % de personnes enfermées sont finalement libérées.

Cette volonté de faire de la privation de liberté le levier principal de la politique migratoire française s’est d’abord traduite, l’an passé, par le doublement de la durée maximale de rétention, passée de 45 à 90 jours par la grâce de la loi du 10 septembre 2018. « Aucun gouvernement français n’avait jusque-là proposé une telle durée de privation de liberté des personnes étrangères », indiquent les associations. L’exécutif a, en outre, décidé de créer 480 places supplémentaires dans ces lieux d’enfermement. À la lecture du rapport, on se demande même si cela va suffire au gouvernement, qui s’arroge aussi le droit d’enfermer des personnes avant même qu’elles fassent l’objet d’une mesure d’éloignement. C’est le cas des 3 857 demandeurs d’asile, dont le sort dépendait, l’an dernier, du règlement de Dublin et qui ont, bel et bien, été placés en CRA. Ils représentent 14 % des étrangers enfermés. 48 % d’entre eux ont été interpellés lors d’un pointage en préfecture et 41 % ont finalement été libérés sans être expulsés. Certains obtenant même, par la suite, le statut de réfugié… Cet acharnement inique n’épargne personne. Pas même les enfants. En 2018, ils ont été 1 429 à vivre, plusieurs jours, derrière les barbelés des CRA français, 86,1 % d’entre eux étant âgés de moins de 13 ans !

le caractère déshumanisant de la rétention

Les associations constatent, de surcroît et « de façon renforcée », le caractère anxiogène et déshumanisant de la rétention. En 2018, elles ont été témoins de tensions « de plus en plus fréquentes et prononcées ». Un contexte marqué par des violences physiques et psychologiques entraînant des cas d’automutilation et même de suicide. Elles appellent à en finir avec le « recours prioritaire à l’enfermement (…) et la violation des droits qui s’attachent, en toutes circonstances, à la privation de liberté ».

Émilien Urbach
Immigration - La France, championne du monde de la rétention - Emilien Urbach, L'Humanité, 5 juin 2019
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5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 05:50
Solidarité. Un détonant voyage de Rennes à Saint-Malo
Lundi, 3 Juin, 2019

En Bretagne, militants et bénévoles d’organisations de solidarité ont pris la route contre les précarités. Arrivée prévue au festival Étonnants Voyageurs avec un recueil de poésies écrit par des exilés et des habitants en grande précarité.

Rennes (Ille-et-Vilaine), envoyée spéciale. Le son de la fanfare de Melesse se déplace dans le centre-ville de Rennes (Ille-et-Vilaine) à mesure qu’avancent les quelque 300 personnes, casquette sur la tête, chaussures de marche aux pieds et parfois même bâtons de marche à la main. De quoi les rendre « visibles », s’enthousiasme Mireille, bénéficiaire de l’allocation adulte handicapée, les « renforcer » et « donner la pêche » à ceux plus habitués à rester dans leur « coin ». « On montre qu’on est là ! lâche Yannick, ancien sans-abri de 47 ans. On ne doit pas avoir honte et rester dans un placard. Ce n’est pas à nous de nous cacher, c’est aux patrons qui nous imposent des contrats précaires et nous font manger des cailloux. » Une voix s’élève, depuis l’enceinte à roulettes. « On va dire quelque chose d’étonnant : on marche ! » lance Joëlle, cheville ouvrière de l’association Un toit, c’est un droit. La marche contre la précarité, pour la dignité et le respect des droits fondamentaux est lancée. Pendant une semaine, ils vont longer le canal d’Ille-et-Rance, jusqu’à arriver à Saint-Malo.

60 associations mobilisées

Cet « étonnant voyage », organisé par 60 associations (Emmaüs, LDH, Fondation Abbé-Pierre, ATD quart-monde…), syndicats (FSU, SUD, CGT,…) et soutenu par les partis de gauche (EELV, FI, PCF, Génération.s…), démarre, déjà, par un « pas de côté ». De ceux initiés pour « échanger, se comprendre et donner la parole à ceux qui ne l’ont jamais », expliquent les organisateurs d’une même voix. Ce pas de côté prend corps dans le quartier populaire de Maurepas, à Rennes, où trois maisons sont prêtées par un promoteur à Un toit, c’est un droit. L’association y héberge 36 personnes, pour la plupart en attente de régularisation. Pendant un an, les exilés croisent, rencontrent et échangent avec les habitants, pour beaucoup en situation de précarité. De là est née une collaboration avec l’atelier photographique du quartier. Jusqu’à la création de séances d’expression poétique.

Un lieu de « partage de (leur) vision du monde », relève Mireille : « C’était plein d’humanité, des moments rares pour des gens isolés comme nous. » À 56 ans, elle a elle-même hébergé un exilé pendant un an. « À Maurepas, on a le cœur sur la main », dit fièrement Pascal, responsable de l’atelier photographique. S’il se sent « mieux avec les migrants », explique-t-il, c’est que la société « les rejette sans arrêt », eux, les « cassos » : « J’en ai marre que le gouvernement nous fasse tous tourner en rond, ou plutôt en carré. Vous voyez l’idée : faire les cent pas sans arrêt en attendant de trouver une solution pour le moindre problème. » Difficultés à se loger, à se nourrir, à travailler… L’idée est d’« exprimer un refus commun de l’indignité, d’un monde de marchandisation où le pauvre est toujours plus pauvre », ajoute Joëlle. Et donc de « créer des ponts entre les précaires que la société essaie sans cesse d’opposer, revendiquer des droits fondamentaux qui devraient être acquis à tous, quelle que soit sa situation administrative ou sa nationalité », complète Nicolas, lui aussi bénévole.

L’urgence du sauvetage des migrants

De cette jonction de « poètes précaires » est né un recueil. Pour Vjollca, mère de famille albanaise, il est fait de « langage du cœur », qu’elle exprime tant par ses gestes que ses écrits. « Tes mots sont ma maison : j’y entre », y signe-t-elle. Tiré à 500 exemplaires, il sera présenté samedi, pour l’ouverture du festival Étonnants Voyageurs, à Saint-Malo. L’arrivée à destination sera aussi tout un symbole pour cette troupe qui débarquera en bateau afin de « rappeler l’urgence du sauvetage des migrants en Méditerranée ». Là-bas, après un défilé festif, ces marcheurs-là se retrouveront sous un chapiteau prêté par le festival, qui a mis à leur disposition une centaine d’entrées gratuites. Histoire de vivre une dernière soirée poétique autour du prix Goncourt de la poésie 2019, Yvon Le Men, mais aussi de Titi Robin, Arthur H et bien d’autres.

« Aller vers la mer, vers un autre horizon et vers autre chose, je crois que ça parle à tout le monde », sourit Danièle, retraitée des PTT, ancienne cégétiste et bénévole au Secours populaire, qui, « sans aucune sensiblerie », trouve cette marche « émouvante ». Une semaine pour un trajet d’une heure en voiture ? C’est que, chaque soir, une halte est organisée autour de projections de films, de débats contre les idées reçues, de soirées lecture, mais aussi de spectacles et de concerts. Pour la nuit, chacun se munit d’une tente, à planter sur les terrains accordés par les municipalités. Après de longues semaines de travail appuyé sur des groupes locaux, c’est un aboutissement dont l’ampleur en a surpris plus d’un, et dont se félicitent les organisateurs. Leur force : cette « fédération » ou « inter-orga », déjà à l’œuvre sur de nombreuses actions, estiment-ils. C’est ce « rassemblement qui m’a poussée » à marcher d’un seul pas, explique Christelle, de SOS Méditerranée. Car, dit-elle, « le problème est global ». S’il s’agit de rappeler que « le repli identitaire est causé par la précarisation mise en place par le patronat », comme le fait au micro une militante de la CGT, beaucoup ont en tête le score de l’extrême droite aux européennes. « Tout le système est fait pour pointer ceux qui sont encore plus précaires que vous. Il faut sortir cette idée de la tête des gens car c’est se tromper de cible », juge Agathe, jeune habitante de Saint-Malo, venue, elle, au-devant de la marche.

Audrey Loussouarn
L’urgence du sauvetage des migrants, solidarité - Un détonant voyage de Rennes à Saint-Malo (L'Humanité, Audrey Loussouarn, 3 juin 2019)
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5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 05:43
Face au creusement du fossé entre riches et pauvres. Réduire les inégalités, un combat à mener en commun
Mercredi, 5 Juin, 2019

De passage en France pour la présentation de son livre Inégalités, ce que chacun doit savoir (Seuil), James K. Galbraith a répondu à l’invitation de l’Humanité pour un débat, sur le vif, avec la sociologue Monique Pinçon-Charlot, spécialiste de la bourgeoisie française, et l’économiste Frédéric Boccara. 

Conseiller de Barack Obama, de Bernie Sanders et de Yanis Varoufakis, James K. Galbraith passe pour un économiste iconoclaste. Chroniqueur au  Texas Observer, aNew York Times, au Washington Post et au Boston Globe, il fait partie des voix dites « hétérodoxes » qui, comme celles de Joseph E. Stiglitz ou Paul Krugman outre-Atlantique, font valoir d’autres idées que celles platement déroulées aux pieds des soi-disant « premiers de cordée » par « les figures dominantes contemporaines de l’économie », « sorte de politburo de la pensée économiquement correcte », comme il l’écrit sept années avant le déclenchement de la crise financière de 2008.

Fils du grand économiste de la société industrielle John Kenneth Galbraith, qui fut en son temps conseiller de Franklin Delano Roosevelt, John Fitzgerald Kennedy et de Lyndon B. Johnson, James K. Galbraith entend défaire, arguments à l’appui, « l’emprise magique des conservateurs sur les esprits de la gauche ». Une tâche plus nécessaire que jamais. Après un salut à la rédaction du journal fondé par Jean Jaurès, c’est à un échange à la fois respectueux et concentré que se sont livrés nos invités.

En question, l’accroissement des inégalités, dont le bruit de fond se fait entendre partout dans un monde dominé par les politiques néolibérales et mis en danger par la cupidité aveugle des classes dominantes. Une question aux enjeux majeurs, comme le montrent James Galbraith, Monique Pinçon-Charlot et Frédéric Boccara dans les pages qui suivent. Une question qui appelle également une réponse collective face aux périls inédits qui pèsent sur notre époque.

Chaque année, un certain nombre d’organisations indépendantes produisent des rapports sur l’évolution des inégalités. À quelles conclusions principales aboutit l’enquête scientifique à l’échelle globale et sur le temps long ?

