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8 septembre 2019 7 08 /09 /septembre /2019 07:40
Jean Jaurès arrive à la Chambre des députés, en 1910. Maurice-Louis Branger/Roger Viollet

Jean Jaurès arrive à la Chambre des députés, en 1910. Maurice-Louis Branger/Roger Viollet

Portrait. Jean Jaurès, naissance d’une tradition politique
Vendredi, 6 Septembre, 2019

Issu de la petite bourgeoisie paysanne du Tarn, le dirigeant socialiste est né à Castres il y a 160 ans. Agrégé de philosophie, il sera élu député et fondera l’Humanité. Sa trajectoire a marqué de son empreinte la gauche française.

 

Né le 2 septembre 1859 à Castres, au domicile de ses grands-parents maternels, Jaurès est prénommé Auguste Marie ­Joseph Jean. Le prénom usuel est le dernier, Marie et Joseph sont des signes de la foi catholique des parents et Auguste rend hommage à un aïeul.

Un frère, Louis, devait suivre, en 1860, et, en 1862, une sœur, Adèle, qui ne vécut pas longtemps. Le père, Jules Jaurès, fait valoir une petite ferme de 6 hectares, la Fédial, après s’être essayé à divers métiers, alors que la parentèle présente divers niveaux de réussite sociale ou supposée telle : deux cousins germains du père amiraux, des entrepreneurs et commerçants, un oncle percepteur, beaucoup d’officiers ou de sous-officiers… c’est la sociabilité changeante d’une famille du tiers état de la petite ville de province telle que décrite par Balzac.

La Révolution de 1789 oriente le mouvement ouvrier français

Les deux frères sont poussés par une mère attentive, affectueuse et exigeante. Après l’École navale, Louis connaît une longue et brillante carrière de marin, jusqu’à devenir à son tour amiral. Professeur de philosophie, normalien et agrégé, Jean est vite en mesure de prétendre à une brillante carrière au sein de l’université ou dans la politique. Il suit une voie originale en se vouant au socialisme à un point tel qu’aujourd’hui encore l’ensemble de la gauche française ne peut se comprendre en dehors de son empreinte.

Certes, Jaurès n’est pas le premier socialiste de l’histoire nationale. Il ne serait pas judicieux non plus de le mettre trop en majesté, surplombant ses amis et camarades comme ses adversaires ou contradicteurs, même si la tentation se comprend. Ce n’est pas par fausse modestie que Jaurès définit la bêtise comme fondée sur ­l’exagération de soi-même. Lui-même ne cesse jamais de réfléchir, de s’interroger et de chercher. Il a le sens du mouvement, de la nécessité des luttes, des oppositions, bref de l’histoire. On peut toujours discuter après coup de ses choix et les confronter à ceux de Jules Guesde, d’Édouard Vaillant ou d’autres. Il reste qu’il a largement contribué à façonner la gauche française dans ses principes, ses orientations et ses thématiques privilégiées et jusque dans son langage et ses réflexes. Cela ne résout pas tout. Communistes, socialistes, radicaux, syndicalistes, militants de tous bords ne l’ont pas toujours interprété de la même façon et se sont souvent affrontés. Mais le plus souvent leurs combats ont eu lieu sur un terrain commun, identifiable et accepté comme tel.

« Le socialisme français est un socialisme républicain », martelait un grand historien, qui fut aussi rédacteur à l’Humanité et fondateur de la Société d’études jaurésiennes, Ernest Labrousse, en écrivant une préface à l’ Histoire socialiste de la Révolution française (Éditions sociales, 1968). La Révolution de 1789 précède et oriente l’organisation du mouvement ouvrier. Quelles que soient ses volontés de construire un monde radicalement différent, celui-ci naît, vit et se développe en se fondant sur ce socle républicain et laïque, legs principal de la « Grande Révolution », mais aussi des révolutions du XIXe siècle, jusqu’à la Commune de 1871. Le combat politique s’organise en complémentarité, mais aussi en indépendance avec le syndicalisme et le mouvement coopératif auxquels nous ajouterions aujourd’hui l’ensemble divers du monde associatif et des organisations non gouvernementales. L’unité socialiste se construit sur cette base.

Lutte des classes, oui, mais aussi aspiration à une justice universelle

C’est l’essentiel de l’empreinte jaurésienne, différente de la tradition sociale-démocrate, qui, sous ses différents avatars, « réformiste » ou « bolchevique », peinera toujours à s’imposer dans son intégralité dans notre pays. Très tôt, le socialisme en France s’élargit : lutte des classes, oui, mais aussi aspiration à une justice universelle, d’où l’engagement pour Dreyfus, officier bourgeois pourtant, d’où à terme la remise en cause de l’ordre colonial, pourtant longtemps vécu comme substantiel à la République. Nous ne pouvons pas développer ici, mais nous pouvons renvoyer aux Œuvres de Jaurès en cours d’édition chez Fayard (le 14e tome, sur 1917, paraît cet automne).

En tout cas, le socialisme jaurésien fonde une tradition politique, avec ses échecs et ses erreurs comme ses succès, qui va du Bloc des gauches au Front populaire, puis au programme commun et à la gauche plurielle. Les formes évoluent et elles continueront à le faire, comme le vocabulaire employé ou les modalités, mais le substrat de ces rassemblements revient toujours à rejoindre la célèbre et si jaurésienne proclamation de notre Constitution, adoptée après la Libération : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. » Pour réaliser ce qui reste bien sûr largement encore un objectif, la méthode jaurésienne est celle de « l’évolution révolutionnaire », qui associe l’action parlementaire et électorale aux luttes sociales pour « aller vers l’idéal » en comprenant le réel, non en se résignant à lui bien évidemment.

