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24 septembre 2019 2 24 /09 /septembre /2019 12:37

 

De toute évidence, le soleil avait rendez-vous avec la Fête de l’Humanité.


Un rendez-vous honoré qui aura autant semé la joie que soulevé les interrogations sur les raisons d’un mois de septembre que l’on a rarement connu aussi sec. Il n’y a donc pas eu besoin de pluie pour qu’une fête arc-en-ciel vienne éclaircir le ciel chargé de cette rentrée sociale et politique. Fête de la culture et du débat. Fête des émotions et de la rencontre. Fête tendre et rebelle. Fête des joies et des espoirs partagés. Fête des réflexions et de la détente, des sourires et des rires. Fête de l’union et des communions. Elle a réuni le vert de la lutte pour l’environnement et l’urgence climatique, le jaune de la colère populaire et le rouge des luttes sociales et de la révolution avec l’ambition d’offrir un débouché fédérateur à toutes ces mobilisations aussi denses qu’éparses. Et cette ambition n’aura cette année pas été déçue. La fête aura été un reflet saisissant des mobilisations qui essaiment partout, prenant le visage d’une France combative, résolument engagée à faire vivre la liberté, l’égalité et la fraternité.


Elle y est parvenue en mêlant au goût du débat et de la controverse, musique et culture ; en liant l’espoir d’un monde nouveau débarrassé du règne de l’argent et des divisions, et les vibrations artistiques, les chocs esthétiques, les découvertes culturelles dans chacune des scènes comme dans les espaces dédiés au théâtre, aux arts plastiques, aux livres, à la solidarité internationaliste ou encore au beau stand des Amis de L'Humanité ou à celui des arts vivants qui porte le nom de Jack Ralite.


Chaque fête est la même et pourtant si différente. Chaque fête a son époque, ses coups de gueule et ses coups de foudre. C’est sûr, je la vois différemment. Objet de mes angoisses et parfois de drôles de cauchemars dès le mois d’avril, elle oblige à être attentif, combatif dès qu’elle commence à prendre possession de « son » terrain à la mi-août pour, telle une gestation, offrir le meilleur d’elle-même juste quelques heures avant de s’ouvrir à toutes et tous.


Elle me rappelle chaque année cette lettre de Jean-Jacques Rousseau à D’Alembert à propos de la fête (à Saint-Gervais 1758) : « La danse fut suspendue ; ce ne furent qu’embrassements, ris, santés, caresses. Il résulta de tout cela un attendrissement général que je ne saurais peindre, mais que, dans l’allégresse universelle, on éprouve assez naturellement au milieu de tout ce qui nous est cher. Mon père en m’embrassant, fut saisi d’un tressaillement que je crois sentir et partager encore. Jean Jacques, me disait–il, aime ton pays. Vois-tu ces bon genevois ; ils sont tous amis, ils sont tous frères ; la joie et le concorde règne au milieu d’eux. »


C’est encore Sigmund Freud dans Totem et tabou qui ainsi décrit la fête : « Une fête est un excès permis, voir ordonné, une violation solennelle d’un interdit… La disposition joyeuse est produite par la permission de faire ce qui est défendu en temps normal ».


De fait la Fête de l’Humanité libère. Elle permet de s’ouvrir à l’autre, de fraterniser, de faire le plein d’idées et de joie.

 

Il fallait voir au crépuscule de l’événement, le dimanche à 18h, l’entrée éclatante du groupe Kassav’ sur la grande scène bondée, après que Youssou N’Dour n’ait fait chavirer les corps. S’y exprimait comme un parfum de joie et l’impossibilité malgré tout joyeuse de se séparer après tant d’intelligence échangée, d’émotions partagées, d’espoirs suscités.


La Fête de l’Humanité ne pourrait voir le jour, sans l’engagement résolu des équipes de L’Humanité, des journalistes, sans les services de gestion, de diffusion de promotion, la régie publicitaire et l’équipe de la fête grossie d’une trentaine de stagiaires bénévoles qui dès le mois de mai y apportent leur jeunesse, leurs fraicheurs, leurs idées bousculante. Elle n’existerait pas sans l’apport décisif de milliers de militants, et parmi eux, des militants communistes aux côtés de militants associatifs, syndicaux qui construisent et animent les stands, dévoués à faire vivre cet évènement unique en mettant leur engagement au service du public de la fête et de son ambition à rassembler largement toutes celles et ceux qui veulent se cultiver, prendre un bain de fraternité et toutes celles et ceux qui travaillent à lutter contre les haines et les divisions, à vouloir dépasser le système capitaliste.


La Fête de l’Humanité et son cœur battant, l’Agora de l’Humanité, animé par les rédactions, auront été le creuset indispensable à la gauche, mettant en débat tous les sujets qui lui sont liés. Ce fut le débat riche sur le climat qui vint clore une marche inédite dans les allées de la fête animée par un beau collectif d’associations ; ce fut le débat dense sur le communisme auquel nous avons eu l’honneur de pouvoir associer une figure aussi éminente que Lucien Sève ; ce fut aussi le passionnant débat avec l’économiste Thomas Picketty quelques jours après la sortie d’un nouveau livre de 1200 pages, venu confronter ses thèses et son ambition de « dépasser le capitalisme » au public de la Fête de l’Humanité. Ce fut encore le débat essentiel sur l’avenir de notre système de santé et la lutte inédite que mènent urgentistes et salariés des Ehpad.

 

À quel endroit peut-on aujourd’hui mettre sur la table les divergences qui se sont exprimés entre la CGT et des figures importantes du mouvement des gilets jaunes comme Jérôme Rodriguez ou Priscillia Ludosky ou donner la parole à Geneviève Legay, militante gravement blessée par la police ? Les échanges, s’ils furent parfois fermes, avaient toujours pour objectif de tracer une issue positive et les contours d’un nouveau rassemblement.


À quel endroit, encore, peut-on assister à une confrontation ferme et franche entre Philippe Martinez, secrétaire général du principal syndicat opposé à la contre-réforme des retraites et son concepteur même, le désormais membre du gouvernement Jean-Paul Delevoye. C’est un honneur pour L’Humanité de donner, comme l’écrivait Jaurès dans son premier éditorial, « à toutes les intelligences libres le moyen de comprendre et de juger elles-mêmes les événements du monde ».


À quel endroit le référendum sur la privatisation d’Aéroports de Paris a-t-il pu prendre autant de résonnance, avec plus de 10 000 signatures collectées ?


À quel endroit enfin, cette gauche si dispersée peut-elle dialoguer avec l’assurance que les questions et débats proposés éclaireront bien une perspective de gauche ? Notre proposition pour les responsables de la gauche, communistes, socialistes, écologistes, insoumis, était de réfléchir aux moyens de « Re-Faire Révolution »


Le samedi le meeting de Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste, était tonique et traceur de combats unitaires.

 

Nous n’oublierons pas de sitôt la venue de Dilma Rousseff dans l’Agora après qu’elle ait harangué la foule de la grande scène pour réclamer avec nous la libération de Lula. La dignité et l’abnégation de cette femme sont proprement renversantes, et la précision de son diagnostic sur l’État de son pays impressionnant comme elle en a témoigné à l’Agora. Prendre le temps de l’écouter ne peut être que d’un grand apport pour chaque progressiste. Les remerciements qu’elle a formulés à l’égard de L’Humanité pour son rôle dans la campagne internationale pour la libération de Lula nous touchent autant qu’ils nous obligent à persévérer, à montrer les dangers et impostures du régime Bolsonaro, comme à donner écho à la résistance des forces sociales et politiques brésiliennes.

Le village du monde fut cette année le théâtre de rencontres aussi riches que fécondes entre de nombreux militants venus du monde entier. La fête fait vivre un internationalisme concret. C’est là une de ses dimensions soigneusement tues par les grands médias. Après que j’y ai prononcé le discours d’inauguration qui trace les grandes perspectives mondiales et grands enjeux émancipateurs, des centaines de responsables d’organisations ont pu échanger sur leurs combats respectifs, nouer des liens pour fédérer leurs luttes pour la liberté ou la justice à l’échelle continentale ou internationale. L’Algérie fut à l’honneur lors d’une belle soirée qui mêla l’exigence de compréhension et de perspectives aux chants et aux danses d’un peuple qui aura cette année surpris le monde entier.


« Que la fête fut belle ! », pourrions-nous dire. Si après son clap de fin son souvenir peut s’estomper doucement au fil des semaines, restons persuadés que son âme continuera à inspirer, à réveiller les volontés, à agiter les consciences de ces milliers de jeunes, de moins jeunes, d’ouvriers, de retraités, de salariés qui se sont réunis pendant trois jours sous le ciel de la Courneuve.