James K. Galbraith : Dans mon livre Inégalité. Ce que chacun doit savoir, je me suis donné l’objectif de trouver une réponse, scientifique, juste et assez précise à la question portant sur l’origine des inégalités. Pour cela, il fallait faire un effort qui a duré presque vingt ans pour avoir, à l’échelle mondiale, des chiffres et des mesures sur lesquelles fonder quelque confiance. Avec mon équipe, nous avons fait des enquêtes sur plus de 150 pays et sur une période de cinquante ans, et nous avons trouvé deux choses convergentes. D’abord, qu’il y a des tendances en commun dans l’économie mondiale. Ces tendances correspondent au changement de la politique financière et monétaire, qu’on peut corréler à la hausse des inégalités dans la plupart des pays : la crise d’endettement du début des années 1980, la chute des régimes socialistes à la fin des années 1980 et au début des années 1990 et, ensuite, la crise asiatique des années 1995, 1996 et 1997. Après l’an 2000, on peut constater une pause et une stabilisation. Pas partout, mais dans un grand nombre de pays. C’est le deuxième point. À cause de la baisse des taux d’intérêt, l’amélioration des prix des exportations et le recul, en Amérique latine notamment, de la politique néolibérale. Au Brésil, par exemple, avec des gouvernements démocratiques qui ont essayé de lutter contre la pauvreté et de rétablir ou plutôt d’établir, peut-être pour la première fois, la démocratie sociale. Première conclusion donc : c’est une question de politique monétaire, financière et de l’endettement surtout. Je crois que mon livre est une contribution assez importante au débat parce que les économistes ont l’habitude de considérer cette question dans un cadre assez étroit. Par rapport aux statistiques, disons, strictement nationales d’une part ou, d’autre part, en considérant que c’est un phénomène secondaire par rapport au marché du travail par exemple.

Monique Pinçon-Charlot : Ce pouvoir de la grande finance n’aboutit pas seulement à aggraver les inégalités au niveau économique mais aussi sur le plan culturel. Le monde de la grande richesse, c’est le monde des collectionneurs d’art, avec, aujourd’hui, l’art contemporain, et aussi celui des grandes écoles. Dans nos recherches, Michel Pinçon et moi-même, nous reprenons les quatre formes de la richesse définies par Pierre Bourdieu : la richesse économique, culturelle, sociale et symbolique. La financiarisation du capitalisme, avec ce qu’on appelle le néolibéralisme, est ce moment où, précisément, à cause de la politique monétaire que James décrit à l’échelle internationale, la finance prend le pouvoir sur tous les secteurs de l’activité économique, sociale et politique. Les médias et les instituts de sondage sont ainsi aujourd’hui la propriété de milliardaires. Cette financiarisation de l’économie est à l’origine de l’aggravation de toutes les formes d’inégalités à l’échelle de la planète. Nos recherches montrent à quel point l’oligarchie est organisée. Malgré une concurrence interne liée aux traditions nationales, il y a une coordination de ses intérêts de classe sous la forme de groupes informels et internationaux comme Bilderberg ou la Trilatérale. Le capital social des dominants est donc national et international. La quatrième forme de richesse, celle symbolique, que décrit Bourdieu dans sa théorie de la domination, fait l’objet d’inégalités particulièrement cruelles au moment où les plus riches s’approprient toutes les richesses et tous les pouvoirs, se déclarent les premiers de cordée, les créateurs de richesse ou les modernes, tandis que les travailleurs sont traités de coûts, de charges, quand ce n’est pas de fainéants et de ringards. Je veux insister sur le fait que les inégalités forment système et que ce système d’inégalités est en cohérence avec la constitution de l’oligarchie comme classe sociale au sens marxiste du terme, c’est-à-dire, en soi, avec des modes de vie et de richesses exceptionnels et, pour soi, avec une mobilisation déterminée dans la défense de ses intérêts.

Frédéric Boccara : Les constats de Monique et de James sont riches et documentés. Je soulignerai pour ma part trois aspects des inégalités. D’abord, il y a les inégalités de revenus. Dans ces inégalités de revenus, il faut distinguer, d’un côté, les inégalités entre salaires, sur lesquels un certain nombre d’économistes et de commentateurs insistent pour opposer les salariés entre eux – y compris des gens à gauche comme Thomas Piketty, qui triche sur ses courbes pour opposer les salariés bien payés aux autres – et, d’un autre côté, il y a les inégalités considérées sur l’ensemble des revenus comprenant les revenus du capital, bien plus élevées. Les prélèvements du capital sont considérables. C’est ce que nous appelons le coût du capital, indicateur de sa domination. Deuxièmement, il y a les inégalités de patrimoine, qui sont toujours beaucoup plus importantes que les inégalités de revenus. Ensuite, il y a les inégalités pour ainsi dire réelles, comme les inégalités sociales face à la mort par exemple. Il y a plus de six ans d’écart entre l’espérance de vie des ouvriers et celle des catégories plus aisées. Mais aussi les artisans, qui sont dans le monde du travail et qui travaillent beaucoup, ont une espérance de vie qui n’est pas si bonne. Pour les chômeurs et les précaires, c’est pire. On ne connaît pas l’espérance de vie des très riches qui ne vivent pas de leur travail. Les inégalités réelles, ce sont aussi les inégalités de disponibilité du temps. Mais, troisièmement, il y a les inégalités de pouvoir liées aux monopoles sur les moyens financiers.

Pouvez-vous illustrer ce point ?

Frédéric Boccara : Aujourd’hui, d’après l’Insee, à peine deux cents très grandes multinationales installées en France, françaises ou étrangères, occupent directement un tiers des salariés des entreprises, sans parler des sous-traitants. Elles contrôlent plus de la moitié des profits, hors profits financiers. Ce sont des chiffres très importants. Ils montrent comment se polarise le champ des inégalités, qui sont des inégalités de pouvoir et de création de richesse. Ils renvoient, comme je l’ai dit, au monopole sur les moyens et sur leur utilisation. Ce monopole s’est concentré énormément. Par exemple, le fonds américain BlackRock gère 6 000 milliards de dollars, soit trois fois le PIB français. C’est gigantesque ! Et les banques, c’est bien plus encore. C’est de l’argent qui appartient à toutes sortes de personnes, des riches ou des moins riches, mais qui, monopolisé par ces institutions, fait levier et donne un pouvoir considérable à quelques entreprises, banques et centres de décision. Il est monopolisé au service d’une « culture du profit ». La question qui se pose, c’est de se saisir de ces leviers par l’action publique, pas seulement pour compenser les inégalités mais pour les réduire effectivement, au service d’une autre culture : développement des capacités de chacune et chacun, et développement de la société, de ses « bonnes » richesses. Avec la radicalité des révolutions informationnelle et écologique, combattre les inégalités de pouvoir, de savoirs, de formation, de revenus, de temps disponible devient décisif, y compris pour une autre production et pour l’efficacité économique elle-même. Il faut donc articuler répartition et production. Distribution des parts du gâteau avec sa taille à accroître et sa composition à assainir.

Le mouvement des gilets jaunes a mis en exergue la question de la justice fiscale à travers, notamment, la critique de la suppression de l’ISF. La montée des inégalités peut-elle être mise en relation avec l’« échappée fiscale » des classes possédantes favorisée par les politiques néolibérales ?

Monique Pinçon-Charlot : L’expression  d’«échappée fiscale » me paraît bien douce par rapport à la réalité. Il s’agit d’une fraude fiscale qui s’intègre dans une guerre de classe que mènent les plus riches contre les peuples. En cela, nous ne faisons que manifester notre accord avec le milliardaire américain Warren Buffett qui déclarait en 2005 que cette guerre de classe est menée par les riches et qu’ils sont même en train de la gagner. Le fondement de la fraude fiscale est le refus assumé de la part des ultrariches de contribuer aux solidarités nationales. Nous sommes nombreux en France, je pense particulièrement à Alain et Éric Bocquet, aux États-Unis et ailleurs, à combattre la fraude fiscale et à la documenter. Mais, paradoxalement, la fraude fiscale ne fait que s’aggraver ! On est passé en deux ou trois ans de 80 milliards à 100 milliards d’euros qui manquent chaque année dans les caisses de Bercy. Tout se passe comme si la critique sociale permettait au système capitaliste et à l’oligarchie d’affiner toujours plus la fraude fiscale et les secrets de son opacité. Dès son arrivée à l’Élysée, Emmanuel Macron a introduit le « droit à l’erreur » pour remplacer la politique de contrôle fiscal par une politique d’accompagnement qui sera évidemment favorable aux plus riches contribuables, en toute complicité avec certains hauts fonctionnaires de Bercy. Frédéric a insisté avec justesse sur l’interconnexion des inégalités, de la richesse et du pouvoir. L’État n’est en effet pas du tout une forme réifiée, indépendante des rapports de forces et de classes, qui défendrait généreusement l’intérêt général. L’État est aujourd’hui pillé par des oligarques prédateurs. Rien ne doit échapper à la gourmandise des donateurs qui ont placé Emmanuel Macron à l’Élysée. Les privatisations et les cadeaux fiscaux sont une des modalités de ce pillage. Les revenus du capital sont désormais imposés, de manière forfaitaire, à 12,8 %, c’est-à-dire en dessous de la première tranche d’imposition, de fait, des salariés, qui est à 14 %, mais qui grimpe de manière progressive jusqu’à 45 % !

Cette prédation du néolibéralisme appuyée sur le pouvoir politique n’est-elle pas à mettre en relation avec ce que James Galbraith a appelé l’« État prédateur », il y a plus de dix ans ?

James K. Galbraith : Dans mon livre l’État prédateur, en effet, je proposais de montrer qu’une grande partie de la politique néolibérale est une espèce de politique prédatrice de l’État-providence. C’est-à-dire que, étant donné qu’au XXe siècle on a établi des institutions pour les protections sociales et pour le bien commun au cours de l’évolution de nos politiques, ces institutions sont devenues des cibles et des sources d’enrichissement. La diminution des protections sur la Sécurité sociale ouvre un champ pour les assureurs privés par exemple. C’est un aspect très clair de ce genre de choses et même, dans certains cas, on a peut-être un élargissement de certains aspects des services publics, mais de manière à enrichir un petit nombre. C’est le cas pour les entreprises pharmaceutiques et pharmacologiques aux États-Unis, qui ont beaucoup profité du nouveau système d’assurance pour les médicaments. Mais je voudrais aussi souligner un deuxième point qu’a évoqué Frédéric. Ce qu’on trouve à travers notre enquête, c’est qu’il y a une relation assez étroite entre le degré d’égalité ou d’inégalité quand on fait une comparaison entre pays et la performativité de leurs statistiques macroéconomiques, c’est-à-dire que, en général, les économies qui ont maintenu un degré élevé d’égalité, c’est-à-dire surtout en Europe du Nord, ont l’expérience d’un taux de croissance de productivité plus élevé que les autres. Pourquoi ? Parce que cet environnement favorise les entreprises progressistes et défavorise les entreprises qui seront, d’un point de vue technologique, plus réactionnaires et plus régressives. Ceux qui jouent sur la main-d’œuvre bon marché ne sont pas favorisés par une politique où il y a une compression des salaires. Deuxièmement, il y a une réduction des taux de chômage. Dans ces pays-là, c’est très clair. L’inégalité et le chômage, ce sont deux aspects de la même chose. C’est aussi très évident en ce qui concerne les questions de migration. Quand les inégalités sont très grandes, vous avez la migration vers les villes, vous avez la migration vers les pays et les régions les plus riches. C’est motivé par la différence. Pour bien gérer l’économie nationale, l’économie continentale et l’économie mondiale, il faut réduire cet accroissement des inégalités. Autrement, ce que Monique a décrit sur la question de la culture de la société deviendra très difficile à tenir avec une façon de vivre ensemble sans violence.

Réduire l’accroissement des inégalités est-il possible sans une large base de l’économie qui soit socialisée ?

