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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 07:31

 

Par incompétence et bêtise, le président américain Donald Trump, poussé par son entourage fondamentaliste et néoconservateur, n’a jamais été aussi près d’attaquer l’Iran. Son opposition personnelle aux guerres extérieures se heurte aux impasses créées par ses décisions et sa propre rhétorique belliciste.

 

Que se passe-t-il dans les couloirs de la Maison Blanche ? Que se trame-t-il ces jours-ci dans la fameuse West Wing, où officie l’ombrageux John Bolton, un ennemi déclaré de l’Iran qui rêve depuis des décennies de faire la peau aux mollahs de Téhéran ?

Si les propos exacts des uns ou des autres nous échappent, l’idée générale est assez claire. Depuis des semaines, Bolton et Mike Pompeo, un ultraconservateur du Kansas à la tête de la diplomatie américaine, ainsi que la directrice de la CIA Gina Haspel, impliquée dans les programmes de torture de l’après-11-Septembre, font tout pour pousser le président Trump à décider une frappe militaire contre Téhéran.

Jeudi 20 juin, ils ont failli parvenir à leurs fins lorsque le président Trump a ordonné, puis annulé au dernier moment une frappe militaire qui avait pour objectif des radars et des batteries de missiles situés sur le territoire iranien.

L’opération avortée était destinée à riposter à une attaque menée par l’Iran contre un drone de surveillance américain dans le golfe d’Oman. Une attaque justifiée, selon Téhéran, par l’incursion du drone sur son espace aérien – une version que Washington dément.

À dix minutes près, les États-Unis s’engageaient dans une spirale militaire incontrôlable, potentiellement dévastatrice.

À cette heure, Donald Trump, dirigeant imprévisible, versatile, conseillé en coulisses par un présentateur star de Fox News qui lui conseille la retenue pour ne pas nuire à sa réélection l’an prochain, est donc la principale force qui s’oppose à cette intervention. Ce qui, avouons-le, n’a rien de rassurant.

S’ils n’ont pour l’instant pas obtenu gain de cause, le néoconservateur John Bolton, architecte de la guerre américaine en Irak, et le chrétien fondamentaliste Mike Pompeo, qui s’échinent à installer un climat favorable à une intervention, n’ont pas rendu les armes.

Pompeo, qui ne rate pas une occasion d’accuser Téhéran de « désinformation », s’est envolé dimanche pour un voyage au Moyen-Orient où il fera halte en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, afin, dit-il, de bâtir une coalition destinée à « faire reculer le plus grand sponsor étatique du terrorisme dans le monde ». Après la reculade de Trump, John Bolton a exigé ce week-end du régime de Téhéran qu’il ne confonde pas la « prudence » américaine avec de la « faiblesse ».

Le New York Times a annoncé dimanche que l’armée américaine a activé récemment un programme de cyberattaques et d’opérations clandestines contre des installations militaires et des groupes liés au renseignement iranien, soupçonnés par Washington d’être à l’origine de récentes attaques de tankers pétroliers dans le très stratégique détroit d’Ormuz, une accusation démentie par Téhéran.

Lundi, le président américain a annoncé une nouvelle salve de sanctions contre la République islamique, visant le guide suprême Ali Khamenei, huit généraux du commandement des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran, et le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif. 

Le président iranien Hassan Rohani a assuré mardi que ces mesures seront sans effet : « Nos dirigeants ne sont pas comme ceux d'autres pays qui ont des milliards sur des comptes à l'étranger pour que vous puissiez vouloir imposer des sanctions dessus, les saisir ou les bloquer. »

Les Américains « mentent quand ils disent vouloir dialoguer avec l'Iran, comme le prouvent les nouvelles sanctions », a-t-il poursuivi dans une allocution télévisée. « Cette Maison Blanche souffre de troubles mentaux. Elle ne sait plus quoi faire », a ajouté le président iranien.

À plusieurs égards, Donald Trump se retrouve dans une impasse stratégique totale, et cette position dangereuse pourrait in fine le conduire à une intervention.

Le président américain s’est fait élire en défendant la nécessité d’arrêter les guerres – une promesse qu’il n’a d’ailleurs pas tenue, puisqu’il a ordonné par deux fois des frappes en Syrie et soutient activement l’intervention saoudienne au Yémen, tandis que les États-Unis restent engagés dans sept guerres (Afghanistan, Irak, Syrie, Yémen, Somalie, Libye, Niger).

Sa rhétorique envers Téhéran, une marque de fabrique chez lui, est si belliciste qu’une intervention pourrait un jour lui éviter de se déjuger et de perdre la face – une dimension qui n’est pas anecdotique pour cet homme d’affaires qui se targue de détester les « losers », et dont l’obsession est de « gagner ».

En 2018, Trump a dénoncé l’accord sur le nucléaire signé avec Téhéran et les Européens. L’Iran, qui a continué de l’observer jusqu’à présent, menace désormais de relancer très prochainement sa production d’uranium enrichi. Une déclaration qui a conduit l’administration Trump à annoncer la semaine dernière le déploiement d'un millier de soldats américains de plus au Moyen-Orient.

Dimanche, lors d’un entretien sur la chaîne NBC, Trump a affirmé qu’il ne souhaitait pas la guerre et a lancé un improbable appel à la négociation. Un an après avoir rompu le deal tripartite sur le nucléaire iranien, le président américain s’est dit convaincu que Téhéran « souhaite un accord ». Et ce, alors même que les canaux de discussion officieux avec la République islamique sont rompus.

Dans ce contexte incertain, l’Iran continue de s’en remettre à la communauté internationale, notamment aux Européens, pour peser sur Washington. Vendredi, à Bruxelles, le président français Emmanuel Macron a appelé les États-Unis et l’Iran à « la raison, la désescalade et la discussion ».

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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 07:25

 

Texte collectif. 

 

Développer la filière énergétique industrielle pour répondre aux besoins humains, écologiques et sociaux de nos territoires pas à ceux de la finance !

En annonçant 1 044 suppressions d'emplois sur le territoire de Belfort, soit plus de la moitié des effectifs dédiés à la filière des turbines pour centrales à gaz, avec les effets induits sur la cinquantaine de sous-traitants, General Electric porte un coup terrible à la filière énergétique et industrielle française, ceci après des centaines de suppressions d’emploi chez GE renouvelables (GE-Hydro power).

D'un trait de plume serait rayé de la carte le plus gros centre de production mondial de turbines à gaz, des savoir-faire technologiques et des compétences humaines accumulés depuis des décennies, qui ont conduit à la capacité de réaliser de A à Z des turbines aux puissances variées.

 

LA  DÉCISION de GE est ANTI-ÉCOLOGIQUE et  ANTI-ÉCONOMIQUE

La turbine à gaz est décisive pour la transition écologique en tant qu'alternative au charbon et au lignite dans les pays qui l'utilisent massivement, car elle produit deux fois moins de CO2 et aucune particule fine. Son pilotage flexible en fait une des technologies incontournables pour compenser l'intermittence des énergies renouvelables, tant que des solutions de stockage viable ne sont pas trouvées. Elle peut aussi avoir sa place dans un avenir énergétique décarboné (biométhane, hydrogène). Loin d'être en fin de cycle de  vie, le produit devrait connaître au contraire un bond de sa demande mondiale.

 

LA DECISION de GE  obéit à une LOGIQUE DE RENTABILITÉ FINANCIÈRE A TOUT PRIX

Un fonds de pension prédateur (Trian Fund Management) a pris le contrôle de GE en 2017, après la vente d'Alstom-Énergie à GE, qui s'est soldée par un désengagement de l'Etat français, jusqu’à la vente par Alstom de ses parts dans les co-entreprises de l’énergie au bénéfice juteux d’actionnaires d’Alstom comme Bouygues.  Le groupe GE, qui a distribué 117,2 milliards de dollars en dividendes et rachats d’actions en 10 ans, mène une stratégie financière globale boursière se traduisant par des cessions et restructurations considérables d'actifs industriels pour faire uniquement de l’argent ailleurs et autrement.

Après la vente d'Alstom-Énergie à GE, tous les brevets mis au point à Belfort ont été transférés sans contrôle dans une filiale de droit Suisse, ainsi que les fonctions stratégiques (gestion de projet, services commerciaux) et donnent lieu au paiement de royalties et redevances diverses par le site. Cela s'apparente à  un véritable hold-up sur les technologies mises au point par les travailleur.se.s de nos territoires, avec l'appui de nos services publics, et fonctionne comme une pompe aspirante de la valeur créée sur le territoire, en même temps qu'un moyen d'échapper à l'impôt en France. 

A cela s'ajoute une stratégie de délocalisation d'activités de production aux USA, conforme à l'objectif politique de D. Trump « America first ». C’est une véritable guerre économique qui se livre, où la France et l’Europe sont un champ ouvert à tous vents et se retrouvent prises en étau entre les Etats-Unis et les pays asiatiques s’il n’y a pas de véritable stratégie et politique industrielle en la matière.

Dans cette situation de perte de contrôle sur une industrie essentielle à la transition écologique, laresponsabilité de l'État est majeure.

 

L’INDUSTRIE ET LES COOPÉRATIONS NATIONALES SABORDÉES, AVEC L’APPUI D’E. MACRON

Les doutes sur les choix de restructurations industrielles opérés depuis une vingtaine d'années sont tels que deux commissions d'enquête parlementaire ont été constituées, à l'Assemblée Nationale et au Sénat. Leurs conclusions sont sans appel : « l’État a failli à préserver les intérêts nationaux » déclare O. Marleix, Président de la commission d’enquête de l’Assemblée Nationale.

Cette affaire a même pris récemment un tour judiciaire avec un signalement adressé au procureur d'un possible «pacte de corruption».

Les opérations successives de ventes à la découpe et de désengagement de la part de l'État ont été réalisées sous la pression d'intérêts financiers puissants, sans vision industrielle et sans souci de l'indépendance nationale. La nomination comme directeur de GE-France d'un ancien conseiller du Président n'est pas de nature à rassurer sur les liens actuels entre le pouvoir politique et le pouvoir  économique.

 

CE QUE NOUS SOUTENONS

Une politique énergétique cohérente et efficace suppose au contraire que les projets industriels soient au niveau des prévisions concernant la transition écologique et qu’ils s’appuient sur le développement de l’emploi, des compétences, d’un outil industriel, sur une relation intime, et non prédatrice, avec la recherche et les services, et sur des coopérations avec les entreprises privées et publiques.

L'enjeu immédiat est donc la préservation et le développement de la filière des turbines à gaz. C'est l'intérêt vital pour l'avenir du territoire, de ses salariés, sa jeunesse, ses habitants, ses  PME sous- traitantes. C'est l'intérêt du pays tout entier d'insérer son industrie dans une transition écologique réussie, en faisant en sorte que l'efficacité sociale et économique l'emporte sur  le profit égoïste.

Nous récusons les fausses solutions de la diversification qui sont avancées, parce qu'elles s'inscrivent dans un temps bien trop long. Ces pistes, quel que soit leur intérêt à moyen et long terme, ne permettent pas de préserver les compétences humaines et l'outil industriel, dont la disparition serait irréversible.

 

NOUS DEMANDONS

  1. un moratoire immédiat sur le plan de suppression des emplois et l’ouverture d’un véritable débatpublic et social, avec toutes les parties prenantes, mettant toutes les informations sur la table
  2. un plan de développement industriel ambitieux de la filière au service de l’objectif de « neutralité carbone », des besoins d’énergie, du développement de nos territoires et de l’emploi, incluant R&D, formation, préservation des emplois et investissements, coopérations industrielles à l'échelle nationale et européenne, s'appuyant sur l'atout humain exceptionnel de Belfort en lien avec les fonctions supports et les services commerciaux, d’ingéniérie ou de recherche, les services publics et la mobilisation de moyens financiers bancaires.
  3. La dénonciation de l'accord de cession d'Alstom-Énergie à GE de novembre 2014, que GE n'a pas respecté, non seulement sur la création des 1 000 emplois, mais sur l'avenir du site de Belfort, qui devait assurer pendant 10 ans les fonctions d'un centre mondial de décision, ce qui implique notamment :
  • Le retour en France de la propriété intellectuelle des brevets mis au point en France et la transparence sur les royalties et droits versés.
  • L’annulation de la vente des parts d’Alstom dans les co-entreprises énergie détenues avec GE (dont celles de la filière nucléaire qui peuvent être rachetées avec l'appui des banques et des critères précis), puisque la « fusion » d’Alstom-Énergie avec Siemens ne s’est pas faite, et, pour la même raison, l’annulation du versement du dividende exceptionnel de 900 millions d’euros, toujours prévu pour juillet prochain.
  1. la création d'un comité de suivi démocratique, doté d’un pouvoir effectif de contrôle des engagements, incluant les représentants syndicaux, les élus locaux, et les représentants des partis politiques ayant participé aux commissions d'enquête parlementaires. C'est à ce comité et non à GE, qu'il revient de décider de l'affectation des 50 millions d'euros d'amende pour non-respect de la promesse de création d'emplois.

 

DES SOLUTIONS EXISTENT, LE GOUVERNEMENT A DES LEVIERS POUR AGIR

La responsabilité de l'Etat dans la situation actuelle est évidente, sa responsabilité pour en sortir par le haut également. Si ce dossier pose à terme la question de la maîtrise publique sur nos  secteurs économiques stratégiques, dans l'immédiat, l'Etat doit intervenir au lieu d'accompagner les décisions de GE, et il n'est pas sans moyens d'actions pour le faire. 

