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22 juillet 2019 1 22 /07 /juillet /2019 06:17
Giacometti, forçat de l'art - à propos de la biographie de Catherine Grenier - Sabine Gignoux, dans La Croix, 16 février 2018
Giacometti, « forçat » de l’art

 

Art. La biographie de Catherine Grenier fait revivre la figure de ce sculpteur acharné, pétri de doutes, aussi sociable que séducteur malgré lui.

Sabine Gignoux, La Croix - 16 février 2018

Alberto Giacometti

de Catherine Grenier

Flammarion, 350 p., 25 €

Sur Alberto Giacometti. Ses amis, Jean Genet, Isaku Yanaihara ou Michel Leiris ont laissé de précieux témoignages, puis le poète Yves Bonnefoy une magistrale monographie, après celle – plus controversée – de James Lord.

Cette nouvelle biographie, signée par la directrice de la Fondation Giacometti à Paris depuis 2014, apporte toutefois un témoignage plus précis sur l’homme et sa vie. L’auteure s’est en effet plongée dans les archives, et dans sa correspondance avec ses proches, dont ses parents restés à Stampa, en Suisse.

« Ne pas avoir peur de détruire pour refaire »

Au fil des pages s’esquisse ainsi le portrait d’un artiste précoce, encouragé par son père peintre, mais rapidement en butte à la difficulté de saisir le réel dans son entier mystère. « Il ne faut pas (…) avoir peur de détruire pour refaire, mais de la même façon qu’on ne peut pas rejoindre le sommet d’une montagne d’un seul jet, (…) on ne peut pas atteindre dans une seule œuvre la perfection (…) », lui écrit alors son père, en bon montagnard.

Ce conseil-là, Alberto Giacometti le suivra toute sa vie, dans ses portraits cernés de traits infinis comme dans des sculptures épurées jusqu’à l’os.

« Une vie de forçat »

« Je travaille tout le temps. Ce n’est pas par volonté, c’est parce que je n’arrive pas à décrocher. (…) Alors ça fait une vie de forçat », confiait ainsi le sculpteur filmé en 1963, trois ans avant sa mort, dans son atelier misérable de la rue Hippolyte-Maindron à Paris, qu’il n’avait pas quitté malgré la fortune venue.

Pourtant, au-delà de cette image d’un solitaire entièrement dévoué à son art, assisté par son frère Diego, Catherine Grenier montre combien Alberto, causeur ironique et paradoxal, vivait en réalité entouré à Montparnasse d’un important réseau d’amis. Sympathisant communiste, il s’était lié d’abord aux deux bandes surréalistes rivales, celle de Breton et celle de Bataille, avant d’être exclu de la première pour délit de retour à la figuration.

Un artiste mondain

Après des collaborations avec le décorateur Jean-Michel Frank, il avait noué aussi des amitiés avec le couple Sartre-Beauvoir, Samuel Beckett et des artistes comme Laurens, Braque, Picasso, Balthus, Derain… Intransigeant et très attaché à sa liberté, Giacometti rompit quelques fois ses liens, notamment avec ses galeristes.

Le livre évoque aussi ses liaisons amoureuses, donnant chair à plusieurs de ses modèles, dont son épouse Annette, rencontrée en Suisse pendant la guerre.

Le sculpteur hésitera toute sa vie à quitter son atelier et ce cercle chaleureux, hormis pour des visites à Stampa. Malgré de grandes expositions dès les années 1950 dans les musées américains, il attendra la toute fin de sa vie pour traverser l’Atlantique.

« L’aventure, disait-il, la grande aventure, c’est de voir surgir quelque chose d’inconnu chaque jour, dans le même visage. Ça vaut tous les voyages autour du monde. »

 

Giacometti, forçat de l'art - à propos de la biographie de Catherine Grenier - Sabine Gignoux, dans La Croix, 16 février 2018

Giacometti et Rol Tanguy

Au moment de la Libération, l’artiste crée, à l’initiative de Louis Aragon, une série de portraits d’Henri Tanguy (1908-2002), dit Colonel Rol-Tanguy, militant communiste et héros de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale : chef des Forces Françaises de l’Intérieur de la région Île-de-France en 1943, il mène la Libération de Paris avant l'arrivée des blindés du général Leclerc. 

 Sa sensibilité de gauche antifasciste, ses liens avec les différentes mouvances du surréalisme et avec l’Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires seront ainsi rappelés par la série de six dessins politiques exécutés vers 1932 par le sculpteur, qui déclare alors dans une lettre à Breton : « Je ne conçois pas la poésie et l’art sans sujet. J’ai fait pour ma part des dessins pour La Lutte, dessins à sujet immédiat et je pense continuer, je ferai dans ce sens tout ce que je peux qui puisse servir dans la lutte de classes ». 

D’après Alberto Giacometti lui-même, les séances de pose avec Rol-Tanguy furent un moment fort dans les rencontres faites après son retour à Paris après la guerre : « Il n’a rien à faire avec le type du militaire, l’allure des jeunes généraux de Napoléon, il est très vif et intelligent, nous parlons de livres de guerre, etc. » 

(Fondation Giacometti)

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21 juillet 2019 7 21 /07 /juillet /2019 16:46
Formation professionnelle. L’Afpa en danger malgré ses bons résultats
Vendredi, 19 Juillet, 2019 - L'Humanité

Représentants des personnels et élus se mobilisent pour sauver l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes (Afpa). Ils soulignent l’importance, le bon bilan de l’agence et alertent le gouvernement.

 

La casse des services publics continue quel que soit le domaine. L’Afpa, Agence de formation professionnelle publique, est désormais sur la sellette. « Cela fait des mois que j’essaie de mobiliser sur cette situation sur le terrain et à l’Assemblée nationale », lance Pierre Dharréville. Le député PCF a ainsi réuni parlementaires de tous bords et représentants des personnels de l’Afpa (CGT et SUD), mardi, à l’Assemblée. Tous s’alarment de la destruction programmée d’un outil qui fonctionne. Alors que la direction de l’organisme prévoit la suppression d’environ 1 500 postes, soit un quart des effectifs, et de 34 centres de formation sur les 202 existants, l’État regarde ailleurs. Les résultats de l’Afpa sont pourtant excellents. Avec 125 000 stagiaires chaque année, dont 75 000 demandeurs d’emploi, l’agence présente « des résultats supérieurs aux autres organisations », insiste Sylvain Bego-Ghina, de la CGT Afpa.