James K. Galbraith : Je suis plutôt favorable aux grandes entreprises et je crois qu’elles sont inévitables dans l’organisation de la production dans la société, mais il faut, effectivement, avoir des contrôles, des équilibres de pouvoir, avec des organisations qui puissent imposer les valeurs sociales, que ce soient les protections des conditions de travail, les salaires des travailleurs, les conditions environnementales et la direction du développement, et pas seulement des entreprises privées qui décident selon leurs seules préférences. Cela, effectivement, suppose une base qui soit socialisée avec un secteur public et des secteurs où ne domine pas la recherche du profit avec des institutions décentralisées : des assurances pour la retraite, des assurances santé, des assurances contre le chômage, des services publics des biens de consommation qui sont en commun.

Comment, pratiquement, faire avancer la lutte contre les inégalités ? N’est-elle pas une affaire collective ?

Frédéric Boccara : La question de l’unité du salariat dans sa diversité, depuis les plus précaires et les ouvriers jusqu’aux ingénieurs et aux cadres, mais aussi les enseignants, les chercheurs, les infirmières, les médecins, autrement dit la question de l’unité des forces sociales, est fondamentale. Les bases objectives de cette unité, nous devons les faire percevoir. Les inégalités mettent en lumière ces bases, dans leurs deux dimensions de richesse et de pouvoir, comme le montrent les travaux de Monique et Michel. La question environnementale pose aussi cela de manière brûlante. La société entière crève et souffre de la domination de la rentabilité et du pouvoir du capital. Cela s’exprime dans les inégalités. La réduction des inégalités doit être un but pour une civilisation humaine de partage des biens communs de toute l’humanité. Pas l’égalité au sens du nivellement. Le grand enjeu, c’est une sorte d’alliance entre toutes les forces et les acteurs du développement réel et de la création face au grand capital financier égoïste et cosmopolite. Mais cela veut dire aussi qu’il faut d’autres buts et d’autres critères qu’on puisse imposer à partir de l’existant. L’équation qu’on a devant nous est une alternative à la fois radicale et réaliste. Radicale, car il faut une autre logique. Réaliste, parce qu’elle part de la situation que nous vivons. La poursuite de la rentabilité à tout prix dans les entreprises n’est pas compatible avec une autre production écologique. L’écologie, ce n’est pas seulement dans la consommation, c’est une tout autre production. L’imposition d’autres critères, notamment à partir de l’utilisation de l’argent, doit se faire aussi bien dans les entreprises que dans les banques et les institutions publiques.

À partir de quand l’oligarchie libérale a-t-elle amorcé sa contre-révolution, disons, anti-égalitaire ?

Frédéric Boccara : On pourrait revenir sur 1979 et la théorie quantitative de la monnaie imposée en parallèle avec la « théorie » du ruissellement. L’idée c’était : « Peu importe où l’on met l’argent, il faut seulement maîtriser sa quantité pour éviter l’inflation. » Cela, c’est la théorie néolibérale. Nous, nous disons : si on utilise l’argent pour développer les gens ou pour polluer, ce n’est pas la même chose ! Si on utilise l’argent pour développer les gens ou pour accumuler du capital financier, ce n’est pas la même chose ! C’est une question politique majeure et qui s’articule à celle des institutions nouvelles à créer, dont parle James. Cette question d’une nouvelle démocratie, que pousse, par exemple, le mouvement des gilets jaunes, est très importante. On pourrait très bien avoir des conférences régionales citoyennes, dans chaque région, où l’on poserait les questions suivantes : combien d’argent existe ? Non pas seulement public mais celui des entreprises et des banques. Qu’est-ce que cela a donné ? Quelles atteintes à l’environnement ? Quelle création d’emplois ? On se donnerait des objectifs ensemble. Je ne suis pas pour faire table rase du passé mais pour faire advenir le meilleur dans l’actuel. C’est une lutte terrible qui est en cours. Pour des alliances efficaces, nous avons besoin de débattre et expérimenter cette idée de prendre le pouvoir dans les institutions et d’en créer de nouvelles, pour imposer une autre logique aux banques et aux entreprises, jusqu’aux multinationales organisant l’évitement fiscal, social, voire productif généralisé.

James K. Galbraith : Il y a effectivement une liaison très étroite entre les inégalités et la soutenabilité de l’écologie. C’est une question fondamentale de survie qui se pose au monde, parce que c’est seulement à travers une société plus égalitaire qu’on peut avoir un niveau de vie, une capacité, une qualité de vie pour la population générale qui soit acceptable dans les limites écologiques qui sont posées. À travers les services publics, à travers les assurances sociales et à travers les biens de consommation qui sont partagés et qui n’ont pas cet aspect de gaspillage, cet aspect d’émulation, cet aspect décrit avec génie par Thorstein Veblen de consommation ostentatoire. À travers des institutions qui nous enseignent à vivre ensemble d’une façon agréable et acceptable. Avec du travail pour tous. Avec une contribution faite par tous. C’est comme cela que les choses vont avancer. Autrement, on est sur la voie, vraiment, de la destruction. Les deux sujets, la question économique et la question écologique, ont été traitée séparément dans la plupart des discussions. Il faut admettre que, si on accepte les inégalités, on accepte aussi cette voie de détérioration de la situation écologique et, cela, il n’est pas possible de l’accepter.

Monique Pinçon-Charlot : Je rebondis pour faire ma petite conclusion à partir de ce que vient de dire James. La question écologique avec le dérèglement climatique, en s’interconnectant avec toutes les autres formes d’inégalité, va soit nous faire basculer dans l’enfer, soit, au contraire, nous permettre de construire le paradis. Nous sommes en effet à un moment de bascule dans l’histoire de l’humanité tout à fait inédit puisque c’est la première fois que la planète est menacée dans sa survie à cause d’êtres humains capitalistes, qui, dans leur soif de pouvoir et d’argent, ont provoqué ce dérèglement. Je suis d’accord avec vous deux pour essayer de continuer à travailler de l’intérieur pour améliorer tout ce qui est améliorable, mais j’insiste sur le fait que nos pensées critiques peuvent paradoxalement aider les capitalistes à aggraver l’opacité de l’oppression.

Je voudrais aussi déplorer les concurrences internes au marché de la contestation sociale, avec ses divisions et parfois ses ego disproportionnés. Or, nos recherches ont au contraire mis en évidence la solidarité, malgré des niveaux de richesse tout à fait hétérogènes, de l’oligarchie. Bien entendu, cette classe a l’argent et les pouvoirs et, n’étant pas nombreuse, la solidarité est beaucoup plus facile pour elle. Mais, à l’heure où la survie de la planète est en jeu, nous devons mettre toutes nos forces pour arriver à surmonter nos divisions politiques, bien dérisoires face à ce qui va advenir, et construire une union populaire et solidaire dans le respect des sensibilités des uns et des autres. Ce serait le plus beau des cadeaux empoisonnés que nous pourrions faire à nos oppresseurs !

Table ronde réalisée par Jérôme Skalski et Marc de Miramon
Face au creusement du fossé entre riches et pauvres. Réduire les inégalités, un combat à mener en commun - entretien de l'Humanité entre James K. Galbraith, Monique Pinçon-Charlot, Fréderic Boccara (L'Humanité, mercredi 5 juin 2019)
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3 juin 2019 1 03 /06 /juin /2019 18:24
Youpi! Le panneau d'indication urbain donnant le nom de la place de la gare- place Rol Tanguy, est revenu après 2 ans d'absence où il n'y avait plus moyen de savoir que le nom de la place de la gare était Rol-Tanguy. Mieux vaut tard que jamais!

Youpi! Le panneau d'indication urbain donnant le nom de la place de la gare- place Rol Tanguy, est revenu après 2 ans d'absence où il n'y avait plus moyen de savoir que le nom de la place de la gare était Rol-Tanguy. Mieux vaut tard que jamais!

Le mercredi 12 juin, 16h, place Rol-Tanguy, parvis de la gare de Morlaix, à l'occasion des 111 ans de la naissance du colonel Rol-Tanguy, héros de la résistance et des brigades internationales, militant ouvrier, communiste et cégétiste, célébrons ce héros finistérien et morlaisien, et avec lui, les valeurs plus que jamais battues en brèche mais actuelles, de la Résistance.

Le mercredi 12 juin, 16h, place Rol-Tanguy, parvis de la gare de Morlaix, à l'occasion des 111 ans de la naissance du colonel Rol-Tanguy, héros de la résistance et des brigades internationales, militant ouvrier, communiste et cégétiste, célébrons ce héros finistérien et morlaisien, et avec lui, les valeurs plus que jamais battues en brèche mais actuelles, de la Résistance.

Mercredi 12 juin, 16h: place Rol-Tanguy, devant la gare de Morlaix, le Parti communiste appelle à rendre hommage à Henri Rol-Tanguy, à l'occasion de l'anniversaire de sa naissance à Morlaix en 1908, et à célébrer les valeurs de la Résistance
Rol-Tanguy à la fête de la Bretagne du PCF dans le Sud Finistère, avec Alain Signor, Paul Le Gall, Pierre Le Rose, dirigeants communistes départementaux dans l'après-guerre,et des résistantes bigoudènes (archives Pierre Le Rose)

Rol-Tanguy à la fête de la Bretagne du PCF dans le Sud Finistère, avec Alain Signor, Paul Le Gall, Pierre Le Rose, dirigeants communistes départementaux dans l'après-guerre,et des résistantes bigoudènes (archives Pierre Le Rose)

Mercredi 12 juin, 16h: place Rol-Tanguy, devant la gare de Morlaix, le Parti communiste appelle à rendre hommage à Henri Rol-Tanguy, à l'occasion de l'anniversaire de sa naissance à Morlaix en 1908, et à célébrer les valeurs de la Résistance

 

Place Rol-Tanguy, gare de Morlaix, mercredi 12 juin, à 16h, hommage commémoratif pour l'anniversaire des 111 ans de sa naissance au colonel Rol-Tanguy, militant ouvrier, héros de la Résistance et des Brigades Internationales.  

Le 12 juin 1908, Henri Rol-Tanguy naissait en gare de Morlaix d'un accouchement précipité. Ses parents habitaient Brest et son père travaillait dans la marine. Il est décédé à Paris le 8 septembre 2002 après une vie d'engagement bien remplie.

111 ans plus tard, alors que l'extrême-droite est redevenue une menace véritable pour les valeurs humaines et démocratiques en France et en Europe, au moment où le président Macron, après d'autres présidents au service du monde de la finance, détruit méthodiquement l'héritage de la République sociale issue des combats de la Résistance, l'héritage social et démocratique du Conseil national de la Résistance, le Parti Communiste Français - la section du pays de Morlaix et la Fédération du Finistère - appellent à rendre hommage à ce héros de la Résistance et des Brigades Internationales que fut Henri Rol-Tanguy, et à travers lui, aux idéaux de la Résistance, si actuels et plus que jamais nécessaire aujourd'hui, dans cette époque de basculement extrêmement troublée et dangereuse.