Sortir de la fête et entendre le président de la République reprendre les mots de l’extrême droite à propos de l’immigration nous projette à l’opposé : la politique politicienne pour faire monter cette dangereuse extrême droite et se faire réélire. C’est l’opération « détournement ». Le détournement des urgences, du regard sur la contre-réforme des retraites, ou des luttes d’intérêt général des personnels hospitaliers, au profit des questions identitaires. Même opération d’un grand magazine cette semaine pour repousser nos concitoyens de confessions musulmanes. Il faut aussi ne pas être dupe sur l’opération consistant à pilonner EDF. J’avais dit il y a quelques mois que tel était le sens de la nomination de Mme Borne au ministère de « l’écologie ». L’écologie. Ce mot est parfois le vernis des pires opérations.

 

Dans la fête, mille idées, mille propositions pour faire autrement, pour vivre mieux, pour changer le monde et la société. Ce ne peut être passé par perte et profits. Beaucoup de nos confrères des médias publics ont eu tort de ne pas traiter l’événement pour ce qu’il est dans sa globalité et sa diversité. Sa richesse.


Pour que la fête dure au bénéfice de tous, il est indispensable de rester connecté. Indispensable que les journaux qui la portent trouvent un nouveau rebond, une renaissance. Nous avons dû préparer et construire la fête dans les conditions difficiles d’un plan de redressement sous l’œil du tribunal de commerce. Jusque là notre plan contraint a poussé à réaliser des économies sur le fonctionnement du groupe, et sur la masse salariale. Déjà une vingtaine de collaborateurs ont quitté l’entreprise. Parmi ces économies, une part importante affecte la fête de L’Humanité elle-même. Aujourd’hui nous entamons une nouvelle phase pour finaliser des économies de fonctionnement puis la renégociation des dettes. Nous le faisons avec l’objectif de finaliser un plan de continuation. Je l’ai redit avec force au diner des professionnels de la presse qui se tenait le jeudi soir sur le terrain de la fête en présence du ministre de la culture et de la communication. (Voir ici mon intervention). Je le redirai à l’occasion d’une nouvelle audience au tribunal de commerce le 16 octobre prochain. Le combat se poursuit donc pour réussir. Plus de 3 millions de dons et de souscription ont été collecté depuis le début de l’année. Il nous faut en collecter encore au moins UN million d’ici le 15 décembre. Plus de mille abonnements à L’Humanité et L’Humanité Dimanche ont été réalisé durant la fête. Cette campagne doit s’amplifier dans les semaines à venir. C’est un élément décisif démontrant la possibilité de la continuation. D’ici quelques semaines nous présenterons un plan stratégique complet visant le développement pour une renaissance de L’Humanité.


L’Humanité comme L'Humanité Dimanche, chaque jour comme chaque semaine, porte l’esprit de cette fête, ses combats et ses exigences de débat. Ce sont des atouts essentiels pour ouvrir de nouveaux chemins d’Humanité.

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24 septembre 2019 2 24 /09 /septembre /2019 07:23
Tribut à Tristan - 3. Bohème de chic

Tristan Corbière est un immense poète, d'une grande modernité, qui a su nourrir la poésie d'un refus du beau style et du formalisme éthéré, d'un réalisme cru et d'un souci d'expression intime et sociale, un poète d'une grande inventivité verbale mêlant une culture littéraire certaine nourrie à la mamelle de Villon, Baudelaire et consorts, un sens de l'irrévérence et le souci de faire rentrer la langue de la rue dans le poème. Un homme de la bohème d'une sensibilité maladive, mélancolique, goguenarde, et cynique, portée sur l'auto-dérision et le sens du paradoxe, le refus de l'esprit de sérieux, manifestant aussi de vrais sentiments, un intérêt pour la vie populaire, les marginaux, les chansons et coutumes du peuple, notamment de Basse-Bretagne.  Son unique recueil, "Les Amours Jaunes" n'est paru, de manière très confidentielle, qu'en 1873, deux ans avant sa mort. C'est Verlaine qui l'a fait connaître après sa mort en lui consacrant notamment une de ses études sur "Les Poètes maudits" en 1884.   Il sera ensuite un des poètes favoris du mouvement Dada (Tristan Tzara préfacera une édition des "Amours Jaunes" en 1947) et surréaliste.

Tristan est né à Morlaix, au manoir de Coat Congar, en Ploujean, le long de l'avenue de Launay. 

Il est né Édouard (Édouard-Joachim), comme son père, homme d'affaires self-made-man, ancien mousse, patron d'une compagnie de navigation transportant marchandise et voyageurs entre Morlaix et Le Havre, et grand écrivain maritime à succès, auteur du "Négrier", roman édité quatre fois de son vivant. Sa mère Marie-Angélique était une Puyo, d'une famille de notable morlaisiens.

Le nom de plume de notre poète, Triste-en-Corps-Bière, Tristan Corbière, dit sa conscience de la mort qui progresse en lui, son humour noir, et son goût du macabre et du spectacle, son rire jaune de dandy malheureux et maladif.

Tristan est mort à Morlaix et est enterré au cimetière Saint-Martin. Il a vécu à Morlaix de 1845 à 1859, date où il rejoint le Lycée Impérial de Saint-Brieuc. Il sera très malheureux, puis poursuivra le lycée à Nantes, avant de revenir en Bretagne, sans pouvoir passer son bac, tentant de se soigner de ses terribles rhumatismes et sa tuberculose à Roscoff, dans la maison de vacances de ses parents.

Il a vécu plusieurs années à Roscoff, multipliant les canulars et les scandales, comme entre 1864 et 1868, puis à Morlaix à nouveau en 1869 après un voyage à Italie. Il s'est installé à Montmartre après la Commune, en 1872, avant de mourir dans sa trentième année à Morlaix en 1875. Tristan Corbière est enterré au cimetière Saint-Martin, non loin de la gare de Morlaix.

Nous avons voulu dans le Chiffon Rouge rendre hommage à ce génie précoce trop peu connu du grand public, poète universel et plus grand des Morlaisiens dans le domaine de l'art sans doute.

De la sorte, nous publierons régulièrement pendant un mois des poèmes de Tristan pour le partager avec les lecteurs du "Chiffon Rouge" la modernité, la beauté mendiante et l'émotion, de cette poésie.

Bohème de chic
Ne m'offrez pas un trône !
A moi tout seul je fris,
Drôle, en ma sauce jaune
De chic et de mépris.

Que les bottes vernies
Pleuvent du paradis,
Avec des parapluies...
Moi, va-nu-pieds, j'en ris !

- Plate époque râpée,
Où chacun a du bien ;
Où, cuistre sans épée ,
Le vaurien ne vaut rien !

Papa, - pou, mais honnête, -
M'a laissé quelques sous,
Dont j'ai fait quelque dette,
Pour me payer des poux !

Son habit, mis en perce,
M'a fait de beaux haillons
Que le soleil traverse ;
Mes trous sont des rayons.

Dans mon chapeau, la lune
Brille à travers les trous,
Bête et vierge comme une
Pièce de cent sous !

- Gentilhomme !... à trois queues :
Mon nom mal ramassé
Se perd à bien des lieues
Au diable du passé !

Mon blason, - pas bégueule,
Est, comme moi, faquin :
- Nous bandons à la gueule,
Fond troué d'arlequin. -

Je pose aux devantures
Où je lis ; - DÉFENDU
DE POSER DES ORDURES -
Roide comme un pendu !

Et me plante sans gène
Dans le plat du hasard,
Comme un couteau sans gaine
Dans un plat d'èpinard.

Je lève haut la cuisse
Au bornes que je voi :
Potence, pavé, suisse,
Fille, priape ou roi !

Quand, sans tambour ni flûte,
Un servile estafier
Au violon me culbute,
Je me sens libre et fier !...

Et je laisse la vie
Pleuvoir sans me mouiller,
En attendant l'envie
De me faire empailler.

- Je dors sous ma calotte,
La calotte des cieux ;
Et l'étoile pâlotte
Clignote entre mes yeux,

Ma Muse est grise ou blonde...
Je l'aime et ne sais pas ;
Elle est à tout le monde...
Mais - moi seul - je la bats !

A moi ma Chair.de.poule !
A toi ! Suis-je pas beau,
Quand mon baiser te roule
A cru dans mon manteau !

