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2 janvier 2020 4 02 /01 /janvier /2020 06:53

 

La République nous appartient, sans distinction d’origine, de condition, d’apparence, de croyance, de sexe ou de genre. Chaque année depuis 2010, Mediapart demande donc à un·e citoyen·ne de remplacer et de précéder le président en place dans l’exercice des vœux présidentiels.

Pour 2020, les humoristes Charline Vanhœnacker et Guillaume Meurice, accompagnés à la guitare par Frédéric Fromet, nous offrent en chanson les vœux joyeux et moqueurs d’une présidence paritaire.

Les accueillir tous les trois à Mediapart, c’est aussi manifester notre soutien aux personnels de Radio France en lutte contre le plan de suppression de postes au sein de la radio publique, mouvement qu’ils soutiennent et auquel ils participent. Charline Vanhœnacker co-anime avec Alex Vizorek l’émission « Par Jupiter ! » sur France Inter, dans laquelle Guillaume Meurice a son moment et Frédéric Fromet sa chanson.

Chaque matin, les auditeurs de France Inter peuvent écouter le billet de Charline Vanhœnacker. Elle est l’auteure d’un savoureux Bonjour la France ! et, plus récemment, la co-auteure, avec Guillaume Meurice et la dessinatrice Cami, du premier Cahier de vacances de Manu. Pour tout savoir des activités de Guillaume Meurice, et notamment la tournée de son nouveau et décoiffant spectacle The Disruptives, rendez vous sur son site officiel. De même pour Frédéric Fromet.

Ce trio succède dans cet exercice citoyen et mediapartien à Stéphane Hessel (vœux de résistance pour 2011), Moncef Marzouki (vœux d’espoir pour 2012), Édouard Martin (vœux de lutte pour 2013), Ariane Mnouchkine (vœux d’épopée pour 2014), François Morel (vœux de courage pour 2015), Océanerosemarie (vœux de paix pour 2016), Assa Traoré (vœux de fraternité pour 2017), Sandrine Rousseau (vœux de liberté pour 2018) et Vincent Verzat (vœux de lucidité, solidarité et radicalité pour 2019).

En bonus, ce bêtisier du tournage, dans le studio de Mediapart :

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1 janvier 2020 3 01 /01 /janvier /2020 08:21

 " Dans le cadre des actions menées depuis des semaines contre la réforme des retraites, nous vous remercions de bien vouloir publier le communiqué de presse suivant :

Les organisations syndicales GGT, FO, FSU et Solidaires du Finistère continuent à appeler à la mobilisation contre le projet de réforme des retraites du gouvernement.
Aussi,  pour gagner une grande journée de grève et de manifestation le 9 janvier prochain dans le cadre de l’appel national, elles appellent les travailleurs, salariés, fonctionnaire, retraités, privés d’emploi à se retrouver vendredi 3 janvier 2020 à 11h00 devant la permanence de Richard Ferrand à Châteaulin, rassemblement qui sera suivi d’un casse-croûte de solidarité avec les grévistes à la gare de Châteaulin.

Pas de trêve! Continuons d'être mobilisé.e.s jusqu'au retrait de la réforme des retraites du gouvernement!

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1 janvier 2020 3 01 /01 /janvier /2020 07:26
Paul Le Gall, Piero Rainero, Daniel Trellu (ancien chef FTP du Finistère), Pierre Le Rose, Gaston Plissonnier (archives Pierre Le Rose)

Paul Le Gall, Piero Rainero, Daniel Trellu (ancien chef FTP du Finistère), Pierre Le Rose, Gaston Plissonnier (archives Pierre Le Rose)

1er numéro du journal des Jeunesses Républicaines de France - Debout les jeunes! Union de la jeunesse républicaine: une organisation communiste de jeunesse de masse à la Libération (archives Pierre Le Rose)

1er numéro du journal des Jeunesses Républicaines de France - Debout les jeunes! Union de la jeunesse républicaine: une organisation communiste de jeunesse de masse à la Libération (archives Pierre Le Rose)

Congrès du PCF à Strasbourg en 1947 - Daniel Trellu, le premier à gauche: à ces côtés, Gabriel Paul, Pierre Le Rose, Marie Lambert (archives Pierre Le Rose)

Congrès du PCF à Strasbourg en 1947 - Daniel Trellu, le premier à gauche: à ces côtés, Gabriel Paul, Pierre Le Rose, Marie Lambert (archives Pierre Le Rose)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 1/ Daniel Trellu  (1919-1998)

1920- 2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère

1- Daniel Trellu (Quéméneven 1919- Carhaix 1998)

Le témoignage d'Alain David sur Daniel Trellu

" Un homme exceptionnel. Libre, lucide et fidèle dans ses engagements. J'ai le souvenir impérissable d'un camp de voile à Lesconil où, un soir de navigation sur le Steir, des jeunes Français et Algériens ont chanté ensemble le chant des partisans... et cela en pleine guerre d'Algérie.  Bien plus tard que cette première rencontre, qui a marqué l'adolescent que j'étais, j'ai à nouveau rencontré Daniel dans sa maison d'écluse au bord du cana . Je garde un souvenir fort et ému de la richesse de nos échanges ( pour être honnête de tout ce que Daniel y apportait). Nous y avons préparé une rencontre avec un groupe de jeunes communistes allemandes qui randonnaient en Bretagne à moto et qui voulaient évoquer avec lui la résistance dans notre région. La rencontre eut lieu au village de Trédudon sur la commune de Berrien. Au-delà de la narration de cette période cruciale dans la vie du jeune instituteur devenu chef de la résistance, les auditrices furent impressionnées par la culture, la profondeur humaine de Daniel. La qualité et la profondeur des liens qui subsistaient aussi avec la population de ce village de l'Arrée, ceux qui avaient connu Daniel à cette époque comme leurs descendants. Bien entendu, cela ne se termina pas sans une copieuse dégustation des produits locaux. C'est l'héritage que nous ont laissé au péril de leur liberté et de leur vie des gens de cette qualité (alors que les "élites " se vautraient pour nombre d'entre elles dans la collaboration) que l'on voudrait aujourd'hui galvauder au sommet de l'état" .

 

Né en 1919 à Quéménéven (29), Daniel Trellu, qui devient instituteur avant guerre, a joué sous le pseudonyme de «Colonel Chevalier», un rôle important dans la Résistance en tant que responsable départemental d'un des premiers maquis de Bretagne (Spézet, Laz, Saint-Goazec), puis de responsable de la résistance FTP de Bretagne.  

Il était entré aux Jeunesses Communistes dès 1936, à l'époque de la montée des fascismes, puis il participa à la reconstitution du Parti Communiste clandestin en 1939. 
"D'aucuns se souviennent de quelques faits d'arme de ce résistant intrépide: rapt d'uniformes d'officiers nazis dans un hôtel au bord de l'Aulne, déchargement d'armes au "Cap-Horn" (Quimper)" (témoignage d'André Buanic cité par Francis Favereau). 
Après la guerre, il devient responsable départemental du parti communiste à Brest, puis réintègre l'enseignement en 1952.
Il sera successivement instituteur à Trégunc, puis professeur de français et d'histoire-géographie au lycée technique Chaptal à Quimper. Très lié à Dubcek (depuis 1949 - stages, rencontres), il fut très affecté par les évènements de 1968 en Tchécoslovaquie. 

Après la guerre, il devient responsable départemental du parti communiste à Brest, puis réintègre l'enseignement en 1952.

Il sera successivement instituteur à Trégunc, puis professeur de français et d'histoire-géographie au lycée technique Chaptal à Quimper.

Il aura d'ailleurs comme élève un certain Daniel Le Braz (Dan ar Braz). Il prend sa retraite en 1975 et vient s'installer à Saint-Hernin où il décédera en avril 1998.

Daniel Trellu était un homme cultivé, lettré, l'auteur de nombreux poèmes:

Voici un poème remarquable de Daniel Trellu trouvé dans le tome 3 en français de l'anthologie de Favereau chez Skol Vreizh, sachant que l"original se trouve dans la version bretonne de l'anthologie.