Plutôt que de saigner l’Afpa, mieux vaudrait la relancer

Fondée en 1949, elle propose plus de 900 formations professionnelles. Un actif sur huit en France a été formé en son sein. « Le taux de retour à l’emploi après un passage à l’Afpa est de 68 % dans les six mois. Il s’agit du plus élevé de tous les centres de formation. On a vraiment un outil de qualité », abonde Pierre Dharréville. Ces très bons chiffres sont pourtant ignorés au sommet. Sur les 34 centres dans la ligne de mire de la direction, plus des deux tiers ont un excédent brut d’exploitation positif. Quant aux arguments concernant les structures déficitaires, ils ne sont pas recevables, selon les représentants des salariés. « L’Afpa est bénéficiaire compte tenu des embauches et donc des créations de richesses. Les demandeurs d’emploi formés sortent du coût du chômage », argumente Sylvain Bego-Ghina.

Fermer ces centres reviendrait à renoncer aux missions centrales de l’agence publique : lutter contre le chômage, former tout au long de la vie et garantir l’accès à l’emploi pour les personnes les plus éloignées du monde du travail. Yann Cherec, de la CGT, insiste sur ce service de proximité : « On fait partie du service public de l’emploi, on ne peut pas réduire ce maillage territorial. » Si le plan aboutit, des départements entiers se retrouveront « sans aucun centre de formation, ni public ni privé », s’indignent les délégués syndicaux. Selon eux, l’Afpa doit continuer de répondre à une demande d’accessibilité à la formation, notamment dans les secteurs d’avenir.

« L’Afpa a toutes les qualités pour relever le défi de la sécurisation des parcours et des transitions professionnelles indispensables à la transition écologique. Dès lors, pourquoi la casser ? » interroge Pierre Dharréville. Yann Cherec a bien une idée. Il dénonce « un gouvernement de techniciens » qui ne regarde que « les chiffres négatifs des tableaux Excel ». Plutôt que de saigner l’Afpa, mieux vaudrait la relancer. « L’État a une responsabilité majeure dans cette situation. Un certain nombre de commandes publiques pourraient être faites à l’Afpa. Quinze millions d’euros sont prévus sur cinq ans pour le plan d’investissement sur les compétences. L’Afpa peut être utile et y répondre », propose l’élu communiste. Dans sa circonscription des Bouches-du-Rhône, le centre Afpa menacé « est celui qui accueille le plus de stagiaires de la région. Il est de plus bénéficiaire. Il serait complètement incohérent et insensé de le fermer », s’indigne-t-il. Plusieurs députés LaREM s’inquiètent également, d’autant plus quand ils sont issus de territoires qui risquent de se retrouver sinistrés avec la disparition de leurs centres Afpa. « Nous avons besoin d’un service public de la formation professionnelle dans ce pays. Il faut prendre la mesure de l’urgence de la situation », assène Catherine Ribot. La secrétaire adjointe de la CGT Afpa demande un vrai projet « plutôt que de nous laisser crever à petit feu ».

Des députés ont en ce sens écrit au premier ministre et demandé à être reçus ensemble. Ils n’ont pour l’instant pas reçu de réponse. La direction de l’Afpa a de son côté décidé de retirer son plan et d’en présenter un autre qui prenne en compte la prévention des risques psychosociaux pour les salariés. Elle fait en parallèle appel de la décision du tribunal de grande instance de Bobigny, qui a suspendu le premier plan.

Carl Bouché et Ilona Cler
Formation professionnelle. L’Afpa en danger malgré ses bons résultats (L'Humanité, Carl Bouché et Ilona Cler,19 juillet 2019)
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21 juillet 2019 7 21 /07 /juillet /2019 15:40
Violences policières contre les jeunes, les gilets jaunes, les habitants des quartiers populaires - L'Humanité s'engage
Goulven Boudic « Pour la police nantaise, le jeune est un ennemi »
Mercredi, 17 Juillet, 2019

Répression.  Steve Caniço l’homme de 24 ans reste introuvable depuis la nuit du 21 juin. Goulven Boudic, politologue à l’université de Nantes, analyse l’omerta et la stratégie locale du maintien de l’ordre.

 

Nantes (Loire-Atlantique), envoyée spéciale.

Les vidéos montrant les policiers, en équipement anti-émeute, charger les jeunes, le soir du 21 juin, sont implacables. On parle souvent de Nantes comme d’un laboratoire de la stratégie du maintien de l’ordre. Est-ce votre avis ?

Goulven Boudic En tout cas, Nantes s’inscrit dans un contexte de profonde modification du maintien de l’ordre en France, qui a vu, depuis une décennie, une réorganisation des équipes, le développement d’un véritable arsenal, cette idée de devoir faire de l’interpellation… Et avant ça, il y a eu Tarnac et la mise en scène de l’ultra-gauche. Dans ce cadre, Nantes a souvent été vue comme un laboratoire de cette mouvance. Il ne s’agit pas de dire que ça n’existe pas, mais les pouvoirs publics ont clairement manipulé cette catégorie pour justifier tout un ensemble de durcissements : en 2012, la première tentative d’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes a été une véritable opération militaire ! À l’époque, les services du CHU ont été les premiers à parler de blessures de guerre, entre traumatismes faciaux et mains arrachées.

Au moment des différentes mobilisations des gilets jaunes, les mêmes techniques ont été appliquées. On s’aperçoit désormais que, sur cette question du maintien de l’ordre, il est très difficile de mettre en place une réelle surveillance démocratique, alors même que l’on assiste à une escalade. Au fond, ce qui s’est passé le 21 juin n’a fait que confirmer les craintes que nous formulons depuis des années déjà. Ce n’était que des gamins qui faisaient la fête, mais ils ont été vus, indistinctement, comme une de ces catégories dangereuses créées artificiellement.

C’est-à-dire ?

Goulven Boudic La tradition à Nantes, c’est la force du syndicalisme anarcho-libertaire. Les manifestations ne sont jamais déposées en préfecture – une illégalité totalement structurée. Dans le contexte récent, cette spécificité a pu servir à la police pour justifier ses opérations. En constituant un groupe hétéroclite d’observateurs en manifestation, on a voulu sortir du face-à-face dans lequel la parole des policiers gagne toujours. Leur point d’accroche : la construction de cette catégorie du « zadiste-terroriste » qui casse tout dans la ville, qui mène à justifier de lui taper dessus. Et nous avons pu constater que, dans les manifestations contre Parcoursup, par exemple, il y avait d’emblée de l’intimidation, de la provocation et ce n’était pas toujours très propre. Les techniques sont relativement connues ici, avec un recours systématique aux lanceurs de balles et gaz lacrymogènes. Il faut rappeler que nous avons eu, en 2007, les premiers blessés français au Flash-Ball. C’est un souvenir qui pèse ici et qui a tendu les rapports entre police et jeunes, donnant naissance au collectif Nantes révoltée.