Je ris comme une folle
Et sens mal aux cheveux,
Quant ta chair fraîche colle
Contre mon cuir lépreux !
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23 septembre 2019 1 23 /09 /septembre /2019 17:16
Marches pour le climat : M. Macron, remballez votre mépris et agissez ! (Ian Brossat - porte-parole du PCF)

Marches pour le climat : "M. Macron, remballez votre mépris et agissez !" (Ian Brossat - PCF)

Selon Le Parisien, le Président de la République, dans l’avion qui l’emmenait à New York, s’est une nouvelle fois livré à des propos particulièrement méprisants. Cette fois, ce sont les jeunes qui participent par dizaines de milliers aux marches pour le climat qui font l’objet de la condescendance présidentielle. « Les dénonciations, on est au courant. Défiler tous les vendredis pour dire que la planète brûle, c’est sympathique, mais ce n’est pas le problème ». Cette arrogance sans borne est insupportable. Emmanuel Macron a pour mandat de représenter les Français, pas de les accabler de ses propos suffisants et fielleux.

De plus, le chef de l’État fait mine de ne pas comprendre que les marches pour le climat ne se cantonnent pas à la dénonciation de la situation catastrophique du réchauffement climatique, mais exigent d’abord et avant tout de l’action de la part des gouvernements. Or, en matière de transition écologique, le Président se signale par sa passivité criminelle. Pire, derrière les déclarations d’intentions, il continue en réalité « business as usual », en apportant son soutien aux traités de libre-échange comme le CETA, aux projets destructeurs (EuropaCity, CDG Express…), et aux industriels de l’énergie carbonée (renouvellement des concessions aux compagnies d’hydrocarbure, exonérations fiscales sur les énergies fossiles, division par deux du crédit d'impôt pour la transition énergétique, accord donné à Total pour importer 550 000 tonnes d'huile de palme…). Tout récemment encore, le gouvernement a acté la fin du train des primeurs Perpignan-Rungis, donnant ainsi son feu vert à l’arrivée de 25 000 camions polluants supplémentaires sur les routes pour le remplacer.

Alors oui, M. Macron, les jeunes ont raison de se mobiliser par milliers pour dénoncer votre inaction et votre double discours. Remballez votre mépris et agissez vraiment pour sauver le climat !

Ian Brossat, porte-parole du PCF,

Paris, le 23 septembre 2019.

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23 septembre 2019 1 23 /09 /septembre /2019 06:07
Tribut à Tristan: 2- A la mémoire de Zulma, vierge-folle hors barrière et d'un LOUIS - Colonelle à la Commune

Tristan Corbière est un immense poète, d'une grande modernité, qui a su nourrir la poésie d'un refus du beau style et du formalisme éthéré, d'un réalisme cru et d'un souci d'expression intime et sociale, un poète d'une grande inventivité verbale mêlant une culture littéraire certaine nourrie à la mamelle de Villon, Baudelaire et consorts, un sens de l'irrévérence et le souci de faire rentrer la langue de la rue dans le poème. Un homme de la bohème d'une sensibilité maladive, mélancolique, goguenarde, et cynique, portée sur l'auto-dérision et le sens du paradoxe, le refus de l'esprit de sérieux, manifestant aussi de vrais sentiments, un intérêt pour la vie populaire, les marginaux, les chansons et coutumes du peuple, notamment de Basse-Bretagne.  Son unique recueil, "Les Amours Jaunes" n'est paru, de manière très confidentielle, qu'en 1873, deux ans avant sa mort. C'est Verlaine qui l'a fait connaître après sa mort en lui consacrant notamment une de ses études sur "Les Poètes maudits" en 1884.   Il sera ensuite un des poètes favoris du mouvement Dada (Tristan Tzara préfacera une édition des "Amours Jaunes" en 1947) et surréaliste.

Tristan est né à Morlaix, au manoir de Coat Congar, en Ploujean, le long de l'avenue de Launay. 

Il est né Édouard (Édouard-Joachim), comme son père, homme d'affaires self-made-man, ancien mousse, patron d'une compagnie de navigation transportant marchandise et voyageurs entre Morlaix et Le Havre, et grand écrivain maritime à succès, auteur du "Négrier", roman édité quatre fois de son vivant. Sa mère Marie-Angélique était une Puyo, d'une famille de notable morlaisiens.

Le nom de plume de notre poète, Triste-en-Corps-Bière, Tristan Corbière, dit sa conscience de la mort qui progresse en lui, son humour noir, et son goût du macabre et du spectacle, son rire jaune de dandy malheureux et maladif.

Tristan est mort à Morlaix et est enterré au cimetière Saint-Martin. Il a vécu à Morlaix de 1845 à 1859, date où il rejoint le Lycée Impérial de Saint-Brieuc. Il sera très malheureux, puis poursuivra le lycée à Nantes, avant de revenir en Bretagne, sans pouvoir passer son bac, tentant de se soigner de ses terribles rhumatismes et sa tuberculose à Roscoff, dans la maison de vacances de ses parents.

Il a vécu plusieurs années à Roscoff, multipliant les canulars et les scandales, comme entre 1864 et 1868, puis à Morlaix à nouveau en 1869 après un voyage à Italie. Il s'est installé à Montmartre après la Commune, en 1872, avant de mourir dans sa trentième année à Morlaix en 1875. Tristan Corbière est enterré au cimetière Saint-Martin, non loin de la gare de Morlaix.

Nous avons voulu dans le Chiffon Rouge rendre hommage à ce génie précoce trop peu connu du grand public, poète universel et plus grand des Morlaisiens dans le domaine de l'art sans doute.

De la sorte, nous publierons régulièrement pendant un mois des poèmes de Tristan pour le partager avec les lecteurs du "Chiffon Rouge" la modernité, la beauté mendiante et l'émotion, de cette poésie.

Triste-en-Corps-Bière le facétieux poète maudit, triste, drôle, nihiliste à la manière d'un fou du roi de Shakespeare, marin et dessinateur, polisseur de mots ,de formules et d'images à la trajectoire si éphémère.

 
Tristan Corbière, Les Amours Jaunes

Bougival 8 mai

À la mémoire de Zulma
vierge folle hors barrière
et d'un Louis
Elle était riche de vingt ans,
Moi j'étais jeune de vingt francs,
Et nous fîmes bourse commune,
Placée, à fond-perdu, dans une
Infidèle nuit de printemps...

La lune a fait un trou dedans,
Rond comme un écu de cinq francs,
Par où passa notre fortune :
Vingt ans ! vingt francs !... et puis la lune
En monnaie - hélas - les vingt francs
En monnaie aussi les vingt ans !
Toujours de trous en trous de lune,
Et de bourse en bourse commune...
- C'est à peu près même fortune !

- Je la trouvai - bien des printemps,
Bien des vingt ans, bien des vingt francs,
Bien des trous et bien de la lune
Après - Toujours vierge et vingt ans,
Et... colonelle à la Commune !

- Puis après : la chasse aux passants,
Aux vingt sols, et plus aux vingt francs...
Puis après : la fosse commune,
Nuit gratuite sans trou de lune.
 
Saint-Cloud. Novembre
Tribut à Tristan: 2- A la mémoire de Zulma, vierge-folle hors barrière et d'un LOUIS - Colonelle à la Commune
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22 septembre 2019 7 22 /09 /septembre /2019 17:27
Irène Frachon: Servier était plus puissant que l’Agence du médicament (Rozenn Le Saint, Médiapart, 22 septembre 2019)
Mediator: le procès d’un laboratoire et de l’Etat
Par

Le procès du plus important scandale sanitaire depuis celui du sang contaminé s’ouvre enfin pour six mois à Paris. Sur le banc des accusés, Servier, fabricant du Mediator. Mais aussi l’Agence du médicament et des experts, parfois payés par le laboratoire. Face à eux, 2 684 parties civiles.

Le « tic tac tic tac » des battements de son cœur perturbe toujours ses nuits. « C’est comme le réveil avalé par le crocodile dans Peter Pan », parvient-il à plaisanter. Mais dix ans après son opération à cœur ouvert, Bernard Niccoli dort toujours très mal. Il ne s’est pas habitué au cliquetis de la valve mécanique qui lui a été implantée pour remplacer sa valve aortique, indispensable à la bonne circulation sanguine. Elle a été détruite par quatre ans de prise du Mediator. Ce médicament produit par Servier est accusé d’avoir causé entre 500 et 1 500 morts.

Bernard Niccoli, lui, a été opéré juste à temps. Il a refusé les offres d’indemnisation de Servier dans le cadre de la procédure amiable ; la première, de 32 600 euros et la deuxième, de 70 600 euros : « ridicules », compte tenu des préjudices physiques, psychologiques et financiers estimés à 276 000 euros par ses avocats.