Gilles Candar Historien, président de la société d’études jaurésiennes

Un inédit capital de Jaurès

Jaurès a donné un cours de philosophie sur le socialisme à la faculté de Toulouse en 1890-1891. Récemment retrouvée dans les archives Renaudel confiées à la Fondation Jean-Jaurès, sa leçon inaugurale définit le socialisme comme une doctrine justifiant l’intervention de la société dans le cœur de la vie humaine, les « relations de travail », au nom de la vie et de la liberté individuelle et au nom de l’humanité. On peut retrouver ce texte inédit, Qu’est-ce que le socialisme ?, qui vient de paraître chez Fayard (95 pages, 6 euros), préfacé par Frédéric Worms et présenté par Gilles Candar.

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8 septembre 2019 7 08 /09 /septembre /2019 07:02

Dans le Monde Diplomatique d'août 2019, un article du sociologue américain Rick Fantasia, - "La gauche cannibale" - a de quoi nous faire réfléchir.

Il montre une université américaine sociologiquement en décalage vis-à-vis de la société américaine, puisque constituée par une majorité d'étudiants et d'enseignants issus des catégories aisées ou de la classe moyenne supérieure, et qui pourtant est devenue un bastion pour la théorie de gauche critique.

Seulement, plutôt que d'encourager les étudiants à devenir militants, en développant une pratique d'organisation pour agir en dehors des campus afin de transformer les structures de la société, la nouvelle pensée dominante de gauche, où la lutte pour le droit à la différence, les "minorités" et contre les discriminations et micro-discriminations liées au genre, à l'orientation sexuelle, à la couleur de peau et à l'origine, tend à privilégier un mode d'expression de la conviction égalitariste par une forme de repentance, de culpabilité, ou de culpabilisation de toutes les micro-agressions du quotidien liées aux dominations systémiques et souvent inconscientes de l'homme blanc hétérosexuel, en remplacement de toute analyse de classe. 

"A l'heure de l'obsession identitaire, (les étudiants) préfèrent se focaliser sur les interactions sociales qui se déroulent sur leur campus. Ce choix a suscité des polémiques relatives au contenu des programmes, au déroulement des cours, ou encore au microagressions qui se produiraient quotidiennement. Les microagressions sont des tensions ou des conflits de faible intensité qui surviennent quand des étudiants issus de milieux sociaux stigmatisés se sentent lésés par des formes d'expression à leurs yeux humiliantes ou insultantes, provenant soit de personnes en position d'autorité, soit d'autres étudiants qui leur semblent issus de milieux plus favorisés. Exprimé par le "dominant", un désaccord devient souvent une micro-agression pour le "dominé". Ces petits affrontements résultent, au moins en partie, de la difficulté à faire cohabiter des étudiants aux profils sociaux parfois très éloignés. Ces dernières années, la plupart des universités privées les plus onéreuses ont en effet accru leurs aides financières aux étudiants des milieux défavorisés. L'agrégation de jeunes gens aux origines sociales disparates a logiquement augmenté la probabilité des conflits interpersonnels, souvent interprétés à travers le prisme des microagressions. (...) Autant dire qu'un étudiant qui souhaite être perçu comme un militant de la justice sociale n'a pas besoin de recourir aux pratiques politiques de ses aînés: se coordonner pour agir collectivement, construire une organisation durable, essayer de toucher des personnes extérieures aux campus, trouver des points de convergence et d'unité avec les autres, voire les persuader de changer... Il lui suffit de brandir la différence comme une valeur en soi, et de dénoncer l'ignorance et le manque de sensibilité de ceux qui lui opposent une objection ou qui lui combattent. 

Dans les établissements les plus cotés, beaucoup d'étudiants et d'enseignants sont issus de l'élite. Et même quand ce n'est pas le cas, ils observent du haut de leur campus majestueux la pauvreté, la déchéance sociale et l'exclusion qui règnent à l'extérieur. Ils éprouvent ainsi un sentiment de responsabilité, mais aussi parfois, de culpabilité envers ceux qui sont bannis de leur monde. Or, vue à travers le prisme de la race, l'inégalité est plus souvent perçue comme un privilège de Blancs que comme le produit d'une domination de classe. En admettant publiquement leurs privilèges (de race, de genre, d'orientation sexuelle, etc.) les étudiants se jugent (au moins partiellement) absous du bénéfice que ceux-ci procurent, un peu comme s'ils sortaient de leur manche une carte de Monopoly: "Vous êtes libérés de prison". De telles pratiques politiques s'apparentent à un jeu social dans lequel on obtiendrait du crédit en avouant aux autres la conscience et la honte que l'on a de ses privilèges, et en éloignant (temporairement) par là, l'accusation d'en faire usage".

Tellement vrai... Transformer la politique de justice sociale en éthique de l'égalité inter-personnelle dans la différence, c'est installer le dominant dans une certaine forme de confort où il n'a pas à se poser la question de la transformation sociale par la politique, mais sauve sa vertu simplement par la "conscience" de l'inégalité, des discriminations, et par le comportement individuel, tandis que les dominés sont censés se vivre en "victimes" du fait de leur différence où on les enferme (genre, orientation sexuelle, origine ethnique, couleur de peau) plutôt que de s'émanciper en remettant en cause ensemble une organisation sociale et économique inégalitaire dont les discriminations sociétales peuvent être perçues aussi comme des symptômes. Le prisme identitaire tend ainsi à mettre au second plan la réflexion critique sur les inégalités de classe et les moyens de les résorber. Les dominations sont multiples, toujours rattachées à l'inter-individuel et un phénomène diffus de "domination", plutôt que centrées sur l'exploitation, une organisation économique et sociale qui expliquent y compris la fonction historique du racisme et du sexisme. 

Le risque de ce type de pensée de la justice sociale et de la gauche, c'est de morceler, fragmenter la société en micro-appartenances identitaires, d'éliminer les perspectives de solidarité sociale inter-raciale, inter-sexes, inter-orientations sexuelles, d'empêcher les convergences pour la transformer de tous ceux qui y ont intérêt objectivement, d'interpréter les symptômes de la domination de classe en termes raciaux ou sexuels, de créer un discours victimaire permanent plutôt que de fonder une pratique révolutionnaire. Le sociétal remplace le social. Les micro-dominations concernant les "minorités" masquent la domination de classe touchant la majorité dans laquelle sont inclues ces "minorités".