Comment analysez-vous la communication sur la disparition de Steve ?

Goulven Boudic Il y a eu d’abord la médiatisation de la version officielle. La stratégie de défense reposait sur un argument : c’était une intervention classique et les policiers ont été agressés – or, les vidéos et témoignages ont démontré le contraire. Puis, il y a eu un moment de flottement et de sidération avant que cela ne devienne vraiment un événement. Il y a trente ans, une bavure policière faisait la une du 20 heures… Cette affaire me rappelle ce qu’écrit l’historien Alain Dewerpe sur Charonne et la stratégie du pouvoir gaulliste qui revenait à dire que « les manifestants sont morts d’avoir manifesté », qu’ils ont, en quelque sorte, collaboré à ce qui leur est arrivé alors que la manifestation est un droit. Ici, c’est encore autre chose. Ce n’était pas une manifestation et c’était organisé. Pourquoi y avait-il des Zodiac qui ont permis de sauver la vie de 14 jeunes (eux aussi tombés à l’eau ce soir-là – NDLR) ? Parce que le risque est connu et que ça arrive régulièrement. En dehors de Nantes, on ne se rend peut-être pas compte, mais la Loire n’est pas une piscine. Il y a deux bras qui se rejoignent, des siphons et des courants.

De quelle façon appréhendez-vous le moment où le corps remontera à la surface ?

Goulven Boudic Ce sera forcément un moment délicat et difficile, pour la famille en premier lieu. Statistiquement, on sait que ça peut prendre un peu de temps pour que le corps ressorte. Pour l’heure, les marches pour Steve ne réunissent pas une grande partie de la population, comme s’il existait une forme de fatalité. Seulement, peut-être n’a-t-on pas intégré les nouvelles formes de mobilisation plus virtuelles, qui finalement occupent une grande partie de la vie des gens. Le mot-dièse « #où est Steve » est très partagé. Les personnalités politiques devraient y être très attentives, au lieu de minimiser la mobilisation physique. Tout le monde en parle à Nantes, sans trouver encore le moment, possiblement exutoire, du deuil. Dans l’histoire de la mémoire ouvrière nantaise, une manifestation de 1951 s’est traduite par la mort d’un manifestant, Rigoulet, tué par un garde républicain. Son nom figure comme un marqueur de la mémoire locale. De même, je suis sûr que, dans vingt ans, le nom de Steve restera.

Comment expliquer, pour l’heure, le silence ambiant ?

Goulven Boudic Il peut y avoir une forme de prudence, certains imaginant que Steve l’a peut-être cherché. Pour le reste, ce n’est pas qu’avec la police que les relations se sont tendues : la voiture de la maire a été incendiée, certains élus sont pris à partie directement… Une méfiance s’est installée entre un réseau militant libertaire et parfois réfractaire à toute discipline partisane et la municipalité, qui n’engage aucune confrontation politique, au sens noble du terme. Le fait que ce soit Nantes révoltée qui ait diffusé les premières vidéos a provoqué une mise à distance de la part des pouvoirs publics. L’un des paradoxes est que ces jeunes qui faisaient la fête sur le quai Wilson ne sont pas, dans leur grande majorité, des politisés ou des militants. C’est la police, par son intervention, qui les a construits comme des ennemis parce que jeunes. Car, pour la police nantaise, le jeune est devenu un ennemi. Alors qu’on a tous dans notre entourage des gamins qui étaient présents ce soir-là.

Beaucoup évoquent une responsabilité dans la chaîne de commandement…

Goulven Boudic Tout s’inscrit dans une omerta totale. Les rares policiers qui ont pris la parole (certains parlent d’un ordre « absurde » – NDLR) sont à deux doigts de se faire sanctionner. On peut être pessimistes, à terme, puisque ces logiques d’institutions, qui renvoient aussi à ce qu’est la police aujourd’hui, ne peuvent pas changer du jour au lendemain. Mais, alors que les premiers éléments sont relativement connus et identifiés, il faudrait, au moins, un signe de la part de l’État qui dise « on a merdé ». Au minimum, l’expression d’une empathie, d’un regret ou d’une prise de conscience. La question de l’impunité est importante dans cette société très compartimentée. Il y a comme un espoir d’une forme d’oubli et de silence. Mais on ne peut plus se satisfaire de cette dissociation dans le temps entre les enquêtes forcément longues (enquête ouverte par le parquet pour disparition inquiétante et une autre par l’IGPN sur les conditions de l’intervention – NDLR) et l’idée, qu’en attendant, on continue comme avant.

Entretien réalisé par Audrey Loussouarn
Droits. Le parcours du combattant des victimes de violences policières
Lundi, 22 Juillet, 2019

Procédures interminables, expertises médicales douteuses, manque d’investigations : dans l’affaire Adama Traoré comme dans bien d’autres cas semblables, le chemin des familles pour obtenir « vérité et justice » est toujours semé d’embûches.

 

Trois ans après le décès d’Adama Traoré, le jour de ses 24 ans, dans la cour de la gendarmerie de Persan (Val-d’Oise), on ne sait toujours pas dans quelles conditions le jeune homme est mort. Dire et répéter, jusqu’à ce jour, qu’il a été asphyxié sous le poids de trois gendarmes lors d’une brutale interpellation, c’est le combat acharné d’Assa Traoré, la sœur de la fratrie, et du Comité Adama, qui organisait, samedi, une marche contre les violences policières (lire notre reportage en page 6). Cette lutte, devenue emblématique, fait écho au véritable parcours du combattant auquel se livrent mutilés et familles.