Le poème en breton est peut-être encore supérieur à sa traduction, fût-elle de l'auteur lui-même comme c'est le cas ici. On considérer qu'ici le style poétique de Trellu est assez proche de certains aspects de Char. Ce poème nous a été transmis par Michel Kerninon et Kristian Keginer. 


 

OMBRE

J'ai perdu mon ombre

Ma preuve par le soleil

A midi comme un mât

Planté en pleine terre 

Voiles hautes

J'étais une évidence verticale

Confondue avec son double

Pouvais-je retenir les soleils

Quand je croyais ouvrir deux mains

J'ai creusé pour chercher mon ombre

J'ai navigué sur des faux équilibres

Mon tronc s'est vidé

L'écorce est transparente

Faux soleils fausses lueurs

Je tourne autour du vide

Je n'ai plus d'ombre

J'ai perdu le soleil. 

Maryse Le Roux nous raconte Daniel Trellu (Quémeneven 1919-1998 Carhaix) , ancien responsable de la Résistance Communiste bretonne et cadre du PCF à la Libération, qu'elle a rencontré à la fin des années 90:

" Sa maison d’écluse au bord du canal de Nantes à Brest avait beaucoup de charme. Il avait fait à côté sous une terrasse un espace barbecue, et il en parlait comme de l’espace de l’amitié, qui semblait avoir pour lui une grande importance.
Il avait dans sa retraite un rôle proche de celui d’un assistant social bénévole, et débrouillait des dossiers pour des gens qui n’y arrivaient pas. (...) Dans l’entrée de sa maison, il y avait deux images côte à côte et de la même taille : une de Marx, je crois, une autre du Christ.
Il avait avec toi pas mal de points communs : c’était un communiste convaincu, et il était ouvert, tolérant, et lisait des textes sacrés. Parler avec lui ne donnait pas l’impression de parler à un homme enfermé dans un système de pensée. Il était humaniste, chaleureux. Il avait du recul sur ses choix. Il parlait de Marcel Cachin comme de quelqu’un qui avait compté pour lui, en tant que communiste, et en tant que défenseur de la langue et de la culture bretonnes.
La langue bretonne avait beaucoup de valeur à ses yeux, il écrivait des poème en breton, et les traduisait. 
Voilà, c’est tout ce qui me revient... Ce n’est pas grand-chose, mais ce qui dominait quand je l’ai quitté, c’était le sentiment d’avoir rencontré quelqu’un d’une belle humanité, et un esprit libre."

" Concernant les "campagnes rouges" du Centre-Bretagne, Daniel Trellu avait répondu en breton aux questions de Ronan Le Coadic (Skol Vreizh, n°22, 1991):

 

 

"Dans ces régions, les ruraux étaient traités comme des bêtes sous le règne des riches et, peu à peu, ils sont parvenus à posséder leur lopin de terre, un champ ou deux ou trois; par la suite, ils ont mis un peu d'argent de côté, mais n'ont pas oublié d'où ils venaient... Certains sont partis travailler loin, à Paris. Des gens costauds pour des travaux pénibles. C'est ainsi que ceux-ci se sont trouvés à la tête des syndicats, et ainsi de suite; puis ils ont connu les communistes et ont adhéré (au PCF). Et c'est ainsi qu'ils ont ramené au pays ce qu'ils avaient appris à Paris... Marcel Cachin disait un jour: "Tiens, ceux-là, maintenant, ils ont vu les saints vivants et les ont vus mourir pour des idées". Cela a été un peu un transfert de foi... Les Bretons, tu le sais bien, aiment à voir des saints; or, cet homme-là, c'était comme un saint dans le pays. Il s'occupait des pauvres. Et ils n'avaient pas d'argent, on ne leur en demandait pas. Il était toujours prêt, de jour comme de nuit, à rendre service, quoique ce soit... allez hop! on va trouver le docteur Jacq, le médecin des pauvres*". (entretien avec Ronan Le Coadic cité par Francis Favereau, Anthologie de la littérature bretonne au XXe siècle, tome 3, Skol Vreizh, p. 463)


 

 

Daniel Trellu (1919-1998): instituteur, responsable de la résistance communiste bretonne, militant, poète bretonnant

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31 décembre 2019 2 31 /12 /décembre /2019 08:01
2020 - A coeur vaillant rien d'impossible ! - en cheminant avec Gramsci

"Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres", écrivait Gramsci. 

Tellement adapté à la situation présente, riche de nouveaux possibles, d'inventions en gestation face à un système à bout de souffle qui ne cesse de produire des crises et du chaos, de la violence sociale, économique et politique.

"La crise consiste justement dans le fait que l'ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés", écrit encore Gramsci, dirigeant politique et philosophe communiste italien, mort dans les prisons fascistes (arrêté et emprisonné en 1926, il meurt en prison en 1937).  

Le capitalisme poussé à sa limite et son empire extrême sur l'ensemble du monde et des segments de la vie sociale déstabilise la nature, les conditions d'une vie durable et acceptable sur notre terre commune, pervertit la culture, la démocratie, fragmente les sociétés, monte les hommes les uns contre les autres, produit de la haine de soi, du repli sur soi, de la guerre de tous contre tous.

Ces clowns hideux qui gouvernent le monde, les Trump, Bolsonaro, Pinera, Salvini, Netanyahou, Poutine, Modi, Shinzo Abe, Erdogan, Bachar, Sissi, Orban, Johnson, mais l'on pourrait citer n'importe quel autre milliardaire bouffon haineux, qui occupera bientôt sans doute le devant de la scène, sont de véritables insultes à l'intelligence humaine et à l'optimisme démocratique. Ils sont les résultantes de cet âge sénile du capitalisme, le signe de la fragilité de son triomphe, la démocratie libérale de marché basculant dans un néo-fascisme, souvent appuyé sur l'irrationnalité religieuse, nationaliste et identitaire. Les forces de l'oligarchie mettent en orbite pour préserver les intérêts des familles qui prétendent (dé)possèder les sociétés et les soumettre aux exigences de leurs profits les dirigeants politiques les plus vils, populistes xénophobes, racistes, misogynes, homophobes, révisionnistes, valorisant l'argent roi et la vulgarité, le culte de la force et de la mauvaise foi, et bénéficiant bien souvent de la complaisance des médias.

Ce monde là, où les peuples sont conduits de régression sociale en régression démocratique, est intolérable, invivable.

26 milliardaires dans le monde, et parmi eux des Français possesseurs de groupes médiatique, prospérant avec la complicité active des gouvernements, possèdent autant de richesse que la moitié de l'Humanité.

Pendant ce temps, un milliard de personnes ne mange pas à sa faim. La guerre et la barbarie quotidienne sont le quotidien de dizaines de peuples et de pays, pour que les marchands de canons s'engraissent sur le sang et les larmes d'une humanité martyrisée et niée. Ce monde là est intolérable, invivable. 

Et pourtant on vit, on tolère, on se résigne, on ferme les yeux ou regarde ailleurs, y compris face à la misère et l'injustice au plus près de chez nous.

Et c'est humain aussi... Parce qu'on veut préserver sa gaieté et sa tranquillité d'esprit, parce qu'on se sent impuissant, parce qu'on n'y croit pas.

Ainsi va la vie. Pour quelques courageux et héros, beaucoup vivent dans le clair-obscur des vertus civiques et humaines. En même temps, les effets du dévouement individuel restent très limités tant que l'on ne s'attaque aux racines du mal et au système économique et politique qui lui permet d'étendre ses tentacules.

Gramsci toujours:

" Je hais les indifférents. Je crois comme Friedrich Hebbel que « vivre signifie être partisans ». Il ne peut exister seulement des hommes, des étrangers à la cité. Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents. L’indifférence est le poids mort de l’histoire. C’est le boulet de plomb pour le novateur, c’est la matière inerte où se noient souvent les enthousiasmes les plus resplendissants, c’est l’étang qui entoure la vieille ville et la défend mieux que les murs les plus solides, mieux que les poitrines de ses guerriers, parce qu’elle engloutit dans ses remous limoneux les assaillants, les décime et les décourage et quelquefois les fait renoncer à l’entreprise héroïque. L’indifférence œuvre puissamment dans l’histoire. Elle œuvre passivement, mais elle œuvre. Elle est la fatalité; elle est ce sur quoi on ne peut pas compter".