Tous les citoyens, élus, associations, militants syndicaux et des droits de l'homme, anciens combattants, amis de la Résistance qui veulent rendre hommage à Rol-Tanguy et se reconnaissent dans ces valeurs qu'il a défendu par ses combats aux premières loges de l'Histoire à participer à l'hommage rendu à Henri Rol-Tanguy le 12 avril 2019 à 16h.

Cet hommage à Rol-Tanguy le jour de l'anniversaire de sa naissance est d'autant plus nécessaire que, malgré la rénovation de la Gare de Morlaix, qui a pourtant coûté des millions d'euros, la petite plaque d'hommage datant de l'inauguration de la place, est aujourd'hui très dégradée et dans un triste état, cantonnée dans un endroit éloigné et peu reluisant, alors même que  nous avons alerté sur ce problème et demandé à ce qu'une installation mémorielle digne de ce nom, avec pourquoi pas le financement d'une œuvre d'artiste dédiée à Rol-Tanguy et à la mémoire de la Résistance, puisse accompagner l'arrivée de la nouvelle esplanade de la gare.     

***

Henri Rol-Tanguy  fut un des dirigeants de la Résistance qui a organisé la Libération de Paris. Paris libéré par l'insurrection de son peuple.  Après quatre ans sous le joug allemand. L'action armée des résistants unis au sein du F.F.I. conjuguée avec le soulèvement de la population parachevée par les blindés  de Leclerc a chassé l'occupant et conduit à la signature de l'acte de la capitulation auquel participe Rol-Tanguy. "Nous avons donné le coup de grâce à l'ennemi, mais Paris était déjà aux mains des Parisiens"   (Eisenhower, commandant en chef des forces alliées en Europe). Le premier détachement Leclerc et celui du Capitaine Dronne étaient composés de républicains espagnols. Juste retour des choses... Comme des milliers d'autres militants français, Henri Tanguy, alors syndicaliste CGT de la métallurgie, ouvrier chez Citroën, et communiste, s' est engagé dans les Brigades Internationales pour défendre la république espagnole contre Franco qui était appuyé par les nazis et les fascistes italiens. Son courage, son combat pour un monde de Liberté, d'Egalité, de Fraternité sont des exemples pour notre époque et il importe que les générations présentes, jusque-là épargnées par les tempêtes de l'histoire, n'oublient pas ce que le rétablissement de la démocratie et la lutte contre le fascisme doivent au dévouement de ces hommes pétris d'idéal et d'altruisme qui ont su dire non à la fatalité de la régression et de la barbarie. Henri Rol Tanguy a su aussi s'engager dans les batailles de l'après-guerre: la reconstruction et l'application du programme de transformation sociale et économique bâti par le CNR. Henry Rol-Tanguy fut longtemps président de l'Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance et il eut l'occasion de revenir de nombreuses fois à Morlaix à ce titre. La femme de Rol-Tanguy, Cécile, résistante elle aussi, est encore vivante, et à 100 ans, continue à porter les valeurs de la résistance et du devoir de mémoire.

Rol-Tanguy: pourquoi t'ont-ils abandonné? 

Rol-Tanguy: un Brestois né à Morlaix dirige l'insurrection de Paris: le 19 août, prise de la Préfecture de Paris par Rol-Tanguy et les policiers résistants

Cécile Rol-Tanguy fête ses 100 ans ce 10 avril! Hommage à cette communiste résistante, passeuse de mémoire, femme d'Henri Rol-Tanguy!

Libération de Paris: Cécile Rol-Tanguy : "Je représente les résistantes qui ont été oubliées" (France 24)

17 août 1944: le commandant FFI du grand Paris, Rol-Tanguy, parle aux Parisiens...

Les élus de gauche de Morlaix demandent que la ville dédie une oeuvre d'hommage à Rol-Tanguy, héros de la Résistance et de la guerre d'Espagne, sur la future esplanade de la Gare

Mercredi 12 juin, 16h: place Rol-Tanguy, devant la gare de Morlaix, le Parti communiste appelle à rendre hommage à Henri Rol-Tanguy, à l'occasion de l'anniversaire de sa naissance à Morlaix en 1908, et à célébrer les valeurs de la Résistance
Mercredi 12 juin, 16h: place Rol-Tanguy, devant la gare de Morlaix, le Parti communiste appelle à rendre hommage à Henri Rol-Tanguy, à l'occasion de l'anniversaire de sa naissance à Morlaix en 1908, et à célébrer les valeurs de la Résistance
Mercredi 12 juin, 16h: place Rol-Tanguy, devant la gare de Morlaix, le Parti communiste appelle à rendre hommage à Henri Rol-Tanguy, à l'occasion de l'anniversaire de sa naissance à Morlaix en 1908, et à célébrer les valeurs de la Résistance
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3 juin 2019 1 03 /06 /juin /2019 18:11
Anna Marly

Anna Marly

Aux origines russes du Chant des Partisans - la musicienne Anna Marly - Anna Bétoulinsky
La compositrice de la musique du "Chant des partisans", la chanteuse guitariste  Anna Iourievna Smirnova née Betoulinskaïa, Anna Marly de son pseudonyme, est née le 30 octobre 1917 à Petrograd, à quelques jours de la prise du Palais d’Hiver par les Bolchéviques. Son père a été fusillé pendant la révolution russe.
Toute jeune, elle quitte la Russie pour la France,  “avec sa mère, sa sœur et sa gouvernante” en 1920.
... En 1941, elle a rejoint Londres et les Forces Françaises Libres  où elle a composé la chanson avec des paroles en russe.
 
Un jour, ayant lu le récit de la bataille de Smolensk, en Russie (un demi-million de morts soviétiques, mais qui marque l’échec de l’opération allemande “Barbarossa”, l’armée rouge n’ayant pas été anéantie aux frontières de l’URSS comme prévu dans le plan initial), son âme russe se réveille, et un mot à l’esprit “partisans”.
Anna Marly raconte : “bouleversée, je prends ma guitare, je joue une mélodie rythmée et sortent tout droit de mon cœur ces vers en Russe” : “Nous irons là-bas où le corbeau ne vole pas et la bête ne peut se frayer un passage. aucune force ni personne ne nous fera reculer...”
Elle a appelé cette chanson “La marche des partisans” et l’a interprétée en Russe.
 
En l’entendant Joseph Kessel aurait dit  “Voilà ce qu’il nous faut”, et il l’a écrite dans une version française avec son neveu Maurice Druon.
 
 
Anna Marly « Une émigrée russe à l’origine du Chant des partisans »
Mardi, 13 Juillet, 2010 - L'Humanité

Anna Bétoulinsky, de son nom de scène Anna Marly, est l’un des trois auteurs 
du Chant des partisans. 
Le parcours de cette femme, artiste, russe d’origine devenue selon ses dires 
« française par formation», à l’instar de la création du Chant des partisans, interroge de manière surprenante ce que nous nommons l’identité 
de la France.

L ’histoire d’Anna Marly s’écrit d’abord dans la langue maternelle, dans la filiation avec sa patrie d’origine.

Smolensk, le nom d’une des grandes villes de Russie est à l’origine du Chant des partisans. En Grande-Bretagne, un soir de 1942, en tournée aux armées, les nouvelles d’une levée de partisans dans la région de Smolensk parviennent à Anna Marly.

Pour Anna Marly, seule, ce nom, en ce lieu, à cette date, pouvait lever une espérance : pouvoir de la culture, force de l’imaginaire, magie de la langue maternelle. L’évocation de Smolensk fait resurgir chez la descendante de l’hetman Mattieu Platoff (1) la campagne de Russie, l’année 1812, le général Koutouzov et l’appel à la mère patrie auquel répondent des armées de paysans partisans. Préludes au coup de grâce porté à l’armée napoléonienne. Réminiscence de cette histoire familiale et nationale, le crayon court sur la feuille inscrivant, en russe, un hymne aux partisans de la mère patrie. Pour accompagner la mélopée dédiée à la patrie du cœur, les doigts martèlent la caisse et les cordes de la guitare dont elle ne se sépare jamais en tempo d’une marche puissante, victorieuse.

Devant un auditoire de marins anglais, malgré la barrière de la langue, le succès est immédiat. La BBC s’empare du chant et le popularise sous le titre Guerilla Song.

L’année suivante, au Park Lane, Liouba Krassine (fille du premier ambassadeur d’URSS en Grande-Bretagne) organise la rencontre décisive pour le futur chant national français avec Emmanuel d’Astier de La Vigerie et Henri Frenay. Anna entonne en russe la Marche des partisans. L’auditoire est conquis. Peu après, une autre rencontre a lieu au Petit Club français, à laquelle assistent Maurice Schumann, Germaine Sablon, Maurice Druon et Joseph Kessel, d’origine russe lui-même, qui s’enthousiasme en ces termes « voilà ce qu’il faut pour la France ». Peu après, chez Liouba, Joseph Kessel tend à Anna Marly un texte écrit avec son neveu Maurice Druon. Événement qu’Anna Marly conte ainsi : « Je n’osai pas avouer que j’avais mon propre texte dans la poche… J’étais légèrement vexée. Celui-là était beau, très beau même. Germaine Sablon l’entonna à son tour. Quelqu’un prononça le Chant des partisans. De l’original russe, il ne restait que les corbeaux et la musique. » Et, j’ajouterai, l’élément essentiel du titre Partisans. Ainsi, au printemps 1943, de l’adoption et de l’adaptation française de la Marche des partisans (russes) naît le Chant des partisans (français).

Les fruits de ce métissage culturel sont plus étonnants encore. Jusqu’à la création du Chant des partisans et de la Complainte du partisan (autre composition d’Anna Marly pour laquelle Emmanuel d’Astier écrit un poème (2) deux mots dans notre langue désignent le Français libre en lutte contre l’oppression et l’envahisseur : patriote, en référence aux volontaires de 1792 et franc-tireur, immortalisé en 1870 par l’adresse de Victor Hugo à ces groupes de civils en arme dressés sur les arrières des troupes prussiennes.

En revanche, le mot partisan est inscrit dans la langue russe depuis les guerres napoléoniennes en passant par la grande révolution jusqu’à l’expression du surgissement patriotique face à l’envahisseur nazi.

Aussi, force est de constater que c’est à Anna Marly, une émigrée russe blanc ayant choisi la France et la France libre mais vibrant de toute son âme pour la mère patrie agressée par le nazisme, à sa Marche des partisans (russes) que nous devons l’entrée dans l’histoire culturelle française contemporaine du mot partisan. Remarquons qu’à la même période (été 1942) dans la France occupée, la même synthèse de références culturelles différentes (franc-tireur d’une part et partisan d’autre part) est effectuée par les résistants des groupes armés de grands mouvements de la Résistance.

Mais l’histoire d’Anna Marly, en premier lieu sa place à Londres, aux côtés de la France libre, s’écrit, elle, en français : la langue de sa patrie d’élection, celle de sa citoyenneté. « Chacun de mes actes est lié par une sorte d’osmose à l’histoire. » Par ces simples mots, Anna Marly ramasse en une formule les choix successifs familiaux et personnels qui, de Saint-Pétersbourg où elle naît, la conduisent à quitter Paris le 13 juin 1940 – à nouveau l’exil ! – pour rejoindre Londres en mars 1941 et là, « à faire de son talent une arme pour la France », comme dira d’elle le général de Gaulle.