Le prisme identitaire, ceux du droit à la différence et de la lutte contre "toutes les formes de discriminations", viennent en grande partie de l'héritage de déconstruction anti-raciste des États-Unis et ont apporté beaucoup sur le plan pratique et théorique dans le passage à la conscience d'un certain nombre de dominations sociétales et sociales du quotidien, c'est ce peut-être aussi une forme d'impasse du point de vue d'une exigence de pratique révolutionnaire collective de lutte contre le capitalisme, de transformation des conditions économiques et sociales et de la domination de classe qui est, au fond, à l'origine de toutes les autres inégalités.  La perspective sociétale de la lutte contre les inégalités liées aux différences et aux "minorités" s'accommode très bien d'une pratique politique social-démocrate ou inégalitaire d'un point de vue économique, de discours sur la discrimination positive, inégalitaires en leur principe. En France, elle a été portée par la deuxième gauche alternative, post-marxiste, rocardienne, qui a fourni ensuite ses cadres au néo-libéralisme triomphant jusqu'à produire Macron, l'humaniste éclairé travaillant au service exclusif des milieux d'affaires, avec le plus parfait mépris des classes populaires.    

Une pensée critique de gauche débouchant sur une pratique conséquente ne doit pour moi jamais déserter le "commun" des dominations et de la société à construire ensemble par-delà les différences.

Ismaël Dupont  

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8 septembre 2019 7 08 /09 /septembre /2019 07:00
Table ronde. Le Ceta, fuite en avant ultralibérale ou outil économique ?
Vendredi, 6 Septembre, 2019

Rappel des faits Adopté par l’Assemblée nationale, le projet de loi ratifiant le Ceta va faire l’objet d’un examen par le Sénat. Un accord lourd de menaces concernant l’impact des échanges commerciaux entre l’UE et le Canada. Avec Samuel Vandaele André Chassaigne Mathilde Dupré

 

Quelles seraient les conséquences de la finalisation de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada, en cours d’examen actuellement ?

Samuel Vandaele Les conséquences seraient multiples : en important l’alimentation dont nous ne voulons pas dans nos assiettes, on porte préjudice à la santé des consommateurs et on renforce leur défiance envers les politiques. On impose aussi une concurrence déloyale aux agriculteurs qui ont déjà un revenu en berne. Le Ceta mettrait donc gravement en danger le métier d’agriculteur, donc l’autonomie alimentaire de la France. Il existe un paradoxe qui nous bouleverse : nous continuons à signer des accords commerciaux qui consistent à importer des produits qui ont des standards bien inférieurs aux nôtres, alors que les Français veulent une alimentation toujours plus saine et durable. Fin 2017, consommateurs, agriculteurs, distributeurs et associations ont participé aux états généraux de l’alimentation pour planifier cette montée en gamme de façon démocratique. Or, entre les distributeurs qui ont oublié leurs promesses et obligations légales, et les politiques qui utilisent l’agriculture française comme monnaie d’échange, cette ambition est mise à mal. C’est donc un enjeu pour toute la nation.

André Chassaigne Au-delà des multiples conséquences connues sur le plan économique, social et environnemental, je retiendrai l’exemplarité que la Commission européenne veut donner à la conclusion de cet accord. ­L’ensemble du processus de négociation engagé il y a dix ans et confié à la Commission a pourtant tenu de la plus grande opacité. Mais la mobilisation de la société civile à son encontre a progressé au fur et à mesure du dévoilement de ses aspects les plus régressifs, en particulier sur son volet agricole et alimentaire, ainsi que sur le mécanisme d’arbitrage des différends pour les investisseurs. La pression a conduit progressivement les négociateurs à multiplier les études d’impacts et à intégrer un affichage sur le plan social et environnemental, y consacrant deux chapitres dans le texte final. Tout ce travail n’avait qu’un seul objectif : faire valoir « la qualité » supérieure du Ceta pour mieux préparer politiquement la conclusion des autres accords de libre-échange. Cet accord servira de modèle pour assurer la continuité d’une vision néolibérale des échanges internationaux, portée par l’OMC et l’UE. C’est en cela que l’adoption définitive ou non du Ceta est un enjeu politique fort.

Mathilde Dupré Le Ceta est déjà en application provisoire depuis septembre 2017 dans sa presque totalité. Il reste néanmoins une partie essentielle qui n’est pas encore appliquée. Il s’agit du chapitre sur la protection des investissements et le mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États. Si le Ceta était définitivement approuvé, ce dispositif offrirait la possibilité pour les entreprises basées au Canada d’attaquer la France ou l’UE devant un tribunal d’arbitrage pour contester des lois ou des décisions qui nuisent à leurs intérêts et vice versa. Cette justice d’exception réclamée par les multinationales expose les États à des risques financiers considérables. Le montant moyen des condamnations s’élevait en 2017 à 450 millions de dollars. Et elle constitue un instrument de lobbying puissant. En France, la loi Hulot sur les hydrocarbures a ainsi été considérablement affaiblie après la menace de poursuites de la part du groupe canadien Vermilion auprès du Conseil d’État. Le sort de ce dispositif dangereux est donc clairement entre les mains des sénateurs français et de leurs homologues des pays membres qui n’ont pas encore ratifié le Ceta, notamment les Pays-Bas, l’Allemagne ou l’Italie. Selon les règles européennes, il suffirait en effet d’un seul vote négatif dans un pays membre pour que cette partie de l’accord n’entre jamais en vigueur. Que se passerait-il pour le reste de l’accord, déjà en application de manière provisoire ? Difficile de le dire avec certitude. Les 28 avaient annoncé au Conseil qu’ils s’engageaient à mettre fin à l’accord. Mais cette résiliation ne serait pas automatique puisqu’il faudrait tout de même une proposition de la ­Commission dans ce sens, adoptée à l’unanimité au Conseil.

Quels intérêts le Ceta sert-il pratiquement ?