La bataille commence dès les premières heures après les violences. « Les familles sont perdues, car elles vivent un drame, témoigne Amal Bentounsi, la sœur d’Amine, tué d’une balle dans le dos par un agent, et cofondatrice de l’association Urgence, notre police assassine. Elles ignorent les démarches juridiques à engager et peuvent tomber dans les pièges tendus par les autorités, comme accepter d’enterrer rapidement le corps du défunt. » D’où l’importance de bénéficier des conseils de militants habitués à ces problématiques de violences policières. Car, très vite, il faut tenter de rassembler des preuves. En cas de blessures ou de décès, il revient aux victimes ou à leurs proches d’exiger un certificat médical précis, établi par un médecin légiste. Les familles peuvent aussi mener une enquête de voisinage pour retrouver une personne ayant entendu, vu, voire filmé la scène. « En fait, on fait le travail que les flics ne font pas, alors qu’on devrait pouvoir faire notre deuil tranquillement ! » s’indigne Amal Bentounsi. Cette quête de preuves n’est jamais de tout repos. Dans des quartiers où la pression policière est forte, les témoins craignent parfois des représailles d’agents, notamment si les accusations de violences visent un collègue du même commissariat. Persuader ces témoins de verser des images au dossier est capital, même si cela ne suffit pas toujours à établir l’illégitimité des violences.

Comme le rappellent plusieurs avocats, en France, lorsqu’un habitant des quartiers populaires porte plainte contre un policier, sa parole n’est pas toujours prise au sérieux par la justice. « Leur crédibilité n’est pas la même que quand il s’agit d’une victime blanche, habitant un centre-ville, résume Me Arié Alimi, avocat et membre de la Ligue des droits de l’homme (LDH). Un doute apparaît dans le regard de l’interlocuteur policier ou judiciaire du simple fait que le plaignant vient d’un de ces quartiers, qu’il est arabe ou noir. Ce sont des victimes invisibles. » Régulièrement aussi, les victimes font face à des tactiques policières redoutables pour décrédibiliser leur parole. « Il y a une criminalisation quasi systématique : les policiers poursuivent les plaignants pour “outrage”, “rébellion” ou “violences”, constate Me Alice Becker, avocate de plusieurs gilets jaunes. On assiste à une inversion des rôles : le plaignant doit se justifier sur tout, comme s’il était le mis en cause. » Or, quand un policier dit avoir subi des violences, la justice ne traîne pas des pieds. « Les personnes sont souvent déférées, en comparution immédiate, en quatre jours au maximum et écoperont d’une condamnation. Alors que, pour les fonctionnaires mis en cause, on va attendre des années », pointe Me Becker. Du temps perdu, pour pas grand-chose : le plus souvent, les plaintes déposées par les victimes aboutissent à des classements sans suite par les parquets.

Des enquêtes biaisées, une justice compromise

Lorsque la plainte arrive jusqu’au palais de justice, débutent de nouvelles épreuves pour les parties civiles. Comme, par exemple, celle de devoir faire face à des mensonges patents, même après des années de combat. Il en aura fallu sept pour prouver la responsabilité du fonctionnaire Jean-Yves Césaire dans la blessure au visage de Geoffrey Tidjani, visé en 2010 par un tir de lançeur de balles de défense (LBD) devant son lycée, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Au procès, l’agent ment en invoquant la légitime défense à la suite d’une « pluie de projectiles » dans un contexte d’« émeutes urbaines ». Des vidéos contrediront les explications du policier : le lycéen ne faisait que pousser une poubelle… En 2017, l’homme est condamné en appel à 18 mois de prison avec sursis pour « violences volontaires », mais aussi « faux et usage de faux », pour avoir menti sur procès-verbal. La cour annulera pourtant l’interdiction professionnelle prononcée en première instance. « En France, on peut mutiler un jeune devant son lycée avec une arme de guerre, faire un faux en écriture pour l’envoyer en prison et continuer son métier de policier avec la bénédiction de la justice », dénonce Christian Tidjani, le père de la victime. De fait, les peines, quand il y en a, restent la plupart du temps légères et peu dissuasives.

Car la justice est timide en matière de violences policières. « C’est compliqué d’obtenir des investigations détaillées », estime Me Jean-Louis Borie, avocat de la famille de Wissam El-Yamni, ce Clermontois de 30 ans décédé en 2012 après une violente interpellation. Sept ans après l’ouverture d’une information judiciaire, l’enquête ignore encore des faits troublants, comme la disparition de 26 photos prises par les enquêteurs au début de l’hospitalisation du jeune homme. Quant aux ordinateurs des policiers, l’un a été détruit, l’autre a vu son disque dur effacé. Et la ceinture que portait Wissam cette nuit-là s’est volatilisée… Ce qui fait beaucoup de mystères pour une seule instruction. « L’enquête a été biaisée dès le départ, en étant réalisée par la sûreté départementale, c’est-à-dire des proches des collègues concernés. Dans leurs premières déclarations, les policiers répètent tous les mêmes mots. Ça interroge », analyse Me Borie. Il y a aussi les cas où la justice regarde carrément ailleurs. Dans le dossier Ali Ziri, un retraité algérien de 69 ans mort en 2009 après un contrôle, les trois juges d’instruction successifs n’ont même pas estimé utile d’auditionner les fonctionnaires concernés. Ni les témoins présents au commissariat. Ni de visionner les caméras de la cour du commissariat. « C’est proprement scandaleux ! assène Me Stéphane Maugendre, l’avocat de la famille Ziri à l’époque. Lorsque des policiers sont mis en cause, on ne doit pas instruire a minima. La justice doit être irréprochable. » Malgré cette enquête bâclée, la cour d’appel avait confirmé en 2014 le non-lieu.

Et quand les instructions ne sont pas enterrées, c’est souvent grâce à la persévérance des familles. Commandée par les proches d’Adama Traoré, la dernière expertise médicale a relancé une affaire passablement enlisée. Ses résultats ont contredit les conclusions de l’enquête rendue en décembre par les juges, en pointant « l’asphyxie mécanique » due aux méthodes d’interpellation. De quoi convaincre les juges de ne pas en rester là, alors que l’hypothèse d’un non-lieu se profilait. La lenteur des procédures ajoute néanmoins aux difficultés des plaignants. « La justice est volontairement longue ! s’indigne Assa Traoré. On ne lâchera rien, même si ce système essaye de nous essouffler. » Cette mère de famille a mis entre parenthèses sa vie professionnelle pour mener son combat, qui entraîne des frais financiers colossaux. « La vente des tee-shirts et les dons nous permettent de tenir », précise-t-elle. Il n’est pas rare que les familles de victimes, aux faibles ressources, soient obligées d’ouvrir des cagnottes en ligne pour payer les frais d’avocats, les expertises médicales et l’organisation des rassemblements.