GE vit en grande partie des commandes publiques, non seulement l'énergie, mais pour les équipements des hôpitaux, les services aux  collectivités locales. L'entreprise a perçu du CICE, du CIR (crédit d’impôt recherche), alors même que le groupe ne cesse de délocaliser des activités, y compris l'ingénierie. Les intérêts de GE en France, avec  17 000 salariés employés au total, sont importants. Il existe donc, avec de la volonté politique, des moyens de pression économiques.

Les possibilités juridiques effectives existent de dénoncer le contrat de 2014 que GE n'a pas respecté, pour que la puissance publique reprenne la main sur les orientations stratégiques du secteur de l'énergie.

Il est temps de mettre un coup d'arrêt à des décisions qui  nous emmènent un peu plus vers le point de non-retour des technologies et capacités industrielles fondamentales de notre pays. Pour retrouver la voie d'une véritable politique industrielle et de services au service des besoins sociaux et écologiques de notre pays, et de nos territoires, nous voulons contribuer à imposer d'autres choix que ceux d'une industrie soumise aux exigences exclusives de la finance. Notre argent et celui de nos banques doit servir à autre chose.

PREMIERS SIGNATAIRES :

 

Intellectuels

Bachet Daniel, Professeur, Université de Paris-Saclay

Barbier Jean-Marie, Professeur CNAM, formation des adultes

Baumgarten Christophe, Avocat

Bellal Amar, Rédacteur en chef de Progressistes

Boccara Frédéric, Economiste, Membre du CESE

Colletis Gabriel, Economiste, Université de Toulouse

Didry Claude, Sociologue, Directeur de recherches CNRS

Dimicoli Yves, Economiste, Ancien membre du CAE (conseil d’analyse économique)

Durand Denis, Economiste, co-Directeur Economie et Politique

Herzog Philippe, Economiste, ancien député européen

Ivorra Pierre, Chroniqueur économique

Kirat Thierry, Economiste, Directeur de recherches CNRS et université Paris Dauphine

Lang Dany, Economiste, Université de Paris 13, CA des économistes atterrés

Levi-Cyferman Annie, Avocate

Meda Dominique, Sociologue

Mills Catherine, Economiste, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Paillier Aline, Journaliste

Rauch Frédéric, Rédacteur en chef Economie et Politique

Renou Xavier-Francaire, Philosophe, Association Renaissance des lumières

Salais Robert, Economiste

Sterdyniak Henri, Economiste, CA des économistes Atterrés

Stiegler Bernard, Philosophe

Tournebise Alain, Ingénieur, économiste, ancien membre du CES

 

Responsables associatifs, politiques et élus

Bruneel Alain, Député PCF

Chesneaux Philippe, militant écologiste, Ancien conseiller régional Paca EELV

Cours-Salies Pierre, Sociologue, Ensemble !

Fiterman Charles, Ancien ministre

Gay Fabien, Sénateur, PCF

Lassauzay Didier, Gauche démocratique et sociale (GDS)

Le Bouler Hervé, Militant écologiste, Membre du CESE

Mamet Jean-Claude, Ensemble !

Renard Antoine, Membre du CESE, président de l'association Européenne des catholiques

Roussel Fabien, Secrétaire national du PCF

Ternant Evelyne, Secrétaire du comité régional Bourgogne Franche-Comté du PCF

Ternant Muriel, Secrétaire Départementale du PCF du Territoire de Belfort

 

Syndicalistes

Cailletaud Marie-Claire, syndicaliste, Membre du CESE, rapporteure "Industrie

Caritey Cyril, Syndicaliste, CGT General Electric

Debons Claude, Ancien syndicaliste

Goncalves Valérie, Syndicaliste énergie

Heredia Laurent, Syndicaliste, Secrétaire fédéral CGT énergie

Matoug Karim, Syndicaliste, CGT General Electric

Ménesplier Sébastien, Syndicaliste Energie

Pastor Grégory, Syndicaliste, CGT General Electric

Pagnoncelli Damien, secrétaire UD CGT Territoire de Belfort

Sanchez Frédéric, Secrétaire général de la métallurgie CGT

Thiriet Dominique, CGT General Electric Belfort

 

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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 07:23

L'été va être meurtrier et il va l'être principalement pour les plus vulnérables. Ce sont en effet en premier lieu les plus fragiles qui vont être exposés aux conséquences des fortes chaleurs et du réchauffement climatique

L'été va être meurtrier et il va l'être principalement pour les plus vulnérables. Ce sont en effet en premier lieu les plus fragiles qui vont être exposés aux conséquences des fortes chaleurs et du réchauffement climatique.

Face à l'urgence climatique, les mesures annoncées par le gouvernement sont clairement insuffisantes et des actions fortes s'imposent. Il nous faut atteindre des objectifs chiffrés de réduction de gaz à effet de serre. Pour cela, le PCF propose une mesure simple, efficace et immédiate : la gratuité des transports en commun.

Le PCF fait par ailleurs plusieurs propositions pour lutter contre le réchauffement climatique et l'inaction du gouvernement :

  • Péages gratuits et TVA à 0% pour le fret ferroviaire,
  • Multiplication par 10 du budget de l’ANAH pour un vrai service public de rénovation énergétique des logements,
  • Bonus-malus sur les achats de voitures neuves en fonction du poids,
  • Moratoire sur la fermeture des petites lignes ferroviaires, plan d’investissement pour les transports publics,
  • Multiplication par 10 du budget vélo de l’Etat,
  • Dotation aux collectivités de 3 milliards par an pour la rénovation énergétique des bâtiments publics,
  • Plan d’investissement pour la création d’espaces logistiques urbains.
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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 07:14

 

Le prélèvement forfaitaire unique de 30 % sur les revenus du capital ne pèsera pas sur le budget en raison d’une envolée des dividendes distribués en 2018. Un succès pour les défenseurs du gouvernement, mais c’est en réalité la preuve que le gouvernement met ses pas dans ceux de Ronald Reagan et croit bel et bien dans la théorie du ruissellement. 

 

La « flat tax » sur les revenus du capital était une des mesures phares des réformes fiscales du gouvernement au début du quinquennat. Mis en place au premier janvier 2018, ce prélèvement forfaitaire unique (PFU) est une forme de bouclier fiscal qui limite la taxation des revenus du capital à 30 %, tout compris. Cette taxe devait, dans le projet de loi de finances 2017, coûter 1,3 milliard d’euros au budget de l’État ; finalement, il ne coûtera rien puisque l’augmentation des versements de dividendes a élargi sa base fiscale et donc les recettes. Un succès, donc, proclame dans son éditorial de ce 20 juin le journal Les Échos, évoquant les « bons comptes de la flat tax ». Selon son rédacteur Étienne Lefebvre, tant l’État que la Sécurité sociale ont profité de cette mesure in fine.

Qu’en est-il réellement ? Effectivement, la flat tax ne devrait rien coûter formellement aux comptes publics. Mais ce constat ne représente qu’une partie de l’histoire. Ce meilleur résultat s’explique effectivement par une très forte augmentation des versements de dividendes en 2018, de 24,34 % en un an, pour atteindre le niveau de 37,11 milliards d’euros. C’est effectivement près de 8 milliards d’euros de plus de versés, ce qui a permis de combler le manque à gagner attendu. On notera immédiatement qu’un manque à gagner nul ne représente pas un gain et que, partant, si l’État n’a pas perdu d’argent, il n’en a pas gagné alors même que la hausse des versements de dividendes est vertigineuse et que les prix ont progressé de 1,6 %. La stabilité des recettes fiscales sur des revenus du capital en hausse de 24 % ne peut guère être considérée comme une bonne affaire. Les « bons comptes » ne sont donc pas si bons. Ils sont, à la limite, « pas aussi mauvais » qu’attendu.

Évolution de la croissance de l'EBE des entreprises et de celle des dividendes versés. © Insee, note de conjoncture de juin 2019.

Évolution de la croissance de l'EBE des entreprises et de celle des dividendes versés. © Insee, note de conjoncture de juin 2019.

Mais dès lors se posent plusieurs autres questions. D’abord, sans cette réforme, les dividendes auraient-ils été aussi importants ? La réponse est sans doute négative. Dans sa note de conjoncture publiée le 19 juin, l’Insee reconnaît, page 104, qu’il y a « sans doute » eu un effet PFU. Autrement dit, les entreprises ont décidé de verser davantage de dividendes pour profiter d’une aubaine fiscale. La courbe attachée par l’institut statistique semble le prouver avec éclat. Alors que la croissance du résultat brut d’exploitation des entreprises a ralenti à 3 % en 2018, le versement de dividendes a explosé. Il n’est donc pas possible d’invoquer une croissance « naturelle » du dividende liée à celle de l’activité. Le PFU a ainsi alimenté la hausse des dividendes, ce qui a permis de limiter les pertes fiscales… du PFU.

Car une autre interrogation surgit aussitôt. Si ces versements de dividendes ne sont pas « naturels », d’où viennent-ils ? Il y a, à cela, plusieurs réponses qui permettent immédiatement de relativiser le succès de la flat tax et ses « bons comptes ». La première est que dans le partage de l’EBE, on ait versé plus de dividendes au détriment des autres usages du profit : reversement aux salariés et, surtout, investissement. De fait, on constate que la croissance de l’investissement des entreprises non financières a ralenti, passant de + 5 % en 2017 à + 3,9 % en 2018, avec un coup de frein plus marqué dans les investissements en produits manufacturés (de + 3,1 % à + 2 %), dont l’investissement en machines et en modernisation de l’appareil industriel ne représente qu’une partie.

Malgré tout, la croissance de l’investissement s’est poursuivie, ce qui suppose que les entreprises ont eu recours à l’endettement pour financer ces dépenses et augmenter les versements de dividendes. Et de fait, la dette des sociétés non financières n’a cessé de croître en 2018. En décembre 2018, la croissance annuelle de cette dette, selon la Banque de France, était de 5,8 % contre 4,8 % en janvier. En un an, toujours selon la Banque de France, le taux d’endettement des sociétés non financières est passé de 69,8 % à 72,6 % du PIB. Un taux désormais supérieur à ceux de l’Espagne et du Royaume-Uni, ce qui n’était pas le cas fin 2017. En d’autres termes : les entreprises françaises s’endettent beaucoup plus vite que la création de richesses. Le Haut Conseil de stabilité financière ne cesse de s’en émouvoir et durcit légèrement, en conséquence, les contraintes sur les banques. Mais la clé est peut-être ailleurs. Le PFU pourrait ainsi avoir alimenté cette forte hausse de l’endettement afin de répondre à l’aubaine fiscale pour les actionnaires. Résultat : il a fallu investir plus prudemment et, pour financer l’investissement, avoir recours à la dette. Quand on sait, par ailleurs, que les choix d’investissement des entreprises françaises sont très discutables et ne portent pas en priorité sur la modernisation de l’outil productif, il y a de quoi s’interroger sur l’opportunité du PFU.

Endettement des entreprises non financières en % du PIB. © banque de France

Endettement des entreprises non financières en % du PIB. © banque de France

De fait, le PFU a été mis sur pied en urgence dès le 1er janvier 2018 pour soutenir l’investissement productif. C’était la justification du gouvernement, qui appliquait l’idée libérale classique selon laquelle le capital, moins taxé, s’allouerait mieux et pourrait ainsi davantage financer l’outil productif hexagonal, lequel est effectivement le talon d’Achille de l’économie française. De ce point de vue, la prétendue « bonne nouvelle » de la PFU n’est qu’un leurre. En alimentant l’immense croissance des versements de dividendes, le PFU n’a guère conduit à l’effet désiré puisque la croissance de l’investissement productif a ralenti. En revanche, il est venu alimenter les revenus des plus fortunés.

Dans la note de conjoncture déjà citée, en effet, l’Insee pratique quelques rappels bienvenus. Ceux qui bénéficient le plus des revenus de la propriété, autrement dit des dividendes, ce sont les plus riches. Ces revenus ne pèsent rien dans les revenus disponibles bruts des 60 % les plus pauvres. Ils pèsent en revanche 14 % du revenu disponible brut des 20 % les plus riches, et l’on sait que plus le niveau de revenus augmente, plus cette part s’accroît. Le PFU n’a donc pas soutenu l’investissement, mais le revenu des plus riches. Autrement dit, dans les faits et contrairement à ce que l’exécutif n’a cessé d’affirmer, la politique du gouvernement a bien été une politique de « ruissellement », qui a alimenté les revenus des riches en espérant que l’économie en profite dans son ensemble. Cela n’est pas arrivé et de fait, le gouvernement a subventionné le transfert de richesses vers les plus hautes classes de la population.

L’autre conséquence du PFU est plus difficile à identifier. L’économiste Gabriel Zucman, de l’université de Berkeley en Californie, avait dans une tribune du Monde, fin 2017, mis en garde contre un effet de transfert des revenus du travail vers les revenus du capital. Ce phénomène, qui a pu être constaté en Finlande notamment, s’observe lorsque la taxation des revenus du capital est inférieure à celle du travail. Dans ce cas, plusieurs entrepreneurs préfèrent réduire leurs salaires, qui sont plus fortement taxés (en France, jusqu’à 45 % pour tout euro gagné au-delà de 153 000 euros) pour se verser des dividendes, taxés à 30 % au plus. Cette situation peut aussi inciter certains à basculer du statut de salarié à celui d’entrepreneur pour bénéficier de l’aubaine. Si un phénomène de ce type se produisait, alors le surplus de recettes du PFU (ou plutôt son absence de pertes) ne serait que le reflet d’une perte de recettes par ailleurs, sur l’impôt sur le revenu, la CSG salariale et les cotisations sociales.

