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20 septembre 2019 5 20 /09 /septembre /2019 14:30
Marche pour le climat : velorution à-Morlaix- samedi 21 septembre 2019

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 05:21
Clap de fin pour le service de stérilisation sur l'hôpital de Morlaix avec son transfert sur Brest - la casse de l'hôpital continue!

CASSE DE L'HOPITAL, CA CONTINUE !

Le syndicat CGT de l'hôpital de Morlaix vient de confirmer l'annonce faite en fin de semaine dernière de la fermeture du service de stérilisation et son transfert définitif à Brest en 2023. Ainsi, peu à peu, l'hôpital de Morlaix perd ses services et ses missions. Certains accusaient le Comité de défense de l’Hôpital de faire du catastrophisme lorsqu’il écrivait que la mise en place en 2016 des GHT (Groupements Hospitaliers de Territoires) allait contribuer à vider de leur substance les hôpitaux au profit des établissements pivots (celui de Brest pour notre territoire).

C'est pourtant ce qui se produit, et les services qui ne dispensent pas directement du soin sont les premiers touchés. Raison de plus pour soutenir les actions prévues par les personnels de l'hôpital avec leurs syndicats...

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 05:19
Immigration. Emmanuel Macron prend le relais de Marine Le Pen
Mercredi, 18 Septembre, 2019

Devant les parlementaires de sa majorité, le chef de l’État a estimé qu’il fallait s’atteler au « détournement » du droit d’asile. Dans la droite ligne du Rassemblement national, qu’il désigne par commodité seul « opposant sur le terrain ».

 

Les prestidigitateurs vous le diront, détourner l’attention est tout un art. Une fois de plus, invité lundi à la réunion de rentrée des parlementaires de sa majorité dans les jardins du ministère des Relations avec le Parlement, le président de la République disruptive s’y est plié. Bien qu’ayant décliné quatre priorités, il est vaguement passé sur les trois premières pour s’intéresser à la dernière seulement. Il faut dire qu’en matière d’écologie, de retraites, de travail, le gouvernement accumule échecs et déconvenues. Ne lui restait plus que le « régalien », dernier terme abordé, selon les participants de cette réunion à huis clos. Par régalien, il faut comprendre sécurité et immigration, selon une distribution qui rappelle plus les années Sarkozy que le « nouveau monde ».

Raccoler dans l’électorat RN

« Nous n’avons pas le droit de ne pas regarder ce sujet en face », a-t-il martelé. C’est en réalité ce seul sujet, l’immigration, qui scandera la prochaine séquence politique macronienne. Le chef de l’État a ainsi appelé sa majorité et son gouvernement à la fermeté sur le « détournement » du droit d’asile pour éviter d’être « un parti bourgeois » qui ignore l’opinion de classes populaires séduites par l’extrême droite. Double détournement : il faut d’abord se rappeler les conditions de naissance de la République en marche, ses accointances avec les milieux d’affaires et la figure de son chef, symbole de la réussite bourgeoise ; ensuite, il faut considérer que les couches populaires ne sont pas vouées à être les captives électorales d’une extrême droite profitant d’un discours « tous contre tous ». C’est pourtant cet épouvantail que le président de la République agite, pour mieux remettre en selle son duel avec Marine Le Pen. « Vous n’avez qu’un opposant sur le terrain : c’est le Front national, a-t-il ainsi expliqué. Il faut confirmer cette opposition, car ce sont les Français qui l’ont choisie. »

À quinze jours d’un débat parlementaire sans vote sur l’immigration, prévu les 30 septembre et 2 octobre, la sortie présidentielle ne doit rien au hasard. « Les flux d’entrée n’ont jamais été aussi bas en Europe et les demandes d’asile jamais aussi hautes en France », a-t-il surligné… ce qui est un mensonge. À l’échelle européenne, Eurostat confirme que, après les pics de 2015 et 2016, les 638 000 demandes d’asile reçues dans l’Union européenne en 2018 représentent une baisse de 10 % par rapport à 2017 (712 000). Qu’importe : en parlant du droit d’asile, Emmanuel Macron laisse s’opérer, à dessein, la confusion qu’effectue le Rassemblement national entre réfugiés pour cause de guerre ou pour cause économique (et au-delà, immigration illégale, légale, étudiante, rapprochement familial…). Or, « les demandeurs d’asile et les réfugiés ne sont ni des sans-papiers ni des migrants économiques », s’échine régulièrement à rappeler France Terre d’asile.

Ce n’est pas la première fois que le président de la République fait de l’immigration un thème politique. En juin 2018, il déclarait lors d’un discours à Quimper : « Je le dis à tous les donneurs de leçons, allez m’expliquer qu’il faudrait accueillir tout le monde ! » C’est à peu près ce qu’il a répété lundi : « Je crois en notre droit d’asile mais il est détourné de sa finalité par des réseaux, des gens qui manipulent. Si nous ne le regardons pas en face, nous le subirons. Cela donne quoi ? Des quartiers où le nombre de mineurs non accompagnés explose. » Mais, à lire la suite de l’intervention du chef de l’État, ce que cache cette sortie est moins guidé par une recherche de fermeté envers ces « gens qui manipulent » ou de bienveillance pour les habitants des « quartiers » qui « subissent », que par un pur calcul électoraliste et comptable : « La question est de savoir si nous voulons être un parti bourgeois ou pas. Les bourgeois n’ont pas de problème avec cela : ils ne la croisent pas (l’immigration – NDLR). Les classes populaires vivent avec. » Celles-ci sont un marché électoral qu’Emmanuel Macron aimerait bien récupérer.