Aujourd’hui, trois ans après la mort de son frère, Assa Traoré entend faire du dossier Adama une tribune pour les habitants des quartiers frappés par les violences. Au-delà de l’affaire, « c’est un système que nous voulons briser : celui de la machine à fabriquer les non-lieux ». « Un pays sans justice est un pays qui appelle à la révolte », prévient Assa Traoré.

Lola Ruscio
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21 juillet 2019 7 21 /07 /juillet /2019 06:55
Le Carhaix de Daniel Laporte (Ouest-France, 20 juillet 2019)

Pas tous les jours que la presse met à l'honneur des camarades. Ouest-France l'avait déjà fait il y a deux ans avec Pierre-Yves Thomas, animateur de la section PCF de Carhaix, aujourd'hui c'est notre ami Daniel Laporte, militant CGT et communiste, figure de Carhaix, qui répond aux questions du journal. Cette fois-ci, l'interview de Daniel Laporte est clairement centrée sur les questions sociales et l'histoire sociale de Carhaix, avec une dénonciation de l'omerta sur l'usine à lait Synutra aux méthodes de management brutales et plus que douteuses.

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20 juillet 2019 6 20 /07 /juillet /2019 08:51
Quimper. L'avenir de la maison de Max Jacob inquiète l'élu PCF Piero Rainero (Ouest-France, 19 juillet 2019)

Piero Rainero, conseiller municipal communiste de Quimper, s’inquiète de l’avenir de la maison Max Jacob, qui pourrait être vendue à des promoteurs immobiliers. Il avait proposé d’en faire un lieu culturel.

La maison natale du célèbre poète Max Jacob, située au 8, rue du Parc, à Quimper (Finistère), est-elle en passe d’être vendue à des promoteurs immobiliers ? C’est la crainte du conseiller municipal communiste Piero Rainero, qui affirme qu’une visite a eu lieu jeudi 18 juillet. Il critique l’attitude de la Ville dans ce dossier.

Un musée

« J’avais demandé au maire, Ludovic Jolivet, de transformer ce lieu symbolique en lieu culturel qui aurait pu attirer de nombreux touristes,

déclare l’élu. Une commission municipale a planché sur la question. Elle s’est réunie récemment, mais je n’en faisais malheureusement pas partie. Il n’y avait d’ailleurs aucun membre de l’opposition présent. »

Dans une lettre adressée au maire au printemps, le conseiller municipal avait demandé à la Ville de préempter. « Un musée pourrait y être implanté, des expositions, des conférences pourraient y être organisées autour de l’œuvre de ce grand poète et du message humaniste qu’elle porte », avait imaginé l’élu, qui estime que l’achat aurait pu être financé, en partie, avec des subventions du Département et de la Région.

Piero Rainero regrette le manque de concertation. « J’ai entendu dire qu’il y aurait un projet de brasserie. Des logements pourraient également être aménagés. Bref, je constate que le maire est prêt à vendre ce bâtiment, estimé à plus d’un million d’euros. C’est pourtant un symbole pour la Ville. Et c’est encore un bout de notre patrimoine qui s’en va. »

Maison des illustres

« Immeuble XIXe dans l’alignement d’immeubles semblables, à vendre en partie. » C’est le texte de l’annonce immobilière, publiée en mars sur internet. Dans les 550 m² à vendre, se trouve la maison où est né le poète Max Jacob, en 1876.

Cette maison avait été achetée, en 2007, par Geneviève et Éric Perennou. Abandonnée pendant un demi-siècle, elle a dû être rénovée entièrement. Le couple a décidé d’en faire un restaurant, Chez Max, mais aussi un lieu culturel d’expositions et de rencontres. Dix ans plus tard, la bâtisse a reçu le label Maison des illustres, une distinction décernée par le ministère de la Culture.

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20 juillet 2019 6 20 /07 /juillet /2019 08:13
Fête du Travailleur de la Mer - 20 juillet 2019 - Port de Lesconil
avec la participation d'Ismaël DUPONT, secrétaire départemental de la fédération PCF du Finistère, pour l'intervention politique

avec la participation d'Ismaël DUPONT, secrétaire départemental de la fédération PCF du Finistère, pour l'intervention politique

http://pcbigouden.over-blog.com/

Fête du Travailleur de la Mer - 20 juillet 2019 - Port de Lesconil

Tous à Lesco samedi pour la fête du Travailleur de la Mer, une des 3 fêtes d'été du PCF Pays Bigouden, celle qui draine le plus de monde d'habitude, et son souper marin avec le groupe Barababord et Jack Raven's Whores pour l'animation musicale... Tout un programme!

Pour l'Histoire : Georges MARCHAIS en vacances à LESCONIL

Pour mémoire:

LESCONIL SAMEDI SOIR : QUE LA FETE EST BELLE AVEC LES COMMUNISTES ! (25 JUILLET 2018)

 

Pour l'Histoire : Georges MARCHAIS en vacances à LESCONIL

Pour l'Histoire : Georges MARCHAIS en vacances à LESCONIL

Fête du Travailleur de la Mer - 20 juillet 2019 - Port de Lesconil
Fête du Travailleur de la Mer - 20 juillet 2019 - Port de Lesconil
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20 juillet 2019 6 20 /07 /juillet /2019 05:01
Fête de l'Humanité 2019 - 13, 14, 15 septembre à la Courneuve - Finistériens, top départ! Découvrez le programme, achetez la vignette, soyez bénévoles!

Lien Page Facebook Stand du Finistère - Fête de l'Huma 2019

Ça s'prepare. Ça s'attend... Ça s'vit... Les vignettes bon de soutien accès 3 jours disponibles auprès de toutes les sections PCF du Finistère. 28 euros pour le soutien au journal de Jaurès et de la gauche indépendante des milieux de l'argent, 28 euros pour l'accès au plus grand festival et a la plus grande fête politique de France. Vous avez aussi la possibilité de servir comme bénévole sur le stand du PCF Finistère.

https://fete.humanite.fr/-Programme-27-

Fête de l'Humanité 2019 - 13, 14, 15 septembre à la Courneuve - Finistériens, top départ! Découvrez le programme, achetez la vignette, soyez bénévoles!
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Stand du Finistère – Fête de l'Humanité 2019 -

13-14-15 septembre – Parc départemental de la Courneuve

 

Inscriptions Bénévoles

Les 13, 14 et 15 septembre 2019 se déroulera la Fête de l'Humanité au Parc Départemental de La Courneuve. Le programme est à découvrir sur le site : https://fete.humanite.fr/-Programme-27-

Comme lors de chaque édition, le stand de la Fédération du Finistère sera présent sur la Place de Bretagne, à côté des autres fédérations bretonnes, des bretons de Paris, des Cheminots… Non loin de la Grande Scène.