Identifier un tel mouvement est très complexe, parce qu’il est nécessairement lent à se mettre en place. Il faut que les agents fassent des calculs compliqués pour réaliser cet arbitrage. Mais il est intéressant de souligner que l’éditorial des Échos n’évoque guère cette possibilité. Pourtant, rien n’est sûr à ce sujet. Contacté par Mediapart, l’Insee refuse de se prononcer sur cet effet de la « flat tax », estimant que « ces éventuels effets nous sembleraient […] assez difficiles à identifier spécifiquement, compte tenu des données disponibles ». On peut cependant relever quelques pistes. Si l’éditorialiste des Échos estime que le PFU aurait « rapporté un milliard d’euros de plus que prévu » à la Sécurité sociale, il oublie de dire que, hors effet des réformes fiscales, la croissance des recettes des cotisations sociales (3 %) a été inférieure en 2018 à celle de 2017 (+ 3,4 %) et à la croissance de la masse salariale du secteur privé (+ 3,5 %). Ce simple ralentissement annule déjà l’effet positif du PFU et pourrait bien s’expliquer par la décision de certains de basculer une partie de leurs revenus sous formes de dividendes. En tout cas, selon le rapport de la Cour des comptes publié le 19 juin 2019, malgré le « miracle » du PFU, les recettes globales de la Sécurité sociale en 2018 sont inférieures aux prévisions du projet de loi de financement de la Sécurité sociale de 100 millions d’euros « sous l’effet, annonce la Cour, d’une baisse des cotisations sociales plus forte qu’anticipé ». Ce qui a été gagné par le PFU a donc été nécessairement perdu ailleurs. Et les choses se présentent mal pour 2019.

La commission des comptes de la Sécurité sociale a lancé une alarme en raison de l’effet de la nouvelle baisse des cotisations. Mais le ralentissement de la croissance de la masse salariale malgré la hausse des créations d’emploi est aussi préoccupant. Selon l’Acoss, au premier trimestre 2019, la masse salariale soumise à cotisations a progressé de 2,6 % sur un an, contre 3,5 % au trimestre précédent. Autrement dit, il n’y a pas de miracle : si une base fiscale stagne, celle des dividendes, une autre est freinée, celle des cotisations. Il est même possible que Gabriel Zucman ait ici vu juste et que le phénomène de basculement accélère encore dans les prochaines années.

Une machine idéologique au profit des plus riches

Le PFU n’a donc pas de « bons comptes » : c’est une machine idéologique mise en place pour profiter aux bourses des plus fortunés et pour accélérer le démantèlement du système assurantiel et salarial français. Il permet de réduire le produit des cotisations, tout en plafonnant celui de la CSG sur les revenus du capital. Au bout du compte, il affaiblit donc la Sécurité sociale tout en encourageant le remplacement d’une relation salariale par une relation interentreprises. Ce que permet le PFU, c’est bel et bien l’individualisation de la relation au travail et à l’assurance sociale, ce qui est le socle de la pensée néolibérale au cœur du projet gouvernemental.

Cet éloge exagéré et grossier du PFU est donc loin d’être anodin. Au moins à deux titres. Le premier tient à la stratégie du gouvernement. On sait que, le 25 avril dernier, le président de la République a concédé, du bout des lèvres, qu’il pourrait revenir sur le PFU et la réforme de l’ISF si les évaluations montraient l’inefficacité de ces mesures. L’éditorial des Échos montre que ces évaluations n’auront guère besoin d’être convaincantes. Il suffira de montrer le meilleur angle pour justifier la poursuite de la manœuvre. C’est du reste ce qu’ont montré les évaluations du CICE, qui n’ont retenu des travaux empiriques que les meilleures hypothèses

Le second élément important est la justification générale des baisses d’impôts, qui constituent le cœur du programme du gouvernement et du quinquennat. Le PFU serait la preuve éclatante de l’existence de la « courbe de Laffer », cette fameuse courbe qui traduit en un graphique approximatif l’adage « trop d’impôt tue l’impôt ». Avant le PFU, les recettes auraient ainsi été entamées par un taux de prélèvement trop élevé. Ce taux baissant, la base fiscale se renforce et les recettes augmentent. On a vu que l’on n’en était pas là, et que les gains liés au PFU sont peut-être des pertes ailleurs. On notera aussi que le but du PFU n’était pas officiellement d’accroître le versement de dividendes dans un pays qui était, comparativement et avec une fiscalité plus forte, déjà très généreux dans ce domaine, mais d’augmenter l’investissement productif. Mais en réalité, peu importe : si la courbe de Laffer a raison, alors il faut continuer dans les baisses d’impôts. Or ces baisses d’impôts et de cotisations ont un revers : ils affaiblissent le système de redistribution et mettent la pression sur le budget de l’État. Car même si le PFU n’a pas pesé sur les comptes publics, il ne les a pas améliorés. Compte tenu de l’inflation et de la tendance naturelle des dépenses, il a donc in fine bel et bien pesé sur les comptes publics. Il en sera évidemment de même des autres baisses d’impôts du gouvernement.

En réalité, la courbe de Laffer a été, de l’aveu même de son concepteur Arthur Laffer – décoré et honoré de la médaille présidentielle par Donald Trump le 19 juin –, rédigée sur un coin de nappe (laquelle est conservée au Musée national d’histoire américaine de Washington) lors d’un dîner en 1974 avec Donald Rumsfeld et Dick Cheney. Elle n’est rien d’autre qu’une parole de café du commerce et les études empiriques n’ont jamais été capables de la confirmer. Par ailleurs, elle est toujours restée extrêmement abstraite, aucun niveau maximal de l’impôt n’a jamais pu être établi avec certitude. Dès lors, il ne reste de la place que pour l’idéologie. Et c’est bien ce qui s’est passé lorsque les républicains, derrière Ronald Reagan, ont repris cette courbe comme étendard et comme justification à leur politique de baisses d’impôts dans les années 1980.

Et c’est bien ce qui se passe pour le PFU. L’éditorialiste des Échos voit dans cette taxe la preuve que la taxation du capital « doit être plus que toute autre adaptée de manière pragmatique et non idéologique ». Deux termes qui, comme d’habitude en régime néolibéral, cachent évidemment une position fort idéologique, puisque l’on a pu constater comment le résultat du PFU avait été tiré vers le haut. En réalité, les dividendes distribués en France ont été entre 2010 et 2012 encore plus élevés qu’aujourd’hui, avec un régime fiscal moins favorable. De plus, en considérant que la courbe de Laffer doit être le seul critère du succès de la « flat tax », l’éditorialiste suppose que le rôle de l’État doit bien être de favoriser la distribution de dividendes. Or cette distribution excessive ne peut se faire qu’au détriment de l’investissement et de la santé financière des entreprises. Son intérêt réside principalement dans l’amélioration du revenu disponible des plus riches. Et l’on retombe sur l’une des conséquences inévitables de la croyance dans la courbe de Laffer : la théorie du ruissellement qui n’a pas davantage de soutien scientifique. On demeure donc plus que jamais dans l’idéologie et, plus précisément, l’idéologie de classe.

En réalité, le PFU est bien une pierre essentielle à la construction d’une politique économique favorable au capital et aux plus riches. Il permet la distribution généreuse de revenus à des plus fortunés qui, précisément, viennent d’être exonérés de l’ISF. Parallèlement, les réformes structurelles affaiblissent les plus fragiles des travailleurs par la flexibilisation de l’emploi et, plus récemment encore, par le durcissement des conditions d’accès à l’assurance-chômage. Tout ceci n’a qu’une ambition : peser sur les salaires pour augmenter le taux de marge des entreprises et ainsi permettre encore davantage de versement de dividendes aux plus riches. Au premier trimestre 2019, le salaire moyen par tête a ainsi reculé de 0,3 % selon l’Acoss alors que, selon l’Insee, les revenus du capital versés aux ménages devraient encore progresser cette année de 3,5 % (soit 1,2 point de plus que les revenus d’activité) après une hausse de 8,3 % en 2018… Emmanuel Macron mène une politique économique connue : elle est absolument copiée sur celle de Ronald Reagan, elle-même inspirée par Arthur Laffer…

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24 juin 2019 1 24 /06 /juin /2019 20:05
Conférence de Bahreïn  : le piège tendu aux Palestiniens (Pierre Barbancey, L'Humanité, 25 juin 2019) - et entretien avec Maher Mezher, membre du FPLP
Conférence de Bahreïn  : le piège tendu aux Palestiniens
Mardi, 25 Juin, 2019

Washington veut régler la question palestinienne à coups de milliards de dollars, sans évoquer le droit à l’autodétermination et donc à un État. But ultime : rapprocher ses alliés du Golfe et Israël face à l’Iran.

 

Bande de Gaza, envoyé spécial.

Vue de la bande de Gaza, l’ouverture, aujourd’hui, à Bahreïn, de la conférence voulue par les États-Unis, consacrée à la Palestine et intitulée « De la paix à la prospérité », est tout simplement surréaliste. Depuis près de douze ans maintenant, près de deux millions de personnes de ce territoire palestinien subissent un blocus inhumain de la part d’Israël avec un lâche silence international, qui se traduit par une asphyxie de leur économie et un délabrement de leurs conditions de vie, qu’on les enferme comme du bétail, qu’on les bombarde à intervalles réguliers sous prétexte qu’ils refusent cet état de fait ou qu’ils soeint sous la surveillance permanente des drones israéliens. Voilà maintenant qu’il leur faudrait découvrir le bon Donald Trump, déguisé en roi mage, apportant son offrande sur un plateau.

Un plateau sur lequel il manque néanmoins l’ingrédient principal sans lequel aucune recette n’est réalisable : l’autodétermination du peuple palestinien. Ce volet économique – dévoilé samedi –, qui voudrait éteindre une fois pour toutes les velléités palestiniennes d’indépendance, promet monts et merveilles. 50 milliards de dollars seraient levés au cours de la prochaine décennie. Le PIB des Palestiniens serait doublé. Un million d’emplois seraient créés… « Il représente l’effort international le plus ambitieux et le plus complet pour le peuple palestinien jusqu’ici », prétend la Maison-Blanche.

On peut même lire dans le document qu’« aucune vision pour les Palestiniens ne peut se réaliser sans le soutien total du peuple palestinien et de ses dirigeants » ! Ces derniers ont déjà exprimé leur sentiment sans ambages. Vendredi, en différents points de la bande de Gaza, des milliers de Palestiniens ont participé à la Marche du retour sous une banderole on ne peut plus claire : « La terre n’est pas à vendre ». Comme en réponse, les snipers israéliens, postés tout le long de la frontière, ont appuyé sur la détente de leurs fusils à lunette. Abbas, 23 ans, blessé à cinq reprises, était là une fois de plus « pour lancer un message à Israël. Nous demandons pacifiquement nos droits. Nous voulons notre terre ». Hamza, infirmier de 25 ans, l’affirme tout de go : « Ce plan ne m’intéresse pas. La patrie est dans nos gènes. C’est nous qui devons décider. » Ni l’un ni l’autre ne sont des militants.

L’ensemble des organisations palestiniennes, pour une fois passant outre leur division, rejettent ce plan et ne feront pas le déplacement à Bahreïn. « Le potentiel économique total de la Palestine ne peut être atteint qu’en mettant fin à l’occupation israélienne, en respectant les lois internationales et les résolutions de l’ONU », a prévenu Saeb Erekat, le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Pour Talal Abou Zaryfa, du comité central du Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP), « ce plan est inacceptable car il veut effacer les droits légitimes du peuple palestinien ».

L’atout maître dans la manche de Trump et de son gendre Jared Kushner, qui est à la manœuvre, réside dans la présence de plusieurs pays arabes. Les poids lourds du Golfe que sont l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis seront bien là, de même que la Jordanie, l’Égypte (seuls pays arabes à avoir signé une paix avec Israël) et le Maroc (où des milliers de personnes ont manifesté samedi en signe de protestation). L’ONU sera représentée, de même que l’Union européenne (UE) ainsi qu’une délégation israélienne, sans doute des chefs d’entreprise, comme l’a laissé entendre Benyamin Netanyahou, histoire de ne pas trop choquer. En revanche, la Russie et la Chine ne seront pas au rendez-vous. Un tableau qui dresse à lui seul les antagonismes et affrontements régionaux. « Ceux qui participent à cette conférence sont des partenaires pour la destruction de la cause palestinienne », a confié à l’Humanité Khaled Al Batch, dirigeant du Djihad islamique, alors que Abdellatif Kanwa, porte-parole du Hamas, également rencontré, veut croire que « ce n’est pas parce que des pays arabes participent qu’ils vont nous forcer à adopter les décisions. Personne ne peut nous forcer ».

Alors que la tension monte entre les États-Unis et l’Iran, tout semble indiquer que cette conférence n’est qu’un prétexte pour rapprocher nombre de pays arabes et Israël, unis dans leur combat régional contre Téhéran. Pour rendre cela possible, il convient de faire croire que la question palestinienne peut être réglée grâce à la baguette magique économique. Quitte à faire porter la responsabilité de tout échec sur les Palestiniens comme cela est régulièrement le cas de façon mensongère. Car, en réalité, le volet politique qui est censé suivre, régulièrement annoncé et tout aussi régulièrement reporté, est en train de se mettre en place. Les États-Unis ont fermé le bureau de l’Organisation de libération de la Palestine à Washington, signe que ce n’est pas un partenaire de discussion, ont reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël ainsi que l’annexion du Golan syrien, supprimé leur aide financière à l’UNRWA, l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens, afin que disparaisse cette question, et des signaux favorables sont envoyés au gouvernement israélien pour une mainmise quasi totale sur la Cisjordanie, où la colonisation se poursuit. La ficelle est grosse et pourtant… C’est un véritable piège qui est tendu au peuple palestinien.