Faire dévier le débat

Alors que la rentrée sociale s’annonce difficile pour lui, le chef du couple exécutif a donc tout intérêt à faire dévier le débat social qui s’annonce avec la réforme des retraites. Il l’avait déjà fait lors du grand débat national, pour lequel l’immigration n’avait pas été un des thèmes retenus, mais que le président de la République avait tenu à intégrer. La teneur de la discussion qui s’est ensuivie lundi avec les parlementaires de la majorité montre en creux cette volonté, mue par la peur d’affronter un climat social dégradé. Pendant plus d’une heure, le président leur a rappelé que le mouvement des gilets jaunes, « une crise politique sociale profonde », est encore devant eux. « Plusieurs catégories de la population restent nerveuses », prévient-il. Sans pour autant donner permission aux parlementaires de la majorité d’appuyer sur d’autres leviers que la mise en concurrence des malheurs, comme l’a démontré la sortie de la députée marcheuse des Yvelines Aurore Bergé, évoquant les « failles sur le détournement du droit d’asile ». Ou pire encore celle du député LaREM de l’Hérault Patrick Vignal : « Je ne veux pas laisser ce sujet au Front national, ce n’est pas un problème de ligne ferme, les gens qui sont là sont très bien traités » mais « ceux qui arrivent là, Albanais et Géorgiens, n’ont rien à faire là parce que leurs pays ne sont pas en guerre ». C’est oublier que, selon les chiffres de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides compilés par la Cimade, le taux d’accord du droit d’asile, sur 120 000 demandes annuelles, est non seulement en léger fléchissement, mais que l’Afghanistan est de loin la première nationalité, devant le Soudan et la Syrie. Trois pays en guerre.

Drôle de rempart à l’extrême droite

L’opération n’est pas restée sans réaction – c’est le but de propos tenus lors d’une réunion censée être à huis clos mais qui ont largement fuité dans la presse. Passons sur la réaction d’un Bruno Retailleau, chef de file des sénateurs LR, qui pointe une absence d’« actes » malgré les « clins d’œil à la droite ou à la droite de la droite ». La gauche, à l’instar de la députée insoumise de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain, souligne le paradoxe à « se prétendre rempart à l’extrême droite (pour) reprendre ses thèses sur l’immigration ». Le « rempart » est « devenu passerelle », ironise sur Twitter le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure. La présidente du groupe d’élus communiste, républicain, citoyen et écologiste du Sénat, Éliane Assassi, a également jugé « regrettable », sur Public Sénat, que le chef de l’État et sa majorité utilisent « l’immigration comme drapeau pour faire peur à la population. In fine, les gens préfèrent l’original à la copie », a-t-elle mis en garde. « On l’a déjà vu lors des élections européennes », où, malgré une campagne qui a parfois flirté avec ses thèmes de prédilection, la République en marche a laissé la première place au Rassemblement national.

Marine Le Pen n’a eu qu’à relever les filets de cette pêche miraculeuse, dès mardi sur BFMTV. La députée du parti d’extrême droite rappelle qu’il y avait eu un précédent débat sur l’immigration, « (lui) semble-t-il », au moment du grand débat national à l’Assemblée nationale et que « toutes les propositions que nous avons mises sur la table pour empêcher ce détournement » du droit d’asile avaient été « blackboulées par les députés En marche ». Elle anticipe sur les conclusions d’un futur débat : « Est-ce que ce n’est pas plus clair de demander aux Français, s’interroge-t-elle, oui ou non le droit du sol, oui ou non le regroupement familial, oui ou non la maîtrise à nouveau de nos frontières ? »

Grégory Marin et Lionel Venturini

Un nouveau centre de rétention dans le Loiret

Alors que les associations locales dénoncent, depuis plusieurs années, la situation déshumanisée subie par les mineurs isolés (lire notre édition du 8 août), les pouvoirs publics répondent par une solution hors-sol : la construction d’un centre de rétention administrative (CRA) destiné à « accueillir » les migrants avant leur possible expulsion. Cette décision politique, qui portera à 26 le nombre de CRA sur le territoire métropolitain, provoque la colère des syndicats et associations historiquement aux côtés des sans-papiers (Cojie, Solidaires, PCF, CGT…) qui promettent de tout mettre en œuvre pour les en empêcher.

Immigration. Emmanuel Macron prend le relais de Marine Le Pen (Grégory Marin et Lionel Venturini, L'Humanité, 18 septembre 2019)
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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 05:14
L’Union européenne pense son « mode de vie » par l’exclusion
Mercredi, 18 Septembre, 2019

En créant l’amalgame entre la « protection du mode de vie européen » et les migrations, la future présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, donne des gages à l’extrême droite.

 

Qu’est-ce que le « mode de vie européen » ? De la Finlande à la Grèce, la pente est assurément glissante. Dans une tribune publiée lundi par plusieurs quotidiens du continent, la future présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, soutenue par les trois principaux groupes de l’Assemblée – le Parti populaire européen (PPE), les sociaux-démocrates (S&D) et les libéraux de Renew Europe (RE) –, a justifié la création d’un poste de commissaire européen en charge de « protéger notre mode de vie européen ». Sous-entendu, des réfugiés et des migrants.

Les « adversaires de l’Europe » ?