Elle s’emploie utilement auprès des forces alliées et de la France Libre tout en continuant de composer et de chanter : marche pour « les Volontaires françaises » ; la chanson des V ; Plaine ma plaine, l’un des chants de l’Armée rouge qu’elle popularise ; etc.

Anna Marly, devenue alors une vedette, refuse les tournées internationales à gros cachets et diffère les projets de films. À la rencontre des combattants de toutes les nations coalisées, elle affûte son art en arme : la guitare en bandoulière, en une multitude de langues… en russe parfois, en français toujours.

Maintenant comme le troubadour… à la grâce de celui qui m’écoute

Je marche au bras de l’avenir

Chaque jour qui s’achève n’est plus qu’un mauvais rêve

Il faut lutter, il faut bâtir

Je marche au bras de l’avenir. (3)

À Londres, troubadour de la Résistance française, Anna Marly a achevé la construction de sa France : un combat pour la liberté. À la fin de la guerre, après un bref retour, elle quitte définitivement le pays nommé France. À nouveau l’exil ! L’art sera désormais sa seule patrie à la rencontre de l’humanité entière.

Encore et toujours le Chant des partisans

Chantez compagnons dans la nuit la liberté nous écoute.

 

(1) Commandant des troupes cosaques 
sous les ordres de Koutouzov, de Borodino jusqu’à Paris.

(2) Léonard Cohen puis Joan Baez, 
quelques décennies plus tard, en pleine guerre du Vietnam, redonnent une nouvelle actualité au chant.

(3) Anna Marly, Troubadour de la Résistance, 
Éditions Tallandier, Paris, 2000.

 

Guy Krivopissko

LE CHANT DES PARTISANS

Ami, entends-tu
Le vol noir des corbeaux
Sur nos plaines?
Ami, entends-tu
Les cris sourds du pays
Qu'on enchaîne?
Ohé! partisans,
Ouvriers et paysans,
C'est l'alarme!
Ce soir l'ennemi
Connaîtra le prix du sang
Et des larmes!

Montez de la mine,
Descendez des collines,
Camarades!
Sortez de la paille
Les fusils, la mitraille,
Les grenades...
Ohé! les tueurs,
A la balle et au couteau,
Tuez vite!
Ohé! saboteur,
Attention à ton fardeau:
Dynamite!

C'est nous qui brisons
Les barreaux des prisons
Pour nos frères,
La haine à nos trousses
Et la faim qui nous pousse,
La misère...
Il y a des pays
Ou les gens au creux de lits
Font des rêves;
Ici, nous, vois-tu,
Nous on marche et nous on tue,
Nous on crève.

Ici chacun sait
Ce qu'il veut, ce qu'il fait
Quand il passe...
Ami, si tu tombes
Un ami sort de l'ombre
A ta place.
Demain du sang noir
Séchera au grand soleil
Sur les routes.
Sifflez, compagnons,
Dans la nuit la Liberté
Nous écoute...

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3 juin 2019 1 03 /06 /juin /2019 18:06

 

37 associations et organisations du Finistère  dénoncent la politique migratoire du Préfet dans notre département.

 

 

Nous, soussignées, associations ayant vocation à accueillir dans la dignité les migrants arrivant dans le Finistère, à les soutenir au quotidien et à défendre leur accès aux droits, souhaitons vous alerter sur le fait que, depuis quelques mois, nous sommes saisies de situations humainement insupportables, d’une ignominie jamais égalée dans notre département

En effet, ces derniers temps, nous accompagnons trop de migrant.e.s munis de promesses d’embauche qui ne demandent qu’à être honorées et à qui la préfecture refuse systématiquement de délivrer une autorisation de travail. Nous rencontrons trop de personnes présentes depuis plus de 5 ans, les enfants scolarisés , ayant fait une demande de titre de séjour pour « Vie privée et familiale » qui reste pendant des mois sans réponse de la préfecture ou trop souvent refusée , laissant les personnes en errance administrative et donc matérielle. Nous avons suivi trop de personnes résidant dans notre pays, détentrices d’un titre de séjour depuis parfois 7 ou 8 ans, avec des enfants, titulaires d’un contrat de travail, souvent même d’un CDI, d’un bail de location dans le secteur privé, acquittant leurs impôts, mais personnes « étrangères » n’ayant eu aucun problème de droit commun qui se voient opposer du jour au lendemain un non renouvellement de leur titre de séjour sans raison sérieuse ni même compréhensible. Elles perdent alors leur travail, leur logement et tout moyen de subsistance, alors que les emplois existent dans l’agroalimentaire, la restauration, ou le bâtiment...

Dans toutes ces situations, ces personnes perdent tout droit social et économique. Les décisions préfectorales parfaitement arbitraires les jettent alors à la merci des trafiquants en les contraignant à côtoyer une économie parallèle de survie.

Concernant l’hébergement d’urgence, comment peut-on encore entendre parler d’un « budget grevé par le coût exorbitant de l’hébergement d’urgence des migrants », quand on constate que la DDCS demande à une famille de quitter un hôtel entrée de gamme du pays de Brest - malgré des places disponibles - pour un hôtel confortable au centre-ville de Morlaix, avec des nuitées trois fois plus chères sans compter les frais de transport en taxi. Leur accès aux soins et aux démarches administratives à Brest est rendu considérablement plus difficile. Ces situations se sont renouvelées trop souvent pour qu’on ne puisse pas voir dans ces mesures d’éloignement une sanction vis à vis de parents qui ont simplement fait valoir leurs droits à bénéficier d’un toit pour leur enfants en situation de vulnérabilité ?

Enfin, nous dénonçons avec la plus extrême fermeté la multiplication des situations de femmes enceintes, de très jeunes enfants, d’enfants souffrant de handicap, ou de personnes gravement malades, même parfois en fin de vie, à qui une demande d’hébergement a été prescrite par les services médicaux, qui sont laissées délibérément à la rue. Voilà ce qui nous autorise à parler d’ignominie dans la politique d’accueil des migrants dans notre département.

Face à ces situations qui auparavant trouvaient des solutions et n’en trouvent plus aujourd’hui, une formidable solidarité silencieuse s’organise dans le Finistère. Il vous appartient de connaître, madame, monsieur, tout le travail associatif fait par des milliers de nos concitoyens en termes d’accompagnement, d’orientation, de soutien, d’hébergement, d’éducation, … qui pallie les carences de l’État dans notre département.

Quel que soit le parti politique en responsabilité dans les années à venir, quelle que soit la politique migratoire qu’il entend mener, quelle que soit la politique de répression à l’encontre de ces acteurs de la solidarité, ce travail sera poursuivi et amplifié, autant que nécessaire, pour apporter une réponse humainement digne à des situations insupportables que nous ne laisserons pas perdurer dans nos villes et nos villages.

En attendant des jours meilleurs, nous nous demandons ce qui peut justifier une politique aussi inhumaine dans le Finistère. Une politique qui, nous semble-t-il, est bien plus sévère et inflexible à l’égard des migrants que la politique du gouvernement en la matière. Le préfet du Finistère est garant de la continuité de l’État dans le département.

 

Veuillez croire, Madame, en notre attachement profond aux valeurs de la République.

 

37 associations et organisations du Finistère

 

Ligue des droits de l’Homme Finistère, Digemer et ses 17 collectifs locaux, La Halte, MRAP, Collectes Solidarité Réfugiés Pays de Brest, Adjim, 100 pour un toit Saint Pol, Le Temps partagé, Solidarité Migrants Pays de Morlaix, Cent pour un toit Pays de Quimperlé, Zéro personne à la rue, Collectif Aidons les réfugiés Brest, Collectif humanité Plouguerneau, Accueil Solidarité Saint Urbain, Cent pour un toit Landerneau, 100 pour un Toit Cornouaille, Morlaix-libertés, Accueil des réfugiés dans le Cap, Utopia56, D'ici Demains, 100 pour 1 toit Le Relecq-Kerhuon, 100 pour 1 toit Brest Mêm'

 

ATTAC Brest, UEP, La Ligue de l’Enseignement, ATD Quart monde Brest et Landerneau, Libre pensée 29, Les utopistes en action, Planning familial, Paresse, Alternative pour l’UBO

 

Les unions syndicales départementales du Finistère CFDT, CGT, CNT, FSU, SUD/Solidaires et UNSA.

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2 juin 2019 7 02 /06 /juin /2019 18:14
Le Livre de Nella, 22€, Skol Vreizh, 2019 - 301 pages

Le Livre de Nella, 22€, Skol Vreizh, 2019 - 301 pages

Photo Le Télégramme Morlaix

Photo Le Télégramme Morlaix

Le Télégramme Morlaix - Le 22 mai, les éditions Skol Vreizh et l’Ignacienne Bérénice Manac’h ont présenté le dernier ouvrage de cette dernière. Entre manuel d’histoire et roman, le livre raconte la vie d’une famille d’ouvriers d’origine italienne, écartelée entre plusieurs pays et plusieurs langues. Exils, départs, retours, le tout sur fonds de drames vécus par l’Europe tout au long du XXe siècle, on suit pas à pas le parcours de gens simples, on vibre avec eux et plus particulièrement pour Nella, la fille aînée, mère de l’auteur, déchirée entre deux amours et qui sera marquée par tous ces bouleversements.

Une histoire d'amour et un destin marqué par la cruauté du XXe siècle et l'URSS - Le livre de Nella, par Bérénice Manach (aux éditions Skol Vreizh)

" Ce livre n'est ni un manuel d'Histoire ni un roman. Il tient pourtant de l'un et de l'autre. Il raconte l'histoire d'une famille ouvrière d'origine italienne écartelée entre plusieurs pays et plusieurs langues. C'est une histoire d'exils, de départs, de retours, qui se mêle plus ou moins étroitement à bien des drames que l'Europe a vécus au cours du 20e siècle. Les gens simples ont rarement été là pour dire ce qu'ils ont vécu. Ce récite retrace la vie de ces témoins et leur donne la parole, de l'Italie fasciste à l'immigration clandestine en région parisienne, de l'expatriation à Moscou sous la terreur stalinienne au retour en France.."

Ce livre est aussi celui de Nella, qui a grandi en URSS, déchirée entre deux amours, Emilio, militant communiste italien victime des purges staliniennes, et Etienne Manach, le récit de sa vie, tout entière sous le signe des tourments de la mémoire, de la trahison commise et subie, du remords et du combat pour la vérité au sujet de la disparition d'Emilio en Sibérie.

Après avoir assisté a sa passionnante présentation à la presse mercredi dernier, 22 mai, dans les locaux des éditions Skol Vreizh à Morlaix, avec Paolig Combot, Jean-René Le Queau, Jean-Luc Cloarec, et l'écrivain bretonnant Goulc'han Kervella (qui présentait "Il n'y a guère d'amour heureux" la version française d'un roman breton à succès, l'histoire vraie d'une passion amoureuse entre deux jeunes hommes sur un tournage de cinéma a Molène au début du vingtième siècle), je lis avec passion le récit du destin incroyable de Nella, racontée par sa fille, Bérénice Manach, à qui l'on doit déjà la publication du magnifique journal intime de son père en deux tomes chez Skol Vreizh, Etienne Manach. 