 

  • Premier volet : le plus grave, homicides et blessures involontaires

Il fait partie des quarante-neuf victimes à se porter partie civile, autrement dit, à demander réparation, pour homicides ou blessures involontaires : c’est le volet le plus grave de ce procès au pénal. « Servier a acheté le silence de victimes qui ont accepté ses offres, elles ont dû signer un protocole de confidentialité. Ce n’est pas mon truc de me taire », estime l’homme de soixante-trois ans (lire aussi l’interview d’Irène Frachon).

Posté en trois huit dans une cabine de péage toute sa carrière, il est en surpoids. En 2005, son médecin lui prescrit du Mediator pour en perdre. Une ordonnance en dehors de toute autorisation de mise sur le marché, car le médicament est officiellement vendu comme traitement complémentaire pour les diabétiques. En réalité, il est surtout prescrit comme coupe-faim, malgré les risques gravissimes pour le cœur et les poumons.

  • Deuxième volet : la tromperie, un coupe-faim déguisé en antidiabétique

Ce détournement massif de l’usage du Mediator constitue une particularité de ce scandale, par rapport aux précédents. L’immense majorité des parties civiles attaquent pour tromperie aggravée avec mise en danger de la santé, le deuxième gros volet du procès du Mediator. Servier est accusé d’avoir camouflé la vraie nature d’anorexigène du médicament en le commercialisant comme simple traitement destiné aux diabétiques en surpoids.

Il y a deux types de parties civiles dans ce procès. Certaines font partie des 5 millions de Français à avoir consommé du Mediator de 1976 à 2009, que leur santé ait été altérée ou pas. D’autres parties civiles sont là car elles ont remboursé le médicament, – c’est le cas des organismes de sécurité sociale et d’assurance –, sans en connaître les propriétés réelles ni les risques.

Toutes s’estiment flouées, moralement dans le premier cas, financièrement dans le deuxième.

Elles se comptent déjà au nombre de 2 684, mais les demandes continuent d’affluer dans les cabinets d’avocats : elles peuvent s’ajouter à la procédure jusqu’au réquisitoire du parquet, à la fin du procès, prévue en avril 2020.

La défense de Servier pourrait tenter de se réfugier derrière ces prescriptions hors des clous, en rejetant la faute sur l’Agence du médicament, – l’instance publique chargée d’assurer la sécurité sanitaire –, ou les médecins. Le dossier d’instruction, croustillant, décrit la toile d’influence étendue par le laboratoire orléanais de l’Agence du médicament jusqu’aux cabinets des blouses blanches. Les juges établiront dans quelle mesure elle aurait contribué à dissimuler les effets secondaires graves possibles.

  • Troisième volet : liens d’intérêts et trafic d’influence

En tout, vingt-cinq prévenus sont renvoyés devant le tribunal : onze personnes morales représentant l’Agence du médicament et les filiales de Servier et quatorze anciens responsables de l’Agence du médicament, des experts consultants de Servier, – souvent les deux ! – et des dirigeants du laboratoire, essentiellement.

La plupart comparaîtront pour des délits de prise illégale d’intérêts, participation illégale d’un fonctionnaire dans une entreprise précédemment contrôlée, escroquerie, destruction de preuves, trafic d’influence ou encore, corruption. Ce troisième volet, celui des conflits d’intérêts, sera le plus captivant : ce sera la première fois que ces liens, certes, communément tissés entre l’industrie pharmaceutique et les décideurs de la santé, seront jugés au pénal. En cela, le procès constitue un tournant. La loi « anti-cadeau » mise en place par Xavier Bertrand à l’issue du scandale est loin d’abolir ces risques de conflits d’intérêts, mais elle va dans le sens d’un effort de transparence.

Avant cela, la première semaine du procès sera consacrée aux « exceptions de procédures », un premier corridor purement juridique. Ensuite, le procès-fleuve devrait s’engouffrer dans un long tunnel d’expertises médicales. Bernard Niccoli fera partie de ces visages qui humaniseront « un procès qui risque d’être saturé de technicité médicale. C’est la stratégie de Servier qui appelle à témoigner quatre diabétologues différents ! », illustre Sylvie Topaloff, avocate de victimes du Mediator. En tout, un peu plus de cent témoins sont cités par les différentes parties.

375 autres robes noires défileront dans la salle dite « grand procès » du nouveau tribunal de grande instance de Paris, d’une capacité de 250 places. Trop petite néanmoins pour en accueillir autant quotidiennement. « Ce n’est pas la peine que l’on soit une centaine à suivre l’ensemble des débats pendant six mois. Nous allons étudier la possibilité de constituer un collectif d’avocats de la partie civile », augure Sylvie Topaloff.

Sur le banc des accusés : les renvoyés et les grands absents

  • Servier, le « grand méchant »

L’avocate a déjà plaidé au pénal en juillet contre une autre grande entreprise emblématique française, France Télécom, une décennie après la vague de suicides (Lire aussi France Télécom, des suicides au procès). Le procès, lui aussi qualifié d’historique, a duré un peu plus de deux mois. Il va falloir tenir le triple en enchaînant avec le deuxième grand marathon judiciaire de l’année.

Et encore, ça ne sera pas tout : un acte 2 du procès du Mediator n’est pas exclu puisque l’information judiciaire est toujours en cours pour le dossier dit « Mediator 2bis ». Il concerne 46 autres victimes d’homicides et blessures involontaires, dont une décédée, qui n’ont pas encore tous eu le temps d’être examinés. Le scandale a explosé il y a dix ans et il fait tout juste son apparition sur la scène des tribunaux aujourd’hui.

Pourquoi autant de temps ? L’instruction ouverte en 2011 a réalisé l’examen médical de chaque dossier, un par un, ce qui requiert un travail titanesque de trois ans au pôle santé du parquet. Auxquels se sont ajoutés trois ans du fait de « multiples demandes et recours faits par la défense », comme le dénonçait le procureur de Paris, François Molins, en janvier 2017.

Il a aussi fallu s’atteler à l’ordonnance de renvoi, rendue en septembre 2017. Pas moins de 677 pages nécessaires à résumer clairement l’enquête des juges d’instruction et à renvoyer la longue liste des 25 prévenus devant le tribunal.

 

Parmi eux, « les plus hauts dirigeants sont mis en cause », rappelle Sylvie Topaloff, qui y voit un autre point commun avec le procès France Télécom. Le principal concerné, Jacques Servier, alors neuvième fortune de France, est mort en 2014. Un an avant, il avait mis à la porte son ancien bras droit, Jean-Philippe Seta, qui, lui, affrontera les juges, représenté par François de Castro, également avocat du laboratoire ! Me François de Castro qualifie le rôle de Jean-Philippe Seta de « secondaire ». C’est pourtant celui qui comparaîtra pour le plus de chefs d’accusation. Mais sa stratégie visant à prendre le même avocat que le groupe Servier devrait lui permettre d’éviter que le laboratoire se décharge de toute responsabilité sur lui.

« Une des singularités de l’affaire du Mediator réside dans le fait que Servier a été présenté comme le grand méchant, y compris par le reste de l’industrie pharmaceutique. Elle a complètement lâché cette entreprise familiale qui a toujours été un peu en dehors des cercles industriels », souligne par ailleurs Didier Torny, sociologue spécialiste des scandales sanitaires. Le lobby des firmes du médicament, le Leem, suspend Servier en 2011, c’est une première. Le laboratoire se retrouve seul, bouc émissaire de pratiques de lobbying communes à l’ensemble de Big Pharma.

« Servier a subi une différence de traitement judiciaire par rapport aux autorités sanitaires et à d’autres laboratoires. L’affaire du Mediator n’a pas servi de détonateur à d’autres affaires sanitaires : la justice a concentré ses moyens d’investigation sur Servier », reproche Me François de Castro. L’allusion renvoie clairement au scandale de la Dépakine, l’antiépileptique produit par Sanofi.

  • L’Agence du médicament, accusée de négligence

Servier compte bien partager les responsabilités au moins avec l’Agence du médicament, accusée de négligence. Ironie de l’histoire, elle se retrouve sur le même banc des accusés que l’industriel alors qu’elle a justement été créée en 1993 en réponse à l’autre grand scandale sanitaire français, celui du sang contaminé : des produits sanguins avaient sciemment été distribués à des hémophiles alors que certains étaient contaminés par le virus du VIH.

Or « l’Agence du médicament a incontestablement failli à sa mission de surveillance et de protection de la santé en maintenant l’autorisation de vendre le Mediator alors qu’il était dangereux et inefficace pour traiter le diabète », appuie Sylvie Topaloff.

  • Les politiques épargnés

L’audition d’Aquilino Morelle, qui a rédigé le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) diabolisant Servier, a priori prévue en octobre, est plus qu’attendue. Il a néanmoins été reproché à l’inspecteur des affaires sociales, devenu par la suite conseiller politique de François Hollande, d’avoir épargné les politiques.