 Le portefeuille, qui revient au Grec Margaritis Schinas, est depuis sous le feu des critiques. Pourtant, se défend Ursula von der Leyen, « chaque jour ce mode de vie est contesté par des adversaires de l’Europe venant aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur de nos frontières ». Et de soutenir : « Nous ne devons pas laisser ces forces détourner à leur profit la définition du mode de vie européen. Elles veulent qu’on lui donne un sens opposé à son sens véritable, miner peu à peu nos fondations et semer la discorde entre nous. » Dans une tentative de corriger le tir, Ursula von der Leyen a brandi l’article 2 du traité de Lisbonne, qui définirait, selon elle, ce « mode de vie européen » par le respect de la dignité de la vie humaine, l’égalité, la solidarité, le pluralisme ou encore la tolérance… On ne sait, dans son esprit, si la concurrence libre et non faussée, le pacte de stabilité et le dumping social sont également constitutifs de l’identité continentale.

Ces dernières années, la montée progressive des extrêmes droites est allée de pair avec une remise en cause progressive du droit d’asile et une approche exclusivement sécuritaire de la question par les soi-disant gardiens du temple démocratique. Pourtant, même parmi les soutiens d’Ursula von der Leyen, il se trouve des voix pour demander la sortie de la politique migratoire du portefeuille de Margaritis Schinas afin d’« éviter les associations malheureuses », selon le Roumain Dacian Ciolos, président du groupe Renew Europe, ou à ce que le nom du poste soit modifié. Ne reculant devant rien, Jean-Claude Juncker, auquel Ursula von der Leyen doit succéder le 1er novembre, a pour sa part estimé qu’il « faudra changer (ce nom) » alors même que son mandat n’a cessé de valider l’idée d’une « crise migratoire » et d’une nécessaire protection des frontières. À gauche, l’eurodéputée écologiste Karima Delli juge que « cette nouvelle Commission ne peut pas faire ses premiers pas entachée par une sémantique d’extrême droite ». De fait, depuis la fin du XIXe siècle, l’extrême droite nourrit l’idée d’une protection des modes de vie ou des « écosystèmes humains que sont les nations », étant entendu que, de ce côté de l’échiquier, l’immigration est perçue comme un facteur de déséquilibre culturel. 

Lina Sankari
L'Union européenne pense son mode de vie par l'exclusion (Lina Sankari, L'Humanité, mercredi 18 septembre 2019)
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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 05:11
Ces élections ont lieu de manière anticipée suite à l'échec de la formation d'un gouvernement de coalition après les élections organisées cinq mois plus tôt. A l'issue de ce scrutin, Benyamin Netanyahu sort battu des élections et en difficulté pour trouver une majorité - article et traduction Nico Maury
 
 
La Liste Unifiée (Communistes et partis arabes) s'impose comme troisième force politique en Israël
 
Voici les résultats portant sur 63,10% des bulletins.

La coalition kakhol lavan (Blanc-bleu) de l'ancien général de Tsahal, Benny Gantz, arrive en tête des élections avec 25,66% (-0,47) des suffrages et 32 sièges (-3). Pour être très clair sur les intentions de Benny Gantz, ce dernier a appelé le Likoud à créer avec sa formation une coalition - sans Netanyahu.

Pour le Likoud de Netanyahu c'est la douche froide avec un score de 25,03% des voix (-1.43) et 31 sièges (-4). Avec ses partis alliée, il ne disposerait que de 55 sièges, un seuil insuffisant puisqu'il en faut 61 pour disposer d'une majorité à la Knesset. Il devra faire appel a un parti d'extrême droite pour disposer de cette majorité.

Pour les partis partenaires du Likoud, nous avons : le Shas (religieux) avec 7,65% des voix et 9 sièges (+1), le Yahadout HaTorah (religieux) avec 6,25% des voix et 8 sièges (=), Yamina (extrême droite) avec 5,73% et 7 sièges (+7).

Yisrael Beytenu (extrême droite) d'Avidgor Lieberman remporte 7,11% des voix et 9 sièges (+4). Ce parti se retrouve dans la situation de faiseur de rois.

Le Hadash moteur du rassemblement et de la gauche

La belle surprise vient de la Liste unifiée qui s'impose comme troisième force du pays et surtout, via le Hadash - leader de ce rassemblement - première force de la gauche en Israël.

La Liste unifiée, conduite par le député communiste Ayman Odeh, remporte 10,71% des voix et 13 sièges (+3). rappelons que lors des élections d'avril, cette liste était scindée en deux et n'avait remportée que 6 sièges pour le Hadash-Ta'al et 4 sièges pour le Ra'am et Balad. La dynamique semble être de nouveau au rendez-vous. Ainsi, unie, cette liste passe de 7,82% des voix à 10,71%.

Du côté des autres forces de gauche-centre-gauche. Le Parti travailliste, jadis principale force du pays, continue a être faible avec seulement 4,81% des voix et 6 sièges (=). Il était allié au parti Gesher (centre).

Du côté du Meretz, au sein de l'Union démocratique, il recueille 4,30% des suffrages et 5 sièges (+1). Le Meretz parvient à reprendre des couleurs puisqu'il passe de 3,63% en avril à 4,30%.

La gauche israélienne dispose de 24 sièges sur 120 à la Knesset et a reçu un soutien populaire de 19,82%. Un score alarmant.
 
Nicolas Maury
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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 05:06
Israël. Benyamin Netanyahou touché mais pas encore coulé
Jeudi, 19 Septembre, 2019

Le premier ministre sortant n’a pas réussi son pari. Il est derrière son principal concurrent, Benny Gantz. La Liste unifiée conduite par le communiste Ayman Odeh est troisième. Une tourmente politique s’annonce.