Pierre Barbancey
Maher Mezher : « Notre cause est celle du droit d’un peuple »
Mardi, 25 Juin, 2019

Maher Mezher, Membre du comité central du Front populaire de libération de la Palestine et dirigeant dans la bande de Gaza, décrypte les enjeux de la conférence qui se tient au Bahreïn jusqu’à mercredi.
 

 

Envoyé spécial.

Comment jugez-vous cette conférence de Bahreïn axée sur le volet économique et l’attitude des pays arabes ?

Maher Mezher Cette conférence ne représente pas la Palestine pour qui est un homme d’honneur. Elle concerne ceux qui veulent trahir la cause palestinienne et garder leur poste de roi, de prince ou de président. Le fait même que cette conférence aborde le volet strictement économique montre que le seul but recherché est que les Palestiniens vendent leur terre. Notre cause n’est pas une cause humanitaire, c’est celle du droit d’un peuple qui veut libérer sa terre occupée. C’est pourquoi l’ensemble des forces palestiniennes refusent ce deal et qu’il n’y aura pas de représentants palestiniens au Bahreïn.

De quelle manière pouvez-vous vous opposer à cette stratégie américaine soutenue par Israël alors qu’une grande partie des pays arabes y participent ?

Maher Mezher De grandes actions sont prévues qui vont mobiliser le peuple palestinien. Pour l’ouverture de la conférence, la bande de Gaza sera en grève générale et, demain, une conférence populaire se tiendra à Gaza-ville, à laquelle participeront tous les partis et toutes les organisations de la société civile. L’après-midi, des manifestations se dérouleront le long de la frontière pour dire que nous sommes tous des résistants, opposés à cet « accord du siècle » qu’on veut nous imposer. En Cisjordanie également, des manifestations ont démarré hier et des rassemblements se tiendront devant tous les check-points dressés par l’occupant israélien. Une action est par ailleurs prévue dans le camp de Yarmouk, en Syrie, pour rappeler le droit au retour des réfugiés palestiniens. Enfin, les grandes marches pour le retour, initiées en mars 2018 à l’occasion de la Journée de la terre, vont se poursuivre.

Comment expliquer le blocage concernant la réconciliation entre les deux principales forces palestiniennes, Hamas et Fatah, alors que chacun se renvoie la balle et que la division demeure ?

Maher Mezher Effectivement, jusqu’à présent, tout est bloqué malgré les accords passés entre le Hamas et le Fatah. Chacune de ces organisations a son propre agenda international. On sent bien que certains n’ont pas une réelle volonté d’atteindre l’unité, parce que la division sert leurs propres intérêts. Au détriment du peuple palestinien.

La division interpalestinienne apparaît comme un frein à toute initiative et semble désespérer les Palestiniens. Comment la surmonter ?

Maher Mezher En tant que FPLP, nous invitons le Fatah et le Hamas à en finir avec cette division qui écrase notre cause et à réaliser l’unité pour combattre cet accord du siècle. Il faut oublier la discorde pour être fort et soutenir la société palestinienne. Dans ce cadre, nous avons présenté plusieurs propositions : ouvrir le dialogue avec toutes les organisations, appliquer tous les accords passés entre le Fatah et le Hamas depuis le 4 avril 2011, inviter le président Mahmoud Abbas à réunir la structure de direction provisoire de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) incluant toutes les organisations, membres et non-membres de l’OLP, afin que soit élaboré un nouveau projet, organiser des élections législatives et présidentielle et, enfin, arrêter tout engagement avec Israël prévu par les accords d’Oslo et ceux de Paris (volet économique d’Oslo – NDLR), et cesser la coordination sécuritaire avec les Israéliens.

Entretien réalisé par P. B
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24 juin 2019 1 24 /06 /juin /2019 15:44

 

Selon le Bureau de recherches géologiques et minières, le niveau des nappes souterraines de Bourgogne-Franche-Comté, de la Région Auvergne Rhône-Alpes et de quelques autres zones est anormalement bas en ce début d’été que l’on nous promet chaud. Une situation préoccupante dans un pays ou 68 % de l’eau potable et environ le tiers de l’eau d’irrigation sont pompées dans les nappes souterraines. La situation est beaucoup plus préoccupante dans de nombreux pays du monde plus densément peuplés que la France. L’accès à l’eau potable sera l’un des grands enjeux de ce siècle alors que la population mondiale va croître de 20 % d’ici 2050.

 

L’Organisation des Nations Unies (ONU) vient de faire savoir que la population mondiale a augmenté de 2 milliards de personnes en trente ans atteignant 9,7 milliards d’humains en 2050. Cela nous donne une progression proche de 20 % en trois décennies. La population de l’Inde augmentera de 19 %, celle du Pakistan de 53 %, celle de l’Égypte de 56 %, celle de l’Irak de 76 %. Celle de l’Afrique dans sa globalité augmentera de 100 %, dont 95 % pour le Nigeria, le pays le plus peuplé de ce continent. D’ici cette date, beaucoup de ce pays seront sévèrement impactés par les conséquences du réchauffement climatique. Certains sont déjà dans une situation de déficit sévère concernant la production agricole tandis que leurs faibles ressources en eau douce compliquent déjà la vie de la population, comme le montrait, en page 16 de l’Humanité du 18 juin, l’article d'Eric Serres consacré à l’Inde.

Des nappes phréatiques au plus bas dans de nombreux pays

Même la France, bien que nettement mieux pourvu que l’immense majorité de la planète concernant les ressources en eau, aille devoir apprendre à mieux gérer cette ressource, à commencer par les réserves des nappes phréatiques de son sous-sol. Selon un document du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) rendu public le 18 juin, « Les eaux souterraines, c’est 68 % de la consommation d’eau potable en France métropolitaine et plus du tiers de celle du monde agricole. Ailleurs dans le monde, de nombreuses nappes phréatiques sont déjà au plus bas dans des pays très peuplés comme la Chine, l’Inde, le Pakistan, l’Iran, l’Irak, le pourtour méditerranéen d’une façon générale. L’Espagne, notre voisin du sud, est le principal exportateur de fruits et légumes dans l’Union européenne. En raison du développement des cultures irriguées depuis est entrée dans le marché commun agricole, l’Espagne voit ses nappes souterraines s’assécher progressivement et le cours de certains fleuves manquent de débit de manière préoccupante.

En France, selon le BRGM, le plus haut niveau des eaux dans les nappes souterraines pour 2019 a été enregistré au mois de février. Le document faisant état du niveau de ces mêmes nappes à l’approche de l’été indique que « durant le mois de mai 2019, le début de la vidange se confirme pour l’ensemble des nappes, avec des niveaux généralement en baisse ou stable (…) A noter que certains secteurs n’ont pas enregistré de recharge pendant la période hivernale, notamment en Bourgogne-Franche-Comté et en Auvergne Rhône-Alpes ». En raison de bonnes pluies hivernales, « les nappes des alluvions côtières de Provence-Alpes-Côte d’Azur et de Corse sont les seules à se retrouver au-dessus des moyennes de mai », souligne le document du BRGM.

Inversement, « les nappes des alluvions du sud de l’Alsace, de Bourgogne, du Rhône amont, ainsi que la nappe des calcaires du Berry présentent des niveaux peu favorables, parfois proches des minima enregistrés pour un mois de mai ». Les pluies assez abondantes durant la première décade de mai ont, selon le BRGM, fait que « de légères recharges ont été enregistrées, avant que les tendances ne repartent à la baisse en Normandie, Hauts de France, Ile-de-France, Champagne et Lorraine (…) Les apports n’ont cependant pas été suffisants pour que les niveaux mensuels moyens s’orientent à la hausse ».

25 projets de recherche et développement mis en route par le BRGM

Lors d’une rencontre avec la presse dans le cadre de la journée d’étude qui se tenait à Paris le 18 juin, Nathalie Dorfliger, directrice de programme scientifique au BRGM, a indiqué que ses services travaillaient sur la gestion des aquifères en prenant en compte une réduction probable de leur alimentation via l’infiltration des eaux de pluies là où les précipitations pourraient diminuer en lien avec le réchauffement climatique. Au niveau du BRGM quelque 25 projets de recherche et développement ont été mis en route. Ils sont « centrés sur les approches sociales économiques de l’eau ces dernières années. La demande et les financements proviennent des syndicats mixtes de gestion des eaux, de l’Agence française pour la bio diversité (ministère de la transition écologique et solidaire) du BRGM sur fonds propres, de l’Union européenne ou encore de l’Agence nationale de la recherche. Ils ciblent trois domaines d’application principaux : la gestion intégrée des ressources en eau à l’échelle des bassins-versants, la gestion de l’environnement e contexte urbain (eau, sols, friches industrielles), enfin les risques naturels et le changement climatique ».

Nathalie Dorfliger a estimé de trop d’eau de pluie partait en ruissellement au regard de la proportion qui s’infiltre dans les sols. Alors que l’on nous promet de températures élevées et de nouveaux orages pour les prochains jours, il est probable que les pluies estivales seront plus dévastatrices pour les sols, du fait du ruissellement, qu’utiles pour l’alimentation des nappes souterraines. Nathalie Dorfliger a évoqué des solutions à construire comme la mise en place de « puisards » alimentés par ces eaux de pluies ou par celles de certains cours d’eau ou de barrages en période de hautes eaux afin de produire de l’infiltration. Des techniques de ce genre seraient déjà mises en place aux États Unis et en Australie, deux pays qui sont déjà sérieusement concernés par le stress hydrique.

« Nous allons vers une diminution des précipitations alors que nous sommes confrontés à des besoins réguliers en eau potable et que la consommation de l’agriculture sera augmentation pour les mêmes raisons », a expliqué Nathalie Dorfliger ajoutant que plus le niveau des nappes souterraines baisse, plus la recharge est lente par la suite. En attendant, il est possible que certaines régions françaises soient soumises aux restrictions d’eau dans les prochaines semaines

 

 

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24 juin 2019 1 24 /06 /juin /2019 15:40

 

"Halte aux spoliations" est le titre du dixième ouvrage de Gérard Le Puill, paru en mai dernier. Journaliste professionnel depuis 35 ans, Gérard Le Puill est un spécialiste des sujets environnementaux, climatiques et agricoles. Dans son dernier livre, il est question de ces enjeux. Mais pas que. Il y aborde aussi la situation des retraités, des corps hospitaliers ou encore des gilets jaunes.

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24 juin 2019 1 24 /06 /juin /2019 15:24

 

Une fois de plus, les tenants du "nouveau monde" reprennent les recettes de l'ancien : culpabilisation des chômeurs et déresponsabilisation sociale des entreprises comme seules perspectives.

 

Assurance chomage : une attaque de grande ampleur contre les bases mêmes de notre modèle social

Avec sa réforme de l'Unedic, le gouvernement veut faire payer 3 milliards d’euros d'indemnisation du chômage par les chômeurs. Au nom de l'idéologie ultra-libérale selon laquelle l'indemnisation du chômage serait un facteur de désincitation au travail, il veut une fois encore changer les règles de l'indemnisation des chômeurs en rognant sur le droit à indemnisation. 
Mais cette fois, l'ambition est bien d'ajouter une pierre à la mise à bas de notre système solidaire de protection sociale, en introduisant le principe que l'indemnisation calculée ne pourra pas dépasser la moyenne des salaires perçus. 

Cette décision prolonge en effet la réforme précédente de l'Unedic et la réforme des cotisations salariales engagées toutes les deux au début du quinquennat. La suppression des cotisations salariales chômage par l'intégration dans le salaire net de leur montant monétaire a modifié les modalités de la gouvernance de l'Unedic où le poids de l’État a remplacé le paritarisme syndicats-patronat. Le refus du patronat d'accepter une solution viable à la dette de l'Unedic (35 Mds d'euros) par une augmentation des cotisations patronales a laissé le champ libre au gouvernement pour cette nouvelle régression des droits des chômeurs. 

En vérité, à l'instar de sa future réforme systémique des retraites qui veut plafonner ad vitam æternam la richesse produite par le pays consacrée aux pensions de retraite, le gouvernement déroule sans le dire sa réforme systémique de l'indemnisation du chômage qui imposera de limiter la contribution sociale du pays en faveur des chômeurs et donc la part de richesses que le pays voudrait leur consacrer. C'est ni plus ni moins qu'une nouvelle "règle d'or d'austérité sur la dépense publique et sociale" qui est ainsi imposée aux salariés, et en premier lieu aux chômeurs, dont le but est de remettre en cause les bases mêmes de notre modèle social.

Les dispositions relatives à un bonus-malus pour les entreprises utilisatrices des contrats courts n'étant là que pour servir d'appât pour de futurs signataires de l'accord.

Le Premier ministre prétend qu'il faut "que le travail paie plus que l'inactivité". Il aspire à un "plein emploi" ... à 7% de chômeurs ! De qui se moque-t-on ?!

Si le gouvernement veut vraiment réduire le nombre de chômeurs et relancer l'emploi, eh bien qu'il crée les conditions d'une éradication réelle du chômage. Et pour cela, le PCF a des suggestions à lui faire. A commencer par empêcher les fermetures de site industriels et par créer en urgence les centaines de milliers d’emplois qui manquent cruellement dans les services publics.

Et il pourrait inscrire cette ambition dans la mise en place d'une véritable sécurité d'emploi ou de formation qui, en assurant une rotation emploi-formation-nouvel emploi sans perte de rémunération, permettrait d'assurer une véritable mobilité professionnelle choisie des salariés sans passer par la case chômage, ni par l'inactivité. Et pour financer cela, qu'il mette à contribution ceux qui sont les premiers responsables de la hausse du chômage : le Medef, qui privilégie la rémunération des actionnaires au développement de l'investissement productif, des compétences et de l'emploi !