André Chassaigne Il sert d’abord l’intérêt de ceux qui ont un intérêt financier de court terme ! Et cela explique que les grands groupes capitalistes transnationaux industriels, bancaires et de la finance aient été les grands invisibles de la négociation, alors que ce sont eux qui poussent à la conclusion rapide des différents accords dans le but de conquérir de nouveaux marchés de biens ou de services ou pour leurs investissements. Pour le Ceta, ce sont la finance et les secteurs énergétiques et miniers qui ont été au cœur de l’accord, conduisant à ce que le secteur agricole et alimentaire soit considéré comme une simple variable d’ajustement. Un des risques majeurs concerne l’hyperdépendance économique du Canada aux États-Unis, qui pourront se servir du Ceta comme porte d’entrée vers l’Union européenne. Au lieu de contribuer à travailler à une coopération de haut niveau et de progrès social et écologique avec le Canada, le Ceta va nous tirer vers le bas, tout en renforçant la dépendance à la politique et aux capitaux américains.

Mathilde Dupré Le Ceta, comme nombre d’autres accords, a été négocié dans une totale opacité. Cette méthode prive les représentants élus et les organisations de la société civile de la possibilité d’exercer un véritable contrôle et de peser sur le contenu, au détriment du secteur privé qui est lui beaucoup mieux associé et consulté. Cette opacité est d’autant plus difficile à justifier que le Ceta est un accord dit de nouvelle génération, qui vise non seulement à réduire les droits de douane, mais aussi et surtout à réduire les obstacles non tarifaires, c’est-à-dire les normes de protection des travailleurs, des consommateurs et de l’environnement. Enfin, le Ceta comporte une autre innovation toxique pour la démocratie. Il offre au secteur privé la possibilité d’intervenir de manière précoce dans le processus d’élaboration des futures normes de part et d’autre afin de limiter le plus possible leur impact sur le commerce.

Samuel Vandaele Le Ceta est le fruit d’une vision extrême du libre-échange. Schématiquement, ce type d’accord privilégie certains secteurs pour en satisfaire d’autres. Ici, au détriment de l’agriculture, qui ne devrait pourtant pas servir à faire du troc avec n’importe quel autre produit. Avec cet état d’esprit, on sert les intérêts d’un modèle que nous ne voulons pas. Ce que nous souhaitons, ce sont des exploitations viables, vivables et transmissibles sur un modèle familial. En France, un élevage moyen comprend 60 bovins. L’écrasante majorité des élevages canadiens ont plus de 10 000 têtes ! Je ne parle pas des farines animales, antibiotiques activateurs de croissance et des 46 substances phytosanitaires utilisées au Canada et strictement interdites en Europe. Cet accord ne sert clairement pas les intérêts des jeunes. Pourtant, avec seulement un remplacement sur deux départs à la retraite, il faut urgemment permettre le renouvellement des générations en agriculture. Cela ne sera pas possible si le métier n’est pas attractif et donc rémunérateur.

Quelles exigences porter pour faire valoir le respect des droits du monde du travail, des agriculteurs et de l’environnement dans les accords de commerce international ?

Samuel Vandaele D’abord, en sanctuarisant l’agriculture dans les négociations commerciales, pour qu’elle ne soit pas traitée comme une monnaie d’échange. Ensuite, en ayant plus d’ambition sur le volet qualitatif et environnemental : l’Europe a des standards très élevés auxquels, nous agriculteurs, nous avons consenti pour offrir une alimentation de qualité et durable. Si l’Union européenne veut vraiment être la puissance normative qu’elle souhaite être, elle doit imposer ses règles. En faisant cela, elle tirera vers le haut l’alimentation des autres continents et nous permettra de jouer à armes égales avec leurs agriculteurs. Pour cela, nous proposons également de favoriser le développement international pour aider les jeunes agriculteurs de tous les pays à structurer des filières leur permettant une montée en gamme de leurs produits, leur souveraineté alimentaire et un revenu décent. C’est en ce sens que nous nous sommes réunis en 2019 lors du sommet international des jeunes agriculteurs à Paris pour formuler des propositions en faveur d’une meilleure coopération et mieux porter cette ambition auprès des instances internationales. Les échanges commerciaux entre nous se baseront sur notre complémentarité et pas sur un antagonisme. Il faut enfin un étiquetage des produits sur leur origine pour que les gens consomment en connaissance de cause. J’invite pour cela l’ensemble des Français à soutenir cette démarche en signant la pétition « Eat Original », qui vise à la rendre obligatoire sur l’ensemble du territoire européen.

Mathilde Dupré De très nombreuses propositions ont été formulées pour revoir de fond en comble la politique commerciale, y compris par la commission d’évaluation du Ceta, nommée par le gouvernement. Il apparaît par exemple indispensable d’exiger des mesures miroirs pour soumettre les produits importés au respect des normes imposées à nos producteurs, telles que l’interdiction des farines animales dans l’élevage ou de certains pesticides dans l’agriculture. Nous devrions aussi conditionner l’octroi de tout nouvel avantage commercial à nos partenaires au respect effectif d’un certain nombre de standards internationaux en matière sociale, environnementale ou fiscale et ne favoriser que les échanges des produits et des services bons pour la société. A contrario, l’Union européenne doit fermer son marché aux importations qui contribuent à des violations des droits humains et de l’environnement, et plaider pour une refonte multilatérale des règles commerciales internationales afin de redonner aux États des marges de manœuvre pour conduire la transition écologique, sociale et démocratique.