 

Touché mais pas encore coulé ! À l’issue du scrutin législatif qui s’est déroulé mardi en Israël, Benyamin Netanyahou sait que son avenir est toujours plus incertain. Lui qui, incapable de former une coalition lui permettant de retrouver son poste de premier ministre, avait manœuvré au lendemain des élections du mois d’avril pour faire dissoudre le Parlement se retrouve dans une posture encore plus difficile. Autant dire que son thème de prédilection – « Moi ou le chaos » –, s’il interpelle encore beaucoup d’Israéliens, ne lui a pas permis de faire la différence avec son principal rival, Benny Gantz, qui conduisait la liste Bleu-blanc ; la somme des soutiens dont il pourrait bénéficier n’atteint pas les 61 députés requis (sur 120 que compte la Knesset) pour rester au pouvoir.

Belle percée de la Liste unifiée

Mercredi, en début d’après-midi, après le dépouillement de 92 % des bulletins, son parti, le Likoud n’emportait que 31 sièges (contre 35 en avril), alors que la liste Bleu-blanc en obtenait 32. Chaque tête de liste va bientôt faire savoir au président israélien, Reuven Rivlin, ses recommandations en vue de former un gouvernement. Le chef de l’État confiera alors à l’un des candidats le soin de réunir une coalition.

Benyamin Netanyahou devrait naturellement s’allier avec les partis religieux, qui devraient compter à présent sept (Shass) et neuf sièges (Judaïsme unifié de la Torah). À cela s’ajoutent les huit députés de Yamina, parti de droite radicale sous l’égide des anciens ministres Naftali Bennett et Ayelet Shaked. En tout : 56 sièges, pas assez pour rester premier ministre. De son côté, Gantz pourrait s’allier avec les partis dits de gauche – six pour l’Union démocratique (Meretz et l’ancien premier ministre Ehoud Barak) et cinq pour les travaillistes. Soit 43 députés.

Pour faire quasiment jeu égal avec Netanyahou, il faudrait que Gantz se tourne alors vers la Liste unifiée, conduite par le communiste Ayman Odeh – incluant toutes les formations arabes israéliennes –, qui crée la surprise en obtenant 13 sièges (troisième force au Parlement désormais). La campagne menée a porté ses fruits. L’électorat arabe s’est fortement déplacé (plus de 60 %, contre 49 % en avril) pour faire échec à Netanyahou. Et il est à penser que la stratégie d’Odeh, visant à mordre également sur l’électorat juif, a été gagnante. À quelques jours du scrutin, une centaine d’universitaires ont appelé l’électorat juif à voter pour la Joint List, expliquant que celle-ci est la « maison de tous ceux qui croient en une totale égalité civile et nationale pour les Arabes et les juifs, veulent en finir avec l’occupation, souhaitent la démocratie, la paix et la justice sociale ».

L’idée première était donc d’en finir une fois pour toutes avec le règne de Benyamin Netanyahou, qui s’est traduit pour les Arabes israéliens par des attaques répétées quant à leur statut, dans une société de plus en plus raciste, voire se transformant en apartheid. Sans parler de l’aggravation de la colonisation et des menaces de guerre toujours plus grandes. Lundi, on apprenait que le premier ministre sortant avait tenté de faire annuler le scrutin en arguant d’une nécessaire opération militaire contre la bande de Gaza.

Lieberman en embuscade

Israël est en train d’entrer dans une crise politique sans précédent. Car un homme pourrait faire la différence : Avigdor Lieberman. Son parti, Israël Beteinou, est crédité de neuf sièges. De quoi imposer une majorité. Or, s’agissant de Netanyahou, il a déjà prévenu qu’il ne s’associerait pas à une coalition comprenant des partis religieux. De l’autre côté, on le voit mal soutenir un Gantz qui s’allierait à la Liste unifiée. Celle-ci, en cas de négociations, ferait connaître ses exigences, notamment sur l’abrogation de la loi sur l’État nation et sur l’occupation des territoires palestiniens. Rusé, Lieberman a fait savoir que, pour lui, la seule solution « est la formation d’un large gouvernement d’union nationale et libérale avec Israël Beitenou, le parti Bleu-blanc et le Likoud ».

Pour l’heure, l’impasse est totale. Sauf à voir des députés du Likoud décider d’en finir avec Netanyahou en acceptant de rejoindre une coalition formée par Gantz mais en assez grand nombre pour éviter toute concession aux demandes de la Liste unifiée. Impasse donc, mais avec des lignes mouvantes. 

Pierre Barbancey
Israël. Benyamin Netanyahou touché mais pas encore coulé (Pierre Barbancey, L'Humanité, 19 septembre 2019)
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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 05:05

 

«Action climatique, action pour la paix» est la thématique portée à l'occasion de ce 21 septembre, Journée internationale de la paix. Comme l'a affirmé Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU, en juin dernier, «l'urgence climatique mondiale menace la sécurité collective et la stabilité du monde». C'est pourquoi, à l'occasion de ce 21 septembre 2019, à l'initiative des près de cent organisations membres du collectif "En marche pour la paix", dont le PCF, et à l'appel de la Grève mondiale pour le Climat, de grands rassemblements convergents sont organisés dans de nombreuses villes en France. Fidèle à son engagement pour la paix et la solidarité internationale, le PCF appelle à participer et à contribuer au succès de ces marches pour la paix et pour le climat.