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23 juin 2019 7 23 /06 /juin /2019 17:13
Communist'Art: Charlotte Delbo
Communist'Art: Charlotte Delbo

Lire Charlotte Delbo est une expérience qui ne vous laisse pas indemne.

Une écriture poétique au scalpel, sans sentimentalisme, économe, précise, violente, lucide, désenchantée, froide, intérieure et charnelle à la fois. Un concentré de paradoxes et d'interrogations. Une écriture contemporaine, novatrice, vibrante.

L'expérience terrible des camps de concentration et d'extermination a fait naître des récits littéraires d'une force extraordinaire, chez Jorge Semprun, Primo-Levi, Robert Antelme et d'autres. 

Charlotte Delbo est de ses écrivains qui ont construit leur écriture et leur vision du monde au plus noir et cruel de l'expérience humaine, face au mal et à la souffrance absolus, regardant la mort en face:

"Nues sur les grabats du Revier, nos camarades ont presque toutes dit: "Cette fois je vais "claboter". Elles étaient nues sur les planches nues. Elles étaient sales et les planches étaient sales de diarrhée et de pus. Elles ne savaient pas que c'était leur compliquer la tâche, à celles qui survivraient, qui devraient rapporter aux parents leurs dernières paroles. Les parents attendaient le solennel. Impossible de les décevoir. Le trivial est indigne au florilège des mots ultimes. Mais il n'était pas permis d'être faible à soi-même. Alors elles ont dit "Je vais claboter" pour ne pas ôter aux autres leur courage, et elles comptaient si peu qu'une seule survécût qu'elles n'ont rien confié qui pût être message".

(Le Convoi du 24 janvier, Charlotte Delbo).

Charlotte Delbo ne triche pas.  

Le 2 mars 1942, Charlotte est arrêtée avec son mari, dirigeant de la résistance communiste, à leur domicile, où elle tapait des textes pour la presse communiste de résistance. Ils sont remis aux Allemands par les Brigades spéciales de la Police française. Elle est emprisonnée à la Santé, lui à la prison du Cherche-Midi. Dudach est interrogé, torturé, fusillé au Mont-Valérien.

Georges Dudach

Elle retrouvera son amoureux Georges Dudach une dernière fois en prison, comme ses amies Maï Politzer, Marie-Jeanne Bauer, Hélène Solomon et Germaine Pican, le jour de son exécution, le matin du 23 mai 1942: "J'écoutais son cœur qui battait au rythme que je connaissais, comme je l'écoutais quand je m'endormais dans ses bras. Je l'écoutais et, malgré moi, j'en comptais les battements, je mesurais combien de coups son cœur avait encore à battre. Chaque battement dévorait les minutes et c'est ainsi que j'ai pris la mesure de ma vie et de mon amour". 

Charlotte Delbo expose sa souffrance mêlée d'incompréhension et de colère à perdre Georges dans Une connaissance inutile:

"Sans doute avez-vous raison

vous qui avez des mots pour tout

Mais

il y en avait

ni forts, ni faibles

qui n'ont été

ni jusqu'au sacrifice

ni jusqu'à la trahison

Il m'est arrivé de penser

qu'il aurait pu être de ceux-là

Et d'avoir honte

Je voudrais être sûre

d'avoir eu honte

Il faut

il faut

Que vous ayez raison

 

Je me demandais

pour qui

pour qui il mourait

pour lequel de ses amis

Y avait-il un vivant

qui méritait sa vie à lui

lui

le plus cher

Doucement il est revenu

de là-bas où il en était allé

revenu me dire

qu'il était mort pour le passé

et pour tous les devenirs

J'ai senti que ma gorge éclatait

mes lèvres ont voulu sourire

mais c'était que je le revoyais.

 

Vous ne pouvez pas comprendre

vous qui n'avez pas écouté

battre le cœur

de celui qui va mourir".

 

Elle avait rencontrée Georges en 1934. Elle avait 21 ans. C'était une fille de la classe ouvrière, d'une famille d'immigrés italiens venant du Piémont. Avec lui et les Jeunesses Communistes, elle suivait des cours du soir de marxisme, notamment avec le philosophe Henri Lefebvre qui va la former intellectuellement et politiquement, comme Georges Politzer et Jacques Solomon. C'est en février 34, dans le contexte du péril des ligues d'extrême-droite, qu'elle prend sa carte à la JC. Georges, lui, était adhérent à la JC depuis 1928, à l'âge de 14 ans. Il était apprenti fondeur en bronze à l'époque. En 1935, il devenait rédacteur de l'Avant-garde, le mensuel des JC. Il devient correspondant à Moscou, chargé de la réorganisation du journal des jeunes communistes belges.

Charlotte le décrit ainsi rétrospectivement:

"Je lui disais mon jeune arbre

Il était beau comme un pin

La première fois que je le vis

Sa peau était si douce

la première fois que je l'étreignis

et toutes les autres fois

si douce

que d'y penser aujourd'hui

me fait comme

lorsqu'on ne sent plus sa bouche.

Je lui disais mon jeune arbre

lisse et droit

quand je le serrais contre moi

je pensais au vent

à un bouleau ou à un frêne.

Quand il me serrait dans ses bras

je ne pensais plus à rien"

(Une connaissance inutile)

Georges et Charlotte sont très sportifs, ils nagent, font du vélo, de grandes promenades, vont au cinéma. Ils habitent 115 rue de Turenne à Paris, à deux pas du métro Filles-du-Calvaire. Ils se marient le 17 mars 1936 à la mairie du IIIe arrondissement. En mai 1935, ils participent tous deux au soutien à la nouvelle grève des Midinettes avec les couturières des maisons Chanel, Worth, Paquin, Molyneux, Nina Ricci. Avec les JC, Charlotte élabore les argumentaires et les tracts. Dans l'organisation de la grève, elle rencontre une jeune dentiste d'origine corse, Danielle Casanova, d'un an de plus qu'elle. Son mari, Laurent Casanova, est l'assistant du secrétaire général du PCF, Maurice Thorez. C'est une militante charismatique et infatigable, une meneuse née. Il y a là aussi Marie-Claude Vogel, la fille du patron de presse Lucien Vogel, et la compagne, bientôt la femme, de Paul Vaillant-Couturier, le rédacteur en chef de L'Humanité. Violaine Gelly raconte dans sa biographie de Charlotte Delbo qu'"en 1933, pour le magazine Vu, elle est allée en Allemagne comme reporter photographe. Elle a assisté aux cérémonies du 1er mai, mettant déjà en scène l'une de ces spectaculaires manifestations à la gloire du Führer. Puis, grâce à l'entremise de militants communistes clandestins, elle a réussi à "voler" quelques photos des camps de concentration d'Orianienburg et de Dachau. De retour en France, elle dit son inquiétude pour les Juifs allemands. Puis elle prend sa carte au PCF". Elle a 24 ans, Danielle 27 ans, et Charlotte 26 ans. 

Charlotte assiste à la création de l'Union des jeunes filles de France (UJFF), liée au PCF, avec Danielle Casanova à sa tête en 1936. "Il n'est plus désormais possible à la femme de se désintéresser des problèmes politiques, économiques et sociaux que notre époque pose avec tant de force. La conquête du bonheur est, pour la femme, liée à son libre épanouissement dans la société, cet épanouissement est une condition nécessaire du développement du progrès social", déclare Danielle Casanova à la tribune le 26 décembre 1936 (cité par Violaine Gelly).

En septembre 1936, Charlotte Delbo-Dudach démissionne de l'Occidentale africaine, une entreprise d'import-export située faubourg Saint-Honoré. Elle est sans travail pendant un an puis reprend du service à Pechiney en 1937. Dudach était-il permanent du parti en Espagne à ce moment-là? Il y a des zones d'ombre dans la chronologie. En mai 37, Georges Dudach devient rédacteur en chef des Cahiers de la jeunesse dirigés par le philosophe communiste Paul Nizan. Charlotte y écrit des critiques théâtrales. Elle réalise une interview de Louis Jouvet pour les Cahiers et celui-ci s'attache à elle, lui proposant de devenir sa secrétaire particulière.  Charlotte va alors le suivre dans toutes ses tournées. Après la défaite et l'exode de mai-juin 40, Charlotte retrouve Georges Dudach qui avait été mobilisé. Dans la clandestinité, celui-ci travaille avec Politzer, Pierre Villon, Jacques Solomon, à la reconstitution d'un réseau de résistance à l'université, autour de la revue La Pensée libre. Georges Dudach va aussi aider Aragon à passer la frontière entre la zone sud et la zone nord et à lancer ses activités de résistance et de constitution de réseaux d'intellectuels pour le Parti communiste clandestin. Aragon lui dédiera un poème après l'annonce de son exécution: En étrange pays dans mon pays lui-même.  

Charlotte était partie dans des tournées en Suisse et en Amérique du Sud avec la troupe de Louis Jouvet en 1941 mais elle avait tout fait pour abréger sa tournée américaine afin de rejoindre Georges. Elle le retrouve en novembre 1941.

Ses mots sont simples et purs pour décrire son amour pour Georges:

"Je l'appelais

mon amoureux du mois de mai

des jours qu'il était enfant

heureux tellement

je le laissais

quand personne ne voyait

être

mon amoureux du mois de mai

même en décembre

enfant et tendre.

Et nous marchions enlacés

la forêt était toujours

la forêt de notre enfance

nous n'avions plus de souvenirs séparés..."

(Une connaissance inutile)      

A partir de novembre 41, Georges et Charlotte vivent dans une planque du Parti au 93, rue de la Faisanderie près du métro Rue-de-la-Pompe dans le 16e arrondissement, sous les identités d'emprunt de M. et Mme Délépine. Georges est engagé à la fois dans la rédaction des journaux clandestins du PCF, pour laquelle Charlotte met à profit ses compétences de dactylo, et dans l'organisation du réseau des intellectuels.

Après l'arrestation et l'exécution de Georges Dudach, pendant des jours, à la prison de la Santé, "Charlotte reste prostrée dans son silence. Les mots l'ont fuie. Et la douleur est ravivée par un nouveau départ pour le peloton d'exécution. Le 30 mai, huit jours après Georges, ce sont d'autres hommes du réseau qui partent pour le Mont Valérien: Félix Cadras, Arthur Dallidet et Jacques Decour. A huit jours d'intervalle, Maï Politzer a vu partir vers la mort les deux hommes qu'elle aimait, son mari et son amant. A Mounette Dutilleul, sa compagne, Arthur Dallidet laisse quelques mots, transmis par Marie-Claude Vaillant-Couturier: "Nous reournerons à Garches, à la fête de l'Huma et nous aurons un fils". A l'aube du 30 mai, Mounette est à la fenêtre de sa cellule pour voir partir celui qu'elle aime, qu'il faut soutenir, car la torture l'a rendu aveugle. Cramponnée aux barreaux, elle entonne crânement La Marseillaise avec l'ensemble de ses compagnes, agrippées à ce chant comme à un espoir" (Violaine Gelly. Paul Gradvohl. Charlotte Delbo. Pluriel). 

" Et voilà qu'elles me rejoignent dans le long cortèges des veuves. Les veuves qui n'ont pas veillé leur mari mourant, qui n'auront pas fermé ses yeux. Nos mains inutiles. Elles me rejoignent dans une douleur inutile que chacune est seule à porter. A quoi sert ma priorité, mon expérience ne peut les aider. Chacune est seule, isolée dans ses souvenirs, dans la mémoire du bonheur passé, dans la mémoire du combat clandestin, si épuisant, si exaltant aussi, avec ses peurs et ses joies. Et quoiqu'elle puissent faire, rien n'effacera le passé. Il pèsera de plus en plus lourd à nos cœurs maintenant réduits en cendres. Toutes ces jeunes vies anéanties. Les enfants que nous n'aurons pas. Ce petit garçon au regard grave et au front bombé, ce fils que je n'aurai pas".  (Charlotte Delbo, Les hommes)   

Romainville

Charlotte est transférée avec ses co-détenues au fort de Romainville, situé dans la commune des Lilas, sur un terrain militaire, le 24 août. Après avoir été séparées pendant 4 mois à la prison de la Santé, les femmes se retrouvent avec beaucoup de joie. Charlotte sympathise avec des résistantes FTP: Cécile Borras, les soeurs marseillaises Carmen (Serre) et Lulu (Thévenin), l'Italienne Viva (Vittoria Nenni, 27 ans), femme d'un militant communiste et imprimeur, raflé par les Brigades Spéciales le 18 juin 1942. Le mari de Viva, Henri Daubeuf, est fusillé au Mont Valérien le 11 août 1942. Viva est transférée à Romainville et les autorités allemandes lui proposent de lui retirer la nationalité française et de la renvoyer en Italie. Par fidélité à l'égard de son mari et de ses compagnes, elle refuse.

"Avec ces trois jeunes femmes, écrit Violaine Gelly, Charlotte va réapprendre à rire. A vivre. "Cela aussi c'était l'oubli - des amitiés nouvelles et des distractions obligées avec une espèce de goût de vivre qui s'emparait de moi, repoussait dans un lointain presque imaginaire tout mon passé, tout ce qui avait été moi disant adieu à Georges. Une autre vie avait commencé, avec d'autres souvenirs".