André Chassaigne C’est le cœur du problème. Il ne faut pas se contenter de dénoncer ces accords, mais dire clairement ce que nous pourrions faire. Concernant le Ceta, plutôt que de servir de rampe de lancement à la série d’accords de libre-échange à venir, il aurait pu être un traité de maîtrise du commerce international et de l’investissement au service de la révolution écologique et sociale des deux côtés de l’Atlantique. Notre proximité socio-économique, voire culturelle, avec le Canada permettait d’initier une tout autre coopération pour répondre aux vraies urgences planétaires en se fixant des règles et des normes partagées : développer un nouveau modèle agroécologique ; construire la sortie des énergies carbonées et de la consommation effrénée de ressources minérales ; pénaliser les logiques spéculatives et lutter contre l’évasion fiscale ; finaliser des objectifs de santé ou sociaux communs avec des pôles publics dégagés des marchés. Il y a tant à faire. C’est possible. Mais nous voyons bien combien le Ceta est révélateur du fossé immense entre, d’un côté, ce que devraient être les priorités de la coopération européenne, de l’autre, l’archaïsme d’une foi néolibérale sans vision d’avenir sur laquelle continuent de se reposer la Commission et les dirigeants européens.

avec Samuel Vandaele   Président des Jeunes Agriculteurs (JA) André Chassaigne  Député PCF du Puy-de-Dôme, président du groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR) Mathilde Dupré Codirectrice de l’Institut Veblen

Entretiens croisés réalisés par Jérôme Skalski
Table ronde. Le Ceta, fuite en avant ultralibérale ou outil économique ? (L'Humanité, 6 septembre 2019, Jerôme Skalski avec André Chassaigne, Samuel Vandaele, Mathilde Dupré)
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8 septembre 2019 7 08 /09 /septembre /2019 06:50
La peinture la plus « controversée » de la série Life of Washington de Victor Arnautoff.

La peinture la plus « controversée » de la série Life of Washington de Victor Arnautoff.

Editorial du Monde Diplomatique, août 2019 - Serge Halimi

Les talibans de San Francisco

https://www.monde-diplomatique.fr/2019/08/HALIMI/60163

Pour bien « résister » au racisme américain, faut-il détruire les peintures murales d’un artiste communiste financé par le New Deal (1) ? La question peut paraître d’autant plus absurde que Life of Washington, l’ensemble de treize œuvres de Victor Arnautoff condamné par certains « résistants » californiens, affiche un contenu antiraciste, révolutionnaire pour l’époque. Sur une surface totale de cent cinquante mètres carrés, elles pourfendent l’hypocrisie des proclamations vertueuses des Pères fondateurs de la Constitution américaine, dont George Washington.

Malgré cela, la commission scolaire de San Francisco a voté le 25 juin dernier, à l’unanimité, l’effacement des treize peintures d’Arnautoff qui ornent les murs du lycée George Washington depuis son inauguration en 1936. Loin de rendre hommage au premier président des États-Unis, comme le suggère le nom de l’établissement auquel ces œuvres étaient destinées, Arnautoff avait eu l’insolence de représenter Washington en propriétaire d’esclaves et en instigateur des premières guerres d’extermination indiennes. Pourtant, ce n’est pas M. Donald Trump qui, par voie de tweets racistes et rageurs, a réclamé la destruction de l’œuvre démystificatrice du roman américain conçue par un muraliste communiste qui acheva sa vie en Union soviétique ; ses adversaires les plus militants se sont chargés de jouer les inquisiteurs à sa place.

Un « groupe de réflexion et d’action » de treize membres a éclairé le choix de la commission scolaire de San Francisco. Il a scellé le sort des peintures d’Arnautoff en prétendant avec aplomb qu’elles « glorifient l’esclavage, le génocide, la colonisation, le destin manifeste [l’idée que les colons protestants avaient pour mission divine de « civiliser » le continent américain], la suprématie blanche, l’oppression, etc. ».

Une telle interprétation est insoutenable : la tradition réaliste socialiste dont s’inspirait Arnautoff ne laisse en effet aucune place aux équivoques de bonne foi. Il a donc fallu assortir la décision d’un autre motif, jugé plus recevable, quoique tout aussi inquiétant. Il paraîtrait que Life of Washington, qui inclut la représentation du cadavre d’un Indien tué par des colons, « traumatise les étudiants et les membres de la communauté ». Mais alors, il faut choisir : doit-on rappeler l’esclavage, le génocide, ou les oublier ? Car comment s’assurer qu’un artiste évoquant l’histoire d’un pays ne dérangera jamais des « membres de la communauté », lesquels ont de toute façon mille autres occasions d’être quotidiennement confrontés à des scènes de brutalité, réelles ou figurées ? Guernica, de Pablo Picasso, ou Tres de mayo, de Francisco de Goya, ne sont-ils pas également violents et traumatisants ?

Pour le moment, la controverse de San Francisco mobilise surtout la fraction de la gauche américaine la plus disposée à la surenchère sur les questions identitaires (lire l’article de Rick Fantasia). Mais, étant donné que cette même avant-garde de la vertu a déjà exporté avec un certain succès quelques-unes de ses marottes les plus biscornues, autant que chacun soit prévenu...

Serge Halimi

(1Lire Evelyne Pieiller, « Quand le New Deal salariait les artistes », dans « Artistes, domestiqués ou révoltés ? », Manière de voir, n° 148, août-septembre 2016.

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7 septembre 2019 6 07 /09 /septembre /2019 07:46
Réalisation graphique: Anne Caradec

Réalisation graphique: Anne Caradec

Réalisation graphique: Anne Caradec

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Stand du Finistère - Fête de l'Huma 2019

Sur le stand de la fédération PCF du Finistère, avenue Martin Luther King (près des autres fédérations bretonnes, entre Morbihan et Maine-et-Loire, non loin de l'angle de l'avenue Raymonde Tillon et de la grande roue) vous trouverez:

- un excellent "muscadet breton" du pays nantais en transition bio (servi avec les huîtres ou 1,50€ le verre, 10€ la bouteille) 

- la fameuse bière Tri Martolod de Concarneau à la Pression (2,50€ le demi, 5€ la pinte)

- du carambig avec du lambig artisanal et du cidre (3,5€)

- des saucissons secs artisanaux de Benodet (5€ le petit saucisson)

- de la saucisse de Molène ou Pikolenn avec ses petites pommes de terre grenailles rissolées avec du beurre et des échalotes 

- un Kig Ha Farz, le couscous ou pot-au-feu breton, à la semoule de sarrasin, avec de la viande d'un petit éleveur producteur de Pleuven (jarret de boeuf, palette, saucisse fumée) et des légumes bios d'un petit producteur du Tregor

- des huîtres de la baie de Morlaix affinées en rade de Brest qui est assuré par les Viviers de Keralliou à Plougastel-Daoulas. Ce sont des numéro 4 qui seront servies accompagnées d'un verre de muscadet, d'une tranche de pain de seigle et d'un carré de beurre demi-sel. Demi-douzaine au prix de 7,60€ ét douzaine au prix de 14€.