Avec son restaurant qui propose le fameux Kig ha Farz du Nord Finistère, la Saucisse de Molène fumée aux algues, ses huîtres et autres spécialités, il est un lieu incontournable de la fête pour les gastronomes.

Son bar est aussi un lieu de rencontres, de fraternité, de convivialité, entres deux concerts, entre deux débats organisés sur l'espace consacré place de Bretagne. Les soirées y sont animées, chantantes… La bonne humeur et la camaraderie sont de mises.

Pour le bon fonctionnement du stand, la commission « Fête de l'Humanité » de la Fédération PCF 29 travaille depuis plusieurs mois déjà à la réussite de cette nouvelle édition. Celle de 2018 fut exceptionnelle avec des bénéfices indispensables à la réussite de nos luttes politiques et à la survie de notre journal : L'Humanité. En 2019, transformons l'essai, et faisons mieux !

Pour le bon fonctionnement du stand, nous avons besoin de 80 bénévoles environ. Une solide équipe est déjà constituée, mais elle a besoin d'être renforcée par de nouvelles forces. Une nouvelle relève dynamique pour que vive le stand du PCF 29 à la Fête de l'Humanité.

Tu trouveras ci-joint le bulletin d'inscription en tant que bénévole sur notre stand. Nul besoin d'être adhérent au PCF, juste l'envie, la motivation, la profonde conviction que le partage, dans ce monde, est une nécessité humaine et fraternelle. Vivre la fête autrement, partager des moments uniques avec les camarades réunis sur le stand, se loger sur place, pouvoir manger à moindre coût, assister aux concerts, participer aux débats, vivre sa fête tout simplement… Vivre une parenthèse qui marque chaque militant, chaque participant. Voilà ce que nous proposons.

Pour que cette fête existe, nous avons besoin de vous : 3 heures de bénévolat par jour au moins , 9 heures au total sur les trois jours pour ceux qui restent trois jours. Vous pouvez répartir selon vos envies sur le planning, selon votre savoir-faire, vos compétences, mais aussi selon vos souhaits d'apprendre, d'aider… Chaque poste est déterminant, chaque tranche horaire est importante !

Tu trouveras ci-joint le bulletin d'inscription, à retourner avant le 15 août 2019, à la Fédération PCF 29, à Ismaël Dupont, dupont.ismael@yahoo.fr, ou à Yoann Daniel, yoann.daniel@outlook.fr - federation@29.pcf.fr

Pour information, l'hébergement ne peut se faire qu'en tente individuelle derrière l'espace du stand. Les places en tente collective sont distribuées à la discrétion de la commission selon les besoins. Il est aussi possible de dormir sur un matelas sous la tente restaurant pour assurer la sécurité du stand.

Yoann Daniel  et Ismaël Dupont pour le PCF Finistère

fête de l'Humanité 2018 sur le stand du Finistère

fête de l'Humanité 2018 sur le stand du Finistère

fête de l'Humanité 2018 sur le stand du Finistère

fête de l'Humanité 2018 sur le stand du Finistère

fête de l'Humanité 2018 sur le stand du Finistère

fête de l'Humanité 2018 sur le stand du Finistère

fête de l'Humanité 2018 sur le stand du Finistère

fête de l'Humanité 2018 sur le stand du Finistère

fête de l'Humanité sur le stand du Finistère

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Fête de l'Humanité 2019 - 13, 14, 15 septembre à la Courneuve - Finistériens, top départ! Découvrez le programme, achetez la vignette, soyez bénévoles!
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19 juillet 2019 5 19 /07 /juillet /2019 07:45
Pierre Ouzoulias

Pierre Ouzoulias

La Commission de la culture du Sénat a tranché :
les « algorithmes locaux » de Parcoursup existent et ils doivent être rendus publics

La procédure Parcoursup organise le recueil des vœux et des dossiers des lycéens à l’aide d’un algorithme national qui a été publié. En revanche, ces informations sont traitées, le plus souvent, en partie ou en totalité, par les établissements de l’enseignement supérieur à l’aide d’« algorithmes locaux » qui demeurent confidentiels, contrairement aux engagements du Président de la République et du Gouvernement qui affirmaient vouloir rendre le nouveau dispositif totalement transparent.

Dès la promulgation de la loi, en mars 2018, avec le groupe CRCÉ, le Sénateur Pierre Ouzoulias avait demandé la publication de ces « algorithmes locaux » à la ministre chargée de l’enseignement et, sans réponse, avait saisi la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA), le Défenseur des droits et la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) pour en obtenir la communication.

La confidentialité des modalités d’examen des dossiers des lycéens repose sur une mesure dérogatoire introduite dans la loi par un amendement du Gouvernement. Il organise un régime spécifique de communication, contraire au principe général de transparence institué par le code des relations entre le public et l’administration.

À l’occasion de la discussion du projet de loi relative à la protection des données personnelles, en avril 2018, la Sénatrice Sophie Joissains, au nom de la commission des lois, avait fait voter par le Sénat un amendement supprimant ce régime dérogatoire. Il avait été rétabli par l’Assemblée nationale.

Dans le cadre du suivi de l’application de la loi sur l’orientation et la réussite des étudiants (ORE), la commission de la culture du Sénat a confié au Sénateur Jacques Grosperrin, rapporteur de la loi, une mission d’évaluation sur ces « algorithmes locaux ». Ce dernier a rendu compte de ses travaux et de ses conclusions, le 17 juillet 2019. Il montre que la procédure Parcousup se compose d’une phase de pré-classement qui met en œuvre des « algorithmes locaux » et d’un examen individuel des dossiers.

À la suite du Défenseur des droits, de la CADA, de la CNIL et de la Commission européenne, il considère qu’il est essentiel, pour la transparence de la procédure, que les critères de ces « algorithmes locaux » soient rendus publics.

Après plus d’un an de démarches auprès du ministère et du Gouvernement et de saisines contentieuses, le Sénateur Pierre Ouzoulias et le groupe CRCÉ se félicitent de cette décision de la commission de la culture du Sénat qui valide le travail accompli pour dénoncer ce régime dérogatoire et l’opacité de Parcoursup. Ils déposeront prochainement, au Sénat, une proposition de loi pour supprimer cette disposition et défendre les droits des lycéens et de leurs familles contre l’arbitraire d’une procédure d’exception qui organise le tri social.