21 septembre 2019: Marches Pour un Climat de Paix

Réchauffement climatique, sécheresse, famines, catastrophes naturelles, épuisement des ressources naturelles: notre planète, la flore, la faune et les êtres humains de tous les continents souffrent comme jamais de l'exploitation à outrance des matières premières par les multinationales, de la course à la rentabilité des exploitations agricoles, de l'agressivité des accords de libre-échange, de la pollution des écosystèmes, des terres, des mers, de l'air! Autant de facteurs qui vont aggraver les tensions, les conflits, les risques de nouvelles guerres.

La civilisation humaine a pourtant les capacités intellectuelles et techniques de surmonter tous ces défis, mais il faut pour cela une volonté politique forte et une solidarité internationale, des coopérations renforcées, démocratiques et centrées sur les besoins humains, sociaux et écologiques.
Pour relever les défis climatiques et écologiques, celui du développement et du combat contre les inégalités et injustices sociales, le monde, chacun de nos pays a besoin d'envisager de nouveaux modes de production, de développement, de consommation.

 

Urgence pour le désarmement nucléaire et la paix

Les relations internationales sont soumises comme jamais aux rapports de domination économique et de conquête des marchés, aux chantages, aux menaces militaires et aux sanctions. L’OTAN est mise au service de cette logique d’exploitation et de mise en concurrence entre les peuples et participe activement à la relance de la course aux armements: en 2018, les ventes d’armes ont progressé pour attendre 1800 milliards de dollars et dont la moitié provient des seuls pays membres de l’OTAN!
Les perspectives pour 2019 et 2020 sont encore plus alarmantes après la fin du Traité sur les armes nucléaires intermédiaires (INF) entre les États-Unis et la Russie: L’annonce par les États-Unis de nouvelles armes nucléaires de moyenne portée, le développement de nouveaux types d’armes utilisant les drones ou les satellites et le renforcement général des capacités militaires dans le monde et le processus en cours en France visant au quasi doublement des crédits pour les armes nucléaires dans le cadre de la loi de programmation militaire en cours.

Faire reculer la guerre, agir pour la coopération entre les peuples et promouvoir un modèle de développement partagé et solidaire en utilisant autrement l’argent gaspillé dans la course aux armements, c’est aussi répondre à la crise climatique.

 

Urgence climatique et écologique

Les politiques libérales et de libre-échange ne sont pas compatibles avec la préservation des écosystèmes, la préservation des ressources, la profonde transformation des modes de production, d’échanges et de consommation qu’appelle l’urgence climatique. Ce que les sociétés humaines ont besoin, c'est d'abord de coopérations économiques et d'échanges commerciaux dont les finalités servent le développement économique, social et humain et non la finance. Le 4 novembre, le CETA passera devant le Sénat. La mobilisation du mois de juillet est parvenue à mettre ses partisans en difficulté, nous pouvons maintenant gagner la bataille et un vote de rejet du traité.

 

Urgence sociale

Les politiques austéritaires menées en France, en Europe et partout où règne le capitalisme mondialisé remettent en cause le pouvoir d’achat, les droits démocratiques et sociaux conquis, et les libertés. Tout de suite, il est possible de faire autrement: en récupérant l'argent versés aux actionnaires au détriment des salariés ou des investissements, en récupérant les sommes astronomiques planquées dans les paradis fiscaux et «optimisés» à bon frais, en privilégiant la rémunération du travail, l'investissement dans les services publics.

L’action pour la paix, l’action pour le climat, l’action pour la justice sociale sont indissociables. Elles sont l’affaire de toutes et de tous. Soyons nombreuses et nombreux à être présents et visibles samedi dans tous les rassemblements.

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 05:04

 

Devant des investisseurs « responsables » et philanthropes, le ministère a relancé les contrats à impact social pour financer le tiers-secteur.

Il y avait bien longtemps que le ministère de la Transition écologique et solidaire n’avait pas organisé un petit quelque chose au sujet de l’économie sociale et solidaire (ESS). Autant dire donc que c’était fête, au 246, boulevard Saint-Germain, ce mardi matin, pour la présentation par le haut-commissaire à l’ESS et à l’innovation sociale de son plan consacré aux investissements à impact social, d’autant que ces mesures annonçaient « une nouvelle ambition pour la France ».

De fête, il n’y en eut pas vraiment, du moins pour les quelques représentants des réseaux de l’ESS qui se risquent encore dans ce genre de raout. Les grandes nouvelles étaient réservées à d’autres : aux représentants des investisseurs dits éthiques ou responsables, à ceux du mécénat et de la philanthropie, ainsi qu’aux intermédiaires inventeurs de mécanismes financiers sophistiqués avides de transformer les actions sociales et environnementales des associations, coopératives, mutuelles, fondations et entreprises sociales en nouvel eldorado, au pays des taux d’intérêt à 0 %. Pour un peu, on se serait cru à Bercy.

Grande relance des contrats à impact social

Fier de souligner que 15 fonds d’investissement avaient rejoint la bannière du « French Impact » (le terme ESS est banni depuis longtemps des discours officiels) et disposaient d’ores et déjà de 375 millions d’euros à investir ou déjà investis dans les « entreprises à impact » (sic), le haut-commissaire Christophe Itier a sonné la grande relance des contrats à impact social (CIS) et annoncé le prochain lancement d’un nouveau mécanisme de partenariat public-privé avec la création du premier fonds de paiement au résultat en France.