La révolution, l'insurrection collective, la remise en cause globale du désordre du monde capitaliste pour reconstruire sur de nouveaux fondements une société humaine et rationnelle, sont toujours à l'ordre du jour.

La marche est haute mais "à cœur vaillant rien d'impossible". 

Quand des peuples se lèvent et affirment leur capacité de mobilisation collective, leur liberté intacte et en acte, leur exigence de dignité, d'indépendance, d'égalité, comme au Chili, au Liban, en Algérie, au Kurdistan, en Palestine, ou ailleurs, c'est beau, c'est fort, c'est le signe que la fin de l'histoire n'est pas à l'ordre du jour, que l'avenir peut continuer à s'écrire ailleurs que dans les salles de marchés, les cabinets d'autocrates et les conseils d'administration des multinationales.

A cœur vaillant rien d'impossible...    

Chiche!

Reconstruire du commun, de l'espoir politique, du rassemblement de la gauche et de ceux qui ont intérêt à ceux que les choses changent, des potentialités révolutionnaires progressistes, faire échec à Macron, à son projet de restauration d'une société de privilèges et d'inégalités construite pour les intérêts de ses amis de la finance et du patronat, obtenir l'abandon de la réforme des retraites. 

On y croit, on y travaille, lucidement, en connaissant la difficulté de la tâche et ses écueils, instruits par l'expérience et l'histoire, mais parce qu'on a pas le choix, parce que c'est à la fois une nécessité vitale et une obligation morale. "Je suis pessimiste par l'intelligence mais optimiste par la volonté", écrit Gramsci.

Il faut vouloir très fort et tenter de voir clair pour ne pas se bercer d'illusions et éviter les chausse-trappes de l'optimisme historique.   

"Celui qui ne sait pas d'où il vient ne peut savoir où il va", écrit encore Gramsci.

C'est pourquoi nous proposerons chaque jour aux lecteurs du Chiffon Rouge toute cette année anniversaire des 100 ans du Parti communiste un retour en forme d'hommage sur des vies et des engagements de communistes finistériens, femmes et hommes dévoués et courageux, militantes et militants de l'avenir humain.

Puissent-ils nous ouvrir la voie pour avoir le cœur et l'espoir d'agir et de risquer dans des situations politiques nouvelles, au nom d'un idéal d'humanité élevé, d'égalité, de paix, de liberté, qui reste d'actualité aujourd'hui et qui continue à nous guider! 

Pourquoi pas conclure de manière paradoxale ces vœux de nouvelle année avec Gramsci toujours:

"Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc. C’est un travers des dates en général"

Et pourtant, même si cela relève de la pensée magique et de la croyance aux miracles, il y a de la douceur, un réconfort de chaleur et de générosité, à dire et souhaiter que le monde et l'homme s'améliore, mais surtout à offrir des vœux de joie, de bonheur, d'amour, d'amitié, de fraternité, de réussites et de bonne santé, aux lecteurs du Chiffon Rouge.  

Alors, à toutes et tous, très belle année 2020!

Pour tenter d'ouvrir et défricher 100 ans d'avenir à nouveau pour la cause du communisme, de la révolution, de la fraternité humaine et internationale et du progrès humain.  

Ismaël Dupont.

31/12/2019

 

 

 

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31 décembre 2019 2 31 /12 /décembre /2019 06:57
Cette semaine, l’écrivain Joseph Andras brosse pour L’Humanité les portraits de poètes en lutte. Ce lundi, le Salvadorien Roque Dalton, né en 1935, poète traqué, dramaturge et romancier communiste, farouche opposant aux régimes militaires de son temps.

Cette semaine, l’écrivain Joseph Andras brosse pour L’Humanité les portraits de poètes en lutte. Ce lundi, le Salvadorien Roque Dalton, né en 1935, poète traqué, dramaturge et romancier communiste, farouche opposant aux régimes militaires de son temps.

Roque Dalton « Au nom de ceux »
Lundi, 30 Décembre, 2019

​​​​​​​L’écrivain Joseph Andras brosse pour l’Humanité les portraits de poètes en lutte. Aujourd’hui, le Salvadorien Roque Dalton, né en 1935, poète traqué, romancier et dramaturge communiste, farouche opposant aux régimes militaires de son temps.

 

Qu’est-ce que la poésie ? Question par trop usée, à laquelle il est bon de répondre qu’on ne peut y répondre puisqu’elle est précisément ce que l’on ne saurait dire. Posons-la autrement : qu’est-ce que la poésie pour la bourgeoisie ? Puis convoquons la réponse qu’un poète proposa un jour : «  (L)e poète, pour la bourgeoisie, ne peut qu’être :/serviteur,/bouffon,/ou ennemi. » On se figure sans peine les deux premiers ; on lit plus avant pour embrasser la proposition dans son entier : le poète en butte aux détenteurs des moyens de la production sociale n’est salué qu’en «  persécutions, prisons, balles ». Pareil sort peut brider la rime. Il est donc des ministres de la Culture pour promouvoir la poésie.

Ce poète refusait que l’on prononçât son nom sa mort venue. Respectons sa volonté puisqu’il n’en manquait pas : se lancer, gueule refaite, dans une guérilla en Amérique centrale pour instaurer le socialisme autorise quelques fantaisies.

On ne naît pas révolutionnaire, on le devient pour ne pas mourir en vain. Ainsi notre homme, fils unique d’une infirmière et d’un bagarreur dont l’histoire conte qu’il aurait traficoté avec Pancho Villa dans quelque interlope affaire d’armes à feu, découvrit-il au Chili que le monde a mauvaise mine car l’humanité n’y existe pas : on n’y connaît que puissants et sans-le-sou. L’étudiant en droit se fit chrétien social à la faveur de ce séjour – de quoi provoquer l’ire de Rivera qui l’eût voulu marxiste. Départ pour l’Union soviétique (l’occasion de rencontrer Nâzım Hikmet en exil), retour au Salvador natal au mitan des années 1950 : il prit alors sa carte au Parti communiste tandis que Cuba rampait en dedans sa forêt. Marxiste, le jeune poète l’était désormais – mais l’être seul, songea-t-il, n’est d’aucun secours : il faut une organisation. « (L)es exclus, les mendiants, les drogués,/les Guanacos fils de la grande pute,/ceux qui purent revenir de justesse/ceux qui furent plus chanceux,/les éternels non identifiés,/les bons à tout faire, à tout vendre,/à manger n’importe quoi/[…] mes compatriotes,/mes frères. »

En ce temps, un militaire libéral avait pris la place d’un collègue tortionnaire ; trois ans plus tard, une junte renverserait le premier avec le concours du second. Le Salvadorien fut arrêté, à plusieurs reprises, et expulsé, pareillement ; il fit grève de la faim et frôla la peine capitale. Ses contemporains s’accordent à brosser un maigrichon rieur, séducteur et bouillonnant, bon footballeur et bon danseur. Se moquant de tout, lui compris. Sérieux sans contredit sous ses dehors cabots. La poésie, pensait-il, « est comme le pain, pour tous ». L’exilé se rendit au Mexique, à Cuba (pour prendre toute la mesure des responsabilités échues au métier d’écrivain : ne pas se voir comme « un Baudelaire marxiste » mais comme « fils d’un peuple d’analphabètes et de pieds-nus »), puis en Tchécoslovaquie (pour apprendre l’assassinat du Che, ange noir crevé d’avoir cru que le courage suffisait). « Au nom de ceux qui lavent les vêtements des autres/(et expulsent de la blancheur la crasse des autres)/[…] J’accuse la propriété privée/de nous priver de tout. »