Avec Marie-Claude Vaillant Couturier et Danielle Casanova, elle participe à un journal clandestin, Le Patriote de Romainville. "Ecrit au bleu de méthylène sur des papiers d'emballage de la Croix-Rouge, il circule dans les chambres et finit brûlé dans les poêles une fois lu. "Tu penses bien que notre sens de l'organisation ne perd pas ses droits, même et surtout pas ici", écrit le résistant communiste Octave Rabaté à sa femme". (Violaine Gelly, opus cité, p. 105). Très vite des cours sont instaurés: Viva Nenni donne des leçons d'italien, Marie-Claude d'histoire politique, Maï de philosophie, Charlotte de théâtre... "On échange des cours de maths contre des cours de couture, des exercices d'anglais contre des recettes de cuisine".  (Violaine Gelly, opus cité, p. 105)

Les deux sœurs Marie et Simone Alizon, du réseau Johnny de Rennes, parmi les plus jeunes détenues de Romainville et les rares non-communistes, découvrent avec stupeur la hiérarchie qui s'est installée, l'organisation structurée, la discipline sans faille, la cohésion peu commune:

" Un bon nombre de ces femmes étaient des scientifiques et des intellectuelles de haut niveau, avec une fois inébranlable dans leur idéal. Elles étaient une partie de l'élite féminine du parti communiste. Il nous fallut du temps pour découvrir ce milieu nouveau et incompréhensible pour nous. Nous étions tombées sur une autre planète. Nous qui ignorions tout des partis politiques, nous étions arrivées au milieu d'un des plus intenses foyers d'activité intellectuelle communiste", racontera Simone, dite Poupette. (Violaine Gelly, opus cité, p. 105-106). Charlotte organise des pièces de théâtre avec Danielle Casanova dans le rôle de Jeanne d'Arc, surveillée par un soldat allemand joué par Marie-Claude Vaillant-Couturier. Elle monte Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux. 17 des co-détenues de Charlotte Delbo au fort de Romainville apprennent l'exécution de leurs maris ou compagnons. Charlotte prépare une autre représentation, On ne badine pas avec l'amour, quand le 18 janvier 1943, 222 détenues sont réunis dans la cour du fort. On leur apprend leur départ pour l'Allemagne.

Avec 229 femmes en majorité résistantes et communistes, Charlotte est déportée le 23 janvier 1943 à Fresnes, Compiègne, puis vers Auschwitz. 3 mois plus tard, il ne restera que 70 femmes survivantes de ce convoi classé Nuit et Brouillard. Les 4 derniers wagons d'un convoi de 18 sont réservés aux femmes quand le convoi part de Compiègne le 24 janvier. Dans le dernier wagon où grimpe Charlotte, par chance, elles ne sont que 27, et non 60 à 70 comme dans les trois autres, ce qui leur permettra de respirer et de dormir couchées.

"Personne ne comprendra jamais pourquoi, écrit Violaine Gelly, ces prisonnières ont été déportées à Auschwitz, qui était essentiellement un camp d'extermination de Juifs... Les "politiques "étaient ordinairement dirigées sur Ravensbruck. Sauf le convoi du 24 janvier 1943, dit "convoi des 31 000" car tous les matricules à cinq chiffres que les survivantes porteront tatoués sur l'avant-bras gauche pour le restant de leur vie commencent par 31. Désorganisation allemande due à la panique de voir Stalingrad sur le point de tomber? Simple erreur humaine lors de la séparation avec le train des hommes à Halle? La réponse s'est perdue avec la destruction d'une partie des archives d'Auschwitz - à supposer qu'elle s'y trouvait..." (Violaine Gelly, opus cité, p.115)

Auschwitz

"Rue de l'arrivée, rue du départ.

Il y a les gens qui arrivent. Ils cherchent des yeux dans la foule de ceux qui attendent ceux qui les attendent. Ils les embrassent et ils disent qu'ils sont fatigués du voyage. 

Il y a les gens qui partent. Ils disent au revoir à ceux qui ne partent pas et ils embrassent les enfants. 

Il y a une rue pour les gens qui arrivent et une rue pour les gens qui partent.

Il y a un café qui s'appelle "A l'arrivée" et un café qui s'appelle "Au départ".

Il y a les gens qui arrivent et il y a les gens qui partent.

Mais il est une gare où ceux-là qui arrivent sont justement ceux-là qui partent

une gare où ceux qui arrivent ne sont jamais arrivés, où ceux qui sont partis ne sont jamais revenus.

C'est la plus grande gare du monde.

C'est à cette gare qu'ils arrivent.  

C'est à cette gare qu'ils arrivent, qu'ils viennent de n'importe ou.

Ils y arrivent après des jours et après des nuits

ayant traversé des pays entiers

ils y arrivent avec les enfants même les petits qui ne devaient pas être du voyage.

Ils ont emporté les enfants parce qu'on ne se sépare pas des enfants pour ce voyage-là.

Ceux qui en avaient ont emporté de l'or parce qu'ils croyaient que l'or pouvait être utile.

Tous ont emporté ce qu'ils avaient de plus cher parce qu'il ne faut pas laisser ce qui est cher quand on part au loin.

Tous ont emporté leur vie, c'était surtout la vie qu'il fallait prendre avec soi.

Et ils arrivent

ils croient qu'ils sont arrivés

en enfer

possible. Pourtant ils n'y croyaient pas

Ils ignoraient qu'on prît le train pour l'enfer mais puisqu'ils y sont ils s'arment et se sentent prêts à l'affronter

avec les enfants les femmes les vieux parents

avec les souvenirs de famille et les papiers de famille.

Ils ne savent pas qu'à cette gare-là on n'arrive pas.

Ils attendent le pire- ils n'attendent pas l'inconcevable".

( Aucun de nous ne reviendra. Charlotte Delbo, 1970)

 

"Ce point sur la carte

Cette tache noire au centre de l'Europe

cette tache rouge

cette tache de feu cette tache de suie

cette tache de sang, cette tache de cendres

pour des millions

un lieu sans nom.

De tous les pays d'Europe

de tous les points de l'horizon

les trains convergeaient

vers l'in-nommé

chargés de millions d'êtres

qui étaient versés là sans savoir où c'était

versés avec leur vie

avec leurs souvenirs

avec leurs petits maux

et leur grand étonnement

avec  leur regardait qui interrogeait

et qui n'y a vu que du feu,

qui ont brûlé sans savoir où ils étaient.

Aujourd'hui on sait.

Depuis quelques années on sait.

On sait que ce point sur la carte

c'est Auschwitz.

On sait cela

Et pour le reste on croit savoir".

(Une connaissance inutile, Charlotte Delbo)

Charlotte arrive à Auschwitz le 27 janvier au petit jour. Les déportées survivantes sont transportées à Birkenau, à trois kilomètres d'Auschwitz I. Les chantent La Marseillaise à la suite de Mounette. "Partout sur le sol, des cadavres qu'elles enjambent, des rats gros comme des chats qui courent entre des alignements de baraquements en brique, une odeur épouvantable qui envahit tout et dont elles découvriront très vite que c'est celle qu'exhalent les fours crématoires où jour et nuit sont brûlés des corps" (Violaine Gely). 

15 ans plus tard, suite aux guerres d'Algérie et du Vietnam qui ravivent les blessures de sa mémoire, Charlotte tentera de restituer l'horreur indicible d'Auschwitz par touches successives, en évoquant les sensations limite de cette vie enfer, ses amies, ses moments d'espoir, de désespoir, de combat contre la facilité du découragement et de l'abandon à la mort. Danielle Casanova est nommée dentiste du Revier, elle y mourra du typhus le 9 mai (Charlotte écrira: "Elle reposait, belle parce qu'elle n'était pas maigre, le visage encadré de tous ses cheveux noirs, le col d'une chemise blanche fermé sur son cou, les mains sur le drap blanc, deux petites branches de feuillage près de ses mains. Le seul beau cadavre qu'on ait vu à Birkenau"). Marie-Claude Vaillant-Couturier interprète de l'administration du camp. Charlotte, elle, malade, est protégée par ses camarades sur les lieux de travail en extérieur. Charlotte racontera l'extraordinaire solidarité de survie entre les déportées, leur amitié, leur bravoure et leur endurance inimaginables, leur beauté arrachée à la vie: 

" Yvonne Picard est morte

qui avait de si jolies seins.

Yvonne Blech est morte

qui avait les yeux en amande

et des mains qui disaient si bien

Mounette est morte

qui avait un si joli teint

Une bouche toute gourmande

et un rire si argentin

Aurore est morte

qui avait des yeux couleurs de mauve.

Tant de beauté tant de jeunesse

Tant d'ardeur tant de promesses...

Toutes un courage des temps romains.

Et Yvette aussi est morte

qui n'était ni jolie ni rien

et courageuse comme aucune autre.

Et toi Viva

et moi Charlotte

dans pas longtemps nous serons mortes

nous qui n'avons plus rien de bien"

(Une connaissance inutile)

En mai 43, Charlotte va être affectée à Rajsko, grâce à Marie-Claude Vaillant-Couturier à la culture du kok-sanghiz, un pissenlit d'Asie centrale dont la racine et la sève contiennent du latex transformable en caoutchouc.  Les conditions de vie et de travail sont moins mortifères, le harcèlement des kapos moins dangereux. Pendant trois mois, Charlotte et ses amies font l'aller-retour entre Birkenau et Rajsko matin et soir. Avec ses co-détenues, pour se divertir de l'enfer du camp, Charlotte évoque Electre, Dom Juan, elle tente de reconstituer avec Claudette Bloch, une détenue française, juive résistante, l'intégralité du Malade imaginaire de Molière. Elles montent la pièce au lendemain de Noël, le 26 décembre 1943, avec des costumes réalisés par le plus grand esprit d'expédient et d'invention.

"Le dimanche de la représentation, tout est en place. "C'était magnifique parce que chacune, avec humilité, joue la pièce sans songer à se mettre en valeur dans son rôle. Miracle des comédiens sans vanité. Miracle du public qui retrouve soudain l'enfance et la pureté, qui ressuscite à l'imaginaire. C'était magnifique parce que, pendant deux heures, sans que les cheminées aient cessé de fumer leur fumée de chair humaine, pendant deux heures nous y avons cru. Nous y avons cru plus qu'à notre seule croyance d'alors, la liberté, pour laquelle il nous faudrait lutter cinq cent jours encore"  (Une connaissance inutile) - Cité dans Charlotte Delbo- Violaine Gelly, Paul Gradvohl, Pluriel

Vers l'impossible libération

Tout début 44, Charlotte et quelques-unes de ses co-détenues sont transférées à travers un train ordinaire à Ravensbrück. La vie y est presque aussi inhumaine et dure, mais il n'y a plus de chambres à gaz. Les travaux forcés visent moins la mort rapide que l'entretien de la machine de guerre nazie. Charlotte travaille pour Siemens, puis pour un atelier de couture nazi, un centre de récupération des vêtements des déportées décédées. Le 23 avril 45, elle quitte l'Allemagne pour le Danemark, puis la Suède, où elle est libérée.  Arrivée à Paris fin juin, il est écrit sur son rapport d'examen médical: typhus avril 1943, aménorrhée pendant 39 mois (retour des règles en juin 1945), œdème des membres inférieurs, goitre thyroïdien, rhumatismes et douleurs sciatiques, soins dentaires, tachyarythmie". De retour en France, Charlotte s'effondre.  Elle racontera son sentiment d'irréalité, de culpabilité, de perte irréparable de ses amies chères et du précieux de l'amitié, jamais aussi forte que dans les épreuves inouïes de la déportation, son impossibilité à revenir à la vie ordinaire, dans Auschwitz et après, Mesure de nos jours, en 1970. Charlotte reprend néanmoins du service après trois mois auprès de Louis Jouvet, mais son état de santé l'oblige à partir se soigner en Suisse. Elle écrit pour le Journal de Genève des cours récits témoignant de la vie à Auschwitz. Elle écrit deux nouvelles pour un magazine féminin suisse. L'une raconte un Noël à Rajsko, l'autre l'histoire de Lily, la petite juive fusillée pour un mot d'amour. 

Dans ses cahiers personnels, elle raconte Auschwitz, d'une traite, sans rature: un long poème en prose qui ouvrira Aucun de nous ne reviendra (fini d'être écrit en 1965, mais qui ne sera publié qu'en 1970 chez Minuit). Ce manuscrit, elle ne cherchera à le publier qu'après 1965. Interrogée par Jacques Chancel pour l'émission Radioscopie en 1974, elle explique ce délai de publication ainsi: 

" Pour moi, ce livre aurait tant d'importance dans ma vie qu'il fallait que ce fût une œuvre. Pour m'assurer que c'en était une, il fallait que je le laisse dormir pendant vingt ans. Cela peut paraître un pari stupide, orgueilleux en même temps, j'avais des raisons très prosaïques. Nous arrivions dans un pays ravagé par la guerre, des gens meurtris, qui ont subi des deuils, des bombardements, des déprédations, qui ont été très malheureux. Et leur malheur, même s'il était sans comparaison avec le nôtre, il faut bien l'admettre, était présent alors que le nôtre était lointain. Nous étions dans la situation de celui qui est en train de mourir d'un cancer et qui essaie d'attirer l'attention de quelqu'un qui souffre d'une rage de dents: la rage de dents vous possède tant que vous ne faîtes pas attention à l'autre et que vous n'entendez pas la plainte du proche". 