Et Morelle, qui s’était présenté comme le héraut de la lutte contre les conflits d’intérêts, a vu fondre sa crédibilité lorsque Mediapart a révélé qu’il avait secrètement travaillé pour l’industrie pharmaceutique, y compris lorsqu’il était membre de l’Igas (même si pénalement, la justice a considéré que cela ne pouvait être qualifié de prise illégale d’intérêts).

Sur le plan politique, une information judiciaire a été ouverte en 2014 concernant Philippe Douste-Blazy, ancien ministre de la santé. Le Canard enchaîné précise dans son édition du 11 septembre que le dossier est « toujours en cours d’instruction » et que l’intéressé a été auditionné avant l’été. Cardiologue de profession, il a été consultant pour Jacques Servier qui avait ensuite financé sa campagne législative. C’est le politique le plus proche du fondateur du laboratoire.

Vient ensuite Nicolas Sarkozy. Son cabinet d’avocats a compté Jacques Servier parmi ses clients. Une fois devenu président de la République, il a chanté ses louanges en lui remettant en 2009 la grand-croix de la Légion d’honneur.

Par ailleurs, Henri Nallet, ancien garde des sceaux de François Mitterrand, a appelé le numéro 2 de Servier pendant les perquisitions au siège de l’entreprise pour s’en inquiéter. Sauf que ce dernier était sur écoute : les enquêteurs ont remonté le fil et découvert que Nallet avait été rémunéré 2,7 millions d’euros entre 1997 à 2008 pour ses activités de conseiller pour Servier. Placé sous le statut de témoin assisté pour trafic d’influence, il a finalement bénéficié d’un non-lieu.

Avant même de commencer, le volet politique du procès du Mediator paraît donc bien faible : l’ex-sénatrice Marie-Thérèse Hermange sera la seule politique à comparaître, en l’occurrence pour complicité de trafic d’influence. Avant de rendre son rapport parlementaire sur le Mediator, elle l’avait fait relire par un consultant de Servier, qui lui avait suggéré des modifications visant à minimiser le rôle du laboratoire. Elle n’a pas souhaité répondre aux questions de Mediapart.

Dans l’affaire du sang contaminé, trois ministres avaient été jugés par la Cour de justice de la République pour homicides involontaires. On doit à la ministre Georgina Dufoix le fameux « responsable mais pas coupable ». Ni l’un ni l’autre pour le Mediator ? En tout cas, aucun compte n’est demandé aux gouvernements de l’époque. « On ne voit pas comment le politique aurait pu se pencher sur des aspects techniques puisque l’Agence du médicament, en tant qu’autorité publique, continuait de donner des avis positifs. Servier l’avait à ses pieds », les dédouane Me Sylvie Topaloff.

Pourquoi est-il si difficile de poursuivre les responsables politiques de scandales sanitaires ? Si le procès du sang contaminé a ouvert la voie pénale au domaine de la santé, la loi Fauchon de 2000 visant à limiter la responsabilité des faits non intentionnels des élus restreint le champ de la répression.

Surtout, « à chaque scandale, le même stratagème est utilisé, que cela soit pour les victimes de l’amiante, du sang contaminé ou du Mediator : un fonds d’indemnisation spécifique est mis en place pour éviter que la question des responsabilités politiques ne se pose. Ce qui explique qu’il y ait eu si peu de grands procès dans le domaine sanitaire », analyse Didier Tony, chercheur au CNRS.

D’ailleurs, le parcours du combattant pour obtenir réparation via l’Office national d'indemnisation des accidents médicaux (Oniam) est tout de même facilité par ce fonds exceptionnellement créé pour les victimes du Mediator, en comparaison aux autres dossiers.

Sans surprise, avant l’ouverture du procès, Servier a davantage insisté dans sa communication sur la somme des indemnisations versées aux victimes du Mediator, en l’occurrence, 131,8 millions d’euros, au 30 août 2019 (lire aussi l’interview d’Irène Frachon). Et aussi sur sa demande que « l’État en rembourse une partie, compte tenu des décisions des juridictions administratives ayant fixé sa propre responsabilité à 30 % », souligne Jacques-Antoine Robert, un autre avocat du laboratoire orléanais. Histoire de partager les torts, sachant que la Sécurité sociale a toujours remboursé le Mediator.

Qui savait quoi et quand ?

Qu’est ce que les victimes peuvent espérer de ce procès ? Des indemnisations, le cas échéant, supérieures aux offres initiales de Servier, bien sûr. Mais pour ce qui est du symbole, depuis la création des pôles santé en 2002, les résultats leur apparaissent souvent décevants. Les procès de l’hormone de croissance, notamment, ont abouti à une relaxe. Pour que les infractions d’homicide ou de blessure involontaire soient caractérisées, il faut rigoureusement prouver le dommage, la faute, – qui peut être une imprudence ou une négligence – et le lien de causalité entre la faute et le dommage ; et ce, pour chaque malade.

Dans Juges accusés, levez-vous ! (Seuil, 2006), Michèle Bernard-Requin, substitut du procureur dans le procès du sang contaminé, insiste sur la difficulté à cerner ce qui se savait à l’époque, et par qui, si les informations techniques sont restées coincées à l’étage inférieur des commissions d’expertise, notamment… Dans le cas du Mediator, la défense de Servier et de l’Agence du médicament devrait suivre la même ligne : tenter de montrer que les dangers du médicament ont fait surface tardivement.

Pourtant, les premières alertes Mediator ont émergé dès 1998. Une étude commanditée par l’Agence du médicament montrait déjà qu’il entraînait des effets indésirables graves, similaires à ceux de l’Isoméride et du Pondéral : deux coupe-faim phares également vendus par Servier jusqu’à ce qu’ils soient retirés du marché dès 1997, comme tous les anorexigènes dérivés de l’amphétamine affichés clairement comme tels. Laissant la voie libre au seul Mediator.

Irène Frachon: «Servier était plus puissant que l’Agence du médicament»
Par

La pneumologue, lanceuse d’alerte dans l’affaire du Mediator, attend depuis dix ans le jugement au pénal du laboratoire Servier. Et depuis douze mois, elle ne prend plus aucun congé pour pouvoir assister aux audiences.

Pneumologue au CHU de Brest, Irène Frachon a révélé au grand public la catastrophe du Mediator, que le monde médical s’acharnait à nier depuis plus d’une décennie, après avoir publié un livre en 2010 (Mediator 150 mg, combien de morts ?, éditions Dialogues), retraçant sa lutte pour révéler et dénoncer les risques de ce médicament, ainsi que l'aveuglement des autorités sanitaires. Mais son combat est loin d’être terminé. Près de dix ans plus tard, se tient enfin le procès tant attendu.

Pourquoi a-t-il fallu attendre dix ans après le retrait du marché du Mediator pour que le procès pénal ait enfin lieu ?

Irène Frachon : J’ai toujours été convaincue qu’il y aurait un procès pénal. En 2008, Servier m’a envoyé un document pour m’expliquer que le Mediator et l’Isoméride, l’autre médicament qu’il produisait à base d’amphétamine, interdit en France en 1997 comme les autres coupe-faim du fait de leur dangerosité, n’avaient rien à voir.

J’ai cru que j’avais fait fausse route. Il était impensable qu’il s’agisse d’un mensonge, que Servier ait gardé un autre Isoméride sur le marché ! J’ai donc cru que le Mediator était un vague dérivé alors qu’il a la même toxicité, liée à une molécule commune avec l’Isoméride redoutablement dangereuse ! Quand je l’ai découvert, grâce notamment aux archives de la revue Prescrire, j’ai su que ces documents finiraient un jour sur le bureau d’un juge d’instruction.

Ce qui est dramatique, c’est que des victimes, comme l’une des premières identifiées, Annie Oger, sont mortes avant d’avoir obtenu la satisfaction d’un jugement au pénal. En revanche, la lenteur de la mise en place du procès, conséquence des multiples manœuvres dilatoires de Servier, a eu au moins un mérite : des publications scientifiques majeures, publiées jusqu’en 2018, consolident le dossier.

 

Nous arrivons donc avec un corpus complet de connaissances médicales et une idée plus précise du nombre de victimes et du type de dégâts subis. En tout, elles sont près de 3 700 à avoir été reconnues par l’Oniam [l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux – ndlr], dont plus de 500 qui ont dû être opérées à cœur ouvert. Le tableau de chasse est effarant. L’affaire du Mediator était un immense puzzle. Servier a éparpillé les pièces pendant longtemps. Elles sont à présent rassemblées.