Au Chili, Allende jurait qu’un socialisme démocratique était possible. Empanadas, vin rouge et costumes d’alpaga. Humanisme, dépassement sélectif du système. Au même endroit par d’autres chemins, avait naguère résumé le barbudo défunt. À l’invitation du gouvernement, le poète s’y rendit l’année qui verrait Pinochet prendre place au palais, bottes souillées du sang de Santiago. Ainsi s’éteignit, un temps, l’espoir d’une transformation radicale sans recours au feu. L’année précédant le coup d’État, un colonel avait supplanté un général à la tête du Salvador ; le poète n’avait pas attendu la défaite d’Allende pour reconnaître le bien-fondé du renversement du pouvoir oligarchique par la lutte armée – peut-être celle-ci renforça-t-elle à ses yeux celui-là. Il fit grief au Parti communiste salvadorien de son manque d’ambition révolutionnaire et souffrit de l’arrestation d’Heberto Padilla, poète tout aussi, soumis à l’autocritique publique par le régime castriste (« La “lune de miel de la Révolution” qui nous avait tant séduits est bien finie », se souviendrait Simone de Beauvoir dans Tout compte fait). Fin 1973, en âge de 38 ans, il rejoignit son pays sous nom d’emprunt – dentition, mâchoire et nez bricolés presqu’à neuf – pour intégrer l’ERP, l’Armée révolutionnaire populaire, fondée un an plus tôt.

On ne sait parfois qui, des capitalistes ou des révolutionnaires, est le plus grand ennemi de la révolution ; c’est que les seconds déploient force entêtement à négliger l’unité des premiers. Deux tendances s’affrontèrent au sein de l’armée : le poète redoutait, lui, l’échec de la guérilla sans l’appui des masses. Accusé d’être un révisionniste, un nuisible indocile, un intellectuel petit-bourgeois et un agent de la CIA comme de Cuba (rien moins), il fut exécuté par ses frères le 10 mai 1975. L’homme à la manœuvre basculerait à droite, allant, deux décennies plus tard, jusqu’à prodiguer ses conseils pour mater le Chiapas zapatiste – si le monde manque de vertu, au moins n’est-il pas dénué de logique.

À lire l’ONU, le corps du poète aurait été dévoré par des bêtes errantes aux abords d’un volcan.

« Ne prononce pas mon nom quand tu apprendras que je suis mort./Des profondeurs de la terre je viendrai chercher ta voix. »

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31 décembre 2019 2 31 /12 /décembre /2019 06:50
Message de soutien aux cheminots en grève. « Face à ce crime contre l’humanité, vous êtes là ! »
Lundi, 30 Décembre, 2019

Les sociologues, anciens directeurs de recherche au CNRS, Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon étaient invités à participer à l’assemblée générale des cheminots d’Amiens le 27 décembre dernier. Ils ont adressé un message de soutien que nous publions ci-dessous.

 

Merci de nous avoir invités, en ce 27 décembre 2019, à votre Assemblée Générale intersyndicale à Amiens, la ville natale d’Emmanuel Macron, le fondé de pouvoir d’une oligarchie capitaliste chargé de la prédation de ce « pognon de dingue » que représentent  les cotisations sociales de la Sécurité sociale et notamment celles de la branche retraite, aujourd’hui directement menacée.

Vous venez de voter la reconduction de la grève des cheminots de votre secteur jusqu’au 2 janvier 2020. Votre courage fait notre admiration.  L’un de vous a rappelé  cette maxime d’Henri Krasucki «  La régression sociale ne se négocie pas, elle se combat ! », sonnant si juste à l’heure de la destruction de la retraite basée sur la solidarité entre les générations avec un montant juste et garanti pour tous.  La retraite individualisée par points sera aux risques et périls de chacun, mais assurera de nouveaux profits aux  financiers et spéculateurs de haut vol. Ceux-ci veulent le beurre, avec les milliards d’euros des cotisations sociales, l’argent du beurre, avec la disparition d’une solidarité créee à la Libération à un moment où les patrons se faisaient  tout petits après l’engagement de beaucoup d’entre eux au service de la collaboration avec le Maréchal Pétain, et le sourire des cheminots, des travailleurs et des intellectuels.

De tout cela les coffres-forts ambulants des beaux quartiers ne doivent rien avoir!

Le combat est en effet vital pour contrer le processus de déshumanisation engagé par les parasites du capitalisme dont la richesse n’est dûe qu’à l’exploitation des salariés et des travailleurs. Pourtant ceux-ci sont  stigmatisés de « coûts » et  de« charges », tandis que les détenteurs des titres de propriété, dont ils ont en général hérités, se sont auto-proclamés les seuls « créateurs de richesses ». Les 10 milliardaires qui possèdent 90 % des médias français mènent une propagande, une guerre idéologique pour que cette croyance dans la bienfaisance des riches, aboutisse à diviser les pauvres entre eux.

Les difficultés induites par le blocage des transports, en ces moments rituels des fêtes de fin d’année, doivent être acceptées comme dérisoires par rapport à la gravité de la guerre de classe que les plus riches mènent contre les pauvres. Les armes de cette guerre sont celles utilisées par la police contre les manifestants, mais aussi celles idéologiques et linguistiques relayées par  tous les « chiens de garde » chargés de mitrailler la langue venimeuse de l’expertise et du chiffre. Vous, syndicalistes, citoyens et cheminots, vous êtes engagés courageusement dans un bras de fer contre les rapaces qui exigent que vos vies  soient les moins coûteuses et les moins longues possibles. L’espérance de vie des hommes modestes est aujourd’hui, en France, de 71,7 années contre 85 pour les hommes aisés, soit 13 ans de vie volés au nom de l’argent-roi.

Vous êtes  donc notre fer de lance dans le  blocage de l’économie réelle dont les vautours sont bien incapables d’assurer  le fonctionnement.

Ce combat contre la réforme des retraites, conçue par un amiénois aux dents longues, est un peu celui de la dernière chance avant l’accélération de la mise en place d’un processus d’esclavagisation « moderne »  à l’échelle de la planète. Le capitalisme est entré dans la phase néolibérale où la finance mène la danse macabre et mondialisée de la violence de classe. Tous les secteurs de  la vie sont désormais soumis à la marchandisation au  seul profit des actionnaires ! Le vivant, sous toutes ses formes, humaine, animale et végétale, sera bientôt  exclusivement entre leurs mains et leurs algorithmes. Le dérèglement climatique dont les capitalistes, qui ont pillé les ressources naturelles pour s’enrichir, sont les seuls responsables, constitue leur ultime arme pour éliminer la partie la plus pauvre de l’humanité devenue inutile à l’heure des robots et de l’automatisation généralisée. L’intelligence artificielle régnera alors sur une planète au service des riches survivants, une fois que les ouragans, tempêtes, inondations et incendies gigantesques auront fait le sale boulot.

C’est ce qui explique que les émissions de gaz à effet de serre augmentent toujours plus et que les milliardaires du monde entier se construisent des bunkers hautement sécurisés. Nous ne sommes pas dans le même bateau !

Face à ce crime contre l’humanité, vous êtes là, dans le froid, sur le parvis de la gare d’Amiens avec ce  réveillon de Noël partagé dans la solidarité d’un combat juste, citoyen et courageux pour le meilleur du peuple de France. Nous sommes fiers d’être avec vous.

Travailleurs du rail, responsables politiques avec la  présence du député François Ruffin, et intellectuels de la sociologie, notre présence conjointe et complémentaire, confirme la conscience partagée que la lutte pour le retrait définitif et sans concession de la réforme des retraites  mise au point par un ex-banquier d’affaires, constitue le nœud décisif qui empêchera l’irréversibilité de  la descente aux enfers des travailleurs.

L’unité et la solidarité doivent monter en puissance et en visibilité, tels sont nos vœux les plus chers pour la nouvelle année !