Toutes les saveurs qui font le charme de notre bout du monde (Penn-ar-Bed). 

Degemer mat!

80 bénévoles seront là pour vous accueillir, venus de tous les coins du Finistère (Brest, Morlaix, Douarnenez, Lanmeur, Crozon, Quimperlé, Concarneau) mais aussi de la région parisienne, de Rennes, de Toulouse, de Nantes, de Charente. 

 

Venez déguster une bonne cuisine et de bons produits bretons sur le stand du Finistère à la fête de l'Humanité! (avenue Martin Luther King)
Nous sommes ici ! Comme chaque année, le stand du PCF 29 occupe la Place de Bretagne, avenue Martin Luther King, auprès des autres fédérations de la région. Rendez-vous en terres rouges comme la Breizh !

Nous sommes ici ! Comme chaque année, le stand du PCF 29 occupe la Place de Bretagne, avenue Martin Luther King, auprès des autres fédérations de la région. Rendez-vous en terres rouges comme la Breizh !

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7 septembre 2019 6 07 /09 /septembre /2019 07:45
La fête de l'Humanité, c'est dans 6 jours, ça travaille dans la bonne humeur sur le stand du Finistère
La fête de l'Humanité, c'est dans 6 jours, ça travaille dans la bonne humeur sur le stand du Finistère
La fête de l'Humanité, c'est dans 6 jours, ça travaille dans la bonne humeur sur le stand du Finistère
La fête de l'Humanité, c'est dans 6 jours, ça travaille dans la bonne humeur sur le stand du Finistère
La fête de l'Humanité, c'est dans 6 jours, ça travaille dans la bonne humeur sur le stand du Finistère
La fête de l'Humanité, c'est dans 6 jours, ça travaille dans la bonne humeur sur le stand du Finistère
La fête de l'Humanité, c'est dans 6 jours, ça travaille dans la bonne humeur sur le stand du Finistère
La fête de l'Humanité, c'est dans 6 jours, ça travaille dans la bonne humeur sur le stand du Finistère
La fête de l'Humanité, c'est dans 6 jours, ça travaille dans la bonne humeur sur le stand du Finistère
La fête de l'Humanité, c'est dans 6 jours, ça travaille dans la bonne humeur sur le stand du Finistère
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La fête de l'Humanité, c'est dans 6 jours, ça travaille dans la bonne humeur sur le stand du Finistère
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Stand du Finistère - Fête de l'Huma 2019

Dans 6 jours, c'est le top départ!!!

Sur le stand du Finistère, vous trouverez un bar très animé le soir à proximité de la Grande Scène pour boire dans une super ambiance de la Tri Martolod, du cidre, vins, muscadet breton en conversion bio, ricard, whisky, punch, carambig (lampig, cidre, caramel), de la limonade et autres soft drinks, un restaurant où l'on sert des huîtres de Plougastel-Daoulas (7,50€ les 6 avec un verre de muscadet/ 14€ les 12), du Kig Ha Farz (le pot au feu breton au blé noir avec son lipig - 15€ avec le dessert, légumes et viande petits producteurs bio ou agriculture raisonnée), des Pikolenn (saucisses de Molène / pommes de terre grenaille).

80 militants et bénévoles sont inscrits sur notre stand pour l'instant. Dont 20 de Brest, 12 de Morlaix, 8 de Scaër, 9 de Douarnenez, et 15 d'autres départements (Charente, région parisienne, Toulouse, Nantes, Rennes).

Beaucoup de nouveaux, de jeunes, et un certain nombre de bénévoles qui ne sont pas (encore!!!) adhérents du PCF.

10 monteurs qui vont installer le stand à partir du lundi 9 septembre et 18 personnes au démontage.
Merci à eux tous de s'être inscrits pour travailler sur notre stand. Nous allons encore vivre un week-end formidable ensemble.

Plus tous ceux qui nous aident ici sans monter à la fête: organisation, chargement, achats, fars, inspection du matériel, communication... En tout, une centaine de personnes mobilisés pour le Stand du Finistère de la fête de l'Huma.

Si vous voulez fréquenter notre stand, nous acheter des vignettes trois jours (28€), participer comme bénévoles à l'activité de notre stand, n'hésitez pas à me contacter: dupont.ismael@yahoo.fr / 06 20 90 10 52

Tous nos militants et bénévoles vous attendez sur le stand du Finistère!

A la fête de l'Huma sur le stand du PCF Finistère, que de fraternité et de plaisir partagé!

Nous sommes ici ! Comme chaque année, le stand du PCF 29 occupe la Place de Bretagne, avenue Martin Luther King, auprès des autres fédérations de la région. Rendez-vous en terres rouges comme la Breizh !

Nous sommes ici ! Comme chaque année, le stand du PCF 29 occupe la Place de Bretagne, avenue Martin Luther King, auprès des autres fédérations de la région. Rendez-vous en terres rouges comme la Breizh !