Pour l’heure, il s’agit d’ambitions limitées. Voilà six ans que les finances et la Caisse des dépôts, soutenue par BNP Paribas, tentent d’imposer les CIS, ces contrats abondés par des investisseurs pour financer des programmes sociaux innovants d’associations ou d’entreprises sociales en mal de subventions, dont les retombées positives, mesurées par un certificateur tiers et rémunéré, donnent lieu à un retour sur investissement jusqu’à présent limité à un chiffre, voire à des bonus, payés par la puissance publique. Jusqu’ici, ces contrats n’ont que peu trouvé preneurs en France : moins d’une dizaine ont vu le jour, pour des projets et sommes limitées et des intérêts faibles.

« élargir les sources de revenus » des banques

Quant au fonds de paiement au résultat, qui partage le même mécanisme de financiarisation des actions sociales et environnementales, il ne devrait atteindre que 30 millions d’euros lors de son lancement au premier semestre 2020. Pas de quoi révolutionner la « lutte contre le sans-abrisme », l’aide à la garde d’enfants et le réemploi et la réduction des déchets, les trois objectifs que lui ont assignés ses trois ministères bailleurs : Emploi, Cohésion sociale et Transition écologique.

La nouvelle ambition affichée pour ce genre de produits financiers n’est cependant pas à négliger. Car ses soutiens sont puissants, au vu des grandes entreprises et organismes financiers présents hier au ministère. « Quand on est une banque, il est essentiel d’élargir nos sources de revenus », prévenait ainsi Raphaèle Leroy, de la BNP. D’autant que, comme le soulignait Marie-Pierre Peillon (Groupama), « nos clients recherchent performance financière et utilité sociale et environnementale, notamment les jeunes ». Mais les motivations sont plus profondes. « Ces fonds à impact ont pour vertu de réhabiliter la confiance vis-à-vis des secteurs financiers », soulignait Laurence Laplane (Amundi).

Stéphane Guérard

 

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 05:01

 

+7° C en 2100 : Alors que se tiendra la semaine prochaine un congrès de l’ONU sur le climat, des scientifiques français ont présenté ce mardi de nouvelles simulations qui vont dans le sens d’un réchauffement accentué.

Quels que soient les efforts qui seront faits pour le contrer, la planète se dirige vers un réchauffement plus important que prévu d’ici à 2100. Tel est la nouvelle alerte lancée ce mardi 17 septembre par des scientifiques français du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et de Météo France. Ces simulations climatiques serviront de base au sixième rapport d‘évaluation du groupe des experts de l’Onu sur le climat (Giec), prévu pour 2021.

 

Dans le pire des scénarios, qui repose sur une croissance économique rapide alimentée par des énergies fossiles, « la hausse de température moyenne atteint 6,5 à 7°C en 2100 ». Dans le dernier rapport du Giec de 2014, le pire scénario prévoyait +4,8°C par rapport à la période pré-industrielle… Les conséquences sont celles qu’on commence à ressentir, mais celles-ci seraient amplifiées : les canicules deviendraient la norme, les épisodes de sécheresse seraient plus longs et les feux de forêts plus nombreux. Les scientifiques évoquent même « à partir de 2070, une Garonne à sec pendant plusieurs mois ».

 

Le scénario le plus optimiste, « marqué par une forte coopération internationale et donnant priorité au développement durable », permet, quant à lui, de rester sous l’objectif des 2°C de réchauffement mais « tout juste », avec « un effort d’atténuation (…) important ». Celui-ci « implique une diminution immédiate des émissions de CO2 jusqu’à atteindre la neutralité carbone à l’échelle de la planète vers 2060, ainsi qu’une captation de CO2 atmosphérique de l’ordre de 10 à 15 milliards de tonnes par an en 2100 », ce que la technologie ne permet pas de faire actuellement.

 

Ces nouvelles sont d'autant plus inquiétantes que ces nouveaux modèles climatiques développés, sont plus fiables et plus fins que les précédents. Sans compter qu’ils s’ajoutent à d’autres modèles étrangers qui vont eux aussi dans le sens d’un réchauffement accentué. « La température moyenne de la planète à la fin du siècle dépend donc fortement des politiques climatiques qui seront mises en œuvre dès maintenant et tout au long du XXIe siècle », insistent le CNRS, Météo France et le CEA. Mais alors que l’Accord de Paris sur le climat de 2015 prévoit de limiter le réchauffement de la planète bien en-dessous de 2°C, voire 1,5°C, le monde n'en prend pas le chemin, loin de là. Les engagements pris jusqu'à présent par les Etats entraîneraient un réchauffement de 3°C. Le sommet prévu lundi à l’Onu doit justement servir à appeler les dirigeants mondiaux à rehausser leurs ambitions.

 

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 05:00
Dilma Roussef: Lula est en prison car il incarne l'idée qu'un autre Brésil est possible (entretien avec Cathy Dos Santos, L'Humanité, 17 septembre 2019)
Dilma Rousseff « Lula est en prison car il incarne l’idée qu’un autre Brésil est possible »
Mardi, 17 Septembre, 2019

Amérique latine. L’ancienne présidente, Dilma Rousseff, était l’invitée d’honneur de la Fête de l’Humanité. Après une intervention sur la Grande Scène, elle a électrisé l’Agora de l’Humanité, pleine à craquer. Entretien.