PS : Nous sommes rentrés chez nous le cœur léger mais avec un sac à dos alourdi par le cadeau des cheminots. Un livre de 2 kilos qui présente un à un les cheminots victimes de la répression menée par les autorités des nazis allemands et le régime de Vichy au cours de la seconde guerre mondiale. 2672 notices biographiques nous font pénétrer dans la vie de ces héros du rail qui ont permis la victoire sur la bête immonde. Tout un symbole dans l’actualité macroniste !

Message de soutien aux cheminots en grève.  Face à ce crime contre l’humanité, vous êtes là ! - Monique et Michel Pinçon-Charlot, L'Humanité, 30 décembre 2019
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31 décembre 2019 2 31 /12 /décembre /2019 06:47
1920 - A Tours, la gauche entre dans le XXe siècle (Jean-Paul Piérot, L'Humanité, 30 décembre 2019)
1920 À Tours, la gauche entre dans le XXe siècle
Lundi, 30 Décembre, 2019

Ces Noëls qui ont fait l'Histoire  5/8.  Au lendemain de la Grande Guerre, que la IIe Internationale avait été incapable d’empêcher, la majorité des socialistes français décident l’adhésion à l’Internationale communiste.

 

Le 25 décembre 1920, Tours accueille le 18e congrès de la SFIO, le Parti socialiste unifié, en 1905. Les 370 délégués représentant les 140 000 adhérents doivent répondre à une question simple : leur parti va-t-il adhérer à la IIIe Internationale – communiste – fondée en mars 1919 à Moscou, dans la dynamique de la révolution d’Octobre ? « Prolétaires de tous pays unissons-nous » : dans la salle du Manège une exhortation du Manifeste communiste de Marx et Engels (1848) s’étire en grandes lettres blanches sur fond rouge derrière la tribune et donne le ton aux débats, de même que les portraits du grand disparu, Jean Jaurès, assassiné le 31 juillet 1914 au café du Croissant après avoir bouclé son éditorial de l’Humanité, son ultime appel à la paix.

Les délégués appartiennent à la génération des survivants des tranchées, de Craonne, du chemin des Dames, de Verdun, ou de la Somme. 1 400 000 soldats français ont été sacrifiés, un million d’hommes ont été amputés, blessés à vie, gazés. Au total, la Première Guerre mondiale s’est soldée par plus de cinq millions de victimes. La IIe Internationale s’est montrée incapable d’empêcher la guerre. Après la mort de Jaurès, la SFIO s’est ralliée à l’Union sacrée et plusieurs de ses dirigeants ont occupé des fonctions ministérielles (Marcel Sembat, Jules Guesde, Albert Thomas). Les dirigeants socialistes tablaient sur un conflit de courte durée ; ce fut une boucherie. L’unité de la SFIO se délite avec cette guerre qui n’en finit pas. La révolution russe de 1917 est accueillie avec sympathie dans tout le mouvement ouvrier. Les partisans de l’Union sacrée perdent en influence au profit des minoritaires.

Les débats sont rudes

Les années 1919-1920 sont marquées par une intensification des mouvements sociaux auxquels le gouvernement répond par la répression. 18 000 métallurgistes sont licenciés à la suite de grèves. Il fait arrêter plusieurs militants socialistes : Fernand Loriot, Boris Souvarine, Pierre Monatte, qui seront en détention au moment du congrès. Aux élections législatives de 1919, tout en ayant augmenté en voix, le parti perd un tiers de ses députés. Au congrès de Strasbourg, en février 1920, les socialistes décident de ne pas revenir dans la IIe Internationale. Ludovic-Oscar Frossard devient secrétaire général et Marcel Cachin directeur de l’Humanité. Les deux hommes sont envoyés à Moscou pour discuter avec le Komintern. Cachin et Frossard sont conviés à assister au deux-ième congrès de l’IC (Internationale communiste) et à leur retour à Paris plaident pour l’adhésion et l’acceptation des 21 conditions qui commandent une rupture totale avec le réformisme.

Dès l’ouverture des débats de Tours, aucun doute n’est permis sur l’issue du congrès. Les votes des sections ainsi que le congrès de la jeunesse socialiste, réunie deux mois plus tôt à la Bellevilloise, confirment qu’une large majorité soutient l’adhésion. Trois motions principales se disputent les votes des militants : la motion Cachin-Frossard en faveur de l’adhésion ; un texte présenté par Jean Longuet, le petit-fils de Karl Marx et chef de file des « reconstructeurs », qui accepte l’expérience soviétique mais récuse sa conception du parti ; la troisième est proposée par Léon Blum et un comité de résistance. Ces « résistants » s’opposent en bloc à l’adhésion à l’IC.

Les débats sont rudes. L’IC ne veut pas de compromis avec des éléments tièdes qui seraient « un boulet » pour le parti, affirme Grigori Zinoviev, secrétaire exécutif de l’IC, dans un télégramme adressé au congrès. La dirigeante du parti communiste d’Allemagne (KPD) Clara Zetkin, qui a réussi à se rendre à Tours alors que Paris avait refusé de lui délivrer un visa, ne dit pas autre chose dans son discours devant le congrès. Réaction de Jean Longuet : « L’unité du parti ne serait pas menacée si le parti obéissait à ses propres inspirations et non à des ordres venus du dehors. »

« Le socialisme continue »

Le 29 décembre le vote a lieu. L’adhésion rassemble 3 252 mandats, contre 1 022. « Nous sommes convaincus jusqu’au fond de nous-mêmes que, pendant que vous irez courir l’aventure, il faudra que quelqu’un reste garder la vieille maison », déclare Léon Blum à l’adresse de la majorité. Et de poursuivre : « Nous sommes convaincus qu’il y a une question plus pressante que de savoir si le socialisme sera uni ou pas, c’est de savoir si ce sera le socialisme ou pas. »

Quand l’année s’achève, la gauche française vient d’entrer dans le XXe siècle. Désormais, la vie politique sera marquée par les relations entre les deux courants de la gauche : les réformistes et les révolutionnaires. Le 31 décembre 1920, Marcel Cachin souligne dans l’Humanité, sous le titre : « Le socialisme continue » : « Les représentants socialistes de la classe ouvrière et paysanne ont voté à une majorité énorme l’adhésion à la IIIe  Internationale. À aucun moment question plus grave ne leur avait été posée. Que signifie la décision ainsi obtenue ? Sans doute affirme-t-elle tout d’abord la solidarité, la sympathie, l’affection sans bornes des travailleurs français pour la r évolution russe. Mais elle marque en même temps leur volonté de préparer en notre pays les conditions favorables à une bataille de classes chaque jour plus rude et plus âpre. »

Ainsi est né le Parti socialiste (section française de l’Internationale communiste SFIC), qui deviendra l’année suivante le Parti communiste, puis en 1922 le Parti communiste français SFIC. De leur côté, les minoritaires des motions Blum et Longuet continuent la SFIO, « la vieille maison ».

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31 décembre 2019 2 31 /12 /décembre /2019 06:23
Photo Claude Mazauric - L'Humanité 20 décembre 2019

Photo Claude Mazauric - L'Humanité 20 décembre 2019

Claude Mazauric : « La Révolution a jailli de la passion et de la conscience populaire »
Vendredi, 20 Décembre, 2019 - L'Humanité

L’enseignant et historien est un spécialiste de l’histoire de la Révolution. Auteur de 1789. La Révolution de France et d’un texte publié dans le hors-série édité par l’Humanité, il voit dans cet épisode de l’histoire française, le thème d’un récit populaire et un objet d’analyse, source de réflexion pour le présent et l’avenir.

 

Quelle a été votre rencontre avec la Révolution française ?