Dans quelle mesure, selon vous, l’influence du groupe Servier a-t-elle empêché l’Agence nationale de sécurité du médicament d’assurer la sécurité sanitaire au nom de l’État ?

Des sortes « d’agents doubles », un pied à l’agence et l’autre chez Servier comme Jean-Roger Claude [qui comparaîtra lors du procès pour prise illégale d’intérêts – ndlr], étaient présents dans la commission clé de l’Afssaps [l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, devenue en 2012 l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé – ndlr], en l’occurrence la toute-puissante commission d’autorisation de mise sur le marché [AMM – ndlr], et pouvaient surveiller pour le compte de Servier, voire faire pression sur les experts critiques des produits Servier.

Cette commission d’AMM décidait de tout, exerçait un pouvoir sans partage et jusqu’à empêcher que les remontées de la commission de pharmacovigilance soient suivies d’effets. Des pharmacovigilants de l’agence m’ont raconté comment ils pouvaient se faire tacler voire humilier lorsqu’ils faisaient remonter des alertes, forcément complexes, fragiles et dérangeantes…

Jean-Roger Claude a même tenté d’intimider Christian Riché [responsable à l’époque du centre régional de pharmacovigilance de Brest – ndlr], en lui disant : « Tu t’es sali les mains avec cette fille et tu vas le payer dans ta vie professionnelle et privée. » Finalement, la firme Servier était une sorte d’institution nationale officieuse, plus puissante que l’Agence du médicament censée la contrôler.

Servier comparaîtra pour homicides et blessures involontaires ainsi que pour tromperie : quelque 4 000 personnes, associations et organismes d’assurance s’estiment flouées. Le procès du Mediator sera-t-il celui des victimes ?

On ne sait pas exactement combien seront effectivement présentes. Certaines ont renoncé à la procédure pénale, car la plupart des patients ont transigé avec Servier. Quand ils recevaient des propositions décentes d’indemnisation de la part du laboratoire, nous leur avons conseillé de prendre l’argent. Cela n’éteint pas les poursuites contre Servier pour autant et cet argent était souvent plus que nécessaire, vital.

Je connais des victimes qui ont mis des années à percevoir leur indemnisation et sont décédées quelques mois après. C’était trop tard ! Depuis un an, tout se règle à toute allure. L’objectif de Servier est d’arriver le plus propre possible au procès pour faire croire que son unique préoccupation a été d’indemniser les victimes alors que pendant des années, il a tenté de payer le plus tard et le moins possible. Cela reflète un grand cynisme.

Les patients se sont heurtés à d’autres obstacles au cours de leur long parcours d’indemnisation ou pour se constituer partie civile. Comment expliquer que des médecins aient rechigné à donner les preuves d’ordonnance de Mediator ?

Les médecins ont tendance à être inquiets des conséquences médico-légales de leurs actes, ce qui est recevable du reste. Ici, ils risquaient d’être mis en cause en tant que prescripteurs hors AMM du Mediator : ils l’ont prescrit comme coupe-faim alors qu’il était présenté par Servier comme antidiabétique.

Je comprends cette inquiétude, mais des victimes m’ont écrit pour me raconter des situations choquantes de refus venant de leur « médecin de famille » leur déclarant droit dans les yeux : « Je ne t’ai jamais prescrit de Mediator », après des années de prescription ! Xavier Bertrand et moi avions insisté sur l’importance de ne pas braquer les médecins, abusés sur l’innocuité du produit par Servier. Cela aurait bloqué le système d’indemnisation des victimes. L’Oniam a finalement admis que l’on ne pouvait pas mettre en cause les médecins. Cela a facilité la rédaction de certificats de prescription, indispensables lorsque les ordonnances ont été perdues ou jetées.

« Il y a d’autres Mediator dans le portefeuille historique de produits Servier »

Le laboratoire Servier a-t-il vendu d’autres médicaments dangereux ?

À mes yeux, Servier est une entreprise culturellement « pharmaco-délinquante », car il y a d’autres Mediator dans son portefeuille historique de produits. Par exemple, une molécule appelée Almitrine et commercialisée par Servier sous deux noms, Duxil et Vectarion, était censée améliorer l’oxygénation du sang. En réalité, elle était inefficace, très toxique pour les nerfs des membres inférieurs et faisait également maigrir !

Il a fallu attendre plus de trente ans pour que cette molécule soit définitivement retirée, en 2013, de tous les marchés, avec plus de 2 000 neuropathies graves déclarées. Idem pour le Protelos [lire Servier arrête enfin le Protelos, médicament inutile et dangereux], le Pneumorel, sirop dangereux pour le cœur, ou surtout l’antidépresseur Survector, un produit responsable de dépendance psychique, volontiers détourné par des héroïnomanes. Ils ont été retirés du marché du fait de leur toxicité. Avec le Mediator, amphétaminique maquillé, et le Survector, psychotrope avec potentiel addictogène, on flirte franchement avec le répertoire des drogues qui est habituellement celui des dealers !

J’ai reçu plusieurs témoignages rapportant les moyens de pression choquants, systématiquement mis en œuvre par la firme Servier pour tenter de nier et minimiser les risques de ces produits.

Moins graves pour la santé publique, mais économiquement désastreuses, ont été les longues commercialisations de produits inefficaces et remboursés par la Sécurité sociale comme le Daflon pour les jambes lourdes, ou le Locabiotal, un « pschitt » pour la gorge… La liste est longue et interroge sur les protections dont a pu bénéficier le laboratoire, l’autorisant à siphonner ainsi littéralement la Sécu, sans bénéfice démontré pour la santé.

Peut-être que la personnalité très particulière de Jacques Servier, faite de mégalomanie teintée de paranoïa, l’explique en partie : dans l’ordonnance de renvoi des juges d’instruction, certains de ses salariés utilisent le terme de « secte ». Jacques Servier, véritable gourou, parlait quant à lui de la « Maison »…

Dans le film La Fille de Brest, votre personnage se justifie en revendiquant : « Je ne suis pas altermondialiste, je collabore avec l’industrie pharmaceutique et je crois en la recherche scientifique. » Défendez-vous toujours la coopération entre les médecins et l’industrie ?

Je pense ce qui est dit dans le film. Les collaborations des médecins avec les firmes pharmaceutiques, notamment pour intégrer des patients français dans les essais cliniques qui permettent de valider des traitements innovants, sont nécessaires.

Dans ce cas, les laboratoires financent les centres d’investigation clinique des hôpitaux en établissant des conventions. Avant l’affaire du Mediator, je m’étais fixé des règles : j’acceptais les invitations à des colloques financés par l’industrie pharmaceutique que j’estimais primordiaux. En revanche, je refusais d’être payée directement par les laboratoires.

C’est le minimum selon moi. Sauf que beaucoup l’acceptent, notamment des médecins consultants qui donnent des conseils de promotion et de marketing aux firmes et touchent des sous pour cela. Beaucoup me rétorquent qu’ils auraient du mal à financer les études supérieures des enfants ou certains voyages sans ce « supplément », parfois très conséquent, à leur salaire.

Comment avez-vous géré vos propres liens d’intérêts avec les laboratoires pharmaceutiques depuis l’affaire du Mediator ?

Peu de temps après l’éclatement du scandale, j’ai rompu tout lien avec l’industrie. J’ai été obligée, il fallait que je sois cohérente avec ce que je dénonçais, ces conflits terribles qui ont fait le lit du drame du Mediator. Mais cela a eu pour effet de me marginaliser totalement, car mon réseau de professionnels des soins passe par un financement de l’industrie pharmaceutique.

Je ne peux plus coordonner le centre de compétence pour les hypertensions artérielles pulmonaires [HTAP, la maladie pulmonaire provoquée par le Mediator – ndlr] de Brest, par exemple. J’ai été excommuniée par certains collègues pour avoir dénoncé la dangerosité des conflits d’intérêts. J’ai 56 ans, je m’en fiche, je n’ai pas besoin de ces liens.

Je travaille trois jours par semaine à l’hôpital de Brest et deux jours par semaine à celui de Carhaix, en plein désert médical. Mais je comprends que pour les jeunes médecins ce soit difficile de se priver de tout lien avec l’industrie pharmaceutique, surtout dans les CHU français.

 

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22 septembre 2019 7 22 /09 /septembre /2019 11:52
Tribut à Tristan - 1. Epitaphe
Tribut à Tristan - 1. Epitaphe
Tribut à Tristan - 1. Epitaphe

Lire Tristan Corbière (juillet 1845-mars 1875), le Rimbaud breton à la destinée pathétique, est une expérience unique, parfois difficile car certains poèmes font une grande place à la langue populaire et argotique oubliée de l'époque, ou sont au contraire savants et précieux, mais une expérience magique souvent, quand on tombe sur les pépites au milieu du pot-pourri, car Tristan a une vraie modernité dans son goût du paradoxe et de l'auto-portrait, dans l'observation et le sens du concret, le refus du lyrisme facile, et un sens de la formule remarquable. 