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7 septembre 2019 6 07 /09 /septembre /2019 07:34
Les Fantômes de l’Internationale Élise Thiébaut et Edmond Baudoin La Ville brûle, 128 pages, 19 euros

Les Fantômes de l’Internationale Élise Thiébaut et Edmond Baudoin La Ville brûle, 128 pages, 19 euros

À qui appartient l’Internationale ?
Jeudi, 5 Septembre, 2019
L'Humanité

Les Fantômes de l’Internationale Élise Thiébaut et Edmond Baudoin La Ville brûle, 128 pages, 19 euros

 

«Debout, les damnés de la terre, debout, les forçats de la faim… » Quelques vers maintes et maintes fois entonnés dans une manifestation, un meeting… l’Internationale. Mais que sait-on de cet hymne planétaire, traduit en 122 langues, chant de ralliement des révolutionnaires du monde entier depuis la fin du XIXe siècle ? Si tout le monde, ou presque, connaît l’Internationale, peu de gens connaissent son histoire. Une histoire riche en rebondissements ! Avec les Fantômes de l’Internationale, ouvrage inclassable, Élise Thiébaut et Edmond Baudoin racontent l’incroyable histoire de l’hymne du mouvement ouvrier de la Commune de Paris à nos jours, en passant par les États-Unis et l’URSS. Un récit illustré mêlant intrigues et révolution, des personnages mythiques et moins connus et… quelques fantômes. Car l’Internationale, c’est l’histoire d’un auteur méconnu qui meurt dans la misère, d’un compositeur spolié de ses droits d’auteur, de deux révolutionnaires… Et, bien sûr, de Louise Michel, Rosa Luxemburg ou encore Jean Jaurès. Dans une première partie d’une trentaine de pages, Edmond Baudoin met en images les paroles, donnant vie aux « damnés de la terre », aux « forçats de la faim ». En noir et blanc, bien sûr, soulignant avec beauté la brutalité de la réalité sociale dépeinte par ce chant révolutionnaire, sans pour autant oublier le message de solidarité et d’espoir. Dans la seconde partie, Élise Thiébaut livre un récit, entre essai historique, enquête, récit graphique et témoignage engagé, à la fois personnel et documenté de l’histoire de ce chant. Pour elle, tout est parti d’une déconvenue.

En 2017, l’Internationale est chantée lors de l’enterrement d’Henri Malberg. Élise Thiébaut filme la scène et la poste sur Facebook. Qu’elle ne fut pas sa surprise de recevoir un message du modérateur du réseau social refusant sa vidéo, arguant que la musique n’est pas libre de droits. Sidérée, l’autrice – pour qui l’Internationale « est à tout le monde » –, décide d’en savoir plus : « Qui sont les ayants droit de l’Internationale aujourd’hui ? Qui s’enrichit avec l’œuvre d’Eugène Pottier et la musique de Pierre Degeyter, tous deux morts depuis longtemps ? » Une enquête s’impose pour savoir qui détient ces droits… On apprend ainsi que l’auteur du poème, tout comme le compositeur de l’air, sont morts dans la pauvreté, sans jamais s’être rencontrés. Eugène Pottier, artisan et socialiste, aurait écrit le texte en 1871, lors de la Commune. Publiées dans un recueil de chants révolutionnaires en 1887, les paroles de l’Internationale sont d’abord chantées sur l’air de la Marseillaise. En 1888, Pierre Degeyter se voit commander par un militant guesdiste lillois, Gustave Delory, de créer une musique originale, celle que tout le monde connaît aujourd’hui. Le chant prolétaire, antimilitariste et athée est chanté lors de la proclamation de la IIe Internationale, à Bruxelles, en 1889. Gros succès, jamais démenti.

Alexandra Chaignon
 
PS: Elise Thiébaut était présente à l'université d'été du PCF à Aix-en-Provence et sa conférence passionnante sur le devenir de l'Internationale a été remarquée. Edmond Baudouin était candidat sur la liste européennes du PCF conduite par Ian Brossat.
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7 septembre 2019 6 07 /09 /septembre /2019 07:26
Photo L'Humanité : Camilla Vallejo et Karol Cariola

Photo L'Humanité : Camilla Vallejo et Karol Cariola

Camila Vallejo et Karol Cariola. Pour Travailler moins, au Chili
Jeudi, 5 Septembre, 2019

Les femmes du jour. 

 

Elles avaient déjà fait parler d’elles en 2011 lorsque le Chili était secoué par une révolte estudiantine contre la marchandisation de l’éducation. Camila Vallejo était alors présidente de la Fédération estudiantine chilienne (Fech), et Karol Cariola, secrétaire générale des Jeunesses communistes. Visages de cette vague de protestation contre le néolibéralisme imposé avec terreur par le dictateur Augusto Pinochet, elles ont été élues députées en 2014, puis réélues en 2017. Les deux parlementaires communistes, respectivement âgées de 31 et de 32 ans, sont de nouveau sur le devant de la scène politique avec leur projet de loi visant à réduire la semaine de travail de 45 heures à 40 heures. Depuis plusieurs semaines, elles défendent une autre conception du travail pour ne pas mourir à la tâche dans un pays où la concurrence libre et non faussée est gravée dans le Texte fondamental. Lundi, elles ont remporté une première bataille, après que la commission travail de l’Assemblée a donné son feu vert à leur initiative. Non sans mal. La majorité de droite, qui voit dans cette proposition la ruine de l’économie nationale, déverse haine et mensonges selon lesquels les Chiliens paieront le prix fort, avec des baisses de salaires et des suppressions d’emplois. Le président et multimillionnaire Sebastian Piñera est l’un des principaux détracteurs de la démarche. « Le projet des députées du PC n’est pas constitutionnel », a-t-il osé déclarer, en promettant de « ne pas rester les bras croisés ».

Cathy Dos Santos
Affiche de campagne de Camilla Vallejo

Affiche de campagne de Camilla Vallejo

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7 septembre 2019 6 07 /09 /septembre /2019 06:17
Ian Brossat

Ian Brossat

Ian Brossat : « On fait un faux procès au logement social »
Vendredi, 6 Septembre, 2019

Face à la hausse des prix du logement, Ian Brossat, adjoint à la maire de Paris, chargé du logement, chef de file des communistes parisiens pour les municipales, avance de nouvelles propositions pour permettre aux classes populaires et moyennes de rester vivre dans la capitale.

 

C’est un chiffre qui a fait grand bruit : selon une étude des Notaires du Grand Paris, un logement parisien coûte désormais en moyenne plus de 10 000 euros le mètre carré. Un prix indécent qui vide la capitale de ses habitants. Comment expliquez-vous cette flambée incessante ?