 

Le 18 juillet 2019

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19 juillet 2019 5 19 /07 /juillet /2019 07:26
Disparition. Johnny Clegg, guerrier pacifiste du combat anti-apartheid
Jeudi, 18 Juillet, 2019 -L'Humanité

Un riche legs musical et un engagement exemplaire. L’artiste activiste sud-africain est mort mardi à l’âge de 66 ans. Il nous laisse des souvenirs émouvants, comme ses concerts à la Fête de l’Humanité.

En 1990, la Fête de l’Humanité célébrait la libération de Nelson Mandela. En ce samedi soir du 15 septembre, la Grande Scène battait un de ses records. Nous étions au moins 100 000 mélomanes citoyens à écouter Johnny Clegg et son groupe Savuka (dont le nom signifie « Nous nous sommes réveillés », en zoulou)   Je me souviens de la clameur qui s’est élevée de la mer humaine, pour saluer l’arrivée, sur le plateau, du chanteur et de ses musiciens sud-africains. Frissons… Je me souviens de l’océan de briquets qui se sont allumés, quand ont retenti les premières notes de l’hymne Asimbonanga (« Nous ne l’avons pas vu »), que le leader avait dédié à Mandela, maintenu par le pouvoir dans ses geôles depuis 1962. Je me souviens que, lorsque Johnny a entonné le couplet en l’honneur de Nelson Mandela, Steve Biko et Victoria Mxenge, le peuple de la Fête de l’Humanité s’est transformé en gigantesque chœur. Certains et certaines d’entre nous, le poing levé, versaient des larmes d’émotion…

Le spectacle splendide de ce groupe, qui, sans peur et sans reproche, bravait la ségrégation raciale, entrait en résonance avec l’espoir porté par la libération de Mandela survenue en février 1990. Mais nous avions conscience que, pour le moment, n’était coupée qu’une seule tête de l’hydre apartheid. « Il ne faut pas encore interrompre les sanctions économiques, s’était exclamé le lucide Johnny Clegg, dans les coulisses. La lutte est loin d’être terminée. Il faudra énormément de temps pour réparer, ne serait-ce que partiellement, les ravages dus au racisme institutionnalisé en 1948 et la misère dans laquelle a été emmurée tout particulièrement la population noire. »

Le 16 juillet 2019, l’ancien professeur d’anthropologie à l’université à Johannesburg, devenu artiste activiste, est décédé d’un cancer à l’âge de 66 ans, à Johannesburg. Il est mort comme il a vécu : avec la lucidité, la simplicité et la générosité chevillées à l’âme. Nous adressons nos sincères condoléances à sa famille et à son équipe, en particulier à son manager français, Claude Six. « Je garderai de lui le souvenir d’un homme brillant, généreux, fidèle à son idéal de justice, mais aucunement naïf, Johnny avait un regard acéré sur le monde, nous souffle Claude Six, chamboulé, qui travaillait avec le regretté musicien depuis 1986. Il a été enterré hier, à Johannesburg, près de sa maman ». 1986, année où nous l’avons découvert en France, à Musiques métisses d’Angoulême, grâce au directeur du festival, Christian Mousset, qui l’avait programmé… Foudroyante a été la révélation de cet artiste révolutionnaire, dont la musique multicolore traversait les murailles de l’apartheid et qui, avec le danseur et percussionniste Dudu Zulu, faisaient la nique à l’apartheid au gré d’ancestrales danses guerrières zouloues. Dudu Zulu paiera de sa vie les spasmes du système, il sera assassiné le 4 mai 1992.

« Il a joué un rôle important pour la démocratie en Afrique »

Dans la musique de Savuka s’embrassaient rythmes africains, guitares rock, claviers électriques et, à la manière d’un pont entre toutes ces cultures, un accordéon puisant aux traditions sud-africaines et occidentales. Clegg s’était initié à la langue et aux rythmes zoulous auprès de Sipho Mchunu. En 1976, année des émeutes de Soweto, Clegg monte, à 23 ans, la formation Juluka (« sueur », en zoulou). Mais Sipho ayant décidé de retourner vivre au village, Johnny lance Savuka. La suite, on la connaît. En 1987, Asimbonanga offre à Clegg une gloire planétaire.

Dans notre édition du 13 septembre 1994, Patrick Apel-Muller et Zoé Lin écrivaient, après le second concert de Johnny Clegg à la Fête de l’Humanité, qui saluait l’élection de Mandela à la présidence de la République : « Ce devait être un concert, ce fut un hymne à la joie, à la liberté recouvrée, pour fêter en musique la nouvelle Afrique du Sud ». Pour Angélique Kidjo, qui a participé au dernier disque de Johnny Clegg, King of Time (2018), il n’y a aucun doute. « Johnny a joué un rôle important dans l’histoire de la musique, mais aussi pour la démocratie en Afrique. Ce qui me touchait, chez lui, c’était son authenticité. Un homme parmi les plus sincères que j’ai jamais rencontrés. »

Fara C.

King of Time, ultime album du Zoulou blanc

Se sachant condamné par le cancer, Johnny Clegg nous a gratifiés, fin 2018, d’une offrande : son album King of Time, abordant le thème du temps qui règne sur toute destinée. Sur le premier single, Color of My Skin, il a eu l’excellente idée d’inviter Angélique Kidjo, tandis que son fils Jesse, musicien de 29 ans, est convié dans I’ve Been Looking. De Johnny, on retrouve le mélange afro-rock reconnaissable entre tous. Sa chanson Oceanheart a été choisie par l’Unesco comme hymne pour la campagne de préservation des océans. CD King of Time (chez Oceanbeat/BMG) johnnycleggsa/

Johnny Clegg. « J’ai fait mon ­apprentissage d’homme à travers une autre culture »
Jeudi, 18 Juillet, 2019

Au fil des années, suivant la situation en Afrique du Sud, le chanteur nous a fait part dans l’Humanité de ses sentiments sur l’évolution de son art, la découverte de la langue zouloue, ses liens de fraternité avec le peuple et les changements politiques dans son pays.