Quelques livres recommandés pour Noël: la France Rouge, Vive les Soviets (Un siècle d'affiches communistes), le journal intime d'Etienne Manach

Étienne, fils de paysans ignaciens, collégien a Morlaix puis exilé a Paris, quartier Montparnasse, militant communiste ardent dans les années 30 et jusqu'au pacte germano-soviétique, plus ou moins agent communiste en Allemagne Nazie, en Espagne, puis passé à la France libre à Istanbul où il traite avec les soviétiques et fait venir Nella, l'amoureuse et la compagne d'un militant communiste italien victime des déportations et des assassinats de Staline, grandie elle-même en URSS où avait fui son père, ouvrier communiste du Frioul qui avait tué par légitime défense un dirigeant de loups noirs fascistes en 1921... Une histoire belle cruelle et tragique, avec l'amour et le courage en personnages principaux que je recommande a tous. Bérénice Manach s'est déplacée sur les lieux de déportation et d'execution du premier fiance de sa mère en Sibérie, elle a consulté les archives soviétiques et de l'état fasciste italien, et des centaines de lettres, journaux intimes de sa famille italienne pour construire ce récit soucieux de recoupement et d'éviter les travestissements de la mémoire. Elle sera bientôt l'invitée des mardis de l'éducation populaire du PCF Morlaix pour nous parler des vies d'engagement marquées par le communisme et brutalisées par l'histoire de Costante, Nella, Emilio, Étienne.

Ismaël Dupont

 

 

 

 

 

Une histoire d'amour et un destin marqué par la cruauté du XXe siècle et l'URSS - Le livre de Nella, par Bérénice Manach (aux éditions Skol Vreizh)

Article écrit en 2012 sur le premier tome du journal intime d'Etienne Manach:

Les éditions Skol Vreizh de Morlaix ont déniché il y a quatre ans une pépite inconnue et inépuisable, le « Journal intime » d'Etienne Manach, récupéré dans des circonstances rocambolesques par la fille de l'ambassadeur de France en Chine de 1969 à 1975, Bérénice Manach.

Depuis quelques mois, je confesse que ces écrits d'une grande force littéraire d'un fort caractère épris d'amour, de beauté et d'action politique rendent beaucoup de mes soirées passionnantes et me rapprochent des passions complexes d'une époque tourmentée et grosse d'une nouvelle nuée d'orage, pour paraphraser Jaurès, celle qui va du milieu des années 20 à l'avant-guerre. Comme le premier tome du Journal Intime d'Etienne Manac'h, peu remarqué par les journalistes de la presse nationale malgré son intérêt historique extraordinaire et ses qualités littéraires peu communes, ne s'est vendu qu'à un peu plus de sept cent exemplaires, et que le second tome, parcourant les années de guerre jusqu'en 1951, a connu une moins bonne fortune éditoriale encore, je me permets de vanter avec chaleur ces ouvrages magnifiquement mis en page à l'attention des lecteurs intéressés par l'histoire du XXème siècle, les milieux intellectuels parisiens de l'entre-deux guerres, les ressorts intimes de l'engagement communiste, et l'écriture de soi.

Un journal intime, c'est un moyen de saisir les espoirs, les conflits et l'état d'esprit d'une époque sur un mode subjectif. En l'occurence, il s'agit d'une époque héroïque,  partagée entre un optimisme historique  porté par les succès des mobilisations sociales et l'histoire en marche à l'est, inquiétude vis à vis de la montée du fascisme et du national-socialisme, un grand dégoût  vis à vis de la société bourgeoise et de ses valeurs conventionnelles discréditées par la grande guerre, une époque qui allait basculer dans la tragédie.

Ce journal intime, c'est aussi le moyen d'appréhender la construction d'une personnalité qui fait le clair en elle, n'est pas dupe de ses mensonges, de ses cruautés, de ses passions, de saisir ses évolutions et ses constantes au contact des évènements intimes et historiques. Ces derniers sont toujours à l'arrière-plan: c'est la passion amoureuse, la description du quotidien, des personnes et des lieux, particulièrement en voyage, et la discussion avec soi qui occupe le devant de la scène.

Ce Journal Intime ne s'apparente ni à des Confessions, écrites pour se justifier, ni à des Mémoires, écrites pour glorifier son rôle historique ou analyser une suite d'évènements et une époque d'un point de vue particulier, dans une volonté de témoignage. Etienne Manach n'écrit pas sur lui, me semble t-il, pour se faire connaître, se mettre en scène, s'exhiber, se pourfendre ou se réhabiliter  devant des lecteurs. L'écriture est tantôt "un exutoire authentique à ses émotions les plus intimes" (introduction de Bérénice Manac'h), une catharsis qui lui permet de se soulager à déchargeant ses inquiétudes, ses souffrances, sa nostalgie, tantôt un moyen de s'élever lui-même en prenant conscience de ce qu'il est et de ce qu'il pourrait et devrait être, tantôt un moyen de vivre deux fois et de manière peut-être plus approfondie encore dans les mots que dans la vie le plaisir de désirer et d'aimer, tantôt un moyen de faire le clair en lui-même, un point d'épape sur ses sentiments et sa vie.

C'est toujours l'individualité singulière qui est mise en avant, sans orgueil excessif (Etienne ne prétend pas à l'unicité comme Jean-Jacques Rousseau), et non l'expérience de soi et le développement de ses pensées personnelles au travers d'un dialogue solitaire comme moyen d'approcher une sagesse et une connaissance de soi valable pour tous les hommes, comme dans les Essais de Montaigne.  

Ce Journal Intime répond aussi à une vocation littéraire ressentie dès l'adolescence par ce fou de lecture, à un besoin de s'exprimer, et de le faire avec un souci du style et de la beauté de la langue qui ne trouve pas forcément à se traduire dans l'écriture d'oeuvres romanesques tant la vie d'Etienne Manach fut, par volonté ou contrainte des circonstances, dédiée à l'action et à l'amour.     

Bérénice Manac'h a accompli un travail de fourmi pour trouver des photos correspondant aux relations et aux évènements décrits par son père et pour documenter les notices biographiques de tous les connaissances auxquelles il fait référence au jour le jour dans son journal intime. On découvre au travers de ces notes, d 'abord les personnalités obscures mais rayonnantes qui ont accompagné ses premières années à Plouigneau, puis les intellectuels (Barbuse, Merleau-Ponty, Vernant, Maitron) et militants politiques anti-fascistes, communistes français, espagnols, italiens, russes qui ont été les camarades de combat d'Etienne Manac'h pendant une dizaine d'années avant qu'il ne quitte le Parti Communiste suite au pacte germano-soviétique.

A l'entame du premier tome publié de ce journal intime, un gros volume de plus de six cent pages qui se lit comme un roman même si la réalité, passée au filtre d'une sensibilité extrêmement riche et d'un talent de conteur et de portraitiste, y est souvent plus surprenante et fascinante que dans bien des fictions historiques, Bérénice Manac'h présente sans complaisance excessive son père dans une très belle introduction dont je voudrais citer quelques passages tant ces lignes éclairent sur le sujet du livre tout en laissant entier le mystère de la personnalité de ce grand écrivain romantique méconnu, qui ne cesse lui-même de chercher à s'élucider à mesure qu'il s'étonne de ce qu'il est, doué pour la joie folle, l'action enthousiaste et le plaisir, mais rattrapé sans cesse aussi par la mélancolie, le sentiment de l'échec, de l'inachevé, de l'insincérité.

 

« Ce livre, écrit Bérénice Manac'h, reproduit les premiers cahiers du journal d'un jeune Breton à travers l'époque de l'entre-deux guerres. Arraché à sa Bretagne natale en pleine adolescence, épris de littérature et rêvant lui-même d'être écrivain, passionné et révolté par les remous politiques de son temps, aimant éperdument les femmes, il décrit sa vie intérieure, ses émotions, ses désespoirs. De ses nombreux voyages à travers l'Europe, il ne rapporte pas une analyse politique, mais un portrait vivant: il n'est pas le chroniqueur de son époque et le lecteur sera déçu s'il cherche une relation précise des évènements de ce temps. Il s'agit véritablement d'un journal intime, où l'auteur se livre à l'analyse de ses sentiments. Orgueilleux mais sensible, souvent de mauvaise foi, parfois cruel sans comprendre lui-même les forces qui le poussent, il cherche à se justifier à ses propres yeux lorsqu'il se trouve odieux. Solitaire, il n'a que les pages de son journal pour épancher son désarroi et sa douleur, avouer ses faiblesses. Le souvenir de sa chère Bretagne vient souvent le consoler lorsqu'il ne sait plus vers quoi tourner son cœur trop plein.

Etienne Manac'h, mon père, est né le 3 février 1910 dans un foyer très modeste du Trégor finistérien, dans le bourg de Plouigneau. Il était le second enfant d'une famille qui en comptera cinq. Sa mère, Françoise Colleter, était « tricoteuse ». Née en 1884, elle ne savait pas écrire, contrairement à ses frères et sœurs plus jeunes. Le père, Jean François Marie Manac'h, comme le grand-père paternel, tous deux maçons, écrivaient assez bien le français. Mais la langue parlée en famille était naturellement le breton et c'est seulement à l'école que le petit Etienne apprendra le français. En 1916, Jean François Marie Manac'h meurt en Champagne, quatre mois avant que son jeune frère ne soit tué à son tour à Verdun ».

 

Cette mort absurde et cruelle du père tué loin de chez lui, alors que Etienne avait tout juste six ans, a été déterminante dans la révolte du jeune homme face à la société bourgeoise, au militarisme, qui le conduira à adhérer au mouvement communiste après en avoir été longtemps un compagnon de route alors qu'il était étudiant. Âgé de 16 ans, alors qu'il écrit les premières pages de son journal intime lors de vacances en forme de pèlerinage nostalgique et douloureux à Plouigneau, Etienne évoque ainsi de manière poignante en imaginant ses pensées à l'aune de connaissances acquises par la suite les derniers moments qu'il a passés avec son père et que l'oubli ne lui a pas ravis:

« Le dernier souvenir que j'aie, concernant mon père, se place en pleine Grande Guerre, au début de 1916, alors qu'il était en permission de vingt jours au village. Ce fut sa dernière permission... Je vois papa, lisant, auprès de la fenêtre, les nouvelles du front, avec de légers hochements de tête. Dehors, c'est le soleil pâle d'une froide journée de janvier, une journée rude, sèche et comme sonore dans sa calme lucidité.

Papa lit...Il est en costume demi-militaire, une veste de soldat, un pantalon de civil, un képi à la visière presque cassée, de pacifiques pantoufles, un menton noir de barbe. Papa lit... Il fait bon dans la salle; la cheminée flamboie; là-bas, au front, on se bat. Il doit faire mauvais, en ce moment, à la Haute-Chevauchée là-bas, en Argonne! Terrible tout de même: deux ans de mitraille, de boue, de tranchées, de bombe, de morts, et pas encore fini! Du moins, s'il n'y avait pas d' »embusqués »! Pourquoi reste t-il chez lui, aussi, ce notaire? Quelle ironie! Est-ce pour régler le testament de ceux qui tombent, là-bas, au froid, parmi les croix de bois? Terrible tout de même! Ce qu'il doit faire noir, sous les nuages de l'Argonne! … Tiens! Voilà la cloche du village qui sonne! C'est sans doute un baptême... Ah! les pauvres copains, ce qu'ils doivent mourir à cette heure! Ont-ils changé de tranchées? Oh! Ces embusqués...! Tout de même, ce qu'il fait bon ici parmi la tendresse des enfants et du village... Voilà la soupe qui chante dans la marmite! Comme ça sent bon!... Qu'est-ce qu'ils doivent manger, à c'te heure, là-bas, en Argonne, les pauvres copains! C'est terrible tout de même!