Ian Brossat Paris est une ville-monde. Comme Tokyo, Londres, New York, elle est confrontée à une explosion des prix de l’immobilier, liée à l’attractivité de la ville et au décalage colossal entre une demande très importante et une offre limitée. La crise est d’autant plus aiguë à Paris que c’est la ville la plus dense d’Europe, huit fois plus petite que Berlin, et dans laquelle le nombre de terrains constructibles est extrêmement réduit. Les prix sont donc mécaniquement tirés vers le haut. Mais, contrairement à New York ou Londres, Paris a la chance de bénéficier de 22 % de logements sociaux, un taux qui a considérablement augmenté depuis que la gauche est aux manettes. Grâce à cela, 550 000 Parisiens, soit quasiment un habitant sur quatre, bénéficient de loyers modérés et sont protégés des prix du marché.

« Le parc (privé) diminue d’année en année au profit du logement social », affirme Thierry Delesalle, le notaire parisien qui a présenté hier les chiffres trimestriels. Que lui répondez-vous ?

Ian Brossat Cette explication est parfaitement grotesque. La réalité, c’est que les prix explosent dans toutes les grandes métropoles du monde. À New York, le prix au mètre carré est de 17 000 euros. Et croyez-moi, ce n’est pas le développement du logement social qui a conduit à un renchérissement des prix : il n’y en a quasiment pas. On fait là un faux procès au logement social. Heureusement que nous avons décidé d’investir chaque année 500 millions d’euros pour le développer, sans quoi nous aurions subi le même sort que Londres. Les infirmières, les policiers, les enseignants seraient tous relégués en 1re ou 2e couronnes. Si Paris compte encore 25 % d’ouvriers et d’employés, c’est grâce au logement social.

Quelles solutions avancez-vous pour lutter contre la pénurie de logements ?

Ian Brossat De fait, dans les années qui viennent, nous pourrons de moins en moins construire de logements neufs. Donc, le problème va se poser d’une manière nouvelle. La question sera moins celle des constructions neuves que celle de l’utilisation des logements existants. Paris compte 1,3 million de logements, parmi lesquels 100 000 logements vacants, 100 000 résidences secondaires et 30 000 logements loués toute l’année par Airbnb. Donc, la vraie question, c’est celle des moyens dont nous devrions pouvoir nous doter pour redonner une utilité sociale à ces 230 000 logements. Le problème, c’est que la municipalité n’a pas la main sur les outils qui permettent d’intervenir là-dessus. Nous dépendons de l’État, notamment pour la réquisition, une compétence qui relève du préfet. Quand nous demandons aujourd’hui au préfet de réquisitionner des bâtiments vides, il nous répond qu’il ne réquisitionne qu’avec l’accord du propriétaire… On aurait donc besoin d’une nouvelle étape de décentralisation qui permette à la ville de Paris de disposer de compétences nouvelles, qui nous permettent également de taxer beaucoup plus fortement les résidences secondaires et de réquisitionner les bâtiments vides. C’est déjà le cas à Berlin, par exemple, où le maire vient de décider de bloquer les loyers sur cinq ans. À Paris, nous ne pouvons pas le faire sans l’accord du gouvernement. Cela devrait pouvoir changer.

La droite vous attaque beaucoup sur la disparition des classes moyennes dans la capitale. Qu’en est-il de votre proposition pour « diviser par deux le prix de l’accession à la propriété » ?

Ian Brossat Il faut leur rappeler que les logements sociaux que nous produisons chaque année bénéficient pour 1/3 aux classes moyennes. Nous avons également obtenu début juillet la remise en place de l’encadrement des loyers qui avait été appliqué entre 2015 et 2017. Ce sont les classes moyennes qui en bénéficieront le plus. Par ailleurs, certains Parisiens aspirent aussi à la propriété, hors de leur portée compte tenu des prix exorbitants. C’est pour cela que nous mettons en place un nouveau dispositif qui repose sur une dissociation entre le foncier et le bâti. La Ville de Paris restera propriétaire du foncier et le Parisien n’achètera que le bâti. Je propose que 1 milliard d’euros soit consacré à ce projet dans la prochaine mandature.

En tant qu’adjoint au logement de la capitale, vous avez engagé un bras de fer avec Airbnb(1). On apprenait hier que la plateforme va régler moins de 150 000 euros d’impôts en France pour 2018, un chiffre dérisoire compte tenu de ses profits…

Ian Brossat C’est scandaleux. Airbnb paie aujourd’hui moins d’impôts qu’un hôtel trois étoiles à Périgueux. C’est aberrant qu’une entreprise aussi puissante et lucrative paie des clopinettes au fisc. Ils ont dépensé 800 000 euros de frais d’avocat pour mener une guérilla contre la Ville de Paris et mettre en échec les dispositifs de régulation que nous avons mis en place. Nos villes sont de plus en plus confrontées à ce phénomène d’ubérisation. Mais enfin, qui doit décider dans nos métropoles ? Ces grandes entreprises américaines ou les élus et les habitants ? Nous avons besoin de muscler le rapport de forces, c’est pourquoi, le 26 septembre, avec mes collègues de plusieurs villes d’Europe, dont Berlin, Amsterdam ou Barcelone, nous allons plaider notre cause auprès de la Commission européenne. Nous ne pourrons nous en sortir qu’avec un front commun des villes face à cette économie de prédation.

(1) Airbnb. La ville ubérisée, de ​​​​​​​Ian Brossat, éd. la Ville brûle.
Entretien réalisé par Maud Vergnol
Ian Brossat, adjoint au logement PCF à Paris, chef de file communiste pour les Municipales à Paris: on fait un faux procès au logement social (L'Humanité, 6 septembre 2019)
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7 septembre 2019 6 07 /09 /septembre /2019 05:21

Un groupe de jeunes militants communistes réalise et diffuse sur Internet des vidéos qui décryptent l’actualité à travers la grille d’analyse marxiste.

Vidéos de vulgarisation d'économie, pour comprendre le monde et le transformer, comprendre l'actualité, comme le disait l'économiste Paul Boccara.

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