Claude Mazauric Dans l’histoire de la Révolution, je me sens comme un héritier au sens propre du terme. Je suis en charge de savoirs et de recherches qui ont été initiés, produits et façonnés par d’autres avant moi et que j’essaie de prolonger, de développer. Je suis redevable du savoir critique et des orientations que des pilotes antérieurs ont établis. Je suis donc un passeur qui professe. Ainsi, je veux rendre hommage, non pas seulement à mes compagnons comme Michel Vovelle dont je fus très proche, mais aussi à des initiateurs comme Albert Soboul, dont on a dit à juste titre qu’il fut le fondateur en France de cette « sociologie rétrospective » à travers laquelle on a pu réinterpréter l’histoire de la Révolution : il fut mon maître. Je dois associer à son nom Camille-Ernest Labrousse (il fut directeur de la Revue socialiste, qui avait mis en évidence les crises économiques de court terme dans un monde économique de transition en évaluant leurs conséquences sur la vie des dominés, Victor Daline, Pierre Vilar, Walter Markov, lequel avait rassemblé au sein de l’université de Leipzig-RDA (la Karl-Marx Universität) un centre de recherches d’une grande fécondité, Jean Dautry, Éric Hobsbawm… et plusieurs autres disparus dont je donne une liste indicative dans 1789. La Révolution de France (1). Bref, je suis un héritier qui considère qu’à propos de la Révolution française, nous ne sommes pas dans un monde apaisé duquel seraient bannies toutes formes de polémiques et d’interprétations. La bataille historiographique s’inscrit dans une tendance longue qui est partie des affrontements idéologiques qui opposent les forces de progrès et les conservatismes réactionnaires ou réformistes. Certains diront que c’est en militant que j’agis dans le domaine de l’érudition historique. La vérité, c’est que je tiens pour essentiel le travail dans le domaine de la connaissance et de la théorie, préalablement à celui de la proclamation.

Vous avez écrit « Un récit de la Révolution » dans le hors-série 1789-2019. L’Égalité, une passion française édité par l’Humanité en 2019 pour les 230 ans de la Révolution française. Pour vous, la Révolution a la particularité d’être populaire dans son essence ?

Claude Mazauric Comme Jaurès, je mets l’accent sur la dimension « largement populaire et démocratique » de la Révolution. Celle-ci a ceci de particulier qu’elle n’est pas sortie de cerveaux de penseurs qui auraient imaginé une manière de comploter pour prendre le pouvoir, ou d’un naufrage de pilotes qui auraient perdu le contrôle du bateau ! Non, la Révolution a jailli de la conscience et de l’initiative populaire dans une situation de crise structurelle de la société française du temps : c’est ce qui fait son originalité parmi toutes les révolutions antérieures, voire postérieures. La Révolution a puisé ses racines dans la société de son temps, dans l’espace de production et de consommation des biens nécessaires à la vie, un espace où l’on fait des enfants, où l’on se nourrit, où l’on apprend à vivre en collectivité, à se soumettre aux lois, dans un certain « royaume » : la France de la fin du XVIIIe siècle… Mon propos était de connaître ce peuple-là, dans son effectivité sociale, dans ce qui nourrit ses passions, ses représentations. Je n’ai de cesse d’intégrer les recherches récentes et notamment celles qui relèvent de cette sociologie du monde d’hier ou d’avant-hier que nous, historiens, avons analysée. Le récit que je propose est donc un récit engagé.

La Révolution fut une période d’expérimentation démocratique extraordinaire…

Claude Mazauric Du point de vue théorique, tout ce qui était nécessaire avait déjà été imaginé, notamment par Jean-Jacques Rousseau. Durant la Révolution, on a débattu des idées comme si la nécessité pratique imposait le détour théorique et la critique de tout ce qui s’imaginait : par exemple sur la question de la forme et de la légitimité du gouvernement des hommes et des enjeux de la représentation politique. Imaginez ce que cela a pu vouloir dire, en 1789, de vouloir le primat de la représentation de la nation sur le pouvoir du monarque ! Et la portée du débat sur le mode de représentation du peuple souverain : qui ? Quoi ? Comment et pendant combien de temps ? Qui n’est pas représenté, doit ou ne doit pas l’être ? Les esclaves, les femmes, les étrangers ? Etc. Pendant dix ans, on s’est demandé comment fonder un gouvernement représentatif : sera-t-il légitime ? Efficace ? Trompeur ? Depuis, la pâte de cette interrogation n’est jamais retombée. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 est fondamentale. Tout d’abord, il est écrit « les hommes » et non pas « tous les hommes ». En supprimant ce « tous », on désigne en fait l’humanité entière. On fonde une société sur un principe de droit commun, mais lequel ? Et on recommence à débattre. Les droits civils, d’accord ! Mais les droits politiques, puis les droits sociaux, voire économiques, culturels, etc., conviennent-ils pour tous, les esclaves affranchis ou les femmes, sont-ils de même nature et exigence pour chacun et chacune ? L’égalité, est-ce la simple équité ? Et comment l’égalité se vit-elle dans l’ordre du travail et de la distribution des richesses produites ? Sommes-nous égaux dans la possession des moyens de production si la propriété est reconnue comme un droit naturel ? Ce sont de sacrées questions, encore très actuelles. Autre interrogation vécue dans le vif de l’événement : est-ce que l’humanité devrait se résoudre à n’être qu’une ­collection de nations antécédentes ? L’ancien régime européen était cosmopolitique en associant des États, des nations, des empires, des villes, des diocèses, etc., produits d’une histoire antérieure plus ou moins sacralisée… La Révolution de France a posé la question de savoir si les peuples en mouvement ont le droit de se constituer en « nations » indépendantes et souveraines. Ce point de vue a triomphé. La Révolution française armée a imposé sa liberté face à l’Europe entière : quel exemple ! Mais, ensuite, après le tournant à dominante réactionnaire qui s’est imposé en conséquence de la guerre de conquête, la France bourgeoise a donné l’exemple du nationalisme qui n’était pas présent dans l’esprit des origines révolutionnaires. La Révolution française fut donc inventive, immensément créative.

L’arrivée de Napoléon change ce cycle réformateur même si celui-ci se positionne dans sa continuité. À quel moment la Révolution est-elle terminée ?

Claude Mazauric Le coup d’État du 18 Brumaire et la proclamation du 19 de Napoléon Bonaparte marquent la fin de la Révolution, l’arrêt de son cycle inventif. À partir de 1800-1804, la chape de plomb du conservatisme et de l’esprit monarchique s’impose contre l’esprit de démocratie et de République, même restreinte. D’ailleurs, on ne cherche plus à savoir si la guerre doit être émancipatrice en abolissant les régimes féodaux ou absolutistes d’Europe : l’essentiel est désormais d’établir une hégémonie, de justifier les rapines et les conquêtes. Napoléon a même rétabli l’esclavage dans les colonies que la Convention avait aboli. La Révolution active et constructive s’arrête avec lui. Certes, nombre d’acquis demeurent comme l’égalité successorale entre les héritiers, la vente des biens nationaux. Les dîmes, les taxes, les péages ­intérieurs, les taxes seigneuriales, tout ce fatras qui remontait à l’Antiquité tardive, n’est pas rétabli. La « réaction » l’a emporté mais l’« effet révolution » demeure et va traverser tout le XIXe siècle. Voici un fait dont on ne parle même plus aujourd’hui. La ­séparation de l’Église et de l’État est une idée qui a pris naissance dans la factualité révolutionnaire. Jamais la Révolution n’avait pensé à « séparer » l’Église de l’État. Au contraire, dès 1789, on voulut instituer la liberté religieuse et associer les religions établies à concourir à la prospérité projetée de la communauté nationale. Mais l’Église catholique romaine dans sa haute hiérarchie et la moitié de ses clercs s’est dressée contre la Révolution. La coupure politique de l’espace public révolutionnaire et de l’espace du religieux a conduit, pendant grosso modo dix ans, à une « séparation de fait », voulue quasiment par personne, ni par l’Église, ni par l’État. Le Concordat passé entre la papauté et le premier consul s’est avéré un désastre à long terme pour le catholicisme qui, redevenant une sorte, amoindrie certes, de religion officielle, a dressé contre son hégémonie une bonne part de l’opinion devenue, en partie à cause de cela, majoritairement républicaine et même anticléricale, dans le troisième quart du siècle suivant. La loi de séparation de 1905 en est le prurit ! Nous voyons donc que la Révolution a créé des réflexes mentaux, des habitudes discursives, formé des mémoires, inscrit des souvenirs collectifs et des schémas affectifs qui nous habitent, constituant cette sorte d’héritage qui revit en nous chaque fois que la France connaît un épisode tendu, comme en 1830, 1848, 1871, 1936, 1945… et même en 2019 ! L’écho de la Révolution française ne cesse, non pas de s’entendre, de resurgir, mais de s’activer. C’est une chose curieuse qu’un souvenir qu’on prétend « oublié » puisse ainsi resurgir au gré des conjonctures : c’est que la mémoire des peuples est plus résistante que ne le croient les supposées « élites » qui s’imaginent les gouverner durablement !