Soudain entrent dans la maison deux graves personnages, vêtus de noir. Le maire, le secrétaire de mairie! Pendant que mon père parlemente avec eux, j'opère une prudente retraite vers ma maire: c'est peut-être pour nous arrêter qu'on vient! Mais non! Papa vient vers nous en souriant, donne quelques graves explications à maman, auxquelles je ne comprends rien; puis il court dans la pièce contiguë, en revient cinq minutes après avec son resplendissant uniforme bleu horizon et sort enfin, encadré des deux mêmes personnages graves et noirs.

Pour moi, je m'empresse aussitôt de réclamer à maman des explications. « Ton père, me dit maman en m'embrassant, ton père va tenir le drapeau, pendant que l'on va décorer de la Légion d'honneur un soldat mutilé en face de la mairie ». Je bondis. « Viens donc, criai-je à mon frère Edouard, viens donc! Viens vite voir papa, le drapeau et la légion d'honneur! » Quelle joie! Nous partîmes tous deux en chantant, dans la rue du bourg, bras dessus, bras dessous .(…)

Une semaine plus tard, papa s'en alla de nouveau en Champagne. Nous allâmes tous le conduire jusqu'à mi-chemin de la gare, à travers le bois dans les feuilles jaunies, écrasées par terre en humus, exhalaient encore les senteurs fades et mouillées de l'automne dernier. Papa nous quitte en nous embrassant avec une insouciance affectée, mais, au fond du cœur, avec une angoisse mortelle. Nous montâmes sur un talus de coudriers assez proche de la voie ferrée et lorsque le train passa nous fîmes nos derniers adieux. « Je reviendrai bientôt! » nous cria-t-il.

...Il ne revint que trois ans plus tard, lorsque les trains remportèrent du Nord les convois de cercueils. Je vis quelques os, parmi lesquels trois tibias, et un peu de poussière puante. C'était tout ce qui restait de toute une vie, de tout un cœur vibrant d'amour et de courage et de toute une âme saintement passionnée de l'honneur ».

 

Ces « restes » du père, c'est la mère d'Etienne elle-même, son frère et ses enfants qui sont allés les chercher en Champagne à l'automne 1920, en passant par Paris, sa future résidence qu'Etienne découvrit ainsi en de sinistres circonstances. Etienne raconte à seize ans en une page de désolation hallucinée ce cheminement vers le lieu symbolisant toutes les douleurs de sa jeune vie:

« Nous prîmes le train à la gare de l'Est et nous arrivâmes à Châlons-sur-Marne à deux heures du matin où nous attendîmes quatre ou cinq heures un train de correspondance, dans une salle d'attente encombrée de soldats ivres. Puis nous continuâmes notre route et je me penchai à la portière, au vent froid du matin d'automne. Je revois encore en idée le paysage en ruines, morne, les murs à demi-écroulés, des maisons percées de trous, et, par endroits, dans la plaine désolée, de grands troupeaux de moutons. Ça et là, de petits cimetières blancs, avec des drapeaux tricolores et allemands, et des milliers de petites croix de bois.

A Somme-Suippe, nous descendîmes. Une seule maison restait encore debout, à proximité de la gare: c'était un restaurant, où nous entrâmes tout glacés, pour boire une tasse de café et demander le chemin de Croix. Plus d'une heure à pied par une large route à peu près déserte, défoncée, aux talus encombrés de fils et de poteaux de télégraphe. Par malheur, une averse nous surprit en chemin, une lourde pluie d'automne qui eut tôt fait de détremper le sol... Nous nous réfugiâmes, à la suite de mon oncle, dans une sape profonde qui menaçait ruine, et nous attendîmes là la fin de l'ondée, grelottants de froid... Nous attendîmes une demi-heure, une heure, puis, comme la pluie persistait à tomber, nous résolûmes d'avancer coûte que coûte: le ciel était sombre, orageux. La terre, argileuse, collait à nos pieds et rendait la marche extrêmement pénible. Autour de nous, de tous côtés, la plaine était inculte, sans arbres, sans buissons, creusée par endroits seulement par les obus; ça et là des vestiges de camps: des tranchées, des sapes, d'immenses réservoirs d'eau, cylindriques, un inextricable fouillis de fils de fers barbelés... C'était cela la guerre!

A Croix, ruisselants de pluie, nous trouvâmes, dès l'entrée du bourg, un refuge dans l'église, dont la toiture en partie effondrée laissait voir un coin de ciel noir. Une statue de la Vierge, décapitée, gisait dans une encoignure et cette retraite était toute pleine d'un silence froid et apaisant.

Le cimetière, où le maire du village nous conduisit aussitôt pendant une éclaircie, était un vaste fouillis de tombes, une forêt de grossières croix blanches. Rien n'est funèbre comme ce petit cimetière de campagne sous le vent claquant de l'automne: un sol boueux, blanchâtre, la sale craie de Champagne, molle et glissante; des ruisselets d'eau courant de toutes parts; pas le moindre gazon. Rien que quelques centaines de tertres où gisent dans la boue les os épars de quelques inconnus, avec une étiquette, une plaque de zinc avec un nom écrit en pointillé, patiemment autrefois, avec une pointe; au-dessus de ce champ lugubre, au sommet d'une perche, un vaste drapeau pendant, et les croix, dans le brouillard qui s'étend peu à peu laissant tomber des gouttes d'eau, comme des larmes... Et nous avons cherché la tombe, prenant chacun une file, nous penchant, pour lire sur chaque croix, le nom du soldat enseveli. Et nous l'avons trouvée enfin, dans un coin, cette tombe que nous étions venus chercher de si loin, un tertre de sable lavé, à demi-dispersé dans la pluie; un vieux bouquet de fleurs artificielles et fanées, mis dans une boîte près de la croix, et c'est tout. Mais qui donc a mis ce bouquet? Quel ami inconnu?

Et nous sommes tombés à genoux dans la boue, d'un seul mouvement, pour prier Dieu et pleurer... ».

 

De Dieu, il n'en sera bientôt plus question pour Etienne. Un vicaire de Plouigneau, M. Pape, avait pris Etienne en affection, lui qui lui paraissait déjà intelligent à huit ans et sensible aux livres comme aux choses spirituelles. Etienne dut à des causes triviales et à l'obstination de son instituteur laïque qui avait su, lui aussi, reconnaître les promesses de ce jeune esprit de n'avoir pas eu à quitter l'école publique de Plouigneau pour se former en tant que futur prêtre, carrière ouverte à bien des enfants pauvres forts en thème, au collège du Kreisker de Saint-Pol-de-Léon. « Après deux ans de... vaines contemplations, écrit-il jeune adulte au scepticisme et l'athéisme déjà bien enracinés, après deux ans de vie irréelle et intérieure, après avoir promené longtemps sous la nef et près de l'autel mon innocence d'enfant de chœur, marchant dans l'ombre du prêtre, vêtu de ma soutane bleue et de mon surplis blanc aux larges manches, après tout cela, je me sentis vaincu, lié, plongé pour jamais dans la molle apathie de l'adoration perpétuelle; j'étais mûr pour l'oubli du monde et du réel, et pour la poursuite toujours inassouvie de l'intangible au-delà. Le vicaire avait su réduire mon cœur malléable par le charme, la magique incantation du rêve, de la poésie, de la nature. Pourquoi ne suis-je pas aujourd'hui prêtre? M. Pape voulut me mener aux collèges des jésuites de Saint-Pol-de-Léon. L'instituteur s'y opposa et me fit passer l'examen des bourses pour le collège municipal de Morlaix. Ma mère mettait en tous mes protecteurs une confiance aveugle et tacite. Pour moi, j'étais trop jeune, trop insouciant, et j'avais coutume de me laisser mener. J'eusse certainement préféré faire mes études à Saint-Pol-de-Léon, mais, à cause des soucis matériels, le laïc l'emporta sur l'ecclésiastique ».

 

Grâce à la confirmation de ses dons scolaires, Etienne est repéré par son directeur d'école de Plouigneau M. Le Fur et commence l'Ecole primaire supérieure de Kernégues à Morlaix (le futur lycée Tristan Corbière) pour préparer l'Ecole Normale de Quimper. Il passe trois années d'internat au collège de Morlaix.

A l'été 1925, sa mère quitte définitivement Plouigneau pour rejoindre son fils aîné, le frère d'Etienne, déjà installé à Paris. La famille comme beaucoup de Bretons s'installe dans le quartier de la gare Montparnasse et Etienne sera scolarisé parmi les bourgeois dans l'établissement d'élite du lycée Buffon. C'est là qu'il fait sa première éducation politique, en méditant sur sa différence d'enfant du peuple au milieu des héritiers. Tenant son journal quasiment au jour le jour, il écrit à 18 ans: " Au lycée, je ne suis guère dans mon "milieu". Je suis seul, cuirassé dans une solitude amère, contre la raillerie, les cris, la continuelle expansion fétide des vices, le bourdonnement confus des craintes, des désirs et des passions morbides. Seul, à quoi bon lutter? Je sens la raison gronder impérieusement en moi, mais, par malheur, mes poings n'ont pas le droit d'obéir à ma raison. A quoi bon chercher à me venger? La vengeance me paraît lâche et m'est odieuse... Le mépris froid est plus beau." 

 Une semaine plus tard, ce sentiment d'humiliation se décline politiquement sous la forme d'une aspiration plus nette à l'égalité: "J'ai lu La Bruyère, voluptueusement allongé sur des coussins, plongé dans une douceur délicieuse à la lecture des fines remarques du moraliste. J'ai évoqué, à grands traits, la figure froide et sereine du penseur, qui a su glaner ses pensées au crépuscule d'un siècle merveilleux, qui a pénétré habilement les dessous de la société, qui a démasqué les financiers, "âmes pétries de boue et d'ordures", les "grands", insolents et vains, et qui a vu avec effroi, par-dessus les murs de paris, "répandus par la campagne, certains animaux farouches, noirs, livides et tout brûlés de soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible" et "qui sont des hommes". Depuis ce temps, la grande roue de l'égalité a continué à rouler, lentement, inexorablement; elle a roulé sur des gens, des choses, des traditions, des cultes, des superstitions; et, calme, la formidable meule avance toujours, incoercible, férocement muette, sans entendre les cris de désespoir ou de rage, écrasant toujours sur son passage les rêves, les vaines fictions, la fausseté et le mal, l'hydre hurlante aux cent bras". 