 

Madame la présidente, cela fait neuf mois que l’extrême-droite gouverne le Brésil. Le rapporteur spécial pour la liberté d’expression de la cour interaméricaine des droits de l’homme de l’Organisation des États américains, Edison Lanza, a fait part de ses inquiétudes en parlant d’« une attaque au Brésil ouvert, démocratique et pluriel construit depuis la Constitution de 1988 ». Quelle est la nature de ces agressions ?

Dilma Rousseff Elles couvrent un large spectre. Ces agressions touchent les femmes d’une manière extrêmement misogyne, comme l’ont démontré les déclarations du président Jair Bolsonaro contre Brigitte Macron et la responsable des droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet. Le président traite de la torture, des assassinats politiques, de la dictature des militaires de façon préoccupante. Il défend clairement la haine et la violence. Il menace la Constitution lorsqu’il déclare qu’il suffit d’un chef et d’un général pour fermer le Parlement brésilien. Il dit que le grand problème du Brésil a été de ne pas avoir tué 100 000 prisonniers politiques. Quant aux droits sociaux, il a une posture très claire. Lui et son gouvernement disent ressentir de la peine pour les entrepreneurs car, à leurs yeux, ce serait eux les exploités de l’État. Ils défendent la réduction des droits des travailleurs, alors que leur précarisation est déjà importante. La protection de l’environnement, de l’Amazonie, des peuples indigènes est une absurdité pour Jair Bolsonaro. Toutes ces agressions témoignent de leur immense mépris pour le débat et les opinions différentes. Le gouvernement croit que la Constitution citoyenne de 1988 est responsable des « absurdités », selon son expression, des réalisations des gouvernements du Parti des travailleurs (PT). L’homophobie est très importante car Bolsonaro et son exécutif n’ont aucune considération pour les différences. Ils n’envisagent pas la société de manière égalitaire.

Le 4 septembre, vous avez participé à un colloque où étaient présents le PT, le Parti communiste du Brésil, le Parti socialisme et liberté. À cette occasion, vous avez déclaré que « le Brésil et sa souveraineté sont attaqués ». Quels secteurs sont visés ?

Dilma Rousseff Ce jour-là, nous avons lancé un manifeste pour la défense de la souveraineté au Brésil. Elle est menacée, comme le sont les droits sociaux. Or, la souveraineté est la base de la nation brésilienne. Trois questions me paraissent fondamentales. D’abord, il y a la privatisation des entreprises nationales. La plus grande entreprise brésilienne, Petrobras, est la septième compagnie pétrolière au monde. Elle a développé sa propre technologie afin d’exploiter le pétrole en eaux profondes. Ses ressources garantissent l’indépendance énergétique du pays. Elles permettent des financements significatifs de la santé et de l’éducation. La vente de Petrobras va d’abord bénéficier aux grandes entreprises pétrolières privées. Sa privatisation compromet le futur de notre pays. Je pourrais aussi parler des privatisations de la Poste, du système électrique ou encore des grandes banques publiques.

L’autre attaque à la souveraineté est stratégique : il s’agit de l’environnement et des peuples indigènes. Le Brésil possède la plus grande forêt tropicale au monde. Durant des décennies, et particulièrement sous les gouvernements du PT, l’idée de nation brésilienne était intimement liée à la défense de l’environnement et à la protection de l’Amazonie. Nous avons destiné des ressources importantes pour lutter contre la déforestation, en mettant en place une opération de commandement de contrôle pour défendre l’Amazonie. Sans l’armée, la police fédérale, les patrouilles vertes, les ONG, il n’y a pas de combat effectif contre la déforestation. Chaque discours de connivence avec la destruction de l’environnement encourage la pollution des rivières, des forêts, ainsi que les violences faites aux peuples indigènes. On ne connaît le Brésil qu’en survolant l’Amazonie, en voyant ses immensités de vert et de bleu.

Enfin, lors de ce colloque, j’ai mis l’accent sur la question de l’éducation et ce pour trois raisons. Le Brésil est l’un des pays les plus inégalitaires au monde. Nous sommes le dernier pays à avoir aboli l’esclavage, après 350 années d’existence de système. Nos gouvernements se sont engagés à réduire les inégalités : 36 millions de personnes sont sorties de la pauvreté grâce au programme Bolsa Familia. À la fin de mon mandat, le Brésil ne figurait plus sur la carte de la faim élaborée par l’ONU. Nous savions que cela ne suffisait pas, comme il ne suffit pas non plus de garantir de bons salaires, comme nous l’avons fait, pour réduire les inégalités.

Pour pérenniser la lutte contre les inégalités et maintenir les conquêtes obtenues, il est indispensable de garantir à la population exclue une éducation de qualité. Si vous voulez entrer dans l’économie des connaissances, le pays doit promouvoir les sciences basiques, les technologies, la recherche et l’innovation qui sont assurées par les universités fédérales. Or le gouvernement de Bolsonaro veut privatiser l’université publique fédérale, celle-là même qui permet aux pauvres d’accéder à l’éducation. Durant la dernière année de mon mandat, 37 % des étudiants étaient les premiers membres de leur famille à accéder à l’enseignement supérieur. Privatiser les universités est un crime pour le futur du pays. Troisième raison : sans la culture, un pays n’a pas de fondements. Sans culture, il n’y a pas de citoyenneté. Sans citoyenneté, il n’y a pas de démocratie.

Le président Jair Bolsonaro est un admirateur du président des États-Unis, Donald Trump, et privilégie ses relations avec Washington. Cette posture tranche avec vos mandats et ceux de votre prédécesseur, Lula, durant lesquels vous avez mis l’accent sur le multilatéralisme. Quelles sont les conséquences de ce rapprochement avec la première puissance mondiale ?