Dans l'après-guerre, Charlotte, quoique agacée par le culte sélectif des résistants, le culte de la personnalité, l'idolâtrie même de Thorez, Staline, et rebelle et indépendante vis-vis de l'état-major du PCF, reste proche des communistes et défend l'expérience soviétique. Elle va amèrement déchanté après le rapport Khrouchtchev en 56 révélant l'ampleur et le caractère systématique des crimes du stalinisme et un voyage personnel en Russie en 59. Elle écrit un essai très critique sur l'expérience soviétique Un métro nommé Lénine mais ne trouve personne pour l'éditer. Dans les années 60, Charlotte Delbo est embauchée au CNRS et y collabore avec Henri Lefebvre, philosophe marxiste exclu du PCF en 1957 pour avoir violemment critiqué le stalinisme. Elle écrit contre la guerre d'Algérie.  

Après la publication de ses premiers livres sur la déportation aux éditions de minuit, Charlotte se lance dans l'écriture théâtrale. En 1966, elle écrit Qui rapportera ces paroles?, une pièce en trois actes où 22 comédiennes campent des détenues du block 23.   

Dans les années 68 et les années 70, Charlotte Delbo reste révolutionnaire, de gauche et sans doute communiste, mais s'éloigne fortement du PCF, au point qu'elle critique Henri Lefebvre quand il appelle à voter pour le PCF en 78 et s'éloigne de lui. Elle combat par ses écrits les dictatures de droite au Portugal et au Chili, comme la répression du printemps de Prague. Elle réfute avec la dernière énergie les tentatives négationnistes de Faurisson.    

Charlotte Delbo, atteinte d'un cancer du poumon depuis 1982, s'éteint en 1985 à Paris. 

A lire:

Charlotte Delbo, Auschwitz et après, Mesure de nos jours,

Charlotte Delbo. Aucun de nous ne reviendra

Charlotte Delbo. Une connaissance inutile

Charlotte Delbo, Le Convoi du 24 janvier

Violaine Gelly. Paul Gradvohl. Charlotte Delbo. Pluriel

Ghislaine Dunant. Charlotte Delbo. La vie retrouvée. Essais. Seuil 

Charlotte Delbo, rescapée des camps de la mort, immense écrivain, militante communiste anti-colonialiste : l'écriture comme ultime moyen de résistance (L'Humanité, Violaine Gelly - décembre 2013)

Et dans la rubrique Communist'Art:

COMMUNIST'ART: Mahmoud Darwich, le poète national palestinien, voix universelle de l'amour et de la nostalgie (1941-2008)

Un grand poète victime de la barbarie nazie - le 8 juin 1945, mort de Robert Desnos au camp de Terezin

COMMUNIST'ART: Paul Eluard - par Hector Calchas

COMMUNIST'ART: Frida Kahlo - par Hector Calchas

COMMUNIST'ART: Louis Aragon par Hector Calchas

COMMUNIST’ART - Erik Satie

COMMUNIST'Art: Fernand Léger

COMMUNIST'ART - Jacques Prévert, par Hector Calchas

COMMUNIST'ART: Elio Petri, le cinéaste renégat - par Andréa Lauro

COMMUNIST'ART: Mario Monicelli, cinéaste italien, auteur de Les camarades (1963)

Communist'Art: Soy Cuba - Un film de Michail Kalatozov, une émotion visuelle incroyable qui laisse enchantés et déconcertés - la chronique cinéma d'Andréa Lauro

Communist'Art : Vladimir Maïakovski

 

   

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23 juin 2019 7 23 /06 /juin /2019 16:37
Ordre du jour du prochain conseil communautaire de Morlaix-Communauté du 1er juillet 2019 à 18h

Ordre du jour du prochain conseil communautaire de Morlaix-Communauté du 1er juillet 2019 à 18h

- Information relative aux décisions prises par délégation par le Président de la communauté d'agglo

- Culture: présentation de la phase d'avant-projet définitif de la scénographie de l'espace des sciences (plan de financement approuvé à l'unanimité par le conseil de communauté du 22 mars 2014 pour un montant global de 9,1 millions d'€ HT, portés depuis à 9,4 millions d'€ HT). 

- ZAE Aéropôle de Morlaix: Cession de terrain à la société Sermetta (extension de bâtiments d'environ 11 000 m2 prévue en 2019-2020 - un projet industriel pour un investissement prévu de 10 millions d'euros). Morlaix Communauté devrait réaliser des travaux d'extension du bassin de rétention des eaux pluviales pour augmenter son volume. Le coût prévisionnel est prévu à 235 000 € HT. Le prix de vente proposé pour le terrain est de 15€ HT le m2 et le projet pourrait bénéficier, dit la délibération, d'une aide à l'immobilier d'entreprise plafonnée à 150 000€.

- Requalification et extensions de la zone de Keriven à Saint-Martin des Champs (75 entreprises, 600 salariés).

- Zone de Keriven, cession d'un terrain d'environ 7200 m2 au groupe SPIE Probia Ingenierie (20€ HT/ m2)

- Zone de Kerviven, cession de terrain à la société Bondu (négoce de levures): 9500 m2 pour 20€/m2

- ZAC Saint-Fiacre: Avenant à la convention d'aménagement - prolongation de la durée de concession d'aménagement avec la SAFI jusqu'en décembre 2020

- Cession d'un local à Henvic à la SARL Serdo (Maison et services)

- Centre de ressources techniques de Morlaix (CRT): Attribution d'une subvention ACI 2019 (30 000€)

- Convention de programmation et de suivi des déploiements de la fibre optique pour tous (de type FTTH) Morlaix et Saint-Martin des Champs entre Etat/ collectivités/SFR

- Avenant de prorogation à la convention d'objectifs 2016-2019 de la Maison du Tourisme

- Approbation du compte administratif 2018 de la Maison du Tourisme

- Attribution d'une subvention à la CCI MBO Morlaix pour l'opération: "Ma Bretagne, c'est par ici!" (10 000€ proposé)

- Linéotim: tarification solidaire. Actualisation des tranches du quotient familial. Adoption du guide d'instruction pour l'accès aux droits à la réduction. Actualisation des niveaux de quotient familial tenant compte de la revalorisation de certains minima sociaux au bénéfice des usagers pour qu'ils ne perdent pas les tarifs réduits auxquels ils avaient droit. 

- Déchets: changement de repreneur pour les cartons et cartonnettes.

- Sotraval SPL et SEML Rapports d'activité 2018

- Tarifs 2019 Eau potable pour la commune de Pleyber-Christ

- Conventions de partenariat 2019 avec le Syndicat mixte du Haut Léon pour les actions GEMAPI et hors GEMAPI du Bassin Versant de la Penzé

- SAGE Baie de Lannion. Comité du bassin versant du léguer. Financements 2019

- PLU de Morlaix - Approbation de la modification n°2 relative au projet de chaufferie bois

- Institution de la commission locale du site patrimonial remarquable de Morlaix

- Programmation travaux HLM 2019 (à Morlaix, 79 logements à La Boissière et 30 logements à La Cité d'Aumont concernés pour un montant prévisionnel des travaux de 2 millions d'€

- Portail de cartographie de l'occupation du parc social

- Modification des des critères de l'aide à l'accession à la propriété pour les aides communautaires à l'habitat privé. 

- Expérimentation d'un service de rade au port de Primel

- Demande de soutien à la candidature du Parc Naturel Régional d'Armorique au label "Géopark UNESCO"

- Zones de préemption départementale au titre des espaces naturels sensibles: étude pour la mise à jour des périmètres à Carantec, Locquirec, et la création d'un périmètre à Plouégat-Guerrand

- Attribution de subventions aux centres sociaux (Ti an Oll, Ulamir, Carré d'As

- Décisions budgétaires modificatives

- Avenant à la convention ADEUPa (conseil en urbanisme)

- Avenant n°6 au contrat de territoire 2014-2020 pour l'évolution du soutiens aux projets SEW, salle Omnisports de Lanmeur, Station d'épuration et réseaux de transfert sur la commune du Cloître St Thégonnec 

- Mandat spécial pour le déplacement d'élus en Cornouailles

- Révision du catalogue des tarifs. Espace Aquatique et Auberge de Jeunesse

- Révision des statuts de Morlaix-Communauté pour les actions hors GEMAPI

 

*********

 

Lire aussi:

Interventions d'Ismaël Dupont, élu PCF Front de Gauche - Conseil communautaire de Morlaix-Co du 13 mai 2019

Voici un résumé de mes interventions et de mes votes au dernier conseil communautaire du 13 mai 2019:

- 1°) Sur une augmentation de la contribution forfaitaire de 6 600€ pour la DSP de l'espace aquatique communautaire de Plourin-les-Morlaix (géré par l'UCPA Sport Loisirs), consécutif à un différentiel de 90 000€ par rapport au budget prévisionnel lié à un manque de recettes en 2018 de - 57 000€ pour les entrées piscine grand public, de - 20 000€ sur les activités, et de -13 000€ par rapport au prévisionnel en équilibre, j'ai rappelé ma proposition faite au dernier conseil communautaire, en contrepartie du soutien légitime de Morlaix-Communauté à un équipement utile aux loisirs populaires et à l'apprentissage de la nage et de la natation pour tous, une politique tarifaire plus incitative pour les enfants des familles à faibles revenus et pour ces familles elles-mêmes, lesquels bénéficient pour certaines actuellement d'une aide de 4000 € du secours populaire pour l'accès de tous à la piscine, alors que l'accès de tous à la piscine devrait être garanti par la collectivité qui la subventionne fortement, et non par une association solidaire qui a par ailleurs beaucoup d'autres engagements. Au dernier conseil communautaire, il m'avait été répondu par Thierry Piriou que ma demande ferait l'objet d'un examen prochain pour envisager une réflexion sur les tarifs, la même réponse a été faite aujourd'hui par le président de Morlaix-Communauté. J'ai également interrogé une démarche de communication vis-à-vis des écoles et des habitants, une réflexion précise sur l'accessibilité de la piscine par les scolaires par les transports en commun, de manière à retrouver une fréquentation plus importante de l'espace aquatique afin de justifier pleinement les fonds publics investis dedans.   Christian Le Manac'h est aussi intervenu sur l'insuffisance à prévoir de l'augmentation de la contribution forfaitaire annuelle de 6 600€ par rapport au montant du déficit. J'ai voté malgré tout cette délibération, adoptée à l'unanimité. 

- 2°) Sur le logement social, et le projet de démolition des immeubles des Jardins du Launay à Kerfraval pour faire 63 nouveaux logements pour les Genêts d'Or, j'ai pointé l'absence de communication, de prise en compte suffisante des intérêts et du besoin d'information et de concertation des locataires sur ce dossier, depuis 3-4 ans, par le bailleur social Aiguillon, certains locataires ne s'étant pas vu encore proposé de solutions de relogement adaptées, et ayant eu beaucoup de difficultés à avoir des interlocuteurs et des réponses à leurs interrogations pendant des mois et depuis des années. 

  - 3°) Seul parmi les conseillers communautaires, j'ai voté contre la recapitalisation de la SEM du Golf de Carantec et la décision d'annuler 87 048€ d'actions de Morlaix-Communauté (4836 actions de 18€), soit autant d'argent définitivement perdu pour elle, pour venir combler des pertes de 109 000€ pour le golf ces 4 dernières années, assorti d'un réengagement de 82 440€ de Morlaix Communauté en actions dans la somme, qu'on est pas sûr de pouvoir retrouver au bout du compte, soit un engagement potentiel de 169 000€ et effectif de 87 048€ pour un golf qui compte 280 abonnés et 300 licenciés à l'association sportive. J'ai justifié ma décision en disant que je n'avait rien contre cette pratique sportive et les gens qui la pratiquaient mais que le modèle économique du financement public d'un golf, et son caractère prioritaire par rapport à une pratique sportive qui est aujourd'hui souvent majoritairement le fait de catégories aisées, pouvait être remis en cause. En disant qu'il y avait pour moi d'autres priorités, soutien à des pratiques sportives populaires, démocratisation des pratiques sportives, soutien au transport public, au social, à la justice sociale. A part moi, tous les élus présents ont voté pour cette annulation de 87 000€ d'actions (concédés donc définitivement à la SEM du golf, qui existe depuis 2011, et cette recapitalisation). 

- 4°) Sur la plate-forme régionale de covoiturage OuestGo, plateforme publique régionale gratuite pour les usagers alternative à blablacar pour le covoiturage, notamment sur des trajets courts et de proximité, j'ai dit mon soutien à la proposition de financement à la hauteur de 1500€ en demandant si on pouvait en attendre des retours de connaissance sur l'usage du covoiturage sur le territoire, les fréquences, les trajets, les différents types d'usagers et en soulignant tout de même que le co-voiturage ne devait pas avoir vocation à remplacer des solutions de transport en commun défaillantes ou abonnées, notamment le transport par car péri-urbain sur le territoire de Morlaix Communauté, dont je réclame la densification et la diversification de l'offre depuis 2014, et j'en ai souligné à cette occasion que je regrettais la décision de ne pas inviter le collectif citoyen pour le développement du transport en commun sur Morlaix Sud à la réunion de bilan des expérimentations des lignes 36+ et 40+ sur Plourin, Plouigneau, Plougonven, et des secteurs non desservis de Morlaix, ce collectif ayant fait la preuve de son expertise nourrie d'un contact direct avec les usagers, potentiels ou avérés, et de sa capacité à faire des propositions concrètes pour améliorer la fréquentation des bus.    

- 5°) Sur la révision des modalités d'abonnement sur le parking longue durée du pôle d'échange multimodal de la gare de Morlaix, je me suis abstenu en rappelant mon opposition au stationnement payant sur la gare (la mise sous barrière n'imposait pas le stationnement payant) qui a des conséquences pour les usagers du train (financières ou de l'ordre de la complication du stationnement), pour les habitants des rues proches de la gare, qui voient des voitures d'usagers du train compliquer le stationnement pour leur propre véhicule.