 

21 juillet 1994 :

« La première danse zouloue que j’ai pratiquée, c’était la danse baka. Les employés noirs municipaux qui dégageaient les ordures dans les camions avaient l’habitude de la danser. J’ai appris auprès d’eux. Dès l’âge de 14 ans, j’étais fasciné par la culture zouloue. J’ai étudié le zoulou en autodidacte. J’avais rencontré un guitariste de rue. Il ne parlait pas l’anglais et je ne connaissais pas un mot de zoulou. J’ai appris avec lui en enregistrant ses chansons sur un magnétophone et en les répétant phonétiquement. Je ne savais pas ce que je chantais ! Mais dès que j’ai commencé à maîtriser la langue, je l’ai aimée. À l’âge de 16 ans, j’ai rencontré Sipho, avec lequel, plus tard, j’ai fondé le groupe Juluka. J’ai alors rejoint sa troupe de danse, qui était très cotée. Avec Sipho, j’ai vécu une amitié extraordinaire, une rare fraternité. Sans en être conscient, j’allais contre le système de l’apartheid. »

10 août 1994 :

« Quand vous grandissez dans trois pays d’Afrique différents, que vous êtes né en Angleterre, que votre mère est divorcée… J’ai eu une éducation totalement folle et, à un moment donné, j’ai commencé à m’intéresser aux sociétés ­traditionnelles, parce qu’elles m’apportaient un foyer, une identité (…). J’ai fait mon ­apprentissage d’homme à travers une autre culture, parce que celle qu’on m’offrait dans ma propre société était en pleine banqueroute. »

18 juillet 2007 :

« La Fête de l’Humanité est un symbole important, un événement que j’associe à des valeurs d’égalité. Très différent de tous les spectacles que je fais en tournée, d’autant plus que c’est un moment chargé d’histoire. La première fois que je me suis produit à la Fête de l’Humanité, c’était en 1987 ou 1988… Je garde de très bons souvenirs de cette époque. Nous étions très conscients de la situation en Afrique du Sud, de l’apartheid et de toutes les autres situations où perdurent des dictatures. »

9 décembre 2013 :

« Pour ma famille, pour moi, pour le peuple sud-africain, Nelson Mandela incarne la longue et persévérante pérégrination qui s’est avérée nécessaire pour que notre pays atteigne, enfin, la rive rêvée : celle de la démocratie et d’une Afrique du Sud délivrée de l’apartheid. La décennie 1990 a été secouée par des tourmentes, mais ni le massacre du 17 juin 1992 dans le township de Boipatong (perpétré par des membres armés de l’Inkatha Freedom Party – NDLR), ni l’assassinat, en 1994, de Chris Hani, secrétaire général du Parti communiste sud-africain, ni les autres atrocités qui ont pu être commises n’ont pu arrêter les négociations pour une Afrique du Sud libre et démocratique. Parfois, le doute ou la peur s’emparait de nous. Mais dès que Nelson Mandela s’exprimait à la radio ou à la télévision, sa voix, à la fois puissante et irradiante d’amour, nous redonnait courage. Madiba avait, en outre, un grand sens de l’humour, qu’il savait conjuguer avec les vertus de sa bravoure. Il accordait une oreille attentive et respectueuse à ses interlocuteurs, y compris à ses adversaires. Des qualités particulièrement précieuses dans un contexte où primaient le racisme et la démagogie. Nelson Mandela a été le capitaine qu’il fallait à notre Afrique du Sud malmenée par la tempête. Son héritage continuera de nous inspirer profondément. Au revoir, papa. Hamba kahle, Tata ! »

Disparition. Johnny Clegg, guerrier pacifiste du combat anti-apartheid (L'Humanité, 18 juillet 2019)
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19 juillet 2019 5 19 /07 /juillet /2019 07:11
États-unis. Les tweets de Trump dignes du Ku Klux Kan
États-unis. Les tweets de Trump dignes du Ku Klux Kan
Mercredi, 17 Juillet, 2019 -L'Humanité

Le président américain insulte des représentantes démocrates du Congrès. De gauche et issues de l’immigration, elles représentent tout ce qu’il exècre.

 

« On ne nous fera pas taire », a répliqué Ayanna Pressley, qui a accusé Donald Trump de manquer « de la grâce, de l’empathie, de la compassion et de l’intégrité qu’exige la fonction » présidentielle. « J’encourage néanmoins les Américains (…) à ne pas mordre à l’hameçon », a-t-elle ajouté, voyant dans les attaques du milliardaire républicain « une distraction » pour détourner l’attention « des problèmes affectant les Américains ». Celle qui est la benjamine du Congrès, Alexandria Ocasio-Cortez, a, elle, déclaré ne pas être « surprise » par la « rhétorique » de Trump. De son côté, Ilhan Omar a accusé Donald Trump, auteur d’une « attaque ouvertement raciste à l’encontre de quatre élues de couleur », de promouvoir les idées des nationalistes blancs. Enfin, l’élue de confession musulmane, Rashida Tlaib, a appelé à lancer une procédure de destitution contre Donald Trump.

« Est-ce que cela vous dérange que nombre de gens trouvent vos tweets racistes ? » a demandé un journaliste à Donald Trump. Réponse de ce dernier : « Cela ne me dérange pas car beaucoup de gens sont d’accord avec moi. » Pourtant, au sein du Parti républicain, certains élus lui ont demandé de retirer ses tweets et de s’excuser. Le président américain sait ce qu’il fait. Il alimente le racisme et veut conforter sa politique anti-immigrés. Ses attaques visent également à identifier le Parti démocrate avec ces quatre élues représentant la tendance la plus à gauche et en désaccord avec Nancy Pelosi, qui doit maintenant les défendre. Conclusion de Trump : « Cela signifie qu’ils soutiennent le socialisme, la haine d’Israël et des États-Unis ! » CQFD.

Pour Donald Trump, les tensions raciales sont une manne électorale qui lui sert à galvaniser sa base d’électeurs, très majoritairement blanche. Depuis dimanche, via ses fameux tweets, il déverse sa haine et sa xénophobie sur quatre élues démocrates : Alexandria Ocasio-Cortez (New York), Ilhan Omar (Minnesota), Ayanna Pressley (Massachusetts) et Rashida Tlaib (Michigan). Après avoir conseillé ce week-end aux quatre élues de « retourner » dans leur pays d’origine, le président américain a intensifié ses attaques, en début de semaine, les accusant de « haïr » l’Amérique. « Si vous n’êtes pas heureuses ici, vous pouvez partir ! » a-t-il lancé depuis les jardins de la Maison-Blanche alors même que trois de ces élues sont nées sur le sol états-unien. La veille, il avait suggéré à ces représentantes de retourner dans « ces endroits totalement défaillants et infestés par la criminalité dont elles viennent ».

Pierre Barbancey
États-unis. Les tweets de Trump dignes du Ku Klux Kan
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