La Révolution française eut-elle aussi une dimension internationale très importante ?

Claude Mazauric Il faut toujours rappeler ce qu’était la France dans le monde de la fin du XVIIIe siècle. Par sa position au centre des masses continentales émergées et cartographiées, et par le volume de sa population bien répartie sur son territoire, c’était la troisième « puissance » mondiale, sans doute derrière l’Inde et la Chine, stagnantes l’une comme l’autre. Imaginez, aujourd’hui, une révolution qui partirait des États-Unis ou de la Chine : le monde, ébahi, en subirait immédiatement les conséquences. La Révolution française a ébranlé le monde de son temps et contribué à soumettre l’Europe à une recomposition géopolitique de très grande envergure. Dès le début, la question de l’exemplarité de son modèle politique s’est posée d’autant plus aisément que les révolutionnaires eux-mêmes étaient nourris d’une philosophie universaliste, celle des Lumières. Très vite, dès 1789, beaucoup d’étrangers qui subissaient la domination de pouvoirs exotiques, par exemple en Brabant et Flandre, en Irlande, à l’est de l’Europe et jusque chez les Ottomans, en Rhénanie, en Savoie, à Nice, en Catalogne, etc., sont venus à Paris et se sont instruits au contact de la « France en révolution ». Ils ont contribué à donner à la Révolution cette dimension universaliste, à la fois dans le discours et dans la réalité géopolitique, notamment dans l’est de l’Europe et peu après dans l’« Amérique espagnole ».

Comment appréhendez-vous votre position d’historien et votre engagement au sein du Parti communiste ?

Claude Mazauric Personne ne demande jamais à tel ou tel historien s’il est adhérent au PS, à LR ou si le parti macronien l’inspire… « Communiste », on est toujours sommé de déclarer son appartenance ! Certains s’en offusquent. Personnellement, cela ne me dérange pas. Je suis un citoyen français adhérent du PCF depuis soixante-sept ans : toute une histoire personnelle compliquée, souvent fastueuse, quelquefois douloureuse, utile, m’a-t-il semblé toute réflexion faite. Je suis d’autre part un historien bien formé par l’école publique et l’université de mon pays, qui fait son travail comme un professionnel honnête, ne vit que de sa pension de retraite, respecte le Code de la route et se prolonge comme tout un chacun. Que demande le peuple ? Le respect !

Grégoire Capelle a réalisé un documentaire sur vous. Que peut-on dire de ce travail introspectif ?

Claude Mazauric Grégoire Capelle a travaillé librement, à sa seule initiative, avec probité et finesse. On découvre dans son film que je suis devenu communiste sur un coup de tête, le 29 mai 1952, après la manifestation, la veille, contre la venue à Paris du général américain Ridgway, où on s’était fait passer à tabac. Mon héritage antérieur de jeune homme d’origine très modeste était marqué par l’Occupation, la Résistance, la Libération, l’après-guerre, la découverte du rôle des communistes et… la pensée de Jean-Paul Sartre découverte en sanatorium de 1947 à 1949 ! À mon arrivée en Seine-Maritime comme professeur de lycée après l’agrégation, j’ai rencontré l’extraordinaire mouvement ouvrier de cette région. Un mouvement compact, énergique, d’une intelligence collective exceptionnelle et qui avait réussi, par ses luttes, à créer un mode de vie digne pour les travailleurs, qui inscrivait dans leur dure existence tous les conquis sociaux de la Libération et des années qui ont suivi. J’ai été saisi d’admiration pour les militants que j’y ai connus à l’époque et je suis devenu partie prenante des constructions issues de cette « sociologie ouvrière » au côté de laquelle mon adhésion m’a plongé. En 1965, à Rouen, une université a été créée et je me suis retrouvé enseignant à la faculté des lettres. Après 1968 et la loi Faure, que les communistes avaient acceptée, l’institution a donné aux centres de recherches et aux chercheurs une autonomie intellectuelle comme aucun pays capitaliste n’en a jamais connu ! Nous avons beaucoup travaillé, écrit, accumulé de savoirs. C’est précisément cette liberté réelle qui est actuellement battue en brèche par le pouvoir macronien après celui, ­parfaitement réactionnaire, des deux précédents présidents de la République. J’éprouve assez souvent le sentiment que nous ne nous sommes pas battus pour rien. Ce que nous avons pensé, et écrit, demeure. La situation se tend à nouveau. C’est que, comme l’a dit Faulkner, « le passé n’est jamais mort, il n’est même pas passé ». Rien de ce qui s’est fait ne s’oublie : les deux siècles écoulés n’ont cessé de nous le rappeler. C’est le principe du ver de terre, on ne le voit pas, mais il chemine et remonte parfois à la surface. Il faut savoir le faire venir pour que le terreau fructifie. C’est notre travail et c’est notre devoir, notre honneur, d’y contribuer.

Claude Mazauric

(1) 1789. La Révolution de France, de Claude Mazauric. HDiffusion, 103 pages, 15 euros.
Entretien réalisé par Julien Camy
L'historien Claude Mazauric :  La Révolution a jailli de la passion et de la conscience populaire  (entretien avec Julien Camy, L'Humanité, 20 Décembre 2019)
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31 décembre 2019 2 31 /12 /décembre /2019 05:37
Inde. Lettre de solidarité
Lundi, 30 Décembre, 2019
 

Appel contre la nouvelle loi imposée par le chef d'état indien Modi et pour le rassemblement de protestation le 4 janvier à 12h sur le Parvis des Droits de l'homme, la Place du Trocadéro. 

Pour les redacteurs de ce texte relayé notamment par par l'écrivaine Shumona Sinha,  cette loi est  anticonstitutionnelle car pour la première fois depuis l'indépendance de l'Inde, elle recourt à la classification des citoyens indiens sur la base de la religion. Les musulmans y sont particulièrement visés, faisant suite au nettoyage ethnique à leur encontre (1200 musulmans sont assassinés lors de l'attentat de 2002 à Gujarat tandis que Modi était chef du gouvernement local de l'état de Gujarat à l'époque, qui a ouvertement félicité les assassins militants du RSS/BJP).  La romancière précise que "les Indiens protestent massivement à travers le pays contre cette loi, contre la politique suprémaciste de Modi qui est membre à vie du RSS, milice fasciste vénérant Hitler, parti-mère du BJP qui est au pouvoir. Les opposants, militants, citoyens subissent de violentes représailles par la police du gouvernement Modi, ils sont gravement blessés, éborgnés, tués sur la voie publique, les campus universitaires sont attaqués par la police, les étudiants surtout de la confession musulmane ainsi que les campus connus pour le mouvement de gauche/communiste sont directement visés et subissent de la violence policière inédite".

 
Nous sommes des étudiants, chercheurs, universitaires et affiliés résidant en France. Nous condamnons fermement la série de mesures initiées par l’État indien permettant la formation d’une citoyenneté de seconde classe en Inde. Nous condamnons également les actions d’une violence disproportionnée entreprises en utilisant la machine étatique - à la fois légale et extra-légale - pour étouffer les voix dissidentes. La loi sur la citoyenneté (Citizenship Amendement Act ou CAA) de 2019, adoptée par le Parlement indien le 11 décembre 2019, est fondamentalement discriminatoire. Pour la première fois dans l’histoire de l’Inde indépendante, elle recourt à la classification des citoyens sur la base de la religion. Cette loi viole l’article 14 de la Constitution indienne qui appelle explicitement à une protection égale de toutes les personnes en vertu de la loi, et elle est également contraire à l’esprit de laïcité de l’Inde tel que consacré dans le Préambule de la Constitution indienne.
 