J'ai remarqué que pour moi, comme pour beaucoup de Morlaisiens et d'usagers de la gare, les 13 millions d'euros investis dans le pôle gare, dont près de la moitié par Morlaix-Communauté, n'avaient pas produit un réel gain d'accessibilité de la gare et du transport ferroviaire du fait d'un aménagement mal pensé, notamment pour le parking, le dépose-minute, moins pratique, un parvis immense qui ne sert pas à grand chose. J'ai dénoncé le paradoxe qu'il y avait à proposer des abonnements payants à un parking sous barrière aux riverains de la gare pour remplir un parking rempli qu'à 50 ou 60% parce que payant, et à rendre très restrictif l'accès aux stationnements dans les rues (zones bleues pour les non riverains, verbalisations) aux abords de la gare pour contrebalancer les effets pervers de ce stationnement payant tout autour de la gare. 

J'ai été le seul à m'abstenir sur cette délibération qui s'appuyait sur un prenez acte du stationnement payant à la gare.  

Conseil de communauté de Morlaix-Co du lundi 1er avril 2019: interventions de Ismaël Dupont et photos de Pierre-Yvon Boisnard

Interventions d'Ismaël Dupont, conseiller communautaire communiste (Morlaix) - conseil de communauté du 1er avril 2019:

 

Première intervention démocratie locale

 

en début de séance, j'ai signalé en le regrettant que les compte rendus du conseils de communauté précédents nous arrivent très tardivement (le dernier mis en ligne sur le site de Morlaix Communauté date du 5 novembre 2018 au 1er avril 2019 alors qu'il y a eu deux conseils communautaires depuis). De la sorte, il nous est impossible d'approuver le compte rendu du dernier conseil communautaire ou de faire des remarques dessus en début de nouveau conseil comme cela se fait en conseil municipal. J'ai aussi signalé que les ordres du jour des conseils communautaires ne sont pas communiqués sur le site de la communauté d'agglo (annoncés souvent au dernier moment dans la presse, moi je les publie dès que je peux dans le Chiffon Rouge mais cela me demande un temps important de réécriture, …).

Rien n'est fait semble t-il pour encourager les citoyens à venir assister à nos assemblées et leur faciliter la compréhension et le suivi des débats. J'ai demandé à nouveau, pour la troisième fois depuis 2014, qu'on puisse filmer les séances du conseil communautaire et mettre un lien vidéo avec les débats sur le site de Morlaix Communauté car la lecture des compte rendus de délibérations ou de débats peut être fastidieuse et ingrate.

Le public est rare dans nos conseils communautés : pourtant il importe pour la réalité et la qualité de la démocratie locale que les citoyens puissent s'informer des débats sur l'utilisation des dizaines de millions d'euros, produit de leurs impôts, que gèrent les élus communautaires et sur les débats de leur assemblée de communauté. A Morlaix, les conseils sont filmés depuis deux ans et demi. Il n'y a pas énormément de vues mais on peut revoir facilement l'ensemble des débats, interventions et votes des conseils municipaux.

C'est une trace pour mémoire et un moyen d'intéresser aussi à la vie locale, voire de faire venir plus de citoyens pour suivre nos assemblées. Hier, il n'y avait qu'une personne dans le public, Pierre-Yvon Boisnard lui-même !!!

Deuxième intervention – adoption du compte administratif

J'ai souligné que le document de présentation synthétique du compte administratif réalisé 2018 présenté et commenté par le nouveau vice-président aux finances Jean-Michel Parcheminal était beaucoup plus lisible que le dossier d'accompagnement du budget primitif qu'on aurait à voter ensuite, 236 pages avec une présentation analytique sans réelle regroupement et des milliers de lignes de chiffres plus difficile à lire que l'Ancien Testament (une présentation synthétique du budget primitif 2019 a été faite finalement, mais pas envoyée en avance aux conseillers communautaires : elle était présente sur les tables et consultable au moment du conseil communautaire).

J'ai dit que ce compte administratif 2018 témoignait d'un certain point de vue d'une bonne situation financière car les recettes sont en légère hausse et l'excédent est important (11 millions d'euros brut, 5 millions d'€ d'épargnes de gestion) mais qu'on pouvait avoir aussi une autre lecture de ce document : une communauté à l'aise une certaine opulence, dans un territoire qui l'est beaucoup moins et qui a plus que jamais besoin d'une grande qualité de services rendus à la population.

Et de ce point de vue, j'ai souligné que les politiques en matière de transport, de soutien aux associations, sportives notamment, au secteur des personnes âgées, était encore très perfectibles. J'ai donné deux exemples pour soutenir l'idée qu'il y avait un risque à ce que le projet de territoire serve à limiter le droit d'entrée à l'éligibilité aux subventions pour nombre d'associations et que l'on ne prête qu'aux riches ou à des gros associations qui sont déjà bien soutenues dans leurs missions.

J'ai donné l'exemple du récent refus difficilement explicable d'accorder une subvention de 800 euros à l'association Dont Acte qui met en place depuis plusieurs années un festival littéraire et artistique rue des Cent Marches dans le quartier de la gare, mettant ainsi en valeur les artistes locaux, de grand talent, et un quartier qui est stratégique sur la redynamisation du quartier de la gare, et une association qui pourtant voit sa demande de subvention refusée pour l'instant.

J'ai aussi parlé d'une réflexion à avoir sur un soutien communautaire aux associations sportives en donnant l'exemple du Morlaix Saint Pol Gym qui sur 400 adhérents n'a qu'une cinquantaine de morlaisiens et qui est pourtant principalement soutenu par la ville, quand l'essentiel de son budget vient des adhérents. Comme ce club, beaucoup d'associations sportives basées à Morlaix ont une dimension de territoire.  Les soutenir permettrait aussi de rencontre l'accès aux inscriptions plus accessible à toutes les familles. 

Troisième intervention - Ouverture d'une ligne de crédit pour une étude sur un nouveau bâtiment communautaire

J'ai demandé des éclaircissements sur ce projet et sa justification - Guy Pouliquen et Thierry Piriou ont répondu sur la nécessité d'offrir des locaux plus adaptés au service environnement, de regrouper les services. J'ai demandé aussi s'il y avait des informations sur un troisième département de l'IUT et un éventuel élargissement de l'emprise de l'IUT sur l'actuel bâtiment de Morlaix-Communauté à la Manu. On m'a répondu (Agnès Le Brun) qu'un troisième département pouvait se concevoir dans les locaux actuels de l'IUT. J'ai alors posé le problème d'une bibliothèque universitaire et d'un espace de travail et d'information à concevoir pour les étudiants de Morlaix, pourquoi pas sur le site de la Manu. J'ai voté cette ligne de crédit pour une étude et une construction de projet d'un nouveau bâtiment communautaire qui semble justifiée par les nouvelles compétences de Morlaix Communauté et les besoins du service et un loyer élevé payé actuellement par Morlaix-Co à la CCI (182 000€ en tout/ an pour le 1er et le 2e étage, 222 000€/an pour l'ensemble des loyers).  

 

Quatrième intervention - Vote du budget primitif 2019

J'ai voté pour le budget tout en disant que je ne partageais pas l'ensemble des choix et orientations de la communauté (en matière de manque d'ambition de la politique transport par exemple - réseau, gratuité - ou de stationnement payant à la gare) parce que je trouve qu'il y a eu l'an passé et cette année des choix d'investissements que je juge importants pour Morlaix et le territoire: à la Manu avec le projet SEW/c et l'espace des sciences qui vont amener du dynamisme, de l'attractivité, avec la montée en puissance du soutien communautaire à l'enseignement artistique et musical, avec une option envisagée sérieusement de la construction d'une école de musique et artistique communautaire, avec la prise de compétence en régie de la gestion de l'eau. 

Le budget a été voté à l'unanimité.

J'ai remarqué que pour ce qui était de la DSP sur l'espace aquatique de Plourin-les-Morlaix, où Morlaix Communauté prévoit de mettre 10 000€ de plus cette année, il y avait de quoi soutenir davantage un accès de tous les enfants et publics à la piscine et de ne pas laisser une association comme le Secours Populaire, qui reçoit 1300 personnes par an à Morlaix, financer pour plusieurs milliers d'euros un accès à la piscine pour les enfants des familles ayant moins de revenus, alors que ce devrait être le rôle de la communauté de prévoir d'emblée des dispositions tarifaires permettant à tout le monde d'aller à la piscine.   

Le Président Thierry Piriou a dit que cette proposition allait être prise en compte et examinée.

 

Cinquième intervention - redressement de Global Sea Food au Diben et achat par Jean-François Jacob, ex président de la SICA, avec Bezhin Breizh  

Je me suis abstenu (seul) sur la délibération d'autorisation de cession de terrain en rappelant le triste historique de crises d'activité et de destruction d'emplois depuis 97 entre Intermarché, Capitaine Houat, Global Sea Food, avec à chaque fois beaucoup d'argent public qui n'a pas été retrouvés, ni conditionné à un droit de regard sur la gestion de ces entreprises, ni traduit en emplois pérennes. J'ai dit que les conditions du rachat par JF Jacob n'était pas sans poser de lourdes interrogations: une gestion économique pas forcement reluisante de ses affaires dans le secteur de Roscoff, une société au capital initial de 10 000€  qui reçoit une aide colossale de 500 000€ de la région, alors qu'il suffit d'un emprunt bancaire pour capitaliser. L'homme aux écus, là, vit au crochet du panier percé de la collectivité. Bien sûr, on souhaite une reprise d'activité sur ce site, mais pas dans la réédition des mêmes erreurs, pas avec une débauche d'argent public que l'on n'est pas sûr de retrouver au bout du compte et qui ira probablement alimenter surtout des profits privés. On peut être échaudé par les exemples récents de Gad, Tilly, et Global Sea Food. Yves Moisan a confirmé que Global Sea Food avait reçu une avance remboursable de 300 000€, dont 75 000€ venant de Morlaix, le reste de la région, et qu'avec le redressement judiciaire (21 emplois détruits, avec des salariés qui n'ont pas bénéficié de PSE), Morlaix-Co n'avait pas beaucoup de chance de récupérer ces 75 000€.  Il a dit que l'argent de la région servait à remettre en état l'outil nécessaire (nouvelle pompe d'eau de mer, remise en état des bassins) pour de la culture marine.

 

Sixième intervention - sans me prononcer sur l'utilité et les retombées pour les territoires sur les opérations de communication et de mise en contact des entreprises de la French Tech Brest+, émanation de la Technopole Brest Iroise, à qui nous avons attribué une subvention de 12 500€, j'ai remarqué l'aspect complètement incompréhensible et ronflant du sabir managérial servi dans la délibération que l'on avait à voter, avec son lot de néologismes, d'anglicismes: "Demo Day", "French Tech Diversité", "animer l'écosystème", "management opérationnel de la French Tech", "Ticket to Pitch à bord du Pont Aven"...

 

Septième intervention - J'ai dit mon interrogation sur l'aide de 20 000€ accordée par Morlaix-Communauté à la CCI pour l'organisation de l'étape roscovite de la Solitaire du Figaro (35 000€ demandé, alors que l'étape est à Roscoff), non parce que je doute des répercussions en terme de publicité, d'image du territoire, et même de public, mais parce que ce type d'évènement sportif professionnel génère déjà beaucoup de profit avec les publicités, les sponsors du sport business, et s'adosse à des entreprises capitalistes (groupes de presse, groupe de jeux d'argent) qui vont un peu facilement à la chasse au subvention en faisant une sorte de chantage sur les collectivités: je ne viens pas si tu ne viens pas à la caisse. 

 

Huitième intervention - à propos de la subvention accordée au Roudour de 76 500€ pour l'organisation de trois soirées d'arts de rue à Plougasnou (24 août), Plouigneau (1er septembre), Plounéour-Menez (8 septembre), j'ai rappelé la perte sèche qu'avait été le départ du FAR et la suppression du festival des Arts dans la rue à Morlaix, qui avait tout de même un autre impact culturel et touristique, sur l'image et la renommée de Morlaix et sa région, évoquant les belles affiches de Dantec visibles au Baiser de l'hôtel de ville Place de Viarmes. Agnès Le Brun a piqué une colère froide en me reprochant de faire de la démagogie de campagne électorale, d'idéaliser le passé, et en faisant comme si Morlaix avait la même attractivité l'été aujourd'hui qu'avec le FAR, en prenant les commerçants ou d'autres compagnies de théâtre à témoin sur la lassitude prétendue vis-à-vis des organisateurs du festival des arts dans la rue liquidé en 2009.

 

Neuvième intervention - Par rapport au festival Panoramas, j'ai évoqué les surcoûts liés à la législation en terme de sécurité, et de protection sonore, la belle réussite d'estime et de fréquentation d'un festival qui attire énormément de jeunes bretons, du festival le plus jeune de Bretagne et de France sans doute, et qui constitue un bel atout pour notre territoire. 

 

Dixième intervention -  Réagissant par une remise en cause par la majorité de droite morlaisienne (par la voix de Marlène Tilly) du besoin de surveillance et de contrôle sur les retombées réelles des subventions données dans le cadre des activités du RESAM et de Jeunes en TTTrans et de son lieu de vie jeunesse 18-30 expérimental du 2B voie d'accès au port, j'ai dit mon enthousiasme pour ce projet innovant et très riche de sens pour la jeunesse qui développe l'autonomie, la mixité, la construction collective des jeunes, avec une proximité des partenaires du monde associatif et jeunesse. Il y avait beaucoup de jeunes à la soirée de lancement où j'ai eu la chance d'être présent avec Glenn Le Saoût, et on a pu percevoir tout le potentiel et l'audace de ce projet.      

 

   

 

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