Fils d'Edouard Corbière, notable morlaisien, écrivain d'aventure maritime à succès, patron de la compagnie de navigation Morlaix-Le Havre, Tristan a grandi entre les manoirs de son père à Morlaix et Roscoff. Atteint de rhumatisme articulaire ou de tuberculose, sa maladie le marque physiquement à l'adolescence et lui empoisonne l'existence. 
Adepte de l'auto-dérision, de l'humour noir, de l'intrusion du trivial, du parler populaire, dans la poésie, c'est un peu le Gainsbourg tragique et malheureux, et inconnu du grand public, de l'époque. 

 

Le poète d'un recueil unique "Les Amours Jaunes", éclectique et sombre, entre auto-portrait désabusé, satire sociale, célébration de la mer, des coutumes et parlers de la Bretagne bretonnante, eut des amours malheureux, mais une capacité de transcender la tristesse en rire et grotesque. Il s'abîma à Paris et n'y connut pas la gloire littéraire courtisée, écrivant et dessinant des caricatures pour une presse satirique de droite anti-communarde. 
Apollinaire et les surréalistes firent justice à son talent et sa poésie chercheuse et novatrice, et Jean Moulin, sous-préfet de Châteaulin, fut fasciné par cette figure tragique et ses poèmes, particulièrement ceux sur les Bretons du peuple, pleins de tendresse, lui qui réalisa des gravures magnifiques inspirées par la poésie de Tristan Corbière au milieu des années 30.

Tristan Corbière est un immense poète, d'une grande modernité, qui a su nourrir la poésie d'un refus du beau style et du formalisme éthéré, d'un réalisme cru et d'un souci d'expression intime et sociale, un poète d'une grande inventivité verbale mêlant une culture littéraire certaine nourrie à la mamelle de Villon, Baudelaire et consorts, un sens de l'irrévérence et le souci de faire rentrer la langue de la rue dans le poème. Un homme de la bohème d'une sensibilité maladive, mélancolique, goguenarde, et cynique, portée sur l'auto-dérision et le sens du paradoxe, le refus de l'esprit de sérieux, manifestant aussi de vrais sentiments, un intérêt pour la vie populaire, les marginaux, les chansons et coutumes du peuple, notamment de Basse-Bretagne.  Son unique recueil, "Les Amours Jaunes" n'est paru, de manière très confidentielle, qu'en 1873, deux ans avant sa mort. C'est Verlaine qui l'a fait connaître après sa mort en lui consacrant notamment une de ses études sur "Les Poètes maudits" en 1884.   Il sera ensuite un des poètes favoris du mouvement Dada (Tristan Tzara préfacera une édition des "Amours Jaunes" en 1947) et surréaliste.

Tristan est né à Morlaix, au manoir de Coat Congar, en Ploujean, le long de l'avenue de Launay. 

Il est né Édouard (Édouard-Joachim), comme son père, homme d'affaires self-made-man, ancien mousse, patron d'une compagnie de navigation transportant marchandise et voyageurs entre Morlaix et Le Havre, et grand écrivain maritime à succès, auteur du "Négrier", roman édité quatre fois de son vivant. Sa mère Marie-Angélique était une Puyo, d'une famille de notable morlaisiens.

Le nom de plume de notre poète, Triste-en-Corps-Bière, Tristan Corbière, dit sa conscience de la mort qui progresse en lui, son humour noir, et son goût du macabre et du spectacle, son rire jaune de dandy malheureux et maladif.

Tristan est mort à Morlaix et est enterré au cimetière Saint-Augustin. Il a vécu à Morlaix de 1845 à 1859, date où il rejoint le Lycée Impérial de Saint-Brieuc. Il sera très malheureux, puis poursuivra le lycée à Nantes, avant de revenir en Bretagne, sans pouvoir passer son bac, tentant de se soigner de ses terribles rhumatismes et sa tuberculose à Roscoff, dans la maison de vacances de ses parents.

Il a vécu plusieurs années à Roscoff, multipliant les canulars et les scandales, comme entre 1864 et 1868, puis à Morlaix à nouveau en 1869 après un voyage à Italie. Il s'est installé à Montmartre après la Commune, en 1872, avant de mourir dans sa trentième année à Morlaix en 1875. Tristan Corbière est enterré au cimetière Saint-Martin, non loin de la gare de Morlaix.

Nous avons voulu dans le Chiffon Rouge rendre hommage à ce génie précoce trop peu connu du grand public, poète universel et plus grand des Morlaisiens dans le domaine de l'art sans doute.

De la sorte, nous publierons régulièrement pendant un mois des poèmes de Tristan pour le partager avec les lecteurs du "Chiffon Rouge" la modernité, la beauté mendiante et l'émotion, de cette poésie.

Triste-en-Corps-Bière le facétieux poète maudit, triste, drôle, nihiliste à la manière d'un fou du roi de Shakespeare, marin et dessinateur, polisseur de mots ,de formules et d'images à la trajectoire si éphémère.

 

Lire aussi:

La Pastorale de Conlie - Tristan Corbière dénonce dans un poème de facture novatrice et populaire le martyre des soldats Bretons de novembre à décembre 1870 sur le plateau de Conlie

 

Cimetière Saint Augustin à Morlaix: la tombe de Tristan Corbière, Édouard pour l'état civil.

Cimetière Saint Augustin à Morlaix: la tombe de Tristan Corbière, Édouard pour l'état civil.

Cimetière Saint Augustin à Morlaix: la tombe de Tristan Corbière, Édouard pour l'état civil.

Cimetière Saint Augustin à Morlaix: la tombe de Tristan Corbière, Édouard pour l'état civil.

Épitaphe

Tristan CORBIERE
"Les Amours jaunes"

Sauf les amoureux commençons ou finis
qui veulent commencer par la fin il y
a tant de choses qui finissent par le
commencement que le commencement
commence à finir par être la fin la fin
en sera que les amoureux et autres
finiront par commencer à recommencer par
ce commencement qui aura fini par n’être
que la fin retournée ce qui commencera
par être égal à l’éternité qui n’a ni
fin ni commencement et finira par être
aussi finalement égal à la rotation de
la terre où l’on aura fini par ne
distinguer plus où commence la fin d’où
finit le commencement ce qui est toute
fin de tout commencement égale à tout
commencement de toute fin ce qui est le
commencement final de l’infini défini
par l’indéfini—Égale une épitaphe égale
une préface et réciproquement

(SAGESSE DES NATIONS)

Il se tua d’ardeur, ou mourut de paresse.
S’il vit, c’est par oubli ; voici ce qu’il se laisse :

— Son seul regret fut de n’être pas sa maîtresse. —

Il ne naquit par aucun bout,
Fut toujours poussé vent-de-bout,
Et fut un arlequin-ragoût,
Mélange adultère de tout.

Du je-ne-sais-quoi. — Mais ne sachant où ;
De l’or, — mais avec pas le sou ;
Des nerfs, — sans nerf. Vigueur sans force ;
De l’élan, — avec une entorse ;
De l’âme, — et pas de violon ;
De l’amour, — mais pire étalon.
— Trop de noms pour avoir un nom. —

Coureur d’idéal, — sans idée ;
Rime riche, — et jamais rimée ;
Sans avoir été, — revenu ;
Se retrouvant partout perdu.

Poète, en dépit de ses vers ;
Artiste sans art, — à l’envers,
Philosophe, — à tort à travers.

Un drôle sérieux, — pas drôle.
Acteur, il ne sut pas son rôle ;

Peintre : il jouait de la musette ;
Et musicien : de la palette.

Une tête ! — mais pas de tête ;
Trop fou pour savoir être bête ;
Prenant pour un trait le mot très.
— Ses vers faux furent ses seuls vrais.

Oiseau rare — et de pacotille ;
Très mâle … et quelquefois très fille ;
Capable de tout, — bon à rien ;
Gâchant bien le mal, mal le bien.
Prodigue comme était l’enfant
Du Testament, — sans testament.
Brave, et souvent, par peur du plat,
Mettant ses deux pieds dans le plat.

Coloriste enragé, — mais blême ;
Incompris… — surtout de lui-même ;
Il pleura, chanta juste faux ;
— Et fut un défaut sans défauts.

Ne fut quelqu’un, ni quelque chose
Son naturel était la pose.