Nous sommes également conscients qu’en conjonction avec le Registre national des citoyens (National Register of Citizens ou NRC), et la création en cours du Registre national de la population (National Population Register ou NPR), le CAA établira le cadre juridique permettant de refuser l’accès ou de prolonger le processus d’obtention de la citoyenneté indienne aux personnes n’appartenant pas à six communautés religieuses spécifiques, qui serait notamment discriminatoire envers des musulmans. Cette privation potentielle du droit de vote des musulmans indiens et des citoyens indiens n’appartenant pas aux six communautés religieuses est déplorable, et nous sommes fermement opposés à l’idée de qualifier certains citoyens de citoyens de seconde classe, quel que soit le critère retenu pour ce faire.
 
La ratification de la CAA et l’introduction du NRC surviennent dans un contexte d’escalade de violence contre les minorités, de montée alarmante de la propagande islamophobe et de suppression de toute forme de dissidence. Le fait que le gouvernement actuel ait formulé ces mesures comme une mesure de protection des minorités n’est qu’un écran de fumée, et nous appelons les concitoyens de l’Inde à le reconnaître comme tel.
 
Le gouvernement indien utilise son mandat démocratique, au nom de ses citoyens, pour étouffer la dissidence, réprimer avec force les protestations pacifiques et restreindre les services de base dans différentes régions de l’Inde en faisant appel à la police, aux forces paramilitaires et aux forces armées. Actuellement, la région de la vallée du Cachemire, dans l’ancien État de Jammu-et-Cachemire, certaines parties de l’Uttar Pradesh, de l’Assam, de Meghalaya, du Bengale occidental, de New Delhi etdu Tripura - dont certaines sont à majorité musulmane - se voient imposer un blocus de l’Internet et un couvre-feu, avec des restrictions supplémentaires à la liberté de mouvement, à la liberté d’expression, aux télécommunications et au droit de manifester pacifiquement.
Ces mesures extrêmement répréhensibles, adoptées par le Gouvernement indien, soulèvent de graves questions quant à son intention de sauvegarder les droits fondamentaux de tous les citoyens indiens et, plus généralement, de faire respecter les principes de la démocratie tels que définis dans la Constitution indienne. Nous nous joignons à nos concitoyens pour protester contre les politiques et les mesures adoptées par le gouvernement indien qui violent les principes de liberté, d’égalité, de fraternité et de justice.
 
La discrimination envers des groupes minoritaires, la menace qui pèse sur le respect des principes de la Constitution indienne, les graves empiétements sur l’autonomie des États dans la structure fédérale de l’exécutif indien et les actions violentes du gouvernement contre ses citoyens ont affligé notre conscience collective. À cet égard, nous condamnons, dans les termes les plus fermes, l’action extrême entreprise par la police en pénétrant de force sur les campus universitaires et en attaquant brutalement les étudiants qui protestent contre la Loi sur l’amendement de la citoyenneté à l’Université Jamia Millia Islamia, à Aligarh Muslim University, à Cotton University, au B. Borooah College et Handique Girls College (Guwahati), et ailleurs en Inde.
 
Une telle brutalité a pour motif de réprimer toute forme de dissidence, pacifique ou autre. En tant qu’étudiants et universitaires nous-mêmes, nous pensons qu’il est essentiel que les espaces universitaires ne soient pas convertis en arènes violentes de conflit par l’état indien, et de favoriser la pratique démocratique qui consiste à tolérer la dissidence contre les politiques de l’état.
 
Nous sommes solidaires avec citoyens de l’Inde qui continuent à combattre courageusement l’adoption de cet acte discriminatoire par la dissidence et une forte opposition, et qui luttent contre les pratiques discriminatoires de l’exécutif et du législatif indiens pour faire en sorte que l’idée de l’Inde, telle qu’elle nous est donnée par la Constitution, ne soit ni diluée ni déformée. En conclusion, nous demandons l’abrogation de la CAA, une enquête sur la mauvaise conduite de la police à l’égard des manifestants, la levée du couvre-feu et la reprise des services Internet et de communication dans tout le pays.
Inde: lettre de solidariré contre la politique liberticide et xénophobe du chef d'état nationaliste BJP Modi
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30 décembre 2019 1 30 /12 /décembre /2019 12:43
En retirant la réforme des retraites, le Président peut reprendre la main pour ouvrir un dialogue sincère (Fabien Roussel – PCF)
En retirant la réforme des retraites, le Président peut reprendre la main pour ouvrir un dialogue sincère (Fabien Roussel – PCF)
 
Le Président de la République doit s'exprimer ce mardi 31 décembre.
Après 26 jours de mobilisations et de grèves, il doit entendre qu'une grande partie du pays ne veut pas de sa réforme. Et la retirer.
Car une grande réforme, si elle porte l'ambition de transformer profondément notre système de retraite, devrait avoir pour objectif d'être porteuse de progrès pour tous et de rassembler une large majorité
de nos concitoyens, notamment les premiers concernés, les salarié.e.s, la jeunesse et les partenaires sociaux.
C'était l'ambition affichée d'Ambroise Croizat et du gouvernement du général de Gaulle en 1946. Ils y sont parvenus.
Ce gouvernement en est tellement loin. Tous les syndicats et l'ensemble des forces de gauche et écologistes sont contre une réforme budgétaire qui va allonger la durée de notre vie au travail. Seul le Medef applaudit. Et encore, timidement.
Cette réforme concentre ce qu'il y a de pire : elle plafonne les dépenses à 14% du PIB, remplaçant des trimestres par des points, troquant la solidarité par l'individualisation des retraites, changeant le mode de calcul des pensions pour retenir les pires années au lieu des meilleures, portant l'âge de départ en retraite sans malus à 64 ans, réduisant le bénéficie des pensions de réversion, ouvrant en grand la porte aux retraites par capitalisation et aux fonds de pension. Et quand il parle négociation, ce gouvernement ne propose en somme que la clause du grand père. Comment qualifier une société qui dit à ses enfants: « c'est vous qui paierez ! » Où est la solidarité ?
 
Après 25 jours de conflit, les salariés et leurs représentants syndicaux ont montré leur détermination. Les forces de gauche et écologistes demandent également que cette réforme soit retirée pour ouvrir de
véritables négociations.
D'autres propositions ont été formulées pour financer les améliorations du système actuel. Bien sûr toutes ces propositions vont à l'encontre du projet du gouvernement  de faire travailler plus longtemps les
Françaises  et les Français Mais elles portent en elles la marque du progrès et de la justice sociale, de la solidarité, du partage des richesses et du recul des inégalités. Alors discutons-en.
Tout cela alimente la colère d'autant plus qu'il n'y a pas urgence à réformer notre système de retraite.
Sans compter le ras le bol généralisé qui souffle et grandit dans le pays, comme si tous les mauvais coups subis par nos concitoyens depuis deux ans et demi remontaient aujourd'hui.
 
Un président à l'écoute du peuple et de tous les français doit avoir l'humilité d'entendre aussi tout cela. Retirer cette réforme, ce n'est pas perdre. C'est reprendre la main pour ouvrir une nouvelle période
faite d'apaisement et d'un dialogue sincère. L'acte 2 du quinquennat peut commencer ce 31 décembre si le président ouvre une période de dialogue sans imposer sa réforme.
 
Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et député du Nord,
 
Paris, le 30 décembre 2019.
En retirant la réforme des retraites, le Président peut reprendre la main pour ouvrir un dialogue sincère (Fabien Roussel – PCF)
En retirant la réforme des retraites, le Président peut reprendre la main pour ouvrir un dialogue sincère (Fabien Roussel – PCF)
En retirant la réforme des retraites, le Président peut reprendre la main pour ouvrir un dialogue sincère (Fabien Roussel – PCF)
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