 

Orgueilleux de caractère, rêveur, mélancolique, tourmenté, secret, mystérieux et impérieux,  Etienne lit beaucoup, avec passion, découvre la musique avec les débuts de la TSF, s'initie au combat ouvrier communiste avec les pièces de théâtre militante d'Upton Sinclair. Son modèle en révolte contre l'iniquité, les faux-semblants et en intégrité morale est Rousseau, qu'il ne supporte pas de voir raillé par des professeurs persifleurs faisant de l'esprit à bon compte: "Aujourd'hui, M.Rolland m'a mis dans l'indignation. Il faisait le cours sur Rousseau et il n'a cessé de raillé Jean-Jacques d'un bout à l'autre: mes camarades ont naturellement ri avec une certaine suffisance et un mépris hantain du pauvre fils d'horloger. Moi, j'ai mis ma tête dans mes mains et, à la barbe de M. Rolland, j'ai lu "La Nouvelle Héloïse" pour ne pas l'écouter. Pour finir, il s'est demandé si Rousseau est le futur, s'il est l'homme de demain. Et pourquoi pas? Les élections législatives, qui font tant de bruit ces jours-ci, ont donné plus d'un million de voix aux communistes. Le géant marche" . (27 avril 1928).

Les sympathies communistes de Etienne sont nourries, en dehors de l'expérience intime et douloureuse du clivage de classes, par le souvenir de la boucherie de 14-18, de la mort absurde de son père, qui font de lui un anti-militariste convaincu: " Pour moi, je ne demande qu'à ne pas être soldat. L'uniforme me déplaît car il "faut" le porter, car il faut obéir, car il faut accomplir un geste qui vient d'un autre, un geste machinal, odieux. Oh! le beau mépris que je me promets d'avoir pour toutes ces entités belliqueuses, restes d'une "Iliade" en décomposition, monde pourri vivant sur un monde suant, sanglant de pauvres! Je porterai mon fusil sur l'épaule, intact à jamais de poudre malgré les ordres, vinssent-ils même d'un général! Moi tuer, dont le père a été tué! Ironie! Moi avoir de la haine pour ceux qui ont tué mon père! Non! C'est un combat! Pour avoir la paix, il faut que l'un cesse d'abord et je me sens assez plein d'humanité pôur être celui-là! " (1er mai 1928). 

 

A l'été 1928, comme chaque année pendant les grandes vacances, Etienne retrouve la Bretagne, son paradis perdu de Plouigneau où il aide au battage, dont il décrit magnifiquement les journées et retrouvailles familiales, et découvre l'amour charnel.

En 1929, il rentre en classe préparatoire à Louis-le-Grand, se fait arrêté pour la première fois pour participation à une manifestation internationaliste et pacifiste organisée par le Parti Communiste. Il professe l'anticolonialisme à ses camarades, se laisse éblouir par le poète martiniquais René Maran, précurseur de la négritude et de l'anticolonialisme: "Que tout se rebelle! Que l'Inde saute! Que l'Indochine se secoue! ... Les Algériens doivent être des citoyens français"? (21 décembre 1929).

Il voue un amour inquiet, douloureux et inquisiteur à une jeune parisienne d'origine bretonne, Jeanne, avec laquelle il lui est très difficile d'aller plus loin que les déclarations platoniques. "J'ai le coeur en sang, écrit-il le 30 novembre 1929. J'ai maintenant une haine atroce pour moi-même, si faible. Mes vingt ans morbides, rongés de fièvres et de veilles. Je voudrais aller, venir, m'anéantir dans d'immenses espaces, laisser vivre mes sens, et laisser s'apaiser le feu de ma cervelle. La vie de la ville me sera funeste. Je suis rompu. Car j'ai la solitude qui m'est fatale. Nous traduisons Sénèque: la solitude es mauvaise. Libidinem irritat. (...)". (30 novembre 1929). "Fou, triple fou que je suis! Cruel et malhonnête, maladif, le coeur plein d'amour et ne montrant que la méchanceté pour ceux que j'aime! Je m'étonne aujourd'hui de mes vices. D'ailleurs, c'est toujours mon corps qui me conduit, mon pauvre corps torturé, fatigué, plein de désirs qu'il se refuse à assouvir, impatient. Jeanne répondra t-elle?" (fin décembre 1929).   

En 1930, Etienne connaît enfin la joie dans la vie en s'eprenant d'une jolie communiste tchèque aux cheveux courts, indépendante et nullement farouche, Véra Prokopova, à qui il fait découvrir Paris. Pendant un peu moins de deux ans, il va vivre une passion tumultueuse et un peu dyssimétrique avec cette danseuse sensible qui est plus âgée que lui et a connu déjà plusieurs aventures. Elle finira par le quitter pour un amant tchèque alors qu'il est retenu par l'enseignement de la philosophie à Beauvais (avec pour collègue Merleau-Ponty).  Etienne se remettra très difficilement de son abandon par Véra, avec qui il continuera longtemps à entretenir une correspondance pleine de reproches et d'amour contrarié, et il se conduira avec ses différentes futures compagnes avec une cruauté semblable à celle qu'il a lui-même ressenti avec la "trahison" de Véra.

En 1933, Etienne visite pour la première fois l'URSS avec Jean Maitron et raconte par le menu son voyage. Il n'est pas très critique sur ce pays neuf qu'il aime immédiatement pour lui-même et ses habitants et où il voit le monde égalitaire et rationnel de demain en voie de construction mais sa curiosité et sa sociabilité lui font discutter avec les gens et, de fait, il est forcé de remarquer que l'opulence est loin de régner, et que la misère et la famine guettent l'Ukraine en particulier. La peur de la police politique domine aussi, Etienne ne peut qu'y prêter attention.

"Une jeune femme conduit ses deux enfants à l'église. Elle parle français. M. et moi sommes restés un peu à l'écart avec elle et nous avons parlé. Elle était plus heureuse avant la révolution, dit-elle. Elle est dactylographe et gagne 140 R. Son mari est ingénieur à 350 R. Et elle prétend vivre pauvrement. Quelle vie menait-elle donc avant la révolution? Sans doute, d'ancienne famille bourgeoise. Qu'elle sache le français est déjà un signe. En Ukraine, les choses vont mal: beaucoup de morts de misère l'an dernier. Il n'y a pas assez de pain pour les coopératives. Mais, nous dit-elle, cette année la récolte sera bonne et le pain sera à 45 Kc. Pendant que nous parlons, une amie qui l'accompagne s'impatiente, la tire par le bras. Visiblement, elle a peur de nous et fait des efforts pour entraîner son amie. Nous lui avons donné rendez-vous pour ce soir à 16h, rue (...). Elle n'est pas venue. Elle a eu peur du Parti et du GPU. C'est elle aussi qui nous a dit que la famille de la servante est en partie morte, de famine et de misère".  (Kiev en Ukraine, 24 août 1933). Le constat de la misère et de la répression n'ébranle pourtant pas la confiance de Etienne dans le bien-fondé des mesures d'embrigadement et de rééducation idéologique de la population: "Notes: 80000 enfants organisés dans les pionniers. Effort pour embrigader les petits mendiants, les loqueteux, les petits enfants nu-pieds qui vendent des cigarettes. Leur donner la joie, l'amour de l'organisation collective. Ici encore, parmi les enfants de la fête, beaucoup marchaient nu-pieds, mais la majorité est déjà entraînée dans une vie nouvelle qui leur permettra de se donner à leur mesure, de se développer progressivement selon leurs aptitudes".

On ne fait pas de révolution, de société nouvelle, avec des bons sentiments et des scrupules philanthropiques, mais avec des mesures énergiques...

 

Au retour de l'URSS, Etienne Manac'h s'arrête à Berlin en 1933 où il va retrouver Eva, une guide communiste allemande, avec qui il a mission d'envoyer des messages aux communistes disséminés dans la clandestinité pour transmettre des informations ( en particulier sur leurs camarades en camp de concentration) et des directives.    

 

Puis, au mois de septembre, avec Lucienne, sa nouvelle amante parisienne, toujours missionné probablement par l'Internationale, il gagne Barcelone en pleine ébullition politique, en proie à l'agitation anarchiste qui fait anticiper une révolution prochaine: la CNT exerce alors son influence sur un million de membres. Le couple sympathise très vite avec José Balaguer, un cadre, cultivé et bon vivant, du Parti Communiste de Maurin. Les pages sur le mois passé à Barcelone sont passionnantes historiquement - comme celles sur la découverte de l'Allemagne nazie- et magnifiques d'un point de vue littéraire. Aux vacances de Noël 1933-1934, Etienne Manac'h retourne en Allemagne nazie. Pour quoi faire? :

"1°) Faire parvenir à Berlin, aux membres d'une cellule du PC, des documents, huit rouleaux de photo-films; quelques centaines de petites pellicules, filmant des colonnes de journaux communistes allemands de l'immigration (Rundschau, etc.)

2°) Faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que la militante communiste Marie Zielke, parente du député au Riechstag, Koenen, sorte de la prison hitlérienne et, pour cela, voir de nombreuses personnes influentes.

3°) Faire tout ce qui est en mon pouvoir pour ramener de Berlin à Paris le fils de "Ulrich", secrétaire pour l'Europe centrale du Comité mondial contre le fascisme.

4°) Rapporter de l'argent pour Frieda Bohm et un artiste de cinéma, M. Otten, ami et collaborateur de Pabst...".  

 

Etienne passe le nouvel an à Berlin en compagnie d'une connaissance française et de son amie allemande, qu'il décrit admirablement avec un sens de la formule laconique et un cynisme certain, non dénué de misogynie: "C'est un pauvre amour. Peut-être aussi la rudesse de Jean, sa franchise un peu grosse lui déplaisent. Elle est fort surveillée par ses parents, une tante en particulier qui lit toutes ses lettres. Aucun abandon ne serait excusé de sa part si ce n'était celui qui accompagne le mariage. Le père, sorte d'ouvrier des postes, est hitlérien; Théa sympathise fort. Hitler est bon; il a donné du travail aux ouvriers, et il ne veut nullement la guerre; il a relevé l'Allemagne. Théa est maigrement payée: 50 M par mois, et Elli à peine 80. Voilà du bon gibier pour l'hitlérisme. Ces jeunes filles aiment la parade, le café chic, où l'on peut un jour, par chance, trouver un mari nanti d'une profession potable, les promenades en automobile, etc. Ces pauvres petites ouvrières ne sont faites, psychologiquement, que d'une tendance désespérée vers la bourgeoisie. Besoin de parvenir. Et comment? Par l'homme. Leur deuxième trait psychologique, c'est celui du crochet lancé au premier cœur bénévole. Tout le charme puéril de la blonde Théa en est obscurci".

En août 1934, Etienne retourne à Berlin, à nouveau missionné, puis gagne l'URSS pour son second voyage à l'occasion duquel il tombe amoureux d'une guide touristique de Leningrad, Alissa, et fréquente un couple de communistes italiens exilés, Nella et Emilio. Nella deviendra quelques années après sa femme à Istambul (il se marie avec elle en 1943) : c'est la mère de Bérénice Manac'h. Etienne rompt avec le Parti Communiste quelques années plus tard, au moment du Pacte Germano-Soviétique et de l'invasion de la Pologne, mais, toujours engagé et anti-fasciste convaincu, il travaille pendant la guerre au côté de la France Libre et du général de Gaulle dont il devient le délégué auprès de la Turquie et des pays balkaniques.

              

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