Pas poseur, — posant pour l’unique ;
Trop naïf, étant trop cynique ;
Ne croyant à rien, croyant tout.
— Son goût était dans le dégoût.

Trop crû, — parce qu’il fut trop cuit,
Ressemblant à rien moins qu’à lui,
Il s’amusa de son ennui,
Jusqu’à s’en réveiller la nuit.
Flâneur au large, — à la dérive,
Épave qui jamais n’arrive….

Trop Soi pour se pouvoir souffrir,
L’esprit à sec et la tête ivre,
Fini, mais ne sachant finir,
Il mourut en s’attendant vivre
Et vécut, s’attendant mourir.

Ci-gît, — cœur sans cœur, mal planté,
Trop réussi — comme raté.

 

Tribut à Tristan - 1. Epitaphe
Tribut à Tristan - 1. Epitaphe
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22 septembre 2019 7 22 /09 /septembre /2019 11:41
La section du Pays de Morlaix du PCF appelle à la mobilisation pour les retraites mardi 24 septembre et soutient le rassemblement syndical à 10 h 30 place des Otages à Morlaix.

Aujourd’hui , comme l’indiquent clairement les récentes enquêtes d’opinion, une majorité de citoyens a bien compris que la réforme des retraites avait comme objectif de faire travailler davantage, de retarder l’âge effectif de départ à la retraite avec des pensions non garanties et réduites.

Ce sont les plus belles années à la retraite qui sont attaquées, celles en bonne santé!

Le PCF appelle à la riposte la plus large, la plus unitaire, pour faire toute la transparence sur les vrais objectifs d’Emmanuel Macron et du gouvernement.

Elle soutient les mouvements de grève du mardi 24 septembre et appelle les jeunes, les salariés et les retraités à participer au rassemblement syndical à 10 h 30 place de la liberté Nous défendrons une réforme de progrès social garantissant la retraite à 60 ans, avec une pension définie et s’appuyant sur un financement élargi au capital.

La réforme des retraites n’a qu’un but, maintenir l’enveloppe des moyens consacrés à la retraite à 14 % des richesses créées par le travail. Compte tenu de l’augmentation d’environ 6 millions de la population des plus de 60 ans d’ici 2040, ce verrouillage des ressources induira nécessairement la baisse des retraites.

Alors, en ces temps de bulle financière où les plus hautes instances comme le FMI annoncent des « risques très sérieux », le système de retraite solidaire par répartition bâti en 1945/46 reste le garant d’une retraite digne pour tous, loin du chacun pour soi .
 
La section du Pays de Morlaix du PCF appelle à la mobilisation pour les retraites mardi 24 septembre et soutient le rassemblement syndical à 10 h 30 place des Otages à Morlaix.
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22 septembre 2019 7 22 /09 /septembre /2019 11:36
 
Budget de l'assurance maladie : les labos baissent le rideau !
 
Malgré une mobilisation inédite des services d'urgence et des hôpitaux publics, en dépit de la colère sourde d'une grande partie des professionnels de santé, le gouvernement annonce de nouvelles coupes
budgétaires pour réduire les dépenses de soins des Français
 
Dernier exemple en date, les laboratoires d'analyses médicales verraient l'enveloppe des dépenses de biologie diminuer, à nouveau, de 180 millions d'euros l'an prochain. D'ici à 2022, le budget consacré aux
analyses médicales pourrait ainsi être réduit de 10%.
 
Une telle mesure entraînerait la fermeture de nombreux laboratoires de proximité, empêchant ainsi les patients de réaliser leurs examens médicaux dans des structures aisément accessibles depuis leur lieu de
résidence.
 
Face à cette nouvelle baisse tarifaire qui compromet leur avenir, pour alerter l'opinion publique, les laboratoires médicaux fermeront leurs portes dès demain. A 13h, ils baisseront leurs rideaux en signe de
protestation.
 
Faire mieux avec toujours moins n'est plus possible. Les professionnels de santé n'en peuvent plus. Comme les urgentistes, les personnels hospitaliers, la mobilisation des laboratoires médicaux est justifiée et
appelle notre soutien.
 
Partageant la préoccupation des médecins biologistes et des salariés des laboratoires, j'ai demandé à la Ministre des Solidarités et de la Santé de renoncer à une décision préjudiciable à ces acteurs de la chaîne de
soins et donc à nos concitoyens.
 
Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, député du Nord,
 
Le 22 septembre 2019.
Budget de l'assurance maladie: les labos baissent le rideau! (Fabien Roussel, PCF)
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22 septembre 2019 7 22 /09 /septembre /2019 07:19
Je vous rappelle que le CA du comité se réunira, comme prévu, le mardi 24 septembre à 17 h 30 à St Martin des Champs,
 
dans les locaux associatifs (ancienne école du Binigou).
 
Comme d'habitude tous les adhérents qui le souhaitent y sont cordialement invités.
 
Vous trouverez également en pièce jointe l'article paru dans le Télégramme, suite au communiqué que le comité a transmis à la presse dès la connaissance de la fermeture du service de stérilisation de Morlaix.
Dans ce communiqué le comité appelle  à soutenir l'action des personnels hospitaliers lors de la manifestation qui aura lieu mardi 24 septembre à 10 h 30 devant la mairie de Morlaix.
 
Soyons nombreux. 
 
Roger Héré
 
Prochain CA du Comité de défense du centre hospitalier de Morlaix: le mardi 24 septembre à 17h30
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22 septembre 2019 7 22 /09 /septembre /2019 06:57

ESPAGNE
LE BATEAU IVRE ?

La situation espagnole m'inspire une pensée qui n'engage que moi. Sanchez, leader du PSOE, a, en fait, refusé de créer, contrairement aux socialistes portugais, dans un autre contexte, une coalition de gauche avec IU-Podemos. C'est clair, parce qu'il avait toutes les cartes en mains pour trouver une solution.

C'est un choix politique qui en dit long sur les pressions de la finance sur les gouvernances, dans toute l'Europe. Sanchez a pris un risque en faisant le pari de se retrouver seul à pouvoir gouverner l'Espagne en soufflant le chaud et le froid sur tous les dossiers, régionaux et sociaux. En fait il tente de faire en sorte qu'en Espagne on ait à choisir uniquement entre les conservateurs nostalgiques du Franquisme et lui. Cela rappelle ce que nous connaissons en France.

Bien sûr, il est hors de question de comparer, au-delà de cette constatation, la situation espagnole et française. Cela dit, l'Espagne n'est pas prête d'être gouvernée à gauche et les Catalans risquent bien de se retrouver bientôt avec un article 155 version Sanchez, si on se réfère à son dernier discours où il fustige les "privilégiés" de Barcelone.

C'est mal connaître cette région où le salaire moyen est à moins de 1000 euros. Bien sûr, il y a de la richesse, mais elle vient d'un patronat puissant et dominateur, à l'image de celle qui assiste au mariage de Valls, de capitaux étrangers qui se déversent sur Barcelone et la Costa Brava pour concentrer à la fois le luxe et la spéculation immobilière touristique et affairiste. Les Catalans n'en voient que peu de retombées qui sont partagées sans heurt avec ceux qui viennent du reste de l'Espagne pour survivre avec les miettes précaires en étant obligés, comme dans toute l'Espagne, de faire plusieurs petits boulots pour ne pas tomber dans la grande misère.

Ce que l'on peut espérer, c'est que la droite ne profite pas de la situation pour reprendre le pouvoir et que l'opposition de la gauche dite "radicale" renforce ses positions. C'est loin d'être gagné mais c'est la seule solution pour que l'Espagne ne rejoigne pas la cohorte des pouvoirs qui imposent aux citoyens la soupe libérale décomplexée et autoritaire.

Un petite lumière dans le paysage. Les Catalans indépendantistes, qui redoutent l'isolement, commencent à comprendre qu'il serait temps de s'intéresser à la situation sociale de la région et sortir d'une vision contreproductive de leur propagande (ici on est mieux que dans le pays d'à côté, entendu l'Espagne...).

Ils semblent vouloir donner un contenu plus réceptif aux aspirations populaires dans leur lutte pour une République qu'ils rêvent indépendante. Il n'est jamais trop tard pour bien faire.

On pourrait rêver dans la foulée d'un rapprochement entre toutes les gauches catalanes qui sont, ne l'oublions pas, les héritières d'un riche passé révolutionnaire, mais on n'en est encore très loin. En Espagne comme dans toute l'Europe, le temps des cerises est encore une vue de l'esprit, ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas continuer à cultiver le jardin de cette belle idée partageuse qui n'aime ni les frontières ni les murs, fussent-ils virtuels.

Yvon Huet, 21 septembre 2019

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