Dilma Rousseff J’aime à rappeler que le coup d’État parlementaire qui m’a renversée en 2016 avait un objectif : insérer le Brésil dans le néolibéralisme tant sur les plans social, économique, que géopolitique. Le néolibéralisme et le néofascisme sont des frères siamois. Au cours de nos gouvernements, le Brésil est passé de la place de douzième puissance mondiale à septième. Nous avons toujours favorisé l’élargissement des structures économiques.

Pour nous, le multilatéralisme était fondamental car lui seul prend en compte la diversité du monde. Pour nous, il ne fallait pas s’amarrer à n’importe quelle puissance développée et encore moins à cette traditionnelle soumission aux États-Unis. Nous avons priorisé l’Amérique latine, nos pays frères. Nous avons accéléré nos relations avec l’Afrique, assumant ainsi notre identité noire puisque le Brésil est la deuxième nation qui compte le plus de population noire, après le Nigeria. Nous avons participé à la création des Brics. Nous avons établi des relations d’égal à égal avec le Japon, l’Union européenne, les États-Unis. Personne ne respecte un pays qui s’incline devant un autre. Personne ne pardonne à celui qui, au nom d’intérêts étrangers, porte préjudice aux intérêts nationaux. Le fait de transférer l’ambassade du Brésil à Jérusalem est désastreux pour nos relations avec les pays du Moyen-Orient et pour notre position défendant l’existence de deux nations : Israël et Palestine. Traiter avec mépris notre partenaire argentin est inadmissible.

Croire que dans un monde si complexe, on pourrait ne pas développer des relations harmonieuses avec de nombreux pays, et je pense particulièrement à la Chine, est également une grave erreur. Nous ne pouvons pas « traiter avec brutalité la Bolivie et parler avec finesse aux États-Unis », selon la phrase du très grand compositeur brésilien Chico Buarque.

Cet été, le site en ligne The Intercept a révélé l’échange de messages entre le juge Sergio Moro, désormais ministre de la Justice, et les magistrats en charge de l’enquête Lava Jato. Ils démontrent que Lula a été condamné pour des raisons politiques et non juridiques. Comment expliquez-vous que le nécessaire combat contre la corruption soit devenu un levier de déstabilisation politique ?

Dilma Rousseff Après le coup d’État qui m’a écartée du pouvoir, il fallait emprisonner Lula pour que Jair Bolsonaro remporte la présidentielle. On l’a même empêché de s’exprimer. Jusqu’à il y a peu, il ne pouvait pas donner des entretiens car, s’il parlait, il aurait aidé le candidat du PT, Fernando Haddad, à gagner des voix. Nous avons également assisté à la création d’un climat de haine, de mensonges propices aux putschistes. L’opération Lava Jato de combat contre la corruption a été le principal outil contre l’ennemi. Le lawfare (guerre judiciaire – NDLR) consiste à utiliser la loi pour détruire des citoyens, mais également des candidats.

Je suis pleinement favorable au combat contre la corruption et je l’ai démontré durant mon dernier mandat. Mais l’opération Lava Jato est devenue un instrument politique pour ôter toute possibilité à la gauche de se maintenir au pouvoir et d’y revenir. Les révélations de The Intercept Brésil l’ont démontré. Le juge Sergio Moro n’a pas été impartial. Il a agi en faveur de l’accusation. Il a formulé des accusations à l’encontre de Lula alors qu’il n’avait pas de preuves. Il a incité des témoignages à charge. Il a poussé le tribunal supérieur fédéral à utiliser des enregistrements de conversations privées entre Lula et moi, en sachant qu’il n’en avait pas le droit. Il a cherché à démontrer que je protégeais Lula. Il a incité la Cour suprême à adopter une attitude incorrecte.

Malgré ces révélations, pourquoi Lula est-il encore en prison ?

Dilma Rousseff Lula reste en prison car, s’il sort, il modifiera l’actuel rapport de forces. Lula représente la lutte pour la démocratie. Il représente l’idée qu’un autre Brésil est possible, qu’un autre gouvernement peut exister. Un gouvernement qui aurait de la considération pour les mouvements sociaux, les organisations des femmes et des Noirs. Un gouvernement qui porterait les questions sociales, démocratiques, mais également celles liées à la souveraineté, en préservant nos ressources économiques, environnementales et la défense de l’éducation.

La loi dite de combat aux organisations criminelles comporte deux articles importants. L’un protège davantage celui qui corrompt que le corrompu. L’autre privilégie la dénonciation récompensée. Le ministre de la Justice, qui était juge lorsqu’il a fait condamner Lula, a utilisé cette loi, qui devait être modifiée. Elle est une arme de destruction politique et non une arme de justice. Ce recours à la justice est désormais une pratique courante dans toute l’Amérique latine. Il est aujourd’hui difficile de maintenir les accusations formulées contre Lula. Mais ils le gardent en prison. Cette situation est révélatrice de mon point de vue de la crise que connaît la justice au Brésil. L’opération Lava Jato a provoqué la destruction de l’un des ciments de la démocratie. Nous sommes tous censés être égaux devant loi. C’est la base de n’importe quelle Constitution. S’il est possible de condamner et de maintenir en prison un ex-président qui a le leadership de Lula, alors tout est possible. La situation est très critique. D’où l’importance de la solidarité.

Entretien réalisé par Cathy Dos Santos
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